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 Feu et Sang

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vg11k
Comte de la Crypte 2014
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MessageSujet: Feu et Sang   Jeu 12 Mai 2011 - 19:48

Bonjour tout le monde !

Suite à la métamorphose de Manesh'k et la révélation de son avenir, je ne vais pas malheureusement continuer de narrer son périple à travers Mordheim. Pas pour le moment. Tout comme le récit de sa transformation aux temps de Lahmia d'ailleurs, peut-etre qu'il y aura un ou deux chapitres de plus, si vous etes sages  Innocent

Aller, je vous propose dès à présent l'intro du nouveau cycle dans lequel je me suis lancé : Feu et Sang

Bonne lecture à tous !




Fredonnant un air joyeux, la jeune femme attaqua l’ascension du talus. Ses cheveux blonds ondulaient sur ses épaules, semblant accompagner la mélodie au rythme de ses pas. Elle avançait pieds nus dans l’herbe. Une légère brise souffla et s’insinua dans ses vêtements, la faisant frissonner. Elle resserra contre elle sa fine robe blanche, mais laissa toutefois ses épaules et ses longues jambes exposées aux rayons du soleil couchant. Lorsqu’elle parvint au sommet de la colline, elle pivota, tournant le dos à l’édifice.

           Souriante, elle embrassa du regard le paysage dessiné sous ses yeux. Les rayons orangés striaient le ciel coloré alors que la journée touchait à sa fin. Les feuillages apparaissaient ambrés, s’étendant du Nord au Sud. Ils se reflétaient en une longue ligne de feu sur toute la longueur du fleuve. Et, à quelques kilomètres à l’Ouest, se profilaient les quelques tours de la ville, dépassant les cimes des arbres les plus anciens. Les routes commerciales de la cité, dont l’unique raison d’exister était sa position stratégique, passaient toutes loin de cet endroit. Nichée au cœur de la forêt, Grissenwald permettait au commerçants de Nuln comme ceux venant des duchés d’aller soit vers le cœur de l’Empire, soit vers le Nord, avec sa capitale et ses grands ports. De plus, elle était nichée là où la Grissen se jetait dans le Reik, idéale pour les transports fluviaux. Grissenwald était un nœud commercial.

           Mais ce n’était ni ce magnifique paysage ni ces avantages géographiques de la cité qui faisait sourire la jeune femme. Elle se retourna et contempla les sculptures à moitiés effacées. Malgré le passage de nombreux hivers, on pouvait encore y voir des silhouettes alignées face à une personne plus haute de stature, les profils de cavaliers levant haut leurs étendards, ainsi que nombre de phrases à présent illisibles, qu’elle ne songea pas un instant à déchiffrer.

           Reprenant sa mélodie à mi-voix, elle pénétra dans le vieil édifice dont nulle porte n’empêchait l’accès. Elle descendit une volée de marches, s’arrêtant à une grille rouillée pendant sur ses gonds. D’un geste distrait, elle l’écarta dans un grincement aigu dérangeant au passage plusieurs araignées ayant tissées leurs toiles ici, et descendit le colimaçon dont elle devait empêcher l’accès. Chacun de ses pas soulevaient des volutes de poussière, des insectes aveugles détalant  rapidement, dérangés par son passage. Sans cesser de fredonner sa musique, elle avançait dans les profondeurs, à présent plongée dans le noir complet. Les marches devinrent glissantes et visqueuses sous ses pieds, la paroi humide couverte de mousses nauséabondes. Elle percevait autour d’elle le son régulier d’une goutte rebondissant sur la pierre, les couinements de quelques rongeurs affolés, ainsi que l’air de plus en plus pesant et immobile des souterrains. Ainsi que l’écho régulier de ses pas et de sa mélodie.



- Si j’t’dis qu’elle est entrée là-d’dans, déclara le plus grand des deux garçons.

Le visage couvert de boutons d’acné, il souriait de toutes ses dents à son compère.

- Regarde, pour sortir elle s’ra obligée d’passer par là, on va s’éclater ! l’encouragea-t-il.

L’autre pouffa de rire, tandis qu’il évoquait ses pensées d’un mouvement de hanches. Les deux adolescents affichaient à peine la quinzaine.

- Y’ va faire sombre là-dedans, fit-il remarquer en reprenant son sérieux.

- C’est qu’une fille, déclara l’autre. Elle aurait une pétoche pas possible seule dans l’noir, elle a forcément une torche.

- Oui mais moi j’ai pas envi d’aller dans l’noir. Reste là, j’vais chercher des branches, déclara-t-il en lui montrant son briquet.

Quelques minutes plus tard, tout deux pénétraient dans le bâtiment à leur tour.

- Combien de fois tu dis qu’il l’a fait ton frère ?

- Boarf une bonne dizaine. Elles adorent ça, t’en fait pas. Et même si elle le dit en ville, comme y' dit mon frangin, des gosses y’en a des dizaines et des dizaines.

Cependant, leur assurance décroissait au fil des minutes. Ils arrivèrent au portillon ouvert, et brandirent leurs torches au-dessus de l’escalier. Les empreintes de pas étaient amplement visibles ici, dessinées dans l’épaisse couche de poussière.

Le plus petit des deux poussa un cris soudain, qui fit sursauter son ami.

- Quoi qu’est-ce qu’y a ?

- Une araignée m’est tombée dessus, geignit-il en se secouant les cheveux avec énergie.

L’autre se moqua, avant que son rire ne cesse rapidement. Lui aussi n’était pas rassuré.

- Aller vient. On va lui montrer ce que c’est que des hommes, tenta-t-il d’encourager son compagnon. L’autre faisait la moue.

Ils commencèrent leur descente incertaine.

- Mais qu’est-ce qu’elle est venue faire ici ? déclara le plus petit peu après, brisant finalement le silence d’une voix tremblante.

L’autre ne lui répondit pas. Les genoux tremblants, ils descendaient lentement, prenant garde à ne pas glisser sur les marches irrégulière et recouvertes de mousses. Leurs torches dessinaient des ombres mouvantes sur la paroi, recouvertes de dégoulinures visqueuses dont il valait mieux ignorer l’origine. Le son régulier des gouttes s’écrasant ne parvenait plus à masquer leurs respirations se faisant plus rapides.

- On la remontera en haut pour le faire hein ? osa-t-il demander.

L’autre approuva d’un hochement de tête, avalant sa salive. Son front était humide d’une sueur glacée.

Tout deux parvinrent enfin au pied du colimaçon. L’air empestait la moisissure et le renfermé. Ils pataugeaient dans une boue s’accrochant à chacun de leurs pas, produisant un bruit de succion dès qu’ils levaient les pieds. Ils échangèrent un regard avant de franchir une nouvelle grille. Les empreintes de pas de la fille, incrustés dans la terre entre deux flaques de liquide trouble, se poursuivaient au-delà. Les deux voyous avaient à présent oubliés toutes idées de viol, écrasés par l’atmosphère lugubre des lieux.

Ils poursuivirent néanmoins leur avancée souterraine.

- Ma maman va encore crier parce que j’ai salit mes chaussures...

Contrairement à son habitude, l’autre ne se moqua pas de son compagnon. Il venait de remarquer que s’ils poursuivaient trop leur exploration, ils devraient probablement remonter dans le noir. Pensée qui ne l’enchantait guère.

- Mais où est-ce qu’elle va cette garce, lâcha-t-il à voix basse. Et qu’est-ce qu’elle vient faire dans un endroit pareil ?

- Et nous qu’est-ce qu’on vient faire ici ? renchérit le moins grand d’une voix aiguë.

Ils débouchèrent finalement sur une salle circulaire où des poussières voletaient, éclairés par les deux torches. Celle-ci donnait sur trois autres corridors obscurs et emplis de toiles blanches. Entre chacune, se tenait des corps, allongés dans des alcôves incrustées dans les parois.

- Je veut remonter, je veux remonter, je veut remonter !
- Attends, gronda le plus grand, attiré par le cadavre le plus proche.

La bouche ouverte, il se pencha au-dessus du mort en levant sa torche, fasciné. Jamais l’adolescent n’aurait crût qu’un mort puisse avoir cet aspect. Il était étendu là depuis si longtemps, bras croisé sur le torse, que la peau n’était plus que poussière où fuyaient quelques insectes. Le tissu avec lequel il avait été vêtu se confondait à présent avec les toiles d’araignées le couvrant. Ses orbites, vides, scrutaient la pierre du dessus, sur-lequel était étendu un autre squelette parcheminé.

Un hoquet de son ami le fit sursauter. Il s’apprêta à lui lancer un regard noir, quand il en entendit la raison. Le raclement de pas lents provenait du couloir central, approchant. Tout deux avaient les yeux rivés dans cette direction, les torches diminuant progressivement. A chaque pas, des craquements résonnaient dans le corridor, accompagnés de cliquetis et grincements métalliques.

Sous leurs regards ébahis, une personne enfoncée dans une cotte de maille rongée par la rouille s’avança d’un pas trainant. Éclairé par les torches, ils réalisèrent leur méprise. Aucuns globes ne siégeaient dans les orbites de la créature. A chacun de ses pas, la peau fragile se craquelait sur ses os saillants. La mâchoire dépourvue de lèvres et décrochée d’un côté, il poussait un hurlement silencieux, tout en les désignant d’une épée brisée à mi-longueur.

Le moins grand des deux jeunes trébucha en arrière, n’arrivant pas articuler le moindre mot. Sa torche roula dans une flaque avant de s’éteindre en sifflant. Pétrifié, l’autre senti son pantalon s’humidifier comme le squelette en armure avançait vers eux telle une marionnette, manquant de s’effondrer à chacun des pas accompagné d’une succion boueuse. Il leva son arme tenu pas une main faite uniquement d’os et tendons, continuant d’avancer. Terrifié par cette vision de cauchemar, il n’entendit pas les frémissements provenant de l’alcôve où il était adossé. Tout deux ne commencèrent à hurler qu’une fois plongés dans l’obscurité.


Dernière édition par vg11k le Jeu 15 Sep 2016 - 21:33, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 12 Mai 2011 - 21:46

Eh ben mon bon vgk11 ! Tu chômes pas ! Du très bon, vraiment excellent Clap ! Si j'ai juste remarqué une chose que tu devrais peut être corriger :
vgk11 a écrit:
la paroi humide et couverte de mousses humides et nauséabondes

La répétition de humide est peut être un peu lourde, enfin c'est mon avis personnel.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 12 Mai 2011 - 22:28

a zut je l'avais pas vu celle la
merci je corrige sur le champ ^^
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 13 Mai 2011 - 12:03

Moi j'avais relevé ceci:
vg11k a écrit:
Lui aussi n’était pas rassuré.
Il serait plus correct de dire "lui non plus" vu que la suite de la phrase est négative.

Quoi qu'il en soit, c'est du tout bon. Je dirais bien comme d'habitude, mais ce n'est pas exactement ce à quoi tu nous avais habitué. Là je retrouve une ambiance comparable au texte où le petit garçon est capturé par Mandrake. C'est vraiment très savoureux grâce aux détails qui foisonnent et aux émotions réalistes des personnages.
Toutes mes félicitations encore une fois!

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 24 Mai 2011 - 17:48

Merci pour vos encouragement les gars
aller, voici la suite

chapitre 1

Le chariot avançait calmement le long de la rivière. L’attelage n’était pas pressé par ses passagers qui discutaient entre eux. Deux jeunes hommes se tenaient à l’avant, surveillant distraitement la route monotone. A l’arrière dans l’ombre de la bâche, un homme plus âgé et de forte carrure ne cessait de passer un chiffon sur son arme, les talons effleurant la poussière. Après un moment, il la leva au-dessus de sa tête et la contempla dans un rayon de lumière. Le puissant marteau de guerre étincela. Satisfait, l’homme en bure le posa avec délicatesse à l’intérieur, aux pieds d’un quatrième homme. Il lui jeta un regard emplit de respect, avant de se tourner vers le ciel bleu de la fin d’après-midi.

Des ronflements montaient de sous l’imposant chapeau du quatrième homme. Malgré le beau temps de cette fin d’automne, il avait conservé son ample manteau, ses bras croisés disparaissant à l’intérieur de celui-ci. Le soubresaut d’une mauvaise pierre secoua le marteau qui effleura ses épaisses bottes cloutées. Des tintements cristallins s’élevèrent des caisses situées de par et d’autre du dormeur.

- John est encore en train de dormir, déclara gaiment l’individu suivant le chariot.

Levant la tête, le prêtre chauve lui rendit son sourire. Peu de choses pouvaient tirer John Grenaille du sommeil. Peu de choses omis ses obligations, comme tout deux avaient déjà pu le constater à de nombreuses reprises. Rare étaient les hommes ayant exercé sa profession aussi longtemps et avec tant d’ardeur. John était répurgateur depuis l’âge de neuf ans.

- Y’ peut dormir après la vie qu’il a fait à Nuln ! s’écria l’un des soldats marchant également derrière, en tête de la quinzaine d’individus.

Le premier approuva en riant. John avait animé l’une des plus grandes auberges de la ville jusqu’après le lever du soleil, apparemment infatigable, toujours en train de danser, courtiser ou chanter. Et il avait pourtant réalisé l’impossible la journée de la veille. Sans l’homme au chapeau d’aventurier, la vingtaine de personnes de la procession aurait périe dans les égouts de la cité. C’était lui qui avait abattu le maître mutateur, les abominations bouffies soudain déstabilisées par la disparition de leur chef de meute. La vermine aurait encore longtemps été un vrai fléau pour les marchands, perçant leurs caves et s’accaparant leurs bien comme leurs serviteurs…

Tristofan Tisseron arborait un tabard blanc et or, brodé de flammes écarlates attestant son statut. Il était un magus de feu. Sa barbe, constamment roussie, contrastait avec les épais cheveux roux qui poussaient en désordre sur son crâne et ses yeux d’un vert étincelant. Ses bras nus étaient couverts de tâches de rousseurs, dont la peau collée à ses muscles révélait ses réguliers excès en manipulation magique. Néanmoins, c’est avec vigueur qu’il avançait parmi les soldats, tenant fermement son bâton canalisateur.

Il y a maintenant deux jours qu’ils avaient été avertis de disparitions croissantes à la ville de Grissenwald. Aussitôt, ils s’étaient mis en route, flanqués de Dave et Leon, les deux apprentis du répurgateur, et accompagnés par Frère Brandit. A eux cinq ils avaient déjà effectués plus d’une quinzaine d’interventions à travers l’empire, traquant sans relâche les serviteurs de la ruine, les Skavens ou tout autres vermines.

Suivaient un peu moins d’une vingtaines de soldats, leurs armures métalliques cliquetant au fur et à mesure de leur marche. Ils avaient eu vent en même temps que le groupe des incidents de Grissenwald à peine leurs problèmes avec les skavens résolus. Ils avaient été enchantés d’apprendre que John avait décidé de se rendre sur les lieux de l’incident. Mais surpris qu’il leur dise que si les soldats voulaient de son aide, ils devraient avancer à son rythme, à savoir à vitesse de mulet. Préférant compter sur son soutien, le Caporal Rechald avait renoncé à leurs montures. Au moins, ils ne portaient pas la majorité de leurs vivres et couchages, lesquels servaient actuellement de matelas et d’oreillers.





Les yeux baignés de larmes, elle supplia du regard l’individu de la relâcher. Ses cheveux longs et bruns étaient collés à ses joues et son corps nu par de l’eau croupie. Elle suffoqua un instant. Son bâillon l’empêchait totalement de remuer la mâchoire.

Allongée sur le sol froid, elle ne pouvait que contempler les trois autres femmes lentement se vider de leur sang. Un sillon sanglant était tracé sur chacune de leurs gorges, pourtant elles vivaient encore. La trachée et l'oesophage n’avaient pas été sectionnées. Néanmoins, elles demeuraient immobiles, paralysées par quelques magies. Elle vit la créature se pencher sur la plus proche, l’observant avec attention. Il ignora totalement le corps nu et svelte ruisselant d’hémoglobine, et tendis un doigt décharné vers la coupure ensanglantée.

La quatrième femme poussa un cri étouffé comme il glissait le doigt dans la blessure de sa victime immobile, la peau ondulant comme il caressait l’intérieur de la chair. Lentement, il le retira et le porta à ses lèvres. Un instant il sembla étudier son goût comme le ferais un vigneron d’un grand crû, le regard vague. Doucement, un sourire s’étira sur son visage gris clair, révélant ses canines jaunâtres et proéminentes. Lentement, il se pencha sur la pauvre femme dont le bâillon avait été retiré. Ses lèvres craquelées se posèrent sur celles, rouges et pulpeuse, de l’égorgée.

Elle fut témoin malgré elle de ce long baiser à la lueur des torches. Les fluides des trois premières victimes coulaient sur leurs corps agenouillés, sillonnant entre leurs poitrines et gouttant de leurs cuisses dans des sillons creusés à même la pierre. Ceux-ci formaient un cercle parfait dans lequel s’écoulait le liquide sombre, avant d’aller dans une cuvette centrale où il s’accumulait progressivement. Un croquement fit sursauter la femme fascinée par ce baiser morbide. Un frisson d’horreur la parcourue en voyant la créature se redresser. La femme bascula en avant, son regard se plantant dans celui de la survivante alors que sa mâchoire paralysée restait grande ouverte. Un nouveau flot de sang s’en écoula à gros bouillons alors qu’elle tentait de plus belle de défaire ses liens, hurlant malgré son bâillon.

- Il n’y a aucun doute, elle est la plus savoureuse des trois, déclara l’individu en mâchant lentement. Tant du point de vue expérience que du nectar. Et toi ma belle, qu’as-tu à m’offrir ?

Il avala la langue sectionnée de sa victime en se tournant vers la dernière femme continuant de hurler. Un grand sourire s’étala sur son visage maculé rouge.



- Comme j’aimerais pouvoir lire dans le passé, murmura l’homme en contemplant la cérémonie d’un regard envieux. Que se doit être plaisant !

- Maître Scleras nous accordera bientôt son baiser, affirma à voix basse la femme blonde, souriante.

Elle tenait encore à la main le sceau avec lequel elle avait réveillée l’autre brune. Scrutant avec attention chaque mouvement du vampire, elle pencha la tête de côté, calculatrice. Comme elle admirait la grâce avec laquelle il manipulait les émotions de chacune d’entre elles.

Castille avait elle-même enduit la dague de son maître du poison paralysant. Elle connaissait parfaitement ses effets. Les trois autres femmes étaient tout à fait conscientes de ce qu’elles vivaient. Mieux, elle ressentait avec une perception accrue chaque son, chaque caresse et chaque élan de douleur. Et pourtant, la substance leur interdisait tout mouvement. Elles n’étaient même plus capables de cligner des paupières pour hydrater les prunelles de leurs yeux. Chacune avait la gorge ouverte d’où s’échappait un jet irrégulier d’hémoglobine, expulsés par les battements laborieux de leurs cœurs.

A ses côtés, Morisburg était fasciné. L’envie luisait dans son regard avec tant de puissance qu’il aurait pu illuminer la pièce. Entièrement vêtu de tissu noir, sa tenue contrastait avec la légère robe blanche de sa voisine, dont les pieds nus étaient tachés de glaise. Là où elle trépignait d’excitation, l’étoffe tressautant au-dessus de ses genoux, il était totalement immobile. Comme s’il s’était coupé sur la dague de Maître Scleras. Dague qui dessina un nouveau trait écarlate dans un cri étouffé.





- Vous dites que chacun des quarante-trois disparus étaient âgés de moins de trente-cinq ans ? interrogea Leon, observant avec attention les expressions de l’aubergiste.

A côté de lui, Dave notait chaque mots sur un calepin, sa main sans cesse en mouvement.

- Ouaips, même que l’vieux Baster a été r’trouvé mort le lendemain d’la disparition d’sa fille, approuva l’homme à la bedonne imposante.

- Avez-vous remarqué quelque chose sortant de l’ordinaire, un détail, un objet qui n’était pas à sa place, une blessure, un bijou disparu…

- Ben, tout était fermé chez eux et on a rien r’marqué qui soit cassé ou manquant, déclara l’aubergiste en se grattant le ventre, fronçant les sourcils. Mais l’vieux Baster…Il avait une expression…

L’homme eu un haut-le-cœur qui n’échappa pas à l’œil de l’apprenti.

- Une expression … ? l’incita-t-il à poursuivre, Dave levant les yeux de son calepin.

- On aurait dit que l’diable avait emporté sa fille, murmura-t-il rapidement en pressant son pouce contre son front. J’avais jamais vu quelqu’un avec une tête pareille, et pourtant j’ai vu d’sacrés zigotos en vingt ans dans c’t’auberge. Mais j’vais vous dire moi, ajouta-t-il en se penchant d’un air conspirateur. J’vais vous dire s’qui l’a tué. C’est pas ben difficile à d’viner. L’vieux Baster… il est mort de trouille. Quelqu’chose qui lui a foutu une telle frousse qu’son cœur à lâché…

Les deux garçons échangèrent un regard inquiet. Son témoignage concordait avec celui d’une femme aux lavoirs à l’entrée de la ville et d’un boulanger trois ruelles plus loin, ce qui n’avait rien de rassurant…



- Enfin, m’sieur Grenaille, ça pourrait pas attendre demain matin ? se plaignit le Simon. Vous êtes arrivés v’là à peine deux heures, et moi j’vais…

- Bientôt finir votre service je sais oui, coupa l’homme au chapeau, inspectant la serrure de la porte d’entrée à la lueur d’une torche. Vous répéterez çà aux parents de la prochaine victime.

L’homme soupira. Le répurgateur était venu l’interrompre à son poste en plein diner, postant un hurluberlu roux à sa place. « Vous êtes d’ici » avait-il argumenté. Et selon lui, il était probablement plus en sécurité à ses côtés que seul au bout du pont ou dans la couche d’une prostituée. John entra et leva sa torche pour inspecter la pièce.

- Avez-vous déplacés quelque chose ? demanda-t-il.

- Ben on a poussé la table et quelques chaises pour sortir l’corps du vieux Baster, déclara-t-il. Rien d’bien…

- Combien de personnes sont entrées ? coupa John.

- Boarf, une dizaine pas plus.

Il garda le silence en balayant rapidement la pièce. Il n’y avait plus rien à tirer de cet endroit.

- Vous êtes tous monté dans les chambres de Baster et de sa fille je suppose.

- Heu…

- Je vois.

Ils montèrent à l’étage. Tout comme dans l’entrée, il ne s’attarda pas sur les lits ou commodes que trop de monde avait visiblement déplacé. En revanche il inspecta longuement les portes.

- Mais vous cherchez quoi exactement ? s’étonna le soldat.

- Vous m’avez bien dit que Baster avait été retrouvé étendu mort sur le pallier de la chambre de sa fille ? ignora John en se tournant vers la fenêtre de la chambre en question.

- Ouaips.

- Quelqu’un a-t-il touché à cette fenêtre ?

- Heu pas qu’je sache, pourquoi ?

- Regardez.

Simon se pencha en avant et examina la vitre que lui désignait John. Il y avait une cale sur le rebord afin que la fenêtre ne s’ouvre pas violemment lors de courants d’air et ne risque de se briser. Il contempla son reflet à la lueur de la torche quelques secondes, avant de se tourner vers le répurgateur.

- Oui et ?

John soupira et pointa son index à un point précis du carreau.

- Regardez à ce point.

Il lui laissa quelques secondes pour examiner plus attentivement. Le soldat remarqua enfin qu’un cercle plus translucide était visible sur le verre.

- Quelqu’un a frotté la poussière ? Et alors ?

- Et alors voila la subtilité.

Se faisant, John essuya la vitre avec sa manche.

- J’vois vraiment pas ce que…

Il s’interrompit lorsque le répurgateur retira son bras. Le cercle était toujours aussi visible. Simon fronça les sourcils. Avec précaution, John ouvrit la fenêtre. Celle-ci s’ouvrit vers l’intérieur, avant de se coincer en un angle proche des 45°avec le mur, bloquée par la cale. Il demeura impassible et dû tendre le bras pour pouvoir effleurer la crasse sur le verre au même niveau que le cercle propre.

- Quelqu’un a essuyé cette vitre depuis l’extérieur, déclara John d’un ton assuré. De plus il n’y a pas de volets.

- Impossible, regardez la hauteur et la texture du mur, protesta le soldat.

S’exécutant, John se pencha. Ils étaient à presque quatre mètres de hauteur et le mur était de crépis vierge.

- Frère Brandit, par ici ! appela-t-il dans la nuit.

- L’un d’entre vous est-il passé sous cette fenêtre ? Interrogea le répurgateur en montrant l’ouverture sur le jardin, alors que Simon secouait négativement la tête.

Une torche apparue en-dessous d’eux. Son éclat se reflétait sur le crâne lisse du prêtre et la tête de son lourd marteau, accroché dans son dos.

- Regardez s’il n’y a pas de traces d’échelles, nous descendons.

Ils le rejoignirent rapidement, le prêtre inspectant l’herbe lui arrivant à mi-mollets.

- Alors ?

- Aucune traces, commenta Brandit d’un regard dur. En revanche, j’ai trouvé ceci dans l’herbe.

Il leva sa main libre et leur montra sa trouvaille. Le soldat blêmit alors que les paupières de John s’étrécissaient. Il s’agissait de trois phalanges humaines.





Sur la rive donnant vers l’Est, quatre silhouettes se dressèrent, observant de loin les lueurs de la ville endormie. Trois d’entre eux arboraient d’épaisses armures aux reflets ternes sous la lune. Le quatrième n’avait lui qu’une cuirasse de cuir. Des fourreaux pendaient aux ceintures de chacun d’entre eux. L’éclat rougeoyant de leurs regards perçait la semi-obscurité.

- Vous sentez la toile ? demanda un premier, les autres acquiesçant en silence. Nous ne sommes pas seuls dans la région.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 25 Mai 2011 - 10:23

Magnifique! Clap Clap

Beaucoup de mystères, beaucoup de personnages très bien ancrés dans le récit, superbes descriptions... Que demander d'autre?

Suite suite suite!!

PS : Quelque chose me dit que les fautes de frappe ont encore fait des sciènes :

Citation :
Un croquement fit sursauter

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 25 Mai 2011 - 14:04

Eh ben, du très beau boulot si je puis dire !
Très bien continue !

Ah si, j'ai relevé un truc
Spoiler:
 

Ca ne serait pas plutôt la pensée ?

Edit : Ah non, j'ai relu et je me suis trompé !
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 1 Juin 2011 - 18:15

je ne voit pas la faute de frappe Arken =s
merci à tous =D
aller, chapitre 2 !


- Ces os sont creux. Creux et anciens, déclara John en faisant les cent-pas dans sa petite chambre. Creux mais pas vidés de leur moelle. Juste trop anciens pour encore en avoir.

Observant son manège alors qu'il pensait à voix haute, Frère Brandit restait impassible. Son marteau était posé sur le lit, à côté de sa main. Le chapeau du répurgateur pendait au pied du lit, mais il avait conservé son manteau. Ce dernier claquait à chaque demi-tour de son propriétaire.

- Le genre d'os qu'on ne trouve que dans les tombes anciennes, poursuivit-il d'un ton monocorde.

Il pivota brusquement vers le sigmarite, qui hocha la tête d'un air grave en déclarant :

- Nous avons affaire à un nécromant.

- Inutile d'effrayer les autres en tirant sur la comète pour le moment. Mais... J'en ai bien peur...



Le vampire resta longuement à fixer sa création, le regard vague. Il avait encore échoué. Mais cependant, cet échec n'avait pas été vain.

- Nous retenterons à la nuit prochaine, déclara-t-il à ses deux acolytes, qui approuvèrent aussitôt.

Tout deux dissimulaient bien leur déception. Néanmoins, il devinait que c'était leur soif de pouvoir qui interdisait toute rébellion ou désertion. Lui seul pouvait accorder l'immortalité aux deux nécromanciens.

- Morisburg, trouve-moi quatre femmes avant la tombée de la nuit.

Hochant la tête, l'homme vêtu de noir s'éclipsa dans l'un des nombreux couloirs. Lorsque le vampire fut certains qu'il avait quitté les lieux, il se tourna vers la fille.

- Combien de corps reste-t-il dans le mausolée de Sladcrust ? questionna-t-il.

- Une bonne quarantaine peuvent encore être relevés je pense, déclara-t-elle en souriant de façon adorable.

Le mort-vivant sourit à son tour, révélant ses crocs jaunis.

- Je veux qu'ils le soient tous avant midi.

Elle s'inclina, et alors qu'il la congédiait d'un signe de la main, elle pivota. Sa légère robe ondula alors qu'elle disparaissait dans les ténèbres, ses pas discrets déjà inaudibles même pour les oreilles affutées du vampire. Sans perdre un instant, il prit la direction de ses appartements. Ce faisant, il traversa son complexe souterrain, alternant sol dallé, terre poisseuse et flaques visqueuses. De nombreux conduits croisaient sa route, l'écho de quelques créatures douteuses lui parvenant, mais rapidement il arriva à son objectif. D'un geste négligent, il désarma ses protections magiques, la porte de bois ciselé s'ouvrant d'elle-même. Il entra tandis qu'un bourdonnement s'élevait dans son dos, seul témoin que la magie s'était réactivée.

Il parcouru ses appartements d'un œil rapide, ses pupilles écarlates n'ayant besoin de nulle torches. Néanmoins, sans doute un ultime vestige de son humanité prétendument révolue, il embrasa une torche d'une pensée. Il attendit un instant que ses yeux sensibles se réaclimatent. Un moment plus tard il se pencha sur son établi en pagaille où restes de rongeurs côtoyaient des fioles remplies de substances troubles et parchemins recouverts de calculs et formules ésotériques. Avec un soupir de résignation, il s'empara d'une feuille bien précise, la levant à hauteur de son regard. Il s'agissait d'un croquis, lequel représentait une peau rouge et écailleuse.

Un sifflement aigu le fit pivoter vers une autre salle. Le visage fatigué, il reposa le parchemin et observa l'apparition finir de se matérialiser. Un adolescent prit forme devant lui, le fixant de son regard éthéré. Son corps translucide rendait encore plus flagrant la maigreur de son corps nu. Mais il se fichait éperdument de ce genre d'anecdotes.

- Maître Scleras, salua-t-il en s'inclinant

Le maître en question trouvait toujours aussi amusant de voir les spectres se courber, alors que leurs orteils flottaient au-dessus du sol.

- Des étrangers sont arrivés à Grissenwald durant l'après-midi, déclara-t-il d'un ton monocorde. Des soldats venus de Nuln pour la plupart.

- En quoi ce genre d'information requiert-il que tu interrompes le calme de ce lieu ? répondit-il d'un ton las.

- Un Sigmarite se trouve parmi eux.

Une étincelle brilla dans le regard du vampire, qui lui fit signe de la tête de poursuivre son rapport.

- Avec plusieurs autres hommes, ils ont fouillés plusieurs maisons de personnes ayant servis à vos... expériences, hésita-t-il un instant.

- Combien sont-ils ?

- Vingt-et-un Maître.

- Montre moi.

Alors que le mort-vivant fronçait les sourcils, digérant ces informations, une brume se matérialisa dans la pièce, issue de nulle part. Elle se condensa et se précisa en formes bien précises, alors que le garçon s'y dissipait. Le chariot bâché y apparut, avec ses occupants, ainsi que la colonne de soldats les suivants. Alors que les détails se précisaient, il reconnu l'habit de l'un des humains, orné de flammes.

- Cette scène c'est déroulée peu avant qu'ils n'entrent dans Grissenwald, résonna la voix du garçon, provenant de plusieurs directions à la fois.

Scleras ignora cette remarque, se contentant d'étudier les individus. A côté du mage, se tenait plusieurs soldats, ainsi qu'un prêtre Sigmarite de forte carrure, tenant d'une main un marteau massif gravé de nombreux symboles. Le vampire le dévisagea de haut en bas. Il allait demander au spectre de faire disparaître cette scène de son sanctuaire, quand un individu attira son attention, descendant du chariot en s'étirant. Celui-ci échangea quelques paroles silencieuses avec le reste du groupe, s'inclinant et balayant une herbe inexistante de son chapeau éthéré. Son manteau lui tombant jusqu'aux cheville s'ouvrit un instant, mais se fut suffisant au vampire pour distinguer ce qu'il s'y cachait. Plusieurs armes y pendaient. Il continua de l'observer de la tête aux pieds, sa démarche, son accoutrement... Il hocha la tête. Ces individus n'étaient pas là par hasard.

- Tu transmettras à Castille et Morisburg que la donne à changé. Des répurgateurs sont en villes. Fait en sorte qu'ils ne se fassent pas remarquer.

- Bien maître.

Scleras allait congédier l'adolescent quand la brume s'étoffa et se remodela, prenant rapidement la forme de quatre silhouettes observant une même direction.

- De quoi s'agit-il ? interrogea-t-il, intrigué.

- Quatre autres personnes ont franchis les terres de Grissenwald, déclara la voix désincarnée. Elles ont cependant disparues de mon regard peu après que j'ai contemplé cette scène.

Le vampire se renfrogna alors que les contours des armures et les traits des étrangers se précisaient. Chacun était droit, impassible. Seul l'un d'entre eux ne portait pas d'armure épaisse, mais tous arboraient une épée à la hanche. Il s'approcha de l'un d'eux, son regard planté devant le double de brume. Celui-ci lui rappelait quelque chose. La pousse de ses cheveux sur l'avant de son crâne, le carré de son menton et la forme de son nez... Découlant tout droit des souvenirs de son Père dans la mort et du père de celui-ci, la réponse s'imposa d'elle-même. Il feula d'une colère fulgurante, comme la haine héritée du père de son père dans la mort, le grand W'Soran lui-même, jaillissait dans son esprit. Il balaya l'imitation intangible d'un geste brutal. Mais le regard fut épargné, continuant à l'observer avec intensité avant d'être effacé.

- Manesh'k ! cracha-t-il.



- Quarante-sept disparus à présent, déclara Dave d'un ton lugubre. La garde nous à affirmé que quatre filles de dix-neuf à vingt-sept ans n'avaient plus données de signes de vie depuis plus de vingt-quatre heures.

- Donc peut-être sont-elles encore en vie, déclara Rechald.

- Ou peut-être le kidnappeur a déjà commencé à frapper ce matin même à notre barbe, déclara John d'un ton lugubre.

Le soldat eu un regard inquiet à cette idée. Les six hommes étaient réunis dans la chambre louée par le répurgateur. Celui-ci était assis par terre, dos au lit où Leon et le mage étaient installés. Rechald était adossé au mur non loin de la porte, pouvant empêcher d'entrer quiconque tenterait de les interrompre. Dave occupait la seule chaise tandis que frère Brandit demeurait dos à la fenêtre, droit comme un i.

- Cependant, nouvelles victimes ou non, nous devons tout faire pour déterminer ce que deviennent ces disparus, reprit-il en inclinant la tête, se qui dissimula son regard à ses compagnons.

- Trois hypothèses, déclara Leon, que son mentor encouragea à énoncer d'un signe discret. Soit les disparus ont quittés Grissenwald clandestinement, soient ils sont retenus quelques parts dans la ville, soient ils sont tous déjà mort depuis longtemps.

- Dans ce dernier cas, il doit bien se débarrasser des corps non ? s'étonna le sorcier, fronçant ses sourcils broussailleux.

Frère Brandit jeta un œil inquiet au répurgateur, qui ne releva pas la tête, visiblement attentif au débat.

- Va savoir où il pourrait les cacher, déclara Dave. La forêt autour de Grissenwald est épaisse, et dans le fleuve, les corps disparaitraient vite.

- Et dans la ville ? demanda Rechald. Valent, l'un des officiers de Grissenwald, m'a dit que nulle patrouilles n'avaient lieu dans les égouts, malgré quelques recherches récentes. Infructueuses bien entendus.

- John ?

Le répurgateur releva le visage, dissimulé par son chapeau, assimilant chaque théorie émise. Le Sigmarite l'observait d'un œil brillant, attendant patiemment que John Grenaille leur prouve à nouveau son génie.

- Rechald, prend cinq hommes avec toi et allez inspecter les égouts. Restez toujours groupés, et cherchez des indices plutôt que des personnes.

- Comme à Nuln, déclara-t-il.

- Exactement.

C'est en œuvrant de concert qu'ils avaient fini par débusquer les skavens de sous la cité. Une galerie creusée par les mutants avait été découverte sous les quartiers les plus pauvres et pourtant des plus fréquentés des voleurs et autres coupe-jarrets. Seule leur fuite devant deux ennemis avaient permis de signaler cette présence, permettant un retour massif de la garde sur les lieux. Rechald ne jouerait pas aux héros dans les souterrains obscurs.

- Continuez à patrouiller en surface, et notez voire interpellez tout ce qui vous parait suspect. Tristofan et Dave, allez faire le tour de la région. Notre kidnappeur n'est peut-être pas à chercher en ville. Frère Brandit, Leon et moi prendrons le relais cette nuit.

- A seulement vous trois ? balbutia Rechald.

- Inutile d'être plus. Autant de patrouilles ne serviront à rien si celles de Valent n'ont rien donné. Notre cible est trop habile pour cela.



- Je ferais comme tel, déclara l'humain en congédiant l'apparition.

Il se redressa et escalada les échelons jusqu'à déboucher dans une cave obscure. A l'aveuglette, il replaça la cagette vide en dissimulant l'entrée et ses bottes souillées, puis monta au rez-de-chaussée. Il grimaça en ouvrant les volets. A force de passer du temps sous terres, ses yeux supportaient de moins en moins bien la lumière du jour. Néanmoins, il éclaira chaque pièce aux meubles vides. Le vampire n'avait acheté la bâtisse, comme une autre appartenant à Castille, que dans le but de donner aux deux acolytes des moyens discrets de rejoindre les égouts. Il troqua ses vêtements sombres si discrets sous terre pour de simples habits, à la fois banals et courants en ville. Se tournant vers un miroir, il observa son reflet. Il n'y voyait qu'un homme dans la force de l'âge, mais une barbe de trois jours ainsi que des cernes énormes contrastaient avec sa peau pale. Il plissa le regard. Lentement, les courbes de son reflet ondulèrent. Ses joues se rehaussèrent, ses cheveux remontèrent sur son front, ses sourcils se firent plus broussailleux, ses lèvres plus fines... Même ses yeux passèrent du noir à un marron foncé. Satisfait, il s'autorisa un sourire.

Quatre femmes. Apparemment, il n'était pas nécessaire qu'elles soient vierges cette fois. Inspirant profondément, Morisburg eu un instant de vertige. Il sentit couler en lui une chaleur qui ne devait rien aux rayons du soleil. Prenant sur lui-même, il ferma les yeux, la mâchoire crispée. Déployant toute sa volonté, il réfréna cette sensation, repoussant l'appel pourtant si attirant. Lorsqu'enfin la crise fut passée, il se permit de rouvrir les yeux, étirant ses épaules fatiguées. Comme il aurait aimé se laisser aller, tournoyer dans l'infini, tenir le pouvoir au creux de sa paume et s'imprégner, encore et encore de cette sensation grisante...

Il secoua la tête. Se n'était pas en rêvant de ça qu'il pourrait se laisser aller à faire de ces rêves une réalité. Morisburg sorti dans les rues de Grissenwald, réfléchissant déjà par où il pourrait commencer sa chasse, refoulant la fatigue de sa nuit blanche comme les promesses trop douces pour être innocentes. Quatre filles. Ensuite, il pourrait aller dormir dans la demeure que lui avait assignée Scleras.

Bien rapidement, il comprit que contenter son maître serait plus compliqué que la veille. Il croisa plusieurs soldats qu'il n'avait jamais vu auparavant, arborant les couleurs bleue et blanche de Nuln, observant les ruelles avec une attention trop grande pour être anodine. Les répurgateurs prenaient leur tâche au sérieux. Mais les filles n'avaient pas besoin d'être vierges. Cela tombait à pic.

Il se rendit à un bordel de l'autre côté de la ville, le soleil entamant déjà son ascension. Scrutant l'allée pour vérifier que personne ne le suivait, il s'approcha et toqua à la bâtisse identique à ses voisines. Personne ne prêtait attention à lui. Une grosse femme, son opulente poitrine difficilement contenu dans un corset mauve lui ouvrit d'un œil fatigué après plusieurs minutes de persévérance.

- On ouvre pas avant midi, l'informa-t-elle d'un ton sec, le jaugeant du regard.

- C'est bien dommage, déclara-t-il. Mon maître apprécierait la compagnie de deux charmantes demoiselles pour son déjeuner.

- Désolé mon mignon, mais tu reviendras à midi, et mes filles n'exercent pas à l'extérieur.

Elle commença à refermer la porte, mais Morisburg s'interposa en bloquant la porte du pied. Il posa la main sur son épaule.

- Que...

- Mon maître sait être très persuasif, insista-t-il d'un ton mielleux.

La femme hoqueta, un voile tombant sur ses yeux. Elle babilla une seconde, avant d'acquiescer.

- Ne bougez pas, je devine exactement ce dont votre maître à besoin, roucoula-t-elle en trottinant comme il la laissait s'éloigner, refermant la porte d'entrée derrière lui.

Il examina le salon n'étant qu'une profusion de voiles et de velours, dissimulant les multiples couloirs et escaliers à son regard. Avec précaution, il glissa la main dans sa poche, souriant. Elle revint, toujours sautillant gaiment, deux filles la suivant.

- Mais Martha, il est même pas encore midi, bailla la première, coulant un regard déjà lassé vers Morisburg.

- Et pourquoi en extérieur ? protesta la seconde, plus sceptique, serrant une longue cape de voyage contre elle. Les honoraires seront-ils...

- Monsieur vous expliquera tout ça mieux que moi les filles, gloussa la maitresse de maison en les plantant face à Morisburg, avant de repartir aussi vite qu'elle avait amené les deux filles.

- Mesdames, déclara-t-il en s'inclinant devant les deux prostituées dubitatives. C'est un plaisir de vous rencontrer. Mon maître sera enchanté de faire votre connaissance.

Se faisant, il tendit ses deux mains, invitant les femmes à y loger les leurs. Elles échangèrent un regard, tendant les leurs avec réticences.

- Je vous préviens, si...

Elle s'interrompit à l'instant où les doigts fins de Morisburg se refermèrent sur son poignet, le regard soudain voilé, alors que sa compagne agitait déjà ses lèvres dans le vide.

- Oui mon maître sera enchanté de faire votre connaissance, répéta-t-il, le regard brillant.

Les deux femmes lui sourirent, enfilant leurs capes. Elles sortirent du bordel après lui et il les ramena les deux femmes chez lui en les tenant par la main.

- Je suis vraiment impatiente de rencontrer votre Maître, déclara la première, la seconde s'esclaffant comme une fillette.

Il ne put que réprimer son propre sourire. C'était si facile...


Dernière édition par vg11k le Sam 16 Nov 2013 - 17:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 1 Juin 2011 - 18:26

Très belle suite (malgré une ou deux petites fautes). Le nécromant se fera-t-il prendre? Et qui est la jeune fille qui accompagne ton vampire? Mystère... Smile

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 1 Juin 2011 - 20:31

Un nécromant persuasif, une nouveauté signé vgk11 !

Très bien, je comprends maintenant pourquoi tes correcteurs t'ont abandonné, sacré chapitre !!

Beau boulot, bravo !
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Lun 6 Juin 2011 - 19:00

merci de vos com's enthousiastes =D
les réponses arriveront, et elles pourraient en surprendre quelques uns =)
aller, la suite !

chapitre 3

D’un geste lent, il déposa une pièce dorée sur la table de chevet. Un sourire triste au visage, il contemplât le couple étendu sur les couvertures. Elle s’appelait Roxanne, et lui Romuald. Lui était originaire de cette ville, Grissenwald, mais elle venait d’un hameau niché aux bords des montagnes. Elle avait quitté la ville voila trois ans pour s’installer avec lui. Lui  était coursier, et l’avait rencontré en devant porter une lettre à son père. Il en avait largement assez vu pour savoir qu’ils seraient bientôt parents.

Leurs respirations étaient bien plus faibles qu’à son arrivée, mais ils respiraient encore. Il avait été le plus délicat possible, et ce malgré sa dangereuse soif de meurtre. Leur vie, aussi bien physique qu’intime, défilait dans son esprit. En quelques minutes, il connaissait aussi bien la région que les deux amoureux. Il fit un pas en retrait, les mains agitées de tremblements légers. Il secoua la tête, tachant de résister à l’appel insistant de leurs deux cœurs encore battants. Car oui, tout deux étaient vivants. Aussi souvent que possible, il laissait vivre ses victimes.

Il y a plusieurs siècles de cela, il avait fini par comprendre qu’il ne pourrait jamais se débarrasser de cette soif. Aussi, ses convictions et celle de son mentor coulant dans ses veines, il avait décidé que nulle vie humaine ne devrait être sacrifiée. Personne ne devrait souffrir de son état, qu’il considérait comme une maladie auquel ils cherchaient désespérément un remède. Et, voici il y a six siecles, son mentor avait fini par trouver. Il avait jeté de son repaire un immense dragon, exsangue, et s’était redressé, l’arme au poing. Il avait hurlé durant de longues minutes la puissance et la joie qui l’imprégnait à présent. Il c’était gorgé de tant d’énergie, volée au béhémot, qu’il avait guérit

Aujourd’hui, Manesh’k ne désirait rien tant que l’imiter. Il bondit par la fenêtre ouverte, et s’élança dans les ruelles, repus pour un temps. Roxanne et Romuald auraient une bonne gueule de bois demain. Il haussa les épaules. L’or qu’il leur avait laissé compenserait largement les deux jours d’absences de Romuald à son poste. L’échange était équitable. Il devait à présent tenter d’oublier les souvenirs qu’il leur avait volés. La courbe des hanches que Roxanne lui exposait avec un sourire malicieux s’imposa quelques secondes parmi ses pensées. Il eu un sourire résigné en songeant que cela s’avérerait compliqué.

Les plaques de son épaisse armure glissaient sans bruits alors qu’il fendait la nuit. Avec la détente d’un félin, il sauta sur la corniche d’un proche bâtiment, avant de rebondir à son sommet d’un pas léger malgré le poids du métal le recouvrant. Relevant son fourreau, il s’assit en tailleur et ne prononça pas un mot.

Plusieurs créatures voletait autour de ses bras levés. Hiboux, corbeaux et chauves-souris tourbillonnaient autour de l’individu en cuirasse plus légère, se posant sur ses bras, lâchant un cri aigu ou croassement de temps à autre. Après quelques minutes de ce ballet, ils se posèrent tous, soit sur ses bras ou son armure, soit sur des tuiles, le plus prés possible de lui. Il tourna son regard lumineux vers un Manesh’k immobile, attentif.

-          Il n’est pas seul, déclara simplement l’autre vampire, son regard absent sautant de rapace en chauve-souris. Ils le voient quelques fois, mais se sont surtout ses deux apprentis qui sortent de leur antre. Une fille et un homme. Elle arrive à lever de très anciens corps qu’elle dissimule dans les cryptes oubliés cachées dans les bois. Lui semble moins doué. En revanche… son visage et son odeur est rarement la même.

-          Qu’est-ce que cela signifie ? interrompit un troisième vampire en armure en surgissant à leurs côtés, suivi d’un quatrième.

-          Les vents sont altérés, répondit-il énigmatiquement. Il y a d’autres magies à l’œuvre ici.

Manesh’k hocha la tête. Il allait prendre la parole quand l’autre repris.

-          Nous ne sommes pas les seuls étrangers. De nouveaux soldats sont arrivés il y a peu. Un sigmarite ainsi qu’un sorcier d’Altdorf sont ici. Ils ont patrouillés toute la journée dans la ville, les bois et les égouts. Mais ils ne doivent pas être au courant de notre présence, même si le sorcier est passé très près durant la journée.

Brusquement, tous les oiseaux et autres volatiles s’envolèrent en un chaos de plumes et de fourrure, pétillant avec colère. Les quatre vampires avaient également ressentis l’intrusion, alors que les animaux finissaient de se disperser.

Tous se tournèrent dans la même direction, où l’air se brouilla soudain, avant que l’onde ne disparaisse.

-          C’est un rejeton de W’Soran, en déduisit l’un des vampires en armure, tourné dans la direction où le revenant avait fuit.

-          Dans ce cas ce cadavre ambulant ne quittera pas la cité, cracha le second avec colère.





-          Ici, déclara frère Brandit en passant devant le bâtiment à l’allure anodine.

Tenant son marteau à main nue, il s’approcha de la porte et frappa sans hésiter. On lui ouvrit après plusieurs minutes d’attentes. Un demi-visage très maquillé leur apparu dans l’interstice que permettait la chaîne de sécurité. La femme les détailla d’un œil inquisiteur, sans prononcer un mot.

-          Bonsoir, déclara simplement le prêtre. Nous…

-          Qu’est-ce qu’un eunuque viens faire devant mon établissement, le devança-t-elle d’un ton acide.

-          Nous recherchons actuellement quatre femmes disparues, déclara John qui s’avança tout sourire en retirant son chapeau. Nous sommes inquiets à leur sujet et cherchons tout les indices qui pourraient nous ramener à elles.

-          Vous, entrez, ordonna-t-elle en continuant de surveiller le religieux du  coin de l’œil. Les autres vous attendez.

Tout les trois acquiescèrent.

-          Tu es sûr de toi ? murmura John au prêtre.

Pour toute réponse, il lui tendit l’arme que le répurgateur effleura. Il pouvait en sentir la douce chaleur à travers le cuir de son gant. Il fit la grimace. La dernière fois que le marteau avait autant chauffé, c’était il y a plusieurs années, chez un vieillard qui terrifié par sa dernière heure avait fini en abomination pustuleuse…

Il roula du poignet dans un cliquetis étouffé par son manteau alors qu’il entrait en souriant. Le chapeau dans l’autre main, il balaya les lieux d’un regard alerte tandis que la porte claquait derrière lui. Tapis épais, velours à profusions et voiles dissimulant nombre d’issues. Il détestait ce genre de lieux où des dizaines d’ennemis n’avaient que l’embarra du choix pour trouver de bonnes cachettes.

           Dissimulant sa nervosité derrière un sourire chaleureux, il constata qu’une fois le visage de la femme correctement éclairé, celle-ci avait les larmes aux yeux.

-          Qui êtes-vous et que venez vous chercher dans mon établissement ? le questionna-t-elle d’une voix défaillante.

-          Mon nom est John. J’arrive de Nuln pour retrouver plusieurs personnes disparues qui…

Il n’eu le temps de finir sa phrase, la femme s’écroulant sur lui, les joues inondées de larmes.

-          Je ne sais pas ce qu’il m’a prit, sanglota-t-elle aussitôt alors qu’il s’efforçait d’écarter son bras apparemment libre. Nous ne recevons jamais avant midi ou en extérieur, mais… il a dit que son maître… et j’ai accepté !

Elle plongea son visage sur lui alors qu’elle était agitée de sanglots, ses paroles dérivant en un flot incompréhensible. John soupira, tournant à nouveau le poignet dans un cliquetis discret. Il lui posa la main sur le dos.

-          Madame, je vous jure de faire tout ce que je pourrais pour vous aider, déclara-t-il d’une voix dure qui la fit un instant cesser de pleurer. Mais pour cela, vous devez nous raconter tout ce qu’il c’est passé ici.


-          Vous dites n’avoir qu’un souvenir imprécis de ce qui c’est passé après qu’il ai posé la main sur votre épaule ? déclara John environ une heure plus tard, alors que Leon n’en finissait plus de noircir son calepin.

Elle hocha timidement la tête. Ses joues étaient noires de maquillages à force de les essuyer, ce qui aurait pu être comique dans une autre situation : le kidnappeur avait bien refrappé malgré les patrouilles de Rechald.

-          Sans vouloir paraître grossier, pouvez-vous retirer le foulard qui entoure votre cou, et nous montrer votre épaule nue ? demanda l’homme au chapeau.

Elle fronça les sourcils.

-          C’est la peau à l’endroit où l’homme à posé la main sur vous que je veux voir, la rassura-t-il avec un nouveau sourire.

Le prêtre leva les yeux au ciel, exaspéré à la fois par le comportement de cette femme et la facilité avec laquelle elle était manipulable. Nul besoin de dons, songea-t-il alors qu’elle s’exécutait et que le rouge lui montait au joue. Elle semblait prête à faire n’imp… Ses pensées s’interrompirent brusquement lorsqu’il vit l’épaule de la femme. Elle-même hoqueta en en la voyant. De minces filaments sombres couraient sous l’épiderme, tous reliés à une extrémité par un poinçon de sang coagulé, semblable à un flocon obscur tatoué sous sa peau.

Le visage dur, John retira son chapeau et se pencha sur la marque, tenant fermement le bras de la femme. Leon, les yeux écarquillés, se leva afin de mieux voir.

-          Qu…qu’est-ce que c’est que… ça ! Balbutia-t-elle, son regard allant de John à Frère Brandit, en passant par l’apprenti. Enlevez le moi, retirez…

-          Silence ! aboya le prêtre d’une voix de stentor.

Elle poussa un glapissement, mais obéit avec une mine déconfite. John la guida rapidement jusqu’au plus proche fauteuil où il l’obligea à s’asseoir. Sage précaution car elle blêmissait à vue d’œil, sur le point de défaillir.

-          As-tu une idée de quoi il s’agit, demanda Frère Brandit à mi-voix, lui et le répurgateur s’étant légèrement reculés, laissant la femme secouée aux soins de Léon.

-          J’en ai bien une petite idée, mais elle n’a rien à voir avec un nécromant, répondit-il sombrement, se passant la main dans les cheveux. La chose qui l’a piqué lui a administré quelque chose, qui est sûrement le pourquoi de sa coopération avec notre homme. Une substance qui aurait altéré son jugement d’une façon qui m’est inconnue.

Frère Brandit digéra l’information.

-          Une personne qui s’amuse à terrifier la population avec de l’équipement chirurgical ?

-          Possible. Mais jamais je n’ai entendu parler d’un tel poison ou d’une marque similaire. Il faudra tenir cette femme à l’œil, et voir si ce genre de choses à déjà été évoqué à Grissenwald. A présent partons, nous ne découvrirons rien de plus cette nuit.



-          C’est ici qu’ils ont vu l’homme pour la dernière fois. Il y a fait entrer quatre femmes en deux fois aujourd’hui.

Les quatre mort-vivants étaient toujours perchés sur un toit, et faisait face au bâtiment collé aux maisons voisines. Celle-ci ne se démarquait en rien des autres. Si ce n’est que chacun percevait le vide qui y régnait. Nul cœur ne résonnait dans la demeure.

-          Il est ressorti ? interrogea l’un d’eux.

-          Non. Il doit y avoir une issue secrète, répondit-il.

Tout les quatre restèrent silencieux quelques minutes, observant en silence la ruelle et le bâtiment obscur.

-          Mène nous chez la fille, déclara finalement Manesh’k.



Frère Brandit faillit en lâcher son arme lorsqu’elle s’embrasa d’une lumière intérieure. Bouche-bé, il contemplait son marteau de guerre à présent de couleur orangée. La chaleur diffusée était sans précédents. Interdit, John lui aussi ne le lâchait pas des yeux. Jamais ils n’avaient vu une relique de Sigmar se manifester avec autant d’intensité. Intensité qui était liée au mal que percevait le marteau.

-          C’est… c’est impossible, bégaya Leon.

Aucun des deux adultes n’osa le contredire. Éclairant la ruelle de sa lueur radiante, leur situation leur semblait presque irréelle.

-          Jamais un nécromant ne pourrait représenter une telle menace, murmura John, dissimulant son trouble derrière un masque de marbre.

Le prêtre acquiesça, alors qu’il sentait l’arme devenir de plus en plus chaude !

-          Quoi que se soit ça approche !

A peine avait-il terminé sa phrase qu’un concert de croassements, hululements et vrombissement d’ailes battantes venus du ciel leur fit lever les yeux. Sous le couvert d’un véritable nuage de volatiles nocturnes, plusieurs ombres bondirent lestement au-dessus d’eux, d’un toit à l’autre.

-          Il ne faut pas les perdre ! s’écria John, tirant ses compagnons de leur torpeur.

Il s’élança dans une première ruelle, son manteau claquant derrière lui. Déjà le marteau se faisait moins lumineux, retombant de son soudain éclat incandescent à l’éclat terne du métal polit. Quelles étaient ces créatures pour provoquer une telle réaction ? Jamais son propre mentor n’avait probablement été témoin d’une chose pareille !

Ils coururent plusieurs minutes dans le dédale de rues qu’était Grissenwald, guidés par les oiseaux et la lueur déclinante de l’arme. L’écho de leur course résonnait lorsqu’ils passaient sur une des rares portions pavée ou glissaient dans des flaques boueuses. Plusieurs mendiants détalèrent à leur passage alors qu’ils renversaient quelques tonneaux leurs faisant obstacle ou coupaient par les jardins de petites propriétés.

Ils déboulèrent d’une ruelle étroite dans une avenue plus importante, l’émanation du marteau regagnant en intensité. Ils repérèrent rapidement leurs cibles grâce à la profusion d’oiseaux les entourant. Les dites cibles firent de même, ayant évidement remarqué l’arme semblant portée à incandescence, jetant un voile orangé sur la façade la plus proche. Quatre ombres se dressèrent depuis leur toit, se sachant découvertes, et toisèrent ces trois arrogants humains les ayant pistés à travers la ville. Les pupilles rouge grenat étincelant dans l’obscurité pétrifièrent le répurgateur et ses compagnons. Les deux camps restèrent ainsi quelques longues secondes à s’observer. La mélodie sourde de leurs cœurs éprouvés par la course-poursuite et l’angoisse soudaine pulsait délicieusement aux oreilles des quatre créatures. Sans s’être concertés, ils pivotèrent et bondirent de l’autre côté de leur bâtiment, disparaissant dans la nuit. Aucun des trois humains n’osa s’engager dans leur sillage.


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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Lun 6 Juin 2011 - 20:58

Ça commence à se préciser... Continue à nous tenir en haleine Happy
La suite!

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Lun 6 Juin 2011 - 21:12

Bien, très bien ! Une bonne intrigue multiple où Dragon de Sang et Sigmarites veulent poutrer du nécrarques !

Bonne idée, ça nous change des autres récits. Mais qui va tuer qui ?
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Sam 11 Juin 2011 - 22:07

merci
voici quelques réponses

aller chap 4 !



Satisfait, il prit un peu de recul afin de mieux apprécier le résultat et s’autorisa un léger sourire. Chaque os avait été ciselé, gravé, les symboles mystiques apparaissant en relief sur tout le corps. Immobile, celui-ci semblait couvert de tatouages primitifs. Des cornes semblaient s’enrouler autour de son crâne, alors que les mots sur ses poignets formaient des veines artificielles. Ni ses dents ni ses phalanges n’avaient été épargnées. Une étoile était profondément gravée au milieu de son front. Stoïque, une étincelle maléfique brillait au fond de ses orbites vides. Le squelette animé était prêt.

Morisburg en frémit d’excitation. Nul pouvoir ne coulait encore dans cette marionnette d’ivoire. Néanmoins il savait le réceptacle opérationnel. Il sentait dans sa chair que cette fois, Scleras réussirait. Comme il aurait aimé réaliser lui-même l’opération !

Bras croisés sur sa courte jupe bleue clair, la blonde manifestait un calme qui n’atteignait pas son voisin. Attentive, elle prenait soin de noter chaque mouvement de son maître dans sa mémoire. Rien ne lui échapperait. Même lorsqu’un rat velu se frotta contre ses chevilles elle continuer d’observer d’un regard absent, son esprit bien au-delà de la situation actuelle.

Le calice enfin prêt, Scleras se tourna vers les quatre spectatrices. Agenouillées en cercle autour de lui, toute l’observait avec effroi. Le venin les empêchait même de cligner des paupières. Ignorant leurs voluptueux corps nus, il se pencha et examina encore le sol. Les rigoles sculptées dans la pierre étaient parfaitement propres. Castille avait fait du bon travail. Il se redressa, et fit signe de la tête à ses compagnons.

Aussitôt, Morisburg se précipita sur les cierges, les allumant un à un. A aucun moment il n’enjamba le cercle ou l’un des huit sillons creusés dans le sol. Pendant ce temps, Castille avait laissé glisser sa robe sur ses hanches. Elle approcha de son maître à l’œil acéré. Cependant, il ne s’attarda pas sur les courbes délicieuses de son acolyte, mais sur ce qu’elle tenait à hauteur de sa poitrine. La dague imprégnée. Humblement, elle s’agenouilla et se pencha en avant, présentant l’arme à son maître aussi haut que lui permettait sa position. Sous ses yeux la rigole semblait onduler d’impatience, ses cheveux blonds effleurant la roche.

Lorsque Morisburg eu allumé chacune des chandelles, le vampire s’empara de l’arme. Avec respect et sans se redresser, elle recula prudemment, jusqu’à se retrouver dos à la paroi. Le nécromant la rejoignit comme elle se relevait enfin. Tout deux étaient à nouveau fasciné par l’opération en cours.

Scleras se dressa face à la première femme. Son expression figée le fit sourire. Il leva la dague au-dessus du front de celle-ci, et l’entailla. Avec patience, il dessina le symbole dans sa chair, sans essuyer le sang s’écoulant sur ses joues et tachant ses mains. Lorsqu’il eu finit, il contempla le résultat d’un œil critique, avant de sourire à nouveau. Il passa derrière sa victime, la prit la les cheveux et lui incisa méticuleusement la gorge, une giclée écarlate éclaboussant aussitôt la pierre. La coulée d’hémoglobine dégoulina à gros bouillon entre les seins de la malheureuse, jusqu’entre ses cuisses avant de couler dans le canal. Alors que le fluide s’écoulait comme prévu, il se tourna vers la femme suivante. Il répéta l’opération jusqu’à ce que chacune des quatre femmes ait la gorge ouverte et le front entaillé.

Il franchit le cercle et se retrouva à l’opposé de ses deux serviteurs, qui attendaient patiemment que commence les choses sérieuses. Scleras les ignora et observa les rigoles lentement se remplir du sang des quatre femmes. Comme il aurait aimé gouter leur nectar, violer leurs pensées les plus intimes et souiller chacun de leurs souvenirs. Il se serait contenté d’une seule ! Mais le temps pressait. Les enfants d’Abhorash comme les répurgateurs entreraient en action dès la tombée de la nuit. Il le savait, il le sentait. Préparer le squelette lui avait déjà prit bien assez de temps. Il n’y avait plus une minute à perdre.

Le vampire défit sa robe et l’ôta rapidement de ses épaules, se retrouvant torse-nu. Sa peau translucide roulait sur les muscles frêles de son corps. Mais aucun des deux acolytes n’était dupe : derrière cette carrure rachitique se dissimulait une force prodigieuse. Il jeta les breloques qu’il avait au cou sur l’habit en boule dans un coin, et se reconcentra sur la situation présente. Scleras ferma les yeux et leva les deux bras, invitant les témoins à s’y lover. Morisburg et Castille eurent un frémissement partagé. Enfin cela commençait.

D’abord, rien de visible ne se produisit. Puis, lentement, une fumée plus épaisse s’échappa des cierges, plus sombre, nauséabonde. Celle-ci se condensa progressivement, devenant plus consistante, telle des tentacules jaillissant des flammes. Une onde parcourue la cuve au centre du cercle, l’hémoglobine des femmes continuant de s’y déverser. Lentement, celle-ci gagna en intensité, de minuscules vaguelettes la striant. Le squelette n’esquissa pas le moindre geste lorsque les première goutes effleurèrent ses malléoles. Il se tenait au-dessus du calice écarlate. Les tentacules se rejoignirent exactement au-dessus de la cuve et du crâne sculpté. Lentement, ils se mirent à tournoyer, continuant de s’épaissir. Un premier éclair les parcouru, jetant un flash lumineux dans la pièce.

Scleras demeurait immobile. Seul les plis de son visage trahissait les efforts qu’il fournissait pour contrôler les événements qu’il avait enclenché. Un liquide commençait même à suppurer de son corps pourtant mort. Castille et Morisburg n’osaient même plus cligner des yeux tellement ils étaient fascinés. Se faisant, ils imitaient les quatre malheureuses qui, tétanisée, profitaient de places de choix pour observer le rituel. Soudain elles furent agitées de tremblements, faisant sursauter les deux acolytes. Ils en restèrent tous deux béats. Elles avaient dans leurs veines une telle dose de poison paralysant qu’un cheval aurait été immobilisé pendant presque une semaine ! Il était impossible qu’elles puissent ne serais-ce que battre des paupières ! Et pourtant, elles étaient à présent toutes agitées de spasmes, leurs regards paniqués braqués sur le squelette. Ou plus précisément aux pieds du squelette.

L’odeur du fer était entêtante, collait au palais des deux humains. Le liquide commençait également à tournoyer sur lui-même en un minuscule tourbillon, des bulles fumantes venant en crever la surface. Le phénomène gagna rapidement en intensité. Soudain une forme se dégagea du liquide. Elle s’éleva lentement, reliée au tourbillon écarlate par des filins visqueux, puis se déplia. Des braises rougeoyantes apparurent dans les replis de fumée, alors que de nouveaux éclairs parcouraient la salle. Ils rebondissaient sur la dague et les breloques que le vampire avait retirées, attirés par la moindre pièce métallique. Les doigts boudinés et dégoulinant s’écartèrent les uns des autres, dressés vers le ciel. Scleras esquissa une grimace, luttant à contre-courant des vents invisibles malgré les éléments déchainés autour de lui. La difficulté qu’il avait à orchestrer tout cela était palpable. Lentement, la main bouillonnante se tourna vers la cheville toute proche, les doigts liquides comme attirés par les gravures. Les quatre femmes rejetèrent simultanément la tête en arrière quand os et sang entrèrent en contact, ouvrant leurs lèvres. Elles hurlaient en silence, leurs cordes vocales n’étant pas affectées par la magie ambiante. Dans un craquement sonore, les deux nécromants furent éblouis. Ils protégèrent leurs yeux sensibles à l’éclairage violent des éclairs qui plongeaient à présent dans les scarifications au front des prisonnières et du squelette. Leurs bras désarticulés s’agitaient furieusement autours d’elles alors que l’hémoglobine semblait aspirée hors d’elles par quelques sorcelleries, leurs yeux roulant dans leurs orbites. Leur peau là où s’écoulait le liquide commença à brunir, brulée par la température de leur propre sang !

Morisburg se cala plus près encore de la paroi. Il entendait l’appel. La magie le conjurait d’avancer, et pourtant il devait résister. Serrant les poings et s’écorchant avec ses ongles, il continua d’observer, au supplice.

La main s’enroula autour de la cheville, l’enrobant dans un cocon visqueux. Aussitôt, une seconde émergea de la première, toute bouillonnante, et commença l’ascension. Par reptations successives, la rotule puis le fémur furent engloutis dans une gaine de grenat. La chaleur dégagée par la voute de feu et de cendre était étouffante, les éclairs agressant les yeux des deux humains. Ils suffoquaient presque tant l’air empestait le fer et quelques autres horreurs. Néanmoins, ils ne pouvaient détourner leur regard du cataclysme en cours. Le sang, animé d’une vie propre, glissa de côtes en côtes, avant de rapidement dévaler les bras jusqu’aux poignets. Il s’accumula le long de la colonne vertébrale, conférant une apparence bossue au corps. Alors que les quatre suppliciées bavaient une écume rosâtre, le fluide remonta la mâchoire, glissant sur le palais avant que les dents ne soient englouties. Tout le corps fut recouvert, ne laissant que l’étoile reliée à la voûte par la foudre. Un fluide noir s’écoula d’une narine du vampire, qui sera les dents, ses crocs largement apparents. Il était hors de question d’échouer après être allé si loin !

Le « ciel » gronda, comme les contours de la créature ondulaient, des muscles noueux se dessinant sous une couche de sang commençant à coaguler. Le crâne sembla s’étirer dans toutes les directions, avant que les filins ne s’effilochent. Les deux cornes poussant aux tempes ainsi que l’arrière rallongé se précisèrent. Le corps se remodela au niveau de la colonne vertébrale, s’étirant dans des directions nouvelles. Lentement, les chevilles se redressèrent, le corps se voutant en avant.

Dans un grand craquement qui fit sursauter chaque personne présente, l’éclair se résorba. Lorsque la vue revint au nécromant, il constata que les quatre corps s’étaient effondrés, leur peau transparente tendue sur des organes rabougris. Elles avaient été vidées jusqu’à leur dernière goute d’hémoglobine. Les battements de son cœur tonnaient à ses oreilles, l’appel se faisant plus lointain, plus supportable. Scleras rouvrit les yeux, haletant, et observa les cendres se dissiper en tournoyant. Un instant il crût avoir à nouveau échoué. Mais la créature écarlate demeurait. Elle redressa lentement la tête, et deux lueurs dorées percèrent à travers le voile grenat. Les bras noueux remuèrent lentement, alors que la tête penchait d’un côté et de l’autre sous son propre poids. Elle tressaillit, manqua de chuter en avant. Mais d’un pas puissant elle se redressa, éclaboussant la pierre vierge de gouttelettes. Ce ne sont pas des os qui apparurent, mais des écailles rouge sombres reflétant la lueur des cierges, alors des les orteils terminés par des griffes d’obsidienne raclaient le sol. Un tentacule rose jaillit soudain de la face encore couverte de fluides, éclaboussant les deux humains pétrifiés. La longue langue, dégoulinant, sembla humer l’air chargé d’ozone du souterrain, avant que la créature ne s’ébroue. Elle les aspergea tous d’une pluie écarlate, avant de se tourner vers son créateur. Elle fit un pas en avant. Son regard semblable à un puis de flamme se plongea dans celui injecté de sang du mort-vivant. Aucun des deux ne cilla. Jusqu’à ce qu’elle fasse un pas en avant, et ne hurle de souffrance.

Le vampire soupira de soulagement alors que les symboles lumineux se dessinaient sur chaque écaille, griffes ou morceaux de cornes. La créature faillit s’effondrer de douleur, mais le phénomène s’apaisa, ne laissant que les symboles noircis, gravés dans sur son corps. Elle gronda de colère, mais n’esquissa pas le moindre geste menaçant. Ses muscles noueux dansant sous sa cuirasse naturelle, elle balaya l’endroit du regard, s’arrêtant sur le corps nu de Castille. La femme resta immobile lorsqu’en un éclair, le monstre encore dégoulinant fut sur elle. Sa langue s’enroula autour de son cou gracieux, ses griffes passèrent dans ses cheveux blonds, les tachant de sang à moitié coagulé. La crête dans son dos ondula de colère. Mais la créature ne fit rien, et recula d’un pas, grondant de fureur. Elle claqua sa mâchoire puissante à un doigt du nez de la femme, ses crocs acérés dégoulinant d’hémoglobine. Morisburg sourit, alors que la poitrine de Castille se soulevait avec frénésie. L’étoile à huit branches luisait entre les deux cornes noires du monstre, écho de son regard incandescent et contrastant avec le tatouage obscur la liant désormais.



Tout deux atterrirent sur les tuiles de la demeure de la fille. Sans déraper, ils se redressèrent et inspectèrent rapidement les alentours, mais rien ne bougeait. Sereins, ils se laissèrent tomber au sol devant l’entrée. Le premier des deux étala sa cape sur la serrure, ce qui étouffa légèrement le fracas lorsqu’il fit sauter la serrure d’un coup de botte. Quelques secondes plus tard, ils s’étaient discrètement introduits à l’intérieur.

Leurs prunelles écarlates luisant dans l’obscurité, ils n’avaient pas besoin de torches. Ils inspectèrent chaque pièce avec attention et ouvrirent les meubles, qui se révélèrent vides. L’endroit semblait abandonné.

- Gilnash se serait trompé ? Il n’y a rien ici.

- Je ne pense pas.

Sans se concerter, ils descendirent un escalier menant au sous-sol. Tout deux s’immobilisèrent, foudroyés sur place. Leurs visages déformés par la colère, ils balayèrent la cave du regard. L’air empestait le sel et le fer ! Sans se concerter, ils pivotèrent, alarmés. Des battements résonnaient à présent dans l’entrée. Calmes, réguliers.

- Il nous attendait ! cracha le premier.

Une note cristalline s’éleva lorsqu’ils dégainèrent leurs épées tandis qu’ils remontaient précipitamment. Déjà d’autres battements approchaient, bien plus forts et rapides. A peine le premier d’entre eux arriva au sommet qu’une détonation résonna dans la maison. Il s’effondra sur le côté, touché en pleine tête par le projectile. Le second se précipita aussitôt, ignorant son compagnon à terre et leva sa lame au-dessus de son adversaire. Il se heurta à la barrière invisible le séparant de l’homme au chapeau et recula en titubant. Le pouls de l’homme restait toujours aussi calme.

- Harkon ! Appela le vampire.

Le concerné grogna en se relevant péniblement. Tout deux purent voir l’homme froncer les sourcils malgré l’obscurité. Le blessé jeta un regard furieux à l’humain.

- Sa brûle ! s’écria-t-il. T’as osé tremper cette saloperie dans de l’ail !

L’homme leva froidement les deux bras et les désigna. Comme par magie, des pistolets apparurent à ses poings. Les deux morts-vivants eurent le même réflexe et plongèrent dans une pièce voisine sous le couvert de grêle du répurgateur. Le boucan qui résonnait à l’intérieur était tel qu’un coup de tonnerre n’aurait pût complètement le couvrir. Dans des éclats de pierre et d’échardes, il pilonna leur retraite jusqu’à ce qu’ils soient hors de vue. Inspirant profondément, il lâcha un sifflement aigu. Ses deux pistolets roulèrent au sol, fumant, tandis qu’il les remplaçait machinalement avec d’autres tirés des replis de son manteau.

Lorsque les soldats entrèrent, guidés par frère Brandit, Tristofan et Rechald, les armes avaient déjà disparues dans ses manches.

- Deux cibles, déclara-t-il aussitôt. L’un d’eux à prit une balle imprégnée dans la mâchoire il me semble, mais la poudre a dû consommer le principal de l’ail.

- L’argent n’aurait-il pas dû suffire ? s’étonna le capitaine en faisant signe à quelques uns des hommes en cottes de mailles de grimper à l’étage.

- L’argent leur est plus douloureux que le fer, mais en rien mortel, expliqua John en inspectant prudemment le sol là où ils avaient fuis. Brandit, ta décoction à parfaitement fonctionné. Ils n’ont pas pu franchir le sol sanctifié.

Le prêtre ne répondit pas, se contentant de suivre le sorcier. Ses poings étaient aussi lumineux que l’arme du sigmarite.

Les quelques soldats brandissant torches et épées aux poings pénétrèrent dans la pièce donnant sur plusieurs autres salles. Avec nervosité, ils se déployèrent. Un homme se postait au chambranle de la porte et levait haut sa torche, puis un autre brandissant son épée s’engouffrait avec un troisième sur les talons. Ils ressortirent bredouilles de la première pièce. La seconde menait à une cuisine reconduisant vers l’entrée, et la dernière visiblement une chambre d’amis. Ils se mirent en position pour pénétrer dans la chambre quand un cri leur parvint de l’entrée, les faisant sursauter.

Dans un déchirement soudain, une lame transperça le torse de l’homme collé au mur à travers. Il hoqueta de surprise alors que ses compagnons pivotaient à nouveau vers lui, la lame ayant disparue dans le mortier. Il glissa doucement au sol, laissant une trainée sanglante sur fond jaunâtre.

Une explosion ébranla toute la structure de la demeure, le souffle brûlant les faisant tout reculer alors qu’ils n’avaient pas encore réalisés la mort de leur compagnon. Lorsqu’ils abaissèrent leurs bras levés, le démon était sur eux. Il arracha la mâchoire du premier d’un revers de son épée et happa le second à la gorge, le soulevant du sol. La gorge broyée par sa poigne, il ne put émettre aucun cri, son regard affolé se posant sur les yeux luisant de haine du vampire. Avec un cri de fureur, il le jeta à travers la pièce et para la lame du dernier. Beaucoup plus rapide, il fit glisser son épée sur celle de l’humain, avant d’inverser le poignet et lui trancher l’abdomen, déchirant les maillons d’acier. Le blessé eu un hoquet tandis que la lame s’enfonçait comme dans du beurre. Il rendit son dernier souffle quand le vampire retira sa lame d’un grognement, arrachant plusieurs morceaux d’intestins. Il examina rapidement sa main fumante et jura. Affalé près du premier cadavre, le dernier survivant tentait de reprendre son souffle. Il retomba au sol lorsque la dague perça sa tempe dans une giclée vermeille. Il jura en voyant qu’il avait ébréché son arme sur les cottes.

Le vampire se détourna des cadavres, et vit un homme chauve et de haute stature entrer par la cuisine. Il portait une bure et son marteau luisant taché d’un liquide sombre ne laissait aucun doute sur son identité. Feulant, le mort-vivant chargea. Il balaya l’air de sa lame, mais elle ne rencontra que le manche du marteau dans un crissement d’étincelles. Il enchaina aussitôt par quelques passes d’armes rapides, prenant de vitesse le religieux qui récolta vite une estafilade tout le long du bras droit. Haussant les épaules, il se remit en garde. Le vampire en grinça des dents de frustration.

Plusieurs soldats se tenaient derrière lui, n’osant interrompre le duel entre le mort-vivant et frère Brandit. Jusqu’à ce que John Grenaille ne les écarte et n’ouvre le feu, la détonation interrompant une charge de la créature acculée. Celle-ci trébucha, avant de faire un bond hors de portée du dangereux marteau. Il étira ses épaules et l’acier de son armure protesta, maltraité par le projectile.

- Rend toi et nous t’accorderons un voyage rapide vers le royaume de Sigmar, déclara le prêtre d’un ton bourru, à peine essoufflé.

Derrière lui se glissa le sorcier roux, le poing déjà enflammé. Le mort-vivant les parcouru du regard et eu un reniflement de dédain. Sans prévenir, il pivota et se jeta dans la chambre.

- Arrêtez-le ! rugit le capitaine en s’élançant.

Tristofan fut plus rapide et le missile crépitant fusa entre les hommes de Rechald. Dans une nouvelle explosion de flammes, la boule de feu emplis la chambre, les immobilisant dans leur charge face à la chaleur infernale. John se posta face à l’ouverture, ses deux revolvers armés. Calmement, Tristofan atténua le brasier et leur permis de voir la pièce dévastée. Ils firent la grimace en voyant le mur de briques défoncé et d’où s’élevaient déjà des cris de terreur. Le répurgateur se précipita et traversa l’ouverture à son tour, se retrouvant couvert de poussière dans le salon de la maison voisine. Le corps éventré d’un homme, probablement alarmé par les combats, gisait déjà. Une femme en pleurs n’osait s’en approcher, tétanisée. John l’ignora et repéra la fenêtre en miettes, donnant dans une ruelle mal éclairée. Il grimaça.


Dernière édition par vg11k le Dim 19 Juin 2011 - 0:02, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Sam 11 Juin 2011 - 22:25

Ah un peu d'action et de combat! Suite à la hauteur de ton talent Clap

il y a juste un petit problème :
Citation :
il était impossible qu'elle puisse ne serais-ce que battre des paupières ! Et pourtant, elles étaient à présent toutes agitées de spasmes, leurs regards paniqués braqués sur le squelette.

et une petite répétition :
Citation :
reliée au tourbillon écarlate par des filins visqueux et écarlate

Aussi, pourquoi tu utilises très souvent le mot hémoglobine? Il y a beaucoup de synonymes qui pourraient mettre ton histoire en relief...

C'est avec impatience que j'attends la suite! Smile

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 1 Sep 2011 - 17:25

Aller, après plus d'un mois d'attente, voici le chap 5
Je comptais le prolonger plus, mais après avoir comparé sa longueur avec les autres chapitres, autant le publier maintenant
affutez vos lames et bonne lecture !


Les deux intrus s'immobilisèrent lorsque le premier grondement leur parvint. Pataugeant dans les flaques nauséabondes, ils se firent le plus discret possible. Tout les sens en alerte, ils repérèrent rapidement la position de l'autre, qui ne faisait rien pour être discret. Pourtant, ils ne percevaient ni battements de cœur ni l'agaçant bruit de succion accompagnant chacun de leurs pas. Manesh'k en tête, ils campèrent sur leur position, prêt à dégainer leurs armes à la moindre menace. Comment un enfant de W'Soran allait-il les accueillir ?

Ils restèrent bouche-bé lorsqu'ils la virent à un angle. Son regard était plus clair et plus étincelant que le leur, dénué de pupille. Grâce à ces griffes qu'elle plantait dans la roche, elle se déplaçait au plafond tel une araignée. Sans prendre le temps de les chercher, elle leur adressa une grimace, exhibant ses crocs acérés. Tête en bas, l'humeur dégoulinant de sa gueule coulait sur son museau et son front. Une langue à la longueur effrayante fouettait l'air en-dessous de son crâne tel un tentacule insidieux. Malgré la quasi-pénombre, tout les deux pouvaient voir sa boite crânienne étirée et ses cornes sombres enroulées autour de ses tempes. Des muscles noueux roulaient sous ses écailles rouge sombre. Mais ce qui les alarma le plus fût les surprenants tatouages qu'elle arborait, s'étalant sur l'intégralité de son corps.

- C'est pas vrai ! se plaignit celui en armure plus légère. Mais qu'est-ce que sa fout là sa !

- Tu n'as pas dit que les vents étaient altérés ? répondit son compagnon en dégainant son épée.

L'aberration se laissa tomber au sol et retomba sur ses pattes avec souplesse. Hochant de la tête à chaque pas, elle avança vers eux, continuant de gronder. Elle s'immobilisa à quelques pas. L'air lui-même se tordit alors que des étincelles jaillissant de nulle part éclairaient le boyau. Deux épées luisantes se matérialisèrent dans ses poings griffus. Comme animée d'une vie propre, elles pulsaient d'une lueur orangée.

- Bon, j'espère que Claster et Luthor ont eu plus de chance que nous, soupira Manesh'k d'un ton résigné. Trouve un autre chemin, je m'occupe de cette chose.

Scleras en frémit d'excitation. Manesh'k lui-même se tenait face à sa création !

- Les deux autres enfants de la nuit risquent de percevoir ma présence maître, prévint la voix désincarnée de l'adolescent.

Le vampire ne prit pas la peine de répondre, absorbé par la scène fantomatique qui se déroulait sous ses yeux. Enveloppé d'habit épais, il avait les yeux grands ouverts et le visage éclairé par la fumée blanchâtre, prononçant des mots silencieux. La créature se laissa tomber au sol et matérialisa les deux épées. Elle avait invoquée ses armes ! Même dans ses estimations les plus positives il n'avait osé espérer cela ! Il vit sans entendre les deux autres se parler, avant que l'un d'eux ne quitte la scène de brume.

Observant en silence, Morisburg et Castille surveillaient également le comportement de la créature. Elle avait violemment réagis en remarquant la nécromancienne nue, signe que la volonté de son premier créateur coulait dans ses veines. Pourtant, le contrôle de Scleras avait été parfait !

- Castille, nous risquons d'avoir de la visite, déclara le maître d'un ton absent. Occupe-toi en.

La concernée s'inclina, avant de se retirer et disparaître dans l'un des couloirs, ses pieds nus ne produisant pas un bruit. Scleras et Morisburg se reconcentrèrent sur les deux protagonistes qui se jetèrent l'un sur l'autre.

La créature frappa simultanément des deux lames en un « V » qui aurait aussitôt tué n'importe qui. Mais Manesh'k n'était pas n'importe qui et d'une vivacité inhumaine, il dévia la première lame et la fit glisser sur la sienne avant de parer la seconde. Les armes orangées placées à la pointe et à la garde de celle du vampire, le monstre pressa son avantage d'une force herculéenne. Le mort-vivant plaça sa main libre à l'autre extrémité de son arme pour soutenir la pression exercée. La mâchoire claqua à un pouce de son visage, mais il était déjà entré en mouvement. D'une rotation complète, il fit glisser les lames sur la siennes en une flopée d'étincelles, avant de la retirer et entailler l'épaule gauche de la créature dont les armes fouettaient le vide. Elle se rattrapa d'un pas vers l'avant et pivota, plantant solidement sa patte griffue dans la glaise. D'un coup du talon derrière son genou exposé, Manesh'k la fit trébucher, avant de fouetter l'air de sa lame. La tête du monstre sauta de ses épaules comme un bouchon.

Tournant le dos à la créature vaincue, il continua sa route, regrettant déjà avoir fait perdre son temps à son ami. Il examina sa précieuse lame, encore brûlante là où celles de celles de la créature l'avaient effleurées. Toute arme de qualité moindre aurait été brisée. Il se félicita d'avoir jadis accepté ce présent de ses ennemis et l'abaissa, quand il remarqua un mouvement dans le reflet terne de la lame. In-extremis il pivota et para l'épée rougeoyante, reculant d'un pas, et para derechef la seconde. Le regard flamboyant, la créature ressuscitée poussa impitoyablement son avantage, le faisant reculer de coups latéraux aussi rapides que puissant. Le vampire n'arrivait plus à reprendre l'avantage, encore sous le choc d'avoir frôlé la catastrophe. Les armes maléfiques n'étaient nullement freinées lorsqu'elles effleuraient les parois ou la boue, y laissant des sillons noircis et fumant. Manesh'k feula de colère en parant les deux épées jaillissant soudain sur sa gauche. Le poids disparu soudain et la patte griffue le frappa de plein fouet de l'autre côté, dans son abdomen exposé et le plaqua violement à la paroi visqueuse.

Bien que sonné, il eu le réflexe de se laisser tomber au sol, alors que les lames se croisaient là où c'était tenue sa tête quelques instants plus tôt. Il roula précipitamment hors de portée, se remettant tant bien que mal en garde. Grondant et fouettant l'air de sa langue reptilienne, la créature tatouée chargea à nouveau. Cette fois Manesh'k ne le sous-estima plus. Il para la première arme de sa propre lame et attrapa par le poignet son autre bras, l'empêchant de le trancher en deux. La gueule acérée plongea droit vers son visage, mais ne rencontra que le genou cuirassé du vampire, lui claquant la mâchoire et tranchant l'immonde tentacule. Il fit un pas en retrait, interloqué. La tête qu'il avait décapitée était de nouveau bel et bien fixée. Quelle était cette sorcellerie ? S'agissait-il d'une illusion ? Pourtant ses côtes prétendaient le contraire...

C'est en voyant la créature secouer la tête, fendant l'air de ses cornes spiralées, qu'il remarqua la langue violette qui repoussait rapidement d'elle-même. Même la blessure à l'épaule avait disparue. Il inclina la tête sur le côté. Vaincre une créature ne craignant pas les blessures physique ou sa lame antique allait être problématique, surtout si lui-même était dénué de dons magiques !

Morisburg eu un hoquet en voyant le fruit de leurs efforts pitoyablement s'effondrer, la tête tranchée. Mais animée par les plus puissantes sorcelleries, elle se redressa. La chair impie se ressouda en quelques secondes et elle faillit le trancher en deux sans que son adversaire s'en aperçoive. Scleras en poussa un cri de frustration. Ils virent la monstruosité prendre l'avantage, poussant le vampire dans ses derniers retranchements, le frappant et manquant de l'achever. Il y eu une nouvelle passe d'arme avant que le mort-vivant ne recule, perplexe. Scleras lui jubilait.

- Il a deviné qu'il ne pouvait pas gagner, s'écria-t-il, euphorique. Il contemple la mort, et cette fois elle sera définitive !

Morisburg ne pouvait que partager cet enthousiasme, se délectant de la scène que reproduisait fidèlement le spectre au fil de son déroulement.

L'acier siffla au-dessus de la tête de la créature accroupie. Aussitôt Manesh'k frappa le sol spongieux de la botte, projetant de la boue au visage de la créature. Aveuglée, celle-ci hurla de colère et gesticula avant que sa face ne soit fendue en deux dans une giclée sombre. Son cri coupé, elle se pencha en avant, ses bras soudain plus lourd. Manesh'k s'engouffra dans la brèche. Il trancha son flanc et son bras à hauteur du coude en passant sur la gauche, puis effectua une rotation rapide avant de l'embrocher. Sa lame ressortie en plein milieu de son torse. Sans s'effondrer, l'aberration restait immobile à subir ses coups. Il ne put s'empêcher de sourire en songeant aux reproches qu'aurait faits son père dans la mort de la façon dont il avait prit l'avantage. Néanmoins et compte tenu des capacités de l'ennemi, il ne jugeait pas cela comme primordial.

- Nulle créature magique ne possède d'énergie infinie, les rejetons du Warp plus que tout autres, déclara-t-il d'un ton grave. Combien de fois devrais-je te tuer avant que tu retournes au néant ?

Se faisant il arracha son arme dans une gerbe écarlate. Le monstre tomba à genoux. Grondant de colère. Il s'appuyait sur son bras indemne, le moignon reposant au-dessus de la chair tranchée. Mais la chair tranchée ondula soudain et bondit vers la blessure avec laquelle elle fusionna sous les yeux ébahis du vampire. Le démon noir et écarlate se redressa, poussant un cri de rage. Il pivota et chargea à nouveau le combattant.

- Cela ne finira donc jamais ! s'écria-t-il en levant son arme.


Il s'immobilisa en fronçant les sourcils. Les sons qui lui parvenaient et les troubles qu'il ressentait ne lui disaient rien qui vaille. D'autant plus qu'il était à présent seul, ayant laissé Manesh'k croiser le fer avec l'autre créature. Rien que d'y repenser, il en eu un frisson de dégout. Insensible aux vents de magie, son ami ne pouvait pas comprendre ce qu'il ressentait aussi prêt d'un rejeton du warp. Il s'estima heureux de ne pas être à la place de l'autre vampire. Il parvenait encore à entendre le tintement des lames, signe que le combat s'avérait plus rude que prévu. Mais il ne doutait pas de l'issue du combat. Il s'agissait de Manesh'k. Tout comme lui, il descendait du commandant des troupes de Lahmia. Il n'échouerait pas.

Il perçu les battements de cœur approcher bien avant de voir son propriétaire dans l'obscurité des souterrains. Accompagnée de toute une armée de squelettes avançant mécaniquement, provoquant un concert d'éclaboussures et de bruit de succion, elle se présenta à lui.

- C'est la première fois que je vois un autre que mon maître, déclara-t-elle en s'arrêtant.

Il l'inspecta sans répondre, alors que les pantins s'immobilisaient. Il n'avait pas fait un bruit, et elle ne portait visiblement pas d'objet arcanique. Elle avait d'ailleurs les paupières closes. Cependant, il sentait, et elle aussi devait sentir. C'est ainsi qu'elle c'était aperçue de sa présence.

- Tu es différent de Manesh'k, déclara-t-elle aux silhouettes immobiles. Lui n'a aucuns dons. Mais toi...

Elle redressa la tête, inspirant à plein poumon alors que sa jupette se tendait sur sa poitrine.

- Toi tu as le don... affirma-t-elle en souriant. Le don... laisse moi deviner...

Son sourire se figea soudain, avant de s'effacer. Le doute se peignit sur son visage.

- La magie des bêtes, murmura-t-elle en reculant prudemment d'un pas.

Il resta impassible face aux dizaines de morts-vivants se redressant, armes rouillées aux poings ou simplement armés de leurs phalanges nues.

- Je sais qui tu es, poursuivit-elle d'une voix tremblante. Tu es Gilnash, l'un des quatre premiers enfants du traitre à sa cité...

- A un détail près, répondit-il, ses dagues apparues sans bruit à ses poings. Qui que soit ton maître, il doit t'apprécier pour avoir raconté tout cela à une humaine. Mais nous n'avons jamais trahi Lahmia. C'est elle qui nous a reniés.

D'une coordination trop parfaite, tous les morts se ruèrent sur lui. Il resta immobile, les laissant venir à lui. De toute façon, le conduit était si étroit qu'ils ne pourraient tirer avantage de leur nombre au-delà de trois contre un. Sa botte fracassa la cage thoracique de celui du milieu avant qu'il n'arme sa frappe, et son poing arracha le crâne de celui à sa droite. Il fit rebondir le poignard du dernier sur sa lame, avant de bondir lestement, passant au-dessus de l'épée de celui de droite, qui poursuivit sa rotation au second rang. Retombant, il faucha les chevilles de ceux trop proches à son goût, les jetant au sol. Avec une froide efficacité il brisa leurs articulations des bras et des jambes, avant de repartir à l'assaut. Il perçut que le cœur de la nécromancienne plongée dans le noir s'accélérait sensiblement alors qu'elle ne reculait pas après pas, laissant toujours plus de marionnettes d'os entre eux. Mais y en aurait-il assez, se demanda-t-il avec un sourire féroce.

La grille de métal vola dans les airs avec un tintement de protestation. Aussitôt le combattant jaillit dans la ruelle, s'élevant jusqu'au premier étage des bâtiments, et retomba quelques mètres plus loin. Arrachant au passage ce qu'il restait de la bouche d'égout, la créature fit de même, retombant à quatre pattes. Elle se redressa alors que ses plaies dues à la lame du vampire et à la grille déchiquetée se refermait à vue d'œil. Le visage impassible, Manesh'k se remit en garde.

Ils se bondirent l'un sur l'autre, leurs lames tintant dans l'air frais de la nuit. La créature tatouée sauta brusquement en l'air, passant au-dessus de l'épée sifflante du vampire, et abattit de nouveaux ses deux armes en un croisement mortel. Mais Manesh'k avait à nouveau esquivé en se décalant de côté, en tournant sur lui-même pour accroitre son élan, frappa violement l'épaule de la créature. Elle décolla du sol et tourbillonna sur quelques mètres, s'encastrant dans le mur d'un bâtiment proche. Le vampire resta impassible, se retenant de grimacer, alors qu'une giclée de sang sombre avait accompagné le coup. La botte de cuir clouté c'était déchirée sur la crête que le monstre arborait le long de la colonne vertébrale. Elle tomba au sol, relevant aussitôt la tête, les yeux luisant de colère. Elle tressaillit néanmoins en se relevant. Prenant visiblement sur elle-même, elle se redressa complètement et gronda de colère, sa longue langue violette s'agitant furieusement devant son visage.

- La partie arrive à son terme, quoi que tu sois, déclara Manesh'k d'une voix calme. Tu ne pourras éternellement rester dans ce monde si je continue ainsi à saper tes forces.

Elle gronda de plus belle, grattant le sol et arrachant un pavé de sa patte griffue. Mais ne chargea pas.

- N'ai craintes, ton maître te rejoindra sous peu, quel qu'il soit.

Alors qu'il s'élançait, le monstre fit volte-face et bondit puissamment vers le mur lézardé par l'impact, passant au travers dans un fracas de pierres et de mortier. Manesh'k se précipita à l'intérieur, juste pour la voir bondir en haut d'un escalier, pulvérisant la rambarde et disparaissant à l'étage. Il jura en sautant les marches quatre à quatre, un doute affreux pointant dans son esprit. Il avait reconnu la créature malgré l'étrange tatouage et les pouvoirs dont elle bénéficiait. Elle savait également quel offrande fallait-il avoir pour l'invoquer...

Il déboula dans une chambre juste à temps pour voir le monstre arracher la gorge d'une femme en robe de chambre d'un coup de mâchoire, éclaboussant les draps et l'homme qui partageait la couche. Mortifié, Manesh'k vit le monstre procéder de la même façon que ses semblables se nourrissait, aspirant la vie hors du corps à une vitesse stupéfiante. L'homme poussa un glapissement de terreur, parvenant à sortir du lit, le démon assoiffé de sang l'ignorant totalement. Le vampire s'écarta sans vraiment faire attention à l'humain n'ayant même pas prêté attention à son teint blafard ou ses yeux écarlates. Les entrailles en charpies s'amoncelèrent alors qu'à grand coups de mâchoire la créature s'efforçait de déchiqueter le corps, le réduire en lambeaux sanguinolents. Elle ressemblait à tout à fait à ce qu'elle était : une bête enragée, assoiffée de sang et de massacres. Elle avait mit moins d'une dizaine de seconde à vider le corps de tout fluide et rendre l'aspect de la dépouille à peine identifiable. S'il avait encore été humain, nul doute qu'il aurait vidé son estomac à cette vue cauchemardesque.

- Doucement mon bonhomme, s'écria le prêtre en le happant.

Le visage et la chemise de nuit du jeune homme étaient imbibés de sang, ce qui n'empêcha pas frère Brandit de le maintenir contre lui.

- Il va me tuer, il va me tuer, hurla-t-il avec hystérie.

Son regard balayait les ruelles avoisinantes à une vitesse effarante. Il griffa même le religieux.

- Maintenant ca suffit ! rugit l'homme d'une voix de stentor sans le lâcher, ce qui fit sursauter un soldat de Nuln à ses côtés.

L'effet sur le malheureux fut radical. Il cessa de se débattre et fixa frère Brandit. Il tremblait comme une feuille, et ses larmes traçaient des sillons blancs dans la poussière collée au sang sur ses joues.

- Qu'est-ce qu'il c'est passé ? l'interrogea John, les yeux dissimulés dans l'ombre de son chapeau.

- Un... Un monstre...Lily... l'a égorgé... il...du sang...

Il porta ses deux mains à son visage, se barbouillant un peu plus d'écarlate, éclatant en sanglots. Brandit le relâcha et John s'empressa de l'aider à s'asseoir, le soutenant d'une main ferme.

- Décris-moi ce monstre, déclara-t-il d'un ton ferme, plongeant son regard dans celui de l'homme en état de choc.

Il balbutia dans le vide un instant, avant de se taire. Aucun des deux ne cillait. L'un des soldats allait prendre la parole, mais Dave l'en empêcha.

- Il avait les yeux brillant, comme du fer en fusion, articula-t-il lentement.

- Bien. Et...

- Rouge ! coupa-t-il. Sa peau et rouge et noire ! Il a des cornes de bélier au-dessus du crâne et une langue comme un serpent ! Il a... Lily !

John et le prêtre ne surent que répondre, échangeant un regard d'incompréhension.

- Son crâne, comment...

- Il était aussi long que mon bras ! s'exclama-t-il, agrippant John par le pan de son manteau. Rouge ! Je vous dis qu'il était rouge !

- J'en tiendrais compte, répondit le répurgateur avec détachement. Rechald, veux-tu...

Le soldat acquiesça en se penchant, invitant le malheureux à relâcher l'homme au chapeau. Un cri aigu perça soudain la nuit, le faisant crier de plus belle. D'un flash lumineux le marteau s'embrasa à nouveau.

- La chasse reprend ! Rugit John en bondissant sur ses pieds, se dégageant de l'étreinte du pauvre bougre.

La créature fit un bond en retrait. Elle sauta contre un mur et se propulsa sur le balcon qui y faisait face. Elle roula et se releva aussitôt, grognant en direction de Manesh'k. Profitant de ce repos inattendu, le vampire laissa ses épaules se décrisper. Il avait les poignets tremblants à force de parer ses frappes sourdes, et son armure était maintenant couverte d'éraflures.

- Tu t'amuses bien ?

Il ne releva pas la pique alors que son compagnon se laissait tomber d'un toit avoisinant. La créature escalada la balustrade et claqua des mâchoires, faisant sursauter le nouveau venu.

- Qu'est-ce que c'est que ça encore ? S'exclama-t-il avec colère en dressant son épée.

- Excellente question.

- Enfin, peu importe... Claster est mort, et pour de bon. Et Gilnash ?

- Toujours sous terre, répondit Manesh'k avec une grimace. Nous avons été séparés par cette chose. Qu'est-il arrivé à Claster ?

- Une embuscade dans la maison de la fille. Le sigmarite nous y attendait. Il y a un répurgateur avec eux. D'ailleurs avec le boucan que vous avez fait ils ne devraient plus tarder.

Manesh'k ne répondit pas, songeur. Le démon rouge et noir ne semblait pas vouloir les fuir. Il se contentait de les toiser en grondant, attendant l'assaut suivant.

- Pourquoi tu t'embêtes à jouer avec ça d'ailleurs, pendant qu'on tentait de nous éliminer ? demanda son compagnon d'un ton menaçant

- Je ne joue pas. Il se régénère à chaque blessure mortelle au lieu de retourner au néant.

- Ah...

- Tu dis que nous allons avoir de la compagnie, ceux-là même qui ont tué Claster ?

- D'après le concert de cœurs battants qui approche cela ne fait aucun doute.

- Alors empêche cette saleté de fuir pas les toits, ordonna Manesh'k qui s'avança en faisant siffler sa lame.

- Arrange toi pour ne pas que l'homme au chapeau, le curé et le sorcier ne meurent, déclara l'autre avant d'obtempérer. Ils sont à moi.

Avec un rugissement de colère, le démon bondit au-devant de Manesh'k qui para la première épée alors que la seconde fendait l'air dans son dos. Pivotant en sens inverse, la créature décrivit un arc-de-cercle de sa première épée, à hauteur de sa tête. Le vampire s'était déjà accroupi. Il s'appuya sur sa main libre pour donna un violent coup de talon dans le tibia de son adversaire, qui produisit un craquement sinistre. Emportée par son élan, la créature trébucha à côté de lui, sa jambe ayant récolté un angle douteux. Mais la douleur ne changea rien à sa volonté d'embrocher le mort-vivant, puisqu'elle roula sur elle-même en tendant le bras et la lame orangée fendit en deux un pavé de l'allée. Jurant, Manesh'k porta la main à son mollet. Le métal était bouillant là où il avait été tranché et cela faisait un mal de chien. Mais il n'avait pas eu le muscle tranché.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 2 Sep 2011 - 11:04

Ouch!
Ca me faisait un paquet de textes à lire, je n'avais plus suivi ce sujet depuis la fin du premier chapitre (je me demande d'ailleurs comment j'ai pu passer à côté tout ce temps scratch ).
C'est tout bonnement excellent; depuis l'invocation du Sanguinaire jusqu'au combat qui l'oppose à Manesh'k en passant par l'embuscade des Répurgateurs!
Tu parviens à installer une ambiance redoutable tout en jonglant avec les différents protagonistes sans perdre en clarté; je suis très impressionné!

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Dim 4 Sep 2011 - 17:45

Chapitre très intéressant, avec une bagarre comme on les aime.
le texte est fluide, malgré quelques fautes de syntaxe.

Suite!

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 17 Oct 2013 - 22:36

Texte promis texte dû, le concours étant terminé je vais reprendre du service.
Un petit peu d'archéologie mais c'est pour la bonne cause. En effet, plus de deux ans depuis mon dernier post dans ce topic, je vais vous présenter la suite des aventures de Manesh'k.

Pour ceux qui ne me connaissent pas - j'ai été peu présent - je vous conseille de ne pas prendre ce récit à la volée, vous n'y comprendriez rien. De même, ici se trouve le récit présent sur ce même forum où vous comprendrez d'où viennent mes personnages, et ici une autre histoire liée elle aussi à mes personnages.
Pour faire simple, dans l'ordre chronologique nous avons le 1e lien, FeS puis le second lien.Toutefois ne postez pas de comm' sur ceux-ci, car le premier est terminé tandis que le second est en stand-by. Un post remonté des profondeurs du forum c'est bien assez.

Et puisque je ne suis plus à un lien de pub voici ici le lien vers mon blog où je met en ligne mes histoires, pas toutes liées à warhammer.

Sur ce, je ne m'étale pas davantage. Bonne lecture à tous =)

Feu & Sang 6


John s'immobilisa en voyant les deux monstres qui se défiaient du regard. Un autre vampire était présent, équipé de la même armure rouge sombre que celui qu'ils avaient abattus moins d'une heure plus tôt. Même lui fût cependant stupéfait lorsqu'il examina son adversaire. Il luttait contre un sanguinaire, un héraut des puissances de la ruine. Le démon, bariolé de tatouages s'étalant sur tout son corps, venait visiblement de subir un coup dur mais se releva en feulant de colère. Il tenait deux épées incandescentes prêtes à déchirer le mort-vivant.

- Cela... N'a aucun sens, se plaignit Tristofan, visiblement tout aussi perturbé.

- Pas étonnant que cette ville souffre autant, déclara Brandit en s'avançant.

Son marteau, éclairant chacun de ses pas, attira aussitôt l'attention des deux belligérants.

- Votre présence ici est une insulte aux habitants de cette ville, votre existence aux efforts qu'ils font chaque jours !

Le démon feula de plus belle, sa longue langue fouettant l'air en direction du prêtre. Le mort-vivant quant à lui eu une réaction qui fit sourciller le répurgateur. Il s'écarta sur le côté, sans perdre la créature des yeux un seul instant. Tentait-il de chercher un échappatoire à sa position délicate, coincé entre eux et l'enfant écarlate ? Où y avait-il autre chose ? Son comportement ne trahissait aucune crainte à leur égard. Toute son attention était dirigée sur son ennemi.

- Brandit écartez vous, je vais les réduire en cendre !

- Non ! S'écria John alors que le sorcier lâchait un déluge de flammes dans la ruelle.

La chaleur engendrée par la déflagration les fit tressaillir. Alors que la mort embrasait le passage en ronflant, leur cachant les deux ennemis, le répurgateur ne put s'empêcher de pester.

- Tisseron ! Qu'avez vous fait !





Les deux vampires dévalaient déjà les pavés d'une rue parallèle. Ils fuyaient l'incendie que le mage aurait tôt fait d'éteindre, tandis que Manesh'k se remettait de ses émotions, la cuirasse fumante.

- Gilnash est encore là-dessous il faut qu'on aille le chercher avant qu'il ne tombe nez à nez avec cette saleté.





Il ne s'était pas fait d'illusion, sa fuite était inévitable. Elle n'avait aucune chance de défaire quelqu'un comme lui avec ces squelettes aux os craquants. Il prit calmement le temps d'examiner les corps brisés. Les conduits environnants en étaient désormais jonchés. Aucun nécromancien sain d'esprit ne tenterait de relever ces tas d'ossements brisés. A l'odeur, la poussière dégagée mais aussi l'énergie dépensée pour les animer, Gilnash devina qu'il ne s'agissait pas des dépouilles de simples villageois, de défunts d'une guerre lointaine ou d'un vieux cimetière redoutés par les plus superstitieux, et à juste titre. Non... ces ossements provenaient de générations bien plus anciennes que seules des cryptes oubliées auraient pu abriter. Des hommes parmi les bâtisseurs de l'empire, voire vraisemblablement beaucoup plus loin.

Ce nécrarque aurait-il pour père cette pourriture de W'Soran elle-même ou l'un de ces fils dans la non-vie ?

Un frisson le parcouru soudain, le tirant de ses réflexions. Les vents invisible tourbillonnaient vers lui avec une violence qui ne lui laissa aucun doute sur son origine.

- Manesh'k qu'est-ce que tu as foutu ? s'interrogea-t-il alors que l'ombre accrochée au plafond tournait son regard incandescent vers lui.





Les deux vampires déboulèrent à l'intersection, lames au clair. Ils balayèrent un instant la zone, les esquilles craquants sous leurs bottes.

- Gilnash ! s'écria le premier en le voyant étendu au sol, immobile.

- Il est...

- Juste inconscient, répondit-il en le chargeant sur son épaule sans peine apparente.

Manesh'k soupira de soulagement. Leur compagnon avait visiblement croisé le Sanguinaire, mais pour une raison leur échappant, celui-ci ne lui avait pas fait de mal.

- Viens, fichons le camp avant que cette horreur ou les humains ne nous retrouves.





Le vampire à l'apparence plus proche des morts que des vivants renversa l'une des tables d'études. Parchemins et instruments ésotériques roulèrent au sol, souillés par les contenus de plusieurs flacons. Sa colère était plus que palpable et aucun de ses deux apprentis n'osait l'interrompre alors que plusieurs chauve-souris affolées déguerpissaient de la pièce.

- Nous étions si près, si près ! s'exclama-t-il. Comment ont-ils put survivre ! Même les humains se sont ligués contre eux !

D'une vigueur surprenante pour son allure il attrapa en plein vol une chauve-souris affolée qui eu le malheur de passer trop près de lui. Ses doigts fins et décharnés dégoulinèrent de fluides lorsqu'il la pressa comme un citron, broyant le petit corps d'une poigne à ne pas sous-estimer.

Grimaçant, il examina quelque instants sa main poisseuse avant de se redresser. Sa colonne vertébrale protesta lorsqu'il se tourna vers la créature encore soumise à sa volonté, accroupie dans un coin de la pièce. Il sentait sa haine ronger les barreaux tatouées à même sa peau, mais ceux-ci tiendraient encore un bon moment. La solution était là.

- Si un n'était pas suffisant... Morisburg ! Siffla-t-il.

- Maitre, répondit-il aussitôt en s'avançant.

- Tu repars en chasse. Débrouille toi comme tu veux, manipule et tues qui tu voudras, mais ramène moi une dizaine de femmes le plus rapidement possible. Maintenant !

L'œil vif, il devina qu'il était inutile de discuter et s'inclina bas avant de tourner les talons sans perdre un instant.

La jeune femme le regarda partir sans dire un mot.

- Va me préparer deux autres squelettes, cracha-t-il sans la regarder. Qu'ils soient prêts au retour de Morisburg avec les filles.

Les yeux de la nécromancienne se plissèrent. Préparer le premier Sanguinaire lui avait prit plus d'une journée pour ciseler tous les liens spirituels... Mais elle garda le silence et s'apprêta à imiter son compagnon d'infortune quand le vampire ajouta :

- Ne me déçois plus Castille, où je prendrais un soin tout particulier à boire dans ton crâne.

Elle eu un léger sourire avant de disparaître dans les couloirs poisseux. Continuant à grommeler Scleras se retourna vers le démon enchaîné. Tant d'efforts, tant de manipulations et de recherches pour en arriver là...





Les coups répétés le tirèrent d'un sommeil déjà bien agité. Secouant la tête, John porta la main au pistolet posé sur sa table de chevet et alla ouvrir les volets sur lesquels on continuait de frapper. Prêt à passer une sérieuse soufflante à l'idiot qui tapait là, il se rappela soudain qu'il était au troisième étage de son bâtiment au murs lisses. Lorsqu'il mit en joue un hiboux grand duc, celui-ci ne fit qu'incliner la tête de côté en l'observant de ses grands yeux ronds, la lumière du jour longeant sa face dans l'ombre.

- Un... hiboux, maugréa-t-il en jetant un regard noir au rapace nocturne.

Il s'apprêta à repousser l'oiseau lorsque les prunelles de celui-ci devinrent soudain écarlate. Il bondit à l'intérieur et évita le projectile qui lui roussit toutefois le plumage.

L'animal se posa sur le rebord du lit, l'observant de ses yeux inhabituel et ne loucha pas lorsque le canon se posa entre ceux-ci. Il claqua du bec et une voix qui n'avait rien d'animal sorti de sa gorge.

- Nous devons parler, humain.





- Attendez une minute, réclama le prêtre dont le marteau posé sur ses genoux luisait faiblement. Si j'ai bien compris, vous prétendez être venu éliminer le responsable des disparitions dans cette ville.

- Plus ou moins, lui concéda l'animal ensorcelé dont la tête pivota sur son axe, posant son regard sur Brandit.

- Pourquoi devrions nous vous croire ? gronda le mage de feu d'un ton menaçant, assis bras croisés dans l'encablure de la fenêtre pour empêcher la créature de prendre la fuite.

- Parce que nous sommes le seul espoir des habitants de cette ville, répondit l'oiseau du tac au tac. A l'heure où nous parlons, l'un des deux apprentis du nécromancien est en train de capturer d'autres femmes à travers les rues. Il l'a déjà fait la veille. Le résultat était cette abomination contre-nature que vous avez put voir.

- En ce moment ? hoqueta Dave en cessant de noter tout ce qui se disait.

- Où ? s'écria Valent d'un ton pressant, l'officier militaire local, en bondissant de son coin de mur pour se pencher au-dessus de l'oiseau.

- Trop loin pour que vous puissiez quoi que se soit pour elles, répondit calmement l'oiseau en levant la tête pour continuer à regarder son interlocuteur.

- Comment fait-il pour prendre aussi facilement ses victimes ? interrogea plutôt John d'un ton posé alors que le soldat faisait volte face en poussant un cri d'impuissance.

- Ce n'est pas un nécromancien classique, même pour nous, expliqua l'oiseau avec gravité. Cet homme manipule des vents de magie qui n'ont rien à voir avec la non-vie.

- Et il n'est pas le seul apparemment, murmura Léon, le second apprentis du répurgateur vers qui l'oiseau se tourna en plissant les yeux.

- Cela expliquerais beaucoup de choses, notamment l'empreinte en forme d'étoile à huit branches sous la peau de l'autre femme, fit Dave en réfléchissant à toute allure.

- Mais à quoi ressemble ce type ? repris Valent. Nous devons bien pouvoir trouver à quoi il...

- Son apparence change à chaque fois qu'il apparaît au soleil. Vous ne pourrez pas l'identifier, répliqua le hiboux d'un ton désinvolte.

Valent grimaça, alors que Rechald venait lui tenir l'épaule, l'invitant à s'asseoir et laisser John poursuivre la conversation.

- Venons en au faits, vampire, déclara-t-il en se posant devant le rapace. Pourquoi nous contacter ?

- Parce que nous avons un objectif communs : vous souhaitez éradiquer le mal qui ronge cette ville, nous voulons la tête de celui qui en est à l'origine.

John hocha la tête, l'invitant à poursuivre.

- Vous avez vu l'aberration qu'ils sont parvenus à engendrer. Aucun d'entre vous n'est de taille à l'affronter et tout laisse penser qu'il y en aura un second à la nuit tombée.

Tristofan décroisa les bras en entendant ces paroles, tandis que toute couleurs quittaient les visages de Valent et Dave.

- Vous êtes bien présomptueux, déclara Brandit d'une voix grave.

- Réaliste, nuança l'oiseau. Le meilleur d'entre nous à ferraillé à travers toute la cité et...

L'oiseau eu un soubresaut, John fronçant les sourcils. D'un mouvement sec la tête de l'animal se tourna vers le prêtre et une nouvelle voix, plus agressive, sorti de son bec :

- Je suis celui qui a ferraillé avec cette saloperie. Je l'ai exécuté une bonne cinquantaine de fois mais rien n'est susceptible de la renvoyer au néant, pas même la décapitation. Combien de temps penses tu que tu aurais tenus face à l'un des champions du dieux des crânes, rendus immortel dans notre monde par une sorcellerie qui allie démonologie et nécromancie ?

Le prêtre ne répondit rien, mais leva la tête. En silence il éprouva un instant un certain respect pour ce monstre.

- Comment pensez vous en venir à bout dans ce cas ? repris John qui tentait de rester concentré et de calmer les deux camps.

- Le démon à fini par s'abreuver en sang, répondit le premier interlocuteur à travers l'oiseau. Vous savez qu'il s'agit d'un vecteur de sa puissance. Ils n'a donc pas une régénération illimitée. Si nous épuisons leur énergie, ils finiront par retourner au néant. Mais si vous nous gênez à nouveau, nous ne pourrons pas éradiquer ce mal.

- Que proposez vous dans ce cas ? interrogea Tristofan d'une voix cachant mal sa colère. Que nous vous laissions vous promener dans la ville sans...

- Pourquoi vous ai-je contacté ? Soupira l'oiseau d'une voix qui trahissait son irritation. La meilleure façon d'espérer que nous ne nous entre-tuerons pas en tentant de tuer cette saloperie et de combattre ensemble. Nous n'avons tué aucun villageois ici et vous avez aussitôt tenté de nous éliminer.

Le plumage de l'oiseau de gonfla comme il inspirait profondément.

- D'entre nous tous ceux qui mérite la mort ne sont peut-être pas les monstres, déclara-t-il d'une voix tremblante de colère.

Dave eu un hoquet, une lueur de peur animant ses prunelles. Sa réaction traduisit le malaise général qu'éprouvèrent les humains qui conversaient avec un rapace nocturne.

- Donc que proposez vous ? Répéta calmement John, esquissant un léger sourire qui déconcerta ses compagnons.

- Nous nous occuperons des démons qu'il lâchera, déclara l'oiseau après un instant à le dévisager. Nous les attirerons en surface. Profitez en pour trouver le repaire des nécromanciens et trancher le mal à la racine. Mais pour cela il faudrait faire évacuer au moins un quartier de la ville, où les démons pourraient se régénérer à loisir.

- C'est...

- Cela sera fait, coupa John avec un regard noir au mage de feu.

- L'ennemi de mon ennemi est mon ami, déclara Dave dont le visage s'éclaira.

- Pas vraiment, trancha le mort-vivant. Vous avez tués un de nos frères d'armes et de sang, le premier fils de Manesh'k dont j'ai transmis la parole. A la seconde où la tête du nécromancien roulera par terre, vous serez les prochains sur la liste, poursuivit-il d'un ton menaçant. Le mage, le prêtre et l'homme au chapeau paieront.

- Vous...

- Entendus, vampires, répondit John en interrompant une fois encore le mage de feu.




- Nous vous retrouverons une fois la nuit tombée, conclus Gilnash en rompant le lien qui l'unissait à l'oiseau.

- Leurs têtes sont à moi, grogna Harkon en serrant la garde de son épée.





- Je vous dis qu'il s'agit d'une embuscade, s'obstina Tristofan en s'agaçant. Ils nous ont clairement annoncés qu'ils nous écorcheraient à la première occasion !

John ne chercha pas à contredire ce point et resta tranquillement assis dos au mur de la rue mal éclairée. Lui-même avait entendu les paroles de l'oiseau. Néanmoins, leur comportement était inédit. De mémoire de répurgateur jamais un mort-vivant n'avait proposé son aide à un mortel. D'autres questions restaient également sans réponses. N'avaient-ils réellement rien à voir avec toutes ces disparitions ? Pourquoi avaient-ils combattus le Sanguinaire et qu'étaient les tatouages qu'il arborait ? Combien étaient-ils et quelles menaces planaient sur la ville ? Enfin, plus par curiosité que par nécessité, quelles étaient ces différentes castes de vampire et pourquoi s'affrontaient-ils ?

Un vrombissement venant d'haut-dessus vint interrompre ses pensées. Battant furieusement des ailes et piaillant de colère, une véritable nuée volante survola les toits. Chauve-souris, hiboux, chouettes, faucons, corbeaux... Une variété de bêtes volantes les dominaient des airs.

- John...s'effraya Dave, le plus jeune de ses apprentis.

Tristofan embrasa ses deux poings en décochant un regard lourd de reproches au répurgateur alors que le marteau du prêtre s'éclairait progressivement.

- Restez calme, déclara simplement John en se relevant. Ils vérifient simplement que nous ne leurs avons pas tendus une embuscade.

Il ajusta calmement son chapeau sur son crâne et leva les yeux pour observer le ballet de ces créatures.

- Tristofan, commença-t-il, ressens-tu un trouble des vents ?

L'officier Valent fronça les sourcils sans comprendre, mais le mage répondit rapidement.

- Il y a bien une présence, difficile à percevoir, qui plane parmi ses oiseaux. Mais aucun sort ne les lie. Ils sont là de leur propre volonté.

- Intéressant...

Alors qu'ils fixaient tous intensément le nuage vrombissant, une ombre se laissa soudain tomber au beau milieu des humains. Le choc de sa réception sur les pavés fut parfaitement audible malgré le vacarme. Trois soldats dégainèrent leurs armes et le mage de feu tendis le bras, près à embraser l'intrus, mais John se plaça entre eux et le mort-vivant.

Le vampire en armure sombre se redressa lentement, observant avec intensité chacun des humains face à lui, ignorant ceux dans son dos. Il plongea son regard écarlate dans celui du répurgateur face à lui. Avec une grimace il cilla et pivota sur lui-même, scrutant les visages de chacun de ses alliés de circonstances.

- Vous êtes Manechke je présume, déclara John avec gravité.

- Manesh'k, rectifia un second mort-vivant en se réceptionnant à son tour avec bien plus de légèreté.

Ils étaient tellement concentrés sur le premier intrus qu'ils avaient cessés de scruter le tourbillon de volatiles. Le nouveau venu ne portait pas l'imposante armure de son compagnon mais une tenue ressemblant à du cuir ancien et ciselé, beaucoup plus léger que du métal.

- Et vous êtes notre interlocuteur, répondit John qui avait reconnu le timbre de voix du hiboux.

Gilnash hocha la tête avant de jeter un regard à son frère d'armes qui resta impassible. Comme si leur folie commune s'était soudain dissipée, les créatures volantes s'envolèrent et disparurent progressivement dans la nuit.

- Combien êtes vous ? Demanda Tristofan.

- Nous sommes trois, répondit Manesh'k dans un grognement.

Aussitôt la majorité des hommes leva la tête au toits pour voir que le dernier mort-vivant était resté perché dans les hauteur. Il s'essuya les lèvres et avec un soupir résigné se laissa tomber à son tour.

- Plus vite nous aurons terminés cela, plus tôt je pourrais venger notre frère, gronda-t-il avec un regard insistant en direction du prêtre qui lui rendit sa grimace.

- La nuit va être longue, maugréa Manesh'k en levant les yeux au ciel sans lune.


Dernière édition par vg11k le Mar 17 Déc 2013 - 11:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 17 Oct 2013 - 23:37

Et bien on l'avait attendue cette suite! Plus de deux ans...
La reprise est un peu dure les premières lignes puis tout m'est revenu comme par magie drunken 

Chouette passage (sans mauvais jeu de mot) mais j'ai un peu de mal avec l'emploi du hiboux; je ne sais pas si c'est ta manière de décrire la scène qui fait ça mais on dirait vraiment qu'ils sont au téléphone Razz

Bon, sinon j'ai quand même relevé quelques fautes par-ci par-là et une petite relecture ne serait peut-être pas de trop.Happy

Quel plaisir de pouvoir te lire à nouveau; ça me rappelle une sacrée époque dans cette section (qui n'a pas tellement à se plaindre aujourd'hui non plus).

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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Sam 16 Nov 2013 - 17:14

J'avoue que la présence de l'oiseau donne un côté téléphone/visioconférence, plus que je l'aurais souhaité. Néanmoins cela fait un moment que je souhaitais exploiter les dons de Gilnash, que je trouve réellement rafraîchissant par rapport aux vampires habituels. Ajouté à cela ça nature de dragon de sang alors qu'à l'origine il a des affinités avec Ghur (les oiseaux comme vous avez pu le voir), il me plait beaucoup.

Petite correction au passage dans les chapitres précédents : la ville est Grissenwald, au sud-ouest de l'empire, sur les bords du Reik. Je l'avais parfois orthographié Grassenwald.

Pour l'orthographe j'ai fait des progrès, mais je sais qu'il y a encore beaucoup à faire malheureusement...

Aller sans plus attendre, voici la suite.


Feu & Sang
Chapitre 7

Manesh'k ouvrait la marche dans le conduit humide, ses yeux luisant en avant des lueurs des torches. Les humains le suivaient d'une démarche bien moins rassurée, trébuchant régulièrement sur des immondices dissimulés par la fange dans laquelle ils pataugeaient tous.

-         Je n'aurais pas cru qu'un tel réseau souterrain se trouvait sous cette ville, se plaignit l'un des soldats de Rechald en fronçant les narines.

-         Silence, intima le mage de feu juste devant lui.

           Alors qu'ils débouchaient sur un carrefour surélevé qui leur permit de sortir de cette boue, Gilnash répondit au sorcier.

-         A partir du moment où nous avons pénétrés ces galeries il est futile d'être silencieux. Ils savent où nous sommes.

-         Comment cela ? S'étonna le même soldat en escaladant la marche, se retrouvant face au vampire.

-         Parce qu'un esprit hante ces lieux et a dû bien vite tout rapporter à son maître.

           John lança un regard interrogateur au prêtre qui fermait la marche avec le dernier mort-vivant. Celui-ci haussa les épaules, lui indiquant qu'il n'avait pas ressenti de présence. Un regard énervé à son marteau de bataille lumineux lui rappela à nouveau que la présence de leurs nouveaux amis rendaient ses facultés de perception inutiles. Tristofan indiqua d'un signe de tête que lui non plus n'avait rien perçu. Le répurgateur inclina son chapeau extravagant en faisant la grimace. Il détestait ce genre de situation. Mais l'étincelle qui éclaira ses yeux trahissait le plaisir qu'il éprouvait à chasser.

-         Nous ne sommes plus très loin de l'endroit où nous avons croisés le démon, déclara Manesh'k en observant l'embranchement avec intensité. Commencez à surveiller les voûtes.

-         Les voûtes ? Répéta Tristofan sans comprendre.

-         Oui les voûtes bougre...

-         Le sanguinaire se déplaçait accroché aux murs comme le ferait une araignée, expliqua Gilnash en coupant son ami afin d’éviter la dispute qui aurait suivit.

-         En parlant de voûte... fit Rechald.

           Tout le monde leva les yeux au plafond incliné que le capitaine éclairait en levant haut sa torche. Une étoile à huit branches entrelacées de runes profanes était gravée dans le mortier, dominant le groupe.

-         Qu'est-ce que c'est que ça ? S'interrogea Tristofan en se dressant sur la pointe des pieds.

-         Ça n'était pas là la dernière fois que nous sommes passés, s'alarma Gilnash en l'attrapant par l'épaule.

           Comme si le piège maléfique avait précisément attendus cette réaction, une onde balaya le symbole. La matière ondula comme lorsque un poisson frôle la surface d'une marre et une fissure fendit l'étoile dans un cri inhumain.

-         Écartez-vous ! Hurla John alors que la brèche s'étirait tout le long du passage.

           Les soldats pourtant aguerris paniquèrent quant à l'idée d'être ensevelis vivants lorsque les premiers morceaux de roches tombèrent. Ces rochers révèlent des tentacules noueux jaillissant de la pierre, se frayant un chemin à travers le ciment et provoquant l'éboulement.

-         Par Sigmar ! S'écria Brandit en reculant sur le vampire alors que plusieurs soldats étaient projetés dans la vase.

           Tirant à lui un soldat sonné, John avisa du coin de l'œil le mage de feu embraser ses poings en maudissant la créature. Le sorcier lâcha sur la bête une boule de feu crépitante qui explosa contre ce qu'il restait de plafond, provoquant l'effondrement complet du passage.




-         Parfait ! Parfait parfait parfait ! Jubila le vampire émacié trépignant d'un pied sur l'autre.

           Sous ses yeux la galerie de brume venait de s'effondrer sur les importuns. Une partie d'entre eux avaient été ensevelis, tandis que les autres, enveloppés de poussière, s'extrayaient péniblement. Le piège de Morisburg les avait séparés en trois groupes, cinq individus dont un enfant se retrouvant dans le conduit embourbé.

-         Où sont les fils d'Abhorash ? Interrogeât-il en retrouvant son allure grave aussi vite qu'il avait bondis de joie.

-         Il y a un vampire dans chacun des groupes, répondit la voix désincarnée d'enfant, provenant de toutes les directions. Manesh’k est avec le répurgateur.

-         Parfait, continua Scleras en observant attentivement les trois groupes ainsi formés que le spectre s’efforçait de reconstituer.







-         John ! John vous m’entendez ? John !

-         ‘Te fatigue pas gamin, déclara le vampire sur un ton résumant à lui seul l’intérêt qu’il portait à l’adolescent.

Dave se retourna et décocha un regard noir au mort-vivant qui le lui rendit avec indifférence.

-         Il a raison mon garçon, tempéra toutefois le prêtre en s’approchant du tas de gravats leur bloquant tout accès à la plate-forme où se trouvaient leurs compagnons. Nous allons devoir patauger encore un moment et trouver un autre accès.

           Contredisant les deux adultes, une voix faible leur parvint depuis l’autre côté. Aussi firent-ils silence.

-         …bien. Continuez et essayez …un autre accès …se regrouper …remonter à la surface…

Le répurgateur était à peine audible. Ce fut toutefois suffisant pour rassurer le garçon.

-         Il est vivant, murmura-t-il pour lui-même en souriant.

-         Luther, ne fais pas le con, déclara toutefois une nouvelle voix depuis l’autre côté, bien plus impérieuse.

-         Luther ? s’étonnèrent les deux humains, avant de se tourner vers le vampire qui souriait jusqu’aux oreilles, tout crocs dehors.

-         Je crois qu’il parle de moi, leur expliqua-t-il avec un naturel déstabilisant.





-         Je ne pense pas qu’il y ai d’autre survivants enfoui là-dessous, déclara Manesh’k d’un œil critique, le soldat qu’il venait de dégager des décombres gisant inerte à ses pieds.

     John fit la grimace, mais se repris rapidement. Les choses ne se passaient pas du tout comme prévu.

-         Allons – y, ordonna-t-il sombrement.

     Sur la vingtaine de soldats, de Nuln comme de Grissenwald, neuf seulement étaient avec lui. Les autres étaient soit dans les autres galeries soit ensevelis sous les tonnes de terre et de roche.

     Il prit la direction du groupe et ils s’engouffrèrent dans la galerie à la lueur des torches.  Après quelques minutes il demanda tout de même au vampire :

-         Je suppose que Luther est le troisième de vos compagnons, car celui qui communique avec les oiseaux semble être bien trop calme pour un tel avertissement. Risque-t-il d’attaquer mes hommes ?

     Manesh’k étudia un instant l’humain qui l’observait par-dessus son épaule. Il était bien sûr de lui pour lui poser une question aussi franche.

-         En effet. Et pour être franc seul Luther pourrait répondre à cette question. Il est assez... imprévisible. Et il… ne bougez plus, ordonna-t-il soudain.

     Plissant le regard, John s’immobilisa et scruta l’obscurité. Sur ses gardes, il avait toutefois les revolvers pointés dans son dos, cachés par son ample manteau.

-         Nos chemins se séparent ici humain, repris Manesh’k alors de deux paires d’yeux lumineux venaient d’apparaître en dehors du champ des torches, accrochés au plafond. Je remplis ma part du marché, remplissez la vôtre.

           Manesh’k dégaina sa lame et dépassa John. Il s’élança dans l’obscurité en feulant comme un félin. John  grimaça alors que les premiers cris inhumains résonnaient dans l’ombre. Sans perdre de temps il avança à son tour et trouva ce qu’il cherchait : un couloir parallèle qui l’éloignerait lui et ses hommes des monstres en pleins combat.





-         Arrêtez-vous, ordonna Gilnash en écartant les bras pour les empêcher de continuer.

-         Qu’est-ce qui…

           Le sorcier ne termina pas sa phrase, alors qu’un grognement guttural résonnait dans le couloir. Tout à coup bien moins rassurés, les cinq soldats tassés derrière eux raffermirent leurs prises sur leurs armes. Une lueur orangée éclaira progressivement une intersection de couloirs qu’ils n’avaient pas remarqués.

           D’un pas lent, mesuré, le démon se présenta à eux, ses deux longues lames incandescentes aux poings. Il était recouvert de tatouages sombres qui semblèrent onduler sur son corps lorsqu’il s’ébroua, ses longues cornes balayant l’air sous la voûte. Il darda sa langue vers eux et se recroquevilla, prêt à bondir.

           Gilnash jura et dégaina sa propre épée. A sa surprise, le capitaine Rechald fit de même et se plaça à ses côtés, visiblement déterminé à en découdre.

-         Inutile d’attendre plus longtemps, lâcha Tristofan en envoyant sans prévenir un long jet de flammes en direction de la créature.

           La chaleur dégagée fit reculer les deux combattants alors que tout le passage était embrasé. Dans un grondement furieux le sanguinaire jaillit des flammes et abattit ses lames en V, enfonçant ses armes dans le sol où s’étaient tenus Rechald et Gilnash la seconde précédente. Le corps nimbé de flammes, il évita l’estoc du vampire avant de tourbillonner sur lui-même. L’épée du capitaine fut écartée dès la première parade et la seconde épée laissa un sillon bouillonnant sur son plastron, alors que face à lui le mort-vivant était projeté contre les soldats par un coup de pied vicieux de la créature. Elle repris ses appuis en grognant face à lui. Sa langue fouettait l’air juste sous sa gorge.

           Rechald ferma les yeux en grimaçant. Mais lorsque la chaleur inonda son visage il comprit que son heure n’était pas arrivée. Prenant le risque d’aller au corps à corps, Tristofan avait collé un crochet du gauche au démon. Dissipant les flammes, il grimaça et porta la main à ses phalanges meurtries.

-         Cette saleté est aussi dure qu’un morceau de fer ! cracha-t-il avec colère.

           Le sanguinaire se releva avec vivacité et s’ébroua à nouveau. Elle feula à nouveau et s’élança… avant de brusquement s’arrêter dans son élan. Elle se recroquevilla sur elle-même, en proie à quelque souffrance qui laissa perplexe les combattants secoués par son assaut. Après un dernière regard mauvais, elle fit demi-tour et disparus en galopant dans le couloir d’où elle venait, ses épée disparaissant comme par enchantement.

-         Qu’est-ce que c’est que ça, maugréa le sorcier en s’avançant à sa poursuite.

           Un soldat de Grissenwald le dépassa toutefois,  emballé par la fuite de leur ennemi et se dressa dans le passage où elle avait disparus. Il fut projeté en arrière si violemment que Tristofan, qui était sur ses talons, trébucha en arrière. Hébété, il leva les yeux sur le soldat cloué au mur par une multitude de pointes osseuses longues d’une vingtaine de centimètres. La surprise était encore visible dans le regard du défunt.

-         Bougez ! rugit le vampire en bondissant vers lui.

           Tristofan se tourna vers lui sans comprendre. Et son sixième sens, celui-là même qui lui permettait de manipuler les flammes à sa guise, s’affola soudain en lui. Il bondit sur ses pieds alors que la crasse au sol ondulait autour de lui, seul avertissement qu’il eut de la magie à l’œuvre. La main du vampire se referma sur de l’air, le sorcier de feu étant littéralement aspiré dans le sol par le maléfice.

           Gilnash frappa des poings le sol. Il y laissa les empreintes de ses gants dans la poussière, le sol ayant repris sa solidité normale, comme s’il ne s’était rien passé. Il jura.

-         He bien he bien, en voilà des paroles pour un fier soldat comme toi, résonna une voix éraillée depuis le couloir.

           Gilnash se redressa en un éclair, alors que les humains restaient figés, pris de cours par la mort soudaine de leur compagnon et la disparition du puissant sorcier de feu. D’un pas mesuré, le nécrarque se révéla enfin à leurs yeux.





-         Par ici ! résonna une voix dans l’un des couloirs qu’ils n’avaient pas explorés au premier passage.

           Brandit et Luther échangèrent un regard. Le vampire haussa les épaules et le sigmarite s’engouffra dans ce nouveau conduit, Dave restant en retrait. Guidés par la voix, ils arrivèrent à une grande salle où s’écoulaient plusieurs conduits, leur rappelant qu’ils évoluaient dans les égouts d’une ville de bonne taille. Toute l’eau coulait dans un plus imposant conduit, menant vraisemblablement à la rivière longeant Grissenwald. Enjambant les rigoles nauséabondes, ils arrivèrent finalement face à un homme d’allure banale, séparés de lui par une grille rouillée verrouillant son couloir et les empêchant de le rejoindre.

-         Qu’est-ce que vous faites là mon garçon ? l’interrogea Brandit d’un air soupçonneux.

           L’homme, vêtu d’une chemise légère et un pantalon crasseux, prit un air indécis et leva les mains en signe amical.

-         Je cherchais juste quelqu’un pour m’ouvrir cette porte qui bloque mon chemin pour poursuivre ma route, et je vous ai entendu, expliqua-t-il simplement.

-         Dans les égouts ? s’étonna Dave, fronçant les sourcils.

-         Est-ce un crime ?

Un ricanement du vampire, resté en retrait, les interrompis.

-         Que vous êtes naifs pauvres humains… je sais que cet endroit puant brouille vos sens, mais tout de même ! Il empeste la chair putréfié !

           Interdits, frère Brandit et Dave se tournèrent vers l’homme qui leur rendit un grand sourire. Au même instant, le marteau que tenait le sigmarite s’illumina, n’ayant plus rien de comparable avec la douce chaleur engendrée par la présence du vampire. Morisburg leur montra son poignet alors qu’ils reculaient prudemment. Son visage se figea, et avec un craquement spongieux, son avant-bras se tordit en deux comme une nouvelle articulation s'était formée, ce qui fit sursauter même le mort-vivant. La peau se boursoufla et enfla, gonfla alors qu’une légère fourrure tapissait rapidement ses muscles. Avec un dernier craquement morbide, il leur présenta à nouveau son membre hypertrophié, à présent aussi large que son torse. Tout amusement avait déserté le visage de Luther qui dégaina son épée et feula en montrant ses crocs.

           D’un revers négligent, le profane balaya la grille qui vola en éclat et se redressa face à eux. De son bras normal, il déchira sans peine sa chemise ce qui révéla une imposante cicatrice en forme d’étoile sur son torse, et l’horrible mutation se poursuivit. Il hurla lorsque ses côtes et clavicules craquèrent sous la pression de ses organes grossissant. D’énormes veines noires charriaient quelques magies impies jusqu’à ses muscles de plus en plus hypertrophiés.

           Le colosse chargea avec une vivacité diabolique et gratifia les intrus d’un plaquage d’une violence inouïe. Brandit fut le seul à éviter la collision et tomba en arrière alors que les trois belligérant plongeaient dans l’eau trouble dans une éclaboussure qui trempa le prêtre abasourdis.

-         Dave ! hurla-t-il en se précipitant au bord de l’eau.

           Des remous agitèrent les profondeurs insondables alors qu’une flopée de bulles remontaient en surface, témoins de la lutte qu’il ne pouvait voir. Rapidement celles-ci furent accompagnées d’un flux écarlate. Le prêtre inclina la tête, la mort du garçon l’affectant plus qu’il ne l’aurait voulu. Serrant les dents il se redressa et raffermit sa prise sur son marteau, guettant l’eau rougeâtre qui s’agita soudain. Dans une nouvelle éclaboussure la tête du vampire émergea. Sans attendre un instant ou reprendre son souffle, il se précipita vers le rebord qu’il s’empressa d’escalader l’épée au poing.

           Le prêtre ne demanda pas ce qu’il était advenu de Dave ou par quel maléfice le mort-vivant était parvenu à rester sous l’eau une bonne minute et comment il s’était extrait de là avec le poids de son armure lourde. Il lut un sentiment qu’il n’aurait pas cru voir dans les prunelles d’un être si arrogant : la panique.

           Une main disproportionnée agrippa le rebord et le titan d’au moins trois mètres de haut grimpa à son tour et leur fit face, dégoulinant de sang et de limons. Il les gratifia d’un sourire hideux alors qu’ils reculaient prudemment. Il chargea à nouveau, balayant le trottoir du bras gauche. Si Luther parvint à passer au-dessous, Brandit fut projeté au mur qu’il heurta assez fort pour sentir chacune de ses vertèbres claquer les unes contre les autres. Rugissant, le vampire gratifia Morisburg d’une nouvelle estafilade de l’épaule à la hanche.

           Comme l’on écrase un insecte, l’énorme créature tenta d’aplatir Luther contre le sol, broyant les pavés sous la force du coup sans parvenir à le blesser. Chassant l’hébétude d’une telle démonstration de puissance, le vampire entailla profondément ce bras droit dont le poing soulevait un nuage de poussière. Grognant de colère, Morisburg l’attrapa de l’autre main comme s’il s’agissait d’une poupée de chiffon et le frappa contre la paroi d’un coup qui ébranla la voûte. Il s’arma pour frapper à nouveau et réduire le mort-vivant en purée malgré son armure. Mais ce fut sans compter l’intervention de frère Brandit qui asséna un coup de marteau à l’épaule du colosse, suffisamment fort pour le faire chanceler.

           En grondant, Morisburg pivota pour lui faire face tandis que le prêtre inversait la rotation de son lourd marteau de guerre. Il entama un psaume sigmarite lorsqu’il faucha le genou du profane. Celui-ci poussa un cri de douleur en s’effondrant sur sa jambe blessée, la rotule pulvérisée par le choc, et lâcha le mort-vivant hors de combat. Poursuivant sa litanie, Brandit frappa à la tempe son ennemi qui dodelina de la tête d’un air hagard.

           Mais avant que le sigmarite ne parvienne à lui défoncer le crâne, le géant le repoussa d’une pichenette comme s’il chassait un moucheron entêtant, ce qui projeta le prêtre plusieurs mètres plus loin.

           Complètement sonné et les côtes douloureuses, il entendit plus qu’il ne vit le béhémot se relever péniblement, porté par quelques maléfices. Brandit ne lutta pas lorsqu’on le prit par la jambe et qu’il fut traîné au sol, les pavés écorchant la peau de son crâne rasé. Par réflexe il s’agrippa à son marteau, le monde continuant d’osciller autour de lui. Intérieurement il pria Sigmar de lui accorder une mort rapide. Lorsque son marteau lui fut arraché, il ne put que protester faiblement. Puis on l’envoya rouler au sol.

-         Cette saloperie me brûle ! entendit-il Luther jurer.

           Un premier coup sourd lui parvint, celui de la masse qui fracasse la pierre. Puis un second, rapidement rattrapé par le cri de colère de Morisburg. Le troisième coup de marteau à la voûte du conduit qui les avait amenés à la grande salle, fragilisée par les coups de boutoir du mastodonte, acheva l’ouvrage et le passage s’effondra à son tour.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Sam 7 Déc 2013 - 15:46

Aller, pour passer un bon week'end je vous envoi le chapitre 8 des aventures de Manesh'k et ses compagnons =)

Bonne lecture à tous


Feu & Sang
Chapitre 8

           Il para la première lame de sa propre épée avant de bondir dans le dos de son adversaire. Aussitôt le second démon faucha l'air là où il se trouvait auparavant. Manesh'k dévala la charpente en un roulé-boulé confus et parvint a bondir sur le toit d'en face. Plusieurs tuiles tombèrent dans la rue trois étages plus bas alors qu'il reprenait son équilibre sur la gouttière. Celle-ci protesta sous son poids, aussi grimpa-t-il prudemment plus haut avant d'en revenir aux deux démons.

           In extremis il fit un pas de côté pour éviter la lame qui trancha les tuiles comme du beurre dans un panache de poussière. Il asséna un crochet du gauche bien senti a la créature qui dodelina de la tête un instant.

           Manesh'k bondit prestement au faîte du bâtiment afin de conserver les deux équarrisseurs dans son champ de vision. Le second passa lourdement à travers les tuiles en les rejoignant de ce côté de la rue, s'enfonçant jusqu'au buste dans la pièce en-dessous. Cela aurait pu être comique avec le crâne allongé et les deux cornes vrillées, le tout recouvert d'écailles écarlate et d'étranges tatouages sombres. Mais l'étincelle de haine qui luisait dans le regard incandescent du monstre en disait long sur ses intentions.

           Il n'avait pas prévu d'affronter seul les deux pantins du Nécrarque, mais cela signifiait que Gilnash, Luther et leurs alliés de circonstance auraient le champ libre. Ce plan impliquait toutefois qu'il parvienne à survivre aux deux démons déchaînés jusqu'à ce que leur invocateur ne meure. Il se demanda d'ailleurs si, avec les sortilèges dont ils étaient affublés, tuer l'invocateur serait suffisant pour les bannir.  

           Il ne parvenait pas non plus à déterminer quel était celui qu'il avait affronté la veille : a priori ils étaient tous les deux légèrement diffèrent, mais comment savoir avec des démons ? Il écarquilla les yeux de stupeur en songeant à un détail. Aucun des deux ne correspondait mais plus encore, ils ne se battaient qu'avec une épée chacun, alors que l'autre en utilisait deux.

- Tu en as créé combien de ces saletés ? Grinça-t-il dans sa barbe en réceptionnant l'estoc de l'un d'eux.





           Levant haut sa torche, John contempla avec un certain détachement la couche d’ossements qui tapissait le couloir qu'ils exploraient. Chacun de leurs pas faisaient craquer ce matelas blancs, soulevant de la poussière âcre. La quasi-totalité des membres était brisée et même le plus talentueux des nécromanciens aurait quelques peines à les relever. Il avait l’intuition que leurs nouveaux alliés n’y étaient pas étrangers mais garda ses soupçons pour lui.

           La peur au ventre, Leon suivait son mentor en jetant des regards rapides aux crânes fendus qui le regardaient passer de leurs orbites vides.

           Une brise d'air frais souffla doucement dans le conduit. La flamme que portait John trembla alors que la poignée de soldats qui le suivait tressaillait.

- John... John... je t'attendais...

           La voix langoureuse était portée par le souffle, mais chacun d'eux la perçu comme si les mots avaient été chuchoté à leur oreille. Plusieurs des hommes firent volte-face, surpris. Le murmure se fit rire amusé. La voix douce et féminine se moquait d'eux.

- Vous n'êtes pas ici à votre place...continua-t-elle.

- Ne l'écoutez pas, déclara John en continuant d'avancer. Elle essaie juste de nous effrayer.

- Ben c'est réussi, répondit un homme d'une voix tremblante.

           Le répurgateur eu une grimace d'exaspération mais ne dit rien, examinant un couloir perpendiculaire, désert. Un tintement retint toutefois son attention. Il s'y engagea, levant sa torche aussi haut que le plafond le lui permettait. Plusieurs soldats glapirent lorsqu'il révéla une armure ancienne au plastron dévoré par la rouille, se tenant droite face à eux. Les jointures du harnachement et les trous du harnois révélaient un corps momifié aux os saillants. Sa face était dissimulée par un masque de mailles pendantes, orangées et maculées de boue.  Une nouvelle brise leur apporta la forte odeur d'oxyde et de terre nauséabonde qu'il dégageait.

- Aucun d'entre vous... ne reverra la lueur du jour... prophétisa la voix avec la douceur d'une caresse.

           Le mort-vivant leva alors le bras et le porta à son baudrier. Il dégaina une lame dévorée par le temps et la pointa dans leur direction.

           Tout à coup une détonation éclata dans l'espace confiné. Les hommes secouèrent la tête, étourdis par le coup de feu. Celui-ci n'eut aucun effet sur le guerrier antique qui marcha vers eux d'un pas lent et lourd. Les ombres s'animèrent autour d'eux, depuis chaque côté. Un soldat glapit de peur et tourna les talons pour entendre des pas spongieux et mécaniques dans la direction d'où ils venaient.

           John grimaça. Ils allaient être bien trop nombreux pour ses deux flasques d'eau bénite. Tristofan et frère Brandit leur auraient été d'un grand secours.





           Crachant et toussant, il tentait de progresser dans les ténèbres. Il s'efforçait de rester calme face aux sentiments oppressant de claustrophobie et de désespoir qui l'assaillaient. Le plafond était haut d'à peine plus d'un mètre et l'eau stagnante ne laissait une poche d'air que de quelque doigts. Le cœur au bord des lèvres, Tristofan Tisseron, sorcier de feu d'Altdorf, essayait malgré tout de garder espoir. Mais ce n'était pas que de l'eau croupie qui ruisselait sur sa pommette.

           Il s'écorchait la joue et le front à respirer, le dos en feu à cause de sa position inconfortable, perdu dans un labyrinthe aquatique et enténébré à plusieurs mètres sous la surface. Seule la colère qu'il éprouvait vis à vis de son bourreau et l'assurance que les autres étaient à sa recherche l’empêchaient de se laisser sombrer. Cela aurait été si facile... Il s'obligea à croire en ses chances de trouver une sortie. Il le fallait.



         

           Gilnash roula rapidement hors du sol à nouveau transformé en mélasse. Les mouvements circulaires prouvaient qu'il aurait été aspiré sous terre comme l'avait été le sorcier. Il releva la tête et constata qu'une nouvelle pluie d'échardes lui fondait dessus. Une fois encore il dû rouler à l’abri pour ne pas être déchiqueté.

           Une flèche siffla dans le couloir avant d'atteindre sa cible avec un bruit mat. Le nécromant baissa le regard sur l'empenne de bois qui dépassait sur la droite de son torse. La colère plus que l'étonnement déforma ses traits ridés alors qu'il désignait l'archer de ses doigts crochus, pareils à des serres d'oiseaux.

            Un cri aigu déchira les égouts et les humains tombèrent à genoux, les mains plaquées sur les oreilles. Un souffle d'air violent balaya le groupe des intrus. Avant qu'ils ne se redressent, une silhouette décharnée se précisa au côté de Scleras et se précipita sur sa victime. Un soldat tenta bien de porter un coup à l'apparition translucide, mais il eut l'impression de frapper un courant d'air. Toute chaleur déserta son poignet, à tel point que son arme glissa de ses doigts engourdis.

           Le spectre se dressa devant le soldat terrifié qui une seconde put voir un visage féminin, atrocement défiguré et à la gorge tranchée. L'instant suivant elle l'enlaçait dans son étreinte mortelle, décollant du sol en hurlant un nouveau cri aigu. La créature d'outre-tombe l’entraîna dans l'obscurité plus vite que ses amis n'auraient pu les suivre. Les cris de terreur du malheureux se mêlèrent a la plainte stridente de longues seconde avant d'être soudain étouffés. La scène c'était déroulée si rapidement qu'elle laissa les envahisseurs abasourdis. Le Nécrarque quand à lui arracha la flèche de sa chair d'un geste négligent. Son visage déformé par le temps et les privations affichait à présent un air confiant, serein.

- Monstre ! hurla tout à coup le capitaine Rechald en se ruant sur le mort vivant.

- Ne faits...

           Avant que Gilnash ne puisse intervenir, le necromancien c'était glissé sous le bras levé du soldat. Il l'attrapa par la gorge et le souleva du sol malgré sa carrure frêle, les pieds pédalant dans le vide. Scleras ouvrit grand la bouche alors que Rechald lâchait son arme et agrippait le poignet du monstre, cherchant de l'air. Le mort-vivant cracha un épais nuage verdâtre au visage du soldat qui suffoquait déjà. Le peu d'air qu'il parvint à inspirer était emplis de ce gaz vicié, alors que Scleras prenait le temps de se délecter de la peur et la souffrance visibles sur le visage de l'humain.

           La lame de Gilnash ne fit aucune distinction entre la chair rabougrie et les os anciens. Il trancha net le bras du vampire à hauteur du coude dans une éclaboussure d'hémoglobine noirâtre. Scleras hurla, contemplant son moignon avec horreur tandis que Gilnash tirait le capitaine convulsant vers les quelques soldats encore en vie. Le Necrarque avait pêché par excès de confiance mais n'était pas près de commettre à nouveau une telle erreur.





           Le chantier naval de Grissenwald était le moteur de la ville, la plupart des commerces ayant un lien quelconque avec celui-ci. Il produisait des navires de guerre, de grands vaisseaux de combats qui descendaient ensuite le Reik et arpentaient le fleuve jusqu'à l'océan. Mais on y produisait également des vaisseaux de commerce et plus rarement des bateaux de plaisance commandés par des clients fortunés. C'est sur celui-ci que s'affairaient les ouvriers du chantier C. Ils avaient un retard de plusieurs mois à rattraper sur leur contrat et une équipe de nuit avait été embauchée pour tenter de combler.

           Un hurlement bestial vint toutefois interrompre leurs travaux. Celui-ci provenait de la terre ferme, mais était si emplit de haine, si ... inhumain que les hommes se regardèrent sur le pont principal. Même le chef de chantier se détourna des plans qu'il consultait pour la énième fois. Un nouveau cri, plus proche, déchira la nuit. D'expérience il savait que ses hommes n'avanceraient que peu sur les finitions tant que personne n'aurait fait taire l'hurluberlu à l'origine de ce raffut. Pestant contre les auberges qui laissaient sans remords leurs ivrognes errer dans les rues, il marcha d'un pas déterminé jusqu'à la rampe. Il s'y pencha et tenta de déterminer de quelle direction venaient ces cris.

           Dans un éclair écarlate il fut attrapé au visage et bascula par-dessus bords sans avoir le temps de crier. S'en fut trop pour l'équipage qui avait les yeux rivés sur lui. Ce fut la panique lorsque la créature rouge bariolée de sang se hissa à bords et fonça sur l'ouvrier le plus proche qui tourna les talons, toutes griffes dehors. D'un coup d'épée orangée elle lui taillada le dos et il s'écroula en hurlant. L'instant suivant il était agité de soubresaut en se faisant éviscérer.

           Une seconde créature enjamba à son tour le rebord et balaya du regard le navire où régnait le chaos. Pas un homme ne songeait à stopper les monstres, tous se bousculant sur les échafaudages. Quelque uns se jetèrent à l'eau en hurlant. L'un deux, paniqué, ne remarqua pas la fosse prévue pour leur grue et chuta au niveau inférieur. Personne ne remarqua non plus le troisième individu à monter à bords. Il grogna et se jeta sur la créature la plus proche, lui faisant sauter sa lame des mains.

- Il est hors de questions que je te laisse te régénérer, rugit-il.

           Il embrocha le démon qui eut un soubresaut, la lame Lahmienne ressortant de trente bons centimètres dans son dos. D'un mouvement sec, Manesh'k décrocha le Sanguinaire  et chercha du regard le second. Il lui tomba dessus et avant que le vampire ne réagisse, tous deux basculaient à l'étage inférieur du navire en traversant un pan de planches qui n'étaient pas encore fixées.

           Sonné, affaiblie, la créature restée sur le pont se releva péniblement. La magie qui enchaînait le démon dans ce monde s'amenuisait à chaque blessure subie et il commençait à ressentir l'appel de sa propre dimension. Il lorgna tout de même les derniers marins sur les plus haut échafaudages et, ramassant son épée, fonça droit sur eux.

           Plus bas le combat entre le démon et le vampire faisait rage. Tous deux avaient perdus leurs armes et se battaient avec ce qui leur tombait sous la main : planches, boites à outils, sac de clous... Plusieurs torches volèrent et lorsqu'elles atteignirent les toiles entreposées et surtout le stock de goudron, un début d'incendie se déclara. Manesh'k évita une frappe et répliqua d'un crochet du droit en plein sur le museau qui craqua sous ses gants équipés de pointes d'acier. Le démon malmené tenta de le griffer d'un revers, mais le vampire fut plus rapide et esquiva avant d'attraper une de ses cornes spiralées. Il se servit de cette prise pour matraquer l'abdomen de la créature déjà bien affaiblie de coups de genoux avant de l'envoyer voler contre une poutre.

           Confiant, il approcha à grands pas. Avec un feulement de colère, le démon se releva soudain et chargea en levant le poing. Manesh'k réalisa avec effroi que son bras était enrobé d'une lueur orangée qui ne provenait pas des flammes et plongea en arrière. Il évita comme il put l'épée incandescente, ré-invoquée par le Sanguinaire, et récolta un long sillon rougeoyant tout le long de son flanc gauche. Il roula dans le matériel des charpentiers et se releva hors de portée. Il était en un seul morceau et son armure tenait le coup, mais il devrait à tout prix éviter une nouvelle folie de ce genre. Et il fallait qui remette rapidement la main sur son arme.

           Il plongea derrière une poutre qui éclata dans une volée d'échardes et couru à l'autre bout du niveau, cherchant frénétiquement son épée. Il jura d'avoir été si négligeant, allant jusqu'à affronter ce rejeton du seigneur des crânes en combat à mains nues. Il passa sous la grue où était entassé un lourd chargement de poutres et de toiles et avisa le corps au sol. Il jeta le charpentier inconscient au visage du démon qui s'arrêta un instant pour embrocher le malheureux. Il arracha le corps sanguinolent de sa lame et chercha le mort-vivant du regard. La grue s'effondra alors sur lui et il fut ensevelit sous son chargement, passa à travers le plancher et disparut à la cale.

           Manesh'k sonda l'obscurité en soufflant un instant. Il avait fallu jouer serré, mais l'instinct bestial du monstre avait eu raison de sa concentration. Il savait qu'il en faudrait davantage pour venir à bout du démon, mais il était neutralisé pour un temps. Suffisamment longtemps pour qu'il retrouve son épée. Il la dégota sous un tas de débris que les flammes commençaient à lécher lorsqu'il sentit ses cheveux se hérisser sur son crâne. Il se redressa aussitôt, prêt à bondir lorsque le démon surgirait.

           Mais il fut toutefois pris au dépourvus. Une intense lumière mauve détona face à lui et l'aveugla, surgie de nulle part. Un fracas violent ébranla le navire lui-même alors qu'il protégeait ses yeux sensibles et fut violemment soufflé en arrière. Il trébucha et s'étala en prenant garde à serrer le poing sur son épée. Et soudain la lumière se résorba aussi mystérieusement qu'elle était apparue, mais Manesh'k ne put rien voir durant de longues secondes, complètement aveuglé.

           Il restait alerte, prêt à riposter à la moindre menace, mais rien ne l'attaqua. Pas même l'énorme masse tombée sous cette protection lumineuse alors qu'il l'entendait parfaitement se déplacer tout autour de lui. Et pour cause, il parvint à distinguer une bonne trentaine de barils qui roulaient sur le plancher, certains d'entre eux éventrés par leur chute. Pourtant il n'y avait pas d'autres ouvertures au plafond que celle de la grue et là où ils avaient chuté.

           - Que...

           S'il avait été vivant, son sang se serait glacé dans ses veines. Alors que les flammes commençaient à dévorer le bâtiment, il vit la poudre sombre que vomissait l'un des tonneaux éclatés par le choc.

         



           Il ne portait aucun fourreau à la hanche et pourtant sa rapière chantait à chaque coup qu'il donnait aux revenants. John savait pertinemment qu'il valait mieux faire preuve de sauvagerie que de subtilité contre une telle masse d'ennemis décérébrés, mais ce n'était pas vraiment l'arme idéale. Il savait aussi que leur combat était perdu d'avance s'ils ne stoppaient pas le mal à la source. Ils devaient trouver le marionnettiste, le nécromancien qui coordonnait toutes ces créatures.

           Il évita un coup de hache qu'un garde antique en armure intégrale lui asséna et se releva prestement dans son dos. Le répurgateur glissa sa lame à travers les mailles rouillées protégeant l'interstice à la nuque entre casque et plastron et fit sauter la tête du squelette. Pour autant cela ne l'arrêta pas, le mort-vivant nullement gêné qui pivota pour le trancher en deux. John évita à nouveau le coup d'une roulade et bondit, une flasque au poing. Il en versa le contenu dans l'armure animée et tordis le poignet de côté. La détonation du pistolet dissimulé dans sa manche enflamma l'huile versée, transformant le squelette en une énorme torche mouvante.

           John se redressa et parcourus à nouveau la mêlée chaotique, ayant finalement assez de lumière pour apprécier l'évolution de la bataille. Leon tenait en respect un ennemi qu'il désarma et embrocha avant de prudemment reculer hors de portée. Le répurgateur ne s'y attarda pas, il l'avait correctement formé. Ensembles  répurgateurs et soldats luttaient vaillamment pour défendre le carrefour où ils se trouvaient, mais leur combat était vain. Ils finiraient par être submergés. Déjà deux hommes gisaient sous un groupe de macchabées s'acharnant sur leurs dépouilles.

- Il faut qu'on bouge ! cria-t-il pour se faire entendre par-dessus le vacarme des combats.

           Il remarqua alors sur un côté le capitaine à terre, un adversaire armant sa frappe pour achever l'achever. Avec une rapidité faisant honneur à l'ordre des répurgateurs, John fit voler sa corde au bout de laquelle il avait auparavant préparé nœud coulant. Le lasso fit une ellipse parfaite, englobant l'épée ébréchée et se refermant sur le poignet d'os qui ne put porter son coup.

- Par ici mon bonhomme, grinça-t-il en tirant un grand coup sur sa corde.

           Il arracha, littéralement, le bras du squelette que plus aucun muscle ne rattachait au corps. Le mort-vivant entraîné trébucha vers John qui le cueillit au vol d'un coup de pommeau et le revenant parti en vrille rouler sur deux de ses congénères. Valent, le regard encore hagard, vit sous son nez la main gantée de son sauveur et l'agrippa pour se relever.

- Ne restons pas là, déclara John comme si de rien n'était.

           Il renroulait déjà sa corde pour la glisser dans une poche intérieure tout en surveillant les autres squelettes qui approchaient. Il pressa le soldat du coude mais celui-ci ne bougea pas.

- Valent que...

           En pivotant il ne put que constater avec effroi. Une femme sortie de nulle part se tenait de l'autre côté du garde et lui décocha un sourire charmeur. Ses yeux étaient cernés et ses cheveux blonds en bataille, mais ce n'est pas ce qui paralysait John. Avec douceur elle retira la dague enfoncée sous l'oreille du soldat et fit quelques pas en retrait, sa robe courte flottant contre ses cuisses.

           Valent échappa son épée et s'effondra contre le répurgateur qui laissa choir sa propre rapière pour le soutenir.

- Valent reste avec moi, écoute ma voix et...

           Il n'ajouta rien de plus alors que la tête du soldat ballottait en arrière, ses yeux reflétant la triste vérité. La colère explosa soudain en John Grenaille qui chercha cette femme du regard, mais celle-ci avait déjà disparu dans les ombres en ne laissant que quelques empreintes de pieds dans la vase.





- Comment... en vie ? interrogea le prêtre en reprenant lentement ses esprits, la lueur d'une torche permettant à sa vision de se préciser.

- T'ai traîné derrière moi, répondit le vampire d'une voix éraillée.

           Brandit se redressa doucement et retint un hurlement de douleur. Ses côtes avaient été sévèrement touchées face à l'abomination, ce que lui confirma sa bure trempée contre son flanc. Il était en piteux état.

           Il réalisa que ce qu'il avait pris pour une torche n'était autre que son précieux marteau de guerre, qui gisait non loin et émettait une lueur intense et chaleureuse.

- Et l'autre ? A-t-il été...

- Cela m’étonnerait, devança Luther en s'avançant a la lumière. Il était trop... gros pour passer le conduit... et trop puissant pour se laisser... ensevelir...

           Brandit constata avec stupéfaction l'état déplorable dans lequel se trouvait son allié de circonstance. Le haut de son armure avait été littéralement compressé et suintait en de multiples points. Il était évident que bouger était un véritable supplice, le métal tordu mordant la chair au moindre mouvement. N'importe quel individu aurait été tué en subissant de tels chocs. Mais voilà, Luther n'était pas n'importe quel individu : il était déjà mort une fois. La gueule dégoulinant d'hémoglobine sombre, il s'approcha péniblement du prêtre. Celui-ci le jaugea d'un œil critique, ne disant pas un mot.

- Je ne vais pas... mourir, articula Luther. Juste... à boire et... régénérer...

           Son regard se fixa sur Brandit. Celui-ci avait par chance évité toute fracture ouverte, mais son crâne écorché et son menton étaient maculés de sang. Le vampire plissa les yeux en le détaillant, provoquant un frisson qui descendit tout le long du dos du prêtre. Lentement, il se pencha pour ramasser son marteau de guerre luisant, sans quitter le mort-vivant des yeux.

- Soif... régénérer... et tuer...

"Luther, ne fais pas le con."

           Les yeux du vampire s'écarquillèrent soudain et il bondit en feulant avec une vivacité étonnante pour son état. Les doigts du guerrier saint se refermèrent sur le manche de l'arme et il balaya l'air d'un violent coup de marteau. Le mort-vivant encaissa de plein fouet la frappe et roula plus loin comme un pantin désarticulé. Dans sa précipitation à éliminer le religieux il n'avait même pas dégainé son épée, chargeant armé de ses crocs et sa colère uniquement, tel une bête sauvage.

- Foutus mort-vivants, cracha Brandit en se redressant péniblement, appuyé sur son marteau. Je savais bien qu'on ne pouvait vous faire confiance.

- Confiance ? répéta Luther en le faisant sursauter.

           Alors qu'il aurait dû enfin être mis hors-combat, le vampire se tourna sur le dos avec des gestes mesurés et décocha un regard de haine à l'humain.

- Je vous ai... prévenu et sauvé... aberration...

- Tu as laissé Dave se faire réduire en charpie, rugit Brandit en s'élançant son marteau aux poings.

           S'en était assez pour le mort-vivant qui, avec un glapissement pitoyable, évita le coup de masse et détala dans les couloirs obscurs.

- Saleté, lâcha le prêtre en reprenant son souffle.

           Il s'essuya la tempe encore humide et sa mâchoire se crispa sur un nouvel élan de douleur au niveau des côtes.

- Faut que je retrouve John...





           La puissance de la déflagration souffla la plupart des hangars bordant les quais. Plusieurs poutres en flammes furent projetées dans toutes les directions. L'incendie commença aussitôt à se propager sur d'autres chantiers. Une silhouette enflammée s'écrasa à son tour et rebondit sur plusieurs mètres. Péniblement, elle se mit à genoux et secoua la tête, avant de réaliser que les flammes dévoraient ses épaules. Elle se roula au sol pour les éteindre puis se redressa. Après quelques instants, l'individu alla ramasser son épée qu'il avait lâché en s'écrasant. Il grimaça en observant les flammes consumer le navire, du moins ce qu'il en restait. De petites détonations continuaient de ravager le bâtiment.

- C'était quoi cette lumière, grognât-t-il en plissant ses yeux sensibles.

           Il s'en était fallu de peu pour qu'il brûle dans cette fournaise. Etait-ce l'un des acolytes du Nécrarque ? Il en doutait sérieusement. Ils n'auraient pas sacrifié une de leurs créations. Et n'étaient probablement pas capables de créer ce genre de choses. Il grimaça et tourna les talons. L'apparition de barils de poudre noire dans un flash lumineux n'était pas le premier événement incompréhensible auquel il était confronté. Et il y avait plus urgent. Un autre démon rôdait encore en surface. En parlant de démon...

           Manesh'k fit un bond en retrait alors que la lame incandescente éclatait les pavés où il se tenait auparavant. Il feula alors que la créature écailleuse dégageait son arme. Elle tourna sa face vers le vampire et le menaça de sa longue langue. L'abomination se ramassa sur elle-même, prête à bondir. Manesh'k entra en mouvement le premier. Le monstre tatoué para sa frappe verticale et le repoussa.

- Tu es seul désormais, rugit le mort-vivant. Combien de fois va-t-il falloir que je te tue pour que tu rejoignes l'autre horreur ?

           Le démon ignora ses menaces et tenta à son tour une frappe verticale qu'il parvint à esquiver d'un pas de côté. Il frappa l'arme de son ennemi, l'enfonçant davantage dans le sol, puis remonta vers le haut en faisant glisser sa lame sur celle de son adversaire. Il fendit en deux la face rouge et noire du monstre qui échappa son épée sous le choc. Le vampire ne perdit pas un instant. Il tailla le corps musculeux de l'épaule à la hanche qui chancela un pas en arrière. Il ne perdit toutefois pas un instant, sachant pertinemment que le démon continuerait à se relever tant qu'il aurait une once de pouvoir. Manesh'k s'acharna sur la créature désarmée qui reculait pas après pas, avançant à chaque frappe pour appuyer ses coups.

           Le vampire laissa un sillon sombre sur l'abdomen écarlate, puis enchaîna en lui sectionnant presque le bras gauche et lui ouvrant à nouveau la gorge d'un même  mouvement. Il pivota sur lui-même telle une toupie et trancha à nouveau, de la hanche gauche aux genoux opposé et colla une véritable claque main nue à la créature débordée qui roula au sol. Toute notion d'honneur vis à vis d'un adversaire avait disparu dans l'esprit du vampire. Seul comptait massacrer cet ennemi qui refusait de mourir. Il taillada le dos du sanguinaire dont le corps rebondissait à chaque pas. Ses coups projetaient des esquilles d'os et des morceaux d'écailles dans toutes les directions. L'excroissance du crâne et une corne ne tardèrent pas à craquer et rouler au sol. Les interstices entre les pavés devenaient de petites rigoles écarlates. Il ricocha finalement contre la pierre, la chair ayant tellement été arrachée du corps par le vampire déchaîné que le sol était visible à travers ses viscères.

           Manesh'k souffla un instant, reculant de quelques pas pour observer la dépouille. Après quelques secondes, le corps remua à nouveau et la chair déchiquetée tressauta. Manesh'k grimaça. Comment achever une fois pour toute cette créature ? Il balaya leur arène improvisée du regard. La carcasse éventrée du navire continuait de brûler tandis que l'incendie effectuait des ravages sur les bâtiments alentours. Les flammes s'éteignaient en revanche sur les débris retombés sur les quais et des silhouettes sombres commençaient à s'approcher. Les villageois alertés commençaient à approcher sans réaliser le danger que représentaient les deux monstres. Les yeux de Manesh'k se posèrent sur l'arme du démon et un sourire s'étira sur son visage maculé de suie. Il la ramassa et, avec un rictus victorieux, décapita le corps déformés à l'aide de l'épée incandescente. Il cloua au sol le corps qui fut soudain agité de soubresauts, l'épée démoniaque s'enfonçant dans le bitume. D'un coup de botte négligent il fit rouler la tête par-dessus le rebords du quai, la langue fouettant l'air tel un hideux serpent avant d'être avalé par les flots.

           Le cadavre s'immobilisa finalement et sous les yeux de Manesh'k, la chair se décrocha d'elle-même de ce qu'il restait de squelette au vaincu. Les fluides écarlates se répandirent en une flaque sombre qui reflétaient les flammes tout autour. Manesh'k eu alors la surprise de contempler, pour la première fois, le squelette ayant servis de structure à la créature. Bien qu'ayant une multitude de sections brisées, il pouvait admirer le travail effectué sur chaque os : de minutieuses arabesques et dessins avaient été ciselés du crâne aux phalanges des pieds, les symboles impies se mêlant aux écritures Lahmnienne qu'il parvenait à reconnaître. Il renâcla et, après avoir observé quelque instant de plus cette horreur, se tourna vers la ville.

           Les deux créatures n'étaient pas celle qu'il avait affrontée la veille. Elles s'étaient révélées redoutables mais plus lentes, moins adroites. Et surtout il avait tué bien plus souvent la troisième que les deux défuntes réunies. Il fallait qu'il rejoigne Luther et Gilnash.
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 13 Déc 2013 - 11:11

J'ai fini de lire il y a quelques jours mais je ne poste que maintenant car je n'ai pas le temps ou l'envie de le faire jusqu'à maintenant  Blushing 

Cela dit j'ai adoré ton récit. Le style est très bon. Cependant je n'étais pas surpris car j'avais déjà bien aimé ton texte pour le concours de récits. De plus, j'ai bien aimé tes personnages et surtout les deux apprentis. Je me demande d'ailleurs ce que va devenir la fille, maintenant qu'elle n'a plus de maître.

Sinon je t'encourage à continuer et à nous poster la suite et à ne pas attendre deux ans comme jusque cette année ou sinon  Devil Devil Devil 



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Arken
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Lun 16 Déc 2013 - 14:59

Ca fait longtemps que j'ai remarqué que tu avais repris du service. Mais comme je ne me souvenais mais alors pas du tout de ton histoire, je devais tout relire, et je viens seulement d'en prendre le temps  Fou 

Après une pause de deux ans, je trouve que ta suite est bien reliée à l'histoire. Mais il faudrait une bonne relecture pour les fautes qui truffent encore ton texte. J'ai d'ailleurs vu une faute récurrente :
le passé simple en -u-. Nous avons l'habitude de le voir sous sa forme du plus que parfait, 'avait disparu', et du coup cela nous induit en erreur pour le passé simple : je disparus, tu disparus, il disparut.
Mais sinon le style est toujours aussi agréable  Wink 

Voilà pour la forme. Pour l'histoire, je peux dire que je suis étonnée. Je crois que tu es une des seules personnes qui arrive à écrire autant sur une période de récit aussi courte  Happy Bon, en même temps, il y a beaucoup d'action et beaucoup de personnages...

Et comme dirait Gilgalad, la suite, et vite !  Clap 

_________________
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 17 Déc 2013 - 11:28

Merci pour vos commentaires enthousiastes, sa fait plaisir et me motive à continuer à travailler sur le chapitre que je développe actuellement.

Gilgalad a écrit:
Je me demande d'ailleurs ce que va devenir la fille, maintenant qu'elle n'a plus de maître.
heuu... j'ai dû rater quelque chose là... mais pourquoi pas  Mrgreen 

Et non je n'attendrais pas deux ans. La suite est plus ou moins prête, mais si je vous déballe tout ce que j'ai tout de suite vous devrez surement attendre un bon moment... du coup je me retiens volontairement de tout vous livrer ici histoire de tenir le rythme que j'ai prit, a savoir d'un post par mois  Devil 

Arken a écrit:
je devais tout relire, et je viens seulement d'en prendre le temps
Quelle motivation  Very Happy 
Juste par curiosité, tu as été jusqu'à sa transformation ?

Arken a écrit:
il faudrait une bonne relecture pour les fautes
Je sais malheureusement. C'est un vrai fléau dont je suis affecté. Je suis toutefois en train de repasser au peigne fin mes écrits (les origines de Manesh'k et Gilnash) et, même si j'en loupe probablement beaucoup, j'en corrige un bon nombre (j'ai honte de certaines d'ailleurs...) et je propagerais ces versions corrigées ici lorsque j'aurais nettoyé les trois cycles.
Concernant le passé simple oui c'est l'une des mes erreurs que je retrouve régulièrement. Je vais tâcher de me rappeler de ton aide-mémoire pour ne plus la voir dans mon bloc-note.

C'est vrai que, quand on y songe, F&S s'étale sur 4 jours si je ne dis pas de bêtises, se qui fait pas mal de texte  Mrgreen 
Après il y a beaucoup de scènes de combats (un peu trop ?) donc forcément on gagne en longueur. Il va d'ailleurs falloir que j'essai de freiner mes héros, car en me relisant je les trouve vraiment badass, invulnérables, au-dessus de leurs adversaires, ce qui n'était pas vraiment mon objectif  Gniié ! 

quand à la suite... ben vous devrez patienter jusqu'à début janvier ou emprunter des sentier détournés ! mwahahaha !
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 17 Déc 2013 - 13:35

Citation :
Gilgalad a écrit:
Je me demande d'ailleurs ce que va devenir la fille, maintenant qu'elle n'a plus de maître.
heuu... j'ai dû rater quelque chose là... mais pourquoi pas
Bah si, il faut nous dire ce qu'elle va devenir. En effet, elle était une suivante de je-ne-me-souvient-plus-de-qui et il faut savoir si elle va rejoindre Manesh'k ou si celui-ci va décider de la tuer pour éviter qu'elle ne rejoigne un autre nécrarque (et là je serais d'accord avec lui Lol !)

En fait, tu fais évidemment comme tu veux Very HappySourire



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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 17 Déc 2013 - 14:01

Je devine que tu parles de Castille (la fille nécromancienne qui vient de poignarder le capitaine Valent) et de Scleras, le Nécrarque dont les dommages collatéraux du à ses experiences ont fait venir vampires et répurgateurs et provoqué mon récit.

Toutefois... pourquoi rejoindrait-elle Manesh'k ou un autre vampire ? Scleras c'est fait couper une main, mais n'oublie pas qu'il s'agit d'un Nécrarque : ce n'est pas vraiment le corps à corps qui le rends dangereux. En un sens il n'est nullement rendu moins dangereux par cette blessure =)
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 17 Déc 2013 - 20:31

Citation :
Toutefois... pourquoi rejoindrait-elle Manesh'k ou un autre vampire ? Scleras c'est fait couper une main, mais n'oublie pas qu'il s'agit d'un Nécrarque : ce n'est pas vraiment le corps à corps qui le rends dangereux. En un sens il n'est nullement rendu moins dangereux par cette blessure
Je comprends beaucoup mieux maintenant Very HappySourire:D j'avais cru lire que Scleras était mort mais j'ai du inverser avec un autre passage ou un autre texte  Blushing Blushing Blushing 

Pour les noms, je les avait oubliés. Sinon, comme je ne connaît pas les pouvoirs des nécrarques, je ne l'avais pas deviné  Blushing Blushing
Du coup je suppose qu'ils vont rester "ensemble".

Tu comprends ce que je veux dire ?


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EDIT: 200è message
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 23 Jan 2014 - 1:25

Plus ou moins oui ^^

Les pouvoirs des nécrarques sont assez variés, mais généralement sont très orientés sur tout les aspects de la nécromancie/magie noire/magie des morts. Parfois tu peux rajouter l'alchimie et quelques autres. Ici il a un penchant pour la démonologie comme vous avez pu le voir ^^

Aller pour bien commencer l'année, voici le chapitre 10, un bon gros pavé :-)
Bonne lecture



Tristofan avait suivi le léger filet d’air pendant ce qu’il lui avait semblé une éternité. Il était toujours piégé sous terre, croupissant dans l’eau et les ténèbres, une ancienne grille le séparant de la liberté. Il ne pouvait la voir, mais il sentait sous ses doigts gonflés les barreaux dévorés par la rouille. Il s’y accrocha et tira aussi fort qu’il put, s’arcboutant la tête sous l’eau. Le métal protesta mais ne céda pas. Il se cogna à la voûte en remontant et inspira l’air vicié du bout des lèvres.

Le mage savait qu’il ne pourrait pas les faire céder, mais refusait de se laisser aller au désespoir. Collant ses paumes contre les barreaux, il essaya de se détendre malgré sa position douloureuse et chercha en lui-même. Tristofan rassembla ses forces et les canalisa dans ses poignets qui montèrent aussitôt en température. Il serra les dents comme il sentait également l’eau s’échauffer. Il n’y arrivait pas. Piégé dans les ténèbres, entouré d’eau, le feu refusait de venir à lui. Il n’était même pas parvenu à faire rougir le métal.

Un raclement le tira tout à coup de sa rêverie défaitiste et il inclina le visage dans l’eau, collant son oreille à la grille. Un nouveau grattement lui parvint, provenant de la surface. Son cœur s’emballa et il se retint à grande peines d’appeler à l’aide. Il ignorait s’il s’agissait d’un soldat ou d’un ennemi, s’il ne s’agissait pas d’un simple rat… Il écouta donc, silencieux dans les ténèbres. Les raclements se rapprochèrent, devenant des pas qui s’arrêtèrent au-dessus de lui. Puis plus rien. Le silence. L’individu ou la créature, au-dessus de lui, restait invisible et immobile, ce qui fit comprendre à Tristofan que l’autre avait aussi conscience de sa présence.

-          Aidez…

-          Quelle douce ironie… de nous retrouver dans ces conditions, déclara une voix à la fois essoufflée et moqueuse.

Tristofan sentit ses veines se glacer et pivota dans l’eau avec un léger clapotis. Il s’érafla le nez et sentit sa moustache frotter contre la rouille, mais ignora ces détails. Seules importaient les deux lueurs rouges, presque deux mètres plus haut.

-          Si tu savais… à quelle point je suis heureux… de te trouver là… déclara le vampire.

Tristofan réfléchissait à toute allure. Il n’avait aucun moyen de savoir quel mort-vivant se tenait au-dessus de lui mais ses intentions n’étaient clairement pas chaleureuses. En dernier recours, il concentra à nouveau le flux qui parcourait son corps. En vain. La température de l’eau augmenta légèrement et ce fut tout. Il était complètement à sa merci. Il tenta vainement de le convaincre de l’aider, mais à peine ouvrit-il la bouche qu’il but la tasse. Dans sa panique il n’avait pas remarqué la peine évidente que son interlocuteur avait à s’exprimer.

-          Claster n’était que mon cousin… mais je l’aimais comme un… frère.

Un autre mouvement attira tout à coup l’attention du mort-vivant et les deux prunelles luisantes disparurent un instant.

-          Qui va là ? Interrogea avec autorité le vampire, posant la question qui était venue aux lèvres de Tristofan.

-          Du calme Luther, ce n’est que moi, répondit une autre voix,  plus calme, plus posée.

Les deux individus échangèrent quelques mots au-dessus du sorcier qu’il ne parvint pas à saisir, son espoir déjà tenu s’effritant à chaque battement de cœur. Finalement, deux paires d’yeux rouges étincelèrent au-dessus de lui.

-          Sorcier, tu as de la veine si j’ose dire, déclara le nouveau venu dont les doigts gantés éraflèrent le front de Tristofan à travers la grille.

Par reflexe il recula et se retrouva à nouveau sous l’eau. Il se redressa tout en panique et inspira une grande bouffée d’air. Il mit quelques secondes à réaliser qu’il était debout, plus aucune grille ne le retenant. La mine sombre, le sorcier se tourna vers les deux libérateurs invisibles à ses yeux.



John Grenaille en tête, les cinq survivants de l’embuscade dévalaient les couloirs étroits. Ils entendaient derrière eux les pas lents et mécaniques des mort-vivants amurés, incapable de courir mais envahissant chaque couloirs derrière eux. Le moindre cul de sac signerait leur arrêt de mort.

-          Mais comment une ville comme Grissenvald peut-elle avoir des égouts plus vastes que ceux de Nuln ?

Il leur semblait errer dans les souterrains depuis une éternité, croisant sans cesses de nouvelles intersections. Sans oublier qu’ils tournaient surement en rond dans ce dédale…

-          Cette ville a été bâtie sur des ruines elles-mêmes recouvrant des ruines, estima Léon en réponse à son mentor depuis la queue du groupe, les yeux posés sur différentes strates de briques composant les parois.

John opina. Un rire cristallin résonna dans un couloir sur leur gauche, aussi John piqua-t-il aussitôt à droite.

-          Mais… le rire…

-          Elle nous conduit à notre perte, coupa John.

Il s’arrêta à une nouvelle intersection. Une de plus. La lueur des torches révélaient au-delà une salle ponctuée de colonnes de briques croulant sous le poids de la voûte.

-          Continuez tout droit, ordonna-t-il en reculant dans l’ombre.

Le premier cligna des yeux et après une seconde acquiesça. Quelques secondes plus tard, les lueurs de leurs torches disparaissaient à un nouveau tournant. John resta seul, dissimulé dans les ténèbres et repris rapidement son souffle. Cette mascarade n’avait que trop duré et il était plus que jamais déterminé à mettre fin aux cauchemars de Grissenvald.  Il glissa sa flasque d’huile dans une poche et avec un cliquetis inaudible ses deux pistolets se logèrent dans ses paumes, et il attendit.

Mais le silence resta son seul compagnon. John grimaça. Si les marionnettes d’os et de fer s’étaient arrêtées, cela ne voulait dire qu’une chose…

-          Jooohn…

Il fit volte-face et tira, le flash lumineux gravant le visage surpris de la femme sur ses rétines. Elle s’était tenue à moins d’un mètre de lui, alors qu’il s’était embusqué pour justement la surprendre. L’oreille aux aguets, il scruta les ténèbres en espérant y déceler un mouvement.

-          Ca n’était pas très gentil John, déclara Castille près de son épaule alors qu’il tirait à nouveau, son visage cette fois fendu d’un grand sourire s’imprimant dans son champ de vision.

Sans attendre John pivota et frappa les ténèbres dans son dos. La crosse du revolver fit mouche dans un bruit mat. La femme hoqueta de douleur et il l’entendit tomber à genoux dans la fange. Une nouvelle détonation en direction du sol embrasa l’huile, et aussitôt un cercle de flammes les entoura tous les deux.

Le répurgateur garda le silence, le regard noir de Castille glissant sur lui sans l’atteindre. Sa tempe était écorchée là où il l’avait frappé.

-          L’altération des sens est une capacité propre à l’Ordre Gris, déclara-t-il en levant ses pistolets. J’aurais mis du temps à percevoir ce tour.

-          Et celui-ci l’as-tu perçu ?

La force du coup projeta John à travers l’arche. Il se recroquevilla, les côtes en feu et complément sonné par l’assaut soudain.

-          J’aime beaucoup vos explosions, déclara la voix grave d’un ton moqueur.  Très pratique pour vous savoir où vous étiez.



Leon arrêta les trois soldats qui, malgré son jeune âge, lui obéirent. Les deux coups de feu avaient résonnés dans le couloir, et nul mort-vivant n’approchait.

-          Il l’a eu, s’autorisa-t-il à sourire.

-          Heu… Leon…

Le garçon se tourna et suivit le regard de son compagnon. Une lueur douce éclairait le couloir, se rapprochant.



L’homme nu piétina les flammes comme si elles n’étaient rien et s’avança vers John en s’étirant les épaules, ignorant la nécromancienne à terre. Plusieurs mousses avaient néanmoins été léchées par l’huile et le feu se propageait rapidement entre les colonnades mal ajustées. Il constata avec un sourire que le plafond était plus élevé et se dressa au-dessus de John. Celui-ci roula soudain de côté et d’un geste vif embrocha l’homme avec sa rapière sortie de nulle part. Morisburg baissa les yeux sur l’arme plantée dans son abdomen, puis gifla du dos de la main le répurgateur pris de cours. Le sorcier arracha l’arme avec une grimace, puis la brisa en deux comme s’il ne s’agissait que d’une aiguille.

John crachat un mollard écarlate et leva les yeux sur une créature méconnaissable. Sa blessure c’était refermée et sa carrure avait littéralement… doublée. La tête grotesque de Morisburg effleurait la voûte. De ses mains de la taille de boucliers, il souleva John et le jeta violement contre une colonne. Le répurgateur retomba au sol comme un pantin désarticulé.

-          Je pense qu’il a eu son compte, déclara Castille en s’avançant à côté du colosse.

Elle épousseta sa robe et fit tomber la boue de ses jambes nues. Mais Morisburg l’ignora et s’avança vers le corps immobile d’un pas pesant. La nécromancienne renifla. Elle savait ce qu’il faisait des corps et ne souhaitait pas vraiment assister à ça. Un coup violent la frappa soudain à la tête.

Morisburg pivota pour la voir s’écrouler comme une masse.

-          J’ai encore quelques mots… à te dire, gros balourd, déclara Frère Brandit en dépassant la fille inanimée, talonné par Leon et les trois derniers soldats.

Oubliant totalement le répurgateur à terre, le mastodonte se jeta sur le prêtre qui parvint à passer sous le bras de son adversaire. Aussitôt Léon et les trois hommes se dispersèrent dans la salle de plus en plus éclairée par les flammes. Le marteau de guerre s’écrasa sur le poitrail de la monstruosité avec un craquement que tous perçurent. Mais cela ne l’arrêta pas et la force de son coup souleva le religieux du sol. Le marteau luisant tomba sur un tas de lichens qui partit en cendres. Morisburg se saisit de la tête du prêtre et le projeta à son tour contre une colonne avec un rugissement bestial.

Léon tentait de garder son sang-froid malgré leur situation précaire. Comment venir à bout de cette horreur qui se tournait à présent vers le plus proche soldat. Il qui glapit de terreur. Brandit et John ne pourraient plus le protéger.  Ses battements de cœur effrénés lui déchiraient la poitrine, mais il s’efforça de rester calme et balaya une nouvelle fois la salle du regard. Le monstre venait d’isoler sa proie qui poussa un cri de peur. Les deux autres  hommes se terraient derrière leurs colonnes, ne sachant que faire. Son regard se posa sur le marteau luisant, qu’une pluie de poussière vint recouvrir.

Il se précipita sur l’arme qu’il souleva péniblement et parcourus les colonnes du regard. S’ils n’avaient pas les armes pour tuer cette aberration, ils pouvaient l’emporter dans la tombe ! L’apprenti frappa le mortier d’un coup rageur, mais malgré un nuage de poussière, les briques tinrent bon. Un coup d’œil lui appris qu’ils n’étaient plus que trois, l’un d’eux à présent réduit à l’était de charpie sanguinolente. Il jura et arma un nouveau coup.

-          Essai plutôt ceci, déclara une voix derrière lui.

Léon sursauta et faillit frapper son mentor, soutenu par le dernier soldat. Il lui tendait une bourse de cuir sombre qu’il ne connaissait que trop bien. Un sourire illumina son regard.



Morisburg lui attrapa les bras d’une main et les jambes de l’autre. Le malheureux hurla tant qu’il put, mais cela n’y changea rien. Le sorcier le déchira en deux et le laissa là, hurlant et baignant dans ses propres tripes. Il chercha du regard sa prochaine victime et son attention se posa sur le gamin au centre de la pièce. Le canon métallique qu’il avait au poing refléta les flammèches qui dévoraient les murs.

-          Va crever ! Cracha-t-il en tirant.

Il n’avait pas visé Morisburg mais la plus proche colonnade. La besace de poudre noire explosa dans une déflagration qui emporta la moitié de la colonne de briques. Le temps s’écoula alors comme au ralenti pour chacun des occupants de la pièce. La voûte trembla et s’effondra sur la colonnade fragilisée et les pierres qui soutenaient l’immense masse de terre et de roche céda. Les trois survivants s’empressèrent de quitter les lieux, alors que la monstruosité se précipitait derrière eux. Mais l’éboulement lui barra la route et dans un chaos de briques et de poussière, Morisburg disparut sous les tonnes de roches.



L’épée du mort-vivant ne fendit que de l’air. Avec un glapissement  pitoyable Scleras avait roulé hors de portée des moulinets du vampire. Aussitôt un soldat plongea dans l’ouverture, enthousiasmé par la blessure infligée au nécromant. Mais Gilnash le happa par le col, l’empêchant d’aller plus en avant.

-          Reste derrière-moi si tu tiens à la vie, grinça-t-il entre ses crocs serrés.

-          Que…

Scleras c’était immobilisé quelques pas plus loin, les surveillants d’un regard luisant de colère. Il était voute sur son moignon qu’il serrait de sa main restante.

-          Tu vas me payer ca l’animal, cracha-t-il, visiblement plus dérangé par l’affront d’avoir été mutilé que par la douleur.

Le guerrier se remit en garde et avança prudemment, prêt à réagir au moindre signe d’incantation. Un frisson remonta le long de son dos et d’instinct il bondit en avant. La lame incandescente siffla derrière lui et la créature tatouée feula de rage. Durant toute l’altercation avec le nécrarque elle était restée tapie, attendant patiemment au cas où son créateur ait besoin de renforts. Comment avait-il put garder le contrôle d’un tel monstre, freiner sa soif meurtrière, tout en l’affrontant ? Il n’en avait pas la moindre idée et n’avait pas vraiment le temps de creuser la question.

Les deux épées s’abattirent sur le mort-vivant comme de véritables coups de massues, le faisant ployer sous le choc. Quelque frappes de plus et sa propre garde céda. Il fit un bon en retrait pour ne pas finir embroche mais une douleur soudaine lui déchira le bas du dos.

-          Ta lignée fait honte à notre espèce, mais toi… toi tu atteints des sommets ! Siffla Scleras en faisant tourner sa dague dans la plaie.

Gilnash grimaça d’abord mais ne put qu’accuser le coup et hurla en levant le visage à la voûte de roche. A pas mesuré le démon bariolé approcha tandis que le marionnettiste reculait prudemment, laissant la lame fichée dans la chair du vampire. Son visage ridé, vieillit avant l’heure par les années passées à étudier loin de la surface, s’éclaircit comme il savourait son triomphe. L’un des humains tenta bien d’encourager ses camarades à lui porter secours, mais qu’auraient-ils pu faire ? Avaient-ils seulement envie de risquer leurs vies pour un mort-vivant ? Rechald toussa en agonisant à cet instant ce qui ne les encouragea pas à aller de l’avant.

Le cri de Gilnash tira tout à coup dans les aigus, vrillant les tempes des soldats. Le sourire de Scleras se figea et même l’aberration retint son geste. D’un mouvement circulaire, le vampire repoussa les lames incandescentes qui tintèrent en ricochant sur sa lame. Non, pas sa lame, réalisa le nécromancien en voyant que celle-ci gisait à ses pieds. Le corps de Gilnash fut agité de tremblements visiblement incontrôlables tandis qu’il se repliait sur lui-même. Un nouveau cri déchira les galeries, inhumains, inquiétant même aux oreilles du sorcier. Un cri de rapace.

L’armure de cuir du vampire partit en lambeaux lorsqu’il se redressa, étirant ses bras dans la longueur du couloir. Ses doigts se terminaient par des griffes acérées et une membrane de peau sombre reliait ses poignets à ses hanches dénudées. Il pivota vers Scleras, lorgnant vers lui ses yeux vif et écarlate.

Scleras avait déjà vu un vampire ayant cédé à la bête en lui, il avait déjà rencontré un warghulf. Ceci, avec son bec argenté et ces oreilles effilées, n’en était pas un. Et ce n’était pas du cuir mais bien des plumes sombres qui recouvraient les deux ailes qu’il déployait là. Comment avait-il réussit une telle métamorphose ?

-          Tues-le ! ordonna-t-il avec ferveur au démon qui bondit les deux lames en avant.

Aussitôt Gilnash fit volte-face et sauta à la rencontre du démon aux épées qu’il parvint à prendre de vitesse. Il passa entre ses bras et d’un coup d’épaule le projeta en arrière. Mais il ne s’arrêta pas la et poursuivit son élan. La créature ailée le colla au sol d’une botte déchirée par des serres affûtées et matraqua la face et les épaules de son adversaire. Malgré sa gueule en charpie celui-ci parvint toutefois à brandir l’une de ses armes et déchira le flanc du vampire méconnaissable qui recula en criant tel un faucon en chasse, libérant le démon. Ils se jetèrent à nouveau l’un sur l’autre.

Médusés, les humains n’osaient se mêler à la lutte sanglante entre les deux monstres. Tous deux faisaient preuve d’une violence et d’une haine réciproque qu’ils ne pouvaient que difficilement appréhender. Toutefois lorsque l’oiseau-vampire s’empala sur l’une des épées pour plaquer son ennemi au mur, uniquement pour mieux pouvoir lui déchirer la gorge à grands coups de bec, ils comprirent que le combat touchait à sa fin. Le nécrarque en arriva à la même conclusion et commença à psalmodier rapidement en dessinant une arabesque dans les airs. Aussitôt la tête de rapace pivota vers lui et poussa un cri aigu, mais le sorcier fut plus rapide. Une onde parcouru la paroi sur laquelle les deux créatures étaient appuyées et l’instant suivant la chose tatouée et méconnaissable disparaissait dans le mur, entraînant le mort-vivant dans sa chute. Mais la bête qu’était devenu Gilnash ne l’entendait pas de cette oreille, et en poussant un nouveau cri aussi humain qu’animal, résista à l’attraction mortelle.

C’est en ricanant que Scleras stoppa son sort, laissant Gilnash poignets et chevilles prisonniers de la pierre. Il poussa un nouveau cri, de détresse cette fois, impuissant. Le nécrarque approcha bien plus tranquillement cette fois, appréciant les efforts désespérés du monstre pour s’extraire de sa geôle. Il avait la dague au poing mais s’immobilisa, stupéfait. Deux soldats se faufilaient entre le fils d’Abhorash et lui, le menaçant même de leurs épées. Il garda le silence, se contentant de les observer d’un œil critique tandis que le vampire métamorphosé continuait de se débattre. Il y avait les deux premiers, ainsi qu’un troisième accroupis près de celui empoisonné, dont il maintenait la tête relevée afin qu’il puisse voir ce qu’il se passait.

Scleras haussa les épaules.

-          Peu importe, lança-t-il simplement d’un ton amusé. Couvez le jusqu’à ce qu’il répande vos trippes au sol.

Les deux hommes virèrent aussitôt blême, échangèrent un regard puis se tournèrent vers la créature en furie que ses blessures semblaient à peine gêner. Satisfait, Scleras tourna les talons et disparu dans l’un des couloirs.



Castille trébucha en ressortant du passage magique, mais un sourire triomphant étirait ses lèvres. Elle était parvenue à éliminer plus de la moitié des humains à elle seule. Morisburg pouvait bien se faire tuer, il n’était qu’un obstacle gênant son ascension. La nécromancienne repris doucement son souffle puis se redressa en s’étirant. Elle commença à frotter la boue qui maculait sa robe mais resta interdite. Le regard écarlate qui plongea dans le sien la cloua sur place. Comment avait-elle pu ne pas le remarquer ?

-          Comment… êtes-vous arrivés ici ! s’écria-t-elle.

Le lahmien inclina la tête de côté, étonné.

-          C’est plutôt à moi de poser cette question gente dame, vous venez de… sortir du mur.

Un rire pénible et méprisant à la fois lui vint de côté comme Manesh’k prononçait ces mots. Castille tourna la tête dans cette direction, découvrant le second vampire ainsi que l’humain roux. Un premier coup d’œil lui appris que le mort-vivant était mal en point, complètement voûté, l’armure en piteux état. Le second était dégoulinant et ses vêtements orange et blancs avaient visiblement connus des jours meilleurs. Elle reporta toutefois son attention sur le premier. Malgré son ton courtois, une colère sourde luisait dans ses yeux, semblables à deux rubis étincelants.

-          Qui es-tu et pourquoi ne repars-tu pas de la même façon que tu es arrivée ? La questionna-t-il d’un air plus grave, mettant de côté toute galanterie et s’approchant d’un pas.

Castille nota toutefois qu’il avait la main sur le pommeau de son arme. Il la pourfendrait avant même qu’elle ne tente de s’éclipser. Gardant son sang-froid, elle plongea son regard dans celui du vampire et ne prononça pas un mot. Ses orbites étaient deux perles pleines de vie et de fougue, rien à voir avec la promesse de pouvoir qui couvait dans ceux de Scleras. Elle savait à qui elle avait affaire. Il n’avait rien en communs avec Gilnash : Manesh’k.

Elle cilla malgré elle et tressaillit, tenant à peine sur ses jambes. Son vis à vis haussa un sourcil en plissant le regard. Castille lui décocha aussitôt un regard empreint de colère, de haine et… d’impuissance.

Il n’y avait plus besoin de mots à présent entre eux. Sans esquisser de sourire vainqueur, Manesh’k tendis un index ganté à la pointe acérée et entailla légèrement la joue de l’humaine. Celle-ci resta impassible malgré la douleur cuisante, aussi droite qu’elle le pouvait. Il était hors de question qu’elle lui accorde le plaisir de faiblir face à lui, pas même lorsqu’il porta son doigt à ses lèvres et gouta son sang. Il ferma les yeux et sa mine devint songeuse.

-          Que… vous n’allez pas…

-          Silence, intima Luther avec autorité à l’humain qui observait la scène, éberlué par le comportement du mort-vivant.

Il ne comprenait pas. Mais Castille elle avait parfaitement conscience que la vie, ses souvenirs, ses heures d’études, ses sacrifices et secrets les plus intimes défilaient à présent dans l’esprit du mort-vivant. Scleras le lui avait appris il y a bien longtemps, lorsqu’il avait exigé d’elle ce même macabre rituel afin de tester sa fidélité. Lorsqu’un vampire absorbait l’essence d’une personne, il s’accaparait également ses connaissances et souvenirs. Et lorsque Manesh’k rouvrit les yeux, il savait. Il savait à quel point elle était une menace pour lui mais aussi qu’elle n’avait plus une once de pouvoir.

-          Luther il semblerait… que nous ne repartirons pas les mains vides.

Le regard de l’humaine s’agrandit alors que le second vampire approchait, déjà prêt à lui sauter à la gorge.

-          Cette… femme, commença-t-il en hésitant sur le terme exact, sait des choses… des choses que ni toi ni moi ne soupçonnions. Et elle ne se défendra pas, elle en est incapable.

La convoitise luisait dans son regard alors qu’il souriait à son frère de sang.

-          Qu’avez-vous l’intention de faire ? Questionna le sorcier de feu, croisant les bras tout en gardant une certaine contenance.

-          Ils vont me dévorer vivante, voilà ce qu’ils vont faire, déclara-t-elle avec un naturel désarmant.

-          Que…

-          Je n’aurais pas pu dire mieux, déclara Manesh’k en la prenant soudain à la gorge.

Il la souleva du sol sans difficulté et la colla au mur. Ses pieds nus flottaient dans le vide. Elle ne tenta pas de se débattre et garda mollement les bras le long du corps. A quoi bon ?

-          Vous… vous n’allez tout de même pas…

-          Ferme là l’humain, cracha Manesh’k avec un regard noir qui fit hésiter le sorcier, un regard qui promettait une mort rapide s’il prononçait un mot de plus.

D’habitude c’était lui, Tristofan Tisseron, qui dictait ce genre de conduite. Mais cette créature avait… quelque chose en plus, quelque chose qui avait même effet sur le second mort-vivant. Il décroisa les bras mais n’osa pas les stopper. Il était incapable de comprendre pourquoi, mais malgré toute la révolte que lui inspirait cette scène… il ne pouvait agir. Comme si quelque autorité macabre lui intimait de laisser faire ce qui allait suivre. D’en être un témoin silencieux.

Fermant les yeux, Manesh’k huma longuement le parfum qui se dégageait de l’humaine, le fumet que dégageait sa peau et la légère trace aigre que générait l’angoisse. Celle-ci n’était pas flagrante, mais la rendait d’autant plus désirable. N’y tenant plus, il plaqua sa seconde main contre son sein et se fit violence, lui arrachant sa robe légère ainsi qu’enfin un cri de peur alors qu’il lui éraflait l’abdomen. Luther ne fut pas en reste. Il lui caressa la jambe avant de lui remonter le genou, humant à son tour. C’est avec une coordination morbide qu’ils passèrent à l’acte.

Le spectacle auquel assista Tristofan fut le plus terrifiant de tous ceux auxquels il avait assisté durant ses voyages aux côté de John. Paralysé par une sombre autorité, il était incapable de les arrêter. Pour lui les vampires n’étaient que des monstres qu’il fallait abattre, mais désormais une peur viscérale lui nouait l’estomac. Il comprit en voyant la curée, en entendant les hurlements de terreur et d’agonie de la femme ce que ressentait le mulot cerné par un groupe de félins. Le mage faisait face à son véritable prédateur.



-          Où sont les fils d’Abhorash ?

Le vampire fit irruption dans la pièce alors que la brume bleutée se dégageait du sol. Il balaya plusieurs fioles de son bras valide, cherchant du regard parmi les fluides visqueux.

-          Gilnash est encore avec les humains, entama d’une voix monocorde le spectre en prenant forme derrière Scleras. Les autres…

Le vampire s’immobilisa comme la suite du rapport tardait à arriver.

-          Les autres ? Répéta-t-il en continuant de chercher. Où sont-ils ? Où est Manesh’k ?

-          Manesh’k est… il est…

L’enfant dansa d’un pied sur l’autre, incapable d’en dire plus. Le vampire lui jeta un œil par-dessus son épaule. Ce genre de comportement n’était pas vraiment dans les habitudes du fantôme.

-          J’ignore où ils sont, avoua-t-il finalement.

-          Esclave inutile, cracha le nécromant après quelques instants. Et qu’en est-il de Castille et Morisburg ?

-          Ils sont morts.

Scleras haussa un sourcil.

-          Morts ? Que leur est-il arrivé ? Qui les a tués ?

Balayé par une brise l’enfant de fumée se dissipa. Rapidement la brume se reforma, dessinant dans l’espace une version miniature de Morisburg, pourtant bien plus grand que les personnes qui y faisaient face. L’une d’elles, un enfant, le défia avec orgueil. L’instant suivant, le disciple de la ruine était écrasé sous des tonnes de gravats. Tremblant de colère, Scleras vit la brume changer de forme. Castille était adossée à un mur, faisant face aux deux autres vampires. Puis ils se jetèrent sur elle. Lorsque finalement ils rejetèrent son corps exsangue, le vampire inconnu du Nécrarque se tourna vers Scleras avec un sourire euphorique et aussitôt les imitations de fumée se dissipèrent. Le regard de leur compagnon s’effaça en dernier, comme si l’imitation de brume pouvait réellement voir Scleras.



Les flux. Ils s’écoulaient autour de lui, pulsant d’une vie propre. D’un noir profond, ils tourbillonnaient entre ses bras et l’entouraient tels d’infinies cascades d’encre.

-          C’est incroyable, parvint-il simplement à déclarer. Je comprends maintenant ce dont parlait Gilnash…

Depuis le jour où il c’était réveillé dans cette geôle à Lahmia jusqu’à aujourd’hui c’avait été là. Il ne pouvait le voir mais il le sentait, palpable, juste au-delà de sa perception. Les souvenirs et l’once de pouvoir qu’il venait de subtiliser à l’humaine lui avait enfin permis de lever le voile.

-          Les vents de magie… murmura-t-il, suivant le courant le plus important comme un enfant insouciant.

Sur ses talons marchait Tristofan. Il n’était pas facile à impressionner, ne reculait devant aucun défi. Bien au contraire. Mais ce qu’il venait de voir… Ce n’était pas qu’un meurtre, ce n’était pas deux animaux se nourrissant, ce n’était pas une malheureuse agonisant, ce n’était pas un viol… c’était quelque chose de bien pire. Depuis toujours il haïssait les morts-vivants et plus particulièrement les vampires pour ce qu’ils représentaient. Mais lors de la curée, il avait senti la souffrance de cette femme. Son don lui avait permis de sentir sa flamme vaciller comme un sombre simulacre embrasait les dépouilles des morts-vivants, jusqu’à ce qu’elle ne s’éteigne. Avec un grand sourire écarlate, Manesh’k l’avait alors fixé intensément et son monde avait fini de chavirer. Les vampires étaient les seuls responsables de son état catatonique. Il n’aurait su l’expliquer alors qu’il avançait en contemplant le dos du mort-vivant, mais c’était… comme si son regard était encore posé sur lui. Intense, impérieux, écarlate et ne cillait jamais. Un regard qui n’admettait aucune discussion.

-          Viens avec moi l’humain, avait-il déclaré. Nous avons un nécromancien à tuer.

Il avait simplement obéis. Il suivait le vampire, toujours plus profondément dans les couloirs de plus en plus anciens. Il ne pouvait détourner son regard des épaules de Manesh’k, restant dans son sillage éclairé par la petite sphère embrasée qui voletait autours de lui.

Il les devina plus qu’il ne les vit, mais d’une certaine façon il était conscient qu’ils étaient là. Une multitude de cadavres, raides, immobiles, gardant les couloirs autours d’eux, voire s’écartant sur leur passage. Son monde plongeait dans les ténèbres…



John hurla à plein poumons avant de s’affaisser sur le soldat.

-          Vous êtes sûr que ça ira ? S’inquiéta-t-il avec une mine terrifiée. Avec votre épaule on… on devrait retourner à la surface et…

-          Non, coupa le répurgateur d’un ton sec.

Avec raideur il se redressa et essuya les larmes qui coulaient le long de ses joues. Il fit quelques moulinets en grimaçant et faillit s’effondrer à nouveau lorsque la douleur le foudroya.

-          Le nécromancien est encore en vie, pour ce que nous en savons, déclara Léon d’un air sinistre. Même si la fille a disparu elle est affaiblie alors que l’autre horreur est définitivement neutralisée. Nous ne devons pas perdre notre avantage.

-          Notre avantage ? S’écria le soldat, la colère lui redonnant quelques forces. Nous sommes venus ici à plus d’une quinzaine et nous ne sommes plus que trois ! Et Morr sait ce qu’il est advenu des trois autres vampires !

Le chasseur ignora la dispute naissante entre l’homme et son apprenti. Il palpa son flanc d’une main fébrile. Il avait deux côtes cassées. Au moins… C’est avec résignation qu’il avala le contenu d’une flasque tiré d’un repli de son manteau. Il suffoqua alors que le liquide lui brulait la gorge et tomba à genoux, interrompant les deux autres.

-          Que…

-          Même lui, le soi-disant “Grand répurgateur” est mourant là à mes pieds, continua le soldat d’un ton de plus en plus défaitiste, commençant à perdre les pédales.

-          Le répurgateur te dit merde mon garçon, répondit-il soudain d’une voix grave.

Le soldat hoqueta en fronçant les sourcils. Sous son chapeau, resté vissé sur son crâne par quelques miracles, une détermination sans faille animait le regard de John. Il se redressa à nouveau, lentement. Pris le temps de s’étirer la nuque et les épaules. Quelques articulations craquèrent mais il demeura impassible. L’apprenti lui jeta un regard désapprobateur mais garda le silence.

-          Nous avons trois heures pour trouver ce salaud, indiqua John en ajustant son manteau, toute douleur due à son épaule démise visiblement envolée.

-          Trois heures avant quoi ? Vous ne pouvez pas vous battre et…

-          Trois heures avant que le calmant cesse de faire effet, coupa Léon d’un air sombre.

Quelque peu perdu, l’homme d’armes observa le répurgateur faire quelques moulinets et se secouer les jambes avec vigueur. Pour lui qui était incapable de faire deux pas il y a quelques minutes, c’était une sacrée transformation.

Un fracas résonna tout à coup dans un couloir proche, attirant leur attention commune. Léon leva haut la torche alors qu’un bruit de métal qui rebondit au sol arrivait jusqu’à eux. Ses prunelles luisantes signalant son approche, le mort-vivant les gratifia d’un sourire écarlate. Léon comme le garde tressaillirent à la vue de la gorge dégoulinante de sang et de l’armure en piteux état.

-          Je n’ai jamais aimé les grilles de fer, commenta Luther sans se défaire de son expression.

John abaissa le pistolet qu’il avait levé à l’approche du vampire. Il plissa toutefois le regard.

-          Où sont les autres ?

-          Le mastodonte n’a fait qu’une bouchée des autres. Seul le curé et moi avons survécus.

Il inclina la tête de côté, pensif, puis ajouta.

-          L’autre gosse n’a pas survécu.

Léon se tourna vers son mentor avec un visage déformé par l’horreur, mais John demeura impassible. Il ne quitta pas Luther du regard un seul instant.

-          La créature dont vous parlez est morte, l’informa le soldat d’un air nonchalant.

Il tentait de dissimuler sa peur derrière de l’arrogance, ce qui fit sourire l’immortel.

-          Frère Brandit est mort, ajouta John avec gravité.

-          Le prêtre est mort ?

La déception fut lisible sur la face du mort-vivant.

-          Quel dommage…

-          Où étiez-vous lorsqu’il est arrivé à notre secours si comme vous le dites-vous avez affrontés ensemble le sorcier norse ? interrogea John avec gravité.

Luther se figea dans son expression. Bien que se fut difficile, son sourire s’étira un peu plus encore.

-          Nous avons eu un léger différent, avoua Luther.

La détonation pétarada dans le couloir mais manqua sa cible. Luther tournoya en avant si vite que sa silhouette entière en devint floue. Il plongea sa lame à travers le torse de l’adolescent stupéfait avant d’inverser sa rotation en extrayant sa lame. Mais une rapière à lame brisée para de justesse la frappe à quelques pouces de la gorge du garde. Un cliquetis léger avertis le mort-vivant de la déflagration à suivre et il battit en retraite alors que le plomb criblait les parois. Avec un rire moqueur, le mort-vivant disparut dans le couloir que la torche de Léon, à terre, n’éclairait plus qu’à quelques mètres. John jura en jetant son arme brisée et se précipita sur son apprenti. Le diagnostic fut rapide : la lame avait traversé la poitrine avec une précision chirurgicale, glissant entre ses côtes jusqu’au cœur, figeant un regard surpris dans son regard. John inspira doucement et à plein poumons. Sans une prière il referma les paupières du cadavre.

-          Que… Pourquoi… Que…

-          Tais-toi, déclara John d’une voix cassée.

L’autre avait ramassé la torche. Son regard allait des ténèbres au corps. Tout avait été si vite qu’il n’avait même pas réalisé que, sans John, sa tête serait décrochée de ses épaules…

Mais les yeux de l’enfant se rouvrirent tout à coup. John fit un bond en retrait en échappant le corps qui retomba en arrière. Balbutiant et le regard vide, Léon agita les bras avec maladresse sous les yeux ébahis des deux hommes.

-          Que… Qu’est-ce qui lui arrive ? Dites-moi…

Mais John était trop incrédule pour lui répondre. Sous ses yeux son apprentis parvint à se redresser sur ses coudes et se tourna vers eux sans les voir.

-          Jee… Jeeeee… Je n’aurais pas crûûûû… si drôôôle…

La balle lui transperça le crâne avant qu’il n’en dise plus.

-          Luther ! hurla John en enclenchant le mécanisme dissimulé à son poignet pour ranger son arme. Tu paieras pour ça !

-          Mais… Il…

-          Je t’ai dit de te taire, coupa John avec un regard meurtrier.

Il lui arracha la torche des mains avant de s’élancer dans les ténèbres. Il était ici, quelque part. L’assassin de Léon et Dave. Et il était bien déterminé à le traquer jusqu’à son dernier souffle s’il le fallait. Lui et tous ses congénères. La colère qui…

-          Ça venait de par-là ! Déclara une autre voix, venant d’un autre couloir de ce labyrinthe souterrain.



Une explosion flamboyante projeta un chaos de feu, fumée et fragments de bois à travers la pièce. La déflagration balaya un bureau ainsi que quelques meubles et bibliothèques. Lentement les débris incandescent cessèrent de siffler. Vampire et humain pénétrèrent dans la pièce dévastée qu’ils parcoururent d’un œil vif. Si l’explosion avait déclenché la plupart des pièges magiques et mit une sacrée pagaille, il n’y avait aucune trace du mort-vivant dans cette pièce. Une seconde toutefois se trouvait derrière une autre porte dont s’approcha le sorcier tandis que Manesh’k jetait un regard aux tomes étalés au sol. Tristofan leva la main et sonda la porte, devinant qu’elle aussi serait protégée par quelques sortilèges. Il recula de quelques pas et rassembla son énergie au creux de ses paumes.

La nouvelle acuité du mort-vivant lui permettait de sentir la puissance qui couvait dans ces pages, une puissance nouvelle pour lui qui n’attendait que d’être cueillie. Les souvenirs de la fille, Castille, lui montraient comment manipuler les flux de magie. Ils lui apprenaient également que Scleras n’avait pas souhaité qu’elle consulte ces grimoires qu’il tenait à présent entre ses mains. De même ils lui indiquaient…

Manesh’k redressa la tête juste pour voir l’humain être projeté en arrière par sa propre explosion. La poussière soulevée par les flammes masqua quelque peu la vision du vampire qui toutefois n’avait pas besoin de ses yeux pour déterminer où se trouvait l’humain. Il approcha du corps marqué par les brûlures, flairant le liquide suintant de ses plaies. L’humain n’irait probablement pas beaucoup plus loin…

-          Comment quelqu’un comme toi, un fils du traître, peut-il faire… ça ?

La voix provenait de l’autre pièce. Manesh’k se tourna vers son ennemi et grimaça de dégout, la main posée sur le pommeau de son épée. La poussière soulevée par les deux explosions finissait de retomber et il put à nouveau voir par ses yeux. Il était là, Scleras, le Nécrarque qu’il avait découvert par le regard Castille, dans l’encablure de la porte.

-          Comment as-tu put maitriser la domination mentale ?  Tu n’as aucun talent pour la sorcellerie !

-          J’apprends vite, répondit Manesh’k en souriant. Et… vous avez été un excellent professeur.

Se faisant, il dégaina son arme. Il se focalisa sur les vents comme Scleras l’avait si souvent répété à l’humaine. “Fie-toi à ce que voit ton esprit plutôt qu’à tes yeux”. Et ce qu’il vit le fit éclater de rire.

-          Ainsi… c’est-tout ? Jubila-t-il. C’est tout ce dont est capable un descendant du terrible W’Soran ? Honnêtement je m’attendais à mieux, se moqua-t-il en reprenant son sérieux comme Scleras se renfrognait. Je vois les vents à présents, continua-t-il. Aussi sûrement que les voyait Castille. Je sais, Scleras. Je sais… que vous avez épuisé cette gamine à lever des morts dans ces cryptes, encore et encore, à les amener ici. Je sais que vous avez brûlé son pouvoir pour créer ces abominations de Khorne, mêlant nécromancie et démonologie, une prouesse que je suis plus à même de comprendre maintenant. Très impressionnant. Seulement… Seulement pourquoi avoir ainsi épuisés vos deux pouvoirs pour créer ces soldats et vous laisser aussi vide que les marionnettes de chair et d’os que vous affectionnez tant ?

Se faisant, il s’avança d’un pas sûr. Il le voyait, il le savait. Les vents refluaient autour du nécrarque tant celui-ci avait puisé dans ses réserves. Celui-ci était épuisé, mutilé. Et ce n’était pas un combattant. Il n’était plus d’aucune menace pour le dragon de sang.

-          Vous pensiez vraiment que ces créatures seraient suffisantes pour venir à bout de nous ?

-          Vous allier avec… des humains… cracha le vampire acculé.

-          Ils possédaient plus de ressources que je ne l’aurais cru, concéda Manesh’k qui se permit un regard au sorcier gémissant. Mais ils restent des humains.

-          Des humains qui ont tués Morisburg. Tu le connaissais si tu possèdes la mémoire de la fille, déclara Scleras. Et ces humains détiennent le fils impie.

Manesh’k s’immobilisa à un pas de la frêle créature. Il jeta un regard haineux au nécrarque qui le lui retourna sans concession.

-          Qu’entends-tu par-là ?

-          Regarde…

Scleras fit quelques pas de côté pour s’éloigner du vampire en armure. Il leva son bras valide et la brume envahit la pièce. Manesh’k resta impassible. Il savait désormais qu’il s’agissait d’un esprit retenu par le nécromancien qui le considérait comme une sorte d’animal de compagnie. L’ectoplasme se condensa et prit rapidement forme. Les silhouettes du répurgateur et de trois soldats de Grassenwald apparurent, entourant une cinquième personne aux membres visiblement immobilisés par quelques sorcelleries.

-          Gilnash… murmura Manesh’k en s’approchant des répliques fantomatiques.

-          Ton troisième ami a délibérément attaqué l’homme au chapeau. Et ils réfléchissent en ce moment même sur…

-          Qu’exiges-tu ? Gronda Manesh’k qui attrapa l’autre mort-vivant par les guenilles qui lui servaient de vêtements.

Il le souleva du sol, traversa la scène brumeuse et le plaqua au mur avec force. Ses épaules crispées par la frustration faisaient cliqueter son armure. Son visage n’était que haine.

-          Deviens mon nouvel esclave, lui souffla Scleras à la face en faisant preuve d’une audace étonnante, leurs fronts à quelques centimètres l’un de l’autre.

-          Ton… esclave ?

-          Bois mon sang, deviens mon serviteur, continua le nécrarque en levant son moignon. Tu…

Manesh’k éclata de rire. Un rire méprisant et à peine contrôlé.

-          Sérieusement… lâcha-t-il entre deux soubresauts.

Portant sa main libre à ses lèvres, il coinça un doigt de son gant entre ses crocs et s’en servit pour le retirer. La main à nu, il plongea les crocs dans la propre chair de son poignet. La mine orgueilleuse de Scleras se mua en panique lorsqu’il comprit ce qu’avait l’intention de faire le combattant.

-          Non je, attends nous…

-          Tu parles trop, coupa Manesh’k en le frappant soudainement à la mâchoire. Il frappa à nouveau malgré les griffures du sorcier paniqué. Au troisième coup la mâchoire céda malgré les coups de pieds de Scleras. L’avant-bras bariolé d’écorchures, Manesh’k força sur la dentition de son homologue et ignorant ses suppliques étranglées, lui rouvrit légèrement la gueule dans un nouveau craquement. Sans pitié il le força à gouter la plaie de son poignet, le liant à sa propre volonté.



-          Vous allez commettre… une grave erreur, déclara difficilement le mort-vivant entravé pieds et poings dans la paroi.

Son armure et la majorité de ses vêtements n’étaient plus que loques suite à sa transformation. Il était une cible de choix, ainsi bloqué et subissant les contrecoups de sa métamorphose.

-          Ma mort incendiera toute la région.

-           J’étoufferais moi-même ces flammes, déclara John avec gravité, un pistolet apparaissant à sa main.

-          Nous ne devrions…

-          Silence ! Aboya-t-il aux gardes. Je ne vous ai fait confiance à aucun moment, morts-vivants. Mais j’aurais cru que vous auriez l’honneur d’attendre que nous ayons nettoyés ces galeries pour nous trahir. Vous êtes une honte pour votre lignée.

Gilnash ricana, sans s’étonner des connaissances qu’il révélait concernant Abhorash et ses fils dans la non-vie. Il n’était pas courant de rencontrer des humains ayant conscience de ce que l’honneur représentait à leurs yeux.

-          Luther a une conception… très particulière de l’honneur, déclara-t-il.

-          Il sera le prochain à périr, lui assura le répurgateur en posant le revolver sur la tempe du mort-vivant.

-          En es-tu sûr ? Résonna une voix dans les ténèbres.

John fit volte-face et ouvrit le feu dans le couloir, les flashs des détonations aveuglant les soldats. Le rire moqueur de Luther leur parvint malgré leurs oreilles bourdonnantes. Jurant, John rechargea ses armes à la hâte et en quelques instants les dressa à nouveau, près à tirer.

-          Si tu savais ce dont je suis capable l’humain… susurra la voix venant à présent de l’autre côté du couloir.

-          Sorcellerie ! s’écria l’un des soldats en portant la main à une breloque sous sa cotte de mailles.

Même Gilnash contemplait les ténèbres avec étonnement. Comment faisait-il pour tromper ainsi leurs sens ? Il n’avait aucune maitrise de tels dons et… ses réflexions furent interrompues lorsqu’il se sentit s’enfoncer. Sans prévenir, les flux autour de lui se brouillèrent et avant qu’il ne réagisse, il était mi-torse dans la terre.

-          Mais que…

-          Non ! Rugit John en ouvrant le feu sur le mort-vivant qui disparut, avalé par le sol. Non non non ! Ce n’est pas possible ! hurla-t-il en plongeant les bras dans un sol à nouveau solide sur lequel il se tordit les poignets. NON !



-          Qu’il lui explique comment sortir de ces conduits. Puis qu’il transmette à l’autre crétin de sortir de là au plus vite. Je les retrouverais à l’extérieur.

Lui décochant un regard rageur, la mâchoire agencée selon un angle improbable, Scleras… obéis. La malédiction de sang faisait son œuvre et même lui ne pouvait s’y opposer. W’Soran lui-même avait découvert que lorsqu’un vampire transmettait le baiser de sang, il formait inconsciemment un lien mental empêchant son fils dans la non-vie de le menacer, voire le pliait à sa volonté. Parfois un fils parvenait à faire sauter ce verrou, mais cela restait rare et demandait énormément de temps. Le même procédé existait entre les immortels, aussi puissant qu’avec les sous-races. Comment le guerrier avait-il eu vent de cela, il n’en avait aucune idée. Il n’en avait jamais parlé à Castille…

Il hocha la tête pour indiquer que le spectre avait correctement relayé les ordres de Manesh’k. Celui-ci remit tranquillement son gant et ignora le nécrarque mutilé et brisé. Il fit mine de se glisser de côté. N’importe où mais loin du fils d’Abhorash.

-          Reste où tu es, je n’en ai pas fini avec toi.

Si la douleur ne l’avait pas retenu il aurait bien lâché un torrent d’injures et de malédictions à l’adresse de Manesh’k, mais il dut se contenter d’un regard emplit de haine. Il vit Manesh’k pivoter, se pencher sur Tristofan qui, malgré les brûlures de sa propre explosion, reprenait conscience.

-          A présent tu ne m’es plus utile, déclara le guerrier d’une voix faussement compréhensive. Et il est temps que je venge mon premier fils…

Passant la main sous la tignasse rousse du sorcier, il le souleva et le porta à ses lèvres…



Ses pupilles luisaient d’un éclat incandescent. Il franchit l’entrebâillement sans porte et observa la scène avec un mélange de colère et de joie. La destruction avait déjà été semée ici. La mort récoltée. Hochant de la tête à chaque pas, il s’approcha des deux corps, mais s’attarda bien plus longtemps sur celui au centre de la pièce. D’une pensée il matérialisa l’une de ses lames flamboyantes et sectionna la colonne vertébrale du corps calciné. Il souleva à hauteur d’yeux et étudia quelques instant le crâne noircit aux crocs brisés, la mâchoire pendant aux tempes par quelques tendons brûlés par les flammes. Son créateur était mort. Il leva son macabre trophée en direction du ciel, plusieurs couches de roches plus haut, exultant sa liberté.

Cette créature, affront au dieu du sang, l’avait rendu plus puissant qu’aucun autre de sa race. Il ne pouvait retourner au royaume sanglant contre sa volonté, quel que soit les dommages infligés à son enveloppe physique. Etudiant ses bras musculeux couverts de tatouages sombres il feula de joie. Rare étaient les Sanguinaires heureux hors du champ de bataille. Mais pour lui, ce monde entier venait de devenir SON champ de bataille. Et il entendait bien le recouvrir d’une marée écarlate.


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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 23 Jan 2014 - 9:56

Enfin la suite  banane  banane   banane  Après avoir attendu si longtemps on l'a enfin eue !!!!! Enfin, bon, on attends quand même moins longtemps que pour les suite de Thomov (enfin ce n'est pas trop compliqué aussi).

J'ai bien fait de l'attendre cette suite, rien que pour le plaisir de la lire. Pour la critique, je vais commencer par les points négatifs. En fait, il n'y en a pas. Si ce n'est quelques petites fautes de frappes par-ci par-là. Mais cela n'enlève absolument rien au texte.

Pour le points positifs, ce n'est pas trop compliqué. C'est aussi bien écrit que d'habitude. On se croirait vraiment dans l'histoire avec les personnages. J'ai particulièrement bien aimé la mort de Castille (oui je sais j'ai des goûts bizarres). En effet, elle est très bien décrite est tout est parfaitement bien suggéré. Il y a en plus le questionnement sur ce que les vampires vont faire maintenant que la "bataille" est terminée. et cela vaut aussi pour le sanguinaire. Je me demande quelle est son espérance de vie dans une ville peuplée d'humains.

Et sinon j'attends la suite avec impatience.


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PS : merci pour l'explication concernant les nécrarques.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   

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