Armées Comtes Vampires et mort-vivants

Forum communautaire et cosmopolite dédié aux Comtes Vampires, mais pas que : récits, concours, modélisme, peinture et conseils autour de warhammer, age of sigmar, 9e age, king of war. . . Ainsi qu'un discord multi-forum !

 
AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang

Aller en bas 
AuteurMessage
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 5 Mai 2018 - 14:12

Bonjour à tous.

Cela fait longtemps que j'ai l'intention de raconter cette histoire. L'histoire de Wilhelm Kruger, chevalier vampire, créé lors du tournoi du fort de sang il y a maintenant 2 ans.

Mais avant de vous poster le texte en lui-même, permettez moi de vous narrer l'histoire de la création ce personnage, qui est en quelques sortes le mec que j'ai rencontré par hasard dans la rue et qui a finit par devenir un de mes meilleurs amis.

Von Essen m'avait demandé plusieurs fois de participer au tournoi du fort de sang, et au bout d'un moment je me suis dit "pourquoi pas". Mais n'ayant pas de livre d'armée sous la main, je lui ai répondu que je ne pourrais pas le monter moi-même. À cela il m'a répondu que lui pouvait s'en charger, et que j'avais simplement besoin de lui donner un nom, une apparence et une vague personnalité. J'ai été tenté par lui sortir Ser Tiberius Kael, dragon de sang (et personnage officilel de WHJDR V2) qui parcoure le monde en quête de défis. Le concept m'a plu, mais j'ai préféré créer mon propre dragon de sang. Le nom lui même "Wilhelm Kruger" a été trouvé par je ne sais quelle association d'idées, et je lui ai donné une personnalité de chevalier bien classique, ce qui est finalement assez rare dans la race vampirique. Le tout prenait une-demi page au mieux.

Lors du tournoi, j'ai vu que les intermèdes étaient ma foi très agréables à lire, et j'ai commencé à me prêter au jeu. La défaite de mon personnage au premier tour du tournoi ( Skull ) m'empêchant de le revoir d'une autre façon. J'ai donc peu à peu étoffé ce personnage, et son histoire s'est mêlée à celle de trois autres lors du final.

Puis un an plus tard est arrivé le grand tournoi de la Reiksguard. Une foule de participants sont arrivés, et Wilhelm parmi eux. Bien sûr, mon second personnage a eu plus d'importance que Wilhelm lors de cette évènement (ah Helmut  Love , un jour toi aussi tu auras ton récit), mais ce n'est pas ce qui nous intéresse. Wilhelm a pu lors de ce tournoi avoir un vrai développement de personnalité, et même prendre sa revanche sur Silvère. Sa défaite en finale l'a lancé sur les routes du Nord, mais ce n'est pas ce que je vais raconter dans ce premier tome.

Car à la suite du deuxième tournoi j'ai eu la soudaine envie, motivé par la lecture de la saga d'Oksilden, de lui écrire une origin story. L'exercice me paraissait faisable, mais a prit beaucoup plus de temps que prévu à commencer réellement.

Désormais j'en suis au chapitre 3, et je continue d'avancer. Il y aura sans aucun doutes des pauses, que j'espère courtes, mais on ne peut y couper. Voici en tous cas en premier lieu le prologue de cette histoire, en espérant que cela vous donnera envie de lire la suite.

La geste de Wilhelm Kruger

Tome 1 : La voie du sang.



Prologue


Le soleil entamait lentement sa courbe descendante, projetant les ombres de la forêt sur les deux chevaliers. Ils avaient laissé leurs chevaux au début du sentier, privilégiant une approche discrète face à l’inconnu. Ferragus était en tête, le poing serré sur le pommeau de son épée et son bouclier bien accroché au bras gauche. Tous ses sens étaient en alerte, et il essayait le plus souvent possible de marcher sur de l’herbe ou de la mousse afin d’étouffer le cliquetis causé par son armure intégrale. « La dame me protège », pria-t-il silencieusement, « cet endroit est lugubre ».

Lugubre, il l’était en effet, principalement à cause du silence. D’habitude, la forêt du duché de Parravon grouillait de vie, mais aucune créature ne semblait vouloir s’approcher de cet endroit. Paradoxalement, cela leur avait confirmé que leur but était proche. Dans ces conditions, il était facile de voir en chaque arbre une forme inquiétante aux airs menaçants. Un léger vent frais vint les faire frissonner, malgré la température.

« On s’approche, chuchota Guy, j’aperçois des tours sur la droite. » D’un rapide coup d’œil Ferragus confirma que le regard acéré de son compagnon avait encore vu juste, malgré son casque. « Je n’entends toujours rien, continua-t-il. S’il y a qui que ce soit ils sont extrêmement bien cachés. » Ferragus hocha la tête, puis se dirigea vers l’édifice repéré par Guy. Il s’agissait d’un fortin en ruines, datant très certainement de plusieurs siècles auparavant. Ses murs avaient fait la joie des plantes grimpantes, et les remparts étaient majoritairement effondrés. Faisant corps avec le rempart Ouest, la tour avait l’air d’être la seule section encore viable, mais ses fenêtres ne révélaient de l’intérieur que l’obscurité.

Guy et Ferragus entrèrent lentement dans l’enceinte de la ruine, prêts à bondir au moindre bruit déplacé. Cependant, les plantes avaient également envahi la cour intérieure, rendant leur surveillance superflue : si quelqu’un ou quelque chose les attendait là, il leur serait impossible de le savoir. Mais c’est sans rencontrer le moindre danger qu’ils atteignirent la porte de la tour après quelque pas. Guy colla son oreille au battant de bois usé, et écouta durant une dizaine de secondes avant de secouer la tête en direction de son compagnon. S’il y avait la moindre forme de vie à l’intérieur, elle ne faisait aucun bruit.

Ferragus commençait à penser qu’ils ne trouveraient rien ici, mais Guy posa résolument la main sur la poignée et tourna, sans aucun succès. La porte était verrouillée. « Par la dame du lac, pensa-t-il, cette ruine commence à me vriller les nerfs », et sans plus de cérémonies il leva son pied et le projeta violemment vers le panneau de bois, heurtant la porte de son soleret. Le verrou sauta dans un claquement, et le battant tourna si vite qu’il heurta le mur à droite, dissipant tous leurs espoirs de discrétion en un grand fracas. Dans la lumière intérieure les deux chevaliers purent s’apercevoir que leurs soupçons étaient fondés. L’endroit était visiblement occupé, proprement meublé avec une table, quelques tapis, et plusieurs bibliothèques remplies de livres. Des bougeoirs décorés disséminés un peu partout éclairaient efficacement la pièce. Sur la droite une autre porte en bois menait très certainement vers un escalier, aucun n’étant visible. C’est alors que Guy et Ferragus entraient, leurs mines étonnées dissimulées derrière leurs armets d’acier, que cette même porte s’ouvrit.

L’individu qui en franchit le seuil était vêtu d’une robe pourpre couverte par une pèlerine de la même couleur brodée de dorures. Une ceinture de cuir lui serrait la taille et soulignait un léger embonpoint. Son visage rond était éclairé par un sourire affable, et sa maigre couronne de cheveux blancs lui donnait presque un air saint. « Bonjours mes sires, sourit le nouveau venu, bienvenue. Je crains de ne pas pouvoir vous recevoir correctement, n’ayant en aucun cas été prévenu de votre visite. Cela dit, je pense que mon maître sera ravi que vous lui fassiez part de la raison de votre présence ici. Si vous voulez bien me suivre. » Il n’avait pas bougé durant toute sa tirade, mais leur fit signe de l’accompagner vers l’étage supérieur, un escalier étant effectivement visible derrière lui. Ferragus n’avait pas quitté l’homme en pourpre des yeux, mais Guy avait commencé à inspecter la pièce sans perdre un instant, qu’il s’agisse du contenu des bibliothèques ou des ornements des bougeoirs. Toutefois, lorsque leur interlocuteur mentionna l’invitation, il interrogea Ferragus du regard. Ce dernier finit par faire un signe de tête en direction de leur hôte, et avança vers lui. « Tu n’as pas intérêt à nous entourlouper, menaça-t-il, parce que sinon je jure sur la dame que ton chef ne restera pas longtemps aussi solidement fixé à tes épaules. »

Si l’homme en robe fut impressionné par cette menace il n’en montra rien, maintenant son sourire tout en faisant signe à Guy de venir. Il les mena dans un escalier droit qui faisait un demi-tour pour remonter ensuite vers l’étage. Une fenêtre située sur le mur du palier permettait à la lumière du jour d’éclairer leur ascension. Au terme de celle-ci l’homme frappa un seul coup sur le battant d’une porte en bois cerclée de fer, et l’ouvrit sans attendre de réponse. « Nous avons des visiteurs, mon maître » déclara-t-il en entrant. La pièce était en partie plongée dans la pénombre, la seule lumière provenant de deux autres fenêtres sur le mur de gauche. Une cheminée était fixée au mur droit, mais elle semblait inutilisée depuis aussi longtemps que les murailles à l’extérieur. L’homme en robe se dirigea vers l’intérieur, suivi par les deux chevaliers, qui se figèrent après quelques pas.

La décoration de cette pièce n’avait rien à voir avec le charme coquet de celle de l’étage en-dessous. Sur le sol étaient tracés au charbon plusieurs symboles étranges, et les meubles, de simples tables posées contre les murs, étaient couverts d’outils et d’éléments que ni Ferragus ni Guy ne parvinrent à identifier. De plus, sur le mur en face d’eux était dressée une large tenture d’un bleu turquoise, avec pour seule décoration le dessin très détaillé d’un œil multicolore au regard pénétrant.

« Quel est cet endroit ?» La voix de Ferragus avait perdu de son autorité, mais il se reprit rapidement. « Qui êtes-vous, et que signifie tout ceci ? » commanda-t-il tout en s’avançant. Guy posa la main sur la poignée de son épée, et ils s’aperçurent que dans leur étonnement ils n’avaient pas remarqué la quatrième présence dans la pièce.

Leur guide s’était approché d’un individu qui leur tournait le dos, enveloppé d’une longue cape sombre qui le dissimulait à leur vue. Il les regarda rapidement alors qu’ils approchaient avant de se tourner vers la forme encapuchonnée. « Maître, commença-t-il d’une voix doucereuse, voici les étrangers qui viennent de pénétrer chez nous. Faut-il que nous les considérions comme des…invités ? » En prononçant ce dernier mot, son visage s’était désormais fendu d’un sourire carnassier. Guy et Ferragus s’apprêtaient à couper court à la conversation quand la voix du second homme retentit dans la pièce. Cette voix les tétanisa sur place par son étrangeté. Elle semblait être faite de plusieurs voix mélangées, comme si une dizaine de personnes avaient prononcé les mêmes mots en même temps. Et son timbre ne ressemblait à rien de ce qu’ils connaissaient, une sorte de mélange d’aigus et de graves qui aurait dû être discordant mais qui, par quelque miracle, ne l’était pas. « Leur venue ne semble pas perturber notre avenir mon cher, prononça cette fameuse voix sur un ton indescriptible. Autant régler cela immédiatement, et retourner ensuite à nos préparatifs. Il reste beaucoup à faire. » L’homme en cape se tourna alors vers eux, dévoilant son physique aux deux chevaliers qui écarquillèrent les yeux d’horreur.

Sa tête bleutée n’avait plus rien d’humain, et ressemblait de loin à celle de quelque oiseau exotique. Mais de près Guy s’aperçut que sa peau semblait onduler constamment, et c’est avec dégoût qu’il s’aperçut qu’en réalité des visages apparaissaient et disparaissaient sans cesses dans les replis de son épiderme. Ces visages arboraient une infinité d’expression, tantôt pleurante tantôt grimaçante, allant de la joie à la colère, le tout dans un ballet sans ordre ni logique. Le visage même de l’individu était lui bien visible au milieu de ce capharnaüm, ses yeux noirs les fixant alors que son bec se tordait d’un rictus malfaisant. Ses mains, bleues elles aussi, qui ressemblaient plus à des griffes garnies de plumes, étaient les seuls autres appendices visibles, le reste de son corps maigre étant dissimulé par une longue robe bleue et or richement tissée.

« Pour la daaaame ! » s’écria Ferragus tout en chargeant, l’épée levée bien haut. S’il n’avait aucune idée de ce à quoi ils faisaient face, une chose était certaine : il fallait l’éliminer sans perdre un instant. Tout en ricanant, l’homme-oiseau pointa alors un doigt dans sa direction et murmura quelques paroles inaudibles. Aussitôt un jet de flammes multicolores surgit de l’appendice griffu et enveloppa Ferragus, qui s’effondra alors en hurlant. De son côté, Guy avait profité de la distraction générée par son compagnon. Dépassant Ferragus, alors à terre, il asséna un coup de taille à leur démoniaque adversaire avec la ferme intention de le décapiter. Mais son mouvement fut interrompu d’une manière inattendue : la main-serre de l’étrange créature avait attrapé son bras et avait arrêté son attaque avec une force surprenante. Il n’eut pas le temps de se reprendre, car il se sentit être violemment frappé au niveau du torse, ce qui le propulsa près des fenêtres. Encore sonné par l’intensité du coup, Guy se releva péniblement, et n’eut que le temps de brandir son bouclier alors que l’homme-oiseau faisait apparaître un orbe enflammée qu’il projeta dans sa direction. Cela fut suffisant pour le protéger du feu, mais le souffle de l’explosion résultant de l’impact le catapulta en arrière, c’est avec surprise et effroi qu’il se sentit alors chuter : il était passé par la fenêtre.

Sa chute fut courte. Il eut le temps d’entendre le ricanement de leur ennemi, qui se mua soudain en un cri désincarné, puis ce fut la douleur. Et le noir.

*

À son réveil, Guy ne put dire combien de temps il était resté évanoui. Son corps tout entier lui faisait mal, et bouger le moindre muscle relevait du calvaire. Pourtant, indescriptiblement, il sentait que quelque chose d’autre le dérangeait, quelque chose qui n’était pas comme avant. Ce n’est qu’au bout de longues minutes qu’il parvint à identifier ce qui avait changé : les oiseaux s’étaient remis à chanter.

Il lui fallut du temps pour se remettre debout et parvenir à marcher. De pénibles moments s’ensuivirent où il traîna son corps endolori jusqu’à la porte de la tour, s’appuyant sur son épée et sur les murs pour avancer. Ce qu’il y découvrit ne fit qu’augmenter son malaise : l’endroit était vide. Les meubles, les livres, tout avait disparu. Et pire que tout, les pièces étaient désertes. Le seul signe de leur combat était une grosse trace de brûlé dans la pièce où ils avaient affronté la créature.

De Ferragus il ne retrouva rien.


EDIT : la balise [recit] ne marche plus ? Parce que je voulais rajouter des alinéas à chaque paragraphe et je ne trouve plus comment faire...


Dernière édition par Arcanide valtek le Ven 18 Mai 2018 - 0:35, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gromdal
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 21
Nombre de messages : 1912
Expérience de jeu (CV) : Les Vampires ? Très peu pour moi ! Les Nains, par contre... Depuis 2009, V7
Date d'inscription : 23/08/2014

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 5 Mai 2018 - 14:51

Wow

Il n'est point de mot qui puisse décrire mon engouement face à la nouvelle d'une origin story de Kruger. Fou

Et ce prologue ne nous dévoile rien ! Ou du moins rien qui nous fasse du sens pour l'instant... Ô malicieuse torture ! lol



Juste le découpage de la phrase, qui me paraît lui un rythme étrange, ici :
Citation :
Dans un claquement le verrou sauta, et le battant tourna si vite qu’il heurta le mur à droite, dissipant tous leurs espoirs de discrétion en un grand fracas.
J'aurais mis une virgule entre "claquement" et "le verrou", mais ça hacherait trop la phrase... Peut-être juste changer avec "Le verrou sauta dans un claquement" ? Ça me paraît un peu plus agréable à lire. Bon après c'est que mon avis. Smile

Citation :
ce personnage, qui est en quelques sortes le mec que j'ai rencontré par hasard dans la rue et qui a finit par devenir un de mes meilleurs amis.
J'crois que ça nous a tous fait ça avec nos persos du Tournoi du Fort de Sang, que ce soit moi Hjalmar avec Oldrick et Anthezar, ou moi avec le Roi Muet. Happy

Et que dire sinon : la suite !

Grom'


Dernière édition par Gromdal le Lun 7 Mai 2018 - 1:29, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://karak-grom.webnode.fr/
Hjalmar Oksilden
Chevalier de sang
Chevalier de sang
avatar


Age : 23
Nombre de messages : 810
Expérience de jeu (CV) : Berserker de Khorne, ex-kurak et amateur de bon vins bretonniens
Date d'inscription : 15/08/2015

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 5 Mai 2018 - 17:30

Quelle joie de savoir que la geste de Wilhelm Kruger est en bon chemin ! Et avec un début fort énigmatique qui plus est... Sourire

Je ne saurais dire à quel point j'attends la suite avec impatience. Il faut dire que le lien entre des chevaliers bretonniens qui partent combattre du magus de tzeentch et notre Kruger impérial est assez indistinct pour le moment. Mais c'est justement ce qui attise ma curiosité ! Comment tout cela va t-il se rejoindre ? Voilà une question qui demande une réponse Fou

@Arcanide Valtek a écrit:
Car à la suite du deuxième tournoi j'ai eu la soudaine envie, motivé par la lecture de la saga d'Oksilden, de lui écrire une origin story.
Je suis flatté d'avoir en partie motivé la création d'un tel récit Wow (ça me motive encore plus à me grouiller pour sortir la suite avec le 4e tome tiens, on se motivera mutuellement !)


Citation :

@Arcanide Valtek a écrit:
ce personnage, qui est en quelques sortes le mec que j'ai rencontré par hasard dans la rue et qui a finit par devenir un de mes meilleurs amis.

J'crois que ça nous a tous fait ça avec nos persos du Tournoi du Fort de Sang, que ce soit moi Hjalmar avec Oldrick et Anthezar, ou moi avec le Roi Muet.
Eh bien, c'est une description extrêmement bien adaptée en fait. De mon côté, Anthezar et Oldrick ont été créé au pif complet parce que je voulais tenter de mettre un pied dans le monde des morts-vivants pour une fois. A la base, j'avais aidé Magnan en lui pondant Valmond au passage, un personnage qui m'intéressait bien plus au début. Mais la relation maître-mentor du duo est venue d'elle-même avec l'écriture et s'est développée presque toute seule quand les autres membres du quatuor se sont rajoutés lol

La suite est rentrée dans la légende Rock & Roll Donc je comprends parfaitement ton point de vue sur la question Sourire
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Dim 6 Mai 2018 - 21:59

Merci à tous les deux Cool . Vos commentaires me motivent encore plus à continuer.

@Gromdal a écrit:

Il n'est point de mot qui puisse décrire mon engouement face à la nouvelle d'une origin story de Kruber.
Tu vas avoir des problèmes toi Dry .

@Gromdal a écrit:

Et ce prologue ne nous dévoile rien ! Ou du moins rien qui nous fasse du sens pour l'instant... Ô malicieuse torture !
Hjalmarr Oksilden a écrit:
Il faut dire que le lien entre des chevaliers bretonniens qui partent combattre du magus de tzeentch et notre Kruger impérial est assez indistinct pour le moment.
Mystère en effet Mr. Green . Tout finira par se révéler en temps voulu. Ou même plus tard, qui sait Camouflé Ninja .

J'ai corrigé la phrase Gromdal, effectivement après relecture ça me semblait bizarre à moi aussi.

@Gromdal a écrit:
Et que dire sinon : la suite !
Elle est prête, mais je ne sais pas trop quand je vais la poster. Je vais peut-être prendre un rythme régulier, peut-être pas. Mais je compte prendre mon temps, alors je crains qu'il ne vous faille faire de même avec votre mal en patience Innocent .
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gromdal
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 21
Nombre de messages : 1912
Expérience de jeu (CV) : Les Vampires ? Très peu pour moi ! Les Nains, par contre... Depuis 2009, V7
Date d'inscription : 23/08/2014

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Lun 7 Mai 2018 - 1:31

@Arcanide valtek a écrit:
@Gromdal a écrit:
Il n'est point de mot qui puisse décrire mon engouement face à la nouvelle d'une origin story de Kruber.
Tu vas avoir des problèmes toi Dry .
Ventredieu ! J'ai mélangé le prénom avec celui d'un personnage de Vermintide... Il faut croire qu'à passer mes journées dessus, ça m'a grillé le cerveau. Mr. Green
Et je ne peux pas garantir que je ne referai pas l'erreur dans l'avenir, je n'en suis pas à ma première fois à confondre leurs noms. Fou

Grom'
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://karak-grom.webnode.fr/
Von Essen
Collecteur de Sang
avatar


Age : 22
Nombre de messages : 3769
Expérience de jeu (CV) : 5 ans
Date d'inscription : 22/12/2013

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 11 Mai 2018 - 21:07

J'ai tout lu, et je suis sur ma faim ! Skull

WILHELM ! WILHELM ! WILHELM !

Impatient de le voir apparaître, l'improbable chevalier vampire.

Cela dit, le texte d'introduction est de grande qualité, fluide, avec des scènes d'action bien dosée et bien narrée Cool  
Le seul endroit qui, à mon goût, mériterait un peu plus d'espace serait la description physique des chevaliers. Leurs antagonistes sont affreux à souhait, ce qui du coup donne envie de savoir à quoi ressemblent nos deux héros.
Spoiler:
 
Ne serait que de savoir s'ils portent la barbe ou s'ils portent des marques de leurs combats précédents, deux-trois bricoles du genre Innocent  

Spoiler:
 

La suite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 12 Mai 2018 - 1:46

Merci de ton commentaire Von Essen ! banane

@Von Essen a écrit:

Le seul endroit qui, à mon goût, mériterait un peu plus d'espace serait la description physique des chevaliers. Leurs antagonistes sont affreux à souhait, ce qui du coup donne envie de savoir à quoi ressemblent nos deux héros.
(...)
Ne serait que de savoir s'ils portent la barbe ou s'ils portent des marques de leurs combats précédents, deux-trois bricoles du genre
Ce n'est pas réellement voulu, mais j'avoue ne pas y avoir trop prêté attention. C'est vrai que je m'attarde rarement sur les descriptions physiques anodines, alors qu'un ou deux commentaires pourraient suffire. J'y penserai pour la suite (qui du coup va y gagner une nouvelle relecture avec modifications à la clé).

@Von Essen a écrit:

Impatient de le voir apparaître, l'improbable chevalier vampire.
Histoire de clarifier les esprits, c'est une origin-story, donc Wilhelm ne sera pas vampire au début.

La suite est là, toute chaude, et devrait arriver sous peu (mais peu de quoi, nous verrons).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Mar 15 Mai 2018 - 21:09

Bon, je fais un double post pour vous poster le premier chapitre. Bonne lecture à tous Wink .

Chapitre I


Sa main s’agrippa fermement à la prise, lui permettant de se stabiliser. À quatre mètres du sol, Wilhelm n’avait pas l’intention de se rompre le cou lors d’une chute mortelle, et il ne lui restait que peu de temps pour terminer son ascension. Prenant une grande inspiration, il leva les yeux pour chercher sur ce mur de pierres un éventuel endroit pouvant servir d’appui. Son regard s’arrêta sur une brique qui saillait légèrement à quelques centimètres au-dessus, lui offrant une prise idéale. Tendant précautionneusement la main vers elle, Wilhelm put ensuite placer ses pieds à l’endroit où quelques secondes plus tôt se trouvaient ses mains, et il s’aperçut qu’il pouvait désormais facilement toucher le toit de l’édifice. Il s’y accrocha, le sourire aux lèvres, et d’une poussée sur ses bras maigres mais déjà musculeux il parvint à se hisser sur la surface légèrement pentue de la toiture. C’est en roulant sur les tuiles qu’il arriva sur le toit, et, ainsi allongé et immobile, il savoura les premières secondes de sa réussite, profitant de cet instant, les yeux perdus dans les teintes rougeâtres du crépuscule.

La vie à Wissenburg était belle, et ces petits plaisirs lui apportaient toujours une grande joie. Courir dans les ruelles, escalader des maisons, observer le crépuscule depuis un endroit élevé, tout cela était pour lui source de bonheur. Wilhelm se releva, les muscles encore échauffés, et s’appuya sur une cheminée pour observer la ville. Le palais ducal était loin, mais on devinait facilement ses murs et ses tours, que le jeune garçon aurait bien aimé gravir. Tout autour de lui la ville bourdonnait encore d’activité en ce début de soirée, les commerces ouvrant leurs portes aux derniers clients qui s’y pressaient après leur journée de travail. Partout on entendait des voix qui parlaient, criaient, pleuraient, congratulaient, remerciaient, suppliaient, et ainsi de suite, dans un concert ininterrompu ponctué par des cris d’animaux, des bruits domestiques et le son de milliers de semelles foulant le sol. La ville était ainsi même quand on ne la voyait pas : vivante, grouillante, à la fois jeune et âgée, enjouée et triste, lumineuse et obscure. Et ses odeurs étaient multiples, offrant aux narines des passants un subtil mélange des senteurs du pain frais, du musc des animaux de trait et d’élevage, et des relents venant des bas quartiers. Lorsqu’on se rapprochait du fleuve s’ajoutait à cela une forte odeur de poisson et de bois humide, le tout formant un fumet qui, il en était sûr, ne se trouvait qu’ici.

Wilhelm aimait et détestait cet endroit, car il ne connaissait que lui, et le connaissait bien. Il avait passé, dans cette ville du Wissenland, toutes les quelques années de son existence. Il en connaissait chaque ruelle, chaque porche, chaque magasin. Il savait où acheter le meilleur pain de temps en temps lorsqu’on lui confiait assez d’argent, il savait où il pouvait grimper sans être inquiété par la garde. Il connaissait les coins où il ne valait mieux pas aller la nuit tombée, et ceux où au contraire personne n’irait lui chercher des ennuis. Mais pour l’heure il avait les yeux braqués sur tout autre chose, qui fascinait et terrifiait à la fois son esprit de jeune adolescent : le monde extérieur. Au-delà des murs d’enceinte, la nature reprenait entièrement ses droits, en-dehors de la route pavée reliant Nuln à Pfeildorf qui partait des deux extrémités de la ville. Mais sinon il n’y avait que des champs, des vallées fertiles et pleines de vies. De plus, les gens qui en venaient ne tarissaient pas sur les nombreux périls qui s’y trouvaient. Ils parlaient d’hommes-bêtes, de peaux-vertes, et de milles autres dangers qui n’en finissaient pas de le faire frissonner. La vie au-dehors avait l’air d’être dangereuse certes, mais incroyablement fascinante, faite de forêts, de chevaliers, de monstres, de joies et de tristesses, avec des villes faisant passer Wissenburg pour un hameau, et des fleuves aux côtés desquelles le Reik ferait office de ruisseau. En définitive, le monde l’attirait et l’effrayait en une fascinante dualité.

Une voix, dont il connaissait le timbre par cœur, retentit quelques mètres plus bas : « Wilheeeeeeelm ! Tu peux descendre ? Papa veut que tu viennes ! » Le jeune homme soupira en réalisant que la magie de l’instant était brisée. Tournant les talons, il regarda en-dessous de lui pour voir le visage de son petit frère, la tête relevée au maximum, qui lui souriait de toutes ses dents. « J’arrive » lui répondit-il, conscient que cela était plus rapide à dire qu’à faire. La descente fut en effet au moins aussi longue que la montée, Wilhelm devant faire attention à chaque mouvement pour éviter de tomber. Une fois arrivé deux mètres du sol, il sauta en arrière et atterrit souplement, faisant au passage sursauter Samuel qui ne s’y attendait pas.

Le cheveu brun, l’œil bleu acier et la face avenante dotée d’une mâchoire volontaire, Wilhelm, alors jeune adolescent, avait bien entamé sa croissance, et son corps maigre développait petit à petit une musculature élancée. La grande quantité d’activités physiques qu’il pratiquait chaque jour contribuait à cette progression, mais il restait encore un jeune garçon. Se redressant après son saut, il sourit à son frère et lui passa la main dans les cheveux. « Merci d’être passé me chercher, petite puce, je vais me dépêcher. » Le surnom fit sourire le visage encore rond de Samuel, qui était habitué à se faire appeler ainsi par son frère. Âgé de dix ans, Samuel était encore un enfant plein d’émerveillement pour le monde, et qui ne se déparait que très rarement de son air enjoué. Ses cheveux blonds étaient constamment en bataille, malgré tout le travail fourni par le coiffeur de la famille, et ce bien au contraire de la chevelure brune de Wilhelm, qu’il affectionnait courte. En outre, Samuel avait le don pour se faire apprécier des gens dès leur première rencontre, de par son sourire désarmant et son innocence charmante. Mais si Wilhelm l’appelait « petite puce », c’était surtout parce que Samuel débordait littéralement d’énergie. Fasciné par un rien, il était capable de se focaliser pendant des heures sur le battement d’ailes d’un papillon, qu’il suivra alors à travers la ville sans s’arrêter. En revanche Wilhelm s’apercevait que cela le rendait aussi très insouciant envers certains dangers très réels, et il essayait constamment de tempérer le comportement parfois étourdi de son petit frère. Pour l’heure, il lui était cependant reconnaissant de l’avoir prévenu de l’appel de leur père, car celui-ci n’aimait en effet pas se faire attendre. Les deux garçons prirent donc immédiatement le chemin de la résidence urbaine de leur famille, sise dans le quartier huppé de la ville.

Tout en marchant, Samuel jeta un œil espiègle à son frère. « C’est ton anniversaire aujourd’hui non ? Est-ce que tu auras un gâteau, comme l’an dernier ? » Wilhelm prit un air interdit, ayant complètement oublié qu’il allait en effet fêter ses quinze ans le soir même. La journée n’avait en effet pas été très différente des autres, commençant par l’entraînement à l’épée et à l’équitation avec maître Ketzhofer le matin et continuant avec les cours donnés par son précepteur en langues, en philosophie et en mathématiques l’après-midi. Son père et sa mère avaient été absents, mais cela ne l’avait pas étonné outre mesure, car ils étaient rarement présents durant la journée. Samuel, lui, avait eu droit au même programme, mais en des lieux différents et avec d’autres maîtres, afin que leurs formations respectives « ne soient pas mises en comparaison ni en compétition ». Les mots exacts de leur père. Son anniversaire était donc passé complètement inaperçu aux yeux de tous, et Wilhelm ne pouvait pas s’empêcher d’en éprouver quelque chagrin en se rappelant que Samuel avait eu droit à un traitement nettement meilleur lors de ses dix ans quelques mois auparavant. Mais quoi qu’il en fût, il ne devait pas montrer ce genre de sentiment devant leur père, sachant très bien ce que ce dernier en penserait.

Les deux frères finirent par arriver dans le quartier de leur maison. Le pavé était de bien meilleure qualité, et les différents bâtiments des deux côtés de la rue faisaient montre d’un travail bien plus minutieux que dans le reste de la ville. Les façades étaient sculptées, les fenêtres disposaient de rideaux et de volets solides, et les murs étaient impeccablement lisses, n’offrant que peu de prises au grand regret de Wilhelm. Les personnes habitant-là étaient au choix des bourgeois ayant réussi ou des nobles de petite envergure. Le jeu permanent de ces quartiers était tourné vers une forme de rivalité entre ces deux castes, les premiers cherchant toujours à montrer aux seconds qu’ils étaient au moins aussi riches, et les seconds faisant de leur mieux pour les ignorer. Cependant, une sorte de tradition les unissait contre les nobles plus importants, résidant dans les quartiers les plus proches du palais ducal, qui eux les dédaignaient les uns comme les autres.

C’est dans cette ambiance que Wilhelm avait été éduqué, sa famille appartenant à la petite noblesse après que son arrière-arrière-grand-père ait été récompensé et anobli par l’empereur –ou du moins un des prétendants, en cette époque troublée de guerre des trois empereurs - pour sa bravoure au combat. Depuis, la famille Kruger possédait une parcelle de terre proche de Wissenburg, leur donnant une source de revenus constante par son exploitation. Outre une demeure fortifiée sur ce domaine, ils disposaient d’une autre résidence à l’intérieur de la ville, où Wilhelm et ses frères avaient été élevés. Cette demeure était une représentante parfaite de l’architecture de ce quartier, avec sa façade décorée par les armes de la famille, son balcon en bronze forgé avec des effigies d’aigles, ses pointes gothiques et ses statues entourant la porte d’entrée. Celle-ci, en chêne massif, s’ouvrit dès que Wilhelm eut frappé, laissant apparaître la mine ridée et soucieuse, entourée de cheveux blancs de Rolf, le majordome de leur famille.

Ayant servi le père et le grand-père de Wilhelm, il était totalement dévoué à la famille de ses maîtres et ne quittait pour ainsi dire jamais l’imposante résidence. Vieux de près de soixante-dix ans, il était encore suffisamment vigoureux pour superviser l’intégralité des taches de la gestion de la maisonnée. Sa femme, Imma, en était d’ailleurs la cuisinière, et Wilhelm la considérait quasiment comme sa grand-mère. Rolf avait un visage allongé, avec un menton pointu et de petits yeux toujours plissés. Ses cheveux coupés mi long lui donnaient un style presque guerrier, qu’il semblait apprécier. Après avoir laissé rentrer les deux jeunes garçons, il referma la porte alors qu’ils pénétraient dans le hall et se tourna vers eux, un léger sourire éclairant son visage. « Vous pouvez vous vanter d’arriver pile à l’heure, petits garnements. Le dîner sera servi d’ici peu de temps, mais vous devez vous décrasser avant. Si Monsieur et Madame vous voient assis à sa table dans cet état de crasse, je ne donne pas cher de mon emploi, et vous écoperez en sus d’une sévère punition. » Wilhelm sourit à son tour au vieux majordome, sachant parfaitement que son père et sa mère estimaient Rolf bien plus que ce qu’il ne venait de le laisser entendre. « D’autant, continua ce dernier, que nous recevons quelques invités ce soir, à l’occasion de votre anniversaire jeune monsieur Wilhelm. D’ailleurs, à ce sujet, votre père désire vous voir séance tenante, donc je vous suggère de vous rendre à son bureau, où il vous attend. » Il tourna ensuite son regard vers Samuel, qui n’avait pas quitté son sourire depuis qu’il avait retrouvé son frère en ville, et le fixa d’un regard perçant. « Jeune monsieur Samuel, c’est donc vous qui irez faire vos ablutions en premier, et pas d’histoires. » Disant cela, il attrapa la main du garçon et le traîna dans un couloir, faisant peu cas des protestations de son captif qui, loin d’obéir docilement, arguait qu’il n’était pas si sale et que le bain pouvait bien attendre. Laissé seul dans l’entrée, Wilhelm était soulagé. Au moins, ses parents n’avaient pas oublié son anniversaire, c’était déjà ça. Peut-être lui préparaient-ils une surprise ? En tous cas, la demande de son père de le voir était inhabituelle, et c’est la curiosité qui lui fit presser le pas en direction du bureau de son géniteur.

*

Gerhardt Kruger, à cinquante et un an, était un homme accompli. Elevé dans le plus grand respect des traditions familiales, de l’honneur et de la valeur, il était entré dans l’ordre des chevaliers du soleil flamboyant après un service exemplaire en tant que pistolier et en était ressorti avec le grade de capitaine, après treize ans de service entrecoupés de l’enseignement nécessaire à la gestion d’une maisonnée. Grand, le corps svelte et musclé par une pratique sportive assidue et régulière, ses cheveux bruns courts et impeccablement peignés ne recelaient d’aucune blancheur. Son visage, agrémenté d’un bouc impeccable, était comme taillé dans la pierre, ne montrant que rarement des signes d’émotions, et seule son épouse arrivait à voir derrière ce masque les signes de son humeur. Il était à cet instant vêtu comme à son habitude d’un sobre pourpoint de couleur vert sombre, avec une veste de la même teinte et des bottes de cuir souple. Une épée pendait à son côté, symbole permanent de son titre et de la valeur qu’il lui attachait. Il savait que certains voyaient en lui un homme sans cœur, à l’esprit sombre, sans pitié pour ses enfants, mais la réalité était toute autre. À vingt-cinq ans il avait peu à peu commencé à prendre les rênes des affaires de la famille, son propre père étant atteint d’une maladie le faisant progressivement perdre pied dans la réalité. Marié à une fille de bonne famille lors d’une union politique, il fut agréablement surpris de trouver en son épouse Lisabeth une personne capable et intelligente en plus d’être d’une grande beauté. Très vite naquit entre eux une affection profonde, renforcée par la naissance successive de leurs trois fils.

Ceux-ci faisaient sa fierté, et il tenait à ce qu’ils reçoivent une éducation au moins supérieure à celle qu’il avait lui-même reçu. Convaincu des bienfaits de l’expérience militaire, et ayant beaucoup appris de son temps chez les chevaliers du soleil flamboyant, il eut tôt fait de prendre la résolution d’envoyer ses propres enfants faire leurs classes dans les pistolkorps puis dans un ordre. Cela se faisait chez les nobles, et il connaissait la valeur qu’un passé de chevalier et le titre attenant pouvaient avoir dans la haute société. Spécifiquement, ses deux fils les plus jeunes n’allant pas hériter de ses terres ou de ses titres, il était important pour eux d’obtenir rapidement une bonne connaissance du monde afin de s’y faire une place. Gerhardt aimait ses enfants, bien plus qu’il ne pouvait le leur dire, mais il aimait aussi ce qu’il voulait qu’ils soient, et en cela ils n’étaient peut-être pas à la hauteur de ses espérances. Pour l’heure, il faisait face à la fenêtre en attendant son puîné, Wilhelm, dont le quinzième anniversaire serait fêté le soir même. Il avait reçu des rapports mitigés de la part de ses professeurs, le jeune garçon étant « doué, extrêmement persévérant dans l’effort et constant dans les progrès » lors de ses leçons d’escrime et d’équitation, mais « intéressé mais ne se sent pas concerné par les mathématiques et par les dissertations » durant ses cours de l’après-midi. Si mon fils veut pouvoir un jour s’établir et fonder une famille, il va avoir besoin de gérer un domaine avec le meilleur niveau de compétences possible, se disait le capitaine Kruger, soucieux de l’avenir de ses garçons. Mais cela allait devoir attendre un peu désormais.

Quatre coups réguliers retentirent à la porte, suivis d’un silence. Le capitaine Kruger compta jusqu’à cinq mentalement, avant d’élever enfin la voix. « Entre » ordonna-il sans même se retourner, reconnaissant son fils à son pas. C’était une compétence dont il s’enorgueillissait secrètement, n’ayant que rarement besoin de ses yeux pour identifier quelqu’un lorsqu’il marchait. Ce pas, léger et rapide, était indubitablement celui de Wilhelm. « Assieds-toi » continua-t-il lorsqu’il eut compté huit pas successifs, estimant que son fils était alors proche de son bureau. Le bruit d’une chaise tirée suivit ses dires, puis la pièce redevint silencieuse. Gerhardt reprit alors la parole au bout de cinq secondes. « Tu reviens de la ville n’est-ce pas ? J’ai dû envoyer Samuel te chercher. Que faisais-tu donc ?

Un autre silence suivit, que Wilhelm rompit rapidement sans broncher.

- J’étais en train de grimper, Père, sur un des bâtiments proches du quartier marchand. Il savait qu’il était inutile de mentir à son père, celui-ci finissant toujours par apprendre la vérité.

- Je t’avais pourtant dit de ne pas continuer tes petites escalades urbaines, s’énerva le capitaine Kruger. Elles sont indignes d’un noble et ne sont qu’une perte de temps. Si tu avais pris ce temps pour travailler tes cours de mathématiques je n’aurais pas eu le même rapport ce matin. »

Wilhelm resta de marbre face à cette nouvelle. En réalité, ses cours le barbaient au plus haut point, et il n’y accordait que peu d’importance, ne voyant pas tellement en quoi le fait de calculer le résultat d’une équation allait être important pour son avenir. À contrario, il s’entraînait bien plus souvent à l’épée, trouvant cette pratique plus attirante. Les défis physiques le passionnaient, alors qu’il ne voyait rien de motivant dans les mathématiques.

Ce fut le moment que son père choisit pour se retourner, constatant que la tenue de Wilhelm était salie par endroits, et que ses cheveux n’avaient pas été peignés depuis certainement plusieurs heures. Mais en-dehors de ça, le jeune garçon qu’il avait devant lui avait déjà des caractères qu’il reconnaissait en lui-même, avec ce regard pénétrant et ce visage franc et droit. Gerhardt soupira, puis alla s’assoir à son bureau à son tour. « Si je t’ai fait venir, c’est pour une autre raison que te reprocher tes incartades, mon fils. Ne crois pas que j’ai oublié qu’aujourd’hui est le jour de ton quinzième anniversaire. » Il sourit en disant cela, savourant le fait de montrer à son fils qu’il pensait à lui. Ce dernier leva la tête pour le regarder d’un œil intrigué, et le laissa poursuivre. « Pour l’occasion, ce soir sera organisé un repas de fête en cet honneur, et j’ai notamment fait venir ton grand frère de l’académie Oppenhauer de Nuln. Il devrait arriver dans peu de temps. » Cette fois, le changement fut plus manifeste, Wilhelm écarquillant les yeux tout en souriant le moins possible. « De plus, continua Gerhardt, je te rappelle que lui-même est parti pour à l’âge de quinze ans. Dans quelques semaines un nouveau cycle commencera à l’académie, et tu y iras faire tes classes en tant que futur pistolier. Vinzent te conduira là-bas, puis il reviendra ici. Il est temps pour toi d’évoluer dans un monde plus compétitif afin de faire de toi un homme.  »

Cette fois-ci, le capitaine Kruger put se féliciter d’avoir réussi son effet. Mais le résultat ne fut pas celui qu’il attendait. Alors qu’il espérait voir son fils sauter de joie à l’idée de faire honneur à sa famille et de faire un grand pas vers la vie d’adulte, il vit le visage de Wilhelm se fermer tout d’un coup, les yeux toujours écarquillés mais sans trace de son sourire. En vérité, ce dernier était totalement abasourdi. Partir ? Il ne s’était jamais imaginé qu’il allait devoir quitter le foyer familial aussi tôt, sans y être préparé. En y réfléchissant, il se rappelait vaguement que Vinzent n’avait pas particulièrement bien prit la nouvelle non plus trois ans plus tôt. Et pourtant, il avait toujours envié son grand frère d’être parti se préparer à la vie de chevalier, qui plus est dans l’une des plus prestigieuses académies de l’empire. Il avait longtemps espéré que son tour viendrait, mais ne s’attendait pas à ce que cela arrive sans prévenir. « Eh bien Wilhelm » reprit son père d’un ton où pointait une légère ironie, « Je vois que tu en es transporté de bonheur. » Le jeune garçon reprit quelque peu sa contenance, et parvint à articuler quelques mots. « C’est que…en fait…voilà…c’est inattendu. » Wilhelm ne parvenait pas à garder sa contenance, les valves émotionnelles cédant les unes après les autres dans son esprit. Il parvint cependant à garder le regard fixe, et c’est presque dans un état second qu’il s’entendit dire « Je vous remercie, père. Puis-je me retirer pour me préparer ? » Le capitaine Kruger, incertain de ce qu’il venait de provoquer, donna son congé à son fils, lui intimant simplement d’être dans le salon dès sept heures. L’esprit rempli d’émotions contradictoires, Wilhelm quitta la pièce et se dirigea vers sa propre chambre. Gerhardt observa la porte close pendant un long moment, ne sachant que penser de la réaction de son puîné.

Déambulant dans les couloirs de la grande demeure, le jeune garçon laissait libre cours à ses pensées, aux plus tristes comme aux plus excitantes. Il allait partir, longtemps, loin, avec son grand frère qu’il n’avait pas vu depuis des années comme seul rattachement à sa vie actuelle, et encore jusqu’à Nuln, après quoi il serait seul. Il allait devoir dire au-revoir à Samuel, à Rolf, à Imma. À ses parents. À ses maîtres, même s’il soupçonnait l’un d’entre eux au moins d’en être soulagé. Mais il allait aussi quitter Wissenburg, cette ville dont il avait assez, pour aller au-delà, pour devenir chevalier, pour découvrir la grande ville de Nuln, ses beautés, ses dangers, et ses mystères. Il savait que cette cité était grande, puissante, et fourmillant d’une population hétéroclite que son père avait tendance à qualifier de « vulgaire », mais il ignorait tout le reste, de la distance à parcourir, des dangers auxquels il serait confronté, de ce qu’il allait devoir accomplir en tant que futur chevalier, et une infinité d’autres choses. Wilhelm se rendit peu à peu compte de l’insouciance dans laquelle il avait vécu jusque-là, profitant gaiment de la vie sans réellement penser au futur. Et celui-ci l’avait rattrapé avec fracas, le laissant désemparé face à ces nouvelles perspectives.

Ressassant ces noires pensées, il poussa la porte de sa chambre, une pièce située au premier étage et qui, orientée Nord, était rarement ensoleillée. Spacieuse, elle contenait son lit dans un coin, un bureau devant la fenêtre et plusieurs étagères qui couvraient la plupart des murs. S’empilaient sur celles-ci des objets témoignant de son enfance, tels que des jouets en bois représentant des chevaliers, des nains, des elfes et des dragons. Plus loin, plusieurs répliques d’armes en bois finement ouvragées mais usées montraient la passion que Wilhelm, encore enfant, témoignait pour la pratique militaire. Le reste des étagères était remplies de livres, dont il ne connaissait que très peu le contenu, n’ayant pas d’attrait particulier pour la lecture malgré l’insistance de son père à ce sujet. Sur son bureau s’entassaient pêle-mêle ses cours les plus récents, ainsi que son épée d’entraînement qu’il avait posé là après sa dernière leçon. Il se dirigea vers son armoire, un imposant meuble posé en plein milieu du mur à gauche en rentrant, et se força à écarter momentanément ses soucis pour sélectionner les vêtements de la soirée à venir.

************************


Dernière édition par Arcanide valtek le Ven 8 Juin 2018 - 21:41, édité 6 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Von Essen
Collecteur de Sang
avatar


Age : 22
Nombre de messages : 3769
Expérience de jeu (CV) : 5 ans
Date d'inscription : 22/12/2013

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Mer 16 Mai 2018 - 19:06

Eh bien mince alors. Je suis bouleversé, et ce à plusieurs titres.

Disons-le sans faire de détour, le profil d'un cadet d'une famille relativement aisée, qui a jusqu'à présent vécu dans une relative insouciance et qui brusquement se trouve confronté à son avenir, eh bien, ce profil me correspondrait IRL, à quelques détails près Fou  
Et comme je suis en ce moment en train de ruminer sur mon sort, je me trouve également soucieux de pouvoir un jour rédiger la geste d'un héros qui traverserait des tourments similaires, loin des balades alambiquées d'un certain chroniqueur.
Ton entrée en matière pour Wilhelm semble être une soudaine incarnation d'un tel projet, et la coïncidence me paraît fort troublante et amusante à la fois Blink

Tout cela est monumentalement amplifié par la qualité de ta narration, qui nous décrit (sans trop de "gothic darkness" qu'affectionne tant GW) la vie d'un adolescent d'une ville impériale, avec à la fois poésie et simplicité et efficacité.

A bien y repenser, voila qui signifie qu'il a du s'en passer des choses entre les escapades juvéniles au Wissenland et les joutes terrificques d'un certain tournoi. Tout naturellement, j'exige je demande

Clap la suite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Hjalmar Oksilden
Chevalier de sang
Chevalier de sang
avatar


Age : 23
Nombre de messages : 810
Expérience de jeu (CV) : Berserker de Khorne, ex-kurak et amateur de bon vins bretonniens
Date d'inscription : 15/08/2015

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Mer 16 Mai 2018 - 20:34

Je n'ai point grand chose à ajouter de plus, Von Essen ayant déjà dressé une critique plus qu'efficace. Mais je le répète quand même : c'est du bon tout ça Cool

Ton style d'écriture se suit sans problème et le voir en action sur des projets plus long que lors d'interludes de tournoi fait diablement plaisir.

Ah, si. J'ajouterais tout de même un commentaire qui, en un sens, s'adresse à tout ceux qui ont écrit les origines d'un personnage vampire. Il y a un certain côté tragique, de calme avant la tempête, dans ces histoires qui, on le sait, vont mal tourner à un moment. Après tout, le personnage est voué à mourir pour prendre sa nouvelle condition de buveur de sang. Et je trouve ça assez fascinant comme effet sur le lecteur.
Il en résulte une ambiance fataliste, voire de curiosité morbide, où on se demande quand/comment/pourquoi notre héros va "mourir" dans des évènements plus ou moins atroces, qu'est-ce qu'il va y perdre ou y gagner, etc... Pour ensuite le voir affronter l'inconnu avec de nouvelles capacités dans un monde qui a changé, de son point de vue. On y rajoute la sempiternelle question du "qu'est-ce qui a bien pu lui arriver avant son apparition dans [...]" et autant dire que le suspens existe presque tout seul Sourire

Tout ça pour dire, que ça promet et que j'attends, moi aussi, la suite Tongue
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Mer 16 Mai 2018 - 23:23

Merci beaucoup de vos commentaires, ça fait super plaisir Blushing .

@Von Essen a écrit:
Eh bien mince alors. Je suis bouleversé, et ce à plusieurs titres.

Disons-le sans faire de détour, le profil d'un cadet d'une famille relativement aisée, qui a jusqu'à présent vécu dans une relative insouciance et qui brusquement se trouve confronté à son avenir, eh bien, ce profil me correspondrait IRL, à quelques détails près. Fou

Et comme je suis en ce moment en train de ruminer sur mon sort, je me trouve également soucieux de pouvoir un jour rédiger la geste d'un héros qui traverserait des tourments similaires, loin des balades alambiquées d'un certain chroniqueur.
Ton entrée en matière pour Wilhelm semble être une soudaine incarnation d'un tel projet, et la coïncidence me paraît fort troublante et amusante à la fois Blink
J'en suis très surpris. Et je comprends que la coïncidence te trouble. Je pense que j'aurais réagi de la même façon.

@Von Essen a écrit:

Tout cela est monumentalement amplifié par la qualité de ta narration, qui nous décrit (sans trop de "gothic darkness" qu'affectionne tant GW) la vie d'un adolescent d'une ville impériale, avec à la fois poésie et simplicité et efficacité.
Je dois en cela être pas mal influencé par mes propres lectures. La première qui me vient à l'esprit est "Fortune de France", une saga historique aux XVIeme et XVIIeme siècle écrite par Robert Merle. On y suit l'histoire d'un jeune fils de petite noblesse qui évolue dans la France de l'époque, depuis sa naissance jusqu'à son grand-âge, et avec notamment une grande partie au début consacrée à son apprentissage de la vie (et après on suit même son fils, mais je m'égare).

Enfin bref, j'ai voulu représenter le fait que globalement la vie dans l'empire ce n'est pas que mort et misère. Au début cependant je voulais faire de lui un jeune presque sans le sous, mais je n'arrivais pas à trouver de raison valable de lui faire intégrer les pistolkorps (il y a que les nobles qui peuvent).

@Von Essen a écrit:

A bien y repenser, voila qui signifie qu'il a du s'en passer des choses entre les escapades juvéniles au Wissenland et les joutes terrificques d'un certain tournoi.
Oh oui, un paquet Fou .


@Hjalmar Oksilden a écrit:
Ton style d'écriture se suit sans problème et le voir en action sur des projets plus long que lors d'interludes de tournoi fait diablement plaisir.
Crying C'est beau ce que tu dis. J'en suis tout tourneboulé.


@Hjalmar Oksilden a écrit:
Ah, si. J'ajouterais tout de même un commentaire qui, en un sens, s'adresse à tout ceux qui ont écrit les origines d'un personnage vampire. Il y a un certain côté tragique, de calme avant la tempête, dans ces histoires qui, on le sait, vont mal tourner à un moment. Après tout, le personnage est voué à mourir pour prendre sa nouvelle condition de buveur de sang. Et je trouve ça assez fascinant comme effet sur le lecteur.
Il en résulte une ambiance fataliste, voire de curiosité morbide, où on se demande quand/comment/pourquoi notre héros va "mourir" dans des évènements plus ou moins atroces, qu'est-ce qu'il va y perdre ou y gagner, etc... Pour ensuite le voir affronter l'inconnu avec de nouvelles capacités dans un monde qui a changé, de son point de vue. On y rajoute la sempiternelle question du "qu'est-ce qui a bien pu lui arriver avant son apparition dans [...]" et autant dire que le suspens existe presque tout seul
J'ajouterais même un point supplémentaire : ça s'applique aussi à moi. Car si en l'état j'ai une très bonne idée de la période durant laquelle Wilhelm sera transformé, je n'ai encore pas décidé des circonstances exactes. Elles vont certainement apparaître comme une révélation, et je me contenterai alors de les raconter.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
vg11k
Comte de la Crypte 2014
avatar


Age : 26
Nombre de messages : 996
Date d'inscription : 19/07/2010
Vainqueur de concours : Concours de texte

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Jeu 17 Mai 2018 - 22:05

Heyyy Ferragus c'est un perso breto secondaire à moi ça ! Prem's !

Citation :
Sur le sol étaient tracés au charbon plusieurs symboles étranges, et sur les meubles, de simples tables posées contre les murs, étaient couverts d’outils
Y'a un truc qui colle pas avec cette moitié de phrase je crois

Très sympatosh comme intro avec nos camarades Tzeenshites si je ne m'abuse. Mise en page, orthographe, vocabulaire, c'est propre cela se lit nichel ^^

A mi-lecture je pronostique : Ferragus a rejoint le torse de cette tête de piaf !

Comme expliqué en tchat, la balise [recit] ne faisait pas l'unanimité. Or, étant un script js, il s'agissait un outil couteux en perf à l'affichage des pages. Du coup je l'ai retiré. Pas impossible cependant qu'elle fasse son retour sans js maintenant que j'ai accès aux outils d'admin.




Citation :
Âgé de dix ans, Samuel était encore un enfant
mon coeur de pokédresseur saigne en apprenant cela  Mr. Green

Citation :
Son père et sa mère avait
s'pas au pluriel ici ?


Citation :
« Eh bien Wilhelm » reprit son père d’un ton où pointait une légère ironie, « Je vois que tu en es transporté de bonheur. »
adroite manœuvre de donner le ton, j'aime beaucoup

Citation :
de la réaction de son cadet.
s'il est deuxième sur trois, peut-on dire qu'il est "le cadet" ?

Citation :
qui faisait face au Nord, ce qui fait qu’elle était rarement ensoleillée
le présent coupe un peu le rythme ici. L'imparfait aurait été plus adapté je pense quitte à avoir une répétition (a moins de placer "orientée Nord")



Maintenant je comprends pourquoi tu te renseignais sur le corps des pistoliers impériaux il y a quelques semaines ^^

Tu es un adepte du ", et". J'y succombe moi aussi souvent. Cependant on m'a régulièrement dit que c'était à éviter et que le "et" simple était à privilégier. Mais c'est un détail dont beaucoup se fichent en vrai...

Ma foi une introduction en douceur des évènements à venir. Je me souviens pas aussi bien de Wilhelm que je le voudrais du tournois de la Reiksguard mais c'est avec joie que je vais apprendre à le découvrir dans les prochains chapitres ! Pas courant qui plus est de commencer avec un enfant pour nous vampires car, comme cela a été évoqué par mes camarades... ben il doit mourir. Certes il va surement grandir, mais ici nous avons affaire a un "innocent". Suite prometteuse donc. Next !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vg11k.tumblr.com/
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 18 Mai 2018 - 0:43

Un lecteur de plus  Wow .

@vg11k a écrit:
Heyyy Ferragus c'est un perso breto secondaire à moi ça ! Prem's !
Alors tu vas rire mais j'ai sélectionné ce prénom dans le bouquin Wjdr v2 des bretos, sans savoir que tu l'avais déjà utilisé. J'en ai d'ailleurs été surpris, mais j'ai quand-même décidé de le réutiliser.
@vg11k a écrit:

s'il est deuxième sur trois, peut-on dire qu'il est "le cadet" ?
Alors il m'a toujours semblé que le "cadet" était le deuxième. Mais je peux me tromper.

EDIT d'après Wiktionnaire c'est :

   (En parlant d’un fils ou d’une fille, d’un frère ou d’une sœur, considérés absolument) Qui est né après l’aîné, qui est le deuxième ; qui est le plus jeune.

Donc je pense avoir raison.

Sinon j'avoue que je ne me suis jamais posé des questions sur le rythme de lecture. Que ce soit l'apparition du présent ou sur le ", et". Pour ce dernier j'imagine la phrase être prononcée dans ma tête, et quand je sens qu'il faut une pause je la met (tiens d'ailleurs je viens de le faire inconsciemment juste là  Fou ).

Par contre je me suis beaucoup inspiré de tes conseils d'écriture, notamment sur les dialogues. Le verbe "dire" est quasiment proscrit, j'essaie de systématiquement le remplacer.

Ah et la phrase du début a été corrigée. Oui elle clochait, la faute à une tournure de phrase qui change en plein milieu d'écriture, et qui échappe aux relectures.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
vg11k
Comte de la Crypte 2014
avatar


Age : 26
Nombre de messages : 996
Date d'inscription : 19/07/2010
Vainqueur de concours : Concours de texte

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 18 Mai 2018 - 9:39

Citation :
je me suis beaucoup inspiré de tes conseils d'écriture
Heureux qu'ils t'aient aidé Love

Citation :
(En parlant d’un fils ou d’une fille, d’un frère ou d’une sœur, considérés absolument) Qui est né après l’aîné, qui est le deuxième ; qui est le plus jeune.
Sans mettre les mains dans les méandres de notre belle langue (je serais bien mal placé pour donner des leçons dessus...), selon moi c'est surtout une affaire de contexte. Cadet sera toujours le membre le plus jeune du groupe désigné. Le cadet d'un groupe de 5 est le plus jeune des cinq. Or : "Gerhardt observa la porte close pendant un long moment, ne sachant que penser de la réaction de son cadet." corrige moi si je me trompe, mais le "groupe" désigné implicitement est les 3 fils. Le Cadet est donc Samuel :-/
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vg11k.tumblr.com/
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 18 Mai 2018 - 10:10

@vg11k a écrit:

Citation :
(En parlant d’un fils ou d’une fille, d’un frère ou d’une sœur, considérés absolument) Qui est né après l’aîné, qui est le deuxième ; qui est le plus jeune.
Sans mettre les mains dans les méandres de notre belle langue (je serais bien mal placé pour donner des leçons dessus...), selon moi c'est surtout une affaire de contexte. Cadet sera toujours le membre le plus jeune du groupe désigné. Le cadet d'un groupe de 5 est le plus jeune des cinq. Or : "Gerhardt observa la porte close pendant un long moment, ne sachant que penser de la réaction de son cadet." corrige moi si je me trompe, mais le "groupe" désigné implicitement est les 3 fils. Le Cadet est donc Samuel :-/
Alors mes recherches sur le sujet m'ont révélé que "cadet" faisait souvent référence à un enfant "plus jeune", c'est-à-dire par rapport à un autre. Le mot utilisé pour désigner le dernier enfant est "benjamin" (oui, comme le prénom).

Mais globalement, il est apparu que "cadet" était quand-même plutôt ambigüe dans sa définition exacte. La définition du Wiktionnaire était peu claire sur la question. Je vais essayer de reformuler tout ça.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 26 Mai 2018 - 14:35

Il sera dit que je ne mettrai la suite qu'en double post. Camouflé Ninja

Et en en parlant, la voilà :

Chapitre II



Wilhelm devait se retenir à grand peine de ne pas lancer son cheval au galop dans les ruelles. Chaque nouveau carrefour apportait son lot de mystères et de merveilles, et le jeune homme se retournait constamment pour regarder quelque détail qu’il avait raté. À côté de lui, Vinzent affichait une mine ennuyée, n’ayant pas caché son envie de revenir le plus tôt possible dans la demeure familiale. Au cours des derniers jours, Wilhelm avait voyagé avec son grand frère pour que celui-ci le mène à l’académie et le présente au directeur. Cela faisait maintenant trois ans que Vinzent y était parti, et du jeune homme snob et dégingandé qu’il était à l’époque il était revenu droit comme un i, empreint de manières très militaires et arborant une fine et élégante moustache sur son visage allongé au nez proéminant. Mais il en pensait en avoir terminé avec cette partie de sa vie, et ne s’imaginait pas remettre les pieds à Nuln de sitôt, désirant plutôt intégrer au plus vite un ordre de chevalerie maintenant qu’il avait fait ses preuves au sein des pistolkorps.

Il ne fallut guère de temps à Wilhelm pour comprendre que sans son frère il aurait été complètement perdu. Les rues s’enchaînaient sans noms ni logique, et seul le chapeau emplumé de Vinzent lui permettait de se repérer dans ce dédalle. Ils avaient pénétré Nuln par l’entrée Sud, généralement peu empruntée, et progressaient maintenant parmi des bâtiments relativement neufs, du moins comparé à leurs équivalents à Wissenburg. Interrogé sur le sujet, Vinzent répondit que l’ancienne capitale avait été mise à sac et brûlée un siècle et demi auparavant, lors de l’attaque du grand chef orque Gorbad « Griffe eud’fer ». La ville avait mis du temps à s’en remettre, et de nombreux bâtiments avaient dû être reconstruits. Il était cependant évident que les quartiers qu’ils traversaient n’avaient rien de riches, l’architecture étant sobre, les gens simplement vêtus, et plusieurs fois quelque mendiant leur demandait une petite piécette d’un sourire édenté. Vinzent passait son chemin sans que rien dans son attitude ne montre qu’il l’ait remarqué, mais Wilhelm se sentait à chaque fois très gêné. Il avait essayé une fois, à Wissenburg, de donner de l’argent à un sans-abri, mais son père l’avait vertement réprimandé. « On ne s’abaisse pas à donner de nos biens à ceux qui n’ont rien fait pour le mériter » avait objecté le capitaine Kruger. « Ceux qui sont ici ne sont que des fainéants, et leur prédicament n’est que de leur fait, aussi les nourrir ne fait qu’encourager leur comportement attentiste. » Wilhelm n’avait pas retenté depuis.

Leur progression était lente, la masse humaine se pressant de tous les côtés. Les cris, les huées, les enfants courant dans les artères, les passants qui se pressaient à chaque intersection, tout cela les enveloppait. La ville semblait immense aux yeux de Wilhelm, même s’il savait que la capitale était encore plus peuplée. De temps en temps la vue se dégageait et il pouvait apercevoir quelque haut édifice qui dépassait du reste. Il demandait alors instantanément à son frère de quoi il s’agissait, et celui-ci lui répondait de la même voix lasse. « C’est l’atelier Bauer, qui fournit beaucoup d’armes à feu pour l’armée » répondit-il quand Wilhelm lui désignait un bâtiment plus long que les autres sur lequel se détachait une enseigne rutilante. Plusieurs autres eurent également droit à leur description sommaire, Vinzent ne s’épanchant pas en longs discours.

Pourtant, une trentaine de minutes après leur arrivée en ville, le soleil de midi éclaira un sourire sur son visage. Ils venaient d’arriver devant le Reik, et devant leurs yeux s’étendait le pont de Nuln, considéré comme l’une des merveilles du vieux monde. Wilhelm retint son souffle devant la grandeur de l’œuvre. De fait, c’était une vue impressionnante, car étant l’un des tous derniers endroits où il est possible de traverser le Reik en une seule fois, cela en faisait le pont le plus long de tout l’empire. D’une très grande largeur, il était majoritairement fait de pierres et de bois, et ses bords étaient parsemés de sculptures magnifiant les dieux et certaines des figures d’importance de l’Histoire de l’empire et de Nuln, tel que l’empereur Foulques qui avait fait de la ville sa capitale. Mais c’est la section centrale qui attirait le plus le regard. Celle-ci, intégralement faite en acier, était séparée du reste du pont par deux arches, chacune entourée d’une paire de tours, qui servaient autant de poste de défense et de contrôle que d’emplacement d’un mécanisme particulier. En effet, un complexe système de rouages et de poulies permettait de soulever le tablier au milieu du pont, ceci pouvant servir autant dans un but défensif que pour permettre à un gros bateau de passer sans encombre. L’édifice avait beaucoup souffert durant la WAAAGH Gorbad, la garnison étant forcée d’en détruire une partie pour empêcher les orques de passer. Même si le stratagème échoua à arrêter le chef orque, qui fit amener ses propres embarcations, quelqu’un de haut placé dut voir que la possibilité d’ouvrir et fermer un pont était d’un grand intérêt stratégique. Lors de sa reconstruction les ingénieurs furent chargés de mettre au point un système permettant cela sans qu’il soit nécessaire d’avoir recours à la destruction du pont lui-même.

C’est en avançant sur ce pont que Wilhelm aperçut alors les bâtiments les plus imposants du Nord de Nuln. Le palais tout d’abord, situé à l’extrême Nord de la ville. Immense construction de pierres tenant plus de la forteresse que de la demeure d’agrément, pourvue de nombreuses tourelles et de balcons crénelés, sa forme sombre dominait la cité de par sa hauteur et son aspect. Une haute muraille l’entourait, n’offrant comme seule entrée dans l’édifice un châtelet entourant une lourde porte de chêne. Sur la gauche, il pouvait également apercevoir la structure monumentale et intimidante de la non moins célèbre Université de Nuln, située en plein cœur du quartier de l’Universität – nommé ainsi en raison de la présence de cette vénérable institution.

Wilhelm commençait à se sentir légèrement intimidé. Passée, la joie espiègle ressentie dans les ruelles de la grande ville, au milieu de la foule. En avançant sur le pont, il se rendait compte peu à peu de la grandeur du monde qui l’entourait. Partout ici étaient des gens qui donnaient la preuve de leur travail acharné et de leur dévotion, que ce soient les étudiants, les soldats, ou même son frère, qui après trois ans ici allait rejoindre Wissenburg avant de postuler dans un ordre de chevalerie. Lorsque, quelques jours auparavant, Wilhelm lui avait demandé quel choix il avait fait concernant l’ordre en question, Vinzent lui avait longuement parlé de l’ordre de l’épée scintillante, de la noblesse de leur combat et de l’espoir qu’ils apportaient aux gens de l’ancien Solland. C’était une des seules fois où il avait quitté son air blasé, son regard étant au contraire brillant alors qu’il parlait. Wilhelm comprit à ce moment-là que son frère avait véritablement trouvé sa voie, et il réalisa que lui-même avait hâte de trouver la sienne.

Leur chemin les entraîna au-delà du pont dans le Handelbezirk, le quartier marchand, où l’humeur ambiante était encore plus sonore et populeuse que dans le sud de la ville. Ici la rue principale, encombrée d’hommes, de chariots et de bêtes, était entrecoupée de très nombreuses artères qui s’enfonçaient dans un labyrinthe de ruelles et de maisons. Personne ne semblait faire attention à eux, tant chacun semblait être occupé à quelque affaire précise, et les rares qui leur adressait la parole le faisaient pour leur intimer de sortir de leur chemin, dans des langages plus ou moins fleuris suivant l’individu. Vinzent répondait parfois avec la même énergie que leurs interlocuteurs, et Wilhelm se rendit compte que ces injures avaient moins pour but d’insulter la personne que de lui montrer qu’on avait du répondant. En clair, il s’agissait d’un jeu de charisme, et cela le fit sourire.

Lorsqu’ils évoluaient dans la rue commerçante, Wilhelm se hasarda à interroger Vinzent sur leur destination. « À quoi ça ressemble dans l’académie ? Est-ce qu’il risque d’y avoir de nombreuses personnes ?

Le jeune homme au chapeau à plumes prit un instant avant de répondre à son jeune frère.

- C’est assez spacieux, plus qu’à la maison, mais rien à voir avec le palais ici. Maître Oppenhauer possède aussi un terrain en-dehors de la ville, où il vous fera pratiquer le combat ou le tir en plein air. Dans ma promotion, on est une quinzaine de diplômés.

- ‘Maître’ ? C’est comme ça que vous l’appelez ? S’étonna Wilhelm.

- Et c’est comme ça que tu l’appelleras aussi, soupira Vinzent. Il est très à cheval sur la politesse et les bonnes manières. Lors des repas, il te faudra très bien te tenir.

- Père m’a raconté une fois qu’il fait participer les élèves à la guerre. Tu as dû le faire ? Wilhelm avait du mal à contenir son engouement, et celui-ci était contagieux, car Vinzent se surprit à ressentir l’excitation qui précédait un affrontement alors que ceux auxquels il avait participé défilaient dans sa mémoire.

- Oui, s’amusa l’ainé, mais ne vas pas croire que tu vas guerroyer dès la semaine prochaine. Il va te falloir attendre au moins un an ou deux avant de faire ton premier pas sur un champ de bataille. Mais tu seras très occupé entre temps, je te rassure. »

C’est dans l’excitation croissante de Wilhelm que les deux frères entamèrent l’ascension de l’Altestadt, le quartier le plus riche de Nuln, après avoir passé une arche dans la muraille qui le séparait du reste de la ville. Ici, point de chariots, de bêtes ou de cris, les rues étant au contraire calmes, propres et larges. Les rares passants étaient vêtus d’atours bien plus riches et plus chers que tous ceux qu’ils avaient vus jusqu’alors dans cette cité. Leur propre vêture, bien que de bonne qualité, ne jouait pas tellement à leur avantage à cause de la poussière de plusieurs journées de voyage, et les rares personnes qui firent signe de les avoir remarqué n’avaient pas l’air enchantées de l’avoir fait. Wilhelm n’en avait cure cependant, tout à son imagination, tandis que Vinzent s’épousseta nerveusement tout en essayant de redresser son chapeau. Il était le représentant aîné de sa famille, et, par Sigmar, il fallait qu’il s’en montre digne.

Il les mena dans une ruelle adjacente, laissant Wilhelm admirer les demeures toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Cet endroit lui rappelait leur quartier natal à Wissenburg, avec ces décorations ostentatoires et ces bâtiments à l’architecture très évoluée. Les rues elles-mêmes étaient une vision superbe, avec les multiples statues et arches qui les bordaient. Quelquefois il aperçut la devanture d’un restaurant chic, où le gratin de la ville se réunissait certainement. Enfin, Vinzent fit arrêter sa monture devant un portail de bronze, et d’une voix satisfaite déclara « c’est ici. »

Wilhelm embrassa l’endroit en question du regard. Clairement, il s’agissait de la plus grande propriété alentours, et ressemblait plus à un manoir qu’à l’idée qu’il se faisait d’une académie militaire. Devant lui s’étendait un grand jardin garni d’arbres, avec au fond un bâtiment à trois étages de style gothique dont la large façade de pierres noires au-dessus de laquelle plusieurs tours pointues s’élevaient vers le ciel. Sans perdre un instant, Vinzent démonta et prit son cheval par la bride, immédiatement imité par Wilhelm qui se résolut à faire ce que son frère lui dirait. Le moment fatidique où il entrerait dans sa nouvelle vie approchait, et il se sentait désormais intimidé. Les deux jeunes hommes s’avancèrent vers la porte à double battants au bout d’une allée traversant le jardin. Des bruits de métal s’entrechoquant mêlés à des exclamations vocales parvinrent aux oreilles de Wilhelm, qui comprit que des personnes devaient s’entraîner au combat non loin de là. Vinzent frappa trois coups à la porte, qui s’ouvrit quelques secondes plus tard sur un homme au visage visiblement marqué par de nombreuses batailles. Il était sobrement vêtu d’un pourpoint et d’un pantalon rouges sombres, accompagnés d’une veste marron et de bottes en cuir, la qualité de l’ensemble étant indéniablement élevée. Nu-tête, les cheveux poivres et sel coupés courts, il arborait par contre une impressionnante moustache assortie d’une barbe taillée en pointe. Son regard direct et profond frappa Wilhelm, qui sentit immédiatement qu’il était en présence de quelqu’un d’une trempe militaire. De fait, même s’il s’appuyait sur une canne de sa main gauche, son maintien était martial.

Vinzent se mit immédiatement au garde-à-vous, surprenant Wilhelm, et le regard qu’il lui lança en dit long sur le respect qu’il vouait à cet homme. C’est presque avec déférence qu’il demanda « maître, je ne m’attendais pas à ce que vous répondiez à la porte, mais je suis ravi de vous voir. Comme vous le savez certainement, je suis accompagné de mon frère, Wilhelm, qui doit devenir votre élève à partir de cette année.

- Repos Vinzent, repos, sourit le vieil homme, je passais par là et je ne voyais pas l’intérêt de demander à quelqu’un d’autre d’ouvrir ma propre porte. Et tu n’as plus à m’appeler ‘maître’, c’est plutôt ‘capitaine’ désormais. »

Il tourna ensuite son visage vers Wilhelm, qui réfléchissait à toute vitesse. Ainsi la porte leur avait été ouverte par le fameux capitaine Hermann Oppenhauer, celui qui avait monté cette institution à sa sortie de l’armée. Il rassembla rapidement toutes les connaissances qu’il avait sur cet homme : capitaine de la Reiksguard et brillant officier de campagne, il avait été gravement blessé à la jambe lors d’un affrontement contre des hommes-bêtes. Plutôt que de profiter d’une retraite à la capitale, il avait monté cette affaire lucrative dans sa ville natale de Nuln. Ayant le nez creux et de bonnes relations, il créa cette académie militaire dédiée à la formation des fils de noblesse de bonne famille, et proposa ses services à plusieurs personnes à diverses hautes positions. Très vite sa renommée fut établie, car sa longue expérience lui permit de dispenser une instruction de grande qualité, et les premiers qui en sortirent devinrent tous d’exemplaires chevaliers. Son affaire prospéra, engendrant une bonne quantité de candidatures qu’il triait désormais sur le volet, autant en fonction du candidat que de ce que sa famille était prête à payer, et ne prenait que peu de personnes par an. En échange de l’entraînement de son propre fils, la comtesse de Nuln avait fini par lui accorder une parcelle de terrain non-loin de la ville pour y pratiquer des exercices de bataille.

Wilhelm savait que sa propre famille avait beaucoup sacrifiée pour que Vinzent, lui, et plus tard Samuel puissent y étudier, mais leur père voulait que ses enfants aient ce qu’il se faisait de meilleur, et il entendait bien ne pas le décevoir. C’est donc avec détermination qu’il soutint le regard de l’ancien officier, avant de faire le meilleur salut qu’il put et de s’exclamer « Ravi de vous rencontrer maître Oppenhauer. Ce sera un honneur que d’étudier sous votre direction et votre toit. »

Vinzent eut un sourire gêné, tandis qu’Oppenhauer répliqua d’un ton autoritaire « Jeune homme, je te remercie de ta bonne volonté, mais à partir de maintenant tu devras apprendre à ne parler que lorsqu’on t’en donne l’ordre. Maintenant, va t’installer dans le dortoir des premières années, quelqu’un viendra s’occuper de ton cheval. C’est bien compris ?

- Oui Maître ! »

Wilhelm entreprit de réunir ses affaires, et pénétra ensuite dans l’imposante bâtisse alors que son frère et son nouveau ‘maître’ devisaient dehors. La porte donnait sur un hall spacieux, au sol couvert d’un parquet sombre et dont les murs étaient ornés de multiples références militaires. Epées, boucliers et bannières s’étendaient devant ses yeux qui s’illuminèrent d’admiration. Deux couloirs quittaient la pièce, un à droite et un à gauche, et un escalier montant était également visible dans une pièce à sa droite. En face de lui quatre larges baies-vitrées laissaient entrer la lumière du jour, et au vu des mouvements qu’il devinait de l’autre côté c’était là la provenance du bruit de ferraillage.

Après quelques minutes d’exploration infructueuse, il finit par demander son chemin à une femme de chambre. L’intérieur du bâtiment était labyrinthique, avec de multiples couloirs et escaliers, tous ornés de tableaux, de tapisseries ou d’équipements et de trophées militaires. Le dortoir des premières années se trouvait dans l’aile Ouest, au troisième étage, et consistait en une vaste salle toute en longueur, séparée en un ensemble d’alcôves semi-privées par des cloisons. Par contraste avec le reste de l’académie il n’y avait que peu d’ornementations, la salle étant peu décorée. Une fenêtre, un lit simple, une penderie et un bureau, voilà tout ce dont chaque alcôve disposait, et Wilhelm s’avança à pas mesuré pour détailler ce nouvel environnement qui allait devenir son quotidien. Il s’aperçut rapidement qu’il n’était pas seul, car sur l’un des lits il vit un jeune homme d’à peu près son âge en train de lire un volume relié de cuir. Plusieurs autres similaires étaient posés sur le bureau, rappelant à Wilhelm les longues leçons qu’il avait subie des après-midi durant. « Bonjour », commença Wilhelm, « tu es nouveau ici aussi ? » L’autre baissa son livre, révélant un visage pâle constellé de boutons d’acné et encadré de cheveux noirs, et en un instant il s’était levé et lui tendait une main amicale. « Je suis arrivé ce matin de Pfeildorf, je m’appelle Kurt. Je n’étais pas le premier cela dit, Dieter est arrivé avant moi, mais il est parti observer les autres pendant leur entraînement.

- Les autres ? Demanda Wilhelm en lui serrant la main tout en tournant la tête de droite et de gauche, avant de comprendre : Ah, les élèves de deuxième et troisième années.

- Oui voilà, acquiesça Kurt, ils sont en train de s’exercer dans la cour, mais moi j’ai préféré continuer ce traité de tactique. »

Un traité de tactique ? Wilhelm réalisa soudain avec appréhension qu’il avait peut-être espéré un peu trop vite que ses années d’études de textes écrits étaient terminées, et hocha la tête sans dire un mot. Kurt l’observa, silencieux lui aussi, alors qu’il jetait des coups d’œil au reste de la pièce, et Wilhelm se rendit compte qu’il avait oublié l’une des plus élémentaires règles de politesse. « Désolé, commença-t-il, je ne me suis pas présenté. Je suis Wilhelm, Wilhelm Kruger, de Wissenburg. Mon frère et moi venons d’arriver en ville, mais lui doit repartir demain. Il a déjà suivi la formation. » Il s’arrêta un instant, avant de reprendre « tu sais où je peux m’installer ? Je ne sais pas quels lits ont déjà été pris.

- Oh pour ça c’est simple, sourit Kurt en désignant le plafond, il y a une plaque au-dessus de chaque alcôve avec un nom dessus, il te suffit de trouver le tien. »

Wilhelm leva les yeux et aperçut qu’en effet, juste au-dessus de lui était accrochée une plaque de métal dorée avec l’inscription ‘Kurt Schreiber’ gravée dessus. Il trouva rapidement la plaque avec écrit ‘Wilhelm Kruger’, et entreprit de ranger ses effets dans l’alcôve correspondante. Il avait emporté une grande quantité d’uniformes règlementaires de l’académie, que son père avait fait fabriquer à sa taille et plusieurs tailles au-dessus, ainsi que ses armes de combat. L’académie fournissait les armes d’entraînement, mais demandait aux élèves de fournir leurs propres armes pour le combat réel s’ils le pouvaient. Les siennes consistaient en une épée, un bouclier et une paire de pistolets. L’ensemble était de bonne facture mais sans fioritures d’aucune sorte, son père considérant qu’un combattant n’avait nul besoin de parader en étalant sa richesse et que seule l’habileté comptait. Mais Wilhelm savait que les armes simples étaient aussi moins chères. En sus, il disposait d’un chapeau à plume qu’il ne portait quasiment pas, estimant que l’objet lui donnait l’air idiot et qu’il était moins utile qu’un casque. Mais le capitaine Kruger avait été inflexible sur le sujet : « les pistolkorps portent un chapeau à plume au combat, cela leur permet d’être rapidement identifiable par leur commandant, et aussi d’énerver l’ennemi » avait-il ordonné, aussi Wilhelm s’était-il retrouvé obligé de l’emporter. Il n’avait pas pris de livres, et se demandait maintenant s’il n’aurait pas dû.

C’est à cet instant que la porte s’ouvrit à la volée et que Wilhelm entendit quelqu’un entrer. « Il faut que tu viennes voir ça, c’est quand même plus intéressant qu’un bouquin », claironna une voix enjouée accompagnée de bruits de bottes. « Mais je peux très bien voir de ma fenêtre, répondit la voix de Kurt d’un ton légèrement ennuyé. Et puis, c’est pas comme si on n’allait pas voir ça tous les jours. » Wilhelm jeta un coup d’œil à la fenêtre pour s’apercevoir qu’en effet, l’entraînement des jeunes élèves était visible d’ici. Mais il préféra détourner le regard et rejoindre les deux autres. Alors qu’il sortait de son alcôve, une silhouette près de celle de Kurt tourna la tête vers lui. Il s’agissait d’un autre jeune homme, au visage fin et élégant, et dont les cheveux blonds étaient élégamment coiffés en arrière. Il était déjà vêtu de son uniforme mais le portait avec une aisance naturelle, et à la vue de Wilhelm il esquissa un sourire accueillant en se tournant vers lui. « Kurt, taquina-t-il, tu ne m’a pas dit qu’on avait été rejoints. Je suis Dieter, Dieter Von Fried. Je viens d’arriver en première année moi aussi, ravi de faire ta connaissance.

- Moi c’est Wilhelm Kruger, sourit Wilhelm en lui serrant la main. Je t’ai entendu parler de l’entraînement des autres élèves, tu pourrais me montrer le chemin ? Ça m’intéresserait de les voir.

- Tu vois, Kurt, rétorqua Dieter, lui au moins il a les bonnes priorités. Allez, tu pourras le finir ce soir ton livre, alors que là c’est certainement bientôt fini. »

Kurt, qui avait levé la tête au-dessus de son traité durant leur discussion, laissa échapper un soupir avant de fermer le volume, le rangeant soigneusement avec les autres. « Allons-y, puisque de toutes façons je ne vais pas y couper. » Son visage se voulait un masque d’agacement, mais Wilhelm cru y déceler un sourire. Tous trois descendirent les étages, guidés par Dieter qui semblait bien connaître l’endroit. Interrogé à ce sujet, il répondit : « Je suis arrivé ce matin, vu que ma famille habite à Nuln et j’en ai profité pour explorer le plus possible. J’ai pas encore pu tout voir, mais au moins je sais comment aller dans la cour. » En quelques minutes ils se retrouvèrent dehors, et Wilhelm put enfin voir à quoi ressemblait les entraînements à l’épée dans l’académie Oppenhauer.

Devant eux s’étendait une cour sise entre les deux ailes de la demeure, celle-ci formant un U. Organisée en un terrain d’entraînement, elle était occupée par une quinzaine de jeunes hommes en armures matelassées par-dessus leurs uniformes s’affrontant par binômes, chacun portant épée et bouclier. Wilhelm savait qu’ils étaient juste un peu plus âgés que lui, mais la différence semblait bien plus importante, tant par l’attitude que l’apparence. L’entraînement aussi n’avait rien à voir avec ce qu’il avait lui-même vécu, les étudiants enchaînant les passes avec souplesse sans s’arrêter. Entre les combattants circulait un homme grand, vêtu de la même manière qu’eux et portant une épée à la main. Son visage était large, les joues épaisses, le nez presque rond, et de même que le directeur il arborait une impressionnante moustache, même si la sienne était brune. Il donnait sans discontinuer des instructions entrecoupées de tonitruantes remarques telles que « Falk, ta garde a plus de trous qu’une prostituée ! », « Vous êtes là pour faire des passes d’armes ou pour vous draguer ? » ou « Par le fuseau de Dyrath, tu vas nous montrer ce que tu as dans le ventre Filibert, ou tu es ici pour te curer le nez ? ». Il apparut bien vite à Wilhelm que les élèves devant lui étaient exténués, cependant aucun ne se plaignait, et l’instructeur ne donnait pas l’impression de ralentir le rythme.

À côté de lui, Kurt observait la scène avec un intérêt non feint, alors que Dieter lui semblait presque prêt à les rejoindre tant il était excité. De son côté, Wilhelm essaya de capter les détails de chaque mouvement, ce qui fut loin d’être facile. Il finit par s’intéresser à un duo de combattants en particulier, tachant de déterminer s’il voyait un schéma dans leurs mouvements. L’un d’entre eux porta un coup vertical, puis une estocade, suivie par une attaque horizontale. « Tu portes tes coups trop loin » pensa Wilhelm, mais il lui semblait que l’adversaire ne s’en rendait pas compte, restant constamment sur la défense. Au bout d’un moment cependant, il finit cependant par profiter d’une ouverture, – la quatrième que compta Wilhelm, qui commençait à désespérer de le voir agir – pour porter lui-même une attaque qui passa sous le mouvement ennemi et le toucha à la poitrine. « Enfin » chuchota Wilhelm, et ce fut aussi visiblement le sentiment de l’instructeur, car il cria au premier : « Rudolf, si tu es aussi maladroit avec les femmes qu’avec les armes, tu mourras vite et seul. Tu es au combat, pas à la foire ! » Puis il frappa dans ses mains et tous les duels cessèrent, les jeunes hommes poussant alors des soupirs de soulagement tandis qu’ils reprenaient leur souffle. « Vous faites des progrès, » leur annonça-t-il alors qu’ils déposaient leurs armes sur un ratelier proche, « mais il va encore falloir que certains d’entre vous arrêtent de faire comme s’ils se donnent en spectacle. Maintenant allez vous laver ! » Sans plus attendre, les élèves pistolkorps s’avancèrent dans le manoir, suivis par Wilhelm, Kurt et Dieter qui décidèrent de regagner leur dortoir.

En s’approchant ils entendirent le bruit de paroles provenant de la pièce, et c’est avec surprise qu’ils s’aperçurent qu’en leur absence tous les autres élèves de première année étaient arrivés. Leur entrée provoqua un silence, suivi d’une myriade de rencontres et d’échanges alors qu’ils se présentèrent les uns aux autres. Mais cet instant fut de courte durée, car bientôt un individu se présenta à la porte. Wilhelm reconnut immédiatement l’homme qui était en charge de l’entraînement qu’il venait de voir, sauf qu’il avait quitté son armure et qu’il portait un uniforme plus élaboré que celui des élèves. Maintenant qu’il le voyait de près, Wilhelm s’aperçut qu’une partie de son visage était balafrée, lui donnant une allure peu amène. Son arrivée suffit à stopper toutes les conversations, et après quelques secondes il annonça de sa voix rocailleuse « Messieurs, je suis l’instructeur Stillmann. Vous avez dix minutes pour mettre un uniforme et rejoindre la salle d’arme, tout retard sera sanctionné par des corvées. Rompez ! ». Sur ces mots, il quitta le dortoir sans avoir pris le temps de leur indiquer l’emplacement de ladite salle d’armes.

Cinq minutes plus tard, Dieter menait l’intégralité des premières années sur le lieu de rendez-vous. Wilhelm, ayant enfilé un de ses uniformes à la hâte en essayant d’être le plus présentable possible, était content qu’il soit avec eux. Il les mena à travers l’aile Ouest puis l’aile centrale, jusqu’à une imposante salle au sol en parquet dans l’aile Est. Le plafond était haut de quatre mètres et les murs recouverts de râteliers remplis d’armes en tous genres, de la dague à la hallebarde, de l’arc court à l’arquebuse. L’instructeur Stillmann se trouvait là, au garde-à-vous derrière le capitaine Oppenhauer qui les attendait, appuyé sur sa canne. Vinzent n’était visible nulle part, mais Wilhelm espérait que son frère n’était pas parti sans au moins lui dire au-revoir.

À leur arrivée, le capitaine s’écria : « messieurs, mettez-vous en rang et que ça saute. Je ne veux pas voir une oreille dépasser, ou entendre la moindre mouche voler ! » Tout le groupe s’aligna alors au milieu, chacun se tenant le plus droit possible en fonction de ce qu’on lui avait appris tout en imitant les autres. Oppenhauer les regarda fixement pendant une dizaine de secondes en silence, son visage un masque de sévérité. « Messieurs ! Reprit-il soudain sur le même ton, je suis le capitaine Hermann Oppenhauer, directeur et fondateur de cet institut. À partir de maintenant vous serez la promotion dix-sept. Tant que vous serez ici, vous ne parlerez que quand on vous le demandera, ne ferez que ce qu’on vous dira, et dès que vous vous adresserez à moi ce sera par le titre de ‘maître’, est-ce que c’est clair ?

- Oui maître ! » Crièrent-tous en cœur les nouveaux élèves. Pour la plupart ils avaient longtemps attendu ce moment, et Wilhelm avait du mal à réfréner son enthousiasme à la suite de l’entraînement qu’il avait observé. À côté de lui, Dieter semblait dans le même état, l’œil brillant et un petit sourire sur le coin de la lèvre. Kurt, de son côté, était totalement à l’écoute du capitaine, et rien dans son attitude ne trahissait un quelconque sentiment.

Oppenhauer commença à circuler dans la pièce, faisant les cent pas en faisant claquer sa canne sur le parquet tout en parlant de sa voix forte « Je suis certain, continua-t-il, que l’intégralité d’entre vous a déjà eu un enseignement militaire, plus particulièrement au combat et au tir. Mais pour le moment, si je mets l’une de vos jolies petites têtes blondes sur un champ de bataille, vous ne tiendriez pas cinq secondes ! Tout au plus ! Mon travail à moi c’est de faire en sorte que cette durée s’étende pour dépasser celle de la bataille. Votre travail à vous c’est d’apprendre le plus possible, en vous donnant à cent pour cent dans chaque enseignement qui vous sera dispensé, et même plus ! C’est bien compris ?

- Oui maître ! » S’écrièrent-ils tous à nouveau. En écoutant ce discours, Wilhelm commençait à comprendre comment Vinzent avait été métamorphosé, et à quel point sa propre vie s’apprêtait à changer. Même s’il avait souvent considéré que l’éducation dispensée par son père était sévère, cela n’avait rien à voir avec ce qu’il semblait à présent qu’il allait vivre ici.

Oppenhauer se tourna ensuite vers l’instructeur, qui était resté immobile depuis le début. « Promotion dix-sept, vous avez déjà rencontré l’instructeur Stillmann. Lors des trois prochaines années, ce sera lui qui s’occupera de vos entraînements physiques, étant donnée ma propre condition. Considérez-le comme un double de ma personne, mais sachez qu’il est moins gentil que moi. Pour le reste c’est moi qui m’en chargerai, et je ne vous promets que deux choses : de la sueur et du sang. Pour les larmes, vous pouvez en verser, mais ça ne regarde que vous. La vie facile, c’est fini, mettez-le vous bien dans le crâne ! Promotion dix-sept, est-ce que c’est clair ?

- Oui maître ! »

************************





Comme vous pouvez vous en apercevoir, je vais surtout couvrir des moments importants de la vie de Wilhelm, sans raconter au jour le jour ce qu'il se passe. Il y aura donc d'autres ellipses, plus ou moins longues.

Il s'agit du dernier chapitre à avoir été terminé. Le chapitre 3 est bientôt fini, mais pour l'instant ce n'est pas le cas. Le rythme de publication va bientôt prendre un coup dans l'aile, je le crains.


Dernière édition par Arcanide valtek le Dim 3 Juin 2018 - 19:30, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
vg11k
Comte de la Crypte 2014
avatar


Age : 26
Nombre de messages : 996
Date d'inscription : 19/07/2010
Vainqueur de concours : Concours de texte

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 2 Juin 2018 - 14:26

ok je suis complètement fan de la description que tu fais des lieux. Moi qui connais mal les détails des cités impériales, tu me régales avec ce "secret d'histoire" spécial Nuln !

Un vocabulaire et des formulations aux petits oignons Arca, tu nous gates. Attention par contre aux phrases un peu longues parfois (3 lignes sa fait beaucoup...).

aient ce qu’il se fait de meilleur => pas faisait ici ?
comme s’ils se donnent en spectacle => comme s'ils se donnaient plutôt non ?

Il va en parcourir du chemin le lascar avant de devenir un fiston de la nuit Devil

Sur ce, "La suite Maître !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vg11k.tumblr.com/
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Dim 3 Juin 2018 - 19:33

@vg11k a écrit:
ok je suis complètement fan de la description que tu fais des lieux. Moi qui connais mal les détails des cités impériales, tu me régales avec ce "secret d'histoire" spécial Nuln !
Dis toi que j'ai épluché la carte de Nuln et les détails de ses quartiers rien que pour ce passage. Je suis content que ça te plaise  Smile .


@vg11k a écrit:
aient ce qu’il se fait de meilleur => pas faisait ici ?
Aaaaaah oui. Encore une faute de concordance des temps Blushing .

@vg11k a écrit:
comme s’ils se donnent en spectacle => comme s'ils se donnaient plutôt non ?
Là par contre je ne suis pas sûr, vu que le mec parle au présent. Il n'a pas de raison de mettre au passé, si ?

@vg11k a écrit:
Il va en parcourir du chemin le lascar avant de devenir un fiston de la nuit  Devil
On en est loin en effet.

@vg11k a écrit:
Sur ce, "La suite Maître !"
Love
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arcanide valtek
Seigneur vampire
Seigneur vampire
avatar


Age : 27
Nombre de messages : 2608
Expérience de jeu (CV) : Depuis Mai 2006
Date d'inscription : 24/05/2010

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 8 Juin 2018 - 21:27

Bon beeeeen, encore un double-post. Sourire

Voici le chapitre 3. Prenez votre temps pour le lire, le quatrième ne fait que quelques mots de long pour le moment.

C'est une nouvelle ellipse, comme annoncé plus tôt.



Chapitre III


Les feux crépitaient abondamment, transformant par leur seule existence un amoncellement de tentes et de couchages en un campement bien organisé. Dans la nuit, ces feux étaient autant de phares qui guidaient les soldats circulant un peu partout. Le troisième feu à droite, le quatrième feu après la tente du capitaine, ou d’autres encore, tous ne se repéraient que grâce aux brasiers qui parsemaient le campement par dizaines. Mais là ne s’arrêtait pas leur utilité. Ces feux étaient des lieux sociaux, les soldats se réunissant autour d’eux pour la chaleur qu’ils dégageaient, afin d’en faire profiter leurs rations, leurs corps, ou tout simplement leurs cœurs. Partout, chaque feu était le lieu de quelque conversation animée, de quelques parties de cartes ou de plusieurs repas bruyants, le tout faisant bourdonner le campement d’une vie pouvant paraître étrange aux néophytes. L’existence de soldat n’était jamais simple, et ces instants de détente étaient prisés et même attendus par ces hommes dont le quotidien étaient la marche, le labeur et parfois même le combat et la mort.

Le premier feu en périphérie, à gauche de l’enclos à chevaux. Wilhelm répétait ces mots dans sa tête en marchant à pas vifs vers les lumières, son fourreau battant sur son flanc gauche. Le campement était grand, mais trouver un endroit adéquat pour se soulager avait impliqué de s’en éloigner quelque peu. Maintenant il lui fallait retrouver ses camarades, ce qui n’était pas une mince affaire dans ce dédale humain. Alors qu’il évoluait le long des brasiers, la situation lui paraissait presque irréelle, comme s’il se trouvait dans une autre dimension. Il était là, au pied des montagnes grises, mêlé à une armée, une véritable armée. Son sourire s’étendit d’une oreille à l’autre alors qu’il pensait à la possibilité d’une glorieuse bataille à venir, après laquelle lui et sa promotion se mêlerait au triomphe lors du retour à Nuln. Il était dans cet état depuis que, cinq jours auparavant, maître Oppenhauer leur avait annoncé qu’en ce début de dernière année ils étaient suffisamment entraînés pour participer à leur première bataille.

« Bien sûr, avait-il déclaré sur le même ton péremptoire qu’il prenait en leur présence, vous n’allez pas avoir une participation active. L’objectif sera pour vous de voir comment tout cela est mis en place, tant au niveau logistique que militaire. La gestion d’une armée n’est pas une mince affaire, vous vous en doutez. En ce qui concerne l’affrontement, vous ne devrez pas y prendre part, à moins que ce soit expressément nécessaire. L’instructeur Stillmann, qui vous accompagnera, s’assurera que vous ne vous laissiez pas emporter par la fougue, et ce rôle sera également celui de votre major. » À ces mots, il avait fait un signe de tête en direction de Reiner, qui n’avait pas bougé d’un sourcil. Du reste personne n’avait esquissé le moindre mouvement. Oppenhauer avait terminé son annonce par son habituel « est-ce clair ? » auquel ils avaient répondu en chœur « oui maître ! ». Ils étaient partis le surlendemain avec l’armée, une troupe menée par un certain capitaine Weber dans la région des montagnes grises. Plusieurs villages avaient apparemment été la cible d’une armée d’hommes-bêtes dans la région, et la comtesse avait décidé d’agir

« Tiens, regardez qui voilà ! » S’éleva une voix moqueuse, et Wilhelm sourit en reconnaissant celle de Dieter. Il avait fini par trouver le bon chemin, et tournant le regard en direction de son ami il reconnut leur propre feu, un ouvrage pauvre cependant en comparaison de ceux édifiés par les vétérans qui les entouraient. L’instructeur Stillmann les avait observé faire lorsqu’ils avaient établi leur campement, mais n’était pas intervenu, se contentant de monter sa propre tente sans dire un mot et seulement une fois les leurs achevées. L’armée avait établi ici le soir même un campement temporaire le soir mais devait ne durer que quelques jours, le temps que des reconnaissances soient faites dans les environs et que Weber et ses lieutenants ne décident quoi faire.

Wilhelm trouva ses camarades de l’académie en train de vaquer à des occupations diverses, et ils ne lui accordèrent que peu d’attention alors qu’il se rasseyait par terre. Dieter s’occupait de faire chauffer les rations, ayant perdu au tirage au sort pour savoir qui allait s’en charger. Il avait bougonné avec force, mais était désormais penché avec attention sur sa poêle. Le voyant manipuler délicatement les saucisses de la pointe de sa dague, Wilhelm se demanda s’il ne s’était pas trouvé là une passion inopinée.

« Quel est le plan pour demain chef ? Lança soudain Klaus, le seul d’entre eux à être originaire du Reikland, qui était en train de s’occuper comme il pouvait en taillant grossièrement un bout de bois en pointe. Son uniforme déboutonné lui donnait un style débraillé dont il avait fait sa spécialité tout au long de leur formation.

L’intéressé, Reiner, leva la tête alors qu’il nettoyait son pistolet à la lueur du feu.

- Nous resterons ici pour suivre les mouvements des éclaireurs. Et nous en profiterons pour continuer les entraînements, ça nous occupera. Et, ajouta-t-il de sa voix monocorde, je te rappelle que tu dois m’appeler ‘major’. C’est un ordre du maître.

- Oui major, bien major, veuillez pardonner à mon humble personne major, railla Klaus en mimant des courbettes avec les bras. Ça te va comme ça ? Son épaisse carrure le rendait impressionnant, mais Reiner ne se laissa pas démonter.

- Ça m’irait si tu terminais toutes tes phrases avec ce mot, comme tu as ordre de le faire. »

Reiner regardait fixement Klaus de ses yeux bleu acier, sans que son visage délicat d’une pâleur extrême n’esquisse la moindre mimique de frustration. Wilhelm le connaissait suffisamment pour savoir que ça ne risquait pas d’arriver. Présenté comme un jeune prodige originaire d’Averheim, Reiner ne faisait jamais preuve de la moindre émotion, au point que ça en devenait presque effrayant. Point de peur, de colère, d’envie, et même d’orgueil, son visage d’une froide élégance gardait toujours la même expression neutre et sa voix n’avait jamais un mot plus haut que l’autre.

Personne ne l’appréciait, pas même leur hiérarchie, mais il était le plus doué d’entre eux, tant tactiquement qu’au combat, et sa nomination en tant que major avait été inévitable. Wilhelm était le seul qui rivalisait avec lui sur le domaine des armes de mêlées, et Gerulf n’était surclassé par personne avec un arc, mais c’était tout. Même Kurt, malgré son talent et ses connaissances en tactique militaire, n’était jamais arrivé à le battre lorsqu’ils étaient tous deux étaient capitaines d’équipes lors d’entraînements en plein air. Reiner avait toujours un coup d’avance. Mais Wilhelm l’avait déjà vu abandonner un allié lorsque cela lui permettrait de gagner, chose que Kurt détestait faire. De fait, il pensait que le nommer major avait été une mauvaise idée. Il avait beau être très doué, il n’arriverait jamais à émuler le groupe, et certains ne le respectaient même pas.

« Monsieur Von Baumberg, continua Reiner, j’attends votre réponse. »

Nulle trace d’animosité dans sa voix, le major continuait à fixer Klaus qui de son côté commençait à perdre sa contenance. Il s’apprêtait cependant à lancer une réplique cinglante quand un « Hum hum » s’éleva de la tente de l’instructeur Stillmann. Klaus baissa alors sa large face, et répliqua entre ses dents un « Oui major » puis ne dit plus rien.

Au cours de leur instruction, Wilhelm et ses camarades avaient fini par reconstruire petit à petit l’histoire de cet instructeur tout à la fois bourru, sévère et juste. Il avait été membre du cercle intérieur de la Reiksguard, et se faisant était devenu proche d’Oppenhauer durant de longues années. Lorsque le capitaine avait fondé son académie, Stillmann n’avait pas hésité à quitter son Reikland natal pour le suivre et l’aider à former de jeunes générations de chevaliers. Ses techniques d’instructions, quoique difficile et parfois brutales, s’étaient toujours révélées très efficaces. De plus, malgré le peu d’estime qu’il avait pour Reiner, Stillmann s’efforçait de leur rappeler que le traiter avec respect faisait partie de leur devoir, étant doté d’un grand sens de l’ordre. « Cela peut arriver d’avoir un officier que l’on n’apprécie pas, leur avait-il rétorqué un jour, et autant que vous sachiez le gérer maintenant ».

L’échange entre le major et Klaus avait douché l’ambiance, et un silence inconfortable s’ensuivit. Kurt, qui aiguisait son épée, finit par le briser en changeant de sujet :

« Qu’est ce qui a bien pu pousser des hommes-bêtes aussi loin au Sud ? Après tout, ils sont généralement dans les grandes forêts ?

Du garçon maigrelet et au visage couvert de boutons qu’il était, Kurt était devenu un combattant agile et intelligent, et n’avait désormais plus aucune trace d’acné. Cependant, n’ayant jamais réellement autant progressé que les autres dans le maniement des armes, il était quelquefois la cible des moqueries ou de l’indifférence de certains.

Il n’était d’ailleurs pas le seul à avoir changé durant ces deux années. Tous avaient presque achevé leur croissance, et la pratique quotidienne d’activité physique avaient fait d’eux des jeunes hommes élancés et musclés. Certains, comme Dieter, avaient décidé de se faire pousser une fine moustache (ce qui dans le cas de ce dernier lui avait assuré un grand succès auprès de la gente féminine), mais Wilhelm avait décidé de rester glabre, voyant en cela un moyen de se distinguer de son grand-frère.

- Qu’est-ce que ça peut faire là où ils sont ? Rétorqua Wilfried d’un air suffisant sans lever son nez en trompette de sa partie de cartes ? On va le leur faire regretter de toutes les façons.

- Ouais, surenchérit la voix aigüe de Sigmund, l’éternel compagnon de jeu de Wilfried, ils vont voir de quelle trempe sont faits les Wissenlanders.

- Mais ces fameux hommes-bêtes sont apparus comme ça, sans que personne ne les voient venir. On aurait dû recevoir des signalements.

- Ils sont pas sensés être des pros de l’infiltration en forêt ? Moi ça ne me surprend pas.

- Mouais, je continue de trouver tout cela bizarre, marmonna Kurt d’un air soucieux. Wilhelm ignorait beaucoup de choses sur le comportement des hommes-bêtes, car à l’académie on ne leur enseignait que leurs techniques de combats. Néanmoins Kurt avait de vastes connaissances sur l’histoire militaire de l’empire, et ses doutes l’inquiétèrent.

- De quoi penses-tu qu’il puisse s’agir d’autre ? Questionna-t-il alors qu’un Dieter excité annonçait que les saucisses étaient prêtes et en distribuait une à chacun.

- Oh je ne sais pas. Des pillards ? Des peaux-vertes ? Kurt semblait peu sûr de lui. Il sortit un quignon de pain de son paquetage avant de continuer.

- En réalité, reprit-il, ça me semble bien plus mystérieux que cela. Imagines, le Wissenland est une province entourée par des rivaux, mais la lutte contre les menaces extérieures nous unit toujours. On aurait dû avoir reçu une quelconque information depuis. Or, termina-t-il en arrachant un bout de saucisse avec ses dents, à che que l’on en chait, il n’en est rien.

- Et il n’y a pas que ça, fit la voix grave de Gerulf à côté d’eux. L’ostlander chatain au visage fermé avait déjà terminé son repas, l’ayant englouti à la même vitesse qu’à l’accoutumée, et vérifiait son arc. Une activité qu’il pratiquait presque dix fois par jour.

- Que veux-tu dire ? Finit par demander Wilhelm après un silence. Gerulf n’avait jamais été très loquace.

- Chez moi, commença-t-il tout en testant les attaches de la corde, on nous apprend à repérer les traces d’hommes-bêtes dès le plus jeune âge. C’est pas facile, parce qu’ils sont doués, mais il y a des astuces.

Tout en leur parlant, ses membres musculeux faisaient tournoyer l’arc de droite à gauche, alors que son regard d’aigle en inspectait chaque angle, avant d’enfin le poser sur le sol, l’air satisfait.

- Et je ne sais pas si c’est qu’on n’est pas passé sur leur piste, continua Gerulf, ou si c’est qu’ils peuvent voler, mais je n’ai rien vu qui laisse penser qu’ils sont passés dans les parages. Et ils ont beau être des ‘pros’ pour cacher leurs traces en forêt, comme dit Sigmund, ici on n’est pas dans une forêt. Un petit bois, tout au plus.

- Mais alors, commença à dire Kurt, dont la mine se faisait de plus en plus effrayée, est-ce que tu as vu des traces particulières ici ?

- Justement, o… »

Sa réponse se perdit dans sa gorge. Un hurlement déchirant avait été poussé au même moment depuis l’autre côté du camp. En une seconde, tous les bruits s’arrêtèrent alors que les hommes en cherchèrent l’origine. Certains se levèrent, et Wilhelm vit l’instructeur Stillmann sortir immédiatement de sa tente, épée et pistolet au poing et la mine grave. Les seuls bruits restants venaient à présent des chevaux, qui commençaient à piaffer. Il y eut un instant de flottement, puis un mouvement attira l’attention générale.

Une silhouette se détacha des arbres et courut en direction du campement. De là où il était, Wilhelm n’arrivait pas à voir ses traits ou ses vêtements, mais il entendit clairement ses appels à l’aide. Certains soldats réagirent vite, empoignant leurs armes tout en esquissant un mouvement vers lui. Mais un phénomène étrange se produisit en même temps.

L’air sembla devenir lourd, comme si un orage se préparait, et soudain un éclair verdâtre jaillit du sous-bois alors qu’un violent craquement retentissait dans la clairière. L’éclair frappa le fuyard de plein fouet, lui arrachant un hurlement qui se transforma rapidement en borborygmes. Son corps fut projeté sur plusieurs mètres et ils le virent atterrir près d’un des feux. Il y eut un bref instant de silence, et Wilhelm n’eut que le temps de dégainer son épée que la scène éclata.

Ils surgirent de partout, de tous les côtés. Une foule de silhouettes sombres qui se précipitèrent sur l’armée humaine encore hébétée par ce qui venait de se produire. Wilhelm, paralysé par l’irréalité de la situation, ne distingua pas tout de suite qui étaient leurs assaillants. À côté de lui, ses camarades semblaient dans le même état, à l’exception de Reiner qui pointait déjà calmement son pistolet sur la marée arrivante. Ce n’est que lorsque l’instructeur vociféra « Bougez-vous, bande d’empotés ! Par le fuseau de Dyrath, dégainez ! » qu’ils se mirent tous en action, chacun se jetant sur ses armes le plus vite possible. Les silhouettes se déplaçaient rapidement, et avaient franchi la distance qui les séparait du cercle de tentes et de feux en quelques secondes. Toutes sortes de couinements avaient emplis l’air, et Wilhelm, son épée dans sa main droite et un pistolet dans la gauche, ne put s’empêcher de remarquer que cela ne ressemblait pas à l’idée qu’il se faisait d’un cri d’homme-bête.

Ses craintes se révélèrent fondées dès la seconde suivante. Le premier assaillant à entrer dans la lumière de leur feu lui fit écarquiller les yeux. La créature qui fonçait vers eux n’était certainement pas humaine, mais entre son museau fin, ses membres maigres et ses incisives protubérantes, Wilhelm avait plus l’impression d’avoir affaire à un croisement étrange et contre-nature d’un homme et d’un rat qu’à un des hommes-bêtes décrits par le capitaine Oppenhauer. Rien à voir avec la masse de muscles cornue à laquelle il s’attendait, mais étrangement cette différence ne contribua pas à le rassurer, bien au contraire.

En arrivant près du feu, l’homme-rat poussa un cri. Wilhelm entendit une détonation à sa gauche et la créature fut projetée en arrière. Mais une suivante arriva, et une autre, et encore une autre. Plusieurs détonations similaires retentirent dans le campement, mais elles furent bientôt mêlées aux hurlements et aux cliquetis métalliques qui signifièrent qu’une furieuse bataille s’était engagée. Wilhelm tira en direction des hommes-rats, mais sans même attendre de savoir s’il avait touché ou non il fut obligé de saisir son épée à deux mains pour bloquer la lame fine d’un assaillant qui lui fonçait dessus.

Au moment où leurs armes s’entrechoquèrent, Wilhelm croisa le regard de l’homme-rat. Jamais, dans sa vie, n’avait-il été confronté à un moment comme celui-là. Tous les entraînements qu’il avait suivis, tous les coups qu’il avait donnés et reçus, tout cela avait pour but de l’y préparer. Et pourtant, rien ne peut réellement préparer quelqu’un à la première fois où il croise le fer avec un adversaire prêt à le tuer. Ce que Wilhelm vit dans le regard de l’homme-rat était un mélange de haine viscérale, d’instinct animal et d’intelligence retorse. Et cette malveillance le terrifia, comme si on avait versé de l’eau glacée dans sa tête qui s’était ensuite propagée jusqu’à ses tripes.

Il reprit ses esprits quand la créature tenta de le mordre au visage, reculant vivement et permettant à son adversaire de se presser son avantage. Mais avant que Wilhelm ne puisse réagir, l’homme-rat poussa un cri et tomba à la renverse, lâchant son arme qui se perdit dans l’herbe. Juste à sa place se tenait Wilfried, souriant, une épée couverte du sang de son agresseur à la main. « Ne fais pas cette tête-là soldat », commença-t-il, « essaye d’en tuer au moins… ».

Son dernier mot ne fut jamais prononcé. Une protubérance métallique jaillit de son torse et son sourire se figea alors qu’il baissait les yeux vers elle. Une tâche rouge se forma autour de la blessure et se répandit sur ses vêtements. Il y eut un instant de flottement, puis il s’effondra à son tour.

« NOOOOOOOOOON » hurla Wilhelm, l’esprit complètement chamboulé. Autour de lui, des cris similaires retentissaient, mais il ne les entendait pas, il n’entendait plus rien. Wilfried avait beau n’avoir pas vraiment été son ami, il restait un joyeux compagnon. Cette chose n’avait en aucun cas le droit de vie au de mort sur lui, ou sur qui que ce soit ! Levant son épée, il fonça sur l’homme-rat qui venait de poignarder son camarade, et avant qu’il n’ait compris ce qu’il se passait Wilhelm lui trancha les deux bras d’un coup plongeant. « MEURS » s’égosilla-t-il. La créature eut un couinement de terreur et de douleur, mais déjà Wilhelm plongeait son arme dans son torse d’un coup rageur « MEURS, MEURS MEURS MEURS MEURS ! ». La colère lui faisait perdre toute peur, toute panique, l’emplissant d’une soudaine et violente envie de semer la mort chez ces répugnantes créatures, et sitôt sa victime achevée il en chercha une autre.

Il avait l’embarras du choix, les autres étant aux prises avec de nombreux ennemis sans pouvoir se regrouper. L’instructeur Stillmann était le plus impressionnant, maniant son épée avec maestria tout en semant la mort chez les hommes-rats. Plusieurs d’entre eux gisaient autour de lui, mutilés de diverses façons. Reiner avait toujours son pistolet à la main, mais la crosse levée, et s’en servait comme seconde arme pour bloquer des coups tout alors que deux créatures tentaient de percer sa garde. Dieter, son épée dans une main et un brandon dans l’autre, ses cheveux blonds couverts de poussière, combattait dos à dos avec Klaus, dont la forte carrure n’était malheureusement pas d’une grande aide dans cette situation. Du coin de l’œil, Wilhelm vit que Kurt était en difficulté, le frêle jeune homme étant blessé au bras gauche alors qu’un homme rat le poussait vers le feu. Sans hésiter, il se rua à son aide, hurlant comme un damné, et faucha dans la nuque la créature malfaisante qui ne vit pas le coup venir. Puis il pivota sur lui-même, cherchant l’ennemi le plus proche, et fut immédiatement assaillit par un troisième.

Cette fois-ci il était prêt. Se mettant en garde, il enchaîna les coups contre son adversaire bestial, qui malgré sa vivacité ne semblait pas arriver à suivre ses enchaînements furieux et se contentait de reculer. Wilhelm pressait son avantage, animé par une rage froide, quand une main se posa sur son épaule et le tira violemment en arrière. Hébété, il aperçut Gerulf, arc en main, qui visait l’homme-rat. Son camarade ne lui adressa pas un regard, mais lui cria « ne les laisse pas t’entraîner trop loin ! » tout en lâchant sa flèche qui se ficha dans la créature. Wilhelm s’aperçut qu’en effet, dans sa colère il s’était imprudemment éloigné des autres, obnubilé par son combat. Cela lui fit reprendre un peu pied dans la réalité, et il hocha imperceptiblement la tête.

« Promotion dix-sept, avec moi ! » s’époumona soudain Stillmann tout en tranchant la tête d’une énième bête. Il était couvert de sang, et plusieurs estafilades s’ouvraient dans ses vêtements. Ramassant un sac qu’il passa en bandoulière d’un mouvement fluide, il s’élança tout droit, estropiant au passage d’un revers l’un des deux adversaires de Reiner. Plusieurs autres hommes-rats arrivaient encore, et il continua son chemin en criant « Au chevaux ! Au chevaux ! ».

Reiner acheva son dernier adversaire d’une estocade entre les deux yeux, ce dernier étant trop surpris par la charge de l’instructeur. Puis il s’écria lui-aussi « Messieurs, avec moi ! ». Le son de cette voix, que les autres n’avaient jamais entendue aussi fort, fut suffisant pour capter l’attention. Le major, armes en main, s’élançait vers l’enclos aux chevaux, bientôt suivi de près par les élèves de l’académie survivants. Wilhelm s’aperçut que les Hommes-rats n’osaient pas trop se mettre sur leur chemin, se contenant de les observer avant de foncer sur des cibles plus isolées. Leur lâcheté était désormais manifeste, et augmentait encore le dégoût qu’ils lui inspiraient. Le chaos régnait autour d’eux, le feu ayant désormais prit sur les tentes, et les chevaux hennissaient de peur alors que la bataille faisait rage. Mais Stillmann ne semblait pas s’en soucier. Se précipitant dans l’enclos des chevaux, il saisit les rennes du premier d’entre eux d’une main expérimentée et lui posa la main sur le museau. La bête sembla se calmer quelque peu, et il tendit les rennes à Dieter qui était juste derrière lui.

« On va quitter cet endroit pourri ! » leur hurla-t-il tout en attrapant une seconde monture. « Que tout le monde essaye d’attraper un cheval pour s’enfuir ! ». Wilhelm se joignit au mouvement, puis il entendit un cri derrière lui et se retourna juste à temps pour voir trois hommes-rats se jeter sur Aghmar. Ils ne lui laissèrent aucune chance. L’un d’entre eux bondit sur son torse et lui arracha le visage à coup de dents alors que les deux autres lui labouraient l’abdomen et les jambes de leurs épées. Le corps du pauvre jeune-homme fut agité de violents spasmes alors qu’il tentait de se débattre, puis il s’immobilisa. Avant même que Wilhelm ne puisse réagir, il vit une flèche cueillir le premier sur la tempe, puis lui-même fit décrire un arc à son arme et en abattit un second. Le troisième recula d’un saut athlétique, puis feula dans sa direction. Wilhelm sentit bouillonner en lui la même fureur que tout à l’heure, mais il se rappela les paroles de Gerulf et n’alla pas plus loin. Se détournant avec rage du corps d’Aghmar, il vit Stillmann faire des grands gestes en sa direction et courut vers lui. L’instructeur lui donna les rennes d’un cheval, et lui désigna les autres qui s’éloignaient déjà.

« On se retrouve dans cette direction, à une lieue d’ici ! » lui asséna-t-il en lui désignant une trouée dans les arbres. Puis, sans attendre que Wilhelm ne réponde il fonça sur l’un des derniers animaux. Wilhelm considéra rapidement sa monture, puis il rengaina son épée et l’enfourcha tant bien que mal en dépit des circonstances. Ce dernier n’était pas scellé, et il grimaça de douleur alors qu’il sentait que le cheval partait déjà au trot. Bénissant l’enseignement d’équitation de son enfance, il enfonça ses pieds dans les flancs de l’animal et arriva à en reprendre un certain contrôle pour le diriger vers la fameuse trouée. Puis il lança sa monture au galop, sortit de l’enclos par une barrière effondrée et s’élança vers les arbres. Se faisant, il jeta un dernier coup d’œil en arrière.

Il comprit instantanément le choix de leur instructeur. La bataille était perdue d’avance. Les flammes avaient englouti la tente de commandement, et les silhouettes trapues des hommes-rats étaient partout. Les cris, les plaintes, les hurlements, les couinements, le crépitement des flammes et le fracas des lames, tout cela se mêlait en une débauche sonore assourdissante. Et de temps à autres un éclair verdâtre, semblable à celui du début de la bataille, illuminait le campement de son sinistre éclat. Puis son cheval entra dans le sous-bois, et la clairière disparut de sa vue.

*

Le cheval de Wilhelm galopait depuis plusieurs minutes désormais, et aucun homme-rat n’était apparu depuis. Même lorsqu’il avait quitté le champ de bataille, pas un seul ne s’était mis sur son chemin, et une des nombreuses choses auxquelles il pensa fut que c’était louche.

Il se sentait stupide, incapable et lâche. Il avait abandonné les autres hommes à leur triste sort, que ce soit la mort ou pire encore. Qu’aurait-il pu faire ? Wilhelm n’en savait rien, mais il s’imagina à la place d’un soldat, ayant vécu la même chose que lui, qui voyait ses alliés s’enfuir à cheval. Cela lui provoqua un haut-le-cœur. Il revit le visage de Wilfried, lui offrant son dernier sourire sans le savoir. ‘Essaye d’en tuer au moins un’ avait-il certainement voulu dire. « Trois » murmura Wilhelm sans même s’en apercevoir, « j’en ai tué trois ». Il aurait voulu pouvoir se dire qu’il en avait tué plus. Qu’il avait sauvé tout le monde, et que ces horribles créatures ne soient plus qu’un mauvais souvenir. Mais non, il avait fui. C’étaient les ordres, et ils étaient sensés, mais il avait l’impression que ça ne suffirait pas pour lui. Il vit le visage de son père, qui lui jetait un regard noir en lui disant d’une voix glacée « Alors comme ça, tu as fui mon fils. Tu as abandonné tes camarades. Tu n’imagines pas à quel point je suis déçu ». Il serra les dents, tant pour les empêcher de claquer que pour ne pas vomir.

Ses lamentations internes s’interrompirent lorsqu’il entendit une voix l’appeler. Devant lui les autres lui faisaient des signes et il comprit qu’ils voulaient se regrouper. La monte à cru n’était pas sa spécialité, mais il parvint à faire ralentir son cheval jusqu’à le faire pénétrer au trot dans une petite clairière.

Les autres se trouvaient là, certains démontant pour tenter de calmer leurs montures encore effrayées. Il faisait très sombre à cette distance du campement, et seules les deux lunes les éclairaient désormais de leurs lueurs si distinctes. Personne ne parlait, et si Wilhelm avait du mal à distinguer les visages de ses camarades, il se doutait que chacun d’entre eux était aussi pâle que lui. Il promena son regard dans la clairière, comptant mentalement leur nombre. Onze, réalisa-t-il, sentant soudain un gros poids dans sa poitrine. Ils avaient laissé quatre des leurs, sans aucun doute tués de la plus horrible des façons. La mort d’Aghmar lui revint en mémoire, la façon dont son corps avait convulsé lorsque l’homme-rat lui avait déchiqueté le visage. La façon dont il avait hurlé jusqu’à n’en plus pouvoir. Il détourna le regard en fuyant ces souvenirs. Pas maintenant, se dit-il, il nous faut nous reprendre.

Ses camarades et lui n’étaient pas beaux à voir. Les vêtements maculés de sang, en partie déchirés et certains portant quelques plaies ouvertes. Horst, le plus petit d’entre eux, un jeune Wissenlander originaire de la noblesse de Pfeildorf, doté d’un visage aux traits délicats et portant généralement un sourire bienveillant, grimaçait tout en nouant un bandage de fortune autour de sa jambe droite. Kurt faisait de même autour de son bras gauche, aidé par Dieter. Personne ne pipait mot, et même Reiner avait l’air fatigué et légèrement désorienté, ce qui dans son cas n’était guère rassurant. Wilhelm s’aperçut que lui-même avait plusieurs entailles dans les bras, certainement issus de sa furieuse mêlée avec l’une des créatures. L’adrénaline aidant, il ne s’en était alors pas rendu compte.

Un bruit de cavalcade les tira de leur torpeur. Monté sur un cheval lui aussi dessellé, l’instructeur Stillmann surgit dans la clairière, l’arme encore au poing et la moustache ébouriffée. Il ne perdit pas un instant et vint se placer devant Reiner, qui resta interdit et le regard fixé sur lui.

« Au rapport Major, commença-t-il de son habituelle voix rocailleuse, mais qui cette fois avait remplacé les accents d’autorité qu’elle contenait d’habitude par un certain empressement. Quelle est la situation ?

Reiner avait légèrement fait avancer sa monture pour aller à l’encontre de l’instructeur. Même si il avait du mal à générer des émules au sein de sa promotion, le jeune homme pâle avait parfaitement compris quel était son rôle et tâchait de l’accomplir du mieux possible. Regardant Stillmann droit dans les yeux il lui annonça de sa voix monocorde :

- Quatre disparus monsieur, ainsi que deux blessés. Nous avons tous des chevaux ici, mais sans selles.

Stillmann sembla réfléchir un instant tout en regardant ses recrues. Quatre disparus, ça voulait dire quatre morts. Et c’était déjà quatre de trop. Mais pour l’heure le danger était loin d’être écarté, et ils devaient se mettre en sécurité. L’heure du deuil viendrait après.

- Promotion dix-sept, soupira-t-il, nous allons immédiatement partir en direction du Sud-Ouest. Nous sommes malheureusement loin de toute place forte, excepté une seule, le fort de sang. C’est la seule option qu’il nous reste.

- Mais il se trouve à un jour et-demi de cheval d’ici, gémit Kurt, le bras gauche désormais en écharpe alors que ceux qui avaient mis pied à terre remontaient sur leurs chevaux à cette nouvelle, pourrons-nous tenir jusque-là ?

L’instructeur tapota sèchement la lanière du sac qu’il avait mis sur son dos quelques minutes auparavant.

- J’ai ramassé une partie de mon paquetage avant de partir. Il contient quelques vivres. Mais sinon je pense qu’il nous faudra chasser. Et prudemment. De plus… »

Il fut soudainement interrompu par un bruit mat, suivi par un cri sur la gauche de Wilhelm. Horst tomba lourdement de son cheval, et la lumière de la lune se refléta sur la courte lame plantée dans son dos. Wilhelm porta la main vers son épée alors que l’instructeur tournait bride pour envisager l’obscurité du sous-bois autour d’eux. Et avant qu’il ne puisse réagir un trait obscur surgit des ténèbres et frappa son cheval dans la tempe.

L’animal s’effondra sur le flanc en poussant un hennissement terrible, et Stillmann ne fut sauvé que par son agilité qui lui permit de sauter juste à temps. Le cheval de Horst, maintenant sans maître, commençait à paniquer malgré son dressage. Wilhelm et ses camarades dégainèrent leurs armes, incertains de ce qu’il fallait faire. Puis, émergeant des feuillages, aussi silencieux qu’un souffle, apparurent d’autres hommes-rats tout autour d’eux.

Ceux-ci étaient légèrement différents des précédents, Wilhelm le sentait. Ils se déplaçaient avec souplesse, leurs mouvements facilités par une armure légère semblant être faite de cuir. La sauvagerie assassine de leurs précédents adversaires semblait avoir laissé place à une prudence toute calculée. Ils portaient à la main le même genre d’armes que tous les autres, des lames fines légèrement incurvées, certaines garnies de dents, mais Wilhelm était sûr qu’ils sauraient mieux s’en servir. Il les estima être une trentaine, mais rien ne disait qu’il n’en restait pas derrière les arbres.

L’un d’entre eux se jeta brusquement sur l’instructeur Stillmann, qui n’eut que temps de parer le coup alors qu’un autre tentait de le prendre à revers. Les autres hommes-rats, comme galvanisés, s’élancèrent, armes levées, tout en restant parfaitement silencieux. Ils s’abattirent avec une violence bestiale sur les jeunes pistolkorps, qui ripostèrent comme ils le purent. Un coup de pistolet cueillit le premier qui sauta sur Reiner, envoyant son cadavre rouler sur le sol. Un deuxième parvint à atteindre le major, qui sans se démonter fit faire une ruade à son cheval, percutant le museau de l’assaillant en un claquement sec.

Wilhelm, qui de son côté n’avait pas eu la présence d’esprit de dégainer son dernier pistolet, fut également assaillit par deux hommes-rats. Il parvint, non sans mal, à repousser leur assaut, son esprit étant complètement remis du déferlement d’émotions qu’il avait subi plus tôt. Mais alors que ses adversaires, qui avaient fini par reculer, montraient leurs dents sans plus s’approcher, il sentit sa monture s’énerver sous lui, et réalisa avec horreur que l’animal avait été blessé. Perdant le peu de sang-froid qu’il lui restait, le cheval poussa un hennissement furieux et s’élança droit devant au galop.

Il sembla que c’était ce que ses deux ennemis attendaient. Alors que sa monture entamait son mouvement, Wilhelm les vit reculer tout en armant leur coup, et comprit qu’ils avaient l’intention de faucher les pattes de l’animal. Saisissant les rennes, il tenta de dévier sa course. Trop tard réalisa-t-il avec horreur. Mais au même moment un hennissement déchirant retentit à sa droite, et une silhouette sombre le dépassa. Pris au dépourvu, les hommes-rats tentèrent de l’éviter, mais l’un d’entre eux finit écrasé par des sabots paniqués alors que l’autre, roulant dans l’herbe, se hâta de trouver une autre cible. Le cheval de Wilhelm, loin d’être rassuré par les évènements, accéléra sa course, malgré les deux jambes de son cavalier solidement ancrées sur ses flancs. Jetant un regard à la forme sombre qui l’avait sauvé, Wilhelm écarquilla les yeux de dégoût et de peine. Il s’agissait d’un de leurs cheveaux, certes, mais couvert de sang, la lune révélant de très nombreuses taches qui maculaient sa robe autrefois claire. L’animal semblait blessé à de nombreux endroits, et très certainement aux pattes, car il s’effondra au bout de quelques mètres avec un cri de souffrance.

Wilhelm finit par reprendre le contrôle de son propre cheval, et achevant son virage entamé quelques instants plus tôt, il réalisa, en levant les yeux, que la situation était critique. Très critique.

L’instructeur se battait comme il le pouvait, devant à la fois gérer l’obscurité et le nombre de ses adversaires. À cette distance, Wilhelm ne pouvait voir s’il était indemne, même s’il en doutait sérieusement. Mais c’étaient les autres qui étaient les plus mal en point. Deux cadavres humains gisaient déjà au sol, leurs chevaux disparus, et les autres étaient au corps à corps à trois contre un. Avant qu’il eût décidé quoi faire, quatre hommes-rats avaient sauté sur l’un des cavaliers restants, l’agrippant au torse, au visage, au dos, tout en le lacérant de leurs longues griffes, son cri restant étouffé par la masse bestiale qui le recouvrait. Les autres étaient harcelés sans relâche, et tentaient de survivre tant bien que mal. Dieter et Klaus, ce dernier étant reconnaissable malgré l’obscurité, essayaient de protéger Kurt, handicapé par son bras blessé.

Il lui fallait agir, vite, sans quoi ils allaient tous mourir. Cette fois-ci Wilhelm refusa de fuir. Sans attendre, il poussa un cri aussi fort qu’il le put et lança son cheval, toujours au galop, droit dans les horribles bêtes. C’était stupide, présomptueux, et presque suicidaire, mais cela suffit à désorganiser les assaillants pendant quelques secondes alors qu’ils s’écartaient de son chemin, surpris par cette riposte.

« MAJOR ! » Hurla alors l’instructeur Stillmann. Reiner se tourna vers lui, juste à temps pour attraper l’imposant sac que lui lança son supérieur. « Menez ces hommes jusqu’au fort ! MAINTENANT ! ». Saisissant l’arme d’une de ses victimes dans sa main gauche, le Reiklander moustachu se mit à se battre de plus belle, tournoyant sur lui-même pour bloquer tout en attaquant autant qu’il le pouvait. S’il ne pouvait fuir, alors il leur ferait gagner du temps.

Du temps, Reiner n’en perdit pas une seconde. « Messieurs, avec moi ! » s’époumona-t-il à son tour. Profitant de la très brève confusion causée par Wilhelm, il lança son propre cheval au galop tout en taillant de droit et de gauche pour se frayer un chemin. Les cinq membres restants s’élancèrent à sa suite, se dirigeant vers les arbres, alors que Wilhelm, que l’élan de sa monture avait emmené en marge du groupe, venait par le côté.

Mais la désorganisation des hommes-rats ne dura pas très longtemps. Se précipitant vers les fuyards, l’un d’entre eux parvint à atteindre le cheval de Sigmund, qui venait en dernier. Fendant l’air de son épée incurvée, la créature porta un coup violent à la patte arrière gauche de l’animal. Celui-ci, étant fatigué et effrayé, s’effondra à son tour violemment en un grand hurlement de douleur, projetant son cavalier vers l’avant. Sigmund n’eut que le temps de réaliser ce qu’il se passait qu’un d’entre eux était déjà sur lui, suivi d’un autre, puis d’un autre. Son propre cri retentit alors, lorsque la première lame pénétra sa chair.

Wilhelm prit le parti de charger à nouveau, ne serait-ce que pour le venger, et lança son cheval dans le corps-à-corps. Malheureusement, il s’aperçut bien vite que sa propre monture n’était pas remise de sa terreur, car s’il parvint à faire fuir les hommes-rats par sa charge, il ne put le stopper par la suite. Ignorant toutes ses supplications, menaces et tentatives pour le faire s’arrêter, le cheval de Wilhelm s’élança à la suite des autres dans la forêt, laissant derrière lui une scène de désolation agrémentée des beuglements guerriers de l’instructeur Stillmann, désormais seul.

************************


Dernière édition par Arcanide valtek le Ven 15 Juin 2018 - 17:55, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Hjalmar Oksilden
Chevalier de sang
Chevalier de sang
avatar


Age : 23
Nombre de messages : 810
Expérience de jeu (CV) : Berserker de Khorne, ex-kurak et amateur de bon vins bretonniens
Date d'inscription : 15/08/2015

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Sam 9 Juin 2018 - 13:05

@Arcanide Valtek a écrit:
Poile
Je pense que tu voulais dire "poêle" Sourire

Pour ce qui est du fond, c'est du bon ma foi Clap Tu as réussi à m'avoir avec cette attaque "d'hommes-bêtes", je n'ai compris qu'au dernier moment qu'il s'agissait de skavens.

A ce propos, je tiens juste à ajouter un petit détail. Il se trouve que les assassins du clan eshin ont une particularité. Quand ils meurent, leurs cadavres se dissolvent en des flaques noirâtres en quelques secondes. Ainsi, ils ne sont jamais découvert et leurs cadavres ne peuvent pas servir de preuve, même en cas d'échec. Cela ne changera rien à ce que tu as écrit, entre l'obscurité et le bordel ambiant Wilhelm n'aurait rien remarqué et je ne me souviens plus exactement où j'avais lu ça malheureusement. Mais un peu de lore ne fait jamais de mal.

Et maintenant qu'on sait que Wilhelm et sa troupe se dirigent vers le fort du sang, eh bien, le fun va pouvoir commencer

Ainsi, je demande la suite !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Von Essen
Collecteur de Sang
avatar


Age : 22
Nombre de messages : 3769
Expérience de jeu (CV) : 5 ans
Date d'inscription : 22/12/2013

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 15 Juin 2018 - 7:49

Retard rattrapé Happy

Eh bien voila une suite qui donne froid dans le dos ! Belle illustration d'une embuscade skaven, accomplie dans les grandes règles de la félonie souterraine ! L'armée impériale n'avait aucune chance... et ce malgré tout l'entrainement que les troupes avaient pu se procurer dans le chapitre précédent.

Juste une remarque sur le lexique :
Citation :
descellé
Il me semble que "dessellé" est la forme correcte Camouflé Ninja

L'instructeur Stillmann a écrit:
Nous sommes malheureusement loin de toute place forte, excepté une seule, le fort de sang.
La bibliothèque impériale m'informe que Walach Harkon a corrompu le fort en 1887 après Sigmar. Je suis curieux de voir si nos braves pistolkorps arriveront avant, après ou pendant la visite de Walach Shifty

La suite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
vg11k
Comte de la Crypte 2014
avatar


Age : 26
Nombre de messages : 996
Date d'inscription : 19/07/2010
Vainqueur de concours : Concours de texte

MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   Ven 29 Juin 2018 - 16:13

Même réflexion d'Essen. Damned en quelle année sommes-nous ? Je ne crois pas l'avoir lu xD

Bien sympathique cette bataille. Sa m'a fait bizarre au début d'avoir autant de troupes-piétaille skaven pour un assaut frontal à ciel ouvert... mais après tout pourquoi pas. D'autant plus qu'elle est très dynamique, on s'emporte très facilement dans le tourbillon d'adrénaline Cool

corrections:
 

Go on Smile

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://vg11k.tumblr.com/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang   

Revenir en haut Aller en bas
 
La geste de Wilhelm Kruger Tome 1 : la voie du sang
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Armées Comtes Vampires et mort-vivants :: 
La Bibliothèque
 :: Récits, Fanfics et Fanart
-
Sauter vers: