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 [Récit] Enragé

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Gromdal
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MessageSujet: [Récit] Enragé   Mar 13 Jan 2015 - 22:58

Petit récit écrit d'une traite tant j'avais peur que l'inspiration tant attendue m'ayant soudainement frappé me quitte aussi vite qu'elle était venue. Je n'ai même pas pris le temps de me relire (en même temps il se fait tard Happy) alors vous me pardonnerez des fautes qui doivent faire légion dans ce texte. respect  (Enfin, j'espère que c'est pas trop le cas quand même... Fou) J'aurais peut-être le temps de me relire demain soir, mais pas avant en tout cas...  Skull
Je dois dire que je suis moi-même surpris de la tournure du récit, et je ne saurais dire s'il y aura une suite. Peut-être, peut-être pas, à vous de me le dire !
En tout cas bonne lecture et n'hésitez pas à comm', dites ce que vous en pensez ! Cool (Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas écrit, donc ça ne doit pas être de la haute littérature mais quand même... Rolleyes)
D'ailleurs petite précision pour ceux qui ne connaissent pas, Gazul est le dieux-patron des morts.  Wink

______________________________________________

Ils étaient sortis de nulle part, toutes armes dehors, et s’étaient jetés sur le convoi sans hésiter. Une embuscade mûrement préparée, somme toute. Et réussie : au moins un bon quart des vaillants défenseurs du convoi étaient tombés sous les coups des fourbes assaillants et de leurs armes rouillées. Maudits peaux-vertes. Harkrim jura. Il était le dos au mur, à tous les sens du terme : il tenait son dernier carré, acculé par ses adversaires contre le flanc d’un chariot nain, et saignait de multiples blessures. Il ne tiendrait pas longtemps, et il le savait : son bouclier avait été réduit en miettes sous les coups répétés des gobelins obstinés, achevé par un traitre coup de masse d’arme, et il ne tenait ses ennemis à distance plus que grâce à de grands moulinets de sa hache qu’il maniait maintenant à deux mains. Mais il ne lui faudrait pas longtemps pour qu’un peau-verte chanceux outrepasse sa garde et lui porte le coup fatal. De toute façon, la seule raison pour laquelle Harkrim se tenait encore debout était sa résolution à emporter avec lui le plus d’adversaires dans la mort : par-dessus les borborygmes de ses assaillants, il pouvait entendre les cris de ses camarades, et ceux de de leurs femmes et de leurs enfants, massacrés par les gobelins. Lui-même faisait partie des derniers nains encore vivants. À chaque fois qu’il entendait un compagnon tomber, sa haine contre ses ennemis s’enflait comme la tempête qui gronde avant d’éclater dans toute sa fureur. En son cœur, il avait entonné son chant de mort, et il ne s’arrêterait pas avant que ses ennemis gisent morts à ses pieds, où jusqu’à ce qu’il soit enfin emporté par les servants de Gazul jusqu’aux portes des Halls de Grungni, où il pourrait festoyer sans fin avec ses ancêtres et ses compagnons tombés avec lui.

Soudain, quelque chose changea. Ce n’était pas lui, et pourtant ses blessures allaient en s’aggravant et il se sentait terriblement affaibli. Non, ce n’était pas cela. Puis il comprit. Ce n’était plus les cris de ses camarades qui retentissaient par derrière le mur de ses assaillants —il devait être le dernier de la compagnie encore debout, mais bien ceux des peaux-vertes. Mais qui, qui, pouvait en être la cause ? Il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus avant car un éclair d’acier et de carmin passa devant ses yeux, coupant court au fil de ses pensées. Soudain, ce n’était plus une troupe d’ennemis gobelinoïdes assoiffées de sang, mais leurs cadavres démembrés, mutilés, baignant dans leur sang, qui s’étendaient à terre devant lui. Après un moment, son esprit presque incapable de comprendre ce qu’il s’était passé se décida enfin à lever les yeux, et à chercher la cause de son sauvetage, qu’on aurait pu qualifier de miraculeux. C’est ainsi qu’il vit le guerrier.

Le nain était incroyablement musclé. On aurait pu résumer son aspect extérieur comme un amalgame de muscles saillants, masse instopable de force brute animée par une haine si intense qu’elle en était presque palpable. De sa main gauche il maniait une lourde chaîne au bout de laquelle une tête de hache était fixée, et dont l’autre extrémité était fermement maintenue dans son autre main. Les peaux-vertes n’avaient aucune chance : avant même que leur adversaire ne soit à portée de leurs armes, la tête de hache fondait sur eux depuis la chaîne, bien plus longue que n’importe quelle lance, brisant les os aussi bien que les boucliers, tranchant dans la chair comme dans les cottes de mailles rouillées de ses victimes, ne laissant derrière elle que des membres mutilés et sanglants. Et quand bien même un gobelin arrivait assez près pour frapper le terrible manieur de l’arme, ce dernier se servait de l’autre partie "inutile" de la chaîne qu’il tenait dans sa main droite pour dévier les coups et décontenancer son adversaire le temps que la hache finisse son tour mortel et vienne prendre l’importun peau-verte. Pas de fuite possible face à un tel adversaire : si ses ennemis lui tournaient les talons, il n’avait qu’à allonger la portée de son arme pour les atteindre eux aussi.

Harkrim n’en croyait pas ses yeux : il avait devant lui l’un de ceux que l’on appelait les Dammaz Drengi, les tueurs Enragés. L’arme, le torse nu, la crête et barbe oranges ainsi que les multiples tatouages et cicatrices ne lui laissaient aucun doute, pas plus que l’aura de haine qui émanait du personnage, bien connue des Dammaz Drengi que l’on considérait comme les plus fous et les plus dangereux de tous les tueurs nains. Et à en voir un en action devant ses yeux, Harkrim ne pouvait que comprendre d’où venaient ce qu’il prenait encore peu de temps auparavant pour des légendes.

Bientôt, il n’y eut plus un seul adversaire à vouloir faire face au terrible guerrier et à son regard brûlant de rage mal contenue, ceux qui n’étaient pas encore morts ne voulant pas subir le même sort que leurs camarades qui gisaient déchiquetés à leurs pieds. Une fois que le chef des peaux-vertes fut tombé, ce fut la débandade complète, et les derniers gobelins disparurent dans la forêt d’où ils étaient venus, laissant sur la route caillouteuse le convoi détruit et les cadavres des défenseurs tombés vaillamment au combat contre eux, emportant avec eux dans la mort bon nombre de peaux-vertes dont les corps jonchaient eux aussi le sol. Ce fut seulement à ce moment que la tête de hache du tueur toucha enfin le sol, mettant ainsi fin à un vol mortel qui avait seulement duré quelques minutes, mais qui avaient semblé être plusieurs heures pour Harkrim. Le tueur, se redressant, la chaîne pendant dans ses mains, le fixa, et l’intensité dans son regard était telle que Harkrim eut peine à ne pas baisser les yeux devant lui. Puis, comme la mer lorsque les vents se taisent, la fureur s’éteignit dans ses yeux, et alors seulement Harkrim put oser prendre la parole.

« Vous, vous... vous nous avez sauvés... bafouilla-t-il.
— Sauvés ? répondit amèrement le tueur. Toi peut-être, mais regarde autour de toi : tu es le dernier défenseur d’un convoi de cadavres. Et les peaux vertes reviendront, sois en sûr. » Il baissa les yeux, l’air presque coupable. « J’aurais dû venir plus tôt. Mais il est trop tard maintenant. » Son regard se durcit et il rassembla sa chaîne dans ses mains, soulevant sa hache de terre. « Il ne me reste qu’à finir ce que j’ai commencé. » Et il prit la direction qu’avaient prise les gobelins, s’enfonçant dans la forêt sans un regard pour Harkrim. Puis sa voix retentit à nouveau de derrière les fourrés. « Prends soin de toi, guerrier, et fais vivre avec toi le souvenir de tes camarades tombés. » Puis, plus rien.

Harkrim resta ainsi un moment sans bouger, les yeux perdus dans le vide, sans savoir trop quoi faire, et peu sûr d’avoir compris son bref échange avec son mystérieux sauveur. Presque inconsciemment, son regard se posa sur ses camarades tombés, leurs cadavres aux plaies béantes gisant dans la poussière, leurs yeux sans vie, exorbités, tournés vers le ciel, ou regardant les alentours sans les voir. Il n’y avait aucun bruit sur la route gorgée de sang. Il n’y avait que le silence de la mort. Instinctivement, Harkrim sut que s’il se retournait pour regarder derrière la rangée de chariots, il trouverait les corps sans vie des femmes et des enfants de ses compagnons, massacrés sans pitié par les peaux-vertes. Sa hache tomba de sa main. Tout son corps semblait vidé d’énergie à l’instar de son esprit qui se sentait incapable de penser. Il avait tout perdu. Ses amis. Son clan. Sa raison de vivre. Il n’avait plus rien à faire dans ce monde. Son regard se porta sur l’un de ses camarades, abattu traitreusement par derrière alors qu’il ne combattait plus qu’avec sa dague, sa hache brisée à ses pieds et, posant son regard sur la lame, il sut ce qu’il lui restait à faire. Il prit l’arme des mains de son compagnon —il n’en aurait plus besoin là où il était— et entreprit d’enlever sa propre cotte de maille. Puis, prenant ses cheveux encore poisseux de son sang aussi bien que de celui de ses ennemis, il se rasa méthodiquement la tête, la lame froide raclant sans relâche son cuir chevelu. Puis vint le tour de sa barbe dont il ne laissa que la longueur d’une main. Ayant fini, il se baissa, ramassa sa hache et partit sur les traces du tueur enragé.

Il ne se retourna pas une fois alors qu’il s’enfonçait dans la forêt, les troncs et les branches des arbres cachant peu à peu le convoi de sa vue, et ainsi disparurent avec les chariots fumants et les cadavres des combattants les derniers vestiges en ruine de la vie de celui qu’il n’était plus.


______________________________________________

Eh bien, j'espère que ça vous a plus, n'hésitez pas à partager votre ressenti. Smile

Grom'

PS : Ça fait tellement du bien d'écrire à nouveau... Love


Dernière édition par Gromdal le Dim 1 Fév 2015 - 21:54, édité 2 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mer 14 Jan 2015 - 9:32

Effectivement, une bonne relecture ne serait pas de refus Happy Je relèverai les fautes plus tard, quand tu auras corrigé le plus gros, pour te filer celles qui t'ont échappé Cool

On s'attend un peu à la fin de l'histoire, mais c'est ce qui fait toute la saveur d'un classique épique... Le but n'est pas la fin, mais le chemin parcouru Clap (Par Nagash, que c'est philosophique lol )

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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mer 14 Jan 2015 - 19:15

J'en veux plus ! Ton introduction est sans surprise magnifiquement réussie, se concentrant sur le moment présent, nous laissant dans l'angoisse sur le sort du nouveau tueur nain.

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Jeu 15 Jan 2015 - 19:15

Bon voilà, je me suis relu (deux fois, m'enfin bon...) et j'ai modifié quelques tournures de phrase, comme ça Dame Arken va pouvoir m'achever. lol

En tout cas, me voilà fort content que ça vous plaise, n'ayant pas touché au stylo/clavier depuis un certain temps j'étais assez dubitatif... respect

Bref bref tout plein d'idées me viennent quant à la suite du récit dont j'espère qu'elle vous surprendra le moment venu... Shifty En attendant il va falloir que je trouve le temps de l'écrire ! lol

Grom'
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Arken
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Ven 16 Jan 2015 - 9:58

Il semblerait qu'on m'ait demandé un achèvement... Devil Rassure-toi, il y en a moins que la dernière fois Mrgreen

comme la tempête qui gronde avait d’éclater dans toute sa fureur.
avant*


ses ennemis gisent mort à ses pieds
morts*

une troupe d’ennemis gobelinoïdes assoiffées de sang
UNE troupe donc gobelinoïde* et asoiffée*


comprendre ce qui s’était passé
qu'il*


vienne prendre d l’importun peau-verte
faute de frappe Mrgreen 


Harkrim n’y croyait pas ses yeux
expression idiomatique "n'en* croyait pas ses yeux"


Bientôt, il n’y eu plus un seul adversaire
eut*


ceux qui n’étaient pas encore mort
morts* (X2 Happy )


mais qui avaient semblé plusieurs heures pour Harkrim
phrase assez chelou... proposition : "mais qui avait* semblé être/faire* plusieurs heures"


Le tueur, se redressant, la chaîne pendant dans ses mains, le regarda, et l’intensité dans son regard
répétition entre "regard" et "regarda". Proposition de verbes : fixer, observer, examiner, scruter, contempler, dévisager...


et alors seulement pût Harkrim oser prendre la parole. 
Je ne comprends pas la syntaxe de cette phrase... Pourquoi un subjonctif, pourquoi avant le sujet ?
Proposition : "et alors seulement Harkrim put oser prendre la parole"


tu es le dernier défenseur d’un convoi de cadavre.
cadavres*


Prend soin de toi, guerrier, et fait vivre
La règle "pas de -s à l'impératif 2ème personne du singulier" ne s'applique qu'aux verbes du 1er groupe. Donc prends* et fais*.


—il n’en aurait plus besoin là où il était,
Si tu commences une précision/remarque avec un tiret, finis avec un tiret (c'est comme avec les parenthèses).


les derniers vestiges en ruines
des ruines : pluriel
en ruine : singulier

Ca va ? T'es encore vivant ? Tu comptes me noter dans ton livre des rancunes ? lol

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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 1 Fév 2015 - 21:42

Fautes corrigées !  Cool

Arken a écrit:
Ca va ? T'es encore vivant ? Tu comptes me noter dans ton livre des rancunes ? lol
Très vivant, ma chère, et ne vous inquiétez pas, je n'inscris jamais un employeur dans mon livre des rancunes. Tongue

Bref bref, avec un jour et une semaine de retard, la suite ! Je dois dire que j'ai beaucoup réfléchi au récit, qui a pris une tournure bien plus étonnante que prévu... J'espère que cela vous plaira autant qu'à moi !

Comme d'hab' je poste ça juste après avoir fini le texte, j'ai fait des maths toute la journée, et je dois dire qu'après une heure devant l'écran à finir ma cinquième page, j'ai le cerveau légèrement abîmé. Happy  Rien de grave toutefois, une bonne pinte et je serai reparti. lol Par contre je ne me suis relu que très rapidement donc il doit y avoir un nombre n, entier naturel non nul au moins supérieur ou égal à la partie entière de 2π, de fautes qui traînent dans ce texte. Méchantes fautes. Grr Mrgreen
Donc ne m'en voulez pas s'il-vous-plaît, d'autant plus qu'elles ne doivent pas trop gêner la lecture du texte (j'ai testé pour vous Fou), laissez-moi jusqu'à demain soir pour nettoyer tout ça avant de laisser notre chère collectrice de sang achever le travail. Whistling

En tout cas bonne lecture ! Cool
(Et bien sûr n'hésitez pas à commenter, ça fait toujours plaisir de se savoir lu !  Wow)

_____________________________________

                Le calme régnait sur la vallée enneigée, ses sapins aux manteaux blancs immobiles dans la légère brise qui parcourait les montagnes en cette fin de journée, le soleil couchant dardant de ses rais de feu les pics immaculés de ces géants millénaires. Portée par le vent filant entre les branches alourdies et les stalactites glacées pendant des rocs gelés, une mélodie apaisante, primordiale et inhumaine, s’élevait du val dans son linceul de neige. Et là, sur le pant d’une des vénérables montagnes sur lesquelles grimpait la forêt, assis en tailleur à l’entrée d’une grotte, à l’abri des derniers rayons de l’orbe solaire, l’homme méditait.
 
                Toute la journée, il était resté ainsi sans bouger, perché au-dessus du monde, recherchant dans le calme apaisant à imposer la paix sur son âme et son cœur troublé. Il n’avait pas réussi. Plus le temps passait, plus il lui semblait que le sang qui imbibait ses vêtements se refermait sur lui dans un étau de plus en plus froid, jetant sur son cœur un voile de glace qui lui rappelait sans cesse ce qu’il cherchait si ardemment à faire passer, ne serait-ce que pour un temps seulement, dans l’oubli.
 
                Une journée. C’était tout ce qu’il avait fallu à tout ce qui lui était cher pour passer à jamais dans le néant.
 
                Depuis plus de deux siècles, la Per-Sherebti, la maison des Ish-Sherebti, Ceux qui Recherchent la Perfection, s’était installée en bordure de ce que les humains osaient appeler l’Empire, cet ensemble naissant de tribus disparates de guerriers vivant dans des villages de bois et de boue, luttant pour leur survie, sous le règne d’un supposé empereur tout aussi impuissant que ses servants, les soi-disant comtes électeurs.
 
                Les Ish-Sherebti n’avaient pas plongé dans la déchéance et succombé à leurs passions dévorantes après la chute de l’antique Royaume des Vivants comme l’avait fait jadis le reste des fiers et nobles Immortels de Nehekhara. Menés par la volonté d’accéder à la perfection ultime, physique et  mentale, la fermeté d’esprit des enfants de la Maison de la Perfection leur avait permis de résister aux sombres pulsions que leur condition leur imposait. Pendant plus d’un millénaire, ils avaient erré de par le monde, en si faible nombre depuis la déchéance de Nehekhara qu’ils en  frôlèrent l’extinction. Puis était venu Sigmar, et l’aube d’un nouvel espoir pour la race humaine. La promesse de la renaissance du culte de la Perfection.
 
                Le petit peuple des Hommes avait, après s’être rendu compte que les Ish-Sherebti n’étaient pas de la même trempe que les  vaines créatures déchues qu’ils appelaient désormais les vampires, reçu avec joie l’arrivée des Immortels dans leur région, ces derniers leur offrant leur protection en échange de leur servitude et d’un tribut négligeable de sang. Sans compter que l’espoir que chacun d’eux berçait en son cœur de se faire accepter parmi les Ish-Sherebti lors des épreuves que ces derniers organisaient tous les dix ans, à l’issue de laquelle les vainqueurs éventuels se voyaient offrir une place parmi eux, et la promesse d’accéder au rang d’Immortel après plusieurs années d’entraînement, qui les rendraient dignes de recevoir le don de la vie éternelle, pour pouvoir suivre le chemin de la perfection, de la maîtrise de l’âme, du corps et de l’esprit, à condition de renoncer à tout contact avec le monde, extérieur, imparfait, des Hommes.
 
                Mais les petits chefs des Hommes n’avaient pas vu leur arrivée d’un si bon œil, et sentaient leurs sujets échapper à leur contrôle au fur et à mesure qu’ils se sentaient, et à juste titre, attirés, comme des papillons par la flamme envoutante et pleine de promesses d’une bougie, par la pureté des membres de la Per-Sherebti. Il leur fallait passer à l’action s’ils voulaient conserver leur souveraineté sur leurs faibles sujets, et ainsi continuer à pouvoir vivre à leurs dépens comme ils l’avaient toujours fait, et comme ils étaient en droit de le faire, pensaient-ils au fond de leurs âmes corrompues par cupidité, jalousie et malice.
 
                Un mois de cela, ils en avaient reçu l’occasion.
 
                Une âme corrompue, un félon, avait réussi seuls les dieux savent comment à s’infiltrer par ruse parmi les aspirants, et à tromper leurs maîtres de sorte qu’il reçut le don de vie auquel il n’aurait jamais dû avoir accès. Son esprit faible et déjà détérioré par sa malice ne put supporter le poids de la Vie Éternelle, et il en avait été réduit à l’état de bête, mené par des sentiments primordiaux tels que la rage, la haine et, plus que tout, la faim inextinguible, et impossible à retenir pour son esprit fou, de se nourrir de la chair et du sang des Hommes.
 
                Les chefs des Hommes saisirent cette occasion sans hésitation et, bientôt, toutes sortes de rumeurs coururent sur ce qu’il se passait réellement entre les murs de la Per-Sherebti et ce que l’on faisait subir à ceux qui y entraient et dont personne n’entendait plus jamais parler. On disait qu’on les tournait en monstres assoiffés de sang, en créatures indignes de ce qu’elles étaient jadis, et qu’ils les destinaient à créer une armée pour plonger la contrée dans le chaos et le sang, comme le monstre qui parcourait actuellement la région à la recherche de proies. C’était un essai, disait-on, qui avait mal tourné.
 
                Et bientôt, il n’y eut plus personne pour se présenter à la porte de la maison des Ish-Sherebti. Ce qui n’inquiétait guère ces derniers, peu soucieux du monde extérieur, entièrement tournés vers la recherche de leur idéal.
 
                Une journée, c’était tout ce qu’il leur avait fallu par annihiler la quasi-totalité de la Maison.
 
                Ils étaient arrivés en plein jour, armés de faux, de pieux et de torches, alors que les aspirants et les nouveau-nés étaient dans leur sommeil. Les arts de la guerre, de la sorcellerie et de la mort étant réservés aux étudiants les plus méritants, dont la maîtrise de corps et d’esprit était suffisante pour pouvoir recevoir sans sombrer dans la folie sous le poids de ce lourd, mais noble, savoir, les membres endormis de la maison n’eurent aucune chance face à la marée de ce peuple assoiffé de sang et mené par une haine, contre ceux qu’ils croyaient des monstres, telle que rien n’aurait pu les arrêter.
 
                Lorsque Ingmar, nouveau nom de Senefet, seigneur et fondateur de la Maison de la Perfection revint avec la nuit et ses neuf apprentis —ceux à qui il avait décidé de léguer, le temps venu, tout son savoir—, il put contempler les cadavres décapités de ce qu’il pouvait appeler sa famille, et qui brûlaient en même temps que la grande maison de la Per-Sherebti, les têtes sans corps plantées sur des pieux entourant l’immense brasier, contemplant de leurs orbes vides ces petits êtres à qui le monde avait décidé de rappeler qu’ils n’avaient d’immortel que le nom, et qu’il ne tenait qu’au destin de faire plonger chacun dans les tourments du sang, de la violence et de la mort.
 
                Comme l’honneur le demandait, les dix survivants se préparèrent à porter la mort sur ceux qui avaient osé souiller le nom de la Per-Sherebti. Ils étaient les plus puissants des Ish-Sherebti, des créatures aux pouvoirs surhumains, formés pour atteindre la perfection de leurs performances physiques déjà extraordinaires, au mental d’acier, détenteurs d’un savoir plusieurs fois centenaire affiné au cours des âges. Le sang des Hommes allait couler cette nuit.
 
                Mais que peut faire le petit rocher, fût-il fait de diamant veiné d’or et d’argent, face à la vague immense que l’océan lance sur lui ? Ils étaient dix, ils affrontaient des milliers.
 
                Toute la nuit, ils avaient combattu sans relâche l’armée des Hommes. Lorsque le jour était venu, des nuages noirs comme le fond de leur cœur avaient recouvert le ciel, et le soleil n’avait pas osé poser ses yeux sur cette scène de massacre.
 
                Ce jour-là, chacun des dix commit tant de hauts faits qu’aucun livre ne pourrait tous les conter, et maints vaillants héros également tombèrent de l’autre côté.
 
                Mais ils ne faisaient que retarder l’inévitable, car toute créature ne peut combattre jour et nuit des siècles durant et, un par un, les derniers membres de la Per Sherebti avaient succombé, que ce soit par la fatigue où par un coup chanceux de leurs adversaires, si bien qu’à la fin de ce jour sanglant, seul Senefet et Ian, anciennement Neben’tef, tenaient encore debout. C’était ce dernier, le tout premier des apprentis de Senefet, et le plus fidèle, qui avait vu son maître, son mentor, celui qu’il considérait comme son père, recevoir le coup fatal, traître revers d’une arme magique impie forgée par les nains barbus des montagnes du nord qu’il avait reçu de plein fouet.
 
                Il inspira profondément. Le souvenir de ce moment le perturbait au plus haut point, alors même qu’il cherchait à trouver l’équilibre en lui-même. Pour la première fois depuis sa longue existence, il avait perdu le contrôle de lui-même. Ses confrères, il les connaissait peu : ils allaient et venaient, et ne restaient jamais longtemps. Leur passage dans l’au-delà ne l’avait que peu affecté. Mais pas la chute de Senefet. Tout ce qui le retenait de s’effondrer sur lui-même, son roc, son pilier, était son mentor, et lorsqu’il l’avait vu tomber, il avait oublié tout ce qu’il avait appris. En ce moment même, il livrait encore son combat intérieur pour réfréner ses pulsions ainsi déchaînée. Mais au moment où Senefet avait reçu le coup fatal, il n’y avait eu aucune barrière pour les retenir.
 
                Il s’était jeté sur les ennemis restants la rage au ventre, il avait fait voler leurs membres et couler leur sang, et il s’était délecté de leurs hurlements de souffrance et d’agonie. Il s’était taillé un chemin d’os brisés et de cadavres démembrés, une rivière de sang, pour arriver jusqu’au corps de son maître. Il avait déchaîné toutes les puissances occultes dont il avait appris l’existence sur les soldats, abattant la fureur du ciel, déchaînant les éléments, invoquant ombres et miasmes pour les torturer, puis, en un éclair, il avait disparu, le corps de Senefet avec lui.
 
                Même avec les yeux fermés, il pouvait, assis à l’entrée de la caverne, sentir la présence du corps de son mentor, gisant au fond de la caverne, toujours immobile dans la transe dans laquelle il l’avait placé. Il entendait encore les derniers propos qu’ils avaient échangés juste après leur départ du champ de bataille, Ian prostré sur le sol tenant sur ses genoux la tête ensanglantée du maître blessé à mort.
 
                « Ian, je sens le pouvoir de cette arme me ronger... » Avait-il dit, résigné, grinçant des dents.  « Je ne tiendrai pas longtemps. 
                — Maître, je vous prie, ne dites-pas cela ! » Avait répondu Ian, des larmes de sang perlant ses yeux. Senefet lui caressa la joue de sa main, laissant de longues traces de sang carmin sur la pâle figure de son jeune apprenti. Aucune expression n’était visible sur son visage. Il avait alors repris la parole :
                « Neben’tef, cela est indigne de toi. J’ai commis une erreur en t’offrant le Don si tôt. Malgré toutes ses années, un peu d’enfance est resté en toi. » Il y avait du regret dans sa voix, un peu renfrogné comme s’il avait commis quelque faute facilement évitable. « Je t’ai couvé trop longtemps. Il est temps pour toi de devenir plus qu’un simple apprenti. C’est sur toi que repose la tâche de faire renaître la Maison de la Perfection. » Sa main s’était resserrée avec force sur l’épaule du jeune Immortel. « Il est trop tard pour moi, c’est à toi et à toi seul qu’il revient de le faire.
                — Mais, maître » Ian avait protesté « Je ne connais qu’une infime partie seulement du savoir de notre Maison... Tout le reste a brûlé... Comment pourrais-je lui restaurer sa grandeur sans cela ! Je ne suis que votre humble apprenti... » Il avait baissé la tête de honte, et le regard de son maître c’était aussitôt durci.
                « Cesse donc cela tout de suite ! Tu n’es plus le pauvre enfant que j’ai recueilli il y a tant d’années ! Tu es un maître de la Maison de la Perfection, rien de moins ! Et laisse-moi te rappeler que la Per-Sherebti, je l’ai bâtie à partir de rien, rien ! Tu devrais le savoir, tu étais là. Maintenant, va, je ne veux plus avoir à souffrir de te voir dominé par tes sentiments impies. » Il avait détourné la tête. « Va, te dis-je ! Piètre maître que tu fais ! Va et porte avec toi la semence de la Maison, et laisse cette créature qui est trop longtemps restée en ce monde et dont l’heure est venue d’affronter la mort avec dignité. »
                Il n’avait plus dit un mot.
 
                De toute sa vie, Ian ne s’était jamais senti aussi perdu. C’était comme si, à la vue de son maître tombant à terre, une terrible tempête s’était levée en lui et avait mis à bas le mur invisible qui gardait son esprit des passions destructrices de sa race. Et de cette fosse immatérielle avait jailli une rage incommensurable, une fureur meurtrière, primordiale, instoppable. Elle avait pris le contrôle de son esprit, l’aveuglant, le poussant à tuer encore et encore. Mais c’était elle aussi qui lui avait permis d’atteindre le corps de son maître et de se sauver avec lui.
 
                Et maintenant qu’elle s’était retirée dans un coin sombre de son esprit, et cependant encore bien trop présente au goût de l’immortel, elle avait laissé place à un ouragan d’émotions qui se battaient au-dessus des restes de sa raison. Au moment même où il avait eu besoin de son assurance, de la maîtrise d’esprit inamovible propre aux Ish-Sherebti, elle l’avait déserté. Que pouvait-il faire, lui, pauvre apprenti, si son maître, celui qu’il pensait vivre des siècles tel une montagne, immuable et immortelle alors que les millénaires passaient pour les créatures insignifiantes qui grouillaient dans son ombre ? La chute de Senefet avait ébranlé jusqu’aux fondements de ses croyances. Maintenant que sa croyance la plus ancienne, la plus fermement enracinée dans son esprit, s’était brisée devant la terrible, si improbable, cruelle vérité, il n’y avait plus dans son esprit qu’un immense doute soufflant sur le champ désertique d’un savoir désormais trop hésitant et incapable d’agir.
 
                Il n’arrivait plus à prendre une décision, un tourbillon d’idées tournoyait devant ses yeux, mais plus rien ne lui paraissait sûr à présent, et il ne savait plus quoi faire. Avait-il eu encore besoin de respirer, il se serait étouffé face aux tourments de l’indécision.
 
                Il lui avait fallu plus d’une heure pour arriver enfin à faire taire, ne serait-ce que pour quelques instants, seulement la tempête qui faisait rage dans son esprit, pas assez atténuée pour ne pas revenir à l’assaut plus tard, mais suffisamment pour qu’il puisse sentir que l’âme de son maître n’avait pas encore quitté son enveloppe charnelle. Il lui avait fallu encore plus de temps pour enfin arriver à choisir puis rassembler ses forces et finalement prononcer correctement l’incantation qui avait placé le corps de son maître dans une transe mystique qui pourrait le préserver jusqu’à ce qu’il puisse le soigner définitivement.
 
                Et ainsi était-il là, assis en tailleur devant la grotte dans laquelle il avait déposé le corps de son maître, essayant vainement d’apporter la paix sur son esprit. Qu’allait-il faire à présent ? Son cœur le poussait à soigner son mentor au plus vite, mais il savait que tant qu’il n’avait pas repris le contrôle de sa raison, il n’aurait pas la force mentale suffisante pour compléter les rituels complexes qu’il devrait entreprendre pour redonner au corps brisé par la magie impie de l’arme profane un semblant de force vitale. Les restes de sa raison lui soufflaient de suivre les ultimes commandements de son maître et de perpétrer l’héritage de la Maison de la Perfection, mais il ne pouvait se résoudre à abandonner le vieil immortel, d’autant plus qu’il se pensait incapable de mener à bien la tâche de transmettre le savoir millénaire de la Per-Sherebti. Et dans un coin de son esprit, il y avait une petite voix, sifflante, discrète mais affirmée et persistance, qui lui chuchotait de reprendre son épée, et d’aller semer la mort parmi les Hommes, d’aller prendre la vie de ses chefs cupides et vains qui avaient osé porter la main sur la personne sacrée de son mentor. Après tout, ce dernier, dans sa transe, ne risquait rien dans cette grotte perdue au milieu d’une vallée oubliée de toute créature pensante, et le sort lui donnerait tout le temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard pour le soigner...
 
                Non, il ne pouvait pas faire cela. Il ne devait pas céder à ces pulsions. Il était l’un des Ish-Sherebit, il, il...
 
                Il prit une grande inspiration, et soudain, il accéda au stade supérieur de la méditation. C’était comme si son âme se séparait de son corps et s’étendait dans la vallée. Il entendait, il voyait, il sentait tout ce qui s’y passait. Pourquoi pas, si disait-il, peut-être trouverais-je dans cette contemplation la réponse à mes questions. Et il écouta. Là, un aigle survolait la forêt à la recherche d’une proie. Ailleurs, une renarde nettoyait ses petits. Un peu plus loin, sous un rocher, un écureuil creusait le sol gelé à la recherche de sa provision de noisettes. Ian se pencha sur ce petit être qui semblait si attaché à sa vie, fouillant désespérément le sol de ses pattes griffues pour accéder à sa précieuse nourriture, les flocons de neige éparses se posant doucement sur sa fourrure brune et soyeuse.
 
                Il ne vit pas la stalactite qui se détacha du rocher sous lequel il se tenait et qui le transperça de part en part, le clouant au sol et répandant ses entrailles sur le sol gelé. Une de ses pattes s’agita compulsivement, battant vainement l’air dans un dernier spasme, puis s’en fut fini de lui. La neige se teinta de rouge. Ian mit immédiatement fin à sa méditation et ouvrit les yeux, l’odeur du sang du rongeur encore dans les narines. Sa poitrine se souleva. Le rideau carmin recouvrait encore sa vue. La nature avait parlé. Un sourire carnassier fendit le visage de l’immortel. Sa main se resserra sur la poignée de son épée.
 
                Sa juste fureur allait faire s’abattre sa vengeance sur le monde des Hommes.
_____________________________________

Mon premier récit avec un "vampire"... Je suis ému.

Alors, et vous, qu'est-ce que vous en dites ? Wink

Grom'


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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 1 Fév 2015 - 22:37

Eh bien... Je dis que c'est du lourd ! Du très lourd, même ! J'espère que si tu comptes créer une nouvelle lignée vampirique, tu supporteras le défi jusqu'au bout, avec éventuellement une explication de leurs origines, le développement de leurs rites et de leur philosophie, et leur implantation parmi les humains ! Tout cela intéresse le chroniqueur que je suis ! Fou

Retournons enfin au moment présent, et portons à l'auteur les éloges qu'il mérite : c'est super bien écrit ! Wow Un récit que je te verrais bien apporter lors du concours du comte de la crypte, avec de larges chances de l'emporter, tellement c'est original !
J'y songe à présent : entre le nain et le vampire, s'agit-il de récits discticts, ou d'une seule épopée ? Ou est-ce une surprise ? Parce que si le récit des Ish-Sherebti s'arrête là, me voila bien triste, car j'y voyais un potentiel de développement énorme Sad

Mais comme dans l'absolu, tu nous promets toujours de la haute qualité, je peux dire avec espoir : la suite ! Clap Et encore bravo pour cette belle réussite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 1 Fév 2015 - 22:48

Ah mon cher Essen c'est toujours un plaisir de lire tes comm' autant que tes récits... Smile
Quoique n'en fait pas trop, je ne me suis pas du même niveau que pas mal d'entre vous ici. respect ... Mais j'y travaille. Mrgreen

Pour la lignée je ne vois pas grand chose à dire de plus, ils ne sont pas très originaux, mais si ça t'intéresse je pourrais développer tout ça pour sustenter ta curiosité... Wink

Et concernant ta dernière question, eh bien... Surprise... Shifty

Encore une fois merci beaucoup pour ton comm', ça encourage vraiment et ça fait super plaisir! Cool

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Jeu 5 Fév 2015 - 22:09

Voilà voilà mon cher ! Un "petit" corrigé ! Lol !

Spoiler:
 

Citation :
Maître, je vous en prie, ne dites-pas cela ! » Avait répondu Ian, des larmes de sang perlant ses yeux. Senefet lui caressa la joue de sa main, laissant de longues traces de sang carmin sur la pâle figure de son jeune apprenti.

Oh, Roméo, je t'en prie, ne meurs pas !
Juliette, sois forte, évite de te suicider ! Lol !


Pourquoi ? Pourquoi tant de cruauté, Gromdal ?? Blink
Pauvre écureuil, il était innocent !! Crying lol
(Moi je dis, Ghur est passé par là... Camouflé Ninja )

Bref, une bien belle suite, qui nous promet une autre belle suite Mrgreen
De toute façon, tu n'as pas le choix Vampire (Pourquoi on a pas de smiley avec un fouet ? Sad )

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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 8 Fév 2015 - 22:48

Eh bien, après m'être relevé de tant de violence corrections, le texte est maintenant bien comme il faut.  Fou En tout cas merci pour ton aide précieuse !  Cool

Ah si quand même quelques remarques sur certains points :

Citation :
Mais que pouvait [concordance des temps] faire le petit rocher, fut-il fait de diamant veiné d’or et d’argent, face à la vague immense que l’océan lançait [idem] sur lui ?
Présent de vérité générale. Happy  (Mais après je peux me tromper. Fou)

Citation :
la Par [ c'est "Per" ou "Par" ? Razz ] Sherebti
C'est bien "Per". C'est un vrai mot d'ancien égyptien, qui veut (entre autre) dire "maison".  Wink  Le hiéroglyphe est simple, c'est un rectangle. Mrgreen

Citation :
un peu d’enfance est restée en toi.
Euh là j'ai un petit doute, le sujet, c'est un peu d'enfance, non ?

Citation :
Citation :
Maître, je vous en prie, ne dites-pas cela ! » Avait répondu Ian, des larmes de sang perlant ses yeux. Senefet lui caressa la joue de sa main, laissant de longues traces de sang carmin sur la pâle figure de son jeune apprenti.

Oh, Roméo, je t'en prie, ne meurs pas !
Juliette, sois forte, évite de te suicider ! Lol !
Meuh, c'est méchant de me parodier comme ça !  lol

Citation :
Pourquoi ? Pourquoi tant de cruauté, Gromdal ?? Blink
Pauvre écureuil, il était innocent !! Crying lol
(Moi je dis, Ghur est passé par là... Camouflé Ninja )
Le seul responsable ici, c'est moi ! Vampire Quant au pourquoi... Bah c'est juste que je me suis dit que ça ferait bien dans le passage.  lol

Allez si je travaille dur vous aurez la suite bientôt !  Wow

Grom'

PS :
Citation :
(Pourquoi on a pas de smiley avec un fouet ? Sad )
Parce que tu l'utiliserais trop souvent... Innocent
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 9 Fév 2015 - 10:24

Citation :
   Mais que pouvait [concordance des temps] faire le petit rocher, fut-il fait de diamant veiné d’or et d’argent, face à la vague immense que l’océan lançait [idem] sur lui ?

Présent de vérité générale. Happy (Mais après je peux me tromper. Fou )

Ca peut être un présent de vérité générale.... si ce verbe n'était pas là : fut-il
Si tu veux laisser au présent, il faut changer ce passé simple Mrgreen

Citation :
Euh là j'ai un petit doute, le sujet, c'est un peu d'enfance, non ?
Ah oui. Autant pour moi Razz

Citation :
(Pourquoi on a pas de smiley avec un fouet ? )Parce que tu l'utiliserais trop souvent...
Certes... Je ne peux le nier Angelique

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 9 Fév 2015 - 10:36

Arken a écrit:
Citation :
   Mais que pouvait [concordance des temps] faire le petit rocher, fut-il fait de diamant veiné d’or et d’argent, face à la vague immense que l’océan lançait [idem] sur lui ?
Présent de vérité générale. Happy (Mais après je peux me tromper. Fou )
Ca peut être un présent de vérité générale.... si ce verbe n'était pas là : fut-il
Si tu veux laisser au présent, il faut changer ce passé simple Mrgreen
Euh (mais lors là je n'en suis vraiment pas sûr), "fut-il" ne remplace-t-il pas (ne remplit-il pas ici la même fonction que) "qu'il soit" ?
Pck malgré tout je suis sûr d'avoir déjà lu cette tournure de phrase qq part, donc ça me paraît étrange qu'elle soit fausse.

Grom', qui s'enfonce dans les bas-fonds de la langue française. Fou
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 9 Fév 2015 - 10:56

Citation :
Grom', qui s'enfonce dans les bas-fonds de la langue française.

Et je m'enfonce avec toi Fou

Fut-il = passé simple
Fût-il = subjonctif passé, donc = soit-il
Mais comme dit, le français moderne n'aime pas le subjonctif passé, alors si déjà tu es au présent de vérité générale, t'embête pas avec un passé et mets "soit-il" Wink

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 9 Fév 2015 - 12:41

Et mieux vaut tard que jamais, je viens de lire tout tonte it et il est super. Quite à que ton inspiration tarde à venir, continue à faire une suite aussi bien !!!
Bravo !
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mar 17 Fév 2015 - 21:59

Eh bien, l'attente n'a que trop duré ! Tongue

Petit passage nécessaire pour poser la suite de l'action, histoire de préparer le terrain à des textes bien plus intéressants. Happy
Je suis pas fâché de l'avoir terminé en tout cas, pck (et j'imagine que ça doit se voir dans le texte) je me suis un peu forcé pour écrire ce passage que je ne pouvais me résoudre à mettre en ellipse. Fou (Il paraîtrait que j'aime me compliquer la vie Rolleyes) Surtout que j'avais très envie d'écrire ce qui vient après, et je peux vous dire que ça va être autre chose... Shifty

_______________________________________

                Le soleil s’était couché depuis longtemps lorsqu’Harkrim put rattraper son mystérieux sauveteur, qui avait arrêté sa traversée de la forêt avec la tombée de la nuit. Il était là, assis devant un grand feu au milieu de la clairière. Un peu plus loin gisait un tas de cadavres de gobelins. C’étaient sûrement eux qui avaient allumé le brasier avant que l’enragé ne tombe sur eux à bras raccourcis. Harkrim s’avança vers le feu. Il pouvait enfin contempler de près celui à qui il devait sa vie... ou ce qu’il était désormais, tout du moins.

                À le voir d’aussi près, Harkrim pouvait voir à quel point le tueur était massif. Pourtant, lui-même étant un soldat, il avait vu sa part de guerriers. Mais jamais il ne lui avait été donné de se retrouver face à une telle montagne. Le tueur était un véritable amas de muscles saillants, lustrés et brillants à la lumière du feu, sans aucune place pour de la graisse. Et pourtant pas une parcelle de sa peau n’était intacte : si elle n’était pas recouverte de tatouages ornementaux, dragons et autres créatures mythiques se confrontant aux runes guerrières et aux textes sacrés, c’étaient les cicatrices qui la couvraient. Grandes, petites, profondes, doubles, triples, causées par griffes, dents, sabres ou couteaux, il y en avait de toutes les sortes. Sous les yeux d’Harkrim, le feu faisait danser tout cet amalgame de marques, qui prenait vie devant le nain ébahi, les serpents de runes et de cicatrices se déroulant sous ses yeux pour raconter leurs histoires de massacres et de sang, d’exploits et de mort.

                Mais, plus impressionnantes que tout le reste, étaient les chaînes. Il en portait partout sur le corps, enroulées autour de ses bras, attachées à ses bracelets, pendues à sa barbe, parcourant son dos tatoué et scarifié, portant leur poids d’amulettes et d’effigies ancestrales. Quelques anneaux éparses lui avaient été attachés à même la peau.

                Harkrim soupçonnait que quelques-unes d’entre elles soutenaient sa ceinture, qui était si lourdement chargée que le nain se demandait comment elle pouvait ne pas céder sous le poids de son chargement. Plusieurs sacs de différentes tailles y étaient attachés, accompagnés de quelques bourses, sans compter deux haches. Mais l’objet le plus insolite était de loin l’énorme livre dont il devinait la forme dans le dos du tueur, caché dans les ombres. De ce qu’Harkrim pouvait en voir, l’épaisseur de l’ouvrage égalait la moitié de la longueur de sa main, pour une hauteur bonne d’un avant-bras. Le nain ne put que se demander, perplexe, ce qu’un dammaz drengi pouvait faire avec un tel livre, et, en admettant ce fait déjà étrange, quelle fonction ce dernier pouvait-il remplir.

                C’est alors qu’Harkrim se rendit compte que le tueur l’observait lui aussi, et il leva les yeux pour rencontrer son visage. Par-dessus une barbe teintée d’orange longue d’un bon bras, soigneusement tressée et ornementée de quelques breloques et autres chaînes, surplombé par une courte crête orange, se dressait sous des sourcils broussailleux un visage qui aurait pu être taillé dans du granite. Un visage à l’effigie de son corps : massif, pensa Harkrim. Au-dessus de lourdes pommettes, engoncés dans leurs orbites, étaient deux yeux dont l’intensité frappa Harkrim. Puis, aussi soudainement qu’elle était apparue, la force dans son regard disparut. Il y eut un moment de silence. Puis le tueur prit la parole d’une voix grave et rocailleuse.

                « Ah, c’est donc toi. » fit-il, le visage impassible. Aucune expression n’était visible sur son visage qu’on eut vraiment dit taillé dans de la pierre. Ses yeux restèrent un moment sur la barbe coupée d’Harkrim et de son crâne rasé, mais il ne fit aucun commentaire sur le nouveau choix de vie du nain. À la place, il prit l’une de ses nombreuses sacoches qui pendaient à sa ceinture et en sortit une petite bourse de cuir qu’il lui lança, disant d’une voix plate :
                « Un peu plus loin derrière moi, tu trouveras un petit ruisseau, ça devrait faire l’affaire. » Il désigna les arbres derrière lui d’un vague geste de la main, puis fixa de nouveau le feu. « C’est une chance que tu n’aies besoin de graisse de porc, je n’en ai plus. »
                Il ne prononça plus un mot, le regard fixé sur les flammes mouvantes, Harkrim restant debout, le regard interloqué, la bourse dans la main. Au bout d’un moment, ce dernier reprit ses esprits, et, ouvrant la bourse, plongea un doigt dedans. Il le ressortit plein d’une poudre orange et légèrement collante. De la teinture... Il comprenait à présent.

                Il prit le chemin que lui avait montré le tueur, le remerciant d’un signe de tête au passage, bien que ce dernier ne montra aucun signe de réaction, puis s’enfonça dans la forêt. Il arriva, au bout d’un moment, à un petit ruisseau, assez large mais très peu profond, qui courait sur un lit de galets au milieu d’une petite clairière. La lune brillait, loin au-dessus, parmi les étoiles, et éclairait la scène d’une lumière douce, teintant le décor d’une couleur bleue qui contrastait avec la lueur orange du feu et de la clairière qu’il venait de quitter.

                Harkrim s’agenouilla à côté d’un gros galet creux, et, regardant l’eau qui courait à côté de lui, il s’arrêta un moment pour se contempler dans le miroir mouvant que lui offrait le ruisseau. Un nain désormais chauve, au visage ovale, ses yeux bleus le fixant sous des sourcils bruns, encadrant un nez droit par-dessus des joues un brin tirées par la fatigue, quelques boucles brunes descendant le long de son menton sur son torse nu et musclé, le regardait de l’autre côté du mur d’eau, ses émotions oscillant entre une légère tristesse, une certaine lassitude, et la résignation. Ainsi donc, c’était à cela qu’il ressemblait. Il n’était plus Harkrim Durgrimsson, du clan du Marteau d’Argent. Au final, il n’était plus personne, juste peut-être Harkrim le tueur. Fermant les yeux, il poussa un grand soupir.

                Il saisit la bourse que lui avait donnée le tueur, et en sortit un peu de poudre orange qu’il étala dans le creux du galet à côté de lui, avant d’y mélanger un peu d’eau du ruisseau pour obtenir un liquide orange et épais. Il s’en badigeonna le bout des doigts et les passa dans sa barbe. Le contact de l’eau glacée sur sa peau le fit frémir. Il répéta ainsi le processus jusqu’à ce que sa barbe ait pris une profonde teinte orange, puis se rinça les mains dans le ruisseau après avoir utilisé le peu de mélange qui lui restait sur ses sourcils. Ce n’était pas n’importe quelle teinture que le tueur lui avait donnée, mais bien de la très bonne qualité, elle était absorbée par les poils de barbe et les teignaient en profondeur, bien plus efficacement que ce que le nain avait été donné de voir. Harkrim sourit. Ainsi donc les tueurs prenaient encore soin de leurs attributs. Ils gardaient un peu de leur fierté après tout, se dit-il avec un petit sourire.

                Mais il n’eut pas le temps d’y penser plus avant : un grand cri, inhumain, s’éleva de la forêt, en provenance de la clairière où il avait quitté le tueur. Saisissant d’une main sa hache, qu’il avait accrochée à la ceinture, et de l’autre la bourse contenant la teinture, il se précipita vers la clairière.

                Lorsqu’il arriva, il était déjà trop tard.

                Cinq gobelins gisaient morts au pied du tueur enragé, un squig aussi grand que lui agonisant dans son dos, le ventre déchiré. L’enragé cracha sur les cadavres des gobelins. « Vermine. » l’entendit dire Harkrim. Il n’accorda même pas un regard au corps encore chaud du squig alors qu'il l’enjambait pour reprendre sa place auprès du feu. Harkrim s’assit en face de lui sans mot dire.

                « Ils viennent de Langk-galaz Grung. »

                Il fallut un moment à Harkrim pour comprendre que le tueur enragé lui avait adressé la parole, sa voix grave retentissant dans le silence de la clairière.
               
                « C’est un petit fortin gardant une grosse mine d’or aux gisements désormais épuisés, tombé il y a quelques siècles aux mains des peau-vertes. Ces grobi —il désigna les cadavres garnissant la clairière— sont des pions au service de Nashrak. C’est un petit chef gobelin qui s’est rebellé contre les orques de Langk-galaz Grung. Va savoir pourquoi. C’est lui que je cherche. Si je survis, je partirai pour la mine. » Il marqua une pause dans son monologue. Pourquoi lui disait-il tout cela ? se demandait Harkrim. Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir, son interlocuteur reprenant la parole. Son ton était plus sombre.
                « Ce sont eux qui vous ont attaqués ce matin, et le peu d’entre eux qu’il reste est reparti vers leur repère, un peu plus au nord. J’imagine que tu aimerais les affronter à nouveau. »
                Attendez une minute... pensa Harkrim. Il me demande de me joindre à lui ? Ce n’était pas coutume des tueurs expérimentés, qui préféraient errer seuls de peur qu’un tueur moins bon qu’eux ne viennent les priver d’une mort glorieuse. Quoi qu’il en soit, le tueur enragé avait raison, frapper les meurtriers de son clan marquerait un bon début pour sa vie de tueur. Et qu’il vienne à tomber face à eux, une telle mort lui permettrait amplement de rejoindre les halls de ses ancêtres. Il inclina la tête en guise d’acquiescement. Le tueur enragé reprit la parole. :
                « Bien, ainsi soit-il. Demain, nous partons pour le repaire des grobi. Et après... » Un sourire carnassier fendit le visage du tueur.  « Et après, Langk-galaz Grung. »
_______________________________________

Voilà voilà, je me suis déjà "relu" donc, Arken, tu peux te déchaîner (Mrgreen), sinon n'hésitez pas à comm' ! Cool

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mer 18 Fév 2015 - 9:53

Eh bien ça se voit, j'en trouve beaucoup moins Happy

Ce ne fut pas avant la tombée de la nuit qu’Harkrim put rattraper son mystérieux sauveteur, qui avait arrêté sa traversée de la forêt avec la tombée de la nuit.
De 1, tu répètes dans la même phrase "à la tombée de la nuit".
De deux, c'est assez étrange de parler de façon négative pour indiquer un moment précis... Préfère une syntaxe positive pour placer un lieu ou un moment.
Ex : L'éclat des deux lunes transperçait la forêt et dessinait des ombres mystérieuses quand Harkrim put rattraper... 

il y en avait de toute les sortes
de massacres et de sangs
Plusieurs sacs de différentes tailles y était attachés
Puis le tueur pris la parole
et y sortit une petite bourse ("en" est beaucoup plus convenable ici).
C’est un chance que tu n’aies besoin
ce dernier reprit ses esprit
qui courait sur un lit de galet
Il saisit la bourse que lui avait donné le tueur (syntaxe pas évidente pour savoir l'accord... mais le COD est quand même avant le verbe Wink )
elle était absorbée par les poils de barbes et les teintaient en profondeur
au corps encore chaud du squig alors l’enjambait pour reprendre sa place (je suppose qu'il manque "qu'il" ?)
J’imagine que tu aimerais les affronter à nouveaux.

Voilà Mrgreen Tous les mots soulignés ne sont pas corrigés... Si certains te restent flous, n'hésite pas.


Sinon, sur le fond, j'apprécie toujours autant Smile Au milieu de toutes ces histoires de vampires, ça fait du bien un récit épique de nain. Ça nous permet de découvrir la culture d'une autre race par une histoire toute à fait intéressante. Tu arrives bien à pauser l'ambiance et le silence si particulier entre les deux nains.
Une question existentielle, pour une dame qui ne se teint pas les cheveux et orange... A quoi sert la graisse de porc ? lol

Et donc je réclame la suite ! Clap
Surtout avec ton discours qui nous promet du lourd Whistling

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Les mots sont un don. Les mots sont une arme. Les mots ne se gaspillent pas. P.B.
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mer 18 Fév 2015 - 13:48

Arken a écrit:
Eh bien ça se voit, j'en trouve beaucoup moins Happy
Nan, c'est juste que le texte est plus court.  Mrgreen

Arken a écrit:
Une question existentielle, pour une dame qui ne se teint pas les cheveux et orange... A quoi sert la graisse de porc ? lol
C'est pour faire tenir la crête...  Mrgreen Pas de gel à cette époque, mais de toute façon comme la gars est chauve, il n'en a pas besoin. Happy

Arken a écrit:
Et donc je réclame la suite ! Clap
Surtout avec ton discours qui nous promet du lourd Whistling
Je sais pas pourquoi mais ça me met la pression... Whistling

En tout cas je suis bien content que ça te plaise ! Smile (et que je fasse moins de fautes aussi Mrgreen)

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 22 Fév 2015 - 9:40

Arken a écrit:
Et donc je réclame la suite ! Clap
Surtout avec ton discours qui nous promet du lourd Whistling
Une petite pensée pour tous ces gobelins à qui ton superbe discours raccourcit séverement l'espérance de vie  RIP (qui, pour un gob, n'est déjà pas terrible à la base lol )

Comme tu as dit, Gromdal, c'est un passage nécessaire pour passer à la suite, passage qui ne laisse strictement rien à redire (et Nagash sait à quel point je suis "pinailleur"... Rolleyes ). Bref, bravo !  Clap

Shifty Je me permets juste un caprice : peut-être pourrait-on ajouter encore une pincée de descriptifs des lieux ; la forêt pour le coup, mais je pense surtout aux lieux qui seront les prochaines cibles de tes héros : "(...)le repaire des grobi. Et après... » Un sourire carnassier fendit le visage du tueur.  « Et après, Langk-galaz Grung. »"  

Désolé pour vous les gobz, mais je demande quand-même la suite  Clap

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 22 Fév 2015 - 9:56

Von Essen a écrit:
Arken a écrit:
Et donc je réclame la suite ! Clap
Surtout avec ton discours qui nous promet du lourd Whistling
Une petite pensée pour tous ces gobelins à qui ton superbe discours raccourcit séverement l'espérance de vie  RIP (qui, pour un gob, n'est déjà pas terrible à la base lol )
Je ne peux que répondre en images :
Spoiler:
 

Citation :
Shifty Je me permets juste un caprice : peut-être pourrait-on ajouter encore une pincée de descriptifs des lieux ; la forêt pour le coup, mais je pense surtout aux lieux qui seront les prochaines cibles de tes héros : "(...)le repaire des grobi. Et après... » Un sourire carnassier fendit le visage du tueur.  « Et après, Langk-galaz Grung. »"  
Bah, la forêt reste une forêt des plus normales, c'est pourquoi je suis passé au-dessus. Après, s'il avait eu quelque chose de spécial, je me serais attelé à une bonne description. Wink  Après tout, ceux qui ont lu Des Os dans le Sable savent que j'aime les descriptions. Mrgreen (J'ai passé quoi, 9 pages, rien qu'à décrire la pyramide ? lol).
Par contre pour ce qui viendra par la suite, là oui j'ai prévu les descriptions qu'il faut. Il le faut bien, je ne peux pas réclamer des descritpions chez Arken et ne pas en faire moi même...  lol

Von Essen a écrit:
Désolé pour vous les gobz, mais je demande quand-même la suite  Clap
C'est exactement la mentalité qu'il faut avoir. Devil

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 22 Fév 2015 - 10:08

... Je leur donne deux secondes chacun quand les tueurs arrivent, trois au mieux Devil

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 1 Mar 2015 - 23:37

Whaouuu ! affraid

Ma-gni-fique... J'avais déjà du respect pour tes dessins tes récits et ton récit audio Grom' , mais la tu démolis la notion même de respect ! J'ai lu ton récit d'une seule traite deux fois de suite ! Quand je lit ou regarde un film la qualité m'intéresse souvent moins que la petite " étincelle " qui fait que j'accroche,  et je peux te dire que la je suis scotché, tu as mis pile poil le doigt sur des éléments que j'affectionne, mais en plus tu les as bien tournés ( désolé mais le guerrier immortel super calme qui décide de bien péter sa bonne grosse furie sanglante... je craque Love )
En plus je suis carrément jaloux, tu as inventé  une nouvelle lignée et tu l'a fait à la perfection ! ( jusqu'ici en tout cas... Vampire )
Franchement, à part demander une suite dans la même ligne directrice et avec autant d'éléments entraînants je peux rien demander de plus ( oui c'est déjà beaucoup ! Very Happy )
La vache ça m'a redonné envie d'écrire tout ca dis donc ! Bon courage pour la suite parce que franchement y a que du bon ! Wink
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Dim 20 Déc 2015 - 0:10

ENFIN ! Le retour après 9 mois sans nouvelles !
Eh oui, le temps n'a pas joué avec moi et pour écrire, ce n'était pas toujours facile... surtout que j'en attendait beaucoup de ce passage ma foi assez dur pour moi à écrire, au point que je l'ai réécrit quatre fois, à quelques mois d'intervalle, avant d'arriver à un résultat qui me satisfasse.
Et me voilà, enfin satisfait. Enfin... je pense que je n'ai pas fini de retravailler ce texte qui ne répond toujours pas à ce que j'attendais vraiment, mais ça n'arrivera pas avant longtemps... alors le voici tel qu'il est maintenant, et j'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi. Wink
Vu que ça fait quand même 9 mois... Raffraichissez-vous la mémoire avec le 2nd texte, il ne fait que 5 pages, ça se lit vite (Mrgreen)et ça vous permettra de comprendre encore plus pleinement ce qui se passe ici. Smile

Bonne lecture !  Cool

____________________________



               « Mais, mon seigneur... 
               — Je ne veux rien savoir ! » La réponse de son lige ne se fit pas attendre. « On les a tués pour une bonne raison, et moi, je ne tiens pas à attendre mon tour bien sagement, je me fiche de ce que vous pensez ! Je vous paye pour me protéger, alors faites votre travail ! »
               Schwartzhert, seigneur de Ladenhof, et sa garde, traversaient les bas quartiers de la ville en direction de la demeure seigneuriale, qui trônait sur sa colline, entourée des maisons des pauvres et des lâches.
 

               La boue était partout. Étalée sur le sol, sur les murs, éclaboussés de cette mixture de terre impropre et des excréments des chiens galeux et autres vermines qui infestaient l’endroit, et même sur les toits en pailles, malformés, troués, effondrés par endroits. Les pitoyables chaumières de ces tout aussi pathétiques habitants. Des vieillards, faibles, courbés sur leurs années perdues à jamais, regardaient les soldats passer de leurs yeux au regard mourant, enfoncés dans des orbites creuses au milieu d’un visage terriblement ridé, tandis que leur progéniture, vouée au même destin morne et triste, courait allègrement dans la boue, leurs pieds nus plongeant dans les excréments à la poursuite des chiens faméliques du quartier. Ils n’étaient protégés du froid mordant que par des vêtements déchirés et rapiécés qui flottaient sur  leurs corps rachitiques et maigres à faire peur. Le seigneur de la ville observa l’un des pauvres canidés se faire battre à mort dans une ruelle par le groupe de jeunes qui l’y avait piégé. Ils pouvaient bien naître dans leurs trous à rats et y crever aussitôt, Schwartzhert n’en avait cure. Ils ne méritaient pas mieux.
               Puis ils passèrent les murailles de la ville haute, la boue faisant place aux routes pavées. Mais sous les aspects plus raffinés de ladite ville se cachaient tous les plus bas instincts de l’homme. Ces habitants, sous leurs traits de nobles gens, n’étaient pas beaucoup mieux que les miséreux de la ville basse, et ces derniers pouvaient au moins se permettre de se dire qu’ils menaient des vies honnêtes. Pas ceux-là. La ville haute n’était que repaires de marchands qui s’entretuaient à grands coups de dettes, de trocs et de monnaies pour pouvoir festoyer sur les cadavres de ce que leurs collèges abandonnaient avec leur vie, égorgés dans des sombres ruelles par les sbires des négociants plus perfides qu’eux. La chevalerie n’était qu’un rideau qui cachait les méfaits des soi-disant nobles, qui eux aussi s’entretuaient pour obtenir les faveurs de leur seigneur et amasser encore plus de cet argent dans le vain espoir d’assouvir leur soif maladive de cet or malsain. Et quand ils ne se faisaient pas tuer par leur rival pendant des joutes à cause d’un mouvement parfaitement accidentel, le poison dans leurs coupes avait raison de ceux qui n’arrivaient pas à se maintenir dans cette course mortelle. Et les femmes, les femmes ! Elles n’avaient rien à envier aux catins des maisons closes, ces havres de débauche qui parsemaient la ville et où tous les penchants de l’homme que la raison condamnait pouvaient se déchainer. À grands coups de rumeurs, elles éliminaient leurs rivales en même temps que leurs réputations, ouvrant leurs jambes à tous ceux qu’elles jugeaient utiles pour s’élever au-dessus des autres. Tel était ce champ de bataille de traîtres et de fourbes, de coups fourrés et de complots, de poisons et de poignards que représentait la ville haute, et où nul honnête homme ne pouvait survivre sans avoir à succomber aux mœurs tribales et barbares de la cité.
               Enfin, trônant au beau milieu de cet havre de violence, surplombant l’endroit rassemblant les pires méfaits humains du haut de la colline sur laquelle elle était perchée, se dressait la demeure de celui qui les dépassait tous : celui qui s’était hissé en haut de cette pile de déchéance, qui avait tué, empoisonné, fait assassiner sans scrupule ni remord tous ceux qui s’étaient opposés à lui, bons ou mauvais, vertueux ou malfaisants, qui avait exploité les pauvres comme les riches, pour s’approprier les dernières richesses d’une contrée déjà appauvrie, et qui était prêt à toutes les bassesses possibles pour rester à la tête de cet havre de décadence. 
               La porte du château se referma sur la troupe.
 
               Le seigneur de Ladenhof ne put contenir son expression de mépris alors qu’il passait devant l’unique fenêtre de sa petite bibliothèque, et par laquelle il pouvait contempler son domaine, les maisons de la ville haute s’illuminant peu à peu alors que la nuit recouvrait le monde de son manteau de noirceur. Ils n’étaient que des lâches, des pauvres et des faibles, tous juste bons à se faire marcher dessus par les plus puissants qu’eux. Ce qu’il ne se gênait jamais de faire, d’ailleurs.  
               Tel était l’ordre du monde, la façon dont il en avait toujours été. Mais avec toutes ces autres créatures, les elfes, les nains et les autres démons qui se combattaient pour la domination du monde, que pouvait faire l’homme, cet être pitoyable et faible pris dans ce combat de titans ? L’homme n’avait sa place qu’aux pieds des plus forts. Son autre choix ? Le chemin du chaos. Mais Schwartzhert n’en avait cure : il avait mieux à faire qu’à vendre son âme, marché qui au final ne se réduisait que par encore plus de servitude. Non, quitte à devoir servir les plus puissants que lui, autant se préserver quelques libertés, et le Chaos n’en offrait aucune. Schwartzhert en avait assez vu pour savoir que tout cela était vrai. 
               Mais Schwartzhert voulait survivre. Et si sa survie devait passer par la mort des autres, il ne s’arrêterait pas. Dans un monde où des êtres d’une puissance inouïe pouvaient raser des montagnes d’un simple mouvement de bras, les pauvres créatures sans aucun don n’avaient pour survivre que leurs propres mains, et ce que ces dernières pouvaient leur apporter. Et c’était comme cela que Schwartzhert comptait survivre. Tout ce qu’il avait à présent, il l’avait obtenu par lui-même, ou en utilisant les autres. Il avait exploité les pauvres, menacé les lâches et éliminé les puissants pour y arriver, sans aucun remord ni regret. Certes, il n’était qu’un homme, mais il avait dix mille âmes pour le servir, tenues par la peur et la souffrance.
Harfenberg, le seigneur de la région, le véritable maître des lieux et de tous les autres comtés des environs, l’avait bien compris.
               Mais il était vieux et faible. On ne l’avait plus revu depuis la bataille qui les avait opposés aux vampires... Son pouvoir, il ne le garderait plus longtemps en main. Schwartzhert serait là pour reprendre le flambeau. Il avait déjà tout prévu. Il avait de quoi éliminer Brandenhatz, son rival, de quoi tourner le conseil de Leuchtafen en sa faveur, et assez d’argent pour s’assurer le soutien des marchands et de la garde.
               Dans la pénombre de la salle illuminée par une unique bougie, Schwartzhert sourit froidement, s’asseyant confortablement dans son fauteuil. Tout irait pour le mieux. Un assassin, sûrement à la solde de Brandenhatz, que Schwartzhert croyait pourtant droit et honnête, s’était pris la peine d’éliminer les deux autres chefs de la région, moins puissants, laissant la voie libre à Schwartzhert pour en prendre le contrôle une fois son affaire avec Harfenberg terminée... Lui-même n’avait rien à craindre, seul dans sa bibliothèque, son unique fenêtre trop petite pour qu’un homme puisse s’y faufiler, et dont la porte était gardée par une demi-douzaine de ses meilleurs soldats. Confiant dans l’avenir, le seigneur de Ladenhof reprit son livre commencé le matin même, le cœur léger et l’esprit satisfait.
 

               Le froid tira Schwartzhert de son livre. Évidemment, il avait encore laissé la fenêtre ouverte, et avec la tombée de la nuit, l’hiver se faisait glacialement sentir. Des langues de brumes serpentaient depuis l’ouverture jusqu’au milieu de la pièce, louvoyant entre les meubles, folâtrant dans l’air en un ballet silencieux. On avait presque l’impression de voir des formes se mouvoir à l’intérieur. Amusé, Schwartzhert s’arrêta un moment pour contempler la valse du brouillard.
               Puis le brouillard retomba soudainement, et il était là. Les lambeaux de brume s’étaient enroulés autour d’eux-mêmes, et, comme si un coup de vent les avait balayés, ils s’étaient dissipés, et, du brouillard qui s’effaçait, il était sorti comme une ombre aux milieux de la brume.
               Il était grand, une véritable montagne au visage plongé dans les ténèbres, et sous sa cape dont il était entièrement drapé, et dont les pans se fondaient toujours dans le brouillard, Schwartzhert devinait une armure.
               Un assassin, encore ?
               Ce n’était pas le moment de traîner. Il n’avait plus le temps de réfléchir. Schwartzhert se redressa d’un coup, son visage déformé en un masque de terreur. Levant une main tendue vers son adversaire, il hurla d’une voix étranglée : 
               « Non ! Pitié, ne me tuez pas ! »
               Derrière le rideau de ténèbres, Schwartzhert sentit la surprise de la figure. Il n’avait pas besoin de plus.
               Plus vite que l’œil ne pouvait le suivre, son autre main passa à sa ceinture et en une fraction de seconde, le couteau se fichait dans un bruit mat dans le torse de l’assassin, s’enfonçant profondément malgré l’armure. Le mouvement était fluide, et le lancer précis. Clairement, il n’en était pas à sa première fois.
               Schwartzhert se détendit, et son visage retourna à son rictus de mépris dont il avait l’habitude. « Encore un... Voilà pour toi, espèce de salopa... »
               Le couteau, dans un bruit de succion, tomba de la plaie et tinta lourdement sur le sol. La bougie s’éteignit, plongeant la pièce dans les ténèbres. Le visage de Schwartzhert arborait une véritable expression d’horreur, et cette fois, il ne jouait pas la comédie. De sa bouche sortit un son étranglé, il bégaya :
               « Que... comment ... comment ... »
               L’assassin était là, toujours debout, au milieu de la pièce. Il n’avait même pas réagi lorsque la dague l’avait heurté de plein fouet. Il y eut un long moment de silence alors que les deux ‘hommes’ se faisaient face, Schwartzhert, tremblant, le dos contre la porte, et l’inconnu, immobile au centre de la pièce, toujours dissimulé dans les ombres.
               « Vous... » L’inconnu murmura entre ses dents serrées d’une voix sifflante, saccadée.
               C’était de leur faute... Aux hommes comme lui... Aucun respect pour la vie, aucune logique... À cause de lui, à cause de gens comme lui...
               « Vous... » répéta-t-il, une rage terrible et mal contenue dans la voix.
               « Je vous demande pardon ? » bégaya Schwartzhert d’une voix apeurée. Il suait à grosses gouttes. « Si vous voulez... on peut toujours s’arranger... je suis riche après tout... Tout ce que vous voulez, prenez-le, quoique ce soit... Prenez la vie de mes villageois si vous le voulez, je n’en ai cure... Mais pitié, pitié... épargnez-moi... »
               ... à cause de lui, SENEFET ÉTAIT MORT !
               Et d’un coup, la raison de Ian disparut, avalée dans un torrent de haine, de rage et de sang. Il voulut parler, mais il ne put que hurler comme une bête sauvage. Un hurlement inhumain, à glacer le sang, auquel se mêlèrent les cris de Schwartzhert qui tambourinait à sa porte comme un fou-furieux.
               « Pitié ! » hurla-t-il une dernière fois.
               Mais le vampire, implacable, fondit sur lui.
               « TAIS-TOI ! »
               Le cri retentit dans la pièce, comme un coup de tonnerre, et dans les ténèbres,  une main fusa. Schwartzhert cracha une gerbe de sang et tomba à terre. Le coup avait été net et précis : d’un seul mouvement, il avait transpercé la gorge de Schwartzhert. Mais ce dernier s’accrochait encore désespérément à la vie, ses mains couvertes de sang s’agrippant à la cape du vampire. Dans un hurlement de rage, ce dernier envoya l'homme voler à travers la pièce, avant de se jeter à nouveau sur lui. Tous ses muscles étaient tendus à craquer. Sa rage bouillonnait en lui, incontrôlable. Il se saisit du seigneur encore inconscient et d’un seul mouvement, planta profondément ses crocs dans son cou. Il voulait vider l’homme de son sang jusqu’à sa dernière goutte. Il ne se contrôlait plus. Il n’était plus qu’une bête. Pris d’une frénésie meurtrière, il se mit à déchirer des morceaux de chair, dégoulinants de sang, et les avala un par un.
 

               Lorsque Ludwig Eisenhelm, capitaine de la garde de Ladenhof, s’engouffra enfin dans la bibliothèque, Schwartzhert était déjà mort depuis bien longtemps. Au milieu de la pièce, baignant dans des langues d’ombre, une monstruosité de noirceur et de sang, deux yeux rougeoyant comme des braises dans les ténèbres, dévorait de ses crocs ensanglantés le cadavre de leur seigneur.
               Son sang ne fit qu’un tour. Il hurla à plein poumons, brandissant son épée :
               « Gardes ! Sus à l’abomination ! »
               Et tous s’élancèrent dans la pièce en criant, armes aux poings.
               Dans les ténèbres, le regard du vampire s’anima d’une rage renouvelée, et il laissa retomber le cadavre. Un sourire terrible déchira son visage.  Après tout, la nuit ne faisait que commencer, dans le château de Ladenhof.
 


               Ian courait dans la forêt, aveugle à ses alentours, les bras devant son visage pour se protéger des branches des arbres qui le fouettaient sans pitié.
               Qu’avait-il fait ?
               Il s’était encore une fois perdu dans sa bête intérieure. Quand il était revenu à ses esprits, le clair de lune illuminait la cour du château de Ladenhof, au milieu de laquelle il se tenait, entouré des cadavres démembrés de la garde du castel. Il n’avait aucun souvenir de ce qui suivait le moment où il s’était jeté corps et âme sur Schwartzhert implorant. Il avait parcouru tout le château dans l’espoir d’y trouver âme qui vive. Mais il n’avait laissé aucun survivant.
               Partout n’étaient que scènes de mort et de violence déraisonnée. La femme et le fils du seigneur avaient tenté de s’enfuir par un des nombreux passages secrets qui garnissaient le château. Il avait coupé court à leur fuite, et les avait jetés depuis le haut du donjon pour peindre de leur sang les rocher qui gardaient les bas du château. Les corps sans vie des laquais pages jonchaient les couloirs. Les pages avaient été égorgés dans leurs lits, en plein sommeil, leurs orbites vident fixant aveuglément le plafond couvert de leur sang. Ailleurs, les servantes gisaient dans les cuisines, leurs corps brisés lancés çà et là au milieu des tables brisées et des marmites renversées. Mêmes les prisonniers avaient été massacrés dans leurs cellules.
               Ian s’arrêta un moment, sa respiration brisée, et dut s’appuyer d’une main contre un pin chargé de neige. En se remémorant ces images, il avait tremblé de tout son corps. Toute cette rage... il n’avait pu la contrôler. Elle avait balayé toutes ses défenses, et emporté son esprit dans un tourbillon de violence et de mort.
               C’était dégoûtant. Tout cela, c’était de la faute de ce maudit Schwartzhert... Oui, c’était à cause de lui s’il avait perdu le contrôle de lui-même.
               « MAUDIT SOIT-IL ! » hurla-t-il dans le vent, frappant de son poing l’arbre, envoyant voler des éclats alors que le tronc explosait sous le coup. La décharge de magie noire qui suivit emporta avec elle tous les pins alentours, et lorsque la neige retomba, il était seul au milieu d’un petit cratère jonché de racines et de branches brisées, des épines de pins éparpillées çà et là. Désemparé, il contempla d’un œil vide le spectacle, et s’effondra sur lui-même
               Non, non... Il devait... il devait reprendre le contrôle de son corps et de son esprit. C’était lui le maître, lui et rien d’autre. Instinctivement, il ferma les yeux et chercha la présence rassurante de son maître. Il ne trouva rien.
               Bien sûr. Après tout, son maître était réduit à l’état de corps sans vie, caché quelque part dans une grotte non loin de l... Ian s’arrêta d’un coup dans ses pensées. Dans sa méditation il avait décelé deux présences dans la grotte où il avait déposé le corps de Senefet. Comment osaient-ils ? Il devait les tuer, les égorger, leur faire souffrir mille maux, il devait les...
               Non ! Ian secoua la tête pour se débarrasser de sa soif de sang naissante. Il devait reprendre le contrôle de lui-même. Il ferma de nouveau les yeux, et tenta de ralentir sa respiration. Il était son propre maître. Lui. Rien d’autre. Il devait s’en aller d’ici. Il devait protéger Senefet. Voilà, cela était bien, il commençait à se calmer. De toute façon, ces individus ne représentaient aucune menace pour lui. Il pourrait toujours les éliminer si nécessaire. Oui, c’était cela qu’il devait faire. Ça et rien d'autre.
               Il devait les tuer. Les tuer tous.
               Ses canines brillèrent dans l’ombre lorsque ses lèvres s’entrouvrirent en un large sourire grimaçant. Il rouvrit les yeux, et l’éclat de la lune absent les transforma en un puits de ténèbres.
               Oui, il allait tous les tuer. 
____________________________

Arken peut me tuer si elle veut, je me suis déjà plus ou moins relu. Fou

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Dernière édition par Gromdal le Lun 21 Déc 2015 - 19:02, édité 6 fois
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 12:07

bande de lâches, me forcer moi, un elfe, à commenter un nain en premier Tongue

et bien, c'est un drôle de changement de contexte, passer à des nains massacrants du gobs à un château et à l'évocation des intrigues commerciales, c'est étrange, mais le lien n'en sera que plus savoureux.

Cependant, tu avais réussi, à la fin de ce texte, à me faire apprécier ce Schwartzhert, qui réalise qu'il vie dans un monde où des forces étranges sont à l'oeuvre, mais décidé à tirer son épingle du jeu. Dommage pour sa mort RIP

Enfin, je crois qu'il y a une ambiguité lors du paragraphe de corps-à-corps à la fin: il me semble que le "il" qui jette le seigneur est le vampire, mais durant ma première lecture, j'avoue avoir compris l'inverse (que l'homme jetait dan un dernier effort le seigneur vampire)…

c'est le moment de lancer un traditionnel (et fortement justifié) "la suite  Mrgreen "
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 16:23

Citation :
Arken peut me tuer si elle veut, je me suis déjà plus ou moins relu.
Je comptais juste lire tranquillement, mais là tu me cherches Tongue

Spoiler:
 

Je suis sûre que le dessin que tu nous a présenté il n'y a pas longtemps est en fait Ian dans les ombres  Mrgreen

Et comme le dit bien ce cher elfe, on veut la suite !  Devil

_________________
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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 19:14

ethgri wyrda a écrit:
Cependant, tu avais réussi, à la fin de ce texte, à me faire apprécier ce Schwartzhert, qui réalise qu'il vie dans un monde où des forces étranges sont à l'oeuvre, mais décidé à tirer son épingle du jeu. Dommage pour sa mort RIP
C'est un sadique à l'ego surdimensionné. Il ne me manquera pas.  lol

ethgri wyrda a écrit:
Enfin, je crois qu'il y a une ambiguité lors du paragraphe de corps-à-corps à la fin: il me semble que le "il" qui jette le seigneur est le vampire, mais durant ma première lecture, j'avoue avoir compris l'inverse (que l'homme jetait dan un dernier effort le seigneur vampire)…

Arken a écrit:
Je comptais juste lire tranquillement, mais là tu me cherches Tongue
Eh, comment pourrais-je me passer de ma meilleure correctrice (la seule, en fait) ? Mais je crois que je suis un peu masochiste, parfois. Mrgreen
Surtout que par rapport à d'autres fois, j'en ai pas fait beaucoup, des fautes... Innocent

Arken a écrit:
Au milieu de la pièce, baignant dans des langues d’ombre, une monstruosité de noirceur et de sang, dotée de (sans le verbe, la phrase n'a pas de sens grammatical) deux yeux rougeoyant comme des braises dans les ténèbres, dévorait de ses crocs ensanglantés le cadavre de leur seigneur.
Là je crois que je peux arguer un peu, parce que mon groupe nominal est juste trèèèèèèèèèès long, le verbe de la phrase et juste après la dernière virgule. Happy

ethgri wyrda a écrit:
c'est le moment de lancer un traditionnel (et fortement justifié) "la suite  Mrgreen "
Arken a écrit:
Et comme le dit bien ce cher elfe, on veut la suite !  Devil
Eh bien elle arrivera très sûrement demain ! J'ai une semaine où je peux me permettre de ne pas travailler (vacances ! Wow), alors je compte bien mettre le paquet pour avance un max dans le récit. Wink
Allez, en plus de ça, rien que pour vous, ce petit ajout que j'ai fait au texte précédent, que j'avais (maladroitement) oublié, et qui est pourtant très important car il pose les bases pour la suite et donne un nouvel éclairage sur le personnage :

____________________________


               Ian courait dans la forêt, aveugle à ses alentours, les bras devant son visage pour se protéger des branches des arbres qui le fouettaient sans pitié.
               Qu’avait-il fait ?
               Il s’était encore une fois perdu dans sa bête intérieure. Quand il était revenu à ses esprits, le clair de lune illuminait la cour du château de Ladenhof, au milieu de laquelle il se tenait, entouré des cadavres démembrés de la garde du castel. Il n’avait aucun souvenir de ce qui suivait le moment où il s’était jeté corps et âme sur Schwartzhert implorant. Il avait parcouru tout le château dans l’espoir d’y trouver âme qui vive. Mais il n’avait laissé aucun survivant.
               Partout n’étaient que scènes de mort et de violence déraisonnée. La femme et le fils du seigneur avaient tenté de s’enfuir par un des nombreux passages secrets qui garnissaient le château. Il avait coupé court à leur fuite, et les avait jetés depuis le haut du donjon pour peindre de leur sang les rocher qui gardaient les bas du château. Les corps sans vie des laquais pages jonchaient les couloirs. Les pages avaient été égorgés dans leurs lits, en plein sommeil, leurs orbites vident fixant aveuglément le plafond couvert de leur sang. Ailleurs, les servantes gisaient dans les cuisines, leurs corps brisés lancés çà et là au milieu des tables brisées et des marmites renversées. Mêmes les prisonniers avaient été massacrés dans leurs cellules.
               Ian s’arrêta un moment, sa respiration brisée, et dut s’appuyer d’une main contre un pin chargé de neige. En se remémorant ces images, il avait tremblé de tout son corps. Toute cette rage... il n’avait pu la contrôler. Elle avait balayé toutes ses défenses, et emporté son esprit dans un tourbillon de violence et de mort.
               C’était dégoûtant. Tout cela, c’était de la faute de ce maudit Schwartzhert... Oui, c’était à cause de lui s’il avait perdu le contrôle de lui-même.
               « MAUDIT SOIT-IL ! » hurla-t-il dans le vent, frappant de son poing l’arbre, envoyant voler des éclats alors que le tronc explosait sous le coup. La décharge de magie noire qui suivit emporta avec elle tous les pins alentours, et lorsque la neige retomba, il était seul au milieu d’un petit cratère jonché de racines et de branches brisées, des épines de pins éparpillées çà et là. Désemparé, il contempla d’un œil vide le spectacle, et s’effondra sur lui-même
               Non, non... Il devait... il devait reprendre le contrôle de son corps et de son esprit. C’était lui le maître, lui et rien d’autre. Instinctivement, il ferma les yeux et chercha la présence rassurante de son maître. Il ne trouva rien.
               Bien sûr. Après tout, son maître était réduit à l’état de corps sans vie, caché quelque part dans une grotte non loin de l... Ian s’arrêta d’un coup dans ses pensées. Dans sa méditation il avait décelé deux présences dans la grotte où il avait déposé le corps de Senefet. Comment osaient-ils ? Il devait les tuer, les égorger, leur faire souffrir mille maux, il devait les...
               Non ! Ian secoua la tête pour se débarrasser de sa soif de sang naissante. Il devait reprendre le contrôle de lui-même. Il ferma de nouveau les yeux, et tenta de ralentir sa respiration. Il était son propre maître. Lui. Rien d’autre. Il devait s’en aller d’ici. Il devait protéger Senefet. Voilà, cela était bien, il commençait à se calmer. De toute façon, ces individus ne représentaient aucune menace pour lui. Il pourrait toujours les éliminer si nécessaire. Oui, c’était cela qu’il devait faire. Ça et rien d'autre.
               Il devait les tuer. Les tuer tous.
               Ses canines brillèrent dans l’ombre lorsque ses lèvres s’entrouvrirent en un large sourire grimaçant. Il rouvrit les yeux, et l’éclat de la lune absent les transforma en un puits de ténèbres.
               Oui, il allait tous les tuer. 
____________________________

Voilà voilà, j'me suis relu donc ça devrait allé, vous pourrez également que je l'ai rajouté à la fin de mon précédent post pour éviter la coupure lors des prochaines (re)lectures de texte, car c'est bien directement à la fin du dernier qu'il se place. Vous pouvez même recommenter si ça vous fait plaisir. Fou
En tout cas, vos commentaires me font vraiment plaisir. Smile

À très bientôt je l'espère pour la (vraie) suite !

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 19:24

Citation :
Au milieu de la pièce, baignant dans des langues d’ombre, une monstruosité de noirceur et de sang, dotée de (sans le verbe, la phrase n'a pas de sens grammatical) deux yeux rougeoyant comme des braises dans les ténèbres, dévorait de ses crocs ensanglantés le cadavre de leur seigneur.Là je crois que je peux arguer un peu, parce que mon groupe nominal est juste trèèèèèèèèèès long, le verbe de la phrase et juste après la dernière virgule.
En fait, j'ai mal explicité. "dotée" est un verbe à la base, mais ici il sert d'adjectif, il rentre parfaitement dans le groupe nominal. Groupe nominal qui ne fait pas sens sans sa présence Tongue Car sans lui, on a l'impression qu'il s'agit en fait de plusieurs groupes nominaux séparés par des virgules, et donc le verbe devrait être au pluriel. Mais dans ce cas là c'est la sémantique qui ne ferait plus sens  Fou

Sinon, ça fait toujours plaisir un petit passage en bonus  Mrgreen

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 19:41

J'ai envie de le dire, alors je le dis : je suis aussi un fanatique de l'orthographe. C'est juste j'ai perdu l'habitude (ou pris la résolution, ou la flemme est venue à bout de moi) de prendre le rôle de correcteur dans mes commentaires. Et puis dame Arken le fait très bien Innocent

Ton style est toujours excellent, peut-être est-ce pour cela que je deviens gâté et de plus en plus pointilleux Gniié !
L'impression que j'ai concerne la structure de l'histoire depuis son début : on part de deux situations (qui vont éventuellement se rejoindre, je pense), mais je suis pris à rebrousse-poil par la différence de narration entre les deux. Enfin, les deux sont très bien, mais ça fait que je préfère l'une à l'autre, et ce décalage m'embête un peu puisqu'il s'agit d'une seule histoire...
Dans la situation des deux nains, on se situe toujours dans la situation présente, on se repère par rapport aux points de vue des personnages, dont les informations nous sont livrées au compte-goutte, maintenant le mystère.
Dans la situation des vampires, il y a au contraire un point de vue omniscient, des retours vers le passé, de plus amples explications. Dans l'introduction à Ladenhof, au lieu de descriptions strictement visuelles on part sur des pensées existentielles du héros. Enfin, pour cette dernière remarque, je suis plus porté par un sentiment subjectif : ce seigneur est vraiment un affreux larron, sa ville est un puits de vices. Rien de comparable aux épiques descriptions du tueur enragé Love Toujours est-il que l'ambiance générale en ressort très différente de celle de l'histoire des deux nains.

Dame Arken me le dit bien souvent : il ne faut pas forcer l'imagination. Donc ne change rien si c'est comme ça que tu vois l'histoire, de toute manière c'est déjà magnifique ! Je ne fais que faire ma fine bouche, en vampire aristocrate snobinard que je suis Vampire

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 20:14

Bon bah je pense que les autres ont tout dit donc pour moi, je ressens hyper bien l'ambiance et l'état d'esprit du vampire ! Ta narration est juste superbe !
Si j'ai une seule exigence te concernant (ou une idée), ce serait de mettre une petit dessin montrant un des passages. Je pense que ça pourrait être super mais apres faut que tu trouves le temps...

Sinon c'est toujours aussi magnifique donc continu dans ton récit ! C'est super !
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Lun 21 Déc 2015 - 21:22

Les dames d'abord, s'il-vous-plaît. Happy
Arken a écrit:
En fait, j'ai mal explicité. "dotée" est un verbe à la base, mais ici il sert d'adjectif, il rentre parfaitement dans le groupe nominal. Groupe nominal qui ne fait pas sens sans sa présence Tongue Car sans lui, on a l'impression qu'il s'agit en fait de plusieurs groupes nominaux séparés par des virgules, et donc le verbe devrait être au pluriel. Mais dans ce cas là c'est la sémantique qui ne ferait plus sens  Fou
Ok je vois.  Wink
Bon, par contre, comme rajouter 'doter' casse un peu le rythme que j'essaie d'instaurer, je vais préconiser cette formulation :
"Au milieu de la pièce, baignant dans des langues d’ombre, une monstruosité de noirceur et de sang, aux yeux rougeoyant comme des braises dans les ténèbres, dévorait de ses crocs ensanglantés le cadavre de leur seigneur."
Alors, satisfaite ?  Happy

Tiens d'ailleurs je me rends compte que j'ai oublié de répondre à ça :
Arken a écrit:
Je suis sûre que le dessin que tu nous a présenté il n'y a pas longtemps est en fait Ian dans les ombres
C'est presque ça ! Mon inspiration vient très clairement de ce passage, mais ce n'est pas du tout Ian qui y est représenté... En fait, j'évite toujours de faire des dessins de mes récits (exception faite, il y a bien longtemps, des Chroniques de l'Ambassadeur V1), parce que j'ai de très fortes images de ce que j'écris, et que je n'arriverai jamais à les transcrire comme je le veux par le dessin. Ce qui est souvent très frustrant d'ailleurs, je te l'accorde. Grr
Mais bon, dans l'ensemble, j'ai été percé à jour ! lol
Ceci devrait aussi satisfaire la curiosité de Nyklaus au sujet d'illustrer mes récits... Mais j'y réfléchirai, tout de même.

Von Essen a écrit:
L'impression que j'ai concerne la structure de l'histoire depuis son début : on part de deux situations (qui vont éventuellement se rejoindre, je pense), mais je suis pris à rebrousse-poil par la différence de narration entre les deux. Enfin, les deux sont très bien, mais ça fait que je préfère l'une à l'autre, et ce décalage m'embête un peu puisqu'il s'agit d'une seule histoire...[...]
Voilà une vision tout à fait intéressante des choses ! (Je le pense vraiment, pas d'humour ni rien Happy) J'avoue qu'en tant qu'auteur de l'histoire, je la vois comme un tout, et les différences de style entre les deux "sous-histoires" font pour moi partie de l'harmonie de ce tout... Mais maintenant, répondons directement à ta remarque au lieu de tourner autour du pot. Happy
Comme je le disais plus tôt, pour moi, ces deux histoires forment un tout... mais cela ne veux pas dire qu'elles sont une ! Ce sont deux récits bien différents, aux personnages bien distincts : l'un est une quête, une initiation et une découverte de soi, alors que l'autre raconte la chute d'un homme aux prises avec ses sentiments. (Enfin c'est ce que vous en avez plus ou moins vu jusqu'à présent... Shifty) Tout est différent de l'une à l'autre, alors comment pourrais-je les traiter de la même manière ? Les buts de ces deux histoires sont d'ailleurs bien distincts, mais je ne peux pas en parler si je ne veux pas vous spoiler, donc je suis obligé de me brider un peu. Diantre. Ces deux histoires appellent à deux styles très différents, mais qui seront, rassure-toi, amenez à évoluer et, je pense, en venir à combler tes attentes. Wink Je n'en suis qu'au tout début après tout, j'ai encore un long chemin (et vous aussi !) à parcourir avant de pouvoir clore ce récit, et les changements de situation seront inévitables au cours de l'histoire !
Tout ça pour dire que c'est parfaitement normal pour toi de préférer l'un à l'autre... Après tout, et je viens de le dire, ce sont deux histoire qui jusqu'à maintenant sont très différentes et n'ont aucun rapport entre elles. Voyons venir ! Nous sommes loin de voir le bout de cette longue route qu'est ce récit. Smile
Von Essen a écrit:
Je ne fais que faire ma fine bouche, en vampire aristocrate snobinard que je suis Vampire
Haha pas de soucis ! Comment faire de la qualité sans critiques pour s'améliorer et connaître ses bons points ! Cool

Von Essen a écrit:
ce seigneur est vraiment un affreux larron, sa ville est un puits de vices.
Je suis content que tu l'ais remarqué ! J'ai vraiment mis des efforts là-dessus et ça me fait vraiment plaisir que tu le remarques.

Voilà voilà, merci à tous pour vos commz', ça fait vraiment plaisir, et sans vous j'en serais jamais arrivé là (bien qu'il reste beaaaaaaaucoup à faire Fou) alors merci... et à demain si tout va bien !
Ou avant si je dois répondre à un comm', bien sûr. Tongue

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Enragé   Mar 22 Déc 2015 - 23:45

ET VOILÀ ! J'ai réussi à tenir mon délai ! 5 pages d'écrites en deux jours ! Von Essen, toi qui me disait manquer les deux nains et leurs aventures au saveurs épiques, j'espère que tu seras servi ! ;P

Comme d'habitude, bonne lecture ! Cool

________________________________


               Maudit brouillard. Gutnag ne pouvait pas voir à plus de cinq mètres devant lui, et pourtant, il se tenait sur la petite tour de guet en bois, rudimentaire et branlante, qui gardait l’entrée du campement gobelin. Gutnag frissonna, et resserra son manteau par-dessus sa cotte de maille rouillée. En plus de ça, les langues de brumes portaient avec elles le froid mordant du matin encore naissant... Vivement la relève, pensa-t-il. D’autant plus qu’avec un tel brouillard, faire le guet n’avait aucune utilité. Il ne voyait d’ici pas plus qu’en bas, c’est-à-dire rien du tout. Et comme si ça ne suffisait pas, l’humidité ambiante étouffait les sons, rendant l’atmosphère encore plus étouffante qu’elle ne l’était déjà. Gutnag haussa les épaules et changea de prise sur sa lance. De toute façon, il ne pouvait faire qu’une chose : attendre sa relève dans le froid et dans la grisaille.
               Il n’attendit pas longtemps : quelques instants après ces pensées, l’échelle de la tour se mit à grincer alors qu’un nouveau gobelin venait prendre sa place au guet. La trappe dans le sol s’ouvrit et une tête grimaçante aux chicots épars et noircis adressa à Gutnag un sourire malformé par-dessous un casque rouillé qui lui tombait sur le visage:
               « Froid, hein ?
               — Ouais. » Gutnag fit la moue, et commença à descendre par la trappe. Il n’avait qu’une envie : rentrer à l’intérieur de la grotte, là où il faisait chaud et où il pourrait enfin voir plus loin que le bout de son nez. C’était tout juste s’il arrivait à distinguer les bords du chemin qui partait de la tour pour aller jusqu’au camp. Machinalement, il marcha le long du passage. Au bout d’un moment, il devrait apercevoir les barricades en bois pourri et moussu qui encerclait leur camp, suite à quoi, en quelques pas, il serait enfin bien au chaud à l’intérieur de la grotte, protégée de l’humidité qui régnait à l’extérieur.
               Un craquement le tira de ses pensées. Surpris, il se retourna, l’arme au poing. Personne. En même temps, avec ce fichu brouillard, on ne pouvait être sûr de rien. Il plissa les yeux, tentant de percer la brume de son regard. Il lui semblait distinguer quelque chose... Une forme humaine, qui se dirigeait vers lui, depuis la tour. Gutnag se détendit.
               « Honog, c’est toi ? Qu’est-ce que t’as encore fait comme connerie ! »
Attendez... il y avait quelque chose de bizarre... Honog n’était pas aussi large, non ? Et il avait une lance, pas une hach...
               Gutnag tenta de relever sa lance, mais trop tard. La hache traversa son casque sans grande résistance et lui brisa le crâne. Tout s’était passé en une fraction de seconde, sans un bruit.
               Dans le silence du brouillard, Harkrim continua son chemin.
 
 
               Ils étaient arrivés au camp gobelin aux alentours de midi, après une fin de nuit sans heurt. Cachés par une petite butte herbeuse qui faisait face aux falaises de pierre grise, ils avaient observé le camp gobelin qui s’étendait devant une petite grotte dont l’ouverture béante perçait la paroi murale de la montagne.  Quelques tentes en peaux, de bêtes ou autre, s’éparpillaient autour de l’entrée, garnie de quelques bandes de tissu, déchirées et salies, aux icônes barbares, qui empêchaient de voir à l’intérieur de la grotte. Des feux de camp et des râteliers maladroitement disposés garnissaient l’espace laissé libre. Le tout était entouré d’une espèce de barricade trouée, faite de pieux sur lesquels on avait cloué à la va-vite des planches en bois vermoulu. Un peu en avant de la barricade, sur le chemin qui passait par l’entrée de cette dernière jusqu’à la grotte en serpentant entre les tentes, se dressait une unique tour de guet, branlante, dans un état aussi pitoyable que le reste de la barricade. Un gobelin solitaire y faisait le guet, paresseusement.
               Le Tueur Enragé observait un endroit derrière les tentes, collé contre la falaise à gauche de l’entrée, qui ressemblait, de loin, à un vague enclos dans lequel Harkrim pouvait voir quelques formes se mouvoir.
               « Bon, voilà notre stratégie. » lui fit le Tueur, d’une voir grave. « Nous profiterons du brouillard qui vient généralement dans la matinée depuis la rivière qui coule un peu plus loin, pour bénéficier de l’élément de surprise. Il faudra tout d’abord se débarrasser du guetteur. Étant isolé du reste, avec la brume, il ne devrait y avoir aucun problème. Après, il nous faudra une petite distraction. Les squigs nous donnerons l’occasion de... » Le Tueur s’arrêta après avoir jeté un coup d’œil à Harkrim. « Eh bien, quoi ? »
               Ce dernier était surpris. Outre le fait que le guerrier taciturne qui ne lui avait adressé la parole depuis hier que pour lui intimer un « Suis-moi. », sans même lui dire son nom, avant de l’emmener au campement gobelin, s’était subitement transformé en un nain énergique, trépidant à l’idée des combats, il était véritablement pris de cours par les tactiques du nain.
               « Eh bien, c’est que... » Harkrim ne savait pas vraiment comment mettre les mots sur sa pensée. « Les Tueurs ne foncent-ils pas dans les combats à la moindre occasion... Au lieu de planifier tout ça, on ne devrait pas plutôt songer à y aller ? »
               Les yeux du Tueur se rétrécirent. Harkrim avait visiblement touché un point sensible.
               « Écoute, le nouveau, si tu veux crever comme un chien, c’est pas mon problème. Mais je vais te dire une chose : Un Tueur a certes fait vœu de mort, mais ce qu’on veut, c’est une belle mort. Et je peux te dire que si on y passe pas ici, on aura largement de quoi trouver une mort digne de ce nom à Langk-galaz Grund. Et pour ça, je vais mettre toutes les chances de réussir de notre côté. Après tout, on combat pour gagner, pas pour mourir, parce que c’est seulement, seulement, en mourant en donnant le meilleur de nous-mêmes, en combattant pour la victoire jusqu’à son dernier souffle, que les portes des Halls de Grungni s’ouvriront pour nous, pas autrement. On est des Tueurs, oui, mais des idiots, non. Je serai bien content de pouvoir aller à Lang-galaz Grund, mais si je dois mourir ici, alors je ne me plaindrai pas non plus. »
               Harkrim se sentait un peu perdu. Le Tueur n’avait pas tort, après tout, mais il n’était pas certain que ce qu’il lui présentait-là était vraiment la voie de Grimnir. Le Tueur lui adressa un sourire : « Allez, on est tous les deux dans ce merdier, maintenant, alors autant essayer de s’en sortir au mieux. » Puis il reporta son regard sur le campement gobelin. « Bon, revenons-en à ce que je disais. Il doit y avoir environ soixante à quatre-vingt gobelins restants. Il y en avait près de trois cents avant qu’ils ne viennent se frotter à vous... À quarante gardes, vous vous êtes défendu honorablement. » ajouta-t-il après un petit moment de réflexion. Puis il reprit : « La nuit, ils rentrent presque tous dans la grotte... il faut dire qu’ils sont plutôt détendus depuis qu’ils sont revenus de l’attaque du convoi. En tout cas, je préférerais les faire sortir : je suis plus efficace dans des espaces ouverts. Il va falloir les attirer dehors, et pour ça on a exactement ce qu’il nous faut. » Il pointa l’espèce d’enclos du doigt : « Les squigs. »
 
 
               Shigit était tranquillement assis autour d’un feu de camp à l’entrée de la grotte, et discutait vivement avec les autres gobelins qui s’y étaient installés, lorsqu’un hurlement bestial retentit au dehors. Il y eu un long silence alors que les gobelins fixaient les bannières qui protégeaient l’entrée du froid extérieur sans rien dire, les yeux apeurés.
               Puis l’un d’eux pointa Shigit du doigt : « Toi. Va voir. » Il y eut un concert d’approbations silencieuses alors que les autres s’écartaient de lui, bien contents d’échapper de peu au même sort.
               « Bon bon, j’y vais... » Shigit tenta de soupirer et de rouler des yeux pour prendre un air détaché, qu’il sue à grosse goutte le rendait peu crédible. Lentement, il prit sa lance et se leva. Il sentait dans son dos les regards de ses camarades, bien heureux de ne pas être à sa place.
               Lorsque, soulevant d’une main les tentures, il passa au dehors, il fut saisi par le froid mordant et par le manque de visibilité. Le soleil n’était pas encore levé, et le brouillard était partout. Et ce dernier étouffait de plus les sons, comme si cela ne suffisait pas. Après quelques pas, même l’entrée de la grotte disparut derrière lui, happée par le brouillard. Seul dans cette atmosphère étouffante, Shigit s’arrêta, tendu, au centre du campement. Il avait le dos arqué et maintenait ses bras écartés. Son souffle s’élevait dans l’air, mince langue de vapeur qui allait se fondre dans le rideau de brouillard qui l’empêchait de voir à plus de cinq pas devant lui. Étrangement, il n’avait qu’une seule envie : retourner à la sécurité de l’intérieur de la grotte. Soudain, à travers les lambeaux de brume, il lui sembla apercevoir des formes se mouvoir. Il s’y précipita, fendant aveuglement le brouillard de sa lance, mais il ne trouva personne. Il se retourna sur lui-même, apeuré. Un autre fantôme de brume passa dans son champ de vision, et cette fois, n’écoutant que son instinct, il courut dans la direction opposée, s’enfonçant dans les ténèbres tant et si bien que lorsqu’il s’arrêta, il  ne distinguait plus rien à deux pas de lui. Un  grondement sourd et guttural retentit dans son dos. Shigit se figea. Il n’osait pas se retourner « Euh... il y a quelqu’un ? » Ses mots, sans réponse, se perdirent dans le brouillard. Il tourna la tête lentement, la sueur perlant à grosse gouttes sur son front.
               La dernière chose qu’il eut à contempler de toute sa vie fut les mâchoires aux longues dents jaunes et acérées qui fondirent sur lui.
 
               « Après tout... les squigs sont des créatures très... vivaces : il suffira d’ouvrir leur porte discrètement, et ils s’en rendront compte bien assez tôt. Ils seront partout dans le camp en quelques instants... et il n’y aura plus qu’à attendre et contempler le spectacle. » Le sourire de Borek n’avait alors rien eu de clément. « Ça se pourrait même qu’ils nous en liquident une petite douzaine... À ce moment-là, c’est à nous d’entrer en jeu. » Borek avait resserré sa main autour de son arme. « Je peux m’occuper de tous ceux qui sont dehors. »
               Harkrim avait haussé un sourcil : « Et moi ? » Borek lui avait rendu son regard.
               « Toi, eh bien, tu t’occuperas du reste, bien sûr. » Sur ce, ils avaient attendu la tombée du brouillard pour se lancer à l’attaque.
 
               « Allez les gars, on peut se faire ce connard ! » Ashrak hurlait plus pour se rassurer lui-même que pour motiver les cinq autres gobelins qui faisaient face, avec lui, au dernier des squigs encore debout au milieu du campement. Il leur avait fallu une bonne heure et une vingtaine de gars pour se débarrasser de la demi-douzaine de ces bestioles qui avaient envahi cet endroit du campement. Avec la levée du brouillard, il pouvait contempler le spectacle des squigs éventrés qui gisaient sur la place, entourés de la dizaine de ses camarades qu’ils avaient emportés avec eux. On pouvait entendre, un peu plus loin, les autres groupes qui menaient un combat similaire en d’autres endroits. Ils devaient, eux aussi, en voir le bout, au vu des cris des bêtes qui se raréfiaient au fur et à mesure. Mais pour l’instant, il devait faire face à son propre problème.
               Le squig restant était de loin le plus gros de tous. Dans tous les cas, il était plus grand qu’Ashrak, ce qui était largement suffisant pour lui retourner les entrailles. Outre ce fait, la bestiole avait sérieusement l’air dure à cuire : de nombreuses balafres parcourait son cuir rouge et épais, et il n’avait l’air aucunement gêné, sinon énervé, par la lance et les quelques flèches plantées dans son flanc. L’espace d’un moment, le squig les regarda sans rien dire, puis secoua sa tête massive, dévoilant ses crocs gigantesques en un rictus menaçant. Sa queue se balançait paresseusement derrière lui. Une de ses jambes balaya le sable.
               « Il va charger... » fit le voisin de gauche d’Ashrak, visiblement peu enthousiaste à l’idée d’affronter, à six seulement, la dernière bête. Ashrak resserra son emprise sur sa lance. Lui aussi n’avait qu’une seule envie, et elle n’incluait pas se faire charger par un squig. Mais ...
               « C’est pas le moment de se lâcher... » intima-t-il à ses compagnons d’infortune, pas vraiment convaincu lui-même. Ils n’avaient plus le temps de fuir... ni de le charger pour éviter de se le prendre en pleine face, d’ailleurs. Ils ne pouvaient qu’attendre.
               Le squig se courbait sur ses pattes, prêt à bondir.
               « Quand je vous le dirai... » Ashrak releva sa lance, et plia les jambes. Tous les muscles de son corps étaient tendus. Il secoua la tête une dernière fois pour se convaincre que la fuite n’était, à ce stade, plus une option. Le squig, lui, de l’autre côté de la place, s’élança. Ses compagnons reculèrent, prêts à partir dans l’autre direction. En quelques bonds, il ne restait plus que quelques mètres entre eux et le squig enragé.
               « Attendez... » Résignés, ils dressèrent leurs lances face à la masse de muscles qui leur fonçait dessus.
               Dix mètres. Il pouvait sentir les pas de la bête qui secouaient le sol.
               « Attendez... »
               Cinq mètres. Il pouvait presque discerner les pupilles du squig.
               Trois mètres.
               « MAINTENANT ! » Et, comme un seul homme, ils s’élancèrent tous à l’encontre du squig, un mur de lances dressé en une tentative désespérée d’en finir, d’une manière ou d’une autre. Peu certain du résultat, Ashrak voulut fermer les yeux. Il n’en eut même pas le temps. Le squig leur rentra dedans comme un boulet de canon dans un régiment. Ashrak sentit sa lance s’enfoncer dans la chair, mais elle se brisa net et il fut envoyé voler dans les airs.  Brièvement, il aperçut un de ses compagnons faire de même, et s’empaler sur une tente un peu plus loin. Ashrak fut plus chanceux, et atterrit lourdement sur le sol, le souffle coupé, mais sans grands dommages.
               Un nuage de poussière recouvrait la place, l’empêchant de voir quoi que ce soit. Tentant de reprendre son souffle, il resta à terre un moment, attendant que la poussière retombe.  Lorsqu’il se releva, le squig gisait à terre au centre de la place, mort. La lance d’un gobelin chanceux lui avait transpercé la tête de part en part, en s’enfonçant profondément depuis le palais. Enfin, un gobelin pas si chanceux que ça, finalement, car il s’était fait ensuite piétiner à mort par le squig emporté dans son élan.
               « Haha ! On l’a eu les gars, on l’a eu ! » Ashrak éructait de joie, alors que ses trois camarades survivants se relevaient, à leur tour, tant bien que mal. Il alla jusqu’à donner un bon coup de pied dans le ventre de la bête. « Ha ! Ça lui apprendra ! »
               Tout autour d’eux, des gobelins, presque une bonne dizaine, sortirent de leurs cachettes derrière les tentes pour les rejoindre devant le cadavre du squig. Ashrak les nargua. « Eh, qu’est-ce que vous foutiez, vous ! Espèce de lâches, va ! Nous au moins, on était là pour faire le sale boulot ! » Mais il était trop content d’être en vie pour se fâcher contre eux.
               « Eh bien, vous avez pris votre temps ! »
               La réplique, en Khazalid, fusa dans l’air.
               Hein ? Ashrak se retourna, surpris. À un bout de la place, entre deux lambeaux de brouillard, se dessinait, à contre-jour devant le soleil qui commençait seulement à se lever dans le froid de la matinée, la silhouette d’un nain, portant dans sa main une tête de hache reliée au bout d’une chaîne. Ashrak était sûr qu’il souriait à pleines dents, et cela ne le rassurait pas. Le nain continua : 
               « Parce que je dois dire que c’est maintenant que les choses sérieuses commencent... Oh oui. »
 
               Harkrim se faufila entre les tentures à l’intérieur de la grotte. Au loin, des hurlements s’élevaient à nouveau dans le campement, signe que l’enragé s’était mis à l’œuvre. Il était temps pour le tueur novice de faire lui aussi sa part du travail.
               Une odeur rance de la viande faisandée, mélangée à celles des excréments et à la fumée, épaisse, piquant les yeux, de plusieurs feux de camp, l’accueillit à son entrée, et le força à mettre la main devant son visage pour ne pas tousser violemment. Lorsqu’il se fut habitué à l’air ambiant, il observa son environnement.
               La grotte, plus ou moins bien éclairée par trois ou quatre feux de camp dispersés çà et là à l’approche de l’entrée, était jonchée de boites en bois défoncées, sûrement récupérées sur tel ou tel convoi, de cageots aux légumes pourris, de râteliers branlants d’où pendaient des armes rouillées et tordues, qu’accompagnaient des carcasses d’animaux à moitié dépecées et laissées aux mouches. Des couvertures et tas de paille avaient été disposés pêle-mêle près des parois, accompagnés de deux ou trois étendards. Un peu plus loin, sur un des feux, une marmite bouillonnait, tandis que des morceaux de viande fichés sur des piques grillaient sereinement au-dessus d’un autre. Le campement en lui-même ne s’enfonçait que sur une trentaine de pas dans la caverne. La grotte, elle, continuait de s’enfoncer, loin, dans les profondeurs de la montagne, et Harkrim ne pouvait en voir le bout, qui se perdait dans les ténèbres.
               Et bien sûr, une quinzaine de guerriers gobelins se tenait au milieu du campement, rassemblés devant le feu le plus imposant, et le regardait d’un air interdit. Harkrim, lui aussi, ne bougea pas pendant un moment, perdu dans ses pensées.
               Pour la première fois de sa vie de guerrier, il se retrouvait seul et sans armure, devant presque une vingtaine d’ennemis. Il ferma les yeux un instant et respira profondément, desserrant son emprise sur le manche de son arme. Lorsqu’il les rouvrit, il n’y avait plus aucune trace d’hésitation dans son regard.
               « GRIMNIR !!! » Brandissant haut sa hache, il se jeta sur ses ennemis.
 
               Gnashrog courait à perdre haleine, le souffle court, trébuchant sur le chemin, que sa torche peinait à éclairer. Sans regarder en arrière, il s’enfonçait dans la grotte avec l’énergie du désespoir.
               Ils avaient décimé son camp, comme ça, presque sans y faire trop attention. Surtout le tueur fou. À lui seul, il avait fauché la plupart de ses guerriers. Maintenant, il ne restait plus que lui, Gnashrog, et il courait dans les ténèbres de la grotte pour échapper à ses deux poursuivants.
               Il était sûr qu’ils les avaient envoyés. Il ne voyait pas pourquoi, autrement, deux tueurs nains se décideraient à les interrompre au beau milieu de l’assaut d’un convoi et aller jusqu’à tomber à bras raccourcis sur le campement... il n’avait même pas eu le temps de profiter de son statut de chef après la mort du Boss Gnogkar.
               Pourtant, lui et Gnokgar savaient très bien à quoi ils s’étaient exposés lorsqu’ils avaient décidé de les quitter. Mais Gnashrog n’aurait jamais pensé qu’ils puissent aller aussi loin...
               Les fous... pensa-t-il amèrement. De toute façon, c’était la fin. Gnashrog s’arrêta : devant lui, le chemin prenait fin. Au delà, le vide. Ils ne m’auront jamais vivant...
               Résigné, il sauta.
 
               Harkrim et le Tueur contemplaient le cadavre désarticulé du chef gobelin, loin en bas, éclairé faiblement par la torche mourante qui était tombée avec lui.
               « Tu penses qu’il est tombé par hasard ? » demanda Harkrim interloqué.
               Le Tueur plissa les yeux, en pleine réflexion. « Je ne crois pas... on l’aurait entendu crier, sinon. 
               — Pourtant, ce n’est pas le genre des gobelins de se suicider... fit remarquer Harkrim.
               — C’est bien ce qui m’inquiète.
               — Ils étaient des gobelins qui avaient abandonné leur colonie à Langk-Gakaz Grund, c’est ça ? demanda à nouveau Harkrim.
               — Oui.
               — Je me demande bien ce qui a pu les pousser à partir... »
               Le Tueur haussa les épaules. « Bah, on verra bien quand on y sera. » Il se frotta les mains, un sourire avide aux lèvres. « J’ai hâte d’y être. Tous ce mystère m’intrigue beaucoup. » Il se tourna vers Harkrim, et lui donna une claque sur l’épaule, ce qui fit grimacer le nain. « D’ailleurs tu ne t’es pas si mal débrouillé, pour une première fois ! »
               En effet, et il ne savait pas trop comment, Harkrim s’en était tiré sans autre blessure qu’une large entaille au bras et deux ou trois égratignures pas très sérieuses aux jambes, sans oublier quelques bleus par ci par là. Il fallait dire que le Tueur Enragé s’était joint au combat après un moment, ce qui avait largement facilité la tâche. Ce dernier avait d’ailleurs à déplorer deux entailles au visage, une horizontale sur le front, et l’autre sur la joue. L’œil avait été évité de peu. Harkrim avait également pu noter quelques blessures aux bras et un sérieux hématome sur le côté, ce qui n’avait pour l’instant aucunement l’air de le gêner.  De toute façon, au vu de toutes les cicatrices qui recouvrait  l’ensemble de son corps, il n’en était pas à sa première fois, et ne tarderait sûrement pas à s’en remettre. Avec cela, plus le succès de ses tactiques, en apparence folles, Harkrim se voyait respecter de plus en plus le Tueur. Ce dernier, les yeux brillants, contemplait les ténèbres en contrebas, perdu dans ses pensées.
               «  Maintenant, Langk-Galaz Grund... »
               Le Tueur Enragé se dirigea vers la sortie. Lorsqu’il s’arrêta et se retourna pour sourire de nouveau, Harkrim put remarquer qu’il lui manquait quelques dents. Le Tueur Enragé lui tendit la main.
               « Au fait, tu peux m’appeler Borek. »
 
               Un nouveau respect l’un pour l’autre, les deux Tueurs reprirent le chemin de la lumière du jour. 
________________________________


Voilà voilà, j'avoue que j'ai eu vraiment beaucoup de plaisir à écrire ce texte, c'est la première que je plonge autant dans le point de vue des gobelins, et je dois dire que c'est très drôle de vivre leurs hésitions entre fuir ou combattre parce qu'ils n'en ont pas le choix !  Very Happy Écrire le passage du combat avec le squig a été particulièrement plaisant.  Devil
En tout cas, le mystère s'épaissit pour nos deux tueurs nains...  Shifty

Bien sûr, n'hésitez pas à comm', que ce soit pour me détruire à cause de mes fautes (fais-toi plaisir, Arken Fou) ou pour laisser votre impression, n'hésitez surtout pas, ça fait toujours plaisir !  Smile

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Mer 23 Déc 2015 - 13:57, édité 1 fois
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