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 La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite

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Chevalier de sang

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MessageSujet: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Ven 29 Juin 2018 - 12:07

Lectrices et lecteurs divers et variés, j'ai le plaisir de vous annoncer la suite de la Saga d'Oksilden !

Le récit est toujours en cours d'écriture au moment où j'écris ces lignes et le rythme d'apparition des similis-chapitres prendra donc un temps relativement conséquent. J'espère réussir à envoyer tout ça dans les plus brefs délais, mais bon... Advienne que pourra.

Pour les quelques personnes qui découvrent la saga, il se trouve que ce tome est le quatrième de ladite Saga de mon personnage. Il est donc la continuation directe du troisième tome que vous pourrez trouver ici-même : http://whcv.forumactif.com/t6418-la-saga-d-oksilden-foi-furieuse

Encore une fois, je tiens à rappeler que si vous trouvez une faute au détour d'une ligne, j'apprécierais grandement que vous m'aidiez dans l'éternel travail de correction en me la signalant  Cool

Et enfin, j'adresse un grand merci aux lecteurs qui m'ont suivi jusqu'ici.  Clap




La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite





    Depuis un royaume lointain et hors de portée du commun des mortels, quelqu’un s’ennuyait. En effet, cette entité à l’apparence improbable – semblable à un amalgame sordide de reptiles et autres mammifères – observait le Vieux Monde depuis sa propre dimension et il le trouvait bien trop tranquille. Certes, Malal, car c’était son nom, savait pertinemment que c’était le calme avant la Tempête en approche. Mais il ne pouvait s’empêcher de vouloir, disons, animer le grand jeu de la vie en attendant. Ses rares agents étaient tous occupés à diverses tâches et il se retrouvait là, momentanément sans personne à diriger. Une situation fort frustrante de l’avis du démon qu’il lui incombait de changer.

    Son regard se tourna alors distraitement vers le centre de l’Empire, ou plus exactement, vers une de ses récentes acquisitions.

    Au moment où ce qui s’apparentait à ses yeux se posèrent sur l’intéressé, un sourire tordu déforma brièvement sa gueule ornée de crocs divers. Il le trouvait amusant celui-là. Tiens, et s’il détournait sa route pour… ? Non.

    Non, en fait, ce serait inutile. Cet énergumène aussi avait un rôle à remplir.

    D’après Malal, il s’agissait d’un investissement à long terme et d’une expérience curieuse dans le même temps. Après tout, comment ne pas être curieux ? Cet homme était littéralement le premier et unique mortel à l’avoir contacté directement dans les Royaumes du Chaos ! Involontairement, certes, mais tout de même ! D’habitude, cela allait toujours dans l’autre sens. Mais Hjalmar Objarsson ne semblait pas vouloir faire comme tout le monde.

    Jetant un œil à une table à côté de lui, Malal déplaça quelques pions au gré de ses envies et de l’avancement de ses plans. En un sens, il jouait au même jeu tordu que les autres démons, mais il avait décidé d’y prendre part avec ses propres règles. Il trouvait cela plus plaisant puisque cela lui permettait de tricher et d’arbitrer dans le même temps.

    Une fois satisfait de l’apparence bordélique du plateau, il se reconcentra sur le monde réel. Malal suivit alors malicieusement du regard sa victime involontaire durant quelques éons… Puis il s’ennuya à nouveau et partit torturer un démon mineur de Nurgle enchainé non loin. Après tout, il ne pouvait pas être l’allégorie du Chaos et être immunisé aux troubles de l’attention dans le même temps.


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Collecteur de Sang
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Ven 29 Juin 2018 - 17:16

Malal a écrit:
Hjalmar Objarsson
Voit-on là un élément de background inattendu ? Blink De tout ce qui a été écrit, c'est ce qui m'a sauté aux yeux et éclipsé ce qui suivait. "Objarsson". Je serais curieux de croiser la route du nommé Objars pour voir s'il ressemble beaucoup à son fils Smile

Cela dit, on sait désormais que le héros de la saga se situe au centre de l'Empire. D'après ma carte, il se situerait en plein milieu des collines de Farlic ! Cette info n'aura probablement aucun ancrage dans ce qui se passe réellement dans le récit, mais ça m'amuse d'émettre cette supposition Fou

La suite Happy

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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Seigneur vampire

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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Ven 29 Juin 2018 - 18:26

IL EST ARRIVÉ !



Bon oui ce n'est qu'une intro, mais ça annonce un peu la couleur. Hjalmar est donc considéré par Malal comme une "acquisition", mais il n'en a certainement pas conscience. Par contre je ne me souviens pas vraiment du moment où Hjalmar aurait contacté Malal. C'est un moment auquel on a assisté ?

Et je rejoins Von Essen. Son nom serait donc Objarsson, du coup il y a certainement une histoire derrière le nom 'Oksilden'. Va-t-on la découvrir ? Je l'espère.
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Jeu 19 Juil 2018 - 23:04

@Von essen a écrit:
D'après ma carte, il se situerait en plein milieu des collines de Farlic !
Nope  Tongue

@Arcanide Valtek a écrit:
Par contre je ne me souviens pas vraiment du moment où Hjalmar aurait contacté Malal. C'est un moment auquel on a assisté ?
Pour le moment, Malal est resté une entité très vague dans les précédents récits. Il y a bien eu contact, mais, hors-champ on va dire.


En tout cas, voici la suite ! Je ne suis pas particulièrement fier du rendu, mais il me fallait un début au tout. Là encore, si faute il y a, je vous serais fichtrement reconnaissant de me les indiquer  Cool




    Dans le ciel, le soleil avait dépassé son zénith depuis quelques heures déjà et se déplaçait ainsi paresseusement vers l’horizon. Mais sa présence en ce jour sans nuage ne remontait qu’à peine les basses températures dont les griffes glaciales avaient saisi les terres de l’Empire. Tout semblait bleu, grisé et apathique. Il ne neigeait point encore, mais ce n’était plus qu’une question de jours, une semaine peut-être. Une chose peu étonnante quand on savait que le dernier mois de l’automne, Kaldezeit, venait de commencer.

    Ainsi, si le grand-duché du Middenland n’était pas vraiment réputé pour son beau temps, on comprenait bien vite pourquoi. Ce n’était pas la contrée la plus septentrionale de l’Empire. Non, ce titre appartenait au Nordland, mais elle en était proche et le climat continental en son centre rendait la vie de ses habitants quelque peu difficile avec ses hivers prolongés. Il n’était donc pas étonnant que lesdits locaux se soient mis à vénérer Ulric le dieu-loup de l’hiver… Et que les Middenlanders soient devenus tout aussi durs et intolérants que leur climat. Mais en même temps, pour survivre aux attaques fréquentes des hommes-bêtes de la Drakwald, il fallait parfois se montrer tout aussi impitoyable que les monstrueux rejetons du chaos.

    Une région qui vendait du rêve donc.

    Et c’était ici, à l’orée de la Drakwald, que l’on retrouvait Hjalmar Oksilden, le colosse norse de service, tandis qu’il quittait enfin les collines venteuses des environs de la cité de Delberz. Une grande ville que le nordique avait soigneusement évitée d’ailleurs. Le risque de tomber sur un répurgateur à sa poursuite était d’autant plus grand que l’endroit était peuplé, alors autant se contenter des petits relais sur la route pour plus de tranquillité. Pour le moment, cette ligne de conduite lui avait porté chance alors qu’il avançait vers l’Ouest. C’était d’ailleurs son seul objectif, se diriger vers le couchant sans trop y réflechir. IL lui avait suggéré quelques jours plus tôt et, faute de meilleure plan, le nordique s’était mis en marche.
De temps à autre, on le voyait se frapper la tête, comme pour chasser un insecte un peu trop collant. Même si dans les faits, c’était plutôt des voix lointaines. Son regard fureteur trahissait sa nervosité et il trainait les pieds de fatigue.

    Hjalmar portait toujours sur lui sa fidèle armure constituée d’un mélange un peu insolite de cotte de maille, de cuir et de figures en bronze. De-ci, de-là, on pouvait retrouver des symboles et autres colifichets étranges qui semblaient venir d’un peu partout et de nulle part à la fois. Dents, talismans, fourreaux élaborés, symboles gravés dans le cuir, tout était là pour rappeler au tout-venant que leur propriétaire n’en était pas à son premier voyage. Ainsi, si le vêtement était aussi robuste qu’utile contre les éléments, il était aussi assez peu discret. Surtout que ledit habit était dans un état peu enviable à force d’avoir récemment accumulé diverses coupures et autres déchirures.

    Sous l’épaisse barbe brunâtre du norse, on pouvait aussi apercevoir un pendentif en argent qui réfléchissait parfois un rayon de soleil. Autrefois poli par des prières journalières, le bijou avait perdu de sa superbe, faute d’entretien ou plutôt d’envie de l’entretenir.

    En hululant, un reste de brise froide passa au travers des arbres qui craquèrent de concert. Elle agita ainsi des restes de feuilles automnales et fit jurer le nordique qui se frappa les bras pour se réchauffer un peu. Finalement, lui qui pensait pouvoir se protéger du vent en profitant du couvert de la forêt dense de la Drakwald, c’était raté. C’en était presque frustrant. Cette maudite forêt lugubre débordait tellement d’arbres qu’en dehors des chemins on ne voyait pas à cinq mètres et pourtant des courants d’airs passaient au travers ? Avec un accueil pareil et les hommes-bêtes qui la hantaient, ce n’était pas étonnant que presque personne n’y vive.

    Les traits tirés, Hjalmar continua un moment à se frotter les bras en serrant les dents. Il avait déjà vécu bien pire dans son pays natal, mais là-bas au moins il pouvait se réchauffer par intermittence. Ici, cela faisait bien dix jours qu’il avançait en dormant à la belle étoile. Un feu de camp n’étant pas vraiment conseillé lorsqu’on était un fugitif se baladant dans une région dangereuse, il avait donc dû faire avec… et surtout sans vêtement chaud. Son armure était tellement trouée de partout qu’elle ne protégeait plus grand-chose. Et si les relais le long de la route lui offraient de brefs répits, il préférait ne pas s’y attarder. Rester en mouvement, voilà le seul moyen qu’il avait pour être en sécurité dans un pays qui, par bien des aspects, préférait le voir mort.

    Un autre son résonna entre les arbres, plus animal cette fois. Une bonne nouvelle pour le norse qui avait eu un mal de chien à trouver de quoi se nourrir ces derniers jours. Les collines du centre du Middenland n’étaient plus vraiment peuplées de gibier à cause des chasses à la cour données par les habitants plus nobles. Ici au moins, l’état sauvage de la forêt les laissaient pulluler. Et le norse préférait garder le peu d’argent qu’il avait miraculeusement réussi à grappiller de-ci, de-là pour le moment où sa situation deviendrait trop précaire.

    En entendant à nouveau le cri de l’animal, qu’il reconnut comme étant le brame d’un cerf et non celui plus guttural d’un homme-bête heureusement, Hjalmar s’ébroua un peu et sortit une longue dague de sa ceinture. En la regardant brièvement, le nordique aperçut encore une fois la croix impériale doublée d’une comète près de la garde, indiquant que son ancien possesseur était dans les ordres religieux de Sigmar. Il allait vraiment falloir qu’il se débarrasse de cette dague trop voyante à l’occasion. Mais il n’avait pas trouvé mieux depuis sa dernière échauffourée avec des répurgateurs dans un quartier pauvre de Talabheim.

    Une autre brame, plus près, fit sortir Hjalmar de ses pensées tandis que l’appel de son estomac revenait le tenailler. Même s’il y était habitué depuis le temps, cette sensation pouvait toujours se révéler… Disons, inconfortable.

    Suivant ce qu’il estimait être la direction du dernier cri en date, Hjalmar se lança à la poursuite de sa proie en raffermissant sa prise sur sa dague. Après avoir dépassé plusieurs enchevêtrements d’arbres, il trouva enfin ce qu’il cherchait. Le vent était face à lui et l’animal était en vue. Un jeu d’enfant. Du moins, ça l’aurait été s’il n’y avait pas eu deux loups qui étaient déjà en train de festoyer sur ladite proie. Hjalmar se fit la réflexion que cela expliquait les cris à répétition la bête.

    Bon. Ben, en plus d’un gigot de cerf il allait pouvoir rajouter deux peaux de loups à son butin. Le norse ramena sa dague devant lui et bondit de sa cachette de derrière un chêne.




    Le soir venu, Hjalmar arriva à son grand soulagement aux abords d’un petit relai dont les lumières pointaient au loin sur la longue route. C’est que le morceau de viande de cerf qu’il tenait sous son bras droit pesait son poids et qu’il avait bien besoin d’un peu de repos.

    Le nordique enleva alors la peau de loup de son épaule gauche pour la rouler sur elle-même avant d’entrer dans le petit relais fortifié. Il avait cru comprendre que les locaux n’appréciaient pas que l’on porte une peau de l’animal d’Ulric si on ne le méritait pas. Et au vu desdits habitants et de leur tempérament, il préférait éviter de les froisser. Non pas que les Middenlanders l’inquiétait, mais là, tout de suite, il préférerait dormir plutôt que de finir dans un combat de taverne.

    Malheureusement, il n’avait pu avoir qu’un seul des canidés, l’autre ayant réussi à s’enfuir. La peau qu’il en avait tiré n’était pas fameuse et qui plus est, elle empestait en plus d’être une piètre protection contre le froid. Mouais. Il était définitivement bien loin d’avoir les talents de dépeçage de ses parents tanneurs… Mais c’était toujours mieux que rien pour protéger un de ses bras du vent.

    En arrivant dans le relais fortifié, le norse s’aperçut qu’il y avait trois bâtiments coincés entre des remparts en bois solides. A la gauche de la route, le plus grand des trois était sûrement l’auberge au vu de l’enseigne en forme de chope de bière. A sa droite il y avait une sorte de vieux temple d’Ulric en ruine et une échoppe d’objets de première nécessité. C’est dans cette dernière que Hjalmar se dirigea en premier. Il put y vendre sa peau de loup et un morceau de la viande pour une poignée de pièces impériales en argent. Ce n’était pas énorme, mais cela devrait lui permettre de s’acheter une chambre. Le vendeur l’avait regardé avec un œil mauvais tout au long de leur conversation lapidaire et une fois Hjalmar sortit, il lui avait claqué la porte dans le dos avant d’éteindre sa lumière peu de temps après en lui crachant :

    « Passez votre chemin ! Ça vaudra mieux pour tout le monde. »

    Une démonstration parmi tant d’autres du légendaire sens de l’accueil des middenlanders.

    Ce sentiment se confirma quand Hjalmar entra dans l’auberge de l’autre côté de la route. A peine avait-il ouvert la porte que les rires gras et autres activités se muèrent en murmures inaudibles alors qu’on le dévisageait sous toutes ses coutures. L’endroit n’était pas bien grand et on pouvait compter une demi-douzaine de tables à peine. Ce qui faisait que l’on pouvait s’apercevoir assez vite si on avait ou non l’attention de toute l’assemblée. Et ce, malgré l’éclairage crasseux provenant d’un âtre qui crachait plus de suie que de flammes.

    Le norse, fidèle à ses habitudes, n’en prit pas compte et partit nonchalamment vers le comptoir. Son pas fatigué et lourd résonnant sur le parquet du lieu. Les têtes des clients se tournèrent en même temps, suivant sans discrétion l’avancée du nouveau venu. L’aubergiste, un homme aux tempes grisonnantes et un peu rondouillard, semblait tout aussi réticent de le servir, mais sa conscience professionnelle prit le dessus et il maugréa quelques mots.

    « Qu… Qu’est-ce que j’vous sers… ? », lui dit-il alors qu’une goutte de sueur perlait sur son front.

    Bon, il avait besoin de provisions, de quoi boire, peut-être un vêtement chaud mais ça, ça pouvait attendre et… Oh et puis merde, sa situation était suffisamment mauvaise alors autant l’assumer à fond.

    « Un cognac bretonnien », lui répondit l’accent rauque du nordique alors qu’il déposait une pièce d’argent sur le comptoir en s’asseyant.

    Quand les gens du cru comprirent qu’il n’était pas l’un des leurs en entendant son intonation, ils grondèrent des menaces. Mais quand leurs préjugés sur les norses ou les kislévites eurent fini de parler (ils n’étaient pas très bon pour deviner les origines des gens, d’après eux il y avait le Middenland et les autres), là seulement ils comprirent les paroles du nordique. Ceci provoqua un silence béant et leurs yeux s’écarquillèrent aussitôt.

    Après tout, commander un produit étranger dans la moins tolérante et la plus conservatrice des régions de l’Empire revenait bien souvent à signer son arrêt de mort.

    Hjalmar, lui, ne le savait pas. A vrai dire, à part les grandes lignes, il se moquait généralement des coutumes locales tant qu’on le laissait en paix. Il fronça donc les sourcils en voyant que l’aubergiste avait failli lâcher le verre qu’il tenait entre ses mains et le fixait à présent, la bouche à moitié ouverte.

    « Quoi ? tenta Hjalmar en soupirant. Vous n’en avez plus ? Rhoo, dommage… Bon, ben envoyez une liqueur quelconque, du moment que ça tape dans le gosier. »

    Voyant que l’aubergiste ne bougeait pas plus qu’avant, Hjalmar jeta un œil vers le reste de la taverne pour s’apercevoir que son interlocuteur précédent n’était pas le seul atteint de cet étrange cas de stupeur foudroyante.

    « Quelqu’un m’explique ?
    — Mais tu t’fous d’nous ? vociféra un bonhomme édenté au nez bien trop rouge. C’sa hein ? Qu’est-ce tu crois q’t’fais lô ? »

    L’ivrogne s’approcha du norse en le pointant méchamment du doigt et en toussant par intermittence, ce qui n’améliorait pas sa grammaire approximative. Il se posta devant le norse qui devait faire facilement une demi-tête de plus que lui et continua ses invectives incompréhensibles. Parmi cette diatribe imbibée, Hjalmar comprit vaguement que le bonhomme voulait qu’il s’en aille maintenant sinon il allait lui faire quelque chose en rapport avec des chèvres, ou bien un conifère – il n’avait que vaguement compris ce passage-là. Stoïque, le nordique l’écouta donc se plaindre pendant quelques instants, supportant son haleine alcoolisée à outrance avec le regard dans le vague et l’air vaguement blasé. Puis, quand l’idiot du coin en arriva à un discours sur la pureté du sang Teutogen qui s’était bien trop dilué depuis le temps, la patience du norse arriva à son terme et il lui attrapa la tête pour la fracasser contre le comptoir d’un seul geste.

    Le crâne du middenlander émit un *Ponk* sonore, le middenlander émit un bruit semblable à *Heurglmebleuh* mais en plus aigu et pour ce qui était de son corps s’étalant sur le parquet crasseux de la taverne, ça, on le laissera à votre imagination. C’est cadeau.

    Sur ces entrefaites, Hjalmar se retourna vers l’aubergiste qui lui adressait un regard qui aurait été lourd de sens s’il n’était pas progressivement inquiet.

    « Bon, cette liqueur, elle arrive ? » lui lança le norse comme s’il ne s’était rien passé.

    Le supposé maître des lieux sembla reprendre ses esprits et adressa un regard paniqué à Hjalmar puis par-dessus l’épaule de ce dernier. Comprenant que quelque chose n’allait pas, le nordique suivit le coup d’œil du tavernier et étudia à nouveau la salle, mais plus en détail cette fois.

    Sur les six tables, quatre étaient occupées, enfin trois, puisque deux joueurs de cartes venaient de sortir précipitamment en emportant leurs gains. Sur deux des tables, celles près de l’âtre, se trouvait toute une bande de Middenlanders du cru, tous armés, qui dévisageaient Hjalmar avec un mélange de haine et d’imbécilité pure. Comme par hasard, c’était de là que venait l’énergumène qui l’avait ennuyé juste avant. Leurs tables étaient pleines de victuailles diverses et les deux gamines blondes (ou bien brunes ? Bah, ce n’était pas comme si ça l’intéressait) assises au milieu n’avaient pas vraiment l’air d’être à leur aise. Ensuite, de l’autre côté de la pièce, la dernière table était occupée par un petit groupe discret de trois personnes. Leurs postures prostrées et l’absence de nourriture devant eux indiquaient plutôt qu’ils subissaient la situation présente.

    Des bandits ? Moui, ça expliquait l’ambiance en fin de compte, se dit Hjalmar en se grattant le menton à travers sa barbe. Justement l’un d’entre eux se leva, l’air encore plus furibard que les autres qui devaient être de toute façon trop alcoolisés pour comprendre quelque chose.

    « Toi ! postillonna-t-il. T’cherches la mardre ?
    — Je cherche à boire en paix, et toi ? », lui rétorqua Hjalmar en penchant légèrement sa tête sur le côté, les yeux vissés dans ceux du middenlander.

    Le chef des bandits, du moins c’est ce qu’il devait être puisqu’il parlait au nom des autres, se mit étonnamment à sourire avant d’éclater d’un rire tellement gras qu’on aurait pu l’utiliser pour allumer une lampe à huile. Forcément, toute sa bande se mit à rire avec lui. Les deux filles, elles, se crispèrent.

    « Hmm, tu m’plais l’étranger ! T’as l’culot d’commander un truc d’ailleurs, d’envoyer un de mes gars au sol et d’me répondre comme si t’étais dans ton droit. T’as beau venir de j’chais pas où, j’suis sûr q’t’as du sang de Teutogen ! Hein, les gars ?
    — Ouais, pas faux, ricana un autre gaillard. On n’sait pas jusqu’où nos ancêtres sont allés, hein ?
    — ‘xactement ! Allez tavernier, sers-lui c’qu’il a demandé, fait pas attendre un bon gars comme ça ! Et vous deux, aller me chercher Vilkar, qu’il reste pô par terre toute la soirée non plus. »

    Alors que la petite sauterie des bandits reprenait son cours avec forces grasseries, l’aubergiste amena un petit verre à Hjalmar en tremblant. Une fois son nouveau client servi, l’homme prit la bouteille et en but une gorgée en grimaçant avant de la reposer. Il suait encore plus qu’avant.

    « Écoutez, murmura-t-il au norse en faisant semblant de faire autre chose. Ne me regardez pas ! Buvez tranquillement.
    — … Si tu l’dis, maugréa doucement Hjalmar en prenant une gorgée de la liqueur. C’est infect. Un autre.
    — Ces types là-bas, la bande d’Helmut, ils nous saignent à blanc depuis ce matin et les patrouilleurs ne repasseront que dans une semaine… S’il vous plaît, aidez-nous ! »

    Devant l’absence de réponse du norse imposant, l’aubergiste serra nerveusement ses mains après l’avoir servi à nouveau.

    « Écoutez, j’ai bien vu que vous n’aviez pas beaucoup d’argent, donc je vous propose une semaine de vivres gratuites et une chambre pour la nuit.
    — Pour que j’aille affronter douze… Ah pardon, onze, il y en a un qui vient de tomber ivre mort… Onze gars à moi tout seul ? rétorqua Hjalmar en finissant son verre avec une grimace. Un autre, merci.
    — Je sais. C’est beaucoup demander, mais calmez-en quelques-uns et ils devraient fuir en vitesse. Vous avez l’air bâti pour tuer un bestigor à mains nues, bon sang ! Quelques imbéciles avinés, ça devrait aller vite.
    — Peut-être. Donc, je répète pour qu’on soit sûr. Vous voulez que je « calme » quelques-uns des onze gars armés, tout seul, pour des repas et une nuit ?
    — Bon… D’accord, vous pourrez vous servir dans ma cave, je m’en moque à ce point, tant que vous les sortez d’ici ! Si ça continue, je vais fermer boutique et mes deux enfants risquent bien pire ! »

    En entendant cela, Hjalmar leva un sourcil étonné avant de balayer la proposition d’un revers de main.

    « Oh non, ce ne sera pas la peine. Je voulais juste être sûr de ne pas me faire arnaquer. Je veux dire, je l’aurais fait juste pour un peu de viande séchée. Vous êtes sûr de vouloir faire ça ?
    — Évidem…
    — Ne dites pas ça à la légère, le coupa sèchement le norse.
    — Je…Oui.
    — Bien. Dans ce cas… »

    Après avoir terminé son troisième verre, le norse se tourna à demi vers les tables des fêtards. Mais après quelques secondes, il se retourna vers l’aubergiste qui malgré son air inquiet avait retrouvé une touche d’espoir en voyant l’assurance du nordique.

    « Dites, j’ai oublié de vous demander.
    — Heum, oui ?
    — Vous les voulez vivants ou morts ?
    — P…Pardon ? » – l’aubergiste allait répliquer quelque chose avant que ne retentisse le cri d’une de ses filles, un des hommes venait de la frapper au visage – « Morts. Allez-y !
    — Vous êtes sûr de v… ?
    — Allez-y bon sang ! explosa l’aubergiste qui trépignait de rage. Ou alors vous avez trop peur pour aller jusqu’au bout !»

    Le visage du norse se durcit aussitôt et il attrapa le col du tavernier avec la vitesse d’un serpent. Sa poigne de fer tira l’homme jusqu’à ce que leurs visages se touchent presque.

    « Là, vous dépassez les limites de ma sympathie. Je vais déjà me battre pour vous, à votre place, alors ne m’insultez pas… Et je vous aurais prévenu. Quand ce sera terminé, je ne veux pas entendre la moindre plainte. »

    Sur ce, Hjalmar relâcha l’aubergiste qui recula d’un pas sans pouvoir quitter les yeux gris-bleu du nordique. Il fallait dire qu’un un regard aussi froid que l’acier d’une lame, cela avait de quoi faire hésiter. Mais avant que le bonhomme ne puisse répondre, le nordique se leva de son siège et se dirigea vers la tablée.

    En parlant d’eux d’ailleurs, plusieurs des bandits s’étaient levés en entendant l’éclat du maître des lieux et se dirigeaient vers le norse, l’air méfiant. En quelque pas, Hjalmar sut qu’il était à portée et il dégaina sa dague.

    D’un geste vif, il trancha la gorge du bandit le plus près pour le laisser se vider de son sang au sol. Récupérant au passage la hachette de ce dernier, il la lança en plein dans le torse du gaillard qui gardait encore les deux filles. Son hurlement de douleur suivit par ceux de terreurs des damoiselles avant qu’il ne s’effondre déclencha le début de l’échauffourée.

    Tous les bandits restants sortirent des armes diverses, un pistolet, des hachettes et même une épée courte, puis ils chargèrent le nordique qui les attendait debout à côté du premier cadavre. Mais ni leur nombre, ni leur armement ne leur fut du moindre secours. Ils étaient fatigués, abattus par l’alcool et à peine capable de faire trois pas sans trébucher. Comme avait dit l’aubergiste, cela allait se faire vite. La dague impériale fila donc dans l’air, trouvant là une nuque, là un tendon. Mais à chaque fois, son sifflement était l’annonciateur d’un hurlement de douleur ou bien d’un gargouillis étranglé par un flot de sang. Les bandits, en surnombre, finirent bien vite par trébucher sur les cadavres de leurs alliés alors qu’ils tentaient de s’en prendre à un ennemi beaucoup trop vif pour eux. Ceci facilita d’autant plus le travail du norse qui n’attendait que cela pour leur planter un tabouret ou un coup de botte à l’arrière d’un crâne jusqu’à entendre le craquement caractéristique d’une vertèbre qui lâchait brutalement.

    En moins d’une minute, la troupe avait ainsi été réduite de moitié. Les survivants se mirent bien vite à hésiter sur la marche à suivre après que l’un d’entre eux ait réussi à frôler le nordique à la joue pour mieux se faire empaler l’abdomen. Comprenant qu’ils allaient bien vite mourir sous les coups de l’étranger fou furieux, ils lâchèrent ainsi leurs armes et partirent en courant vers la sortie, tombant à moitié dans leur fuite effrénée. On entendit ensuite des chevaux hennir puis une série de galops alors que les bandits fuyaient les lieux. En distinguant cela, Hjalmar lâcha sa dague de répurgateur plantée dans sa dernière victime pour l’échanger contre l’épée courte et un coutelas, bien plus faciles à utiliser sans éveiller les soupçons.

    Maintenant que l’escarmouche était terminée, le nordique renifla bruyamment, s’essuya son visage barbouillé de tâches écarlates puis partit se rasseoir au comptoir en essayant d’éviter les cadavres. Certains des corps gigotaient encore faiblement alors que la vie les quittait doucement. De l’autre côté de la taverne, les trois hommes s’étaient levés pour aider Hjalmar, mais après l’avoir vu pratiquer son art ils n’avaient pu que regarder la scène, tétanisés. L’aubergiste, lui, semblait aussi joyeux de voir son calvaire terminé que terrorisé par la violence déployée par le nouveau venu. Une des deux filles éclata en sanglots peu de temps après, trop traumatisée pour faire autre chose. Sa sœur vint aussitôt la réconforter, son regard anxieux constamment braqué sur le norse.

    Ce dernier récupéra la bouteille de liqueur posée sur le comptoir, s’en servit un verre, laissa des traces de doigts rougeâtres sur ledit récipient, l’ingurgita, et, après une énième grimace de dégoût, lança calmement :

    « Bon, vous me préparez quoi pour la semaine à venir du coup ? »

    Alors que les gens de l’auberge s’affairaient autour de lui, Hjalmar commença à s’en vouloir. Pas parce qu’il venait de tuer plusieurs personnes il n’y avait même pas un instant, non, ça il avait l’habitude. En fait, il avait honte d’avoir prononcé cette phrase sur ce ton faussement tranquille, car intérieurement, il était tout sauf calme. Il bouillonnait même. Le norse se concentrait pour garder sa contenance, mais dans le même temps il serrait sa choppe à en faire grincer le bois.

    Ce combat avait été une vaste blague. Aucun défi, aucune difficulté, il n’y avait pas eu un seul instant où sa vie avait été mise en danger. Et pourtant, lorsqu’il avait tranché la gorge du premier gaillard, une petite étincelle s’était allumée dans son ventre. L’espoir qu’il allait enfin se passer quelque chose d’intéressant. Seul contre dix hommes, cela s’annonçait bien ! Qu’enfin, quelqu’un allait réellement se bouger le postérieur pour tenter de le tuer. Que pour une **** de fois, il allait pouvoir se battre réellement !! Eh bien quelle déception. C’était encore raté. A peine sa première victime avait-elle touchée le sol que la démarche maladroite de ses camarades avait été une douche froide pour le norse. Ils avaient été pathétiques jusqu’au bout. Et Hjalmar, lui, en revenait exaspéré.

    Talabheim, les skavens, le Middenland, rien de tout cela n’avait été intéressant. Il y avait bien eu quelques instants de bravoure, mais dans l’ensemble, cela l’avait presque ennuyé. A vrai dire, Hjalmar se rendait compte à présent qu’à part son combat contre le roi revenant aux bois de cerfs et peut-être même l’autre vampiresse, il n’avait plus « ressenti » quelque chose depuis son passage dans les Royaumes du Chaos. Auparavant, il vivait pour ces rares instants, ces duels vivifiants, ces situations impossibles et l’excitation qui allait avec quand il en sortait vainqueur. Maintenant, il n’y avait plus rien.

    S’était-il endurci à ce point dans les Royaumes ? Les démons l’avaient-il rendu si efficace au combat que plus rien n’était de taille pour lui ?... Hmpf. Non, ce serait de l’orgueil stupide que de penser cela. L’estafilade à sa joue qui le piquait encore était là pour lui rappeler sa mortalité justement. Il faisait toujours des erreurs, comme n’importe qui d’autre et il avait bien failli mourir plusieurs fois ces dernières semaines. En fait, il fallait juste croire qu’il avait perdu le goût de tout ça.

    A cette pensée, Hjalmar arrêta de tapoter nerveusement du doigt sur la choppe qu’il tenait encore. Poussant un long soupir, il regarda le charnier par-dessus son épaule, puis laissa son regard se perdre dans le vide. Tant pis. Pour l’instant, il fallait qu’il aille de l’avant, qu’il aille… quelque part. Même s’il ne savait toujours pas où.

NB: la suite arrivera bientôt, le prochain "chapitre" étant très lié à celui-ci.
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Jeu 19 Juil 2018 - 23:47

Clap  Clap

J'adore. Tout simplement. Et là où tu fais très fort, c'est que le style d'écriture a encore changé, du moins en ai-je l'impression. On sent, dans les petits commentaires, la frustration de Hjalmar qui se répercute sur la narration. Du grand art.

J'avoue qu'on comprend le pauvre Norse. Il en a vécu des vertes et des pas mûres, et il ne lui arrive pas souvent de rencontrer quelqu'un qui ne soit pas là pour l'agresser verbalement ou physiquement. Mais j'avoue que j'espère qu'il va aller mieux.

Citation :
NB: la suite arrivera bientôt
Quelqu'un a donc regardé ma liste de Noël ?
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Dim 22 Juil 2018 - 12:42

Et voici le chapitre suivant. La suite prendra peut-être un peu plus de temps, histoire que je m'assure qu'elle fasse sens avec le reste.

@Arcanide Valtek a écrit:
J'adore. Tout simplement. Et là où tu fais très fort, c'est que le style d'écriture a encore changé, du moins en ai-je l'impression.
Et moi qui pensait avoir écrit une introduction un peu banale  Fou Tout d'abord merci du compliment. Ensuite, oui, j'ai tenté (encore) de changer la manière d'aborder la chose. La quasi-totalité du récit (à part l'intervention de Malal en introduction) sera écrit du point de vue de Hjalmar, ou du moins dans son environnement proche. Je voulais jouer sur le contraste avec le 3e tome où l'on entend jamais les pensées de Hjalmar (sauf à la fin) et où on l'y voit finalement peu.

Jusqu'ici, l'exercice s'est montré... difficile. Déjà parce que penser comme Hjalmar est plutôt lourd à porter. Et ensuite, j'aime bien plus écrire à la manière Pratchett, avec divers points de vue qui se recoupent et des touches d'humour plus présentes. Mais je souhaite porter l'expérience jusqu'au bout, voir ce que je peux en faire. Cette saga est une grande zone de jeu et de test pour moi, alors autant m'en servir à fond.

@Arcanide Valtek a écrit:
J'avoue qu'on comprend le pauvre Norse. [...] j'espère qu'il va aller mieux.
Disons que ça ne va pas forcément aller en s'améliorant... Mais Hjalmar est un obstiné de nature.  Tongue

@Arcanide Valtek a écrit:
Quelqu'un a donc regardé ma liste de Noël ?
Le Hjalmar-Noël est toujours heureux d'apporter divers cadeaux :
 


***


     Le lendemain matin, Hjalmar était reparti aux aurores sur la route avec un sac de pain, du lard séché et une gourde d’eau. Ce n’était pas grand-chose, mais c’était toujours mieux que ce avec quoi il était arrivé.

     Sans grande surprise, les gens de l’auberge lui avaient assez vite fait comprendre qu’il n’était plus le bienvenu. Oh, ils ne s’étaient pas plaints ou insurgés. Enfin, si, un peu, quand Hjalmar leur avait dit que le nettoyage des cadavres ne faisait pas parti du contrat. A vrai dire, ils étaient même polis, mais cela sonnait faux. Ils avaient peur, ça crevait les yeux. Du coup, le nordique leur avait épargné la peine d’une conversation maladroite et était parti aussitôt son petit déjeuner et une bière ingurgités. Le soupir de soulagement de l’aubergiste en avait dit long.

     C’était toujours comme ça. Ils voyaient un guerrier arriver, le suppliaient pour obtenir son aide afin de se débarrasser d’un quelconque problème et une fois la chose réglée, ils ne savaient plus où se placer. De là, il y avait plusieurs cas possibles : soit ils sortaient les piques et lui ordonnaient de partir à grand renfort de « vile engeance, blablabla », soit ils n’osaient rien dire par peur d’agacer le monstre qui venait de les aider. En somme, ils ne craignaient pas vraiment ce qu’il avait fait, non, ils craignaient ce qu’il pouvait faire.

     L’ironie étant qu’ils oubliaient souvent un détail important en raisonnant comme cela. Dans ce monde, il fallait toujours penser à long terme. Et se débarrasser du seul rempart efficace contre une menace qui était sûre de revenir pour se venger était tout simplement une erreur idiote. Une erreur dont le norse comptait bien profiter.

     La bande d’Helmut, comme l’aubergiste les avaient appelés… Hjalmar avait déjà entendu le nom auparavant, sur une affiche mise à disposition des chasseurs de primes. Helmut Krauzter, chef autoproclamé de la petite bande de bandits éponyme, agissait sous le couvert de la secte extrémiste et interdite des Fils d’Ulric pour se faire une bonne conscience. Du moins c’était ce qui était marqué sur le papier que le norse tenait entre ses mains. Il l’avait récupéré il y a quatre jours dans une autre auberge. Cela lui avait pris un bon moment pour le déchiffrer vu qu’il n’avait pas l’habitude de lire, mais il pensait avoir bon.

     Assis sur le tronc vermoulu d’un arbre tombé au milieu d’une petite clairière, Hjalmar reposa l’affiche et mordit dans un morceau de lard qu’il mâchonna lentement en affichant clairement son appréciation. Un des rares avantages d’un régime inexistant était qu’il pouvait apprécier au quintuple le moindre plat un tant soit peu préparé.

     Soudain, un coup de feu retentit dans les environs. Le norse releva alors la tête et guetta le ciel en face de lui. Dans une trouée de la canopée il remarqua des nuages de fumées noires, signe du début d’un incendie.

     « Ah. Ils sont en avance », grommela-t-il.

     Le morceau de lard toujours en bouche, Hjalmar roula l’affiche et la rangea dans une lanière en cuir sur son pantalon, avec d’autres. Etre chasseur de primes n’avait jamais intéressé le nordique, les cibles étaient trop souvent des bandits idiots puisqu’on laissait les vrais problèmes aux soldats ou aux répurgateurs. Mais là, il avait besoin d’argent et ce Helmut tombait à point nommé. Le nordique récupéra alors son sac de vivres et rangea son campement de fortune pour se diriger vers le petit relais qu’il avait quitté le matin-même.

     L’endroit était en train de brûler, comme il s’y attendait. Ainsi, l’auberge était en proie aux flammes et les bandits au milieu de l’endroit s’attaquaient au magasin d’en face. L’odeur de bois en feu associée à celle des cadavres carbonisés était peu ragoutante et il y avait déjà des cendres partout, mais quand il fallait y aller…

     Hjalmar chercha donc des yeux le fameux Helmut. Il supposa que c’était le bel homme monté sur un cheval qui haranguait avec passion l’aubergiste, ses deux filles et les deux survivants de l’assaut. Ces derniers étaient ligotés. Bien, il était temps d’en terminer au plus vite, il s’était déjà trop attardé ici.

     « Eh ! Helmut, le fils de Tilléen ! » cria Hjalmar à l’assemblée en tirant son coutelas.

     L’intéressé fit mine de s’insurger après avoir entendu une telle insulte à son « sang pur teutogen », mais il ne put pas déblatérer grand-chose puisqu’une petite dague de lancer lui transperça aussitôt la glotte en ricochant sur ses dents du bas.

      « Ha, trop bas, pesta Hjalmar en laissant tomber son sac de vivres. Elle était mal équilibrée c’te dague. »

     Dire qu’il fut un temps où le nordique aurait formulé toute une demande de duel pour y mettre les formes… Mais là, il n’était pas d’humeur à perdre son temps.

     Le norse dégaina ensuite l’épée courte qui pendait à sa ceinture et s’approcha des bandits qui entouraient leur chef agonisant. Ce dernier, étant en plus tombé de son cheval, n’en avait plus pour longtemps. Quand les troupes de la bande virent le norse arriver, les survivants de l’échauffourée d’hier prirent aussitôt leurs jambes à leur cou. Hjalmar les comprenait un peu en un sens. Après tout, il les avait vu se faufiler derrière lui ce matin pour s’assurer de son départ. Quelle devait être leur surprise de voir le meurtrier d’hier revenir sans raison…

     « Bon, on s’y met ? » grommela Hjalmar en faisant passer sa lame d’une main à l’autre.

     C’en fut trop pour les autres bandits qui partirent tous en courant sans demander leur reste. Avec leur chef en moins et les histoires que les autres gars avaient dû raconter au sujet du nordique, ils préférèrent ne pas tenter leur chance et rester en vie. C’était des bandits de grands chemins, rien que des lâches qui s’en prenaient à plus faible qu’eux parce que ça impliquait moins de risques. Ainsi, en moins de deux minutes, la bande d’Helmut avait déguerpi et il ne restait plus que les survivants de l’auberge et le cadavre d’Helmut au centre de l’endroit. Le marchand de l’échoppe avait dû fuir entre temps. Quand Hjalmar s’approcha du corps de sa cible, l’aubergiste lui lança un regard suppliant.

     « Oh, merci d’être revenu nous sauver ! Nous vous sommes redeva… »

     L’homme préféra arrêter là son discours puisque Hjalmar s’était mis à trancher violemment le cou d’Helmut avec une hachette laissée là pour ensuite lever la tête par les cheveux. Après avoir sorti la dague encore plantée dans la gorge, puis l’annonce de sa lanière, le norse compara rapidement le dessin et l’original en piètre état.

     « Meh, ça ressemble assez », maugréa-t-il après quelques secondes.

     Une des deux filles recracha son repas précédent devant la scène. Le nordique, lui, tourna les talons après avoir récupéré la bride du cheval d’Helmut qui avait été laissé là dans la panique. Avant que l’aubergiste et ses amis ne se mettent à geindre plus encore pour leur liberté en promettant des choses qu’ils n’avaient plus, Hjalmar leur lança ladite dague ensanglantée à leurs pieds. Ils n’avaient qu’à se débrouiller, pensa le norse.

     Sur ce, une fois son sac de vivre récupéré et la tête sanguinolente fourrée dans un sac, le norse monta en selle. Ce qui lui tira un autre juron, il avait horreur de ça, un problème de confiance envers l’animal. Mais si ça pouvait lui économiser un peu de route, alors il se ferait violence… Puis, il sortit pour la deuxième fois, au trot, du relais où le toit en chaume de l’auberge venait de s’effondrer dans un craquement sinistre.

     A ce moment-là, Hjalmar n’avait pas envie de rester pour aider qui que ce soit. Ces pauvres gens pouvaient très bien se débrouiller tout seul. Après tout, c’était bien pour cela qu’il le voulait hors de chez eux, non ? … Non ?

     Après une moue rageuse, Hjalmar arrêta la course de son cheval quelques mètres plus loin et il jeta un regard par-dessus son épaule. Les pauvres locaux encore prisonniers de leurs liens le dévisageaient avec un air ahuri. Ils n’avaient même pas essayé de récupérer la dague. Le norse pesta lourdement et descendit de sa monture en prenant le sac de vivres au passage.
Quelques minutes à couper leurs liens plus tard, il leur lança ledit sac pour qu’ils puissent se débrouiller quelque peu durant les jours à venir. Une des filles de l’aubergiste tenta bien de s’approcher pour le remercier, mais Hjalmar la stoppa d’un geste :

     « Non », dit-il simplement.

     Puis, le nordique partit récupérer sa monture.

     Il était en colère. Certes, il l’était en partie contre ces gens incapables de survivre par eux-mêmes, mais aussi et surtout contre lui-même. En leur donnant ses vivres, il venait peut-être de se condamner après tout. En un sens, il avait toujours le contrat sur la tête d’Helmut pour se payer quelque chose, mais ce ne serait pas pour tout de suite.

     Les mains du norse se serrèrent sur la bride de sa monture, faisant craquer le cuir. En grommelant, il se reprocha que la compassion n’était pas utile pour quelqu’un qui voulait survivre. Elle le mettait en danger même. Et pourtant il s’était laissé guidé par ce sentiment dangereux, encore une fois. Tout ça pour avoir bonne conscience. Quel gâchis. Ainsi, regardant toujours la route forestière bordée de chênes décharnés devant lui, le norse arriva enfin à la conclusion qu’il n’arriverait jamais à rien en continuant comme cela. Son escapade sans but était vouée à l’échec. Auparavant, il utilisait sa renommée et ses duels pour se faire de l’argent, mais il n’était pas pourchassé par des répurgateurs avides de telles informations pour le retrouver.

     Il avait besoin de stabilité. De pouvoir retrouver un environnement familier où il pourrait enfin faire le point sur sa situation et sur ce qu’il devait faire ensuite, plutôt que d’improviser au jour le jour… Et, en réalisant que Marienburg était sur sa route, il pensait savoir où trouver ça.


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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Ven 10 Aoû 2018 - 22:40

Double-post pour une suite qui a su se faire attendre...

***

    Environ neuf jours plus tard, après avoir continué vers l’Ouest avec un ventre qui criait famine et un dos en miettes, Hjalmar arriva en début de matinée dans les environs de Marienburg, la plus grande cité du Vieux Monde. On pouvait aussi la qualifier de la plus cosmopolite, la plus malhonnête et la plus bordélique, mais ces titres coulaient de source avec le premier.

    De là où il se trouvait, le norse trouvait que la cité s’élevait du Pays Perdu tel un joyau aux couleurs bigarrés au milieu d’un marais fétide et plat, s’accrochant à la gigantesque baie de la Mer des Griffes qui s’étendait d’un côté et au fleuve Reik de l’autre. Ce qui ajoutait quelque peu à son aura bien spécifique et inimitable.

    En tout cas, si vous vouliez vous faire une idée rapide de cette mégalopole d’îlots reliés par divers ponts, reportez-vous à ce dicton populaire : « A Marienburg, tout peut être acheté ou vendu. A l’exception d’une seule chose : un morceau de terrain ». Pour ce que Hjalmar en savait grâce à son dernier passage dans la capitale du Pays Perdu, c’était on ne peut plus vrai. Mais, à son avis, ils devraient vraiment mettre l’accent sur le mot « tout ».

    Comme il l’avait prévu, la neige avait fini par pointer le bout de son flocon deux jours avant. Mais, étant donné qu’il était arrivé dans une région côtière, le climat froid du Middenland avait fait place à un temps plus clément. Le norse avait ainsi bien vite quitté la poudreuse pour retrouver les brises fraîches qui ne lui avaient pas manquées dans les bois de la Drakwald. En plus, comme le Pays perdu ne comptait presque pas de forêt, lesdits vents étaient encore pires…

    Après un léger soupir fatigué, car il savait ce qui l’attendait en entendant déjà au loin les clameurs de la vie citadine, Hjalmar se mit alors en route vers Marienburg en lançant sa monture volée. Il savait qu’il prenait un risque en entrant dans une telle cité, mais les répurgateurs étaient bien moins présents en ces lieux. Après tout, ici, il se trouvait en dehors de la juridiction de l’Empire.

    Arrivant ainsi par les hautes murailles du Noordmur, Hjalmar entra par ce qui semblait être appelé l’Oostenpoort, une imposante entrée sur-gardée. Une fois le droit de passage exorbitant payé aux coiffes noires qui tenaient l’endroit avec ce qui lui restait d’argent, le norse put arriver dans un autre monde. Un monde bruyant, chatoyant, criant, vivant et pourtant étouffant avec ses hauts bâtiments penchés qui bloquaient presque le rayons du soleil. Celui d’une population aux couleurs et origines tellement variées qu’elle faisait passer les créations de Tzeentch, le dieu du chaos du changement, pour le travail d’un amateur en comparaison.

    Hjalmar se rendit rapidement compte qu’il avait bien fait de laisser partir son cheval avant d’entrer dans la ville. Le quartier marchand par lequel il arrivait était tellement bondé qu’il n’aurait jamais pu avancer avec. Ainsi, profitant de sa carrure et du fait que les gens préféraient éviter le « grand guerrier norse un peu inquiétant », Hjalmar put se faufiler sans trop de problème à travers la foule pour son plus grand bonheur. Il n’eut qu’à poser quelques questions rapides pour trouver son chemin.

    C’est qu’il n’avait jamais vraiment aimé les bains de foules, la faute à sa vie de baroudeur solitaire qui l’avait habitué à un calme presque constant. Mais les habitudes et autres réflexes revinrent progressivement et ses quelques expériences citadines firent qu’il finit par s’y sentir plus à l’aise à force. C’était une question de jeu de jambes mais aussi de prévoyance. Esquiver un pot de chambre par-là, trouver un moyen de passer à travers tel ou tel groupe dans une rue étroite ou en changeant d’avenue, éviter les marchands ambulants comme la peste… Ainsi, lorsque Hjalmar arriva aux abords du grand – un euphémisme au vu de sa taille – pont qui séparait la rive nord de la rive sud de la ville, le nordique n’entendait presque plus le brouhaha ambiant. Il se contentait de marcher avec la masse. Et il valait mieux, car sinon c’était la masse qui vous marchait dessus.

    Du haut de l’édifice de plusieurs mètres de large, où des habitants avaient même réussi à installer par miracle des maisons branlantes sur les flancs, le nordique put apercevoir le grand canal principal. Sur le Reik voguaient ainsi des caravelles, navires de guerre Impériaux ou Marienburgeois et tant d’autres dont il ne pouvait que vaguement deviner l’origine. En fin de compte, les voies maritimes de cette cité étaient tout aussi encombrées que les rues. Il était donc étonnant qu’il y ait aussi peu d’accidents…

    Après avoir profité du ciel ensoleillé au-dessus du pont, Hjalmar entra dans la deuxième partie du monde marienburgeois : sa rive sud. Après être passé par le quartier du Nipponstaad et ses effluves d’épices asiatiques, par le Paleisbuurt et ses palais des maisons marchandes qui s’élevaient tels des œuvres d’arts, arriver dans le port puant et miteux du Suiddock était un sacré retour à la réalité. Plutôt brutal même. Certains disaient, à raison, que le Suiddock était le « cœur et l’âme » de Marienburg puisque ce quartier était littéralement le plus grand port du Vieux Monde avec son kilomètre de quais. Mais quand on voyait son état, si on y trouvait le cœur économique de la ville, on s’inquiétait franchement pour son âme en revanche.

    En y arrivant donc et, après avoir dû respirer les odeurs locales – ces dernières étant tellement folkloriques qu’elles auraient pu arrêter une mouette en plein vol –, Hjalmar se remémora son dernier passage ici alors qu’il se dirigeait vers le nord-ouest du Suiddock. C’était autrement plus mouvementé à l’époque. Enfin, si mouvementé suffisait pour décrire une série de massacres en règles assaisonnés de Bretonniens et d’Impériaux haut-en-couleur. Maintenant qu’il y pensait, le norse se demanda comment Sieghilde et Holger se débrouillaient à présent. Leur dernière escapade commune au Talabecland ne leur avait pas vraiment porté chance puisque les deux impériaux avaient apparemment fini par être pourchassés par des répurgateurs eux aussi. Décidément, se dit le norse en maugréant, il avait vraiment le chic pour emmener involontairement les gens autour de lui dans ses problèmes.

    Repenser à cela amena Hjalmar à ressentir à nouveau ce sentiment de colère, d’impuissance, qui l’accompagnait depuis ces derniers mois. Les poings serrés, le norse soupira lourdement en espérant éjecter ainsi la frustration qui l’assaillait mais, comme il s’y attendait, ce fut inefficace.

    « Bon sang », jura-t-il.

    Depuis son passage infortuné dans les Royaumes du Chaos, tout était allé de travers. Sa gloire et sa renommée dont il était si fier autrefois étaient en train de se retourner contre lui. Auparavant, il appréciait cela puisqu’il pouvait se trouver des ennemis à affronter plus facilement. Mais maintenant qu’il voulait un peu de calme, le reste du monde continuait malgré lui à le harceler. Il s’était attiré ces problèmes sur lui-même et il en était le seul responsable. Et tous ceux qui le côtoyaient trop longtemps en subissaient les retombées. Sa plus grande force était ainsi devenue sa malédiction et il ne pouvait rien y faire. C’en était rageant et pathétique à la fois et… Et… Et il était arrivé à destination en fait.

    Légèrement surpris car, perdu dans ses pensées, Hjalmar n’avait même pas remarqué qu’il avait atteint la taverne du « Caribou Flottant » qu’il cherchait à atteindre depuis ces derniers jours. Etait-ce les voix ou ses propres pensées qui l’avaient distrait en fin de compte ? Plutôt que de répondre à cette question épineuse, Hjalmar préféra s’en poser une autre.

    « Flottant ? murmura Hjalmar en levant un sourcil. Il faut croire que le Caribou crevé ça vendait moins comme nom. »

    Tentant de retrouver ses repères, le nordique observa ses alentours. Il était donc arrivé dans le Noorsmaanwijk, le quartier norse au bout du Suiddock. Un endroit peu connu et pas bien grand dont la population variait constamment au gré des affaires commerciales. En résultat, l’endroit était plutôt vide et l’architecture ne changeait pas fondamentalement de celle du reste de la ville, si ce n’était quelques symboles ésotériques. Les norses n’avaient pas la meilleure des réputations, surtout dans cette ville qui avait été pillée plusieurs fois par lesdits farouches guerriers du nord. Du coup, il était facile d’imaginer que tous ceux qui y venaient ne souhaitaient pas y faire de vieux os.

    Tous, sauf un : Thormund, le propriétaire du fameux Caribou... Eh bien, « Flottant ». Une petite taverne folklorique qui constituait la seule véritable attraction du Noorsmannwijk. Thormund qui était aussi une des rares personnes que Hjalmar considérait comme un ami puisqu’ils se connaissaient depuis l’enfance…  Même s’ils ne s’étaient vu jusque-là qu’environ trois fois par an pour quelques minutes de discussion et une choppe d’hydromel. Etonnamment, cela suffisait aux deux hommes. Pour certaines personnes, il suffisait parfois de peu pour maintenir une amitié solide.

    Ayant maintenant retrouvé ses esprits, Hjalmar s’apprêta à rentrer dans la taverne. Étant donné que le quartier était silencieux et que les bâtiments grisâtres bloquaient le brouhaha ambiant de Marienburg, on discernait uniquement les cris et autres éclats venant de l’intérieur. D’après ce qu’il entendant, le nordique savait pertinemment qu’une bagarre générale devait être en cours. C’était presque un rituel là-bas et Thormund avait eu l’excellente idée de prendre son mobilier chez un artisan nain en conséquence, histoire de limiter les frais de la casse en achetant du solide. Et comme la plupart des chaises pesaient une bonne centaine kilos de granit, cela décourageait considérablement les clients de les utiliser pour autre chose que s’asseoir, et encore.

    Ce fut donc sur la rituelle baston de taverne que Hjalmar arriva dans l’édifice. D’un geste expert, le nordique évita le tout aussi rituel tabouret volant – un mobilier rare donc – envoyé pour accueillir les nouveaux venus. Cela Hjalmar ne l’avait jamais vraiment compris en revanche. Tout le mobilier était trop lourd pour être lancé, sauf ces quelques tabourets. Soi-disant que cela laissait aux clients de quoi s’amuser un peu.

    Après s’être taillé un chemin jusqu’au comptoir en repoussant divers duos ou trios de nains et humains qui échangeaient sur leurs différences culturelles à grand coups d’arguments percutants, Hjalmar s’effondra de fatigue sur un des sièges. La consistance de ce dernier compacta quelque peu les vertèbres du norse d’ailleurs. Il ne fallut pas longtemps avant que la forme inratable de Thormund ne se profile de l’autre côté du comptoir, une, à nouveau rituelle, corne à boire remplie à ras bords dans ses grosses mains. Avec le temps, Hjalmar avait arrêté de demander au tavernier comment il faisait pour la prévoir à chaque fois en aussi peu de temps. Un secret du métier, voilà ce qu’il lui répondait toujours. L’autre norse avait un visage rond et jovial agrémenté d’une barbe rousse touffue mais courte, le crâne dégarni et une carrure suffisamment imposante pour qu’aucun de ses clients n’ai jamais eu envie de l’affronter.

    « Cela faisait longtemps, dit Thormund dans leur langue natale et en haussant la voix pour couvrir le brouhaha de la bataille.
    — Trop longtemps, oui », répondit Hjalmar dans un norse un peu rouillé.

    Sur ces paroles laconiques, Hjalmar attrapa la corne à boire, en huma les arômes et se mit à la boire lentement. Un breuvage de cette qualité, ça se savourait. Thormund déposa ensuite une petite miche de pain sur le comptoir qui ne fit pas long feu au vu de la faim qui tenaillait son compatriote.

    « Pas trop de casses aujourd’hui ? commença Hjalmar en essuyant la mousse restée sur sa moustache.
    — Nan, ça va. Il y a deux semaines en revanche, un ogre m’a détruit une table. Je n’ai toujours aucune idée de comment il bien pu faire, c’était du granit massif quand même !... Sinon, quelles nouvelles ? lança le tavernier alors qu’il renvoyait un Bretonnien à moitié assommé dans ses camarades.
    — Beaucoup trop de choses pour être racontées à la volée.
    — Essaie toujours.
    — Je ne préfère pas. »

    Thormund attendit quelques secondes, espérant apparemment une suite qui ne venait pas. Il jeta alors un regard en biais à Hjalmar après avoir surveillé la salle par habitude. Le tavernier n’était pas idiot. Il connaissait son vieil ami mieux que quiconque et, à cause de cela, il décida de changer d’approche pour une fois.

    « Tu sais, ça fait des années que je te vois passer. A chaque fois, je te retrouvais avec une cicatrice en plus, un œil au beurre noir, des vêtements en sang ou les trois à la fois. Je n’arrivais même pas à savoir de quand datait ton dernier repas et tu avais l’air tellement fatigué que tu aurais dormi aussi sec sur le sol que ça ne m’aurait pas étonné. Je me disais donc que c’était un foutu miracle et que les dieux t’aimaient bien pour te garder en vie aussi longtemps malgré ton idiotie latente. »

    Devant cette pique, Hjalmar s’indigna légèrement, ce qui fit rire doucement les deux hommes. Mais en voyant que l’humeur de Hjalmar s’était assombrie à la mention des divinités, Thormund reprit.

    « En revanche, ce qui me rassurait à chaque fois, c’était de voir que malgré tout ça, tu avais constamment ton sourire idiot sur le visage, cette motivation bornée. A chaque fois, pendant toutes ces années... Mais pas aujourd’hui. Donc, j’aimerais que tu me répondes franchement. Pourquoi es-tu venu me voir cette fois ?
    — Pour retrouver quelque chose de familier.
    — Mon vieux trou au milieu de Marienburg dans lequel des gens se fracassent la tête à longueur de journée. C’est ça que t’appelles familier ?
    — Ouais.
    — Et ça marche ? »

    Hjalmar jeta un œil en arrière pour embrasser du regard la salle qui ressemblait plus à un champ de bataille qu’à autre chose. L’ambiance était échauffée, n’importe qui pouvait vous tomber dessus à cause d’un bête regard. S’il l’avait voulu, il aurait pu se jeter dans la mêlée et participer aux festivités. Dans sa main, la corne à boire contenait encore un peu de l’hydromel de Thormund, brassée à l’ancienne selon les techniques de son pays natal, une petite merveille gustative. Pour le reste, l’endroit puait la sueur, la bière fermentée et le vieux bois humide. L’éclairage laissait à désirer cependant. C’était le genre d’environnement dans lequel il s’était senti bien durant toutes ces dernières années. Son inspection terminée, le norse se retourna alors vers son ami qui attendait sa réponse, accoudé au comptoir.

    « Non, plus maintenant », maugréa Hjalmar.

    Frustré de se rendre compte que sa dernière solution venait de partir en fumée, Hjalmar reposa sèchement la corne à boire sur le comptoir après l’avoir terminé cul sec.

    « Toi, t’as besoin de changer d’air, proposa Thormund.
    — Pff, tu le sais bien, je suis déjà passé par je ne sais combien de pays. S’il y en avait un où j’étais censé me sentir mieux, je serais déjà en chemin.
    — Foutaises, tu sais très bien où tu dois aller. T’as juste peur d’y retourner. »

    Hjalmar eu beau s’irriter, il savait bien que Thormund avait raison. La Norsca, sa terre natale, un pays où il avait vécu ses seize premières années avant d’être banni de son propre village. Un châtiment juste, mais qui l’avait poursuivi toute sa vie finalement.

    « Je n’ai pas le droit d’y retourner et tu le sais, reprit Hjalmar. J’ai failli mon clan et j’en assume les conséquences. Donc c’est non. Je devrais pouvoir trouver autre cho…
    — Foutaises, encore une fois.
    — Thormund, je sais ce que je dis ! s’exclama Hjalmar.
    — Pas vraiment non, grommela Thormund. Regarde-toi un moment, et prends ton temps parce que tu n’as pas l’air de bien saisir. » – Le tavernier patienta quelques instants avant de reprendre – « T’es quasiment un mythe, Hjalmar ! La majorité des norses qui passent la porte de ma taverne te connaissent. Ils scandent des ‘Hjalmar la terreur des Marches’ ou ‘Hjalmar le duelliste’ à longueur de soirée.
    — Tu sais bien que ces titres je m’en tamponne le coquillard, s’exaspéra Hjalmar.
    — Peut-être, mais j’ai vu un scalde chanter un couplet en ton honneur. Il chantait faux, certes, mais quand même ! Il serait temps pour toi de voir que ça y est. C’est fini. Tu l’as payée ta dette. Ton nom et tes exploits sont connu de tous. Il est temps de rentrer maintenant.
    — Ce n’est pas suffisant.
    — Est-ce que ça le sera un jour pour toi ? lui reprocha Thormund. Qu’est-ce que tu cherches ? A mourir ou à revenir auprès des tiens ? Le Hjalmar que je connaissais il y a vingt ans, lui, il voulait revenir. Et maintenant ?
    — Je n’en sais trop rien », lâcha Hjalmar en regardant dans le vide.

    En entendant cela, Thormund en leva les bras au ciel. Il était évidemment exaspéré par le comportement de son camarade. Depuis le temps qu’il espérait que cet imbécile heureux allait enfin comprendre. Décidément, il fallait tout faire soi-même.

    « Ton frère est passé par ici tu sais », reprit Thormund.

    Le fil des pensées de Hjalmar en eu un soubresaut. Il lui fallut ainsi bien cinq secondes avant de reprendre.

    « P… Quand ça ?
    — Je dirais il y a plus de cinq mois. Harald était venu chercher des matériaux rares pour sa forge et d’autres trucs à Marienburg. Il a fait un crochet par ici.
    — Pourquoi est-ce que tu n’as pas commencé par ça ?! cria le guerrier norse en se levant à demi de sa chaise.
    — Parce qu’il me l’avait demandé, le calma Thormund. Il voulait prendre de tes nouvelles mais sans interférer avec ta « quête » … Et si tu l’apprenais, eh bien, il m’avait aussi demandé de te traiter d’imbécile fini de sa part.
    — Ouais, souffla faiblement Hjalmar. C’est bien lui ça. »

    Toute velléité quittant son corps, le norse se rassit sur son siège, l’air perdu. Harald, son frère qu’il avait perdu de vue depuis… Combien d’hivers déjà ? Une vingtaine ? Plus ? Et il s’inquiétait encore ?

    « Alors ? Tu n’en sais toujours rien ? ricana Thormund en nettoyant un verre.
    — Pardon ?
    — Je mentionne ton frère et tu t’agites aussitôt. Pour quelqu’un qui n’a pas envie de revenir au pays, je trouve ça bien étonnant. »

    Hjalmar dû bien admettre que son vieil ami venait de marquer un point. Mais avant même qu’il ne puisse émettre une opinion sur le sujet, Thormund pris les devants.

    « Écoute, tu fais ce que tu veux, mais j’ai une autre nouvelle. Harald m’a annoncé que notre village natal, Stavgard, a été rasé il y a plus d’un an maintenant. Une attaque des Graelings, celle de trop. La forte majorité des habitants ont survécu néanmoins et se sont installés ailleurs en rejoignant le village d’Iskvard à l’ouest. Nouveau conseil des anciens, nouveau Jarl, nouveau départ pour toi. »

    Cela fit beaucoup d’informations importantes à digérer pour Hjalmar. Il resta donc stoïque pendant une bonne minute de plus, le temps de réaliser qu’il pouvait rentrer chez lui en un sens. Puis, enfin, l’air toujours aussi perdu, il reprit la parole :

    « Comment… ?
    — Il faudra que tu prennes un bateau d’ici à Brestnorrois, un village bretonnien. De là-bas tu pourras rejoindre ta destination.
    — Pourq… ?
    — Aucun navire ne part d’ici à Iskvard. Harald me l’a assuré.
    — Har… ?
    — Harald avait tout prévu, oui. Il est du genre prévoyant, tu le sais mieux que moi.
    — …Merci.
    — De rien, mais fais-moi le plaisir de repasser de temps en temps.
    — Toujours. »

    Après un hochement de tête amical, Thormund attrapa la tête du Bretonnien d’avant qui s’était étalé à nouveau sur le comptoir. D’un coup de coude rapide, il assomma l’impertinent qui salissait son beau meuble et le renvoya à nouveau vers ses amis de beuverie. Puis, il salua de la main Hjalmar qui s’était levé. Ce dernier lui rendit son adieu avec un léger sourire en coin. Comme quoi, il avait eu une bonne idée en venant ici finalement.

    Une fois sorti de la taverne en effervescence en distribuant quelques échanges culturels avec ses poings, Hjalmar réalisa quelque chose. Cette discussion avait peut-être été une des plus longues qu’il ait jamais eu avec Thormund.

    Se retournant vers l’autre côté de la salle alors qu’il se tenait dans l’embrasure, le norse jeta un œil vers son compatriote qui était en train d’éduquer un nain sur l’art de bien se tenir en présence du patron du lieu. Si Hjalmar était définitivement reconnaissant envers son vieil ami, il avait aussi l’étrange intuition que sa prochaine discussion avec lui allait elle aussi être sensiblement plus longue. Mais cela, seul l’avenir le lui dirait.



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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   Dim 12 Aoû 2018 - 13:05

Bon, l'autre fois je n'avais pas commenté, mais là du coup je vais le faire, pour les 2 textes.

Je le redis : j'aime beaucoup. Tout dans ton texte nous fait ressentir la lassitude, l'incertitude, et la frustration de Hjalmar. On sent qu'il n'en peut plus, qu'il étouffe, mais sans savoir vraiment pourquoi. On a tous envie qu'il retrouve son sourire, sa quête, et tout ce qui va avec, mais on est aussi perdus que lui quant à savoir comment faire.

Pour les descriptions, ben c'est encore une fois super. J'aime beaucoup les petites phrases du style de "le norse jeta un œil vers son compatriote qui était en train d’éduquer un nain sur l’art de bien se tenir en présence du patron du lieu". Ça fait sourire, et Malal sait qu'on a bien besoin de quelques sourires dans ce récit hautement sombre et, d'une certaine façon, mélancolique.

Je prie pour que Hjalmar se sente mieux à la fin de cette histoire. Il l'a bien mérité.
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MessageSujet: Re: La Saga d'Oksilden : Neige Anthracite   

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