Armées Comtes Vampires et mort-vivants

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 Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg

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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Ven 31 Aoû 2018 - 16:11






     Le manoir se réveillait lentement : il était plus exact de considérer que le matin n’avait aucune incidence sur le sommeil des locataires, étant donné que la plupart avaient déposé la tête sur l’oreiller à peine une heure ou deux avant l’aube. Comme si cela ne suffisait pas, la brume matinale ne se dissipait point, au contraire : les nuages étaient plus bas que jamais, et un épais brouillard finit par envelopper tout le domaine.
     Eckart von Erkinmund eut passé un long moment dans les souterrains, aussi même la lumière blafarde qui filtrait à travers les fenêtres lui semblait vive ; ah, il eut passé un long moment dans les souterrains. Si le brouillard semblait peser sur les environs, l’expérience des souterrains pesait désormais sur lui, le Burggraf von Erkinmund. Les objets qu’il y avait vus ne lui rappelaient que son bref séjour forcé sur la grande table ; les personnes qu’il y avait vues ne lui inspiraient aucune confiance, pourquoi diable, par quelle cruauté du destin sa cousine devait-elle les considérer comme ses proches protecteurs ? Les instructions qu’il en avait reçues le sidéraient encore. Il avait l’impression à la fois de mener un assaut et d’accomplir une basse besogne. Faire diversion face à un être décrit comme extrêmement dangereux, bien plus dangereux qu’un ours enragé, ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, il avait accepté cette menue tâche sans broncher, et ce pour une unique raison : si le seigneur von Ernst ne lui inspirait guère confiance, il savait se montrer convaincant. Après tout, quel intérêt aurait le sauveur de Lassenburg d’inventer toute une fable pour la raconter au cousin de son épouse au fin fond d’un souterrain, si ce ne fut parce que le danger fût bien réel ?! Tiens, le voila qui était déjà arrivé devant la porte indiquée, le vieux fou devait s’y trouver présentement. Faire diversion, faire diversion, faire diversion…
     Le grand Burggraf frappa une fois, sans réponse, puis une deuxième fois. La deuxième fois, on répondit « Entrez ! » et le noble entra, s’attendant à recevoir une bille de plomb en plein front…
     Ce qu’il vit, toutefois, lui fit d’abord lever un sourcil. L’individu décrit comme « dangereux » était un vieil homme, petit, maigre, le crâne dégarni, proprement vêtu, avec un petit livre à la main. C’était ça, le « thaumaturge » ?
     « Vous désirer, Herr…
     - Burggraf ! – trancha Eckart. – Burggraf von Erkinmund, et je souhaite m’entretenir avec vous d’une affaire des plus pressantes, mein Herr !
     - Ah ?  
     Le vieux paraissait sincèrement surpris. Il était manifeste qu’il ne s’attendait pas à cette visite, tout comme Eckart ne s’attendait pas à la faire il y a moins d’une heure. Il fallait néanmoins aller jusqu’au bout.
     - Oui, mein Herr, en fait j’ai besoin d’un conseil d’une personne tierce et expérimentée, une personne qui n’ait aucun intérêt dans le pétrin où je me trouve. Il en va de mon honneur de gentilhomme, je pense que vous comprenez… »
     Le vieux avait l’air de comprendre assez peu, mais eut l’amabilité d’inviter le Burggraf de s’asseoir et de lui raconter son histoire. Eckart eut vraiment l’impression d’avoir affaire à une âme généreuse qui lui offrait son aide sans rien demander en retour.
     « Mein Herr, vous connaissez le jeu de duels auquel quelques nobles ont pris part récemment au cours des festivités, n’est-ce pas ?
     - Eh bien ? En quoi est-ce que cela vous concerne, junge Burggraf ?
     - J’ai été, disons, fort imprudent de ferrailler contre un gentilhomme à la langue fourchue, et ce maraud s’avéra être un bon duelliste de surcroît !
     - Je comprends.
     - Voila. Et comme vous le savez sans doute, il y a un gage à la clé de chaque duel, aussi je serai déshonoré si je n’accomplis point ce gage.
     - Eh bien ?
     - Ah, mein Herr, ce gage est déshonorant en soi !
     - Oh ? Comment ça ?
     - Je dois chanter une chanson paillarde devant les convives !
     Eckart, sincèrement écœuré par son histoire, qui n’avait aucun accent de mensonge, s’était levé de son fauteuil. Le vieux, apparemment interloqué par le désarroi du Burggraf, paraissait tenter de saisir la gravité de la situation :    
     - Chanter une chanson ? Mais… En quoi cela est-il déshonorant ?
     Von Erkinmund lui jeta un regard empreint d’indignation.
     - Une chanson paillarde, mein Herr ! Paillarde !! Et ce dans notre société !!
     - Paillarde ? Je… - le vieux haussait les sourcils… - Je ne comprends pas, mon ami, éclairez ma chandelle, qu’est-ce qu’une chanson paillarde ?
     - Que… Quoi ?!
     Stupéfait, Eckart tenta de déterminer si le vieux se payait sa tête ou s’il était sincère. Examinant avec un soin presque impoli le visage ridé de son interlocuteur, il n’y trouva qu’un aveu de sincère ignorance.
     - Mais mein… Mein Herr, une chanson paillarde ! Une chanson de va-nu-pieds ! Une chanson de bouseux, de paysans, de…
     - Ah ! – la compréhension s’exprimait sur les traits du vieillard par un sourire de satisfaction. – Eh bien, hum, d’accord, mais je ne comprends toujours pas votre détresse, junge Burggraf. C’est très bien, une chans… –
     - Mais non !! – Eckart n’en croyait pas ses oreilles. – N’avez-vous jamais entendu une chanson paillarde auparavant, mein Herr ?
     - Oh, oh… - le vieux semblait réfléchir. – Verdammt, junge Burggraf, je crois que jamais en ma longue vie je n’en ai entendu ! Et pourtant, croyez-moi, j’adore les chansons !
     - Vous…
     Las, Eckart s’effondra sur son fauteuil. Déjà… qu’était-il censé faire ici, au départ ? Apprendre à chanter à un vieillard gâteux ? En tout cas, il n’y avait nul « thaumaturge » dans les environs !
     - Junge Burggraf ?
     - Quoi ?! – le ton du noble était mi-exaspéré, mi-implorant ; il était manifeste qu’il ne souhaitait qu’une seule chose : qu’on le laissât en paix et qu’on ne lui parle plus jamais de chansons.
     - Je pense avoir trouvé une solution qui apaiserait toutes les parties et garderait votre honneur intact. Il se trouve que je suis Burggraf moi aussi…
     - Vous ?! Burggraf ??
     - Mais oui, mon ami. Ce que je vous suggère, c’est que vous me chantiez votre chanson si étrange, et je dirai ensuite à votre adversaire que vous avez chanté pour le vieil homme que je suis. Il n’osera pas refuser à son aîné et considérera votre gage comme rempli.
     - Hein ? Vous croyez que…
     - Soyez rassuré, je suis prêt à aller voir votre contendant dès que vous m’aurez chanté votre chanson !
     - Eh bien… - Eckart se sentit pris de court, mais comme de toute façon, la situation pouvait difficilement s’arranger autrement… - Eh bien soit, mein Freund, je… Chantons ! »
     Il quitta son fauteuil derechef, cette fois-ci pour se placer devant le vieillard, qui avait l’air ravi. Prenant une grande inspiration, le Burggraf entama :

     « La haut sur la montaaagne, les deux pieds les deux mains dans la meeerdre… »



     Deux étages plus bas, Thomov von Ernst écoutait ce qui se tramait en haut par le conduit de cheminée. A quelques pas de lui, la figure à quatre pattes de Léopold Krautheim ressemblait à un gros chien rampant dans tous les sens : le nécromancien achevait ses préparations mystiques. En revanche, lorsque le chant débuta, Krautheim lui-même entendit quelques bribes et se stoppa net dans sa besogne.
     « Poursuivez, Léopold, poursuivez, - l’apostropha sévèrement Thomov. – Notre ami von Erkinmund a parfaitement la situation en mains, assurez-vous que votre part le soit aussi. »


Fou



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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Ven 31 Aoû 2018 - 22:30





     Dans le grand salon, Eveline von Ernst accueillait les invités réveillés avec une dignité qu’elle ne se serait pas soupçonnée elle-même, auparavant. Les mots aimables et les sourires lui venaient tous seuls. Son époux y était-il pour quelque chose ? Oui, elle y croyait fermement : la veille, Thomov lui eut confié la même mission, accomplir ses devoirs d’épouse, mais il l’eut fait avec un air tellement grave et solennel qu’elle en avait perdu toute velléité de rébellion, bouleversée par les mots de son cher et tendre.
     Lorsqu’elle sentit qu’elle pouvait profiter d’un moment de solitude, Eveline vint regarder par une des grandes fenêtres qui donnaient sur le jardin : mes aïeux, quel épais brouillard… Mais… Etait-ce une silhouette féminine qu’elle voyait déambuler au loin ? La robe, les longs cheveux détachés… Etait-ce…
     « Mes hommages, Frau von Ernst ! Belle matinée, n’est-ce pas ? »
     Elle sursauta ; la silhouette n’y était plus ; auprès d’elle, le chevalier Dermann lui faisait une courtoise révérence… Mais quel mufle, celui-là ! Ne pouvait-il guère…
     « Un peu brumeuse, Ritter Dermann, mais très paisible, - lui répondit-elle avec un sourire. »

     Après avoir salué la maîtresse de maison, le commandeur s’éloigna et refit un tour du salon de son pas énergique : rien à y faire, aucune trace de van Orsicvun ! Et si von Eberthal venait à lui confirmer qu’il n’était pas dans sa chambre, en voila une absence qui pouvait lui coûter cher… Cet énergumène-là était capable de tout : lui voler des papiers, lui voler von Friedburg (non, là il se tirerait une balle dans le pied), le dénoncer à l’Ordre du Marteau d’Argent (mais pourquoi ferait-il cela ?), le devancer dans son enquête sur l’anomalie temporelle… Bizarrement, Magnan venait à souhaiter que ce fût cela, que Helmut trouvât quelque chose que lui, le commandeur, n’avait point trouvé mais… Mais qu’il pourrait par la suite récupérer, pourvu qu’il ne soit pas déjà trop tard…
     Le chevalier s’en alla voir dans les autres salons, sans grand espoir, et le résultat fut très maigre : dans la salle de billard, il fut rattrapé par von Eberthal, qui lui confirma que soit le suspect feignait d’être dans sa chambre, soit il n’y était pas. Bon.
     « Et pour von Friedburg ?
     - Rien pour le moment.
     - Rien, donc. Rien… Ouvrez l’œil, von Eberthal, et le bon ! »
     Un hurlement provenant d’en haut cisailla brusquement le brouhaha feutré des salons. Magnan lança un regard lourd de sens à son assistant : « Ouvrez la bonne oreille aussi ! »
     Les deux chevaliers foncèrent en direction des escaliers.

     « SOYEZ MAUDITS !!! – entendirent-t-ils en entamant la montée. »
     Cette invective fut suivie d’un flot de paroles que Magnan identifia immédiatement comme des incantations ; d’ailleurs, le sol et les murs s’étaient mis à trembler légèrement ; en bas, il y avait déjà quelques cris de panique. Vite !!

     Ils parvinrent au deuxième étage, von Eberthal tout essoufflé, son commandant insensible à l’effort : « Du nerf, von Eberthal !
     - Oui mon commandant !
     Tous deux couraient désormais le long d’un couloir, Magnan crut entendre le bruit de verre brisé… les vitres ? Une à une ??
     - Apprêtez vos armes, von Eberthal !!
     - Oui mon commandant !
     - La porte, là ! »
     Lame au poing, son assistant ouvrit la porte de la chambre, dont l’intérieur offrait un spectacle aussi incongru que terrifiant.

     Presque tout le sol s’était effondré, et il en allait de même du plafond ; un gigantesque courant d’air semblait souffler du haut vers le bas, à la verticale, et seule une partie du plancher de la chambre subsistait dans un coin : il y avait deux fauteuils ; sur ces fauteuils, deux individus : l’un était un cousin de l’épouse von Ernst, l’autre…
     Habillé « en civil » comme l’on disait dans l’armée, ce… monsieur était aussi hideux que lui-même l’était quand il oubliait ses pommades pendant deux jours d’affilée. Nez crochu, air totalement dément, il n’y avait aucun doute possible : c’était un sujet à interroger !
     « Heum, commandant ?
     - Quoi ?
     Si Magnan avait encore eu sa vie d’antan, ses cheveux se seraient dressés sur sa tête : son assistant… son bras, celui avec lequel il avait ouvert la porte… le tissu n’y était plus, et la peau, grisâtre et tachetée, était devenue celle d’un vieillard…
     - Von Eberthal, interdiction pour vous d’entrer !
     - Oui mon commandant !
     - HE ! VOUS !!
     Ah, on les appelait. Le « cousin ».
     - Quoi ?!
     Au vu du contexte, l’échange de répliques devenait fantasmagorique.
     - N’entrez surtout pas !!!
     - Danke sehr, nous avions compris !!
     - Déguerpissez !!
     - Nein, mein Herr, je –
     - BURGGRAF ! BURGGRAF OU JE VOUS TUE !!!
     - Von Eberthal, je vous confie les discussions.
     - Oui mon commandant ! »
     Magnan s’éloigna de la porte pendant que son assistant beuglait quelque chose en direction des fauteuils. Magie vieillissante, ilot de sécurité autour du sorcier… Hm, tout ceci ressemblait à un règlement de comptes entre sylvaniens. Devaient-ils intervenir ?
     « Von Eberthal !
     - Commandant ?
     - Au rapport !
     - Il dit que si on touche à son compère, il meurt.
     - Certes, mais encore ?
     - C’est tout, commandant.
     - Bon.
     - ÇA NE VOUS DERANGERAIT PAS DE FAIRE QUELQUE CHOSE ??
     Le commandeur ignora le Burggraf et se replongea dans sa réflexion. Par les os de Settra, il manquait d’informations. Ah, tiens, quelqu’un accourait…
     - Arrêtez-le, von Eberthal. »

     Thomov eut ignoré de prime abord les deux individus qui se tenaient dans le couloir : trop grand était l’enjeu, il expliquerait après. En revanche, lorsque l’un d’eux se mit clairement en travers de sa route, le seigneur vampire tiqua et braqua immédiatement son arbalète sur lui.
     « Première et dernière sommation, mein Herr : ôtez-vous de mon chemin.
     - Nein, nein –
     Magnan fut coupé net dans son discours lorsqu’il vit son assistant s’effondrer avec un carreau dans le ventre. Le seigneur von Ernst ?! Arbalète… Trop d’événements s’enchainaient, le commandeur peinait à suivre ; son hésitation lui coûta de précieuses secondes que l’ennemi utilisa pour recharger son arme mortelle, qu’il braqua immédiatement sur Magnan. Ce dernier se plaqua contre le mur du couloir, mains levées, mais lorsque von Ernst le croisa, il dégaina son épée, or, cela lui valut un carreau immédiat dans le cœur ! Par Sigmar, une telle rapidité n’était pas humaine !!

     Débarrassé des deux nuisibles, Thomov rechargea son arbalète une troisième fois et se plaça dans l’ouverture de la chambre, ignorant royalement les vociférations du sieur Eckart.
     Il fut en revanche stupéfait lorsqu’une poussée brutale dans le dos l’envoya sombrer droit dans le vortex !
     « KRAUTHEIM !!! »
     Heureusement qu’il était vêtu de son armure enchantée, qui déjà prenait pour lui tous les ravages du temps qui auraient pu le faire tomber en poussière ; contrôlant sa chute, il atterrit dans la chambre du rez-de-chaussée, où le plancher était recouvert de symboles et de poussière. Réfléchissant au quart de tour, il se jeta à travers une fenêtre brisée, en dehors du vortex, et à temps ! Les dernières miettes de son armure se perdirent dans le sable de la cour…

     Lorsqu’en se relevant, il aperçut une troupe de cavaliers approcher de sa demeure au galop, Thomov épousseta son costume et se tint comme s’il n’attendait qu’eux en ce lieu précis : voila donc les renforts promis par ce van Orsicvun !

***

     Magnan observa la chute puis la fuite du seigneur des lieux, additionnant avec énervement les éléments observés : Thomov von Ernst était sans doute un des vampires sylvaniens, il voulait régler des comptes avec le cousin de son épouse OU avec l’autre vampire OU avec les deux ; il n’avait pas hésité à tirer dans son assistant (qui, curieusement, se remettait plutôt bien de sa blessure pourtant extrêmement grave) ; le sort ne s’était pas interrompu avec son attaque sur von Ernst, il y avait donc fort à parier que le sort ne dépendait pas de lui… Que faire ?? Mais…
     Une minute. Un sort aussi redoutable aurait du mettre fin aux existences du cousin ET de son complice depuis des lustres ! Et comme le cousin ne semblait pas être une flèche, l’autre était sans doute un sorcier d’une trempe légendaire ! Que faire, que faire…


***

   
     « Messeigneurs… et Madame, - compléta Thomov, - vous me trouvez dans une détresse extrême ! Etes-vous prêts à m’écouter attentivement ? »
     Fourbus, mais déterminés, Rickart, Franz, Silvère et Dangereuse hochèrent la tête alors qu’ils démontaient. Helmut van Orsicvun, qui les avait trouvés sur la route avec deux chevaux en plus, avait été très peu bavard sur les circonstances de son arrivée. Ce dernier démonta à son tour, muré dans un silence attentif.
     « L’ennemi est un de ces êtres maudits qui infestent la contrée, un vampire, - annonça Thomov. – C’est un thaumaturge puissant, qui s’est entouré d’une barrière protectrice détruisant tout ce qui tente de s’en rapprocher. L’un de vous saurait-il comment venir à bout de ce monstre ? »
     Silvère écarquilla les yeux : deux monstres en une matinée ? Franz et Rickart haussèrent les sourcils, alors que Dangereuse déclara subitement :
     « Ma foi en Asuryan me protégera contre n’importe quel maléfice !
     A son grand déplaisir, elle vit que tous les hommes étaient surpris par son initiative. A ce moment-là, les portes du manoir s’ouvrirent à la volée, laissant apparaître un grand nombre de convives manifestement paniqués :
     « Des ennemis ! »
     « Je rentre !! »
     « Tout va s’effondrer !!! »
     Hommes et femmes hélaient valets et laquais, qui obéissaient plus par habitude que par bon sens, ouvrant les portes des écuries où les chevaux s’étaient mis à hennir. Comme tout se déroulait dans un brouillard extrêmement épais, la situation n’en devenait que plus chaotique.
     « EVELINE !! »
     « Thomov !! »
     Les cinq cavaliers virent le maitre des lieux foncer vers les grandes portes, où son épouse se tenait ; ils les virent partager une étreinte, puis…
     « Par Asuryan, mais où faut-il aller pour trouver le sorcier ?!
     L’appel impérieux de la paladine rappela les hommes à leurs sens, Silvère répondant en premier :
     - Par là ! La fenêtre que voila !
     - J’y vais !
     - Non, trop dangereux !
     - PAR  ASURYAN !!
     Franz et Rickart furent médusés en voyant Dangereuse asséner une claque magistrale à Silvère ; le heaume l’eut protégé du gantelet, mais…
     - Homme de peu de foi !!
     Elle fonça en direction de la fenêtre, laissant derrière elle ses quatre compagnons, mais il ne fallut guère longtemps pour que Silvère la suive ; profitant de l’élan de sa course et de la légèreté de son armure (elfique), la paladine bondit à travers l’ouverture et atterrit dans un roulé-boulé, ressentant immédiatement l’effet dévastateur de la bourrasque qui l’asphyxiait… Devant elle, dans l’ouverture de la porte de la chambre, se tenait un être vêtu de haillons qui marmonnait des paroles inaudibles : le sorcier.
     « DEUS VULT !!! »  

     Léopold Krautheim eut un hoquet de surprise en voyant un guerrier en armure complète crier comme une femme et se jeter sur lui lame au clair ; ses incantations cessèrent, le vortex perdit son souffle…

     « JE VOUS TUERAI TOUS !!! »

     Dangereuse s’effondra sous un poids encore plus effroyable que la bourrasque qu’elle venait d’éprouver ; Silvère, qui venait de franchir péniblement le rebord de la fenêtre, sombra immédiatement à son tour ; à l’extérieur, tout être vivant ou mort-vivant, à l’exception notable du seigneur Thomov, se retrouva ratatiné, écrasé sous un poids incommensurable ; seul le seigneur von Ernst ne plia guère : il venait d’accourir auprès de la fenêtre, mais trop tard…

     Thomov bandait toute sa volonté et sa puissance pour contenir l’assaut du nécrarque. Chaque mouvement lui chauffait les veines à blanc, et il sentait que son sorcier à lui ne pourrait guère se relever d’une telle riposte. Impensable…
Tout à coup, un bruit sec résonna, suivi d’une légèreté salvatrice ! Quelqu’un venait de briser le nécrarque, mais qui ?!

     « T-toi aussi, B-burggraf…
     Le vieillard s’était figé ; de sa poitrine ressortait le fil d’une rapière, ensanglanté et fumant. Celui qui le tenait était Eckart von Erkinmund.
     - Mon père de sang était peut-être un imbécile, mais il m’a appris une chose… - glissa-t-il d’une voix cruelle. – Un bon sorcier est un sorcier mort…
     - N-non… »
     Mais la Dhar ne lui obéissait plus : vent capricieux ne s’inclinant que devant la force brute, il glissait entre les doigts de celui dont l’imprudence avait fini par causer la perte. Eckart laissa son corps paralysé choir à ses pieds, avant de se sortir de sa botte une miséricorde…
     … dont il se servit immédiatement pour parer un coup en traitre ! Un nouvel adversaire venait de bondir depuis l’ouverture de la chambre ; un autre vieillard, lui armé d’une épée et d’un écu, qui engagea un combat immédiat !

     Sur le peu d’espace dont ils disposaient, la miséricorde d’Eckart avait l’avantage ; il frappa avec vélocité, mais le vieillard portait un casque qui le protégea de la lame (Eckart : 2T, 2B, 2 svg !). La riposte s’ensuivit, mais la longue épée crissa contre le mur et n’inquiéta guère le Burggraf (Karl : 1T, 0B). Hargneux, von Erkinmund planta sa dague dans le flanc ainsi ouvert de son ennemi, et la retira aussitôt, pour constater que nul sang n’en ressortait ! (1T, 1B, 1 invu !) Le vieillard retenta un coup de taille, mais buta cette fois-ci sur un des fauteuils (2T, 0B) ; il réussit néanmoins à écarter la miséricorde ennemie (Eckart : 2T, 2B, 2 svg !). Son épée, en revanche, s’était retrouvée coincée dans le bois du meuble luxueux (Karl : 1T, 0B), ce qui permit à Eckart de trancher son cou… sans avoir le résultat escompté ! (Eckart : 3T, 2B, 1 svg, 1 invu !)  
     « Qu’est-ce que…
     - Surprenant ! – le vieillard délogea sa lame et blessa le Burggraf au flanc (1T, 1B, 1PV !)… - N’est-ce pas ?
     - VIL CHIEN !!!
     Von Erkinmund était doté d’une force prodigieuse, aussi s’empara-t-il d’une main du bras armé de son adversaire avant de fracasser son propre poing armé contre le coude ennemi, provoquant un craquement épouvantable (Eckart : 3T, 2B, 2 PV !!).
     - Par les momies de Khemri ! – visiblement effaré, mais bizarrement non-souffrant, le vieillard fut incapable de riposter (0T).
     - Crève, raclure !! (2T, 1B, 1 PV !)
     - Jamais !
     Or, son bras ne lui obéissait plus (2T, 0B).
     - Crève !!
     Oubliant toute retenue, le Burggraf lui planta sa dague en plein crâne… (Eckart : 2T, 1B, 1 invu !)
     - Non mais ho ! – protesta son adversaire.
     Sidéré, Eckart lâcha prise sur sa miséricorde, repoussant violemment ce vieillard invincible (Karl : 1T, 0B), avant de le propulser d’un coup de savate vers le vide… (Eckart : 2T, 1B, 1 PV !!!)

     Le commandeur atterrit comme un sac deux étages plus bas, soulevant un nuage de poussière autour de lui ; sa vision lui indiqua qu’il n’était pas seul, et que sa tentative de récupérer un maître sorcier vampire paralysé venait de tourner à l’échec…
     Réagissant au quart de tour, il gigota dans tous les sens en criant quelque chose comme « AAAAH ! Que j’ai mal !!! », réalisant qu’il ne pouvait simplement déloger la dague de son crâne et décidant de feindre un empêtrement dans sa propre cape, qu’il se remonta sur le visage… « Qu’on me laisse sortiiir !!! »

     Sans rien y comprendre, Franz et Rickart qui venaient de passer par la fenêtre virent un hurluberlu quitter la chambre par la porte en hurlant, alors que Silvère et la Frau Silvermoon se tenaient là, indécis quant à la marche à suivre…

***
 
     Après avoir évacué Krautheim en catastrophe, Thomov se rendit au deuxième étage en usant de toute sa vélocité surnaturelle : le temps comptait, et si les « renforts » du sieur van Orsicvun se montraient trop curieux, son mariage risquerait gros, très gros. Arrivé dans le couloir, en revanche, il fut stupéfait en voyant le même énergumène qu’il avait mortellement blessé par un carreau d’arbalète se relever lentement, le carreau gisant à ses pieds.
     Trop, c’était trop ; sans réfléchir davantage, le seigneur vampire s’élança vers l’individu qui n’eut guère le temps de réagir, et lui décocha un direct du droit qui l’envoya valdinguer au fond du couloir ! Le temps pressait…
     « Burggraf ! »
     L’intéressé se détourna puis, voyant enfin un visage familier, lança bruyamment : « Si vous avez une épée, mein Freund, soyez mon invité ! »
     Il avait son épée ; Thomov bondit à travers le vide pour atterrir lestement sur le bout de plancher où trônaient encore les fauteuils défigurés. Le cousin de son épouse, sans doute aguerri d’une quelconque manière à la chasse au vampire, n’avait point retiré sa propre épée du cœur du nécrarque terrassé. Sombre Augure quitta son fourreau pour ne s’abattre qu’une fois, et la tête du nécrarque roula en contrebas, un bruit étouffé indiquant qu’elle était parvenue aux pieds des « renforts ».
     « Victoire ! – se permit-il brusquement. – Prenez place, cousin, il y a assez de fauteuils pour deux.
     - Où est ma cousine ?
     - En lieu sûr, dans notre chambre.
     - Est-elle… comme vous et moi ?
     Cette fois-ci, Thomov prit la peine de jeter un regard nouveau sur celui qu’il avait eu l’intention de sacrifier pour venir à bout du nécrarque, et qu’un malheureux (ou heureux ?) hasard avait maintenu en vie : une fois de plus, il vit qu’Eckart von Erkinmund, pour peu qu’il fût colérique et manipulable, n’était ni un lâche, ni un félon. Il venait de mériter sa confiance.
     - Oui, cousin.
     - L’avez-vous forcée ?
     - Non.
     - J’exige de la voir.
     - Quand ils seront partis.
     - Ils…
     Comprenant alors de qui son cousin voulait parler, le Burggraf jeta un regard agacé en contrebas.
     - « Ils », oui, évidemment…
     Sous l’œil amusé et l’air satisfait de Thomov, Eckart se laissa tomber sur un fauteuil en premier.



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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Sam 1 Sep 2018 - 14:21





     Helmut se glissa en dernier dans l’ouverture de la fenêtre éventrée avant d’évaluer la situation d’un rapide regard expert : von Ernst et Erkinmund en haut ; Silvère, Dangereuse, Lassenburg et Rotesschloss en bas ; le nécrarque décapité.
     « Par la Dame… - entendit-il le chevalier du Graal.
     - Attendez, - plaça la paladine, - c’était lui, le sorcier ?
     - Comment ça, « lui » ? – questionna Rickart.
     - Messeigneurs !
     La voix de Thomov !
     Helmut l’observa en contrebas, perché deux étages plus haut sur un bout de plancher, tel un général victorieux examinant ses troupes…
     - … et Madame ! L’ennemi est vaincu ! Mon cousin ici présent, le Burggraf von Erkinmund, lui a porté le coup fatal ! – il fit un geste, et la haute figure d’Eckart se montra à ses côtés. – Nous allons descendre vers vous, mes amis, il faut juste un peu d’acrobatie… - ils le virent bondir en direction de la porte de la chambre du haut, atterrir juste sur le palier et se maintenir debout en s’accrochant aux rebords de l’ouverture. – Eckart, à vous ! »
     Il se disparut dans l’entrée, avant d’être rattrapé par le grand noble, et l’on n’entendit plus les deux pendant un moment…

     « Eh… ben… - parvint à articuler Rickart.      
     - Messeigneurs, il y avait un autre sorcier, j’en donne ma main à couper, - affirma Dangereuse.
     Ne prenant guère part à la discussion, Helmut fit quelque chose d’autrement plus important : il ouvrit sa vision aux vents de magie. Immédiatement, il aperçut ce qu’il recherchait : la gemme de pouvoir du nécrarque, ensevelie sous une fine couche de poussière dans un coin de la pièce, prête à être ramassée…
     - Un autre sorcier, milady ?
     - Il se tenait là, messire Silvère, mais il a disparu quand… - elle sembla chercher ses mots. - …quand je fus fauchée dans mon élan par l’autre sorcier.
     - Tout ceci me semble bien mystérieux !
     - Et l’énergumène qui a pris ses jambes à son cou à l’instant, ce n’était pas un des convives, le sieur Dermann ?
     Ils regardaient tous ailleurs. Mais c’était trop risqué. Autant attendre qu’ils s’en aillent… Non, si von Ernst arrive avant, c’est fichu, il découvrirait la gemme…
     - Mais oui ! Sir Rickart, c’était bien lui !
     - Et il venait d’affronter le Burggraf… ou j’ai rêvé ?
     - Par la Dame, tout ceci est échevelé ! Il faut retrouver le chevalier Dermann !
     - Et l’autre sorcier !
     - Qu’est-ce que… »

     Rickart, Silvère et Dangereuse virent subitement un autre enchainement d’actions inexplicable : Helmut van Orsicvun bondissant par la fenêtre dans la cour, talonné de près par Franz von Lassenburg ; un tumulte tout aussi brusque indiqua l’un puis l’autre montèrent à cheval, et l’on entendit : « Stop ! Arrête-toi, canaille !!! »
     Tous trois se dévisagèrent sans comprendre : mais que diable se tramait-il dans ce manoir ?!

***

     Von Lassenburg éperonnait sa monture sans pitié ; ils venaient de quitter la cour et cavalaient à présent sur la route ; pourquoi avait-il pris le noble en chasse ? Un instinct, un instinct et une sensation étrange transmise par sa rapière… Mais pour l’heure, si van Orsicvun n’avait rien à se reprocher, alors il ne tiendrait pas autant à déguerpir !!
     Par chance, son cheval était plus rapide, il était de plus en plus proche… Ha ! Van Orsicvun dégainait son épée ! A la bonne heure ! Franz dégaina sa rapière.

     En plein galop, les deux nobles échangèrent de féroces coups de taille, chacun parvenant à blesser l’autre, sans emporter d’avantage définitif (Franz : 1T, 1B, 1PV ! Helmut : 1T, 1B, 1PV !).
     « Que dissimulez-vous ?! »
     « Abandonnez, ou souffrez mon courroux ! »
     Ils venaient de s’extirper du brouillard, un triste ciel gris les observait désormais ; ils ferraillèrent avec la même brutalité, toujours dans le sang, toujours sans vainqueur (Franz : 4T, 3B, 2 invus, 1 PV ! Helmut : 1T, 1B, 1 PV !).
     Les chevaux galopaient, le vent sifflait dans les oreilles des duellistes ; Helmut asséna un coup d’estoc redoutable, entaillant profondément le bras armé de Franz (Helmut : 1T, 1B, 1 PV ! Franz : 1T, 0B). N’en démordant pas, Franz lui rendit la pareille, transperçant l’épaule du noble sans merci ! (Franz : 3T, 3B, 2 invus, 1 PV ! Helmut : 0T)  Avant qu’Helmut pût riposter, il retira la pointe, et visa droit dans la joue d’Helmut, malmenant son visage, mais surtout le déséquilibrant d’une telle manière que le noble chût de sa monture ! Franz ignora le cheval sans maître et maîtrisa le sien ; à peine relevé, van Orsicvun aperçut la rapière ennemie devant sa gorge. (Franz : 2T, 2B, 2 PV !!!)
     « Crachez le morceau, mein Herr, - ordonna Franz depuis sa monture.
     Même souillé de sang et de poussière, Helmut le regarda avec un air condescendant :
     - Ma foi, mein Herr, n’est-ce pas vous qui me devez des explications ?
     - Quoi ! – Franz haussa un sourcil, mais ne baissa pas sa garde. – Non, vous, mein Herr, avez quelque chose à me dire. Sinon, vous ne vous seriez pas échappé avec tant de fougue.
     - Et de quel droit et en quel honneur, mein Herr, dois-je vous rendre des comptes de mes faits et gestes ?
     - A présent, je le crois, par le droit du vainqueur, mein Herr.
     - Etes-vous donc sans honneur ?
     - Trêve de bavardages ! Répondez !
     - Vous ne me croiriez pas.
     - Parlez donc !
     - Ni vous, ni personne ne me croirait…
     - Mais dites, dites !
     - Le sorcier que nous venons de vaincre, ce n’était pas le seul.
     - Ah ? Mais Frau Silvermoon disait la même chose, elle disait la même chose, mein Herr !
     - Laissez-moi terminer. Sachez, mein Freund, que ce n’était pas le seul sorcier, mais qu’il y en avait plus qu’un autre. Pire : le manoir est infesté de ces êtres malfaisants, et tout ce mariage n’a fait que de servir leurs funestes desseins !
     - Attendez… quoi ?
     - Vous croyiez peut-être passer du bon temps, être en bonne compagnie… Vous me semblez fort naïf, Herr von Lassenburg, oubliez-vous dans quelle province vous vivez ?
     - La paix ! Pourquoi avez-vous fui ?!
     - Parce que c’est sans espoir, et que j’étais le suivant.
     - Comment cela ?!
     - Je les avais percés à jour, et ils le savent.
     - Mais qui ? Qui ?!
     - Vous ne me croiriez pas…
     - Mais dites ! Dois-je vous priver du bénéfice de votre fuite pour de bon ?!
     Helmut poussa un soupir de résignation consternée.
     - Thomov von Ernst. Ses assistants. Son cousin. Son… épouse.
     Franz rata une respiration. Tout d’un coup, il n’entendait plus rien, il ne voyait plus rien, il ne sentait plus rien. Eveline… Eveline…
     - Non ! Non ! Non !!
     - Si vous y retournez, vous mourrez vous aussi !
     - NON ! VOUS MENTEZ !
     Il recula sa rapière d’un pouce, ce qui signifiait la possibilité d’une estocade finale. Helmut ne brocha pas.
     - Tuez-moi, et vous aurez le sang d’un innocent sur les mains.
     - Vous mentez !!
     - Pourquoi aurais-je fui sinon ?
     - Pourquoi ne rien nous avoir dit ?!
     - A qui ? A vous ? A vos compagnons ? Je ne pouvais faire confiance à personne, mein Herr ! Et quand je vous ai vus à l’œuvre contre le sorcier, pardonnez-moi, mais j’ai compris que vous n’étiez pas de taille contre tout le reste ! J’ai compris que nous étions condamnés !
     - Lâche !
     - Je tiens à ma vie. Je n’avais rien demandé en arrivant à ce mariage. Osez me reprocher de vouloir quitter ce guet-apens !
     - Je l’ose ! Vous partez seul, laissant, si ce que vous dites est vrai, des dizaines d’innocents aux mains d’un danger mortel !
     - Vous ne pouvez pas comprendre. Vous ne connaissez pas ces êtres comme je les connais, naïf que vous êtes !
     - Et vous, vous…
     Mais les mots lui manquaient. Il refusait de croire, il refusait de se dire que rien n’était fini, que Wolfgang von Neuer Hoffnung n’avait été qu’un avant-goût de l’horreur, que ses amis étaient en danger et que… qu’Eveline était…
     - MONSTRE !!
     Esquivant la frappe maladroite, Helmut se laissa tomber en arrière, feintant l’homme désespéré :
     - Allez-y si cela vous chante !
     - Vos paroles sont du poison !
     - Laissez-moi donc, je vivrai plus longtemps !
     - Lâche ! Lâche !! »
     Il démonta ; dans son regard Helmut vit quelque chose de dément, quelque chose qui lui rappela un autre individu fou à lier, il y a quelque temps à Altdorf…

     « Sir Franz ! Sir Franz ! »
     Un chevalier blanc sur son destrier… Quoi ?!
     Ce fut au tour de van Orsicvun de ne pas en croire ses cinq sens : quel caprice du destin voulût que Silvère de Castagne le retrouve ici, maintenant, alors qu’il était si proche du but…
     « Sir Franz, que se passe-t-il ?!
     - C’EST UN MONSTRE !!
     - Contrôlez-vous, sir Franz !
     - HORS DE MON CHEMIN !! HA ! »

     La rapière siffla plus vite que la pensée pouvait suivre ; même monté, le chevalier ne le gênait qu’à peine, mais ce fut suffisant pour que Franz, fou de rage, le frappât sans réfléchir (Franz : 2T, 1B, 1 svg !).
     Le destrier se cabra devant le noble ; un coup de sabot en pleine poitrine le jeta à terre (Silvère : 2T, 2B, 2 PV !!), mais Franz se releva, frappa encore, face à son ami désemparé qui essayait à grand peine de maintenir un statu quo… (Silvère : 4T, 0B ; Franz : 2T, 1B, 1 svg !)
     Franz bondit derechef, ignorant la lame du bretonnien qui lui érafla le flanc (Silvère : 3T, 1B, 1 PV !), armant une estocade si précise qu’elle trouva l’aisselle du chevalier, lui arrachant un grognement de douleur ! (Franz : 4T, 3B, 1 invu, 2 PV !!)
     « Mais revenez à vous, bon sang !! »
     Le plat de l’épée de Silvère trouva la tête de l’impérial, qui s’effondra dans un râle lamentable (Silvère : 4T, 2B, 2 PV !!!).

     « Vous ! Arrêtez ! »
     Helmut se figea. C’était peine perdue. Il avait eu ses chances contre un banal palefroi sylvanien, il pouvait toujours courir contre un pur-sang bretonnien. Il abandonna son intention de monter sur le cheval de Franz.
     « Expliquez-vous ! »
     Décidément…
     « Que signifie tout cela ? Qu’avez-vous dit au sir Franz ?
     - La vérité, chevalier.
     - La vérité ? Soyez plus clair !
     Quelles chances avait-il contre un chevalier du Graal ? C’était sans doute le moment de le découvrir.
     - Je lui ai dit quelque chose qu’il lui était impossible d’admettre, - annonça Helmut, se rapprochant du chevalier. – Je lui ai dit quelque chose que vous-même, chevalier, aurez de la peine à admettre.
     - Eh bien ? Attendez voir… Sir van Orsicvun ?
     - Je lui ai dit que sa bien-aimée était une vampiresse.
     - Quoi !
     - Vous ne le saviez pas ? Il est éperdument amoureux. Il est en revanche assez vertueux pour ne pas pousser à l’adultère. En revanche, apprendre que la dame de ses pensées était en réalité un monstre sanguinaire l’a rendu fou.
     - Avez-vous donc la moindre preuve de ce que vous apportez ?!
     - Assurément, et je peux vous la montrer. Attrapez ! »

     Il lui envoya en l’air une bête couronne impériale ; l’instant d’après, il attaqua.
     Dans un formidable salto avant, il s’abattit sur le chevalier, fracassant sa lame contre son casque et se retrouvant indemne de l’autre côté (Silvère : 2T, 0B ; Helmut : 1T, 1B, 1 PV !).
     « Quoi ! Traitre ! »
     Silvère frappa avec acharnement, mais son ennemi le stupéfia par son agilité et par sa force ; au bout d’un échange d’un instant, il sentit son bras armé blessé, alors que van Orsicvun était indemne ! (Silvère : 2T, 1B, 1 invu ! Helmut : 3T, 3B, 1 svg, 1 invu, 1 PV !)
     Helmut usa de toute sa vélocité, mais constata que le chevalier du Graal était extrêmement coriace (2T, 2B, 1 svg, 1 invu !). S’il parvenait à parer toutes ses attaques (Silvères : 2T, 0B), le vampire savait qu’il perdait du temps, et cela pouvait signifier une troisième personne importune, voire plus… Il tenta une deuxième acrobatie, mais cette fois le chevalier l’attendait ; bien que l’angle d’attaque eût changé, la lame du bretonnien siffla et lui entama l’épaule en plein saut ! (Silvère : 2T, 1B, 1 PV ! Helmut : 2T, 2B, 1 svg, 1 PV !)
     Silvère frappa de taille (2T, 0B), mais son adversaire, décidément d’une nature que le chevalier crut finalement juger inhumaine, attrapa son bras armé et tira son ennemi de sa monture ! (Helmut : 1T, 1B, 1 PV !!!)
     Le bretonnien se retrouva brusquement à terre, la lame de van Orsicvun poitée vers lui. Puis la terre trembla légèrement…
     « PAR LES ENFERS !! »

     Des liens surgis d’il ne savait où se mettaient brusquement à l’enserrer de partout : chevilles, bras, torse ; le vampire trancha énergiquement et se démena comme un beau diable, réduisant en miettes ce qui devait être des… racines ?! Il se mordit la langue en voyant que cette intervention eut permis à son ennemi de se dégager et se remettre en garde.
     « Helmut van Orsicvun ! »
     Epluchant les dossiers insondables de sa mémoire, Helmut peina pourtant à déterminer à qui pouvait bien appartenir cette voix féminine. Celle qui l’eut interpellé se tenait droit devant lui, une grande femme vêtue d’une longue robe brodée de motifs complexes, mais surtout une créature autour de laquelle Ghyran, le vent de la Vie, semblait souffler avec une attention particulière…
     « Abandonnez votre trésor ! »
     La peste soit des bretonniens !
     « Quelle infamie ! J’exige que l’on me laisse enfin en paix !
     - Alors agissez en conséquence. Vous portez sur vous un objet qui ne doit pas se retrouver entre les mains d’un être tel que vous.
     - Un « être tel que moi » ?
     - Mon paladin vous aura sans doute oublié, mais moi non, créature de la nuit. Au tournoi de la Reiksguard, vous y étiez. Et vous aviez fui, comme aujourd’hui.
     - Surprenant ! Et qui êtes vous donc, dame, pour m’accabler de telles sornettes ?
     - Dame Gaea de Grunere, prophétesse du Graal. L’objet que vous transportez, vous me le remettrez, maintenant, ou vous ne quitterez jamais cet endroit. Je le vois dans votre avenir.
     Presque machinalement, Helmut mit sa main dans sa poche, sentant la gemme bleue du nécraque pulser d’une puissance formidable. Hélas, s’il avait eu le temps de l’examiner, de harnacher son pouvoir…
     - Et si je vous la remets ?
     - Alors nous nous reverrons, mais pour l’heure, je vous laisse battre en retraite.
     - Et pourquoi donc ?
     - Les voies de la Dame sont impénétrables, vampire. Alors, que décidez-vous ?
     Grimaçant, ayant l’impression qu’il s’arrachait le cœur, Helmut obtempéra, et lança la gemme, que Silvère de Castagne, bien que mal en point, attrapa.
     Sans faire plus de manières, Helmut monta sur le palefroi de Franz von Lassenburg.
     - Nous nous reverrons ! – lança-t-il avant de s’élancer au galop. – Et nul besoin d’être prophète pour le voir, nous nous reverrons !! »  






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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Dim 2 Sep 2018 - 15:34




     Titubant en se tenant le ventre, un chevalier impérial errait dans les couloirs. Ne pouvant s’expliquer comment il avait survécu jusque là, le chevalier n'avait qu'une idée en tête : s'éloigner de tout ce capharnaüm. Il déboucha dans une petite petite cour intérieure du manoir puis s'adossa à une colonne avant de soupirer, fermant les yeux. Il ne remarqua pas la silhouette qui se redressait, plus haut sur le parapet, à seulement quelques mètres de lui.
     Von Eberthal sursauta lorsqu'une poutre protesta sous le poids massif de l'intrus qui bondit à terre en arrachant plusieurs tuiles. Une main énorme vint aussitôt emplir son champ de vision.
- Que…
Saisissant Eberthal par la mâchoire, la créature le souleva d'un bras sans peine apparente avant de le plaquer dos à la pierre. Le chevalier gesticula, tentant vainement de se défaire de cet étau. La chose gronda en l'étudiant de ses yeux écarlates. Elle était bien plus grande et plus massive que lui : ses deux mains n'arrivaient même pas à faire le tour de son poignet ! Quelques secondes passèrent jusqu'à ce que cette face bestiale lui paraisse familière.
- Gwofang ? Parvint-il à articuler, la nuque déchirée sous son propre poids.
L'intéressé gronda en inclinant la tête de côté, observant son visage alors que von Eberthal cessait de se débattre, comprenant la futilité de ses efforts. Finalement, le bête détourna le regard et s'attarda sur la tunique trouée que portait sa proie. Puis sur son bras à l'aspect inhabituel.
- Les réjouissances se poursuivent sans moi, grommela von Neuer Hoffnung d'une voix plus grave encore que d'habitude.
Néanmoins, son mufle bestial et inexpressif était en totale contradiction avec le trait d'humour qu'il venait d'effectuer. Venant coller son poing libre contre l'abdomen de l'humain, il pressa alors que le malheureux poussait un gémissement étouffé et gesticulait de plus belle.
- Cela fait mal n'est-ce pas ? Susurra-t-il sombrement. Oui, cela fait toujours mal. Même lorsque la chair repousse… Son regard changea lorsqu'il poursuivit :
     - Avant-hier. Vous et le gros avez parlé d'un Empereur que je ne connais pas. Puis d'un Comte que je ne connais pas, qui a fondé un ordre à un siècle qui ne s'est pas encore écoulé.
Interdit, von Eberthal s'immobilisa à nouveau et se laissa pendre, écoutant. L'apparence du Freiherr était monstrueuse et trahissait sa véritable nature. Mais de toute évidence, son intellect était toujours aussi acéré.
     - Vous avez parlé de "Guerres Vampiriques". Au passé. Alors que le chien fou est aux portes d'Averheim en ce moment même. Comment cela se peut-il, chevalier de L'Ordre du Crâne d'Argent ? épela-t-il soigneusement. Comment pouvez vous tenir ce genre de propos… s'ils n'ont pas encore eut lieu ?
     Les yeux du chevalier s'écarquillèrent comme le vampire emboitait les pièces du puzzle. Il poursuivit néanmoins sa tirade, adoptant brusquement un ton beaucoup plus agressif en levant sa main gauche à laquelle il ne restait que le pouce et l'index : - J'ai eu une… désagréable altercation… ce midi. Et avant de régler mes comptes j'aimerais entendre ce que vous savez d'autre que j'ignore, chevalier.
     Les griffes se resserrèrent sur la mâchoire au supplice de l'humain alors qu'il posait enfin sa question : - Est-ce que mon domaine existe encore, dans ce siècle qui n'a pas eut lieu ?

- Eberthal ! Mais où êtes… vous…
     Débouchant dans la petite cour, Karl Dermann s'immobilisa en découvrant son frère d'armes les pieds dans le vide, maintenu en l'air par une créature monstrueuse. Haute d'un bon mètre de plus qu'eux deux, son cuir pâle et charnu recouvrait des muscles noueux. Ses coudes, ses hanches et ses genoux étaient recouverts par des excroissances osseuses. Comme la bête se tournait vers lui en le dévisageant d'un regard écarlate, tenant toujours son compagnon au-dessus du sol, il put apprécier son poitrail recouvert d'anciennes traces de brûlures. Ainsi qu'une cicatrice blanchâtre juste sous la cage thoracique. Dermann porta lentement la main à son épée comme la bête semblait humer l'air nocturne. Un instant il crût voir la gueule de la créature s'étirer tel un sourire.
- Cette fragrance, articula-t-elle. Ce mariage est décidément plein de surprises… Karl resta stupéfait. Cette stature imposante, cette façon de parler…
- Freiherr ?
     D'un geste presque négligent, Wolfgang jeta son prisonnier qui alla rebondir contre une colonnade avant de s'immobiliser au sol.
- L'un ou l'autre, maugréa-t-il. Peu importe. J'aurai ma réponse.

     Le commandeur dégaina. Par toutes les pyramides de Khemri, une fois, mais pas deux ! Cette bête-là tâterait de son épée ! Son seul regret était que son passage dans sa chambre pour ôter la dague et remettre de la pommade pourrait s'avérer vain...
     Il ne put anticiper la rapidité de la bête, qui s’abattit sur lui tel un ouragan, ses deux immenses poings agrippant Dermann par les bras, fracassant le chevalier contre le mur, à tel point qu’il sentit ses os craquer ! (Karl : 2T, 2B, 1 invu, 1 PV ! Wolfgang : 3T, 2B, 2 PV !! Piétinement : 1B, 1 invu !)
     « Maintenant, parlez. Le temps presse : venez-vous, oui ou non, d’une époque qui n’a pas encore eu lieu ? »
     Dermann tenta de bouger, rien d’y fit : sa propre épée était coincée dans le flanc massif du… baron… et son autre bras était coincé à cause de l’écu, lui-même bloqué entre la bête et le mur (2T, 0B). Son ennemi, cependant, ne semblait pas avoir l’intention de le tuer sur le champ… (Wolfgang : 2T, 0B ; piétinement : 0B)
     « Et si c’était le cas, - essaya le chevalier, - qu’est-ce que cela vous ferait, Freiherr ?
     - Mauvaise réponse. » (2T, 1B, 1 PV ! Piétinement : 1B, 1 svg !)
     Bien que n’étant nullement endolori par le phénomène, Dermann n’en sentit pas moins que les os de son bras gauche venaient d’être brisés, ce qui rendait ses capacités combatives encore moins redoutables qu’avant (Karl : 0T). Il fallait agir, maudit soit-il, et agir selon les souhaits du baron.
     « Oui ! Je viens d’une autre époque ! L’époque du règne de sa Majesté Karl Franz, quatre-cents ans après les faits qui se déroulent ici ! Et alors ? »
     - Mon domaine, Neue Hoffnung. Qu’est-il devenu ?
     - Aucune idée !
     - Mauvaise réponse. » (2T, 2B, 1 svg, 1PV !!!)
     L’armure de plates ne semblait d’aucun secours contre la force de ce béhémoth. Dermann sentit son bras armé être brisé à son tour, rendant ses capacités combatives égales à celles d’un tank à vapeur sans vapeur.
     « Dernière chance, Herr Ritter –
     - Hé ! Bout de gras !
     - DEUS VULT !!!
     - Vengeance, haha ! »

     Les deux moustiques et cet abruti d’Erkinmund… Quoi ?!

     Le Burggraf fut le premier à se jeter sur lui : tranchant de toutes ses forces, il écarquilla les yeux en constatant que sa rapière n’avait qu’à peine éraflé le dos immense du baron (Eckart : 4T, 0B).
     « PLEUTRES ! Vous n’avez d’honorable que le nom ! – gronda-t-il.
     Il lâcha le commandeur, fit une fulgurante volte-face, mais Eckart fit trois pas rapides en arrière, esquivant le redoutable revers du baron (Wolfgang : 0T).
     - Vous n’avez de baron que le titre ! – riposta Rickart von Rotesschloss. – En garde !
     Il frappa d’estoc, mais fut à son tour sidéré en voyant que sa pointe était incapable de percer le cuir de la bête (1T, 0B).
     - DEUS VULT ! DEUS VULT ! DEUS VULT !
     La bretonnienne approcha par le flanc avec un tonitruant cri de guerre et entailla cruellement le flanc du baron, faisant gicler son sang. (Dangereuse : 3T, 2B, 1 invu, 1 PV !)
     - Vous ne m’aurez pas si facilement ! – tonna von Neuer Hoffnung, bondissant subitement si haut qu’il atterrit immédiatement sur le parapet duquel il avait surpris Eberthal.
     - La grimpette, ça me connait ! – lança audacieusement Rickart, rengainant sa rapière. »
     Il sauta à son tour, attrapa une poutre basse, se hissa sur celle-ci, avant de bondir vers le parapet opposé, saisir le rebord, et… se prendre un massif coup de poing en pleine tête ; le baron n’avait eu qu’à courir vers le rebord où son ennemi fort imprudent escaladait… (Piétinement : 1B, 1 PV !)
     « HA ! Comme si vous pensiez m’échapper aussi facilement, Freiherr ! »
     Dangereuse fut stupéfaite en voyant le grand Burggraf sauter à son tour et se retrouver sur le toit avec la même facilité dont avait fait preuve le baron… Ce dernier fut lui-même dépassé par la fulgurance d’Eckart, qui transperça le colosse de part en part avant de retirer sèchement sa rapière ! (Eckart : 4T, 2B, 2PV !!)
     En prise avec une douleur sans nom, Wolfgang fut incapable de riposter (0T), pire, son ennemi semblait manifestement anticiper ses coups, car il recula une fois de plus ! (Piétinement : 1B, 1 svg !)

     Il fallait agir, et vite. Il n’y avait plus aucun doute possible : ce salaud était un vampire lui aussi, mais tant qu’il était en état de se battre, il était surtout LA menace à éliminer. Wolfgang fit de nouveau ce qui lui réussissait le mieux : un unique bond sur un ennemi ignorant sa rapidité ; la rapière d’Eckart ripa sur son cuir (4T, 1B, 1 invu !), alors que lui-même fut propulsé violemment dans le vide ! (2T, 2B, 2 PV !!)

     « DEUS VULT !!! »
     Dangereuse, qui s’était hissée sur le toit avec l’aide de l’impérial, fonça sur la créature : brandie d’une main de plus en plus expérimentée, son épée entailla une nouvelle fois le dos meurtri du baron (2T, 2B, 1 invu, 1 PV !). Ce dernier, hurlant de fureur, fit un revers de bras redoutable, mais la paladine désormais aguerrie encaissa le choc derrière son écu (piétinement : 1B, 1 svg !).
     « Maudite femme sans honneur… - gronda Wolfgang. – Vous ai-je à un seul instant manqué de respect ? Ai-je un seul instant blessé un de vos proches ? Ai-je d’une quelconque manière offensé vos dieux ?! Non ! Votre violence à mon égard n’est qu’un formidable fourvoiement !! »
Il frappa encore et encore de ses griffes aussi effilées que des rasoirs, mais la bretonnienne, solidement campée sur ses appuis, bloqua chaque coup grâce à son écu (Wolfgang : 3T, 2B, 2 svg !).
     « Hé là ! – haleta un impérial essoufflé par l’escalade. – Je ne vous permets pas d’insulter Frau Silbermond de la sorte ! »
     Contournant son alliée, Rickart tenta une fois encore de frapper d’estoc, mais il devint manifeste que ses passes pourtant précises ne seyaient guère à la chasse au monstre (3T, 1B, 1 invu !).
     « Bête suceuse de sang ! Dévoreuse d’âme ! – clama la paladine. – Vous volez les nouveau-nés dans leurs berceaux et ravagez des villages entiers ! DEUS VULT ! »
     Fonçant aussi vite qu’elle le pouvait, elle perfora le baron de part en part, faisant fi de sa puanteur et du sang qui aspergeait son visage !
     « Vous croyez tout savoir, n’est-ce pas ? – l’entendit-elle glisser doucement. – Comme vous vous trompez… »
     Il la repoussa avec une violence telle qu’elle relâcha son épée ; d’un geste fluide, le baron retira celle-ci, qu’il propulsa brusquement en direction de Rickart, qui n’eut que le temps de bloquer avec sa rondache !
     L’impérial commençait à douter de leurs forces : cette créature était-t-elle invincible ?
     (Dangereuse : 3T, 3B, 3 invus !!! Piétinement : 1B, 1 svg !)

     « Nous n’en avons pas fini !! »
     Von Erkinmund surgit depuis le bas de la cour tel un spectre de la mort, plantant profondément sa rapière dans le dos du baron… qui riposta par un tel revers que le Burggraf fut catapulté de l’autre côté du toit bordant la cour ! (Eckart : 4T, 1B, 1 invu ! Wolfgang : 2T, 1B, 1 PV !)
     « L’avez-vous vu ?! – gronda Wolfgang. – Osez m’affirmer qu’un humain serait capable de sauter aussi haut que moi ! Vous pensiez être bien entourés ? Mais votre allié ne vaut guère mieux que moi ! Il est même pire que moi ! »
     « DEUS VULT ! »
     Ses deux adversaires semblèrent ignorer le sens de ses mots, en tout cas ce fut manifeste pour la bretonnienne : alors que l’impérial semblait hésiter en la soutenant (2T, 0B), la paladine, elle, fonça vers le baron, armée de sa seule miséricorde…
     Brusquement, le baron se mit à genoux, baissant les bras :
     « Vas-y, pauvre sotte, - lança-t-il, - tu sais où se trouve le cœur… »
     « DEUS… » (2T, 2B, 1 invu, 1 PV !!!)

     Rickart et le Burggraf virent les deux combattants figés, et ce pendant un moment plus long que ce qui leur semblait raisonnable.
     « Frau Silbermond ?
     - Le baron ! Est-il fini ?!
     - Burggraf !
     Elle n’avait pas bougé, mais son appel s’adressait directement à lui. Eckart, qui approchait, s’arrêta.
     - Burggraf ! Comment parvenez-vous à sauter aussi haut ?
     - Je…
     Rickart haussa un sourcil.
     - Comment pouvez-vous sauter aussi haut ? – répéta Dangereuse d’une voix blanche.
     - J’ai reçu un excellent entrainement !
     - Un excellent entrainement ? – questionna von Rotesschloss. – Dans quelle école ?
     - L’éc… Mais ça n’a aucune importance, voyons ! »
     Rickart commença à s’approcher du grand noble. En apparrence, il ne semblait avoir aucune intention belliqueuse, mais un duelliste comme von Erkinmund ne s’y trompa guère :
     « Herr Rickart ? Vous n’allez tout de même pas croire à ce que dit… cette chose ?
     - Mais non, voyons, - le ton badin de Rickart n’était qu’une élégante façade à une colère sincère qui allait croissant, - Dites-moi juste dans quelle école vous avez été entrainé, et nous serons quittes.
     - L-l’académie de Nuln ! L’académie ! J’y ai fait mes armes en étant plus jeune !
     A plus qu’une vingtaine de pas de lui, Rickart se mit en garde et son visage n’avait plus rien d’aimable :
     - En garde, Burggraf. Ou, si vous n’avez rien à vous reprocher, rendez-moi votre rapière.
     Il vit von Erkinmund éclater soudain d’un rire désagréable :
     - Vous en avez de belles, mein Freund ! Ma rapière, je l’ai moi-même fichée entre les omoplates de ce golgor que voila ! Et vous osez m’accabler de soupçons après ça !
     - Burggraf !
     Il vit la paladine Silvermoon contourner le baron, en extirper (non sans effort) la rapière, et la lui lancer. Plus par habitude que par acte conscient, Eckart l’attrapa.
     - Votre rapière, mein Freund. – répéta Rickart sur un ton sévère.
     Sur les traits du grand noble, il aperçut une indécision manifeste, ce qui ne fit qu’aggraver ses soupçons. Si cela était vrai, alors ce mariage était un véritable guêpier…

     « AH ! »
     Ce fut le cri de Dangereuse : à deux pas d’elle, dans un bruit de tuiles arrachées et de grondements sourds, la créature qu’était le baron de Neue Hoffnung se redressa soudain et s’élança vers le sommet du toit du manoir.
     « Maudit ! – asséna la paladine. – Sieur Rickart, j’en fais mon affaire !
     - Mais c’est trop danger… »
     Il faillit finir embroché par un coup en traitre : sa cape arborerait désormais un grand trou de rapière ! (Eckart : 2T, 2B, 1 invu, 1 PV !)
     « TRAITRE ! Partez, jung Frau ! Partez !! »

     Rickart engagea le duel, mais se retrouva vite confronté à un combattant au moins aussi aguerri que lui (Rickart : 2T, 2B, 2 svg !). Pire, sa maîtrise de l’escrime était telle que l’impérial se demanda s’il n’avait pas vraiment suivi la même école que lui (Eckart : 2T, 1B, 1PV !).
     « Remarquable ! – glissa-t-il à nouveau sur un ton badin. – Vraiment remarquable, mais pas aussi remarquable que le maestro Grumelli ! »
     Appliquant une des bottes que lui avait enseignées son vieux maitre d’escrime, l’impérial trompa la garde de son ennemi, perforant son épaule de part en part ! (3T, 2B, 2 PV !!)    


     Elle avait hésité. Pourquoi avait-elle hésité ? Dieu Créateur, n’avait-elle pas eu la force ? Avait-elle été trompée par le Mal ? Avait-elle été victime d’un maléfice ? Dieu Créateur, elle n’hésiterait plus ! Elle viendrait à bout de l’engeance maudite ! Elle terrasserait la bête, le monstre, la créature infâme !
Dangereuse effectuait une course périlleuse le long du bord du toit du manoir, s’efforçant de la pas perdre le baron de vue. Auparavant, elle avait failli dégringoler à plusieurs reprises, en montant et en descendant les versants pentus du toit, et seule son agilité et la volonté du Créateur l’avaient empêché de se casser le cou. Heureusement qu’il s’agissait d’une des ailes adjacentes et non du bâtiment principal, sinon elle aurait été à quatre, et non à une toise du sol !
     Arrivé au bout de l’aile, le baron bondit et atterrit lestement, ce que la paladine n’osa pas faire, optant pour se sa laisser tomber en se cramponnant au rebord du toit, avant de retomber lourdement sur ses deux pieds.
     « Tu ne perds rien pour attendre !! – lança-t-elle en direction de son ennemi. »
     Sur la terre ferme, elle sembla effectivement reprendre l’avantage : grièvement blessé, le baron ne pouvait plus compter sur le terrain accidenté du toit pour ralentir la brettonnienne. Arrivé cependant à ce qui devait être la lisière d’une haie, il s’arrêta brusquement, fit une volte-face, ce qui fit que Dangereuse, plus qu’à une vingtaine de pas de sa cible, ralentit sa course, relevant son écu.
     « Deus VULT ! – cria-t-elle une fois de plus pour se donner du courage.
     - Pauvre sotte… »
     Trois immenses créatures humanoïdes surgirent des sous-bois brumeux, suivies d’une dizaine d’autres créatures, elles petites et trapues. Dangereuse réalisa que le rapport de forces venait de sombrer en sa défaveur. Les trois béhémoths rugirent tour à tour dans sa direction, leurs maigres acolytes se répartissant soudain de part et d’autre, comme s’ils avaient l’intention d’encercler la paladine…
     « Hannibal, Johannes, Rodolf… Tout doux. Les enfants ! – toutes les têtes horribles des petites créatures se tournèrent vers la figure imposante de Wolfgang. – N’en faites rien. La jung Frau est gentille, elle n’attaquera pas. N’est-ce pas, jung Frau ? »
     Dangereuse ne répondit pas, maintenant sa position défensive et préparée à vendre chèrement sa peau.
     « Vous voyez ? – poursuivit le baron. – La jung Frau est gentille. Retirez-vous. – A ces mots, les créatures grouillantes se mirent à abandonner leurs positions, s’agglutinant peu à peu autour du baron et disparaissant dans la brume des sous-bois. – C’est bien. Johannes, Hannibal, j’aurai de nouveau besoin d’aide pour rentrer. Pour de bon, cette fois-ci.
     - Attendez !
     La paladine ne sut pas pourquoi elle dit cela. Les mots sortirent d’eux-mêmes, il était trop tard pour les retirer. La créature qu’était le baron la scruta d’un regard interrogateur.
     - M’avez-vous lancé un sort ?!
     Cette fois-ci, il lui sembla que le baron levât une arcade sourcilière avant de répondre :
     - Je ne suis point sorcier, jung Frau. Remarque intéressante, d’ailleurs : il faudra que je comble cette lacune. »
     Dangereuse resta interdite ; le sens des paroles du baron lui échappait à moitié, mais étrangement, elle n’y décelait pas de traces de mensonge. Or, comme le temps s’écoulait, elle vit le baron… lui faire un signe qui ressemblait à une révérence… avant que ses deux… aides de camp… lui prêtent main forte pour se retirer dans les bois.
     « D-Deus Vult ! » – cria encore la paladine, mais elle sentait que jamais elle n’aurait la force de courir après toutes ces créatures ; à quoi bon sinon pour se faire tuer bêtement ?
     Elle avait raté sa chance, elle avait… failli. Le Créateur lui pardonne.

***

     « Est-ce que vous avais dit que votre présence m’avait toujours été désagréable ?
     - Je vais vous en débarrasser, pour de bon !
     Ils ferraillaient sans merci sur le même rebord du toit surplombant la même cour intérieure ; les estocades pleuvaient en même temps que les piques bien senties, celles de Rickart légères et subtiles, celles d’Eckart – brutales et menaçantes.
     - Ne vous donnez pas tant de peine, et rendez-moi votre rapière !
     - Plantée dans le cœur, cela vous sied-il ?
     - Dans le votre ? Assurément !
     - Petit nobliau de pacotille !
     - Nobliau vous-même !
     - Chien !
     - Puceau !
     - Je te trancherai le vit !
     - Moi, je n’aurai rien à trancher !
     - Maraud !! »
     Von Erkinmund frappa d’estoc, mais son ennemi dévia la lame avec sa rondache (Eckart : 1T, 1B, 1 svg !), avant de lui-même frapper avec tant de verve que sa rapière se ficha droit en travers du cou du Burggraf ! (Rickart : 2T, 2B, 2 PV !!!)
     Il la retira sur le champ, regrettant instantanément ce coup mortel, mais il s’avéra rapidement qu’il n’en fut rien…
     « Je vais te couper les oreilles, le nez et puis je t’arracherai les yeux !! »
     Tout cela, Eckart le proféra avec des gargouillis et des sifflements immondes, mais cet éclat lui coûta un instant d’attention où Rickart lui faucha les pieds d’un coup de savate bien ajusté, envoyant son adversaire choir une fois de plus sur les dalles de la cour intérieure !
     « Par mes ancêtres, - souffla von Rotesschloss, - le baron disait vrai. »


***

     Karl Dermann se retrouva dans la grande cour extérieure et eut du mal à comprendre ce qu’il voyait : un attroupement de personnes était là, avec une seule voix qui s’entendait du milieu. C’était la voix du seigneur von Ernst.
     « Mon commandant –
     - Chht !
     Von Eberthal, qui venait de rattraper son patron, passa au murmure : - Mon commandant, la voie vers les écuries me semble ouverte –
     - Allons-y. »
     Les deux chevaliers franchirent la cour en ignorant toutes les autres personnes présentes, qu’ils reconnurent comme étant une partie des convives, que le maitre des lieux semblait être en train d’informer sur les derniers événements. Sans y prêter une oreille attentive, ils parvinrent prestement aux écuries, où quelques chevaux étaient encore là, tous quelque peu nerveux, mais indemnes.
     « Von Eberthal ?
     - Commandant ?
     - Passez en premier et bousculez tout obstacle, nous ne sommes plus les bienvenus ici de toute façon.
     - Oui mon commandant. »
     Dermann remercia le destin de lui avoir fait rencontrer un si bon assistant.
     Ce dernier fit attela deux destriers, prit le premier par la bride, qu’il amena dans le grand couloir malgré des hennissements de protestation. Il aida son patron à monter, lui-même enfourchant la deuxième monture.
     Baissant la tête à la sortie pour éviter de se cogner, von Eberthal frappa des talons et, à la stupéfaction de tous les convives, s’élança vers la sortie, suivi de près par le commandeur. Par bonheur, nul ne s’interposa, et ils eurent tôt fait de quitter la cour et laisser le manoir derrière eux. Mais alors qu’ils semblaient tirés d’affaire, un chevalier surgit brusquement de la brume opaque qui recouvrait encore et toujours les environs !
     Réagissant au quart de tour, von Eberthal executa l’ordre qui lui avait été donné et servit un violent revers de coude à celui qui venait de stopper leur course ; ce dernier encaissa le choc avec brio, avant de cabrer sa monture qui percuta du sabot le malheureux assistant ! Frappé en pleine poitrine, Eberthal vida les étriers et s’aplatit par terre, respirant à peine…
     « Hola ! Qui est-ce ?! – interrogea Dermann d’une voix qu’il voulait rendre terrifiante au possible.
     - Le chevalier Silvère de Castagne, paladin de la Dame du Lac !
     - Monseigneur de Castagne !!
     - Commandeur Alain Magnan ?!
     - Chuuut !
     - Heum ! Chevalier Dermann ?
     - Lui-même !
     - Mais comment êtes-vous là ?!
     - Mais je vous pose la même question !
     - Je portais assistance à un ami ! Il est blessé, mais il me suit à son rythme.
     - Comment donc ?
     - Franz von Lassenburg. Il a pris en chasse un gredin, non, un démon de la pire espèce : le sieur van Orsicvun !
     - Van Orsicvun ?
     - Décidément, chevalier, il n’y a pas que moi qui a la mémoire courte !
     - Nom d’un… le tournoi de la Reiksguard !
     - Nos chemins se sont recroisés ici, et il aura bien failli marquer la fin du mien !
     - Mais…
     - Par la grâce de la Dame, le secours arrive à ceux dont le bras est fort et la cause et juste.
     Peinant à voir jusqu’où les mènerait cette conversation, le commandeur comprit néanmoins que dans ses derniers propos, Silvère avait dissimulé les faits exacts.
     - Mais… Que venait donc chercher van Orsicvun dans un coin aussi reculé ?
     - Que pensez-vous que viennent chercher des êtres aussi malfaisants que lui ? Le pouvoir et la misère des plus faibles.
     - A un mariage ? Je… ne suis pas vos propos.
     - Le sorcier que nous avions affronté, il était porteur d’un objet d’une grande valeur et d’un grand pouvoir. Il aura fallu suer sang et eau pour l’en déposséder.
     - Un objet ? Quel objet ?
     - Cet objet.
     Silvère sortit de sa poche la gemme qui, même dans le brouillard, avait encore un éclat qui aurait damné plus d’une âme prompte à la cupidité. Le commandeur, cependant, semblait dubitatif :
     - Je suis navré, messire de Castagne, mais je n’y vois qu’une pierre, certes précieuse, mais… enfin… tout ça pour ça ?
     - Ne vous y trompez pas, cette pierre détient un grand pouvoir.
     - Quoi ?! Alors il faut que vous me la remettiez !
     Le chevalier du Graal haussa les sourcils. Son interlocuteur insista :
     - Vous avez découvert cette pierre sur le territoire de l’Empire, chevalier. Elle revient donc de plein droit à sa Majesté Impériale Karl Franz, qui la fera sans doute examiner par des experts de nos collèges de magie. Remettez-moi la pierre, je vous prie.
     Silvère demeura interdit. Dame Gaea l’avait mis en garde contre toute personne qui voudrait s’emparer de la gemme, mais elle ne lui avait rien dit sur de telles complications territoriales. Cela dit, le paladin n’était pas non plus né de la dernière pluie.
     - Mon ami, je l’ai certes trouvée en terre impériale, mais en tant que serviteur de la Dame du Lac, toute action que j’effectue, je l’effectue en son nom, et pour le bien de la Bretonnie. Je me dois donc de remettre cette pierre à la Fée Enchanteresse, sinon je faillirais à mes devoirs.
     Intérieurement, Dermann applaudit. Qui aurait cru que les chevaliers du Graal seraient d’aussi bons diplomates ? Il n’y voyait désormais qu’une seule solution.
     - Messire de Castagne, je vous propose une manière pacifique pour régler ce litige. Je vois que derrière vous, vous disposez de deux lances de cavalerie. Affrontons-nous en bonne et due forme, et le vainqueur rapportera la pierre à ses dirigeants, alors que le vaincu devra accepter de se contenter de la savoir entre les mains d’un allié.
     - Ma foi… - malgré toute sa sainteté et son endurance, Silvère se sentait épuisé. Lui non plus, néanmoins, ne voyait pas d’autre solution, - je vous l’accorde, messire. »

     Von Eberthal se redemandait encore comment il parvenait à survivre à des coups qui auraient allongé pour de bon un homme normal. S’il avait été mage, il aurait senti dans le brouillard persistant le souffle bienfaiteur de Ghyran, le vent de la Vie, et s’il avait été bretonnien, il y aurait peut-être reconnu l’œuvre d’une puissante demoiselle du Graal, sans doute une prophétesse. N’étant ni l’un, ni l’autre, l’assistant-chevalier se contenta de remercier sa bonne étoile, et se contenta de seconder son commandant comme il en avait l’habitude :
     « Là, bloquez la lance là, sous mon coude. C’est bon ? Elle pointe bien vers l’avant ? Calez mon bouclier aussi. Parfait. Vous pouvez disposer, von Eberthal. »

     Enfin bien en place, les deux chevaliers se préparèrent à charger, lançant leurs montures au petit trot. Le galop succéda sous peu, Eberthal se força à regarder…

     Le choc fut moins brutal qu’escompté, si ce n’est un vif éclat de lumière qui fit dévier la pointe de la lance du commandeur ! Silvère, quant à lui, se sentait dans un état particulièrement affaibli : sa pauvre performance le prouvait. (Karl : 2T, 2B, 1 svg, 1 invu ! Silvère : 0T)
     Tous deux retournèrent leurs montures et, d’un accord tacite, chargèrent à nouveau avec les lances ! Au moment du choc, Eberthal dut se voiler la face, car mille copeaux des deux lances brisées volèrent dans tous les sens ! (Silvère : 2T, 2B, 1 svg, 1 PV ! Karl : 1T, 1B, 1 PV !)
     Silvère jeta le bout inutile et dégaina son épée mais, voyant Eberthal accourir vers son chef, jugea immédiatement qu’il s’était passé quelque chose.
     « Messire Dermann ?
     - Ça va ! Ça va ! Eberthal ! Mon épée ! »
     L’intéressé fit changer d’arme à son patron, se demandant sérieusement comme ce dernier allait se débrouiller dans son état lamentable. Il n’eut guère plus confiance lorsque Dermann lui ordonna de mettre son bras armé en attelle improvisée.
     « Messire Dermann ? Etes-vous certain ? – questionna Silvère de loin.
     - Je me bats pour ma patrie !
     - Le sire von Eberthal ne pourrait-il pas…
     - Non !
     - Commandant, si je puis me permettre, et sauf votre respect…
     - Non, vous dis-je !
     - Commandant, sauf votre respect, il en va d’un objet d’une grande valeur et de l’honneur de notre patrie ! »
     Pendant un instant, son supérieur parut sur le point de gifler, mais cela lui fit sans doute réaliser que même de cela, il en était incapable. La mine acide, mais résignée, il donne l’ordre de procéder au remplacement, ce que son assistant fit avec tous les égards et toute la solennité dont il était capable.

     « Prêt, sire von Eberthal ?
     - Prêt, Ritter von Castagne ! »
     Silvère mit sa monture au trot, et von Eberthal en fit de même. Leurs épées de croisèrent dans une gerbe d’étincelles (Silvère : 2T, 2B, 1 svg, 1 PV ! Eberthal : 2T, 1B, 1 svg !). Au bout de l’échange, l’impérial était blessé, le bretonnien était indemne. Dermann ne commenta pas, ayant confiance en son aide de camp. D’ailleurs, ce dernier ne manqua pas de trouver une ouverture dans la garde de Silvère, marquant un point en l’honneur de l’Empire ! (Silvère : 2T, 1B, 1 svg ; Eberthal : 3T, 1B, 1 PV !)
     Le duel fut âprement disputé, à tel point que le commandeur ne remarqua même pas l’arrivée d’un importun dans son dos, dont la première question fut :
     « Est-ce un duel honorable ?
     Dermann tressaillit, mais se rasséréna en voyant auprès de lui le sieur Franz von Lassenburg, pâle mais apparemment indemne, le regard toujours aussi perçant, maintenant dirigé vers lui. Il fallait répondre.
     - Oui, et d’ailleurs, Eberthal me replace. L’âge, voyez-vous…
     - C’est bien… »
     Il avait vraiment l’air d’un déterré, songea le commandeur.
     Durant ce temps, Silvère asséna une telle succession de frappes que son adversaire ne put qu’essayer d’un bloquer un maximum ! (Eberthal : 0T ; Silvère : 2T, 1B, 1 PV !) Submergé, Eberthal faillit vider les étriers (Silvère : 1T, 1B, 1 invu !), mais son acharnement et son adresse lui permirent au moins de prolonger le combat (Eberthal : 0T). Sa riposte surgit d’ailleurs au moment où le sire de Castagne pensait toucher au but : un coup de bouclier bien ajusté cueillit Silvère droit dans le heaume, et le chevalier fut bien en peine de s’en remettre ! (Eberthal : 2T, 2B, 1 svg, 1 PV ! Silvère : 2T, 1B, 1 svg !)
     Le moment devenait décisif. Les deux combattants suaient à grosses gouttes, leurs forces étaient épuisées, les erreurs allaient s’accumuler pour déboucher sur une victoire finale. La première des dernières passes fut infructueuse (Silvère : 1T, 1B, 1 svg ! Eberthal : 2T, 0B). A la deuxième, le choc fut plus brutal et plus déséquilibré : le chevalier bretonnien martela sur le chevalier impérial, tant et si bien que ce dernier finit par lâcher prise sur son épée (Silvère : 2T, 1B, 1 PV !!! Eberthal : 2T, 0B).
     Silvère pointa son épée sur son adversaire, qui fit signe qu’il reconnaissait sa défaite.
     Franz et son voisin observèrent les deux chevaliers démonter, sans qu’aucun des quatre ne pipât mot ; les deux chevaliers rejoignirent les observateurs, avant de s’asseoir chacun sur son postérieur, à même la terre. Sans accorder un regard à son assistant, Dermann s’éloigna muettement du groupe, les deux mains jointes dans son dos.

     Si cette pierre avait véritablement de grands pouvoirs, alors il devait être prêt à courir des risques, même des risques diplomatiques.
     « Von Eberthal ! »
     L’intéressé étouffa un grognement en se relevant, avant de rejoindre son supérieur.
     « Von Eberthal, si vous glissez votre main derrière ma plaque pectorale, vous y trouverez une bourse. Sortez-là. … Bien. Sentez-vous les pastilles qu’il y a dedans ? N’y touchez surtout pas. Ouvrez la sacoche, approchez-là de ma bouche et débrouillez-vous pour qu’une pastille y soit logée. Après, vous attendrez mes ordres. »
     Fourbu, mais discipliné, l’assistant-chevalier fit tout ce qui venait d’être dit, remarquant au passage que les pastilles du commandeur avaient une étrange couleur verdâtre. Lorsque l’une d’elles fut avalée par celui-ci, tout son corps frémit, et des craquements suspects parvinrent de ses bras immobiles, que von Eberthal eut du mal à interpréter. En tout état de cause, il observa son supérieur revenir vers le sire de Castagne et Franz von Lassenburg, qui échangeaient quelques paroles à voix basse ; avant que quiconque eût pu réagir, Karl Dermann abattit son poing ganté sur la tête non protégée du chevalier du Graal, qui fut assommé sur le coup.
     « TRAITRE !!! – explosa von Lassenburg. »



***



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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Dim 2 Sep 2018 - 17:42




     Thomov von Ernst entra dans sa demeure en premier, suivi d’une petite foule de convives qu’il venait de rassurer quant à la situation présente : le danger (sorcier) avait été écarté (sa tête le prouvait) et ils pouvaient à présent reprendre leurs quartiers (peu probable) ou, s’ils souhaitaient à présent laisser lui et son épouse à leur lune de miel, ils pouvaient plier bagages et rentrer chez eux, avec la bénédiction des nouveaux mariés. Sachant qu’un bon tiers des convives avaient déjà évacué les lieux, les plus couards, le seigneur vampire gageait que sur ceux qui restaient, la moitié allait décider de rentrer, alors que l’autre moitié, les plus braves, décideraient de rester.
     En revanche, lorsque son ouïe fine capta ce qui ne ressemblait à rien d’autre que la voix d’Eveline, énervée, il indiqua poliment aux convives qu’il allait retrouver les domestiques pour leur donner l’ordre de reprendre leurs fonctions sur le champ ! Hélant des noms qu’il inventait à la volée, le seigneur vampire laissa les convives admiratifs de sa prévenance, et ce malgré le fait qu’il s’éloignait d’un pas de course fort peu élégant.
     Au fut et à mesure qu’il franchissait les couloirs vers une des ailes du manoir, il entendait plus que distinctement des bruits de lutte armée, et des voix parmi lesquelles il distinguait celles de son épouse, de son cousin et de la paladine Silvermoon.

     Rickart von Rotesschloss, quant à lui, ne trouvait plus les mots, sa verve était épuisée, il ne pouvait mettre un nom sur la situation dans laquelle il se trouvait : l’heureuse épouse à qui il avait naguère souhaité fertilité et longévité était en train de le combattre à l’épée, alors que son affreux cousin, ainsi tiré d’affaire, combattait Dangereuse Silvermoon, arrivée juste à temps…
     « DEUS VULT !!! »
     Elle criait à s’en rompre les poumons, elle en arrivait à subjuguer les menaces de son adversaire, elle n’avait nulle autre intention que de le décapiter et brûler son corps pour débarrasser le Vieux Monde de cette vermine.
     Lui n’en croyait pas ses yeux : les femmes, êtres par nature faibles et vulnérables, que jamais l’on ne verrait combattre aussi férocement, combattaient parmi les hommes et ce, l’une pour lui, l’autre contre lui. Il fallait que cela cesse !
     Eckart frappa de taille avec toute sa maîtrise : visant les points non-protégés par l’armure, il entailla les deux bras de la paladine, mais elle semblait ignorer la douleur, entaillant grièvement le flanc exposé du Burggraf ! (Eckart : 4T, 4B, 1 svg, 1 invu, 2 PV !! Dangereuse : 2T, 2B, 1 svg, 1 PV !)
     « FEMME ! - gronda Eckart, avant de frapper de taille avec une telle force que l’épée de la bretonnienne lui fut arrachée des mains. – SOUMETS-TOI ! »
     Sa rapière était désormais pile entre le heaume et le haubert de la paladine, et cette dernière avait la main qui tremblait… (Eckart : 3T, 2B, 2 PV !!!)

     « EVELINE ! ECKART ! QUE TOUT CELA SIGNIFIE-T-IL ?! »


***


     Bien plus loin, au bord de la route, Franz von Lassenburg venait de dégainer sa rapière, et il avait perdu le compte du nombre de fois dans cette journée. Son adversaire, lâche et fourbe, annonça soudain : « Eberthal ! Je me charge de notre ami ! Fouillez le chevalier, prenez la gemme et fuyez ! Nous nous retrouverons à l’endroit convenu ! »
     Franz n’en crut pas ses yeux en voyant l’assistant chevalier acquiescer et s’exécuter, mais le chevalier Dermann se mettait déjà entre lui et le sire de Castagne assommé, lame au clair et écu levé haut.
     « Nous ne nous sommes pas encore affrontés, jeune homme. Je vous conseille de ne même pas essayer. »
     Le noble moustachu n’eut guère besoin de sa rapière pour lui murmurer des pensées de mort. Vif et brutal, il s’élança au combat.

     « Pour son âge », son adversaire s’avéra beaucoup plus habile et résistant que de visu : le déluge d’estocades de Franz fut grandement amoindri par l’écu omniprésent de Dermann. Même s’il parvint à la blesser à la cuisse, Franz lui-même ne s’en sortit guère indemne, le chevalier parvenant à lui infliger une sévère entaille sur l’épaule (Franz : 3T, 3B, 2 svg, 1 PV ! Karl : 1T, 1B, 1 PV !).
     Le noble fut impuissant en voyant von Eberthal s’emparer finalement du fameux objet convoité, et de monter sur son cheval pour partir au galop.
     « Lâche ! Fourbe ! FELON !! »
     Dermann vit subitement les yeux de Franz s’injecter de sang ; sa rapière sembla émettre une infime lueur rougeâtre, alors que la plaie béante que le commandeur venait d’infliger cicatrisa à une vitesse anormale. Alors, la lueur rougeâtre s’estompa lentement. (Jet « Vampirique » : 6 ; Franz récupère 1 PV)  
     Le noble moustachu se jeta sur le commandeur avec une vélocité à couper le souffle ; son estocade fut si monstrueuse qu’elle transperça le crâne de Dermann de part en part, avant de ressortir brutalement (3T, 3B, 1 svg, 2 invus !). Pendant quelques instants, le commandeur demeura immobile (1T, 0B).
     « Je vois… - Franz se rigidifia de stupeur, - …que nous avons chacun nos petits secrets… - prononça lentement son adversaire. – Lequel est le vôtre, mein Herr ?
     - … MONSTRE ! »
     Franz frappa, mais maladroitement, et le commandeur n’eut aucune peine à bloquer avec son écu (Franz : 2T, 2B, 2 svg ! Karl : 0T). Cependant, Dermann réalisa que le trou dans son crâne n’était peut-être pas aussi inoffensif qu’il semblait : par moments, il ne sentait plus ses pieds…
     Von Lassenburg l’assaillit avec plus d’acharnement, et évita toute les ripostes (Karl : 0T) ; cette fois-ci, son adversaire s’en tirait avec un bras transpercé, qu’il aurait désormais plus de mal à mouvoir ! (Franz : 3T, 2B, 1 svg, 1 PV !)
     Etait-ce l’effet de la malepierre qui s’estompait ? Un effet secondaire ? Dermann n’avait pas le temps d’y réfléchir : il avait du mal à attaquer, et même sa défense devenait de plus en plus facile à percer ! Ce fut cette fois-ci les tendons de son poignet qui furent tranchés sec par le maudit nobliau ! (Franz : 3T, 3B, 2 svg, 1 PV ! Karl : 0T)
     Le moment survint où par une autre estocade spectaculaire son adversaire lui perfora le cou. Il aurait pu profiter de cet égarement, mais ses bras meurtris et ses pieds immobiles refusèrent de lui obéir ! (Franz : 3T, 2B, 2 invus ! Karl : 0T)
     Etait-ce cela, l’immortalité qu’il avait tant désirée ?

     Il fut brutalement bousculé vers l’arrière, tomba lourdement sur le dos, son ennemi le surplombant désormais avec la rapière pointée sur son nez. (Franz : 3T, 3B, 2 svg, 1 PV !!!)
     « Je ne sais pas qui vous êtes, - articula Franz, - mais votre serviteur a intérêt à revenir avec son larcin s’il vous souhaite revoir en bonne santé !
     - Qui je suis… - von Lassenburg trouva son adversaire étrangement serein pour sa situation. – Je suis quelqu’un… de très précieux à l’Empire.
     - Vous… vous moquez de moi…
     - Le duel, le duel contre votre ami était pour une pierre d’un grand pouvoir. Ce que j’ai fait, la raison pour laquelle mon assistant galope à présent à bride abattue, tout cela est dans l’intérêt de l’Empire et de sa Majesté Karl Franz.
     - Son Impériale Majesté n’aurait jamais approuvé vos méthodes ! – s’enflamma Franz.
     - C’est ce que vous croyez, vous, petit noble de province. Moi, je vous le dis : mettez-moi aux fers et avertissez-en son Impériale Majesté, et vous aurez pour toute réponse ma libération immédiate et votre exécution pour haute trahison.
     - Avez-vous seulement une preuve de ce que vous avancez ?
     - Votre ami, que j’ai du assommer, vous prouvera que j’ai raison. Il connait mon identité véritable, et en partie la raison de la présence ici.
     - Le sire de Castagne ?!
     - Oui.
     - Je…
     - Mais si vous décidez de me confier à ce noble sire, son courroux sera justifié et vous aurez vendu à la Bretonnie un des plus loyaux sujets de l’Empereur.
     - Vendu ? Rendu à la justice plutôt !
     - Dois-je vraiment vous faire un dessin de la justice bretonnienne ? Et, puisque vous semblez ne pas me porter dans votre cœur, jugez plutôt des conséquences pour les autres : l’affaire s’ébruitera, l’honneur impérial sera entaché, pire ! Une guerre pourra éclater ! Et tout cela, au nom de la « justice » !
     - Félon !
     - C’est tout ce que vous avez à me dire ? Dites-le à tous les félons qui servent la cause bretonnienne, et nous serons quittes.
     - C’était un duel d’honneur !
     - Il ne sait pas encore que c’est moi, que ce fut moi qui l’ai assommé. L’honneur impérial peut-être encore sauf, l’honneur impérial repose entre vos mains, mein Herr. À vous d’en disposer à votre guise. »
     Ces mots ôtèrent le don de la parole à Franz, qui demeura figé telle une statue. Une houle atroce, un ouragan se déchainaient dans l’océan de ses pensées. En une seule journée, son avenir s’effondrait. Il ne pouvait plus croire en l’amour, il ne pouvait plus croire en sa patrie. Que lui restait-il ? Que ferait-il ? Où irait-il ? Ici, désormais, tout lui répugnait. D’ailleurs, lui-même se trouvait répugnant. Comment s’était-il retrouvé dans un pareil pétrin ? Comment allait-il s’en sortir ? Il avait le choix : suivre les appels de son cœur, et remettre l’infâme commandeur au bon vouloir du chevalier du Graal, ou suivre l’appel de sa raison, laisser le commandeur partir, et mentir à son ami pour sauver la face de sa patrie disgraciée.
     « Le temps presse, von Lassenburg. Que décidez-vous ?
     - SOYEZ MAUDIT ! »
     Mais à part ce cri de l’âme, le noble ne réagit pas. Il sentait l’édifice de sa raison vaciller, son cœur s’empoisonner, et là, quelque part, dans sa main droite, sa rapière lui murmurait qu’il n’y avait qu’une seule véritable issue possible… révélant à Franz une terrifiante vision où il se tenait au même endroit, l’arme en sang, les cadavres du commandeur et du chevalier du Graal à ses pieds…
     « NON ! »

     Il rejeta sa rapière au loin.

     « Non, non, non !! »

     Il se détourna du commandeur, secoué de spasmes.

     « NON !!! »

     La rapière se ficha quelques pas plus loin, luisant comme jamais d’une couleur écarlate, émanation d’abord lumineuse, mais qui adoptait lentement une étrange consistance…

     Dermann, prenant garde à rester hors du champ de vision de Franz, se dirigea en reculant précautionneusement vers sa monture.

     « Chevalier Alain Magnan ! – l’intéressé se figea. – Mon maître a choisi. Ton crâne percé va rejoindre le Trône des Crânes…»



Vampire  Sanginaire 1  Vampire


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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Dim 2 Sep 2018 - 22:22






     « Thomov ! Aide-nous à les finir !
     - LA FERME ! »
     Eckart se raidit ; personne, personne en vérité ne lui avait jamais parlé sur un ton aussi impérieux, furieux, irrévérencieux. Le ton d’un maître envers un mauvais serviteur.
     « Cousin…
     - Eveline ? Dis-lui de se taire, ou je le tue.
     - Eckart ?… S’il te plait ?
     Les mots se bloquèrent dans la gorge du Burggraf.
     - Bien. »
     Dans la petite cour intérieure, ils étaient certes loin des convives, mais il pouvait au pire faire passer le chahut pour une première dispute conjugale. Le seigneur vampire évalua attentivement les visages de toutes les personnes présentes, calculant froidement les pours et les contres aux décisions qui s’offraient à lui. Rickart von Rotesschloss et Dangereuse Silvermoon : tous deux ressortaient du lot, tous deux avaient sans doute des connexions qu’il serait risqué de brouiller dans l’immédiat. Quant à l’éventualité de les laisser partir…
     « Herr von Rotesschloss, Frau von Silbermond. Etes-vous prêts à m’écouter attentivement ?
     - Parlez, Herr von Ernst, - répondit Rickart pour eux deux.
     Dangereuse ne bougeait guère : son adversaire avait toujours sa vie au bout de sa rapière. Thomov n’en fit rien.
     - Comme vous le remarquez sans doute, - dit-il, - vos vies sont présentement entre mes mains. Or, je n’ai aucune raison de vous les ôter.
     L’expression sévère de Rickart fut suffisante pour qu’il continuât sans attendre.
     - Vous êtes sans nul doute les plus braves et les plus perspicaces de mes invités. Il n’y plus de raison de dissimuler le reste : pour avoir autant d’autorité sur mes protégés, vous devinez juste, je suis moi-même un seigneur de la nuit, un nosferatu, un des maîtres véritables de cette contrée. Or, sachez-le, je suis tout aussi véritablement le sauveur de Lassenburg. Si ce village a pu fleurir au milieu de l’hostilité environnante, c’est grâce à moi. Mes troupes mort-vivantes… ne faites pas cette tête, Herr von Rotesschloss… mes troupes mort-vivantes surveillent cette contrée depuis que j’ai décidé d’y élire domicile, et peu importe la menace – ogres, chaotiques, elfes noirs ou hommes-bêtes, - tout cela passe par le fil de mon épée, pour le plus grand bonheur de mes concitoyens. Je bois du sang, il est vrai, comme mon épouse, comme mon cousin qui tient tant à vous voir trépasser. Sachez que moi, Thomov von Ernst, je ne souhaite pas de morts inutiles. Vous êtes des braves, prêts à défendre la veuve et l’orphelin, et la Sylvanie, l’Empire, le Vieux Monde a besoin de gens comme vous. Tout comme il a besoin de gens comme nous. Alors, à présent, je vous offre le choix. Soit nous nous séparons en bons amis, vous me jurez de quitter ma contrée sur le champ et ne jamais ébruiter ce que vous avez vu céans. Soit j’accède aux vœux sanguinaires de mon cher cousin, et votre aventure s’arrêtera ici, quelques jours après un mariage, dans un petit manoir de campagne. Pesez bien vos prochains mots car, en vérité, il s’agit d’une question de vie ou de mort. »

     Il ne fut guère étonné de voir ses deux « invités » comme « assommés » par ses paroles. Rickart von Rotesschloss fut une fois de plus le premier à briser le silence :
     « Où sont nos deux compagnons, Franz von Lassenburg et le sire de Castagne ?
     - Bonne question, - remarqua Thomov. – Je vous en pose une autre : sont-ils eux aussi au courant de ma nature et de la leur ? – dit-il en montrant d’un geste son épouse et son cousin.
     - Non, - trancha le noble, - nous les avons perdus de vue avant de… avant tout cela.
     - Je vois. Eh bien, je n’ai pas la moindre idée sur leur situation actuelle, mein Herr. En revanche, si vous ressortez d’ici vivants, il va sans dire que vous devrez les laisser dans l’ignorance qui est la leur.
     - Assurément, - les mots lui échappèrent, mais il était trop tard de reculer ; après tout, ils n’avaient pas le choix.
     - Assurément ? – répéta Thomov.
     - Nous acceptons, mein Herr. Je jure… sur mon honneur de ne rien révéler ni sur vous, ni sur votre maisonnée, - prononça Rickart sur un ton résigné, mais ferme.
     - Et vous, Frau Silbermond ? Eckart, baissez votre rapière, laissez-là parler.
     Bouillonnant intérieurement, le Burggraf s’executa.
     - Je… le jure… - articula la paladine, - … sur mon honneur.
     - Dans ce cas, nous allons ensemble vous accompagner jusqu’à la sortie. Enlevez votre heaume, Frau Silbermond, les combats sont terminés. Au moindre mauvais geste, meine Freunden, les combats seront terminés pour de bon pour vous, suis-je clair ?
     - Très clair, - fit en écho von Rotesschloss.
     - Mon cher cousin ouvrira la marche. »


***
***
***


     Lorsque Silvère ouvrit les yeux, la première chose qu’il vit fut la figure immobile de Franz von Lassenburg, agenouillé auprès de lui. Quant aux sons… était-ce un bruit d’épées ? Un autre duel ? Mais qui…
     A l’instant suivant, alors qu’il se relevait, le chevalier du Graal remarqua l’immobilité et la pâleur extrêmes de l’impérial : son regard était vitreux, ses traits tirés, d’ailleurs… ses cheveux avaient viré au blanc ?!! Mais que diable…
     Il n’en crut pas ses yeux en voyant les deux individus qui causaient le fracas des armes : le chevalier-commandeur Alain Magnan ferraillait contre… un être grand, mince, mais étrangement arqué sur ses appuis, entièrement nu, à la peau d’un rouge extrêmement vif et énervant, la tête hideuse coiffée d’une paire de cornes… et qui semblait manifestement prendre le dessus sur le commandeur !
     « Ho ! Hé ! Là ! Au nom de la Dame du Lac !! – cria le chevalier, déterminé à détourner l’attention de la chose abjecte.
     - Tu seras le suivant ! – crut-il entendre entre deux sifflements de la créature.
Le suivant ?! Peu importait.
     - Franz ! Sire von Lassenburg !
     Il fut bien plus effaré par la vision du noble moustachu tournant lentement la tête vers lui, le regard presque dénué de vie, les bras ballants… La chose lui inspirait-elle donc une telle frayeur ?!
Le chevalier se releva et dégaina. Il vit le commandeur trébucher, puis bloquer la lame écarlate du démon avec la sienne, puis donner un grand coup de savate dans le torse du démon, le repoussant brutalement ; la semelle de la botte impériale fuma étrangement…
     « Pour la Dame ! Pour le Roy !! »
     Prenant son épée à deux mains, Silvère chargea le démon sans retenue aucune, ce dernier sifflant haineusement dans sa direction. Le démon para un premier coup, puis un deuxième, le troisième en revanche trouva sa poitrine et la fendit cruellement de l’épaule au flanc opposé, arrachant au démon un hurlement bestial, mais le paladin ne s’arrêta guère.
     « LA DAME PROTEGE CEUX DONT LE BRAS EST FORT ET LA CAUSE EST JUSTE !!! »
     Petit à petit baigné dans une aura de sacre, il abattit son épée bénie tant de fois que la lame démonique finit par voler en éclats ! Le démon lui-même, coupé en plusieurs endroits, hurla de plus belle, avant de soudainement perdre consistance ! Plus qu’une forme ectoplasmique durant un instant, elle fila subitement dans une direction bien précise, que Silvère parvint à identifier malgré la brume : la rapière ouvragée de Franz von Lassenburg.
     Lorsqu’en revanche il se retourna vers celui-ci, il le vit toujours prostré à genoux, alors que toute trace visible du chevalier-commandeur et de sa monture s’étaient perdus dans la brume mystique.


***


     Ignorant si son supérieur s’était tiré d’affaire, von Eberthal s’en tenait au plan : rendez-vous à leur point de départ, la ville fortifiée de Leicheberg, place forte à la bordure stirlandaise, lieu civilisé le plus proche où il y avait le moins de chances de croiser des ennemis. Il savait que pour y parvenir, il devrait soit trouver la route et passer par Schwarzhafen, soit traverser directement à travers champs ; au vu de la journée qui déclinait (d’ailleurs, avait-il mangé quelque chose depuis le début de la matinée ?), il était peu probable qu’il arrivât à localiser la route, et même s’il y arrivait, le crépuscule sylvanien rimait nécessairement avec de mauvaises rencontres… En tout état de cause, sa situation était peu enviable, mais il fallait… Là !
     Les ténèbres nocturnes arrivaient rapidement dans ce maudit pays, et pourtant, la route était là, bien visible, serpentant le long de hautes collines escarpées, partant dans deux direction : Schwarzhafen au Nord-Ouest et un village sylvanien au Sud-Est. S’assurant qu’il allait dans la direction où le Soleil finissait de décliner à sa gauche, le chevalier rejoignit la route avec un intense sentiment de soulagement. Désormais, il était impossible pour lui de se perdre, mieux : il avait désormais la possibilité de passer la nuit à Schwartzhafen, si jamais sa monture lui semblât trop épuisée pour chevaucher durant la nuit… Lui-même, d’ailleurs, était fort épuisé, et l’obscurité naissante n’aidait pas : elle endormait.
     Lorsqu’en revanche des cris d’animal résonnèrent dans la nuit, il ouvrit grand les yeux et se concentra sur la route : il devait à tout prix parvenir à Schwarzhafen !
     Or, les cris bestiaux redoublèrent d’intensité. Eberthal entendit dans son dos des bruits rauques : on le suivait ! Au vu de la vitesse, le chevalier n’eut guère besoin de se retourner : ce ne pouvaient être que des loups, infames prédateurs qui voulaient sans doute profiter de la faiblesse d’un cavalier isolé…

     Le premier loup, trop téméraire, fut abattu d’un coup d’épée. Même dans les ténèbres, l’impérial ne perdait pas son sang-froid et se tenait prêt à vendre chèrement sa peau ! Ce fut hélas sa monture qui fut la prochaine cible, et face à tant de danger, le noble animal jugea mal le chemin cahoteux devant lui, trébucha en plein galop et envoya son cavalier voltiger la tête la première ! Von Eberthal se cogna durement, si durement que sa conscience sombra dans le néant…


***


     Leur départ fut sa gloire, au milieu d’ignorants, dans une grande cour où quelques équipages étaient chargés de valises par des valets placides, dont les maîtres et les maîtresses étaient des sots. Rickart grimaçait de dégoût devant se triste spectacle, mais cette vision lui semblait plus supportable que celle de son alliée, de son amie de ce jour, la paladine Dangereuse Silvermoon.
     Elle et lui sellèrent leurs montures sous la surveillance étroite du Burggraf von Erkinmund et du seigneur Thomov lui-même. Rickart n’en doutait pas : ce seigneur-là était encore plus coriace que tous ceux qu’il avait affrontés jusque là. Le défier aurait été synonyme de mort, aussi une retraite tactique s’imposait. Si seulement sa présence pouvait être d’un quelconque soutien à la paladine, qu’il devinait à n’en pas douter bien plus affectée par leur défaite…
     Lorsqu’en revanche ils quittèrent les écuries en tenant leurs montures par la bride, la vision du chevalier de Castagne arrivant dans la cour les cloua sur place.
     Auprès de lui chevauchait von Lassenburg, pâle comme la mort, les cheveux aussi blancs que la brume qui les encerclait.
     « R-Ritter de Castagne ! – ne put se contenir Rickart.
     - Sire von Rotesschloss ! – répondit l’intéressé, visiblement satisfait par cette rencontre.
     Son regard glissa de lui sur la paladine, et il fronça les sourcils.
     - Que… Lady Silvermoon ?
     La paladine demeura silencieuse, se contentant de monter en selle et d’enfiler son heaume.
     - Bah ! Elle s’en remettra !
     Cherchant immédiatement l’auteur de l’impolitesse, Silvère tomba sur le grand seigneur von Erkinmund. Quelque chose n’allait pas.
     - Sire von Erkinmund –
     - Burggraf von Erkinmund !
     - Burggraf, soit vous êtes fou, soit vous êtes un rustre.
     - Et vous, vous n’êtes plus le bienvenu ! Comme vous le voyez, c’est le moment des départs, et ce devrait être aussi le moment du vôtre.
     Silvère allait répondre quand le seigneur des lieux, Thomov von Ernst, s’interposa :
     - Pardonnez mon cousin, il a manifestement été trop longtemps dans mes souterrains, je veux dire, mes caves à vin !
     Face à cette explication, le chevalier du Graal faillit presque se détendre, mais…
     - Il n’en sera point ainsi ! – le Burggraf était manifestement à cran, chacun de ses mots s’imprégnant de colère. – Paladin de Castagne, votre vue m’insupporte ! Et si vous trouvez mes propos par trop déplacés, que diriez-vous d’un duel, ici et maintenant, pour honorer le départ de nos invités ?
     A ce moment-là, Rickart s’éveilla entièrement de sa torpeur, sentant également que la Frau Silbermond avait réagi. Qu’allait faire le chevalier ?
     - Burggraf, - le ton de Silvère était aussi froid que l’acier, - c’est un honneur que de pouvoir vous affronter séance tenante. Or, si vous insistez tant pour que je parte, que diriez-vous de m’affronter à l’extérieur, lance à la main, comme nous le faisons chez nous ?
     - Accordé ! – tonna Eckart. – Un cheval ! Un cheval ! Toutes mes terres pour un cheval ! »

     Ses ordres furent obéis jusqu’au dernier : on lui trouva un destrier caparaçonné, une lance de cavalerie et même un écu neuf. Les convives, bien que sur le départ, décidèrent communément que le spectacle en valait la peine et suivirent les jouteurs sur la route, où ils s’arrêtèrent.
Silvère et Eckart, eux, se postèrent de part et d’autre d’un champ. Thomov, intérieurement passablement agacé, donna le signal.

     Le chevalier du Graal, à qui une nouvelle fut également donnée, abaissa celle-ci en partant au petit trot. En face, son adversaire accéléra pareillement, mais garda sa lance en hauteur…
     Il l’abaissa au dernier moment ; non-habitué à une telle technique, Silvère ne put bloquer efficacement, mais la garde du Burggraf n’en était pas moins médiocre ! Dans un fracas atroce, les deux lances se brisèrent, les deux jouteurs gardant chacun une pointe profondément fichée dans l’épaule ! (Silvère : 1T, 1B, BM 2 PV !! Eckart : 2T, 2B, 2 PV !!)
     Hargneux, ils jetèrent les débris et passèrent aux épées ; il fut rapidement clair que l’un des deux avait l’avantage : plus rapide, plus fougueux, le Burggraf faillit renverser le bretonnien de sa monture ! (Eckart : 3T, 2B, 1 invu ! 1PV ! Silvère : 3T, 1B, 1 svg !) Ce dernier, se démenant pour alterner les angles d’attaque, n’avait guère la force suffisante pour percer l’armure ouvragée d’Eckart (Silvère : 4T, 2B, 2 svg !). Von Erkinmund, en revanche, frappa avec une telle férocité que son adversaire lâcha son épée ; une lumière aveuglante s’interposa, mais quand elle retomba, Silvère de Castagne chut lentement de sa monture… (Eckart : 4T, 4B, 1 svg, 2 invus, 1 PV !!!)

     Le Burggraf observa longuement sa lame ensanglantée. « Du sang bretonnien ! – dit-t-il enfin. – Voila quelque chose d’intéressant ! » Et il lécha le liquide carmin avec application, la pointe de la lance de Silvère ressortant lentement de son épaule… (Jet « Vampirique » : 6 ; Eckart récupère 1 PV)

     « Vampire ! Vampire ! » - clama quelqu’un dans la foule.
     Le Burggraf reconnut immédiatement la voix de von Rotesschloss, mais l’effet fut immédiat : ce que tout le monde se disait à voix basse, quelqu’un le clama haut et fort, provoquant une réaction de tumulte mécontent entremêlé de cris stridents d’angoisse ! Les femmes fuyaient dans la cour, les hommes se tassaient en groupe serré, alors qu’un individu, un seul, prit les devants :
     « Arrière, créature du mal ! Tu ne trouveras rien ici à part mort et trépas ! »

     C’était Thomov ; Eckart n’en crut d’abord pas ses yeux, mais le mari de sa cousine le toisait avec un air de vindicte, une main prête à dégainer, et dans son regard, il pouvait presque lire : « Déguerpis ou je te fais regretter ta propre existence. »

     « SINISTRE FELON !! »
     Contournant le groupe d’hommes, un cavalier galopait à la rencontre du Burggraf : Franz von Lassenburg, blanc comme un spectre, tenant dans ses mains une rapière dont le fer était étrangement brisé…
     « DEUS VULT !! »
     De l’autre côté, dégainant une épée intacte, la détestable paladine se ruait à son encontre ; or, il était seul, terriblement seul, tous les hommes encore présents le regardant avec peur et méchanceté, son cousin le fusillant du regard…
     « Soyez tous maudits !! »
     Il cabra sa monture, s’élançant dans un galop effréné à travers le champ, echappant de justesse à l’assaut du petit noble et de la Dangereuse, non… la paladine, bref, qu’ils soient tous maudits !

     Rickart accourut au plus vite auprès du chevalier de Castagne, qui ouvrit les yeux à ses appels, mais qui manifesta la plus grande difficulté à lier deux mots ensemble, tant sa faiblesse était grande. L’impérial fut agréablement surpris en voyant le destrier bretonnien se mettre à genoux pour que son maître puisse être hissé sur son dos, ce qu’il fit promptement. « Le cheval du Herr Rotesschloss ! Vite ! » - entendit-il la voix impérieuse de Thomov, et alors que le destrier de Silvère se relevait avec son précieux fardeau, un des convives amena une monture à Rickart, qui le remercia cordialement.
     « Allons, messire de Castagne, un dernier petit galop avant le bivouac, promis-juré-craché ! – dit-il en prenant place sur selle et soufflant de soulagement lorsque le paladin acquiesça du chef. – Ce vampire ne perd rien pour attendre, messeigneurs ! Yaa ! »
     Quelques hommes l’encouragèrent ; il leur fit un dernier signe de main avant de partir au petit trot, tout en s’assurant que le destrier bretonnien faisait de même. Derrière lui, Rickart sentait la présence menaçante de Thomov von Ernst, aussi il ne comptait rester guère plus longtemps dans la région… Parbleu, mais que ce fier palefroi était intelligent, pensa-t-il lorsque la monture de Silvère se mit à tour au galop tout en essayant de ménager son maître.

     Ils rejoignirent leurs compagnons après un long moment de course. Le Burggraf les avait semés, mais cela n’était guère étonnant : le cheval de Franz était foubu ; le cheval de la paladine, quant à lui, était probablement d’une rapidité inférieure au solide pur-sang que von Erkimund avait pris pour la joute. Cela dit, ils étaient quatre à nouveau, loin du danger, et ça, tous les quatre le ressentaient avec un soulagement quasi-palpable. Et ce, malgré le fait qu’il faisait nuit noire depuis longtemps…




***
***
***



     Sur une haute colline escarpée surplombant les environs, un individu se tenait debout, et le ciel étoilé ne permettait d’apercevoir que la fine forme de sa silhouette.
     Tout d’un coup, des bruits rauques et des bruits de course feutrée résonnèrent dans son dos… Il ne se retourna guère, comme si les créatures qui approchaient étaient inoffensives, alors que pourtant il s’agissait d’une meute de loups aussi gros que les petits chevaux des paysans, aux crocs de la taille d’un pouce et à l’appêtit vorace…
     Il ne se retourna que lorsque l’une des créatures s’arrêta auprès de lui, et l’individu extirpa quelque chose de la gueule immense de la bête. C’était une sacoche, une bourse contenant quelques pièces d’or, mais l’objet qui en fut extirpé était bien plus épais que les couronnes impériales, d’ailleurs, l’individu jeta négligemment la bourse pour ne garder en main que l’objet qui l’intéressait.
     « Hm… - prononça-t-il, - j’en ai de la chance. »




Fin de l'Acte des Duels





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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Sam 8 Sep 2018 - 22:07




Acte des conclusions






***


     « Qu’il y a-t-il, mon cher ?
     - AH ! »
     Une autre personne venait de surgir auprès de l'individu, d’une manière que seuls les spécialistes des collèges de magie d’Altdorf auraient pu interprêter pour les profanes impériaux. L’incongruité de cette entrée en scène fut en tout cas suffisante pour surprendre l’examinateur de l’objet :
     « Ça t’amuse, avoue-le !
     - Mais oui, ça m’amuse, - fit la personne d’une voix féminine et suave. – Alors qu’as-tu encore trouvé ?
     - Une gemme de pouvoir ! Pas de la malepierre, par contre. J’essaie enc – Eh !
     La femme, qui venait de lui arracher l’objet des mains, glissa subitement :
     - Tu as vraiment de chance, mon aimé.
     - Hein ? Tu connais la valeur de cet objet ? Rends-le-moi !
     - Je connais la valeur de cet objet. Essen, je te propose un marché : je te dis exactement ce que c’est, et tu me laisses le garder, d’accord ?
     - Mais c’est…
     - S’il-te-plait ?
     - … D’accord, mais…
     Les deux silhouettes se joignirent brièvement, ce qui pouvait faire penser à un baiser sur la joue.
     - D’accord.
     - Ecoute bien alors : il s’agit d’une des trois gemmes du Sceptre des Sables Changeants !
     - Hola ! Attends, je note !... Là, c’est bon, je t’écoute.
     - Celui qui réunit les trois gemmes a un pouvoir illimité sur le temps. Le Sceptre des Sables Changeants fut brisé, à en croire la légende, par Settra lui-même, qui ne voulait surtout pas que quelqu’un trouve un jour le moyen de défaire l’œuvre de toute sa vie…
     - Settra lui-même… Heum, attends voir, et où sont les autres gemmes ?
     - Je l’ignore, mais le fait d’être tombé sur l’une d’elles est véritablement un trait du destin. D’ailleurs…
     - Quoi ?
     - Elle a déjà fait du grabuge dans les parages, je le sens…
     - Du grabuge ?
     - Attends, ne dis plus rien.
     - Quoi ?
     - Chut !
     Pendant un moment, ils demeurèrent ainsi immobiles. Puis, le poing refermé de la femme luit brièvement d’un grand éclat bleuté, puis les ténèbres reprirent leurs droits. Le silence, lui, ne dura guère :
     - Alors ?
     - Alors c’est réparé. J’ai réussi !
     - Mais quoi donc ?
     - Va, va, je t’expliquerai ! Mais ailleurs, tu veux bien ?
     - Je te suis, ma chère, mais je compte sur toi pour tout me raconter !
     - Parole de lahmiane. Maintenant, allons-nous-en. »
     Les deux silhouettes se fondirent soudain dans la noirceur de la roche, sans qu’aucune trace n’en subsistât, comme s’ils n’avaient jamais été sur cette haute colline. Les loups funestes, encore présents, hurlèrent subitement à la lune : Mannslieb était ascendante, et baignait peu à peu la contrée de sa douce lumière…





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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Sam 15 Sep 2018 - 16:43

- Maman ! Viens voir ! Ils sont revenus !

Déposant son linge, Frieda se frotta le front de la manche avant de rejoindre son fils à l'entrée de la demeure. A quelques mètres à peine de l'enfant se tenait un individu vouté qui devait atteindre le mètre cinquante à peine. Vêtu d'un simple pagne taché par la boue, l'être était émacié et ses bras minces étaient terminés par des doigts crochus comme des serres. Il se tourna vers les deux villageois et les dévisagea d'un regard ahuri. Ses yeux étaient injectés de sang, son nez rabougris et sa gueule entrouverte révélait des incisives pointues comme des crocs.

La goule reprit sa marche sans s'attarder et dépassa la demeure en remontant l'allée. Elle oscillait à chaque pas en progressant. La femme passa affectueusement les doigts dans les cheveux de son enfant. Plusieurs autres de ces créatures s'engouffraient dans l'allée du bourg, jetant quelques regards aux deux humains sans s'attarder sur leur présence. La peau blafarde de la plupart d'entre eux luisait sous les timides rayons de soleil. De toute évidence, ils n'avaient pas échappé à l'averse survenue moins d'une heure plus tôt. Nullement choqués par cette vision singulière, tout deux parcouraient les nouveaux arrivant du regard à la recherche d'un spécimen bien précis.

Lorsque leurs cousins de plus forte stature passèrent à leur tour l'angle du bois, Frieda esquissa un sourire. Leur protecteur était de retour. Prenant son fils par la main, elle s'avança en direction des béhémoths. Leur peau blanchâtre, leurs serres et leurs faciès primitif étaient similaire à ceux des plus humbles représentant de leur engeance. Mais la ressemblance s'arrêtait là : tous dominaient l'adulte d'une tête au minimum et présentaient des muscles noueux et puissant. Pourtant, cela ne dissuada nullement le duo d'approcher. L'enfant levait des yeux ébahis et emplis d'étoiles en direction des colosses qui lui jetaient des regard sombre.

- Que…

Le Baron venait d'entrer dans leur champ de vision, évoluant dans le plus simple appareil sans paraître gêné outre mesure. Il était légèrement moins grand que ses plus imposants compagnons sous cette apparence. A aucun moment il ne chercha à cacher sa nudité, l'ancienne cicatrice de brulure étalée sur son torse ou la nouvelle cicatrice blanche à son flanc. Affichant un sourire qu'elle devina de façade, il la salua d'un signe de tête.

- FreiHerr, permettez moi…

Il s'immobilisa comme elle faisait volte-face et s'élançait dans sa demeure, laissant son garçon seul avec les colosses et leur protecteur. Peu effrayé, il fit signe au monstre le plus proche qui leva une énorme paluche dans sa direction, répondant à son salut.

- Tenez ! S'écria Frieda en accourant, un drap dans les bras.
- Merci infiniment, répondit-il en s'en emparant.

Passant la couverture autour de ses épaules, il reprit son avancée avec un grand sourire de reconnaissance. Aussitôt celle-ci changea de couleur en buvant la pluie recouvrant le Baron, lui tombant jusqu'aux genoux.

Une goule approcha l'enfant et lui tendis des loques imbibées d'eau. Les vêtements lacérés du Baron. Celui-ci s'en saisit volontiers.

- Ho ! S'écria-t-il en remarquant un éclat de lumière : le monocle de son seigneur, le verre fendu tel une toile d'araignée…
- Des visiteurs sont arrivés hier, déclara Frieda avec un sourire réjouit en prenant le pas de son seigneur.
- Ah oui ? Répondit Wolfgang en s'arrêtant. Voila qui est intéressant.  Combien sont-ils ?
- Deux couples, trois enfants et une vielle femme qui les accompagne. Trevor les a guidés et logés au manoir en attendant votre retour. Ils sont impatients de vous revoir.

Se frottant le menton en reprenant sa marche, le Baron se permit une seconde de réflexion.

- Me revoir dis-tu.
- Tout à fait, reprit-elle avec un regard affectueux a son fils. Ils viennent de Lassenburg.

A ce nom l'expression de Wolfgang se durcit. Néanmoins… ils avaient probablement quitté le domaine de von Ernst avant que la situation dégénère. Ils ignoraient où ils venaient de mettre les pieds. Ce mariage ne serait peut-être pas une débâcle totale, en finalité.

- Les deux femelles, sont-elles toujours en âge de concevoir ?

Frieda hocha vigoureusement la tête. Comme ils avançaient dans la rue principale, d'autre villageois sortaient saluer la cours du FreiHerr avec des mines réjouies.

- Assurément. Ah j'y pense, l'une d'elle était une domestique au mariage, embauchée en renfort pour les festivités si j'ai bien compris.
- Bien, bien… commenta Wolfgang en étirant sa nuque raidie par la longue marche depuis Lassenburg. Se doit être elle que je connais et que j'ai convaincu de venir avec le reste du bétail. J'ai hâte de la revoir.

Levant le bras, il fit signe à deux hommes qu'il remarqua à une fenêtre au premier étage d'une petite échoppe :

- Karl ! Marc ! Allez préparer un brasier pour ce soir : deux invités à la broche.

Puis se tournant vers l'un de ses protégés au moins aussi haut que lui il reprit :

- Johannes, vas préparer cinq chambres à l'orphelinat. Je vais vous envoyer de nouveaux locataires.

Levant sa main droite - celle indemne - il montra tout ses doigts levés à son protégé qui lorgna ces derniers en louchant.

- Cinq - chambre, répéta-t-il avec pédagogie.

Levant la main à son tour, la créature musculeuse imita sa gestuelle en déroulant ses épais doigts terminés par des griffes.

- 'inq, répéta-t-elle d'une voix grumeleuse.

Wolfgang hocha la tête. Comme les goules suivaient le missionné, Frieda s'interrogea :

- Cinq chambres et deux broches, énuméra-t-elle. Le compte n'y est…
- Hannibal a souffert des blessures sévères, la devança Wolfgang en reprenant son avancée. Je lui réserve la vieille, cela lui remontera le moral.
- Ho je vois. Rien de grave j'espère ?
- Rien d'insurmontable. D'ici quelques semaines il sera totalement remis.

Enfin ils arrivèrent face au second plus imposant bâtiment du bourg, dépassé uniquement par le fameux orphelinat.

- FreiHerr, votre tenue… s'inquiéta Frieda.
- Pas d'inquiétude, je pense savoir où Trevor a conduit nos invités. Je les rejoindrais après avoir enfilé une tenue digne de ce nom.

Songeur, il marqua néanmoins un pas d'arrêt en embrassant sa demeure du regard. Quatre-cent ans. C'est le nombre d'année que le chevalier impérial avait mentionné. Quatre-cent ans. D'autre menaces auraient le temps de se présenter en tant de décennies. Néanmoins… si Neue Hoffnung subsistait encore dans trois siècles… il faudrait envisager de déménager. Encore.

Le maître des lieux secoua la tête en gravissant les marches de son entrée deux à deux. Il aurait amplement le temps de réfléchir à tout cela. Délaissant le drap de Frieda en passant la porte, il s'engouffra nu dans son manoir avant de prendre la direction de ses appartements. Il avait des invités à accueillir et une tenue d'apparat était de circonstance.

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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Lun 17 Sep 2018 - 0:05

Il avait échoué. Encore. Décidément, la maison Castagne s’était semblait-il liguée pour le forcer à prendre la fuite à chaque fois. Mais à ce moment précis, il en voulait plutôt à la fatalité.

Helmut marchait seul sur une route dont les pavés avaient sans doute plus d’années que lui, ressassant les évènements de ces dernières heures. Il n’avait pas eu l’intention de rester sans rien faire après que Dame Gaea l’eut forcé à se dessaisir de la gemme temporelle. Il avait quadrillé le terrain avec ses spectres, et avait surveillé Silvère en attendant que celui-ci parte. Malheureusement, la confusion qui se déroula autour de Franz, Silvère, Karl et Von Eberthal permis à ce dernier de s’enfuir. Le temps qu’Helmut comprenne qu’il avait la gemme, il était déjà trop tard, et le chevalier avait traversé sa zone de surveillance.

Le vampire l’avait alors poursuivi, mais ce fut peine perdue. Lorsqu’il trouva le corps de Von Eberthal, celui-ci était déjà passé de vie à trépas, et était à moitié dévoré par des loups. Les bêtes étaient parties depuis longtemps, et après une fouille complète il comprit qu’il s’était fait doubler : la gemme avait disparue.

Qui avait pu faire ça ? Les autres protagonistes de l’action étaient alors occupés, Dame Gaea n’aurait pas agi de la sorte, et Thomov était trop loin, bien qu’il eut pu faire une chose pareille. La liste des suspects était vide. Même le baron Von Neuer Hoffnung ne collait pas : lui n’aurait pas employé des loups. Et rien ne disait qu’il était au courant pour la gemme. Il fallait chercher ailleurs.

Helmut avait donc repris le chemin de Lassenburg, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus. En arrivant près de la ville, il fut néanmoins surpris de voir qu’il se trouvait dans un environnement moins familier que prévu. La route semblait plus abimée, et certains bâtiments avaient disparus, remplacés par d’autres, qui accusaient eux aussi le passage du temps. Le doute n’était plus permis : il était revenu à son époque.

Ainsi, quelqu’un avait employé la gemme pour faire cesser l’anomalie ? Helmut esquissa un sourire alors qu’il analysait cette nouvelle version de la ville. Au moins, pensa-t-il, personne n’a tenté de s’en servir pour modifier l’Histoire, du moins à ce que je vois. D’une certaine façon, Helmut était cependant déçu. Il n’avait aucun moyen de tirer les choses au clair avec ceux qui étaient présents, la plupart d’entre eux étant morts. Quant aux autres, sans doutes avaient-t-ils rejoint leur époque eux-aussi. Cela dit, il était presque certain qu’au moins certains étaient encore en vie, à commencer par Thomov lui-même. Et aussi, à priori, le baron Wolfgang.

Penser au colosse disgracieux lui arracha une grimace. Il s’en voulait à moitié de ne pas avoir démasqué cet énergumène. Mais d’un autre côté, cela avait sans doute mieux valu, car il n’avait pas semblé commode après sa transformation. Et Helmut gardait un souvenir cuisant de la force avec laquelle il l’avait frappé lors de leur duel ‘amical’. Oui, cela était sans aucun doute pour le mieux…

S’avançant à travers le bourg, il constata que contre toutes attentes la ville était toujours debout, et n’avait en fait que peu changé. Il s’agissait toujours d’une petite bourgade, aux habitants simples, que la proximité avec la frontière de la province avaient rendu plus aimables que les autres Sylvaniens. Une question subsistait alors : étaient-ils toujours protégés par Thomov Von Ernst ? Une discussion rapide avec un boulanger lui apprit ce qu’il voulait savoir, et bien d’autres choses :le prix de la farine était en train d’augmenter (c’était déjà le cas en 2111, et à ce rythme Helmut se demandait combien pouvait bien coûter la farine), la province était calme ces temps-ci, et le seigneur Thomov avait repoussé une incursion ogres récemment.

Ainsi, il était toujours là. Intéressant.

Mâchant un croissant manifestement trop cuit, Helmut se dirigea vers la demeure de Von Ernst. Il put bientôt la voir, dominant le village de ses quatre étages, et en s’approchant il fut impressionné par l’apparence du bâtiment. Celui-ci était en excellent état, comme si les quatre siècles n’étaient jamais passés. Seules les réparations faites sur le lieu de la dévastation magique témoignaient du passage du temps. Helmut sourit à cette vue. De toutes évidences, le seigneur Thomov était toujours le même. Il se pouvait même que son influence ait largement dépassé celle de la ville. À l’instant même où cette idée traversa son esprit, Helmut sentit le besoin d’en informer son maître. Fichu sang de vampire, pesta-t-il intérieurement, je me serais bien passé de ce contrôle sur mes pensées. Mais l’urgence était faible, et il savait qu’il pourrait attendre encore quelques semaines.

La porte-fenêtre du premier étage s’ouvrit soudainement, et Helmut vit alors, s’avançant sur le balcon, Thomov Von Ernst lui-même. Le seigneur des lieux était vêtu de son habituel costume noir, et il était seul. À sa propre stupéfaction, les yeux de Thomov se posèrent instantanément sur lui.

« Vous êtes donc de retour ici, Herr Van Orsicvun, sourit le seigneur vampire. Combien de temps s’est-il écoulé ?

- Quelques heures à peine. Je vous ai quitté il y a une demi-journée environ, alors que vous veniez de…décoller ce que vous savez.

La ruelle était presque vide, Lassenburg n’étant pas très bondée ce jour-là. Mais Helmut choisissait soigneusement ses mots, histoire de ne pas alerter qui que ce soit.

- Si peu de temps, sembla réfléchir Thomov, et pourtant cela fait quatre cents ans. Et vous nous avez quittés bien promptement.

Le sourire du seigneur des lieux était léger, pourtant Helmut déglutît. Il ne s’était pas attendu à cette conversation, pensant ne pas avoir été repéré en arrivant en ville. Perdu.

- Je devais régler une affaire des plus urgentes, qui ne souffrait d’aucuns délais. Je gage, cependant, que vous avez fini par comprendre ce qui se tramait ici. La boucle temporelle s’est brisée avec celui qui la causait.

Thomov haussa le sourcil.

- Vraiment ? Est-ce tout ? Ou y a-t-il une face cachée à votre histoire que vous ne me dites pas ?

- Je vous dis la vérité messire. Sans cela, vous seriez encore coincés dans le temps, et votre ville aussi.

Le regard de Von Ernst se fit plus dur en une fraction de seconde.

- Je vous inviterais bien à entrer Herr Van Orsicvun, mais j’ai cru comprendre que vous aviez à faire. Cela dit, si vous revenez, mon hospitalité vous sera acquise, sachez-le. »

Helmut sentit son sourire se figer. Le message était clair : ne revenez pas, sinon vous ne repartirez jamais. Comprenant qu’il était une nouvelle fois devenu persona non grata dans une ville, il s’éclipsa en une courte révérence sous les yeux sévères du seigneur Thomov Von Ersnt.

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Livre d'armée V8 : 7V/2N/2D

Le lien vers mon premier récit : l'Histoire de Van Orsicvun

Le lien vers mon second récit : la geste de Wilhelm Kruger tome 1
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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Dim 28 Oct 2018 - 0:46


Dans cette sombre forêt sylvanienne, les ombres des sous-bois laissés ça et là filtrer les rayon d'un soleil matinal. Silvère de Castagne chevauchait à travers elle, la mine soucieuse. Après les sombres évènements survenus à Lassenburg, Silvère de Castagne avait pris congé de ses compagnons de fortune, afin de poursuivre sa propre route vers une quête dont il refusa de révéler la nature.

Le chevalier faisait pour l'heure le bilan de cette sinistre affaire. Entre les viles créatures démasquées, cette sombre histoire de sortilège et la disparition du Commandeur Magnan, cela faisait beaucoup d'éléments à analyser. D'autant que certaines choses lui échappaient. Pour commencer, il lui semblait que ses alliés du moment dissimulaient quelques faits d'importance. Notamment, les réactions du Burggraf von Erkinmund lui paraissaient étranges en présence de leur hôte.

Tout à ses pensées, il sortit des bois pour atteindre les environs d'un hameau. Le sentier qu'il parcourait le mener droit vers une route longeant celui-ci, et semblait à cet instant fort fréquenté. En effet, un groupe de répurgateurs interrogeait des paysans de manière fort insistante.

-Nous vous conjurons de parler misérable. Vous ne savez pas quel cruel sort nous réservons à ce qui entrave nos actions !

-Mais mein Herr, fos questions concernent Lassenburg. Fous n'êtes pas dans l'endroit pon pour trouver des réponses.

-Tant pis pour toi ! Emmenez-le !

Alors que le pauvre homme protestait en pure perte, Silvère se permit d'intervenir.

-Salutation fiers chasseurs de sorciers. Puissiez-vous lâcher cet innocent, je vous prie.

La troupe resta interdite à la vue du chevalier bretonnien ! Cela restait peu courant de rencontrer pareil individu en cette contrée. Néanmoins, le leader du groupe ne souhaitait pas se laisser compter.

-Salutation messire bretonnien. Vous n'êtes pas ici en situation d'imposer votre loi. Ne vous mêlez point de nos affaires ou il vous en coutera.

Le chevalier ne souhaitait guère entrer dans la confrontation, non par crainte d'une honteuse défaite, mais parce que les questions du répurgateur l'intriguaient.

-Non point de défiance messieurs. Je me permets juste de vous signifier que cela constitue une perte de temps pour vous, que les vils créatures utilisent à loisir pour poursuivre leur méfait. Et puis, il semblerait que vous soyez intéressés par Lassenburg.

-Ça se pourrait bien - rétorqua leur chef. - Mais en quoi cela vous concerne-t-il ?
-Parce que j'en viens messieurs, et que cela vous offre donc une belle source d'information. Plus intéressante en tout cas que celle de ce pauvre homme.
-Voilà qui nous intrigue noble seigneur, Pourriez-vous nous en dire plus. Comment s'appelle le seigneur des lieux ?
-Volontiers, il s'agit du Thomov Von Ernst qui a repoussé moult menaces par le passé.
-Allons donc - ricana le répurgateur. Et depuis combien de temps occupe-t-il ses fonctions.
-Je n'ai pas une connaissance aussi précise. Il me semble de souvenir que l'on m'a indiqué que ça faisait moins d'une décennie.
-De mieux en mieux !!!

La troupe de répurgateur s'agitait grandement devant ses informations. Au point que le paysan put s'éclipser sans se faire remarquer.

-Et que faisiez-vous là-bas, messire chevalier ?
-Ma foi, j'y suis arrivé bien par accident et suis resté après avoir accepté l'invitation du seigneur Von Ernst qui célébrait son mariage. Mais vous messieurs ? Je suppose que vous recherchez quelque chose en particulier en ce lieu.
-Vous ne croyez pas si bien dire. Soldats, mettez-le en joue !

Aussitôt, plusieurs arbalètes et autres mousquetons furent pointés en direction du chevalier du Graal.

-Comment osez-vous ? - s'indigna Silvère,
-Nous cherchons sur ce lieu toute information susceptible de révéler la nature maléfique de ses habitants. Et tous vos dires sont incohérents par rapport aux récits que les historiens ont rassemblé. Si vous avez effectivement assisté au mariage, ce dernier a eu lieu il y a plusieurs Siècle !!! Cela fait de vous un affabulateur ou un de ces démons !

Silvère resta interdit. Les propos du répurgateur était tout simplement inconcevable... à moins que... le sortilège !!!

Cependant, la bande de chasseur était en position de force, et à deux doigts de le passer par les armes.

-Attention devant !!!

Cette alerte provenait du sommet d'une cote d'où dévalait à très vive allure un chariot en flamme. Tous le monde resta un instant interdit. Silvère, plus prompts à réagir, profita de l'occasion pour s'échapper. Lançant son destrier en avant, il se dirigea vers le chariot. Tout aussi prompt, le répurgateur voulut lui barrer le chemin. Mais le bretonnien était beaucoup plus rapide et il ajusta un coup du plat de l'épée pour assommer cet opposant. Ce dernier fut projeté par le coup, tandis que le chevalier le dépassait pour remonter la route. Pendant ce temps, la troupe réagissait de manière totalement désordonnée. D'aucuns fuirent la route afin d'éviter le véhicule incontrôlable, tandis que d'autre tentèrent d'aligner le bretonnien. Aucuns n'y parvint, alors que ce dernier croisait le chariot, dont les armoiries étaient familières.

L'instant d'après, le chariot explosa, finissant de disperser les répurgateurs, qui par chance ne déploraient que de légères blessures ainsi que d'une surdité momentanée.

-Le chef est dans les vapes !
-Hein ?
-Il faut le poursuivre !
-Comment ?
-Replions-nous ?
-Vous dîtes ?

Dans le même temps, Silvère avait atteint le haut de la colline, où se trouvait d'autres chariots.

-Bien le bonjour Sire Osbourne, je suis fort aise de vous voir en ces lieux.
-Plaisir partagé Sire de Castagne. Vous m'offrez une belle occasion de tester ma marchandise. Mais ne nous attardons pas. Je préfère éviter les éloges du public.
-J'allais justement vous le proposer.

Les deux bretonniens reprirent leur route et devisèrent de choses et d'autres. Après plusieurs lieux, Silvère remercia son ami et prit congé de lui.

Les dires de ce répurgateur nourrissait ces interrogations. Il ne pouvait trouver de réponses qu'en retournant sur place. Toutefois, il redoutait ce qu'il allait y trouver. Soudain, il se rappela d'un échange entre Franz et Rickart. Le premier demandait au second la confirmation des dires de ce fourbe de Van Orsicvun. Comment avait alors répondu l'impérial ?

« Je ne suis pas en possibilité de vous répondre mein freund »... N'avait-il pas l'information, ou bien ne pouvait-il pas la communiquer...! Les pièces commençait à s'imbriquer les unes dans les autres !!!

-Ma Dame, faîtes que je me trompe, cette vérité qui s'offre à moi est plus horrible que ce à quoi je pensais ! - pria le chevalier.

-Hélas mon ami, vous me semblez avoir percer ces sombres mystères !

Dame Gaea de Grunere avait un don pour apparaître au détour d'un chemin, au moment où sa présence pouvait apporter quelque bénéfice.

-Mon amie, une question brule mes lèvres. Avez-vous jeté un œil sur les sortilèges qui ont affecté ce lieu ?

-Oui, fidèle chevalier. Je suppose que vous en devinez la nature.
-Un sort affectant le temps si je dois accorder crédit aux propos d'un chasseur de vampire... cela est dur à concevoir.
-Il y a pire je le crains. Qui est l'actuel maitre de Lassenburg selon vous?
-Je crains que Von Ernst ne nous ait dupé. De nombreux indices semblent indiquer que nous allons laisser échapper un terrible nosferati. Je compte retourner à Lassenburg pour en avoir le cœur nette.
-Ne vous donnez point cette peine. J'ai profité du spectacle du Shérif Osbourne pour sonder les esprits de ces rustres. Apparemment, Thomov Von Ernst organise régulièrement des rencontres avec ses semblables dans un lieu reculé. Je pense que nous avons tout intérêt à chercher dans cette direction afin de démasquer ses complices.


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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Dim 28 Oct 2018 - 0:47

Pas de vacances pour Magnan


Le commandeur Magnan boitait sur les sentiers lugubres du bois sylvanien. Malgré sa nature de mort-vivant, les blessures de sa dernière mission l’avaient fatigué, pour une fois il se sentait bien plus mort que vivant, un comble pour un homme ayant rêvé de la vie éternelle…

Il se demandait quand il allait enfin apercevoir un bout de la civilisation, lui qui était perdu et dont les éclaircies de l’aube l’éblouissaient et entravaient son orientation. Il commençait à se ressasser les derniers événements, le mariage maudit, l'anomalie temporelle, ses compagnons disparus, la bête de Neuer Hoffnung. Mais il n’eut pas le temps de développer ses pensées quand soudain, une colline surmontée de remparts se dessinait au loin dans le flou lumineux des rayons du soleil levant.

Un village fortifié ! se dit-il avec joie. Enthousiasmé à l’idée de pouvoir enfin se reposer et de soigner ses blessures, Alain Magnan accéléra le pas tout en essayant de retrouver l’allure assuré du chevalier qu’il était. Il fallait faire bonne impression auprès des habitants, leur montrer l’image du noble guerrier revenu de campagne, meurtri mais gardant la tête haute. Et surtout, il ne fallait surtout pas révéler sa nature de revenant, expliquer sa peau sèche par son vieil âge et ses cicatrices comme des blessures de guerre.

Après quelques minutes de marche, il arriva aux portes du village. Personne… Il n’y avait personne pour l'accueillir. Aucun garde ne surveillait les remparts et la grande rue qui se présenta devant lui était déserte. Était-il arrivé dans un village fantôme ? Peu importe, s’il n’y avait pas d’habitant, il pouvait alors réquisitionner un toit sans payer le logis. Avec de la chance il pourrait même y trouver de vieux tissus pour faire des bandages afin de mieux cacher cette horrible cicatrice qu’il avait au beau milieu du crâne.

« Monsieur… fit une petite voix non loin de lui.
– Qui va là ?! Lança Magnan, surprit, mais se tenant près à dégainer son épée.
– Vous avez l’air fatigué monsieur… »

C’était une petite fille qui s’adressait au chevalier, elle sortit d’un coin de ruelle sombre et regardait Magnan d’un œil curieux. Le commandeur était plus rassuré, cette petite fille n’était sûrement pas un critère de beauté, mais elle n’avait rien de dangereux. Il lui répondit avec un air enchanté.

« Heum, bonjour petite. Oui en effet, je suis extenué. Dis-moi, tu ne connaitrais pas une auberge où un vieux chevalier comme moi pourrai me reposer ?
– C’est quoi une auberge ?
– C’est, hmm, un endroit où on peut dormir, mais ce n’est pas notre maison.
– ? »

Magnan regardait autour de lui. À part lui et la fillette, il n’y avait personne d’autre. Tout ceci était plutôt suspect. Magnan, reprit :

« Dis-moi petite, où sont tes parents ?
– Vous voulez voir Papou ?
– Heu, oui. Peux-tu m’emmener voir Papou ?
– Oh oui ! Suiviez moi monsieur, Papou adore avoir de la visite ! »

Invitant Magnan à la suivre, la petite fille partit en courant dans les ruelles désertes du village jusqu’à arriver devant une imposante villa. Magnan avait du mal à la suivre, il faut dire qu’après tous ces évènements il avait grand besoin de repos. Mais la fillette ne s’arrêta pas devant le porche, elle pénétra dans la demeure et gravit les grands escaliers, sautillant de marches en marches, jusqu’à arriver devant une grande porte. Manquant de trébucher dans l’escalier, Magnan regarda en arrière un instant. Il crut voir des ombres depuis le rez-de-chaussée, le même rez-de-chaussée qu’il avait quitté il y a quelques secondes à peine et qui lui avait semblé bien vide.

« Papou ?! cria la petite fille en frappant énergiquement à la porte.
– Oui mon enfant ? répondit une voix forte mais bienveillante.
– Un monsieur est là !
– Oh ! Un visiteur dans mon humble demeure. Soit gentille ma chérie et dit au monsieur qu’il peut entrer.
– Vous pouvez entrer monsieur, dit gentiment la fillette au chevalier. »

Magnan n’était pas serein. Cet endroit ne lui disait rien qui vaille. Il aurait dû se méfier, il était toujours en Sylvanie après tout...

Qui avait-il dans cette pièce ? Un vampire ? Et cette petite fille… était-elle une illusion ? Un pantin ? Un zombie ? Bah, de quoi avait-il peur ? Lui aussi était un mort-vivant. De toute façon, il était repéré, il ne pouvait plus faire marche arrière. Il prit la poignée de la porte dans sa main et la tourna. Il pouvait enfin voir ce qui l’attendait dans cette pièce : c’était une salle à manger, une grande table avec une nappe immaculée se tenait au milieu. Un homme vêtu d’un élégant habit prenait le petit déjeuner d’une manière bien snobe, digne d’un gentleman. Tout en tenant sa tasse de thé il accueilli son invité :

« Soyez le bienvenu dans mon humble domaine messire. Je me présente, Freiherr Wolfgang Von Neuer Neuehoffnung.
– Neuer Hoffnung ! S’écria Magnan en ayant reconnu le "monstre-garou" qu’il avait désespérément affronté la veille.
– Neuer Neuehoffnung s’il vous plait, corrigea Wolfgang qui n’avait pas reconnu son visiteur.
– Heum…
– Me voilà honoré de votre visite dans mon orphelinat, vous qui connaissez mon ancien titre. Messire ?
– Je…
– ?
– Je dois…
– Vous devez être fatigué messire. Venez, prenez un siège, je vous offre le dîner.
– Je-je-je... Je peux pas ! J’ai équitation !
– ?! »

Magnan claqua la porte et repartit en courant, dévalant les escaliers, sortit du bâtiment, bousculant la petite fille sur le seuil et surprit par vitesse les goules qui attendaient en embuscade dans les ombres du bourg. Par tous les dieux du Vieux Monde, il était temps de prendre sa retraite ! Fini les missions impossibles pour son ordre, il était temps de prendre des vacances, au bord de mer !



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Seigneur vampire

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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   Lun 29 Oct 2018 - 11:30


     « Ma foi, je ne sais pas, mein Herr. Vous devez vous tromper d’endroit. Je suis vraiment navrée. »
     Ils étaient dans la cour d’une grande ferme fortifiée, ferme que Franz croyait connaître par cœur, mais qui n’était pourtant pas celle qu’il avait laissée à ses gens il y avait à peine quelques jours. Pardi, il était seul héritier, n’était guère encore marié, n’avait nulle autre famille que ses vieux parents, et voila qu’il voyait des enfants d’âge varié s’affairer autour des poules et des chevaux ! Et aucun, aucun visage ne lui semblait familier !
     Il y eut un long silence gêné, puis le noble tourna le dos à la fermière qui l’avait renseigné, et repartit d’un pas vigoureux ; c’eut à peine s’il n’avait couru hors de la ferme. Il incomba à ses deux compagnons de route, Rickart von Roteschloss et Dangereuse Silvermoon, de proférer quelques mots de politesse pour au moins remercier la bonne femme de son amabilité. Après tout, l’amabilité était toujours précieuse dans ce monde impitoyable…
     Rickart et la paladine trouvèrent leur compagnon en bien curieuse posture : monté sur son palefroi, il était fixait cependant la terre à deux pas devant lui, immobile, rigide.
L’impérial fut le premier à réagir : sans crier gare, il asséna sur la croupe du palefroi une claque si puissante que la bête se cabra, faillit désarçonner un Franz médusé, puis partit au galop ! Dangereuse et Rickart furent légèrement éclaboussés de boue, cette dernière ne manquant pas de demander au premier quelle folie pouvait bien lui avoir traversé l’esprit :
     « Vous vous rendez compte qu’il aurait pu se rompre le cou ?
     - Parbleu, cela lui aurait fait une belle jambe ! Je gage que si c’eut été le cas, alors même descendre d’un escalier aurait été éventuellement impossible pour notre ami. Vous comprenez ?
     - Vous auriez pu… lui laisser le temps, prier ses dieux.
     - Ha ! On croirait entendre un docteur tiléen ! « Laissez lui le temps et priez les dieux ! »
     - Sire de Roteschose !
     - Rotesschloss, corrigea Rickart. Sérieusement, mein Frau, je pense avoir eu le bon réflexe, voyons si notre compagnon me donnera tort…
     Franz était parvenu à maîtriser sa monture un quart de lieue plus loin, et s’en retournait désormais vers la ferme, le teint blême et l’air vindicatif…
     - Si c’est là votre définition d’une blague, mein Freund, alors je vous serai gré de plaisanter moins souvent !!
     - Il parle ! – l’ignora l’impérial en s’adressant à la paladine. Il parle, mein Frau, notre enfant a parlé !!
     - Qu’est-ce que… - le sang sembla refluer dans les joues du noble. Suffit ! Qu’est-ce que cela signifie ?! »
     Il fut bien en peine de recevoir une réponse, car Rickart continuait à discourir d’un air de plus en plus théâtral (« c’est le plus beau jour de ma vie ! ») et par son comportement troublait aussi bien Dangereuse Silvermoon que son ami. Passablement agacé, Franz finit même par vouloir montrer le fer de sa rapière, et parut étonné lorsque son arme fut sortie toute entière, car il ne s’agissait que d’un manche et d’un pouce d’acier tranchant.
     Son regard se fixa sur la lame désormais fichue de sa lignée ; il ne remarqua même pas que Rickart avait alors cessé de se donner en spectacle. Dans l’esprit de Franz, les souvenirs du mariage défilèrent à une vitesse vertigineuse.

     « La peste soit des rapières !! – finit-il par proclamer en catapultant le manche dans le champ voisin, avant d’y propulser pareillement le fourreau désormais inutile. »



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MessageSujet: Re: Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg   

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Le Jeu des duels honorifiques de Lassenburg
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