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 [Récit] Le Roi Muet

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Gromdal
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MessageSujet: [Récit] Le Roi Muet   Lun 6 Juin 2016 - 18:42

Salut tout le monde !

Voici un nouveau récit qui se voudra court puisqu'il se raccordera à un certain concours dont je ne mentionnerai pas le nom... Whistling
Suivons gaiement les périgrinations d'un Roi Revenant libéré dans les terres Bretonniennes ! Happy

  *

      La première chose qui transperça l’esprit du roi revenant fut le bruit du tonnerre, dont les échos roulèrent dans le lointain, bientôt suivi des croassements incessant de multiples corbeaux. À cela s’ajoutait le bruissement d’une fine pluie, qu’il se mit bientôt à sentir.
      Où suis-je ? fut sa première pensée.
      Il se tenait là, debout et immobile au beau milieu d’une grande plaine qu’une dense forêt bordait de part et d’autre. Il faisait sombre : le ciel tout entier était recouvert d’une lourde nappe de bas nuages noirs et laissaient tomber une fine bruine. D’un côté,  floue et lointaine, une longue chaîne de montagnes surplombait la plaine. Cette dernière était jonchée de milliers de cadavres, si nombreux qu’il était impossible de les compter : corps à moitié décomposés, squelettes effondrés d’hommes et d’animaux, les morts recouvraient la plaine tout entière, cachant presque la vue du sol boueux et retourné de mille pieds. Certains d’entre eux étaient là, debout, et se tenaient immobiles parmi leurs pairs mis à bas.
      Comment...
      Des images fusèrent dans son esprit. Des centaines d’hommes en armures grossières agenouillés à ses pieds dans la pénombre d’une grande salle éclairée par des torches éparses. Le noir, puis le retour à la lumière. Il se voyait combattre parmi des hordes de morts, son corps sans conscience comme contrôlé par une volonté extérieure. Le déploiement dans la grande plaine. Puis une gigantesque explosion et... il était là.
      Que, qui, suis-je ? murmura  son esprit. Il repassa les quelques bribes d’images, lambeaux indistincts de souvenirs,  dans sa tête. Il avait jadis été un roi, il y avait bien longtemps. Puis on l’avait ramené à un semblant de vie, et il avait combattu sans relâche, marionnette squelettique dans les mains d’une volonté extérieure et obscure.
      Comment se faisait-il qu’il avait retrouvé l’emprise de son corps ? Les images étaient floues... Le maître avait tenté quelque rituel arcanique, puis il y avait eu une explosion de magie et le vieux roi avait été libéré de son emprise. Il tourna la tête, et put contempler le cratère qui déchirait la plaine non loin dans son dos. La terre retournée, calcinée, fumait encore, et il crut apercevoir une forme noircie et déformée au fond du trou, ultime témoignage de la destruction de la créature de la nuit.
      Le fracas des armes le tira de sa contemplation : çà et là, plus bas dans la plaine, des petits groupes de miliciens armés de piques et d’épées grossières pressaient le pas, et combattaient les quelques morts-vivants encore debout. Plus loin, il pouvait voir des cavaliers en armures lourdes, aux bannières dressées et flamboyantes, qui s’approchaient eux aussi. Des chevaliers bretonniens, lui souffla son esprit. Et les éclairs de lumière derrières leurs lignes témoignaient de la présence d’au moins un jeteur de sorts, qui devait sans doute se préparer à purger le champ de bataille à l’aide de ses arcanes magiques.
      Il ne faisait pas bon de rester ici, et il se dissimula prestement parmi les arbres.
      Bien lui en prit, car en lisière de forêt, des tirailleurs en longues capes grises armés d’arcs longs et courts remontaient le champ de bataille rapidement pour prendre les morts en tenaille, et, tous concentrés sur le déroulement des combats de la plaine qu’ils étaient, ils ne le remarquèrent point, caché parmi les arbres aux larges troncs.
      La forêt se révéla n’être qu’une fine mais dense bande d’arbres vénérables, et en la traversant, il put contempler la continuation du champ de bataille qu’il venait de quitter. L’armée des morts avait dû être gigantesque pour s’étendre aussi loin...
      Un bruit étrange attira son attention : un destrier squelettique était encerclé par quelques piquiers, et se cabrait en une dernière tentative de résistance. Un hurlement spectral, hennissement affolé d’outre-tombe s’échappait de sa bouche, et le feu verdâtre dans ses orbites s’agitait d’affolement. Il n’y avait nulle trace de son cavalier : ses ossements gisaient sûrement non loin.
      Son regard s’intensifia, et il scruta la nouvelle plaine : les choses étaient plus avantageuse de ce côté-ci de la forêt. Point de cavaliers ni de mages en vue, seuls de simples miliciens et quelques paysans recrutés à la va-vite combattaient ici les morts-vivants. Les vivants, comme les morts d’ailleurs, étaient beaucoup moins nombreux que de l’autre côté : avec un coursier rapide, il pourrait facilement traverser la ligne éparse des soldats. Il se retourna vers le cheval squelette, et dégaina son épée : il était temps de donner un nouveau maître à ce destrier.
      Le premier des piquiers, porteur d’un casque rond à large bord et d’une veste de cuir rembourrée renforcée de plaques de métal, se retourna vers lui et alerta ses compagnons, qui délaissèrent le cheval pour se reformer.
      Le destrier recula de quelques pas en piaffant, mais ne fuit pas, au grand soulagement du roi revenant.
      « Meurs, engeance démoniaque ! » hurla le piquier en s’élançant pour lui asséner un coup d’estoc au flanc. D’un mouvement de son bouclier, l’ancien roi dévia le coup. L’homme, emporté par son élan, tituba en avant, sa garde ouverte. Il termina sa course dans la boue, la gorge tranchée d’un coup d’épée précis et mortel.
      Les miliciens n’étaient pas de taille face un adversaire tel qu’un roi revenant, et en quelques coups, tout fut terminé. Le deuxième soldat fut envoyé à terre d’un revers de bouclier, l’autre ouvert du ventre à la gorge d’un large coup d’épée, et le dernier piquier préféra fuir que de l’affronter. L’homme à terre, lui aussi, tentait de s’éloigner en rampant dans la boue. Le roi ne lui laissa pas cette chance, et l’immobilisant d’un pied dans le dos, il le transperça prestement de sa longue épée rouillée.
      Pendant tout le combat, le destrier squelettique n’avait pas bougé. Il regardait maintenant son sauveur de ses orbites vides, immobile.
      Il n’y avait pas de temps à perdre, et pressé par son nouveau maître, le cheval s’élança sur la plaine, envoyant gicler des monceaux de terre à chaque pas dans la boue herbeuse. Ils doublèrent le piquier en fuite et, d’un large geste du bras,  le roi revenant envoya son corps sans tête rouler dans la boue.
      Dans leur fuite à travers la mince ligne des soldats épars, un seul homme se dressa sur leur route, et un revers de lame suffit à le faire taire à jamais. Quelques flèches sifflèrent dans leur dos, et le roi sentit l’une d’entre elles se ficher dans son armure alors qu’ils s’élançaient sur la route qui longeait la plaine. Bientôt, le champ de bataille disparut dans leur dos. 


  *

Et voilà, il ne se passe pas grand chose scénaristiquement parlant mais c'est le principe d'une introduction in media res. Tongue
N'hésitez pas à laisser votre avis, à me basher pour mes fautes d'orthographes, ça fait toujours plaisir !   Smile


Grom'


Dernière édition par Gromdal le Jeu 1 Sep 2016 - 0:01, édité 6 fois
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 13:16

Un petit récit bien sympathique ma foi  Happy Je n'ai pas fait attention aux fautes d'orthographe, mais il y a une petite coquille ici:

Gromdal a écrit:
Le deuxième soldat fut envoyé un terre d’un revers de bouclier,

A part ça, rien de bien gênant ne m'a sauté aux yeux.

Pour ce qui est du fond tu brilles, comme toujours, par tes descriptions riches de l'environnement avec un ton sombre qui t'est propre. En somme, on s'y plonge facilement. Cool Par contre j'espère que tu as prévu une suite, parce que pour le moment je ne vois point le rapport avec le tournoi, mais je pense que c'est prévu pour ce que j'en ai compris.

J'attends la suite banane
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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 18:05

Hjalmar Oksilden a écrit:
En somme, on s'y plonge facilement. Cool
Ça, ça fait plaisir : j'ai eu du mal à écrire ce passage et j'ai dû m'y reprendre à plusieurs fois pour arriver à quelques chose d'assez fluide (et encore...). Smile

Hjalmar Oksilden a écrit:
Par contre j'espère que tu as prévu une suite, parce que pour le moment je ne vois point le rapport avec le tournoi, mais je pense que c'est prévu pour ce que j'en ai compris.
Oui c'est prévu Happy Si c'était un simple oneshot (ou plutôt un onepost Fou) je pense que je l'aurais calé dans mon autre topic "Les Récits de Gromdal". Ce que je voulais dire par "un nouveau récit qui se voudra plus court" est qu'il devrait pas faire plus de quelques "posts" contrairement à tous mes autres longs récits qui sont justement si longs que je ne les ai jamais terminés.  lol

Grom'
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 19:55

Intéressante introduction !  Very Happy  En revanche, c'est la première fois que je lis le terme "in media res"  Blink  Une petite définition ne serait pas de refus.
Il y a quelques petits détails de fond que j'aimerais mentionner, histoire de confronter nos avis, premièrement, les connaissances occultes du revenant : certes, il peut connaitre l'existence de la magie, mais l'existence des vampires ? Et le mot 'vampire' de surcroit ? Disons, je verrais comme étant plus réaliste s'il demeurait dans l'ignorance quand au moyen exact de son retour à la (non-)vie, de même concernant la nature particulière de celui qui l'a fait revenir.
Le second élément qui me préoccupe est le destrier mort-vivant. Encore une fois, il s'agit d'une vision différente, je ne prétends pas détenir la seule et unique vérité  Innocent   Pour moi, un coursier mort-vivant se décline en deux possibilités : soit c'est une coquille vide gorgée de magie noire, qui s'effondre dès que son maître est terrassé ; soit c'est une créature dont le maître est tellement démoniaque que si elle persiste après son trépas, c'est qu'elle a la volonté de massacrer tout ce qui bouge, sans nulle trace de frayeur animale.  
Une noble bête mort-vivante me semble... une oxymore, voire deux éléments antinomiques  Camouflé Ninja

C'est très intéressant de discourir sur la magie, on devrait faire ça plus souvent  Vampire

Voici quelque coquilles relevées à la loupe, il n'y en a pas beaucoup  respect
Spoiler:
 

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 20:18

Von Essen a écrit:
En revanche, c'est la première fois que je lis le terme "in media res"  Blink  Une petite définition ne serait pas de refus.
Wikipedia est notre ami : https://fr.wikipedia.org/wiki/In_medias_res . Happy Il va falloir refaire tes cours de français de collège mon vieux, j'ai vu ça en 3e. Fou

Von Essen a écrit:
Il y a quelques petits détails de fond que j'aimerais mentionner, histoire de confronter nos avis, premièrement, les connaissances occultes du revenant [etc etc]
Je me base sur le LA V8 des CV (j'ai pas eu l'occasion de lire beaucoup plus que ça sur les CV malheureusement Fou) : ils disent que dans les Voûtes, il existe encore des tribus qui enterrent leurs rois morts dans des cairns où viennent se servir par la suite des vampires et nécromants... Comme ça fait quelques deux millénaires que ça dure, j'assume que les gars doivent finir par se faire une bonne idée de ce qu'il s'y passe, à côtoyer les créatures de la nuit comme ça. Surtout que je considère que le Roi Muet est un cadavre assez "récent" (disons... 500 ans Happy), et en plus il se souvient plutôt bien de ce qu'il a fait en tant de Roi Revenant, ce qui doit lui donner une bonne idée de ce qu'est un vampire.  Mais c'est vrai que le fait qu'il en connaisse le nom est effectivement peu réaliste, je vais corriger ça. Merci pour la remarque ! Wink

Von Essen a écrit:
Le second élément qui me préoccupe est le destrier mort-vivant. [etc etc]
Je suis d'accord avec toi, mais les squelettes libérés de l'influence d'un vampire ne sont pas ceux sous l'influence d'un vampire, que tu as d'ailleurs justement bien décrits et je te rejoins sur cette description.
Pour ne pas rentrer dans les détails, c'est l'âme des quelques morts "chanceux", qui se sont fait libérer lors du catasclysme magique du début, qui a repris le contrôle de leurs corps respectifs. Les souvenirs ne sont pas toujours au rendez-vous, mais les instincts sont toujours là... Et un squelette de cheval avec les instinct d'un cheval, ça fait un cheval très très maigre, mais ça à bien le comportement d'un cheval. Ce n'est pas qu'ils survivent de leur propre volonté qu'il y a encore des sque' debout après l'explosion du vampire, mais parce que le fiasco magique a interféré avec leur caractère de morts-vivants... ils sont en fait complètement différents du zombie WHB classiques, et beaucoup plus proche de ce qu'on appelle un revenant dans notre folklore européen. Enfin c'est comme ça que je conçois mon affaire de fiasco, on tient un bon matériau à débats, là.  lol
Je détaillerai sûrement ça dans le récit plus tard.  Wink

Von Essen a écrit:
C'est très intéressant de discourir sur la magie, on devrait faire ça plus souvent  Vampire
Trop d'exceptions, de cas particuliers, d'interprétations possibles... et surtout trop de maux de crânes.  Fou

Von Essen a écrit:
Voici quelque coquilles relevées à la loupe, il n'y en a pas beaucoup  respect
Yes ! Je corrige tous ça, merci.  Cool
Pour la 2e "faute" ce n'est pas une faute en fait, je voulais dire "qu'il [->le roi revenant] se mit bientôt à sentir [->sur lui]". Happy

Grom'
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 20:33

Je rajoute une remarque intéressante au sujet de la rupture du lien entre nécromant et revenant : l'idée n'est pas nouvelle, elle date de... l'éveil de Nehekhara à la non-vie.
En effet, (d'après les romans de Nagash du moins), le Grand Nécromancien aurait usé de presque toute sa puissance magique pour relever et asservir les morts du désert à sa volonté. Il se serait retiré au repos en attendant leur rassemblement, et aurait été abattu par Alcadizzar à ce moment-là...
Le lien fut rompu, mais l'éveil persista, créant la faction connue sous le nom de rois des tombes, où effectivement intelligences humaines comme animales furent préservées.

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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Juin 2016 - 20:39

C'est exactement ça. Cool (En vrai, j'avais justement lu le passage là dans le LA RdT pour vérifier que les Rois des Tombes avaient bien tous leur indépendance et donc que mon idée était fluffiquement viable. Happy)
Dans ce cas précis, bien que le lien était déjà bien établi (alors que bon c'était encore en cours chez ce bon vieux Naggou Happy), le fiasco et l'explosion magique a fourni l'énergie magique nécessaire au sevrage de quelques morts chanceux, dont notre cher protagoniste, tout du moins c'est comme ça que je voyais ça, et ta remarque me conforte dans cette vision. Wink

Von Essen a écrit:
C'est que moi, je suis vampire à fond : soit je crée des pantins sans âme, soit je crée des machines à tuer Vampire
Tu es juste un vampire, tout simplement. Tongue

Ce "débat" est vraiment intéressant, j'aime, j'aime. Smile

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 8 Juin 2016 - 15:36

Et voilà, on me l'a demandé, la voici ! Smile


* *

      Ils voyagèrent ainsi longtemps sous l’œil morne des montagnes, sur un petit chemin que bordait une forêt sombre. La pluie ne semblait pas vouloir s’arrêter, pas plus que les bas nuages gris ne semblaient vouloir quitter le ciel, et le paysage était plongé dans une brume humide et dense. Il n’y avait aucun autre bruit à entendre que celui des gouttes de pluie qui tombaient inlassablement sur le chemin grossier et boueux, jalonné de quelques vielles pierres plates ici et là, et celui des sabots du coursier squelette qui s’enfonçaient dans la boue et les flaques. De temps à autre, ce dernier piaffait.
      Le roi revenant en était secrètement envieux : le cheval, lui au moins, pouvait au moins s’exprimer. Car le vieux roi était privé de la parole : là où le cheval pouvait, pour une raison obscure qu’il ne comprenait pas, hennir et piaffer, aucun son ne sortait de sa propre gorge desséchée. Les os blanchis de ses mâchoires avaient beau bouger et ses dents claquer aussi fort qu’il le veuille, il n’arrivait pas prononcer un seul son.
      Au fil de la marche, il avait également découvert qu’il ne percevait plus les couleurs : alors que ses souvenirs regorgeaient de teintes de toutes sortes, vives et luxuriantes, tout ce qu’il voyait était gris, parfois avec quelques nuances d’ocres et de sépia, mais rien de plus. Cela dit, sa vue était plus perçante et puissante qu’elle ne l’avait jamais été de son vivant : il perçait dans les ténèbres comme il voyait lors d’un jour sans nuage, et il pouvait voir à deux lieues aussi bien que juste devant lui. La seule contrepartie était qu’à présent, tout ce qu’il voyait était aussi morne et mort que lui l’était.
      Pire encore, il n’avait quasiment aucun souvenir de sa vie mortelle. Il n’y avait rien de plus que les quelques images qui lui étaient revenues lors de sa libération. Il avait eu beau chercher et chercher encore dans son esprit, en fouiller les moindres recoins, il n’y avait rien pour le rappeler qui il avait été. Pas même son nom. Aucune trace d'une personnalité quelconque, pas de famille. Il n’était rien qu’une coquille vide animée par une âme dépouillée de ses souvenirs et de son identité.
      Qu’allait-il faire, maintenant qu’il avait été libéré de l’emprise de son lige nécromant ? Cette unique question le hantait, et il repassa en vue ses quelques précieux souvenirs en quête d’une réponse.
      Il revoyait une grotte sombre, quelques torches peinant à l’éclairer, les parois recouvertes de peaux et de boucliers rudimentaires, et des guerriers aux traits farouches, revêtus d’armures de facture grossière agenouillés devant lui. Il se souvenait qu’il avait eu des centaines de sujets sous sa coupe, que les tribus des hommes tremblaient sous son nom et le regardaient avec crainte et révérence. Il avait été leur roi, leur souverain, leur maître.
      Il prit alors l’unique décision possible : puisque c’était la seule chose qu’il se souvenait avoir été de son vivant, il le redeviendrait dans la mort, il se trouverait des sujets, se fonderait un fief et une armée, et deviendrait leur roi. Il ne savait faire que cela, et ne pouvait  rien faire d’autre.
      Perdu dans ses pensées, et toujours porté par un destrier infatigable, le roi revenant disparut dans la brume, et il ne resta bientôt plus aucune trace sur le chemin boueux qui fondait, au loin, avec les arbres et les collines, dans le rideau de pluie.  


* *


Une petite suite plus courte pour poser un peu les choses.  Tongue N'hésitez pas à donner votre avis sa fait toujours vraiment plaisir.  Smile 

Grom'

PS : J'ai viré les mentions du nom vampire dans le passage précédent.  Wink
PPS : Plus rapide que toi pour changer la couleur, Von Essen. Tongue


Dernière édition par Gromdal le Mer 8 Juin 2016 - 17:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 8 Juin 2016 - 15:43

Juste là :
Spoiler:
 

Le temps est vraiment maussade en Bretonnie... Pauvres semis printaniers Crying

On en apprend plus sur le héros de l'histoire, c'est bien. La suite ! Happy

_________________
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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 8 Juin 2016 - 17:16

Très sympathique Happy

Par contre deux choses :
Spoiler:
 

Et, pour reprendre Von Essen, c'est vrai qu'elle est grise ta Bretonnie. Peut-être un peu trop...

Alors, ne le prends pas mal, tu décris très bien les éléments naturels et je dois avouer avoir moi aussi un faible pour la bruine automnale qui cascade des canopées. Mais je remarque que assez peu de tes récits (du moins ceux que j'ai lu) ont une ambiance relativement ensoleillée et joyeuse. Donc cette critique s'adresse presque plus à ton travail en général qu'à ce texte en particulier, vu que dans son contexte cela ne pose pas vraiment problème. Après c'est un style d'écriture, que tu maitrises bien, mais un brin de soleil de temps en temps ça ferait du bien aux os blanchis de ce pauvre muet, c'est qu'il lui faut de la vitamine D nondidju. Mr. Green
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 8 Juin 2016 - 18:08

Hjalmar Oksilden a écrit:
Aucune trace personnalité   Quoi
Oups on devrait lire "Aucune trace d’une personnalité quelconque", je corrige. Wink

Von Essen a écrit:
Le temps est vraiment maussade en Bretonnie... Pauvres semis printaniers Crying
Hjalmar Oksilden a écrit:
Et, pour reprendre Von Essen, c'est vrai qu'elle est grise ta Bretonnie. Peut-être un peu trop...
Les séquelles du passage d'une armée vampirique couplées à un mauvais temps des plus normaux, qui s'en ira bien assez tôt de façon la plus naturelle qui soit pour faire place à un beau soleil, ne vous inquiétez pas.  Happy
C'est même prévu dans le récit, parce que c'est aussi important pour le scénar en lui même qu'il fasse beau. Tongue

Hjalmar Oksilden a écrit:
un brin de soleil de temps en temps ça ferait du bien aux os blanchis de ce pauvre muet, c'est qu'il lui faut de la vitamine D nondidju. Mr. Green
C'est marrant le RR fait la même remarque. lol (J'ai terminé la prochaine suite juste avant de poster celle d'avant, c'est mon nouveau "principe de travail" pour me motiver à rester concentré un récit Happy)

En tout cas ça fait bien content de voir que ça plait, ça motive pour la suite ! Smile

Grom'

PS :
Citation :
Mais je remarque que assez peu de tes récits (du moins ceux que j'ai lu) ont une ambiance relativement ensoleillée et joyeuse.
Ceci, ceci, ceci, ceci, ceci, et ceci. Tongue
Mais c'est vrai que les récits que j'ai écrits depuis ton arrivée ne rentrent pas dans cette catégorie, et j'entends bien changer (un peu) avec celui-là. Happy
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Ven 10 Juin 2016 - 21:24

Et c'est reparti ! Vampire
Comment clasher un prêtre, en une leçon.  Fou

*   *

     La pluie semblait ne pas vouloir cesser, et s’abattait sans relâche sur la petite bourgade, installée en bordure de forêt non loin du côté bretonnien du Défilé de la Hache. Impossible de voir la lune ou les étoiles : les lourds nuages gris qui recouvraient toute l’étendue du ciel ne laissaient aucun astre percer à travers eux depuis une semaine déjà. L’unique route qui traversait la seule rue du village, chemin pavé et maintenant inondé toute part, était déserte en cette fin de soirée : les habitants étaient vite rentrés chez eux, chassés par le temps. Une unique lanterne éclairait faiblement la scène depuis une enseigne d’auberge vacillante, le halo orangé se reflétant dans les flaques et sur les murs de pierres humides. Ainsi, personne ne vit le cavalier solitaire qui entra dans le village, emmitouflé dans une lourde cape bordée de fourrure au niveau des épaules. On distinguait une austère couronne de fer qui lui ceignait le front, par-dessus un camail de cuir. Trottinant lentement, le cheval se dirigea vers la taverne.
 
     À l’intérieur, le vieux George, dit le Gros, astiquait allègrement ses chopes derrière le comptoir, sifflotant quelques notes d’une ballade populaire. La grande salle de la taverne était éclairée par le feu qui brûlait dans le foyer en son centre, et par quelques bougies réparties sur les six longues tables, faites d’un bois presque noir tant il était usé. Des lanternes éparses, suspendues aux énormes poutres qui supportaient le plafond bas, venaient rajouter leur lumière vacillante à la  luminosité ambiante. Par-delà les quelques fenêtres aux carreaux de verre épais et grossier qui trouaient les murs de pierre grise et nue, on ne distinguait que les ténèbres. Il n’y avait personne sur les bancs qui longeaient les tables, ni de buveurs affalés sur le comptoir. Tous les clients habituels, voyageurs et habitants du village, avaient été chassés par le mauvais temps : il n’y avait que George, et les échos de sa chanson.
     Malgré tout, ce dernier était particulièrement content : s’il n’avait toujours pas vu le visage d’un client depuis ces cinq jours de pluie incessante, la bourgade avait reçu ce matin des nouvelles de Montfort : l’armée du scion de Moussillon, qui était descendue depuis la Trouée de Gisoreux, d’où elle s’était formée, avait été arrêtée et vaincue à quelques lieues du château de Montfort par une armée du duché levée dans l’urgence, qu’avait rejointe un corps de chevaliers envoyés par Bastonne. Les routes commerciales qui rejoignaient le Défilé de la Hache allaient enfin être libérées et la bourgade, en particulier la taverne-auberge du Gros George, allait de nouveau pouvoir profiter de l’afflux des voyageurs et des commerçants, ainsi que de leurs caravanes, originaires du nord de la Bretonnie, sa seule véritable source de revenus.
     George se souvenait des dires des derniers voyageurs venant de Monfort qu’il avait vus, deux semaines plus tôt. Il y avait eu des rumeurs étranges, comme quoi l’armée ennemie était accompagnée de légions de morts, ramenés à la vie par un quelconque pouvoir obscur : on racontait même que pour ce faire, leur général avait conclu un pacte avec les Dieux du Chaos... Le tavernier s’arrêta d’astiquer un moment, le front plissé, et reposa son torchon sur son épaule, pensant à toutes les rumeurs. Puis il haussa les épaules, et se remit au travail avec un entrain renouvelé : il ne fallait pas croire tous les racontars des voyageurs bretonniens : un mois auparavant, on lui avait raconté qu’une légion de Nurgle était apparue au Nord de Gisoreux et avait assiégé le Roi Louen alors en voyage pour un tournoi, sa majesté royale n’en réchappant que de peu... Le Gros George ne put retenir un petit sourire : c’était ridicule. Comme si des gens allaient croire un tel ramassis de bêtises. Toute le monde savait bien que des armées de morts et de démons, ça n’existait en Bretonnie que dans les histoires pour faire peur aux enfants.
     Puis la porte s’ouvrit violemment et George entendit un homme entrer, accompagné de la pluie et du vent qui s’engouffrèrent dans la grande salle en sifflant. Le tavernier était véritablement surpris de l’arrivée d’un voyageur à cette heure de la nuit, et leva les yeux vers son nouveau client. Son salut s’étrangla dans sa gorge et il laissa tomber sa chope, pétrifié. Devant lui, une lourde cape déchirée volant au vent qui s’engouffrait par la porte grande ouverte, un squelette armé de pied en cap se tenait devant l’entrée. Son armure était usée et rouillée, trouée par endroit, et la cotte de maille qui lui protégeait les bras et les cuisses portait elle aussi les marques du temps. Par-dessus un camail de cuir usé, une terrible couronne de fer hérissée de piques lui ceinturait le front. Son crâne aux os durs était impassible, et au fond des orbites vides luisait une lumière verte et malsaine, qui le transperçait jusqu’aux tréfonds de son âme. George transpirait à grosses gouttes, et son esprit tout entier lui hurlait de fuir. Mais il ne pouvait bouger, les yeux fixés sur le démon.
     Il regarda l’apparition avancer vers lui, pétrifié, et remarqua la longue épée dans un vieux fourreau qui pendait aux côtés du démon. De l’autre côté se balançaient également une deuxième épée, plus courte, et une petite daque, ainsi que quelques bourses usées. Mais le squelette ne dégaina pas son épée maudite pour occire le malheureux tavernier, et, d’un mouvement lent, plongea la main dans l’une de ses bourses et en sortit une pièce sale et noircie qu'il lança sur le comptoir.
 
     Voilà pour toi, serviteur. Je gîterai ici un moment.
     Les paroles du roi revenant retentirent dans l’esprit du squelette, à défaut de pouvoir franchir ses mâchoires muettes. Il accompagna ses propos en pointant la pièce d’une main et en embrassant la salle d’un large mouvement de l’autre. Le tavernier ne dit toujours rien, le fixant de ses yeux écarquillés, immobile.
     Un simple homme, se dit le squelette à lui-même.
     Il se dirigea vers la table la plus reculée et, tirant le banc, il posa son épée sur la table et s’adossa au mur, et ne bougea plus.
     Maudite pluie. Ils avaient marché, lui et son coursier, pendant des jours sans que le ciel ne se découvre. À vrai dire, tout mort-vivant qu’il était, un jour de plus sous un temps pareil l’aurait rendu fou et, dans son caprice, il avait tenu à s’arrêter dans un village pour se sécher à la chaleur d’un bon feu. Celui dans lequel il s’était arrêté était isolé –une des nombreuses et anonymes escales sur la route qu’il avait empruntée, qu’il avait découverte déserte–  et les villageois peu nombreux se terreraient probablement chez eux par un pareil temps. Ils ne représentaient, de toute façon, pas une menace pour le roi revenant.
     Dans un coin de son champ de vision, le tavernier s’extirpa de sa torpeur et sortit en trombe par la porte de derrière sans un regard pour le squelette.
     Dans sa tête, ce dernier sourit. Et les simples hommes restent de simples hommes. Qu’ils essayent, ils ne peuvent, à eux seuls, rien contre moi. Puis il se concentra à nouveau sur son avenir. Il n’allait pas redevenir roi en un jour et, sans la pluie ni le balancement du cheval pour le déranger, il pouvait enfin se pencher sur les actions à prendre. Le soleil pouvait prendre tout son temps pour revenir, il l’attendrait avant de repartir. Et d’abord, il devait régler le problème de sa parole.
 
     George passa en coup de vent dans son arrière-boutique, puis emprunta les escaliers qui menaient au premier étage avant de tituber plus qu’il n’entra vraiment dans ses appartements. Au fond, près d’une cheminée au feu mourant, sa femme Lucie, « La Lucie », comme on l’appelait dans la bourgade, sursauta et se retourna sur sa chaise usée.
     « Eh, qu’est-c’que t’prends, George, à m’faire tout c’raffut ? » puis elle changea de ton en voyant  le visage pâle et le regard hagard de son mari en nage. « Ça va-t-y pas bien, dis ? »
     Ce ne fut qu’avoir repris son souffle que le tavernier put enfin répondre :
     « Le démon... souffla-t-il tout bas entre deux râles. Le démon... dans ma boutique. »
     La Lucie eut un petit rire moqueur alors qu’elle soulevait sa masse imposante du fauteuil :
     « Ah, j’en connais un qu’a encore abusé d’sa propre méd’cine ! »
     Mais le Gros George n’était pas d’humeur à rire, et il prit fermement sa femme par les épaules, la regardant droit dans les yeux.
     « J’rigole pas, la Lucie, c’t’un vrai squelette qu’est rentré... Tout debout en armure et tout... l’a même payé avant d’s’assoir, t’entends ? »
     Un éclair passa sur son visage lorsqu’il se rappela la pièce que l’abomination lui avait donnée, et il fouilla fébrilement dans ses poches, et la lui fourra dans les mains.
     « Là, regarde-moi ça, on va voir si t’rigoles encore. »
     Interloquée, la Lucie fit tourner la vielle pièce poussiéreuse, entre ses doigts, puis la gratta du bout de son tablier. L’éclat que renvoya cette dernière était reconnaissable entre tous : de l’or. La pièce était d’ailleurs lourde, assez épaisse, grossière, et en y regardant de plus près, la femme du tavernier put voir quelques mots écrits dans un langage qu’elle ne connaissait pas, gravés autour d’une effigie aujourd’hui inidentifiable.
     Mais le Gros George était impatient, et lui prit l’étrange monnaie des mains.
     « Alors, tu m’crois maint’nant ? lui demanda-t-il.
     — Eh, ça s’rait pas la première fois qu’on voit un étranger bizarre par ici... Mais un squelette ? T’as du t’imaginer des choses, le George. » Mais ce dernier ne semblait pas vouloir en démordre. La Lucie soupira : «Dame, j’vais aller voir ça par moi-même, t’vas voir qu’les morts ils n’font qu’une chose et c’est rester dans leurs tombes. » Et elle se dirigea vers la porte, mais le George la retint par le bras.
     « Si t’vas voir, regarde au moins de dehors, par les fenêtres, mais rentre pas dans c’te pièce avec le démon. »
     Devant le regard de son mari, la Lucie ne trouva pas le courage de dire non.
 
     Bientôt, ce fut tout le village que se retrouva sous la pluie battante devant la taverne du Gros George. Tous les hommes étaient réunis là, recouverts de lourdes capes, leurs visages fermés à moitié cachés sous leurs capuches, éclairés faiblement par leurs quelques torches. Tous étaient armés de faux, fourches, coutelas et autres armes de fortune. Pour le moment, ils tentaient de se décider sur le démon qui avait investi l’auberge. Quelques-uns d’entre eux regardaient encore à travers les carreaux sales et grossiers des petites fenêtres de la taverne, bouche bée, le squelette en armure immobile au fond de la salle. D’autres, armés de piques de mauvaise facture, surveillaient d’un œil méfiant le coursier squelettique, attaché non loin, mais n’osaient pas l’approcher.
     Au loin, une lanterne disparut, trace du messager envoyé dans l’urgence au château le plus proche, le castel d’Avillon.
     Les villageois avaient opté pour un commun accord de bénir les sorties de la taverne. Pendant que la créature de la nuit serait confinée à l’intérieur, ils abattraient sa monture démoniaque et monteraient le siège devant le bâtiment en attendant l’arrivée d’un chevalier capable d’achever le revenant. Si le démon voulait sortir, ils l’affronteraient, mais ils n’allaient pas se risquer à le débusquer.
     Les villageois firent une haie silencieuse pour laisser passer le vénérable prêtre du village, Bernard, en charge du petit temple de la Dame dont le tocsin avait alerté les habitants un peu plus tôt. Vieux et rachitique, le vieux moine maigre se tenait pourtant droit et s’avançait d’un pied ferme. Il s’arrêta devant la porte, ses yeux  perçant le panneau de bois. Les villageois retenaient leur souffle. Le moine joignit ses mains avant de se retourner.
     « Je sens de la magie noire à l’œuvre dans cette maison. Seule la Dame saurait nous aider en une heure aussi sombre. »
     Il sortit de sa bure une petite fiole remplie d’un liquide qui, dans la pénombre, brillait faiblement : de l’eau bénite. Levant ses mains vers le ciel, il entama d’une voix ferme et posée le saint cantique qui scellerait la porte une fois cette dernière ointe de la sainte eau. Alors même que la litanie s’élevait dans la nuit, la pluie sembla cesser, et les cœurs des villageois s’emplirent de courage. Avec la Dame, ils pourraient vaincre le démon par la seule force de leur Foi.
     Mais alors même que le prêtre terminait son chant et allait asperger la porte pour achever le rituel de bénédiction, le battant s’ouvrit à la volée sur le roi revenant. Toute l’assemblée fut prise de cours par l’arrivée impromptue du démon et le cantique s’étrangla dans la gorge du moine lorsque le squelette enjamba le palier, se baissant pour passer la porte.
     Puis quelqu’un sortit de sa torpeur et cria : « Que l’on protège le prêtre ! », et les villageois s’avancèrent d’un seul mouvement pour défendre leur saint homme. Mais ce dernier s’étant ressaisi, brandit la fiole d’eau bénite devant le visage du squelette, le liquide éclatant de lumière par la simple force de sa foi.  « Arrière, engeance du démon ! » lui ordonna-t-il d’une voix forte, le visage empreint d’une détermination sans faille. « Au nom de la Dame, quitte ces lieux immédiatement ou sois mau... »
     Il y eut un grand moment de silence lorsque le roi revenant posa un doigt squelettique sur les lèvres du moine pour le réduire au silence. Cesse de m’importuner, prêtre, pensa-t-il pour lui-même. Devant les yeux des villageois figés, il prit la fiole des mains de son propriétaire. Personne, pas même le moine lui-même, n’osa bouger, stupéfaits.
     Pendant un moment qui sembla s’étirer indéfiniment, le roi revenant contempla  la fiole, au milieu de l’assemblée immobile. Puis il brisa le charme en jetant la sainte eau avant de jeter la fiole à terre et de la broyer sous son pied.
     Cela ne te sauvera pas, prêtre.
     Un éclair parcourut les villageois, certains reculant devant l’acte sacrilège et celui qui l’avait perpétré, d’autres se crispant de rage et resserrant leur emprise sur leurs armes de fortune. Le premier à agir fut le forgeron qui, au premier rang et armé d’une pique, s’élança sur le revenant.
     « Sacrilège ! Impie ! »
     Son cri retentit dans le bourg et fut bientôt remplacé par le fracas du métal : le roi revenant ne fit aucun geste pour éviter le coup et la lance transperça son armure pour s’enfoncer profondément dans son thorax. Personne, pas même le forgeron lui-même, ne bougea pendant un court instant. Puis le roi revenant baissa lentement le crâne pour contempler l’arme qui lui transperçait le torse, et un cri d’horreur parcourut l’assemblée. Le forgeron lâcha son arme et, son visage en un masque d’horreur, tomba à la renverse sur le sol boueux. Les jambes du moine faillirent se dérober sous lui. Les moins courageux lâchèrent leurs armes et fuirent à toutes jambes en hurlant au démon.
     Le roi revenant, lui, extirpa sans effort la lance de son plastron de métal. Il regarda le forgeron à terre de ses orbites vides. Cela non plus ne te sauvera pas, murmura-t-il dans son esprit, et, de ses deux mains, il brisa sur son genou la longue pique. Mais je ne suis pas ici pour vous occire. Et il lança à l’homme les morceaux de son arme, avant de se retourner vers l’assemblée immobile. Les villageois, qui n’avaient rien entendu de ses paroles intérieures, arboraient des visages aux diverses expressions de terreur et d’appréhension. Quelques-uns adressaient du bout des lèvres des prières à la Dame. Dans un silence total, le squelette scrutait les villageois un par un. Son regard s’arrêta sur le tavernier, et son doigt décharné pointa dans la direction du Gros George. En un instant, la foule devant lui s’écarta, et il n’y eut plus personne entre lui et le roi revenant. Au fond de ses orbites vides, une lueur verte était apparue et, s’écartant de la porte, il invita d’un mouvement de la main le tavernier à entrer.
     Ce dernier, interdit, resta quelques instants à contempler l’ouverture béante, sans bouger. Puis quelques villageois impatients et surtout craignant que, le tavernier ne réagissant pas, le démon ne se retourne vers l’un d’entre eux, le poussèrent discrètement du bout de leurs armes de fortune, sans que personne ne tente de les arrêter, et George n’eut d’autre choix que d’entrer, bientôt suivi du roi squelette qui referma la porte derrière eux. Le claquement sourd retentit comme un glas dans l’esprit du tavernier, qui baissa la tête de terreur. Là où le roi revenant s’était assis, une dague usée au manche ouvragé était profondément plantée dans le bois de la table. Le squelette s’y dirigea et arracha du meuble son couteau. D’un geste sans équivoque, il ordonna à l’homme de s’approcher. En fait, il semblait lui montrer quelque chose sur la table. Mi contraint, mi curieux, le vieux George s’approcha, et remarqua qu’un unique mot y avait été gravé par le revenant. Il dut plisser les yeux pour le déchiffrer : papier, était-il écrit. Un millier de questions aux lèvres, le tavernier releva la tête vers le roi squelette, mais ce dernier coupa court à ses paroles et lui tendit sa paume ouverte sans rien dire.
     Il fallut un petit moment au tavernier pour comprendre, puis il se précipita derrière son comptoir et arracha prestement quelques pages du livre de comptes que tenait sa femme pour les apporter au roi revenant. Ce dernier inclina la tête et les posa sur la table sans un mot, puis s’empara d’un morceau de charbon qu’il avait préalablement posé sur la table. Soulevant sa cape, il s’assit à la table et écrivit rapidement sur la première feuille, qu’il tendit ensuite au tavernier. Ce dernier put y lire, écrit en lettres grossières un unique mot :
     Muet.
     Le tavernier abaissa la feuille pour regarder de nouveau le revenant, qui s’était remis à écrire, avec plus de lenteur, sur une seconde feuille. Voilà qui expliquait bien des choses... Pendant un moment, il en vint même à se questionner sur les véritables motivations du vieux roi. Peut-être n’était-il pas venu pour les occire, après tout. Mais il secoua sa tête pour dissiper ses doutes : c’était d’un squelette démoniaque dont il était question.
     Collés aux fenêtres, les villageois contemplaient le curieux manège qui se déroulait entre le tavernier et le roi revenant plié en deux sur la table, perdu dans son écriture.
     Au bout d’un moment, le roi se redressa et tendit à George la nouvelle feuille. Les mots maladroitement écrits disaient :
     Cete maison sera ma demeur jusquau retoure du soleil, et mon or vostre raycompense.
     Dans sa poche, la main du tavernier se resserra sur la pièce que le squelette lui avait donnée à son arrivée. De nouveau il releva la tête vers le revenant, les questions se bousculant dans son esprit, mais le roi ne lui laissa pas le temps de les formuler. Doucement mais fermement, poussa un George interdit vers la porte et ouvrit cette dernière, effrayant ce faisant les villageois proches. Le tavernier fit quelque pas mécaniques pour franchir le pallier, et la porte claqua derrière lui.
     Toujours pas remis de ses émotions, George regardait la feuille froissée qu’il tenait dans ses mains, maintenant moite de sueur. Tout aussi étonnés que lui qu’il soit ressorti vivant, personne ne dit mot.
     Puis les forces du moine vinrent finalement à lui manquer et, la pression retombée avec le retour du tavernier, il s’effondra dans les bras de ses voisins. Certains contemplèrent tour à tour les débris de la petite fiole devant la porte et le prêtre évanoui, puis se tournèrent vers le roi revenant qui, à travers les fenêtres, s’était rassis, impassible, à sa table.
     Au coin de la taverne le destrier squelette s’ébroua et hennit, mais personne ne lui prêta attention.
 
*   *

La pluie s'est arrêtée... Attendons ensemble le retour du Soleil avec le petit matin !  Happy

En attendant vous pouvez donnez votre avis, râler contre le mauvais temps, et pointer les fautes comme vous le faites si bien Tongue, ça fait toujours plaisir. Wink

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Sam 11 Juin 2016 - 23:53, édité 1 fois
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 11 Juin 2016 - 19:22

Rapide repérage respect  

Spoiler:
 

Aurais-tu par hasard été impatient de publier la suite, grillant l'étape de relecture ? Huh  Je fais exactement pareil, puis je fais (très énervé) quatre ou cinq édit juste après Rolleyes

Nous savons maintenant comment il a eu le papier ! banane
Pour la pluie, je ne résiste pas, je fais des bêtises :
La pluie en chanson:
 

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 11 Juin 2016 - 23:48

Von Essen a écrit:
les murs de pierres humides.
Objection votre honneur ! Les mur sont humides. Et en pierre. D'ou "les [murs [de pierre] humides]" et pas "[les murs][de pierres humides]". Happy
Mais je te l'accorde c'est piégeur, on va rendre les pierres humides plutôt que les murs. Fou

Von Essen a écrit:
Aurais-tu par hasard été impatient de publier la suite, grillant l'étape de relecture ? Huh  Je fais exactement pareil, puis je fais (très énervé) quatre ou cinq édit juste après Rolleyes
Pas vraiment, puisque je me suis bel et bien relu, contrairement aux apparences. lol
C'est que j'ai ce défaut de remplacer inconsciemment, quand je relis un de mes textes, ce que je lis (avec les fautes) par ce que je me souviens avoir voulu écrire (càd sans fautes), d'où mes difficultés à me relire.  Fou

Von Essen a écrit:
Nous savons maintenant comment il a eu le papier ! banane
Il faut savoir que pour avoir des réserves en papier, notre brave "homme" va se casser avec les feuilles du livre de comptes du tavernier. Mr. Green

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Dim 12 Juin 2016 - 0:44

Youpi! un nouveau récit! avec un revenant gentils! 
mais pour l'instant, j'attends le lien avec le tournoi!


Bon, et traditionnel, mais toujours aussi justifié "la suite" d'impose, non?
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Dim 12 Juin 2016 - 9:09

Je parie une cruche de mélomel que la prochaine suite nous dira comment il a trucidé l'un des hérauts vampiriques du tournoi Devil

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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Dim 12 Juin 2016 - 16:43

ethgri wyrda a écrit:
Bon, et traditionnel, mais toujours aussi justifié "la suite" d'impose, non?
Eh bien, la voilà ! Happy

* *

     Juché sur un promontoire rocheux dominant le bourg d’Avillon et au nord la large route commerciale reliant Monfort et Parravon, le château d’Avillon était en lui-même un modeste ouvrage de pierre ocre, quelques tours et  un donjon, que surplombait la Tour Ronde, maître ouvrage de quelques cent pieds de haut et d’une quarantaine de large, le tout ceinturé de maigres murailles, d’où quelques lanciers surveillaient les environs.
     Point clé à la garde d’une importante route commerciale, le petit château, au Sud-Est du Défilé de la Hache, changeait souvent de mains au gré des conflits qui opposaient les seigneurs de Monfort aux ducs de Parravon. Actuellement, le petit seigneur d’Avillon était un vassal de Parravon, et maintenait une petite division d’une centaine de gardes, auxquels venaient s’ajouter la milice du bourg, qui comptait, lui, un petit millier d’habitants. Pas plus d’une douzaine de chevalier, dont les deux fils du seigneur Henri, occupaient le château, et ce dernier n’en avait que rarement abrité plus au court de sa longue, et tourmentée, histoire.
Depuis quelques jours déjà, le castel était en effervescence : le duc de Parravon avait fait envoyer des messagers dans tout le duché, porteurs d’une terrible nouvelle : les morts convergeaient au Fort de Sang, à l’Est, et avaient enlevé la fille d’un noble du pays. Pour la sauver, et gagner par là même le contrôle du Fort de Sang, les bretonniens devraient remporter un tournoi contre les seigneurs de la non-vie et, en tant que vassaux directs du duché, les seigneurs d’Avillon se devaient d’envoyer une délégation de chevaliers pour apporter leur aide au duc, qui les attendrait à la Maisontaal, l’ancienne abbaye se tenant juste à l'ouest de l’endroit désigné pour la lice.
     Après maintes délibérations, il avait été décidé que le seigneur, d’un âge bien avancé, resterait au château avec six de ses chevaliers, tandis que ses deux fils, dans la fleur de l’âge, partiraient avec le reste pour le tournoi.
 
     La cour bourdonnait d’activité lorsque l’échevin du bourg, un vieil homme en chainse et chausses de toile de couleurs ternes, garni d’un chapeau en feutre, entra dans l’enceinte du château. Il était suivi d’un voyageur à la lourde pèlerine, encore humide de la pluie nocturne. Des palefreniers apprêtaient les chevaux et des pages couraient dans tous les sens, porteurs d’armes, écus et autres bagages pour le voyage jusqu’à la Maisontaal. Deux chevaliers avaient déjà montés leur cheval, les autres encore en train de diriger leurs pages vers leurs montures. Un peu plus loin, attendant patiemment dans un recoin de la cour, un prêtre juché sur une robuste jument observait les préparatifs d’un regard amusé. Parmi toute cette agitation, personne ne remarqua les deux nouveaux venus qui contemplaient le spectacle en silence.
     Puis un chevalier en cotte de maille complète portant un haut heaume sous son bras, revêtu d’un tabard de livrée pourpre et or, se dirigea vers eux. Il salua l’échevin avec un grand sourire. C’était un jeune homme robuste, de haute stature, aux yeux bruns et pétillants, et l’on distinguait quelques touffes de cheveux bruns qui dépassaient de dessous son haubert de maille
     « Maître Grossouvre, cela faisait longtemps que nous ne nous étions point vus !
      — Sire Jehan, répondit ce dernier avec un sourire en inclinant la tête. Cela est toujours un plaisir de vous voire en si bonne santé. Comment va votre père ? »
     Le chevalier Jehan se gratta le derrière de la tête d’un air gêné : « Ma foi, l’âge ne lui réussit pas. Voilà la deuxième fois en un mois qu’il manque de chuter dans les escaliers de la Grande Tour. Malgré tout, il ne peut se résoudre à  ne plus y monter chaque jour... J’imagine que les habitudes ont la vie dure. Et en plus de cela, la régie de la région lui demande beaucoup ces derniers jours... » L’échevin hochait la tête à chaque phrase, écoutant placidement les nouvelles du château, et semblait avoir oublié la présence de son compagnon qui, nerveux et visiblement intimidé, triturait fébrilement une bague entre ses mains, mais n’osait pas prendre la parole. Au bout d’un moment, ils furent rejoints par un deuxième chevalier, lui aussi complètement équipé.  C’était la copie conforme de sire Jehan, à ceci près qu’il était un peu plus grand, et que les traits de son visage étaient beaucoup plus fins. Il était d’ailleurs plus jeune que Jehan, et salua d’un même entrain l’échevin, coupant court aux paroles de son compagnon chevalier.
     «  Maître Grossouvre ! » Ce dernier souleva son chapeau de feutre et inclina la tête en guise de salut. « Quel bon vent vous amène par ici ? ».
     Le vieil homme sembla alors se rappeler la présence de son compagnon et le présenta aux deux chevaliers.
     « Sire Jehan, sire Thiébaud, voici un voyageur venu du village d’Yssieux sur la Grand’route, et il est porteur de biens graves nouvelles. » Puis il se tourna vers ledit voyageur, qui s’inclinait bien bas devant les chevaliers. « Ce sont les deux fils du seigneur de ce château. Le seigneur Henri est indisposé, mais eux sauront vous aider. »
     Les chevaliers froncèrent les sourcils à ces mots, et le vieil échevin s’empressa de leur expliquer la situation. Il leur raconta comment, tôt dans la journée, il avait reçu la visite du voyageur qui, affolé, lui avait demandé de l’aide car son village « était assailli par le démon ». Il s’était vu refuser l’entrée au château, malgré le fait qu’il portât la bague de son propre échevin ; à l’invitation du dignitaire du bourg, le voyageur leur montra respectueusement la chevalière qu’il tenait dans ses mains, et les deux chevaliers reconnurent le sceau des maires de la région, et le vieil homme reprit son récit ; il l’avait donc fait entrer et l’homme lui avait raconté comment un revenant s’était introduit dans leur village et avait pris possession d’une de leurs maisons : on lui avait alors demandé d’aller chercher de l’aide au plus vite au château, et c’était ainsi qu’il était arrivé devant messire l’échevin d’Avillon.
     Ce dernier avait longuement réfléchi, puis s’était décidé à l’accompagner au château pour le présenter devant le seigneur des lieux. En tant qu’ancien précepteur des héritiers du domaine, il pourrait sûrement obtenir de l’aide pour le village du voyageur.
     Il y eut un court silence une fois que le vieil homme eut conclu son récit, et les deux chevaliers se regardèrent. Jehan murmura, presque pour lui-même, furibond : « Ainsi les morts parcourent librement le pays... Une armée vaincue à Montfort, et voilà qu’ils affluent dans le duché et  défient impunément nos seigneurs à un tournoi... Un tel comportement est intolérable ! » Il héla un page qui passait par là, et l’adolescent s’approcha. « Va chercher un des chevaliers qui restent au château... Gaston Fièrelance fera l’affaire. Dis-lui que nous avons besoin de lui sur-le-champ. »
     Mais, alors que le page allait partir, Thiébaud s’interposa avec un grand sourire. « Laisse donc le vieux Gaston tranquille, mon frère, j’irai. 
     — Quoi ? Sois raisonnable, nous devons partir pour le tournoi avant midi, et Yssieux n’est pas sur notre chemin. » Mais le jeune homme ne se laissa pas décontenancer et coupa de nouveau son frère ainé :
     « N’as-tu donc point écouté ce que maître Grossouvre nous a dit ? Il n’a fallu que quelques heures pour cet homme afin de venir jusqu’ici. Si je pars maintenant, avec mon destrier, je pourrais rapidement vous rattraper sur le chemin de l’abbaye, vous qui serez chargés pour le voyage. » Mais Jehan n’était toujours pas convaincu, et voulu prendre la parole. Thiébaud l’en empêcha : « Qu’importe si je ne vous rejoins pas sur la route, vous n’aurez qu’à m’attendre à la Maisontaal, le tournoi ne commence que dans une semaine, après tout. » Voyant que la résolve de son frère vacillait, il continua : « Et puis, dis-toi que cela me fera un bon entraînement pour le tournoi à venir. Ce n’est pas comme si j’allais perdre : avec la lance de père, tu sais très bien que je suis invincible. Ce n’est pas le cas du vieux Gaston d’ailleurs, qui ne veut pas comprendre que son époque est révolue. »
     Finalement, Jehan plia face à l’enthousiasme confiant de son frère. D’un geste de sa main gantée, il acquiesça en soupirant.      « Soit, pars si c’est ainsi que tu le souhaites, nous t’attendrons à la Maisontaal. »
     Thiébaud le gratifia d’un large sourire, et se tourna vers le page qu’avait hélé son frère, qui était resté là sans bouger.      « Tiens, apporte-moi donc ma lance, mon écu et mon cheval, au lieu de rester planté là. » lui fit-il avec une pointe d’humour dans la voix. « Et ramène aussi une carte ! » ajouta-t-il précipitamment, avant de se retourner vers ses compagnons, les yeux pétillants. « Je veux savoir exactement où je vais, après tout. »
     Le garçon revenu avec le destrier, qui portait déjà quelques bagages attachés par les palefreniers, et une fois la carte dûment étudiée et hâtivement fourrée dans une poche, rejoignant la missive que le duc avait envoyée pour le tournoi, le jeune chevalier enfourcha son cheval.
     « Eh bien, adieu, mon frère, et puisse la Dame être avec vous pendant votre voyage. Maître Grossouvre. Voyageur. » Il hocha la tête à l’intention du vieil échevin, qui lui rendit son salut. Le voyageur, lui, s’inclina profondément et se confondit en remerciements, que Thiébaud n’écouta pas, et il lança son cheval au galop, passant en trombe à travers la large entrée du château. L’échevin salua silencieusement Jehan et s’éclipsa lui aussi, suivi du voyageur. Seul au milieu des préparatifs, le chevalier regarda un moment la route au-delà du pont-levis du château, avant de retourner dans la cour.
     Rapidement, il informa les autres chevaliers, les pages et le prêtre qui l’accompagneraient à la Maisontaal de la tournure des événements. Tous acquiescèrent sans poser de question : ce n’était pas la première fois que son jeune frère partait seul pour une quête improbable, pour revenir quelques jours plus tard, parfois couvert de blessures et la cotte de maille déchirée, mais toujours victorieux et avec le sourire. Il ne semblait pas y avoir de limite à l’énergie du jeune homme. Son optimisme sinon placide était à l’exacte opposée de son frère ainé, à l’humeur souvent sombre et belliqueuse, et à la rancune tenace.
     « Que la Dame te bénisse toi aussi, Thiébaud. » murmura ce dernier entre ses lèvres, avant de repartir s’atteler à son propre départ.
     Son frère disparut bientôt sur la route, et ne laissa derrière lui qu’un nuage de poussière ocre. 

* *

Ethrgi Wyrda a écrit:
pour l'instant, j'attends le lien avec le tournoi!
Patience... on s'en approche à grand pas. Wink

Von Essen a écrit:
Je parie une cruche de mélomel que la prochaine suite nous dira comment il a trucidé l'un des hérauts vampiriques du tournoi Devil
Euh... Whistling

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Lun 13 Juin 2016 - 21:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Dim 12 Juin 2016 - 22:56

Von Essen, tu as promis une cruche de melomel! c'est pas un vampire qui va mourir!

Citation :
 « Va chercher un des chevaliers qui restent au château... Gaston Fièrelance fera l’affaire. Dis-lui que nous avons besoin de lu sur-le-champ. »

Spoiler:
 

desolé...Lol !
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Lun 13 Juin 2016 - 10:34

Quelle volte-face ! En MP ça parlait de héraut vampirique Rolleyes

Cruche promise, cruche due, elle t'attend sur le comptoir Tongue

J'ai vu quelques coquilles, la relecture sera faite plus tard dans la journée... En attendant, je me demande si la rencontre entre le mort et le vivant sera traitée de manière classique ou de manière originale study

La suite ! Wink

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Lun 13 Juin 2016 - 11:56

Von Essen a écrit:
Quelle volte-face ! En MP ça parlait de héraut vampirique Rolleyes
Tu m'as mal lu, j'ai effectivement parlé d'un héraut, mais je n'ai jamais dit qu'il était vampirique.  Tongue Dans ma tête, c'était un bretonnien depuis le début.  Happy
(Ça t'apprendra à faire un pari avec l'elfe alors que tu en sais secrètement le résultat, vil gredin ! lol)

Von Essen a écrit:
En attendant, je me demande si la rencontre entre le mort et le vivant sera traitée de manière classique ou de manière originale study
Je ne sais pas ce qu'est ce que tu appelles la manière "originale" et la manière "classique"...  scratch De toute façon pour moi je ne peux la traiter que d'une seule manière, celle qui me paraît être la plus naturelle. respect

Von Essen a écrit:
La suite ! Wink
Eh, ma foi, ça devrait pas tarder. Happy Demain sûrement, comme ça je garde mon rythme d'une sortie tous les deux jours. Fou

Grom'

PS :
ethgri wyrda a écrit:
Spoiler:
 
Sans commentaire. Mr. Green (Il s'appelle Gaston le gars ? Je m'en souviens plus. scratch)
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Lun 13 Juin 2016 - 21:21

Ah la la, ça m'apprendra en effet Crying

Citation :
Dis-lui que nous avons besoin de LU sur-le-champ. »
Innocent

Relecture et quelques avis :
Spoiler:
 

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Lun 13 Juin 2016 - 21:46

Objections votre honneur ! Mais pas que. lol

Von Essen a écrit:
Citation :
Dis-lui que nous avons besoin de LU sur-le-champ. »
Innocent
Damned ! Voilà qui montre bien mon incapacité à relever des fautes... mais si ça me permet de me marrer comme ça de temps en temps, ça ne me dérange pas. Very Happy

Von Essen a écrit:
D'après ma carte, il s'agirait plutôt de l'est  Camouflé Ninja
Euh si je me souviens bien la lice se tient dans la "plaine" entre les deux forts (Fort de Sang / Maisontaal), non ? Du coup la Maisontaal est plutôt à l'ouest, si je ne me fourvoie point.  Fou

Von Essen a écrit:
C’était un jeune homme robuste, de haute stature, aux yeux bruns et pétillants, et l’on distinguait quelques touffes de cheveux bruns qui dépassaient de dessous son camail (= nom usuel de la coiffe en maille).
Oui, mais le camail ne vaut que s'il est séparé du reste de la cotte de maille. Or il s'avère que dans beaucoup de cas, le haubert comprenne déjà un camail, "fusionné" au reste de la robe de maille, si l'on peut dire. Et il se trouve que se cher Jehan d'Avillon porte ce type de cotte de maille intégrale. D'où "haubert", et pas camail.  Wink  
En plus je sais ce qu'est un camail, puisque notre cher Muet porte "un camail de peau".  Tongue

Von Essen a écrit:
(à ta place, si tu désires garder la phrase entière, j'utiliserais des point-virgules  Camouflé Ninja )
Très bonne idée, je n'y avais pas pensé.  Cool

Von Essen a écrit:
Le garçon revenu revint avec le destrier, qui portait déjà quelques bagages attachés par les palefreniers
C'est un raccourci syntaxique je crois... Au lieu de dire par exemple "le garçon étant revenu", on met juste le participe passé. Exactement comme le "une fois la carte dûment étudiée" juste en-dessous, si je ne me trompe pas.

Von Essen a écrit:
une fois la carte dûment étudiée et hâtivement fourrée dans une poche, rejoignant une affiche (je dirais plutôt une missive, non ?) pour le tournoi, le jeune chevalier enfourcha son cheval.
Encore une fois, grande idée. Cool
Je vais remplacer par
Von Essen a écrit:
une fois la carte dûment étudiée et hâtivement fourrée dans une poche, rejoignant la missive que le duc avait envoyée pour le tournoi, le jeune chevalier enfourcha son cheval.

Merci pour ton aide, elle m'est vraiment précieuse. Smile

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Lun 13 Juin 2016 - 23:18

Et bah et bah !

Un nouveau récit qui apparaît de la plume de notre cher Gromdal ! Je me devais de la lire et c'est chose faite !

Super ambiance et franchement je comprends pourquoi tu trouves les RR aussi badass après avoir lu cette partie du récit mais je demande une chose... Smile

La suite !
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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 14 Juin 2016 - 19:51

Je suis content que le récit te plaise, Nyklaus ! Smile

Vous m'avez tous demandé la suite, et je vous l'ai promise pour aujourd'hui : un nain sait tenir ses paroles !  Fou
Au début, je ne voulais pas poster cette suite en deux parties et non une, mais je me suis dit que ça nuirait à la fluidité du récit de poster cette affaire en plusieurs fois, alors vous aurez droit au tout ! Happy Profitez-en bien, et régalez-vous. Wink

* *

    Thiébaud arriva à Yssieux peu après que le soleil eut atteint son zénith. Il n’y avait personne dans la rue principale, sauf un homme assis sur le palier de ce qui semblait être une taverne, ou peut-être une auberge, à l’entrée de la bourgade. Doucement, le chevalier approcha sa monture : il n’en fallut pas plus pour que l’homme le remarque et s’avance dans sa direction. Le villageois s’inclina bien bas devant le chevalier à la vue de la livrée des seigneurs d’Avillon :
    « Messire ! Que la Dame vous bénisse. 
    — Passons ces formalités. » Le visage de Thiébaud, sous sa visière, était impassible, et il scrutait les environs dans l’espoir d’apercevoir le revenant. Il tenait sa lance bien droite, et sa pointe brillait faiblement, vibrante d’énergie : il était prêt au combat. Ne voyant rien, il tourna son regard de nouveau vers le villageois : « L’on m’a dit que le village était sous l’emprise d’un démon du royaume des morts. »
    — Eh bien, m’ssire, c’est que... » L’homme baissait le regard, visiblement gêné.
    Thiébaud n’avait pas de temps à perdre, et il pressa le villageois d’en venir au fait. L’homme s’inclina une nouvelle fois.
    « Pardonnez-moi messire. Le revenant est... est parti depuis ce matin. Il a quitté le village à l’aube.
    — Si ce n’est que cela... » Thiébaud fut soulagé par les mots du villageois : il avait craint que le revenant n’eut commis quelque acte barbare dans le village. Il n’avait que quelques heures de retard sur le démon... Le chevalier n’avait qu’à pousser un peu son destrier, et il le rattraperait bien assez tôt. Ce n’était pas la première fois qu’un de ses adversaires prenait la fuite... jusqu’à ce jour, aucun d’eux ne lui avait échappé. Sous son casque, Thiébaud se mit à sourire : « Eh bien, brave homme, indiquez-moi la route que ce félon a prise, et je saurai le traquer et le mettre à bas. Je vous le garantis, cette bête ne vous hantera plus jamais. 
    Par chance, il s’avéra que l’homme était  tavernier et que c’était son établissement que le démon avait investi. Il l’avait ainsi vu sortir, après avoir attendu une bonne partie de la nuit à l’extérieur de l’auberge, aux premières lueurs de l’aube :
    « L’est parti vers l’Est par la grand’route, messire, vers le château d’Parravon, et tout ça. Y a toujours par grand monde sur les routes à cause de c’te salopard de Moussillon qu’est v’nu jusque pas loin d’ici, alors vous pourrez pas le rater si jamais vous l’croisez. »
    Thiébaud inclina la tête vers le tavernier, et, tirant sur ses rênes, il guida sa monture dans la direction que le villageois lui avait indiquée.
    « Merci bien, villageois. Soyez certain que la bête ne verra pas un autre jour. 
    — La Dame soit avec vous, messire. » répondit simplement le tavernier.
 
    Le Gros George regarda le chevalier s’éloigner au galop. Il ne savait plus trop quoi penser de cette affaire : il avait passé la nuit à guetter devant son auberge, alors que tous les autres villageois étaient partis se terrer un par un dans leurs maisons. Mais le revenant n’avait rien fait d’autre que rester assis sans bouger jusqu’à l’aube. Avec l’arrivée des premiers rayons du soleil, il était sorti, réveillant au passage le tavernier qui s’était assoupi, assis à côté de la porte, et avait détaché son cheval squelettique. George se souvenait encore comment le squelette s’était tourné une dernière fois vers lui, et l’avait fixé de son regard inflexible depuis son destrier, avant d’incliner la tête à son attention, comme pour dire merci, ou au-revoir. Puis il était parti sans rien dire.
    Quel genre de démon venait dans votre village sans torturer personne, payait son séjour dans la taverne, et saluait avant de partir ? Il n’avait même pas dégainé son arme alors que les villageois étaient prêts à se jeter sur lui lorsqu’il était sorti pour lui demander du papier... C’était à ne plus y croire.
    Le vieux George se gratta la tête, puis rentra dans son établissement en secouant la tête. Vraiment, les voies des dieux étaient impénétrables.
 
    Depuis le début de la journée, et encore en cette fin d’après-midi, le soleil régnait en maître dans les cieux, sans aucun nuage pour l’empêcher de rayonner de toute sa puissance presque estivale. Ce qui n’était pas sans gêner le roi squelette, car la lumière directe d’un soleil de fin de printemps était presque trop puissante pour ses yeux de revenant, et midi l’avait vu harassé d’un léger mal de crâne. Cela dit, il n’allait pas se plaindre : mieux valait l’inconvénient temporaire de quelques heures d’un soleil trop puissant que la semaine de pluie incessante dont il ressortait.
    Au contraire, cela s’avérait fort instructif : sa vision n’étant pas dérangée par l’absence de lumière, il savait maintenant qu’il lui faudrait voyager préférentiellement de nuit. Il pourrait ainsi éviter de rencontrer des voyageurs indésirables, car, si, aussi loin qu’il pouvait le voir, la voie était actuellement déserte, le vieux roi se doutait bien que cela ne durerait pas longtemps.  L’armée des morts dont il avait réchappé était la seule raison qui pouvait expliquer un tel gel des routes, et sa défaite marquait un retour imminent à la normale. En attendant, le roi revenant pouvait pleinement profiter de la campagne silencieuse, douces collines à moitié recouvertes de forêts, qui s’étendaient devant lui, rien que pour ses yeux.
    Car il était de bonne humeur. S’il ne s’était toujours pas fixé sur son retour à la tête d’un fief, il avait définitivement réglé son problème de communication : il avait fourré dans l’une de ses bourses toutes les feuilles vierges qu’il avait pu trouver dans le livre de comptes du tavernier, ce qui représentait une réserve conséquente de papier, et ce dernier, certes de mauvaise qualité, mais robuste, était parfaitement adapté au voyage. C’était certes un petit pas dans sa progression, mais ce petit rien d’avancement le satisfaisait amplement. Après tout, depuis son retour dans son corps sans vie, il avait tout son temps devant lui.
    Seulement, il lui manquait maintenant une destination. À vrai dire, il ne savait ni où il se trouvait, ni où vers où il se dirigeait : dans sa hâte de quitter le village, il avait instinctivement repris la route qu’il avait quittée la nuit dernière sans même penser à demander une carte. Et il n’avait pas l’intention de revenir sur ses pas. Sa botte portait encore les souvenirs de la fiole du prêtre : là où il avait été en contact avec l’eau bénite, le métal de la semelle avait fondu, avait-il découvert au moment de son départ. Secouant la tête, le roi revenant pris un moment pour maudire le prêtre le temps que le mauvais se souvenir se dissipe.
    Il n’y avait pas de problème, juste un petit contretemps : il règlerait tout cela lors de sa prochaine escale.
 
    Un bruit de sabot le tira de sa rêverie, et il se retourna sur son destrier. Laissant derrière lui un nuage de poussière, un cavalier approchait à vive allure. Le roi revenant distingua une lance de cavalerie dressée bien haut. Ce n’était pas une lance de joute à la pointe émoussée, mais bien une arme de guerre prête à l’usage. Par sa monture caparaçonnée, son écu que l’on devinait décoré d’armoiries, le roi revenant l’identifia comme un chevalier.
    Sans ralentir son propre destrier, le vieux roi le regarda approcher de loin. Il espérait que le chevalier était motivé par une raison urgente et passerait son chemin. Il avait mieux à faire que combattre des idiots à la recherche de gloire aux combats.
    Mais le chevalier s’arrêta à bonne distance du squelette et lui adressa la parole à travers son heaume :
« Je te trouve enfin, sale engeance ! Ton passage sur cette terre n’a que trop duré, prépare-toi à retourner dans l’au-delà, démon ! »
    Plus que l’homme lui-même, qui donnait l’impression d’un combattant expérimenté, et représenterait probablement un adversaire coriace même pour le guerrier à l’expérience centenaire qu’il était, c’était sa lance qui inquiétait le roi revenant. C’était, comme il avait pu le constater, un véritable instrument de guerre, au long et robuste manche de bois poli et lustré, porteur de nombreuses marques de batailles, mais il semblait au revenant que sa pointe acérée de métal vibrait doucement, et elle brillait d’une lueur étrange dans la lumière du soleil. Tout dans son être lui disait de se méfier de cette arme.
    Il était encore temps de tenter l’approche diplomatique, dans l’espoir de ne pas faire couler le sang, et le roi revenant fit mine de continuer son chemin.
    Retourne d’où tu viens, chevalier. Je n’ai pas le désir de te combattre, pensa-t-il à l’intention du cavalier.
    Mais ce dernier n’était pas prêt à renoncer à l’affrontement, et le roi squelette réduit au silence était bien incapable d’expliquer sa situation par les mots.
    « Tu oses te défiler, démon ? N’as-tu donc point d’honneur ? Bas-toi si tu as jamais été un homme ! »
    Cette fois, le roi revenant arrêta sa monture, et se retourna pour faire face au chevalier. Ce dernier pointa sa lance en direction de son adversaire. Son cheval s’agitait sous lui, prêt à bondir, et labourait le sol de ses sabots.
    « Alors, on se décide à combattre, finalement ? Un soupçon d’honneur se réveillerait-il dans ces orbites vides que je vois là ? »
    Le comportement ostentatoire du chevalier et son ton narquois commençaient sérieusement à indisposer le squelette, qui resserra ses mâchoires mais ne dégaina pas. Au contraire, il leva les mains vers le chevalier, paumes dressées en guise de signe de ses intentions pacifiques.
    J’ai dit, je ne veux pas t’affronter, chevalier. Va-t’en chercher ailleurs un adversaire à combattre, car je suis las de ta présence.
    Apparemment, son geste n’eut pas l’effet escompté, car le chevalier éperonna sa monture et baissa sa lance.
    « Chercherais-tu ma pitié, impie ? -la colère retentissait dans sa voix- Sache que je n’en ai aucune pour les créatures de ton espèce ! Avillon ! Charge et vaincs ! »
    Et, sans plus d’avertissement que son cri de guerre, il chargea le squelette.
    Le vieux roi eut à peine le temps de tirer sa lourde épée de son fourreau que le chevalier avait déjà parcouru la moitié de la distance que les séparait. Son bouclier était attaché au flanc de son coursier squelette, hors d’atteinte. Par tous les dieux... pensa-t-il.
    La lance était déjà sur lui. Empoignant son épée de ses deux mains, le roi revenant se prépara à dévier l’arme pointée sur son torse. Mais, à la dernière seconde, la pointa dévia subitement de sa trajectoire et se redressa vers le crâne du squelette, évitant adroitement la hâtive parade de ce dernier.
    Par quel stratagème... Il pouvait presque compter les fines éraflures sur la pointe de la lance tant elle était proche de son visage lorsqu’un éclair de lumière éclata et lui fit perdre sa vision.
    Une fois sa vue revenue, il put constater que la lance l’avait laissé indemne. Pour des raisons qui lui échappaient, le coup avait été dévié et l’avait frappé au-dessus du bras, ne faisant qu’érafler son épaulière. Seules traces de ce qui venait de se passer, de fines langues de vapeurs s’échappaient de son plastron.
    Une trentaine de pas plus loin, le chevalier, qui l’avait dépassé, préparait sa monture pour une deuxième charge. La pointe de sa lance, elle aussi, fumait. Relevant la tête, il s’adressa à son adversaire.
    « Alors, on utilise des armes de lâches ? La magie ne pourra pas te sauver de la ma lance vengeresse, démon ! »
    Encore une fois, le roi revenant aurait aimé avoir l’usage de la parole, ne serait-ce que pour rétorquer que le chevalier lui aussi utilisait une arme enchantée sans pour autant s’en offusquer. Il se redressa et réaffirma sa prise sur son arme. Viens, je te montrerai que le même stratagème ne m’aura pas deux fois.
    Le chevalier ne se fit pas attendre, et chargea à nouveau, la lance filant droit vers l’épaule du roi revenant. Mais cette fois, ce dernier était prêt, et lorsque la lance magique changea au dernier moment de cible pour se tourner vers son sternum, il l’envoya violemment valser d’un coup d’épée. Le chevalier, déséquilibré et surpris, laissa sa garde ouverte, et il ne dut son salut qu’à son heaume que le revers du squelette envoya rouler dans la poussière de la route.
    Cette fois, ce fut le roi revenant qui se retourna en premier. L’erreur du chevalier avait été de fonder tous ses espoirs sur un seul coup, et venait de perdre son avantage en échouant à le tuer dès la première passe, éventant son seul atout.
    Mais l’homme, qui se révéla bien plus jeune que le roi aurait pu le penser, ne se laissa pas décontenancer et, son regard inflexible ne quittant pas un seul instant le revenant devant lui, il laissa sa lance tomber à terre pour dégainer son épée. Il n’était pas idiot après tout, et le vieux squelette salua mentalement son geste. Maintenant, il n’était plus question de magie : tout serait résolu dans leur maîtrise de l’épée.
    En silence, les deux adversaires se lancèrent l’un contre l’autre. Le premier à frapper fut le jeune homme qui, plus vif et plus agile, tenta d’outrepasser la garde du squelette pour le frapper à la tête. Mais ce dernier esquiva le coup en se penchant sur le côté, et profita de son élan pour lui asséner en retour une terrible frappe de son épée qu’il tenait à deux mains. Le bouclier du chevalier encaissa le choc, qui résonna dans tout son bras. Il ne pourrait pas parer un deuxième coup de la sorte. Mais les montures ne se séparèrent pas et se tournèrent autour. Il n’y aurait pas de quatrième charge. La poussière volant autour d’eux, les deux combattants échangèrent quelques coups rapide, sans qu’aucun des deux ne parviennent à blesser l’autre : le chevalier agile parait toujours à temps de  son bouclier, alors que ses propres coups n’arrivaient pas à percer le robuste plastron du revenant, lorsqu’ils arrivaient à atteindre le vieux roi squelette.
    Mais ce dernier ne faisait pas que combattre : il observait. Il notait les moindres mouvements de son adversaire, guettait les failles dans son armure et scrutait son visage à la recherche d’un quelconque signe de faiblesse. Signe de sa concentration intense, une lumière verdâtre s’était mis à briller dans le fond de ses orbites, et devenait de plus en plus puissante. Puis il vit la faille.
    Sans hésiter, sa lame s’engouffra entre l’épée du chevalier en plein mouvement et son bouclier, qui s’était imperceptiblement écarté pour révéler un défaut dans la cotte de maille sous l’aisselle. L’épée rouillée transperça l’acier sans rencontrer aucune résistance et mordit profondément la chair, arrachant un cri de douleur au chevalier, qui tira sur la bride de son cheval et recula, grimaçant. Le roi revenant le laissa se retirer.
    Le chevalier au bras blessé laissa tomber son bouclier à terre, désormais inutile. Sous son bras, un large filet de sang se déversait sur sa cotte de maille et, dans son autre main, son épée tremblait. Ses yeux emplis de haine fixaient toujours le squelette sans ciller, mais l’issue du combat était sans équivoque. S’il y avait un second échange, ce serait la vie, et pas seulement son bouclier, que le chevalier perdrait.
    Le revenant baissa sa propre épée et ouvrit les bras : magnanime, il laissait à son adversaire la chance de repartir certes vaincu, mais avec la vie sauve. Le chevalier avait combattu vaillamment et avec honneur, et le vieux roi respectait ces vertus.
    Mais l’homme se redressa sur son cheval, et le lança à l’encore de son adversaire.
    « Avillon ! » hurla-t-il, l’épée haute.
    Le roi revenant para son coup maladroit et répliqua d’une seule main. Dans un râle, le chevalier tomba de cheval et s’affaissa dans la poussière, le torse transpercé par l’arme rouillée.

    Le squelette regarda un moment le cadavre de son adversaire au sol, un pied toujours accroché à son étrier.
    Le combat s’était révélé instructif, à sa propre manière... Il se méfierait à présent des armes et objets magiques étranges que ses adversaires pourraient porter. Se rappelant l’étrange lumière qui l’avait sauvé et la fumée qui était ensuite sorti de son plastron, il fourra la main dans ce dernier, passant par le cou. Quelque part à l’intérieur de sa cage thoracique, ses doigts rencontrèrent une chaîne. S’en saisissant, il réussit à extirper un petit collier fait d’une fine chaîne. Il avait surement été enterré avec le vieux roi, et l’ornement, porté à l’origine autour du cou, était tombé dans son plastron, uniquement retenu par les os de son cou.
    Au bout de la chaîne pendait une petite pierre d’un blanc laiteux et, en y regardant de plus près, le revenant put s’apercevoir que cette dernière brillait faiblement, la lumière pulsant lentement. À travers ses doigts décharnés, le squelette pouvait sentir une douce chaleur émanant de la pierre.
    Ainsi, le petit joyau était sûrement à l’origine de l’explosion de lumière, un quelconque enchantement protecteur lui ayant été apposé.
    Se redressant, le roi revenant cacha de nouveau le collier dans son plastron. Il n’allait pas compter sur de telles babioles pour survivre : vu comment il n’avait pu le protéger que lors du premier coup, il faudrait un certain temps avant que le pendentif puisse agir à nouveau.
    Mais il avait mieux à faire pour l’instant : maintenant était venu le temps du tribut au vainqueur.
    Le roi revenant mit pied à terre et, sa lourde cape trainant dans la poussière, il s’approcha du chevalier et de sa monture. Dégageant le pied de ce dernier de son étrier, il l’allongea au bord de la route, à côté de son destrier.
    Le cheval se révéla chargé comme si son maître s’était préparé à un voyage conséquent : il portait plusieurs bagages, contenant équipement, un surcot de rechange et une cape de voyage. Le roi revenant trouva quelques armes peu dignes d’intérêt. Il découvrit cependant fut un précieux matériel d’écriture, qu’il rangea précautionneusement dans l’une de ses bourses.
    Mais ce fut dans une poche du surcot que portait chevalier qu’il fit sa plus importante trouvaille : pliée à côté d’une lettre se trouvait une carte de la région. Cela tombait à point nommé, et le roi revenant adressa une petite prière au dieu qui avait envoyé le jeune homme à sa rencontre.
    Retournant la carte, son regard tomba sur la missive, et il put y lire, écrit en grande lettres : Tournoy du Fort de Sang. Intrigué, le vieux roi déplia totalement la missive et se mit à la lire. Il lui fallut un certain temps pour déchiffrer le message. Visiblement, écrire n’avait jamais été une priorité pour lui de son vivant, et le bretonnien ne devait pas être son langage natal, car bien qu’il le comprît oralement, le lire n’était pas une mince affaire, et il passa un bon moment penché sur la missive, à genoux à côté du bretonnien, à tenter de comprendre les mots qui y étaient écrits.
    De ce qu’il en comprenait, la lettre parlait d’un tournoi opposant les « engeances des morts et les créatures de la non-vie » aux « preux et valeureux défenseurs du royaume » qui aurait lieu dans quelques semaines. S’en suivait un passage où l’auteur de la lettre rappelait le destinataire de ses obligations envers le duché. Le squelette passa la plus grande partie de ce qui suivit, mais il s’arrêta sur ces quelques mots :
    « Il est à noter que, si la survie de la Damoiselle Penthésilée de Gransette dépendra de la volonté du vaincqueur du tournoy, ce dernier se verra également offert le Château du Fort de Sang. Ou le Château de Sanglac, s’il s’avère que nous échouons à hisser un chevalier à la victoire et que le vaincqueur est l’un des membres de ceste sombre engeance. C’est pourquoi nous devons nous assurer que le tournoi ne se ... »
    Et la lettre continuait encore longuement, mais le roi revenant ne prêta pas attention à la suite, et relut plusieurs fois le passage afin de s’assurer qu’il l’avait bien compris. Ainsi, le vainqueur du tournoi se verrait offert château et domaine...
    Relisant le début de la lettre, le roi revenant put noter que les inscriptions des chevaliers se tenaient à  «l’Abbaye de la Maisontaal », et le « Fort de Sang » était désigné comme « le bastion où convergent les légions impies ». C’était sûrement là qu’aurait lieu le recensement des combattants des morts.
    Consultant la carte, il lui fallut un petit moment pour trouver les deux endroits indiqués, et encore plus pour trouver sa propre localisation sur la carte. Apparemment, il se trouvait au milieu de grande route qui, louvoyant dans une plaine entre un fleuve appelé « Grismerie » et la chaînes des « Montagnes Grises », reliait le château de « Montfort » à l’Ouest, à celui de « Parravon », à l’Est. De là, une autre route continuait jusqu’à ladite Maisontaal, au-delà de laquelle s’étendait une petite vallée qui se terminait par le Fort de Sang. À en croire la lettre,  la lice se tiendrait dans le val, entre les deux bastions ennemis.
    Se relevant, le roi revenant fourra la carte et la lettre dans l’une de ses bourses. La décision fut facile à prendre : il participerait au Tournoi du Fort de Sang, et s’approprierait la domination du château de Sanglac. Cela marquerait parfaitement le début de son retour à la royauté. Et s’il n’était point le vainqueur, il pourrait toujours trouver une autre solution une fois le tournoi réglé. Il n’avait rien à perdre, et son avenir se déroulait à ses pieds, n’attendant qu’à être saisi.
    Son regard s’attarda sur la lance du chevalier, qui gisait encore en travers du chemin, là où son ancien propriétaire l’avait laissé choir. Le squelette hocha la tête : ceci, avec les ustensiles d’écritures et la carte, ferait un excellent tribut, digne de l’affrontement et de ses combattants. Il accrocha tant bien que mal la longue au flanc du destrier squelettique, puis se retourna vers son adversaire couché sur le bord de la route. Il était temps de lui faire ses derniers adieux.
    Le squelette hocha la tête, ceci, avec les ustensiles d’écritures, les pièces et la carte, ferait un excellent tribut, digne de l’affrontement et de ses combattants. Retournant à sa monture, il accrocha tant bien que mal la longue lance à l’horizontale sur le flanc du destrier squelettique. Satisfait, il se recula pour vérifier que l’ensemble tenait bien, puis se retourna vers son adversaire couché sur le bord de la route. Il était temps de lui faire ses derniers adieux.
    Avec précaution, il allongea le chevalier dans l’herbe basse de la plaine, un peu en retrait du chemin, et, lui croisant les bras sur sa poitrine, il disposa ses armes à côté de lui, et son bouclier à ses pieds. Il mit le heaume de côté, et alla ensuite chercher son cheval. D’un coup rapide de sa dague, le squelette trancha la gorge de l’animal qui s’effondra sur son flanc dans un souffle : il accompagnerait son maître dans l’au-delà. S’en suivit un long et dur labeur qui vit le soleil disparaître derrière les collines à l’ouest et la lune se lever haut dans le ciel : seul sur la route, il ramassa une à une les grosses pierres qui bordaient le chemin et les dressa en un cairn qui recouvrit bientôt l’homme et sa monture. Une fois son travail terminé, le roi revenant plaça le heaume du chevalier au sommet de l’ensemble, en guise d’épitaphe pour l’homme dont il ne connaissait pas même le nom.
    Sous la lumière blafarde de l’astre lunaire, le vieux roi marqua une petite pause pour contempler le fruit de son labeur. Depuis la route, le cairn s’élevait dans la plaine, le heaume renvoyant avec éclat les rais de lumière de la lune et des étoiles. Satisfait, il inclina une dernière fois la tête à l’attention de son défunt adversaire. Il ne l’avait pas connu, ni ne connaissait les motivations derrière son acte, mais il s’était battu avec fougue et honneur, et le vieux squelette savait ô combien les morts quels qu’ils soient méritaient le respect, lui qui en avait été privé lorsque son squelette desséché avait été utilisé comme marionnette par un despote maléfique. Un lieu où reposer en paix, c’était la moindre des choses qu’il pouvait offrir à au vaillant chevalier.
    Ayant fait ses adieux à son mystérieux à adversaire, le roi revenant remonta à cheval, et reprit en silence son chemin. 

* *

Voilà voilà, comme vous pouvez le voir ça fait un sacré paquet de texte, mais comme je l'ai dit, je pense que le couper en deux aurait brisé le rythme que je veux donner au récit, càd un post = un épisode complet de l'histoire, j'espère que le format un peu plus long que la moyenne ne vous aura pas dérangé, ce passage fait quand même près de 5 pages sur Word en calibri police 11... Rolleyes

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça fait toujours plaisir et ça motive bien pour maintenir mon rythme soutenu d'écriture. Smile

Ah oui, et n'hésitez pas à pointer mes fautes (si y en a des marrantes... Happy), comme j'ai écrit plus que d'habitude j'ai dû en laisser passer encore plus que d'habitude. Fou

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Mer 15 Juin 2016 - 13:58, édité 2 fois
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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 15 Juin 2016 - 11:03

Qu'il repose en paix, ce chevalier qui ne sut pas quand il faut s'arrêter  RIP

J'aimerais signaler un léger souci de fluidité, et tout de suite proposer quelques solutions :
Pour les dialogues:
 

Pour les descriptions:
 

Petite relecture :
Spoiler:
 


Allez, la prochaine suite sera l'arrivée au tournoi, je croise les doigts

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 15 Juin 2016 - 13:45

Effectivement le texte (et mon style en général en fait Rolleyes) mériterait un peu d'être allégé. Fou
Proposition acceptée pour le dialogue. Cool
Pour la description que tu as pointée, j'ai raccourci le tout :
Spoiler:
 
J'ai également viré la description de la lance lorsque le roi revenant l'emporte avec lui, car elle faisait doublon avec sa 1e descirption lors de la rencontre chevalier/RR. En plus ça rend le texte moins lourd.  Happy
Voilà le passage corrigé :
Spoiler:
 

Encore une fois merci pour les précieuses remarques et le pointage des fautes, je m'en vais mettre tout ça dans le texte de base. salut

Grom'

PS :
Von Essen a écrit:
Allez, la prochaine suite sera l'arrivée au tournoi, je croise les doigts
Tu ne parie pas cette fois ? Mr. Green (Je sais, je te taquine. Tongue)
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 23 Aoû 2016 - 15:40

Le retour du Roi Muet ! Wow
Cette suite prend place directement après le tournoi, avec une introduction et conclusion de la plume de notre elfe-vampire préféré. Smile Pour les lecteurs ne connaissant pas le Tournoi du Fort de Sang, voici un avertissement avant de vous plonger dans la suite des aventures du Roi Muet :

Attention, lecteur du Roi Muet !

À partir de ce moment, l'histoire du Roi Muet est une part intégrante du récit du Tournoi du Fort de Sang, et ce récit se continue après les événements du Tournoi, auquel le Roi Muet participe. Le texte ci-dessous marque le début de la suite de l'histoire du Roi Muet et prend place après les événements du Tournoi du Fort de Sang.
Bien qu'il ne soit pas nécessaire de le lire pour comprendre la majeure partie de la suite de l'histoire, je vous conseille d'aller lire cet excellent tournoi rédigé de mains de maîtres (car oui, c'est un texte participatif, et le Roi muet y apparaît même parfois de ma propre plume) en suivant le lien ci-dessous. Vous pourrez entre autres y comprendre comment le Roi Muet rencontre les elfes du prochain passage, ainsi que l'origine du juron "par les cornes d'Oldrick".
Lien vers le Tournoi du Fort du Sang

Cela dit, pour les fainéants, voici un (très) court résumé des aventures du Roi Muet au tournoi. Je ne détaille pas le reste ni la trame complète de ce dernier, pour que vous puissiez en profiter pleinement lors de votre lecture du Tournoi.
Résumé:
 

Le texte ci-dessous prend place juste après le tournoi et ses événements, comme dit plus haut.


*    *


       Gilgalad et Aryana venaient d’affronter une chimère des montagnes. Et ce quelques minutes à peine après leur départ du Fort du Sang. Ou de ce qu’il en restait. Ils pouvaient encore voir clairement la bataille qui s’achevait. Leurs dragons commencèrent à faire quelques cercles dans le ciel. Ils avaient encore plusieurs heures avant qu’ils ne doivent rejoindre la fameuse Taverne de la non-vie. Un lieu qu’ils appréciaient fortement grâce à sa grande variété de possibilités au niveau des boissons. Alors qu’ils discutaient tous les deux sur la possibilité du réveil de dragons très anciens, Aryana demanda à son mari :
       « Mais pourquoi donc les bretonniens nous ont-ils attaqué ? Ils n’ont aucun honneur.
       — Certes, mais Von Essen a quand même commis un enlèvement. Ce qui n’est guère plus excusable.
       — Tu n’as pas tort. Cela dit, cela n’excuse pas la tricherie.
       — C’est certain. Je dirais que le tort est … Qu’est-ce qu’il y a ? »
       Aryana s’était stoppée net. Elle semblait complètement perdue dans ses pensées. Mais ses yeux bougeaient légèrement. Gilgalad sentit qu’elle détectait quelque chose de magique. Il s’ouvrit lui aussi aux vents enchantés. Soudain, une trace de magie nécromantique beaucoup plus bas. Un cavalier et un cheval dans les montagnes. Après un seul petit signe de la tête et un regard, les deux cavaliers firent plonger leurs montures plus anciennes que l’humanité. Ils piquèrent presque à la vertical avant de se redresser à quelques dizaines de pas. Commença alors un vol en rase-mottes, à quelques pas du sol au milieu des montagnes. Ils suivaient la trace comme un chien piste une odeur. Toutefois, Arsvagnir et Irskagna n’allaient pas à pleine vitesse. Ils devaient esquiver les montagnes et éviter les vents causés par les pentes. Ces vents qui pouvaient à tout moment les plaquer contre le flanc des montagnes et les tuer. Il fallait être prudent. Les deux cavaliers se parlèrent par la pensée, se questionnant surtout sur l’identité du personnage. Ce n’était certainement pas un vampire. Ce devait être un revenant. Mais il n’était pas accompagné. Ce qui était fort rare. Aryana déduisit qu’il s’agissait probablement du Roi Muet, présent au Tournoi. En effet, la route empruntée par le cavalier et le cheval venait de là. Ils finirent par se rapprocher au point d’identifier la créature. La voyant se rapprocher dangereusement et ne voulant pas tenter d’éventuels chevaliers à la poursuite d’une gloire éphémère, le couple décida de sauter en vol, à quelques pieds du sol à peine.
 
 
       Peu avant, au pied des Montagnes Grises.
 

       Après s’être séparé de ses compagnons, le Roi Muet prit la route des montagnes. Le tournoi s’était terminé dans le combat et le sang, et il avait été forcé à quitter en trombes tous les valeureux compagnons qu’il avait rencontrés pendant les lices. Cela dit, la promesse de se revoir dans cinquante ans avait eu tôt fait de balayer toute déception.
En réalité, s’il devait avoir un seul regret, c’était de ne pas avoir pu rencontrer les fabuleuses créatures qu’il avait entraperçues à leur arrivée à dos de dragon, lors du tournoi. À bien y réfléchir il avait peut-être entraperçu le couple elfique lors de la bataille, et il semblait se frayer un chemin vers le Fort de Sang.
       Le revenant perdu regarda les montagnes derrière lui. Il était trop tard maintenant : s’il rebroussait chemin, il trouverait la vieille route qui menait au vieux bastion. Il y trouverait peut-être les elfes, mais il risquerait de croiser des chevaliers téméraires ayant pris la même décision que lui. Mais en même temps, il brûlait de voir des elfes de ses propres yeux.
Percevant son hésitation, sa monture s’arrêta au milieu de la route. Ils restèrent ainsi un moment sans bouger, alors que le cavalier était tiraillé entre continuer dans les montagnes ou partir vers le Fort de Sang.
Finalement, le roi muet fit faire demi-tour à son destrier et repartit vers le château, maudissant sa curiosité.
 
       Il était en train de chevaucher entre les pins malingres lorsqu’un grand bruit de bourrasque retentit au-dessus de lui. Tirant sur les rênes pour arrêter son destrier, il aperçut une aile membraneuse claquant dans le vent, et un ventre couvert d’écailles étincelantes, qui furent suivis d’une queue ondulante et gracieuse.
Incrédule, le Roi Muet contemplait le dragon qui avait porté sur son dos le couple immortel et qui venait de le survoler. Émerveillé par la légendaire créature, noble et musculeuse, il remarqua à peine le deuxième dragon qui passa lui aussi au-dessus de lui, rasant la cime des pins. Mais un éclat de lumière lui attira l’œil et il put voir un guerrier en armure rutilante sauter depuis le coup du premier fier animal et atterrir sur le sol en une roulade non loin, aussitôt rejoint son compagnon depuis l’autre dragon.
Lentement, le Roi Muet approcha sa monture des deux cavaliers. Il n’y avait aucun doute : devant lui se tenaient les deux elfes-vampires du tournoi. Que lui voulaient-ils ?
Mais, avant qu’il ne puisse faire quoi que ce soit, le plus grand des deux enleva son heaume, révélant son visage masculin, et prit la parole :
      « N’ayez crainte, revenant, nous ne vous voulons aucun mal.
      — Au contraire, ajouta sa compagne derrière lui en retirant elle aussi son heaume. En réalité, je ne reconnaissais pas l’énergie nécromantique particulière qui vous entoure, et nous avons voulu satisfaire notre curiosité...
      — Mais si ce n’est que vous, alors il n’y a point de danger, compléta le cavalier. Je me nomme Gilgalad Swiftblade, et voici ma femme Aryana. » ajouta-t-il en se retournant.
      Interloqué le Roi Muet hocha la tête et entreprit de descendre de cheval, fortement intimidé par la présence des êtres légendaires. Derrière son mari, Aryana fixait le revenant sans ciller, et il semblait à ce dernier que ce regard le perçait jusqu’au plus profond de lui-même, ce qui le rendait mal à l’aise.
      « Ainsi donc vous n’avez pas de maître... murmurait-elle. C’est vraiment formidable, je n’ai jamais vu pareille forme de nécromancie. Vous laissez vraiment une trace particulièrement étrange, différente d’un revenant asservi certes, mais point celle d’un vampire ou d’un nécromant également... Étonnant. »
      Son mari, lui, était bien loin d’être aussi intéressé, et regardait le squelette d’un regard absent, un sourcil imperceptiblement levé, attitude qui semblait partagée entre l’indifférence et la condescendance.
      « Bien, fit-il. Maintenant que nous avons tiré tout ceci au clair, nous pouvons reprendre notre route. »
      Il allait se retourner, mais le Roi Muet leva la main et s’exclama dans son esprit : Attendez !
      Les immortels s’arrêtèrent, surpris, leurs regards inquisiteurs tournés vers le revenant : quoiqu’il veuille dire, il allait devoir le faire vite. Pris de court, ce dernier ne savait plus quels gestes adopter et ses pensées se bousculaient dans son esprit.
      Eh bien... pensait-il  défaut de pouvoir parler à voix haute. Vous êtes les premiers elfes que je rencontre et l’on chante vos prouesses martiales dans toutes les légendes que je connaisse... Il montra tour à tour son épée à sa ceinture et ses interlocuteurs. Pourriez-vous m’accorder l’honneur d’échanger quelques passes avec vous ?
 
      Gilgalad haussa un sourcil, puis échangea un regard avec sa femme. Finalement, l’elfe haussa les épaules et s’avança vers le roi revenant.
       « Fort bien, nous ne sommes pas pressés après tout. » Il écarta les bras, paumes ouvertes, et sourit. « Essayez donc de me toucher, si vous vous en sentez capable. »
      Surpris par l’apparente insouciance de l’elfe, le Roi Muet dégaina et s’approcha, hésitant. Gilgalad, lui, ne quittait pas son sourire, ses mains croisées derrière son dos.  
      Perplexe, le revenant tenta un premier coup vertical, visant la tête. Mais il n’atteint pas sa cible : comme un serpent, l’elfe esquiva la lame en faisant un pas de côté. Le vieux squelette le vit à peine bouger. Emporté par son élan, il passa à gauche de l’elfe et effectua un revers horizontal de son épée. L’elfe ne se déplaça même pas et recula légèrement le torse, évitant sans peine le coup. Il souriait toujours, et ses mains étaient restées jointes dans son dos. Sans attendre, le roi revenant se relança dans la mêlée.
      Alors que le Roi Muet tentait un coup d’estoc en direction du cou, Gilgalad effectua une manœuvre similaire à celle que le squelette l’avait vu faire contre Knut Nattfekter. Du bout des doigts, l’elfe s’empara de la pointe de l’épée et l’écarta comme il l’aurait fait d’une branche sur son chemin. La garde du squelette complètement ouverte, il donna de son autre main une petite tape sur le crâne de ce dernier, avant de se reculer hors de portée de lame.
      Le Roi Muet reprit son équilibre et raffermit son empire sur son arme. Une chose était claire : il n’arrivait pas à la cheville du guerrier elfique. Tant mieux, pensa-t-il : il n’en aurait que plus à apprendre de son combat. Et il s’élança de nouveau, sa détermination renouvelée.
      Le revenant déploya toute sa maîtrise, tout son art du combat. Comme l’elfe n’utilisait pas son épée, lui et le roi muet combattaient très proche l’un de l’autre, et il semblait parfois au revenant qu’il n’avait qu’à tendre la main pour toucher le visage de son adversaire. Mais il n’arrivait pas ne serait-ce qu’à effleurer l’armure du guerrier elfique. Il avait beau aligner botte sur bottes, revers, et feintes, coups d’estoc et de pointes, rien n’y faisait : rapide comme le vent, l’elfe esquivait tous ses coups, aussi insaisissable que l’air.
      En dernier recours, le Roi Muet se décida à une tentative désespérée : tenant son épée d’une main et continuant à attaquer pour tenir son adversaire occupé, il saisit de son autre main sa dague à sa ceinture. Il pressa le pas face à l’elfe qui ne faisait toujours qu’esquiver. Bientôt, une preste fente fit prendre un pas de côté à Gilgalad, manœuvre que son adversaire squelettique attendait et, aussitôt, sa dague fusa dans son autre main, visant l’épaule.
      Tout se passa ensuite en un instant. Le sourire de l’elfe vacilla légèrement, et le revenant put clairement entendre un claquement de langue désapprobateur. Il y eut un éclat de lumière et dans un grand bruit métallique, sa dague lui fut arrachée de sa main. Gilgalad venait de dégainer, et tenait une courte lame dans sa main droite. Sa main gauche fusa et il écarta du gantelet la lame du revenant, ouvrant la voie à sa propre arme qui fonça vers la gorge du squelette.
      Il y eut un grand éclair de lumière, et le Roi Muet fut momentanément aveuglé. Lorsque sa vue revint, rien ne bougeait dans la clairière : les deux combattants se faisaient face, immobiles. L’épée du revenant pendait toujours dans sa main, écartée, tandis que l’elfe se tenait droit, sa dague au bout de son bras tendu à quelques centimètres du cou du squelette. Sa pointe fumait légèrement, et des lambeaux de fumées sortaient eux aussi du plastron du Roi Muet. Gilgalad haussa un sourcil.
      En guise d’explication, le revenant sortit son pendentif enchanté de son armure.
      D’un geste fluide, l’elfe renvoya son arme dans son fourreau, à sa ceinture.
      « Le coup n’aurait pas été létal, de toute façon, dit-il simplement. Quoiqu’il en soit, vous n’êtes pas un si mauvais combattant. Si je n’avais dégainé, vous auriez sûrement touché mon épaulière » Un sourire apparut de nouveau sur son visage alors qu’il se retournait pour rejoindre sa femme. « Je vous accorde donc cette victoire, maître revenant. »
 
      Le Roi Muet s’inclina bien bas face à l’elfe, bien conscient de l’honneur qui lui avait été fait d’avoir été accordé un duel avec un guerrier aussi puissant.
      Mais, alors qu’il ramassait sa dague, Aryana s’avança à son tour, l’arme au clair.
      « Attendez un moment. Si vous le voulez bien, j’aimerai aussi échanger quelques passes. » Elle sourit et jeta un coup d’œil à Gilgalad. « Si mon coq de mari aime bien étaler sa maîtrise, j’aimerai vous donner un duel plus égal. Ça vous sera sûrement plus instructif, je pense. »
      Elle allait se mettre en garde, mais le roi revenant leva la main et recula : il ne souhaitait pas combattre une femme. Avisant sa réaction, Gilgalad éclata d’un rire franc.
      « Ah ! Ne la sous-estimez pas ! Elle est bien au-dessus de tous les participants de votre tournoi réunis, vous ne regretterez pas cette occasion. »
      Le Roi Muet hésita un moment, puis haussa les épaules et se mit en garde, marquant son accord. Confiant dans son exploit précédent, il tenait son épée dans une main et sa dague dans l’autre.
      À sa grande surprise, l’elfe s’élança sans attendre, et il para un coup dirigé contre son flanc. Quelle ne fut sa surprise lorsque, sous la force de l’impact, il fut forcé de reculer d’un pas. Il n’avait pu le remarquer lors de son combat contre Gilgalad, car ils n’avaient pas réellement échangés de coups, mais les deux êtres devaient posséder une force hors du commun.
      Il riposta d’un coup d’estoc, mais fut prestement paré, l’épée rutilante s’opposant à sa lame rouillée. Il continua son avancée d’un moulinet de sa dague, mais Aryana recula hors de portée d’un petit saut.
      Le revenant pressa le pas, mais l’elfe était décidée à ne plus reculer, et ils s’affrontèrent dans une intense mêlée. Étrangement, le vieux roi ne ressentait pas le sentiment de dépassement qu’il avait eu face à Gilgalad : au contraire, il arrivait à suivre l’échange avec une relative aisance. Cela dit, le visage de l’elfe n’affichait aucune concentration intense. Au contraire, elle arborait, à l’instar de son mari, un petit sourire en coin : elle ne faisait qu’abaisser son rythme pour permettre à son adversaire de suivre.
      Le roi revenant lui en fut reconnaissant, car cela allongeait la durée de leur échange, mais également blessé dans son ego, et il pressa le pas, bien déterminé à prouver qu’il était digne d’un combat où tous deux montreraient leur réelle maîtrise. Quelle ne fut sa surprise lorsqu’il sentit ses coups plus rapides, plus précis et plus puissants : elle répondait à son défit.
      Il s’avéra qu’elle augmentait la difficulté au fur et à mesure du combat, ce qui laissait au Roi Muet le temps d’apprécier la différence, et de pouvoir s’y adapter. Malgré tout, il était de plus en plus forcé de céder du terrain, talonné par Aryana qui ne lui laissait pas de répit.
      Le duel dura un moment, le revenant de plus en plus poussé dans ses derniers retranchements. Principalement concentré dans sa tâche de parer coup sur coup, ses propres attaques se firent de plus en plus rares.
      C’est alors qu’il lui sembla remarquer une ouverture dans la garde de son adversaire. Il ne fallait pas hésiter : à la vitesse à laquelle augmentait maintenant la difficulté de l’échange, ce serait probablement sa dernière chance. Ainsi, lorsqu’elle s’avança pour porter un coup de la pointe de son épée, il dévia la lame avec sa dague et rentra littéralement dans Aryana, lui portant un puissant coup d’épaule, brisant son équilibre.
      Il n’y avait pas un instant à perdre : un puissant revers de son épée envoya l’elfe à terre, privée de son épée. Se croyant victorieux, il allait porter la pointe de son arme à la gorge de son adversaire, mais c’était sans compter sur les réflexes surhumains de cette dernière, qui effectua une roulade sur le côté, et l’épée du revenant se ficha profondément en terre là où l’elfe s’était tenue une fraction de seconde auparavant.
      Conscient que la maîtrise de la situation commençait à lui glisser lentement des mains, le Roi Muet laissa sa lame en terre pour tenter d’asséner un coup de sa dague. Mais Aryana, dans un mouvement si rapide qu’il ne vit même pas ses bras bouger, dégaina deux couteaux de sa ceinture, et toute la force du squelette ne suffit pas à faire bouger d’un pouce la garde de l’elfe qui bloqua la lame du revenant en croisant ses dagues au-dessus de sa tête.
      Il y eut un moment de battement alors qu’elfe à terre et squelette debout se faisaient face, la lame du dernier à quelques pouces seulement du visage de l’autre, et Gilgalad haussa un sourcil devant la scène. Puis, d’un mouvement brusque, Aryana écarta les bras et dans un craquement métallique, la dague du revenant se brisa sous la pression des lames elfiques et, profitant de son adversaire désarmé, l’elfe sauta sur ses pieds. Oubliant complètement la nature relativement amicale du combat, elle écarta d’une main le bras du revenant qui tenait toujours le manche inutile de sa dague et se fendit : le bruit mat de la lame elfique s’enfonçant jusqu’à la garde dans le plastron du Roi Muet retentit dans la clairière.
 
      Le silence régnait, alors qu’elfes et revenant se tenaient immobile. Aryana, figée dans son mouvement, tenait toujours la poignée de sa dague fichée dans le torse de son adversaire. Ses yeux s’agrandirent lorsqu’elle prit conscience de son action, et elle lâcha son arme. Mais le Roi Muet baissa simplement la tête pour regarder la lame elfique enfoncée dans son plastron, et leva les mains vers son adversaire signalant son absence de blessure : s’il avait été fait de chair et de sang, la dague l’aurait transpercée de part en part. Mais il n’était plus que d’os, et la lame s’était fichée entre deux côtes, sans dommages.
      Aryana porta sa main à sa bouche.
      « Oh ! Je suis profondément désolée ! » Son expression montrait bien à quelle point elle regrettait son action, et elle allait continuer de se confondre en excuse. Le revenant les balaya d’un revers de main : au contraire, il était heureux d’avoir pu être le témoin d’une botte aussi impressionnante.
      C’était un magnifique combat, pensa-t-il en retirant la dague de son plastron, et c’est un honneur que d’avoir pu y participer. Il caressa l’entaille que la fine lame avait laissée dans son armure. L’elfe avait parfaitement réussit son coup : la lame s’était fichée en plein cœur. Grâce à vous je garderai un souvenir indélébile de cet échange.
      Il allait rendre la lame à sa propriétaire, mais celle-ci repoussa la main du revenant.
      « Non, gardez-la, plutôt. Après tous ces torts que je vous ai causés, je vous dois bien ça. »
      Étonné, le Roi Muet ne sut que penser. Aryana continua :
      « Considérez ceci comme compensation pour avoir détruit votre propre dague. D’ailleurs, c’est une lame enchantée, et elle brille faiblement si des personnes vous voulant de mauvaises intentions se trouvent non loin : cela vaudra bien la perte de votre propre arme, je pense. »
      Le revenant contempla un moment la fine dague : la lame ne brillait pas – preuve soit des bonnes intentions des elfes, soit de leurs mensonges –, mais on voyait tout de suite à son éclat et à la finesse de son tranchant que l’acier était d’une qualité incomparable aux œuvres humaines qu’il avait pu voir jusqu’à présent. La garde du coutelas était de deux têtes de dragons stylisées, aux cous s’enlaçant autour d’une perle laite enchâssée en son centre. Le manche lui-même était garni d’un cuir ferme et solide, et un pommeau doré complétait l’équilibre parfait de l’arme. Même la Maisontaal et ses terres ne suffiraient pas pour acheter une telle lame.
      Encore plus étonné du geste de l’elfe, il releva la tête, des questions plein l’esprit. Mais Aryana les balaya d’un rire cristallin :
      « Elle est à vous, vous dis-je ! » Elle mit la main à sa ceinture et en décrocha le fourreau de cuir de l’arme, à la pointe renforcée de métal, qu’elle lui tendit avec un sourire. « Prenez ceci, il n’y a pas de bonne lame qui n’ait pas son propre fourreau. »
      Finalement, le Roi Muet accepta le présent, et s’inclina profondément en le prenant.
      Ce cadeau m’est inestimable, noble dame. Cette lame ne me quittera que lorsque je disparaîtrai de ce monde, promit-il pour lui-même. Mais Aryana ne fit que sourire, à la manière de Gilgalad, qui observait de loin leur marché.
      « Prenez en bien soin. » dit-elle simplement avant de rejoindre son mari.
      Ce dernier prit la parole à son tour :
      « Eh bien, maître revenant, maintenant que nous avons réglé nos affaires avec vous, nous allons pouvoir reprendre notre route. 
      — C’était un plaisir, ajouta sa femme, mais nous sommes attendus en Sylvanie avant la nuit, et le temps presse. »
      Une nouvelle fois, le Roi Muet s’inclina, et leur souhaita mentalement bonne chance sur leur route.
      Avec un bref salut, les elfes s’élancèrent sur la route, et il ne fallut pas longtemps pour que leurs dragons les rejoignent : dans une violente bourrasque, ils survolèrent le Roi Muet au ras des pins et s’emparèrent délicatement de leurs maîtres avec leurs pattes arrières, et ces derniers grimpèrent ensuite agilement sur leurs dos.
      Bientôt, il ne resta d’eux que deux points lointains dans le ciel, qui s’effacèrent peu à peu dans l’horizon, laissant le revenant seul avec la dague, seule preuve de son inoubliable rencontre.
 
 
      Les deux elfes repartirent bien vite en prenant de l’altitude. L’air était moins résistant et ils pourraient aller bien plus vite ainsi. Mais une fois en altitude de croisière, le couple commença à parler. Ce fut Gilgalad qui commença cette fois :
      « Pourquoi avoir combattu ainsi ?
      — Parce que je ne suis pas un abruti orgueilleux
      — Parce que je le suis peut-être ? – Il commençait à sourire
      — Bien sûr. Sauf quand je te bats. – Un sourire apparu sur les lèvres d’Aryana
      — Moui. J’ai encore des doutes à ce niveau. Que penses-tu du Roi Muet ?
      — Il est étrange. Il n’a aucun maître, ce qui est relativement inhabituel. Normalement, il devrait en avoir un, même s’il est mort.
      — Une idée de qui peut en être responsable ?
      — Je ne sais vraiment pas. Je vais devoir essayer de trouver un livre qui en parle. Mais cela m’étonnerait beaucoup quand même. Il doit être une exception.
      — Alors cela ne peut signifier qu’une seule chose. Il est appelé à faire de grandes choses. Dans un sens ou dans l’autre.
      — Espérons que nous n’ayons jamais à l’affronter. Il pourrait devenir bien plus redoutable. Cela dit, je n’ai pas l’impression que ce soit dans son caractère.
      — Je suis d’accord. Parfois, il me donnait l’impression d’être âgé de plusieurs millénaires. Mais parfois j’avais l’impression de voir l’émerveillement d’un enfant. Il est vraiment spécial comme personnage.
      — Bon, voilà la Taverne de la Non-Vie là-bas. Gilgalad ?
      — Oui l’amour de ma vie ? – Il souriait niaisement.
      — Je t’ai déjà dit d’arrêter de m’appeler comme ça. Et il faut entamer la descente.
      — Pas bête comme idée. Allons-y. Au fait, je crois que c’est Gromdal qui finira par gagner. Parce que Von Essen a décidé de jouer selon les règles, dit-il en riant. » 
      Les deux dragons et leurs cavaliers entamèrent la descente rapidement en direction de la taverne. Non sans se retourner en arrière, sentant encore légèrement la magie nécromantique très particulière du Roi Muet. Ils allaient devoir résoudre cette énigme un jour. C’était vraiment particulier. 

*    *

Je reste profondément content de cette petite collaboration, je refais quand tu veux, Gilgalad. Cool
En tout cas, j'espère que le texte vous a plu, n'hésitez pas à donner votre avis, ça fait toujours plaisir ! Smile

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Ven 2 Sep 2016 - 13:03, édité 2 fois
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 23 Aoû 2016 - 16:01

Eh bien, vous nous gâtez! Wow Ce fut une bien belle confrontation et rédigée de mains de maîtres qui plus est Very Happy

Mais du coup, ma curiosité est attisé... Aurons-nous un jour la réponse à ce mystère qui entoure notre revenant muet préféré? Raah, que de questions et de possibilités que cela offre !... Peut-être faudra-t-il une cinquantaine d'années, mais j'espère bien que tu éclaireras notre lanterne à ce propos Happy

(Bon du coup, va falloir que je monte un peu le niveau pour le texte avec Oldrick et Anthezar)
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 23 Aoû 2016 - 16:49

Hjalmar Oksilden a écrit:
Eh bien, vous nous gâtez! Wow Ce fut une bien belle confrontation et rédigée de mains de maîtres qui plus est Very Happy
De maître l'affrontement Wink C'est Gromdal qui l'a rédigé. Comme je connais très peu le Roi Muet et que lui connaît plutôt bien mes deux personnages, je l'ai laissé le faire Wink Je lui ai fait entièrement confiance (et comme à chaque fois, je ne suis pas déçu Smile ). C'est lui qu'il faut féliciter pour les deux duels Smile

Hjalmar Oksilden a écrit:
Mais du coup, ma curiosité est attisé... Aurons-nous un jour la réponse à ce mystère qui entoure notre revenant muet préféré? Raah, que de questions et de possibilités que cela offre !... Peut-être faudra-t-il une cinquantaine d'années, mais j'espère bien que tu éclaireras notre lanterne à ce propos Happy
on compte faire revenir cette question plus tard. Mais comme tu t'en doute, ces recherches vont prendre du temps. Et en plus, il faudra que je les raconte Very Happy Ce qui ne risque pas d'être simple. Sans compter que mes deux personnages sont pour le moment pris par le trésor chez eux (dont tu vois le déroulé dans la taverne). Bref, ils s'y mettront plus tard.

Hjalmar Oksilden a écrit:
(Bon du coup, va falloir que je monte un peu le niveau pour le texte avec Oldrick et Anthezar)
Bah c'est déjà très bien quand tu écris Smile
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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 23 Aoû 2016 - 17:00

Du très bon travail Gromdal et Gilgalad !

Que dire sinon que je veux en savoir plus sur ses origines, son destin et revoir des combats/duels dans le même style ?

Franchement de voir des récits de Rois Revenants me donnent envie de commencer les miens mais je vais déjà avancer dans mes autres projets...

Et j'exige... LA SUITE !! Smile
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