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 Feu et Sang

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vg11k
Comte de la Crypte 2014
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Lun 29 Aoû 2016 - 23:16

Whaa j'aurais mit un an et deux mois pour rédiger et publier ce chapitre...

A noter que, comme toujours l'orthographe n'étant pas mon fort, le chapitre-marathon qui suit risque de piquer ici ou là certaines rétines affutées. Du coup, plutôt que me signaler les fautes qui m'auraient échappées dans vos réponses, je vous serait éternellement reconnaissant de me les noter par mp. Je m'engage à les corriger dans les plus bref délais et m'efforcer de ne plus les reproduire.

Du coup je ne vais pas vous faire attendre beaucoup plus longtemps. Voici la suite des aventures de Manesh'k, Gilnash et Luther à Athel Loren dans le chapitre 14 de Feu et Sang.

Feu et Sang 14


L’écorce du tronc noueux craqua en se déformant. L’arbre antique trembla sur ses racines et de la sève suinta à travers l’enveloppe déchirée. Dans un ultime crépitement d’énergie, une lumière aveuglante pulsa du cœur de l’arbre. Une légère brise se mit à souffler dans le sous-bois, attirant vers le vortex brindilles et feuilles mortes.

           Doucement, l’esprit translucide s’écarta. Les piquants de son dos s’étaient affaissés, produisant une sorte de pelage d’épines. Sans un bruit, il se tourna vers les quatre individus, attendant leur réaction d’un regard excité.

-         J’arrive pas à y croire, murmura Luther, la main sur le front pour retenir les cheveux battants contre son visage. Depuis le début ce machin pouvait nous ramener…

-         Farfadet, grinça l’elfe avec un regard noir.

Et se faisant, elle se tourna vers les deux aînés du groupe. Gilnash et Manesh’k dissimulaient mieux leur surprise que Luther. Ils étaient dubitatifs quant aux affirmations de l’infant de Gilnash : l’esprit sylvain serait capable de les ramener dans le monde réel. Mais ils devaient à présent reconnaître leur erreur de jugement.

Manesh’k fit un pas en avant, sa silhouette se découpant dans la lumière aveuglante du vortex. Sa cape était collée contre sa silhouette diminuée. Sans sa cuirasse il était bien moins imposant. Mais le croire affaiblit aurait été une grave erreur. Il se retourna, son regard écarlate sondant uns à uns ses compagnons, s’attardant de longues secondes sur Gaylria.

-         On se retrouve de l’autre côté, déclara-t-il solennellement.

Et sans une hésitation, le mort-vivant s’élança et bondit dans le portail qui irradia un instant, illuminant les vampires. Luther s’avança, jetant un œil dédaigneux à l’elfe.

-         Je te jure ma fille. Si ce machin ne nous ramène pas chez nous, je te retrouverais et te ferais bouffer tes oreilles pointues.

Gilnash grimaça mais garda le silence, plissant les yeux comme le cadet franchissait le portail à son tour. Désormais seul avec le farfadet et sa fille dans la non-vie, il soupira. Puis la dévisagea intensément.

-         Une fois de l’autre côté, cela sera terrible, la prévint-il à nouveau.

Elle l’ignora, se contentant d’observer la lumière, pulsations après pulsations. Ces rappels étaient inutiles. Par les souvenirs de Gilnash qu’elle partageait maintenant, elle revivait la métamorphose du dresseur d’oiseaux. Encore et encore. Celle-ci avait été terrible. Les citoyens de Lahmia avaient péris par dizaines lorsqu’avec Manesh’k ils avaient déferlés, toutes notions d’humanité envolée. Seule importait le nectar, doux et chaud, sucré et métallique à la fois…

Gaylria frissonna. Ces souvenirs n’étaient pas les siens. Ils provenaient des sensations d’un mort-vivant qui arpentait le monde depuis des siècles. Et quelque soient ses efforts elle ne pouvait les repousser. Ils étaient gravés dans son esprit, tout comme la vraie nature de Gilnash et ses compagnons. Et dans quelques secondes, cela serait son tour de lutter contre la bête furieuse, tapie au creux de ses veines. Une fois revenue dans le monde réel, celle-ci ferait tout pour…

-         Je te retiendrais, déclara Gilnash en devinant ses pensées.

-         Me retenir ? Peuh… Comme si tu en avais quelque chose à faire…

Mais à peine Gaylria eut-elle prononcée ces mots qu’elle les regrettait déjà. La nature du vampire coulait en elle. Sa compassion était sincère. Et il ferait tout pour l’aider. L’elfe inclina la tête.

-         Ne t’en fais pas, poursuivit-il comme s’il n’avait rien entendu. Je ne te laisserais pas tuer d’elfes.

Sans un mot, il lui tendit la main, qu’elle regarda sans mot dire. Après tout, il l’avait maudit. Cette elfe était contrainte de partager leur sort par sa faute. Et à présent elle les aidait à revenir dans son propre monde, les dieux seuls savaient pourquoi… Soupirant, il abaissa le bras.

Mais la poigne de l’elfe le retint. En silence ils échangèrent un regard. Et dans celui-ci il lut la peur, le trouble, la haine… l’amour. Bien que leurs relations aient mal commencées, même si elle souffrirait des siècles pour le choix qu’il avait fait, il était son père dans la non-vie. Et peu de liens pouvaient être aussi solides.

           Main dans la main et le farfadet à pointes sur les talons, ils franchirent le vortex et laissèrent les bois secret derrière eux.


*


D’un pas décidé la créature déboula dans une clairière de plus. Elle marqua un cours temps d’arrêt alors qu’un groupe d’oiseaux prenait la fuite, effrayé par son intrusion. Grognant, l’être recouvert de tatouages sombres balaya l’endroit du regard en quête du prochain charnier. Toutefois l’endroit ne recelait aucune proie potentielle, contrairement au précédent. Aucune excepté un primitif cervidé qui l’observait placidement.

Qu’importe décida-t-il en un éclair, prenant son élan. Les parasites, les humains et les elfes attendraient : la ruine réclamait du sang, quelle qu’en soit son origine. Le monstre poussa un feulement en levant haut ses lames incandescentes, dominant la ramure du majestueux animal. Et fut repoussé dans un tourbillon confus de chair et de fourrure.

Le démon roula dans parmi les herbes folles, mais d’un bond agile se retrouva à nouveau debout. Sous ses yeux luisants sa proie achevait sa métamorphose. Le cerf avait disparu, laissant place à un elfe encore couvert de fourrure qui se clairsemait à vue d’œil. Cependant le processus n’intéressait guère la bête écarlate : une proie s’offrait à sa lame. Avec un nouveau feulement il s’avança vers le changeforme comme celui-ci reculait lentement au centre de la trouée. Ce n’est qu’alors que les dizaines d’archers embusqués de toute pars révélèrent leur présence. Le temps que l’intrus réalise le piège dans lequel il avait posé les griffes, il fut percé d’un déluge de flèches.

Enchanteresse et seigneur de la forêt s’avancèrent hors du sous-bois comme la monstruosité écarlate s’effondrait à quelques mètres de là. Ils rejoignirent Anos, resté d’un calme désarmant malgré sa confrontation.

-         Le flair animal au secours de la magie, commenta de maître des lieux en arrachant un sourire à l’elfe solitaire. Tant de peine pour un malheureux pendentif…

-         Une  rune à ne pas négliger, souligna Warda.

Helion acquiesça. Il s’agissait du symbole du dieu du sang en personne. Une relique capable d’infirmer la magie, quelle qu’en soit l’origine. Cette chose seule avait causé plus de dégâts qu’une harde entière...

Ayant troqué l’arc contre la lance, les guerriers sylvestres encerclèrent le monstre mutilé sans échanger un mot. D’une coordination exemplaire, ils embrochèrent la créature qui eut un dernier soubresaut avant de rendre son dernier souffle. Lentement, l’éclat de ses yeux se voilà, ne laissant que deux orbites sombres et dénués de paupières.

Uns à uns, les lanciers retirèrent leurs pointes et échangèrent de brefs hochements de tête satisfait. Leurs frères et sœurs étaient vengés. Abandonnant là la carcasse impie, ils firent quelques pas en retrait et prirent le temps de contempler cette chose ayant tant fait souffrir leur forêt.

-         Quelque chose cloche, déclara cependant l’enchanteresse à ces deux compagnons, la mine soucieuse.

-         La rune, déclara Helion en faisant signe au lancier le plus proche.

Celui-ci acquiesça. Il posa sa lance et alla se pencher au-dessus de la dépouille.

-         Ce n’est pas la rune, insista-t-elle en réfléchissant à voix haute.

-         Il est mort et nous sommes en possession de son artefact, déclara Helion. Qu’y a-t-il à ajouter ?

Levant le point, le soldat exhiba le collier de chaine qu’il était parvenu à retirer malgré le crâne difforme de la bête. Warda détourna le regard en grimaçant. Puis soudain ouvrit grand les yeux, réalisant enfin leur erreur :

-         Les Sanguinaires se décomposent en flaque de sang lorsqu’ils sont révoqués ! s’écria-t-elle.

Comme pour souligner ses propos, un feulement sauvage balaya la clairière. Aussitôt les lanciers reprirent leurs armes en mains. Mais déjà le démon tatoué levait son épée ardente. Il trancha le poignet de l’elfe en un éclair et le plaqua au sol. Sa poigne griffue se referma sur le pendentif malgré les fers de lances qui dans l’instant lui percèrent le corps. Il parvint néanmoins à lever un mufle maculé de sang elfique.

Non loin de cette bataille futile et au-delà de la perception des elfes, le voile ténu de la réalité s’entrebâillait : l’offrande réclamée par le seigneur des crânes était de retour


*


-         Morts-vivants, démons, mages, nécromanciens, patrouilles massacrées… rhaaa !

Bothel secoua  vigoureusement la tête en grimpant à bonds habile hors du souterrain.  Il dépassa finalement les racines noueuses encadrant l’ouverture et arracha une touffe d’herbes longues à portée de mains.

-         Au moins tu auras passé tes nerfs sur autre chose qu’un mannequin, commenta un autre elfe sur ses talons, lui aussi recouvert de tatouages.

Le premier danseur maugréa en essuyant ses mains ensanglantées.

-         Ils n’avaient qu’à répondre plus spontanément.

A grandes enjambées la troupe nomade s’éloigna du souterrain à peine visible, encadré d’herbes folles. Mais après seulement quelques minutes en direction de la cité sylvestre, Bothel se figea. Les touffes d’herbes souillées glissèrent de ses doigts tremblants. Face aux cinq danseurs de guerre, à une vingtaine de mètres à peine, se tenait l’un de ces maudits vampires. Vêtu d’un simple pagne il leur décocha un sourire provocateur, révélant ses canines animales. Puis il s’étira négligemment en effectuant quelques moulinets des épaules.

-         Toi… gronda l’elfe… tu Oses te présenter devant nous !

-         J’ose, répondit la créature dont le sourire s’effaça lentement, les yeux brillants de colère.

Les danseurs restèrent immobiles, étudiant du regard le vampire dont l’armure avait disparue. Après quelques instants à s’étudier silencieusement, l’intrus pris l’initiative d’un pas en avant. Il eut même le culot d’inviter ses ennemis à venir l’affronter, les saluant de l’épée.

-         Nous te ramenons sa tête, adressa sobrement l’un des elfes à Bothel.

L’intéressé resta silencieux tandis que trois compagnons dégrafaient les lames pendues à leurs hanches. Ils avancèrent à grand pas et le vampire recula prudemment, impassible.

-         C’est un piège grossier, argua le dernier danseur proche de Bothel.

-         Son arrogance causera sa perte.

Il s’approcha d’un pas plus tranquille alors que ses compagnons se jetaient sur le mort-vivant. Aussitôt le bois résonna d’impacts métalliques. Les elfes tourbillonnaient avec furie, attaquant de tous les côté à l’aide de leurs six lames. Toutefois, faisant preuve de réflexes impressionnants, le vampire parvenait à les tenir en respect. Pour l’instant. Il se fendait,  esquivait et contre-attaquait avec une vigueur décuplée par l’absence d’armure pour ralentir ses mouvements.

-         C’est un combat perdu d’a…

Il s’interrompit alors qu’un farfadet voletait près d’eux, le dos hérissé de piquant. Il le suivit du regard, jusqu’à découvrir qu’un autre mort-vivant venait de faire son apparition dans cette direction. Engoncé dans une armure salement abimée, il avait son arme au poing, fulminant de rage. Bothel le reconnut en un instant : celui-ci avait survécu au lémure de la Mortourbe.

-         J’ignore comment vous êtes revenus des sentiers secrets, fulmina Bothel. Mais vous allez regretter de ne pas être restés pourrir là-bas !


*


Échappant presque à sa poigne, elle poussa un hurlement qui résonna à travers les bois. Gilnash grimaça tandis que la furie se débattait de plus belle, griffant son visage et lui labourant les côtes du coude. Alors qu’il la sentait échapper à son étreinte, il parvint enfin à identifier l’effluve. Satisfait, il s’empressa de projeter la nouveau-née enragée dans les ténèbres. Aussitôt il dégaina ses dagues, près à l’affronter s’il le fallait. Depuis les ombres elle lui jeta un regard sauvage. Elle ferait tout pour le tailler en pièce.

Cependant, le doux fumet dû enfin lui arriver aux narines. Se redressant brusquement, elle huma l’air et se désintéressa totalement de lui. Quelques secondes de plus et elle disparaissait dans les profondeurs. Dire que Luther avait flairé le sang du nain à plus d’un kilomètre... Mias qu’il ait daigné laisser cette proie à Gaylria l’étonnait plus encore que cette capacité du fils de Walach. Ou le fait de trouver un nain en ce lieu.

Doucement, les épaules du vampire s’affaissèrent. Pour le moment, il était parvenu à la canaliser. Mais pour combien de temps, il n’aurait su le dire. Le seul précédent connut était le fils de Varison, un guerrier elfe qu’il avait jugé digne de la non-vie. Mais malgré les efforts de l’antique maître d’armes, son infant était resté un animal incontrôlable. Il avait pourtant patienté plusieurs semaines avant d’éliminer ce simulacre de guerrier. A leur connaissance, aucun autre vampire n’avait tenté de transformer un elfe en un des leurs.

Revenant au présent, il se tourna vers l’elfe torse-nu qui accourait, stupéfait de trouver un mort-vivant à cet endroit. Il chassa toutefois sa stupeur, faisant tournoyer une lance autour de ses hanches. Une lance. Alors qu’il ne restait que ses dagues à Gilnash.

-         Génial, déclara-t-il d’un ton amer.


*


           -         Vous… Avez… Tué… MA… SŒUR ! hurla Bothel en ponctuant chaque mot d’une frappe sourde sur la garde du vampire dont le poignet trembla à chaque impact.

-         Mon pauvre, parvint à glisser Luther en prenant finalement du recul. Si tu savais, c’est tout le contraire.

L’elfe hurla de plus belle et tenta d’embrocher le mort-vivant. Toutefois sa lame ne fendit que de l’air, Luther s’étant déporté de côté. Sans perdre un instant Bothel enchaina d’un coup de talon aérien que le vampire bloqua du poignet. Il échappa toutefois un cri de douleur et effectua un bond en retrait, tenant son membre blessé. A l’impact, une fine lame dissimulée dans l’arrière de la chausse avait mordu sa chair. Il grimaça.

-         Quand j’en aurais fini avec toi, tu ne seras plus qu’une bouillie écarlate, ajouta l’elfe en reprenant une position de combat, la pointe à nouveau dissimulée sous son talon.

A une vingtaine de mètres Manesh’k se glissa adroitement entre deux lames verticales et assena un violent crochet du gauche à leur propriétaire. Son nez vola en éclat dans une giclée écarlate, puis il s’effondra comme une masse. D’une roulade le vampire prit du recul vis-à-vis de ses deux autres ennemis qui s’interposèrent devant leur frère inconscient.

Profitant de ce bref répit, le mort-vivant lécha le sang qui maculait à présent son poing. Les elfes tiquèrent en l’observant et chargèrent de concert. Ils ignoraient cependant que quelques gouttes écarlates représentaient une poignée de souvenirs pour un vampire.

Sans lever sa lame, il esquiva le premier assaut et d’une flexion soudaine passa sous l'arme du second. Il se permit même le luxe de faucher la cheville du premier danseur d’un coup de botte avec un craquement évocateur. Il ignora les cris du blessé et se redressa pour faire face au dernier épéiste. Il ne récolterait plus d’estafilade : il connaissait à présent les différentes manœuvres et cabrioles des danseurs de guerre. Mieux : il se savait assez agile pour les reproduire.


*


-         Par la barbe de Grimnir !

Tendant le bras à travers l’interstice, l’elfe qui venait de débouler tentait vainement d’attraper son frère blessé. Celui-ci se contentait de la défier d’un regard noir.

-         Qu’est-ce que c’est que ça ! s’écria Runtnar en se tournant vers l’autre « cellule ».

John Grenaille était lui aussi pris de court. Il avait plus d’une dizaine de vampire à son tableau de chasse. Mais là, c’était de l’inédit. Hurlant de plus belle et leur vrillant les tympans au passage, elle fit trembler les cages de bois où ils étaient enfermés. Le répurgateur doutait qu’il s’agisse de bois conventionnel : celui-ci faisait preuve de bien plus de robustesse qu’il n’aurait dû. Mais cette étrange solidité était soumise à rude épreuve. Le nouveau coup d’épaule de l’elfe enragée décrocha quelques pierres de la voûte.

- Hey saloperie ! Viens donc tâter de…

Runtnar fit un bond en arrière comme la furie se jetait sur la porte de sa cellule.

- J’éviterais de l’énerver davantage si j’étais toi, lui conseilla John sans se relever.

- Pas question que j’laisse mon frangin se faire menacer ainsi, cracha-t-il avec aplomb.

Hrugnir garda le silence, affalé contre le fond de sa propre cage.


*


Le troisième elfe s'effondra à son tour sous les coups de Manesh'k. Son regard glissa d'un corps à l'autre tandis qu'il s'étirait l'épaule, restant attentif aux éclats métallique du duel que livrait Luther. Son dernier adversaire avait profité d'un excès de confiance de sa part : une trainée sombre venait tâcher sa peau blême au niveau de l'omoplate. Cela ne l'interpellait pas outre mesure. Il cicatriserait rapidement après s'être alimenté. A peine le vampire eut-il cette pensée qu'il sentit monter en lui un besoin irrépressible. La mâchoire tremblante, il s'obligea à détourner les yeux des elfes inconscients mais bien vivants. Les trois morts-vivants ne s'étaient plus nourris depuis la patrouille militaire de la caverne, il y avait au moins cinq jours de cela. Et avaient depuis livrés nombre de combats dans cette fichue forêt. Cédant lentement, il fit un pas vers sa plus proche victime. Il pouvait sentir le sang de son nez brisé et entendre le tambour régulier du cœur niché dans sa poitrine. Il avait goutté quelques gouttes de ce nectar en plein milieu de la bataille. Un simple échantillon...

La forme translucide du farfadet fit irruption dans son champ de vision comme il se penchait pour saisir le malheureux par le cou. Le vampire grogna et le chassa du revers de la main. En vain : la créature immatérielle ne fit que passer à travers sa chair. Le picotement glacé parvint toutefois à capter l'attention du mort-vivant, l'espace d'un instant. La bête à piquants gesticulait des quatre membres, semblant indiquer une direction d'où provenaient des cris de bataille. La gueule ouverte, les crocs apparents, Manesh'k se tourna vers l'origine du tumulte. Ses yeux s'écarquillèrent en même temps qu'il réalisait la situation dans laquelle ils se trouvaient.


*


- C'est tout ce dont tu es capable, l'elfe ! s'écria Luther en s'essuyant le menton.

Bothel ne répondit pas à cette énième pique, se contentant de faire rugir l'acier. Le mort-vivant était un excellent bretteur et il semblait ne jamais vouloir se fatiguer. Toutefois le danseur de guerre commençait à lire quelques-unes des bottes du vampire. Plus leur combat durait, plus il devenait prévisible. Lui-même devait en avoir conscience, ses provocations devenant de plus en plus originales. Le danseur tatoué esquissa un léger sourire, qui se figea lorsqu'il remarqua le visage de son ennemi. Il était l'expression même de la surprise, observant un point derrière l'elfe. N'écoutant que son instinct il se jeta de côté. Une lame incandescente siffla au-dessus de lui et vint rebondir sur la garde du mort-vivant.
Bothel roula hors de portée et se redressa en position de combat, prêt à affronter ce nouvel adversaire.

- Heu...

Lentement il baissa sa lame. Sous ses yeux la bête écarlate s'acharnait sauvagement sur le vampire forcé de reculer à chaque parade face à tant de fureur. Maniant deux longues épées incandescentes, la bête tatouée ne lui laissait pas un instant de répit. Elle faisait ployer l'arrogant mort-vivant et était même parvenue à le faire taire ! Cependant ce combat restait totalement illogique : pourquoi cet animal démoniaque s'en prenait-il à son maitre avec autant de haine ? Difficile de croire que cette chose était venue à leur secours la veille lors de l'intervention de l'homme-arbre !

A bout, Luther parvint à dévier une première lame, puis à repousser l'autre, trouvant enfin une ouverture dans le tourbillon d'acier de l’aberration écarlate. L'acier s'enfonça jusqu'à la garde dans l'abdomen écailleux. Cela n'arrêta pourtant pas le monstre qui, ouvrant une gueule béante, vint planter ses crocs dans l'épaule du vampire. Il sentit la brulure infligée par les crocs acérés. Et ce malgré ses épaisses épaulières. Il hurla de douleur et dans panique lâcha son arme. Il prit le sanguinaire à la gorge de son bras blessé. Lorsqu'il avisa l'épée levée du monstre, Luther parvint à se tourner de côté. Il attrapa de justesse le poignet directeur de sa main libre et arrêta le coup mortel à quelques doigts de son visage. La chaleur dégagée par l'arme lui fit plisser le regard tandis qu'il sentait la mâchoire infernale assurer sa prise, labourant sa chair. Il cria de plus belle.

Oubliant toute prudence, Manesh'k percuta la créature de tout son poids et l'envoya bouler à deux mètres de là. En un éclair il fut à nouveau debout tandis que la bête roulait d'un coup de rein, tel un molosse piégé sur le dos. Luther poussa un gémissement à ses pieds, agrippant son épaule meurtrie. En feulant, la bête se redressa, ivre de colère. Et, sans qu'elle paraisse ressentir une quelconque douleur, retira de son ventre l'arme de Luther. Elle la jeta de côté avec négligence.

Manesh'k esquissa une grimace en observant le rejeton de Scleras. Il eut tout le temps de l'examiner feuler et agiter sa langue insidieuse. Cette chose avait grandi depuis Grissenwald. Combien de personnes avaient été saignées ? Plus important : combien de fois faudrait-il tuer cette horreur pour qu'elle cesse de se relever ? Sa grimace devint un masque de colère et il gronda à son tour, retroussant les lèvres pour révéler ses canines. La chaine au cou de la bête carillonna lorsque tous deux chargèrent pour se livrer à une lutte mortelle de plus.


*


Gilnash se recroquevilla, dissimulé parmi les branches. De sa position en hauteur, il pouvait surveiller l'ensemble de la scène. La créature de Scléras ferraillait avec Manesh'k qui avait la situation en main. Plus ou moins. Ils s'éloignaient du guerrier elfe. Celui-ci suivait attentivement le combat, attentif à chacune de leurs passes d'armes. De son côté Luther se relevait, visiblement secoué. Il en avait vu d'autres, il se remettrait. L'essentiel était que ce bourbier ne se déplace pas vers la cachette des elfes où Gaylria se sustentait.

Une poignée d'elfes déboula alors : quelques archers et un lancier, ainsi que les trois individus restés en retrait lors de l'échauffourée de la mare tourbeuse. Leurs vêtements singuliers étaient maculés de sang pour la plupart d'entre eux. Ils s'immobilisèrent en découvrant la scène, les archers hésitant sur la cible à viser : les deux belligérants ou le mort-vivant blessé en retrait ? Gardant son sang-froid, Gilnash se glissa sur une autre branche aussi discrètement que possible. Il fallait qu'il se rapproche de ces nouveaux arrivants.

La sorcière à la tenue diaphane qui les avait bannis dans ces bois étrange était parmi eux. Elle était leur échappatoire pour quitter cette foutue forêt. Évoluant aussi vite que la voute sylvestre le lui permettait, Gilnash remarqua d'autres mouvements derrières les archers. S'agissait-il d'autres elfes ? Il s'immobilisa un instant. Et jura.


*


- Je croyais que vous vous occupiez de cette chose, railla Bothel comme les nouveaux venus le rejoignaient.

Il perdit toutefois sa mimique hautaine en remarquant les tenues poisseuses de plusieurs archers. Helion lui-même avait le flanc écarlate.

- Plus tard les questions, coupa son père. Qu'est-ce que ce... que... que ce bordel ? Je croyais qu'ils étaient prisonniers des bosquets secrets ?

Qu'il choisisse un terme humain en disait long sur l’incohérence même qu'était cette scène. Warda haussa les épaules. Elle n'avait aucune réponse à fournir quant à la présence des deux morts-vivants. D'un signe de la main Helion ordonna aux archers de lâcher leurs flèches. Démon comme morts-vivants devaient mourir, pour de bon.  Toutefois dans un tourbillon de plume, une buse fusa de nulle part et lâcha un cri perçant. Elle écorcha le poignet de l'un des archers comme il relâchait sa corde, déviant le tir. Les autres traits fusèrent et touchèrent le démon qui, fait improbable, se trouvait interposé entre Manesh'k et les elfes à cet instant. Luther quant à lui les évita de justesse d'une roulade, alarmé par l'intervention du rapace. Sous une pluie de flèches il courut s’abriter derrière un tronc massif sans demander son reste.

- Par Loec ! s'écria l'archer en agitant les bras pour faire fuir l'oiseau fauteur de trouble. La forêt elle-même a perdu la raison !

- Tu ne saurais pas si bien dire, déclara Anos en suivant du regard de nouveaux arrivants.

Sans un mot de plus les archers s'immobilisèrent. Les elfes baissèrent lentement leurs armes. Plusieurs humanoïdes les dépassèrent, composés de ronciers animés, de lianes vertes et d'épaisses branches noueuses.

Sans prononcer un mot ils se postèrent entre les elfes et les deux combattants. Tout à leur lutte mortelle, aucun des deux ne remarqua les dizaines de dryades qui se déployaient autour d’eux. Aucune cependant ne semblait vouloir intervenir. Ce n’est qu’entre deux passes d’arme, prenant un peu de recul, que Manesh’k réalisa l’arène que les diables de bois avaient déployés autour de lui. Insouciant, le monstre écarlate feula de plus belle, se préparant à bondir sur le vampire. La secousse qui suivit l’en dissuada toutefois.

Tout comme la fois précédente, le béhémot d’écorce apparut de nulle part. Il n’eut pas besoin de rompre la ligne d’esprits inférieurs. Sans perdre un instant il chargea et balaya les protagonistes avec la force d’une avalanche d’un long fouet végétal. Si Manesh’k parvint à bondir par-dessus celui-ci, le démon n’eut pas cette chance. Il alla s’encastrer dans un tronc à une dizaine de mètres de là dans une pluie écarlate. Sans attendre nombre de créatures des bosquets se ruèrent sur sa dépouille.

Sur le qui-vive, Manesh’k se redressa et fit face. Gusternum mesurait facilement cinq fois sa taille et était infiniment plus lourd que le vampire. Ramenant ses membres près du buste, le mastodonte inspira un instant avant de pousser un grondement rauque. Il cracha à nouveau un nuage de poussière orange. Celui-ci entoura le mort-vivant sans qu’il ne tente de s’y soustraire.

La peau de Manesh’k et la végétation autour de lui se teinta d’une couleur orangée, proche du fer rouillé. Il gardait son sang-froid, prenant soin d’étudier la créature colossale. Cette chose avait des fouets imposants soudés aux poignets, pas des lianes mais plutôt de longues branches de saules aux feuilles assez acérées pour creuser le sol lorsqu’il les ramenait près de lui. Il devait à tout prix éviter de se faire faucher, songea-t-il. Même les facultés régénératives d’un mort-vivant ne lui permettraient pas de survivre à un coup pareil.

Alors que lentement la brume ocre se dissipait, Manesh’k perçut le regard vert et étincelant de l’homme-arbre. Calmement il marcha de côté afin de bien être visible, levant avec insolence son épée intacte. La lumière émeraude à huit mètres de haut pulsa de colère sous la provocation.  Frappant le sol du pied, Gusternum beugla de rage au visage du mort-vivant qui en ressentit les vibrations jusque dans la mâchoire. Néanmoins il avait pu apercevoir ce qu’il désirait. Le corps entier du colosse était recouvert de morceaux d’écorces noueuses qu’il devinait aussi solides que la pierre. Néanmoins sur son flanc gauche l’une de ses écailles végétale manquait : les lames incandescentes du démon tatoué avaient laissés deux profonds sillons dans sa chair.

Perdant toute retenue le seigneur des bois chargea à nouveau, à une vitesse stupéfiante pour son envergure. Il frappa le sol où se tenait Manesh’k avec la force d’un marteau divin, son poing s’enfonçant profondément dans l’humus forestier.  Il s’était déjà dégagé alors que Manesh’k terminait sa roulade de côté et le faucha du même bras. Cette fois le vampire sauta au-dessus, juste pour voir s’abattre le second fouet aux feuilles acérées. Mais d’une nouvelle roulade en avant il se glissa sous l’allonge de l’homme-arbre. A portée de lame du tronc. Et de la brèche dans l’armure naturelle du géant. Il esquissa un sourire en portant un coup meurtrier qu’il savait décisif. Et l’acier Lahmian ricocha lamentablement contre le bois vivant. Quelques échardes furent arrachées tout au plus. Il tituba un instant,  les muscles déchirés par le contrecoup. Aurait-il frappé un rocher qu’il l’aurait brisé en deux. Mais Gusternum n’était pas fait de pierre. Et un rocher n’aurait pas projeté le vampire au loin d’un coup de pied.

Bousculant soudain un esprit sylvain absorbé par le duel, Luther se précipita entre Gusternum et le vampire à terre. Aussitôt les esprits de la forêt s’élancèrent vers lui, prêts à tailler en pièce les mort-vivants déjà blessés. Le rugissement du plus ancien des gardiens de la forêt les en dissuada cependant comme Luther s’interposait.


*


Gilnash étudia avec stupeur le géant d’écorce faire reculer les esprits inférieurs. Clairement il dirigeait la horde de diables des ronces. Et il ne tolérait pas que l’on intervienne dans son combat. Spectacle rare, même aux yeux des elfes, les dryades reculèrent docilement, s’inclinant avec déférence devant leur doyen et reformant leur cercle. Soudain plusieurs d’entre elles poussèrent des cris aigus attirant l’attention générale. Tranchant des membres plus épais que la cuisse du vampire comme s’il s’agissait de brindilles, le démon écarlate brisa le cercle tout juste reconstitué. Et sans plus se préoccuper davantage des esprits d’écorce il chargea droit sur l’homme arbre en brandissant ses deux épées incandescentes.

Gusternum l’intercepta aussitôt d’un revers, ses lianes-fouet  sifflant pour venir balayer le démon. Mais celui-ci frappa des deux lames avec toute la force conférée par son élan. Un bras écarlate vola d’un côté, le poing toujours refermé sur la garde de son épée démoniaque. Et une masse confuse de lianes et de branches roula dans l’herbe. Ignorant sa propre blessure, la bête écarlate se releva et beugla de satisfaction comme Gusternum effectuait un pas en retrait, ramenant son membre blessé près de lui. Ses longues branches souples avaient été tranchées net à mi- longueur, un filet de sève gluante s’écoulant des plaies en partie cautérisées.


*


- Tirer la moindre flèche serait lui voler ses proies. Dans l’état où il se trouve il ne le tolérera pas, contesta Anos en secouant la tête, bras croisés sur son torse.

- Mais vous voyez bien que ce démon va en faire du petit bois ! s’écria Bothel en levant les bras au ciel. Cent nains n’ont pas pût l’approcher, mais voyez les blessures qu’il lui a causé en seulement deux coup d’épées !

- Nous en sommes conscient, le tempéra Warda en grimaçant comme Gusternum subissait une nouvelle estafilade. Mais nous ne pouvons rien faire de plus.

- N’importe…

- Par Isha, Bothel ! céda l’enchanteresse. Il vient de massacrer plus d’une vingtaine de nos soldats sans afficher la moindre blessure ! Combien d’autres veux-tu…

- Il y a un moyen, intervint Anos d’une voix calme. Sans le médaillon qu’il porte autour du coup, tu devrais être en mesure de le bannir dans les bosquets secrets.

Il avait prononcé ces mots en s’adressant à l’enchanteresse. Toutefois son visage était tourné vers le guerrier.

- Son médaillon ? répéta Bothel sans comprendre.

- C’est un talisman, un don du dieu sombre, Khorne lui-même, reprit l’enchanteresse. Et tant qu’il la portera il sera imperméable à la magie, quel que soit sa forme.

Devant l’air ébahi du danseur de guerre, Anos expliqua en décroisant les bras :

- Regard de la forêt, magie primitives des hommes ou bannissement dans d’autres mondes, énuméra-t-il en insistant sur ce dernier point. Rien de fonctionnera sur lui tant qu’il portera cette chose. Et crois-moi ce n’est pas faute d’avoir essayé de le lui retirer.

Sans participer au débat, Helion contemplait la lutte entre l’homme-arbre et l’avatar démoniaque, la mine de plus en plus sombre. Ils avaient échoués jusque-là. L’imposant homme-arbre en payait le prix fort. Combien d’autres vies ces envahisseurs allaient-ils faucher ? La mâchoire crispée, il enrageait. Blessé ou non, quel seigneur était-il donc pour regarder son peuple et ses alliés mourir en vain ?


*


Le vampire grimaça depuis son perchoir. La situation leur échappait totalement. Mais ce que venait de déclarer l’elfe presque nu fit germer une idée dans son esprit. Un bruissement proche l’alarma brusquement. Quelques oiseaux s’envolèrent tout autour comme plusieurs incarnations de bois et de liane approchaient, se glissant de branches en branches comme il l’avait fait plus tôt. Pris au piège, il n’avait plus qu’à espérer que cette idée porterait ses fruits. Tentant le tout pour le tout, il se laissa tomber dans le vide.

Bothel sursauta lorsqu’une forme sombre chuta parmi eux depuis les branches hautes. Tous les elfes firent volte-face, les mains crispées sur leurs armes pointées vers… Warda.

- Que…

- Un geste et je l’égorge, menaça  Gilnash sans préambule. Qu’il s’agisse d’elfe ou de farfadet.

En un éclair il avait glissé sa dague sous la gorge de l’enchanteresse. Il lui attrapa le poignet de sa main libre et lui bloqua dans le dos, la forçant à se cambrer tout en lui relevant le cou avec sa lame.

- Silence. Je parle, imposa-t-il comme Bothel s’apprêtait à prendre la parole. Nous avons peu de temps donc je serais bref. Warda, dis-moi combien d’elfes avons-nous tués.

Elle inspira avec difficulté, l’ensemble des témoins prêts à  bondir sur le mort-vivant au moindre mouvement.

- Une tren…

- Pas la bête écarlate ! coupa-t-il aussitôt. Les vampires.

- Vous… vous…

- Aucun ! répondit-il à sa place, pressé par le temps. Nous n’avons tué personne depuis notre intrusion, qu’il s’agisse d’elfes ou d’arbres !

- Ma sœur…

- Ta sœur a été blessée par une dryade ! coupa-t-il à nouveau avec un regard noir au danseur de guerre.

Il désigna brusquement l’homme-arbre et son opposant de la dague.

- Nous sommes entrés sur votre domaine par hasard, s’écria-t-il. Pas pour vous nuire. Ce monstre là-bas nous y a suivis mais n’est pas des nôtres ! Nous le combattons depuis plusieurs semaines déjà !

- Qu’est-ce qui nous prouve que tu dis vrai ? demanda posément Helion, étudiant le mort-vivant avec intensité.

- Nous sommes revenus de vos bosquets secrets avec l’aide de ce farfadet, déclara Gilnash du tac-au-tac en désignant l’esprit aux piquants qui justement voletait là. Crois-tu qu’il nous aurait ainsi ramenés si nous avions souillé sa forêt adorée ?

- Je n’en crois pas un mot, cracha Bothel. Vous n’êtes…

- Il dit vrai, intervint Warda, les yeux grand ouvert d’étonnement. Ce farfadet leur a ouvert un passage de retour !

- Qu’attends-tu de nous dans ce cas-là, vampire ? questionna enfin Anos.

Gilnash lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Le changeforme avait de nouveau les bras croisés et semblait particulièrement calme malgré la position peu confortable de l’enchanteresse.

- Je veux une voie de sortie. Pour mes compagnons et moi. En échange, nous vous débarrassons le démon de son collier, ajouta-t-il en devançant leurs réclamations. Warda n’aura plus qu’à le bannir dans vos bosquets. Puis elle nous ouvre un chemin dans les Racines du Monde et vous n’entendrez plus parler de nous.

- Les racines du… comment… ?

- Comment es-tu au courant pour les Racines, compléta Helion en perdant pied.

- Il le sait car Gaylria est vivante, devina Anos d’un ton qui trahissait sa propre surprise,  dépliant les bras.

Le regard d’Helion alla de Warda à Anos, puis Gilnash. Celui-ci soutint son regard le temps d’un battement de cœur, puis hocha gravement la tête.


*


- Vous pouvez en venir à bout ? Interrogea Bothel d’un ton trahissant son scepticisme.

- Ils étaient trois à l’origine, confia Gilnash. Celui-ci est le dernier.

- … Si tu as mentis pour ma sœur je…

Sans attendre la fin de ses menaces, Anos les dépassa et effectua un bond impossible pour un elfe normal. Toutefois il n’était pas un elfe normal. Et les dryades furent prises de vitesse lorsqu’il vola au-dessus d’elles. Et le temps qu’elles réagissent, les deux agiles combattants dans son sillage avaient également franchis le mur de bois animé qu’elles formaient.

Le danseur de guerre poussa un rugissement de colère en déboulant le premier sur les deux belligérants. Démon écarlate et homme-arbre se tournèrent vers lui l’espace d’un instant. La lame incandescente siffla, mais le combattant se glissa sous l’arc de cercle de l’épée. D’un coup violent au thorax il envoya la bête rouler-bouler en arrière puis se redressa en grimaçant de colère. Dans son dos, le fouet végétal ondula telle une punition divine pour être intervenu dans ce combat.

Jusqu’à ce qu’une masse de chair colossale n’ébranle l’homme-arbre. Gusternum fit un pas en retrait, déstabilisé par l’impact. Son agresseur retomba sur deux pieds nus, ses avant-bras terminés par des sabots. Mais la matière de ces derniers s’effrita, vite remplacée par des doigts fins. Les cornes bovines à peine émergées du front d’Anos furent avalées par ses tempes. Gusternum le dévisagea quelques secondes, secoué par l’intervention du changeforme. Sur le côté le danseur de guerre se jetait sur l’ennemi écarlate, lui dérobant sa proie. Un mugissement bestial ramena toutefois son attention sur son auteur, le métamorphe. Aussi lorsque l’homme-arbre furieux prit son élan dans sa direction, Anos tourna les talons sans demander son reste, entamant une nouvelle transformation sans avoir terminé la précédente.


*


- Nous allier aux elfes ? Tu te fou de nous ? s’écria Luther en aidant Manesh’k à se relever.

Mais la jambe du vampire céda sous son poids et il retomba dans les bras de son neveu en gémissant. La frappe sourde que lui avait assénée l’immense gardien sylvestre avait ravagée son corps. Ironiquement, l’intervention de l’invocation écarlate lui avait probablement sauvé la vie… Sur cette pensée, son regard se posa sur le fouet végétal, hérissé de véritables lames végétales. Tranché par l’aberration de Scleras, il suintait une sève ambrée là où l’épée brûlante avait frappé.

- Tu as une meilleure alternative pour quitter ces lieux en un morceau ? répliqua Gilnash.

- Je…

Le béhémot d’écorce interrompit les morts-vivants d’un grondement sourd en soulevant d’énormes mottes de terre. Sa proie, une sorte d’humanoïde aux membres de chèvres, venait de faire volte-face entre ses jambes massives. S’élançant à une vitesse stupéfiante malgré son poids, Gusternum reprit en chasse l’elfe plein de ressources.

- Fais-moi confiance Luther, reprit Gilnash. C’est notre seule échappatoire.

- Et eux, maugréa-t-il en désignant Helion et ses archers de l’autre côté de la ligne de dryades.

- Ils n’interviendront pas, répondit Manesh’k en se redressant malgré la douleur. Leur berger est blessé, tout comme la plupart de ses suivants. Ils ne prendront pas le risque de s’attirer le courroux de leur monstre ou de celui de Sclèras. Le sale boulot nous incombe.

Gilnash confirma d’un signe de tête sans réagir au mépris à peine voilé à l’égard d’Helion.

- Je vais récupérer Gaylria. Retirez son collier à cette créature, posa-t-il. Je…

- Le démon est à moi, plaça Manesh’k avec autorité, les crocs saillants.

L’ornithologue l’étudia un instant. Un tibia, un poignet et de multiples côtes brisées. Dans un tel état il n’avait rien à faire sur un champ de bataille. Néanmoins il connaissait ce regard qu’avait son frère dans la non-vie. Rien de ce qu’il dirait ne pourrait le faire changer d’avis


*


La lame s'abattit sur le crane de l'elfe surprit... et l'aspergea d'étincelles lorsque l'acier Lahmian intercepta le coup fatal. Le démon tourna sa face vers l'indésirable trouble-fête. Manesh'k tenait son arme de la main gauche, la mâchoire crispée sous l'effort comme la créature continuait d'appuyer sa frappe. En poussant un grognement la bête attaqua de sa seconde lame et le vampire dû se jeter en arrière pour ne pas être tranché en deux. D'une roulade maladroite il se releva en prenant appuis sur sa jambe valide, juste pour découvrir la créature tatouée au-dessus de lui, les deux lames brandies.

C'était sans compter le danseur de guerre qui virevolta entre eux deux. Son coup de pied vint cueillir la bête en plein estomac et la rejeta en arrière.

- Reste en dehors de cela, vampire, cracha Bothel.

Le guerrier blessé ravala une réplique cinglante. Son intervention avait failli être sa dernière passe d'armes. Alors que le monstre écarlate revenait à l'assaut avec un sifflement bestial, Bothel vint à sa rencontre et leur ballet mortel reprit. Manesh'k enrageait silencieusement de n'être que témoin de ce combat. Ses blessures en faisaient plus un poids qu'une aide réelle pour l'elfe. Ce dernier était doué, il bougeait et frappait avec adresse et passait régulièrement la défense du démon. Il ne s'attardait pas toutefois, conscient qu'un coup mortel ne permettrait pas de triompher. Mais malgré ses efforts il ne parvenait pas à arracher l'amulette impie à son propriétaire.


*


Anos se retrouva finalement face à un mur de dryades. Elles formaient une muraille qu’il ne pourrait franchir. Et ce quelque soit sa transformation, en supposant qu’elles lui laissent le temps de changer de peau. Un grondement sourd derrière lui confirma cette supposition. Grimaçant, il se retourna, près à essuyer la colère de l’homme arbre.

Vouté au-dessus de l’elfe, l’esprit vénérable marquait un temps d’arrêt. Quelles pouvaient être les questions tourbillonnant derrière ce regard émeraude, le retenant d’écraser l’elfe ? Anos n’en avait pas la moindre idée. Après tout, Gusternum n’avait de comptes à rendre qu’à lui-même…

Brusquement, une branche vint rebondir contre l’épaule de l’homme-arbre.

- Tas d’écorce, vient donc voir de quel bois je me chauffe !

Sous le regard médusé de l’elfe, le troisième vampire faisait de grands signes provocateurs. Et son persiflage porta aussitôt ses fruits : se détournant du changeforme acculé, Gusternum prit en chasse le mort-vivant qui tourna aussitôt les talons.

- Il ne manque pas de culot celui-là, commenta Anos avec un regard pour les dryades, elles aussi tournées vers le vampire.

Il venait vraisemblablement de lui sauver la vie…


*


Bothel arma une frappe croisée de haut en bas. A nouveau l'arme incandescente para et dans un éclat métallique la lame elfique se brisa. Sans perdre un instant, l'elfe inversa sa frappe et, criant, trancha le poignet du monstre de son arme brisée avant de parer la seconde qui s'abattait. Il roula en un éclair, soucieux de remettre de la distance entre la bête amputé et lui.

L’elfe encaissa le nouvel assaut de son adversaire. Lui retirer une arme ne semblait qu'avoir décuplé sa fureur. Aussi s'acharna-t-il sur Bothel une fois de plus. Or celui-ci commençait à montrer des signes de fatigue. Il écarta une fois de plus l'épée démoniaque. Dans l'enchainement, il enfonça l'arme brisée dans l'abdomen tatoué en poussant un cri de victoire.

Aussitôt la seconde main griffue de la créature jaillit. Dans un feulement de colère, le monstre laboura le visage de Bothel qui fut projeté de côté sous la force du coup. Ignorant sa propre blessure, le monstre se dressa de toute sa hauteur, dominant l'elfe à terre. Sa seconde lame était réapparue à son poing, pourtant tranché quelques instants plus tôt. Feulant de joie, il leva le bras pour enfin l'achever.

Mais une fois encore l'épée Lahmianne jaillit. Dans une éclaboussure écarlate, la tête du monstre vola de côté tandis que le médaillon tombait au sol dans un son métallique. En un instant le corps décapité pivota pour pourfendre cet importun. Mais sans attendre, le vampire opportuniste roula sous la lame brûlante et, allongé sous le démon aveugle, jeta le talisman au loin. Sans attendre il rampa dans une autre direction, peu désireux d’être à nouveau projeté dans une autre dimension.


*


- Warda ! s’écria Helion alors que leur cible décapitée posait la griffe sur les cornes de sa propre tête.

Tout comme le vampire à terre, le seigneur elfe se tourna vers l’enchanteresse. Toutefois celle-ci n’avait pas perdu un instant. Les yeux clos elle articulait à toute allure les syllabes de son incantation. Un souffle de vent agita sa chevelure et sa robe diaphane lorsqu’elle canalisa son sort. D’instinct les dryades se tournèrent vers elle. Et l’instant suivant, un violent flash lumineux aveugla l’ensemble des personnes présentes, qu’elles soient elfes, vampire ou esprit.


*


- Ils ont réussis, se félicita Anos bien qu’encore aveuglé.

Grace à ses sens affutés il avait aussitôt remarqué la disparition de leur ennemi. En revanche, le changeforme ne devina pas la poigne immense qui pourtant le plongea dans l’ombre. Loin d’être hébété, Gusternum se saisi de l’elfe qu’il leva haut-dessus de lui en poussant un mugissement de colère. Puis, comprimant le malheureux dans sa poigne de fer, il frappa violemment du poing sur le sol en projetant de la terre dans toutes les directions. Il  se redressa à nouveau. Puis libéra enfin l’elfe inconscient qui roula comme une marionnette sans fils. Enfin débarrassé de cet importun, il chercha du regard les profanateurs de sa forêt.


*


- Anos ! s’écria Warda en portant les mains à sa bouche.

Elle fit mine de vouloir lui porter secours, mais Helion s’interposa.

- Il va mourir si je ne le soigne pas rapidement ! protesta l’enchanteresse.

Mais l’elfe secoua la tête.

- Vous mourrez dès lors que vous tenterez d’approcher les esprits de Loren. C’est déjà un miracle que lui et Bothel…

Il réalisa soudain que son fils ne se relevait toujours pas après avoir été projeté au sol. Il était pourtant certain que le démon ne l’avait pas blessé avant de disparaitre.

- L’esprit vénérable, commenta l’un des membres de sa garde.

Le regard d’Helion glissa jusqu’à l’homme-arbre. Celui-ci avait remarqué la disparition de son adversaire écarlate et fulminait. Jusqu’à apercevoir les deux vampires encore présents, côte à côte.

- N’intervenez en aucun cas, déclara-t-il après un instant.

- Mais… et vos enfants ?

- Bothel n’est pas la cible de Gusternum. Quant à Gaylria…

- Le sort de votre fille se trouve entre les mains de ces vampires, lui rappela l’enchanteresse avec un regard noir.

Helion grimaça. Mais n’ajouta rien et se contenta de regarder le géant s’avancer vers les mort-vivants déjà blessés.


*


- Curieuse coutume, commenta Manesh'k avec ironie en observant le corps d’Anos.

Il esquissa toutefois une grimace en se tenant les côtes.

- Hey, protesta aussitôt son neveu. L'humour déplacé c'est mon domaine, pas touche !

Mais les deux vampires cessèrent leurs plaisanteries d’un bloc lorsque Gusternum beugla en venant à la charge. Le sol tremblait à chacun des pas de l’homme-arbre furieux.

- Retiens le un instant, déclara brusquement Manesh’k en faisant volte-face.

- Quoi ?

Pris au dépourvu, il faillit être écrasé par l’assaut brutal. Mettant de côté toutes son expérience de combattant, il prit la fuite. Hurlant comme un dératé en agitant son bras valide. En un éclair le béhémot fut à nouveau sur ses talons, projetant des mottes de terres en l’air à chacun de ses pas.


*


John n’avait plus de mots. Après une ultime bourrade, les barreaux de la cellule avaient cédés. En un éclair la vie du nain c’était envolée. Ce nain qu’il avait entrainé dans ce bourbier…

L’elfe-vampire arracha une nouvelle bouchée sanguinolente au cadavre, savourant son festin. Hrugnir, d’habitude si taciturne, l’avait longuement injuriée et maudit dans sa propre langue. Mais lui-même était abasourdit par cette scène macabre. Son frère, réduit en charpie, était lentement dévoré par cette créature infernale. Ses lèvres s’agitaient dans le vide tandis que les larmes imbibaient sa barbe.

Seul John remarqua l’arrivée discrète d’un nouvel individu avant qu’il ne prenne la parole.

- Je suis désolé.

En un éclair l’elfe méconnaissable fit volte-face et se jeta sur son ainé qui l’accueillit d’un violent crochet du droit. Gaylria s’ébroua en hoquetant de surprise, puis se redressa. Mais déjà le vampire était dans son dos. D’un coup sec mais particulièrement violent à la nuque, il l’envoya mordre la poussière. Cette fois-ci toute la fureur de la mort-vivante  fut insuffisante. Elle sombra dans l’inconscience.

- Toi… murmura John en se redressant. TOI !

Gilnash se tourna vers le répurgateur. La surprise fut perceptible dans son regard l’espace d’un instant. Puis il alla de la dépouille au second nain emprisonné.

- Je suis désolé, répéta-t-il en essuyant les lèvres et la gorge de Gaylria, maculés de sang.

- J’ai cru en vous ! s’écria le répurgateur en secouant ses barreaux. J’ai combattu à vos côtés et vous ai fait confiance ! Mais vous n’êtes au final que des monstres ! J’aurais dû vous exterminer jusqu’au dernier lorsque j’en ai eu l’occasion !

- Peut-être aurais-tu dû, en effet, répliqua le vampire d’une voix sombre en soulevant sa fille dans la non-vie.


*


- Quoi que tu ais l’intention de faire, fais le vite ! hurla Luther en faisant brusquement demi-tour.

Se faisant, il parvint à éviter le fouet de l’homme-arbre et à le prendre de vitesse. Bien plus massif, celui-ci continua en avant sur quelques pas avant de reprendre sa poursuite.


*


Le liquide lui brûlait la langue et les lèvres. Et chaque gorgée était comme avaler du métal en fusion. Manesh’k se força toutefois à aspirer une gorgée de plus avant de jeter de côté les lianes tranchées, puis tomba à genoux. Comme il l’avait imaginé, la sève de cette créature était plus saturée en magie qu’un nain en bière un soir de fête. Il la sentait se répandre à travers ses veines, couler jusqu’à ses muscles et lui embraser les artères. La mâchoire crispée à s’en briser les crocs, il tourna son visage crispé vers ce ciel étrange qui régnait en Loren. La douleur était atroce, plus violente encore que la première fois où il avait éprouvé la morsure du soleil…

Lancinant, il chuta de côté mais se rattrapa  en posant la main au sol pour ne pas s’effondrer. Abruti par la douleur, il eut toutefois un sourire difficile : il c’était rattrapé sur son poignet brisé. Son poignet brisé qu’il sentait cuire sous sa peau, comme le faisaient chacun de ses os lorsqu’ils se ressoudaient. Et ce depuis sa renaissance des siècles plus tôt. Au détail près que jamais la brûlure n’avait été aussi intense. L’énergie contenue dans la sève de cette créature ivre de magie brute guérissait ses blessures à une vitesse effarante !

Il se redressa péniblement alors que la sensation se dissipait, puis porta un regard nouveau sur la clairière. Il distinguait parfaitement Luther, poursuivit par la monstruosité végétale. Ainsi que l’entité qui l’habitait. Celle-ci transpirait littéralement à travers l’écorce. Tout comme les créatures de bois et de ronces les entourant, bien qu’à une échelle inférieure. Il percevait également la multitude d’esprits inférieurs, comme celui à pointe et les deux rencontrés au cairn. Les farfadets pullulaient littéralement autour d’eux. Il était effaré de ne les remarquer que maintenant. Et plus loin, les elfes avec la sorcière qui irradiait elle aussi une douce lueur. Mais plus que tout, il percevait ces flux ambiants, tout autour d’eux, comme des torrents dévalant depuis la canopée pour s’enfoncer dans le sol ici et là.

- Manesh’k !

Le cri de Luther l’arracha à sa contemplation béate. L’homme arbre s’apprêtait à se saisir de lui. Luther. Son neveu. Son compagnon. Son ami. Son frère d’arme. Avec violence il repoussa sa fascination arcanique pour laisser place à une seule pensée, un seul objectif. Terrasser ce géant.
Puis son regard se posa sur son épée Lahmianne. Celle-ci n’avait fait que rebondir sur l’écorce. Mais pas l’épée démoniaque qui reposait à quelques pas de là. Mais lorsqu’il tenta de s’en saisir, il senti la magie profane le repousser avant même qui porte la main dessus. Il ne pourrait pas se servir de l’arme incandescente pour combattre l’homme-arbre. Néanmoins, il c’était récemment accaparé les souvenirs d’un sorcier à Grissenwald. Ainsi qu’une fraction de son pouvoir. Tristofan aurait su générer un sort similaire. Avec la puissance qui coulait pour le moment dans ses veines, pourrait-il réaliser un tel exploit ?

Il porta un doigt à hauteur de son regard. Aqshi. Le vent flamboyant. Noyé dans cette forêt verte, étouffé par cette atmosphère unique, il appela de tout son cœur le vent ardent. Jusqu’à ce qu’une légère étincelle lui crépite au bout du doigt. Il leva alors son arme.

- Je dois coller, pas consommer, se répéta-t-il en faisant lentement glisser ses doigts sur l’acier Lahmian.

Il esquissa progressivement un sourire, tachant de rester concentré. Dans le sillage de son index, le métal virait au blanc et dégageait une chaleur similaire à l’arme du démon. Il voyait clairement l’aura écarlate le long de son arme, qu’il n’aurait d’ailleurs pas perçue une semaine plus tôt. La chaleur ne le blessa pas lorsque, satisfait, il pointa son arme à présent enchantée en direction de l’homme-arbre.

- Troisième duel, déclara-t-il solennellement. Le vainqueur remporte tout.

Et il s’élança à toute allure. Il croisa Luther qui ne l’avait pas vu venir en sens inverse et intercepta le fouet végétal comme l’avait fait le démon plus tôt, lame en avant. La frappe latérale le fit glisser dans l’herbe sur plus d’un mètre mais le vampire tint bon. Il senti ses épaules trembler sous la force du choc et fut finalement repoussé de côté. Il parvint toutefois à conserver son équilibre et un sourire carnassier se dessina sur son visage. Si son sort flamboyant n’avait pas la même efficacité que les épées démoniaques, il venait tout de même d’atteindre le poing gauche de son adversaire. Plusieurs lianes acérées gisaient au sol en fumant. Il devait toutefois se hater car son sort grossier pouvait se dissiper de lui-même à tout moment.

Gusternum ne s’attarda pas sur cette nouvelle blessure. Il balaya de plus belle, plus enragé encore qu’il ne l’était déjà. D’un bond leste, le vampire grimpa sur le membre de l’homme-arbre fusant vers lui et dans la foulée escalada son épaule déjà mutilée. Manesh’k effectua un nouveau saut comme son adversaire se redressait.  D’un coup de rein le vampire fit volte-face dans sa descente. Face au dos du colosse.

- Aqshi ! hurla-t-il en labourant l’écorce de Gusternum de l’épaule à la hanche, avant d’achever sa chute d’une roulade.

Il se releva en un éclair et chargea de plus belle. L’imposant béhémoth ne lui faisait pas encore face que déjà il glissait sur l’herbe. Il se faufilait entre les jambes du géant et s’écorcha les genoux au passage. Profitant davantage encore de sa vélocité supérieure il se releva, à nouveau dans le dos de son ennemi. Il recula deux moulinets plus tard, les deux jarrets de Gusternum sectionnés net.

Le vampire avait complétement laissé son ennemi dans le vent. Et celui-ci s’effondra enfin alors que de la sève ambrée lui jaillissait de l’arrière des genoux. Il était toutefois incapable de plier les jambes et se retint sur ses bras noueux. D’un pas beaucoup plus posé à présent, Manesh’k le contourna et se présenta face à lui. Même ainsi prostré, l’homme arbre mesurait plus de deux fois sa taille.

Le vampire plongea son regard dans cette lumière émeraude, bouillonnante de colère. Envers les démons, les nains, les mort-vivants mais aussi les elfes. Cette créature haïssait ces formes de vie, quelles qu’elles soient. Il le devinait à son regard. A moins que ce soit ce liquide ambré qu’il avait ingurgité qui lui donnait cette sensation. Cela n’avait pas d’importance.

Le démon tatoué l’avait combattu de front. Exprimant toute sa sauvagerie et sa soif de destruction, il lui avait labouré les bras et le torse. Mais Manesh’k était d’une tout autre trempe. Maintenant qu’il était paré de sa propre arme incandescente, Gusternum n’avait plus la moindre chance de l’emporter.


*


C’est en voyant les diables de bois se précipiter en avant que Gilnash devina que les choses tournaient au vinaigre. Elles ne chargeaient pas dans la direction du vampire et de l’elfe inconsciente qu’il portait mais vers l’immense incarnation sylvestre. L’enchanteresse et les soldats présents étaient médusés.

S’approchant davantage, il ne vit nulle trace de la bête créée par Scléras. Il s’arrêta néanmoins en remarquant Manesh’k se tenant seul, debout, face au titan. Comment était-ce seulement possible ? Quelques minutes auparavant il avait la jambe et le bras brisés ! Et pourtant, il avait son arme au poing et jetait un regard glacé aux esprits incarnés se précipitant sur lui. Mais d’un grondement rauque, l’homme-arbre les retint de réduire le vampire en charpie.

- Tu y comprends quelque chose ? l’interrogea Luther en venant à lui, délaissé par les dryades à l’instant où Gusternum c’était effondré.

- C’est moi qui devrais te poser cette question.


*


Obéissant à l’autorité de l’esprit ancestral, les diables d’écorce et de ronces s’écartèrent.  Ils fulminaient et creusaient des sillons dans l’humus à l’aide de leurs membres acérés. Mais n’approchaient pas davantage. Et lentement, Manesh’k se retourna vers l’homme-arbre. Il leva son arme.
L’enchanteresse poussa un cri déchirant lorsqu’il enfonça l’épée brûlante dans l’écorce. Il plongea  l’arme jusqu’à la garde, à la jonction du torse et de la tête. Avec un soubresaut que les elfes comme les vampires ressentirent malgré la distance, Gusternum flancha. Mais ne s’écroula pas. En équilibre précaire, il tint bon malgré sa terrible blessure. Et Manesh’k, se hissa à sa gorge en prenant appuis sur l’arme fichée dans le bois. Puis, avec une lenteur solennelle, il porta les lèvres à la plaie tout en faisant tourner l’arme dans son fourreau vivant. Les membres supérieurs fichés dans le sol, la souffrance de la créature était évidente. Elle poussa un râle d’agonie déchirant.

- Assez !

D’un même mouvement, les archers elfes bandèrent leurs arcs, flèches pointées vers le vampire éclaboussé de sève ambrée.

- Helion ! l’interpella gravement Gilnash.

Toutes couleurs désertèrent le visage de l’elfe en découvrant sa fille, inconsciente dans les bras de ce second mort-vivant.

- Gaylria, murmura-t-il d’une voix déchirée.

- Nous avions un marché, déclara soudain une voix rauque.

Tous se tournèrent vers Manesh’k. Il était poisseux de sève, les cheveux collés à son visage et son torse nu. A sa ceinture pendait un fourreau et un pagne, tout deux tachés de sang noirci. Mais plus que tout. Plus que le ton qu’il venait d’employer. Plus que la déférence avec laquelle les dryades s’écartèrent. Ses yeux frappèrent les elfes comme les vampires. Ses pupilles étaient écarlates. Mais elles luisaient intensément, comme ceux d’un félin dans l’obscurité alors qu’ils se trouvaient en pleine lumière. Quant au blanc de l’œil, il avait viré au vert. Un vert qui pulsait avec la même énergie que le regard de l’homme-arbre, qu’il laissait affaiblit derrière lui. Affaiblit mais bien vivant.

- Nous vous débarrassions du Sanguinaire et vous nous renvoyiez dans le monde des hommes.

Il se tourna vers Gilnash qui mit un instant à saisir que son frère lui demandait confirmation. Ce qu’il fit d’un hochement de tête.

- Nous l’avons fait, reprit-il d’un ton implacable en approchant pas à pas. Et au lieu de cela vous avez lâché votre monstre sur nous.

- C’est mon fils qui a vaincu le démon, contra Helion. Mon fils que vous…

- Son cœur bat encore, coupa Manesh’k avec un grondement de colère rappelant dangereusement les rugissements de l’homme-arbre. Tout comme celui du métamorphe.

- Isha, murmura l’enchanteresse avant de tourner vers le corps du danseur de guerre.

Mais l’arme Lahmianne lui barra la route, retrouvant rapidement son habituelle couleur sombre en refroidissant. Les flèches toujours pointées vers lui, Manesh’k secoua la tête en répandant des gouttelettes ambrées.

- Vous ne les soignerez que lorsque nous aurons tous les quatre quittés cette forêt, menaça-t-il en montrant les crocs.

D’aussi près, tous pouvaient voir que sa peau blafarde était striée de veines virant au vert sombre.

- Vite, insista-t-il. Ils se meurent tout deux.

- Comment osez-vous lui donner des ordres en ma présence ! s’écria Helion. Je…

- Essayez donc de m’en empêcher, gronda Manesh’k en lui lançant un nouveau regard noir.

L’elfe ne put que réprimer un frisson. Derrière lui, les archers commencèrent à douter. Devaient-ils le cribler de flèches ou abaisser leurs armes ? D’autant plus qu’une trentaine d’esprits antique les observaient dans un silence pesant, totalement immobiles. Y compris l’imposant homme-arbre mutilé, scrutant la scène en retrait de son indéchiffrable regard émeraude.

- Les Racines, réclama Manesh’k en rejoignant ses frères d’arme. Maintenant.

Gilnash et Luther échangèrent un regard mais gardèrent le silence. Tous deux tentaient de masquer leur trouble. En vain. Ils avaient évidemment l’exploit d’Abhorash en tête. Mais sa libération du vampirisme n’avait rien à voir avec cette transformation. Qu’était-il en train d’arriver à leur frère ?

- Ma fille, opposa Helion en retrouvant un semblant d’autorité.

- Votre fille n’est plus une elfe, déclara calmement Manesh’k en inclinant la tête.

- Que…

- Vous l’avez tué à l’instant où vous avez décidé de nous agresser dans ces bois, coupa-t-il en se tournant vers Gaylria.

Gaylria qui justement ouvrait timidement les yeux. Des yeux écarlates, tout comme ceux de Luther et Gilnash.

- En partageant notre malédiction avec elle, nous lui avons offert une nouvelle vie. Elle nous accompagnera jusqu’à contrôler le don que nous lui avons offert. Ce jour-là, elle sera libre de revenir ou non à Athel Loren.

Helion balbutia, puis chercha le regard de l’enchanteresse en quête de soutien. Toutefois celle-ci se défaussa sans rien ajouter.

- Nous n’avons tués personne, rappela encore le vampire. Cela peut changer.

Se faisant, il rengaina son arme, puis jeta un regard vers un côté de la clairière ravagée par les combats. Les deux elfes gisaient encore là-bas.

Il n’y avait rien à ajouter. Si Helion les retenait davantage, son fils et le changeforme solitaire perdraient la vie. Il soupira lentement, se tourna vers Warda puis vers les mort-vivants. Et lâcha son verdict :

- Partez. Et jamais, jamais ne revenez à Athel Loren.


manesh'k et l'homme arbre:
 


Dernière édition par vg11k le Ven 7 Oct 2016 - 15:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 0:26

Et bien ce fut un fort beau chapitre. J'en suis tout heureux de ne finalement pas avoir attendu demain matin pour le lire. Il est génial. Concernant les fautes, il y a trois fois rien. Je laisserais à d'autres le soin de te ls envoyés, ayant la flemme et surtout pas le temps de tout relire en détail en cherchant des fautes, ce qui gâche le plaisir de la lecture d'un si beau texte.

L'anecdote de fin est géniale Smile

Concernant l'elfe-vampire, je ne sais pas Very Happy j'ai été transformé en 2445 Very Happy  Plus sérieusement, c'est sûrement, avec l'autre dont la transformation a échoué, les premiers cas relatés. Ce qu'il ne faudra pas oublier, c'est le côté des elfes à vouloir tout vivre à fond qui les oblige à se réfréner pour ne pas finir comme les Elfes Noirs (qui eux vivent à fond et ne sont pas des coincés). J'ai l'impression que l'on retrouve un peu de ça, en plus de la période immédiatement après la transformation en vampire.

EDIT ON : je plaisantais pour par rapport à mon personnage lol EDIT OFF

Bref, j'espère que l'on aura pas à attendre la suite encore une année. Mais ça ne me gène pas, si elles sont toutes aussi bien que les précédentes et celle-ci Smile
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 16:02

Je viens de finir la lecture de toute cette histoire et je tiens déjà à applaudir le fait que même après autant de temps, tu arrives encore à continuer ce récit Clap
Ta dernière partie est fidèle au reste du récit et s'inscrit dans sa continuité sans problème, si ce n'est que le début fait un peu Farfadet Ex Machina sur les bords...

Ensuite, si l'histoire est cohérente pour la plus grande part, j'ai quelques détails fluffiques qui me titille derrière l'oreille...
Tout d'abord c'est "Bretonnie" et non "Brettonie".
Ton "sanguinaire" est clairement un héraut de Khorne, et pas un petit. Sanguinaire fait référence à un démon mineur de Khorne, rien de bien fameux en somme. D'ailleurs j'aurais été très dubitatif à propos de son invocation complexe (c'est bien plus simple d'habitude) s'il n'avait pas cette capacité de régénération. Avec ça, je peux comprendre que cela ai été compliqué. Mais j'aimerais bien comprendre comme on peut avoir un vampire qui manipule les vents du chaos sans le moindre problème ou combustion spontanée...
Quant à savoir si le dieu du sang allait apprécier cela... Je dirais qu'au début, Khorne voulait le réduire en pulpe pour s'être fait avoir aussi bêtement, mais en voyant le massacre il a dû se raviser. Devil
Après, je ne suis pas spécialiste des vampires donc les effets du sang, la transformation, etc, je ne dirais rien  ce propos. Mais le tout semble cohérent et j'ai bien envie de voir ce que Manesh'k va devenir après ça.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 21:55

Alors déjà un gros merci pour vos retours aussi rapides =D

Citation :
Il est génial.
un si beau texte.

B-D


Gilgalad a écrit:
Concernant l'elfe-vampire [...] avec l'autre dont la transformation a échoué, les premiers cas relatés. [...]

L'autre que tu mentionnes, si j'ai bien compris, est l'infant de Varison. Un infant que j'ai inventé de toute pièce... Mais je trouvais logique qu'il y ai des soucis entre le vampirisme et les elfes. Car je ne crois pas que gw en ai créé un seul... or vu la popularité potentielle d'un tel être c'est des plus surprenants. Du coup, Gaylria parviendra-t-elle à surmonter sa bestialité et retrouver une sérénité précaire, comme celle dans les sentiers secrets ? On verra cela.


Gilgalad a écrit:
j'espère que l'on aura pas à attendre la suite encore une année.

cela ne devrait pas. J'ai eu énoooormément de difficultés à écrire ce chapitre. Comment aborder tel ou tel combat, comment justifier telle ou telle action et péripétie... f'in bref. Je pense m'en être pas trop mal sorti pour un texte écrit morceaux par morceaux. Et le suivant est déjà entamé, plus simple je pense dans son fil conducteur.


Hjalmar Oksilden a écrit:
Je viens de finir la lecture de toute cette histoire et je tiens déjà à applaudir le fait que même après autant de temps, tu arrives encore à continuer ce récit

Double pouce à toi, si je ne m'abuse tu l'as donc dévoré en moins de 24h. Je suis plus flatté que tu ne peux l'imaginer d'avoir suscité un tel appétit !


Hjalmar Oksilden a écrit:
un peu Farfadet Ex Machina sur les bords...

Certes ^^. Après, tout comme les dryades, les lémures et les hommes-arbres, les farfadets sont des esprits d'athel loren. Mineurs mais de la même espèce. Et si les autres peuvent sauter entre les "dimensions" de la foret, pourquoi les farfadets ne le pourraient pas ? Et puis je l'aime bien ce petit vif à pointes. Du coup je m'efforce de lui donner un semblant d'importances, pour pas qu'il ne soit qu'un élément du décors =D


Hjalmar Oksilden a écrit:
c'est "Bretonnie" et non "Brettonie".

Oups... Je corrige cela...


Hjalmar Oksilden a écrit:
Ton "sanguinaire" est clairement un héraut de Khorne, et pas un petit.
j'aurais été très dubitatif à propos de son invocation complexe (c'est bien plus simple d'habitude) s'il n'avait pas cette capacité de régénération.
Je dirais qu'au début, Khorne voulait le réduire en pulpe pour s'être fait avoir aussi bêtement, mais en voyant le massacre il a dû se raviser.

He bien dans les faits, non. C'est à la base un bête sanguinaire invoqué par les efforts combinés de Scleras, Castille et Morrisburg. Deux nécromanciens et un sorcier voué au chaos universel. Et comme tout les démons il est voué à retourner au warp à sa destruction, n'ayant pas d'ancre physique dans cette réalité. Sauf que le rituel qu'ont développés ces trois larrons change la donne. En liant le démon à un corps physique, il ne peut plus être banni. Sa mort sera donc définitive. Et via la multitude d'inscription ésotériques apposées sur le squelette, ils prennent le controle de celui-ci. Une armée de sanguinaire dociles et impossibles à renvoyer au warp. En comparaison une vague de zombi et squelettes c'est peanuts... Et a la mort des trois, le sanguinaire survivant est pour moi devenu entropique. Plus aucun controle si ce n'est celui de khorne. Or avec les massacres qu'il a du coup put perpetuer, on peut effectivement considérer qu'il a été promu par le dieu des crânes. Et avec cette promotion est apparue un cadeau de khorne. Une rune impie aux propriétés des plus adaptées pour cette créature. Même si dans les faits sa puissance provient du pouvoir sanguin accumulé au fil des morts et justifie sa pseudo-immortalité. Mais tout comme ceux qu'a vaincu Manesh'k, il peut être tué d'épuisement (eux avaient reçu des sacrifices bien moins importants). Lui s'est littéralement gavé pendant plus d'une semaine.


Hjalmar Oksilden a écrit:
je ne suis pas spécialiste des vampires donc les effets du sang, la transformation, etc,

Jamais gw n'a signalé que les vampires de warhammer avaient de telles facultés. Le cas échéant ils auraient été tellement plus pétés... Toutefois, acquérir des souvenirs d'une victime via le sang est une particularité présente dans vampire the masquerade, le jeu de role. Que l'on retrouve dans la série des underworld d'ailleurs. J'ai extrapolé cette capacité : qui mieux qu'un vampire pourrait vampiriser les pouvoirs d'autrui ? Toutefois je limite de façon très ponctuelle ces pouvoirs acquis, sinon en l'état manesh'k n'aurait plus qu'à rencontrer 2-3 autres loustiks puis aller botter le derrière d'archaon dans sa propre demeure... aucun interet donc. Autant écrire du dbz.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 22:06

vg11k a écrit:
L'autre que tu mentionnes, si j'ai bien compris, est l'infant de Varison. Un infant que j'ai inventé de toute pièce... Mais je trouvais logique qu'il y ai des soucis entre le vampirisme et les elfes. Car je ne crois pas que gw en ai créé un seul... or vu la popularité potentielle d'un tel être c'est des plus surprenants. Du coup, Gaylria parviendra-t-elle à surmonter sa bestialité et retrouver une sérénité précaire, comme celle dans les sentiers secrets ? On verra cela.
En effet, je parlais de cet infant. Je trouve aussi dommage qu'ils n'aient jamais parler de cela dans le fluff. L'excuse étant que les elfes n'avaient pas besoin de chercher l'immortalité. Mais si cela se passe de force ? Ils n'ont jamais tenté cela de manière officielle dans le fluff. Peut-être en interne. Mais pas dans l'histoire. C'est dommage.
Sinon, en effet, l'histoire de Gaylria est d'autant plus intéressante à connaître et sûrement à écrire. Il n'est pas totalement impossible que je m'en inspire pour la transformation de mon propre personnage quand j'y arriverais dans son histoire (ici, je ne parle pas en RP).


vg11k a écrit:
cela ne devrait pas. J'ai eu énoooormément de difficultés à écrire ce chapitre. Comment aborder tel ou tel combat, comment justifier telle ou telle action et péripétie... f'in bref. Je pense m'en être pas trop mal sorti pour un texte écrit morceaux par morceaux. Et le suivant est déjà entamé, plus simple je pense dans son fil conducteur.
Tu m'en verras ravi Wow Plus sérieusement, en y repensant, c'est vrai qu'elle a dû être assez compliquée à écrire comme partie. Et vu le résultat final, je ne t'en veux pas d'avoir mis autant de temps. Enfin pas trop Very Happy


vg11k a écrit:
He bien dans les faits, non. C'est à la base un bête sanguinaire invoqué par les efforts combinés de Scleras, Castille et Morrisburg. Deux nécromanciens et un sorcier voué au chaos universel. Et comme tout les démons il est voué à retourner au warp à sa destruction, n'ayant pas d'ancre physique dans cette réalité. Sauf que le rituel qu'ont développés ces trois larrons change la donne. En liant le démon à un corps physique, il ne peut plus être banni. Sa mort sera donc définitive. Et via la multitude d'inscription ésotériques apposées sur le squelette, ils prennent le controle de celui-ci. Une armée de sanguinaire dociles et impossibles à renvoyer au warp. En comparaison une vague de zombi et squelettes c'est peanuts... Et a la mort des trois, le sanguinaire survivant est pour moi devenu entropique. Plus aucun controle si ce n'est celui de khorne. Or avec les massacres qu'il a du coup put perpetuer, on peut effectivement considérer qu'il a été promu par le dieu des crânes.  Et avec cette promotion est apparue un cadeau de khorne. Une rune impie aux propriétés des plus adaptées pour cette créature. Même si dans les faits sa puissance provient du pouvoir sanguin accumulé au fil des morts et justifie sa pseudo-immortalité. Mais tout comme ceux qu'a vaincu Manesh'k, il peut être tué d'épuisement (eux avaient reçu des sacrifices bien moins importants). Lui s'est littéralement gavé pendant plus d'une semaine.
C'est bien ce qu'il m'avait semblé aussi. Mais comme les souvenirs n'étaient pas aussi clairs, j'avais préféré m'abstenir de répondre (cela m'aurait donné un motif pour tout relire mais je n'avais pas le temps).

vg11k a écrit:
Jamais gw n'a signalé que les vampires de warhammer  avaient de telles facultés. Le cas échéant ils auraient été tellement plus pétés... Toutefois, acquérir des souvenirs d'une victime via le sang est une particularité présente dans vampire the masquerade, le jeu de role. Que l'on retrouve dans la série des underworld d'ailleurs. J'ai extrapolé cette capacité : qui mieux qu'un vampire pourrait vampiriser les pouvoirs d'autrui ? Toutefois je limite de façon très ponctuelle ces pouvoirs acquis, sinon en l'état manesh'k n'aurait plus qu'à rencontrer 2-3 autres loustiks puis aller botter le derrière d'archaon dans sa propre demeure... aucun interet donc. Autant écrire du dbz.
Là, je dirais que c'est comme pour les elfes-vampires. On est dans le flou total. Aussi, je pense qu'il appartient à chacun de décider, dans la limite du raisonnable, de ce que peut faire son personnage. Et là, je trouve que c'est assez raisonnable.


Au fait, je n'arrive vraiment pas à me souvenir, mais à quelle époque (environ) se passe l'histoire ? Il me semble me souvenir que c'est vers 2522 du C.I. mais j'ai un gros doute.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 22:17

Alors pour être précis :

-vers -1600 Neferata devient la première vampire et dans la foulée a lieu mon arc Renaissance.
- an 0 Sigmar bute Nagash et pose les bases de l'empire
- Abhorash tue le dragon et transcende le vampirisme en 253
- Feu & Sang a lieu en 875
- Vlad investi la Sylvanie en 1797
- Walach arrive au fort du sang en 1887
- vers 1900 à lieu mon one-shot Carmen
- en 2000 le météore de Malepierre pulvérise Mordheim et dans la foulée commence mon arc Résurrection

note que si ces informations t'inspirent des théorie quant à mes chapitres à venir, je t'invite à m'en discuter par mp plutôt qu'ici afin d'éviter d'éventuels spoils =p
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 30 Aoû 2016 - 22:22

Je ne pensais pas d'éventuelles théories. En fait, j'essayais de remettre ça dans un contexte plus général. Toutefois, si des idées me vienne, je comptais bien en discuter par MP. Je n'aime pas être spoilé, alors ce n'est pas pour le faire avec les autres.

Je te remercie pour les dates en tout cas. Je vais avoir moins de difficultés à tout remettre dans l'ordre.
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 31 Aoû 2016 - 11:09

Un très beau chapitre ! N'hésite surtout pas à nous faire attendre si tu continues à publier de si belles choses Clap

Je ferai peut-être une relecture scrupuleuse ultérieurement, mais pour le moment aucune faute ne m'a attaqué les yeux  Happy

Citation :
Son arrogance causera sa perte.
En voila un bon vampire ! Fou

J'aurai deux-trois petites remarques sur le fond Camouflé Ninja Camouflé Ninja Camouflé Ninja
Athel Loren est bien petite pour que tous nos héros parviennent à se retrouver à chaque fois... Vampires dans l'autre monde, démon en vadrouille, toujours les mêmes elfes qu'on connaît... Mais je suppose que c'est là la volonté de la forêt, qui arrange ses sentiers comme elle le veut lol
Gilnash qui parvient à se dissimuler pendant la bataille m'a semblé chanceux. Qu'il parvienne en plus à tromper la garde des elfes et à prendre leur enchanteresse en otage (celle qui est censée détecter les vampires)... Bon, il a du avoir bÔcoup de chance Fou  
Enfin, l'idée de sève d'un homme-arbre... Tout simplement, j'avais une autre conception de la chose : les esprits de la forêt investissent les arbres morts (donc vides de leur sève) et les font bouger par magie respect  Mais je note, je note : un vampire végétarien est désormais chose possible et imaginable. Voila qui va déplaire à Ethgri quand j'irai chercher cet étrange breuvage dans sa forêt Devil

Je vois que l'histoire du démon est plus ou moins achevée... Mais que va-t-il alors se passer après ?
La suite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 31 Aoû 2016 - 23:47

Von Essen a écrit:
Athel Loren est bien petite pour que tous nos héros parviennent à se retrouver à chaque fois... Vampires dans l'autre monde, démon en vadrouille, toujours les mêmes elfes qu'on connaît... Mais je suppose que c'est là la volonté de la forêt, qui arrange ses sentiers comme elle le veut
ben les elfes sont toujours dans le même coin. Pour les sentiers secrets j'me suis largement inspiré de ce qu'on trouve dans le roman "les gardiens de la foret" de BL. Ils parcourent 2 lieues et se retrouvent à l'autre bout de Loren. Sauf que mes braves suceurs de sang n'ont pas bougé de leur point d'apparition dans cette autre dimension. Quant au démon lui ne cherchait qu'une chose : les mort-vivants. Du coup il est resté dans les parages.

Von Essen a écrit:
Gilnash qui parvient à se dissimuler pendant la bataille m'a semblé chanceux. Qu'il parvienne en plus à tromper la garde des elfes et à prendre leur enchanteresse en otage (celle qui est censée détecter les vampires)... Bon, il a du avoir bÔcoup de chance
il c'est complétement fait griller par les dryades. Sans son affinité avec les oiseaux il se serait fait prendre en embuscade alors qu'il était justement embusqué. Après, pour sa défense, puisqu'il manipule Ghur de façon totalement intuitive il est doué d'une discrétion peu commune. Mais oui, à l'instant où il c'est fait griller l'enchanteresse aurait pû être alertée par les dryades. Sauf que... à aucun moment les esprits ne collaborent avec elle dans ce chapitre. Ils sont tous entièrement dévoué à Gusternum, le tempétueux homme-arbre.




Von Essen a écrit:
j'avais une autre conception de la chose : les esprits de la forêt investissent les arbres morts (donc vides de leur sève) et les font bouger par magie
n'étant pas expert sylvanien, j'étais passé sur le forum athel loren il y a quelques années, juste avant d'entamer cette partie de mon récit. J'y avait développé les différents lieux et personnages que je peinait à cerner (la mortourbe, le domaine d'Helion et Gusternum lui-même) afin d'avoir des avis pertinents sans vous spoiler Tongue

d'ailleurs, pour ceux que cela intéressent tout est disponible à cette adresse
notez la présence rapide de thomov en avatar mousseux et ma prise de bec avec un membre du forum que j'ai finalement intégré dans mon récit. Toutefois je ne publierais pas la suite de mon texte là-bas, mon compte à été supprimé pour inactivité...

enfin je digresse. Tout ceci pour arriver à cette réponse :
j'avais planché sur l'esprit ayant investi un arbre tout ce qu'il y a de plus vivant. Et en l'absence d'avis sur ce détail, à aucun moment j'ai pensé qu'un esprit vénérable privilégierait un arbre mort Huh


edit : j'y pense, je crois en avoir déjà parlé y'a looontemps dans la taverne. Connaissez-vous le site HeroForge ? Celui-ci permet de générer un personnage de figurine en 3d que l'on peut ensuite commander (vive les imprimante 3d !!). A défaut de les avoir achetés - le prix pique encore un peu - j'ai de généré plusieurs de mes personnages.

lien vers quelqu'un que vous reconnaitrez

si vous êtes sage je vous en partagerais d'autres Shifty
(d'ailleurs je vous encourage à faire de même. Je trouve cela génial perso)

edit au 15/9 : Gilgalad m'a fait remarquer en pm que la Bretonnie a été fondée en 978 selon ce calendrier. Or j'ai indiqué que Feu et Sang se déroulait en 875. Ce pays n'avait donc pas encore été fondé. Petite coquille de ma part. J'ai du coup retiré de l'intro et du chapitre 11 ces mentions (remplacées par l'évocation de duchés, qui eux existent dès 770. Même si les peuples humains locaux se font appeler Bretonni dès -1000. Sources : nos amis Bretonniens eux-même http://labretonnie.forumactif.com/t5399-chronologie-de-la-bretonnie )
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 25 Nov 2016 - 23:50

A priori ce chapitre 15 de Feu & Sang est le plus long que j'ai rédigé jusqu'à présent (26 pages). En effet, c'est la toute première fois que forumactif me retourne une erreur d'envoi à cause d'un post trop long Whistling

Du coup je vais devoir réaliser un double-post. J'espère que la modération ne m'en tiendra pas rigueur.

Je vous ai laissé en aphothéose au chapitre précédent, la chute de Gusternuum l'homme-arbre et la métamorphose de Manesh'k ayant marqué plusieurs personnes. C'est le genre de retours qui motivent à poursuivre, à amener une histoire à son terme. Et celle-ci s'en approche petit à petit.
A mon estimation, cet arc, Feu et Sang, devrait avoir 18 chapitres au total.


Sans spoil, je réalise un petit débrif' post-chapitre concernant le contenu de ce chapitre 15.
Calez-vous bien devant votre écran et bonne lecture ;-)


Feu et Sang
15


Courant à perdre haleine, Enguerran filait droit vers la chaumière, talonné par l’écho du massacre en cours. La porte claqua lorsqu’il pénétra dans la demeure, faisant sursauter son  père attablé. Celui-ci dévisagea le garçon essoufflé d’un œil hagard avant de se détourner. Il pesta en constatant qu’il venait de renverser sa bouteille.

-          Par la Dame, Enguerran ! Qu’est-ce qui t’a pris de…

-          Des monstres, parvint-il à souffler entre deux inspiration. Y sont en train…. remonter le village…

Son visage changea de couleur en un instant. Il se releva maladroitement, renversa sa chaise et entreprit d’ouvrir le cadenas scellant la malle accolé à un mur.

-          Combien sont-ils ?

-          Beaucoup, fut la seule réponse que put lui fournir son fils.

Il grogna dans sa barbe et parvint enfin à ouvrir le coffre improvisé, les mains tremblantes. Une seconde il contempla l’épée et la cotte de maille qui y trônaient. Puis jeta un œil à la porte restée ouverte devant laquelle plusieurs personnes paniquées passèrent. Enfin il se tourna vers Enguerran.

-          Papa ?

-          Ne restons pas là, déclara-t-il en s’emparant de l’arme.

Laissant là la cotte, il referma le coffre sans prendre la peine de le verrouiller puis attrapa la main de son fils.

A peine à l’extérieur, l’air siffla, suivi d’un choc étouffé. Tous deux se tournèrent dans cette direction : une femme était clouée au mur de leur chaumière, harponnée en pleine course par une lance plus grande qu’elle. Il s’agissait d’une lainière du village. La surprise était visible dans son regard alors que doucement sa tête s’inclinait, le rouge lui montant aux lèvres. Puis son visage leur fut caché par sa chevelure blonde lorsqu’elle s’affaissa, les pieds à quelques centimètres du sol.

Un beuglement guttural suivi rapidement et Enguerran fut entrainé par son père avant de pouvoir en apercevoir la source. Clopinant comme il pouvait, suivant le rythme imposé, l’enfant entendait tout autour les cris de panique auquel répondaient des cors de guerre. La brise charria jusqu’à eux l’odeur de la fumée, bien qu’aucun feu ne soit allumé. Aucun visible du moins.

-          Jeannot !

Son père identifia l’individu le hélant et arrêta enfin de courir. De ce que savait Enguerran il s’agissait d’un ancien soldat, tout comme son père, qui avait troqué l’épée contre faux et charrue. Une balafre écarlate striait son crâne dégarnis et sa chemise était déchirée.

-          Où sont Josh et Gaston ?

-          Un peu partout ! répondit l’autre en agitant un bec de corbin de facture artisanale. Ses saloperies les ont choppés près du puit !

Jeannot grimaça puis lui fit signe de les suivre, mais son compagnon les retint.

-          Où qu’vous allez ? Le village entier est encerclé par ces bêtes !

Le père balbutia, échangea un regard avec Enguerran, tout aussi surpris que lui. La peur qu’il lut toutefois dans les yeux de son père la glaça sur place.
-          Au fort, décréta Jeannot après un instant.

Le fort n’était une vieille tour où logeait la poignée de milice assurant l’ordre. Plusieurs détenus y étaient actuellement retenus, bandits ayant raté le vol de plusieurs chevaux à l’un des villageois quelques jours auparavant. La moitié du village leur était tombé dessus et ils avaient eu de la chance de ne pas être lapidés…

-          Le fort est au bord du village, ils doivent déjà y être ! protesta-t-il.

-          Pas sûr. Et une fois barricadés à l’intérieur nous pourrons aviser quoi faire.

Cela ne l’enchantait guère, mais après un instant de réflexion, l’ancien soldat acquiesça. Leur course reprit donc, plusieurs personnes venant se greffer à leur petit groupe.

Comme son père le tirait par le bras dans leur course effrénée, il faillit être projeté en avant. Jeannot s’était arrêté net, vite imité par l’homme au bec de corbin et une poignée de villageois. Avant qu’il ne puisse voir quoi que ce soit, son père le tira derrière lui. Ce n’est qu’à ce moment qu’Enguerran put découvrir pourquoi ils s’étaient brusquement arrêtés.

Il pouvait deviner le contour du fort dans le lointain. Et ce malgré l’obscurité. Mais sur leur chemin se dressait une créature qu’il n’aurait pas cru voir un jour de ses propres yeux. Celle-ci se tenait debout comme un humain et c’était à peu près le seul point commun entre eux. Ses chevilles comportaient une articulation supplémentaire et se terminait par des sabots qui grattaient nerveusement la poussière. A l’exception d’un pagne, cette chose était nue bien que recouverte d’une fourrure rêche qui ne dissimulait pas sa musculature impressionnante. Son visage en revanche n’avait plus rien d’humain. Il avait un museau allongé en guise de gueule et deux cornes dressées vers le ciel surplombaient des yeux aux iris horizontaux. Des yeux de chèvres qui reflétèrent les flammes montant sur un côté lorsque la bête beugla sauvagement.

- Restez derrière, intima Jeannot d’une voix mal assurée, l’épée au poing.

- Arrière monstre ! s’écria l’autre homme en chargeant.

Personne d’autre n’eut le cran de le suivre. Agitant son bec de corbin, il sembla également prendre par surprise l’homme-bête qui leva trop tard le bras pour parer le coup. Un coup vicieux qui était en réalité une feinte. La pointe de l’arme se glissa sous le poignet bardé de bracelets du monstre pour venir lui mordre profondément la cuisse.

- Oui ! s’écria Enguerran à cette blessure sanglante.

Néanmoins si la créature en souffrit, elle ne le montra pas. Le temps que l’homme  dégage le pic de son arme, l’homme-chèvre lui planta profondément dans l’abdomen le javelot qu’il tenait de la main opposée. L’arme lui ressorti dans le dos sans éclaboussure. Pour autant, une tache sombre entoura rapidement sa veste de lin. Son hurlement de panique et de douleur leur vrilla les tympans.

Devant le groupe paralysé par ce retournement soudain, le mutant lui prit la tête entre les mains et lui asséna un violent coup de boule. Le cri cessa en même temps que son nez volait en éclat. Il tomba mollement au sol, le visage méconnaissable.

- Courrez ! s’écria Jeannot en retrouvant ses moyens, le monstre se tournant déjà vers eux.

Tendant le bras, il indiqua la direction opposée à celle d’où avait surgit l’homme-chèvre et y entraina Enguerran. Le jeune garçon eu tout juste le temps de voir la bête arracher froidement le javelot du corps encore chaud avant de passer un coin de mur. Un beuglement bestial les poursuivit toutefois alors qu’ils contournaient plusieurs masures.

Ils débouchèrent enfin face à la tour tant désirée. La porte à une centaine de mètres était fermée, mais la lumière timide d’une bougie était visible au premier étage. A cette vision, Enguerran sentit ses jambes s’alléger dans leur course. Jusqu’à ce qu’un choc d’une violence inouïe le projette à terre. Il vola plusieurs secondes avant de rouler sur le dos, complètement sonné par sa chute. Les oreilles remplies de mugissements et de cris de panique, il se força à se redresser sur les coudes.

Malgré son vertige, il vit clairement son père tenu à la gorge par une créature plus grande encore que la précédente. Il avait lâché son épée et agrippait le poignet du monstre des deux mains, les pieds éraflant le sol. Derrière eux plusieurs formes sombres s’agitaient autour des autres fuyards, plaqués au sol pour la pluparts. Il entendait plus qu’il ne discernait ce qu’il s’y déroulait : coups étouffés, tissus déchirés, pleurs de femme, gargouillis et mugissements. Des rires aussi, bestiaux, alors que les monstres mutilaient les uns et exécutaient les autres. Et son père qui brusquement cessa de se débattre, une dague enfoncée dans le ventre. Il roula à son tour au sol, son regard trouvant celui de son fils à peine rétablit debout.

Enguerran chuta en arrière, horrifié. Son univers volait en éclat, démoli par la lame de cette créature. Renâclant, l’humanoïde à tête de bouc se détourna du corps de Jeannot et s’avança d’un pas assuré vers le garçon. Luttant contre l’effroi, il recula dans la boue, jouant des talons et s’écorchant les coudes. Plus rien n’avait d’importance. Seul s’éloigner de ce monstre importait. Ses compagnons beuglèrent de triomphe en levant leurs armes comme lui levait une hache immaculée, jusque-là fixée au dos de son harnais. L’enfant roula sur le ventre et ferma les yeux en se prenant la tête.

Le supplice dura de longues secondes, qui semblèrent un temps infini au garçon. Mais le coup salvateur ne vint pas. Lorsqu’il osa ouvrir un œil, il constata que la porte du fort était ouverte. Un individu se tenait dans l’encablure, la lumière de plusieurs torches soulignant sa silhouette. Il était torse-nu, arborant de simples lambeaux tachés et avait une épée au poing. Les hommes-bêtes s’étaient tus, surpris de cette apparition. D’un pas lent, le nouveau venu s’avança. Puis il prit une pose de combat, défiant les monstres d’approcher. Ces derniers furent prompts à retrouver leur ardeur et rugirent de nouvelles acclamations. Le bourreau d’Enguerran semblait ne plus le voir : il n’avait d’yeux que pour cet inconnu. Enjambant l’enfant, il s’ébroua et chargea, hache levée.

Après seulement trois enjambées le mastodonte bondit en avant, donnant un maximum d’amplitude à sa frappe sourde. Enguerran voulu prévenir l’homme, lui intimer de bouger, mais fut pris de vitesse. Tout comme la créature. En un instant et avec quelques étincelles, le combattant dévia la hache malgré la force effroyable du coup. Puis il évita d’être plaqué au sol d’un pas de côté. Il dépassa l’homme-bête en se redressant dans une giclée vermeille. Aussitôt l’homme-bête beugla de douleur et s’effondra en avant, le jarret sectionné. Dans son dos le guerrier torse nu leva le bras, pointe d’épée vers le blessé, avant de vigoureusement l’enfoncer jusqu’à la garde dans la fourrure. La lame ressortie sous le cou de la bête empalée à la base de la nuque. Ce n’est que lorsqu’il retira son épée que le corps s’effondra en gargouillant.

Avec un calme étonnant il fit volte-face et dévisagea les autres mutants d’un regard écarlate. Cette rapide démonstration avait douché leur enthousiasme. Mais pas leur soif de sang. Ils se ruèrent en beuglant, tous à la fois, sur l’humain. Par réflexe Enguerran se recroquevilla pour ne pas être piétiné… mais le combattant le dépassa le temps d’une respiration et intercepta leur charge.

Mécaniquement, Enguerran osa relever la tête. Et découvrit une scène qui se grava au plus profond de son esprit. Entouré d’au moins cinq créatures à tête de boucs, toutes plus grandes que lui, l’individu luttait. Seul. Armé d’une épée contre plusieurs haches, flamberges, lances et même un fléau. Il se fendait et esquivait à une vitesse inhumaine, frappant du pied d’un côté et tranchant un poignet de l’autre. Enguerran le vit même effectuer une brusque flexion et esquiver un coup de lance venu de derrière que l’enfant lui-même n’avait pas vu venir. En un éclair sa botte vint frapper l’articulation de la cheville de l’attaquant. Avec un craquement sinistre, son propriétaire roula au sol et mugit de douleur. Et déjà l’homme était debout, parant de justesse un coup au chef d’une flamberge immense. Il ploya sous l’effort mais ne céda pas. Coinçant l’arme dans le quillon de son arme, il parvint à pivoter de côté en entrainant la flamberge. La pointe de l’épée longue vint érafler un autre mutant.  Dans le même temps sa main libre vint gifler une autre créature venue de ce côté. Celle-ci fit aussitôt un pas de côté, portant la main à son œil. Lorsqu’elle s’ébroua et revint au combattant, ils étaient les derniers debout.

Le jeune garçon vit les boules à pointes du fléau trembler comme le monstre effectuait un pas en retrait. Et sans demander son reste il tourna les talons en poussant un mugissement de panique. L’inconnu n’en resta toutefois pas là. Arrachant la lance d’une victime vautrée à ses pieds, il arma rapidement son tir et projeta l’arme en avant. Le fuyard ne fit qu’un pas de plus avant de s’effondrer, son beuglement se perdant dans un gargouillis évocateur.

Trempé de sang qui n’était pas le sien, l’homme jeta un regard à l’enfant paralysé par ce qu’il venait de voir. Puis revint au lancier homme-bête au sol, à présent désarmé. Il le passa sommairement au fil de son épée. Calmement, il balaya la cours du regard. Quatre cadavres l’entouraient, mais lui s’attarda un instant sur les trois humains étendus à l’ombre du bâtiment. Trop loin des torches, Enguerran ne pouvait les distinguer dans l’obscurité. Cela ne semblait pas être le cas de l’homme qui s’y rendit calmement. Il se pencha sur l’un des corps. Une femme, devina le garçon à sa poitrine nue. L’homme lui murmura quelques mots qu’il ne comprit pas. Puis il inclina la tête et se redressa. Sans plus de cérémonie il posa la pointe de son épée contre son sein.

- Que…

Avant qu’Enguerran ne réagisse il plongea l’arme dans le cœur de la femme à terre. Celle-ci eu un soubresaut lorsqu’il retira son arme. Sans un regard en arrière, l’assassin s’en détourna et marcha jusqu’à l’enfant.

Retrouvant l’usage de ses membres, Enguerran n’avait plus qu’une envie : s’éloigner de ce lieu. Quitter cet endroit investi par la folie et la mort. Mais l’homme aux yeux écarlates, brillants dans la semi-pénombre, marchait plus vite qu’il ne pouvait ramper sur les coudes. Arrivé à son niveau, il s’agenouilla et l’étudia un instant.

- Es-tu blessé ?

Sa voix se voulait rassurante. Mais avec le visage poisseux de sang entre ses cheveux noirs, encadrant son regard de braise, il n’inspirait aucun réconfort. Opposé au mutisme de l’enfant terrorisé, il poussa un soupir et se passa la main sur le visage, étalant davantage encore le sang sombre. Il jeta un regard aux cadavres, puis revint à l’enfant qui ne le quittait pas des yeux.

- Cette pauvre femme avait une pointe dans l’abdomen et le visage salement amoché. Ainsi que… il hésita avec un nouveau regard, puis se justifia sans terminer sa phrase. Je lui ai évité des heures d’agonies.

Mais Enguerran n’en fut pas plus rassuré. Tremblant comme une feuille, il n’arrivait pas à détourner le regard. L’autre jura dans sa barbe et se redressa.

- Jamais été doué avec les gosses, grogna-t-il en se dirigeant vers la tour.

Le garçon se tourna de côté pour le suivre du regard. Qui était cet homme ? Pourquoi avait-il les yeux rouges ? Comment… Papa !

En un éclair il fut sur pied et enjambait les cadavres des monstres. Il tomba à genoux face à la dépouille encore chaude de son père. Si ce n’était la flaque tiède dans laquelle il venait de poser la main ou le filet rouge à ses lèvres, il paraissait encore en vie. Puis il vit son regard. Les lapins auxquels il brisait le cou avaient ce regard vitreux, perdu dans le vague.

- Papa ! s’écria-t-il en le prenant dans ses bras, incapable de retenir ses larmes plus longtemps.

Ses pleurs résonnèrent dans les ruelles de longues minutes. Il serait le corps dans ses bras aussi fort qu’il le pouvait en hurlant la douleur qui lui déchirait les entrailles. Comme si, d’une certaine façon, il pouvait recevoir cette même étreinte en y appliquant suffisamment de force. Mais il savait déjà ses efforts vains…

- ‘en ai choppé six, mais vu les flammes qu’on voit de l’étage cela me surprendrai pas qu’il y en ait davantage.

Il se redressa brusquement en entendant la voix. L’homme était ressorti de la tour, accompagné d’un individu dans une armure cabossée. Lui aussi avait les yeux rouges et brillants.

- Z’ont épargnés un môme ? s’étonna celui-ci en s’essuyant la bouche.

Toutefois et malgré la distance, Enguerran vit parfaitement que son menton et sa gorge étaient maculés de sang.

- J’ai entendu les cris à temps pour intervenir.

- C’est peut-être pas un cadeau que tu viens de lui faire, ajouta l’homme en armure en le dépassant.

Sans répondre, le combattant toujours couvert de sang d’homme-bête s’attarda sur l’enfant, avant de prendre le pas de son compagnon. Enguerran les suivis du regard comme ils s’éloignaient en direction du cœur du village. Il vit celui en armure dégainer une épée avant de les perdre de vue.

- GAYLRIA !

Le cri cingla aux oreilles de l’enfant qui eut un sursaut. Une peur viscérale le cloua sur place, tel un mulot paralysé par la clameur du rapace. Et sans se retourner, il devina une présence dans son dos. Quelque chose se tenait derrière lui. Quelque chose qui l’observait, le jaugeait. Il le sentait instinctivement, bien que ce quelque chose ne fasse pas le moindre bruit ou mouvement. Tremblant comme une feuille, il osa un regard par-dessus son épaule.

Enguerran eu le souffle coupé en découvrant la créature. Sa face n’était qu’à quelques centimètres de son visage. Les pupilles de ses yeux exorbités luisaient tout comme ceux de son sauveur et du guerrier en armure. De multiples nervures écarlates striaient le blanc de ses orbites. Et l’enfant était si près qu’il aurait aisément pu les compter, le regard plongé dans celui de ce prédateur.

- Gaylria, repris la voix, plus posée. Recule doucement.

Lentement, elle inclina la tête de côté, jaugeant le jeune garçon sans ciller. Elle ne haletait pas comme l’aurait fait un loup, mais sa gueule était grande ouverte. Une gueule dégoulinante de sang aux crocs acérés. Une gueule dont l’haleine était semblable à l’odeur de la viande crue, fraichement découpée. Lentement, la femme plissa le nez, ouvrant la bouche un peu plus grand.

- Je t’ai dit de RECULER !

Sans prévenir, la femme fut tirée en arrière. L’individu l’envoya rouler avec une force incroyable. Et tel un chat elle acheva sa roulade sur ses quatre membres. Elle feula avec agressivité en direction du nouveau venu.

- Tu t’es suffisamment nourrie pour le moment, déclara-t-il avec un calme jurant avec la violence dont il venait de faire preuve. Maintenant, il va falloir que tu apprennes à contrôler ta…

Mais déjà la femme, dont Enguerran remarqua les oreilles pointues entre deux mèches de cheveux bruns, n’écoutait plus. Elle semblait avoir remarqué les corps autour d’elle et se jeta sur le plus proche. Un de ces monstres à visage ovin.

- Non ! Ne…

Son ordre se perdit dans un soupir. Déjà des morceaux de chair volaient dans tous les sens comme elle s’acharnait sur la gorge et le torse de la dépouille. Il maugréa quelques paroles dans sa barbe. Puis se tourna vers Enguerran, médusé. Il réprima un frisson en découvrant que lui aussi avait les yeux rouges. Ils se considérèrent un instant, dans un silence troublé uniquement par les mastications de la chose-elfe.

- Gilnash ?

Le premier combattant, torse-nu, était de retour. Et Enguerran fut à peine surpris de voir ce qu’il tenait à la main. Après tout ce qu’il venait de lui arriver cette dernière heure, découvrir un homme presque nu jeter trois tête de d’hommes-bêtes contre un mur ne parvenait plus à le choquer davantage. Et ce malgré l’évidente tâche sombre qui resta imprimée aux pierres de la masure.

- C’est bon, je… gère, hésita-t-il avec un nouveau regard à l’elfe, avant de désigner les corps. Des mutants ?

- Coïncidence, je présume. Luther s’amuse avec les derniers en ce moment même. Mieux vaudrait toutefois mettre les voiles d’ici. Je n’ai pas très envies d’être découvert dans le coin au lever du jour.

Le dénommé Gilnash opina. Puis le premier guerrier s’adressa à Enguerran.

- Viens avec moi gamin, j’ai des questions à te poser.

- Mais… papa… murmura-t-il avec un nouveau regard vers le cadavre.

A ses mots il sentit sa gorge se serrer comme les larmes venaient à nouveau brouiller son champ de vision.

- Ton père… ne veut pas s’envoler pendant que tu seras avec moi, répondit-il en choisissant difficilement ses mots, ce qui échappa à l’enfant  bouleversé. Mon ami ci-présent s’en assurera. Pendant qu’il continue… de gérer.

En posant une main ferme sur l’épaule d’Enguerran, il jeta un regard équivoque à Gilnash. Celui-ci alla de Gaylria à la dépouille du père. Puis opina.

- Viens avec moi.

Le ton n’admettait aucune contestation.

*


- Dis-moi, Enguerran… où sommes-nous ?

L’enfant lui jeta un regard ahuri après lui avoir donné son nom. Où ils se trouvaient ?

- Cas… Casseneuil de Morceaux, balbutia-t-il.

- Morceaux ? Le fleuve de Gien ?

Comme l’enfant guère rassuré hochait timidement la tête, il insista :

- Sommes-nous près de Gien ? Derrevin ? Bordeleaux ? énuméra-t-il.

- Bordeleaux… les bacs tonneliers mettent une semaine pour descendre le courant jusqu’à la ville…

- Je vois… la garce nous a lâché dans la forêt de Châlons…

Il eut un regard vers l’extérieur de la petite demeure où ils se trouvaient, avant de murmurer pour lui-même :

- On a de la chance qu’il ne s’agisse pas de peaux-vertes…

- Qui… qui êtes-vous ? osa interroger Enguerran.

L’adulte le dévisagea, étonné. Puis esquissa lentement un sourire amusé. Toutefois, lorsque l’enfant remarqua les mêmes crocs que ceux de la femme étrange, il eut un mouvement de recul.

- Je suis un chevalier, déclara-t-il en s’efforçant de masquer son rictus. Un chevalier de l’ordre des Dragons de Sang. Tout comme mes compères, Luther et Gilnash. Toutefois, comme tu peux le voir, ma tenue a quelque peu souffert du voyage…

- Des chevaliers… répéta-t-il. Mais, vos dents… Vous allez me dévorer ? Comme…

- Nous ne te ferrons pas de mal, le rassura-t-il calmement. Nous ne tuons que les…gens méchants.

- Mais, la dame aux oreilles pointues, elle…

- Elle est malade, répondit-t-il du tac-au-tac. Et Gilnash la soigne comme il peut. N’ai crainte.

- Luther… continua Enguerran sur sa lancée. Il avait du sang, sur la bouche et…

- Un souci qui afflige notre ordre, prétendit-il. C’est une longue histoire…

Sur ces mots, il quitta sa posture accroupie et se releva. Il fit mine de sortir de la masure lorsqu’Enguerran l’interrogea de plus belle :

- Chevalier, vous vous rendez au tournoi de Bordeleaux ?

Main sur la porte, l’homme torse-nu s’immobilisa en entendant ces mots.

- Tournoi dis-tu ?

*


- Nous partons pour Bordeleaux.

- Tu crois vraiment que le moment est bien choisit pour aller jouer de l’épée ? lui répondit Gilnash, dubitatif.

- Et pourquoi pas ? Depuis que nous avons quitté Kemperbad nous n’avons fait que voyager sans réel objectif. Pour une fois qu’une occasion de s’amuser se présente il n’est pas question de la manquer !

- Il sera interdit de tuer mais cela devrait être marrant, songea Luther à voix haute. J’en suis.

- Pour autant que cela nous importe, nous ne pouvons pas laisser le village dans un tel état, souligna toutefois le nouveau père dans la mort.

Face aux mines surprises de ses compagnons, il haussa les épaules.

- Tant de cadavres vont attirer la vermine et peuvent être source d’épidémies pour les hommes. Moins d’humains signifie moins de… de…

- …gibier ? compléta Luther en esquissant un sourire malsain.

Gilnash grimaça. Mais ne chercha pas à le contredire.

- Et le petit, qu’en fait-on ?

Tous les trois se tournèrent vers Enguerran. Mais celui-ci ne suivait plus leur discussion, captivé par la nouvelle créature ayant fait son apparition. L’être immatériel, hérissé de pointes, qui voletait devant lui était même parvenu à le détourner du corps de son père. Tout aussi curieux, le farfadet voletait d’un côté puis de l’autre, suivant les mouvements de tête de l’enfant.

- On l’emmène avec nous.

- Manesh’k… tu es sûr ? s’étonna Gilnash.

- Nous le laisserons une fois à Bordeleaux.

- Le passer au fil serait lui rendre service si tu veux mon avis, rétorqua Luther. Enfin. Que fait-on des corps du coup ?

- Le Morceaux n’est pas très loin, déclara alors Gilnash. Néanmoins, quitte à le garder en vie…

Enguerran fut brusquement tiré de sa fascination naïve pour l’esprit sylvain lorsque Manesh’k, le guerrier torse-nu, se posa devant lui.

- Enguerran,  commença-t-il en captant son regard. Nous allons aller jusqu’au fleuve. Toutefois je vais avoir besoin que tu me rendes un service.

L’enfant cligna des yeux, mais le vampire s’efforça de conserver son attention. Le regard étincelant, il poursuivit :

- Écoute ma voix.

*


Le brouillard… Il évoluait dans une épaisse brume ayant soudainement envahi Casseneuil... Mais, même s’il voyait à peine ses pieds tant la purée de pois était dense, il n’avait pas peur. L’enfant voyait le petit animal aux piquants voler près de lui, malgré la distance. Sans qu’il comprenne pourquoi, cette vision le rassurait. Et il savait Manesh’k tout proche. Il l’avait protégé contre les monstres. Et le ferait à nouveau. Enguerran pouvait d’ailleurs entendre sa voix toute proche… Ainsi que celles de ses compagnons, atténuées par la brume…

- Un jour il faudra que tu m’expliques comment tu fais cela, déclara dans le lointain la voix de Luther, étouffée par le brouillard.

- Un jour, peut-être, répondit celle de Manesh’k, bien plus proche. Que fait-on d’eux ?

- Les chèvres tu les brûles, expliqua une troisième voix à peine audible tant elle était proche d’un murmure. Les humains, vous les emmenez à la rivière.

- Jusqu’au Morceaux ? Tu te moques de nous j’espère ? Je vais pas me trimballer…

- Tu voulais t’exercer non ? l’interrompit Manesh’k à quelques pas de l’enfant. Voici l’occasion rêvée.

- M’exercer ?

- Ne crois pas que la distance qu’a parcouru le père du gosse m’ai échappé, reprit-il, amer.

Luther ne chercha même pas à contester l’accusation.

*


Un temps incroyablement long s’écoula. Le regard perdu dans le vague, Enguerran marchait. Doucement. Calmement. Les monstres avaient disparus. Les flammes étaient éteintes. Le sang avait séché. Même le regard de son père avait été avalé par la brume. Il marchait. L’esprit aux piquants volait avec lui. Tout comme Manesh’k. Son sauveur. Son ami. Il pouvait lui faire confiance. Il… était soudain tiré de son rêve beat.

- Que…

- Manesh’k !

Clignant des yeux sans comprendre, Enguerran chercha le chevalier du regard. La brume s’était brusquement dissipée. Ils n’étaient plus à Casseneuil mais quelque part en forêt. L’enfant le devinait malgré l’obscurité, la lune éclairant timidement le chemin où ils se trouvaient.

- Par le feu du Dragon, qu’est-ce qu’il lui arrive ?

- Aucune idée ! Manesh’k réponds moi, que…

- Je vais… bien… gronda une voix sourde qu’Enguerran sentit résonner jusque dans sa poitrine.

En quête de réponses, il pivota et se retrouva nez à nez avec un adulte. Josh, parvint-il à le reconnaître malgré les ombres. Et malgré sa mâchoire inférieure manquante. Ainsi que son regard vitreux et la plaie sanglante qu’il avait à l’abdomen.

Foudroyé par cette vision de cauchemar, il poussa un glapissement de terreur en faisant volte-face. Mais là se trouvait la lainière, les pointes de cheveux blonds devenus écarlates. Un rai de lune mit en évidence le trou gros comme le pouce dans sa robe. Et d’un autre côté se trouvait le fils des voisins, le visage à moitié arraché…

Et là les guerriers lui ayant sauvés la vie. Complétement paniqué et la raison vacillante, il se précipita vers eux en haletant. Gilnash et Luther étaient penchés sur son sauveur, un genou à terre et la tunique bleue d’un soldat à la main.

- Manesh’k, aide-m…

Le regard qui lui fut décoché le cloua sur place. Etincelant de fureur, ce regard brillant dans le noir posa le poids d’une montagne sur ses épaules. Les deux autres personnes n’existaient plus. Ne restait que le regard bicolore de cette créature ancestrale d’une puissance qui le broyait sur place. Ses yeux étaient deux véritables lanternes vertes aux noyaux brillants tels du métal porté au rouge. En comparaison, les couleurs vues chez un souffleur de verre au village voisin auraient fait pâle figure. Tout dans ce regard éblouissait l’enfant.

- Enguerrr…raaaan…

La voix rocailleuse n’avait plus rien à voir avec celle du guerrier. Son apparence même avait changé. Même si l’enfant était incapable de le réaliser, son torse-nu était recouvert de fin serpents de nuit dans cette pénombre. Sa stature elle-même rivalisait avec celle des géants des histoires de son père. A genou, il était aussi grand que ses compagnons. Et lorsque le vent souffla un instant, la lune révéla que même la peau de ses bras et ses épaules avait évolué. Epaisse et boursouflée, elle semblait rigide, rugueuse. Comme de l’écorce.

Mais cette vision était tout bonnement impossible. Tout comme la mort de Jeannot son père. Tout comme les monstres au village ou les cadavres de ses proches marchant au clair de lune en pleine forêt. C’était…

- …écoute ma… voix…

Enguerran eut un haut-le-cœur et tomba à genoux. Se faisant il perdit de vue le monstre difforme qu’était Manesh’k. Haletant, il contempla la terre sous ses mains. Il était bien en forêt. Comment était-il arrivé ici ? Que…

Une poigne herculéenne se referma sur son crâne. Avant qu’il ne comprenne ce qu’il lui arrivait, il sentit le sol disparaître sous ses pieds. Puis le visage de Manesh’k, illuminé par son propre regard, emplit son champ de vision. Et à cette distance, tenu d’une main, il pouvait constater que la métamorphose affectait également son visage.

Les lèvres du chevalier étaient enflées en fendues en plusieurs points. La peau de son front, de ses pommettes et son menton avait elle aussi l’apparence revêche et craquelée de l’écorce. Son nez était réduit à un nœud difforme entre ses yeux aveuglants.

- Ma… voix…

Il sembla réaliser quelque chose, son ton grinçant se perdant dans un murmure fatigué. Le colosse observa sa propre main, puis son corps, avant de fermer les paupières. Il leva le visage vers le ciel et ouvrit la bouche, mâchoire crispée. Sa poigne se resserra encore sur la tête de l’enfant tétanisé, les bras ballants. Enguerran poussa un cri, à la fois de douleur et de terreur, en écho à la lutte intérieure que semblait mener son bourreau.

Lorsque toutefois il rouvrit les yeux, ceux-ci ne luisaient plus que d’une lueur carmin. La pression sur les tempes de l’enfant s’allégea comme il déclarait d’une voix beaucoup plus douce :

- Ce n’est qu’un mauvais rêve. Rendors-toi.

Et, sans qu’Enguerran ne puisse l’expliquer, la douleur s’envola. En quelques instants, de la brume serpenta entre les arbres et les morts immobiles, ainsi que tout le long du sentier menant au fleuve. Elle avala toutes les horreurs de la nuit et l’enveloppa dans une mélasse blanche et cotonneuse. Un sanctuaire où il put, un temps au moins, retrouver la paix.

*


- L’aube approche, rappela Luther.

Mais Manesh’k lui fit signe de les laisser seuls. Agenouillé au niveau de l’enfant, il garda le silence. Il ne connaissait pas de mots pour ce que vivait Enguerran. Face à eux, la terre avait été retournée. Et dans l’écorce du chêne au-delà étaient désormais gravés les quelques mots :

Ici repose Jeannot.
Milicien de Bordeleaux et père aimant.



Un long moment ils restèrent ainsi. Immobiles. Alors que le ciel se colorait lentement. Et, sans prévenir, Enguerran se tourna vers lui. Avant de se jeter dans ses bras. Il éclata en pleurs, les épaules secouées de sanglots. Pris de cours, le mort-vivant en tunique bleue chercha ses compagnons du regard, mais ne trouva aucun d’eux. Grimaçant, il se força à lentement replier les bras dans le dos du garçon.

Comme Enguerran resserrait son étreinte, les mots de Luther revinrent au  vampire : « C’est peut-être pas un cadeau que tu viens de lui faire ». Mais il chassa rapidement ces derniers de ses pensées. Il prit la peine d’inspirer, chose rare, puis après avoir tapoté la tête du garçon, l’écarta en douceur. Son regard était embué de larme. Sa peine fit naitre un sentiment de malaise dans le cœur du mort-vivant, qu’il n’avait plus ressenti depuis bien des années. Pas même à la mort de Claster de la main du sorcier, à Grissenwald. Lentement, il se força à prendre la parole.

- Nous partirons demain soir, à la tombée de la nuit. Tu pourras  rester si tu le souhaites. Ou nous accompagner rejoindre le monde des vivants, à Bordeleaux. C’est comme tu le voudras. Mais à présent il est tard, ou tôt... Va dormir.

L’enfant fit un pas en arrière, les joues encore inondées de larmes. La lèvre tremblante, il allait pleurer de plus belle, se tournant à nouveau vers la tombe.

- N’ai crainte. Il ne partira plus d’ici. Et attendra chacune de tes visites.

Le temps commençait à presser. Il allait le relever lorsqu’Enguerran se redressa de lui-même. Avec un dernier regard, il rejoignit la masure un peu plus loin d’un pas lent. Une écurie jouxtait celle-ci, où piaffaient quatre chevaux.

Soulagé, Manesh’k se détourna dans l’instant de la tombe improvisée et se dirigea vers le fleuve, au-delà du modeste bâtiment. Les deux autres mort-vivants s’y trouvaient déjà, accompagnés de l’esprit sylvains ne lâchant plus Luther depuis quelques heures. Sur la gauche était attachée une barge longue possédant une cabane aménagée, chargée de tonneaux. Et sur la droite, une seconde était emportée par le courant. Elle n’était pas chargée de tonneaux. Néanmoins cette barge-ci était tellement chargée que sa ligne de flottaison était confondue avec la surface tumultueuse de l’eau. Et la fumée épaisse, dégagée par les flammes, s’élevait haut dans le ciel qui rosissait de minute en minute.

- Pourquoi avoir creusé cette tombe ? l’interrogea Luther avec un regard réprobateur. Ce n’était qu’un humain.

- J’ai creusé cette tombe car lui en avait besoin, répliqua Manesh’k comme une évidence.

Devançant la question suivante, il ajouta :

- Et je n’ai pas juste retourné la terre car il me répugne de lui mentir. Qu’il s’agisse d’un humain ou non. Nous sommes déjà des monstres, inutile d’en rajouter.

- Et eux ?

- Je n’avais pas la patience de creuser pour un village entier, maugréa-t-il comme les habitants du village brûlaient devant eux. Mais les laisser là serait revenu à agir comme un fils de W’Soran. Les dévorer… comme une saleté de Strigois.

Dubitatif, Luther fit mine d’acquiescer.

- Qu’aurait-on fait s’il n’y avait eu qu’une barge ? Pour nous rendre à Bordeleaux nous…

- Il y avait deux barges, coupa Gilnash sans détourner le regard du bucher flottant.

Soupirant, Luther se détourna et prit la direction de la masure, laissant ses ainés. Aussitôt, l’esprit hérissé de piquants se précipita dans son sillage, venant tourbillonner autour du mort-vivant. Exaspéré, il le chassa du dos de la main, ce qui ne fit que l’encourager à insister.

- Où est passée Gaylria ? s’interrogea brusquement Manesh’k à son frère. Je ne l’ai pas revue depuis…

- Encore au village. Elle nous rejoindra à la tombée de la nuit prochaine.

- Tu ne crains pas qu’elle…

- Non, elle nous reviendra dès la tombée de la nuit. Je le pressens. Par ce… lien, dont tu m’as parfois parlé avoir. Avec Claster.

Le vampire retint sa réplique. Il comprenait ce dont voulait parler son ami. En partie…

- Il n’y avait plus d’humains là-bas, tu es sûr ?

- Aucun à moins d’une journée de chevauchée, lui assura-t-il. Pour sa première nuit, mieux vaut qu’elle ne soit pas en présence du petit. Quant au soleil… rien ne marque davantage que l’expérience. Ainsi même dans sa condition, elle se rappellera que l’ombre est désormais son domaine et que le jour ne la tolère plus.

- Tu en es sûr ? douta-t-il après un instant. L’infant elfe de Varison…

- Varison ne comprend rien aux vents, répondit-t-il avant de reprendre. Qui mieux qu’un adepte des bêtes, comme disent les humains, pour dresser une personne sauvage ? D’ailleurs, elle porte elle aussi cette affinité, bien qu’en de moindres mesures. A l’état latent. Et je ne la perds pas de vue. Mon regard porte loin.

- Toi et tes oiseaux… soupira-t-il avec un sourire amusé.

En silence, ils observèrent la barge s’éloigner. Elle était loin et l’astre apparaissait à l’Est lorsque Gilnash l’interrogea brusquement.

- Tu dis ne pas avoir accompli l’exploit de père, que la soif est juste en retrait comme le répétait Meloch. Mais qu’en est-il de…

Du pouce, Manesh’k indiqua le soleil levant.

- Nous allons vite le savoir, répondit-il, songeur.

Gilnash recula progressivement dans l’ombre. Son compagnon resta dans la lumière, vêtu d’une tunique bleue prise à la tour de Casseneuil. Fermant les yeux, il leva les bras et laissa la lumière le réchauffer pour la première fois en plus d’un millénaire. Et cette chaleur ne le consuma pas.

L’astre n’était plus affecté par la magie étrange de Loren, il le sentait sur sa peau. Cette douce chaleur était réelle. Non loin, il devinait son frère. Attentif au moindre changement. Toutefois, il n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour deviner le spectacle actuel.

La peau de son visage et de ses bras nus fumait. Littéralement. Comme un animal par grand froid ou un individu sortant d’un bain bouillant. Une sorte de vapeur se dégageait de lui. Il ne brûlait pas instantanément comme autrefois, mais le fardeau que représentait le soleil était toujours présent. Bien que moins pesant.

- Inutile d’insister et vérifier si je commence à me couvrir de cloques, abrégea-t-il. Je n’ai pas besoin d’ajouter à mon apparence actuelle pour que les humains de Bordeleaux soient sur leurs gardes.
*


Dernière édition par vg11k le Sam 26 Nov 2016 - 0:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 25 Nov 2016 - 23:58

Ce n’est que bien plus tard que l’enfant se réveilla sur une paillasse sommaire. Les voix des vampires lui parvinrent comme il se frottait les yeux, cils collés par les larmes.

- J’ai quand même peine à comprendre pourquoi nous avons embarqués ces deux canassons, déclara Manesh’k.

- C’est pourtant simple, soupira Luther. Ces barges sont chargées de tonneaux de vinasse. Elles descendent le fleuve jusqu’aux écluses de Bordeleaux et au-delà. Une fois arrivés, les chevaux tractent les barges depuis la rive pour remonter le courant, avec des tonneaux vides. Et ils recommencent, encore et encore. Tous les domaines vignerons près du fleuve profitent de ce système. Sur cette rive comme côté Aquitanie.

- Ça m’explique toujours pas pourquoi les chevaux sont…

- Tu le fais exprès ? Comment tu veux que les gardes aux écluses ne nous trouvent pas suspect si nous n’avons pas nos propres montures pour remonter ? Déjà que nous nous présenterons de nuit…

- Toutes ces histoires commerciale me fatiguent… abrégea Manesh’k en se frottant les tempes.

- Je crois que notre ami est réveillé, intervint la voix de Gilnash.

Enguerran mit quelques longues secondes à réaliser qu’il parlait de lui. Se redressant, il découvrit les deux vampires assis à une table. Ils étaient dans la semi-pénombre de deux vitres, calfeutrées avec des chiffons. Gilnash se trouvait de l’autre côté et ne lui jeta pas un regard, penché sur l’elfe étendue à même le sol. Sol qui tangua soudain sous le pas d’Enguerran.

- Que…

- Nous sommes sur l’eau, le prévint Manesh’k en retrouvant une voix amusée.

Se faisant, il lui tendit un panier dans lequel se trouvait des pommes et des poires.

- Mange. Tu as besoin de reprendre des forces.

Il considéra un instant l’individu aux yeux rouge, brillants dans l’obscurité, et s’efforçant de paraître amical. Puis le panier de fruits. Il n’hésita pas longtemps avant de se remplir la panse. Croquant à pleines dents, il étudia plus attentivement l’endroit, sa vision s’accoutumant aux ombres.

La cabane où ils se trouvaient ne comportait qu’une porte. Porte que la chaise reculée de Manesh’k maintenait fermée. Instinctivement, il commença à mastiquer plus doucement. Puis l’étrange créature translucide se manifesta, voletant autour de Luther.

- Fout’ moi la paix toi, grogna-t-il en agitant la main pour le chasser.

Feulant, la créature simiesque prit du recul en agitant des bras trop long pour son corps trapu. Puis, après quelques instants, s’approcha à nouveau du mort-vivant blasé par son manège.

- Qu’est-ce que c’est ? murmura Enguerran, le regard rivé sur l’esprit sylvain, ses yeux retrouvant quelques étoiles.

Gilnash leva les yeux de sa fille dans la mort, lui-même curieux d’en apprendre davantage. Après tout, ce « farfadet » comme l’avait appelé Gaylria avant de sombrer dans la folie, les avait sauvés à deux reprises déjà…

- Ce que c’est… répéta Manesh’k avec amusement.

Adossé à sa chaise, il ferma les yeux, les lèvres articulant quelques mots inaudibles. Puis les rouvris, un soupçon de vert venant teinter le blanc de sa cornée. Vert qui interpela Luther face à lui. Il eut un léger mouvement de recul, la main sur la garde de son arme à la hanche. Néanmoins, son ainé le rassura d’une brève mimique. Puis il se tourna vers Enguerran. Toutes traces des évènements de la nuit précédente semblaient déjà derrière lui. Pour le moment du moins.

- Loin, très loin de Casseneuil, se trouve une forêt, expliqua-t-il calmement. Les esprits de la nature veillent sur celle-ci. Ils peuvent prendre différentes forme. De simples reflets dans l’eau, habiter et faire bouger des arbres… ou celle-ci.

- Il peut faire bouger un arbre ? s’étonna Enguerran, à la fois émerveillé et dubitatif.

- Je ne pense pas. En revanche, il peut parler avec eux.

Semblant réaliser que l’on parlait de lui, l’esprit follet cessa d’importuner Luther. Il flotta jusqu’au centre de la table, pivota dans les airs, allant de regard en regard. Ses membres postérieurs, ridiculement cours en comparaison de ses bras, pendaient dans le vide. Dans son dos, les longues pointes qu’ils savaient désormais pouvoir redresser, comme l’aurait fait un hérisson, ondulaient alors qu’il tournait la tête.

- Dans ces bois, les esprits comme lui sont appelés des fées. Ou farfadets, comme l’a nommé notre amie ici endormie. Celui-ci est un farfadet « piquant ». Habituellement, il s’agit d’esprits agressifs qui défendent leurs bosquets.

- Agressif ? l’interrompit Luther avec dédain. De tout notre séjour dans cette fichue forêt, il n’a pas levé le petit doigt à notre égard. En plus il ne peut pas nous toucher…

- Tu te trompes, déclara Manesh’k d’un ton tout à fait sérieux.

- Pourquoi crois-tu que je vous ai incité à ne tuer personne et à ne pas abimer leur sanctuaire ? lui fit remarquer Gilnash.

Luther cligna plusieurs fois des yeux.

- Attends, tu veux dire qu’en plus d’avoir vu les oreilles pointues tu avais vu le golgoth qui nous à…

- Non, se reprit-il. Lui, je ne l’avais pas vu. Pas avant qu’il soit trop tard. Les… esprits comme les a nommés Manesh’k… de son envergure lui sont très rare à Loren. Mes compagnons volant eux-mêmes ignoraient son existence…

Gaylria poussa un léger soupir dans l’étrange sommeil où il l’avait plongé, le ramenant à sa nouvelle fille.

- Même alors, insista Luther. Il ne peut pas nous toucher. Comment…

Calmement, Manesh’k leva la main en direction du farfadet, paume vers le plafond. Celui-ci l’étudia un instant, considérant son invitation. Puis vint doucement se poser dans celle-ci. Contredisant son neveu, le cuir jusque-là intangible de la créature commença à scintiller. Et devant trois spectateurs ébahis, le farfadet à pointes prit forme physique.

Maladroitement, il se redressa sur ses jambes atrophiées, prenant appui sur ses bras noueux. Ses grands yeux jaunes balayaient la pièce comme s’il la découvrait pour la première fois. Instinctivement, les épines de son dos se redressèrent et tirèrent la peau noueuse de son museau écrasé.

Fasciné, Enguerran leva la main pour le toucher, mais Manesh’k l’en empêcha, lui saisissant les doigts.

- Je te le déconseille. Les piquants de son dos te plongeraient dans un sommeil peuplé de cauchemars. Et je pense que cela s’applique à toi aussi, ajouta-t-il à un Luther qui s’offusqua aussitôt.

- A-t-il un nom ? demanda l’enfant.

- Pas que je sache, répondit-il en laissant le farfadet reprendre sa forme habituelle pour venir flotter près de Gilnash.

- Ne risque-t-il pas de disparaitre, si loin de Loren ? s’étonna brusquement ce dernier.

Pris de court par la question, Manesh’k croisa les bras, réfléchissant.

- Je ne crois pas, déclara-t-il finalement. Un esprit inférieur comme lui doit pouvoir subsister dans n’importe quelle forêt suffisamment importante… ou aux côté d’un autre esprit sylvain, plus puissant que lui.

La main sur le front de Gaylria, Gilnash hocha la tête. Suite aux récents évènements, la créature puisait dans la présence de leur compagnon pour rester à leurs côtés. Pourquoi les avait-il accompagné plutôt que rester avec les siens en revanche, même Manesh’k semblait l’ignorer.

Amusé par l’enfant fasciné, Manesh’k lui fit signe d’approcher.

- J’ai autre chose à te montrer, déclara-t-il en s’efforçant de paraître amical.

Néanmoins, Enguerran resta à distance prudente. Aussi il n’insista pas. Après un regard pour s’assurer que le farfadet s’était éloigné, voletant près de l’elfe, il leva un doigt.

Fixant celui-ci avec insistance, il attira l’attention de Luther.

- Qu’y a-t-il a…

Un brusque crépitement fit sursauter l’enfant comme une flammèche s’allumait soudain sur son index. La mâchoire du garçon manqua de se décrocher, bouche-bé qu’il était. Pour autant, Manesh’k n’en resta pas là. Le visage de plus en plus crispé par la concentration, il s’efforça de manipuler, façonner un vent que l’humain ne pouvait voir. Et, lentement, la flamme dansante enfla. Elle se tordit, brûlant en une boule difforme d’où émergèrent timidement deux petits membres. Puis les pointes des flammes s’orientèrent dans la direction opposée, mimant des piquants mouvants.

Luther en resta quoi. Bien que grotesque, il avait sous les yeux une représentation flamboyante du farfadet à piquants. Néanmoins, l’effort semblait coûter au mort-vivant qui dissipa brusquement sa création d’un revers rapide.

- Incroyable, fut tout ce que put prononcer Enguerran alors que les derniers volutes de fumée disparaissaient. Comment… comment faites-vous ça ? Où avez-vous eut de tels pouvoirs ?

- C’est… compliqué. Je ne suis pas sûr que tu…

- Essaye quand même.

Son ton insistant et familier à la fois prit de cours les morts-vivants. Ceux-ci échangèrent un regard étonné. Avant qu’ils ne deviennent des sourires amusés.

- T'es un curieux toi, répondit-il. Ces pouvoirs, j'ai… triché pour les obtenir. Et désormais, si je veux les conserver, je dois les mériter. Pratiquer régulièrement, comme je viens de le faire. Ce genre de choses.

- Je ne comprends pas...

- Vois ce pouvoir comme une liqueur, intervint Gilnash comme son frère cherchait une réponse adaptée. Une bouteille de liqueur. A chaque gorgée, tu peux utiliser ce pouvoir à volonté. Par conséquent, à chaque utilisation, la bouteille se vide. Petit à petit. Jusqu'à ce que ce pouvoir soit perdu. Et récemment, il a eu la descente facile. Du coup, s'il veut conserver cette faculté, il lui faut apprendre à produire cette liqueur. Ainsi, à terme, il ne sera plus dépendant de ce flacon, au contenu limité.

- Mais la bouteille, cette liqueur je veux dire, où l'a-t-il trouvé ? D'où vient-elle à l'origine ?

- Heuu...

Les deux ainés échangèrent un regard gêné. Que répondre à cette question candide, alors que le sourire de Luther s'étirait d'une oreille à l'autre ?

*



C'est au clair de lune naissant que le bac, allégé de quelques tonneaux, laissa les écluses derrière lui. Dans le lointain, les hauts-quartiers de la cité se distinguaient par leur douce lumières. Et c’est en esquissant des sourires impatients que les vampires appréciaient cet ilot dans la nuit claire.

Quelques heures plus tard, ils dépassaient les arches du seul pont enjambant le fleuve.

- Lors de mon précédent passage, commenta Luther en suivant la voûte du regard,  les travaux venaient de commencer…

Enguerran fronça les sourcils, ne saisissant pas le sens de cette déclaration. Il était pourtant évident que les travaux  venaient d'être achevés suite à des décennies de labeur. Ou étaient sur le point de l'être, comme en témoignait la présence d'échafaudages autour de sa maçonnerie. Son père lui-même lui avait toujours parlé du pont en travaux depuis sa propre enfance… son père…

Il sursauta comme une main se posait soudain sur son épaule. Manesh’k c’était approché silencieusement.

- Tu es déjà venu ici ? l’interrogea-t-il.

Enguerran secoua la tête, enfouissant ces pensées et refoulant ses larmes.

- Moi non plus, compléta-t-il. J’ai comme l’impression que ce port tente de s’inspirer de ce qui se fait à Marienburg.

- Pour leur démesure ? hasarda Luther en s’attardant sur les immenses palaces visibles depuis le fleuve, éclairés en contre-bas par de véritables feux de joie.

- Par leur pagaille, rectifia-t-il en observant les rues mal agencées et les docks de la rive opposée. Leur anarchie…

Pourtant, se sont bien ces bâtiments qui redorèrent le regard d’Enguerran. Illuminés par des lueurs en contre-bas, ils ressemblaient à des géants à l’assaut du ciel aux yeux de l’enfant. Même l’esprit sylvain, voletant près de lui à cet instant ne parvint pas à attirer son attention. La créature, elle, était bien moins enthousiasmée par cet environnement…

- Les guildes marchandes, commenta Luther en suivant son regard. Rien n'est jamais trop cher pour eux quand il faut se pavaner...

Si sa remarque fit sourire Manesh'k, elle n'atteignit pas l'enfant dont le sourire s’étirait à mesure qu’ils approchaient.

Se détournant de la rive Nord, richement éclairée, le vampire guida leur embarcation vers les docks situés côté sud. Selon ses dires, la majorité des échanges commerciaux étaient réalisés sur cette rive. Et ce malgré le fait que les immenses navires de pleine mer étaient situés de l’autre côté. C'était au sud que se trouvaient les quartiers malfamés, les marchés parallèles et les logements où la couleur de l'or prévalait sur son origine. La facilité avec laquelle Luther parvint à vendre leur embarcation, les tonneaux ainsi que les montures à un docker confirma ses dires. Et ce en dépit de l'heure tardive à laquelle ils se présentaient ou de leur accoutrement hétéroclite.

- Comme je le pensais, commença Luther en revenant vers eux après avoir terminé les négociations. Le tournoi a lieu à l’entrée Nord de la ville et pas devant la demeure du seigneur actuel. Thierry je crois. Cela fait plusieurs semaines qu’ils ont commencés à ériger les infrastructures.

- Tu as appris quel était le motif de l’évènement ? demanda Manesh’k en croisant les bras, tenant les dockers dans son champ de vision. Ainsi que la récompense ?

- Hugo, le petit-fils du seigneur, fête ses 10ans. Pour l'occasion, il souhaite enrichir la future cour de l’héritier par la présence d'une nouvelle lignée de chevaliers.

Manesh’k grimaça.

- Accueillir le vainqueur à sa cours ? Tu parles d’une récompense… enfin, pour les humains…

- Dans le mille, confirma Luther. Le vainqueur du tournoi se verra offrir à lui et sa descendance une place à la table seigneuriale. Ainsi qu'un domaine vigneron conséquent. Un choix politique qui semble alimenter les discutions vu l'engouement du gars m’ayant raconté tout cela.

- Oui. Et je crois qu’il est temps pour nous d’y aller.

En effet, il avait remarqué l’intérêt que semblait leur porter les quelques marins et commerçant peu scrupuleux des quais. Leurs regards convergeaient régulièrement vers leur groupe arrivé sur une barge cédée bien trop facilement. Trop souvent à son gout.

- Tu pourras la tenir en laisse le temps que nous trouvions une auberge adéquat ? interrogea Luther en indiquant l'elfe du menton comme ils reculaient vers l’allée la plus proche.

Après avoir assisté à la boucherie qu'elle avait réalisé dans les geôles de Casseneuil, il avait peine à croire que l'elfe qui les accompagnait était bien le même individu. Elle n’avait toujours pas prononcé le moindre mot depuis qu’ils avaient quittés les sentiers forestiers. La tête droite sous une capuche dissimulant ses oreilles, elle dévisageait les badauds. Dans son regard écarlate luisait sa soif de meurtre. Ses yeux sautaient d'un homme à l'autre comme l'on étudie la carte d'un restaurant. Et pourtant, son visage fin demeurait impassible. Ses mains restaient jointes devant elle.

Mais ni Luther ni Manesh'k n'étaient dupe : depuis leurs expériences partagées lors de l'assassinat de Castille ou du cairn de Loren, ils étaient capable de ressentir l'effet des courants magiques. A un certain degré. Malgré leur manque d'affinité avec les dons de Gilnash, les efforts qu'il déployait depuis plusieurs jours pour l'empêcher de réduire Enguerran en charpie étaient faciles à deviner. L'ornithologue ne la quittait jamais du regard, la fixait sans cesse. Même lorsque ses compagnons à plumes venaient se poser sur ses épaules ou voleter autour d'eux. De plus, régulièrement, les deux mort-vivants ressentaient des frissons leur hérisser les cheveux sur le crâne. Et ce malgré leur nature même de morts-vivants…

- Elle restera calme, déclara Gilnash d'un ton posé et monocorde sans même lui accorder un regard. Nous la laisserons le temps d'aller vous présenter pour le tournoi.

Luther allait répondre, mais articula dans le vide en assimilant cette dernière phrase. Il avait l'intention de la laisser seule au milieu des bas-fonds des humains ?

- Soit, ajouta-t-il simplement, renonçant à chercher la logique motivant les choix de son ainé.

Puis il jeta un regard à l'enfant qui étudiait cet environnement avec curiosité naïve. Nullement fatigué, il s’attardait notamment sur les immenses navires que l’on pouvait apercevoir sur l’autre rive. L'excitation du moment semblait avoir balayé la peine d'avoir perdu son père comme la fatigue du voyage. Elle semblait également le rendre aveugle aux dangers que représentait cet endroit.

- Il reste avec nous encore un moment, le devança Manesh'k. Je pense qu'il peut nous être utile.

Le cadet plissa le regard, dubitatif. Mais ne contesta pas et prit la tête de leur groupe. Manesh'k ferma la marche, attentif à conserver l'esprit immatériel dans les replis de sa tunique. Attirer l'attention sur eux par la présence du farfadet aurait été fâcheux, à peine arrivés à la cité portuaire. Si ses compagnons l'avaient observé à cet instant, ils auraient pu apercevoir la brève lueur verte de son regard.

Trouver une auberge peu fréquentée dans ces bas quartiers, entre deux mendiants ou poivrots ivre-morts, se révéla une tâche aisée. Et leur générosité auprès du tenancier leur assura que personne d'autre qu'eux ne logerait à l'enseigne. Tant qu'ils s'y trouveraient. Ils piochèrent grassement dans leur pécule acquis quelques minutes plus tôt. Après tout, l’or n’était pas réellement une nécessité pour les immortels…

De plus, s'assurer que Gaylria serait laissé en paix diminuait les risques de voir la situation leur échapper. Encore qu'aucun d'eux trois n'était réellement inquiet pour l'elfe-vampire. Les trahir aurait été à son propre péril pour le propriétaire qui n'avait jamais dû gagner autant en une nuit... Par quelques maléfices qui échappèrent même à Gilnash, Manesh’k incita cependant l’esprit sylvain à se détourner de Luther qu’il harcelait une fois de plus. Dans cette cité humaine, il ne serait qu’une distraction non désirée. Il resta auprès de l’elfe taciturne, assise sur le bord de lit, le regard dans le vide. Ils prirent toutefois la précaution de l’enfermer derrière eux.

C'est avant que la nuit ne soit trop avancée que les trois vampires, toujours accompagnés d'Enguerran, empruntèrent le pont nouvellement érigé, et étonnamment peu gardé, pour rejoindre la rive Nord.

*


- La procession avait lieu aujourd’hui ? répéta Manesh’k, dépité.

- C’est exact, répéta le garde moustachu en croisant les bras.

Il bomba le torse et releva le menton. Avec le poil soigné qu’il arborait fièrement, sa posture aurait pu être comique. En effet, les trois morts-vivants le toisaient malgré ses efforts pour paraitre plus grand qu’il ne l’était.

- Le défilé s’est déroulé cet après-midi, poursuivit-il. Nos demoiselles ont choisis leurs champions. Et demains ils participeront aux joutes ici-m…

- Nous nous fichons des faveurs de ces mesdames, l’interrompit Luther comme le Bordelais leur indiquait déjà l’espace sombre derrière lui. Nous ne souhaitons qu’humblement participer aux épreuves de combat.

Grognant, l’homme se campa sur ses appuis dans l’encadrement de l’accès. Derrière lui se devinaient des tribunes, le terrain de  joute et plusieurs chapiteaux. Des silhouettes se dessinaient sur le tissu de ces dernières, projetées par quelques braseros.

- Cela ne sera guère possible je le crains, renifla-t-il avec un regard de plus en plus condescendant. La chevalerie a ses règles et il serait indigne que des participants… pardonnez-moi messieurs, mais êtes-vous seulement chevaliers ?

Se faisant, il détailla de la tête aux pieds les individus qu’il avait face à lui : trois adultes accompagnés d’un enfant au regard perdu. Si le premier avait vaguement l’allure d’un chevalier, son armure était en si piteux état qu’elle était difficilement digne d’être considérée comme telle. Quant aux deux autres, l’un avait une simple tunique de milicien du seigneur et l’autre un pourpoint en cuir. Typique des brigands de grand chemin d’ailleurs… Enfin, les trois adultes avaient des mines pâles, les yeux écarlates et ainsi que les cheveux encrassés.

- Cela ne sera guère possible, reprit-il.

Manesh’k soupira. Il jeta un regard blasé à ses compagnons, puis s’approcha. Il posa la main sur l’épaule du brave homme avec familiarité. Puis s’assura d’avoir son attention avant de déclarer :

- Ecoutez-moi… et si vous alliez demander à votre officier supérieur de nous recevoir ? Je suis sûr que…

Ses mots se perdirent lorsqu’il remarqua l’attroupement qui déboula du plus proche chapiteau. Perturbé par le comportement de ce « milicien », le moustachu secoua la tête. Puis remarqua la main sur son épaule. Mais avant qu’il ne puisse protester, celui-ci l’avait déjà dépassé.

Manesh’k s’interposa devant la grappe de personnes qui se dirigeaient justement dans leur direction pour quitter les installations du tournois. Et, avant que quiconque ne l’en empêche, il effectua une adroite courbette en esquissant un sourire. La couronne au front de l’homme le plus âgé du groupe ne lui avait pas échappé.

- Monseigneur, veuillez pardonner mon audace mais je me dois de quérir quelques secondes de votre temps.

Derrière le seigneur se tenait un individu de forte stature à la mine sombre, vêtu d’un gambison noir. Il avait un bras en écharpe, mais cela ne l’empêcha pas de porter son bras valide à sa hanche, où se trouvait la garde d’une épée. Une seconde personne de haute taille suivait, à la fois plus frêle et plus jeune. Suivaient enfin deux gardes portant la même tunique bleue que Manesh’k à cet instant, qui s’interposèrent devant le mort-vivant audacieux. Ils attendirent néanmoins la réaction de leur seigneur avant de menacer le vampire de leurs armes. Seigneur qui jeta un regard surpris à ce perturbateur.

- Quelques instants pas plus, milicien. Quelle affaire justifie de m’assaillir à une heure aussi tardive ?

- Ne vous en déplaise, seigneur, je ne suis pas un milicien. Mes…

- Comment osez-vous vous prés… commença le garde de l’entrée du tournois.

Mais d’un signe de la main, il fut docilement réduit au silence. Dans la foulée, les deux autres gardes s’écartèrent. Seul le massif individu s’avança, restant au plus près de la discussion.

- Mes compagnons et moi-même, reprit Manesh’k, venons d’une lointaine contrée. Nous avons appris votre tournoi tardivement et sommes venus aussi vite que nous le pouvions afin d’avoir l’honneur de participer à celui-ci. Il semblerait que nous ayons raté la traditionnelle parade d’introduction et votre garde…

- Refusait catégoriquement d’accorder crédit et respect à des chevaliers méritant, intervint Luther en s’avançant.

Il jeta un regard noir au premier garde. Ecarlate, celui-ci fulminait en silence.

- Des chevaliers ? répéta le jeune homme de haute taille en s’approchant.

Dubitatif, il tourna autour des deux vampires, examinant leur équipement d’un œil critique.

- J’ai peine à le croire au vu de vos accoutrements respectifs. Peut-être vos noms me seront plus évocateurs…

- Je me prénomme Mane…

- Mandrak, Gaétan et moi-même, Luther Harkon, l’interrompit son neveu en improvisant à la volée des prénoms moins exotiques à ses oncles. Tous trois chevaliers de l’ordre du Dragon, en Averland.

Suspicieux, le jeune homme examina de plus belle le vampire qui le dévisageait également, arborant une mine féroce.

- Assez Julot, réclama le seigneur en agitant la main. Luthor Harkon, veuillez pardonner mon neveu. L’organisation de cette fête le rend particulièrement nerveux. C’est en effet un long chemin depuis l’Averland que vous avez fait messieurs. En ma qualité de seigneur de cette belle cité qu’est Bordeleaux, moi Thierry, vous souhaite la bienvenue.

- Luther, reprit le vampire en grinçant des dents.

- Enchanté, seigneur, déclara aussitôt Manesh’k. Veuillez excuser nos tenues à Luthor et nous autres, mais la route a été longue et périlleuse jusqu’à votre cité...

Si Luther avait pu foudroyer son ainé d’un regard, celui-ci n’aurait pas vu l’aube.

- Longue et périlleuse, répéta Thierry, songeur. Je suis curieux d’en entendre davantage. Notamment pourquoi arborez-vous mes couleurs. Il est tard, mais nous ne sommes plus à une heure près. Que diriez-vous de me résumer votre périple autour d’une bouteille ?

- Mon oncle, vous n’y pensez guère…

- Tu devrais également venir Julot, j’ai le sentiment que l’histoire qu’ils ont à raconter sera particulièrement enrichissante.

Il se tourna brusquement vers l’un des gardes :

- Allez annoncer à ma dame de finalement ne pas m’attendre plus longtemps. Les préparatifs pour demain se révèlent plus compliqués que prévus.

Celui-ci opina, puis disparut à grande enjambées dans la nuit.

- A présent, chevaliers, vous avez une histoire à me conter. Et j’espère qu’elle vaudra le sommeil que vous me coûtez. Ou Mannan vous protège.

Les vampires esquissèrent des sourires amusés. Le seigneur Thierry se révélait être un homme à la fois ouvert d’esprit et conciliant.

*


- … et c’est ainsi que nous avons sauvés ce pauvre garçon, acheva Manesh’k. Il était trop tard pour le reste des villageois. Les monstres étaient déjà sur eux et nous n’avons rien pu faire. Avoir purgé Casseneuil de leur présence est une bien maigre consolation vis-à-vis de ce qu’ils ont fait là.

Thierry n’avait pas prononcé le moindre mot depuis le début de leur histoire, attentif à chaque détail. Tout comme son acolyte au bras blessé. Son neveu, Julot, trépignait de son côté. Interroger ces hurluberlus le démangeait visiblement. Ecouter le massacre de Casseneuil avait à peine douché ses ardeurs.

- C’est à suite à ce terrible affrontement que mon armure est devenue ce que vous découvrez à présent, compléta Luther. Quant à celle de mon compagnon Mandrak, elle était désormais inutilisable. Il dû en subtiliser une à l’un des…

- … dans la réserve de la tour de gardes, intervint brusquement Gilnash qui n’avait pas prononcé un mot jusque-là.

Il lorgna vers Luther qui réalisait juste la bourde qu’il avait failli commettre. En effet, Manesh’k n’avait non pas récupéré sa tenue dans la tour mais sur le cadavre d’un milicien. Dépouiller l’un des hommes du seigneur aurait probablement été mal perçu. Toutefois, Thierry ne sembla pas le remarquer, digérant toutes ces informations.

- Ce garçon est donc l’unique survivant de tout le village, déclara-t-il finalement en se tournant vers lui. Je suis désolé de l’apprendre… Quel est ton nom mon garçon ?

Il chercha du regard les vampires, qui l’encouragèrent à répondre.

- Je m’appelle Enguerran, répondit-il finalement. Enguerran, fils de Jeannot.

- Jeannot dis-tu ? intervint brusquement le garde moustachu, posté jusque-là à l’entrée du modeste chapiteau où ils se trouvaient. Jeannot de Casseneuil ? Seigneur, puis-je…

Il s’immobilisa, attendant la réponse de Thierry qui l’invita rapidement à approcher.

- Fiston, reprit-il. Ton père, l’était pas milicien à Mare-aux-Cerfs ?

- Je… non, papa donnait un coup de main au moulin et passait son temps à la taverne, il…

- Mais il avait bien une tenue comme celle de cet individu, insista le garde en désignant un Manesh’k surpris, toujours vêtu de bleu.

- Dans un coffre oui, avec sa veille épée et…

- C’est ce que je pensais. Seigneur, je connaissais le père de cet enfant. Il a quitté la milice il y a une dizaine d’années pour vivre avec une dame originaire de Casseneuil. Celle-ci travaillait au moulin à farine du village.

Les vampires échangèrent des regards interloqués. Cet énergumène, qui refusait de les laisser voir le seigneur Thierry à peine une heure plus tôt, était en train de confirmer leur histoire. Histoire pourtant tirée par les cheveux, bien qu’en partie véridique.

- Et vous auriez défaits, à vous trois, les monstres qui ont brûlés tout un village ? intervint enfin le neveu du seigneur. J’ai peine à le croire vu vos accoutrements.

Luther eu un rictus suffisant à ces mots, adressant un sourire narquois au jeune homme.

- Tu ne nous en crois pas capable ? répondit-il avec malice.

- Je crois surtout que, si Casseneuil a effectivement brûlé, vous avez ramassés ce gosse dans les ruines encore fumantes avant de nous l’apporter et…

- Suffit Julot, coupa Thierry.

La réaction du jeune coq surpris les mort-vivants. Mais il ne répliqua pas. Thierry semblait avoir une réelle autorité sur son neveu. Soupirant, le seigneur de Bordeleaux consulta du regard le colosse à ses côtés. Le bras en écharpe, il était resté immobile tout le temps du récit et n’avait toujours pas prononcé un mot depuis l’arrivée des vampires. Il hocha la tête à une question silencieuse qu’eux seuls saisirent.

- Chevaliers de l’Ordre du Dragon d’Averland. J’enverrais des miliciens confirmer vos dires. En attendant, vous êtes mes invités pour avoir nettoyés mes terres de cette vermine et sauvé ce garçon. De plus, si participer au tournoi de demain est votre souhait, je vous l’accorde. Toutefois je dois vous prévenir : mes conseillers m’ont annoncés un temps exécrable tout au long de la journée. Par conséquent il se tiendra en soirée, pour les deux journées restantes. Si l’on puisse parler de journée dans ces conditions. Cela ne vous dérange pas j’espère ?

- Pas le moins du monde, déclara Manesh’k en s’inclinant, ravis d’apprendre que les évènements n’auraient pas lieu à la lumière du jour. Nous sommes honorés de la confiance que vous nous accordez, seigneur.

- Jusqu’à ce que l’on constate qu’ils mentent comme ils respirent, plaça Julot.

La main sur l’arme d’apparat à sa hanche, il s’avança.

- J’ai toujours peine à croire que vous soyez capable de vous battre contre des brigands de la forêt de Chalons. Encore moins contre des aberrations qui…

- Serait-ce un défi ? hasarda Luther en souriant calmement.

- Que oui s’en est un, cracha-t-il en toisant le mort-vivant enclin à le provoquer.

- Julot…

- Seigneur, hasarda Gilnash.

Tous se tournèrent vers lui. Il n’était que peu intervenu dans le récit, néanmoins tous se tournèrent vers lui.

- Prouver notre valeur de dérangerait nullement notre ami Luthor. Pour peu que cela dissipe vos doutes quant à l’histoire que nous vous avons contés.

Thierry grimaça. Et après un nouveau regard à son garde en tenue sombre, soupira.

- Soit. Enseignez à mon neveu l’humilité, Chevaliers. Mais de grâce, il est tard donc soyez brefs. Et ne le blessez pas, cela déplairait grandement à ma fille…

- Mon oncle !

- N’ayez pas d’inquiétude, répondit Gilnash d’un ton apaisant. Luthor ne lui infligera guère plus que des bleus.

Fulminant, le jeune homme sorti du chapiteau, l’épée déjà au poing. Souriant d’avance, Luther suivit, ainsi que le reste des personnes présentes. A peine le vampire eut-il dégainé que Julot se jeta sur lui.

- Si je puis me permettre, chevalier Gaétan, commença Thierry à l’adresse de Gilnash comme Luther évitait adroitement la fente du jeune homme. Pourquoi vos yeux à tous les trois sont-ils rouges et… brillent-ils dans l’obscurité, remarqua-t-il en étudiant les combattants.

- Une… particularité régionale d’où nous venons, en… Averland, se rappela-t-il. Tout comme notre peau blafarde. La majorité des membres de notre ordre affichent les mêmes singularités.

- Mmmmh…

Sans remettre en doute ses paroles, Thierry n’ajouta pas un mot. Devant eux, Luther avait totalement inversé la vapeur. Il jouait littéralement avec son adversaire, faisant rebondir la pointe de son arme contre la lame de Julot.

- Etes-vous nombreux dans cet ordre ?

- Une quinzaine, tout au plus, répondit Manesh’k. Eparpillés à travers l’empire, à la recherche d’exploits dignes de notre maître à tous.

- Votre maître… répéta Thierry. Cette personne doit être redoutable une épée à la main, pour mériter le respect que je décèle dans votre voix.

Comme il prononçait ces mots, l’arme de Julot lui sauta des mains. L’instant suivant il tombait en avant, déséquilibré par une adroite passe du vampire.

- He bien, il semblerait que vous ayez gagnés votre place à mon tournoi, déclara-t-il en observant son neveu se relever, le pourpoint taché de boue.




edit :
débrif

Alors alors alors... Par où commencer...

1) La Bretonnie ! Contre toute attente ils sont dans ce royaume chevaleresque ! Et pile au moment d'un tournois !  Le hasard fait décidément bien les choses Lol !
Il va toutefois falloir être indulgent envers moi : autant le background vampire je commence à maitriser (ce n'était pas le cas lors de mes deux autres arcs) et le bg sylvain j'avais été sur leur forum me renseigner... autant là j'ai sauté dans le grand bain. Des incohérences sont à prévoir...
Alors pour l'année, nous sommes 100ans AVANT l'unification de la Bretonnie par Gilles. Pas de Duc encore donc.

2) J'ignore si quelques uns parmi vous avaient fait le rapprochement concernant le nom de l'un de mes personnages. Manesh'k ce n'est plus une surprise, mais je pense à quelqu'un d'autre qui ne devrait pas vous avoir échappé.

3) Depuis quand Manesh'k est-il un jedi ? MMmmh, excellente question. Et seuls ceux ayant lut l'intégralité de mes textes ont cette réponse. Ce n'est pas la première fois qu'il utilise ce pouvoir. Mais je ne veux pas vous donner l'info gratuitement.
Du coup : celui ou celle qui me trouve sur qui ce pouvoir d'hypnose / domination mentale a déjà été utilisé gagne le mot de son choix à m'imposer dans le prochain chapitre. Même chose quand à l'origine de ce pouvoir, que n'ont ni Gilnash ni Luther.

Et c'est les seuls points qui me viennent à l'esprit à chaud dont je voulais parler. Peut-être d'autre viendront. Probablement.
En tout cas, merci d'avoir eu le courage de lire jusque là. C'est pour moi que j'écris, mais pas que. C'est aussi pour vous. Et vous êtes ma meilleure motivation Cool
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 30 Nov 2016 - 19:19

1) Le fait que les événements du récit se déroulent 100 ans avant Gilles facilitent heureusement les choses, sinon je pense que parmi ces braves bretonniens, au moins un aurait été assez érudit pour comprendre à qui il a exactement affaire
Pour la suite, je me demande comment nos participants vont se procurer tout l'équipement nécessaire... si, je sais ! A la manière du conte du Chat Botté, le seigneur Thierry prendra nos chevaliers dépossédés en pitié et leur procurera le nécessaire Fou
SINON ! ... Tu nous organises tout ça en tournoi comme celui de la section concours, ou préfères-tu garder la pleine mainmise sur les événements du récit ? Innocent
2) Là je ne te suis pas... Camouflé Ninja
3)
Spoiler:
 
J'ai le droit d'imposer un mot du coup ? Wow

Du reste, je suis toujours autant impressionné par la santé mentale de tes personnages principaux. Quand je repense à MON seigneur vampire millénaire, je me dis qu'il ne pouvait se trouver longtemps dans un endroit peuplé sans finir par déclencher l'enfer sur terre, juste pour passer le temps...

Maintenant que ça parle d'un tournoi, je salue ce tournant nouveau du récit et demande la suite ! Clap

_________________
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Spoiler:
 
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mer 30 Nov 2016 - 21:21

Tournoi ? Où ça? Où ça??? Wow

Plus sérieusement, c'est une suite qui donne envie d'en avoir plus comme d'habitude. Que ce soit avec l'elfe vampire ou ledit tournoi, je suis terriblement intéressé Cool

Le fait de te placer 100 ans avant Gilles simplifie sensiblement les problèmes de royautés et autres, mais du coup fait très attention à certains détails, noms et autres technologies qui pourraient ne pas exister (jusque là je te rassure, rien de choquant).
D'ailleurs à ce propos, si tu as besoin d'aide ou une question qui te taraude sur le fluff bretonnien, je suis à disposition. Je ne suis pas forcément un expert, mais j'ai de bonnes bases. Happy  Sinon, tu peux te diriger vers le forum bretonnien pour effectuer la même "étude" qu'avec les sylvains. On a un paquet de fans d'histoire et de fluff là-bas, tu devrais trouver de quoi faire ton bonheur.

Pour ton tournoi, je te conseille même cette section. Les bretonniens étant des fanatiques de la joute, tu penses bien que le sujet a déjà été débattu en long en large et à travers Mrgreen Tu devrais trouver là un bon paquet d'idées avec des récits assez sympathiques qui devraient te mettre dans l'ambiance bien folklorique d'un tournoi bretonnien.

Et du coup, je rejoins le mouvement des demandeurs de suite Clap
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lexkala
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 1 Déc 2016 - 8:31

J'ai pris le récit en cours de route , au départ je me suis dis tiens je vais regardé du début , euh et ba je m'attendais pas un lire un livre en fait Blink . Purée il y a du texte !

En tout cas bien écrit, plaisant à lire Smile
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vg11k
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Jeu 1 Déc 2016 - 20:59

Von Essen:
 
même là honnêtement c'est très borderline. Cependant, cela reste des évènements assez anciens du coup. Bien avant le duc rouge ou les guerres sylvaniennes. Seuls les évènements strigoi a mourkhain (pas sûr le l'orthographe...) pourraient être connus en-dehors des manifestations ponctuelles des vampires. Or, on ne peut nier qu'ici ils ont déployés de gros efforts pour rester discrets.

Von Essen a écrit:
le seigneur Thierry prendra nos chevaliers dépossédés en pitié et leur procurera le nécessaire
tu n'es pas loin. En effet, même avec ce qu'ils possèdent en or ils pourraient difficilement se procurer des armures pour le lendemain...

Von Essen a écrit:
comme celui de la section concours, ou préfères-tu garder la pleine mainmise sur les événements du récit ?
je ne serais pas contre un récit à plus de deux mains pour un de ces quatre. Mais concernant feu & sang je reste seul maître à bord ^^

Von Essen a écrit:
Là je ne te suis pas...
peut-être d'autres trouverons (ou ont déjà trouvés auparavant, faudrait que je relise tout les com's du topic)

Von Essen a écrit:
J'ai le droit d'imposer un mot du coup ?
partage ton mot ^^
en revanche, pour l'origine de ce pouvoir, je pense que tu vas (vous allez?) cogiter un moment.

Von Essen a écrit:
je suis toujours autant impressionné par la santé mentale de tes personnages principaux.
se ne sont pas des enfants et disciples d'abhorash pour rien ^^
encore que, ils sont peut-etre pas si stable que je veux le faire croire Innocent

Hjalmar Oksilden a écrit:
tu peux te diriger vers le forum bretonnien pour effectuer la même "étude" qu'avec les sylvains.
c'était mon intention. Je rédige cela dans la foulée. Je sais que vous êtes plusieurs breto ici et seriez tous ravis d'éclairer ma lanterne, toutefois je risque de spoiler votre plaisir. Egalement, centraliser toutes mes questions et les réponses que je recevrait sera plus simple pour tout le monde. rdv sur le forum breto si vous n'avez pas peur du spoil donc. Je jetterais également un oeil à ton lien dans le weekend, il m'a l'air d'y avoir pas mal de choses à éplucher

lexkala a écrit:
J'ai pris le récit en cours de route
"Fuiez pauvre fous !"
oui, j'écris lentement mais depuis longtemps... du coup c'est assez conséquent.
Content de savoir que mes textes te plaisent. Cool


Citation :
je salue ce tournant nouveau du récit et demande la suite !
je suis terriblement intéressé [...] je rejoins le mouvement des demandeurs de suite
En tout cas bien écrit, plaisant à lire
la suite... ben il va falloir attendre. Je n'ai pas la moindre ligne du chap suivant et j'ai pas mal de recherches à faire. Mais votre enthousiasme est des plus motivants. Je vais m'efforcer de rédiger cela en moins d'un an Mrgreen
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 2 Déc 2016 - 22:06

Je suis allé piocher un mot au hasard dans mon dictionnaire, et mon doigt s'est arrêté quelque part entre deux mots, mais mon choix est fait : le mot à utiliser sera "fumant" Happy

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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Ven 30 Déc 2016 - 17:04

J'ai fini par lire tout le dernier chapitre il y a quelques heures. C'est long, très long. Mais c'est vraiment très sympa. Le début est vraiment déroutant pendant quelques temps jusqu'à ce que l'on retrouve les personnages habituels.
Je suis très intéressé de voir ce que va devenir l'elfe transformée en vampire dans le(s) chapitre(s) suivant(s).

vg11k a écrit:
encore que, ils sont peut-etre pas si stable que je veux le faire croire Innocent
Je n'étais pas au courant que les vampires stables d'esprit existaient Very Happy

Sinon, bah j'attends la suite avec une grande impatience, n'espérant pas devoir attendre si longtemps. Encore que vu la qualité, ce ne serait pas réellement gênant Very Happy
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vg11k
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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 27 Juin 2017 - 21:56

Han, 6 mois. J'aurais eu un délai 'correct' cette fois.
Je vous remercie encore de suivre les épopées de mes zozos et pour l'affection à leur égard que je retrouve ici et là sur le forum. C'est vraiment motivant.
Du coup, nous sommes déjà au chapitre 16 de ce cycle. Il en comptera 18 au total. La fin approche donc à grands pas  Rolleyes

D'éventuels clins d’œils et références diverses à d'autres univers ou personnages de mes récits ne seraient absolument pas fortuits.

Comme d'hab, si une belle fôte vous pique les yeux communiquez la moi par mp de préférence. Me connaissant il risque d'y en avoir...
Concernant les éventuelles incohérences vis à vis du lore officiel je prends toutes les remarques en revanche. Et je serait près à corriger dans les plus brefs délais. J'ai tenté de proposer une version fidèle de Bordeleaux 100 ans avant l'unification tout en la mixant avec ma vision de cet endroit durant cette sombre période du fluff. J'espère du coup ne pas pas trop hérisser le poil de nos amis amateurs de charges  Mrgreen

Chapitre consistant, comme chaque fois ces derniers temps. Du coup installez vous confortablement, gardez de quoi siroter à portée de main... et bonne lecture !



Feu et Sang
Chapitre 16


…Ma main tremble alors que j'écris ces lignes. Le froid me gèle les doigts, mais ton sourire suffit à me réchauffer, gravé dans ma mémoire. Grissenwald n'est plus qu'à trois jours de chariot, s'il ne pleut pas davantage et que nous ne cassons pas une roue… Mais suffit de ces mots qui vont m'attirer la malchance. Place à celui que je préfère et me donne du baume au cœur : Roxanne. Ma très chère… tu n'imagines pas combien tes bras me manques… A très vite mon amour.
- …plusieurs types de cadavres animés, ponctua Scleras.

De l'index, il caressa le menton de la charogne qui les séparait. Ses pieds nus se glissant agréablement entre les brins d'herbe, elle approcha davantage. Détendue, tout les sens en éveil, elle buvait ses paroles.

- Sommes toutes, reprit-il de sa voix parcheminée, ils n'ont pas besoin d'un nécromant pour exister. Preuve en est : bien des morts-vivants parcourent le monde sans que personne ne les ai relevé.

Il prit sa main dans la sienne. Elle pouvait sentir ses os à travers sa peau fripée et en frissonna de plaisir. Guidant son poignet, il l'invita à presser sa paume contre le front du mort.

- Toutefois, deux catégories sont à distinguer. Ceux doués de conscience… et les décérébrés, guidés par les dernières sensations qu'ils éprouvent encore. Ils errent sans réel but. Ils n'ont pas la moindre pensée en réalité. Quelques soupçons de sensations tout au plus…

Elle esquissa un sourire comme il passait derrière elle sans cesser de parler. Elle se frotta les orteils les uns contre les autres sans le réaliser.

- La nécromancie n'est autre qu'une subtile toile d'araignée, reliée à chacun d'entre eux. Manipule ces fils avec adresse et n'importe quel mort deviendra ta marionnette. En contrôler davantage demande du doigté, mais avec la pratique tu réaliseras qu'il n'est souvent pas nécessaire d'en tisser trop. Laisser les instincts imprimés dans les muscles et la chair permet une économie de concentration non négligeable.

Le vieux vampire se permit un sourire suffisant.

- C'est là le secret de l'art nécromantique : être capable de manipuler autant de marionnettes que tu le peux. Avec un minimum de fils. Et ce, sans oublier ton propre corps physique.

Lui indiquant de relever la tête, il plantant son regard dans celui de la jeune femme.

- Je t'apprendrais à façonner le vent sombre, à tresser des fils que tu pourras rattacher à aux morts.

Se détournant, il reprit son monologue :

- Les morts doués de conscience quant à eux…



- …est un don capricieux qui ne demande qu'à être libéré, déclara son professeur d'un ton grave.

La plume de l'adolescent s'affolait sur la feuille de papier, tâchant de ne perdre aucun mot.

- A la différence des autres écoles, on ne puise pas dans son pouvoir. Une fois allumé, nous lui tenons la bride afin de ne pas détruire jusqu'à notre essence même.

Mêlant la pratique à la théorie, le mage au crâne luisant et à la barbe rousse fournie claqua sèchement des doigts. Avec quelques étincelles il produisit une flamme qui flotta au-dessus de  son index levé.

- Un sort entropique aurait tôt fait de ravager Altdorf, poursuivit-il comme sa manifestation enflait brusquement au point que l'apprenti ressenti la chaleur sur son visage et dû plisser le regard. Vous ne devez pas céder. Vous ne devez jamais céder. Vous devez faire preuve de retenue, à chaque instant. J'insiste sur ce point.

Et se faisant, la sphère crépitante se rétracta jusqu'à n'être qu'une flammèche qu'il dissipa d'un revers de la main.

- C'est là le secret qui fera la différence entre un idiot calciné dans sa propre hutte et un Mage du collège Flamboyant.



- Il te reste de l'eau ? Lui demanda son voisin en reniflant.

Sans prendre la peine de lui répondre, il lui tendit son outre. Leur patrouille prendrait bientôt fin. Plus qu'une journée et ils retourneraient à la caserne de Dunkelberg. Il était temps : lui ne sentait plus ses pieds et son sac lui sciait l'épaule depuis la veille. Cette fois ils n'avaient croisés ni peaux-vertes ni monstres à tête de bouc en maraude. Ils pouvaient s'estimer heureux.

En y repensant, il avait récolté quelques pièces aux dés durant son tour de veillée, malgré ses doigts engourdis. Il pouvait s'estimer heureux.

- Aller courage les gars, tenta de les motiver leur lieutenant sans grande conviction. Plus qu'une heure et on s'ras à la grotte de r'lais. Et d'ici là, retour au bercail !

- Hourra… maugréa son voisin en lui rendant son outre.

Il ne put réprimer un sourire fatigué, recalant son arquebuse sur son épaule valide pour s'économiser le bras. Les monts gris n'étaient pas une place pour les hommes. Seuls les plus hardis et les plus fous s'y aventuraient. Où ceux croulant sous les dettes…



Rapidement, la métamorphose opérait. Au fil des cycles, il sentait son emprise s'accentuer. Déjà il sentait son enveloppe éclore, la colère bouillonnant au plus profond de sa conscience cristallisant une multitude d'épines sur son enveloppe externe. Ses longues branches, ployant sous leur propre poids, s'assouplirent pour ressembler à celles d'un pleureur. Son incarnation se propagea jusqu'à la moindre nervure, affûtant ses feuilles unes à unes et les rendant aussi tranchantes que les outils des vandales.

Au matin du cycle suivant, il sentit que le processus prenait fin. Le craquement qu'il produisit fit fuir tout les parasites volant du bosquet. Son écorce se fendait en toutes pars, se morcelant sous la pression d'une seconde épaisseur germée par-dessous, recouvrant son corps physique comme des écailles.

Maladroitement il fit un premier pas. Il sèvait de devoir imiter ces formes de vies inférieures, mais sa soif écarlate balayait son dégoût. La base du tronc du saule blanc qu'il avait choisit était désormais fendue en deux, lui conférant la mobilité des bipèdes.

Alors que tout autour d'autres esprits de Loren s'agitaient, à la fois réjouis et affolés de son arrivée, il persévéra, devenant plus stable à chaque pas. Luisant d'une rage émeraude, venue du fond des ages, il tourna son regard vers l'Est. Il nourrirait de leur cadavres cette terre qu'ils mutilaient jours après jours…





- …de faire le planton !

Secouant la tête, Manesh'k revint lentement à la réalité. L'esprit encore embrumé par le flot de souvenirs qu'il se remémorait. Il reconnut la voix de Luther. Et une fois n'était pas coutume, il était énervé.

- Depuis cette foutue foret je vous reconnais plus. Entre toi qui passe le temps avec ce regard vitreux. Gilnash qui n'a d'yeux que pour son elfe de compagnie, et vas-y que je te materne, vas-y que je te nourris… Et moi dans tout ça j'suis de corvée de gardiennage du gosse !

Soupirant, Manesh'k coula un regard jusqu'à Enguerran, endormit dans le lit du vampire. L'esprit immatériel était roulé en boule sur sa couverture, semblant lui aussi dormir. Même si le vampire savait pertinemment qu'il n'en était rien. Levant la tête, il répondit à son cadet, le toisant alors qu'il se trouvait assis en tailleur, dos au mur.

- Il n'a pas vraiment besoin de surveillance, jugea-t-il.

- C'est pas la question, je…

- Tu devrais te concentrer davantage sur la mémoire de Castille, l’interrompit-il. Sclèras était siphonné, mais il lui a tant enseigné en terme de magie… s'en est effrayant. Si cet idiot n'avait pas consumé tout son pouvoir pour créer des démons, il aurait put poser les fondations d'une nouvelle Mourkain…

Mais le cadet se contenta de grimacer dédaigneusement.

- C'est pratiquer que je dois, pas me ressasser encore et encore les souvenirs dérobés à cette fille, Castille. Et j'ai besoin de cadavres pour cela.

Soupirant d'exaspération, Manesh'k secoua la tête. Cette opportunité de mieux comprendre le concept même de la magie n'était, finalement, pas une si bonne chose pour son neveu…

- Tu…

On toqua soudain à la porte, interrompant le débat des deux vampires.

- Sur l'marché d'la rive sud, déclara l'aubergiste lorsque Luther lui ouvrit. Un crieur du sieur’ a fait passer l'mot qu'les participants d'dernière minute du tournois y d'vaient s'pointer dès qu'possible. L'auraient une broutille à régler.

Il dévisagea Luther de haut en bas, engoncé dans son armure délabrée alors qu'ils avaient passé la journée entière enfermés dans la chambre.

- J'ai pensé qu'vous seriez un d'ces gars du tournois. J'ai pas raison ?

- Perspicace, siffla Luther avec un sourire suffisant.

Glissant la main à sa besace, il en tira une pièce.

- L'aube n'est pas encore là, mais quel temps fait-il à l'extérieur ? demanda-t-il en s'abstenant de remettre l'écu doré.

L'autre grogna, suivant du regard le poing ganté de Luther.

- L'aube, le temps…

Puis il sembla réaliser que les volets étaient clos, que seule une chandelle éclairait la pièce.

- Y pleut d'puis c'matin. Comme l'avaient prédit les têtes pensantes d'not’ seigneur. Pour ça qu'y ont décalé l'tournois à cet’ nuit. Sa d'vrait s'calmer qu'y disent.

- Il pleut oui, mais voit-on la lumière du jour ? insista Manesh'k en se levant.

- On a plus vu l'soleil d'puis l'accalmie d'c'midi et m'est avis qu'on l'verra pas avant d'main matin.

- Je vois… merci.

- Merci a vous Messeigneurs, susurra-t-il en empochant sa pièce. M'en vais transmettre cela à vos compagnons à la chambre d'à co…

- N'en faites rien, l'interrompit Manesh'k en s'avançant précipitamment. Je m'en chargerais. Vous pouvez disposer.

- Gheu… Comme vous voudrez…

A peine eut-il disparut dans l'escalier que le vampire souffla de soulagement. Un peu plus et il aurait prit de cours Gilnash et Gaylria. Et les dieux seuls savaient s'il aurait survécu à cette intrusion inopinée.

- A ton avis, c'est jouable ? l'interrogea Luther.

- Il dit qu'il fait sombre, jaugea Manesh'k. Trouvons nous des couvre-chef et allons voir ce que nous veut Thierry.
*



Avançant doucement dans la grande pièce, le dirigeant à barbe grisonnante passait d'un support a un autre. Ici se trouvait l'armure de son père. Là, le pourpoint de son grand-père. Il ne pu réprimer un sourire triste en s'attardant sur l'évident raccord, grossièrement effectué sur le flanc. Celui-ci avait été fauché par un orque alors que lui-même n'était qu'un petit garçon. Il avait d'ailleurs l'âge d'Hugo à cette époque…

- Pourquoi les avoir accepté à ce tournoi ?

Il se tourna vers son cher vassal et ami, le toisant d'une bonne tête. Le seigneur de Bordeleaux se tenait droit, mais cet homme était juste… plus grand. Vêtu de son éternel gambison noir, il conservait les mains croisées dans le dos et fixait le fixait intensément.

- Et pourquoi pas ? Répliqua-t-il en haussant les épaules. Je cherche a étoffer ma cour et pour cela j'offre leur chance à tous. Pas seulement à Carloman, Boit-sans-Soif ou le Chasseur de B…

- Je sais bien, l'interrompit le géant sans que celui-ci ne s'en offusque. Mais tout de même. L'un avait une armure que je ne confierait pas à un mendiant. Quant au second j'ai bien l'impression qu'il a prit ses couleurs de milicien à un mort.

- Nous n'avons aucun moyen de vérifier vos dires, nota le maître des lieux. Ils pourraient dire vrai et avoir réellement affronté ces monstres à Casseneuil. L'entourage d'Hugo n'en serait que meilleur avec des personnes de cette trempe.

- Sauf votre respect, osa poursuivre l'homme vêtu de noir tandis que son interlocuteur se penchait sur un râtelier d'armes. Si ce Luthor a prouvé être redoutable, qu'en est-il du second ? Et ce voleur qui les accompagne qui ne souhaite pas participer ? Et je n'ai jamais entendu parler en Averland de…

- Ne soyez pas si prompt à sauter aux conclusions, le reprit son aîné. Attendons la fin de la nuit pour avoir une idée plus précise de qui ils sont.

L'homme de main n'insista pas, malgré son scepticisme évident. Ils restèrent encore un moment dans la salle où Thierry, le seigneur de Bordeleaux, se recueillait devant les armes, armures et écrits de sa famille.
*



- L'as-tu déjà vu à ton précédent passage ? Le châtelain je veux dire.

Luther ne répondit pas tout de suite, s'attardant sur les box devant eux.

- C'était qu'un gamin si ma mémoire est bonne. Aucune chance pour qu'il se rappelle de moi.

- Je vois. Tu avais déjà croisé la route de Walach à cette époque ? Continua Manesh'k comme un palefrenier venait à eux.

- Pas encore…

- Bonsoir messieurs, s'introduisit un jeune homme dans la vingtaine, s'essuyant les mains sur son pantalon. Que puis-je pour vous ?

- Mandrak et Luther, enchaîna le vampire pour mettre fin aux questions de son aîné. Un envoyé du seigneur devrait vous avoir parlé de nous.

Cessant de se frotter les mains, leur interlocuteur plissa le regard, les étudiant d'un air soupçonneux : deux adultes au teint blafard, l'un en tabard bleu des hommes du souverain, l'autre engoncé dans une armure qui avait connu des jours meilleurs.

- Cest exact, répondit-il finalement. Je crains cependant que vous ne fassiez face à quelques difficultés.

Il les invita à le suivre, les entraînant dans l'écurie.

- Nous avons peu de bêtes de disponibles pour vous, commença-t-il. Et celles qui restes n'ont pour la plupart jamais été formées au combat.

- Ce n'est pas un souci, déclara Manesh'k d'un ton rassurant. Tant qu'elles nous portent durant la joute de tout à l'heure, cela fera l'affaire.

L'humain tiqua en entendant ces mots. Il s'interrompit.

- Excusez-moi, mais avez vous jamais chevauché une bête au combat n'ayant jamais été dressée pour cela ? Ou travaillé avec un animal que vous ne connaissez pas et qui ne vous acceptera pas forcément ? Sauf votre respect, si vous avez réellement l'intention de participer au tournois dans ces con…

- Des détails, balaya Luther. Et pour te répondre : oui. Nous avons déjà chevauchés à la guerre des montures rencontrées quelques minutes plus tôt. Ne doute pas de nous.

- A la guerre, répéta le palefrenier à mi-voix, plissant à nouveau le regard.

En effet, aucun conflit armé n'avait déchiré la région depuis plus d'une dizaine d'années. Or, bien qu'ayant des mines sombres, tout deux semblaient avoir moins de la trentaine.

- Et… ces montures, que…

- Suffit, coupa Luther en perdant patience. Elles ont survécus tout comme nous. A présent montre nous quelles bêtes nous devront chevaucher tout à l'heure si nous voulons participer à cette épreuve.

Que se soit le ton agressif ou la mimique sauvage du vampire, l'humain compris qu'il était dans son intérêt de ne pas oublier sa place.

- Il s'agit… de… ces chevaux.

Écartant les bras, il leur indiqua cinq box. Luther se renfrogna aussitôt, les poings serrés contre ses hanches.

- Trop âgé, trop frêle, pas assez athlétique, jugea Manesh'k en étudiant successivement les animaux sélectionnés.

A la surprise du jeune homme, les bêtes eurent unes à unes un mouvement de recul et piaffèrent au sol comme Manesh'k passait devant elles. La plupart hennirent de protestation… ou de peur ? Il n'aurait su le dire bien que travaillant chaque jours avec ces chevaux. L'un des plus jeune se cabra même.

- J'aurais dû me douter… les canassons que j'ai vendu hier étaient rachitiques mais au moins n'étaient pas comme ceux-là…

- Luther, n'oublie pas que nous débarquons à l'improviste. Nous devrions déjà nous estimer heureux de participer. Que Thierry nous prêtes des chevaux pour l’événement est…

Il s'immobilisa devant un nouveau box. L'animal dans celui-ci ne semblait pas le fuir comme les autres. Tout comme la bête voisine. Tout deux le suivaient du regard, grattant le sol comme s'ils le défiaient d'avancer.

- Et ces deux là ? Interrogea-t-il.

Encore hébété par la réaction étrange des cinq bêtes, le palefrenier jeta un œil aux chevaux désignés par Manesh'k avant de secouer la tête.

- Je vous les déconseille. Les jumeaux ne sont pas des chevaux que l'on peut monter.

- Et pourquoi donc ? Questionna Luther en s'approchant, retrouvant un semblant d'entrain. Tout deux me paraissent dans la force de l'âge et en parfaite santé.

- Ils ont mauvais caractère, expliqua le jeune homme. Personne n'a jamais réussi à les monter ou les faire travailler, l'un comme l'autre. Celui de droite tente même régulièrement de me mordre lorsque je le nourris. Cependant ils ont un excellent pedigree, m'est avis qu'à part les saillies nous n'en ferons jamais…

- Nous les prenons, coupa Luther en affichant un sourire carnassier.
*



- Foudre et Fléau, murmura Luther en tirant les deux chevaux par la bride. J'espère que vous mériterez ces noms pompeux…

- Tu sais, c'est nous qui devrions être heureux qu'ils ne nous redoutent pas comme leurs camarades, tempéra Manesh'k en le suivant.

- Peuh, ils…

- Veuillez m'excuser, Messeigneurs…

Tout deux se tournèrent vers un adolescent approchant. Il poussait devant lui une brouette où se trouvaient deux gambisons de couleur orange qui avaient connus des jours meilleurs.

- Seriez-vous Messieurs Mandrak et Luthor Harkon ? Hésita-t-il comme ils le dévisageaient en silence.

- Mon prénom est Luthe…

- C'est bien nous mon garçon, le devança Manesh'k en dissimulant mal un sourire amusé. Que nous veux-tu ?

- He bien, un représentant du Seigneur Thierry m'a demandé de vous donner ceci.

Posant là sa brouette, il souleva l'un des jaques pour qu'ils puissent l'étudier. Aussitôt, Manesh'k devina qu'il n'avait pas été confectionné la veille, loin de là. Il paraissait néanmoins tout à fait fonctionnel et ne montrait pas de signe de déchirure ou moisissure. A l'emplacement du cœur se trouvait une peinture maladroite et difficilement interprétable, réalisée en toute hâte à même le tissu. Et il constata qu'elle se trouvait également peinte entre les omoplates, bien plus détaillée. Un dragon écarlate stylisé.

- Voilà qui est…

- …surprenant, compléta Luther, tout aussi étonné que lui.

Tout deux échangèrent un regard perplexe. La veille, ils s'étaient présentés à maître des lieux comme étant membres de l'Ordre du Dragon. Ce détail les perturbaient car entre héritiers d'Abhorash, ils avaient coutumes de se désigner comme des Dragons de Sang. Et jusqu'alors, seul Walach avait poussé le vice jusqu'à se dessiner un blason après la renaissance de Luther : un dragon noir sur fond écarlate. Ni l'un ni l'autre n'avait songé mettre leur lignage en avant lors de cette compétition.

- Dois-je… dois-je les remmenez ? Interrogea l'écuyer comme aucun des deux vampire ne pipait mot.

- Non mon garçon, nous… nous les prenons, opposa Manesh'k en prenant celui qu'il leur tendait.

Sans perdre un instant, il enfila ses bras dans les manches rembourrées. La jupe était un peu courte, constata-t-il. Mais les épaules présentaient un peu de jeu. Suffisamment pour ne pas le gêner lors de ses mouvements. Un sourire se dessinant lentement sur ses traits, il se tordit le cou pour apercevoir le symbole dans son dos. Après tout, ce blason en valait bien un autre.

- Oui, nous les prenons, répéta-t-il avec davantage d'assurance.

A côté de lui, Luther roula des yeux mais n'ajouta pas un mot, se contentant d'accepter l'autre vêtement que lui tendait le garçon.

En possession de ces nouvelles tenues, les deux combattants se présentèrent à l'aire réservée aux compétiteurs éclairée par de nombreuses torches. De multiples abreuvoirs avaient été répartis le long d'une barrière.

Ils s'avançèrent pour revendiquer l'un de ces abreuvoirs lorsqu'un hurluberlu passa devant eux en titubant. Il bredouillait un air aux accents douteux, la bouteille à la main. Le bonhomme ne sembla ne même pas les voir, son armure cliquetant à chaque pas.

- Que veux-tu, nous sommes à Bordeleaux, ne put que justifier Luther en haussant les épaules.

Ils se trouvaient dans une prairie rendue boueuse par la pluie insistante de la journée. Ici et là, des chapiteaux modestes trahissaient quelques participants fortunés. Les deux morts-vivants toutefois n'en avaient cure. Ils n'avaient besoin ni de confort ni de préparation. Il leur restait seulement à attendre le début de la manifestation. De l'autre côté des poteaux, plusieurs individus étaient déjà rassemblés dans un carré de terre dégagée, jouant de l'acier devant leurs futurs adversaires, attentifs.

Néanmoins, tout deux ne s'y attardèrent pas, préférant exploiter ce temps à leur disposition pour se familiariser avec leurs nouvelles montures. A tour de rôle, ils montèrent et firent trotter leurs compagnons. Si Fléau, la monture de Luther, tenta un temps de le mordre, il su la rappeler à l'ordre en resserrant sa poigne à même la nuque de l'animal. Le glapissement, mêlé de peur et de douleur, qu'il poussa alors assura le mort-vivant qu'il retiendrait la leçon. Aussi le relâcha-t-il. Témoins de sa manœuvre, un groupe d'écuyers qui passait là en resta coi.

- Qu'y a-t-il ? Vous voulez mon portrait ?

Ils déguerpirent sans demander leur reste. Ce ne fut toutefois pas le cas d'un compétiteur ayant également observé la scène d'un peu plus loin.

- Les gantelets, déclara Luther en levant l'autre main.

En effet, des pointes acérées ponctuaient l'arcade de ses phalanges et ses doigts, conférant à sa main un aspect crochu.

S'approchant calmement, l'homme échangea un regard serein avec lui, se contentant d’acquiescer. Car Luther ne portait pas de gantelet à sa main agrippée à même la crinière de l'animal. Alors que Manesh'k approchait en sens inverse sur le dos de Foudre, Luther prit soin de noter mentalement les couleurs de cet inconnu. Il présentait les couleurs de Bordeleaux, jaune et bleu, ainsi qu'un trident stylisé sur son écu. Il était cependant personnalisé : une croix et un cor de chasse dorés encadraient l'arme à droit dents tandis qu'une feuille de vigne surplombait l'ensemble.

- Une rencontre intéressante ? Commenta Manesh'k en suivant son regard.

- Tu n'as pas idée…

- Il m'a tout l'air d'y avoir plus de monde qu'on ne le pensait, ajouta-t-il en balayant du regard les hommes aux tenues diverses qui se rassemblaient.

- Peuh. Moins d'une dizaine mérite qu'on s'intéresse à eux…
*



Seul avec sa monture, le jeune homme flattait l'encolure de son puissant destrier s'abreuvant paisiblement. Il ne semblait pas percevoir la nervosité qui animait son cavalier. Tentant de s'occuper l'esprit et d'ignorer les dernières personnes croisant le fer un peu plus loin, il entreprit d'enfiler sa cuirasse bâtarde selon ses propres dires. Une tunique lamellaire pour lui protéger l'abdomen et les cuisses, combinée à un plastron d'acier ne présentant qu'une seule épaulière.

Toutefois, boucler seul les sangles à son côté se révélait toujours délicat. Ce que ne manquèrent pas de remarquer trois concurrents passant là. Pouffant alors que l'un d'eux le désignait du doigt, ils approchèrent. Ils étudièrent un instant sa monture d'un œil critique sans laisser comprendre qu'ils comptaient lui prêter main forte. Il tiqua et fit la grimace, renonçant pour le moment à ses préparatifs.

- D'où tu viens bonhomme ? commença l'un d'eux en guise d'introduction.

Il dévisagea son aîné sans répondre, s'attardant sur le blason bleu brodé sur sa tunique. Un trident souligné de flèches : un participant bordelin.

- Je viens de Brionne, finit par répondre l'étranger.

- Brionne, répéta un second en le contournant, flattant à son tour l'encolure de l'animal.

- Et qu'est-ce que tu viens chercher à Bordeleaux, Monsieur de Brionne ? poursuivit le troisième dans son dos.

Lui était penché sur l'écu adossé à l'abreuvoir. Il caressait la ligne noire qui barrait le blason écarlate sur toute sa diagonale, pensif. Inspirant calmement, le brionnois ne prit pas la peine de répondre, surveillant l'individu près de sa monture.

- Quel est ce dessin ? reprit le précédent en soulevant le bouclier. C'est toi qui l'a fait ?

Lui accordant un nouveau regard, sa mine commença à s'assombrir. Celui-ci arborait des cornes de bélier enroulées sur elles-mêmes sur un bouclier rond, également sur fond Azur.

- C'est un Griffon, grinça-t-il.

- Un Griffon ? Sérieusement ? Tu en as déjà vu un au moins ?

- C'est exact, répondit-il après un instant.

- Peuh, n'importe quoi…

- Dites, vous n'avez personnes d'autres à aller importuner ? l'interrompit brusquement le brionnois en s'échauffant.

- Héla mon garçon, témoigne un peu de respect à…

- Un Griffon as-tu dit ?

Tout les quatre pivotèrent d'un bloc. Mains calmement croisées dans le dos, Manesh'k c'était discrètement approché. Il portait le gambison orangé offert par le seigneur sans le boutonner, laissant apparaître le tabard bleu qu'il portait en-dessous. A côté venait Luther, ayant en partie enfilé son armure cabossée par-dessus son jaque. Il retenait leurs montures par la bride, impassible.

- Mmh ? Insista le nouveau venu en tenue orangée, scrutant le jeune homme.

Ce faisant, il ignora royalement les trois autres personnes.

- Bonhomme, tu es qui pour venir t'insérer dans notre conversation ? s'emporta le chevalier aux cornes spiralées en le toisant, l’œil tourné vers le tabard azur.

- Un Griffon ?

- Je te cause bonhomme, répéta-t-il en posant l'index sur le torse de l'importun.

Sans lui accorder le moindre regard, Manesh'k lui happa la main. Crochetant son auriculaire, il le fit ployer d'une torsion du poignet. Aucun des deux ne portait de gantelet. Le bordelin poussa un glapissement pitoyable en tombant à genoux dans l'herbe, le coude complètement arqué.

- Excuse moi, déclara Manesh'k en lui adressant enfin un regard. Tu me parlais ?

Dans son dos, un sourire s'étira sur le visage de Luther alors que les compagnons du malheureux portaient la main à leurs fourreaux.

- N… non je… poursuivez, parvint-il à répondre malgré la douleur.

Manesh'k acquiesça et revint à son interlocuteur sans pour autant lâcher la main de son prisonnier.

- Un Griffon ? Reprit-il.

Le jeune homme, un peu moins de la trentaine, cligna des yeux en dévisageant les protagonistes de cette comédie imprévue.

- Je… oui. Il a brusquement commencé à harceler les paysans œuvrant près de la forêt de Freduss, plusieurs mois après sa première apparition.

- Quelle taille faisait-il ? Te souviens-tu de l'apparence de sa tête ?

- Je… heu… il faisait la même taille que moi sur le dos d'Albart. Ma monture je veux dire. Et sa tête, je sais pas… des yeux sombres, un bec long comme cela, des plumes marron clair et quelques unes dorées à la jonction avec le cou…

Le vampire inclina la tête de côté en le détaillant à son tour des pieds à la tête, songeur, alors qu'il continuait de décrire la bête.

- Tu as dû le voir de près pour remarquer ce genre de détails je me trompe.

A présent gêné, le brionnois déglutit. Puis ajouta :

- Je l'ai… abattu.

- Et… comment t'y es tu prit ? Poursuivit Manesh'k, de plus en plus intéressé par cette histoire.

Attentif, le vampire n'avait pas décelé de soubresaut dans le pouls rapide du jeune homme alors qu'il affirmait cela.

- Une… flèche dans l'aile. Puis je l'ai harcelé d'une lance jusqu'à ce qu'il la brise.

Il haussa humblement les épaules avant de reprendre.

- A ce moment, ses blessures le diminuaient suffisamment pour que je le finisse à l'épée.

- Mmh… tu l'as affronté à pied donc, en déduisit Manesh'k. Sage décision : m'est avis qu'il aurait égorgé ta monture d'un coup de serre. La douleur a tendance à les rendre vicieux.

- Sans doute… il s'est accroché les serres sur les rebords de mon bouclier. Cela m'a donné une ouverture qui… attendez, vous avez… vous aussi…

- Heu…

Manesh'k chercha le regard de Luther. Venait-il de trop en dire ?

Derrière le brionnois, le bordelin aux flèches vint à son tour se saisir de l'écu qui gisait à présent dans la boue. Lentement, il le redressa, étudiant l'arrête supérieure… avant de commencer à pâlir. Trois sillons parallèles étaient gravés dans le bois et l'acier…

- Possible, répondit Harkon avec un sourire énigmatique.

- …grâce, supplia l'homme toujours agenouillé.

Pas un instant le vampire n'avait relâché la torsion qu'il appliquait. Et ses deux compagnons, dépassés, ne savaient trop comment gérer cette situation.

- Et toi mon brave, se détourna Manesh'k en poussant le vice. Pourquoi arbores-tu des cornes de bélier sur ton bouclier ? Tu étais berger auparavant ?

- Je… j'ai occis un homme… un homme-bête… lors d'un duel… prisonnier après un raid manqué…

- Il a “occis un homme-bête”, répéta Manesh'k à son neveu. Ce terrible détenu était sûrement armé jusqu'aux dents… quel courage.

- Je serais curieux de connaître les faits d'armes de nos autres amis, répliqua Luther. Mais je te rappelle que nous sommes attendus. Le moustachu d'hier soir est passé il y a quelques minutes pour que l'on commence à se rassembler devant les tribunes.

- C'est vrai ! réalisa Manesh'k en relâchant enfin la main du malheureux qui, surprit, s’étala de tout son long.

Gardant le bras contre lui, il se releva précipitamment et alla se réfugier près de ses compagnons.

- Mais z'êtes qui vous ? cracha-t-il. M'avez presque cassé le bras !

- Presque, souligna Manesh'k avec un sourire amusé.

- Des participants de dernière minute, répondit simplement Luther en tournant les talons. On se revoit aux joutes.

- Quel est ton nom, tueur de Griffon ? demanda toutefois Manesh'k avant de le suivre.

- Darran de… hésita-t-il avant de se reprendre : juste… Darran.

- Et bien, Darran, à tout à l'heure peut-être.

A côté de lui, les regards des trois arrogants chevaliers s’écarquillèrent : ils venaient de remarquer le dragon stylisé dans le dos de Luther. S'agissait-il d'une acquisition pompeuse, du symbole d'un ordre inconnu… ou bien alors… ?

*


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MessageSujet: Re: Feu et Sang   Mar 27 Juin 2017 - 21:57

- Vous ne participez pas ? s'étonna le souverain alors que les premiers compétiteurs saluaient la foule rassemblée.

- Ciel non. Je ne suis pas aussi belliqueux que mes compagnons, répliqua Gilnash avec un sourire pincé.

Et ma concentration est requise ailleurs qu'à l'arène, songea-t-il sans l'ajouter, gardant une main posée sur l'épaule d'Enguerran.

- L'ordre des Dragons, déclara un homme proche d'eux, pensif. Il ne me semble pas en avoir jamais entendu parler.

Gilnash l'étudia un instant avant de le resituer. On lui avait parlé plus tôt de l'équipage de l'imposant navire commercial qui mouillait dans l'embouchure du Morceaux. Le seigneur de Bordeleaux espérait en effet développer le commerce fluvial de sa cité dans les décennies à venir. La présence d'un capitaine familier de Marienbourg, de l'Arabie et même de l'archipel des mystérieux elfes d'Ulthuan était par conséquent un bon augure pour l'avenir. Ce devait être le capitaine de ce bâtiment.

- Nous ne sommes pas très nombreux, justifia le vampire. Et venons d'une contrée bien loin de la côte.

- Que Mannan vous garde, vous ignorez ce que vous ratez. Voyez, cette ville l'a bien compris.

Se tournant vers le sud - et le fleuve au-delà des bâtiments visibles au clair de lune - il embrassa du regard le port en cours d'essor.

- Les pêcheurs savent qui remplit leurs filets et leur évite les tempêtes. Tout ce qu'il manque à Bordeleaux, c'est l'infrastructure nécessaire pour accueillir de véritables navires commerçants. Et un temple dédié au seigneur des eaux salées.

- Pourquoi ne pas en faire qu'un ? interrogea le souverain à côté d'eux, suivant leur discussion. Un navire lui-même dédié à Mannan ?

- Ma foi, voici une brillante idée, et…

Gilnash fut toutefois sauvé des discutions politiques et religieuses qu'il sentait couver entre les deux hommes lorsqu'une trompette sonna plus bas.





- Bonsoir à tous ! J'ai l'honneur d'officiellement introduire ce tournois, organisé en l'honneur de l'anniversaire de Sire Hugo de Bordeleaux, petit-fils de notre Seigneur !

Sous une ovation générale, un gamin un plus jeune qu'Enguerran s'avança timidement, n'osant trop s'éloigner de sa mère. Sur l'estrade accolé aux tribunes, le héraut lui faisait signe d'approcher. Après quelques instants, il finit par rejoindre le bordelin qui lui prit chaleureusement la main.

- Sire Hugo, dés demain soir, l'un de ces braves chevaliers aura la chance de siéger à votre table pour les années à venir !

- T'en pense quoi de son histoire ? Demanda Manesh'k en se détournant du discours pour chercher Darran du regard.

Luther haussa les épaules.

- Il a mentionné le détail que tu souhaitais entendre non ? La couronne dorée j'entends.

- En effet.





- Votre neveu Julot participe aux joutes ? S'étonna Gilnash en le remarquant au deuxième rang.

- Tout à fait. Mais s'il gagne, ce qui entre nous me surprendrait grandement, le suivant dans le classement de ce tournoi intégrera ma cour. Et de même si celui-ci en fait déjà partie.

- Sont-ils nombreux ? Interrogea le capitaine de navire.

- He bien, en plus de Julot se trouvent Piers, Renaud, Ferragus… intervint un nouveau venu en les désignant tours à tours. Et j'en oublie peut-être un…

Contrairement aux autres personnes de cette tribune, il n'était pas vêtu d'une cuirasse ou d'un pourpoint mais de vêtements simples et amples de couleur pâle. Les marins venus avec leur capitaine l'étudièrent avec étonnement.

- Laissez-moi vous présenter Martin, plaça le seigneur. Mon Augure. C'est à cette personne que l'on doit d'avoir anticipé le temps exécrable qu'il y a eu toute la journée. Sans lui, nous aurions prit l'eau dans l'après-midi plutôt que de profiter du spectacle en cette soirée.

Le-dit Martin se contenta de saluts rapides à chacune des personnes présentes, son pendentif au trident battant sur sa poitrine. Il s'attarda quelques secondes sur le vampire, plissant le regard. Celui-ci resserra légèrement sa prise sur l'épaule d'Enguerran. Cet homme avait une légère affinité avec les vents. Il le percevait. Mais lui percevait-il celle du mort-vivant, de par sa nature et sa concentration tournée vers l'autre berge et une chambre bien précise ? Mais l'Augure se détourna. Il échangea un salut chaleureux avec le capitaine de navire puis pris place près d'Enguerran et étendit ses jambes avec décontraction.





- …fils de Louis Sabot-Léger, Piers de la demeure de Lierre, le chevalier Darran venu de Brionne… énumérait le porte-parole, les intéressés levant leurs armes en l'honneur du garçon.

- Un mâle en parade, murmura Manesh'k pour lui-même. Exposant à la vue de tous son plumage nuptial. Revendiquant un nouveau territoire…

- C'est Gilnash qui va être curieux d'en apprendre plus, glissa Luther avec un sourire malicieux. Lui qui avait été si déçu que Varison ne tue ce couple qu'ils n'étaient pas foutus de dresser…

A ce souvenir l’aîné se retint grossièrement d'éclater de rire, s'attirant des regards noirs de leurs voisins.





- Et votre gendre, participe-t-il ? Interrogea Gilnash entre deux noms.

Il devina toutefois avoir touché un sujet sensible lorsqu'un voilà de tristesse vint passer sur le regard du seigneur.

- Celui-ci ne pouvait être présent, répondit l'estafier au bras en écharpe. Il est une affaire à Aquitanie qui requiert sa présence malgré l'anniversaire de son aîné.

Gilnash le considéra un instant. Il réalisait que cet homme massif au regard froid parlait pour la première fois en sa présence. A tel point qu'il commençait à croire muet cette personne vêtue de noir.

- Aucun de mes héritiers ne participe, déclara Thierry le regard rivé sur Hugo. Même si j'impose que toutes les lances utilisées cette nuit soient bluntées, un accident peut arriver. Et je refuse que mon petit-fils soit témoin d'une tragédie en ce jour particulier. Julot est le seul membre de ma famille qui participe.

- Décision à la fois honorable et compréhensible, approuva le capitaine Marienbourgeois d'un hochement de tête.





- Ralof de Rivebois, Carloman Tueur de Bouc fils de Roland, Jacen des Champs de Lys venu d'Aquitanie, Benoist le Chasseur de Bulots venu de Moussillon…

- Comment tu lui avais dit déjà ? Parvint-il a répondre, les larmes aux yeux.

- « T'as plus qu'à couver un œuf », lui rappela le cadet qui a son tour réprima un fou-rire.

- Y tenait tellement à en avoir un comme monture… se calma-t-il laborieusement.

- Va savoir, si cela se trouve sa nichée lui a procuré satisfaction.

Si le seigneur de Bordeleaux, retrouvant son sourire, était absorbé par le discours de son porte-parole et son petit-fils, ce n'était pas le cas de Gilnash. L'hilarité partagée de ses deux congénères était aussi déplacée que contagieuse. Tiraillé entre embarra et amusement, il parvint à garder sa contenance. Mais ce ne fut pas chose aisée. Enfin, qu'avaient-ils bien pu se dire de si drôle ? Manesh'k s'enfonçait littéralement le poing dans la bouche pour garder le silence !

- … Mandrak de l'ordre du Dragon d'Averland.

Il fallut toutefois que le cadet ne lui assène un coup de coude pour qu'il réponde à l’identité qu'ils avaient présentés la veille. Aussi s'empressa-t-il de lever au ciel son épée Lahmianne sans même la tirer du fourreau, tout sourire. Ayant remarqué son indiscipline, le porte-parole renifla dédaigneusement avant de reprendre.

- … Luthor Harkon, également de l'ordre du Dragon d'Averland.

Enfin, il mit un genoux à terre et se retrouve à hauteur du jeune Hugo.

- Monseigneur, pouvons nous déclarer les joutes ouvertes ?

Jetant un regard à sa mère, l'enfant hésita un instant, avant d'afficher son approbation d'un vigoureux hochements de tête.

- Pour Hugo ! S'écria le héraut en se relevant, épée pointée vers le ciel qui voyait lentement monter les deux lunes.

- Pour Hugo ! S'écria la quarantaine de participants de la compétition.
*



- Des casques obligatoires et des lances bluntées fournies par des écuyers… je t'en foutrais des lances bluntées…

Poussant un nouveau juron, Luther botta une motte de terre qui alla s'écraser contre le pied des tribunes.

- Il t'a expliqué, le modéra son ainé ayant retrouvé son calme avant d'imiter l'accent du héraut : ‘Not bon seigneur y veut ni mort ni blessé. 'Y s'agit d'pas bousculer son p'tit gars’.

- Sornettes. Des dents cassées et quelques tripailles lui forgeraient le caractère…

- Je…

Toutefois, Manesh'k n'eut aucun argument à avancer quant à cette déclaration. Cependant, ils n'étaient pas en position pour protester concernant ces modalités…

- …et des rencontres tirées au sort, ironisa Luther en levant les yeux au ciel avec un geste d'impuissance. Père deviendrait fou s'il entendait ça !

- Mais tu as fini de te plaindre ? Tu vas pouvoir tourner en ridicule des malheureux qui ne comprendrons leur malchance qu'au dernier instant…

- Certes ! Toutefois j'espère que nous ne serons pas amenés à nous affronter. Traverser l'empire tout entier, une foret infestée d'oreilles pointues et cette contrée barbare pour te coller une raclée… Cela j'aurai pu le faire il y a des années ! Pas besoin d'un tournois !

Tout deux rirent de bon cœur en allant retrouver leurs montures, Foudre et Fléau, ce dernier manquant à nouveau de mordre son cavalier lorsqu'il tenta de monter en selle.

Le porte-parole appela les deux premiers combattants à prendre place, les invitant à accepter les lances bluntées que leurs tendaient des écuyers. A savoir des armes ni pointues, ni tranchantes. Également, il indiqua que pour les participants ne possédant pas de casque, plusieurs avaient été mis à leur disposition.

Appelés pour la première fois, les deux cavaliers allèrent se présenter à leurs dames et tendirent leurs lances à celle-ci.

- Mais… Piers l'a pas déjà une femme et un marmot ? S'étonna un bordelin proche des vampires.

Il pointait du doigt le chevalier au couleurs vertes pétante, voyant une femme accrocher un foulard à son arme.

- T'es idiot où tu le fais exprès ? Répliqua son interlocuteur. C'EST ça femme.

- A mince… mais au fait, l'est pas déjà de la cours d'not’ seigneur ? Qu'est-ce qu'il…

- C'est l'vignoble à la clé qui l'intéresse, fut-il coupé comme ils prenaient place.

Au son d'une trompette, la première charge eu lieu, voyant Piers de la Demeure de Lierre enfoncer le bouclier rond de son adversaire. A deux reprises.

- Des affrontements en trois manches donc, analysa Luther en suivant du regard le vaincu revenant tête basse.

- Les chevaliers Luthor Harkon et Julot de Bordeleaux, appela brusquement l'orateur en faisant sursauter les deux vampires.

- Julot ? Répéta Manesh'k.

- Le pauvre, commenta Luther en enfourchant Fléau. Deux fois en deux nuits…

Alors qu'il s'avançait, Manesh'k repéra le neveu de Thierry. Son visage était déformé par un masque de rancœur. Lui aussi avait visiblement reconnu son adversaire et enfila un casque étincelant. Vraisemblablement neuf.

Dés la première charge, Manesh'k eu mal pour le garçon. Luther fut sans pitié malgré sa monture capricieuse. Julot fut le premier participant à vider les étriers et être éliminé de la compétition. Toutefois indemne, il jeta son casque dans la nuit avec un cri de rage. Luther de son côté se permit un passage devant les tribunes, saluant allégrement les bordelins qui acclamèrent cet étranger vainqueur.

A peine revenu à l'espace réservé aux participants, Luther vint à son aîné auquel il tendit la main. Celui-ci la claqua allégrement en observant les appelés du duel suivant.

- Gontran Boit-sans-soif ? Répéta un Luther incrédule alors que celui-ci se présentait. Tu parles d'un titr… Opposé au Chasseur de Bulots… j'aurais tout entendu cette nuit…

- De sacrées anecdotes doivent se cacher derrière pareilles appellations, devina Manesh'k.

Bras croisés, il attendait l'appel d'un participant en particulier, curieux de le voir à l’œuvre. Lui-même avait facilement effleuré à trois reprises l'écu d'un adversaire dont il avait déjà oublié le nom. Il c'était tout bonnement révélé incapable de le toucher.

Lorsqu'enfin il vit Darran s'avancer, il se plaça au premier rang des compétiteurs. Celui-ci était opposé à un certain Carloman Tueur de Boucs.

- Sans blague… murmura-t-il en reconnaissant la brute auquel il avait tordu le poignet plus tôt.





- Vous disiez que deux compagnons de votre ordre participent, nota le capitaine du navire. S'agit-il de ces deux personnes en gambisons oranges, avec un ver pourpre dans le dos ?

- C'est exact, répondit Gilnash comme Manesh'k passait devant eux, saluant les spectateurs de la main.

- Je vais devoir m'excuser en ce cas, déclara-t-il. Je vous prenait pour quelqu'un digne de peu d’intérêt. Mais lorsque je vois les prouesses de vos frères d'arme… cela force le respect.

- Heu… merci ? Fut tout ce qui lui vint à l'esprit tant cette déclaration le pris à contre-pied.

Devant eux, deux jeunes bretonniens se chargeaient pour la troisième fois. A une touche partout au bouclier, le vampire les estimaient sur un pied d'égalité. Tout comme les différents juges aux premier rang de leur tribune, attentif à cette dernière passe d'arme. Et finalement tout deux touchèrent au but. Sauf que le bouclier bleu vola du bras de son propriétaire. Relevant sa visière, le vainqueur aux couleurs rouge poussa un cri de joie audible de leur position.

- Nous discutons depuis un moment déjà, mais ne nous sommes pas présentés, insista-t-il. Je suis Frederik, Capitaine de l'Immaculé.

- Gi… Gaëtan d'Averland, hésita-t-il. Membre de l'Ordre du Dragon…





- Saleté, cracha Luther en revenant de sa seconde joute.

A peine eut-il rejoint l'espace des participants avec Fléau qu'il leva son poing ganté. Toutefois Manesh'k lui retint le poignet, l'empêchant de battre sa monture devant les bordelins. Le geste n'avait pas échappé à quelques uns, auxquels le vampire répondit d'un sourire gêné. Puis, prenant son neveu par l'épaule, il l’entraîna de côté.

- Qu'est-ce que tu nous fais là ? Lui reprocha-t-il. Tu viens de l'emporter et…

- Ce foutu canasson a à nouveau essayé de me mordre en pleine course, rétorqua Luther en jetant un regard noir au coupable. 'pour ça que j'ai raté ma première charge.

Manesh'k allait répliquer, toutefois les mots ne lui vinrent pas. Aussi se contenta-t-il de hausser les épaules. Et vit que Darran les observait intensément un peu plus loin, affichant une mine étonnée. Le vampire soutint son regard un instant, retrouvant tout son sérieux. Jusqu'à ce que l'humain ne se tourne vers la lice en entendant un hurlement de douleur.

- Que…





Bien embêté, le vainqueur du duel en cours guida sa monture vers son adversaire. Étalé de tout son long, il braillait comme un diable, se tenant l'épaule et les jambes agitées de spasmes. Dans les tribunes, le souverain quitta son siège et s'approcha de la balustrade de bois tandis que son Augure quittait précipitamment les gradins. Plusieurs écuyers entouraient le blessé, ne sachant que trop faire : bien que bluntée la lance avait profondément pénétré le plastron comme la chair en-dessous avant de se briser.

La mère d'Hugo cacha les yeux de son fils en remarquant les giclées écarlates régulières issues de la blessure. Étonnamment, le blessé continuait de hurler mais ne semblait pas cracher de sang. Du moins, ce n'était pas visible depuis les hauteurs.

- Son poumon ne m'a pas l'air d'être touché, estima Gilnash en attirant Enguerran à lui pour également l'empêcher de voir cette scène traumatisante. S'ils s'empressent de stopper l’hémorragie il devrait vivre.

- Êtes-vous médecin ? S'étonna le capitaine de l'Immaculé.

- Pas vraiment. Toutefois, j'ai de… l'expérience en matière de saignements.

- 'veut voir ! Protesta l'enfant contre lui.

Toutefois, la poigne du vampire ne lui permettrait pas de contempler Martin s'affairer à retirer l'armure endommagée pour examiner la plaie. Le vainqueur, chevalier de la Demeure de Lierre, alla rejoindre les autres participants sans passer devant les tribunes, les épaules voûtées.

- C'est qui l'futur macchabée ? Demanda discrètement Luther à son frère d'arme.

- Un des idiots de tout à l'heure. Celui avec le trident et les flèches.

- Pas une grande perte en ce cas, ricana-t-il.

Se faisant, il s'attira les regards noirs de leurs voisins. Aussi pour une fois fit-il preuve de tact en simulant une quinte de toux.

Les écuyers, sous la direction d'un maigrichon en braies amples bleues pâle, emportèrent le blessé sur une civière. Ne restaient plus que des éclats de bois et de métal. Sans oublier le sang sombre qui tachait l'herbe là où il avait chu.





Quelques duels de plus se déroulèrent, voyant Darran triompher du Chasseur de Bulots. Puis enfin, Manesh'k revint tout sourire claquer la main de son neveu : il venait d'éliminer de deux touches le troisième gredin ayant bousculé le brionnois plus tôt dans la soirée. Le vampire s'était même permit le luxe d'un écart sur la troisième charge. Attitude qui passait clairement pour une insulte envers le vaincu qui s'esquiva sous les quolibets de plusieurs adolescents, depuis  les tribunes. A nouveau par réflexe, Manesh'k chercha Darran du regard  en revenant attacher Foudre à un poteau. Celui-ci l'observait d'un air désapprobateur en suivant une discussion animée entre le Chasseur de Bulots et Piers de la Demeure de Lierre.

- Il commence à se faire tard, déclara soudain la voix du seigneur en personne depuis l'estrade. Et dis moi mon garçon, jusqu'ici cela te plait-il ?

Debout près de lui, le jeune Hugo leva la tête, avant de réaliser qu'on attendait de lui qu'il s'exprime.

- Ho oui ! Répondit-il en hochant vigoureusement de la tête.

L'assemblée, qui était devenue silencieuse lorsqu'il s'était présenté sur les tribunes, ne put qu'être charmée par cet innocent petit garçon.

- Toutefois, ce tournoi est encore loin d'être achevé, poursuivit-il . Jusqu'à présent, les rencontres ont été déterminées aléatoirement. Et il apparaît que six participants n'ont pas encore connus la défaite. J'ai décidé que trois joutes de plus se dérouleraient donc entre ces champions choisis par Mannan, pour notre plus grand plaisir !

Aussitôt, une clameur enthousiaste monta des gradins, mêlée d'applaudissements vigoureux. Parmi les combattants toutefois se fut dans une autre ambiance que la déclaration fut accueillie. Si la majorité des combattants cherchaient à retracer les duels ayant eux lieu pour identifier les combattants nominés, se ne fut pas le cas des vampires. Tout deux échangèrent un regard : ils savaient pertinemment faire partie des six.

Ils passèrent de longues secondes à s'observer sans prononcer un mot. Si Luther avait plaisanté plus tôt au sujet d'un éventuel affrontement, ils étaient à présent confronté à la réalité de cette compétition. Et, malgré leurs pérégrinations à travers l'Empire, l'Estalie et les terres des bretonnis… ils ne s'étaient jamais livré de duel jusqu'à présent.

- Attendons l'appel, déclara finalement Manesh'k pour briser la glace prenant place entre eux deux. Il est peu probable que notre Thierry nous dresse l'un contre l'autre en sachant que nous partageons le même ordre.

Luther resta impassible, attendant quelques instants de plus avant d'acquiescer et se détourner de son aîné. Aussi commença-t-il à son tour à chercher parmi eux qui demeurait invaincu.

- J'appelle Luthor Harkon de l'Ordre du Dragon qui nous vient d'Averland aux couleurs orangées…

Les deux vampires se figèrent sur place en entendant le nom, pivotant derechef vers l'estrade.

- … ainsi que Piers de la Demeure du Lierre de Bordeleaux aux couleurs vertes !

Alors qu'une véritable ovation s'éleva aussitôt à l'appel du chevalier local, déjà membre de la cour de leur seigneur, les deux rivaux se détendirent sensiblement.

- Ce sera pour une autre fois, déclara Manesh'k en lui claquant l'épaule.

Il arborait un sourire beaucoup plus décontracté alors que Luther reprenait les rênes de Fléau.

- Tu ignores à quoi tu écha… Par le Feu du Dragon ! Je me vais te le…

Il s'immobilisa toutefois en plein élan, le poing gantelé levé au-dessus du mufle de sa monture. L'animal indomptable avait à nouveau tenté de le mordre. C'est sous un l'éclat de rire de Manesh'k qu'il passa sous les tribune prendre sa place.
*



- J'appelle Jacen des Champs de Lys venu d'Aquitanie en blanc ainsi que Ferragus Feuille de Vigne de Bordeleaux en bleu !

A nouveau, les bordelins démontrèrent leur chauvinisme en acclamant bruyamment leur compétiteur. Tout deux s’avancèrent, ayant déjà enfourchés leurs montures.

- La dernière joute donc, murmura Manesh'k en parcourant les participants du regard.

Cependant, il semblait être le seul à se préparer pour un nouveau duel. Jusqu'à ce qu'il le remarque. Un sourire s'étira lentement sur ses traits comme il réalisait qu'effectivement il n'avait lui aussi perdu aucun de ses duels.

- Du gâteau ! S'écria Luther en venant à lui la main levée, après avoir jeté dans l'herbe le casque prêté.

- Du gâteau, oui, répondit distraitement de vampire en lui rendant son geste de victoire, sans énergie.

- Alors, tu as trouvé qui tu affrontais ? L'interrogea-t-il d'un ton beaucoup plus froid face à son manque d'entrain.

- Je n'aurais pu rêver mieux…

A quelques mètres de là, Darran les dévisageait avec intensité. Il avait son écu au griffon barré de noir au bras et tenait sa monture près de lui. Il jouait des maxillaires en grimaçant légèrement, visiblement impatient d'en découdre. Manesh'k lui s'en lécha les lèvres.





- Voici à présent la dernière joute de cette nuit! S'écria le héraut. J'appelle les Chevaliers Darran en rouge. Et Mandrak, également de l'Ordre du Dragon venu d'Averland en orange !

Darran tueur de Griffon, songea Manesh'k alors qu'il passait devant l'estrade en question. Arrivé au bout de la lice, il en fit le tour et contempla son adversaire déjà en position. Montre moi de quel bois tu es fait, rêva-t-il en abaissant sa visière.

Au signal, tout deux éperonnèrent leurs montures respectives. Leurs lances s'abaissèrent… mais aucune ne toucha sa cible. Faisant dévier sa monture à l'écart de la lice, le chevalier au couleurs orangées évita la lance ennemi. Sans chercher à viser l'écu adverse.

Étonnée par ce choix stratégique, un murmure monta de la foule alors que tout deux faisaient demi-tour. Ils se repositionnèrent, lances vers le ciel, attendant la trompette. Puis s'élancèrent à nouveau.

- Que… balbutia le vice-capitaine en voyant Mandrak ne pas abaisser son arme.

A la surprise générale, à nouveau il ne chercha pas à toucher son adversaire, gardant sa lance dressée. Au lieu de quoi, il écarta le bras et parvint à repousser la pointe bluntée d'un revers du bouclier avant de poursuivre sa course. Et tranquillement, il alla se positionner pour la troisième et dernière charge de la compétition.

- Voilà qui est surprenant, commenta un Frederik stupéfait. Quel …

- ARRETE DE JOUER ! S'écria soudain Darran en retirant son heaume, jetant sa lance au sol.

Tout les spectateurs se tournèrent de Mandrak vers le brionnois, surpris de son brusque éclat de voix.

- Je situe ce téméraire cavalier, commença le capitaine en faisant référence à Mandrak. Mais lui qui est-ce ?

Se faisant, il désignait Darran. Le grand-père d'Hugo haussa les épaules.

- Un jeune homme originaire de Brionne si ma mémoire est exacte, répondit toutefois son estafier en tenue sombre.

- TU T'AMUSES PEUT-ETRE, MAIS POUR MOI CE TITRE PEUT TOUT CHANGER ! Insista-t-il à pleins poumons.

A l'autre bout de la piste, Manesh'k releva sa visière à son tour.

- ALORS CESSE DE TE FOUTRE DE MA GUEULE ! PRENDS MOI AU SERIEUX !

Se faisant, il renfila son casque et repris rageusement sa lance à un écuyer effrayé par cette déclaration.

- Pour qui il se prends celui-là, grinça Luther depuis le pieds des tribunes.

Autour de lui, l'avis des autres participants semblait mitigé. Plus d'un hochèrent la tête d'approbation tandis que d'autres critiquaient le comportement de ce jeune coq.

- Quel langage, renifla Martin avec dédains, revenu du chevet de son blessé.

Ses vêtements étaient tachés de sang. Toutefois, sa présence devait signifier que les jours du malheureux n'étaient pas menacés.

- Répondez moi honnêtement Gaëtan, déclara Thierry en se tournant vers Manesh'k en contrebas. Ce jeune homme dit-il vrai ? Votre ami Mandrak s'amuse-t-il à nous cacher l'ampleur de ses talents ?

Le doute comme la curiosité perçaient dans sa voix, alors que le chevalier Mandrak ouvrait son bras de bouclier en signe d'acceptation.

- Je ne saurais l'affirmer, fut tout ce que put répondre Gilnash tant il était prit au dépourvu par la tournure des événements.

- AMENES TOI ! AVEC TOUT CE QUE TU AS ! S'obstina Darran en rabaissant sa visière.

- … Tu l'auras réclamé, murmura Manesh'k de l'autre côté en faisant lentement glisser la sienne.

Dans les tribunes, Gilnash remarqua que Martin devant lui venait de brusquement se tourner vers le combattant au jaque orange. Tout comme le vampire, l'augure devait avoir perçu la légère fluctuation des vents à cet instant. Il serra les dents, suppliant en silence son frère d'arme de ne pas en faire trop…

Les deux cavaliers restèrent ainsi quelques instants à se scruter, séparé de toute la longueur des couloirs de charge. Et la trompette sonna. Aussitôt ils plantèrent leurs talons dans les flancs de leurs montures. Foudre et le destrier du brionnois foncèrent l'un sur l'autre à toute allure tandis que les lances de cavaleries s'abaissaient. Plusieurs personnes donnèrent de la voix, encourageant à plein poumons les combattants de cette dernière charge. Plusieurs cors résonnèrent gravement…

Au dernier instant, Manesh'k jeta de côté son bouclier rond. Les cuisses fermement refermées sur les flancs de Foudre, le vampire pivota sur sa selle. Il donna à son allonge autant d'amplitude qu'il le put. Avec un fracas épouvantable, l'écu écarlate barré de noir vola en éclat.

Foudre poussa un hennissement de douleur sous la pression contre ses cotes, sa course devenant incertaine. Jetant la lance à son tour, Manesh'k prit la bride d'une main et s'accrocha à la crinière de l'autre. Jouant de sa force considérable et d'une chance insolente, il parvint à ramener Foudre au trot sans plus de mal. A ce moment seulement s'autorisa-t-il à regarder en arrière.

Miraculeusement, Darran n'avait pas vidé les étriers. Un écuyer bordelin s'efforçait d’attraper les rênes alors que le cavalier penchait dangereusement en arrière, les bras ballants. Le perdant de la joute précédente vint même l'aider à se redresser comme il menaçait de chuter. Toujours conscient, le brionnois paraissait néanmoins sacrément sonné.

- Il est indemne mon Seigneur ! S'écria l’écuyer après avoir échangé quelques mots avec lui.

A ces mots, les spectateurs se levèrent. Une salve d'applaudissement et d'acclamations vint les féliciter.

- Impressionnant, déclara Gilnash dans la cohue, observant Darran alors que Manesh'k menait Foudre jusqu'au vaincu pour s'assurer de son état.

Au vu de la performance, il n'aurait pas été surpris de trouver chez son compagnon un regard verdoyant s'il n'avait pas porté de casque. Son frère dans la non-vie n'avait pas fait dans la demi-mesure en soulevant à bout de bras la pesante lance de cavalerie…

- Il aura bien de la chance s'il n'a pas le le coude et l'épaule en miettes, commenta le grand bordelin en jaque noir, lui-même le bras en écharpe.

- Certes. Mais concernant votre compagnon Mandrak : quel panache ! Oser une manœuvre aussi risquée…

- Il est… audacieux de nature, ne put que répondre Gilnash au vice-capitaine de Frederik, impressionné par la prestation.

Devant eux, Enguerran ne s'arrêtait plus d’applaudir, euphorique et surexcité malgré l'heure tardive.

Rapidement, un cercle se forma autour du perdant. Cercle qui s'écarta toutefois quand le chevalier Mandrak approcha, tête nue et tenant sa monture par la bride. Il toisa un instant Darran, assis sur un banc alors que le silence se faisait autour d'eux. Et, à la surprise générale, le garçon eu un soubresaut qui rapidement vira à l'éclat de rire fatigué.

- Je le savais, articula-t-il péniblement en levant le regard. Tu aurais pu m'éjecter dès les deux premières passes…

Impassible, Manesh'k vit un léger sourire éclairer l'expression du brionnois.

- …mais tu vois, je n'ai pas mordu la poussière.

Repoussant l'aide d'un écuyer ne sachant trop quoi faire, il se releva. Seul. Et se tint droit face au vampire n'ayant pas prononcé un mot. Et, toujours souriant, il lui tendit la main. Main que Manesh'k considéra un instant, avant d'empoigner avec vigueur.

- Merci, le remercia enfin Darran. Merci de ne pas t'être retenu.

Son adversaire d'un soir esquissa une mine partagée avant de répondre, lui posant sa paume libre sur l'épaulière.

- Pense quand même à faire regarder ton bras.

Aussitôt, Darran esquissa une grimace de douleur.

- Les choses sérieuses commencent demain, ajouta-t-il en souriant.

Et à ses paroles, il tourna les talons, laissant là les autres compétiteurs qui le regardèrent partir. Le sourire de Darran s'estompa légèrement, puis il consulta du regard les autres compétiteurs et écuyers. Mais pas uns ne semblait avoir remarqué les crocs de Mandrak.

Le Chasseur de Bulots, Piers de la Demeure du Lierre et quelques autres échangèrent des regards incertains. Croiser le fer le lendemain avec cet homme en orange… n'était-ce pas une erreur monumentale ?
*



L'immense salle était silencieuse. Pas un souffle ne venait troubler les armures et trophées sur leurs présentoirs. La pièce était l'une des plus reculée du château de Bordeleaux. Les ancêtres du seigneur c'étaient succédé en ces lieux depuis plusieurs générations. Leur famille avait fait construire cet édifice qui surplombait la ville alors que ce n'était qu'un village. L'épée du premier souverain trônait d'ailleurs sur un support, sous une légère couche de poussière. Plusieurs tâches d'oxydes commençaient à apparaître ici et là. Elle avait défait maints orques, mais n'en pourfendrait vraisemblablement pas un de plus.

Perturbant le calme de ces lieux, un crépitement dans l'air agita les plastrons sur leurs mannequins. Une bourrasque balaya le cœur de la pièce aux vitres centenaires, scellant pourtant la moindre issue vers l'extérieur. Et soudain, un flash lumineux illumina les étagères. Plusieurs casques bosselés rebondirent sur le dallage. L'instant d'après, une fissure s'était dessinée dans le centre de la pièce, pulsant d'éclairs grésillants. Et lentement, la réalité s'effilocha comme la brèche dans l'espace s'étirait. Elle illumina les présentoirs d'une lumière mauve éblouissante.

Une ombre vint toutefois assombrir le portail. Générant un sifflement sourd qui domina un instant les détonations d'énergie, une pièce de métal se fraya un chemin jusqu'à ce plan d'existence. Noire, longue et effilée, une lame ciselée de symboles luisants émergea. Son fil comme la qualité de son matériau ridiculisaient les reliques entreposées là. Et avec une nouvelle détonation l'arme fut brusquement régurgitée, allant fracasser le râtelier d'armes plusieurs fois centenaire. Tout comme l'épée rouillée qu'il exposait.

Avec de nouveaux arcs d'énergie, la brèche se referma rapidement, entraînant avec elle les étranges lueurs violettes issues d'autres mondes. En quelques instants, l'endroit retrouva son calme. Si ce n'était le bois fumant et sifflant du mobilier, tranché net par la lame noire. Ainsi que la pierre en-dessous. Entaillée d'un doigt de profondeur.

Lentement, les symboles perdirent de leur éclat, se fondant dans la lame quelques minutes plus tard. Le silence revint… jusqu'à ce qu'une ombre ne se présente, attirée par le vacarme.
*



Sans dire un mot, l'aubergiste les observa quitter les lieux, le gamin sur les talons. Ils opéraient exactement le même manège que la veille, partant tout les quatre de son auberge à la nuit tombée. Et laissant le cinquième membre de leur groupe, seul à l'étage.

Trépignant, il alla jeter un coup d’œil à travers un carreau noirci par l'humidité. Il eu le temps d'apercevoir le garçon disparaître à l'angle de la rue avant qu'ils ne sortent de son champ de vision. Le tenancier esquissa alors un sourire irrépressible s'étalant d'une oreille à l'autre. Sourire partagé par ses compagnons jusque là attablés et qui avaient su rester impassible. Ils se levèrent en échangeant des rires gras, savourant d'avance la nuit à venir. Ils étaient plus d'une dizaine à se presser en direction de l'escalier.

C'est toutefois avec une discipline insoupçonnée qu'ils approchèrent de la chambre. Pas un n'osait troubler le silence. Venue le visage dissimulé par un capuchon, les courbes de cette femme n'avaient pas échappées au propriétaire. Ces inconnus avaient payé à leur arrivée pour l'ensemble de ses chambres, réservées la semaine entière. Riche était un peu dire de leur condition. Mannan seul savait quelles richesses ils allaient récolter à l'intérieur. Puis sur ces hurluberlus lorsqu'ils les soulageraient de leurs possessions, à leur retour. Mais se serait pour plus tard. Il avait une récompense d'un autre genre à collecter. Et celle-ci se dissimulait derrière cette porte depuis deux jours maintenant.

Toujours souriant, il tourna la poignée.





Enguerran bouscula le vampire lorsque celui-ci s'immobilisa brusquement à l'approche du pont. Levant la tête, il vit l'expression de Gilnash littéralement se décomposer.

- Gaylria… murmura-t-il d'une voix tremblante.

Et sans un mot de plus il s'élança en sens inverse, projetant de côté une pauvre dame ayant eu le malheur de se trouver sur son chemin.

- Quelle mouche le pique ? S'étonna Luther en le suivant du regard.

- L'elfe, devina son aîné avec une mine sombre. Quelque chose vient d'arriver.

- C'est pas sérieux ! Les combats commencent dans moins d'une heure !

Mais Manesh'k ne l'écoutait déjà plus. Il se faufila dans le sillage de son camarade, plusieurs personnes se relevant après avoir été repoussées par le précédent coureur. Se retrouvant seul avec Enguerran, Luther leva les yeux au ciel. Puis les baissa sur l'enfant. Celui-ci eu un frisson en devinant la colère qu'éprouvait le vampire exaspéré. Il ne prononça pas un mot et se contenta de marcher pour revenir sur ses pas.





Manesh'k s'arrêta à l'entrée de l'édifice où Gilnash avait déjà disparut. Mais il voyait déjà qu'il ne serait pas nécessaire d'aller plus loin. Un tabouret trônait au milieu de la rue, ayant traversé l'une des rares vitres du rez-de-chaussé. La porte pendait sur un gond, enfoncée depuis l'intérieur. L'individu ayant servit de bélier gisait dans l'encablure, la gorge arrachée, le torse et le visage mutilés. Renâclant, le vampire entra malgré tout. L'endroit était méconnaissable. L'odeur épouvantable. Même pour lui. La puanteur des entrailles éventrées, de l'alcool renversé et du sang le prit à la gorge.

Le mobilier avait été réduis en miettes, y compris le comptoir. Ici et là, les malheureux ayant servit à le fracasser se vidaient lentement de leur sang, soulagés d'un membre ou deux pour la plupart. Le vampire sentait ses bottes adhérer au sol poisseux alors qu'il évoluait dans cet impressionnant charnier. Les murs n'étaient pas en reste, des traces de doigts écarlates ponctuant les giclées vermeilles qui avaient repeints les lieux. Avec une grimace, il se refusa à aller plus loin : la traînée d'intestins dévalant l'escalier laissait un aperçu de ce qui l'attendait à l'étage. Et dire que l'auteur de cette tuerie avait agit à mains nues…

- Par le… commença Luther en se présentant à son tour.

Il eut un mouvement de recul, portant la main à son nez en découvrant l'ampleur des dégâts.

- Ne laisse pas le gamin appro…

Requête bien inutile. Déjà à côté du vampire, Enguerran passait la tête dans l’entrebâillement. Son visage perdit toute couleurs comme Luther ressortait en l'ignorant, pestant contre Gilnash et « son animal elfique ».

Manesh'k arracha le garçon à cette contemplation morbide, l’entraînant dans la rue par l'épaule. Après un bref coup d’œil alentour, il balança le cadavre à l'intérieur et ferma la porte. Puis revint à Enguerran.

Le pauvre enfant avait les yeux exorbités, tremblant comme une feuille. Il ne prononçait pas un mot, la bouche ouverte, béat.

- Enguerran, regarde moi, ordonna-t-il. Maintenant. Regarde moi et écoute ma voix. Tu…

Toutefois il s'interrompit bien vite. A l'évidence, il ne l'entendait même pas. L'enfant était sous le choc. Même lui ne pourrait rien en tirer pour le moment.

Manesh'k pivota en entendant la porte grincer derrière lui.

- Elle n'est plus là, déclara platement Gilnash en se frottant le front.

C'était l'évidence même. Toutefois, Manesh'k eu le tact de ne pas le lui faire remarquer. Ils avaient un problème bien plus important à régler. Gaylria était là, quelque part dans les bas-fond de la ville. Et elle fauchait vraisemblablement une nouvelle vie à chaque instant qu'ils perdaient à la rattraper.

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