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 Une histoire pas comme les autres

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Gilgalad
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MessageSujet: Une histoire pas comme les autres   Mar 6 Juin 2017 - 20:37

Bon voilà, là cela me plait déjà plus. Il s'agit uniquement du premier chapitre, qui est à l'heure où j'écris le message, le seul rédigé. J'ai des idées pour la suite, mais cela prendra du temps pour ne serait-ce qu'arriver à l'objectif final.
Alors, les critiques sont les bienvenues, tant sur le fond que sur la forme. Je tiens à préciser que le personnage principal, Astrid, n'est pas négociable. Et si vous ne pensez pas qu'une femme puisse être guerrière, je vous renvoie à ceci. Cependant, il n'est pas dit que tout se passera sans embûches sur la très longue route qu'ils vont prendre jusqu'en Averland (et très au nord de l'Averland d'ailleurs, les visions de la Dame n'étant pas toujours forcément très précises).
Avant que vous ne posiez la question, oui il y aura des vampires dans l'histoire. Mais pas tout de suite. Sinon ce serait trop simple et le seul personnage pouvant, de manière crédible, devenir un vampire est son père adoptif, la jeune fille étant loin d'être intéressante pour un vampire (sauf pour servir de repas). Dernier élément, les dialogues sont en français modernes pour simplifier le tout. Sinon ce serait trop casse-pieds à écrire.
Bref, trêve de palabres, voici le texte.



Chapitre 1 : Une fille particulière


En cette fin du dix-huitième jour de Sigmarzeit de l’An 1879 selon le Calendrier Impérial, à une douzaine de lieues au nord de Brionne, dans une chapelle du Graal en bord de mer, se déroulait une étrange scène. Cette chapelle était relativement simple et petite. Elle comportait deux étages. Le rez-de-chaussée était la partie destinée aux fidèles venant s’y recueillir. L’étage, lui, était réservé à d’éventuels voyageurs blessés ainsi qu’au chevalier du Graal qui s’occupait du bâtiment et des alentours. Ces appartements étaient simples. Il y avait une petite cuisine, trois chambres dont une pour le chevalier, une salle-à-manger et un petit salon comportant une bibliothèque bien fournie. Le bâtiment comportait également une petite annexe remplie d’outils divers et variés de jardinage et d’entretien. Enfin, à l’intérieur même de la chapelle, il y avait un puits. La bâtisse était ancienne mais dans un état relativement correct, en permanence entretenue depuis des siècles. Si les pierres étaient abîmées par les vents marins, elle n’en restait pas moins solide, les murs étant renforcés par la magie de la Dame du Lac. A deux lieues de là, il y avait un petit village bretonnien composé d’une centaine d’âmes. Ils s’occupaient également d’aider le chevalier qui, en retour, les protégeait.
C’était donc dans cette chapelle que se déroulait une scène étrange. Une jeune femme était en train d’accoucher dans l’une des chambres destinées aux visiteurs. Elle était relativement jolie bien qu’elle aurait pu être belle en étant plus soignée. Autour d’elle, il y avait la sage-femme qui s’occupait de l’accouchement mais aussi deux hommes. Le premier était dans la trentaine, bien qu’avec plusieurs cheveux blancs. Il avait le visage sévère et pressait la femme enceinte d’aller plus vite. Il ne portait sur lui qu’une simple cotte de mailles. Sur son flanc gauche, pendant une épée rangée dans son fourreau. Juste en dehors de la chambre, un autre homme attendait. Il était plus vieux, dans la quarantaine. Ses habits étaient plus imposants et son visage était grave. Lui aussi avait une épée sur son côté. Il était en réalité le chevalier du Graal s’occupant de cette chapelle. L’autre homme était le mari de la jeune femme.

La femme enceinte poussa pendant des heures et des heures sous les encouragements de la sage-femme. Cette dernière avait préparé tout ce qu’il fallait pour le bébé, qu’il soit un garçon ou une fille. Naturellement, le mari espérait un garçon tandis que le locataire des lieux priait pour la santé de tous. Finalement, une tête finit par émerger. Puis, après quelques minutes de plus, le bébé complet émergea du ventre de la jeune femme. La sage-femme coupa le cordon ombilical avant de nettoyer l’enfant et de l’emmailloter. Mais, soudain, la nouvelle mère convulsa. Confiant l’enfant à son père, la femme se précipita au chevet de la première. Elle avait les yeux exorbités et tremblait fortement de tous ses membres. La fièvre apparut soudainement et les tremblements n’en furent que plus forts.
« Mais faites quelque chose nom d’un chien ! Vous voyez bien qu’elle va mourir !
-Je ne peux rien faire tant qu’elle convulse mon seigneur.
-Je m’en moque, faites quelque chose ou c’est vous qui mourrez !
-Mais je…
-C’EST UN ORDRE ! Déjà que j’ai une fille et pas un garçon ! »
Le chevalier continua à crier sur la pauvre sage-femme tandis que son épouse voyait ses convulsions augmenter. Les yeux de la nouvelle mère finirent par se révulser et commença à saigner abondamment par l’entrejambe. Puis, sans prévenir, tout s’arrêta. La sage-femme tenta de voir si elle vivait mais elle dit à son époux :
« Je suis navrée mon seigneur. Elle est morte. »
Ce dernier posa son enfant sur un meuble, prit son épée et se prépara à frapper la paysanne. Mais il fut empêché par une lame parant la sienne. En se tournant, il vit le chevalier du Graal. Ce dernier lui dit :
« Vous ne porterez pas la main sur la paysanne ici ni sur aucun du village. Maintenant prenez votre fille et partez.
-C’est une fille, vous n’avez qu’à la garder mais je n’en veux point et ne désire jamais la connaître.
-Il s’agit de votre fille pourtant.
-Elle a causé la mort de feu ma femme. Un garçon ne l’aurait jamais fait.
-En êtes-vous certain ?
-Certain.
-Dans ce cas, quittez rapidement ce domaine et ne revenez pas. Pour m’avoir parler sur ce ton, je vous recommanderais de partir rapidement en Quête du Graal. »
L’homme partit rapidement après avoir pris ses affaires, laissant l’enfant dans la pièce. Le chevalier du Graal le regarda partir sans aucun regret. Puis, son attention se porta sur la paysanne et sage-femme.

« Voulez-vous dire quelque chose ?
-Mon seigneur, je n’oserais certainement pas vous demander quoi que ce soit.
-Et bien je t’y autorise. Alors parle.
-Si vous n’avez pas d’idées concernant cette jeune fille, une femme a accouché il y a peu au village. Elle pourrait la nourrir au sein et s’en occuper jusqu’à ce qu’elle doive être sevrée. Cela est bien meilleur pour l’enfant que du simple lait de mouton ou de chèvre. Ensuite, vous pourriez aviser selon ce que vous voudriez faire d’elle.
-Fort belle idée. Elle ne restera certainement pas plus longtemps que nécessaire dans cette famille. Même si son père l’a laissée, elle reste d’extraction noble. Je verrais à ce moment. Avez-vous une idée de prénom ou a-t-il dit quelque chose à ce sujet ?
-Non noble sire. Il n’a rien dit. Mais il est de coutume au village d’attendre le sevrage pour donner un nom à l’enfant. Je ne sais pas ce qu’il en est dans la noblesse, que la Dame la bénisse, d’où vient le père de l’enfant ni dans celle d’où vous venez.
-Hmmm. Presque tout le monde a la même tradition. Nous ferons donc ainsi. Maintenant, prend l’enfant et va. »
La paysanne prit ses affaires, la petite fille qui pleurait fort et rentra au village, surveillée de loin par le chevalier. Ce dernier pensait aux événements des jours précédents car le couple était arrivé trois jours avant. Il était clair que le mari n’aimait pas plus que cela feu la jeune femme qui avait été son épouse. Il soupira devant les dégâts que pouvaient provoquer les mariages arrangés. S’ils avaient des avantages certains, ils avaient aussi nombre d’inconvénients. Il avait été fort déçu quand le chevalier était parti en lui laissant sa fille. Il ne savait pas vraiment quoi faire d’elle. Ses parents venaient de Couronne et il ne connaissait pas grand monde là-bas. Et dans la noblesse locale, personne ne voudrait d’une enfant abandonnée par ses parents. Il ne pouvait non plus la confier à de simples paysans. Elle était d’origine noble. Après une nouvelle réflexion, il se décida à descendre dans la chapelle. Là, il s’agenouilla face à l’autel et se mit à prier la Dame, lui demandant conseils et force dans cette épreuve.
Le chevalier prit une décision quelques jours plus tard. Il s’occuperait de la fille en lui donnant la bonne éducation. Cela ne serait guère simple, mais il le devait. Puis, quand elle serait en âge, il la présenterait à la cour si cela lui était possible. Cela décidé, il fit confectionner des habits pour elle, ainsi que quelques jouets à des paysans, trop heureux de le servir et d’avoir une petite attention de sa part. Il passa ainsi régulièrement voir le bébé et demanda conseil auprès des mères. Il avait mit du temps avant d’accepter ne serait-ce que l’idée qu’il devrait être conseiller. Et encore plus pour qu’il aille vers les gens et demander des indications. Car il était évident que les paysans n’oseraient jamais lui dire quoi que ce soit. Finalement, six mois après la naissance, il récupéra la petite fille. Il avait aménagé une chambre pour qu’elle dorme dedans. Une semaine, il était allé à Brionne où il avait pris quelques livres pour enfant, à la grande surprise du libraire. Intérieurement, le preux chevalier avait souri devant une telle déférence. Mais vint la question du prénom. Il ne devait pas en choisir un trop étrange car cela la suivrait toute sa vie. Mais il devait être assez puissant tout de même. Lui-même originaire de Lyonesse, il finit par se porter sur le prénom d’Astrid, signifiant beauté divine. Il n’y avait plus qu’à prier la Dame que l’enfant ne devienne point laide en grandissant.

Les premiers mois en tant que père adoptif furent compliqués pour le chevalier du Graal. Il n’avait jamais eu de petit frère ou de petite sœur et n’avait, en général, aucune idée de la manière dont il devait s’y prendre. Il finit par repérer quand elle avait faim, quand il fallait lui changer ses vêtements, quand elle voulait dormir. Le guerrier apprit petit à petit à la gérer et surtout à résister à ses grands yeux verts qui faisaient craquer les visiteurs et pèlerins. Ces derniers laissaient souvent des affaires ou de la nourriture pour la petite. Puis, vint le moment où Astrid commença à savoir avancer rapidement à quatre pattes. Elle comprit bien vite que la chapelle lui était interdite mais il devait souvent lui courir après dans tout l’étage. Finalement, à un an, elle commença à apprendre à marcher et à parler. En même temps, Astrid commençait à jouer avec les enfants de son âge, même s’ils étaient paysans. Le chevalier voulait qu’elle profite un peu de son enfance et espérait que cela la rendrait plus à même de gérer le domaine de son futur époux quand ce dernier serait à la guerre. Il lui enseigna également la religion de la Dame, qui fascinait la petite fille.
Quand Astrid eut trois ans, il y eut un événement imprévu pour lui. Il s’entraînait au combat à l’épée dehors et non loin la petite fille jouait avec des petites figurines en bois. Il jetait de temps en temps un œil sur elle. Puis, il l’entendit soudainement crier et pleurer. Il rangea son épée et regarda ce qu’il s’était passé. Elle finit par l’appeler :
« Papa ! Papa ! Papa ! »
Le vieux chevalier était tellement sous le choc qu’il n’arrivait même plus à bouger. Elle le considérait comme son père. Mais il finit par se contrôler et aller la voir. Elle s’était juste fait mal en tombant et avait un petit bleu sur le bras. Le soir venu, après avoir mangé, il lui dit :
« Pourquoi est-ce que tu m’as appelé « papa » cet après-midi ? Je ne le suis pas. »
Astrid leva vers lui un grand regard étonné et lui dit :
« Bah si t’es mon papa.
-Astrid, je…
-T’es mon papa puisque c’est toi qui t’occupes de moi. Et pis si j’ai pas de maman, c’est pas grave. Tu fais tout comme le papa de Jean donc t’es mon papa. Non ?
-Oui mais, je… c’est différent.
-Pourquoi ?
-Je t’expliquerai un jour quand tu pourras comprendre. »
Mais il accepta qu’elle le considère comme son père et l’appelle ainsi. A cinq ans commencèrent les leçons pour se comporter une dame. Mais bien vite, il se rendit que cela ne l’intéressait guère. Elle préférait en permanence courir dans la boue et garder les moutons avec les paysans. Si elle était attentive, il voyait bien l’ennui que cela lui causait. Elle apprit aussi à lire et à écrire la langue de la Bretonnie mais aussi le Reikspiel car cela pouvait toujours être utile. Astrid commença aussi à l’aider dans l’entretien de la chapelle et de son lourd équipement de combat.

Mais le premier gros problème pour le chevalier fut avant le huitième anniversaire de sa fille adoptive. Elle appréciait de moins en moins les leçons d’étiquette, de broderie, de maintien et autres cours censés faire d’elle une dame. Au contraire, un soir, alors qu’il revenait du village pour une course, il la surprit avec un bâton en train de s’entraîner dans sa chambre à faire des mouvements d’épée. Il le lui confisqua et lui interdit de faire n’importe quelle activité de garçon. La réplique de la jeune fille ne se fit pas attendre et elle lui fit la tête pendant plusieurs semaines. Le chevalier, Gontran de Lyonesse, se disait qu’elle finirait pas arrêter et accepter sa décision. Cependant, l’anniversaire d’Astrid arrivait et elle continuait à lui faire la tête au point de refuser beaucoup de choses. Pendant ce temps, Astrid planifiait un départ. Puisqu’il ne voulait pas l’entraîner à se défendre, elle trouverait bien quelqu’un l’acceptant. Discrètement, elle réunit des vivres pendant de nombreuses semaines et étudia une des cartes de son père adoptif. Elle voulait aller à Brionne et estima en avoir pour une petite semaine de marche. Elle réunit aussi un peu d’argent. Finalement, arriva le jour de son anniversaire. La nuit venue, elle attendit que le chevalier se couche pour se préparer discrètement. Elle s’habilla simplement, ouvrit la porte et contrôla s’il dormait. Une fois la réponse positive, elle prit ses affaires ainsi qu’une dague et descendit de l’étage. En passant dans la chapelle, elle s’arrêta face à l’autel et adressa une courte prière à la Dame du Lac.
« Ma Dame. Je vous demande humblement de bien vouloir veiller sur mon papa adoptif. Il reste gentil et pas méchant. Mais je n’ai pas le choix. »
Prise de remords, elle écrivit rapidement un petit mot disant ceci :

Papa,
Le fait que je sois partie te rendra peut-être triste. En tout cas, je suis triste de partir. Mais je veux trouver quelqu’un qui voudra bien m’entraîner parce que tu ne seras pas tout le temps là pour me protéger. Tu n’as pas besoin de me poursuivre. Mon destin n’est plus entre tes mains comme l’a dit un troubadour.
Je t’aime quand même.
Astrid.

La petite fille écrasa une larme sur sa joue avant de déposer le parchemin sur un banc. Puis, elle sortit, prenant bien soin de refermer les portes derrière elle et regarda la nuit devant elle. Elle avait peur mais se disait qu’elle n’avait pas le choix. Aussi, prenant un bâton non loin, elle se mit à marcher sur la route de Brionne, en direction du sud. Elle savait que près de la mer, il n’y avait que peu d’endroits pour une embuscade et qu’il n’y avait que peu de voyageurs. Aussi, Astrid décida de suivre la côte aussi longtemps que possible.
Le matin, Gontran se réveilla en songeant à quelle surprise faire à Astrid pour son anniversaire. Il prépara le petit-déjeuner mais ne s’alarma pas du fait qu’elle n’était pas levée. Elle aimait beaucoup dormir tard le matin, quelque soit le jour de la semaine. Finalement, sous les coups de dix heures, il commença à se demander ce qu’elle fabriquait. Il toqua à la porte de la chambre mais personne ne répondit. Il sentit rapidement l’inquiétude envahir son cœur et ouvrit la porte. La pièce était vide de toute présence humaine. Le lit était, pour une fois, parfaitement fait. Tout était parfaitement rangé. Son inquiétude se renforça en fouillant les autres pièces. Elle n’était nulle part à l’étage. Il descendit alors dans la chapelle mais elle n’y était pas non plus. Puis, il vit un parchemin sur un banc du premier rang. Il le prit et fut figé en le lisant. Elle était partie. Seule. Sur les routes. De nuit. Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues et en se tournant vers la statue de la Dame, il murmura plusieurs fois « Qu’est-ce que j’ai fait ? ». Cependant, il se reprit bien vite et remonta en vitesse. Il enfila bien vite sa cotte de mailles et son plastron, prit son épée, son écu et sa lance de cavalerie. Puis, il redescendit et sella son cheval. Ce dernier fut très heureux d’aller pouvoir se dégourdir les pattes. Il alla d’abord vers le village, demandant s’ils avaient vu la fillette. Mais personne ne l’avait vue passer ou n’en avait entendu parler. Bien sûr, ils se mirent immédiatement à sa recherche. Malheureusement, il avait plu au matin et les traces avaient disparues. Il soupira de désespoir et adressa une prière à la Dame du Lac. Il ne savait pas du tout quelle direction prendre et elle avait toute une nuit et tout un matin d’avance sur lui. Elle avait pu prendre aussi bien au nord qu’au sud. Il s’en retourna à la chapelle, les épaules basses peu après deux heures de l’après-midi. Gontran alla dans la chambre de la jeune fille pour essayer de trouver un indice mais après des heures et des heures, il ne trouva absolument rien. Elle devait être à une bonne dizaine de lieues désormais, si elle n’avait pas été enlevée, ou pire, dans cet espace de temps.

De son côté, Astrid avait marché une bonne partie de la nuit. Peu avant l’aube, elle s’était cachée dans un gros trou de l’autre côté du talus bordant la route pour y dormir un peu. Vers midi, elle se réveilla et se remit en route. Elle marchait tranquillement mais régulièrement, poussant la chansonnette pour se donner du courage. Puis, vers quatorze heures (elle avait appris à calculer l’heure en fonction de la course du soleil), elle entendit des chants loin devant elle. Elle s’interrompit dans sa marche et s’écarta vivement en voyant arriver une troupe de chevaliers. Elle s’inclina profondément quand ils passèrent devant elle mais un chevalier s’arrêta devant elle :
« Que fais-tu seule sur les routes petite, demanda une grosse voix ?
-Je… Je rejoins mes parents noble sire. Ils m’ont envoyé chercher des champignons et je les rapporte.
-Très obéissante. C’est bien. »
Puis, il repartit. Quelques secondes plus tard, Astrid se releva et souffla de soulagement. Elle regarda en arrière et vit que les guerriers portaient de lourdes épées. Probablement des chevaliers en quête du Graal se dit-elle. Puis, elle décida de continuer lentement sa route. L’air de la mer était rafraichissant et elle aimait entendre le chant des mouettes. La petite fille décida de faire une nouvelle pause. Elle s’installa près de la plage, mais avec un œil sur la route pour se cacher au cas où. Astrid adorait la mer et avait appris elle-même à plus ou moins nager. Elle était triste d’être partie mais ne le regrettait pas du tout. Elle trouverait bien quelqu’un voulant bien d’elle. Peut-être un mercenaire. Elle reprit sa marche vers dix-sept heures, voulant encore un peu avancer avant le soir. Et surtout trouver un endroit discret et confortable où dormir. Elle finit par le trouver et s’y installa pour manger puis dormir après l’avoir aménagé.

Pendant ce temps, le groupe de quatre chevaliers était parvenu jusqu’à la chapelle du Graal entretenue par Gontran. En le voyant, ils mirent pied à terre et s’agenouillèrent devant lui. Ils se saluèrent respectueusement avant de prier ensemble dans la partie consacrée. Puis, vint le dîner.
« D’où venez-vous donc ainsi mes sires ?
-Nous venons droit de Brionne. La Dame est apparu à Jean et nous demande d’aller vers le nord pour trouver et traquer une bête.
-Ma question pourra vous sembler étrange mais auriez-vous croiser une petite fille d’environ huit ans sur la route ? Elle est rousse avec les cheveux tombant aux épaules. »
Les chevaliers se regardèrent et le dénommé Jean, semblant être le chef du groupe répondit :
« Je ne sais si c’est d’elle dont il s’agit mais nous en avons bien croisé une. Mais elle avait un foulard cachant ses cheveux. Je n’ai vu qu’une mèche rousse dépasser. Un paysan l’a perdue ?
-Je… Pourquoi dites-vous cela ?
-Je lui ai demandé pourquoi elle était ainsi sur les routes car ce n’est pas habituel pour une fille de son âge. Elle nous a répondu que ses parents l’avaient envoyée chercher des champignons.
-Je… Non. C’est ma fille adoptive.
-Mais que faisait-elle aussi loin de chez vous alors ? Ce n’est pas normal.
-J’ai refusé de l’entraîner à se battre à l’épée. Et elle m’a fait la tête pendant près de deux mois.
-Il est normal qu’une dame ne se batte point. Ce n’est pas son rôle. Elle aurait du rester à la place qui est la sienne. N’a-t-elle pas de mère ?
-Elle est morte en couches ici et son père me l’a laissée sur les bras.
-Pourquoi ne pas l’avoir confiée à une famille de paysans alors ?
-Elle est noble.
-Ah… Attendez, une fille noble de huit ans est toute seule sur les routes ? »
Devant la compréhension des choses, les chevaliers de la Quête se regardèrent avec un air horrifié. Puis, ils dirent à Gontran :
« Sans vouloir vous commander, nous devrions partir de suite à sa recherche. Il y a des rumeurs de bandits assez récentes sur le trajet. »

Aussitôt, tous les chevaliers bondirent de table et s’équipèrent aussi vite que possible avec leurs lourdes armures. Puis, ils prirent leurs armes, adressèrent une prière à la Dame pour protéger Astrid et préparèrent les montures avant de partir au galop vers le sud. La nuit était fort avancée quand ils parvinrent à l’endroit où ils avaient croisé la petite fille. Ils se mirent alors à surveiller les environs et chercher la moindre cache pendant que Gontran, bien meilleur pour suivre une piste, cherchait les traces du passage de sa fille adoptive. Finalement, ils trouvèrent quelque chose alors que l’aube se levait. Un petit morceau de vêtement, déchiré par une branche. Elle était sortie de la route. Ils descendirent de leurs chevaux et tirèrent leurs épées, prêts à se battre. Le chevalier du Graal suivit les légères traces laissées par Astrid. Finalement, ils trouvèrent sa cache. Mais quelle fut leur surprise de se trouver face à un petit visage enfantin encadré par des cheveux blonds roux et tenant fermement une dague face à eux, même si le visage montrait clairement une hésitation. Gontran s’avança alors et aurait pu pleurer de soulagement s’il avait été seul. Il s’approcha de la cache et remercia les chevaliers d’être venus l’aider. Ces derniers repartirent alors pour la chapelle.
« Astrid, je…
-Laisse-moi. S’il-te-plaît. Je… Je comprends mais je… je veux pas être une dame. Je… je veux me battre.
-Je sais. Mais écoute moi. Je veux bien t’apprendre le maniement des armes si tu me promets d’écouter tes leçons pour être une dame. Cela pourrait toujours t’être utile plus tard. »
Il vit la tête de la petite fille se pencher sur le côté, signe qu’elle réfléchissait. Puis, après deux minutes qui lui parurent interminables, elle rangea sa dague et lui tendit les bras. Le chevalier ne se fit pas prier et la serra très fort contre lui en lui murmurant qu’il était désolé.

A partir du lendemain, Astrid commença à apprendre à se battre à l’épée et à monter à cheval. Pour cela, Gontran lui fabriqua une petite épée en bois et acheta un poney sur son argent personnel. Il n’eut pas à regretter sa décision car elle était beaucoup plus attentive pour le reste des leçons. Mais il y avait autre chose. Elle était exceptionnellement douée au maniement des armes. Finalement, à dix ans, il décida de la prendre comme assistante et de la former plus fortement à la chevalerie. Si elle ne pouvait devenir chevalier, Astrid pourrait au moins s’épanouir longuement. Mais vint la puberté et la jeune femme fut prise d’un fort désir d’aventures. Et surtout vint le temps où Gontran commença à envisager de la présenter à la cour du Roi ou du moins du Duc de Brionne. Mais cela lui brisait le cœur de devoir se séparer d’elle et probablement la donner à un mari beaucoup plus âgée avec qui elle serait malheureuse. Sa coupe de cheveux était toujours la même et des tâches de rousseurs parsemaient son visage. En la voyant, il se disait qu’il n’avait pas tout raté dans son éducation. Elle se tenait parfaitement droite et était aussi à l’aise avec les gueux qu’avec les nobles, des ducs étant déjà passés par la chapelle puisqu’à elle était sur la route entre Brionne et Bordeleaux, en suivant la côte.
Astrid finit par arriver sur ses seize ans. A ce moment, elle s’était déjà transformée en belle jeune femme. Elle était aussi musclée par la pratique régulière du combat à l’épée, de l’équitation et de l’usage de la lance de cavalerie où elle était extrêmement douée, bien plus qu’à l’épée. Gontran se décida à lui offrir un grand cadeau. Il prit un jour ses mesures, officiellement pour de nouveaux habits puis, il s’en alla quelques jours à Brionne plusieurs mois avant l’anniversaire. Là, il trouva un très bon forgeron qui ne put qu’accepter une telle faveur de la part d’un chevalier du Graal. Rares étaient ceux qui contestaient leur parole, même dans leur dos. Finalement, le jour fatidique vint et Astrid le fêta avec son père adoptif. Ce dernier lui dit, une fois le soir venu :
« J’ai plusieurs choses à te dire. La première est qu’à partir du premier jour de la semaine prochaine, nous partirons sur les routes. La Dame m’a demandé d’aller récupérer un objet saint dans l’Empire, plus précisément dans l’Averland. Tu viendras avec moi.
-Pourquoi donc ? Je ne vais pas être présentée et envoyée à la cour ?
-J’ai envoyé quelques missives et aucun ne voudrait que tu viennes. Sous prétexte que tu es trop âgée pour être bonne à mariée.
-Mais je n’ai que seize ans !
-Je sais Astrid, je sais. Mais là n’est pas la question. Tu viendras avec moi parce que ce sera plus sûr pour toi. Au moins tu pourras continuer à te battre.
-Je… merci. Mais je n’ai rien pour…
-C’est là où je veux en venir. Suis-moi. »
Le chevalier se leva et alla dans la pièce lui servant de salle d’armes. Il y avait là deux armures, dont la sienne. Astrid le regarda avec un air interrogateur et lui dit :
« Que désirez vous que je fasse ?
-Cette armure, il désigna la plus petite des deux, est désormais la tienne. Elle est légèrement plus grande en largeur pour si tu prends encore des muscles. Mais c’est une véritable armure de chevalier. Tu auras également ta propre épée, ta propre lance et ta propre dague.
-Mais, quelles couleurs porterai-je ?
-Les miennes. Je t’ai officiellement adoptée comme ma fille. »
Pour seule réponse, elle se jeta dans ses bras en le remerciant.

Le premier jour de la semaine suivante, le père et la fille se préparèrent tôt au départ. Ils prirent de nombreux vivres, un âne pour transporter des lances de rechanges ainsi que d’autres vivres et une tente, leurs armures et leurs armes. Ainsi, pour la première fois, Astrid put revêtir une armure complète de chevalier bretonnien pour autre chose que de l’entraînement. Elle le fit tranquillement pour ne pas faire la moindre erreur. Elle en avait presque la larme à l’œil. Elle coupa également ses cheveux pour retrouver sa coupe tombant aux épaules, plus masculine que féminine. Ses formes étaient cachées par les couches successives d’acier et de vêtements divers. Alors il prirent le dîner avant de partir sur les routes, voulant atteindre Bordeleaux le lendemain soir.
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 6 Juin 2017 - 21:07

Un récit qui commence bien ma foi !

J'attends la suite avec impatience, même si l'on connait le destin tragique de la pauvre petite... Il y a moyen de développer des trucs intéressants je trouve Cool
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Jeu 8 Juin 2017 - 23:54

Suite à des remarques de vg11k par MP, j'avais supprimé le message contenant le chapitre 2. Je l'ai réécris en grande partie et le poste donc à nouveau ce soir. J'ai déjà bien avancé dans le chapitre 3 puisque j'en suis presque à un quart. Il devrait arriver ce week-end si tout va bien. Sinon au début ou milieu de fin de semaine prochaine.
Je précise que le chapitre est loin d'être parfaitement joyeux. Au contraire.


Chapitre 2 : Un voyage qui ne commence pas très bien


Sur la Route de la Mer, allant de Brionne à Bordeleaux en suivant l’océan, avançaient deux chevaliers en armure. Mais ils étaient bien différents. L’un d’eux était jeune tandis que l’autre avait dans la cinquantaine, même s’il semblait en pleine forme. Leurs tabars et écus étaient frappés du même blason. Il s’agissait d’un fond or frappé d’un blaireau sable. A l’avant gauche de chaque selle pendait un heaume doté d’un panage or et sable. Chaque cavalier avait une épée sur son flanc gauche et une dague sur le droit. Ils avaient également une lance de cavalerie sur le cheval. Un âne les suivait de prêt, portant divers vivres, lances de rechanges et autres équipements. Les deux chevaux étaient revêtus d’une épaisse armure en cuir pour les protéger. L’un des deux chevaliers était en permanence entouré d’une douce lueur dorée. Les paysans s’inclinaient tous sur son passage et dès qu’ils passaient un village dans cette partie de la Brionne, les gueux se pressaient, espérant que ce chevalier, Paladin du Graal leur accorde l’immense privilège de les toucher. Cependant, pas une seule fois il ne s’arrêta.
Astrid et Gontran, car il s’agissait d’eux ne s’arrêtèrent pas avant que le soir ne tombe. La jeune femme était fourbue car elle n’avait pas l’habitude de chevaucher aussi longtemps. L’étrange duo s’arrêta au bord de route, n’ayant pas réussi à atteindre le village suivant. La première action fut de s’occuper des montures. Ces dernières partirent rapidement se reposer alors que les deux guerriers enlevaient leurs armures. Astrid était très fatiguée et allait très lentement si bien que son père adoptif lui dit :
« Ne t’en fais pas. Tu t’y feras avec le temps.
-Je l’espère, père. Je l’espère. »
Puis, avant de manger, ils prièrent la Dame du Lac pendant de longues minutes. Ils purent alors se restaurer. Gontran prit le premier tour de garde en voyant sa fille commencer à décliner. En réalité, elle se battait terriblement contre le sommeil mais faisait de son mieux pour ne pas le paraître. Mais le vieux chevalier avait une grande expérience des expéditions ainsi que l’habitude de voir sa fille. Il la connaissait bien et pouvait voir des choses avant qu’elle ne s’en rende compte. Malgré les protestations d’Astrid, à peine allongée, elle s’endormit d’un profond sommeil sans rêves.

Le lendemain matin, Gontran était à nouveau de garde et prépara donc le repas. Il réfléchit à la route de la journée. En allant vite, ils pourraient atteindre Bordeleaux avant dans deux jours. Il espérait juste dormir au sec la nuit prochaine car, se dit-il, ce n’était plus vraiment de son âge. Astrid se réveilla rapidement, le visage chatouillé par les rayons de l’aube naissante. Malgré ses difficultés à se réveiller tôt, elle s’équipa et mangea sans protester. Puis, ils repartirent sur les routes. Mais, vers midi, alors qu’ils allaient atteindre un hameau, des cris retentirent dans un champ. Ils virent alors des paysans s’enfuir en courant vers la route. Du bois émergeait une dizaine de bandits. Gontran arrêta alors un paysan et lui ordonna de tenir l’âne. Puis, les deux chevaliers passèrent leurs heaumes et écus avant d’avancer vers les bandits.
Traversant le champ rapidement, les deux cavaliers furent rapidement aperçus par les hors-la-loi. Mais ces derniers, loin de se démonter malgré la lueur entourant le chevalier du Graal, se regroupèrent pour faire face. Gontran baissa sa lance le premier, rapidement suivi par sa fille. Puis, ce fut l’impact. Le paladin embrocha deux ennemis d’un seul coup tandis qu’Astrid n’en tuait qu’un seul. Ils franchirent rapidement le groupe, le dépassèrent et se préparèrent à relancer la charge. Mais les lances étaient hors d’usage. Aussi, ils tirèrent leurs épées. Les deux cavaliers chargèrent une deuxième fois. Si le plus âgé parvint à tuer les deux bandits face à lui, Astrid n’eut pas cette chance et fut désarçonnée par une pique. Elle n’avait plus son épée et son bouclier. Au sol, elle eut à peine le temps de rouler sur le côté pour éviter un violent coup de lance. Heureusement pour elle, la jeune fille n’avait pas lâché son épée dans sa chute. Elle vit alors que son père adoptif était dans une mêlée avec plusieurs bandits. S’il avait le dessus, elle était seule face à deux pour le moment. Alors qu’elle tentait d’attaquer en portant un coup d’estoc, un coup de pique enleva son heaume, dévoilant ses traits féminins. Un autre bandit les avait rejoint entre temps s’en rendit compte et se mit à fuir à toute vitesse vers les bois non loin. La fille cria de dépit mais parvint à prendre l’avantage quand l’un des deux tomba en arrière, le pied pris dans un trou dans le sol. Astrid se jeta sur lui et l’embrocha. Le second avait précipitamment reculé pour tenter d’éviter un coup d’épée et s’enfuit également en courant. La jeune fille le poursuivit sur quelques dizaines de pas avant de lâcher prise, alourdie par le poids de l’armure. Elle put alors voir que son père et mentor s’était débarrassé de tous ses ennemis et semblait indemne. Cependant, quand elle lui dit que deux des bandits s’étaient enfuis, il grogna. Il ne pourrait plus les rattraper dans les bois. Ils étaient bien plus légèrement équipés et un cheval de guerre serait loin d’être à l’aise au milieu des arbres pour traquer une piste. Finalement, les deux guerriers essuyèrent leurs lames et remontèrent sur les chevaux avant de récupérer l’âne et de continuer la route.

Le soir, à nouveau les deux cavaliers dormirent à la belle étoile. Mais cette fois, Astrid prit le premier tour de garde. Elle pouvait voir la mer et le ciel se confondre à l’horizon et trouvait cela fascinant. Les légendes disaient que des elfes habitaient sur une île. Mais personne n’en était revenu pour le confirmer ou non. Elle réfléchissait à sa vie et se demanda ce qui se serait passé si son père ne l’avait pas retrouvée quand elle était partie de la chapelle étant petite. Elle aurait probablement fini tuée ou serveuse dans une auberge ou quelque chose de similaire. Elle se demandait aussi à quoi ressemblait son père biologique. Gontran lui avait dévoilé ses origines à ses onze ans. Mais elle s’en était moquée et il l’avait officiellement adoptée à ce moment. Elle repensa aussi au combat de la journée. Son premier véritable combat. Elle s’était correctement débrouillée mais elle savait qu’elle aurait pu mieux faire. Puis, avec horreur, Astrid réalisa qu’elle avait tué. Certes, c’était dans le feu de l’action mais lors de la charge, le bandit n’avait eu aucune chance face à elle, tout comme lorsque le deuxième bandit était tombé au sol à cause d’un simple trou. Elle avait tué pour la première fois de sa vie et ne savait pas trop si elle devait s’en sentir dégoûtée ou fière. Peut-être que son père l’aiderait le lendemain avec cela. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’ils arrivent sans encombre à Bordeleaux. En effet, une chose l’inquiétait beaucoup

La journée se passa sans aucun problème, du moins jusqu’au soir. Le trajet ne subit aucun écueil, les deux cavaliers étant accueillis avec moult célébrations dans les quelques villages qu’ils traversaient. Mais, à peine arrivés près de la plus ancienne des chapelles du Graal pour prier la Dame que les deux guerriers furent arrêtés par des chevaliers du duc. Le chef de ces derniers dit alors avec virulence :
« Nous avons ordre d’arrêter la personne qui vous accompagne pour désobéissance à de nombreuses lois.
-Sur l’ordre de qui, demanda Gontran sincèrement étonné ?
-Sur l’ordre du Duc Aldebert en personne mon seigneur.
-Je… C’est ma fille adoptive et elle est noble de naissance, tenta le Chevalier du Graal. Vous ne pouvez l’emmenez en prison. Nous nous rendrons à une convocation pour un jugement mais je ne peux certainement pas vous permettre de l’emmener.
-Je suis désolé mon seigneur, mais il s’agit des ordres du duc. Et nous lui devons obéissance et respect. Une femme ne peut être chevalier et porter les armes au combat. De plus, auriez-vous quelque chose permettant d’établir sa noblesse, questionna le chevalier ? »
Ce dernier était surpris du revirement mais ce cas n’était pas nécessairement impossible. Cela était déjà arrivé par le passé, même si c’était fort rare, surtout en Bordeleaux. Il préférait éviter d’offenser un Chevalier du Graal et emprisonner une dame noble s’il y avait quoi que ce soit pour le prouver. Non seulement les lois l’interdisaient mais aussi le Code de la Chevalerie.
« Je… – Soudain les yeux du chevalier s’agrandirent. Il avait oublié les papiers à la chapelle du Graal. – J’ai oublié les papiers chez moi. Ma parole ne suffit-elle donc pas ?
-J’en suis navré mon seigneurs, mais non. Il nous faudra la preuve du fait qu’elle soit au moins votre fille adoptive. Ce qui en soit prouverait qu’elle soit de sang bleu. Mais en l’absence de telles preuves, nous nous voyons être contraints de l’emmener.
-Je… »
Gontran semblait hésiter sur la marche à suivre quand Astrid soupira. Le temps qu’il retourne à la chapelle, prenne les papiers et revienne, six jours se seraient écoulés. Et ils auraient pu faire d’elle ce qu’ils voulaient. Elle enleva son fourreau et le tendit à son père adoptif qui la regarda, étonné :
« Je me rends, fit la jeune fille avec un ton résigné. Je ne vais pas vous donner mes armes puisque je ne suis pas chevalier, et je n’ai jamais prétendu l’être, mes seigneurs. Par contre, je vous prierais d’avoir l’obligeance de ne pas m’obliger à me déshabiller dans la rue.
-Astrid, tenta Gontran avec une pointe d’inquiétude dans la voix, tu ne…
-C’est bon père. Vous m’avez toujours dit que votre serment de service de la Dame passerait avant moi. Alors respectez votre premier serment et au diable le reste. Si elle vous l’autorise, ramenez les papiers. Sinon, continuez votre route. – Elle s’arrêta quelques secondes et son regard s’embua. – Au moins aurais-je pu aller sur les routes quelques jours et voir un peu de pays. »
Puis, elle rendit sa dague à son père adoptif avant de lui donner les rênes de sa monture ainsi que la bourse qu’elle avait à la ceinture. Les chevaliers, rejoints par quelques hommes d’armes l’entourèrent alors. Seul le chef du groupe dit à Gontran :
« Vous devriez venir demain au château pour voir le duc. Il vous dira combien de temps avez vous pour prouver son appartenance à la noblesse. Si vous ne vous présentez pas, elle sera de fait considérée comme roturière et traitée comme telle. »
Sur ces mots, le groupe partit en direction du fort en escortant Astrid qui se retenait de pleurer en public.

Une fois entrés dans le château, les chevaliers sauf un quittèrent le groupe tandis qu’Astrid et les hommes d’armes se dirigeaient vers les cachots. Malgré la chaleur de l’été, ils restaient humides et froids, si bien que la jeune fille se demanda comment cela était possible. Elle avait peur de ce que ce serait à l’intérieur d’une cellule. Si les seuls couloirs étaient ainsi, les endroits où logeaient les prisonniers devaient être pires encore. Le chevalier resta en arrière pour établir des formalités. Finalement, ils arrivèrent sur une pièce relativement grande servant de poste de garde et de dépôt d’objets. Là, ils lui firent enlever son armure puis tous ses habits. Cependant, le noble revint à ce moment et commença à crier sur les hommes d’armes. Si la noblesse de la fille était avérée, il valait mieux la traiter correctement. Il fit alors sortir les autres hommes et tendit à la jeune fille des vêtements informes. S’ils étaient loin de correspondre à son statut, au moins elle avait des vêtements. Puis, Astrid fut conduite dans sa cellule. Elle avait un seul soupirail donnant la lumière du jour, une sorte de lit fait avec de la paille et sans même un drap ainsi qu’un pot de chambre dans un coin, pour les besoins naturels selon lui. La jeune fille, affamée n’eut toutefois pas droit à un repas chaud. Elle finit par s’allonger sur la paillasse et s’endormit tard, après avoir prié la dame du lac.

Gontran resta interdit pendant de longues minutes après qu’Astrid ait été arrêtée. Il avait la sensation que tout était de sa faute. Aussi, il se dirigea vers l’auberge immédiatement à gauche de la Première Chapelle devant laquelle il était toujours et confia les trois montures au palefrenier. Puis, il alla à l’intérieur du bâtiment. Sans s’arrêter voir les décorations, il alla jusque devant l’autel et se mit à prier la Dame du Lac. Il désirait, en temps que serviteur, connaître la volonté de cette dernière. Devait-il retourner rester puis aller chercher les papiers ? Ou alors devait-il continuer ce que la Dame lui avait demandé il y a déjà plusieurs mois de cela ? Il en avait pour six jours à faire l’aller-retour. Plus au moins une semaine probablement pour le jugement. Soit déjà la moitié d’un mois de perdue. Finalement, il partit se coucher dans l’auberge après avoir un repas relativement léger.

Astrid se réveilla au milieu de la nuit. Elle commença par sentir le sol dur sous elle. Elle avait aussi très mal à la tête. Elle se demanda rapidement où elle était avant de se souvenir des événements de la veille. Son corps la faisait souffrir mais elle réussit à ouvrir les yeux. Il faisait sombre et elle voyait les étoiles à travers un petit soupirail. Elle avait très froid et remarqua avec horreur que sa robe informe avait remonté jusque sur ses cuisses. Naturellement, ce n’était pas confortable et cela grattait beaucoup. Soudain, elle eut envie de faire ses besoins. Elle alla jusqu’au pot à tâtons, le ciel étant particulièrement couvert. Elle finit par le trouver et fit dedans. Cependant, même à l’autre bout de la pièce, relativement petite, l’odeur était affreuse. Astrid dormit à nouveau très mal et fut réveillée par le bruit du garde entrant dans la cellule pour lui donner à manger. Mais, cette fois, ils étaient trois. Elle les regarda avec un air neutre mais ils s’attardèrent et parlèrent à voix basse sans qu’elle ne les entende. Puis, ils s’approchèrent d’elle. Astrid recula contre le mur mais finit par être bloquée. Lentement, ils s’approchaient d’elle et elle eut peur de ce qui pourrait suivre.
Malheureusement pour elle, la jeune fille n’eut pas tord. Ils finirent par arriver juste devant elle et la saisir violemment. La guerrière tenta de se débattre mais elle n’avait presque pas manger depuis plus de trente-six heures et avait dormi sept heures en deux jours, sur un sol très peu confortable. Ils finirent par lui déchirer son vêtement avant de la plaquer au sol. L’un des gardes lui tendit les bras au dessus de la tête et les maintint sur la pierre froide par les poignets. Pendant ce temps, les deux autres gardes se débraillaient. Puis, le premier écarta de force les jambes d’Astrid et commença à la violer. Elle hurla de douleur pendant les vingt minutes pendant lesquelles les trois gardes passèrent chacun leur tour. Elle les sentait en eux, se sentait à la fois forcée, souillée et sale. Après ce qui lui sembla une éternité, ils se retirèrent enfin de la pièce, laissant la jeune fille nue sur le sol en pleurs.

Au matin, Gontran se leva assez tôt et s’habilla rapidement avant de prendre son premier repas de la journée. Il eut une petite pensée pour sa fille, espérant que tout se passait bien pour elle, loin de se douter du drame qui se passait à ce moment dans la prison. Puis, il sortit pour se rendre au château. Ce dernier montrait une partie de la richesse du duc et du duché mais Gontran ne s’y attarda guère. Il héla un serviteur, qui lui indiqua avec déférence où il pouvait aller. Ce ne fut que vers neuf heures que Gontran fut enfin reçu par le duc. Ce dernier le fit entrer dans son bureau et après les salutations d’usage, attaqua rapidement :
« Vous devez bien comprendre, chevalier, que même si elle était noble, elle devrait être jugée pour avoir pris des habits d’homme et s’être fait passé pour un chevalier.
-J’en suis malheureusement conscient pour le premier cas. Cependant, je réfute le second. Aucun de nous n’a jamais prétendu qu’elle serait chevalier, errant ou non. »
Même s’il admettait ses erreurs, il n’était pas prêt à tout laisser passer. Astrid restait sa fille adoptive.
-Encore faudrait-il le prouver, chevalier, contra le duc.
-Ma parole devrait-elle suffire ?
-Malheureusement non pour convaincre un jury. Avez-vous des témoins ou autres ?
-Je… Ils sont probablement forts loin et je suppose que le témoignage des roturiers du village non loin ne suffira guère ?
-Certainement pas.
-Quelles sanctions sont possibles ici ?
-Rien de bien méchant. Du moins pour vous. En tant que chevalier du Graal, vous serez certainement innocenté si vous apportez la preuve de sa noblesse. Si ce n’est pas le cas, vous serez, de toute manière, innocenté puisqu’elle sera considérée comme vous ayant dupé et ensorcelé. Ce serait alors le bûcher pour elle. Surtout en étant rousse, fit innocemment le duc.
-Et dans le contraire, déglutit le chevalier du Graal ?
-Probablement une Quête. Mais c’est le jury qui décidera de cette dernière, répondit négligemment le seigneur des lieux. Cependant, je vous laisse six jours à partir de cette mi-journée pour prouver sa noblesse. Je suis magnanime car j’aurais pu faire en sorte de vous laisser moins de temps pour l’envoyer au bûcher sans réel jugement. Mais comme vous êtes Chevalier du Graal, je vous laisse le bénéfice du doute, fit le duc avec un air arrogant. Le jugement serait alors dans les cinq jours. Toutefois, elle resterait en prison en attendant par mesure de sécurité.
-Votre seigneurie est trop bonne, répliqua Gontran avec une voix pleine de sarcasme. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, j’ai des parchemins à aller chercher. »

Le chevalier était en colère. Le duc s’était plus ou moins moqué de lui. Il avait la désagréable sensation que tout ne tournerait pas rond dans la prison pour Astrid. Rien que le fait qu’il veuille la garde n’augurait rien de bon. Cependant, il alla vite à l’auberge, prit ses effets, récupéra son cheval en payant d’avance pour les deux autres montures et s’en alla rapidement. Il chevaucha alors tout le reste de la journée, ne s’arrêtant que rarement pour permettre à son cheval de se reposer. L’inquiétude se lisait sur ses traits. Il alla si vite que le trajet qu’ils avaient mis deux jours et demi à faire fut réalisé en une journée et la moitié d’une autre. Il arriva ainsi le soir dans la chapelle. Tout était comme ils l’avaient laissé. Comme c’était le soir, il décida de se faire à manger sur place en mangeant de la viande séchée. Une fois cela terminé, il enleva ses affaires et se mit à chercher les papiers. Evidemment, il les trouva rapidement. Gontran les rangea avec précaution et alla ensuite se coucher, épuisé par la chevauchée.
Il repartit rapidement au matin, juste après l’aurore. Il voulait arriver le plus vite possible à Bordeleaux pour qu’Astrid évite les problèmes dans la prison, surtout qu’elle était considérée comme roturière pendant ce temps. Il ne daigna pas s’arrêter quand des villageois tentèrent de le saluer. Les paysages défilaient à ses côtés et il put à nouveau sentir le frisson de la vitesse. Il se demanda alors ce que devaient ressentir les chevaliers de Parravon montant sur des Pégases. Cela devait réellement être grisant. Finalement, il parvint le deuxième jour dans l’après-midi à Bordeleaux. Il déposa rapidement sa monture à l’auberge et alla presque en courant au château. Connaissant désormais le chemin, il alla droit vers le bureau du duc et demanda à être reçu. Pendant les trois heures que dura l’attente, Gontran eut beaucoup de mal à contenir son impatience. Finalement, il fut reçu et commença rapidement à parler après les quelques salutations :
« Comme vous me l’aviez demandé, voici les papiers qui prouvent qu’elle a le sang bleu et que je l’ai adoptée. »
Le duc semblait contrarié remarqua le chevalier du Graal. Plus impressionnant, il blanchit. Mais les papiers étaient clairs et parfaitement légaux dans tout le Royaume. Les contester reviendrait à contester les lois royales. Chose que le duc ne pourrait certainement pas faire sans risquer un conflit contre le Roy lui-même. Finalement, il prit la parole et dit d’un ton monocorde :
« Ils sont en règles. Elle sera traitée selon ce que requiert son rang de naissance et le vôtre. Le procès se tiendra dans cinq jours. En revanche, elle devra se défendre seule comme l’exigent nos lois.
-Cela va de soi, mon seigneur, répondit Gontran faisant semblant de concéder quelque chose.
-Bien. J’en informerai le jury avant ce soir. Je ne vous retiens pas.
-Bonne fin de journée mon seigneur. Et que la Dame veille sur vous. »
Le chevalier du Graal était fier de lui. Cependant, les cinq jours à venir seraient difficiles. Une accusation, la pire, était désormais annulée. Mais pour l’autre, il ne pouvait plus rien faire. Il savait qu’Astrid parlait bien, mais il n’était pas sûr que cela soit suffisant face à des nobles rompus aux usages de la cour, même si c’était celle de Bordeleaux et non celle de Bastogne ou de Couronne. Il rentra rapidement à l’auberge avant d’aller prier à la Première Chapelle. Il ne mangea que tard le soir avant de se coucher, l’esprit rassuré.

Astrid avait passé une journée horrible. Elle n’avait eu pour toute nourriture que le morceau de pain et l’eau. Mais elle tremblait de froid dans ce cachot humide. Elle pouvait deviner les douves du château à quelques pas du soupirail. Cela ne faisait rendre la cellule que plus humide. Elle ne trouva même pas un rat mort alors que la faim commençait à se faire plus virulente. Ses vêtements étaient en lambeaux et elle s’était rendue compte qu’elle avait été blessée. Bien sûr, ils étaient si sales qu’elle n’avait pu les utiliser pour se faire un bandage. La jeune fille s’efforça donc de faire en sorte que la plaie ne touche pas le sol. Même si l’air devait porter de nombreuses maladies, se dit-elle. Avec le jour, elle put voir les traits laissés sur les murs par de précédents détenus. Ils n’étaient pas très encourageants. La plupart s’arrêtaient au bout de cinq au mieux. Elle connaissait invariablement leur destin après cela. La mort. Elle pria donc la Dame de l’épargner. Elle ne pouvait guère demander plus pour le moment. La nuit finit par tomber et Astrid s’endormit finalement, terrassée par la soif, la fatigue, la faim et le sang perdu.
Le lendemain matin, cela recommença. A nouveau de simples gardes la violèrent alors qu’elle se débattait et à nouveau, ils la blessèrent. Elle n’eut à nouveau à manger qu’un pauvre morceau de pain et un peu d’eau. Cependant, ce jour-là, déjà affaiblie par le fait qu’elle n’avait presque pas bu et manger depuis près de deux jours, Astrid eut du mal à aller au niveau du pot pour faire ses besoins. Elle pleura une bonne partie de la journée en se demandant quand finirait son calvaire. Ils l’avaient forcée six fois en deux jours et cela était toujours aussi horrible pour elle. Si elle tentait de se battre à chaque fois, elle était bien trop faible pour pouvoir gagner. Le troisième jour se déroula de la même manière. Astrid commençait à penser à tenter de voler une dague pour se suicider. C’était certes un acte lâche mais elle était mal physiquement et mentalement. Elle voulait juste abréger ses souffrances. Le quatrième jour commença exactement de la même manière. Mais, vers la fin de journée, elle entendit quelqu’un entrer. Par réflexe, la jeune fille se blottit dans son coin, repliant ses bras contre ses genoux. Cependant, la voix la surprit :
« Que se passe-t-il ? Pourquoi faites-vous donc cela ma dame, demanda l’homme, car c’était une voix d’homme, avec un tout inquiet ?
-Si… Si vous… Si vous faites vite, je… je ne résisterai pas.
-Mais de quoi parlez-vous donc ? Je ne comprends vraiment pas. Et pourquoi ne portez-vous donc pas votre vêtement ? »
Pour Astrid, ce fut la goutte débordant de la coupe. Elle redressa la tête et hurla :
« VOUS SAVEZ PARFAITEMENT POURQUOI ! ALORS PRENEZ-MOI ET QU’ON EN FINNISSE UNE BONNE FOIS POUR TOUTE ! »

L’homme recula alors, choqué devant une telle vision. Le visage de la jeune fille était plus maigre que lors de sa rentrée dans la cellule. Il était complètement sale et elle avait maigri. Son cerveau fonctionna à plein régime alors qu’elle se mettait à pleurer devant lui. Il regarda un peu partout dans la cellule et si l’odeur des excréments était toujours aussi présente, il remarqua les lambeaux des vêtements de la jeune fille. Ses yeux s’écarquillèrent en réalisant ce qui avait dû se passer. La colère le saisit devant une telle horreur. Et pour qu’elle soit aussi traumatisée, cela n’avait pas du se reproduire qu’une seule fois. Il appela alors deux gardes et leur ordonna d’apporter un pichet d’eau ainsi que les vêtements prévus pour la fille. Puis, il entra plus profondément dans le cachot. Il s’approcha lentement de la prisonnière en pleurs et s’agenouilla à ses côtés. Il détacha sa cape et l’en enveloppa. Puis, il frotta ses bras et son dos pour la réchauffer un peu. Avec une voix apaisante, il dit :
« Je suis sincèrement navré pour ce qu’ils vous ont fait ma dame. Ils seront punis en conséquence. Mais vous avez ma parole que cela ne se reproduira plus. Vous serez désormais bien traitée. »
Un garde apporta le pichet d’eau avec un gobelet. Astrid put alors boire gorgée après gorgée. Elle commençait à se sentir un peu mieux. Mais elle était encore faible. Aussi, l’homme la souleva et décida de la porter jusqu’aux pièces où elle resterait enfermée. En passant, il donna l’ordre de transporter les habits dans les pièces concernées. Astrid roula sa tête contre son torse et fut surprise de sentir l’acier d’une armure. Elle en déduit qu’il s’agissait d’un chevalier pour avoir une cuirasse pareille. Elle ferma les yeux, bercée par les mouvements du guerrier la portant.
Il arriva quelques minutes plus tard dans la série de pièces où la jeune fille serait gardée prisonnière. Comparées à la cellule d’où elle venait, il s’agissait de l’endroit le plus luxueux au monde dont elle aurait pu rêver. Il la déposa dans le lit et envoya chercher une prêtresse de Shallya, pensant qu’un contact féminin serait moins traumatisant pour celle qu’il venait de transporter sur de plusieurs étages. Cependant, il nettoya rapidement les différentes plaies, toutes sur son buste. Au moins avait elle toujours fait face à ses agresseurs. Il nettoya aussi ses cuisses, couvertes de sang. Cela le dégoûta profondément. Mais le plus choquant fut quand Astrid se laissa faire en se plaçant comme s’il allait la prendre. Il la rassura mais ce ne fut que quand la prêtresse vint qu’il put s’écarter.

La prêtresse de Shallya examina la jeune femme avec un œil critique et parfaitement professionnel, bien qu’outrée à l’intérieur de ce qu’elle avait subi. Elle adressa ensuite ses recommandations au chevalier présent en chuchotant :
« Il faut la veiller en permanence. Elle risque d’attenter à sa vie avec ce qu’ils lui ont fait subir. Quelle est la dose de nourriture quotidienne pour une personne dans son cas ?
-Un grand pichet d’eau et un pain standard.
-Elle a reçu beaucoup moins. Elle est complètement déshydratée même si vous lui avez donné à boire. Elle est aussi sous-alimentée et donc faible physiquement. Dans combien de temps est son procès ?
-Normalement cinq jours.
-Cela devrait aller. Il faut surtout essayer de la convaincre qu’elle doit vivre. Pensez à faire changer les bandages régulièrement avec des bandes propres. C’est tout ce qu’il y a à faire. Le reste dépendra de sa volonté.
-Merci ma sœur. Puise Shallya veiller sur vous.
-Sur vous aussi, sire. »
Le chevalier se dirigea alors vers la jeune femme confortablement installée sous la couette. Il lui donna à nouveau à boire. Puis, il lui indiqua la bassine où elle pourrait faire ses besoins, dans une pièce annexe. Enfin, il lui lut le parchemin lui indiquant qu’à partir du lendemain matin, son procès se déroulerait le sixième jour au matin, à dix heures, dans la grande salle. Elle serait conduite sous escorte. Puis, il la laissa s’endormir.

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 15:24

Hey !


Ayant lu les deux chapitres à la suite, je trouve qu'au niveau du rythme, cette histoire est effectivement mieux narrée que celle que tu as décidé d'arrêter respect La lecture est fluide, c'est bien !

Sur le fond, je suis curieux. Il est rare dans cette section de voir des scènes aussi crues, des mésaventures aussi graves, ainsi tirées en longueur dans un récit. Je suis curieux de savoir quels choix tu as faits pour arriver à cette narration-là.

J'aurai une ou deux remarques plus en détail par la suite, mais je suis avant tout curieux par rapport à ce que j'ai mentionné ci-dessus

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 16:19

Von Essen a écrit:

Ayant lu les deux chapitres à la suite, je trouve qu'au niveau du rythme, cette histoire est effectivement mieux narrée que celle que tu as décidé d'arrêter respect  La lecture est fluide, c'est bien !
Merci Smile C'est ce que je trouvais aussi mais un avis extérieur est en général meilleur pour confirmer ça.


Von Essen a écrit:

Sur le fond, je suis curieux. Il est rare dans cette section de voir des scènes aussi crues, des mésaventures aussi graves, ainsi tirées en longueur dans un récit. Je suis curieux de savoir quels choix tu as faits pour arriver à cette narration-là.
Bah c'est assez simple. Jusque là, mes personnages étaient globalement assez chanceux. Alors certes, tu vas me dire (toi ou un autre), qu'il y a eu Aryana captive par ses frères passés du côté ennemi. Mais ça reste globalement peu. Or, le monde de Warhammer reste un monde particulièrement violent et injuste. Il ne fait pas tout le temps beau et le(s) personnage(s) ne sont pas tous méchants ou gentils (sauf quand on parle de certains, évidemment, mais je parle des personnages que l'on invente nous-mêmes). Par exemple, je vois mal littéralement tous les Chevaliers du Graal en parangon de vertu absolus. Je pense qu'ils sont plus vertueux en moyenne que les chevaliers du Royaume bien sûr. Mais ils ne sont pas parfaits (puisqu'ils ne sont pas moi lol ) et restent des êtres humains et des mortels.
Après, j'ai fait le choix de décrire de cette manière pour que le lecteur se rende compte un peu du fait que ce soit un monde où les choses sont injustes. Je ne suis pas rentré dans tous les détails (le porno existe pour ça et sinon ça prendrait trop de place) mais c'était aussi pour montrer que bah, quand t'es une femme seule, jeune, en prison dans un monde pareil, tous les gardes ne sont pas des chevaliers servants prêts à défendre la veuve et l'orphelin (et ta vertu, question qui reviendra plus tard dans le récit). Bref, j'essaye d'être plus réaliste et d'arriver à un récit un peu plus humain que la froideur et le détachement des elfes. Ce n'est pas simple, ayant été malgré tout habitué au dernier, mais j'espère être en bonne voie.


Von Essen a écrit:

J'aurai une ou deux remarques plus en détail par la suite, mais je suis avant tout curieux par rapport à ce que j'ai mentionné ci-dessus  
Bah ne te gène pas. Mais voici la suite en question Smile



Chapitre 3 : Le Jugement et le début d’une Quête


Astrid se réveilla tard le matin, tiraillée par la soif et le visage chatouillé par les rayons du soleil. Elle sentit alors des draps autour d’elle. Etonnée, elle fronça les sourcils avant d’ouvrir les yeux. Etrangement, tout était penché. Ses yeux s’agrandirent se souvenant des événements de la veille. Elle était jugée dans six jours. Elle commença à regarder autour d’elle. La jeune fille repéra un bureau avec une chaise, une fenêtre avec des barreaux, une armoire, une grande malle et une porte donnant probablement sur la pièce avec la baignoire et la bassine où elle pourrait se soulager. Enfin, il y avait une porte donnant sûrement sur le couloir. Elle repéra uniquement à la fin, un chevalier assoupi dans un fauteuil. Astrid se redressa dans le lit et sentit ses bras trembler par manque de force. Elle parvint ensuite à se saisir de la cruche et du gobelet puis à se servir et à boire plusieurs fois. Elle vit alors un copieux déjeuner et décida de prendre le plateau sur le lit. La jeune fille y parvint après moult efforts, faisant attention à ne pas réveiller son gardien qui semblait avoir le sommeil léger. Elle mangea un peu mais moins qu’elle ne le pensait. Elle ne désirait pas se rendre malade. Cependant, en utilisant le couteau, elle s’entailla légèrement un doigt. Puis, son regard fut attiré par son poignet. Il alla alors de la lame à la peau plusieurs fois. Cela lui semblait étrangement attirant. Mais aussi très égoïste. Elle avait peut-être une chance de survivre. Et surtout elle rendrait inutiles les efforts de ce chevalier alors qu’il ne lui avait rien fait. Elle reposa alors le couteau en respirant un grand coup. Mais elle ne put empêcher les larmes de couler sur son visage en pensant à ce qu’il se fût passé chaque matin les jours précédents.
A ce moment, le chevalier était déjà réveillé. Mais il vit rapidement que sa prisonnière ne l’avait pas remarqué. Il l’observa alors qu’elle mangeait. Elle était plutôt jolie même si la prison l’avait considérablement marquée. Il espérait que les traces finiraient par disparaître. Il se tendit quand il la vit hésiter à se couper les veines. Mais il se relâcha quand elle posa le couteau. Son cœur fut meurtri de la voir pleurer. Elle semblait alors si fragile, si vulnérable. Elle ne faisait pas ses seize ans mais beaucoup moins. Il signala finalement sa présence et la jeune femme le regarda avec un air craintif. Il décida alors de se présenter :
« Je suis Hubert De Bourogne, chevalier du Royaume et vassal du Duc de Bordeleaux. J’ai la charge de veiller sur vous jusqu’à votre procès. Je dois vous transmettre les salutations de votre père ma dame, fit poliment le guerrier.
-Je… Je vous remercie chevalier, répondit avec hésitation Astrid, ne sachant pas à quoi s’en tenir avec lui.
-Je vous en prie ma dame. Il était naturel de ne point vous laisser dans l’état dans lequel je vous ai trouvée. D’ailleurs, il est impardonnable pour moi de ne pas vous avoir rendu visite dans votre cachot pour vérifier comment vous alliez. Je vous serais gréé de me pardonner mes erreurs. »
Ainsi c’était donc lui qui l’avait amenée aux cachots et qui l’avait secourue. Mais elle jugea que le pardon ne devrait pas dépendre d’elle pour une chose pareille. Elle avait été forcée plusieurs fois par jour, chaque jour, recevait très peu de nourriture et d’eau et n’avait plus aucun vêtement après moins de dix heures passées dans la cellule. Aussi, elle dit avec indulgence et bienveillance :
« Seule la Dame peut en décider. Mais j’intercèderai peut être en votre faveur lors de mes prières.
-Cette fois, c’est moi qui vous en remercie ma dame. Sans vouloir vous commander, vous devriez prendre votre robe de chambre pour cacher certaines parties. Je dois vous changer les bandages et passer un cataplasme sur vos blessures. »

Astrid obéit rapidement. Le chevalier s’approcha alors et enleva les précédents bandages. Il put alors voir les blessures. Elles avaient meilleure mine que la veille. Surtout, elles semblaient en bonne voie pour la guérison. Après s’être rincé les mains dans une bassine, il appliqua délicatement le cataplasme sur les plaies encore à vif avant de les bander. Il dit alors :
« Je devrais les changer cet après-midi à nouveau. Cependant, je vous recommande de prendre un bain au passage. Cela pourra nettoyer les plaies et vous serez propre sur vous. Vous pourrez alors commencer à aller réellement mieux ma dame. »
Il la vit hocher la tête d’un air absent et se recoucher avant de se rendormir. Il repartit s’asseoir et contempler à nouveau la prisonnière. Non, il ne s’était pas amouraché d’elle. Son cœur appartenait à une autre. Mais il devait reconnaître qu’elle ferait tourner bien des têtes si un jour elle rentrait dans une cour. En revanche, il doutait qu’elle ait de l’argent en quantité suffisante pour avoir une dot convenable. Pire, elle avait été forcée et donc n’était plus vierge. Lui n’en parlerait pas. Mais si cela venait à se savoir, elle serait rejetée partout où elle irait. Peut-être qu’en fin de compte, la voie qu’elle avait choisie était la meilleure pour elle, même si pas la plus simple. Mais au moins avait-elle l’avantage de pouvoir aller où elle le désirait. A condition qu’elle ne soit pas tuée par une quête qui devrait probablement la conduire à la mort.
Hubert lui-même réfléchissait depuis une année ou deux à partir en Quête du Graal. Il n’avait pas de possessions et était le fils cadet de sa famille. Son frère avait déjà un fils d’environ cinq ans. Le destin du domaine familial ne reposait donc plus sur lui si son frère venait à mourir. De plus, il avait envie de reprendre les routes, comme lorsqu’il avait été chevalier errant. Peut-être devrait-il saisir cette occasion ? Cela ne serait pas une mauvaise idée. Il avait failli à certains devoirs en ne la veillant pas et elle avait été bien magnanime d’accepter de parler en sa faveur dans ses prières. Cependant, il devrait se faire pardonner par la Dame du Lac. Il allait sérieusement y réfléchir dans les jours à venir.
L’après-midi vint et quand Astrid se réveilla, elle but et mangea à nouveau. Puis, elle alla prendre un bain, assistée par une servante. Enfin, Hubert lui refit ses bandages et elle se recoucha. Elle était épuisée par le simple effort physique et avait grand besoin de dormir pour reprendre des forces.

Ainsi passèrent les jours pour Astrid. Le deuxième, elle put à nouveau faire quelques pas et se lever seule. Elle poussa aussi loin que possible pour se dépasser. Le cinquième jour, elle avait déjà bien récupéré et commençait à retrouver la pleine forme. Elle s’était rendue compte que son garde-malade, le chevalier Hubert était aux petits soins pour elle et n’hésitait pas un seul instant à l’aider. Bien qu’elle eût préféré tout faire toute seule, la jeune fille était consciente de son état et du fait qu’elle avait besoin d’aide. Alors valait mieux que ce soit un chevalier désirant racheter sa conduite qu’une autre personne se moquant du fait qu’elle ait parfois mal au bas ventre ou qu’elle ait pleuré de nombreuses fois pendant les journées. La prêtresse de Shallya venait la voir une fois par jour pour l’examiner. Elle lui indiqua ainsi la veille de son procès que trois jours plus tard, elle serait comme avant son emprisonnement. Du moins physiquement parlant. Astrid commença à angoisser à propos du procès en question la veille de ce dernier. Elle n’arrêtait pas de se demander ce qui allait arriver. Elle tenta de soutirer des informations à son gardien mais ce dernier ne dit rien. Elle espérait juste pouvoir conserver sa dignité. Et survivre au passage.
Pendant ce temps, Gontran s’ennuyait ferme. Il passait une partie de ses journées à prier la Dame dans la Première Chapelle et l’autre partie à chercher d’éventuels bandits, monstres ou autres dans la campagne dans les alentours. Cependant, il ne trouva absolument rien et en rentrait frustrer. Il était aussi dévoré par l’inquiétude pour Astrid. Il espérait que le procès tournerait à peu près en sa faveur, ou du moins que la sanction ne serait pas trop lourde.

Le matin du procès, Astrid se leva particulièrement tôt. Une servante entra rapidement et lui apporta à manger. La jeune fille put ainsi se restaurer et boire en quantités suffisantes pour tenir le procès. Puis, elle dut s’habiller avec des vêtements de femmes. Elle passa le sous-vêtement comme il le fallait, enfila la robe et la laça devant elle avant d’enfiler les chaussures légères. Elle était loin de se sentir à l’aise mais n’avait pas trop le choix. Elle vérifia rapidement sa tenue et se coiffa au passage, disciplinant un peu ses cheveux. Puis, Hubert vint la chercher. Il la conduisit alors jusque dans la grande salle, passant par de nombreux couloirs. Astrid ne regarda que le dos du chevalier, ne voulant pas se faire intimider.
Mais intimidée elle fut en entrant dans la grande salle. Il y avait de nombreux bancs remplis de gens de la noblesse ou de la bourgeoisie. Face à elle, au bout de la salle, le jury sur des bancs particuliers. Au centre, il y avait le duc, qui présiderait donc la séance. Elle chercha du regard son père mais ne le trouva pas. Néanmoins, elle sentait qu’il était là. Son entrée amena immédiatement le silence dans la salle. Cela lui fit peur car Astrid trouvait cela trop calme. Elle finit par s’avancer au centre de la pièce, comme cela était demandé pour un jugement de la noblesse. Elle avait la gorge serrée et son angoisse augmenta fortement d’un seul coup. Pire, le fait d’être en permanence droite comme se devait de l’être une dame n’arrangeait pas les choses. Les plaies sur son ventre étaient en voie de cicatrisation et cela tirait dessus. Elle attendit alors que le duc daigne ouvrir le procès.
Gontran, lui, était dans l’assistance. Il n’avait pas réussi à accrocher le regard de sa fille adoptive mais il avait pu lire la peur dans ses yeux. Sa démarche était loin d’être assurée. Cependant, il remarqua autre chose qui le mit en colère. Elle n’était pas très bien d’un point de vue physique. Elle semblait plus faible et il voyait que se tenir parfaitement droite lui faisait mal. Il le voyait aussi clairement que le soleil dans un après-midi ensoleillé. Mais ce qui le mit le plus en colère fut la conclusion qu’il tira de cela. Elle n’avait pas été correctement traitée, loin de là. Elle avait été au minimum battue. Certes, il n’y avait pas de marques visibles. Mais il se dit rapidement qu’ils se seraient arrangés pour ne pas en faire, question d’éviter les ennuis.

Le duc se tut pendant près de deux minutes. Pour toutes les personnes dans la grande salle, ces deux minutes furent transformées en deux siècles. La tension était montée d’un cran et l’air semblait être devenu lourd. Puis, il prit la parole avec une voix forte :
« Moi, Duc Aldebert de Bordeleaux et Chevalier du Graal, proclame le procès d’Astrid de Lyonesse ouvert. Ma dame, fit le chevalier en s’adressant à Astrid, confirmez-vous être la personne susnommée sur votre honneur ?
-Je le jure, répondit Astrid avec une voix mal assurée.
-Bien. Vous êtes accusée de vous être faite passée pour noble et pour avoir porté des habits d’hommes ainsi que vous être faite passer pour chevalier. Vous avez été acquittée de la première charge avant le début du procès, les pièces justificatives ayant été portées en temps et en heure. Nous vous recommandons de les garder sur vous ou dans vos bagages à l’avenir. Concernant l’accusation de port d’habits d’homme, plaidez-vous coupable ou non coupable ? »
Sa voix était monocorde mais forte et empreinte d’autorité. Astrid réfléchit quelques secondes et décida de jouer la carte de l’honnêteté.
« Je plaide coupable pour cette accusation.
-Bien. Concernant l’accusation de vous être faite passer pour un chevalier, plaidez-vous coupable ou non coupable ?
-Je plaide non coupable pour cette accusation.
-Bien. La parole est à l’accusation. »
Aussitôt, un chevalier se leva et dit avec une voix portante :
« Concernant le chef d’accusation de port d’habits d’homme. L’accusée ici présente a été clairement vue par de nombreux témoins, ici à Bordeleaux, en train de porter des habits réservés normalement aux hommes. Mais, l’accusée plaidant coupable, l’accusation ne reviendra pas sur ce chef d’accusation.
Concernant le chef d’accusation de s’être faite passer pour un chevalier, l’accusation dit ceci. Le port de l’armure est caractéristique dans les traditions de la chevalerie bretonnienne, tout comme le port d’un tabard portant les couleurs d’une maisonnée. Elle a également porté la lance de cavalerie et l’écu, notamment au combat, chose fort déplacée pour une dame qui se respecte. Enfin, elle a porté l’épée, chose normalement réservée aux chevaliers. L’accusation suppose que cela a été fait volontairement. En effet… »
Cela continua ainsi pendant de très longues minutes. Jusqu’à ce que le chevalier ne termine. Le duc donna alors la parole à Astrid qui commença avec une voie peu assurée :
« Je ne nie point certains faits. En revanche, le port de la lance n’est point réservé aux chevaliers mais à la noblesse. Je l’ai portée pour me défendre contre d’éventuels bandits, voire, sait-on jamais, des bandes de bêtes du Chaos ou de peaux-vertes ayant traversé l’Aquitanie. Il en va de même pour celui de l’armure. Si nous avions été directement attaqué, puisque je n’avais pour escorte que mon père adoptif, cela aurait loin d’être suffisant pour protéger face à un trop grand nombre, bien que je serais la dernière personne ici qui remettrait en cause son talent au combat. Concernant l’épée, je n’ai qu’une chose à dire. Il s’agit d’un cadeau de mon père et je l’ai effectivement portée pour compléter la défense. »
Gontran ferma les yeux en comprenant qu’elle se défendait fort maladroitement. Elle avait limité la casse au début mais là, la situation était pire. Heureusement, le calvaire prit rapidement fin. Le duc annonça que la sentence serait rendue le lendemain à dix heures et fit évacuer tout le monde.

Astrid sortit rapidement de la salle, escortée encore et toujours par Hubert de Bourogne. Ce dernier était atterré par la mauvaise défense de sa prisonnière. Elle n’avait pas réellement su contrer le chevalier l’attaquant. De plus, elle avait aggravé son cas en parlant de l’épée alors qu’en ne le mentionnant pas, elle aurait pu tenter de faire oublier cette partie aux jurés et au duc. Mais elle avait été en quelque sorte victime de son honnêteté. Il ne restait plus pour Astrid qu’à espérer que la Dame lui soit favorable. C’était désormais sa seule chance de s’en sortir.
De son côté, la jeune fille ruminait de sombre pensée. Elle s’était rendue compte qu’elle s’était fort mal défendue. Elle avait eu peur tout le long de la séance et avait presque perdu ses moyens. Qui plus est, rester aussi longtemps debout dans une pièce où il faisait relativement chaud l’avait mise encore plus mal à l’aise. A un moment, elle avait bien cru s’évanouir. Désormais, elle ne savait plus trop quoi faire de sa journée. Les bandages devraient certes être changés mais elle devait rester dans sa prison, quand bien même elle était plus vaste que la cellule qu’elle avait d’abord occupée. Et elle allait avoir du mal à prier la Dame pendant une demi-journée complète. Cependant, en revenant enfin dans sa chambre, elle s’effondra rapidement sur son lit, avant de s’endormir tout aussi vite, épuisée par la matinée. Elle dormit jusqu’au milieu de l’après-midi. En se réveillant, elle fut heureuse de constater la présence d’un plateau de fruits frais, en guise de dîner. Puis, elle se reposa jusqu’au soir, faisant quelques exercices physiques au passage, dans le cadre de sa remise en forme. Elle soupa ensuite avant de se changer pour la nuit et de se coucher. Mais Astrid mit du temps à s’endormir et se tourna de nombreuses fois dans son lit. Elle avait peur du jugement du lendemain et espérait qu’il ne serait pas trop cruel. Elle savait qu’elle ne serait pas acquittée de toutes les accusations. Elle n’était pas folle non plus. Il était fort probable qu’ils lui demandent une Quête, qui conduirait probablement à sa mort. Elle espérait juste qu’elle puisse dans ce cas avoir une mort rapide et ne pas se retrouver captive de peaux-vertes ou d’hommes-bêtes. Dans ce cas, son destin serait loin d’être une mort rapide. Finalement, elle parvint à s’endormir.
Gontran, lui avait passé tout le reste de la journée à prier la Dame du Lac pour le salut d’Astrid. Il espérait, lui aussi, une sanction relativement clémente, même s’il n’y comptait pas beaucoup. Le pire étant que si elle se retrouvait avec une Quête, elle n’aurait pas le droit d’être accompagnée. Il devrait la laisser partir sur les routes, probablement seule, vers une mort quasi certaine. En effet, il avait vu le visage du duc et celui des jurés. Ils n’étaient clairement pas en faveur de la jeune fille. Il ne serait pas surpris qu’elle ait une quête plus que difficile. Il connaissait parfaitement les us et coutumes des cours de justices de la noblesse et il savait que dans des cas pareils, rares étaient les femmes à survivre à une quête. Certaines devenaient hors-la-loi mais elles n’étaient pas les plus nombreuses. La plupart mourraient de manière plus ou moins affreuse. Il finit cependant par aller se coucher, l’âme loin d’être en paix.

Le matin recommença comme la veille pour Astrid. Elle se leva, se baigna, changea les bandages puisqu’elle pouvait désormais le faire seule, prit des vêtements et enfila ses souliers rapidement. Puis, elle attendit Hubert, son fidèle garde-malade et gardien. Elle se demanda ce qui avait du lui passer par la tête durant ces sept derniers jours. Il devait probablement juger cela indigne de sa personne et s’ennuyer ferme en la surveillant ne rien faire. Mais sa présence avait eu quelque chose de réconfortant. Elle sentit qu’elle n’était pas seule et qu’elle avait quelqu’un sur qui s’appuyer. Elle entra finalement dans la grande salle. Cette fois, elle était encore plus remplie de la veille et la jeune fille eut du mal à déglutir. Elle devrait ne surtout pas craquer devant tant de monde. Elle se devait d’être forte, quelque soit la sentence.
Après quelques minutes d’attente, le duc entra, suivit du jury. Ils prirent tous place et le seigneur des lieux réclama rapidement le silence. Il se fit rapidement et commença à faire son discours comportant toutes les raisons pour lesquelles il pouvait donner une sentence, pourquoi il pouvait convoquer une telle assemblée, les pouvoirs du jury et par quels droits il pouvait faire tout cela. Cela dura de nombreuses minutes qui parurent interminables à Astrid, debout au milieu de la salle. Finalement, il décida de passer aux sentences, avec son éternelle voix monocorde n’appelant à aucune contestation :
« Pour l’accusation de port de lance et d’armure, l’accusée ici présente est déclarée non coupable. Le motif retenu est que cela n’est pas illégal, puisque des roturiers ont le droit de les porter et cela n’est point interdit aux femmes selon la loi. Concernant l’accusation de port d’épée, l’accusée ici présente est déclarée coupable. Concernant l’accusation de s’être faite passée pour un chevalier, l’accusée ici présente est déclarée coupable. Concernant l’accusation de port d’habits d’hommes, l’accusée est déclarée coupable. »
Astrid sentit sa peur monter d’un seul coup. Il y avait désormais beaucoup de peines possibles et imaginables, de la simple amende pour certaines peines à la Quête conduisant invariablement à sa mort. Après une dizaine de secondes de silence insoutenable, le duc continua sur le même ton :
« Moi, Duc Aldebert de Bordeleaux et Chevalier du Graal, condamne Astrid de Lyonesse, fille adoptive de Gontran de Lyonesse, à la peine suivante. Elle devra accomplir la Quête suivante.
Partant demain à l’aube avec assez de provisions et d’argent pour la route, la condamnée devra se rendre seule à Bastonne en longeant la Forêt de Châlons et en passant par la Chapelle de l’Humilité puis revenir par la même route. Un messager sera envoyé dans ces deux lieux pour vérifier, si elle arrive en vie, qu’elle soit bien passée par là. Elle recevra un âne de bât pour porter les vivres et l’argent et n’aura pour toute arme qu’un couteau de boucher. Elle devra être obligatoirement habillée avec des vêtements de femme et n’aura pas le droit à une quelconque armure.
Désirez-vous porter réclamation devant le jury ? »
Astrid était sonnée. La Forêt était infestée de peaux-vertes et d’hommes-bêtes. Si elle arrivait à la Chapelle de l’Humilité ne serait-ce qu’en vie, elle serait chanceuse. Cependant, elle se dit qu’elle aurait pu avoir bien pire encore. Et le jury n’aurait pas vraiment de moyen d’adoucir la peine. Aussi, elle déclara avec une voix forte :
« J’accepte la peine. J’ai en revanche une question.
-Allez-y fit le donc en soupirant.
-Que vont devenir mes armes et mon armure ?
-Votre épée vous sera enlevée, tout comme le reste de vos armes. Votre armure sera transportée sur l’âne. En revanche, vous n’aurez pas le droit de la porter. Si un messager vous croise avec, il a ordre de vous abattre sur le champ. »
Le verdict fut alors confirmé et le jugement terminé. Astrid fut immédiatement reconduite dans ses appartements sous les murmures de la foule. Elle entendit des questions qui disaient :
« Mais pourquoi a-t-elle accepté ? Sait-elle qu’elle va probablement mourir ? »

Le reste de la journée se passa tranquillement pour la jeune fille. Les dés étaient jetés et désormais, ce serait entre elle et la nature. Elle vit plusieurs fois le regard triste de son gardien, sans oser se demander ce que cela signifiait. Puis, dans l’après-midi, elle reçut ses vêtements de voyage. Elle eut même droit à une paire de bottes, de mauvaise qualité cependant. Elles ne tiendraient pas longtemps se dit-elle. Puis, elle soupa et se coucha, la tête complètement vide de toute émotion.
Gontran avait été choqué par le verdict. Ce type de quêtes était en général réservé pour des choses bien plus graves. Mais il avait compris qu’il serait difficile de le contester. Pire, il ne pourrait pas l’accompagner sur les routes. Elle serait tout-à-fait seule pour faire l’aller-retour. Il n’y avait pas de caravanes ou de voyageurs passant par là, en dehors de quelques chevaliers en Quête du Graal. Il ne la verrait probablement plus jamais car il n’en avait pas eu l’autorisation. Aussi, il pria à la Première Chapelle en demandant à la Dame du Lac de veiller sur sa fille adoptive et de la ramener saine et sauve à Bordeleaux. En effet, de son côté, il allait partir pour l’Empire. Il avait décidé de modifier sa route, voulant finalement éviter de rester aussi longtemps dans le Bordeleaux. Le matin venu, il se précipita aux portes pour apercevoir sa fille une dernière fois.
Astrid s’était levée très tôt et avait pris un copieux déjeuner. Puis, elle s’était équipée pour l’expédition. Elle était en paix avec elle-même. Elle ne chercherait pas à tout prix à atteindre la Chapelle de l’Humilité si elle n’en avait pratiquement plus la possibilité. Hubert l’accompagna jusqu’aux écuries où un âne relativement docile lui fut donné. Il était relativement petit mais ne semblait pas en excellente santé. Cependant, la jeune fille ne dit rien et accepta le couteau qu’on lui tendit. Elle se dit qu’elle devrait l’aiguiser dès que possible en voyant qu’il ne coupait pas très bien. Puis, elle suivit un gros groupes de chevaliers et hommes d’armes jusqu’aux portes de la ville. Elle était sereine. Juste avant de franchir les portes, elle put apercevoir son père adoptif. La jeune fille lui adressa un sourire doux et réconfortant. Il le lui rendit avant de la perdre de vue.

Astrid se lança rapidement sur la route en direction de la forêt de Chalons. Pour cela, elle avait juste à suivre le fleuve sur un sentier jusqu’à atteindre l’orée des bois. Puis, elle remonterait vers le nord avant de prendre en direction du nord-est. Avec un peu de chance, dans un mois, elle serait de retour. C’était probablement sa seule chance d’ailleurs. Après seulement une heure de marche, elle avait déjà laissé derrière elle toutes les habitations humaines. Elle pouvait voir les flots puissants du Gilleau. Elle avança ainsi au milieu des champs, croisant au loin quelques hameaux. Elle fit une pause d’une heure quand le soleil arriva au zénith avant de repartir. Elle croisa ainsi un messager qui vérifia qu’elle n’avait point d’armure sur elle. L’après-midi fut monotone pour la jeune fille. Elle avait mal aux pieds et les bottes étaient déjà abîmées. Astrid décida de les enlever et de mettre ses souliers à la place. Ils n’étaient pas faits pour la marche mais ils étaient de meilleure facture. En marchant, elle repensait à tout ce qui lui était arrivé depuis leur départ de la chapelle du Graal. Si le voyage avait bien commencé, il avait tourné au désastre. Elle avait sa part de responsabilité et était loin d’en vouloir à son père. Après tout, elle était considérée comme responsable même si elle était sous son autorité. Mais là, elle était réellement dans la bouse de vache jusqu’au cou. C’était tout simplement d’un autre niveau. Elle n’était pas sûre de passer le mois en vie. Mois qui devait représenter la durée normale pour l’aller-retour moyennant quelques retards.

Vers dix-huit heures, Astrid finit par s’arrêter alors qu’elle voyait au loin les bois. Elle hésitait à s’en approcher plus et se prépara à partir au nord le lendemain. Elle établit alors le campement en montant rapidement une tente. Puis, elle se fit un petit feu et mangea de la viande séchée tout en buvant de l’eau. Elle avait une semaine d’eau dans ses gourdes. Elle devrait donc trouver des sources sur son trajet. Ou alors se rationner. Mais elle préférait de loin la première solution. Comme il y avait de nombreux champs, elle espéra trouver des petites rivières sur le chemin. Voire des puits dans des villages. Elle savait qu’elle pourrait en trouver même s’ils n’existaient jamais longtemps à cause des bêtes de la forêt. La nuit venue, la jeune fille se coucha, se chantant une berceuse au passage. Puis, alors qu’elle était allongée, tentant de trouver le sommeil, elle entendit des cris venant de la forêt. Ils étaient affreux et elle frissonna de peur en les entendant. Finalement, elle parvint à trouver le sommeil après des dizaines de minutes interminables à les entendre hurler aux deux lunes.

Juste après le départ d’Astrid, Gontran fut hélé par un chevalier du Royaume. Ce dernier vint vers lui et s’adressa respectueusement au chevalier du Graal :
« Je vous salue noble sire. J’ai une demande à vous adresser.
-Je vous écoute, répondit le père d’Astrid, intrigué.
-Je souhaiterais me mettre en Quête du Graal. Que devrais-je faire ?
-Ecrivez un papier disant que vous renoncez à toutes vos possessions terrestres le temps de la Quête. Abandonnez la lance et prenez l’épée longue. Puis, priez longuement la dame. La Quête n’est pas que martiale.
-Je vous en remercie mon seigneur.
-N’étiez-vous point le chevalier escortant ma fille adoptive pendant son procès ?
-Si mon seigneur. Je l’ai aussi veillée et surveillée depuis sa sortie de sa première cellule.
-Pourquoi voulez-vous partir en Quête ?
-J’ai eu une vision d’un endroit dans l’Empire, en Averland. Je l’ai eue cette nuit, en rêves. C’est un signe de la Dame selon moi.
-Je dois aussi m’y rendre. Exceptionnellement, je vous ferais une faveur. Venez avec moi à mon ancienne chapelle. Je vous donnerai mon épée de la Quête.
-Quand partez-vous mon seigneur ?
-Dans deux heures, répondit Gontran d’une voix sèche. »
Bien qu’il n’appréciait guère le chevalier, leurs quêtes étaient les mêmes. Peut-être que la Dame voulait les réunir pour quelque obscur dessein après tout. Finalement, ils partirent à l’heure dite. Hubert se révéla d’une agréable compagnie pour l’austère chevalier. Il ne parlait pas trop ni trop peu. Il respectait aussi ses périodes de silence et s’adapta très vite dès le bivouac de la mi-journée. Enfin, il se révéla être une mine d’informations sur Astrid. Même si Gontran sentait qu’il ne lui disait pas tout, il se dit que cela viendrait avec le temps et la confiance. En attendant, il était heureux de ne pas partir seul sur les routes. Il détestait être seul avec ses pensées et c’était le point qu’il avait le moins apprécié dans sa Quête du Graal. Ainsi avancèrent-ils sur une route que le chevalier du Graal trouvait avoir parcourue trop de fois en trop peu de temps. Finalement, ils s’arrêtèrent dans une auberge le soir, profitant d’un bon souper et d’un lit plus confortable que la terre du sol des bords de routes.


Je précise juste que le procès ne se déroulerait pas nécessairement avec ces paroles exactes dans la "réalité" du monde de Warhammer. J'ai simplifié à l'extrême les choses pour les rendre plus acceptables sur le lecteur. Sinon, j'en aurais eu pour la taille d'un chapitre de Feu et Sang rien que pour le procès en tant que tel et un autre pour le verdict si j'avais rajouté un grand nombre de procédures, etc...
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 17:44

Hm. Je rebondis d'abord sur ta réponse à mon commentaire respect


L'intention de réalisme est louable, j'en suis moi-même un fervent défenseur. Par contre, et ça rejoint ce que je disais avant, je t'invite à faire très attention sur les détails, car le réalisme est situé sur une fine frontière au-delà de laquelle il est possible de tomber dans l'incongruité.
En l'occurrence, j'ai été surpris par la réaction d'Astrid et de son père face à l'arrestation. Au début, tous deux ont été présentés comme des personnes cultivées, il y avait même des livres dans la chapelle et dans la ville non loin. De plus, le chevalier du Graal semble être expérimenté et avoir vu le monde.
Je n'arrive dès lors pas à comprendre comment il a pu accepter qu'Astrid se fasse emmener en prison, et la laisser partir seule. Je me trompe peut-être, mais il me semble inconcevable qu'il ait pu ne pas se douter de tout le danger que cela représentait. Certes, il doit rapporter des documents, mais c'est le genre de tâche qui peut-être délégué, quand on sait que son enfant adorée doit être à tout prix surveillée dans un tel traquenard.
Loin de moi l'idée de vouloir modifier l'histoire, il me semble juste qu'à cet endroit précis les deux chapitres présentent une incohérence, tu me diras si tu es d'accord respect


Pour la suite, ma foi, je trouve la justice bretonnienne injuste et tarée à souhait... Ils doivent vraiment en vouloir à la demoiselle pour l'envoyer à la mort en gaspillant un bel âne, de l'argent, des vivres et des vêtements, alors qu'une execution reviendrait beaucoup moins cher. Mais comme dit, ils ont peut-être leurs propres manies, donc pas d'incohérence pour moi

P.S. Gontran n'a même pas un infime espoir que sa fille va s'en sortir ? Si j'étais la Dame, je lui balancerais ma foudre divine sur la tête pour lui remettre les idées en place Skull

La suite !

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 12 Juin 2017 - 16:15

Gilgalad a écrit:
Sinon, j'en aurais eu pour la taille d'un chapitre de Feu et Sang
whaaa le tacle venu de nulle part !

Il y a de l'amélioration sur la forme par rapport à ton premier texte. Les points que je t'avais soulignés sont déjà bien meilleurs, cela fait plaisir ^^
Des choses encore à revoir, toutefois Rome ne s'est pas construite en un jour. Et c'est en forgeant qu'on devient forgeron : pas de nouveaux conseils précis autre que celui qui suit. Juste continue de t'appliquer. La pratique est le meilleur professeur en la matière.

évite de bassiner le lecteur de "prier dame du lac" ici "prier dame du lac" par là. Nous la connaissons tous. Essai de varier ta formulation pour éviter les répétition : "Ma dame" "la déesse" "me recueillir" "consulter" "chercher conseil" seraient quelques exemples.



En revanche sur le fond, je vais me charger d'approfondir et également clôturer ce qu'Essen n'a fait qu'effleurer du doigt.

Warhammer est un monde cruel. C'est un fait. En jdr avec des camarades nous avions coutume de dire que si notre personnage était là, c'est qu'il avait signé pour en chier. Toutefois, si la souffrance physique et psychologique peut être poussée dans le détail jusqu'à mettre mal à l'aise le lecteur... il est une exception des scènes dites matures. Un des sujets les plus épineux à aborder en texte 'tout public'.

Je n'ai personnellement rien contre celles-ci. Je ne demande qu'à lire un jour un texte à la fois débridé et décomplexé porté sur des démonettes et adorateurs de Slaanesh.  Toutefois, le lieu n'y est pas propice. Ce forum j'entends. Si le cercle principal des posteurs de ce forum a dépassé les 18 ans et fait preuve de maturité, ce n'est pas le cas de tout nos visiteurs anonyme. Un ado de 13-14 ans peut tout à fait venir chercher des infos tactiques et errer jusqu'à notre section si active.

Du coup mes conseils ici seraient, pour ce genre de scène délicates, de volontairement ne pas imager. C'est l'inverse de ce qui est généralement recommandé en écriture, mais cela reste mieux pour notre lectorat moins âgé. Nous avions compris le tourment que subirait la pauvre fille lorsque les gardes sont entrés. Le détail n'est pas nécessaire au delà. Sur un blog perso ou un autre site, il n'y aurait pas de souci. Laisser faire l'imagination du lecteur est ici la solution, où un adulte visualisera sans souci la scène à côté de laquelle un marmot passera complètement.
par exemple:
 

Mais j'insiste, si un texte est ouvert au grand public, c'est l'un des rares tabous qui j'estime doit en rester un.



Maintenant, évitons de nous focaliser sur ce détail. N'édite pas tes chapitres et va de l'avant. Car je suis curieux de voir quelle pénitence vont s'infliger les deux chevaliers et comment va se débrouiller la jeune Astrid avec seulement "sa B*** et son couteau" Mr. Green
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 20:14

vg11k a écrit:

Il y a de l'amélioration sur la forme par rapport à ton premier texte. Les points que je t'avais soulignés sont déjà bien meilleurs, cela fait plaisir ^^
Des choses encore à revoir, toutefois Rome ne s'est pas construite en un jour. Et c'est en forgeant qu'on devient forgeron : pas de nouveaux conseils précis autre que celui qui suit. Juste continue de t'appliquer. La pratique est le meilleur professeur en la matière.

évite de bassiner le lecteur de "prier dame du lac" ici "prier dame du lac" par là. Nous la connaissons tous. Essai de varier ta formulation pour éviter les répétition : "Ma dame" "la déesse" "me recueillir" "consulter" "chercher conseil" seraient quelques exemples.
Ok, c'est noté. Ce n'est peut-être pas le cas dans le chapitre que je vais publier, mais dans les suivants, j'en parle déjà moins.


vg11k a écrit:
En revanche sur le fond, je vais me charger d'approfondir et également clôturer ce qu'Essen n'a fait qu'effleurer du doigt.

Warhammer est un monde cruel. C'est un fait. En jdr avec des camarades nous avions coutume de dire que si notre personnage était là, c'est qu'il avait signé pour en chier. Toutefois, si la souffrance physique et psychologique peut être poussée dans le détail jusqu'à mettre mal à l'aise le lecteur... il est une exception des scènes dites matures. Un des sujets les plus épineux à aborder en texte 'tout public'.

Je n'ai personnellement rien contre celles-ci. Je ne demande qu'à lire un jour un texte à la fois débridé et décomplexé porté sur des démonettes et adorateurs de Slaanesh.  Toutefois, le lieu n'y est pas propice. Ce forum j'entends. Si le cercle principal des posteurs de ce forum a dépassé les 18 ans et fait preuve de maturité, ce n'est pas le cas de tout nos visiteurs anonyme. Un ado de 13-14 ans peut tout à fait venir chercher des infos tactiques et errer jusqu'à notre section si active.

Spoiler:
 
C'est aussi noté, mais dans l'ensemble, je fais en sorte que cela reste rare Smile


vg11k a écrit:
Maintenant, évitons de nous focaliser sur ce détail. N'édite pas tes chapitres et va de l'avant. Car je suis curieux de voir quelle pénitence vont s'infliger les deux chevaliers et comment va se débrouiller la jeune Astrid avec seulement "sa B*** et son couteau" Mr. Green
Bah c'est la suite que je vais poster Very Happy


Von Essen a écrit:

L'intention de réalisme est louable, j'en suis moi-même un fervent défenseur. Par contre, et ça rejoint ce que je disais avant, je t'invite à faire très attention sur les détails, car le réalisme est situé sur une fine frontière au-delà de laquelle il est possible de tomber dans l'incongruité.
En l'occurrence, j'ai été surpris par la réaction d'Astrid et de son père face à l'arrestation. Au début, tous deux ont été présentés comme des personnes cultivées, il y avait même des livres dans la chapelle et dans la ville non loin. De plus, le chevalier du Graal semble être expérimenté et avoir vu le monde.
Je n'arrive dès lors pas à comprendre comment il a pu accepter qu'Astrid se fasse emmener en prison, et la laisser partir seule. Je me trompe peut-être, mais il me semble inconcevable qu'il ait pu ne pas se douter de tout le danger que cela représentait. Certes, il doit rapporter des documents, mais c'est le genre de tâche qui peut-être délégué, quand on sait que son enfant adorée doit être à tout prix surveillée dans un tel traquenard.
Loin de moi l'idée de vouloir modifier l'histoire, il me semble juste qu'à cet endroit précis les deux chapitres présentent une incohérence, tu me diras si tu es d'accord respect  
Tu laisserais n'importe qui fouiller dans les affaires d'un chevalier qui est pratiquement considéré comme un saint vivant (comme tous les chevaliers du Graal d'ailleurs) ? C'est comme si tu demandais à n'importe qui d'aller chercher des trucs pour une enquête de police. Et là on parle de la noblesse. Tu ne vas pas utiliser un chevalier pour une tâche aussi basse que celle de chercher un papier. Et un roturier ne touchera certainement jamais aux affaires d'un chevalier du Graal. Résultat, bah il doit aller chercher le papier lui-même Very Happy
Et pour la prison, normalement il fait confiance à des chevaliers qui ont donné leur parole. Il n'y a rien de mal là-dedans. Après, c'est eux qui ne l'ont pas respectée. D'où le départ de l'un d'eux en Quête du Graal.


Von Essen a écrit:
Pour la suite, ma foi, je trouve la justice bretonnienne injuste et tarée à souhait... Ils doivent vraiment en vouloir à la demoiselle pour l'envoyer à la mort en gaspillant un bel âne, de l'argent, des vivres et des vêtements, alors qu'une execution reviendrait beaucoup moins cher. Mais comme dit, ils ont peut-être leurs propres manies, donc pas d'incohérence pour moi  
Bah qui a dit que la justice devait être juste et équitable ?  lol

Von Essen a écrit:
P.S. Gontran n'a même pas un infime espoir que sa fille va s'en sortir ? Si j'étais la Dame, je lui balancerais ma foudre divine sur la tête pour lui remettre les idées en place Skull
Bah en même temps, il a toutes les raisons d'être pessimiste le gars. La fille n'a même pas de quoi tenir tout le trajet sur les réserves de nourriture.


Bon, alors, ce chapitre. Concrètement, c'est le dernier chapitre avant un certain nombre où l'on voit Gontran et Hubert. Après, je n'en parlerai que peu, voire pas du tout avant un certain temps. Sinon, Astrid fait une rencontre fort opportune (je sais, je sais, elle est facile dans le récit) et rencontre ENFIN quelqu'un qui ne lui veut pas trop de mal et qui veut réellement l'aider.



Chapitre 4 : Les Deux Quêtes et le Roy


Astrid marchait depuis de nombreuses heures sous une pluie battante. C’était à peine le deuxième jour de sa Quête et elle commençait déjà à désespérer. Le ciel déversait des trombes d’eau et la jeune était trempée jusqu’aux os. Elle avait été obligée de se rapprocher de la forêt pour finir à quelques centaines de pas à peine. Il s’agissait de ne pas la perdre de vue et de se tromper de direction. Elle avait du mal à progresser à cause des champs en jachère transformés en océan de boue. Faire une lieue lui prenait déjà près de deux heures de marche. A la mi-journée, déterminée grâce à l’aide de son estomac réclamant à manger, la jeune fille mangea debout, appuyée contre l’âne qui mangeait de l’herbe. En effet, en se rapprochant des bois, ils étaient dans une sorte de terrain vierge où l’herbe était régulièrement coupée mais qui n’était cultivé pour éviter de trop s’éloigner des villages et éviter les attaques des bêtes sur ces derniers.
Cette deuxième journée de marche fut un calvaire pour Astrid. Le soir venu, la pluie ne s’était pas calmée et elle était épuisée. Elle avait du se reposer dans la boue avant de réussir à monter tant bien que mal sa tente. Pour cela, la jeune fille avait du enlever à la main toute la terre mouillée sur la surface de la tente pour dormir dans un endroit à peu près sec. Et elle en avait mis du temps pour se dégager cette place. Une fois terminé, elle ne put espérer se faire un feu et se contenta à nouveau de viande séchée. En buvant, elle avait vidé plusieurs gourdes à cause de l’effort. Cependant, elle eut l’idée de les remplir avec l’eau de pluie. Elle savait que cela venait de l’océan. Par conséquent, elle était en général moins corrompue que la pluie tombant dans l’Empire. La jeune fille finit cependant par s’endormir, le couteau toujours à portée de main au cas où.

Pendant ce temps, Gontran et Hubert avaient avancé sur la route, en Aquitanie. Le premier donnait parfois des conseils au second mais leur voyage commun était surtout silencieux. En effet, celui qui était encore pour quelques dizaines d’heures un chevalier du Royaume réfléchissait à son engagement. Il ne désirait certes pas revenir en arrière. Loin de là. Mais il commençait à s’interroger sur le sens plus profond que pouvait avoir la Quête du Graal. Certes, il s’agissait autant d’une épreuve de force physique que de force mentale. Il savait qu’il était possible qu’il ne puisse jamais boire au Saint Graal. Cependant, il ne voulait pas changer sa décision. Il savait, certes, que la Quête serait loin d’être une simple balade dans les champs ou un simple tournoi de chevaliers. Elle lui prendrait des années et des années, voire peut-être des décennies. Il aurait moult occasions de mourir pendant tout ce temps face à des bêtes et des créatures humaines ou non toutes plus terribles les unes que les autres. Mais, malgré ces pensées relativement sombres, il était serein. Serein parce qu’il croyait en la Dame et qu’elle le protégerait s’il était réellement digne de boire à la Coupe bénie.
Gontran, lui, avait ses pensées dirigées loin de la route sur laquelle il avançait. Ils avaient bien vu les immenses nuages noirs chargés de pluie arriver de l’océan et se déverser sur le nord de l’Aquitanie. Il était fort certain qu’ils fassent de même sur le Bordeleaux. Or, sous ces nuages, il y avait Astrid, qui avait relativement peu de vêtements de pluie et qui devait avancer à pied dans les champs puisqu’aucune route n’était présente le long de la forêt de Chalons. Il avait encore et toujours la sensation de l’avoir abandonnée à la mort. Il espérait juste pouvoir la recroiser un jour dans ce monde. La conséquence était qu’il se perdait dans ses souvenirs et revivait ainsi tous les petits moments de sa vie en tant que père. Il se souvint de la première qu’il avait du changer ses vêtements. Il avait mis trois heures à trouver le moyen de le faire et s’était fait asperger de l’urine de la petite qui était totalement endormie. Il avait été tenté de se mettre en colère, mais son visage paisible l’avait arrêté. Même encore aujourd’hui, il suffisait qu’elle lui lance un petit regard doux pour qu’il lui cède pratiquement tout. Cela avait parfois donné des scènes fort cocasses dans le passé et ces moments lui manquaient. Il n’en vivrait plus jamais de similaires. De cela il en était certain. Peut-être se faisait-il trop vieux désormais se fit le chevalier du Graal. Il avait la septantaine bien tassée et s’il paraissait beaucoup plus jeune grâce au pouvoir de la Dame et à la force conférée par le Graal, il n’en restait pas moins un Homme mortel. L’âge finissait par se faire sentir. Avec un certain regret, il se dit que cette aventure serait probablement la dernière, même s’il en revenait en vie. Il n’en avait tout simplement plus la force mentale pour parcourir les routes. Le fait d’être père l’avait sûrement rendu encore plus casanier qu’il ne l’était déjà avant l’arrivée d’Astrid dans sa vie.

Le lendemain, Astrid fut heureuse de voir que la pluie s’était arrêtée. En revanche, les nuages noirs dans le ciel n’engageaient rien de bon. Elle ne savait pas quelle distance elle avait parcourue la veille mais cela ne devait pas être très élevé. Aussi, cette fois, elle s’arrangea pour bien manger le matin et aller aussi vite que possible avant que les cieux ne se déchaînent à nouveau. Elle remarqua aussi qu’elle n’était qu’à une centaine de pas de la forêt. Aussitôt, elle eut la chair de poule en pensant à ce qu’il y avait dans ces bois. Rapidement après avoir mangé, elle s’éloigna de ces derniers. Elle se remit à marcher. Malheureusement, elle ne put aller aussi vite que possible à cause de la pluie de la veille. Il ne faisait pas très chaud et la terre n’avait pas séchée. Le résultat était simple, elle avançait toujours assez lentement. Etant seule, Astrid ruminait souvent ses pensées et s’imaginait toutes sortes de choses lui arriver sur la route. Il y avait au choix un magnifique chevalier qui voudrait l’épouser ou alors toutes sortes de morts horribles précédées par d’interminables.
« Décidément, j’ai beaucoup trop d’imagination, se dit-elle. »
L’après-midi fut légèrement moins humide mais beaucoup plus venteux. Le vent venait de l’océan et Astrid eut de plus en plus de mal à avancer. Elle concentra son esprit sur chaque pas à faire pour réussir à progresser dans la boue laissée par la pluie de la veille. Quand le soir tomba, elle renonça rapidement à monter sa tente pour qu’elle ne s’envole pas et se résigna à dormir à la belle étoile. Elle repensa au trajet qu’elle devait encore réaliser. A ce rythme, elle en avait plus encore deux semaines. Elle avait sûrement fait en deux jours ce qu’elle aurait aimé faire en un seul. Elle invoqua brièvement la Dame de lui accorder un temps assez beau le lendemain mais sans réel espoir d’amélioration. Elle voyait des nuages chargés de pluie à perte de vue, peu importe où elle regardait. L’air était humide et frais, même pour une fin d’été. La jeune fille se demandait donc ce qu’il se passait. Jusque là, tous ses étés avaient été certes relativement frais et venteux mais à pas à ce point. Les vêtements qu’on lui avait donnés étaient vieux, usés et rapiécés. Elle n’avait rien contre le froid et une seule cape contre la pluie. Cape qu’elle n’arrivait pas à faire sécher. Au moins l’air n’était pas trop lourd et le temps ne semblait pas virer à l’orage se dit-elle. Dans ce dernier cas, elle aurait été très en danger, seule au milieu de terrains vides de tous arbres. Malgré ces pensées moroses, la jeune fille finit par s’en dormir profondément.

De leur côté, Gontran et Hubert étaient arrivés à la chapelle du Graal dans la soirée après une nouvelle journée sans écueils. Le second avait finit par se demander quand est-ce qu’il aurait des épreuves. Comme si son compagnon de route avait lu dans ses pensées, il lui dit :
« Ne sois pas impatient, jeune chevalier. Les épreuves viendront toutes en temps et en heure. Dès demain, quand nous nous remettrons en route, nous pourrons en avoir même si nous ne les attendons pas. »
Le benjamin des deux guerriers ne trouva rien à répondre. Quand ils finirent par arriver à la chapelle, le jeune noble fut étonné de découvrir l’étage. Il était bien plus étoffé qu’il ne l’aurait cru. Sur une porte, il y avait marqué que l’entrée était interdite pour les voyageurs. Aussi, il n’entra pas. Cependant, il s’en ouvrit au locataire des lieux lors du souper :
« Quelle est donc la pièce avec l’inscription disant que l’entrée était interdite pour les voyageurs ? Je n’ai jamais vu de telles choses dans les différentes chapelles visitées, en dehors de la partie consacrée ?
-Oh c’est simple, répondit le vieux chevalier. Il s’agit de la chambre d’Astrid. Je compte la laisser ainsi pour le moment. »
Mais à ces mots, son regard devint triste et se perdit dans le vague. Hubert avait une  boule dans la gorge quand il parla :
« Si jamais elle revenait, c’est cela ?
-Je… oui. »
Ces deux mots avaient été prononcés si bas que le plus jeune crut un moment n’avoir rien entendu. Il eut alors la confirmation de ce qu’il avait supposé durant les deux derniers jours. Gontran était réellement dévasté par la perte de sa fille adoptive. Il la chérissait véritablement et seule la Dame lui permettait de ne pas sombrer dans le désespoir en lui donnant quelque chose à quoi se raccrocher. Le futur Chevalier de la Quête se jura alors d’être un père aussi aimant un jour s’il en avait l’occasion. Finalement, il alla dormir du sommeil du juste, s’imaginant de nombreuses aventures épiques et glorieuses, et revenant couvert de gloire dans le domaine de sa famille.
Le lendemain fut tranquille pour les deux chevaliers. Ils commencèrent par le déjeuner avant d’aller au village non loin pour prendre de nombreuses provisions pour la route. Puis, ils s’occupèrent des chevaux, en prévision du long voyage. Ils devaient être en forme pour la Quête qui les attendait. Quand le soleil fut à son zénith, Hubert prononça officiellement le Serment de la Quête :
« Moi, Hubert De Bourogne, chevalier du Royaume et vassal du Duc de Bordeleaux, prononce le serment suivant. Je dépose ma Lance, symbole de devoir, je quitte mes bien-aimés, je me départis de toutes choses hormis des outils de ma Quête. Aucun obstacle ne me retiendra, aucun appel à l’aide ne m’échappera. La Lune ne me surprendra jamais deux fois en un même lieu. Je me donne, cœur, corps et âme à la Dame que je cherche. »
Puis, il abandonna sa lance et prit l’épée longue que lui tendit son compagnon d’arme. L’après-midi fut consacré à du repos et à du recueillement auprès de l’autel de la déesse principale de la Bretonnie. Puis, ils partirent se coucher.

La quatrième journée de marche d’Astrid fut beaucoup plus calme. Cependant, elle ne put aller aussi vite qu’espérer pour rattraper le temps perdu. Elle savait qu’elle avait du retard mais ne pouvait rien faire pour le reprendre. Elle pouvait juste espérer aller aussi loin que possible. Mais, ce fut difficile pour elle. Même s’il n’avait pas plu, le sol restait gorgé d’eau après la pluie de l’avant-veille. Toute progression restait donc relativement difficile. Cependant, l’absence de vent lui permettait d’aller relativement vite par rapport aux jours précédents. Ainsi avança-t-elle pendant de nombreuses heures, faisant le minimum de pauses pour franchir le plus de distances possibles. La jeune fille concentrait à nouveau toutes ses pensées sur sa progression. De loin, elle voyait parfois des paysans s’occuper des champs mais pas une fois elle ne tenta d’aller les voir. Elle savait que c’était une mauvaise idée et cela pourrait lui valoir une sanction autrement plus lourde et impossible à faire. Astrid avait également un autre sujet de préoccupation. Elle entendait régulièrement des hommes-bêtes loin dans la forêt. Elle pouvait aussi distinguer les sons de leurs tambours. Elle supposa qu’il s’agissait d’une armée qui se rassemblait. Et elle n’avait aucune envie de se retrouver avec cette force sur son chemin. Par conséquent, elle surveillait presque constamment les bois, à la recherche de la moindre présence ennemie. Elle savait qu’elle n’aurait pas beaucoup de temps pour fuir ou se cacher s’ils arrivaient jusqu’à elle. Sa seule chance reposait dans le fait qu’elle ne s’était pas lavée depuis longtemps et que son odeur puisse se confondre avec celle de la nature. Mais même là, il ne s’agissait que d’une éventualité et d’un espoir. La jeune fille savait que cela était peu probable. Et sa survie contre ne serait-ce qu’une petite bande de bêtes se compterait en dizaines de secondes, voire peut-être une minute ou deux si elle avait le temps de fuir un petit peu.
La journée avança et Astrid progressait toujours au même rythme. Elle faisait quelques minutes de pause toutes les heures, pour récupérer un peu. Puis, elle reprenait son chemin. Elle s’aidait d’un gros bâton de bois ramassé sur le côté. Elle l’avait légèrement taillé pour qu’il soit à la bonne hauteur. De plus, il était droit et solide. Cela lui était souvent utile dans les passages boueux pour estimer la profondeur de certains véritables petites marres. Il pourrait aussi lui être utile en cas de rencontre avec des animaux, ayant un peu plus d’allonge qu’un simple couteau de cuisine. Elle finit par s’arrêter à près de huit heures du soir. Elle avait l’impression d’être complètement épuisée par la longue marche qu’elle venait d’effectuer. Cependant, elle ne se laissa pas abattre et dressa rapidement la tente avant de se faire un petit feu. Deux écureuils passèrent non loin et Astrid réussit à la tuer. Elle les fit cuire et les mangea avec avidité. Elle en avait assez des biscuits secs et de la viande séchée. Puis, elle s’installa confortablement avant de s’endormir rapidement.

Au matin, Gontran et Hubert se préparèrent rapidement avant de prendre la route, dès l’aube. Ils comptaient aller aussi vite que possible vers Brionne, qu’ils pouvaient atteindre en moins de deux jours. La route à suivre était simple. Elle consistait à aller dans la capitale du duché de Brionne, à remonter la Brienne jusqu’à la forêt des Fées et ensuite longer celle-ci avant d’arriver à Parravon. De là, ils prendraient la Passe de la Dame Grise, puis pénétreraient l’Empire et partiraient vers l’est, pour l’Averland. Hubert ne fut guère surpris, durant cette journée de voyage, de voir que les paysages n’avaient point changés entre l’Aquitanie et le Brionne. Ils continuaient à avoir l’océan à leur droite. Le duo de chevaliers voyait très souvent des pêcheurs sur les plages ou alors dans de petites embarcations. Ces roturiers les saluaient avec déférence et n’osaient pas regarder plus que quelques brèves secondes un chevalier du Graal. Ainsi avancèrent les deux guerriers alors que la journée avançait inexorablement. Le soir venu, Gontran décida d’apprendre à son compagnon de route à se servir de la fameuse épée à deux mains qu’il avait reçue. Il serait stupide de mourir trop rapidement pour une raison aussi futile.
Hubert put, durant ce cours, voir toute l’étendue d’un Paladin de la Dame. Le guerrier béni était non seulement de loin meilleur que lui à l’épée, mais il avait aussi une expérience immense que peu de chevaliers autres que des chevaliers du Graal pouvaient se vanter d’avoir. Ainsi, il lui parla des hommes-bêtes, des peaux-vertes et les créatures les plus fréquemment rencontrées lors d’une Quête. Mais il lui parla aussi de créatures qui n’étaient que dans les histoires. Elles parlaient de démons changeant d’apparence selon la personne qui le regardait, des guerriers immenses aux armures aussi noires que la nuit et aussi forts que des ours en colère. Il lui parla aussi de buveurs de sang, maîtres de la nuit et ne pouvant voir le Soleil sans se faire brûlés. Quand Gontran parlait de ces créatures servantes des ténèbres, ses yeux se voilaient et se perdaient dans le vide. Hubert eut alors une idée de ce qu’il pourrait avoir à endurer tout au long de sa Quête. Il verrait des horreurs sans noms, devant lesquelles il ne devrait pas céder. Il en avait fait le serment la veille et comptait le respecter. Cependant, il ne put s’empêcher de commencer à douter. Il quittait les terres civilisées de Bretonnie. Et même si jusqu’à Parravon le trajet était sûr, il serait beaucoup moins en entrant dans l’Empire. Là bas, les forêts étaient nombreuses et remplies de créatures maléfiques. Sa bravoure et son courage pourraient être mis quotidiennement à l’épreuve. Dans sa couche, il repensa à cela et sentit son courage faiblir légèrement. Mais il repensa à l’état dans lequel il avait trouvé la fille de son compagnon de route et sentait à nouveau la honte l’envahir. Là, son courage lui revint, se disant que son destin reposait dans les mains de sa Déesse tutélaire. Ainsi le chevalier de la Quête finit par s’endormir, du repos des justes.

Le cinquième jour d’Astrid sur les routes avait bien commencé. Elle fut réveillée par les chants des oiseaux. Elle mangea un déjeuner consistant avant de mettre quelques vêtements pas trop sales. La jeune fille fit attention au temps en regardant autour d’elle. Il y avait une brise légère venant de la mer et quelques nuages blancs dans le ciel. Cependant, rien n’annonçait d’averses, heureusement pour elle. La terre avait commencé à sécher et elle se dit qu’elle pourrait progresser un peu plus rapidement ce jour-ci. Avec de la chance, elle pourrait commencer à reprendre son retard accumulé depuis pratiquement le début de l’aventure. Elle empaqueta rapidement ses affaires, saisit la bride de son âne et se mit en marche. Elle devait longer la forêt en partant vers le nord-est. Ainsi devait-elle faire attention à s’en éloigner, à cause des bruits de la veille, tout en la gardant de vue. Elle savait qu’il s’agissait de l’un des jours les plus délicats de son voyage à cause de la direction à garder. Cependant, la matinée se passa sans anicroches. Elle parvint à abattre deux lapins et un écureuil, les gardant pour le repas de midi. La jeune fille marchait d’un bon rythme puisqu’elle avait récupéré de son emprisonnement et s’était habituée à la marche. Ainsi put-elle parcourir pratiquement neuf lieues jusqu’à deux heures de l’après-midi. Elle ne s’était pas arrêtée pour faire une pause à la mi-journée, préférant avancer aussi loin que possible. Mais, fatiguée, elle finit par décider de faire une halte.
Aussitôt, l’âne se mit à brouter. En le regardant de manière plus approfondie, Astrid remarqua qu’il ne tiendrait probablement pas jusqu’à son retour à Bordeleaux. Il était affaibli et elle avait beau tenter de le nourrir voire d’alléger sa charge, cela ne suffisait guère à améliorer sa condition. Elle grimaça car elle n’aimait pas penser au fait de devoir porter un gros sac plein de vivres sur tout le retour. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’il puisse tenir jusqu’à la fin de l’histoire, si elle s’en sortait en vie. Sinon, cela lui ferait de la nourriture pour plusieurs jours s’il mourrait en cours de route, pensa-t-elle avec cynisme. Elle se fit un petit feu et mangea le gibier du matin. Cependant, elle ne put s’occuper que de l’écureuil, n’ayant pas assez faim pour les deux lapins. Puis, elle s’assoupit pendant une petite heure. Enfin, elle se remit en route. Elle avait encore de la route à faire avant que le soir ne tombe.

A peine une heure après avoir repris sa marche, Astrid repéra des fumées à l’horizon, droit devant elle. Elle avança, espérant qu’il s’agissait uniquement de la trace laissée par des troupes d’hommes-bêtes. Cependant, plus elle avançait, plus un mauvais pressentiment la gagnait. Après une nouvelle heure de marche, bien plus lente et prudente, la jeune fille arriva non loin d’une colline. Une terrible odeur la saisit alors à la gorge et la fit suffoquer avant qu’elle ne puisse se reprendre. C’était l’odeur de la mort et du sang. L’odeur de la guerre. Son père adoptif lui avait si souvent raconté ses batailles et d’une telle manière qu’elle avait reconnu l’odeur. Astrid attacha son âne et décida de gravir la grande colline. Elle prit son bâton de marche et sortit son couteau. C’était certes dérisoire face à une bête, mais l’effet de surprise pourrait l’avantager. Elle franchit les derniers pieds en rampant sur le sol. En arrivant au sommet, elle regarda devant elle et vomit presque aussitôt son repas de midi. Il y avait une bataille. Ou plutôt un massacre. Plus d’une trentaine de chevaliers du Royaume gisaient sur le sol, mêlés à des hommes-bêtes. Elle était comme hypnotisée et n’entendait ni ne sentait plus rien. Ce qu’elle voyait était affreux mais son regard ne pouvait s’en détacher, dans une sorte de fascination morbide. Puis, après quelques minutes ainsi, la jeune fille reprit ses esprits. Elle vit rapidement trois bêtes parcourir les rangs des morts et achever les rares blessés encore conscients. N’écoutant que son courage, elle descendit la colline aussi vite que possible et fonça dans le charnier.
Franchir les cadavres était loin d’être aisé pour la jeune fille, peu aidée par sa robe. Mais elle se rapprochait petit à petit des monstres. Ils paraissaient relativement imposants. Elle remarqua alors non loin un destrier broutant l’herbe, indifférent à tout ce qui se passait autour. Astrid s’approcha et s’empara des rênes avant de récupérer une lance de cavalerie intacte dans la main d’un chevalier mort. Le pauvre homme n’avait pas dû avoir l’occasion de s’en servir pour qu’elle soit comme neuve. Ils avaient dû se faire charger ou tomber sur bien plus nombreux pour qu’il en soit ainsi. Elle remercia sa déesse d’une courte prière et avança vers le groupe de bêtes, déterminée à les abattre. Elle savait qu’elle risquait d’y laisser sa peau mais s’en fichait. De toute manière, ils l’auraient vue et elle aurait été tuée. Alors autant que ce soit en choisissant sa fin.

Astrid avançait de plus en plus vite et finit par charger au milieu des cadavres. Elle baissa sa lance au dernier moment en poussant un cri de guerre. Tout en tentant d’éviter un coup d’une bête, elle parvint à en embrocher une, la tuant sur le coup. Mais elle cria de peur en voyant le cheval tomber sous elle. La jeune fille parvint à se dégager à temps mais rapidement les monstres furent sur elle. Elle parvint à parer un coup avec son couteau mais il fut éjecté de sa main au deuxième. En reculant, elle trébucha sur un cadavre et vit les deux hommes-bêtes arriver sur elle. Sentant sa fin arriver, Astrid ferma les yeux, espérant que la mort serait rapide et sans douleur. Mais, au lieu de sentir le tranchant du métal contre sa peau, elle entendit un corps tomber au sol. Puis, elle entendit le fracas du métal contre l’acier pendant quelques secondes avant d’entendre un deuxième corps tomber au sol. La jeune fille était que c’était désormais sa fin. Mais au lieu de cela, elle entendit une voix grave et fatiguée lui dire d’une voix douce :
« Que faites-vous par ici gente Dame ? »
Astrid ouvrit lentement les yeux, se mettant à espérer qu’elle survivrait finalement à cette journée. Elle fut surprise de voir un guerrier dans la cinquantaine entouré d’une douce lueur dorée réconfortante. Son armure était très abîmée et il était couvert de plusieurs blessures.
« Je…
-Je vous en prie, appuyez-vous sur moi pour vous relever ma Dame, fit le chevalier sur le même ton que précédemment. »
Astrid prit le bras que lui tendait l’homme avant de se relever. Elle ramassa son couteau avant de reprendre une contenance et de déclara :
« A qui dois-je la vie, sire ?
-Je suis le Roy Louis de Bretonnie, gente Dame, répondit le guerrier avec un sourire amusé.
-Je ne vous crois pas, fit la jeune fille, incrédule.
-Pourtant mon heaume est là pour le prouver, ma Dame. Tout comme mon tabard, du moins quand il n’est pas couvert de sang. »
Il montra alors son casque, tombé non loin. Elle remarqua qu’il allait parfaitement avec l’armure. Puis, il enleva rapidement le sang du tabard en question et Astrid découvrit le blason du Roy. Aussitôt, elle tomba à genoux et baissa les yeux. Elle dit alors d’une petite voix humble :
« Je suis profondément attristée du manque de respect dont j’ai fait preuve envers Sa Majesté. J’accepterai toute punition qu’Elle voudra me donner.
-Pourquoi punirais-je la personne qui m’a sauvée la vie, fit le Roy, interloqué ?
-Je ne Vous ai point sauvé la vie de manière volontaire Votre Altesse Royale. J’ai pensé à tuer les bêtes et espérer sauver des chevaliers. Et c’est Vous qui m’avez sauvée la vie en abattant les deux créatures. Sans cela, je serais morte à l’heure qu’il est.
-Pourtant sans votre intervention, je serais probablement mort et la Bretonnie sans Roy à l’heure qu’il est. Aussi ne vous punirais-je pas. Mais dites-moi quel est votre nom car je ne vous ai jamais vue à la cour ou lors de mes voyages dans ce Royaume.
-Je suis Astrid de Lyonesse, fille adoptive de Gontran de Lyonesse, Votre Majesté.
-Ah je me souviens de lui. Un chevalier du Graal, si je ne me trompe ?
-Oui Votre Altesse.
-Bien, relevez vous. »

La jeune fille obéit mais garda les yeux baissés par signe de respect envers son Roy. Mais ce dernier reprit avec sa voix toujours aussi douce :
« Je crains qu’il n’y ait guère de survivants par ici. Rares doivent être les chevaliers encore en vie ou qui peuvent survivre. Avez-vous une monture non loin ?
-Un âne âgé et fatigué Votre Majesté.
-Pourquoi cela ?
-J’ai une Quête à réaliser Votre Majesté.
-Ordonnée par qui ?
-Le Duc Aldebert de Bordeleaux Votre Majesté.
-Pour quels motifs, demanda le guerrier ?
-Avoir porté des habits d’hommes et avoir porté l’épée sans être chevalier Votre Majesté.
-Quel est l’objet de la Quête, interrogea le Roy ?
-Contourner la forêt de Châlons en étant toujours en vue de cette dernière et atteindre la Chapelle de l’Humilité puis Bastogne avant de faire le même trajet dans le sens inverse pour revenir à Bordeleaux. Je n’ai pour toute arme que mon couteau de cuisine.
-Pourtant vous avez utilisé une lance. – Cette phrase, bien que dite toujours avec le même ton doux et gentil, sonnait pour Astrid comme une condamnation à mort.
-Je… Je n’ai aucune excuse pour ceci, Votre Majesté. J’accepterai la sanction que vous voudrez me donner.
-Vous m’avez sauvé la vie grâce à cela. Je serais bien ingrat de vous punir pour cela.
-Je vous en remercie humblement Votre Majesté.
-Bien. Avez-vous de quoi panser des plaies ?
-Oui Votre Majesté. Sur mon âne.
-Bien, conduisez-moi à lui. Ensuite nous franchirons ce carnage pour prendre la route de la Chapelle de l’Humilité. »
Astrid obéit et guida en silence le Roy jusqu’à son fidèle compagnon. Ce dernier broutait de l’herbe, insouciant au drame qui venait de se jouer à quelques centaines de pas de là. Le suzerain s’assit sur un tronc au sol et commença à enlever son armure pendant qu’Astrid découpait des bandes de vêtements dans ses habits propres encore disponibles. Après tout, elle n’avait guère le choix. Elle les donna au Roy qui ne sembla pas s’en formaliser. Puis, une fois ceci terminé, il remit son équipement. Il ordonna alors de se remettre en marche. Ils contournèrent la colline et s’éloignèrent de la forêt en contournant la petite bataille. Il prit alors le parti d’expliquer à la jeune fille ce qu’il venait de se passer :
« J’étais avec une escorte restreinte en route pour Bordeleaux quand nous avons été attaqués. Mes chevaliers se sont battus avec bravoure mais l’ennemi était très nombreux. Un seul de mes guerriers a été envoyé à la Chapelle de l’Humilité pour donner l’alerte. Il est possible que nous rencontrions une troupe venant à notre rencontre. »

En passant près de la zone des combats, le Roy repéra un cheval seul. Il ne portait plus de caparaçon, ce dernier semblant avoir disparu dans la bataille. Il se hissa sur le cheval et le dirigea vers Astrid et son âne. Elle ne put s’empêcher de remarquer qu’il semblait déjà bien plus à son aise qu’à pieds. Il avait l’air plus « royal » se dit-elle intérieurement. Finalement, l’étrange duo s’arrêta pour la nuit vers huit heures du soir. Alors que le Roy s’occupait de sa monture, Astrid dressa la tente et prépara le feu. Elle sortit les deux lapins restant et s’occupa de les faire cuire. Elle n’osait pas parler en présence de son suzerain, de peur de faire ou de dire une bêtise pouvant provoquer sa mort. Elle savait qu’il était un formidable guerrier et ne savait comment réagir par rapport à sa Quête. Elle n’avait pas le droit d’être accompagnée mais elle ne pouvait désobéir à son Roy. Or ce dernier n’avait pas annulé la décision. Par conséquent, elle était en toute illégalité.
Sur ces pensées, Astrid vit le guerrier se relever et se saisir de son épée. Il semblait en pleine forme. Cependant, elle entendit bien vite un cavalier arriver. C’était l’un des messagers du Duc de Bordeleaux. Ses yeux s’agrandirent de peur en voyant cela. Elle se dit qu’elle aurait préféré mourir pendant la bataille plutôt que maintenant. Le cavalier approcha et dit à la jeune fille :
« Ma Dame, vous saviez qu’il vous ait formellement interdit d’être accompagnée dans votre Quête. Pourtant, je vois un chevalier non loin de vous. Vous connaissez la sentence.
-Oui, fit-elle avec une petite voix. Faites vite alors.
-Je désirerais savoir ce qu’il se passe ici, demanda alors le Roy avec une voix forte. »
Le cavalier se retourna vers lui et dit :
« La jeune fille ici présente n’a pas le droit d’être accompagnée dans sa Quête qui est la suivante…
-Je suis au courant de sa Quête mais pas du fait qu’elle doit être non accompagnée. Et je suis le Roy. Alors parlez moi avec respect.
-Je vous présente mes plus humbles excuses Votre Altesse. Je ne vous avais point reconnu.
-Quant à cette disposition de la Quête, je l’annule. Elle m’a sauvée la vie et je la lui ai sauvée en retour. Il est évident que nous prenons la même route et le Code d’Honneur m’interdit de la laisser.
-Mais…
-Je suis le Roy. Si le Duc Aldebert n’est point d’accord avec moi, il n’aura qu’à venir me voir à Bastogne quand j’y serais de retour. Ou bien à la Cour à Couronne. Maintenant, laissez-nous et repartez avertir les autres messagers qu’ils soient au courant.
-Il en sera fait selon vos désirs Votre Majesté. »

Astrid entendit le Roy pousser un long soupir et se tourner vers elle. Il lui dit alors avec sa voix douce :
« Relevez vous. Après m’avoir aidé, il est normal que je vous aide.
-Je ne mérite point tant d’attentions Votre Majesté. Je ne suis qu’une petite noble ayant désobéi aux Lois de la Bretonnie.
-Certes. »
Il n’ajouta rien et ne parla pas pendant tout le repas. A la fin de ce dernier, il vit la jeune fille se coucher à même le sol, lui laissant la tente. Elle s’endormit très rapidement. Louis soupira en la regardant. La dénommée Astrid ne manquait point de courage et de talent, surtout avec une lance de cavalerie. Elle était aussi plutôt bonne cavalière. Il avait pu voir sa charge sur les trois bêtes. Cela lui avait permis de se relever et de lui sauver la vie juste après. Elle n’avait pas eu de chance et son cheval n’était plus doté de caparaçon complet, sans quoi elle aurait pu relancer une charge. Il avait vu la lance être retirée à temps pour être conservée intacte et relancer la charge. Cela démontrait un très bon entraînement. Son père adoptif avait du l’entraîner pour qu’elle soit aussi bonne à la lance. Cela était fort rare chez les femmes bretonniennes de savoir se défendre. Surtout, cela lui avait sauvé la vie. La Bretonnie conservait son Roy alors que son fils n’était toujours pas revenu de la Quête du Graal. Il avait une certaine dette envers elle après tout. En la voyant dormir, ses pensées se troublèrent. Durant la journée, elle avait semblée être expérimentée, surtout lors de sa charge. Mais là, il avait l’impression de voir une jeune fille devant elle. Il finit par se demander son âge réel. Peut-être devrait-il faire une exception et l’adouber pour les services rendus. Le peu qu’il avait vu d’elle laissait penser qu’elle avait un esprit relativement libre qui n’aimerait pas être enchaîné par un mariage. De plus, peu de gens voudraient tout de même d’elle. Il devrait lui poser la question le lendemain.
Sur ces pensées, le Roy finit par s’endormir, mais uniquement d’un seul œil, voulant être prêt à réagir en cas de menaces.
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 21:02

Ah la suite ! Je n'ajouterais rien au sujet de ce qui a déjà été dit auparavant donc parlons de ce chapitre.

Dans l'ensemble, l'histoire avance bien et tes descriptions à foison ancrent bien ton récit dans le réel. Fait tout de même attention à ne pas en abuser.

Bon, je passe sur la rencontre avec le Roi. Après tout pourquoi pas et c'est un levier scénaristique pratique.

Par contre, là on rentre sur les incohérences, on est en 1879 au début de ton récit et Louen a été couronné roi en 2500 du calendrier impérial. Il y a légèrement un grosse période entre les deux et malheureusement c'est une période peu détaillée niveau royauté (par contre ya le duc rouge qui revient en 1932). Tu vas donc devoir changer le nom de ton Roy, mais tu as l'avantage de pouvoir choisir son nom.
Ensuite, cela m'étonnerait qu'Astrid sache d'où sorte l'eau de pluie. Un astronome de l'école des cieux à Altdorf peut-être, mais une damoiselle élevée par un bretonnien ? En sachant que la Bretonnie est franchement arriérée en comparaison de l'Empire, là c'est plutôt improbable.

Pour ce qui est du système juridique bretonnien, ben là tu me poses une colle. Les bretonniens ont toute une série de lois débiles et variables en fonction du seigneur en place (genre faite jurer à un cochon devant la Dame qu'il n'est pas un suppôt du chaos, véridique c'est dans les chevaliers du graal jdrV2). Mais, pour ce qui est de juger une femme noble (les paysans on s'en cogne), là j'en sais fichtre rien. Je dirais que puisqu'une dame n'a pas vraiment de droit, c'est son mari ou père qui doit assumer la sentence pour ne pas l'avoir éduquée de la bonne manière. Surtout parce qu'un bretonnien noble normalement constitué doit respecter les dames à tout prix. Elle doit rester dans la cuisine, certes, mais il la protègera jusqu'à la mort même s'il ne la connait pas. D'où ma consternation à l'idée qu'elle ait été envoyé se faire tuer en forêt, dans une quête en plus (quête étant réservée aux hommes) ! Pour avoir eu une idée pareille, le duc de Bordelaux pourrait se faire littéralement foutre en prison par le Roy. (duc qui d'habitude sont des chevaliers du Graal, mais là on est bien avant Louen donc je ne sais pas pour ce détail)
Et même si la Bretonnie a eu son lot de chevalières (comme tu l'as dit, le fluff approuve ce détail et moi de même puisque historiquement ya eu pareil chez tous les peuples ou presque), on ne les découvrait qu'à leur mort dans le fluff. Donc niveau sanction, c'est flou.
Après, le fait que le Roy veuille l'adouber... Bon on va dire c'était le Roy progressiste de son époque (une espèce ultra-rare en bretonnie). Par contre, si ça se sait, il va se prendre un tollé monstrueux et des ducs pourraient être tenté de le destituer en avançant le fait qu'il a perdu son sens de la chevalerie ou tout simplement sa tête.


Derrière les airs raffinés, la Bretonnie n'est pas un pays de tendre. Et la chevalerie, pour eux, c'est comme l’œil, on ne joue pas avec.
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 22:18

Hjalmar Oksilden a écrit:

Par contre, là on rentre sur les incohérences, on est en 1879 au début de ton récit et Louen a été couronné roi en 2500 du calendrier impérial. Il y a légèrement un grosse période entre les deux et malheureusement c'est une période peu détaillée niveau royauté (par contre ya le duc rouge qui revient en 1932). Tu vas donc devoir changer le nom de ton Roy, mais tu as l'avantage de pouvoir choisir son nom.
Ensuite, cela m'étonnerait qu'Astrid sache d'où sorte l'eau de pluie. Un astronome de l'école des cieux à Altdorf peut-être, mais une damoiselle élevée par un bretonnien ? En sachant que la Bretonnie est franchement arriérée en comparaison de l'Empire, là c'est plutôt improbable.
Ahem, ahem. Il s'appelle Louis le roi en question, pas Louen. Et je ne vois pas pourquoi il n'aurait pas un nom déjà utilisé. Tu veux que je rappelle le nombre de rois ayant été nommés Louis en France ? Very Happy
Pour l'eau, de pluie, comme ils ont habité au bord de mer, ils voyaient bien d'où venaient les nuages. Si t'es pas con, bah t'en déduit que ça vient plus ou moins de la mer. Ils n'habitaient pas à l'intérieur des terres et étaient à quelques centaines de mètres de la côte.

Hjalmar Oksilden a écrit:
Pour ce qui est du système juridique bretonnien, ben là tu me poses une colle. Les bretonniens ont toute une série de lois débiles et variables en fonction du seigneur en place (genre faite jurer à un cochon devant la Dame qu'il n'est pas un suppôt du chaos, véridique c'est dans les chevaliers du graal jdrV2). Mais, pour ce qui est de juger une femme noble (les paysans on s'en cogne), là j'en sais fichtre rien. Je dirais que puisqu'une dame n'a pas vraiment de droit, c'est son mari ou père qui doit assumer la sentence pour ne pas l'avoir éduquée de la bonne manière. Surtout parce qu'un bretonnien noble normalement constitué doit respecter les dames à tout prix. Elle doit rester dans la cuisine, certes, mais il la protègera jusqu'à la mort même s'il ne la connait pas. D'où ma consternation à l'idée qu'elle ait été envoyé se faire tuer en forêt, dans une quête en plus (quête étant réservée aux hommes) ! Pour avoir eu une idée pareille, le duc de Bordelaux pourrait se faire littéralement foutre en prison par le Roy. (duc qui d'habitude sont des chevaliers du Graal, mais là on est bien avant Louen donc je ne sais pas pour ce détail)
Sur la Bibliothèque Impériale, il est marqué que les femmes ont le droit au même traitement que les hommes. A cet endroit, dans l'un des derniers paragraphes de la section concernée.


Hjalmar Oksilden a écrit:
Derrière les airs raffinés, la Bretonnie n'est pas un pays de tendre. Et la chevalerie, pour eux, c'est comme l’œil, on ne joue pas avec.Et même si la Bretonnie a eu son lot de chevalières (comme tu l'as dit, le fluff approuve ce détail et moi de même puisque historiquement ya eu pareil chez tous les peuples ou presque), on ne les découvrait qu'à leur mort dans le fluff. Donc niveau sanction, c'est flou.
Après, le fait que le Roy veuille l'adouber... Bon on va dire c'était le Roy progressiste de son époque (une espèce ultra-rare en bretonnie). Par contre, si ça se sait, il va se prendre un tollé monstrueux et des ducs pourraient être tenté de le destituer en avançant le fait qu'il a perdu son sens de la chevalerie ou tout simplement sa tête.
Ha mais ce serait trop simple si tout se passait comme sur des roulettes Very Happy Et je n'ai pas dit que tout le monde allait l'accepter ni ne rien faire contre Very Happy Faut pas déconner non plus. Tout ne va pas toujours dans le sens de mes personnages et il n'y a pas que les gentils et les méchants Very Happy
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 20 Juin 2017 - 19:48

Mea culpa dans ce cas Blink

Bon par contre, l'eau de pluie, je continue d’affirmer qu'ils y comprennent rien. Ils ne voient pas les nuages sortir de l'eau du coup pour eux c'est de la magie plus qu'autre chose.

Je vais me calmer à l'avenir Fou
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Ven 23 Juin 2017 - 19:13

Grâce soit rendue à la Dame, Astrid s'en sort banane

Je suis impatient de voir ce que leur réserve la fin de leur périple, c'est à dire la chapelle du Graal ainsi que le voyage du retour à Bordeleaux.

La suite ! Clap

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 26 Juin 2017 - 11:44

Hjalmar Oksilden a écrit:

Bon par contre, l'eau de pluie, je continue d’affirmer qu'ils y comprennent rien. Ils ne voient pas les nuages sortir de l'eau du coup pour eux c'est de la magie plus qu'autre chose.
Cela peut être de la magie, mais pour eux, cela vient quand même de la mer. S'ils ne voient pas les nuages se former (c'est logique), ils les voient tout de même arriver vers eux. Donc, ils se doutent que cela vient de la mer, que ce soit par magie ou non. Et dans tous les cas, ils pensent l'eau plus pure puisque ce serait un dieu (en l'occurence Manann) qui s'occuperait d'envoyer la pluie. Bref, ils savent que cela vient de l'océan, sans savoir comment (observation empirique des choses).

Sinon, voilà la suite qui arrive.



Chapitre 5 : Le Roy et la Chapelle de l’Humilité


Au matin du sixième jour de son départ, Astrid se réveilla, le visage caressé par les rayons du soleil. En émergeant, elle remarqua que le Roy était déjà levé. Elle le salua avec respect avant de manger un peu. Quelques minutes plus tard, ils se mirent en route. La jeune fille, bien que contusionnée après sa chute à cheval de la veille, avançait aussi vite que possible. Elle voyait son suzerain à cheval et elle n’osait le regarder trop longtemps. Désormais sa survie dépendant de lui. Etrangement, elle était plus mal à l’aise avec cette idée que lorsqu’elle était seule. En effet, jusque là, tout avait dépendu d’elle et de personne d’autre. Désormais, elle devait obéir et surtout, il pouvait la tuer ou lui faire du mal sans qu’elle ne puisse protester. Uniquement parce qu’il était le Roy. Elle, elle n’était qu’une jeune fille de la petite noblesse, sans dot et dont la vertu avait été prise par des roturiers. Elle n’avait littéralement rien à offrir à qui que ce soit en dehors de sa vie.
Finalement, alors que la matinée était bien avancée, le Roy prit la parole :
« Gente Dame, je voudrais vous récompenser de m’avoir sauver la vie et d’avoir permis à la Bretonnie de conserver son Roy. Pour cela, je vous propose un mariage avec un grand noble, la dot étant fournie par la couronne. Mais avant, avez-vous toujours votre vertu ? »
Astrid sentit le piège venir. Si elle répondait par l’affirmative et que le noble le découvrait lors de la nuit de noces, elle était dans de sales draps. Si elle répondait non, personne ne voudrait d’elle. D’un autre côté, elle serait tranquille et pourrait vivre sa vie sans que personne ne vienne l’embêter avec ces questions. Elle finit par répondre en bafouillant :
« Je… Je… Non, je… je ne l’ai plus.
-Et pourquoi cela, demanda le Roy avec un ton sceptique ?
-Je… On me l’a prise en prison, répondit la jeune fille, mortifiée. »
Au début, le suzerain crut avoir mal entendu. Mais il lança un regard à la jeune fille et vit qu’elle avait les larmes au bord des yeux et que son visage était rouge de honte. Elle essayait de le cacher mais y parvenait bien mal. Une sorte de colère sourde s’empara de lui. Il décida alors de lui demander plus d’informations.
« Mon père adoptif avait oublié le parchemin indiquant mon adoption et le fait que j’étais noble. Le Duc m’a fait jeter en prison pendant plusieurs jours. J’avais une petite miche de pain et un peu d’eau pendant ce temps. Et les gardes ont pris ma vertu.
-Mais il y a la présomption de noblesse dans ces cas-là, surtout avec un Chevalier du Graal, répliqua le Roy, scandalisé.
-Qui suis-je pour contester les décisions d’un duc ? Je n’ai point eu le choix. La seule possibilité était de subir et d’espérer.
-Le jugement pourra être invalidé pour non respect de la procédure. Je le ferais moi-même en rentrant dans la première ville d’importance. Être Duc ne signifie pas être au dessus des lois du Royaume. Ce n’est que si la personne ne s’avère pas noble qu’on la punit. Sinon, on la considère comme ayant du sang bleu.
-…
-Je prendrais mes décisions en conséquence. Mais puisque personne ne voudra se marier avec vous, voudriez-vous quelque chose ma Dame ?
-Je n’ai rien à exiger du Roy, Votre Majesté. »

Le Roy resta renfrogné pendant toute la journée. Elle avait presque trop bien appris son rôle de parfaite dame. Elle ne disait rien de plus que nécessaire, n’exigeait rien et ne parlait que quand il lui avait adressé la parole en premier. Elle ne le regardait jamais et ne s’arrêtait de marcher que quand lui-même s’arrêtait. Il n’avait aucun reproche sur son éducation s’il se plaçait du point de vue royal. En revanche, il avait plus apprécié sa spontanéité qui lui avait sauvé la vie en chargeant, lance sous le bras, trois bêtes. Elle était un mystère pour lui qui aimait réfléchir et déterminer les pensées et modes de fonctionnement de ses sujets, nobles ou roturiers. Cela rendait le gouvernement du royaume autrement plus aisé. Il avait été réellement scandalisé par ce qui lui était arrivé dans la prison. Il voyait bien qu’elle était blessée au plus profond d’elle-même, même si en bonne dame noble, la jeune fille n’en montrait absolument rien. Elle avait aussi beaucoup de courage pour avoir accepter de s’être lancée seule sur les routes et ne pas être devenue une hors-la-loi. Elle aurait pu mais elle avait refusé, sans qu’il ne sache trop pourquoi. Il s’agissait probablement, encore une fois, de son éducation. Après tout, celle-ci avait été délivrée par un Chevalier du Graal. Par conséquent, elle avait probablement porté certaines valeurs au dessus de tout. Et elle en était en quelque sorte prisonnière, s’interdisant de faire certaines choses qui lui seraient plus bénéfiques.
Il en revenait donc toujours au même point. Il était normal qu’il lui offre quelque chose car elle lui avait sauvé la vie. Il avait vraiment pensé sa fin arriver quand il avait vu les bêtes s’approcher de lui et achever les chevaliers blessés non loin. Cependant, il avait été surpris par un bruit de cavalcade et un cri de guerre. Mais il avait été encore plus étonné de voir qu’il s’agissait d’une jeune fille. La voir être attaquée par les deux dernières bêtes en vie lui avait redonné de l’énergie et il s’était redressé avec l’aide de son épée. Il eut juste le temps de la voir tomber en arrière après avoir trébuché sur un cadavre, désarmée. N’écoutant que son courage, il avait foncé sur les deux bêtes et décapité la première. Un bref combat s’était alors engagé avec la seconde, qu’il avait aisément remporté. Il avait été aussi fort choqué au premier abord par la méfiance qu’elle lui témoignait. Elle était prête à vendre chèrement sa peau. Ce qui, en repensant à ce qu’elle lui avait dit sur ce qu’il s’était déroulé en prison, n’était guère surprenant. Elle n’avait pas voulu revivre la même chose, encore moins au milieu de cadavres.

Mais le Roy commençait à s’attacher malgré lui et il le savait. Il ne la prendrait jamais comme maîtresse, pas même d’une nuit et ne serait jamais amoureux d’elle. Mais il s’attachait tout de même à ce petit bout de femme à la fois extrêmement résistant et fragile. Il l’avait souvent observée du haut de son destrier. Elle avait parfaitement obéi à toutes ses consignes et avait été prête à se faire exécuter quand le héraut était sur le point de lui couper la tête. Elle avait semblé triste mais aussi résignée. Comme si plus rien n’avait d’importance. Probablement car elle avait donné une dernière charge, lance au clair, le vent fouettant son visage. En bon habitant de Couronne, il connaissait ces sensations et les comprenait plus que n’importe quel autre bretonnien. Il ne pouvait lui en vouloir d’avoir voulu ressentir cela et de l’aimer. Une idée commença alors à germer en lui. Et si ? Et s’il décidait de l’adouber ? Lui seul avait le droit, en tant que Roy, de déroger à l’une des règles de la chevalerie disant qu’un chevalier doit être un mâle. Il pouvait choisir d’adouber une femme s’il le voulait, sous certaines conditions. Elle devait être noble, naturellement, et prouver sa valeur au combat sous les yeux du Roy en personne. Or, elle remplissait les deux critères demandés. Ce serait peut-être lui offrir alors ce qu’elle désirait si ardemment. La liberté d’aller et venir où qu’elle le veuille et la liberté de porter des armes et des armures. Il pouvait sentir son désir de liberté dans ses yeux quand il voyait la jeune fille regarder au loin, comme attirée par l’horizon. Il se dit qu’il devrait y penser plus sérieusement.

La journée allait sur sa fin quand le Roy décida de faire halte pour la nuit. Ils avaient bien progressé durant la journée et Astrid était contente qu’ils ne perdent guère de temps. Avec un peu de chance, se dit-elle, elle était à peu près là où il le fallait par rapport à son rythme normal de marche. Ils avaient obliqué vers le levant. Pour Astrid, il s’agissait d’une bonne nouvelle car la route était désormais beaucoup plus facile à suivre. Il lui suffisait d’aller pratiquement tout droit. Ils étaient également à trois jours de marche de la Chapelle de l’Humilité, première étape de son voyage. Astrid ne savait pas trop si elle devait s’en réjouir ou pas. Elle avait encore beaucoup de chemin à effectuer avant la fin de son périple et le retour serait loin d’être aussi sûr que l’aller. Le Roy ne serait certainement plus là pour la protéger puisqu’il devait probablement rentrer chez lui désormais.
Le soir venu, la jeune fille commença par faire un petit feu et cuire le petit gibier chassé durant la journée. Elle avait eu un peu de chance de pouvoir prendre quelques animaux mais c’était mieux que la viande séchée. Surtout, elle devait partager sa nourriture avec le Roy. Comme ils mangeaient sans qu’elle ne le regarde et après lui, elle lui laissait la plus grosse portion de manière systématique. Elle se disait que c’était quelque chose de normal puisqu’il s’agissait du seigneur de toute la Bretonnie. Et en cas de mauvaise rencontre, il serait bien plus utile qu’elle. Enfin, le Roy devait toujours avoir la meilleure part. C’était ce qui était demandé dans les traditions et même certaines lois. Et après son procès, la jeune fille s’était décidé à respecter ces fameuses lois à la lettre. Elle ne voulait pas revivre les mêmes tourments que ceux subis en prison. Allongée sur le côté et en regardant les flammes danser, Astrid repensa réellement pour la première fois à ce qu’elle avait enduré là-bas. Elle se doutait qu’elle ne s’en remettrait jamais réellement. C’était impossible. Il ne lui restait qu’à faire avec comme disaient souvent les paysans. Son père lui manquait aussi terriblement. Elle ne savait pas où il était ni ce qu’il faisait mais il lui manquait. Elle avait de se blottir dans ses bras forts et de pleurer un bon coup sur son épaule. Elle ne sentit pas vraiment les larmes couler sur son visage et finit par s’endormir.

Le Roy Louis vit sa compagne de route pleurer silencieusement. Il comprenait sa peine. Elle avait probablement moins de vingt ans et était jetée dans la nature, avec pour seule arme un couteau de cuisine qui n’était pas très aiguisé. Beaucoup seraient déjà morts de fatigue, de faim, à cause de créatures diverses ou tout simplement auraient craqué psychologiquement. Mais le fait qu’elle ait tenu aussi longtemps montrait à quel point elle était forte. Il repensa aussi à sa propre femme et à ses enfants, restés à Couronne ou parcourant les routes de Bretonnie pour diverses raisons. Même s’il ne le montrait pas toujours, il les aimait sincèrement. Son mariage avec son épouse avait été arrangé, naturellement. Mais il n’en restait pas moins qu’il avait appris à l’aimer et à l’apprécier. Ce n’était certes pas l’amour fou des ballades brionnoises, mais ils se respectaient et s’aimaient malgré tout. Finalement, il se coucha après avoir réveillé Astrid pour son tour de garde.
Le lendemain, tout se passa comme la veille. Mais Astrid allait plus vite. Elle avait plus l’habitude de la marche désormais et sa résistance à la douleur avait beaucoup augmenté. C’était le septième jour depuis son départ de Bordeleaux. Le lendemain, cela ferait une semaine complète selon le calendrier impérial qu’elle serait sur les routes pour sa condamnation. Et deux semaines et demi qu’elle serait partie de la chapelle où elle avait vécu toute sa vie. Cela était à la fois réjouissant et triste pour la jeune fille. Astrid avait toujours eu envie de partir à l’aventure, de découvrir le monde, de rencontrer des étrangers. Mais maintenant qu’elle était sur les routes, seule, elle craignait en permanence ce qui pouvait lui arriver et espérait arriver aussi vite que possible à destination. Cela était ironique, se dit-elle. Elle avait voulu voir l’inconnu et quand elle y était, elle le regrettait. Elle se dit que c’était bien fait pour elle. Elle regardait parfois le Roy à la dérobée puisqu’elle marchait derrière son cheval, légèrement de côté pour éviter le crottin de ce dernier, chose peu ragoûtante. Astrid se demandait ce qui pouvait se passer dans la tête d’un seigneur. Elle n’avait jamais côtoyé beaucoup de nobles ou alors pas plus de quelques minutes, en dehors de son père adoptif naturellement. Et le premier qu’elle voyait aussi longtemps n’était ni plus ni moins que le Roy en personne. Encore un des mystères de son existence, se dit-elle. La Dame avait un curieux humour. Elle espérait juste qu’il ne songe pas à différentes manières de lui faire du mal une fois arrivés à la Chapelle de l’Humilité.

En réalité, Louis ne pensait pas du tout à cela. Il songeait juste à une manière de récompenser la jeune fille de tout ce qu’elle avait fait sans y être obligée. En effet, les règles de l’étiquette demandaient à ce que ce soit lui et non elle qui fasse les repas, qui occupe la tente, et ainsi de suite. Pourtant, elle ne le laissait rien faire. Aussi, à la pause au milieu de la journée, il tenta de la forcer à ne rien faire. Mais le regard glacial qu’il rencontra le convainquit de ne rien faire. Elle semblait aussi plutôt musclée puisqu’elle lui avait prit les morceaux de bois des bras sans qu’il ne puisse résister, la surprise ayant joué. Il tenta alors de lui en parler avec une voix douce :
« Ma Dame, pourquoi faites-vous donc toutes les tâches liées à notre campement et à nos repas ? Ce n’est point à vous de les effectuer.
-Parce que si vous les faites en permanence, vous finirez fatigué. Hors, si nous faisions une mauvaise rencontre, vous êtes le seul à pouvoir réellement vous battre. Et vous auriez de toutes vos forces. Ne me sortez pas l’excuse du fait que vous soyez chevalier du Graal, vous restez un humain. »
Son ton sec surprit le Roy qui ne trouva rien à répliquer. Elle avait été virulente, presque violente et il n’était clairement pas habitué à un tel ton. Puis, quelques dizaines de secondes plus tard, il vit ses yeux s’écarquiller de peur et Astrid lui dit d’une petite voix :
« Je suis profondément navrée pour ce que je vous ais dit et la manière dont je vous l’ais dit Votre Majesté. Je… J’effectuerai la punition que vous jugerez appropriée.
-Non. Je préfère que l’on me parle franchement et avec vérité. C’est bien mieux ainsi que les faux semblants auxquels je suis habitué en général. Vous ne serez point punie. Mais je comprends vos arguments. Cependant, je me sens mal de ne rien faire alors que vous vous faites tout. Aussi, je demande à pouvoir participer un minimum pour vous soulager. Ainsi vous seriez plus en forme pour marcher.
-Comme vous le désirez Votre Majesté, reprit la jeune fille, plus que soulagée. Si Votre Majesté voudrait bien surveiller le feu pendant que j’évide les animaux. »
Il avait réellement apprécié qu’elle lui dise ce qu’elle pense. Au moins savait-il à quoi s’en tenir. Il avait aussi retrouvé un peu de son caractère qu’elle semblait avoir perdu. Elle restait une grande énigme pour lui.

Le reste de la journée se passa sans tracas. Cependant, à peine le repas du soir terminé qu’Astrid s’effondra, épuisée. Louis avait bien vu qu’il ne s’agissait pas uniquement de la marche. Elle était de plus en plus fatiguée. Si elle avait marché plus rapidement ce jour là que la veille, elle avait surtout fini épuisée. Seule l’idée de manger l’avait faite tenir jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Elle ne tiendrait pas deux autres jours ainsi, et il le savait. Ils étaient à environ une journée et demi de marche de la Chapelle de l’Humilité. Il commençait à sérieusement réfléchir à une manière de la sauver de cette condamnation. Il en avait le pouvoir mais il fallait trouver autre chose. Soudainement, dans sa tête, un plan germa petit à petit. Il venait d’avoir une idée et se demandait comment y arriver. Le Duc du Bordeleaux ne devait, naturellement, pas perdre la face dans l’histoire. C’était le principal point critique. Au delà, il était relativement libre de ses mouvements. Petit à petit, le plan se construisit. Avant le souper, il était fini et il commença à le planifier dans les moindres détails. Tout d’abord, la jeune fille finirait la première partie de sa peine en l’accompagnant avec son escorte à Bastonne. Il y avait des gens à pied dans cette dernière en général, ce qui faciliterait les choses. Ils en avaient pour une semaine en comptant une journée de repos à la Chapelle de l’Humilité. Puis, il annulerait la condamnation avant de proclamer une exception aux règles de l’adoubement et de la nommer chevalier. Mais il devait faire la dernière partie sans la prévenir en avance. Louis se doutait qu’autrement, elle tenterait d’y échapper. S’il le faisait sans prévenir, elle n’oserait jamais le contredire publiquement, la forçant à accepter. Ce n’était certes pas très loyal, mais il n’avait guère le choix s’il voulait parvenir à ses fins.

Le huitième jour d’Astrid commença fort mal pour la jeune fille. Elle avait mal partout à force de marcher et elle dut lutter toute la matinée pour garder les yeux ouverts et mettre un pas devant l’autre. Pire, l’âne s’affaiblissait à vue d’œil et était aussi fatigué qu’elle. Elle ne s’était pas lavée depuis une semaine et sentait très mauvais. Elle n’avait aucun vêtement propre et se dégoutait elle-même. Finalement, vers onze heures, le Roy décréta une pause. Il ne fut guère surpris de voir la jeune fille pratiquement s’effondrer au sol de fatigue. Ils avaient trop marché la veille. Il décida alors de dresser le campement et de s’installer là où ils étaient pour le reste de la journée. Elle devait se reposer et récupérer des forces. Il la fit un peu manger et lui donna à boire. Mais il n’y avait presque plus d’eau. Il commença à réfléchir à partir devant pour aller chercher du renfort et des vivres pour l’aider mais il craignait de la laisser seule sans défenses. Alors que l’après-midi avançait, le Roy n’arrivait toujours pas à prendre de décision.
Soudain, il sentit le sol trembler. Un sourire s’étira sur ses lèvres. Des cavaliers arrivaient et étaient relativement nombreux. Louis ne put s’empêcher de se dire qu’ils avaient mis du temps. Mais après tout, s’ils avaient dû venir de Bastonne, cela était compréhensible. Il n’y avait guère de chevaliers à la Chapelle de l’Humilité et ils étaient seulement de passage ou alors trop peu nombreux pour pouvoir avoir une chance de les atteindre en suivant la forêt de Châlons. Plus d’une heure plus tard, le Roy distingua au loin les armoiries du Duc de Bastonne. Le Soleil, derrière le suzerain, se reflétait sur les heaumes et armures des chevaliers bretonniens. Ils finirent par arriver et aussitôt, le Roy lança ses ordres. Un campement de fortune fut rapidement établi par les guerriers pendant qu’un guérisseur examinait Astrid. Il finit par rendre son verdict. Elle était juste épuisée.
Vers quatre heures, tout le monde se prépara au départ. Le Roy se hissa sur son destrier alors que la colonne se mettait en forme. Astrid fut hissée sur un cheval d’un chevalier qui marcherait à ses côtés. Puis, tout le monde se mit en route vers la Chapelle de l’Humilité. Ils devaient essayer de l’atteindre avant la nuit. Ils avancèrent ainsi pendant des heures et des heures sans pratiquement aucune pause. La nuit était tombée quand ils atteignirent enfin la ville et se dispersèrent dans les différentes auberges. Louis, lui, prit à sa charge la jeune fille et la fit installer dans une chambre confortable. Astrid était à moitié inconsciente et avait passé toute l’après-midi et la soirée dans un état second, finissant par s’endormir sur sa selle. Elle finit par s’endormir très rapidement après avoir été couchée.

En se réveillant, Astrid sentit une douce odeur de lavande. Bien qu’ayant les yeux clos, elle fronça les sourcils. Elle sentit aussi un lit juste sous elle ainsi que des draps relativement doux. Elle finit par ouvrir les yeux et vit un plafond en bois ouvragé. Elle regarda autour d’elle et découvrit qu’elle était dans une pièce. Cependant, elle ne se rappelait pas comment elle avait pu y arriver. La dernière chose dont elle se rappelait était son écroulement vers midi, après avoir marché. Elle n’avait pas pu marcher autant. La jeune fille vit un verre d’eau sur une table de nuit et le but avidement avant de se resservir. Elle avait désespérément soif. Elle était habillée avec une simple chemise de nuit mais cela lui semblait énorme. Ses vêtements étaient posés sur une chaise, non loin, complètement nettoyés et séchés. Au point qu’Astrid se demanda combien de temps elle avait dormi. Elle sortit du lit et avec quelques gestes mal assurés, elle parvint à s’habiller. Elle était pieds nus mais remarqua que le sol de pierre était couvert de tapis. Elle avait encore mal aux chevilles et évita de mettre ses souliers peu confortables. A la place, elle ouvrit la porte et découvrit un couloir. Ce dernier était aussi en pierre et couvert de tapis. Cela ressemblait à une auberge pour nobles, sans quoi il n’y aurait point de matériaux nobles. Astrid remarqua ensuite une fenêtre couverte par des rideaux. Allant au bout de couloir pour y accéder, elle écarta les draps et regarda dehors. C’était le matin. Mais de quel jour ? Elle ne savait combien de temps elle avait dormi. Elle revint sur ses pas et descendit l’escalier.
La jeune fille passa ainsi deux étages et finit par voir une grande salle commune. Elle était remplie de chevaliers. Elle s’assit en haut des escaliers et les observa. Il y avait là de nombreuses maisonnées. Chacun tentait de conter des exploits dignes de rentrer dans les légendes. Un peu à l’écart, Astrid repéra quelques chevaliers du Graal qui observaient tout le monde sans dire un mot. Ils semblaient toujours voire plus loin que de simples mortels se dit elle. Puis, la porte d’entrée s’ouvrit d’un coup et un héraut annonça le Roy. L’effet fut impressionnant. D’un seul coup, tous les chevaliers se levèrent et mirent pied à terre. La jeune fille, toujours cachée par les escaliers à moins de regarder précisément dans sa direction, observa celui qui avait partagé quelques jours de route avec elle. Il était totalement propre et habillée richement. Il ne ressemblait plus au guerrier impitoyable qu’elle avait côtoyé pendant plusieurs jours. Cependant, elle fut surprise par sa voix grave, probablement utilisée avec des chevaliers et des troupes :
« Relevez vous messieurs. Je dois vous avertir que nous repartirons demain à l’aube. La route est longue avant Bastonne et si nous nous sommes éloignés de la forêt de Chalons, il reste des créatures dans les montagnes qui pourraient tenter d’atteindre la capitale du duché. Vous devrez donc être sur vos gardes. »
Astrid fut surprise par le blanc qui suivit sa déclaration. Tous les chevaliers, l’instant d’avant rieurs et vantards semblaient s’être métamorphosés en guerriers que rien n’arrêteraient. Puis, il regarda dans sa direction. La jeune fille comprit immédiatement qu’elle devait se montrer.

Astrid descendit quelques marches et fit une révérence en saluant le Roy. Tout le monde se retourna vers elle et elle se sentit rougir, gardant la tête basse en signe de respect. Un nouveau blanc suivit suivi sa salutation avant que le suzerain ne demande avec une voix plus douce :
« Vous portez-vous mieux gente Dame ? Vous avez dormi toute la journée d’hier après avoir un malaise sur la route.
-Je vous suis gréée Votre Majesté de prendre de mes nouvelles. Je me porte beaucoup mieux que l’avant-veille. J’ai ouïe dire que vous repartiez demain, demanda-t-elle avec une voix toute aussi douce, comme toute bonne dame ?
-Exactement. Vous accompagnerez la troupe. Une partie de votre condamnation est relevée.
-Sa Majesté me fait trop d’honneurs. Je ne mérite point tout cela mon Seigneur.
-Si, vous le méritez. Telle est ma décision.
-Alors je m’y plierais Votre Majesté.
-Bien. Venez donc vous restaurer, vous en avez grand besoin. Quant à moi, le Duc de Bastonne m’attend pour un entraînement à la joute. »
Le Roy quitta l’auberge avec ses quelques gardes du corps et Astrid finit de descendre les escaliers. Aussitôt, un chevalier semblait être un peu plus noble vint vers elle :
« Je suis le Paladin Constant, fit le guerrier en la saluant. Venez donc vous asseoir à notre table nous conter votre aventure.
-Je… Je vous en remercie, noble sire, répondit la jeune fille avec timidité. »

Astrid suivit donc Constant à sa table, un peu plus loin. La plupart des chevaliers se retournèrent sur son passage et elle rougit un peu plus. Finalement, elle s’assit à la place désignée par le noble et commença à se servir allégrement, provoquant quelques rires. Elle leva la tête et regarda les quelques chevaliers présents avec un air interrogateur. L’un d’eux déclara alors :
« Cela est fort étrange de voir une dame manger autant.
-Je n’ai pas mangé depuis deux jours, répliqua Astrid avec acidité. »
Aussitôt, il s’empourpra et ses compagnons commencèrent à le taquiner et à se moquer de lui. A vrai dire, elle avait faim et voulait pouvoir manger relativement tranquillement. Une vingtaine de minutes plus tard, elle avait fini de se restaurer et elle était de bien meilleure humeur. Aussitôt, le Paladin attaqua :
« Que faisait donc une noble dame sur les routes avec pour tout compagnon un âne malade et le Roy ? Ce dernier n’a rien dit à nous autres, pauvres chevaliers ignorants des faits.
-Heu… Je ne pense pas que je devrais le dire. C’est assez honteux pour moi.
-Je vous promets que nous ne vous jugerons point, ma Dame. »
Après quelques secondes d’hésitation, Astrid se lança dans son récit. Mais, elle avait commencé à peine depuis quelques minutes qu’elle se rendit que tout le monde s’était approché de la table pour l’entendre. Elle prit son courage à deux mains et se hissa debout sur la table. Aussi, elle recommença au début et conta ses aventures à des chevaliers qui en furent fort étonnés. Elle vit de nombreux regards désapprobateurs en entendant parler de son emprisonnement, même si elle ne s’étendit pas sur ce qui lui était arrivé. Cependant, ils furent tous pendus à ses lèvres au moment du combat contre les hommes-bêtes. Beaucoup sifflèrent d’admiration en entendant sa charge et tous applaudirent la réaction de leur suzerain, qui montrait ainsi sa véritable force en tant que Roy. Ils furent enchantés par ses décisions pour la sauver de l’exécution et faciliter sa tâche pour arriver à Bastonne.
Une fois le récit terminé, certains posèrent des questions. Astrid y répondit du mieux qu’elle pouvait mais ne le fit qu’évasivement à certaines. Certains regardèrent alors l’heure et virent que la journée était bien avancée. Ne perdant pas une seconde, Constant ordonna d’apporter un pantalon et des bottes avec une cotte de maille et une lance pour la jeune femme. Elle leur montrerait son habilité à la joute, certains restant dubitatifs.

Après quelques minutes à se changer, Astrid se sentit revivre. Elle descendit dans l’auberge, s’étant au passage couper les cheveux pour qu’ils reviennent à la longueur aux épaules, plus pratique selon elle. Elle vit certains regards étranges mais n’y prêta pas attention. Puis, elle fut conduite dans la cour de l’auberge. Elle était immense, assez grande pour contenir une lice avec un mannequin d’entraînement. Un destrier lui fut amené, équipé de son caparaçon. La jeune fille l’approcha doucement et le caressa un peu. Puis, elle monta dessus sans l’aide des étriers. Elle se saisit sans hésitation de la lourde lance en bois et alla se placer face à la quintaine avant de lancer sa monture. Astrid baissa sa lance au bon moment et envoya cette dernière percuta violemment l’écu, faisant tournoyer le mannequin sur lui-même tout en se baissant. Puis, après s’être arrêtée au bout de la lice, elle chargea à nouveau. Ainsi attaqua-t-elle dix fois de suite, se souvenant de ses entraînements avec son père adoptif. Elle était allée de plus en plus vite, au point de ne faire accélérer sa monture plus que sur quelques dizaines de pas. La masse d’armes qui la menaçait ne parvint jamais à la toucher ni même à la frôler. Elle ne trouvait cela guère différent, s’étant facilement adaptée à la lance relativement lourde.
A la fin, elle regarda autour d’elle. Tout le monde la fixait avec un air qui semblait être un mélange de stupéfaction et de colère. Elle s’était complètement isolée de toute autre pensée non dirigée vers la quintaine, son corps, son cheval et sa lance. Quand elle était ainsi, elle ne faisait plus attention au monde extérieur ni aux regards. Pensant avoir fait quelque chose de mal, Astrid posa la lance sur un chevalet et descendit du destrier avant de le rendre à son cavalier. Puis elle monta dans sa chambre, les guerriers s’écartant sur son passage. Elle se changea bien vite avant de mettre les vêtements prêtés sur le pas de sa porte. La jeune fille s’enferma alors à double tour avant de s’effondrer en larmes sur son lit.
A peine quelques minutes plus tard, elle entendit des hommes toquer à sa porter et l’appeler mais elle leur cria de la laisser en paix, ce qu’ils firent après avoir un peu insisté. Ils ne se risqueraient pas à forcer la porte d’une dame si elle n’était point en danger. Cela était fort inconvenant. Deux heures plus tard, quelqu’un frappa à nouveau à la porte mais Astrid ne répondit pas. Elle entendit alors une voix lui demander d’ouvrir la porte. Elle fut stupéfaite en reconnaissant celle du Roy. Obéissant, elle se leva, sécha ses larmes et alla ouvrir la porte. Il lui ordonna alors de le suivre en bas et de manger. La jeune fille obéit mais le fit en silence et alla se coucher rapidement.



Dernière édition par Gilgalad le Lun 3 Juil 2017 - 22:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 3 Juil 2017 - 22:40

Bon, comme personne n'a fait de commentaires depuis lundi dernier, le double-post sert à donner la suite de l'histoire Smile



Chapitre 6 : Indépendance et Promesse


Au matin, en se réveillant, Astrid se rinça avant de se sécher. Puis, elle s’équipa complètement avec les vêtements à sa disposition. En descendant les escaliers, elle capta une conversation entre deux chevaliers qui la fit s’immobiliser sur place. Elle tendit alors l’oreille pour l’écouter plus attentivement.
« Puisque je te dis qu’il veut l’adouber. Je l’ai entendu hier.
-Mais pourquoi veut-il adouber une femme ? D’accord elle est douée à la lance, mais c’est tout. Elle est peut-être incapable de se battre à l’épée.
-Apparemment il a une dette envers elle.
-Sapristi. Mais il n’en est pas moins fou de vouloir l’adouber. La pauvre va se faire humilier publiquement. Tu crois qu’il renoncera ?
-Je ne sais pas mais je l’espère. En tout cas je protesterai. Si l’on doit en laisser une être adoubée, d’autres femmes le voudront et ce sera la mort de la chevalerie. Pourquoi pas leur laisser épouser qui elles veulent aussi ? »
Astrid en avait entendu assez. Elle remonta discrètement et vit le tour. Elle descendit par les escaliers donnant sur la cour et passa ainsi aux cuisines. Le personnel fut aux petits soins et elle reçut de nombreux mets pour manger ou pour prendre à emporter. Elle enfourna tout dans son gros baluchon, remplit une demi-quatorzaine de gourdes d’eau et fit le tour par l’arrière de la grande auberge. Elle devait pouvoir contenir beaucoup de chevaliers et autres visiteurs. En sortant dans la rue, elle fut rapidement interpellée par une affiche. La lisant en détails, elle remarqua que sa condamnation était abrégée. Elle n’avait plus qu’à se rendre jusqu’à Bastonne et à présenter son parchemin au Duc. Elle pouvait être accompagnée et avait le droit de monter à cheval. Elle avait un peu d’argent sur elle mais était loin d’avoir assez pour se payer une telle monture. Elle repensa alors aux paroles entendues. Le Roy voulait certainement l’adouber mais apparemment de nombreuses personnes étaient contre. Elle n’allait pas leur en vouloir. Elle-même ne considérait pas cela comme une chose à faire. Le Roy avait trop à perdre à tous points de vue. La jeune fille se sourit et prit le chemin pour sortir du bourg. Elle passa non loin d’une immense « chapelle » du Graal qui ressemblait plus aux dessins des cathédrales impériales qu’à la chapelle où elle avait passé toute son enfance. Cependant, elle s’y désintéressa et quitta rapidement la Chapelle de l’Humilité pour prendre la route de Bastonne.

Le chemin serpentant entre les champs était facile à suivre et bien entretenu. Le seigneur local faisait du bon travail se disait Astrid. Elle pouvait avancer de manière régulière. Les paysans travaillant aux premières vendanges la regardaient avec étonnement car il était fort rare de trouver une jeune fille seule sur les routes, marchant d’un bon pas et chantant des chansons de la paysannerie. Les chevaliers seraient certainement mortifiés de l’entendre ainsi. Régulièrement, elle estimait l’heure avec le soleil et faisait une petite pause pour récupérer un peu. Cependant, à la mi-journée, Astrid s’étonna d’une chose. Elle n’avait pas encore été rattrapée par la cavalerie. Pourtant ils allaient deux fois plus vite qu’elle et même en partant vers dix heures, ils auraient dû la rattraper. Ou bien au moins les apercevoir à l’horizon. Or là, elle était sur une petite colline et ne voyait aucune colonne de chevaliers au loin. Haussant les épaules, elle s’arrêta sur le bord de la petite route et prit son déjeuner sans se poser de questions. S’ils avaient décidé de rester plus longtemps à la Chapelle de l’Humilité, grand bien leur fasse se dit-elle. Au moins serait-elle relativement tranquille sur sa route.
En repartant, Astrid songea au fait que si elle aimait bien marcher, elle préférait être à cheval. C’était tout de même bien plus reposant pour ses jambes et ses pieds. Ces derniers avaient été soignés à l’auberge mais elle avait de nouveau un peu mal à cause de la marche. Puis, une autre question la frappa. Son destin. Non pas le Destin qu’elle aurait éventuellement mais son avenir. En arrivant à Bastonne, elle aurait assez de sous pour se payer une auberge quelques jours mais sans plus. Ensuite elle n’aurait plus aucun argent ni chose à monnayer. Sauf son corps réalisa-t-elle avec dégoût. Hors, elle avait besoin de pouvoir vivre et d’avoir de l’argent pour cela. Cependant, étant noble, elle n’avait pas le droit d’avoir un métier rapportant de l’argent. Mais elle n’avait guère le choix. Aucun noble ne voudrait l’entretenir surtout qu’elle n’était guère vierge après son passage en prison. De plus, elle n’avait rien à offrir à qui que ce soit à part elle-même. Pas de terres, pas de nom, pas d’héritage. La jeune fille se dit qu’elle essaierait de trouver une auberge où travailler si elle n’avait pas le choix. Ce serait mieux que rien.

Astrid avança toute l’après-midi et fut surprise à la fin de la journée de ne pas avoir croisé un seul chevalier de la formidable escorte du Roy. Ils n’étaient pourtant pas partis avant elle. Peut-être étaient-ils allés vers Bordeleaux après tout. Il aurait été étonnant qu’ils l’aient cherchée vu les réactions dégoûtées des chevaliers après son exploit à la lance la veille. Elle s’installa vers huit heures de soir et commença à se préparer à manger. La jeune fille voyait un village de paysans au loin et repensa à ces gens qui ne demandaient rien à personne. C’était étrange le mode de gouvernement. Ils étaient en bas de l’échelle sociale parce que leurs parents l’étaient aussi. Alors qu’eux-mêmes n’y étaient pour rien. Certes il fallait de tout pour faire un monde mais tout de même. Personne n’avait eu le choix. Et vu le traitement des paysans par beaucoup de chevaliers, il n’était guère étonnant que certains tentent de se révolter. D’un certain côté, elle les comprenait et les plaignait. Mais d’un autre côté, elle savait qu’elle ne pourrait rien y changer. Et pratiquement tout le monde était persuadé qu’il s’agissait de la meilleure chose possible. Se plaindre ne servirait à rien. Elle s’endormit rapidement d’un profond sommeil sans rêves.

Le lendemain matin, Astrid se réveilla à peine le soleil levé, comme toujours. Elle se changea discrètement puisqu’elle avait une deuxième tenue et mangea avant de reprendre la route. Cette fois, des nuages chargés de pluie étaient arrivés pendant la nuit. Elle grommela comme un nain, dont elle avait entendu parler par son père adoptif, en disant qu’à chaque fois, il pleuvait le deuxième jour de voyage. Aussi, avança-t-elle au maximum pendant toute la mâtinée. Elle avançait à un bon rythme, contant mettre le camp dès qu’il commencerait à pleuvoir. En effet, elle savait que la progression serait difficile sur un sentier aussi étroit et elle ne voulait pas revivre les mêmes journées affreuses de la première partie de son voyage. Elle était loin de les regretter. A la mi-journée, il n’avait toujours pas plu. Astrid s’arrêta à peine une vingtaine de minutes au lieu de cinq pour manger un coup et repartit aussi vite que possible. Ce ne fut que vers dix-sept heures que les premières gouttes se firent sentir. Immédiatement, Astrid s’arrêta et dressa son espèce de tente qu’elle portait en permanence sur elle. C’était un grand drap relativement insensible à la pluie qui lui servait aussi de cape de voyage si elle la pliait en deux. Elle l’attacha à un arbre et s’abrita dessous, attendant que l’averse se décidât à passer. Finalement, les heures passèrent et la jeune fille décida de s’installer pour la pluie. Malgré cette dernière, elle réarrangea ses maigres possessions mais elle n’avait pas de bois pour faire un feu. Elle devrait se contenter de ce qu’elle avait.
Vers huit heures du soir, la jeune fille se coucha, sachant que la nuit ne tarderait pas. Elle s’allongea sur le dos et commença à réfléchir plus posément à ses « Options de Vie Future en Toute Indépendance Puisque Je N’ai Plus Mon Père Avec Moi Et Que Je Ne Suis Plus Vierge. ». A peine quelques secondes après avoir commencé sa réflexion, la jeune fille se dit qu’elle n’avait guère le choix. Elle devrait travailler et donc se salir les mains et risquer la déchéance. Mais elle ne le faisait pas de gaité de cœur. Elle avait beau être plutôt jolie, elle était loin d’être très belle. Elle était aussi rousse, ce qui était peu apprécié dans les cours bretonniennes. Elle était aussi dépucelée, bien qu’elle n’ait jamais été volontaire dans le processus. Et si elle savait qu’elle n’était pas enceinte, ses saignements étant là pour le rappeler depuis deux jours, elle se sentait toujours aussi sale qu’avant. Finalement, l’option de servir dans une auberge n’était pas trop mauvaise. Il lui fallait juste espérer qu’un tenancier ne serait pas trop regardant sur ses origines. Cela serait difficile à trouver à Bastonne où il y avait peu d’auberges et beaucoup de nobles. En y réfléchissant, si elle y restait moins d’une journée complète et ainsi en ne dormant pas dans une auberge, elle pourrait acheter beaucoup de provisions et faire une longue route. Ainsi, elle pourrait atteindre Soude sans trop de problèmes et à condition de ne pas faire de mauvaises en cours de route. Astrid finit par s’endormir après avoir longuement réfléchi aux premiers détails de son plan. Elle comptait prévoir le reste le lendemain, pendant qu’elle marcherait.

Au matin, Astrid avait un étrange sentiment. Elle était à moins d’une journée et demi de sa destination. D’un côté, elle avait peur de ce qui allait arriver et d’un autre côté, elle était contente que cela se termine. Elle en avait assez de ce voyage et elle était impatiente d’en voir la fin. En revanche, comme elle ne savait pas encore ce qu’elle pourrait avoir l’occasion de faire après, la jeune fille était en plein doute. Cependant, Astrid se remit rapidement en marche, déterminée à atteindre Bastonne pour pouvoir être enfin libre de sa condamnation. Sa préparation fut assez rapide car elle commençait à en avoir l’habitude.

Soudain, alors qu’elle marchait à un bon rythme, elle sentit des petites secousses sur le sol. Elle savait ce que cela voulait dire. C’était soit un sort qui faisait trembler le sol, soit c’était une armée en marche. Elle estima rapidement qu’ils devaient être à un peu plus de deux lieues. Faisant marcher son cerveau à plein régime, la jeune fille déduisit qu’il s’agissait de l’escorte du Roy, ou du moins d’un certain nombre de ses chevaliers. Il n’y avait que cette troupe là de ce qu’elle savait. La jeune fille commença à regarder fréquemment derrière elle pour prévenir un éventuel danger. Elle ne désirait pas vraiment être à nouveau condamnée pour avoir manquer de respect à un noble ou, pire, au Roy. Finalement après près d’une heure de marche, profitant d’une colline, Astrid put apercevoir l’armée en question. Il s’agissait d’une longue colonne de chevaliers serpentant entre les collines sur la petite route qu’elle empruntait. Elle avait l’impression de voir un torrent de métal et cela lui semblait magnifique à voir. Reprenant ses esprits, la jeune fille s’écarta de la route et reprit sa marche, déterminée à avancer malgré tout. Elle avait reconnu la bannière royale et elle pensait à un moyen d’éviter d’être vue par le Roy. Elle supposait qu’il ne voudrait plus vraiment l’aider mais cela lui permettrait d’éviter à la fois un éventuel sursaut de bonté de sa part ou alors un désir de vengeance après la quasi-fuite de la voyageuse.
Il fallut près d’une heure de plus pour que les troupes soient non loin derrière Astrid. Cette dernière, en les voyant arriver, s’arrêta sur le bord de la route et s’écarta légèrement dans le champ qui le bordait. Avec ses vêtements, elle pourrait être moins visible. Elle avait pensé à mettre un foulard sur ses cheveux qui étaient particulièrement visible. Quand les chevaliers arrivèrent à son niveau, Astrid s’inclina jusqu’au sol et baissa la tête. Elle vit les sabots de chevaux s’arrêter à sa hauteur et un peu de viande séchée tomber au sol, ainsi qu’une pièce en bronze. Puis, les montures repartirent. Elle resta ainsi pendant près d’une quart d’heure, voyant passer nombre de destriers. La jeune fille finit par se relever, les genoux douloureux. Elle reprit rapidement sa route, dans la poussière laissée par la colonne de chevaliers.

Astrid marcha à nouveau toute l’après-midi et jusqu’en début de soirée. Cependant, elle alla aussi vite que possible. Elle comptait arriver non loin de Bastonne le lendemain pour camper la nuit et ensuite rentrer au petit matin dans la cité du premier roi de Bretonnie. Elle était tout de même relativement impatiente de pouvoir voir la ville, en ayant beaucoup entendu parler. Finalement, elle installa son campement pour la nuit peu avant le coucher du soleil. Elle en profita pour se faire un petit feu et ainsi se réchauffer après une journée assez fraîche. Elle avait eu de la chance qu’elle n’ait point été reconnue. Du moins elle l’espérait et tout portait à le croire. Personne n’avait rien dit et le Roy non plus. Elle ne savait pas trop si c’était parce qu’il ne l’avait pas identifiée ou parce qu’il avait décidé de la laisser tomber. Elle espérait presque ce soit la deuxième solution car elle ne résisterait pas au fait d’être humiliée publiquement s’il lui venait l’envie de l’adouber. Personne ne laisserait passer une telle chose, même s’il s’agissait du Roy et qu’il était aimé par la population. Et elle tenait au peu d’honneur et de fierté qu’elle possédait encore. Elle arriverait le lendemain au soir à proximité de la capitale du duché et se coucha, définissant toujours plus en avant ses plans pour le futur.

Le quatrième jour de marche d’Astrid fut aussi calme que les précédents. Elle avait désormais l’habitude de marcher et avant récupéré de son épuisement de la première partie du voyage. Le Soleil tapait fort mais il était principalement de dos. La jeune fille finit par s’arrêter dans un village à la mi-journée pour reprendre de l’eau. A cause de la chaleur, elle devait beaucoup boire et ses réserves diminuaient rapidement. Les habitants la regardèrent étrangement mais elle décida de ne pas s’en formaliser. Après tout, une voyageuse devait être rare sur les routes de Bretonnie. L’après-midi fut assez calme malgré de nombreuses rencontres de voyageurs dans le sens inverse. Elle était surprise par les quantités de charrettes qui pouvaient passer sur la route. Finalement, elle s’arrêta pour la nuit en voyant au loin le château de Bastonne. Elle en aurait pour deux heures de marche le lendemain. Astrid mit alors son plan au point dans les derniers détails. Après avoir quitté Bastonne, elle devrait prendre la route de Soude qu’elle mettrait environ huit jours à atteindre. Là, elle devrait trouver un travail pour pouvoir survivre. Elle prendrait l’un des premiers qu’on lui proposerait, ne pouvant pas réellement exiger quoi que ce soit de la part d’un potentiel employeur. Puis, elle aviserait en fonction du salaire, du métier et des éventuelles rencontres qu’elle ferait. A long terme, elle espérait pouvoir quitter la Bretonnie où rien ne l’attendait. Elle ne pouvait pas faire ce qu’elle aimait. Peut-être devrait-elle tenter l’aventure dans les royaumes au sud ou alors dans les Principautés Frontalières. Mais la route serait extrêmement longue et dangereuse. Cependant, ce serait mieux que rien. Elle devrait juste attendre d’avoir assez d’argent pour cela, ce qui prendrait plusieurs années de travail.

Le lendemain matin, Astrid se leva alors que le soleil apparaissait tout juste à l’est. Elle mangea copieusement, n’ayant que peu de certitudes sur le déroulement de sa journée. Puis, elle rangea ses affaires et se mit en route. Elle fut stupéfaite en voyant la ville de Bastonne au loin. Elle semblait bien plus richement décorée que Bordeleaux. Après tout, il s’agissait de la ville d’où provenait Gilles Le Breton. En arrivant au poste de garde devant les portes, la jeune fille montra son papier aux deux hommes d’armes. Ces derniers la laissèrent passer. En voyant la ville, Astrid était perdue. Les rues étaient loin d’être ordonnées et l’on pouvait facilement s’y perdre. Mais, avec un peu de chance, elle trouva rapidement une auberge. Cette dernière était simple et le tenancier semblait abordable. Aussi, elle se dirigea vers lui pour lui demander comment trouver le château au milieu de ce labyrinthe. Il la détailla rapidement avec un œil inquisiteur et lui proposa :
« Vous passez la nuit sur place et je vous donne les indications. »
La jeune fille réfléchit quelques secondes à sa proposition. Elle aurait au moins un lit et un repas chaud avant une semaine dans la nature. Cela ne se refusait pas et le prix était plus qu’abordable. Elle aurait assez pour acheter de la nourriture pour son voyage. Elle se décida à accepter. Il prit alors une feuille de parchemin vierge et dessina un plan grossier en lui indiquant le chemin. La jeune fille l’écouta attentivement et lui jura de revenir le soir même.

Le chemin jusqu’au château fut assez facile à suivre grâce aux indications. Mais, il était fort long et Astrid mit près d’une heure à y parvenir, la population ayant commencé à descendre dans la rue pour la journée de travail. Elle présenta à nouveau les papiers à un garde à l’entrée qui l’accompagna jusqu’à la salle d’audiences. Le château était magnifique. Il était richement décoré mais aussi relativement sobre. Surtout, de grandes tapisseries racontaient l’histoire du premier roi de Bretonnie. Il y avait régulièrement des statues à son effigie dans les salles. Puis, elle arriva. Elle dut alors attendre sur un banc juste à l’extérieur de la salle, et attendre que son nom soit appelé. Astrid angoissait. Elle avait peur de ce qui pourrait lui arriver une fois les portes franchies car les séances étaient publiques. Tout homme et toute femme de la noblesse pouvait demander à y assister, tout comme les assistants de ces derniers, s’ils n’étaient pas de service. Mais, après cinq minutes, rien ne s’était passé et elle s’impatienta. Les minutes devinrent des heures et Astrid s’était repassé plusieurs fois son plan dans sa tête, établissant plusieurs hypothèses en fonction de divers aléas qu’elle pourrait rencontrer sur la route. Elle essayait d’envisager toutes les possibilités juste pour passer le temps. Elle s’imagina aussi mille moyens de mourir sur la route, que ce soit en tombant sur des bêtes servant le Chaos ou par un accident.

Finalement, ce ne fut que vers la mi-journée que la jeune fille fut appelée. En entrant dans la salle, elle remarqua que le Roy était présent, ainsi que le Duc et des dizaines de chevaliers et de dames. Une partie de la cour de Couronne devait probablement être présente. Astrid s’avança tête basse jusqu’à l’estrade où le trône était posé. Là, elle posa un genou à terre, attendant que le souverain parlât. Il finit par prendre la parole, d’une voix forte :
« Que faites-vous ici et pourquoi demandez-vous à voir le Duc de Bastonne ou le Roy ?
-J’ai un parchemin à vous donner, de la part du Duc de Bordeleaux dans le cadre d’une condamnation par un tribunal.
-Produisez-le. »
Astrid le sortit et l’offrit à l’écuyer venu le récupérer. Ce dernier le tendit alors au Roy qui le passa ensuite au Duc. Ils discutèrent brièvement à voix basse avant que le second ne statuât :
« En récompense des services rendus pour avoir sauvé la vie de ma personne, la seconde partie de la peine est abrogée. Vous êtes désormais libre de toute condamnation.
-Je vous en serais éternellement reconnaissante Votre Majesté.
-Bien. Je souhaite vous adouber chevalier en reconnaissance de ces mérites. »
Il y était, pensa la jeune fille en entendant les murmures outrés dans la salle. Elle allait devoir montrer tout son courage. Aussi, elle répondit d’une voix ferme :
« Je refuse.
-Pardon, demanda le Roy ?
-Je refuse que les lois séculières du pays soient bafouées par ma simple présence. Cela est indigne d’une dame et interdit en tous lieux du Royaume. »
Le silence se fit dans la salle et la jeune fille commença à angoisser. Désormais, elle était en terrain inconnu. Elle avait contredit le Roy et ce dernier pouvait fort bien annuler sa décision précédente ou alors la faire condamner à nouveau de diverses manières. Cependant, il prit une décision qui n’attira aucun murmure, tout le monde semblant être au courant, sauf Astrid :
« Ainsi soit-il. Mais en récompense de vos prouesses guerrières, vous aurez le droit de porter l’épée et la lance ainsi que de posséder un cheval et une armure. Une récompense vous sera également attribuée. Toutefois, vous ne pourrez jamais prétendre au titre de chevalier. Cette décision ne peut être attaquée. »
Il lui fit alors donner un parchemin et la jeune remercia le Roy, vexée qu’il soit tout de même allé contre les convenances. Elle savait que cela lui coûterait politiquement. Même si beaucoup moins qu’un adoubement qui aurait pu causer une véritable révolte de toute la chevalerie bretonnienne. Là, elle était réduite au statut de mercenaire ou de simple guerrier. Elle le remercia selon les coutumes et sortit de la salle.

Un héraut l’attendait et il lui ordonna de le suivre pour aller choisir son équipement. Consciente de n’avoir guère le choix, Astrid le suivit. Après plus d’une dizaine de minutes de marche, ils arrivèrent à l’armurerie du château. La jeune fille fut frappée de stupeur en voyant les centaines d’épées, fléaux, lances, écus et armures parfaitement rangés. Il y avait de quoi équiper de nombreux fer de lance. Le héraut appela un serviteur chargé de la direction de l’armurerie et expliqua rapidement les choses. Ce dernier demanda alors à la future guerrière de le suivre vers les râteliers portant des épées. Il lui en fit tester plusieurs avant de se décider à en sortir une d’une malle ouvragée. En la prenant en main, Astrid sentit qu’elle était pour elle. Légèrement plus petite que les lames des chevaliers, elle était tout aussi tranchante et résistante mais bien plus adaptée pour elle. Il lui offrit le fourreau qui allait avec ainsi qu’une dague, bien plus efficace que son couteau de cuisine.
Puis, ils passèrent à la lance. Astrid en récupéra deux de bonne facture et assez solides. Elles pourraient même voir plusieurs combats chacune si elle se débrouillait bien. Puis vint le tour de l’armure. Il commença par lui faire tester les rembourrages avant de lui passer diverses cottes de mailles. Enfin, elle put avoir une armure de chevalier mais avec un tabard beige sans aucun symbole. Son écu était de la même couleur. Cela signifiait qu’elle n’était pas un chevalier et n’en avait ni les devoirs ni les droits et avantages. Puis, ils allèrent à l’écurie où un cheval lui fut attribué. C’était un simple coursier et non un destrier mais il était suffisamment bon pour suivre le rythme dans un fer de lance et assez fort pour combattre. Puis, le héraut revint et lui donna un sac contenant un certain nombre de pièces d’or, d’argent et de cuivre. Elle avait de quoi tenir quelques mois. C’était une sorte de coup bas. Elle n’avait pas le droit d’être mercenaire en Bretonnie mais devait gagner de l’argent pour plus tard. Dégoutée, elle quitta rapidement le château et sortit en ville. Le soir arrivait et la jeune fille se dirigea vers l’auberge pour y déposer ses affaires. Elle régla par avance ses repas et son déjeuner avant d’aller en ville après s’être habillée correctement. Elle y acheta de nombreuses provisions ainsi que quelques vêtements supplémentaires et un poney relativement grand pour transporter ses affaires. Elle prit également une bonne quantité de nourriture pour ses deux montures. Puis, elle retourna à l’auberge pour tout déposer avant de descendre prendre son repas.

L’auberge était pleine et Astrid s’installa dans un coin pour pouvoir embrasser la salle du regard. Il y avait là des chevaliers, des mercenaires, des marchands et des aventuriers. Cependant, il n’y avait aucun nain. Elle espérait pouvoir en rencontrer un jour car les récits de son père adoptif avaient été fascinants. En attendant son plat, elle repensa à ses plans. Ils étaient désormais chamboulés et elle était relativement libre. L’Empire serait désormais une bonne destination. Ils avaient toujours besoin de mercenaires et elle pourrait gagner en expérience là-bas. La route serait simple. Il lui suffisait de monter à Soude, traverser la Grisemerie puis de la suivre jusqu’à Parravon avant d’obliquer vers l’est et la Passe de la Dame Grise. Ainsi, elle atteindrait le domaine de Sigmar. Là, elle aviserait à nouveau en fonction des éventuelles rencontres. Il y aurait certainement un marchand ou deux en quête de protection, voire même une caravane. C’était renier les principes de la noblesse bretonnienne, mais elle n’avait guère le choix.
Astrid finit par recevoir son repas.

Mais à peine fut-il entamé qu’une étrange petite créature s’assit face à elle. Elle avait une grande barbe brune qui faisait le tour de son ventre relativement important. Elle semblait bien plus petite qu’un humain. Sa tête était aussi plus ronde. Il portait un grand baluchon ainsi que diverses armes. Cette créature finit cependant par remarquer la présence de la jeune fille et s’adressa à elle respectueusement, tout en roulant les r :
« Veuillez acceptez mes excuses, dame. Je ne vous avais point remarquée. Je suis Yurin, fils de Goran, de Karaz-A-Karak.
-…
-Auriez-vous perdu la parole ?
-Je… Excusez-moi maître nain. Mais vous êtes le premier d’entre eux que je rencontre, finit par répondre Astrid, gênée par son absence de réponse. Je suis Astrid de Lyonesse, fille adoptive de Gontran de Lyonesse.
-Vous êtes noble alors ?
-En effet maître nain, confirma la jeune fille.
-Que fait donc une jeune fille sur les routes ? Surtout visiblement seule.
-C’est une longue histoire et je n’aurai pas le temps de la conter correctement ce soir, surtout que je dois me coucher tôt, partant demain à l’aurore.
-Bah tiens donc. Vous n’avez pas de problèmes au moins ?
-Non messire. Point de problèmes. Du moins plus maintenant.
-Hmmrf. Et vous partez pour où ?
-Pour l’Empire. Je ne peux être chevalier, ce qui est normal, sur ces terres. Je n’ai pas non plus le droit de me battre en Bretonnie car je suis noble. J’irais donc offrir mes services au plus offrant.
-Vous savez vous battre, demanda le nain avec un air sceptique ?
-A dos de cheval oui. Je n’ai que seize ans. Je n’ai certainement pas votre expérience ou ne serait-ce celle d’un guerrier humain accompli.
-Moui.
-Et vous, qu’est-ce qui amène un Nain aussi loin dans la Bretonnie ? Mon père adoptif m’a raconté qu’ils dépassaient rarement Parravon, par où je dois aller.
-Une vieille rancune. Et ce sale traître de mauvais payeur tente de m’échapper. Je suis sur ces traces. Vous en avez peut-être entendu parler.
-Est-il bretonnien ?
-Ouaip. Un chevalier comme il s’appelle. Jean de Fumerolles qu’il se nomme ce sale bougre. Il avait une dette envers mon clan.
-Ah. »

Au fil des minutes qui défilaient, le Nain enchaînait les bières et la jeune fille fut impressionnée par la descente du guerrier. Elle avait l’impression qu’il s’agissait d’un puits sans fond. Bon, la bière dans la région n’était pas excellente et il commença à râler de plus en plus fort contre ce fait. Astrid aussi continua à boire du vin. Finalement, vers onze heures du soir, elle déclara d’une voix forte :
« Bon, bonne nuit maître nain. Je vais me coucher.
-Bonne nuit demoiselle, bougonna ce dernier. »
La jeune fille se retira de la table et commençait à repartir quand elle eut une idée. Un immense sourire vint s’étirer sur son visage. Elle se retourna vers le guerrier nain et lui dit joyeusement :
« Au fait, un peu de compagnie sur la route ne vous dérangerait pas ?
-Pourquoi cela, demanda ce dernier, étonné ?
-Nous pouvons marcher ensemble aussi longtemps que nos routes soient jointes.
-Bonne idée. Rendez-vous demain à huit heures pour le départ.
-A vos ordres, répliqua Astrid avec un sourire montrant qu’elle était pompette. »
La jeune fille prit la direction de la chambre où elle se coucha rapidement et s’endormit comme une masse après avoir réalisé que cela faisait deux semaines du calendrier impérial qu’elle était partie de Bordeleaux. Et donc plus de trois semaines depuis chez elle.
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 4 Juil 2017 - 20:44

Ah la suite !

J'apprécie la façon dont le récit est tourné. Un adoubement aurait en effet été un énorme bordel politique mais la question a au final été plutôt bien esquivée Cool Tes descriptions détaillées font ton style je trouve. Il y en a peut-être trop à mon goût, mais cela permet de toujours réussir à s'y retrouver.

Il y a un bémol par contre, là encore personnel, je pense que l'on a compris qu'elle n'est plus vierge. Si l'expérience est certes traumatisante, le sujet a peut-être été un peu trop remis sur le tapis au détour de pensées vagabondes.

Mais maintenant, nous avons un duo avec un nain. Que voilà toute une série de possibilités Very Happy

Je demande donc la suite !
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 4 Juil 2017 - 22:51

Le destin semble clément pour notre héroïne, ouf !

Je plussoie la remarque de Hjalmar, cela dit une autre pensée me vient à l'esprit : Astrid ne voudrait-elle pas retrouver son père ?

La suite ! Cool

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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 17 Juil 2017 - 11:37

Von Essen a écrit:
Astrid ne voudrait-elle pas retrouver son père ?
Bah il faut encore savoir où il peut être Very Happy

Sinon, voilà le nouveau chapitre.



Chapitre 7 : Nouveaux objectifs, nouveau compagnon de route et tournoi


En se réveillant le matin, Astrid eut soudainement mal à la tête. Elle se versa rapidement un verre d’eau et elle se sentit un peu mieux. Après un rapide passage aux latrines, elle s’habilla pour le voyage. Elle délaissa ses habits de femme pour revêtir ceux d’un homme. Elle se coupa également les cheveux pour qu’ils arrivent uniquement au niveau des épaules. Elle rangea toutes ses affaires dans des sacs, veillant à équilibrer les poids. Elle descendit ensuite ces derniers jusqu’à l’écurie où elle prépara ses deux montures. Son poney était relativement grand et pouvait porter beaucoup de chose, par bonheur pour elle. Surtout, il nécessitait moins d’entretien et de nourriture que son coursier. Ce dernier était relativement calme. Elle arrangea le tout et remonta rapidement pour enfiler son armure. En s’équipant, la jeune fille regretta de ne pas avoir de miroir. Elle aurait aimé pouvoir se regarder dedans et voir l’impression qu’elle donnait. Astrid avait décidé à grand peine de ne pas mettre son ancienne armure. Mais elle était abîmée par le voyage et les chocs engendrés. Elle l’avait néanmoins conservée, espérant pouvoir la faire remettre en état un jour ou l’autre. Finalement, elle prit son heaume, ses gantelets, son écu et son épée avant de descendre dans la salle commune.
Cette dernière s’animait progressivement. Il était moins de huit heures et la jeune fille parvint à ne pas se faire remarquer. Cependant, quand le nain arriva face à elle, il marqua un temps d’arrêt. Astrid lui dit alors avec une voix douce :
« Bonjour maître Nain. Avez-vous bien dormi ?
-B’jour, répondit ce dernier. Pourquoi vous me demandez ça ? Vous m’attendez ?
-Vous ne vous souvenez pas ? Nous devons faire un bout de chemin ensemble. »
La bretonnienne vit le regard du nain s’allumer subitement et il réalisa qu’il avait oublié qu’elle lui avait proposé. Il lui demanda alors ce qu’elle faisait dans cette tenue.
« Oh, c’est ma tenue de voyage. J’en ai le droit, ne vous en inquiétez pas.
-Fort bien. »
Ils mangèrent rapidement avant de sortir dans la rue. Astrid en profita pour détailler un peu plus son nouveau compagnon de route. Relativement petit puisqu’étant un nain, il était plutôt large et avait une barbe noire qui faisait déjà un tour de taille complet. Il était équipé d’une épaisse cotte de maille ainsi que d’une magnifique armure ouvragée sur laquelle étaient gravés d’étranges symboles. Il avait endossé un gros paquetage qui devait porter de quoi le sustenter. Il portait aussi une hache et un bouclier, la première ayant elle aussi des symboles sur sa lame. Elle nota aussi quelque chose ressemblant à un pistolet à sa ceinture. Un casque rond pendait à sa ceinture. Sachant qu’il poursuivait un chevalier, la jeune fille proposa alors au nain d’acheter une charrette pour le voyage. Ainsi ils ne perdraient pas de temps sur sa cible. Une heure d’intenses discussions plus tard et ils étaient partis sur les routes, une petite charrette avec un cheval de trait. Toutes les affaires étaient placées dessus, en dehors des armes et armures. Le nain devait conduire l’attelage tandis qu’Astrid montait son cheval et avait pour mission de surveiller les environs.

Ils partirent ainsi sur la route de Soude. Ils avançaient bien plus vite que s’ils n’avaient pas eu de charrette et Astrid fut contente de son investissement. Cela permettait à son poney de ne pas trop se fatiguer et en même temps d’aller à bon rythme. Rapidement, Yurin revint à la charge sur le passé de la jeune fille. Cette dernière hésitait à se dévoiler. Il risquerait de ne plus vouloir d’elle comme compagnon de route. Mais, elle se souvenait des leçons de son père adoptif. Elle l’entendait encore parler des nains.
« Ils sont un peuple fier et droit. L’un des seuls moments où ils pourraient d’entourlouper est quand il s’agit de commerce. Là, tu devras être prudente si tu veux leur acheter quelque chose. Ils sont aussi bons guerriers et sont fiers de leurs travaux. Ils ont tendance à déconsidérer tout ce qui est fait par les Hommes. Tu devras donc être prudente si tu dois leur parler de cela.
-Pourquoi ça, papa, demanda Astrid avec une petite voix ?
-Parce que sinon, ils le prendront comme une insulte personnelle et cela pourrait suivre tes descendants pour l’éternité.
-C’est long. C’est bête, répondit la voix fluette de la fillette.
-C’est ainsi. Il vaut mieux aussi leur dire la vérité. Il vaut mieux être honnête et droit avec eux mais sans les blesser pour autant. »
Finalement, elle prit la décision de tout lui raconter. Une fois son récit terminé, il lui posa plusieurs questions avant de marmonner contre ces bretonniens qui laissaient partir leurs jeunes femmes sur les routes et qui n’avaient aucune considération pour leur vertu. Intérieurement, Astrid se dit qu’elle avait l’impression de voir un enfant râler en permanence.

Finalement, la pause de la mi-journée arriva et avec elle la fin des questions parfois embarrassantes de Yurin. Ils étaient non loin de fourrés quand la bretonnienne vit le nain se tendre et se lever d’un bond. Il semblait aux aguets. Elle arrêta tout mouvement quand elle entendit soudain une flèche se ficher dans le bois de la charrette. Par réflexe, elle attrapa son heaume, son écu et sa lance avant de monter sur son cheval. Elle enfila le premier et s’orienta vers l’origine des tirs.
Deux archers et six bandits arrivaient droit sur eux, les premiers les couvrant. Elle se dit que le nain suffirait à protéger ses affaires et fonça droit vers les deux tireurs. Ils étaient à une cinquantaine de pas. Elle lança rapidement son coursier au galop, évitant facilement les combattants destinés à la mêlée avant d’arriver sur les archers. Le premier lui décocha une flèche en urgence mais il la rate et elle l’embrocha, le tuant sur le coup. Astrid freina sa monture avant de la retourner vers le second. Ce dernier s’était remis du choc et tenta à son tour de l’abattre, en visant le cheval. Le premier tir fut trop court et quand elle chargea, il n’arriva pas à tirer. Il fut lui aussi tué sur le coup. La bretonnienne se tourna alors vers le nain. Il avait abattu à distance un bandit et trois autres gisaient déjà au sol, morts. Il combattait les quatre autres mais n’avaient aucun endroit pour se replier et tenter d’annuler leur avantage numérique. Elle grogna de dépit et lança son cheval vers le combat. Elle arriva juste après qu’un autre fut abattu. Astrid tua son troisième bandit de la journée. Le nain se focalisa alors sur leur chef tandis qu’elle jetait sa lance dans la charrette et prenait son épée, attaquant le dernier hors-la-loi. Le combat fut bref et en quelques secondes, il fut abattu.

Le combat avait été bref pour la jeune femme et elle se sentait bizarre. C’était son premier vrai combat où elle avait dû faire attention à plusieurs choses. Elle descendit de son coursier qui n’avait toujours pas de nom et s’assit sur le sol, contre une roue de leur charrette. Elle avait enlevé son heaume et posé son écu au sol. Elle prit sa tête dans ses mains. Elle sentit qu’elle tremblait de tout son corps. Des larmes coulèrent de ses yeux. Soudain, elle sentit deux mains fortes sur ses épaules. Une voix douce mais sonnant comme le tonnerre lui-même parvint jusqu’à ses oreilles, au milieu de ses sanglots.
« Tu n’as rien à te reprocher, fillette. Tu as fait ce qu’il fallait. C’était eux ou toi. Etait-ce la première fois que tu tuais ?
-N… N… Non, répondit la jeune fille entre deux sanglots.
-Tu n’as pas du tuer beaucoup d’humains.
-N… Non. Un autre et un homme-bête.
-Tu ne dois pas les oublier alors, fillette. Donner la mort n’est pas une chose anodine. Mais si tu dois choisir entre ta survie et celle de l’ennemi, tu ne dois jamais hésiter ou tu mourras. D’accord ?
-Ou… Oui.
-Et ne t’en fais pas pour les tremblements, cela arrive souvent après un combat quand ce sont les premiers. »
Yurin s’était curieusement pris d’un peu d’affection pour la jeune fille, surtout après l’avoir vue combattre. Elle avait un certain potentiel et il ne pouvait pas nier un certain talent en tant que guerrière montée. Il se dit que si elle survivait quelques années de plus, de nombreux chefs mercenaires la paieraient très cher pour l’avoir avec eux.

Finalement, le duo repartit après s’être restauré un peu et avoir empilé les cadavres. La route devint plus monotone et cette fois, ce fut au tour du Nain de parler majoritairement. Il expliqua à la jeune fille quelques astuces pour le combat à pied, jurant de les lui montrer le soir. Elle apprit aussi qu’il était un thane, bien que d’un clan mineur dans la noblesse naine. Il appartenait à la guilde des armuriers entre autres choses. Elle était plutôt intéressée par ce qu’il faisait mais elle vit rapidement qu’il ne dirait rien des secrets des nains. Vers la fin de la journée, l’étrange binôme fit halte pour la nuit. Le nain espérait avoir gagné du temps sur sa cible malgré le combat à la mi-journée. Astrid s’occupa rapidement des montures, laissant le soin à Yurin de s’occuper du campement. Puis, une fois restaurés, ce dernier entreprit de tester la jeune fille à l’épée.
Astrid finit une heure plus tard la leçon. Cette dernière avait été violente et elle avait fini plus de fois au sol en ce laps de temps que sur les derniers mois lors des entraînements avec Gontran. Au départ, elle avait été frustrée mais la bretonnienne s’était rendue compte qu’elle apprenait beaucoup mieux ainsi. Il la forçait à rester concentrée en permanence. Chose peu facile étant donné que le nain parlait en permanence de tout et de rien. A la fin, elle avait réussi à rester plus de quinze secondes debout face à lui. Malgré sa stature, il était bien plus rapide qu’elle, ce qui l’avait surprise pendant près d’un quart d’heure. Elle avait tenté de s’adapter mais cela n’avait pas été suffisant. Yurin avait eu quelques mots encourageants, ou du moins elle les comprit comme tels puisqu’il avait dit, toujours en bougonnant :
« On pourra p’t-être en faire que’que chose de la p’tite. »
Astrid avait prit ça pour un compliment, sachant qu’il était très avare de ces derniers. Elle tomba rapidement dans un sommeil profond, épuisée par la journée et l’entraînement. Elle savait cependant qu’elle aurait des courbatures le lendemain.

Au matin, Astrid s’occupa du repas avant de s’équiper. Le Nain, lui, rangeait les affaires dans la charrette et vérifiait les armes. Vers neuf heures, ils se mirent en route, dans un silence qui devenait de plus en plus pesant. La jeune fille n’arrêtait pas de repenser à la mort des quatre bandits qu’elle avait tué. Ils n’avaient pas eu de chances face à elle. Les arcs étaient loin de pouvoir percer son armure et les deux combattants attaquant le nain n’avaient pas de piques ou de lances pour avoir une chance décente face à un cavalier en armure lourde. Elle avait beau se dire qu’il en allait de même pour tous les chevaliers de Bretonnie, elle avait du mal à s’y faire. Cela lui semblait inutile de massacrer pour massacrer. Au moins l’avait-elle fait proprement et ne les avait pas fait souffrir par simple plaisir. Elle pouvait encore se raccrocher à cette pensée.
Le reste de la journée passa lentement mais sûrement. Ils avaient traversé deux villages où les habitants les avaient regardés avec un air de profonde stupéfaction. A vrai dire, une femme en armure et un nain ne devaient pas être courant en Bretonnie isolément, mais ensemble, cela était encore plus rare. Yurin parlait relativement peu à la bretonnienne. Quand il le faisait, c’étai en général pour critiquer des maisons, des palissades ou des objets créés par les humains. Si au début la jeune fille s’en amusait, à la fin de la journée, cela commençait à l’énervée. Au point de le lui faire remarquer abruptement. Le nain se renfrogna et n’ouvrit plus la bouche de la journée.

Le troisième jour depuis le départ de Bastonne commença comme le précédent, mais en plus silencieux. Toute la mâtinée fut très calme et un agréable vent frais soufflait sur la plaine du duché. Soudain, vers la mi-journée, Yurin poussa une exclamation. Astrid leva les yeux au ciel avant de lui demander, d’une voix exaspérée :
« Qu’est-ce qu’il se passe, maître nain ?
-Il est là bas. Il est là bas ! S’exclama ce dernier.
-Qui est là-bas, comme vous dites ?
-Mais le chevalier ! Il a du perdre du temps en route. On peut l’avoir, on peut l’avoir ! »
Il était devenu complètement surexcité. Astrid, après avoir poussé un grognement, demanda à nouveau :
« Bien, voulez-vous que j’aille le chercher ?
-Je… Ce ne sera pas nécessaire, répondit Yurin avec condescendance.
-Vous avez raison, s’il vous voit, il partira au galop et vous ne pourrez pas le rattraper, répliqua-t-elle sarcastiquement.
-Bon d’accord, allez-y et ramenez-le en entier et en vie pour que je m’occupe de lui, grommela le thane.
-Ne vous en faites pas. »
Astrid partit aussitôt au galop après avoir pris sa lance. Elle atteignit moins d’une heure plus tard le chevalier. Ce dernier s’était arrêté en la voyant arriver.

« Holà, qui êtes vous et que me voulez-vous ? Demanda le guerrier.
-Je suis Astrid de Lyonesse. Et mon compagnon de route demande à vous voir.
-Et qui est-il, petite impertinente ?
-Un Nain nommé Yurin, répliqua la jeune fille avec sourire. »
Celui du chevalier s’effaça aussitôt. Baissant son heaume et prenant une lance et un bouclier, il déclara :
« Si vous me battez à la lance, je consentirai à le rencontrer. Sinon, vous me laisserez m’en aller.
-Cela me va. »
Elle était certaine d’être sous-estimée. Cependant, elle voyait bien qu’il était devait être bon à la lance. Elle s’équipa de son heaume, saisit son écu et s’éloigna pour être à distance de charge avant de se retourner face au chevalier. Ils lancèrent leurs montures presque simultanément. Quelques secondes avant le choc, la jeune fille baissa sa lance et vit la faille. Tout en se contorsionnant pour éviter l’arme de son adversaire, elle le percuta avec la sienne, éjectant le chevalier de sa monture. Après avoir stoppé son coursier, elle se tourna vers lui et l’attendit. Il se releva en disant :
« Rappelez-moi de ne jamais sous-estimer une femme à la lance. Qui vous a appris, gente dame ?
-Gontran de Lyonesse, mon père adoptif.
-Je ne le connais point mais il doit être excellent.
-C’est un chevalier du Graal.
-Hmmm. Je vois. »
Puis, il remonta à cheval et suivit la jeune fille vers le guerrier nain, qui faisait avancer plus rapidement la charrette.

Une fois arrivé à leur hauteur, Astrid se désintéressa de toute conversation et se perdit dans ses pensées. Elle avait été bien plus rapide que lui à la lance. C’était la première qu’elle était meilleure qu’un chevalier dans ce domaine. Elle en était fière. En se repassant le bref combat dans sa tête, elle se dit qu’elle n’aurait pas pu mieux faire. Elle avait été plus rapide que lui et plus précise. Finalement, la discussion s’arrêta. La jeune fille se reconnecta avec la réalité et écouta leur décision. Ils partiraient tous les deux jusqu’à Soude, où il y avait un tournoi trois jours plus tard. Il devait y participer puis repartir chez lui. Le Nain l’accompagnerait tout le long, pour vérifier qu’il le paierait bien. Astrid choisit de les accompagner et d’éventuellement participer au tournoi. Cela serait intéressant pour elle. Ils repartirent ainsi sur la route, formant désormais un trio qui attirait les regards des paysans et des voyageurs qu’ils croisaient.

Ils arrivèrent le lendemain soir à Soude. La petite ville était en effervescence avec l’organisation du tournoi. Il y avait près d’une douzaine de chevaliers déjà inscrits. Les deux guerriers bretonniens rejoignirent le lieu où ils pouvaient s’inscrire. Le chevalier, Bertrand, le fit en premier. Astrid suivit et fut regardée étrangement par tous les chevaliers présents, ainsi que par le héraut. Mais le règlement ne lui interdisait pas de s’inscrire et le Roy lui en avait donné la permission dans son parchemin. Aussi, elle eut le droit de le faire. Le chevalier la prit ensuite sous son aile. Tandis que le Nain allait loger dans une auberge, ils s’installèrent les tentes côte à côte. Une quintaine était placée dans un champ, servant pour l’entraînement. Ils repérèrent deux chevaliers impériaux qui étaient présents. Elle avait clairement de la concurrence pour le titre. Surtout qu’il y avait un chevalier du Graal qui avait décidé de participer. Astrid finit par se coucher, la tête pleine de rêves de joutes et de victoires.
Le lendemain fut assez long pour la jeune fille. Elle se leva avant l’aurore et mangea copieusement avant de s’équiper. L’aube était à peine naissante quand elle était à la quintaine. Elle voulait s’entraîner une dernière fois. Astrid voulait aussi tester la vitesse de son cheval. Il était plus rapide qu’un destrier mais légèrement moins fort. Elle n’avait pu utiliser cette vitesse lors du combat contre les bandits. Elle savait, de part son père adoptif, qu’elle pouvait utiliser cette vitesse comme force supplémentaire lors du tournoi. Cela serait pratique contre les chevaliers aguerris qui s’opposeraient à elle. Bien vite, les chevaliers arrivèrent à l’aire d’entraînement et un certain roulement s’établi entre eux. Ils passaient chacun leur tour à la quintaine. Astrid n’enleva pas son heaume avant d’être rentrée à sa tente, où elle prit le repas, rejointe par Yurin. Ce dernier l’encouragea un peu et l’entraîna au combat à l’épée toute l’après-midi, attirant quelques regards envieux.

Finalement, le jour du tournoi arriva. Astrid n’avait que peu dormi et elle était angoissée par la compétition approchant. Elle ne savait pas trop ce qui allait arriver mais espérait pouvoir faire relativement bonne figure pendant les joutes. Elle ne savait pas trop comment se positionner par rapport aux autres même si Bertrand lui avait dit qu’elle avait quelques chances. Elle n’y croyait pas vraiment. Son moral flancha encore plus lors du tirage au sort. Elle fut la deuxième tirée et devait affronter Gaëtan De La Tour De Bastonne, chevalier du Graal de son état. Autrement dit, elle n’avait pratiquement aucune chance de passer les huitièmes de finale. Quelques minutes plus tard, elle se dirigea face à la lice. Le chevalier était face à elle et fut acclamé par tous les spectateurs présents. Il devait être célèbre dans la région pour avoir autant de soutiens. Au signal, les deux guerriers chargèrent. Astrid parvint à éviter la lance de son adversaire, sans pouvoir le toucher. Arrivée au bout, elle retourna son coursier avant de charger à nouveau. A nouveau, elle abaissa sa lance peu avant l’impact. Le public retint son souffle. Astrid sentit une vive douleur à l’épaule mais resta en place. Miraculeusement, elle était parvenue à désarçonner son adversaire. Elle-même était la première surprise par un tel événement. Les spectateurs ne parlaient plus. Un chevalier du Graal, battu par une femme.

Astrid repartit rapidement vers sa tente pour se soulager. Elle avait mal et grimaçait sous son heaume. Elle ne se sentait plus très bien d’un seul coup. Elle fut heureuse de se coucher sur sa paillasse après avoir enlevé le plus gros de son armure. Un peu plus tard dans la journée, elle reçut la visite d’une guérisseuse qui lui massa son épaule endolorie. Heureusement, l’armure avait tenu et elle aurait juste un gros bleu. Puis, elle reçut la visite de Bertrand. Ce dernier était lui aussi qualifié après avoir éliminé un chevalier du Royaume. Il lui annonça également les tirages au sort pour l’après-midi. Elle passerait en deuxième, contre un autre chevalier du Royaume, Bastien. Il la prévint qu’il avait été béni par la dame lors de l’affrontement contre un chevalier impérial. Elle devrait donc être prudente. Astrid mangea rapidement à midi avant de s’équiper une nouvelle fois et de se diriger vers la lice.
Quelques minutes plus tard, les deux premiers combattants, un dénommé Charles de Couronne et Bertrand furent appelés. A la première charge, une vive lueur entoura le second, l’épargnant du coup de son adversaire. A la deuxième attaque, le compagnon de route de la jeune fille désarçonna celui qu’il affrontait, provoquant des cris de joie dans la foule. Il semblait béni par la Dame en personne pour la deuxième fois de la journée. Puis, Astrid fut appelée.

Elle se dirigea vers la lice, faisant bouger son épaule qui faisait toujours aussi mal. Au signal, elle chargea. Son premier coup, parfait, fut dévié au dernier moment par une grande lumière. Elle poussa un cri de rage car son adversaire ne l’avait même pas effleurée. Elle entendit des applaudissements, les interventions divines étant appréciées en Bretonnie. Puis, ils chargèrent à nouveau. Cette fois, aucun des deux ne parvint à atteindre l’autre. Ils repartirent donc pour une troisième attaque. Mais là, ce fut au tour d’Astrid d’être aveuglée par une grande lumière. Elle sentit une lance la toucher mais elle n’eut aucun dégât. La foule était stupéfaite. Cette femme était, elle aussi, bénie par la dame. Le quatrième assaut se déroula exactement comme le premier. Le combat commençait à durer mais le coursier d’Astrid ne faiblissait pas. Ce fut finalement au cinquième où la jeune fille put désarçonner son adversaire sous les vivats de la foule. Elle avait été sauvée par la Dame et avait pu gagner son combat puisqu’elle semblait avoir abandonné son adversaire. Ce dernier quitta la lice en colère, furieux d’avoir été battu par une femme.
Astrid, elle, partit rapidement vers sa tente. Son épaule tenant son écu lui faisait toujours aussi mal. Elle se débarrassa de son armure. Puis, elle se changea rapidement, prit sa dague et alla droit vers le temple de Shallya. La voyant arriver, les sœurs lui demandèrent ce qui n’allait pas. Elle leur répondit avec honnêteté et elles s’occupèrent de lui bander l’épaule. Puis, elles la renvoyèrent dans sa tente. En revenant, elle eut la surprise de voir Bertrand l’attendre avec Yurin. Ils lui annoncèrent qu’elle affronterait le chevalier impérial encore en lice. Autrement dit, elle aurait fort à faire pour en sortir gagnante. Elle aurait au moins l’assurance d’avoir le public derrière elle. Bertrand, lui, affronterait l’autre chevalier du Royaume en lice, Hugues De Versisheim. Ils mangèrent ensemble le soir, le nain racontant le point de vue du public. Ainsi, elle apprit que les nobles la détestaient mais que les petites gens se mettaient à rêver d’une victoire de sa part. Chose qui la fit bien rire. Puis, ils se couchèrent relativement tôt.

Le réveil fut brutal pour Astrid. Elle avait mal dormi à cause de son épaule. Lentement mais sûrement, elle fit ses ablutions avant d’aller préparer son coursier. Elle s’équipa ensuite de tout son attirail avant de se rendre sur la lice. Les spectateurs commençaient à arriver et il menaçait de pleuvoir. Elle pria rapidement pour que l’eau ne tombe pas du ciel. Les officiels arrivèrent à grands renforts de trompettes et la dernière journée put commencer. La jeune fille fut alors appelée avec Hans, le chevalier impérial. Elle ne connaissait pas son ordre mais il était doté d’une armure très résistante. Le déstabiliser de son cheval serait difficile, pensa-t-elle.
A la première charge, les deux combattants se touchèrent sans se faire tomber. La jeune fille poussa un cri de douleur quand la lance du chevalier frappa l’épaule au même endroit que la veille. Puis, ils attaquèrent à nouveau. Elle parvint à frapper au point faible de la garde de son adversaire alors qu’une vive lueur l’entourait à nouveau. La Dame était avec elle. De grands cris de joie fusèrent de la foule alors que le guerrier bardé d’acier se relevait avec difficulté. Astrid se dirigea vers lui, récupérant son cheval au passage. Elle le lui amena et releva sa visière avant de lui dire :
« Vous êtes fort redoutable à la lance. Je prie Sigmar que vous remportiez le tournoi.
-Je vous en remercie messire, répondit-elle dans un Reikspiel presque parfait. Vous méritiez vous aussi la victoire. »
Puis, ils rentrèrent à leurs tentes, laissant la place aux deux combattants suivants.

Astrid était épuisée par la douleur à son épaule. Au réveil, elle avait eu moins mal. Mais là, la douleur était revenue, beaucoup plus forte. Autre problème, elle n’avait plus de lances. Ses deux armes étaient brisées. Aussi, n’ayant guère le choix, elle prit sa bourse et son poney avant d’aller en acheter trois nouvelles. Ce fut à ce moment qu’elle réalisa. Elle était en finale d’une joute. C’était un véritable exploit. Elle s’était montrée supérieure à un chevalier du Graal, un chevalier du Royaume et un chevalier impérial, même si ce dernier ne comptait pas pour les Bretonniens. Elle mangea légèrement le midi, n’ayant guère faim puis dut s’équiper. Son épaule la lançait et elle pria que son futur adversaire ne la frappe point au même endroit. Surtout, elle se demandait comme s’équiper. La solution vint de Hans. Ce dernier s’annonça et voyant son problème, il proposa de l’aider. Elle accepta immédiatement, consciente qu’elle n’avait guère le choix. Il lui dit alors qu’elle affronterait Bertrand en finale. Un fin sourire s’étendit sur les lèvres de la bretonnienne. Elle l’avait battu à plat de coutures la dernière fois. Puis, elle monta sur son cheval et gagna la lice.
La charge fut lancée au signal. Cette fois, son coursier donna tout ce qu’il avait. L’impact fut brutal. Esquivant adroitement la lance de son adversaire, Astrid donna toutes ses forces dans son arme, envoyant Bertrand voler sur plusieurs pieds et chuter lourdement au sol. Une partie du public l’acclama tandis que l’autre repartait, furieuse que ce soit une femme qui remporte le tournoi. Le seigneur local la fit alors venir jusqu’à lui. Il semblait fort mécontent. Cependant, il n’avait guère le choix et lui remit une bourse ainsi qu’un heaume enchanté, composé d’écailles de dragon, lui conférant une protection contre le feu. Elle les accepta poliment et reparti vers sa tente, épuisée. Elle confia sa monture au palefrenier et alla droit vers le temple de Shallya. Son épaule était très douloureuse et elle avait grand besoin de soins. Deux sœurs furent envoyées récupérer ses affaires pendant qu’elle recevait une petite chambre, lui permettant de se reposer. Elle fit alors don de trois quarts de ses gains du tournoi au temple, pour le plus grand bonheur des prêtresses.
Astrid reçut la visite de Yurin et Bertrand, lui annonçant qu’ils reprenaient la route. Le premier lui laissant la charrette puisqu’elle lui appartenait dans les faits. Elle leur dit adieu, espérant toutefois les revoir un jour prochain. Mais elle n’avait guère d’illusions puisqu’elle partait vers l’Empire. En début de soirée, elle reçut la visite de Hans et Frederik, les deux chevaliers impériaux. Ils faisaient partie de l’ordre de la Lance d’Argent, un petit ordre de deux centaines de chevaliers dans l’Averland. Ils lui proposèrent de l’attendre et de venir avec eux ensuite sur une partie du voyage. Elle accepta, voyant là l’occasion d’avoir des compagnons de route, chose fort intéressante dans un monde aussi violent et peu sécurisé.

Astrid resta près d’une semaine dans le temple, le temps de guérir complètement. Elle profita de ces six jours de repos pour reprendre des forces. Elle était épuisée par les aventures depuis la chapelle où elle avait vécue son adolescence. Elle aida aussi un peu les sœurs de Shallya à s’occuper de certaines choses comme la cuisine en coupant des légumes ou alors en nettoyant le sol en passant le balai. Cela ne nécessitait pas vraiment son épaule gauche et ainsi, elle ne restait pas désœuvrée. La mauvaise nouvelle fut quand elle apprit que les deux chevaliers étaient partis sans l’attendre. Elle pesta pendant toute une journée contre le manque d’honneur des impériaux.
Finalement, le jour où elle put sortir arriva. Impatiente de se remettre en route, la jeune fille s’équipa seule avant de dire adieu aux occupantes du temple. Elle récupéra son coursier, son poney et la charrette avec le cheval puis partit faire le plein de vivres pour plusieurs semaines de voyage. Sur la grand place, elle rencontra alors une caravane de marchands. Elle sourit et alla droit vers le chef du convoi en pleine effervescence. En se retournant, il fut surpris de voir un visage de jeune fille face à lui. Elle lui demanda alors avec une voix douce mais ferme :
« Chercheriez-vous un guerrier monté pour l’escorte par le plus pur des hasards ?
-Pourquoi, vous en êtes un ?
-En effet, messire. C’est moi qui aie gagné le tournoi il y a environ six jours, si vous en avez entendu parler. »
Il sembla réfléchir quelques secondes et la questionna :
« Vous êtes prêtes à faire le trajet jusqu’à Marienburg avec nous ?
-J’y suis prête, répondit la jeune fille, fermement.
-Bien. Alors considérez-vous comme engagée. Vous serez payée à l’arrivée. Voici un contrat, il lui tendit un encrier, une plume et un parchemin qu’elle signa. Vous gardez le parchemin sur vous jusqu’à l’arrivée. Vous serez payée à destination, moins les frais d’auberge et de nourriture.
-J’ai assez de vivres pour deux semaines de trajet et j’ai une charrette.
-Parfait. Vous aurez une déduction moins importante si vous partagez avec d’autres.
-Cela me va.
-Votre poney garde vos affaires.
-Reçu.
-Toujours prête pour l’aventure, railla le chef du convoi ?
-Toujours.
-Votre mission sera simple. Vous serez au milieu du convoi, sur un côté. Vous devrez surveiller les alentours. En cas de combat, vous pourrez intervenir d’un côté ou de l’autre.
-C’est compris.
-Bien. Confiez votre charrette au type borgne là-bas. Et donnez-lui ce parchemin. Il vous la conduira sans vous voler. Je le connais bien, il est honnête.
-Il vaut mieux pour lui.
-On part dans une heure. »

Astrid obéit au chef du convoi, qui se nommé Bastian et alla confier sa charrette à l’homme en question. Ce dernier lut rapidement le parchemin et le signa avant de prendre en charge l’engin. Il parla un peu avec la jeune fille, lui demandant s’il y avait des choses particulières. Elle répondit que non et ils se séparèrent peu après. Une quarantaine de minutes plus tard, le convoi se prépara à partir. Les chariots quittèrent un à un la ville pour se regrouper à l’extérieur tandis qu’Astrid restait en arrière pour récupérer les retardataires. Elle en profita pour faire rapidement connaissance avec l’escorte montée. Il y a Sebastian et Navas, deux mercenaires estaliens dans la force de l’âge. On y trouvait aussi des jumeaux impériaux, Hans et Kurt. Ils étaient accompagnés par Siegehilde, une mercenaire impériale et Antonio, un cavalier tiléen. En tout, ils étaient sept cavaliers. Astrid était la benjamine et la seule à avoir une lance lourde. Seule Siegehilde pouvait charger au corps-à-corps avec Astrid puisque disposant d’une armure lourde.
Le convoi se mit alors en branle, traversant la Grisemerie avant de prendre la route de Marienburg par la passe de Gisoreux.


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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 17 Juil 2017 - 17:25

Si cette suite est intéressante et promet de nouvelles péripéties, je m'étonne du dénouement de l'intrigue avec le thane nain.
Le problème a à peine été abordé une fois ledit chevalier rencontré et on enchaîne aussitôt sur un tournoi qui sort un peu de nulle part selon moi. (ce qui est dommage, car ledit tournoi était simple et intéressant à lire) Moi qui m'attendais à des aventures avec ce duo fort sympathique, me voilà surpris.

Du coup, on se retrouve avec une Sieghilde tiens ( Tongue ), c'est un nom comme un autre mais ça m'a fait bêtement sourire.

Enfin, je verrais bien ce qui se passera par après ! Je demande, comme il est coutume de le faire, la suite !
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 25 Juil 2017 - 15:06

Il y aura toujours un HANS du côté des impériaux Fou

J'en deviens presque jaloux de cette chevalière qui trouve du boulot aussi vite (angoissé par mon vécu IRL ? noooon...), mais après tout, ça se comprend, elle a un bon CV ^^

La suite Tongue

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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 1 Aoû 2017 - 11:20

Von Essen a écrit:

J'en deviens presque jaloux de cette chevalière qui trouve du boulot aussi vite (angoissé par mon vécu IRL ? noooon...), mais après tout, ça se comprend, elle a un bon CV ^^
Moi aussi j'ai trouvé un boulot d'été très rapidement IRL Very Happy Bon ok, c'est à mi-temps et c'est livreur de pizzas. Mais j'ai trouvé en une semaine Very Happy

Sinon, voilà la suite avec la première interaction avec des morts-vivants.



Chapitre 8 : Le voyage de l’enfer et la Geheimnisnacht


Le voyage avait bien commencé pour Astrid. Pendant quatre jours, il ne s’était rien passé d’anormal. Les ennuis commencèrent avant d’arriver aux Sœurs Pâles, le cinquième jour de marche. Ils tombèrent dans une embuscade tendue par plusieurs dizaines de bandits. Astrid avait réussi à en tuer près d’une demi-douzaine à elle seule, mais cela n’avait été que peu suffisant. Sur les deux cents gardiens du convoi, la moitié était tuée, même si les bandits avaient été massacrés. Cependant, peu de chariots avaient été détruits. Les sept cavaliers commencèrent alors des patrouilles mobiles, cherchant tout endroit susceptible d’être favorable à une embuscade. L’arrivée au Château Desfleuves fut accueilli par moult cris de joies.
Le lendemain, le convoi repartit sous les meilleurs auspices puisqu’il faisait un grand soleil. Mais, vers dix heures, le ciel se couvrit d’énormes nuages noirs, chargés de pluie. Des torrents d’eau tombèrent peu après. La route se transforma en bourbier. Il ne pouvait passer dix minutes sans qu’un chariot ne s’embourbe. La caravane n’avançait presque plus. Astrid allait et venait avec Hans et Kurt. Ils la couvraient tandis qu’elle surveillait les alentours. Mais la pluie empêchait de voir à plus de dix pieds. C’était encore pire en allant au galop. Il fallait toute l’agilité et l’adresse des cavaliers pour éviter les gens s’écartant du convoi. Leur rôle passa vite de celui d’éclaireur à celui d’estafettes et de gardiens de troupeau, les chariots et gardes représentant les moutons. Astrid passait son temps à pester, regrettant presque de s’être engagée. Mais désormais, il n’y avait nul retour en arrière. La nuit se passa dans un sol gorgé d’eau et pratiquement personne ne parlait, tout le monde étant épuisé par la journée et les intempéries.

Ce temps dura trois jours pendant lesquels le convoi n’avança qu’au rythme de deux lieues par jour, comparé aux dix lieues, sur la même période les jours précédents. Certains avaient demandé à retourner au Château Desfleuves mais cela avait été refusé à la majorité. Mais le pire, à ce moment, arriva le troisième jour. Astrid rejoignait la tête du convoi pour porter des ordres quand elle vit un marchand descendu pousser un chariot embourbé s’effondrer, une flèche plantée dans le dos. Aussitôt, elle hurla l’alarme. Le cri fut relayé et tout le monde se prépara au combat. Mais de nombreux hommes s’effondrèrent, percés de flèches. Elle était la seule cavalière dans les environs. Alors que les gardes se regroupaient autour des chariots, elle prit la décision d’aller à la source. Profitant de la pluie, elle enfila son heaume et son écu avant de prendre sa lance et d’avancer droit vers une source des tirs. L’eau frappait si fort le sol que son cheval était silencieux. Elle parvint adroitement à contourner des archers et les chargea sur quelques mètres. Elle parvint à en embrocher trois d’un coup. Les autres se tournèrent vers elle mais ils n’eurent pas le temps de tirer qu’elle les empalait eux aussi. Puis, elle retourna vers le convoi. La bretonnienne entendait des bruits de combats et des râles de mourants. Puis, la pluie cessa tout aussi subitement qu’elle était apparue. Le soleil fit son apparition et Astrid vit l’ampleur du désastre. C’était un carnage. Elle chargea, lance au clair sur tous les bandits visibles, les abattants dès qu’ils étaient à portée. Par miracle, alors que sa lance était brisée, elle passa à côté de son chariot et en prit une autre.
Ce ne fut que vers la fin de la journée que les combats furent terminés. Astrid vomit en voyant le nombre de morts. Sur la centaine de gardes survivants, seule une trentaine étaient encore en vie. La majorité des marchandises et des chariots étaient soit disparus, soit étalés sur le sol.

Regroupant les survivants avec l’aide de quelques gardes, la jeune fille prit sur elle pour ne pas regarder les cadavres. Même si elle fut heureuse de retrouver vivants son poney, son cheval de trait et sa charrette. C’était l’une des seules bonnes nouvelles pour elle. Ils avancèrent ensuite pendant deux heures avant de lever le camp. Il restait à peine une dizaine de chariots, vingt marchands et trente gardes dont les huit cavaliers. Siegehilde était indemne mais les cinq autres étaient loin de l’être. Hans et Kurt étaient blessés et hors de combat pour quelques jours. Personne ne parla pendant toute la soirée et toute la nuit pendant les tours de garde. Astrid, elle, repensait à ce qu’elle avait vu. C’était horrible et elle n’avait jamais été habituée à une telle violence, surtout de la part d’humains. C’était probablement cela le pire selon elle. Autant elle pouvait s’y attendre de la part de peaux-vertes ou d’hommes-bêtes, autant cela était inattendu venant d’humains. Cela la dégoûtait.

La jeune bretonnienne dormit très mal pendant la nuit, ses rêves étant peuplés de cauchemars remplis de morts toutes plus atroces les unes que les autres. Désormais, elle avait un très mauvais pressentiment sur le voyage. Ils allaient aller aussi vite que possible pour passer la Trouée de Gisoreux. Mais l’escorte était très faible et les lieux propices aux embuscades étaient nombreux. Le reste de la journée fut calme et rien ne fut à signaler. Tout le monde était angoissé et sur le qui-vive. Tout ce qui avait précédé était de fort mauvais augure. En début d’après-midi, Siegehilde s’ouvrit à la bretonnienne avec une voix morne :
« C’est ta première escorte ?
-Oui, c’est le cas.
-T’auras de la chance si tu t’en sors entière. On n’a presque aucune chance d’arriver tous ensemble à Marienburg maintenant. Ni même d’atteindre l’Empire.
-Tu as hâte d’y rentrer ?
-Ouaip. J’habite à Altdorf en temps normal. Mais j’ai eu des gosses assez jeune et mon mari travaille là-bas. J’ai du devenir mercenaire pour rapporter un plus d’argent.
-Ah en effet.
-T’as quel âge, p’tite ?
-Seize ans depuis ce qui correspond environ au dix-huit Sigmarzeit.
-Bah t’es excellente au combat pour ton âge. Y’a plein de nobles qui pourront pas dire la même chose.
-J’apprends à me battre depuis mes huit ans et mon père adoptif est chevalier du Graal.
-T’es noble ?
-Oui.
-Oh la connerie.
-Ce n’est pas grave. J’ai toujours bien aimé être avec les paysans près de là où nous habitions. Alors ça va.
-Tant mieux pour moi alors, répondit l’impériale avec sourire. »
Les deux seuls éléments féminins du convoi sympathisèrent rapidement.

Finalement, ils arrivèrent à une journée de marche après le Fort Bergbres. Après ce dernier, ils seraient en sécurité relative. Cependant, cette fameuse dernière journée tourna rapidement au cauchemar. A dix heures, la première embuscade survint. Si la cargaison fut intacte, Hans et Kurt furent tués par des flèches. A quatorze heures, la deuxième attaque se déclencha. Cette fois, les deux cavaliers estaliens furent tués au corps-à-corps. Astrid et Siegehilde arrivèrent trop tard pour les sauver et ils furent achevés juste sous leurs yeux. Elles chargèrent dans la mêlée et massacrèrent les assaillants sans autre forme de procès. La plus âgée récupéra ensuite les pistolets des deux mercenaires avant de les charger. A seize heures, l’enfer se déchaîna. Cette fois, ce fut Antonio qui déclencha l’alerte. Une centaine de peaux-vertes arrivaient droit face à eux. Les gardes se portèrent rapidement à l’avant du convoi alors qu’il était abattu par une flèche sortie des rangs des orques. Astrid baissa son heaume après un dernier regard déterminé à Siegehilde. Puis, elles attendirent l’impact des deux infanteries. L’impériale trouva alors une dizaine de chevaucheurs de loups qui les contournaient. Elle prévint la bretonnienne et elles se lancèrent sur leurs traces.

Elles arrivèrent alors que le carnage avait commencé. Les loups déchiquetaient les chevaux et ânes pendant que les gobelins assassinaient les marchands qui se défendaient tant bien que mal. L’intervention des deux guerrières ne changea pas tout de suite l’issue de la bataille. Elles voyaient au loin les humains former une dernière ligne de défense contre les peaux-vertes, profitant du terrain pour les endiguer. Astrid combattait comme une forcenée, tuant chaque cavalier et sa monture. Finalement, après une demi-heure, les deux femmes étaient indemnes et les gobelins massacrés avec les loups. Mais tous les marchands étaient morts et avec leurs montures. La marchandise était pratiquement perdue. Par chance, il restait deux charrettes, dont celle d’Astrid. Elles envisagèrent de s’en aller mais le combat était loin d’être fini à l’avant. Et il penchait en faveur des peaux vertes. Aussitôt, elles se relancèrent dans la bataille. Le choc fut brutal et Astrid fonça dans la première mêlée de sa vie. Elle tua deux guerriers orques sur le coup avant de laisser sa lance et prendre son épée. Elle tailla à gauche et à droite tout ce qui avait une peau verte, sans se soucier du reste.
Vers dix-huit heures, il ne restait aucun ennemi vivant. La jeune fille se sentait mal devant un tel massacre. Heureusement, Siegehilde était encore en vie. Au moins elle n’était point seule dans les épreuves qui les attendaient. L’impériale vint alors vers elle, les traits tirés par la fatigue. Elle lui dit, épuisée :
« Il vaut mieux récupérer ta charrette et ton poney et que l’on s’en ailler d’ici rapidement. Les loups vont venir et tout disparaîtra.
-Pour où partons nous, demanda Astrid, inquiète ?
-Marienburg. On n’a plus le choix. Il faut les prévenir de tout le monde a péri. J’ai récupéré la liste des marchands et marchandises. On répand toutes les cargaisons sur le sol en vitesse et on s’en va.
-D’accord. »
Une heure plus tard, les deux femmes s’en allaient du champ de bataille. Elles désiraient plus que tout mettre tout cela derrière elles.

Elles avancèrent pendant de nombreux jours à travers l’arrière-pays désolé de Marienburg. Aucune des deux guerrières ne parlait en dehors des moments où elles se coordonnaient pour une halte. Toutes les horreurs vues lors du voyage étaient encore trop présentes dans les têtes. Astrid, elle, repensait à sa décision de quitter la Bretonnie et de s’engager dans le convoi. Elle aurait mieux fait de suivre son premier désir et de partir vers Parravon. Maintenant, une fois qu’elle serait arrivée à Marienburg, elle ne saurait plus quoi faire, ni quelle décision prendre. Elle tenterait probablement de rejoindre l’Averland, qui se rapprochait beaucoup de la Bretonnie pour certains aspects. L’arrivée à la grande cité portuaire vint bien plus vite que prévu. La jeune fille fut impressionnée par les véritables palais des grandes familles marchandes. Presque en permanence, elles étaient interpellées pour acheter quelque chose. Mais Siegehilde l’avait prévenue. Elle ne devait croire personne dans cette ville où la seule chose qui comptait était l’or. Finalement, en soirée, elles se retrouvèrent assises à la table d’une auberge pour le moment peu fréquentée car il n’était pas encore dix-neuf heures.
Peu après s’être assise, Siegehilde décida d’aller au but de la conversation :
« Je te propose de venir chez nous près d’Altdorf. On a une petite écurie où tu pourras laisser tes chevaux et ton poney. Ce serait bien plus pratique pour passer l’hiver qui arrive.
-Je… Ça ne dérangera pas ton mari ?
-Non, pas du tout. Il comprendra parfaitement. De toute manière, j’arrête de faire mercenaire. J’ai envie de voir mes enfants grandir.
-Je… Je suis contente pour toi. C’est cette escorte qui t’a convaincue ?
-Elle a mit le point final à ma réflexion, oui. J’y pense depuis près d’un an. A chaque mission je passe de plus en plus près de la mort et là, j’y étais presque. Je n’ai pas envie de tenter le sort une nouvelle fois.
-Tu as probablement raison.
-Tu ne veux pas non arrêter ?
-Je n’ai rien d’autre à faire et je n’ai pas envie de devenir fermière. Je n’ai pas de famille ou autre. Et comme je ne suis plus pure, je peux oublier tout mariage avec un noble bretonnien.
-Mais, et ton père adoptif ?
-Parti quelque part pour l’Averland pour une quête. Il ne sera pas de retour avant une année, si tant est qu’il revienne un jour.
-A ce point ?
-C’est ça être Chevalier du Graal. Il est d’abord serviteur de la Dame avant d’être mon père.
-Au moins on n’a pas ça avec Sigmar.
-Bof. Un répurgateur avec de la famille, ce doit être similaire. Au moins, mon père a pu être présent jusqu’à mes seize ans et m’a appris beaucoup de choses dont comment se battre et survivre dans la nature.
-Ce n’est point faux. Tu as pensé à louer tes services pour autre chose que des convois ?
-C’est possible ?
-Oui. Il y a parfois des ordres de chevalerie qui recrutent des mercenaires pour des entraînements particuliers. Ou sinon, des répurgateurs recrutent des guerriers pour les escorter ou les aider à traquer des mutants. L’un comme l’autre seraient pratiques pour toi. A la fois tu gagnes en expérience, mais aussi tu peux parcourir les terres de l’Empire dans le deuxième cas.
-Je… J’y réfléchirai. Mais merci pour la proposition en tout cas.
-Je la fais parce que je t’aime bien. Et t’es agréable à vivre. »
Le repas fut servi peu après et les deux femmes allèrent se coucher rapidement.

Le lendemain commença un long trajet jusqu’à Altdorf. Le navire faisait route jusqu’à Nuln, avec un arrêt dans la ville de Sigmar (ou du moins elle le revendiquait). Ils en avaient pour une vingtaine de jours sur le fleuve. C’était beaucoup moins cher que par la route. De plus, la mauvaise saison arrivant, cette voie était préférable. Les deux femmes passèrent le plus clair de leur temps dans une cabine commune. Elles se racontèrent leurs expériences. Ainsi, Astrid apprit que Siegehilde était d’origine bourgeoise mais avait été reniée par sa famille. Son mari, Leon, était un fermier aisé et possédait la dépendance où elle passerait l’hiver. Ils s’étaient mariés à dix-sept ans, quand elle était enceinte de leur premier enfant, conçu par accident. Elle en avait désormais vingt-neuf et avait eu dans ces douze années, trois autres enfants dont des jumeaux. L’impériale avait ainsi passé huit ans sur les routes en tant que mercenaire. Elle ne rentrait en général que pour l’hiver, qu’elle passait en famille. Dès le retour des beaux jours, elle repartait louer son épée. Elle était devenue une guerrière accomplie, comme avait pu le voir Astrid. Mais selon l’aînée, cette dernière était bien meilleure, notamment quand il fallait se battre à cheval.
Après le long trajet relativement ennuyant, les deux femmes arrivèrent enfin à Altdorf. La ville grouillait d’activité et elles avaient le plus grand mal à se frayer un chemin dans la populace qui s’agitait. Sortir du port fut assez compliqué et sortir de la ville encore plus. Astrid fut étonnée de voir encore plus de monde d’origines diverses qu’à Marienburg puisqu’il y avait même des Demi-Hommes, ou Halflings, des Norses et des Nains. Ces derniers formaient ici une des plus grandes communautés naines de l’Empire avec notamment Nuln. Finalement, elles sortirent de la cité et chevauchèrent pendant une petite heure avant d’arriver à la fameuse ferme.

Selon Astrid, la ferme tenait plus du manoir que de la véritable ferme. Du moins selon sa conception bretonnienne de la ferme. En effet, dans le village près duquel elle avait habité, une ferme comptait trois pièces au lieu de deux, puisqu’il y avait une étable avec. Sinon, elles semblaient en permanence sur le point de s’effondrer. Là, c’était différent. La « ferme » était construite en pierre, bâtie par les Nains selon Siegehilde. Elles passèrent un mur de pierre, probablement conçu pour limiter les raids de bandits, et se dirigèrent vers les écuries. Des couloirs couverts reliaient les divers bâtiments annexes comme les étables, les entrepôts et les écuries au bâtiment principal.
Elles laissèrent leurs montures au palefrenier et Astrid fut stupéfaite de voir près d’une dizaine de chevaux. Elle se rappela que la possession d’un cheval par un non-noble n’était pas interdite dans l’Empire. Puis, elles récupérèrent leurs affaires et se dirigèrent vers l’entrée principale.

Elles pénétrèrent dans la bâtisse et furent rapidement accueillies par un concert de cris de joie. Astrid vit Siegehilde être entourée par quatre enfants, deux filles et deux garçons, entre onze et deux ans. Ces derniers étaient tous bruns aux yeux marron comme leur mère. Et probablement leur père. Mais les cris s’arrêtèrent bien vite et la bretonnienne fut présentée aux enfants. Elle rencontra ainsi l’aînée, Maria, la cadette Julia et son jumeau Frederik et le benjamin, Tom. Ce dernier avait gagné les bras de sa mère et ne voulait pas s’en décrocher. Puis, des serviteurs arrivèrent et l’un d’eux conduisit la jeune fille vers une chambre à l’étage. Cette dernière était très spacieuse et avait en plus un petit salon et une salle d’eau. Elle rangea progressivement toutes ses affaires avant de prendre un bain rapide et de se changer. Plus présentable, une domestique la conduisit jusqu’au salon, où elle put faire plus ample connaissance avec Maria. Cette dernière fut très polie et aimable. Astrid s’émeut en pensant qu’elle devait être entourée d’amour mais en même temps être très bien éduquée. Cela était rare dans la noblesse de Bretonnie. La fille s’intéressa aux aventures de son aînée, qui promit de tout raconter le soir même ou dans les jours suivants.
Peu avant le dîner, Astrid rencontra le fameux Leon, dont lui avait parlé sa compagne de route. Il était relativement bel homme mais était très poli. Et surtout, il semblait totalement amoureux de sa femme. La jeune fille eut une pointe au cœur en pensant à un tel bonheur, qu’elle ne connaîtrait probablement jamais. Si elle pouvait aider d’autre à l’avoir, elle en serait heureuse. Les deux époux la prirent alors à part avant que le mari ne lui demande :
« Vous comptez donc rester jusqu’aux beaux jours ?
-C’est ce que m’a proposé votre épouse. Et je compte accepter, sauf si cela vous dérange.
-Non, point du tout. En fait, cela m’arrange car j’aimerais que vous appreniez à mes trois premiers enfants à se battre et à monter à cheval pendant ce temps. Siegehilde poursuivra l’apprentissage après votre départ.
-J’en serais fort honorée. Ont-ils des armes adaptées ?
-En effet.
-Alors je commencerai demain si cela vous convient.
-J’en serais fort aise. »

Le souper fut servi peu après et ce fut le premier repas joyeux d’Astrid depuis de trop nombreuses semaines. Elle se rendit compte qu’elle était épuisée par ses aventures et son voyage. Même si cela faisait à peine plus d’un mois qu’elle était partie, elle avait l’impression que cela faisait plusieurs années. Elle avait tellement vu et vécu entre temps que sa vie à la chapelle du Graal avec son père adoptif lui semblait lointaine. Désormais, elle voulait se poser quelques temps avant de repartir à la découverte du monde. Elle se doutait qu’elle ne mourrait pas vieille dans son lit, entourée d’une famille nombreuse. La vie qu’elle avait décidée de mener était remplie de danger et elle pouvait croiser la mort tous les jours. Mais au moins elle voulait vivre avant de mourir. Elle comptait explorer l’Empire, que ce soit en tant que mercenaires ou autre. Elle voulait profiter de la vie avant de rencontrer son destin et si possible ne pas trop souffrir.

Une routine se mit en place les jours suivants. Astrid se levait vers six ou sept heures du matin et prenait un premier bain. Puis, elle descendait prendre un premier repas. Elle allait ensuite s’habiller avec sa tenue de combat et entraînait les trois premiers enfants de la famille chez qui elle logeait. Ces derniers avaient hâte d’apprendre. La première partie de chaque leçon était consacrée au combat à l’épée et la deuxième à monter un cheval au combat. Quand il faisait beau, ils s’exerçaient en extérieur, sinon dans des salles dédiées ou dans l’écurie pour s’entraîner à la monte. Puis, ils prenaient tous ensemble le repas de midi. L’après-midi était consacré à son entraînement personnel. Peu importait le temps, la jeune bretonnienne le réalisait toujours dehors. Elle voulait pouvoir se battre par tous temps, hormis quand il y avait de la grêle. C’était la seule exception, mais elle était rare.
L’hiver arriva et avec lui les jours se raccourcirent. Le sol se couvrait régulièrement d’un magnifique manteau blanc. Il arrivait souvent qu’Astrid joue avec les enfants de Siegehilde avec la neige, que ce soit en faisant des constructions ou des batailles avec des boules. Cela les amusait beaucoup et ils en ressortaient toujours avec un immense sourire qui rendait la jeune fille heureuse.

Mais, vers la fin de l’année, la Geheimnisnacht arriva et avec elle son lot habituel de craintes, de prédictions et de préparations. Tous les employés et même Astrid furent employés pour barricader toute l’exploitation. Les entrepôts furent complètements barricadés et renforcés pour ne pas être forcés. Les bêtes furent conduites dans une partie du manoir pour échapper à d’éventuels morts-vivants qui viendraient hanter les écuries et détruire les moyens de production de la ferme. Puis, toutes les portes donnant sur l’extérieur furent barricadées, les familles des employés étant amenées dans le manoir avec un grand nombre d’effets personnels. Tout était fait pour repousser toute éventuelle attaque. Le mur de pierre autour des bâtiments fut minutieusement inspecté et renforcé partout où cela était nécessaire. Tous les hommes en âge de se battre furent équipés d’armes diverses et variées et rapidement entraînés par Astrid et Siegehilde. Ces dernières s’équipèrent de pied en cap et pour la première fois, la bretonnienne enfila son heaume enchanté.

La nuit tomba tôt et dehors, les deux lunes apparaissaient et devenaient pleines. L’horreur pouvait commencer. De l’intérieur, des cris furent entendus dehors tandis que des horreurs sans noms parcouraient la campagne. Les hommes et les deux femmes se regardaient à chaque point d’accès. Ils espéraient passer la nuit. Les impériaux invoquaient tous les dieux de leur panthéon tandis qu’Astrid priait la Dame du Lac de lui accorder sa bénédiction pour les probables combats à venir. Vers vingt-deux heures, un grand fracas fut entendu dehors. La porte de l’enceinte venait d’être forcée. Tous les gens se regardèrent, une lueur de crainte dans les yeux. Les minutes qui suivirent parurent des heures alors qu’ils entendaient des créatures avancer dans le terrain entre le manoir et le mur de pierre. Puis, des coups frappèrent la porte. Le sol trembla et tout le monde se demanda ce qu’il y avait en face. Tous les hommes chargèrent les arbalètes fébrilement avant de se préparer à tirer, peu importe ce qui arriverait face à eux.
La porte finit par céder après des minutes interminables. Aussitôt, à travers la lueur blafarde de Mannslieb, les humains virent une grande bête poilue casser les murs autour de ce qui restait de la porte. Tout le monde tira et par chance, elle s’effondra. Mais aussitôt, des créatures répugnantes lui passèrent par dessus et se jetèrent sur les employés. Astrid tenta de les aider mais ils étaient trop peu nombreux. Elle se plaça alors dans l’encadrement de la porte du vestibule, empêchant grâce à son armure et à son écu toute créature qui s’approchait d’elle. Devant la jeune fille, une vingtaine de corps humains, dévorés vivants. Mais certains se mirent même à se relever et elle les décapita les uns après les autres quand elle finit par comprendre. Un nécromancien ou un vampire agissait depuis l’extérieur. Elle entendit alors des cris d’horreur dans toute la maison. Passant la porte, elle barricada cette dernière avec des meubles avant de se précipiter ailleurs.

Le manoir était attaqué de toutes parts et en passant devant l’entrée de la pièce où les enfants étaient gardés, la nausée la saisit. La porte était forcée et des corps en morceaux jonchaient l’endroit. Plus d’une quarantaine d’enfants, massacrés. Et il en manquait plusieurs. Elle passa l’endroit au peigne fin avant de finir par trouver Maria, qui s’était cachée sous un mort. La petite semblait en état de choc. Elle pleurait toutes les larmes de son corps et encerclait ses genoux avec ses bras. Astrid enleva son heaume et décida de partir. Le manoir était sur le point d’être pris. Elle devait juste chercher d’autres survivants. Après plusieurs minutes, elle convainquit la fillette de la suivre. Elle lui donna une arme pour se défendre, au cas où elle devrait se battre. Puis, elle remit son casque avant de s’enfoncer dans les couloirs sombres. Les cris résonnaient sinistrement et finalement, elles parvinrent jusqu’à la chambre de Maria. Astrid lui ordonna de prendre des vêtements chauds et son baluchon. Elle obéit rapidement avant de suivre son aînée jusqu’aux appartements de cette dernière.
La bretonnienne rassembla toutes ses affaires dans des sacs avant de les mettre sur le dos et de redescendre, l’arme au poing. Elles rencontrèrent régulièrement des zombis isolés. A chaque fois, Astrid se chargeait de les renvoyer dans la tombe. Puis, ils arrivèrent jusqu’à l’endroit où était gardé le bétail et les montures. La jeune fille prépara son cheval en un temps record pendant que Maria s’occupait de son poney et de celui de son aînée. Elle osa alors lui demander :
« Et papa et maman ?
-Je vais essayer d’aller chercher ta mère. Mais pour ton père, j’ai bien peur qu’il soit trop tard. »

Astrid repartit au combat. Elle fouilla tous les couloirs avant de tomber sur Siegehilde, morte, l’arme au poing. Surtout, elle semblait vidée de son sang. La bretonnienne comprit immédiatement la situation. Elle récupéra l’épée de la mère de Maria avant de courir là où elle avait laissé sa cadette. Un vampire était non loin. C’était encore pire qu’un nécromant. Là, elle n’était pas sûre de pouvoir gagner un combat singulier face à lui. Elle arriva sans mal à la grande pièce et monta sur son coursier et saisit une lance de cavalerie. Puis, elles foncèrent, libérant les bœufs et chevaux au rez-de-chaussée. Elles sortirent par l’arrière du manoir, heureusement libre de toute présence. En contournant les installations, elles virent que tout était perdu. Les étages étaient tous éteints et les cris de guerre s’étaient stoppés, remplacés par des hurlements de douleur. Maria pleurait de rage et de tristesse tandis qu’Astrid cherchait froidement une issue. Mais il n’y avait qu’une seule entrée et sortie et elles se dirigèrent vers elle.
Le vampire les attendait. Grâce à la lueur des lunes, Astrid put le voir sourire, persuadé de sa victoire. Ses troupes avaient investies le manoir et il était pratiquement isolé. Il portait une armure rouge comme le sang et une lame ensanglantée dans sa main droite. La jeune fille baissa son heaume enchanté et ordonna froidement à sa protégée d’essayer de passer en force et de foncer sur Altdorf pour y arriver à l’aube. Elle ne devait pas se préoccuper d’elle. Puis, elle chargea le vampire. Elle le vit ranger son épée et saisir une énorme épée à deux mains. Mais il n’eut pas le temps de la brandir que la lance le transperçait de part en part, l’abattant sur le coup.

Sur le coup, la jeune fille ne réalisa pas vraiment qu’elle venait de tuer un vampire. Elle se préoccupait seulement de s’en aller de l’endroit. Elle rejoignit bien vite Maria et elles s’en allèrent vers Altdorf, espérant arriver à la cité juste après l’aube. La bretonnienne avait beaucoup d’argent et avait pris des pièces dans le manoir dans leur fuite, en prévision du logement dans des auberges.
Finalement, l’aube arriva et elles atteignirent la capitale du Reikland peu après. Elles allèrent dans la première auberge potable qu’elles trouvèrent et s’endormirent rapidement.


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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mer 9 Aoû 2017 - 11:32

Bon, chapitre suivant. On passe à la suite de l'histoire du coup. A noter que j'ai pris en compte vos remarques concernant les scènes de bagatelle et cette fois, j'ai juste suggéré la chose.



Chapitre 9 : Projets presque avortés et corrompus


Astrid se réveilla en début d’après-midi. Elle se leva difficilement avant de s’habiller et de descendre manger un petit peu. Elle laissa Maria seule dans la chambre, ayant pris soin de la fermer à clef avant pour éviter les mauvaises surprises. Une fois sa collation servie, elle se mit à réfléchir au futur. La bretonnienne ne pouvait décemment pas prendre la voie qu’elle comptait emprunter jusqu’à il y a peu. Emmener l’impériale sur les routes était totalement exclue car cette dernière ne pourrait pas se défendre en cas de problèmes. De plus, même si elle avait de l’argent, cela finirait par manquer et les répurgateurs ou marchands ne voudraient pas d’une fillette de douze ans dans leur escorte ou pour les accompagner. En voyant l’aubergiste se démener, la jeune fille eut une idée et un plan se mit en marche.
Le plan était le suivant. Elles chercheraient une famille de bourgeois voulant bien adopter Maria. Il s’en trouverait nécessairement une. En tant que bretonnienne, Astrid ne pouvait le faire selon les lois locales. En attendant, elles travailleraient dans une auberge, potentiellement dans celle-ci. Aussitôt, elle se leva et alla voir le tenancier.
« Excusez-moi mon sieur ?
-Oui ? Demanda-t-il en soupirant.
-J’ai une proposition à vous faire, fit la jeune fille d’un ton ferme.
-Je vous écoute.
-La fille que j’ai ramenée hier avec moi est orpheline. Le temps de trouver de la famille ou quelqu’un voulant l’adopter, je vous propose que nous travaillions toutes les deux ici. En échange, nous avons trois repas par jour, la chambre et un petit salaire chacune. Et ainsi vous serez moins fatigué. »
L’homme réfléchit quelques instants avant de déclarer :
« Avez-vous déjà servi dans une auberge ?
-Non, mais j’aidais à tenir une chapelle du Graal et je faisais le service. Ce ne doit être guère différent.
-Je vous prends. Vous commencerez à dix-neuf heures ce soir. Et vous travaillerez de quinze heures à une heure du matin. Je vous fournirai les tenues.
-Merci beaucoup mon sieur. Que Sigmar veille sur vous. »
Phase une, effectuée, se dit la bretonnienne.

Maria ne descendit qu’une heure plus tard. Elle reçut également une collation, payée par sa compagne d’infortune. Puis, cette dernière lui exposa son plan qu’elle écouta attentivement. Effectivement la fille connaissait quelques familles qui pourraient l’accueillir. Elles sortirent rapidement avant de s’enfoncer dans les rues de la capitale. La rousse avait caché ses cheveux avec une capuche tandis que l’autre en portait une pour être tranquille. Maria essayait aussi de ne pas perdre la bretonnienne, bien plus grande, dans les rues de la ville impériale.
Elles mirent près d’une heure à trouver la première maison de personnes que la benjamine connaissait. Il s’agissait des Kaufleute, une famille de marchands. Ils frappèrent à l’entrée et un serviteur en livrée vint leur ouvrir. Maria prit la parole :
« Je suis Maria Bauer et voici Astrid de Lyonesse. J’aimerais que nous nous entretenions avec les maîtres de la maison Kaufleute.
-Ils ne sont pas présents pour le moment mais rentreront dans deux semaines, ma dame. Voulez-vous prendre rendez-vous ?
-J’aimerais, en effet.
-Bien. Entrez mais restez dans le vestibule, je vous pris. »
Le majordome quitta l’endroit quelques instants et la bretonnienne en profita pour détailler l’endroit. La pièce était très simple, contrairement à ce qu’elle attendait. N’ayant rien à voir, elle se reconcentra sur la porte par laquelle était parti l’homme, qui finit par se rouvrir.
« Que diriez-vous dans seize jours, à dix heures du matin ?
-Cela nous convient parfaitement.
-Alors c’est noté. Au revoir mes dames. »
Puis, les deux jeunes filles sortirent avant de rentrer rapidement à l’auberge. Les tenues étaient déjà prêtes dans leur chambre. Elles se changèrent pendant qu’Astrid montrait à Maria comment faire pour servir. Puis, elles descendirent dans la grande salle.

La pièce commune était assez grande et elles ne seraient pas assez de deux pour tout faire, même avec l’aide de l’aubergiste. Heureusement, les tables étaient numérotées et l’auberge ne servait qu’un seul plat par repas. Cela leur simplifiait considérablement la tâche. L’heure fatidique du début du service finit par arriver. Rapidement, la salle se remplit de voyageurs épuisés. Astrid prit rapidement de nombreuses commandes et commença à transporter de nombreuses choppes de bières diverses et variées pour des Nains tout autant que des humains. Les premiers ne faisaient que passer pour rejoindre le quartier Nain, quand ils arrivaient par le sud-Est de la ville. Les seconds, eux, restaient parfois pour dormir.
La bretonnienne gardait en permanence un œil sur sa petite protégée. Cette dernière s’en sortait plutôt bien et ne faisait pas l’objet de propos ou de gestes mal placés, contrairement à elle. En effet, Maria n’avait que douze ans et cela était très mal vu. En revanche, comme Astrid était plutôt jolie, un certain nombre d’hommes ne se privaient pas de tenter de lui toucher les fesses ou de la draguer. Elle répondait toujours non, même si avec le sourire. Les moins insistants étaient ceux près des Nains. Ces derniers avaient tendance à se saisir de leurs haches ou marteaux quand des humains tentaient de s’attirer les faveurs de la jeune fille. Cela calmait beaucoup ces hommes.
Finalement, le service se termina vers une heure du matin, sans trop de problèmes. Elles nettoyèrent rapidement toute la salle avant d’aller se coucher et de s’effondrer sur les lits, épuisées.

Les jours suivants se déroulèrent tous de la même manière. Les deux nouvelles serveuses se levaient vers onze heures avant de manger le midi avec tous les clients. Puis, Astrid donnait une leçon rapide à Maria sur le maniement des armes. Enfin, elles prenaient leur service. Cela commençait par un nettoyage de toute la salle commune. Enfin, le soir, il fallait prendre les commandes et servir tous les clients. Pour la jeune bretonnienne, il fallait en plus subir les remarques et insinuations douteuses d’hommes plus ou moins éméchés. Même s’ils étaient dans un quartier relativement aisé, toutes sortes d’individus passaient par là. Et tous les hommes, une fois alcoolisés, n’avaient plus vraiment de tenue. Qu’ils fussent riches ou pauvres, jeunes ou vieux, ouvriers ou chevaliers impériaux d’un Cercle Intérieur. Du moins était-ce l’impression qu’elle en retirait. Cependant, il y avait un nain qui restait souvent jusque tard le soir. Ce dernier semblait observer attentivement la jeune fille qui était souvent mal à l’aise. Mais il la défendait dès qu’un homme se montrait trop entreprenant. Elle se demandait ce qu’il pouvait bien lui vouloir.
Le seizième jour arriva. Maria était de plus en plus stressée et elles reçurent leur journée de libre pour le rendez-vous. Le tenancier savait que c’était une solution temporaire et comptait recruter rapidement d’autres serveuses ou serveurs.

Le jour fatidique, les deux jeunes filles se préparèrent longuement avant de se rendre au domicile de la famille Kaufleute. Elles furent accueillies à l’heure dite par le majordome. Ce dernier prit les manteaux avant de les faire pénétrer dans un petit salon. Il leur fit servir du thé, leur précisant que les deux maîtres avaient un peu de retard. Quelques minutes plus tard, ils entrèrent. L’homme avait un peu d’embonpoint au même titre que sa femme. Ils étaient richement habillés et Astrid n’avait jamais rien vu de tel, même devant le Roy de Bretonnie. Ils se saluèrent selon les convenances avant que les époux ne présentent leurs condoléances à Maria. Puis, la conversation s’engagea de manière plus concrète.
Le couple hésitait à accepter la benjamine car elle serait à leur charge et ne pourrait rien leur apporter au niveau monétaire. De plus, la ferme était ravagée et il n’y avait plus rien de récupérable quand les deux jeunes femmes étaient allées vérifier. Ainsi, Maria n’avait rien à leur offrir qui eût pu compensé sa future dot et son entretien. Elle n’avait pas non plus encore de nombreuses relations sociales qui la mettraient en valeur. Finalement, ce fut Astrid qui prit la parole avec un ton ferme :
« Je suis une noble bretonnienne. Si je n’ai que seize ans, j’ai le droit de l’adopter ou de la considérer comme ma pupille.
-Je ne vois pas en quoi cela nous concerne, répliqua l’homme sur un ton dur.
-Il serait dommage que l’unique héritière d’une famille relativement riche devienne bretonnienne, non ? Demanda la guerrière, sarcastiquement. »
Aucun des deux ne trouva de réponse à cela mais ils décidèrent d’y réfléchir et de donner la réponse le lendemain, à la même heure. Aussi, les deux jeunes filles repartirent à l’auberge, la mort dans l’âme. Maria commençait à être épuisée par le travail dans la salle. Elle n’avait jamais eu besoin de faire d’efforts physiques pour gagner sa vie et les séances d’entraînement pour l’autodéfense prodiguée par sa mère et Astrid avaient été loin d’être suffisantes pour améliorer son endurance physique.

Elles revinrent le lendemain mais la plus jeune des deux n’avait pas l’air enthousiaste de retourner chez les Kaufleute. Elle espérait qu’ils se décidassent à accepter mais n’avait plus réellement d’espoir sur eux. Pire, les jours précédents, elles n’avaient trouvées aucune famille disposée à l’accueillir. Cependant, à sa grande surprise, le couple l’accepta parmi eux. Ils ordonnèrent alors à des serviteurs d’aller chercher toutes ses affaires à l’auberge et celles récupérables à la ferme. Puis, ils donnèrent une petite somme d’argent à Astrid. Cette dernière rentra à l’endroit où elle logeait la mort dans l’âme. La séparation avec Maria avait été difficile. Elle s’était attachée à elle.
Une fois arrivée, la bretonnienne alla directement voir le patron de l’enseigne :
« Que voulez-vous ?
-Je vous préviens que Maria a trouvé une famille. Elle ne travaillera plus désormais.
-Merci de me prévenir. Vous partez ?
-Demain je pense. Vous avez besoin de moi aujourd’hui ?
-Non. Vous pourrez rester avec les clients. Peut-être trouverez-vous quelqu’un à escorter ou accompagner.
-Je l’espère aussi.
-Bonne chance alors.
-Merci beaucoup patron. »
Puis, la jeune femme alla dans sa chambre pour se changer. Elle s’habilla simplement avant de ressortir pour acheter de nombreuses provisions pour le voyage. Elle prit de tout. Puis, elle rencontra un forgeron. Elle eut une idée et lui proposa de lui vendre l’armure que lui avait offerte son père. Il accepta bien vite. Puis, Astrid rentra à l’auberge avant de se changer pour se donner un air plus féroce. Elle savait que cela facilitait son intégration parmi les hommes, qui sinon l’embaucheraient comme fille de joie. Ce qui ne l’enchantait guère.

Le soir venu, Astrid descendit dans la salle commune. Cette dernière était bien remplie et plusieurs serveuses passaient habilement entre les tables. Elle commanda un repas et un pichet de vin avant de s’asseoir dans un coin. Elle avait repéré ce dernier peu après son arrivée. Les clients y venaient rarement et on pouvait y observer pratiquement toutes les personnes présentes dans la grande pièce. Astrid repéra ainsi deux répurgateurs, quelques Nains non loin d’elle, une bande de mercenaires. Mais le gros des clients était composé de marchands venant d’horizon divers et variés. Ces derniers venaient soit d’arriver à destination, soit faisaient une pause sur la route de Marienburg. La jeune fille s’était renseignée sur la politique impériale. Et elle avait béni la Dame de la présence continue d’un Roy à la tête de la Bretonnie alors que l’Empire avait trois empereurs en permanence depuis plusieurs siècles. Malgré cela, le commerce restait toujours important grâce à la faiblesse des menaces pesant sur le plus grand royaume des Hommes. Les mercenaires étaient aussi très demandés par les différents Comtes Electeurs pour leurs guerres. Elle se dit qu’elle n’aurait guère de mal à trouver un travail rapidement.

Elle ne se trompait pas puisqu’un homme finit par s’asseoir devant elle. Il était habillée simplement et avait une barbe d’une semaine de couleur sel. Il était armé jusqu’aux dents et portait un grand manteau sombre. Il l’accosta rudement :
« Vous êtes une femme ?
-En effet, répliqua la bretonnienne, méfiante.
-Les chevaliers impériaux ne sont pas des femmes.
-Je suis bretonnienne et je ne suis pas chevalier. Si vous voulez m’embaucher pour un travail, dites-le moi. Sinon, vous pouvez passer votre chemin, répondit hargneusement Astrid.
-Vous me plaisez. Vous avez déjà affronté les êtres de la non-vie ?
-Lors de la dernière Geheimnisnacht. Je ne sais combien de zombies et j’ai abattu un vampire.
-Où ça ?
-Dans la ferme des Bauer, à une heure de cheval d’ici.
-Ah, c’était donc vous ? Il a été abattu comment ?
-D’un coup de lance dans la poitrine. Rien d’autre. Je l’ai chargé, il est mort.
-Vous n’avez pas incendié son cadavre.
-Je protégeais une fille de douze ans. J’avais autre chose à faire que de rester dans un endroit rempli de morts-vivants avec potentiellement un nécromant non loin.
-C’est compréhensible alors. Vous seriez prête à retenter la même aventure, demanda l’homme avec un sourire en coin ?
-Ça paye comment ?
-Plutôt bien pour les étrangers. Je cherche un vampire en particulier.
-Ah. Nous partons quand ?
-Demain à l’aube. Rendez-vous devant l’auberge.
-C’est d’accord. »
Ils se serrèrent la main avant de se séparer. Astrid partit rapidement se coucher, consciente qu’elle avait de nouveau un but dans sa vie. C’était toujours ça.

Au matin, Astrid se réveilla de bonne heure. Elle s’équipa rapidement, prenant plaisir à réaliser à nouveau ces gestes. Elle ne se sentait entière qu’en enfilant une armure et en sentant l’épée bouger à sa gauche. La jeune fille avait préparé ses affaires la veille et les descendit pour les installer sur son poney de bât. Puis, elle alla manger copieusement. Enfin, elle put aller préparer son fidèle coursier. Chevaucher longtemps lui avait manqué, même si elle ne l’avait pas fait longtemps. Elle avait une sorte de sensation de liberté.
La bretonnienne retrouva l’homme en question devant l’auberge peu après. Il était escorté par une dizaine d’hommes en armes. Ils avaient aussi deux charrettes transportant des provisions. Un seul autre guerrier avait un cheval. Il se présenta comme un pistolier de l’Empire. Au moins ne servirait-elle pas d’éclaireur, se dit Astrid. Elle détestait ce rôle qui fatiguait sans raison son cheval. Puis, ils se mirent en route, en direction du port.

Les gens s’écartaient sur la route de l’homme qui s’avéra être un répurgateur. Astrid vit qu’ils l’observaient avec un air mélangeant du respect et de la crainte. Et effectivement, il devait faire peur pour les petites gens. Ils arrivèrent au port et un navire les accepta rapidement. Ainsi les hommes partirent pour Nuln par le fleuve. Astrid devait loger avec la troupe. Cela la mettait mal à l’aise mais elle était décidée à montrer qu’elle était aussi forte que les autres. A midi, ils dinèrent tous ensemble avant de s’éparpiller sur le navire les amenant à destination. Peu avant le souper, le répurgateur les convoqua tous pour leur annoncer la mission :
« Nous sommes à la recherche d’un vampire dont la trace a été retrouvée à Nuln il y a quelques jours. Il faudra être prudent, très prudent, mais sans aucune pitié. Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un vampire comme certains autres. Il n’aime pas particulièrement la magie. C’est un guerrier.
-Alors ce ne sera que plus facile, fit un guerrier avec enthousiasme.
-TAIT-TOI, hurla le répurgateur ! Tu ne sais pas de quoi tu parles, reprit-il plus calmement. Ce vampire passe son temps à s’entraîner à se battre. Il est bien meilleur que n’importe lequel d’entre vous, à part peut-être Astrid et moi. Et même là, ce n’est pas sûr du tout. Ce n’est que tous ensemble que nous pourrons le vaincre. Pas autrement. »

La réunion se termina peu après et tous furent libérés pour le dîner. Astrid avait passé son après-midi à fixer un des mercenaires, Wilhelm. Dans la vingtaine, il était relativement bel homme et ses cicatrices ne faisaient que le rendre plus séduisant. En se rendant compte de ses pensées, elle se demanda ce qui lui arrivait. Elle s’était jurée de ne jamais faire attention aux hommes et voilà qu’elle avait envie de se rapprocher de l’un d’eux. Finalement, le soir vint et toute la troupe se rassembla dans la calle pour faire plus ample connaissance avec l’aide de bouteilles d’alcool. Ils avaient seize jours de trajet pour faire connaissance et avant que ne commencent les choses sérieuses. Alors il valait mieux en profiter tant que cela était encore possible.
Le groupe but bien plus que de raison et ce fut la première fois qu’Astrid expérimenta les effets de l’alcool à haute dose. Elle n’avait jamais pu connaître cela avec Gontran comme père adoptif. En bon paladin de la Dame, il menait une vie relativement austère et ne consommait que peu de vin. Elle-même n’en avait pas souvent bu. Là, elle découvrait aussi le rhum et la bière. Elle apprécia particulièrement cette dernière. Rapidement, elle eut très chaud et commença à enlever plusieurs vêtements, ne gardant qu’une tunique légère et un pantalon. La bretonnienne se sentait euphorique et riait de plus en plus aux plaisanteries de ses camarades. Ces derniers se rapprochaient d’elle sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte.

En se réveillant au matin, Astrid avait l’impression qu’on lui serrait le crâne avec une énorme pince. Elle parvint difficilement à ouvrir les yeux tout en se tenant la tête. Elle sentait les draps contre sa peau nue. Le choc lui fit ouvrir ses paupières. Elle ne se souvenait pas de la soirée de la veille. Du moins jusqu’à un certain point. Mais son état ne lui donnait guère de doutes sur ce qu’il s’était passé après. Elle espérait juste que ce qu’elle pensait était faux. Cependant, la vue de tâches étranges sur son drap laissait peu de doutes quant à ce qu’elle avait fait cette nuit. Elle était mortifiée. Elle s’était jurée de ne plus jamais le faire. Il fallait désormais attendre pour voir si elle n’était pas en cloque. Il n’y avait plus qu’à prier la Dame pour ça. Et espérer que le répurgateur n’en sache rien. Elle se leva lentement en observant les guerriers. Tous étaient encore endormis, complètement assommés par les quantités de vin, bière et autres boissons fortes consommées la veille. La bretonnienne soupira de soulagement en les voyant ainsi. Elle sortit de son lit et s’habilla silencieusement. Elle ne voulait certainement pas réveiller un seul homme après avoir couché avec l’un d’entre eux la veille. Elle se sentait sale et se demandait comment elle pourrait encore les regarder en face.
« Dans tous les cas, je ne boirai plus jamais plus que de raison. Cela est bien trop terrible pour moi. »
Des larmes lui montaient aux yeux en pensant à ce que les hommes raconteraient d’elle. Ils pouvaient être méchants quand ils le voulaient. Son seul espoir résidait désormais dans le fait qu’ils ne se souviennent pas de cette nuit. Elle s’équipa entièrement et monta sur le pont.

L’aube était douce et ils avançaient vers l’est. Pour Astrid, ce moment de la journée était le plus beau avec le crépuscule. Ils s’agissaient des moments où le jour se transformait en nuit et la nuit se transformait en jour. L’aube était synonyme de retour de l’espoir. La journée appartenait aux hommes alors que la nuit appartenait aux ténèbres. Le crépuscule était pourtant magnifique. Comme si la beauté de la journée et de la fin de cette dernière devait être gâchée par la nuit. Comme si toute beauté du monde devait être anéantie par les forces du Chaos.
« Vous semblez aimer le matin, fit une voix dure derrière elle. »
Astrid se retourna vivement, non sans avoir tiré l’épée au clair. Elle soupira de soulagement en voyant le répurgateur. Elle rengaina et il alla à côté d’elle.
« C’est un beau moment, souffla-t-elle, angoissée par la possible conversation qui pouvait s’annoncer.
-En effet. C’est aussi un moment que les êtres corrompus détestent en général. Vous l’êtes ?
-Corrompue ? Non, s’offusqua-t-elle !
-Hmmm. Je doute. Vous sembliez pourtant plutôt à l’aise hier soir. »
Astrid baissa la tête et rougit, morte de honte devant les paroles du chasseur de sorcières. Ainsi, elle avait même apprécié cela. C’était encore pire que ce qu’elle s’était imaginée.
« Donnez-moi une raison de ne pas vous coller une balle dans la tête immédiatement, continua le répurgateur.
-Je… Je vénère la Dame du Lac, répondit en hésitant la jeune fille.
-Ce n’est point vraiment assez. Mais je ne pense pas que vous soyez une cultiste. Vous êtes trop inexpérimentée pour cela.
-Inexpérimentée, demanda Astrid, intriguée ?
-Vous avez eu trop peu de relations avec des hommes pour être une cultiste envoyée sur le terrain.
-Ah… Heu… Je, ne put s’empêcher de bafouiller la bretonnienne.
-Vous avez des souvenirs de la nuit, non, demanda l’homme ?
-Heu… Pas vraiment en réalité, répondit la jeune fille, morte de honte. »
Il haussa les sourcils et retourna dans les parties inférieures du navire, laissant seule la guerrière.

Astrid était inquiète. Si le répurgateur, Friedrich Von Hausmann la soupçonnait, elle était dans de sales draps. Il ne la lâcherait pas avant d’avoir plus que de simples soupçons. Heureusement, il semblait ne pas encore la croire coupable. Sinon, elle n’avait aucun doute quant au fait qu’il ne serait pas resté avec elle pour discuter mais l’aurait abattue sans autres formes de procès. C’était la seule certitude. En revanche, il avait instillé le doute dans son esprit. Etait-elle corrompue sans le savoir ? Ce cas serait probablement le pire pour elle et son esprit car alors, rien ne la sauverait. Elle devrait donc faire attention à ses fréquentations ainsi qu’à ses moindres gestes et paroles tant qu’elle serait sous ses ordres. De toute manière, elle s’était décidée à ne plus fréquenter les hommes du bord.

Ce fut à ce moment que Wilhelm apparut sur le pont. Il s’approcha d’elle avec un sourire charmeur. Mais Astrid ne ressentit qu’un grand frisson glacial. Oubliant ses pensées de la veille sur son apparence, elle se dit qu’il avait la tête du coupable idéal. Très bon combattant, pas trop vieux, très beau, très sociable. Il semblait à même de corrompre beaucoup de monde en les attirant par sa simple apparence. Au moins n’était-il pas un vampire puisqu’il avait la tête nue en plein soleil.
« Bonjour beauté, susurra le mercenaire à l’oreille de la jeune fille. »
Astrid se détourna avec un air furieux. Il prit aussitôt un air abattu :
« Pourquoi me rejettes-tu maintenant après la nuit passée ensemble ? C’était pourtant magnifique. »
Mais la bretonnienne n’avait pas le cœur à répondre, morte de honte en entendant ses paroles. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Il se rapprocha d’elle et lui saisit le bras droit pour la retenir alors qu’elle s’éloignait. Instinctivement, elle se retourna et lui envoya son poing dans la figure. Il s’écroula sur le sol, le nez en sang alors qu’elle s’enfuyait en courant vers l’arrière du navire. Astrid finit par trouver un coin tranquille et put libérer toutes les larmes que ses yeux pouvaient déverser. Elle en avait assez des hommes et se jura que le prochain qui abuserait ou tenterait d’abuser d’elle serait passé au fil de l’épée. Peu importait sa race, son âge, son niveau social, il serait tué. Mais elle ne pourrait pas le faire pour ceux-là. Du moins pas immédiatement. Avec courage, elle se décida à se relever et à aller manger un bout.
Astrid descendit dans une partie du navire où les passagers pouvaient se restaurer. Elle s’était placée loin des autres guerriers qui accompagnaient le répurgateur. Elle ne leur faisait plus confiance. La jeune femme se demandait qui avait été trop soûl pour s’en rendre compte et qui avait volontairement profité de son état d’ébriété pour l’humilier ainsi. Elle savait que la confiance était l’une des choses les plus importantes dans une troupe de soldats, nobles ou non. Or là, elle n’avait plus la moindre confiance en eux. Tout ce qu’elle avait espéré était pratiquement déjà mort. Son seul espoir était désormais de ne pas être enceinte. Ce serait la pire chose. Astrid finit par se coucher le soir, toute habillée pour prendre moins de risques.

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Sam 12 Aoû 2017 - 12:34

Crying Crying Crying

Ma parole, Astrid enchaine les mésaventures ! Vivement qu'elle et son groupe rencontrent leur cible, elle pourra au moins se défouler sur lui et démontrer sa force à ses collègues.

Il s'est passé pas mal de choses, cependant, et quelques endroits mérites d'être commentés en détail :

Citation :
Les sept cavaliers commencèrent alors des patrouilles mobiles, cherchant tout endroit susceptible d’être favorable à une embuscade.
(...)
Astrid rejoignait la tête du convoi pour porter des ordres quand elle vit un marchand descendu pousser un chariot embourbé s’effondrer, une flèche plantée dans le dos. Aussitôt, elle hurla l’alarme.
Alors que nous avons appris que le convoi redouble de prudence, la seconde embuscade survient malgré les patrouilles mobiles. Ce n'est pas impossible, mais il serait intéressant de glisser une phrase ou deux pour faire le lien entre ces deux circonstances apparemment contradictoires. Par exemple :
Astrid rejoignait la tête du convoi pour porter des ordres quand elle vit un marchand descendu pousser un chariot embourbé s’effondrer, une flèche plantée dans le dos. Que diable faisaient les patrouilles ?! Pas le temps de s'en soucier, la chevalière hurla l'alarme.
Et plus tard, on retrouverait les patrouilleurs traitreusement abattus par les bandits... RIP

Citation :
-Tu as hâte d’y rentrer ?
-Ouaip. J’habite à Altdorf en temps normal. Mais j’ai eu des gosses assez jeune et mon mari travaille là-bas. J’ai du devenir mercenaire pour rapporter un plus d’argent.
Le Vieux Monde est rempli de mystères et de paradoxes, et la décision de Siegehilde me semble en faire partie. Plus exactement, cette décision devient étrange au moment où l'on apprend que la famille de Siegehilde vit dans une ferme plutôt grande, et rien dans la narration ne semble indiquer que la ferme ait besoin d'argent en plus. Enfin, le solde d'un mercenaire ne me semble pas être une source de revenu stable et importante, à l'époque.
Cela reste possible, mais une fois encore, une indication supplémentaire serait intéressante pour faire le lien, par exemple :
- (...) J’ai du devenir mercenaire pour rapporter un plus d’argent.
- Comment ça ?
- Récoltes pourries. C'était soit ça, soit revendre la ferme.

- Ah en effet.


Et là, à mon avis on comprend mieux ^^

Citation :
- On répand toutes les cargaisons sur le sol en vitesse et on s’en va.
C'est juste un détail, mais pourquoi devaient-elles tout répandre par terre ? Huh

Citation :
-Oui. Il y a parfois des ordres de chevalerie qui recrutent des mercenaires pour des entraînements particuliers. Ou sinon, des répurgateurs recrutent des guerriers pour les escorter ou les aider à traquer des mutants. L’un comme l’autre seraient pratiques pour toi. A la fois tu gagnes en expérience, mais aussi tu peux parcourir les terres de l’Empire dans le deuxième cas.
Un peu surpris par une omission de Siegehilde : ne devrait-elle pas rajouter que ce genre de missions est encore plus périlleux que les escortes de convoi ? A moins que cela n'aille de soi pour les deux guerrières, auquel cas il ne s'agit pas d'une omission.
Citation :
Peu avant le dîner, Astrid rencontra le fameux Leon, dont lui avait parlé sa compagne de route. Il était relativement bel homme mais était très poli. Et surtout, il semblait totalement amoureux de sa femme. La jeune fille eut une pointe au cœur en pensant à un tel bonheur, qu’elle ne connaîtrait probablement jamais.
Amenée ainsi, cette pensée semble un peu étrange. Astrid étant une femme hors norme, n'envisage-t-elle pas un mariage avec un homme d'une provenance autre que la noblesse bretonnienne ? Dans les prochaines suites, il serait intéressant d'en savoir plus.

Citation :
Finalement, l’aube arriva et elles atteignirent la capitale du Reikland peu après. Elles allèrent dans la première auberge potable qu’elles trouvèrent et s’endormirent rapidement.
Par rapport la nuit d'horreur qui vient de s'achever : je trouve un peu dommage que nous n'ayons finalement rien appris sur la maisonnée de la grande ferme. L'attaque des undead est plausible du début à la fin, cependant, afin de donner plus de vie et de relief à l'histoire, j'aurais accordé plus d'attention à tout ce qui l'a précédé : les entrainements avec les enfants, les réflexions d'Astrid sur son avenir, les possibles conseils de Siegehilde et de son mari, pour ne citer que ces éléments-là.
Cette période d'accalmie était un répit agréable dans la vie de l'héroïne principale, et aurait pu d'autant plus appuyer toute l'injustice et la brutalité de la Geheimnisnacht.
Comme il y aura probablement d'autres périodes d'accalmie, je propose qu'elles soient un peu plus détaillées Wink



Par rapport à la dernière suite, il y a un endroit où je me sens confus : quel genre de personnage est le répurgateur qui recrute Astrid ? S'il voulait éviter le désordre dans son équipe, il n'aurait pas recruté de femme. S'il voulait éviter une soirée de débauche, il aurait interdit les beuveries incontrôlées à bord du navire. Enfin, s'il voulait éviter qu'une femme n'aille "corrompre" ses hommes, il serait intervenu pour mettre fin à la débauche, puisque dans la narration, nous apprenons qu'il était présent à ce moment-là et avait vu l'état d'Astrid.

En tout état de cause, un personnage aussi important et emblématique qu'un répurgateur mérite d'être un petit peu développé avant que le vampire ne le passe par le fil de son épée.
Oui, je suis certain qu'il va bêtement mourir Tongue
Du coup, j'aimerais en savoir plus sur le bougre avant que ça ne lui arrive Tongue

D'une manière générale, je te conseille de prendre un peu plus ton temps de développer les intrigues, les situations et les personnages-"clés" de l'histoire, c'est-à-dire ceux qui auront une influence certaine sur la vie de l'héroïne principale. On comprendre d'autant mieux l'évolution d'Astrid, et l'on sentira d'autant plus ses victoires et ses défaites ^^


La suite ! Happy






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Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 21 Aoû 2017 - 9:55

J'ai bien pris note de tes remarques et est décidé d'en tenir compte rapidement. C'est la raison pour laquelle ce chapitre a plus de temps que prévu à arriver. En effet, j'étais déjà au chapitre 21 quand j'ai relu rapidement les chapitres suivants ce chapitre 9 que tu as commenté. Je les avais écrits très rapidement en quelques semaines (en moyenne, quatre chapitres au moins par semaine) ce qui a fait que je pense que je me suis égaré en cours de route. Persistant dans ma voie, je n'ai pas vu le nombre d'erreurs faites au passage. vg11k m'aurait recommandé de poster tout de même mais je pense que vous méritez mieux que ça. Pourquoi ? Parce que déjà vous me faites l'honneur de me lire voire de me commenter (même quand ce n'est pas agréable, c'est toujours sympa de prendre le temps de le faire). Rien que cela. J'ai donc décidé de supprimer toute cette partie. Au total, 11 chapitres ont été supprimés irrémédiablement. Si jamais ça vous tente, je pourrais faire un résumé de ce que j'avais d'abord écrit mais je ne le donnerais pas comme ça vu le niveau de non-réalisme que cela avait atteint sur des points critiques.

Au final, j'ai considérablement abrégé le chapitre 10. Ainsi, toute la fin a été supprimée et l'issue des combats a été modifiée. Normalement, vous aurez le chapitre 11 la semaine prochaine ou dans deux semaines.
A noter que ce chapitre 10 sera probablement l'un des plus courts de ce récit.




Chapitre 10 : Traque et combats


Les jours passèrent petit à petit pour Astrid. La jeune fille passait le plus clair de son temps sur le pont du navire, à regarder les berges du fleuve. Le paysage ne changeait guère mais cela l’occupait. Elle n’était, au moins, pas en présence des hommes. Ces derniers avaient renouvelé leurs avances et il avait fallu qu’elle en blesse un pour qu’ils la laissent tranquille. Cela s’était produit au troisième jour du voyage.
Astrid venait de descendre dans la calle pour se coucher quand elle se trouva face à l’un des mercenaires. Ce dernier la dévisageait avec un regard fou. Par prudence, elle mit la main sur la garde de son épée. L’homme dégaina sa lame avant de lui dire :
« Tu devrais obéir et me satisfaire. T’as aimé ça l’autre jour. J’serai pas obligé de te faire du mal.
-Reste loin de moi si tu ne veux pas être blessé, répliqua sèchement la bretonnienne.
-Mais oui, mais oui. Les épées, c’est pas fait pour les petites filles, lâche ton arme et vient voir un homme, un vrai, exigea-t-il avec une voix doucereuse. »
Astrid dégagea une partie de son arme alors qu’il levait la sienne. Il s’avança et elle dégaina son épée, parant le coup qui allait la frapper à la tête. Il eut un regard surpris qui s’écarquilla d’horreur quand il sentit l’arme de la guerrière lui mordre le flanc. Dans le mouvement, elle s’était légèrement déplacée de côté et l’avait blessé. Il sembla reprendre ses esprits tandis qu’elle le laissait tomber au sol. Elle prit ensuite ses affaires et dormit cette nuit sur le pont.

Depuis, cette altercation lui trottait dans la tête. Il avait eu l’air d’être ensorcelé quand il l’avait attaquée. Mais quelle personne aurait pu en être responsable ? Ils étaient près d’une centaine de voyageurs. En ajoutant l’équipage, il y avait beaucoup de suspects potentiels. Elle-même pouvait être la responsable sans le savoir. Et elle ne pouvait demander à chaque personne si elle adorait une des puissances de la Ruine. Ce n’était guère convenable. Elle espérait juste qu’il ne fasse point partie de l’expédition visant à trouver le fameux vampire-dangereux-sur-lequel-ils-avaient-plus-de-deux-semaines-de-retard. Elle n’avait pas compris pourquoi ils avaient du partir d’Altdorf et les répurgateurs n’avaient pas envoyés des gens qui étaient à Nuln pour le traquer. Ils étaient beaucoup plus proches. C’était stupide comme décision. Sauf si le chef du groupe l’avait prise seul. Ce qu’elle n’espérait pas vraiment. Elle était déjà pratiquement un paria en Bretonnie et ne souhaitait pas vraiment en devenir un dans l’Empire. Cela faisait dix jours qu’ils naviguaient et elle n’avait pas avancé d’un pouce dans son enquête. Elle s’était donc résolue à attendre. La jeune fille n’en avait pas parlé au répurgateur, sachant que cela ne ferait qu’augmenter les soupçons de ce dernier sur elle. Elle se considérait déjà comme chanceuse d’être en vie. Alors elle avait décidé de ne pas tenter le sort une nouvelle fois.

Après six autres jours de voyage, le navire arriva enfin à Nuln. Le groupe débarqua et se mit rapidement en route. Ils prirent la route la plus courte pour sortir de la cité, ne traversant qu’une partie de la Neuestadt avant de passer la Porte Ouest. Puis, ils contournèrent la ville. Visiblement, le répurgateur avait obtenu d’autres informations. Ils prirent alors la route du Stirland. Astrid ne comprenait pas pourquoi ils ne remontaient pas l’Aver. Cela aurait été plus simple si le vampire s’était éloigné. Mais ce n’était pas elle qui commandait et elle se tut, gardant ses pensées pour elle.
Les premiers jours furent éprouvants pour tous les compagnons de route. Le Stirland était une terre triste et ils étaient toujours regardés avec méfiance par les habitants. Les maisons étaient rarement très anciennes ou ne tenaient que grâce à des centaines de réparations de fortune. Au point que la jeune fille eut l’impression que les villages bretonniens étaient luxueux.

Le soir, tout le monde campait en silence. Astrid s’occupait des montures et de prendre le premier tour de garde à chaque fois. La journée, elle avançait en silence, ne s’occupant plus des guerriers et de leurs blagues grivoises. Elle jugeait qu’elle avait assez donné. Surtout, elle se sentait à part dans le groupe, en partie à cause de ce qu’il s’était passé. Elle savait aussi qu’ils faisaient ces blagues parce qu’ils avaient peur de ce qu’ils pourraient rencontrer. Elle préférait regarder le paysage qui les entourait. La bretonnienne jugeait cette occupation bien plus intéressante que converser avec des rustres. Etrangement, elle aimait ces terres désolées. Elle leur trouvait une certaine beauté. Elles étaient pratiquement vierges de constructions humaines et semblaient presque à leur état d’origine, en dehors des champs et des quelques villages. Après cinq jours, ils étaient arrivés à Wolfsbach. La ville n’était pas grande mais ils y restèrent deux jours complets, le temps que le répurgateur trouve des informations. Astrid resta tout ce temps enfermée dans l’auberge, ne sortant que lorsque ce fut absolument nécessaire. Le groupe se remit en marche le troisième jour, à l’aube, obliquant vers les collines du centre de la province. Ainsi avancèrent-ils, sur une trace que nul ne connaissait hormis le répurgateur. Astrid, elle, commençait à douter du bien-fondé de l’expédition. Affronter un vampire très doué au corps-à-corps réduisait sérieusement ses chances de survie. Pire, elle risquait d’être gênée dans sa charge par les autres combattants à pied. Et aucun plan n’avait été dressé en cas de rencontre avec le buveur de sang.

Soudain, un jour, de grands nuages noirs recouvraient la région au réveil de la troupe. Il faisait presque nuit. Astrid vit le répurgateur avoir un sourire rempli de haine. Elle se dit qu’ils étaient proches du but. Elle ne se trompa pas puisqu’il demanda à tous les hommes d’être prêts au combat. La bretonnienne était désormais armée de pied en cap. Le groupe de mercenaires s’était positionné en éventail pour couvrir le plus de terrain possible. Le pistolier partait souvent en reconnaissance mais revenait bredouille à chaque fois. Un silence oppressant avait fait place au milieu des hommes. Chacun semblait espérer que la délivrance viendrait rapidement. Mais la créature ne semblait pas vouloir être trouvée facilement. Alors qu’ils s’enfonçaient plus profondément sous les nuages maléfiques, Astrid pria avec toujours plus de ferveur la Dame du Lac. La journée fut insoutenable pour les nerfs des hommes et l’un d’eux s’effondra, en pleurs vers ce qui devait être le soir. A ce moment, une halte fut ordonnée et le camp fut rapidement dressé. Tout le regardait vers l’extérieur, priant pour ne pas voir apparaître une silhouette portant une épée. Le sommeil finit par prendre toute la troupe.
Elle faisait à nouveau l’amour avec plusieurs hommes et aimait ça. Soudain, l’un d’eux s’éventra et ses entrailles tombèrent au sol. Mais il riait de plus en plus fortement. D’autres suivirent l’homme et se roulaient, nus, dans l’abominable mélange. Elle regardait autour d’elle, espérant chercher une solution. Mais ils l’attiraient vers eux sans qu’elle ne puisse rien faire. Puis, le répurgateur apparut, un grand fouet en acier dans la main droite. Sa main gauche était remplacée par une pince démesurée. Il approcha cette dernière du cou de la jeune fille et commença à le serrer.

Astrid se réveilla en sursaut. Elle tremblait de froid et suait à grosses gouttes. La jeune fille resserra sa couverture autour d’elle mais cela n’eut guère d’effet. En observant le campement, elle remarqua que tout le monde dormait et personne ne montait la garde et entretenait le feu. Elle décida alors de s’en occuper, espérant ne pas se rendormir et voir à nouveau cette vision d’horreur. En voyant les flammes danser, elle repensa à la chapelle du Graal où elle avait passé toute sa jeunesse. Désormais, elle regrettait son départ et sa soif d’aventures. Elle se disait qu’elle aurait mieux fait de rester sur place et de l’entretenir. Cela aurait été préférable à tout ce qu’elle avait enduré depuis son départ, il y a de nombreux mois. L’hiver était rude et même si elle avait vécu de bons moments, il n’y en avait que trop peu. Désormais, elle aspirait juste à de la tranquillité. Une maison résistante avec une bonne cheminée et assez de vivres pour passer la fin de l’hiver. Peut-être travailler dans une taverne pour gagner un peu d’argent et vivre comme une jeune fille. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait subitement envie de ne plus découvrir le monde, sans trop savoir pour quelles raisons. Etait-ce parce qu’il était beaucoup plus cruel qu’imaginé ? Etait-ce parce qu’elle aimait beaucoup plus le confort d’un foyer qu’elle ne le pensait de prime abord ? Astrid ne savait guère pourquoi elle voulait arrêter de voyager mais elle voulait se poser dans un endroit. Peut-être pas définitivement, mais au moins pour quelques temps. Elle se jura que dès la mission terminée, elle irait dans une autre région de l’Empire et se trouverait un endroit où vivre.
Le matin arrivant, la jeune fille prépara un repas et de l’eau chaude pour les hommes qui la remercièrent sobrement. Eux non plus ne lui parlaient plus depuis de nombreux jours. Ils semblaient avoir tous très mal dormis et leurs yeux étaient hagards. Astrid se demanda si elle avait ressemblé à cela quand elle s’était réveillée au milieu de la nuit. Probablement puisqu’ils étaient eux aussi trempés de sueur et tremblaient de froid malgré les épaisses couvertures.

Le groupe se remit rapidement en route mais les guerriers semblaient tous ailleurs. Le silence qui n’était rompu que par des toussotements et les pas des montures était lugubre. Astrid avait l’impression étrange que tout tournerait mal. Elle se sentait comme dans un cimetière. Il y avait la même oppression. Elle n’avait plus qu’une seule envie, rentrer le plus vite possible dans le premier village ou la première ville humaine. Là, elle avait le sentiment qu’elle était écrasée par un poids énorme qui appuyait sur ses épaules et la rendait craintive au moindre bruit inhabituel. Tous les hommes semblaient dans cet état horrible. Les nuages noirs qui couvraient le ciel n’arrangeaient rien. Ils distinguaient à peine le jour de la nuit et cela empêchait tout le monde de tenter de se mettre à l’aise. Le seul qui semblait indifférent à tout ce spectacle était le répurgateur qui avançait comme si rien de tout cela n’était arrivé.
Ainsi passèrent plusieurs jours. Les mercenaires et Astrid avaient de plus en plus de mal à dormir et le répurgateur les épuisait en journée. La bretonnienne avait tenté d’interférer en leur faveur auprès de ce dernier mais il n’avait même pas pris la peine de répondre à ses demandes. Elle avait de plus en plus peur de la future rencontre avec le vampire. L’état des guerriers se délabrait de jour en jour et en cas de combat, ils ne tiendraient pas longtemps, même en attaquant ensemble. L’attente du combat devenait de plus en plus insupportable pour la jeune fille qui se prit à prier la Dame que l’heure fatidique vienne les délivrer.

Ce ne fut que six jours après le premier cauchemar qu’ils aperçurent enfin leur cible au loin. Sur une colline, un homme semblait les attendre, debout. Aussitôt, le répurgateur ordonna à tous les mercenaires de se diriger vers lui. Ils mirent deux heures pour atteindre l’endroit où se jouerait le destin de l’expédition. Astrid fut prise d’un mauvais pressentiment en le voyant. Il était doté d’une grande armure rouge ouvragée. Un simple heaume recouvrait sa tête. Il portait un bouclier dans le dos et une épée sur le côté. Le répurgateur vint alors vers la jeune fille et lui ordonna de rester en retrait, au cas où. Elle accepta l’ordre et observa le guerrier. Il semblait très différent du vampire qu’elle avait abattu il y a plus d’un mois de cela. Il n’était pas seulement un guerrier accompli de la non-vie. Il s’agissait d’une menace importante. Il se dégageait de lui une violence parfaitement contenue. Il avait l’air parfaitement serein. Elle sentit qu’il avait choisi le lieu et le moment de l’affrontement et s’était préparé depuis des jours à ce dernier. Sans savoir pourquoi, elle eut l’impression qu’ils n’avaient aucune chance face à ce vampire. C’était la première fois qu’elle avait un mauvais pressentiment aussi fort.

Astrid observa le répurgateur s’approcher du vampire, qui se laissa encercler par les hommes. Le chasseur de sorcière vida alors ses pistolets sur la créature mais ne sembla pas lui faire le moindre mal. Cette dernière saisit son bouclier et chargea les premiers mercenaires. Le combat s’engagea. Astrid s’était attendue au tout début à ce qu’il dure mais rapidement, deux hommes s’effondrèrent, morts. Un autre suivit rapidement. Tous les coups des humains étaient esquivés ou parés. Pratiquement chaque coup du vampire mordait la chair. Parfois, un chanceux parvenait à esquiver ou parer mais cela était rare. Et après quelques minutes, pratiquement tous les mercenaires étaient morts. Ils gisaient sur le sol, baignant dans leur sang. La bretonnienne voyait le pistolier marmonner des paroles et faire des signes étranges avec ses mains après être descendu de son cheval.
Le cheval d’Astrid commença à devenir nerveux et elle eut du mal à le calmer. Il ne restait que le pistolier en vie avec un autre mercenaire parmi ceux qui avaient attaqués le vampire. Ce dernier était revenu à sa position précédente. Soudain, le répurgateur poussa un hurlement terrifiant et la bretonnienne contrôla difficilement sa monture. Le chasseur tomba à genoux au sol et le mercenaire se précipita à sa rencontre. Il commença alors à gonfler et à grossir, avant d’éclater en morceaux. Le tissu de la réalité se déchira et un monstre apparut. Le mercenaire fut dévoré en un instant et Astrid comprit. Le pistolier venait d’invoquer un démon servant les puissances de la Ruine. N’écoutant que son courage, elle chargea l’humain. Ce dernier se retourna vivement et vida son pistolet sur elle, sans effets. Elle l’embrocha d’un seul coup avant de le faire glisser de sa lance sur le sol. Puis, elle se tourna vers le monstre.

Astrid eut alors la sensation de vouloir une vie emplie de plaisirs, de luxure et de s’y abandonner. Le démon lui semblait magnifique et elle se demanda comment le vampire pouvait avoir oser le blesser. Mais un hennissement la tira de sa réflexion. Elle secoua la tête et observa le combat. Il était violent, très violent. Les coups étaient portés à une vitesse incroyable et le vampire parvenait à pratiquement faire jeu égal avec le monstre. Cependant, elle ne voulait pas le laisser seul et chargea la créature démoniaque. Surmontant sa peur, elle fut tout de même grièvement blessée par une pince du monstre. Sans se préoccuper du vampire, elle parvint à blesser la créature une fois. Mais elle chuta au sol à cause de l’impact. La douleur lui coupa le souffle et elle eut l’impression de mourir. Ses yeux étaient brouillés par les larmes et elle sentait sa vie s’échapper par ses blessures. Elle parvint à voir le vampire profiter de l’occasion pour abattre le monstre après que ce dernier eut tué son fidèle coursier. Puis, elle vit le guerrier se diriger vers elle. La jeune fille se releva avec moult difficultés et dégaina son épée. Elle sentait ses forces la quitter mais elle avait juré de se battre jusqu’au bout. Elle tiendrait son serment.
Astrid attaqua le vampire mais aucun de ses coups ne parvint à le blesser, même si elle était parvenue à passer sa garde. En réponse, il avait pris son épée à deux mains et avait désarmé la guerrière. D’un mouvement de taille, il la força à reculer. Cela la fit trébucher et Astrid se retrouva sur le dos. Elle perdait du sang et se retrouverait bien vite sans connaissance. Sa vision se troublait et elle vit à peine la large lame se positionner face à sa gorge. Finalement, un voile noir apparut et elle sombra dans l’inconscience.

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 28 Aoû 2017 - 19:47

Aucun commentaire ? Ok. Bah la suite du coup Smile Avec un "petit" personnage qui revient en scène Smile

Petite précision, ce nouveau chapitre ainsi que le suivant sont bien plus courts que ce que j'ai pris l'habitude de faire. En fait, je l'ai plus ou moins coupé en deux, pour éviter de faire un trop gros pavé.



Chapitre 11 : Changements et nouveaux objectifs


La première chose que sentit Astrid en se réveillant fut un drap contre sa peau. C’était un drap qui ne ressemblait pas aux draps utilisés pour les lits de camp. Il était plus doux et plus épais. Cela ressemblait aux grands manteaux ou vêtements de certains. Elle avait mal partout mais surtout au niveau du ventre, là où le démon l’avait violemment frappée. Elle avait aussi des pointes de douleur au niveau des bras, à cause de la force du vampire et du monstre invoqué. Elle se demanda si elle était encore en vie. A ce moment, son estomac gronda. Elle esquissa un sourire en se disant qu’elle devait bien être en vie. Lentement mais sûrement, elle ouvrit les yeux et remarqua qu’elle était dans une tente. Un rayon de soleil filtrait par une ouverture sur plusieurs côtés. Cela devait être le début ou la fin de la journée. En tournant difficilement la tête, la jeune fille repéra divers vêtements propres et entiers. Elle vit aussi son armure, gisant dans un état lamentable un peu plus loin. La bretonnienne se redressa lentement et ne put s’empêcher de laisser échapper un gémissement de douleur. Le drap tomba de son buste, révélant sa poitrine et son ventre. Une grande cicatrice fraîche barrait ce dernier. Elle supposait qu’elle la garderait toute sa vie. En revanche, vu son emplacement, elle se demandait si elle pourrait encore concevoir.
Astrid continua ainsi à s’examiner pendant un certain temps. Elle était couverte de bleus et d’égratignures ou de cicatrices dues au combat. En passant sa main sur son cou, elle remarqua qu’elle n’avait rien. Le vampire n’avait-il pas porté un coup fatal à cet endroit ? Cela la surprenait. Elle devait admettre qu’elle était dans un sale état. Elle avait faim et il n’y avait rien. Seul un pichet d’eau dans lequel elle se servit goulûment.

Soudain, la tente s’ouvrit et la lumière du jour pénétra entièrement jusque sur la jeune femme. Cette dernière ferma brutalement les yeux, plus habitués à cette luminosité. Bien vite, le tissu fut refermé et elle put à nouveau ouvrir ses paupières. Elle entendit alors un grognement sourd ressemblant à un vague « désolé ». La lueur devant ses yeux disparue, Astrid ne vit rien à hauteur d’homme. Baissant le regard, elle remarqua un nain. Yurin. Elle lui sourit et lui dit :
« Bonjour maître Yurin. »
Ce dernier la fixa, plus bas que le visage et son visage s’empourpra avant qu’il ne balbutiât :
« Je… Heu… Je… Bonjour gamine. »
La concernée regarda alors sa poitrine et remonta vivement le drap en rougissant à son tour. Elle murmura quelques excuses auxquelles le nain répondit en secouant la tête. Il sembla reprendre ses esprits et demanda avec son éternel ton bougon :
« Ça fait combien d’temps qu’t’es réveillée ?
-Quelques dizaines de minutes, peut-être vingt, répondit la bretonnienne, morte de honte.
-Ah bien. T’as mal que’que part ?
-Heu… Un peu partout mais surtout au ventre. Ça tire beaucoup.
-Normal. Ça devrait aller mieux. Tu vas encore rester quelques temps au lit. Après on partira pour Nuln.
-Combien de temps ? – Astrid désirait repartir le plus vite possible.
-Jusqu’à ce qu’ce soit bien r’fermé d’après le chirurgien. A c’qui paraît, t’en as encore pour au moins une petite semaine impériale. »
La jeune femme soupira. Cela allait être long. Très long.

Cependant, le Nain reprit rapidement :
« Tu sais ce qui s’est passé ?
-Pas la moindre idée. J’étais inconsciente depuis le combat contre le vampire.
-Ah ouais, le vampire. On était parti avec quelques Nains de Nuln pour vous chercher. Y’a eu une info sur le vampire en question et apparemment, vous auriez eu besoin de renforts. On était en train de mettre le campement pour la nuit quand il est apparu sur un cheval pour te porter. Il t’avait recousu le ventre grossièrement. Il t’as juste déposée et s’est barré aussi sec. Bizarre le bonhomme. Du coup, y’a un prêtre de Sigmar qu’a voulu vérifier si t’étais pas devenue un vampire. Mais pas du tout. Vraiment bizarre ce vampire.
-Il a donné son nom ?
-Non. Il a pas dit un mot. Rien de rien.
-Etrange.
-Ouaip. Tout le monde était si étonné qu’on a mis du temps à reprendre nos esprits. Mais il était déjà loin le gars et on arriverait plus à le rattraper. Résultat, on abandonne la traque, surtout quand on a finit par découvrir un corps de démon majeur. Du coup, il a décidé d’enquêter sur ce truc. Il veut t’interroger rapidement dessus.
-Ah. D’accord.
-Ça veut dire dans quelques minutes.
-Je comprends. »
Le silence s’installa rapidement et Yurin finit par sortir pour aller chercher le prêtre-guerrier.

Le concerné entra deux minutes plus tard. Son visage était sévère et guère aimable. Tout comme son ton quand il demanda à Astrid ce qui s’était passé avec le démon. La jeune femme commença à lui expliquer tout ce qu’elle avait vu et ce qu’elle avait fait. Puis, il hocha la tête et partit sans un mot de remerciements. Peu après, elle s’endormit profondément d’un long sommeil réparateur.
Les jours suivants, la bretonnienne alterna ainsi les phases de réveil et de sommeil, sans logique aucune. Les premières étaient les plus compliquées car elle s’ennuyait comme un rat mort et il n’y avait guère d’occupations pour elle. Aussi, elle se repassait tout son combat contre le démon puis contre le vampire dans sa tête, n’ayant guère autre chose à faire, installée confortablement dans son lit. Seul Yurin venait parfois la voir mais sinon, elle n’avait aucune visite. Ce ne fut que le huitième jour de convalescence qu’elle vit enfin le médecin nain qui l’avait soignée. Ce dernier bougonnait en permanence et râlait contre la jeune femme pour avoir brisé les traditions. Yurin lui rappela quelque chose dans sa langue et il arrêta de se plaindre. Cependant, la bretonnienne put constater qu’il ne plaisantait pas dans son travail et le faisait parfaitement. Ses cicatrices étaient parfaites et seraient pratiquement invisibles au fil du temps, bien que toujours présentes. Elle reçut alors l’autorisation de quitter la tente et de recommencer les efforts physiques.

Le lendemain, le groupe partit. Astrid sortit de la tente au petit matin pour se réhabituer à marcher. Elle remarqua alors qu’il s’agissait surtout de nains et qu’il y avait très peu d’humains. Elle repéra bien vite Yurin, qui semblait être le centre du camp. Ce dernier lançait des ordres en Reikspiel pour ne pas trahir sa langue. Tout le monde était bien organisé et elle put voir le camp être levé assez rapidement. Un convoi se mit tout aussi vite en place et la jeune fille reçut une place à l’avant d’un chariot, aux côtés d’un certain nain Gorin. Ce dernier était intimidé par la présence de la protégée de son chef et elle le perçut très rapidement. Il n’osait pas lui adresser la parole et sous sa courte barbe, il rougissait beaucoup dès qu’elle lui demandait la moindre chose.
Le groupe était composé d’une trentaine de Nains et d’une vingtaine d’impériaux. Yurin commandait les nains et par conséquent tout le groupe, les premiers étant en supériorité numérique. Les humains étaient surtout des hallebardiers et arbalétriers du Stirland. Ces derniers provenaient de Wolfsbach, cité sur la route du retour. Ils y resteraient, les soldats des Montagnes du Bord du Monde partant pour la capitale wisselandaise. Ensuite, ces derniers repartiraient pour leur forteresse d’origine un mois plus tard, Karaz-A-Karak. Astrid réfléchissait à quoi faire après être rentrée à Nuln. Elle y resterait un peu pour récupérer des forces puis repartirait surement sur les routes. Elle avait encore de l’argent, suffisamment pour vivre un certain temps. Mais son épée était en morceaux, elle n’avait plus d’armure, ni de cheval, ni de lance de cavalerie. Elle se rendit alors compte qu’il ne lui restait qu’une dague et un poignard. Elle poussa quelques jurons fort colorés qui lui attirèrent des regards surpris. Quand un homme se tourna vers elle avec un regard réprobateur, elle lui rétorqua :
« T’as un problème ? T’as jamais vu une femme dire des insultes ?
-Ce n’est pas convenable pour une dame de dire de telles insanités, statua-t-il.
-Va te faire voir chez les Tiléens si j’y suis, répliqua vertement Astrid. »
Un dernier air outré et il se retourna, scandalisé.

De loin, Yurin avait vu la joute verbale. Il avait été fort surpris par le vocabulaire de la jeune fille. Mais quelques temps passés au sein d’une troupe de mercenaires devaient l’avoir endurcie. Elle ne ressemblait plus à la gamine qu’il avait vue à Bastonne à la fin de l’été précédent. Elle avait le Chaos dans toute son horreur. Le prêtre-guerrier des humains lui avait dit qu’un démon majeur de Slaanesh avait été invoqué sous ses yeux et qu’elle l’avait chargé, permettant ainsi sûrement au vampire d’achever le monstre. Ensuite, elle avait sûrement affronté le vampire. Du moins, c’étaient ce à quoi correspondaient les traces du combat. Il lui avait recommandé d’être prudent et de vérifier tout comportement suspect chez la bretonnienne puisqu’elle aurait pu être contaminée par le Chaos. Il restait donc prudent mais aucun signe de corruption n’apparaissait pour le moment.
La, courte, conversation l’avait beaucoup amusé. Il avait vu le chef humain mettre la main à la garde de son épée mais Astrid n’avait pas semblé le remarquer. Aussi, il avait mis sa propre main sur le manche de sa hache. Elle lui avait sauvé la vie il y a plusieurs mois. Le bandit qu’elle avait tué en revenant l’aider au combat avait failli le blesser par derrière. Ainsi, il avait une dette envers elle et il comptait bien l’honorer. Là, il n’avait rien fait. C’était le vampire qui lui avait sauvé la vie. Il espérait juste qu’elle ne se considérait pas comme ayant une dette envers lui. Ce cas-ci serait le pire. Il se jura alors de s’en assurer.

Le voyage jusqu’à Wolfsbach fut assez rapide et ne dura que quatre jours au lieu de cinq car les Nains étaient très endurants et les humains étaient en pleine forme. Lors des pauses, Astrid en profitait pour faire des exercices pour se remuscler les jambes. Elle s’entraînait aussi à soulever des épées et des boucliers pour se renforcer les bras. Elle avait dormi pendant environ une semaine et avait ainsi perdu en musculature. Elle se devait de reprendre ses forces pour repartir sur les routes. Les Nains ne s’arrêtèrent pas dans la ville impériale et préférèrent reprendre la route. Quand Astrid demanda la raison à Gorin, celui-ci répondit que la bière était affreuse dans cet endroit. Elle le regarda, circonspecte mais cette fois, il avait parlé sans balbutier et son regard s’était fait dur. Elle comprit que cela était un motif véritable et était même peut-être le seul et unique. Ainsi, ils repartirent de suite sur les routes. Au lieu de prendre l’Aver, la caravane suivit le fleuve. En effet, les nains ne voulaient pas prendre des embarcations en bois, jugeant que cela était pour les elfes.
Ces protestations intriguèrent la jeune fille. Elle avait entendu parler de rumeurs de pillards aux oreilles pointues mais rares étaient ceux qui en avaient entendu parler. Elle se mit alors à interroger les nains. Mais leurs regards se fermèrent et elle ne put en apprendre d’avantage. Tout juste eut-elle quelques conseils comme les éviter au maximum et ne jamais leur faire confiance.

La route pour Nuln était relativement bien entretenue, ce qui rendait le voyage moins désagréable. De plus, les terres le long de l’Aver étaient plus saines qu’à l’intérieur du Stirland. Cela rendait le paysage plus agréable à regarder pour la bretonnienne qui s’ennuyait fermement sinon. Elle était toujours sur le chariot de Gorin et ce dernier ne parvenait pas à surmonter sa timidité malgré tout ce qu’elle tentait pour cela.
Soudain, alors qu’ils étaient à deux jours de marche de la capitale du Wissenland, un mugissement empli l’air. Les nains se regardèrent, inquiets avant de regrouper les chariots et de former un cercle protecteur autour de ces derniers. Astrid était au centre de ce cercle. Devant elle, les guerriers formaient un formidable mur de boucliers qui semblait pouvoir arrêter tout et n’importe quoi. Ce qui n’était peut-être pas totalement faux, en y pensant. Elle savait que même les chevaliers bretonniens redoutaient les Nains au combat car leurs rangs étaient difficiles à pénétrer, même pour un Fer de Lance.
Une heure plus tard, ils virent enfin arriver la cause des hurlements. Une bande d’ogres. Du moins ce fut ce que compris Astrid en entendant les nains. Yurin se mit alors à haranguer ses troupes. Les Nains se groupèrent un peu plus. La bretonnienne eut l’impression qu’ils allaient former un mur de pierre par le simple fait de se serrer ainsi les uns aux autres. Elle parvint à saisir une hache qui n’avait pas propriétaire, étant amenée pour être vendue. Un nain l’utilisait à une main. Mais pour elle, les deux étaient nécessaire par manque de force. Elle voulait au moins une arme pour se défendre, au cas où.

La jeune fille grimaça de dégoût en voyant les ogres arriver sur eux. Ils étaient réellement très moches. Ils étaient très gros et leurs hurlements lui faisaient mal aux oreilles. Les voir charger lui donna l’impression de voir une tempête cherchant à se fracasser sur le littoral. La métaphore fut bien plus juste qu’escomptée. Le mur de boucliers fut enfoncé mais ne se brisa pas au premier assaut. Les guerriers des montagnes tinrent le choc. Aussitôt, le massacre commençait. Les ogres étaient bien plus forts mais les soldats nains étaient implacables et se battaient avec l’énergie du désespoir. Se battant par deux ou trois, chaque groupe affrontait ainsi un ogre. Les soldats parvenaient à éviter la plupart des coups tout en les rendant.
Soudain, l’un des ogres blessa grièvement ses trois opposants, les mettant hors de combat. Il fonça alors sur les chariots. Seule Astrid se dressait sur son chemin. Elle était tétanisée de peur. Il avait des dents horribles. Son énorme ventre flasque était couvert par une imposante plaque de métal et il sentait horriblement. Il tenta alors de la saisir mais elle parvint à s’écarter à temps. Elle reprit rapidement ses esprits et donna un premier coup avec la hache, entaillant sa jambe gauche. L’ogre mugit et se retourna. Le coup de sa massue frôla la guerrière. Elle savait qu’elle n’aurait jamais la force de parer les coups et les esquivait donc. Elle contre-attaqua ensuite, le blessant au bras. Mais sa hache resta bloqué dans le membre du monstre.
Astrid lâcha rapidement son arme avant de reculer aussi vite que possible. Elle vit la créature retirer l’objet de son bras et le jeter au sol comme s’il ne pesait rien. Puis, elle reprit sa massue et se tourna vers la jeune fille. Cette dernière cherchait frénétiquement une arme quelconque. Sa dague ne lui serait d’aucune utilité, elle le savait. Il leva son arme faite de bric et de broc et se prépara à frapper la bretonnienne. Cette dernière mit enfin la main sur une épée forgée pour les Hommes. La saisissant à deux mains, elle se tourna au bon moment pour éviter le coup du monstre. L’ogre retira sa massue du chariot et se retourna vers Astrid qui s’était décalée. Cette fois, il fit un large mouvement circulaire. Ce dernier percuta la jeune fille au niveau des côtes et l’envoya voler à plus d’une dizaine de pieds de distance. Il vint vers elle et la saisit par la taille.

Astrid avait mal aux côtes. Plusieurs devaient être brisées. Cependant, le pire fut qu’elle n’avait même pas réussi à se débattre quand l’ogre l’avait saisie. Elle avait entendu qu’ils avaient une terrible haleine et sut que cela était vrai. Elle avait aussi entendu qu’ils pouvaient manger vivants des proies. Et vu le geste de son ennemi, elle sut également que c’était vrai. Ainsi elle allait mourir. Elle avait frôlé trop de fois la mort en quelques mois pour ne pas finir par la subir.
Soudain, une large hache apparut dans le poitrail de l’ogre. Ce dernier regarda bêtement la lame et chuta lentement arrière, lâchant Astrid au passage, qui s’effondra sur le sol. Elle tomba inconsciente rapidement.



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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mer 30 Aoû 2017 - 21:56

Citation :
Finalement, un voile noir apparut et elle sombra dans l’inconscience.
Citation :
Elle tomba inconsciente rapidement.
Prenant en considération la voie professionnelle qu'Astrid a choisie, il est fort à parier qu'elle ne fera pas de vieux os, ils seront tous brisés avant Tongue

En tout cas, cela représente assez fidèlement le quotidien de n'importe quel mercenaire perdu dans la campagne impériale : survivre un jour de plus est déjà un exploit en soi.

La suite ! Fou

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 11 Sep 2017 - 11:23

Petite accélération de la trame temporelle dans ce chapitre. On approche doucement de la fin de la première partie du récit, qui devrait en compter un peu moins de vingt. Le temps continuera à être aussi abrégé dans les chapitres suivants avant de ralentir. S'il y a autant de temps qui passe sans que je ne raconte rien, c'est normal. Il ne se passe pour ainsi dire, rien du tout ou sinon rien qui ne mérite d'être raconté. Le chapitre 13 devrait être posté lundi prochain ou dans deux semaines. Cela dépendra de mon humeur et mon envie.

Bref, bonne lecture en attendant.



Chapitre 12 : Convalescence et entraînement


La première chose que sentit Astrid en se réveillant fut un drap contre sa peau. C’était un drap qui ne ressemblait pas aux draps utilisés pour les lits de camp. Il était plus doux et ressemblait plus à un drap pour les lits les plus confortables. Il était même plus que doux. Il glissait sur sa peau tout en lui tenant chaud. Sondant son corps, elle remarqua qu’elle avait mal sur son côté gauche. De plus, son ventre et la naissance de son buste étaient couverts de bandages. Elle se souvent alors des derniers événements et surtout du combat contre les ogres. Tout le reste de son corps lui faisait mal, au point d’avoir eu l’impression d’être de retour après le combat contre le démon puis contre le vampire. Elle ouvrit rapidement les yeux. Au-dessus d’elle, une voûte dans une pierre parfaitement façonnée. Toute la pièce était ainsi faite. Il y avait de nombreuses gravures de Nains en train de travailler, que ce soit à la mine ou dans une forge. Elle était incontestablement dans un endroit fabriqué par le peuple des Montagnes du Bord du Monde. Elle remarqua que cette fois encore, elle était presque entièrement nue, en dehors de ses bandages. Cependant, elle vit plusieurs vêtements près du lit, massif. Elle parvint à les prendre sans trop de mal et enfila une grande tunique avec difficultés.

Astrid était résolue à se lever. Malheureusement, elle n’avait guère de voix et avait soif. Or le pichet était trop loin. Avec des mouvements lents, elle parvint à repousser les draps. Elle frissonna quand ses jambes nues entrèrent en contact avec l’air frais. Elle remarqua alors qu’il n’y avait pas de fenêtres. Elle semblait être sous terre. Ou alors dans une pièce dite aveugle. La bretonnienne se plaça ensuite sur le côté avant de se lever avec moult précautions. Son équilibre était peu stable et sans la présence d’un montant du lit, elle se serait effondrée sur le sol.
La jeune fille protestait mentalement contre son état de faiblesse. C’était quelque chose qu’elle abhorrait. Elle mit plusieurs minutes à atteindre le bureau où était placé un plateau repas. Elle dévora ce dernier, bien que composé de soupe froide, mais néanmoins bonne. C’était un type de soupe venant d’Estalie, le Gaspacho. Elle avait essayé un jour à la chapelle quand un chevalier faisant la Quête était passé par ce pays et avait préparé ce plat. Elle avait bien aimé. Elle la mangea lentement mais sûrement. Ses muscles s’étaient à nouveau affaiblis. Puis, décidée à voir autre chose que des murs, Astrid décida de sortir de la chambre. Cependant, la fatigue la prit bien vite et elle retourna rapidement à son lit. Elle s’y laissa choir aussitôt l’extrémité atteinte puis y rampa fort peu élégamment pour atteindre son traversin. Elle se rendormit très rapidement.

La jeune fille ne se réveilla que de nombreuses heures plus tard, à nouveau affamée et la gorge desséchée. Cette fois encore, il n’y eut personne à ses côtés. Cependant, la table avait été considérablement rapprochée et elle n’avait qu’à se mettre au bord du lit puis à tendre les bras pour saisir un plateau sur lequel était placé un repas chaud. En effet, il s’agissait d’une soupe étrange mais qui semblait bien nourrissante. Des morceaux de pain blanc, chose rare et chère, étaient à côté de l’assiette creuse. Elle remarqua que les portions n’étaient pas bien importantes, comme la dernière fois. Mais cette fois là, elle avait eu son estomac rapidement rempli. Peut-être avait-elle besoin d’augmenter les quantités petit à petit ? Elle vit aussi, après coup, un livre qui lui était jusque là inconnu. Il avait pour titre L’Extraordinaire Voyage de Ricco et Robbio vers la Lointaine et Mystérieuse Cathay. Elle n’en avait jamais entendu parler de ce livre. Naturellement, elle avait entendu quelques rumeurs sur ce pays lointain mais cela se résumait à peu de choses. Là, c’était un ouvrage comptant les aventures des deux marchands ayant réussi à découvrir ce pays mythique dont l’existence n’avait même pas été soupçonnée il y avait encore près de deux siècles. Ces rumeurs l’avaient toujours intriguée car elle se demandait comment des hommes avaient pu traverses les Terres Désolées pour aller aussi loin à l’est, que ce soit il y avait fort longtemps pour coloniser le pays ou pour voyager dans cette direction. Elle commença à lire mais s’endormit extrêmement vite encore une fois.

Astrid se réveillait de plus en plus souvent et parvenait à rester éveillée un peu plus longtemps à chaque réveil. Certes, cela ne dépassa guère une heure complète d’affilée, au mieux une fois par jour, mais elle restait moins longtemps endormie qu’au début de sa convalescence. Elle n’avait guère de notions du temps qui passait. Tout juste pouvait elle déterminer s’ils étaient les jours et la nuit en fonction des repas qui lui étaient laissés. Elle ne voyait absolument personne. Elle savait que des gens venaient la voir, sinon elle n’aurait pas de repas ni d’eau en permanence. La jeune fille lisait son livre petit à petit. Cela ressemblait plus à un roman, mais au moins elle rêvait. Ces choses lui plaisaient et elle se prit à rêver d’aller découvrir ces contrées lointaines. Elle trouvait le Vieux Monde trop petit pour elle. Elle rêvait de nouveautés, d’exploration et de contrées étranges et magnifiques.
Cependant, il lui fallait regagner beaucoup de forces et réussir à atteindre ce fameux pays. Pour cela, il y avait deux moyens. La terre en passant par les Terres Sombres, ou la mer, en contournant les Terres du Sud. Elle ne savait pas vraiment quelle route elle pourrait prendre, ni comment se faire embaucher par un marchand. Elle se doutait que la première route verrait l’escorte du convoi uniquement par des bandes de mercenaires. Elle n’aurait aucune chance d’être prise face à des guerriers aguerris et personne ne la croirait si elle disait qu’elle avait affronté un démon majeur et s’en était sortie indemne. Elle aurait déjà de la chance de ne pas finir sur un bûcher. Quant à la seconde route, les femmes étaient réputées pour porter malheur à bord d’un navire. Ce serait donc compliqué de se faire embarquer sur un bateau. Elle en était toujours réduite à sa condition de femme, qu’elle aurait du mal à cacher à cause de sa poitrine, trop grosse par rapport aux standards bretonniens. Souvent, sur ces pensées déprimantes, elle se rendormait rapidement.

A pratiquement chaque réveil, Astrid essayait de se lever et de marcher un peu dans la chambre qu’elle occupait. Cela lui permettait de réhabituer ses muscles. Elle s’entraînait aussi à soulever son plateau, chargé ou non pour faire la même chose pour ses bras. Mais ce ne fut qu’à son dix-huitième réveil qu’elle croisa enfin un nain. Il s’agissait du chirurgien qui l’avait déjà opérée la première fois. Il était toujours aussi bougon mais semblait bien prendre soin d’elle. Il était accompagné par une sœur de Shallya et par Yurin. Ce dernier faisait le lien entre le médecin et la religieuse. Ils examinaient attentivement les blessures et cicatrices de la jeune fille qui se sentait mal à l’aise d’être ainsi observée. Puis, ils lui demandèrent de faire quelques exercices, qu’elle réalisa avec plus ou moins de difficultés. Puis, ils lui écrivirent des consignes pour d’autres exercices à faire quotidiennement. Elle avait le droit de sortir de sa chambre et de se balader dans l’endroit, sans pour autant sortir dans la rue.
Les jours suivants, Astrid continua à beaucoup dormir, mais elle parvenait à rester éveillée plus longtemps. Elle fut alors déménagée dans une autre chambre, celle-ci avec des fenêtres. Ainsi, elle put commencer à se régler sur les jours et les nuits.

Ce jour-là, elle apprit peu après que cela faisait de nombreux mois qu’elle était dans l’endroit où elle logeait. Yurin lui expliqua ainsi qu’ils étaient le 17 Sigmarzeit de l’an 1896 selon le Calendrier Impérial. Elle réalisa alors qu’ils étaient la veille de son anniversaire. Il lui promit alors de lui offrir un cadeau d’anniversaire. Il lui raconta alors qu’un nain avait abattu l’ogre qui allait la dévorer et que cela lui avait sauvé la vie. Le chirurgien nain, qui l’avait déjà sauvée une fois, l’opéra rapidement pour lui permettre d’effectuer le voyage, inconsciente, jusqu’à Nuln. Là, il avait « réquisitionné » l’aide du temple de Shallya. Ce dernier avait d’abord voulu qu’elle soit laissée entre les mains des sœurs mais les Nains s’étaient montrés déterminés à s’occuper aussi de celle qui avait sauvé une bonne partie de la cargaison. En échange, le temple reçut une importante donation. Ainsi, elle fut emmenée dans une grande maison habitée par des nains. Elle resta plus d’un mois endormie avant de se réveiller. Le chirurgien ne s’était pas inquiété de ce sommeil prolongé car il avait remarqué que le corps de la jeune récupérait de toutes ses blessures et de son sang perdu, ce qui mettait beaucoup de temps. De plus, il était toujours facile de la nourrir et de lui faire boire de l’eau.
Puis, elle se réveilla par intermittence pendant plusieurs mois, de plus en plus fréquemment. Cela avait rempli de joie Yurin et les survivants de l’attaque du groupe par les ogres. En effet, ils avaient été surpris de son courage à affronter le monstre sans hésitation alors qu’ils n’avaient guère cru le récit de son combat contre un démon majeur et un vampire. Ils s’étaient mis à un peu tenir à elle, en un certain sens.

A partir de ce déménagement, Astrid commença à reprendre un peu de goût à la vie. Elle avait désormais son objectif, lointain certes, mais c’était un objectif. Elle voulait aller à Cathay. En effet, elle avait lu le livre sur le voyage de Ricco et Robbio. Il l’avait passionnée. Certes, elle se doutait qu’une partie était enjolivée pour mieux vendre. Mais il devait y avoir un fond de vérité. Tout comme les explorations dans le fameux Nouveau Monde, soi-disant rempli d’or. Elle savait que cela aurait été remarqué de manière générale si cela avait été vrai. Or, pour pouvoir partir, elle devait se renforcer musculairement et surtout récupérer entièrement de ses blessures. Elle reçut une épée de la part de Yurin, de facture naine. Adaptée à sa taille, elle était ainsi pratiquement parfaite pour la jeune fille qui pouvait facilement se réhabituer à tenir une arme en main.
Les mois suivants, Astrid commença à planifier tout son projet. Elle décida de coucher les étapes à franchir sur le papier et de prévoir des plans de secours, au cas où. Elle était parfaitement consciente d’avoir des risques de mourir, d’être réduite en esclavage ou autre sur le chemin ou dans ses différents voyages précédents cette expédition. Cependant, elle les gardait à l’esprit et savait qu’elle pourrait peut-être ne jamais voir les murs de la cité de Shang-Yang. Tout devait donc être fait pour limiter ces risques au minimum possible, que ce soit en étant meilleure au combat, ou en s’améliorant dans autant de domaines que possibles, incluant le tir. Ce fut ainsi qu’Astrid se mit à s’entraîner au tir au pistolet et au tir à l’arc, au plus grand désespoir des nains dans le second cas. Pour celui-ci, elle s’exerçait toute seule et apprenait en testant différentes manières de tirer.

Quand la nouvelle année vint, Astrid commença à beaucoup plus s’entraîner. Elle n’avait pas encore regagné toutes ses forces puisque ses muscles avaient fondus durant son long alitement forcé. Il lui fallait tout regagner. Elle fut heureuse quand pour le passage de l’an 1896 à l’an 1897, les nains lui offrirent un coursier. Celui-ci lui plût beaucoup puisqu’il était assez docile pour être monté rapidement. Ainsi, put-elle à nouveau s’entraîner au combat monté. Puis, ils lui firent une armure. Cette dernière comptait une cotte de mailles, une cuirasse et un heaume avec trois arrêtes, mais sans visière. Il avait également une protection pour le cou. Selon les nains, cette armure serait plus pratique pour elle puisque beaucoup moins lourde. Bien vite, les hôtes acceptèrent d’entraîner la guerrière au combat à pied. Ainsi, elle put voir ce qui lui manquait et s’améliorer bien plus rapidement. Son style de combat évolua rapidement. Auparavant brouillon et tout en rapidité, il devint beaucoup plus brutal et violent. La force des coups importait réellement pour blesser certaines créatures. Telle fut l’une des premières leçons de la bretonnienne avec les nains. En effet, si elle était moins forte que certains d’entre eux, son entraînement suite à sa convalescence lui avait permis de gagner des muscles qu’elle n’avait jamais eu, pas même avant de partir de la chapelle où elle avait passé l’immense majorité de sa vie jusqu’ici. Or, elle avait bien remarqué que ses coups étaient plus précis et rapides. Elle se repassait souvent son combat contre le vampire et le duel entre ce dernier et le démon majeur dans son esprit. Au fil du temps, son souvenir s’améliora et elle remarqua des mouvements qu’elle n’aurait jamais cru percevoir. Elle ne savait pourquoi ces images étaient intactes dans leurs plus parfaits détails, mais elle bénit la Dame pour cela.
Astrid ne sortait jamais dans Nuln. La maison des nains lui suffisait amplement. Elle voulait aussi être en pleine possession de ses moyens. Ce ne fut ainsi que vers le printemps, qu’elle se sentit prête à reprendre la route. Dès lors, la bretonnienne se mit à étudier ses différentes options possibles. Mais cette fois, la réponse vint de ses hôtes. Ces derniers lui proposèrent en effet de l’accompagner jusqu’à Marienburg. Ils lui dirent qu’ils avaient déjà vu des navires en partance pour la lointaine Cathay. Par conséquent, elle pourrait voir pour être engagée à bord de ces derniers. Ils n’étaient guère fréquents, mais ils existaient. Elle accepta rapidement l’offre.

Au milieu du printemps, le groupe se mit enfin en marche. Pour cela, ils décidèrent de remonter le Reik jusqu’au grand port impérial. Le voyage présentait beaucoup moins de risques pour la précieuse cargaison. En effet, cette dernière comportait certains objets précieux pour des nobles de Marienburg. En sortant de la maison des Nains, Astrid se prit à regretter la décision de quitter cette dernière. La puanteur fut terrible pour la jeune femme qui en eut les larmes aux yeux. Pour son plus grand bonheur, ils quittèrent rapidement la ville de Nuln par le fleuve. Ce dernier était très large. Descendant le courant, le navire allait rapidement. Les journées étaient monotones pour la jeune femme. Elle lisait et s’entraînait. Heureusement, elle avait le pied marin grâce au temps passé en bord de mer pendant tout le reste de sa vie. Il n’avait pas été rare qu’elle fût allée avec les pêcheurs en haute mer pour moins d’une journée. Elle passait ses journées en étant seule, ne désirant pas vraiment la compagnie des nains, ce qu’ils lui rendaient relativement bien, fort occupés à calculer tous les bénéfices possibles.
Le navire arriva à destination trois semaines plus tard. A peine le navire arrivé au quai, que de nombreuses personnes arrivèrent vers les passagers pour leur proposer d’acheter des choses plus ou moins inutiles. Cependant, en voyant les nains, nombre de gens reculèrent presque instinctivement. Astrid se sentait protégée au milieu d’eux. Yurin se tourna alors vers elle et lui déclara :
« Viens avec moi. On va te chercher un navire pour où tu veux aller. »
Elle sentait bien la désapprobation dans la voix de son ancien compagnon de route. Mais elle lui était reconnaissant de tout ce qu’il avait fait pour elle. Aussi, elle accepta.

Yurin conduisit Astrid vers les quais pour les voyages à très longue distance. Là, il n’y avait que peu de navires impériaux. On y trouvait quelques bateaux originaires d’Estalie ou de Tilée ainsi que des navires Arabiens. Ces derniers représentaient la majorité des coques sur ces quais. Trouver le bon navire ne fut guère compliqué. Il était originaire d’Arabie. Cependant, négocier avec le capitaine fut autrement plus compliqué, aussi la jeune femme laissa son accompagnateur faire. Mais l’humain fut dur en affaires. Elle s’était rapidement désintéressée de la conversation. Quand le nain mentionna que son oncle au quatrième degré commandait la flotte de Barak Varr sans avoir l’air d’y prêter beaucoup d’attention, la bretonnienne vit l’homme déglutir avec moult difficultés. Il semblait avoir des choses à se reprocher. Quelques minutes plus tard, Astrid avait une place à bord.

Elle laissa son cheval à Marienburg et le vendit à une écurie spécialisée. Puis, elle embarqua avant la fin de la journée. Là, le navire quitta le port de Marienburg. La jeune femme rejoignit l’arrière du bâtiment et regarda une dernière fois la cité. Avec le soleil couchant, elle était magnifique et incroyable. Enfin, ils atteignirent la haute mer. Ils étaient définitivement partis.

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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 11 Sep 2017 - 17:50

Une suite toujours aussi sympathique, même si je n'ai pas saisi un détail. Est-elle partie avec les nains ? Si non, je trouve qu'il manque au moins un adieu à ses amis barbu... En tout cas, la voilà donc partie vers le Cathay, eh bien elle aura voyagé sec la petite. Mais l'avantage que tu as à présent est que tu est plus libre pour développer le tout.

Si tu vas chercher dans le vieux fluff, tu peux trouver des mentions à Suddenburg, une colonie impériale au sud-est de l'arabie qui sert parfois de point de passage aux marchands allant vers Cathay. Mais le truc est une sorte d'Australie locale et est constituée majoritairement des enfants des prisonniers envoyés là en premier lieu. Après, ça c'est dans le cas où elle arrive bien à bon port... Ce qui, au vu de sa chance, est assez mal barré Rolleyes

On verra donc, que ce soit les terres du sud ou cathay, ça promet ! Pour le moment, je demande la suite !
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 11 Sep 2017 - 18:13

Hjalmar Oksilden a écrit:
Une suite toujours aussi sympathique, même si je n'ai pas saisi un détail. Est-elle partie avec les nains ? Si non, je trouve qu'il manque au moins un adieu à ses amis barbu...
Ouaip, elle est partie avec les nains jusqu'à Marienburg. Désolé si ce n'est pas net.

Hjalmar Oksilden a écrit:
Si tu vas chercher dans le vieux fluff, tu peux trouver des mentions à Suddenburg, une colonie impériale au sud-est de l'arabie qui sert parfois de point de passage aux marchands allant vers Cathay. Mais le truc est une sorte d'Australie locale et est constituée majoritairement des enfants des prisonniers envoyés là en premier lieu. Après, ça c'est dans le cas où elle arrive bien à bon port... Ce qui, au vu de sa chance, est assez mal barré Rolleyes
En fait, j'ai utilisé le fluff de Mathias Eliasson qui est traduit sur la Bibliothèque Impériale. Après, je ne développe pas énormément dans cette partie pour Cathay. Cela le sera beaucoup plus dans la deuxième partie du récit.

D'ailleurs, j'en profite pour dire que cette partie est terminée au niveau de l'écriture avec le dix-septième et dernier chapitre clôturé aujourd'hui même. Je commence ce soir la rédaction d'Un Vampire Pas Comme Les Autres qui sera la suite directe de l'histoire. Du coup, je posterai un chapitre par semaine maintenant, voire deux, selon mon humeur.

Cependant, je voudrais avoir votre opinion ? Dois-je faire un nouveau sujet ou écrire à la suite de celui-ci sera suffisant ? Je voudras savoir ce que vous préférez puisque cela m'est égal.
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 12 Sep 2017 - 17:45

Moi je dis : son navire va croiser la route d'une arche noire, elle va être vendue comme esclave à Naggarond pour s'en échapper lors d'une offensive haut-elfe. Ca me semble épix comme scénario.

Hum hum Fou

Hjalmar Oksilden a écrit:
Après, ça c'est dans le cas où elle arrive bien à bon port... Ce qui, au vu de sa chance, est assez mal barré
Sa chance est plutôt au dessus de la moyenne, au vu du nombre de situations périlleuses auxquelles elle a réchappé. En revanche, j'ai l'impression que cela la rend trop sûre d'elle-même : embarquer seule sur un navire rempli d'étrangers qui n'ont de compte à rendre à personne... A sa place, j'aurais attendu pour une occasion plus rassurante, comme par exemple un navire de scientifiques ou d'ambassadeurs impériaux.
Mais bon, qui sait ?
Jet sur la table des rencontres aléatoires en pleine mer...

La suite ! Very Happy

EDIT
Gilgalad a écrit:
Cependant, je voudrais avoir votre opinion ? Dois-je faire un nouveau sujet ou écrire à la suite de celui-ci sera suffisant ? Je voudras savoir ce que vous préférez puisque cela m'est égal.
Hjalmar divise sa saga en plusieurs topics, j'ai fait pareil avec ma trilogie. Cela me semble la marche à suivre la plus claire pour les lecteurs Happy

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 18 Sep 2017 - 10:27

Von Essen a écrit:

Sa chance est plutôt au dessus de la moyenne, au vu du nombre de situations périlleuses auxquelles elle a réchappé. En revanche, j'ai l'impression que cela la rend trop sûre d'elle-même : embarquer seule sur un navire rempli d'étrangers qui n'ont de compte à rendre à personne... A sa place, j'aurais attendu pour une occasion plus rassurante, comme par exemple un navire de scientifiques ou d'ambassadeurs impériaux.
A mon avis, les navires d'ambassadeurs impériaux pour Cathay doivent être extrêmement rares. D'autant plus pendant l'Âge des Trois Empereurs. En période de guerre civile, t'as autre chose à faire que de t'occuper d'envoyer des ambassadeurs avec un pays lointain dont tu ne connais même pas la force armée et que tu sais très difficile d'accès. Il est même précisé que les expéditions navales comme terrestres sont extrêmement rares et que ce sont principalement les Arabiens qui atteignent Cathay par voie maritime.

Von Essen a écrit:

Hjalmar divise sa saga en plusieurs topics, j'ai fait pareil avec ma trilogie. Cela me semble la marche à suivre la plus claire pour les lecteurs Happy
C'est alors ce que je ferai Smile


EDIT : voilà le chapitre suivant Smile



Chapitre 13 : Voyage et tempête


Pendant des semaines et des semaines, le navire, nommé Fierté de Copher, suivit la côte bretonnienne. Astrid passait ses journées dans sa cabine ou sur le pont, à regarder les flots. Les plages de Lyonesse et Aquitanie avaient succédé aux falaises de Couronne. Le spectacle variait et la jeune femme aimait regarder cette terre. Elle avait un peu le mal du pays mais était déterminée. Elle savait ce qu’elle voulait. Puis, ils passèrent le long de l'Estalie. Les paysages au loin changèrent et le soleil devint de plus en plus présent. Finalement, le navire s’arrêta à Los Cabos pour une journée, le temps de faire le plein de vivres et d’eau douce.
Astrid en profita pour visiter une partie de la ville. Elle remarqua bien vite les grandes statues de Myrmidia, qui était la principale divinité locale. Les bâtiments étaient biens différents des maisons en bois ou des châteaux en pierre de Bretonnie. L’accent chantant des habitants locaux lui changeait également du rude Reikspiel. L’Estalien lui semblait plus mélodieux et plus proche du Bretonnien. Les gens parlaient vite et fort. Mais peu semblèrent, heureusement selon la jeune femme, s’intéresser à elle.
Quand le navire repartit, ils allèrent droit vers le sud. Ils ne longeraient pas les côtes tiléennes pour réduire les risques de rencontres avec des pirates. Ainsi, ils prirent le grand large. Désormais, l’horizon ne fut plus qu’une ligne bleue de toutes parts.

Mais il fallait s’attarder sur le navire. Il était long de deux centaines et large d’une quarantaine de pieds. Il comptait deux mâts principaux et comptait deux ponts intérieurs. Le premier était destiné à toutes les réserves de vivres et d’eau douce. Le second au transport de la marchandise. Un grand nombre de balistes étaient placées sur ces différents ponts ainsi que sur le pont supérieur, celui à l’air libre. Quand Astrid avait interrogé le capitaine sur l’origine du bâtiment, il lui expliqua qu’il avait été conçu pour les voyages sur d’immenses distances, à travers des terres hostiles. Il n’avait donc rien à avoir avec les navires se contentant de travers le Grand Océan pour se rendre dans le Nouveau Monde. Eux, allaient beaucoup plus loin. Ainsi, le bateau avait été construit en Estalie puisque les chantiers d’Arabie n’avaient pas la capacité de le faire, en terme de taille.

Au bout d’un mois, un navire fut aperçu à l’horizon. Astrid était alors sur le pont et vit bientôt le bâtiment aussi bien que la vigie. Cette dernière cria rapidement qu’elle n’arrivait pas à l’identifier. Le capitaine, Abdul Al-Karesh, sortit donc de sa cabine avec sa longue-vue et chercha à le voir. La guerrière vit son visage se décomposer lentement mais sûrement. Puis, il hurla ses instructions, qui furent de mettre toutes voiles dehors. Ils avaient un vent  favorable, ils devaient le garder. Il ordonna également de se préparer au combat. La bretonnienne partit donc vers sa propre cabine pour chercher ses armes et enfiler en vitesse son armure. Elle croisa alors le capitaine et lui demanda :
« Quel est le navire qui nous poursuit ?
-Le pire fléau de toutes les mers, répondit Abdul, anxieux.
-Qui est, le pressa la jeune femme ?
-Les Elfes Noirs. C’est un petit navire, nous avons une chance de nous en sortir en cas de combat, mais pas tous en vie. Il faut espérer qu’il n’y en ait pas d’autres. Sinon, nous sommes morts.
-Vous les avez déjà affrontés ?
-Oui. Une fois. Une flotte entière contre quelques navires des leurs. Les trois quarts de nos forces ont été anéantis contre la moitié des leurs. Ils ont fui, heureusement pour nous.
-Un conseil ?
-Ne vous faites pas prendre vivante. On avait réussi à libérer certains de leurs esclaves. Ils étaient dans un sale état.
-Merci. »
Puis, elle partit se préparer au combat.

La course-poursuite dura des heures qui parurent interminables pour Astrid. Elle ne pouvait guère aider sur le pont et attendait donc le combat. Elle savait qu’il se produirait. Elle voyait bien le navire des elfes noirs gagner du terrain sur eux. Mais le pire fut quand ils virent un second navire similaire apparaître à l’horizon. Il était plus en retrait et arriverait donc plus tard au combat, du moins en théorie. Car pour faire durer la chasse, le premier attendit ce nouvel arrivant et reprirent la poursuite ensemble. Les nerfs de tout l’équipage étaient mis à rude épreuve. Chaque homme pria les divinités et esprits auxquels il croyait et la bretonnienne n’échappa pas à la règle, priant la Dame du Lac de l’aider.
Finalement, ils arrivèrent à portée de balistes. Mais les elfes noirs, eux aussi, étaient dotés d’armes similaires. Et bien plus redoutables. Plusieurs fois, des petits traits de la taille de carreaux d’arbalètes fauchèrent des marins sans qu’aucune parade ne fût possible pour les hommes. Puis, le contact arriva. Pris sur les deux côtés, le Fierté de Copher n’avait guère de chances de s’en sortir.

L’abordage fut lancé peu après, avec diverses cordes et passerelles. Astrid parvint alors à décocher quelques flèches, abattant ainsi quelques ennemis avant le combat. Puis, elle déchargea un pistolet sur un elfe noir arrivant avec une corde. Mais leurs premiers ennemis mirent rapidement le pied sur le navire. Elle dégaina son épée forgée par les nains et entra dans la mêlée. Elle eut alors l’impression de se retrouver face à des monstres au combat. Les elfes noirs étaient pratiquement insaisissables et elle ne réussissait pas souvent à en toucher un, bien que dans ces cas, il était systématiquement tué. Lentement mais sûrement, alors qu’elle se battait avec énergie, le combat tourna en faveur des assaillants. Ces derniers étaient à peine moins nombreux mais étaient de bien meilleurs guerriers. Chacun semblait valoir dix hommes et Astrid, l’un des meilleurs soldats du navire, devait employer tout son talent pour parvenir à lutter et vaincre un seul d’entre eux. Le pont était couvert de cadavres et de sang. Les défenseurs parvinrent alors à se regrouper en un cercle défensif. Il restait encore la moitié de l’équipage.
Soudain, un épais brouillard apparut derrière les navires des attaquants. Puis, des flèches surgirent de ce dernier et abattirent un certain nombre d’entre eux. Des cris se firent entendre au niveau des navires collés au Fierté de Copher. Puis, des guerriers elfiques dotés de grands boucliers et de lances apparurent soudainement. Les elfes noirs se tournèrent alors vers eux mais furent cueillis par des volées de flèches. Beaucoup allèrent s’empaler sur les lances. Les nouveaux arrivants progressèrent pas à pas sur le pont, abattant méthodiquement tout ennemi qui se dressait face à eux. Enfin, la mêlée devint confuse quand l’alignement fut rompu.

Aussitôt, les Hommes chargèrent et Astrid se trouva une nouvelle fois au cœur du combat. Elle frappait tout ce qui était un elfe et habillé avec une cape avec des écailles et des habits noirs. Après quelques minutes, elle se retrouva face à deux guerriers elfes s’affrontant. Elle avait l’impression qu’il s’agissait d’un combat entre la lumière et les ténèbres, représentées par leurs champions. Ils combattaient à une vitesse époustouflante. Seuls le vampire et le démon majeur de Slaanesh avaient pu égaler ou dépasser cette rapidité et cette précision. Là, elle se trouvait face à deux maîtres en la matière. Finalement, ce fut l’elfe habillé en bleu et blanc qui eut le dessus et parvint à tuer son ennemi. Le combat fut alors rapidement terminé. L’elfe en question, qui semblait être le chef de ses semblables regarda profondément la jeune femme qui se sentit inspectée jusqu’au plus profond d’elle-même. Puis, il se tourna vers ses hommes et leur lança une série de ce qui semblaient être des ordres. Enfin, il alla vers Abdul et lui déclara avec un fort accent, cependant très élégant :
« Occupez-vous de vos morts et laissez-nous nous occuper de vos blessés. Nous vous escorterons jusqu’à vos côtes. »
Le destinataire comprit bien vite qu’il n’aurait guère le choix et accepta l’offre.

Soudain, Astrid se sentit faible. En regardant son ventre, elle remarqua que son armure était en morceaux, tout comme sa tunique. Du sang s’écoulait d’une large plaie. Sa vision se troubla alors qu’elle portait la main à sa plaie et s’effondra alors sur le pont en la voyant couverte de sang.

Astrid se réveilla quelques temps plus tard, dans des draps d’une douceur incomparable avec ce qu’elle avait connu jusque là. Ils étaient certes en soie, mais celle-ci était parfaite. Elle remarqua qu’ils étaient blancs, avec un immense dragon bleu brodé dessus. Elle se souvint des derniers moments vécus et regarda autour d’elle. La pièce était faite dans du bois blanc et tout était harmonieux. Elle regarda sa plaie et vit que la cicatrice avait pratiquement disparue. Elle dit alors à voix haute :
« Suis-je morte ?
-Ce n’est pas faute d’avoir essayé, jeune humaine, lui répondit une voix douce comme le miel. »
La jeune femme se tourna vers l’origine du son et découvrit un elfe, non, une elfe, se tenant face à elle. Cette dernière était d’une beauté pratiquement irréelle. Son petit sourire était tout aussi parfait que la pièce et de ses yeux émanait une bonté sans égale. Du moins était-ce l’impression qu’elle avait. L’elfe continua alors :
« Avez-vous perdu la voix, jeune humaine ?
-Je… Je... Non, parvint à prononcer Astrid. Où suis-je ?
-Sur le Fierté de Lothern. Un navire-aigle de la flotte de guerre des Asur.
-Navire-Aigle ? Asur ? – Elle était complètement perdue.
-Nous sommes des elfes. Ceux que vous nommez les Hauts Elfes. Je crois que nous ne sommes plus que des légendes chez vous. Certains des nôtres habitent en Athel Loren. Quant au navire-aigle, il s’agit juste d’un certain type de navire, rien qui ne doive vous inquiéter.
-En Loren ? Mais ce sont des fées qui habitent là-bas, objecta la bretonnienne, sûre de son fait. Et les bois sont hantés. »
L’elfe éclata de rire et la corrigea :
« Ah, ils sont incorrigibles. Non, non. Il ne s’agit point de fées, bien qu’il puisse y en avoir dans une forêt. Il s’agit d’elfes qui ont trahi le Roi Phénix il y a plusieurs règnes de cela et ont préféré rester dans les Terres des Hommes.
-Roi Phénix ? Règnes ? Terres des Hommes ?
-Le Roi Phénix est notre suzerain. Nous découpons l’histoire en règnes. La date correspond il y a plusieurs millénaires de cela, pour vous humains. Les Hommes ne vivaient alors que dans des cabanes en bois et des huttes. La Terre des Hommes est ce que vous nommez à tord Vieux Monde. Maintenant, il est temps pour vous de regagner votre navire. »
Puis, elle prononça un mot et deux soldats apparurent. Elle leur parla dans une langue extrêmement mélodieuse avant d’ordonner à Astrid de s’habiller. Celle-ci obéit et reçut ensuite un bandeau sur les yeux. Elle paniqua mais fut vite rassurée.

Elle monta quelques échelles et se vit finalement retirer son bandeau. Elle était dans ce qui devait être la cabine du capitaine du navire elfe. Ce dernier était dos à elle. Quand il se retourna, elle put voir qu’il était magnifique. Mais aussi extrêmement dangereux. Il examina la jeune femme et lui demanda :
« Quel est ton nom ?
-Astrid de Lyonesse, fit-elle en reprenant une contenance.
-Bien. Je suis Ænir Swiftblade, du royaume d’Ulthuan. Et tu te trouves sur mon navire.
-Je…
-Ce n’est point un reproche. Tu m’as sauvé la vie sans le savoir et je t’en remercie. Maintenant, tu peux retourner chez les tiens. »
Sur ces paroles, des soldats entrèrent et prirent la jeune femme par les bras avant de l’emmener sur le Fierté de Copher.

Astrid se remit tranquillement de sa blessure et du combat. Puis, son quotidien morne reprit. Le Fierté de Copher fut escorté jusqu’à ce qu’il arrive en vue des côtes de l’Arabie. Là, il commença à les longer jusqu’à arriver à Copher. La bretonnienne sentait la chaleur devenir toujours plus importante. Elle se déshydratait à grande vitesse. Mais elle fut stupéfaite en voyant la cité portuaire. Cette dernière comportait un grand nombre d’élégantes tours. Abdul lui conseilla de ne point trop s’éloigner du port. Ils arrivèrent en début de matinée et repartiraient sous les coups de vingt heures. C’était le plein été. Aussi, la chaleur fut vite écrasante. La jeune femme portait une tenue presque blanche qui la couvrait de la tête aux pieds, laissant juste apparaître la partie supérieure de son visage. Ainsi, elle souffrait moins de la chaleur.
Elle adora visiter le bazar du port. Elle y trouva littéralement de tout. Il y avait des tissus, des habits, des armes, des poisons, des aliments, des choses précieuses ou des bibelots. Elle en profita pour acheter quelques armes supplémentaires et du tissu qu’elle coudrait dans le navire. Les murs de terre cuite ou de pierre des bâtisses étaient parfaitement faits. Toutes les maisons semblaient résistantes à tout ce qui pourrait leur arriver. Elle apprécia particulièrement certaines boissons chaudes qui la désaltéraient fortement. Puis, le navire repartit, avec pour destination finale, l’Empire de Cathay.

Le temps sembla s’étirer en longueur. Les jours devinrent des semaines et les semaines des mois. Longtemps, ils ne suivirent que des côtes de sables. Puis, cela se changea en une épaisse forêt verte. Abdul expliqua à Astrid que des créatures anciennes vivaient là. Elles étaient sûrement plus anciennes que la race des Hommes. Peu d’Hommes avaient pu ne serait-ce que les apercevoir. Encore moins étaient revenus en vie. Ils parlaient d’immenses pyramides sur lesquelles étaient sacrifiées toutes sortes de créatures. Mais tous étaient effrayés et ne souhaitaient pas vraiment avoir de nouveau à faire avec ces lézards géants. La jeune femme avait fini par se lier d’amitié avec le capitaine. Ce dernier appréciait sa conversation et surtout sa soif de découvertes, tout en restant relativement prudente. Il aimait raconter les histoires et trouvait en la bretonnienne quelqu’un que cela intéressait. Ils s’entrainèrent également ensemble au combat pour ne pas perdre la main. En effet, rares étaient les navires croisant dans ces eaux oubliées par la civilisation humaine. Ainsi, ils n’avaient guère de risques de mauvaises rencontres, en dehors d’éventuels monstres marins.
Puis, ils arrivèrent au sud. Ce jour-là, la guerrière regardait à l’avant du navire, ne cherchant rien de particulier, voulant juste observer l’océan. Soudain, une immense tour s’éleva à l’horizon, surmontée par un feu intense. Elle se tourna vers les hommes d’équipages et l’on cria de joie sur le pont. Elle alla alors vers le capitaine et lui demandait de quoi il s’agissait.
« La Forteresse de l’Aube. Une citadelle construite par les elfes pour protéger leurs voies commerciales. Nous avons le droit d’y faire une halte pour ravitailler en vivres.
-Est-ce que l’on verra des elfes ?
-Bien sûr. Mais nous n’avons pas le droit de dépasser le port, sous peine de mort. Vous participerez au ravitaillement, comme tout l’équipage. »
N’ayant rien à ajouter, Astrid se tut et observa. Bien vite, elle vit de grandes murailles surmontées par des tours magnifiques. Jamais elle n’avait vu quelque chose de semblables. Même les élégants minarets de Copher ne pouvaient rivaliser avec ces flèches s’élançant dans le ciel.
Le débarquement fut rapide. Une chaîne humaine s’organisa assez vite et elle put alors voir des elfes. Ces derniers étaient plus grands et plus fins que les humains. Ils étaient la beauté incarnée et semblaient parfois presque surréels. Cependant, aucun ne parla aux humains, si ce ne fut au capitaine pour les points à régler. Elle remarqua sur les remparts et les tours, des balistes et des gardes. Ces mêmes gardes patrouillaient sur les quais. Quais contenant des dizaines de vaisseaux d’une élégance sans pareille. Ils étaient similaires à ceux qui étaient intervenus après leur combat contre les elfes noirs. Les gardes semblaient aussi former l’équipage de certains navires. Ils étaient équipés d’un arc, d’une lance et d’un bouclier. Ce dernier était frappé d’un dragon sur fond bleu. Un homme lui apprit qu’il s’agissait de la Garde Maritime. Mais il n’en savait pas plus. Finalement, le Fierté de Copher repartit avant la nuit, ses cales pleines de vivres.

Cette fois, le navire ne suivit plus les côtes d’une quelconque terre. Il était parti dans le grand océan, au milieu de nul part. Astrid perdit rapidement toute notion du nombre de semaines. Si elle voyait encore les jours et les nuits, elle ne voyait plus rien d’autre. L’océan était vide de toute chose sous la surface. Il n’y avait rien pour se cacher. Abdul avait été clair. En cas de naufrage, à part compter sur un miracle, il ne fallait rien espérer. Se donner soi-même la mort était alors la meilleure chose à faire. Le temps sembla s’étirer en longueur, le vent n’améliorant guère les choses. Puis, après ce qui sembla une éternité à Astrid mais ne fut en réalité que deux mois, ils arrivèrent à la Tour du Soleil. Là, tout se passa comme à la Forteresse de l’Aube. A nouveau, ils reprirent la mer. A nouveau, le temps s’étira à nouveau. Puis, ils arrivèrent près des terres de Khuresh. Là, ils commencèrent à les contourner, remontant alors vers le nord. Mais jamais, ils n’envisagèrent de s’arrêter sur la côte. D’après le capitaine, ces terres étaient maudites et pratiquement personne ne pouvait y survivre. Ils suivirent ainsi ces terres pendant de nombreuses semaines. Chaque nuit, ils s’approchaient de ces dernières pour mouiller dans des endroits favorables. Mais ils restaient toujours à distance raisonnable de la plage.
Puis, ils commencèrent à longer les côtes de Cathay. L’équipage était épuisé par les mois et les mois de navigation à travers plusieurs océans et mers. Les réserves de vivres étaient basses, très basses. Ils étaient impatients d’arriver, enfin, à Fu Chow.

Cependant, alors qu’ils étaient quelque part entre Nan-Guang et Han-Yi, une tempête fut signalée à l’est. Astrid s’entraînait alors avec Abdul sur le pont du navire. Elle remarqua bien vite les immenses nuages noirs arriver. Elle vit le capitaine froncer les sourcils avant de donner une série d’ordres. L’équipage mit aussitôt le cap à l’ouest, espérant arriver aux terres avant d’être atteint par la tempête qui arrivait. Ils en avaient essuyé quelques-unes dans leur voyage mais Astrid était intriguée, cela ne ressemblait en rien aux tempêtes classiques. Soudain, le vent se leva devint extrêmement violent. Deux hommes passèrent par dessus le bord du navire, sans que rien ne pût être fait pour les rattraper. Mais les nuages allaient plus vite que le Fierté de Copher. Les vents devinrent de plus en plus violents et changeants, au point que le navire était balloté dans tous les sens. La mer se déchaînait. Finalement, les nuages arrivèrent sur eux. Ce fut comme si l’enfer était descendu sur terre.
Le navire partait dans tous les sens. Souvent, un ou plusieurs hommes passaient par dessus le bord, sans qu’il n’y eut aucun espoir de les retrouver un jour. Les voiles claquaient et se déchiraient devant la force des éléments. Des trombes d’eau descendaient des cieux, faisant qu’il était impossible de voir à moins de dix pieds. Astrid eut vite l’impression que la Fin des Temps s’était déchaînée sur eux. Puis, un premier mât céda et s’effondra dans l’océan. Le navire bougeait de tous les côtés et régulièrement, des vagues nettoyaient le pont de tout objet ou toute personne s’y trouvant. Il était impossible de faire entendre des ordres et progresser de quelques pas était devenu un exploit.
Un éclair illumina l’obscurité non loin. Puis le tonnerre gronda. Les flashs lumineux se rapprochèrent rapidement du navire qui finit par voir son mât principal foudroyé, mettant le feu au navire, malgré les torrents d’eau. Il fut vite éteint par une vague plus puissante que les autres. Mais il n’y avait rien sans rien. Et à la plus grande horreur de la bretonnienne, le pont du Fierté de Copher était éventré. Un trou béant en son centre faisant que les ponts inférieurs se remplissaient d’eau, alourdissant l’ensemble. Elle n’était pas un marin mais elle comprenait qu’ils couleraient rapidement.

Jamais Astrid n’avait eu autant raison. Quelques minutes plus tard, le navire se fendit en deux. Elle était alors devant la plateforme contenant les cabines principales. Elle vit avec stupéfaction les deux parties se séparer. La première s’enfonça rapidement dans les flots. La seconde suivit peu après, penchant vers l’avant. Elle se raccrocha à la rambarde des escaliers et, alors qu’elle fonçait vers les eaux tumultueuses de l’océan, parvint à changer de côté des escaliers et à se placer le long de la coque. Elle n’avait pas pensé à enlever son armure et serait donc attirée par le fond à cause de cette dernière. Elle pensa alors qu’il s’agissait d’une façon bien stupide de mourir. Avoir survécu à un vampire, à un démon et à de nombreux bandits, hommes-bêtes et autres elfes noirs, pour finir noyée dans un océan à quelques jours à peine de sa destination.
Astrid regarda autour d’elle à la rechercher d’une éventuelle solution de secours. Alors que la poupe s’enfonçait dans les eaux, emmenant avec elle des hommes hurlant de frayeur, la guerrière aperçut un large morceau de bois, provenant du navire. Elle parvint à se jeter à l’eau, tout près de l’objet en question. En sautant, elle arriva à atteindre le morceau en question avant de s’y hisser avec difficultés et de s’y accrocher aussi fort que possible. Puis, elle hurla quand elle ressentit une vive douleur à sa jambe, qui semblait cassée en un endroit.

La fureur des cieux et des mers dura encore deux jours. Astrid était ballottée dans tous les sens. Elle n’avait plus aucune notion du temps qui passait, ni des directions. Elle avait faim. Elle avait soif. Mais elle ne pouvait ni boire ni manger. Elle pria souvent la Dame pou survivre à ce qui lui arrivait. Souvent elle crut mourir, mais à chaque fois, la mort refusait de la prendre, comme si son heure n’était pas venue. Après le deuxième jour de tempête, le soleil se révéla enfin, à son zénith. Au loin, grâce à cette lueur bienvenue, elle aperçut une terre. Le courant l’emportait vers celle-ci et elle se mit alors à attendre. Elle était épuisée par sa lutte permanente pendant autant de temps. Cela lui avait paru être une éternité.
Le radeau atteignit finalement une longue plage de sable fin et s’échoua dessus. Astrid, elle, s’effondra sur le sol et sombra rapidement dans l’inconscience, sans avoir osé regarder sa jambe à un quelconque moment.


Dernière édition par Gilgalad le Lun 18 Sep 2017 - 18:25, édité 1 fois
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