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 Une histoire pas comme les autres

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Gilgalad
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Expérience de jeu (CV) : On parle en Comtes Vampires ou du Curriculum Vitæ ?
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MessageSujet: Une histoire pas comme les autres   Mar 6 Juin 2017 - 20:37

Bon voilà, là cela me plait déjà plus. Il s'agit uniquement du premier chapitre, qui est à l'heure où j'écris le message, le seul rédigé. J'ai des idées pour la suite, mais cela prendra du temps pour ne serait-ce qu'arriver à l'objectif final.
Alors, les critiques sont les bienvenues, tant sur le fond que sur la forme. Je tiens à préciser que le personnage principal, Astrid, n'est pas négociable. Et si vous ne pensez pas qu'une femme puisse être guerrière, je vous renvoie à ceci. Cependant, il n'est pas dit que tout se passera sans embûches sur la très longue route qu'ils vont prendre jusqu'en Averland (et très au nord de l'Averland d'ailleurs, les visions de la Dame n'étant pas toujours forcément très précises).
Avant que vous ne posiez la question, oui il y aura des vampires dans l'histoire. Mais pas tout de suite. Sinon ce serait trop simple et le seul personnage pouvant, de manière crédible, devenir un vampire est son père adoptif, la jeune fille étant loin d'être intéressante pour un vampire (sauf pour servir de repas). Dernier élément, les dialogues sont en français modernes pour simplifier le tout. Sinon ce serait trop casse-pieds à écrire.
Bref, trêve de palabres, voici le texte.



Chapitre 1 : Une fille particulière


En cette fin du dix-huitième jour de Sigmarzeit de l’An 1879 selon le Calendrier Impérial, à une douzaine de lieues au nord de Brionne, dans une chapelle du Graal en bord de mer, se déroulait une étrange scène. Cette chapelle était relativement simple et petite. Elle comportait deux étages. Le rez-de-chaussée était la partie destinée aux fidèles venant s’y recueillir. L’étage, lui, était réservé à d’éventuels voyageurs blessés ainsi qu’au chevalier du Graal qui s’occupait du bâtiment et des alentours. Ces appartements étaient simples. Il y avait une petite cuisine, trois chambres dont une pour le chevalier, une salle-à-manger et un petit salon comportant une bibliothèque bien fournie. Le bâtiment comportait également une petite annexe remplie d’outils divers et variés de jardinage et d’entretien. Enfin, à l’intérieur même de la chapelle, il y avait un puits. La bâtisse était ancienne mais dans un état relativement correct, en permanence entretenue depuis des siècles. Si les pierres étaient abîmées par les vents marins, elle n’en restait pas moins solide, les murs étant renforcés par la magie de la Dame du Lac. A deux lieues de là, il y avait un petit village bretonnien composé d’une centaine d’âmes. Ils s’occupaient également d’aider le chevalier qui, en retour, les protégeait.
C’était donc dans cette chapelle que se déroulait une scène étrange. Une jeune femme était en train d’accoucher dans l’une des chambres destinées aux visiteurs. Elle était relativement jolie bien qu’elle aurait pu être belle en étant plus soignée. Autour d’elle, il y avait la sage-femme qui s’occupait de l’accouchement mais aussi deux hommes. Le premier était dans la trentaine, bien qu’avec plusieurs cheveux blancs. Il avait le visage sévère et pressait la femme enceinte d’aller plus vite. Il ne portait sur lui qu’une simple cotte de mailles. Sur son flanc gauche, pendant une épée rangée dans son fourreau. Juste en dehors de la chambre, un autre homme attendait. Il était plus vieux, dans la quarantaine. Ses habits étaient plus imposants et son visage était grave. Lui aussi avait une épée sur son côté. Il était en réalité le chevalier du Graal s’occupant de cette chapelle. L’autre homme était le mari de la jeune femme.

La femme enceinte poussa pendant des heures et des heures sous les encouragements de la sage-femme. Cette dernière avait préparé tout ce qu’il fallait pour le bébé, qu’il soit un garçon ou une fille. Naturellement, le mari espérait un garçon tandis que le locataire des lieux priait pour la santé de tous. Finalement, une tête finit par émerger. Puis, après quelques minutes de plus, le bébé complet émergea du ventre de la jeune femme. La sage-femme coupa le cordon ombilical avant de nettoyer l’enfant et de l’emmailloter. Mais, soudain, la nouvelle mère convulsa. Confiant l’enfant à son père, la femme se précipita au chevet de la première. Elle avait les yeux exorbités et tremblait fortement de tous ses membres. La fièvre apparut soudainement et les tremblements n’en furent que plus forts.
« Mais faites quelque chose nom d’un chien ! Vous voyez bien qu’elle va mourir !
-Je ne peux rien faire tant qu’elle convulse mon seigneur.
-Je m’en moque, faites quelque chose ou c’est vous qui mourrez !
-Mais je…
-C’EST UN ORDRE ! Déjà que j’ai une fille et pas un garçon ! »
Le chevalier continua à crier sur la pauvre sage-femme tandis que son épouse voyait ses convulsions augmenter. Les yeux de la nouvelle mère finirent par se révulser et commença à saigner abondamment par l’entrejambe. Puis, sans prévenir, tout s’arrêta. La sage-femme tenta de voir si elle vivait mais elle dit à son époux :
« Je suis navrée mon seigneur. Elle est morte. »
Ce dernier posa son enfant sur un meuble, prit son épée et se prépara à frapper la paysanne. Mais il fut empêché par une lame parant la sienne. En se tournant, il vit le chevalier du Graal. Ce dernier lui dit :
« Vous ne porterez pas la main sur la paysanne ici ni sur aucun du village. Maintenant prenez votre fille et partez.
-C’est une fille, vous n’avez qu’à la garder mais je n’en veux point et ne désire jamais la connaître.
-Il s’agit de votre fille pourtant.
-Elle a causé la mort de feu ma femme. Un garçon ne l’aurait jamais fait.
-En êtes-vous certain ?
-Certain.
-Dans ce cas, quittez rapidement ce domaine et ne revenez pas. Pour m’avoir parler sur ce ton, je vous recommanderais de partir rapidement en Quête du Graal. »
L’homme partit rapidement après avoir pris ses affaires, laissant l’enfant dans la pièce. Le chevalier du Graal le regarda partir sans aucun regret. Puis, son attention se porta sur la paysanne et sage-femme.

« Voulez-vous dire quelque chose ?
-Mon seigneur, je n’oserais certainement pas vous demander quoi que ce soit.
-Et bien je t’y autorise. Alors parle.
-Si vous n’avez pas d’idées concernant cette jeune fille, une femme a accouché il y a peu au village. Elle pourrait la nourrir au sein et s’en occuper jusqu’à ce qu’elle doive être sevrée. Cela est bien meilleur pour l’enfant que du simple lait de mouton ou de chèvre. Ensuite, vous pourriez aviser selon ce que vous voudriez faire d’elle.
-Fort belle idée. Elle ne restera certainement pas plus longtemps que nécessaire dans cette famille. Même si son père l’a laissée, elle reste d’extraction noble. Je verrais à ce moment. Avez-vous une idée de prénom ou a-t-il dit quelque chose à ce sujet ?
-Non noble sire. Il n’a rien dit. Mais il est de coutume au village d’attendre le sevrage pour donner un nom à l’enfant. Je ne sais pas ce qu’il en est dans la noblesse, que la Dame la bénisse, d’où vient le père de l’enfant ni dans celle d’où vous venez.
-Hmmm. Presque tout le monde a la même tradition. Nous ferons donc ainsi. Maintenant, prend l’enfant et va. »
La paysanne prit ses affaires, la petite fille qui pleurait fort et rentra au village, surveillée de loin par le chevalier. Ce dernier pensait aux événements des jours précédents car le couple était arrivé trois jours avant. Il était clair que le mari n’aimait pas plus que cela feu la jeune femme qui avait été son épouse. Il soupira devant les dégâts que pouvaient provoquer les mariages arrangés. S’ils avaient des avantages certains, ils avaient aussi nombre d’inconvénients. Il avait été fort déçu quand le chevalier était parti en lui laissant sa fille. Il ne savait pas vraiment quoi faire d’elle. Ses parents venaient de Couronne et il ne connaissait pas grand monde là-bas. Et dans la noblesse locale, personne ne voudrait d’une enfant abandonnée par ses parents. Il ne pouvait non plus la confier à de simples paysans. Elle était d’origine noble. Après une nouvelle réflexion, il se décida à descendre dans la chapelle. Là, il s’agenouilla face à l’autel et se mit à prier la Dame, lui demandant conseils et force dans cette épreuve.
Le chevalier prit une décision quelques jours plus tard. Il s’occuperait de la fille en lui donnant la bonne éducation. Cela ne serait guère simple, mais il le devait. Puis, quand elle serait en âge, il la présenterait à la cour si cela lui était possible. Cela décidé, il fit confectionner des habits pour elle, ainsi que quelques jouets à des paysans, trop heureux de le servir et d’avoir une petite attention de sa part. Il passa ainsi régulièrement voir le bébé et demanda conseil auprès des mères. Il avait mit du temps avant d’accepter ne serait-ce que l’idée qu’il devrait être conseiller. Et encore plus pour qu’il aille vers les gens et demander des indications. Car il était évident que les paysans n’oseraient jamais lui dire quoi que ce soit. Finalement, six mois après la naissance, il récupéra la petite fille. Il avait aménagé une chambre pour qu’elle dorme dedans. Une semaine, il était allé à Brionne où il avait pris quelques livres pour enfant, à la grande surprise du libraire. Intérieurement, le preux chevalier avait souri devant une telle déférence. Mais vint la question du prénom. Il ne devait pas en choisir un trop étrange car cela la suivrait toute sa vie. Mais il devait être assez puissant tout de même. Lui-même originaire de Lyonesse, il finit par se porter sur le prénom d’Astrid, signifiant beauté divine. Il n’y avait plus qu’à prier la Dame que l’enfant ne devienne point laide en grandissant.

Les premiers mois en tant que père adoptif furent compliqués pour le chevalier du Graal. Il n’avait jamais eu de petit frère ou de petite sœur et n’avait, en général, aucune idée de la manière dont il devait s’y prendre. Il finit par repérer quand elle avait faim, quand il fallait lui changer ses vêtements, quand elle voulait dormir. Le guerrier apprit petit à petit à la gérer et surtout à résister à ses grands yeux verts qui faisaient craquer les visiteurs et pèlerins. Ces derniers laissaient souvent des affaires ou de la nourriture pour la petite. Puis, vint le moment où Astrid commença à savoir avancer rapidement à quatre pattes. Elle comprit bien vite que la chapelle lui était interdite mais il devait souvent lui courir après dans tout l’étage. Finalement, à un an, elle commença à apprendre à marcher et à parler. En même temps, Astrid commençait à jouer avec les enfants de son âge, même s’ils étaient paysans. Le chevalier voulait qu’elle profite un peu de son enfance et espérait que cela la rendrait plus à même de gérer le domaine de son futur époux quand ce dernier serait à la guerre. Il lui enseigna également la religion de la Dame, qui fascinait la petite fille.
Quand Astrid eut trois ans, il y eut un événement imprévu pour lui. Il s’entraînait au combat à l’épée dehors et non loin la petite fille jouait avec des petites figurines en bois. Il jetait de temps en temps un œil sur elle. Puis, il l’entendit soudainement crier et pleurer. Il rangea son épée et regarda ce qu’il s’était passé. Elle finit par l’appeler :
« Papa ! Papa ! Papa ! »
Le vieux chevalier était tellement sous le choc qu’il n’arrivait même plus à bouger. Elle le considérait comme son père. Mais il finit par se contrôler et aller la voir. Elle s’était juste fait mal en tombant et avait un petit bleu sur le bras. Le soir venu, après avoir mangé, il lui dit :
« Pourquoi est-ce que tu m’as appelé « papa » cet après-midi ? Je ne le suis pas. »
Astrid leva vers lui un grand regard étonné et lui dit :
« Bah si t’es mon papa.
-Astrid, je…
-T’es mon papa puisque c’est toi qui t’occupes de moi. Et pis si j’ai pas de maman, c’est pas grave. Tu fais tout comme le papa de Jean donc t’es mon papa. Non ?
-Oui mais, je… c’est différent.
-Pourquoi ?
-Je t’expliquerai un jour quand tu pourras comprendre. »
Mais il accepta qu’elle le considère comme son père et l’appelle ainsi. A cinq ans commencèrent les leçons pour se comporter une dame. Mais bien vite, il se rendit que cela ne l’intéressait guère. Elle préférait en permanence courir dans la boue et garder les moutons avec les paysans. Si elle était attentive, il voyait bien l’ennui que cela lui causait. Elle apprit aussi à lire et à écrire la langue de la Bretonnie mais aussi le Reikspiel car cela pouvait toujours être utile. Astrid commença aussi à l’aider dans l’entretien de la chapelle et de son lourd équipement de combat.

Mais le premier gros problème pour le chevalier fut avant le huitième anniversaire de sa fille adoptive. Elle appréciait de moins en moins les leçons d’étiquette, de broderie, de maintien et autres cours censés faire d’elle une dame. Au contraire, un soir, alors qu’il revenait du village pour une course, il la surprit avec un bâton en train de s’entraîner dans sa chambre à faire des mouvements d’épée. Il le lui confisqua et lui interdit de faire n’importe quelle activité de garçon. La réplique de la jeune fille ne se fit pas attendre et elle lui fit la tête pendant plusieurs semaines. Le chevalier, Gontran de Lyonesse, se disait qu’elle finirait pas arrêter et accepter sa décision. Cependant, l’anniversaire d’Astrid arrivait et elle continuait à lui faire la tête au point de refuser beaucoup de choses. Pendant ce temps, Astrid planifiait un départ. Puisqu’il ne voulait pas l’entraîner à se défendre, elle trouverait bien quelqu’un l’acceptant. Discrètement, elle réunit des vivres pendant de nombreuses semaines et étudia une des cartes de son père adoptif. Elle voulait aller à Brionne et estima en avoir pour une petite semaine de marche. Elle réunit aussi un peu d’argent. Finalement, arriva le jour de son anniversaire. La nuit venue, elle attendit que le chevalier se couche pour se préparer discrètement. Elle s’habilla simplement, ouvrit la porte et contrôla s’il dormait. Une fois la réponse positive, elle prit ses affaires ainsi qu’une dague et descendit de l’étage. En passant dans la chapelle, elle s’arrêta face à l’autel et adressa une courte prière à la Dame du Lac.
« Ma Dame. Je vous demande humblement de bien vouloir veiller sur mon papa adoptif. Il reste gentil et pas méchant. Mais je n’ai pas le choix. »
Prise de remords, elle écrivit rapidement un petit mot disant ceci :

Papa,
Le fait que je sois partie te rendra peut-être triste. En tout cas, je suis triste de partir. Mais je veux trouver quelqu’un qui voudra bien m’entraîner parce que tu ne seras pas tout le temps là pour me protéger. Tu n’as pas besoin de me poursuivre. Mon destin n’est plus entre tes mains comme l’a dit un troubadour.
Je t’aime quand même.
Astrid.

La petite fille écrasa une larme sur sa joue avant de déposer le parchemin sur un banc. Puis, elle sortit, prenant bien soin de refermer les portes derrière elle et regarda la nuit devant elle. Elle avait peur mais se disait qu’elle n’avait pas le choix. Aussi, prenant un bâton non loin, elle se mit à marcher sur la route de Brionne, en direction du sud. Elle savait que près de la mer, il n’y avait que peu d’endroits pour une embuscade et qu’il n’y avait que peu de voyageurs. Aussi, Astrid décida de suivre la côte aussi longtemps que possible.
Le matin, Gontran se réveilla en songeant à quelle surprise faire à Astrid pour son anniversaire. Il prépara le petit-déjeuner mais ne s’alarma pas du fait qu’elle n’était pas levée. Elle aimait beaucoup dormir tard le matin, quelque soit le jour de la semaine. Finalement, sous les coups de dix heures, il commença à se demander ce qu’elle fabriquait. Il toqua à la porte de la chambre mais personne ne répondit. Il sentit rapidement l’inquiétude envahir son cœur et ouvrit la porte. La pièce était vide de toute présence humaine. Le lit était, pour une fois, parfaitement fait. Tout était parfaitement rangé. Son inquiétude se renforça en fouillant les autres pièces. Elle n’était nulle part à l’étage. Il descendit alors dans la chapelle mais elle n’y était pas non plus. Puis, il vit un parchemin sur un banc du premier rang. Il le prit et fut figé en le lisant. Elle était partie. Seule. Sur les routes. De nuit. Des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues et en se tournant vers la statue de la Dame, il murmura plusieurs fois « Qu’est-ce que j’ai fait ? ». Cependant, il se reprit bien vite et remonta en vitesse. Il enfila bien vite sa cotte de mailles et son plastron, prit son épée, son écu et sa lance de cavalerie. Puis, il redescendit et sella son cheval. Ce dernier fut très heureux d’aller pouvoir se dégourdir les pattes. Il alla d’abord vers le village, demandant s’ils avaient vu la fillette. Mais personne ne l’avait vue passer ou n’en avait entendu parler. Bien sûr, ils se mirent immédiatement à sa recherche. Malheureusement, il avait plu au matin et les traces avaient disparues. Il soupira de désespoir et adressa une prière à la Dame du Lac. Il ne savait pas du tout quelle direction prendre et elle avait toute une nuit et tout un matin d’avance sur lui. Elle avait pu prendre aussi bien au nord qu’au sud. Il s’en retourna à la chapelle, les épaules basses peu après deux heures de l’après-midi. Gontran alla dans la chambre de la jeune fille pour essayer de trouver un indice mais après des heures et des heures, il ne trouva absolument rien. Elle devait être à une bonne dizaine de lieues désormais, si elle n’avait pas été enlevée, ou pire, dans cet espace de temps.

De son côté, Astrid avait marché une bonne partie de la nuit. Peu avant l’aube, elle s’était cachée dans un gros trou de l’autre côté du talus bordant la route pour y dormir un peu. Vers midi, elle se réveilla et se remit en route. Elle marchait tranquillement mais régulièrement, poussant la chansonnette pour se donner du courage. Puis, vers quatorze heures (elle avait appris à calculer l’heure en fonction de la course du soleil), elle entendit des chants loin devant elle. Elle s’interrompit dans sa marche et s’écarta vivement en voyant arriver une troupe de chevaliers. Elle s’inclina profondément quand ils passèrent devant elle mais un chevalier s’arrêta devant elle :
« Que fais-tu seule sur les routes petite, demanda une grosse voix ?
-Je… Je rejoins mes parents noble sire. Ils m’ont envoyé chercher des champignons et je les rapporte.
-Très obéissante. C’est bien. »
Puis, il repartit. Quelques secondes plus tard, Astrid se releva et souffla de soulagement. Elle regarda en arrière et vit que les guerriers portaient de lourdes épées. Probablement des chevaliers en quête du Graal se dit-elle. Puis, elle décida de continuer lentement sa route. L’air de la mer était rafraichissant et elle aimait entendre le chant des mouettes. La petite fille décida de faire une nouvelle pause. Elle s’installa près de la plage, mais avec un œil sur la route pour se cacher au cas où. Astrid adorait la mer et avait appris elle-même à plus ou moins nager. Elle était triste d’être partie mais ne le regrettait pas du tout. Elle trouverait bien quelqu’un voulant bien d’elle. Peut-être un mercenaire. Elle reprit sa marche vers dix-sept heures, voulant encore un peu avancer avant le soir. Et surtout trouver un endroit discret et confortable où dormir. Elle finit par le trouver et s’y installa pour manger puis dormir après l’avoir aménagé.

Pendant ce temps, le groupe de quatre chevaliers était parvenu jusqu’à la chapelle du Graal entretenue par Gontran. En le voyant, ils mirent pied à terre et s’agenouillèrent devant lui. Ils se saluèrent respectueusement avant de prier ensemble dans la partie consacrée. Puis, vint le dîner.
« D’où venez-vous donc ainsi mes sires ?
-Nous venons droit de Brionne. La Dame est apparu à Jean et nous demande d’aller vers le nord pour trouver et traquer une bête.
-Ma question pourra vous sembler étrange mais auriez-vous croiser une petite fille d’environ huit ans sur la route ? Elle est rousse avec les cheveux tombant aux épaules. »
Les chevaliers se regardèrent et le dénommé Jean, semblant être le chef du groupe répondit :
« Je ne sais si c’est d’elle dont il s’agit mais nous en avons bien croisé une. Mais elle avait un foulard cachant ses cheveux. Je n’ai vu qu’une mèche rousse dépasser. Un paysan l’a perdue ?
-Je… Pourquoi dites-vous cela ?
-Je lui ai demandé pourquoi elle était ainsi sur les routes car ce n’est pas habituel pour une fille de son âge. Elle nous a répondu que ses parents l’avaient envoyée chercher des champignons.
-Je… Non. C’est ma fille adoptive.
-Mais que faisait-elle aussi loin de chez vous alors ? Ce n’est pas normal.
-J’ai refusé de l’entraîner à se battre à l’épée. Et elle m’a fait la tête pendant près de deux mois.
-Il est normal qu’une dame ne se batte point. Ce n’est pas son rôle. Elle aurait du rester à la place qui est la sienne. N’a-t-elle pas de mère ?
-Elle est morte en couches ici et son père me l’a laissée sur les bras.
-Pourquoi ne pas l’avoir confiée à une famille de paysans alors ?
-Elle est noble.
-Ah… Attendez, une fille noble de huit ans est toute seule sur les routes ? »
Devant la compréhension des choses, les chevaliers de la Quête se regardèrent avec un air horrifié. Puis, ils dirent à Gontran :
« Sans vouloir vous commander, nous devrions partir de suite à sa recherche. Il y a des rumeurs de bandits assez récentes sur le trajet. »

Aussitôt, tous les chevaliers bondirent de table et s’équipèrent aussi vite que possible avec leurs lourdes armures. Puis, ils prirent leurs armes, adressèrent une prière à la Dame pour protéger Astrid et préparèrent les montures avant de partir au galop vers le sud. La nuit était fort avancée quand ils parvinrent à l’endroit où ils avaient croisé la petite fille. Ils se mirent alors à surveiller les environs et chercher la moindre cache pendant que Gontran, bien meilleur pour suivre une piste, cherchait les traces du passage de sa fille adoptive. Finalement, ils trouvèrent quelque chose alors que l’aube se levait. Un petit morceau de vêtement, déchiré par une branche. Elle était sortie de la route. Ils descendirent de leurs chevaux et tirèrent leurs épées, prêts à se battre. Le chevalier du Graal suivit les légères traces laissées par Astrid. Finalement, ils trouvèrent sa cache. Mais quelle fut leur surprise de se trouver face à un petit visage enfantin encadré par des cheveux blonds roux et tenant fermement une dague face à eux, même si le visage montrait clairement une hésitation. Gontran s’avança alors et aurait pu pleurer de soulagement s’il avait été seul. Il s’approcha de la cache et remercia les chevaliers d’être venus l’aider. Ces derniers repartirent alors pour la chapelle.
« Astrid, je…
-Laisse-moi. S’il-te-plaît. Je… Je comprends mais je… je veux pas être une dame. Je… je veux me battre.
-Je sais. Mais écoute moi. Je veux bien t’apprendre le maniement des armes si tu me promets d’écouter tes leçons pour être une dame. Cela pourrait toujours t’être utile plus tard. »
Il vit la tête de la petite fille se pencher sur le côté, signe qu’elle réfléchissait. Puis, après deux minutes qui lui parurent interminables, elle rangea sa dague et lui tendit les bras. Le chevalier ne se fit pas prier et la serra très fort contre lui en lui murmurant qu’il était désolé.

A partir du lendemain, Astrid commença à apprendre à se battre à l’épée et à monter à cheval. Pour cela, Gontran lui fabriqua une petite épée en bois et acheta un poney sur son argent personnel. Il n’eut pas à regretter sa décision car elle était beaucoup plus attentive pour le reste des leçons. Mais il y avait autre chose. Elle était exceptionnellement douée au maniement des armes. Finalement, à dix ans, il décida de la prendre comme assistante et de la former plus fortement à la chevalerie. Si elle ne pouvait devenir chevalier, Astrid pourrait au moins s’épanouir longuement. Mais vint la puberté et la jeune femme fut prise d’un fort désir d’aventures. Et surtout vint le temps où Gontran commença à envisager de la présenter à la cour du Roi ou du moins du Duc de Brionne. Mais cela lui brisait le cœur de devoir se séparer d’elle et probablement la donner à un mari beaucoup plus âgée avec qui elle serait malheureuse. Sa coupe de cheveux était toujours la même et des tâches de rousseurs parsemaient son visage. En la voyant, il se disait qu’il n’avait pas tout raté dans son éducation. Elle se tenait parfaitement droite et était aussi à l’aise avec les gueux qu’avec les nobles, des ducs étant déjà passés par la chapelle puisqu’à elle était sur la route entre Brionne et Bordeleaux, en suivant la côte.
Astrid finit par arriver sur ses seize ans. A ce moment, elle s’était déjà transformée en belle jeune femme. Elle était aussi musclée par la pratique régulière du combat à l’épée, de l’équitation et de l’usage de la lance de cavalerie où elle était extrêmement douée, bien plus qu’à l’épée. Gontran se décida à lui offrir un grand cadeau. Il prit un jour ses mesures, officiellement pour de nouveaux habits puis, il s’en alla quelques jours à Brionne plusieurs mois avant l’anniversaire. Là, il trouva un très bon forgeron qui ne put qu’accepter une telle faveur de la part d’un chevalier du Graal. Rares étaient ceux qui contestaient leur parole, même dans leur dos. Finalement, le jour fatidique vint et Astrid le fêta avec son père adoptif. Ce dernier lui dit, une fois le soir venu :
« J’ai plusieurs choses à te dire. La première est qu’à partir du premier jour de la semaine prochaine, nous partirons sur les routes. La Dame m’a demandé d’aller récupérer un objet saint dans l’Empire, plus précisément dans l’Averland. Tu viendras avec moi.
-Pourquoi donc ? Je ne vais pas être présentée et envoyée à la cour ?
-J’ai envoyé quelques missives et aucun ne voudrait que tu viennes. Sous prétexte que tu es trop âgée pour être bonne à mariée.
-Mais je n’ai que seize ans !
-Je sais Astrid, je sais. Mais là n’est pas la question. Tu viendras avec moi parce que ce sera plus sûr pour toi. Au moins tu pourras continuer à te battre.
-Je… merci. Mais je n’ai rien pour…
-C’est là où je veux en venir. Suis-moi. »
Le chevalier se leva et alla dans la pièce lui servant de salle d’armes. Il y avait là deux armures, dont la sienne. Astrid le regarda avec un air interrogateur et lui dit :
« Que désirez vous que je fasse ?
-Cette armure, il désigna la plus petite des deux, est désormais la tienne. Elle est légèrement plus grande en largeur pour si tu prends encore des muscles. Mais c’est une véritable armure de chevalier. Tu auras également ta propre épée, ta propre lance et ta propre dague.
-Mais, quelles couleurs porterai-je ?
-Les miennes. Je t’ai officiellement adoptée comme ma fille. »
Pour seule réponse, elle se jeta dans ses bras en le remerciant.

Le premier jour de la semaine suivante, le père et la fille se préparèrent tôt au départ. Ils prirent de nombreux vivres, un âne pour transporter des lances de rechanges ainsi que d’autres vivres et une tente, leurs armures et leurs armes. Ainsi, pour la première fois, Astrid put revêtir une armure complète de chevalier bretonnien pour autre chose que de l’entraînement. Elle le fit tranquillement pour ne pas faire la moindre erreur. Elle en avait presque la larme à l’œil. Elle coupa également ses cheveux pour retrouver sa coupe tombant aux épaules, plus masculine que féminine. Ses formes étaient cachées par les couches successives d’acier et de vêtements divers. Alors il prirent le dîner avant de partir sur les routes, voulant atteindre Bordeleaux le lendemain soir.
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 6 Juin 2017 - 21:07

Un récit qui commence bien ma foi !

J'attends la suite avec impatience, même si l'on connait le destin tragique de la pauvre petite... Il y a moyen de développer des trucs intéressants je trouve Cool
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Jeu 8 Juin 2017 - 23:54

Suite à des remarques de vg11k par MP, j'avais supprimé le message contenant le chapitre 2. Je l'ai réécris en grande partie et le poste donc à nouveau ce soir. J'ai déjà bien avancé dans le chapitre 3 puisque j'en suis presque à un quart. Il devrait arriver ce week-end si tout va bien. Sinon au début ou milieu de fin de semaine prochaine.
Je précise que le chapitre est loin d'être parfaitement joyeux. Au contraire.


Chapitre 2 : Un voyage qui ne commence pas très bien


Sur la Route de la Mer, allant de Brionne à Bordeleaux en suivant l’océan, avançaient deux chevaliers en armure. Mais ils étaient bien différents. L’un d’eux était jeune tandis que l’autre avait dans la cinquantaine, même s’il semblait en pleine forme. Leurs tabars et écus étaient frappés du même blason. Il s’agissait d’un fond or frappé d’un blaireau sable. A l’avant gauche de chaque selle pendait un heaume doté d’un panage or et sable. Chaque cavalier avait une épée sur son flanc gauche et une dague sur le droit. Ils avaient également une lance de cavalerie sur le cheval. Un âne les suivait de prêt, portant divers vivres, lances de rechanges et autres équipements. Les deux chevaux étaient revêtus d’une épaisse armure en cuir pour les protéger. L’un des deux chevaliers était en permanence entouré d’une douce lueur dorée. Les paysans s’inclinaient tous sur son passage et dès qu’ils passaient un village dans cette partie de la Brionne, les gueux se pressaient, espérant que ce chevalier, Paladin du Graal leur accorde l’immense privilège de les toucher. Cependant, pas une seule fois il ne s’arrêta.
Astrid et Gontran, car il s’agissait d’eux ne s’arrêtèrent pas avant que le soir ne tombe. La jeune femme était fourbue car elle n’avait pas l’habitude de chevaucher aussi longtemps. L’étrange duo s’arrêta au bord de route, n’ayant pas réussi à atteindre le village suivant. La première action fut de s’occuper des montures. Ces dernières partirent rapidement se reposer alors que les deux guerriers enlevaient leurs armures. Astrid était très fatiguée et allait très lentement si bien que son père adoptif lui dit :
« Ne t’en fais pas. Tu t’y feras avec le temps.
-Je l’espère, père. Je l’espère. »
Puis, avant de manger, ils prièrent la Dame du Lac pendant de longues minutes. Ils purent alors se restaurer. Gontran prit le premier tour de garde en voyant sa fille commencer à décliner. En réalité, elle se battait terriblement contre le sommeil mais faisait de son mieux pour ne pas le paraître. Mais le vieux chevalier avait une grande expérience des expéditions ainsi que l’habitude de voir sa fille. Il la connaissait bien et pouvait voir des choses avant qu’elle ne s’en rende compte. Malgré les protestations d’Astrid, à peine allongée, elle s’endormit d’un profond sommeil sans rêves.

Le lendemain matin, Gontran était à nouveau de garde et prépara donc le repas. Il réfléchit à la route de la journée. En allant vite, ils pourraient atteindre Bordeleaux avant dans deux jours. Il espérait juste dormir au sec la nuit prochaine car, se dit-il, ce n’était plus vraiment de son âge. Astrid se réveilla rapidement, le visage chatouillé par les rayons de l’aube naissante. Malgré ses difficultés à se réveiller tôt, elle s’équipa et mangea sans protester. Puis, ils repartirent sur les routes. Mais, vers midi, alors qu’ils allaient atteindre un hameau, des cris retentirent dans un champ. Ils virent alors des paysans s’enfuir en courant vers la route. Du bois émergeait une dizaine de bandits. Gontran arrêta alors un paysan et lui ordonna de tenir l’âne. Puis, les deux chevaliers passèrent leurs heaumes et écus avant d’avancer vers les bandits.
Traversant le champ rapidement, les deux cavaliers furent rapidement aperçus par les hors-la-loi. Mais ces derniers, loin de se démonter malgré la lueur entourant le chevalier du Graal, se regroupèrent pour faire face. Gontran baissa sa lance le premier, rapidement suivi par sa fille. Puis, ce fut l’impact. Le paladin embrocha deux ennemis d’un seul coup tandis qu’Astrid n’en tuait qu’un seul. Ils franchirent rapidement le groupe, le dépassèrent et se préparèrent à relancer la charge. Mais les lances étaient hors d’usage. Aussi, ils tirèrent leurs épées. Les deux cavaliers chargèrent une deuxième fois. Si le plus âgé parvint à tuer les deux bandits face à lui, Astrid n’eut pas cette chance et fut désarçonnée par une pique. Elle n’avait plus son épée et son bouclier. Au sol, elle eut à peine le temps de rouler sur le côté pour éviter un violent coup de lance. Heureusement pour elle, la jeune fille n’avait pas lâché son épée dans sa chute. Elle vit alors que son père adoptif était dans une mêlée avec plusieurs bandits. S’il avait le dessus, elle était seule face à deux pour le moment. Alors qu’elle tentait d’attaquer en portant un coup d’estoc, un coup de pique enleva son heaume, dévoilant ses traits féminins. Un autre bandit les avait rejoint entre temps s’en rendit compte et se mit à fuir à toute vitesse vers les bois non loin. La fille cria de dépit mais parvint à prendre l’avantage quand l’un des deux tomba en arrière, le pied pris dans un trou dans le sol. Astrid se jeta sur lui et l’embrocha. Le second avait précipitamment reculé pour tenter d’éviter un coup d’épée et s’enfuit également en courant. La jeune fille le poursuivit sur quelques dizaines de pas avant de lâcher prise, alourdie par le poids de l’armure. Elle put alors voir que son père et mentor s’était débarrassé de tous ses ennemis et semblait indemne. Cependant, quand elle lui dit que deux des bandits s’étaient enfuis, il grogna. Il ne pourrait plus les rattraper dans les bois. Ils étaient bien plus légèrement équipés et un cheval de guerre serait loin d’être à l’aise au milieu des arbres pour traquer une piste. Finalement, les deux guerriers essuyèrent leurs lames et remontèrent sur les chevaux avant de récupérer l’âne et de continuer la route.

Le soir, à nouveau les deux cavaliers dormirent à la belle étoile. Mais cette fois, Astrid prit le premier tour de garde. Elle pouvait voir la mer et le ciel se confondre à l’horizon et trouvait cela fascinant. Les légendes disaient que des elfes habitaient sur une île. Mais personne n’en était revenu pour le confirmer ou non. Elle réfléchissait à sa vie et se demanda ce qui se serait passé si son père ne l’avait pas retrouvée quand elle était partie de la chapelle étant petite. Elle aurait probablement fini tuée ou serveuse dans une auberge ou quelque chose de similaire. Elle se demandait aussi à quoi ressemblait son père biologique. Gontran lui avait dévoilé ses origines à ses onze ans. Mais elle s’en était moquée et il l’avait officiellement adoptée à ce moment. Elle repensa aussi au combat de la journée. Son premier véritable combat. Elle s’était correctement débrouillée mais elle savait qu’elle aurait pu mieux faire. Puis, avec horreur, Astrid réalisa qu’elle avait tué. Certes, c’était dans le feu de l’action mais lors de la charge, le bandit n’avait eu aucune chance face à elle, tout comme lorsque le deuxième bandit était tombé au sol à cause d’un simple trou. Elle avait tué pour la première fois de sa vie et ne savait pas trop si elle devait s’en sentir dégoûtée ou fière. Peut-être que son père l’aiderait le lendemain avec cela. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’ils arrivent sans encombre à Bordeleaux. En effet, une chose l’inquiétait beaucoup

La journée se passa sans aucun problème, du moins jusqu’au soir. Le trajet ne subit aucun écueil, les deux cavaliers étant accueillis avec moult célébrations dans les quelques villages qu’ils traversaient. Mais, à peine arrivés près de la plus ancienne des chapelles du Graal pour prier la Dame que les deux guerriers furent arrêtés par des chevaliers du duc. Le chef de ces derniers dit alors avec virulence :
« Nous avons ordre d’arrêter la personne qui vous accompagne pour désobéissance à de nombreuses lois.
-Sur l’ordre de qui, demanda Gontran sincèrement étonné ?
-Sur l’ordre du Duc Aldebert en personne mon seigneur.
-Je… C’est ma fille adoptive et elle est noble de naissance, tenta le Chevalier du Graal. Vous ne pouvez l’emmenez en prison. Nous nous rendrons à une convocation pour un jugement mais je ne peux certainement pas vous permettre de l’emmener.
-Je suis désolé mon seigneur, mais il s’agit des ordres du duc. Et nous lui devons obéissance et respect. Une femme ne peut être chevalier et porter les armes au combat. De plus, auriez-vous quelque chose permettant d’établir sa noblesse, questionna le chevalier ? »
Ce dernier était surpris du revirement mais ce cas n’était pas nécessairement impossible. Cela était déjà arrivé par le passé, même si c’était fort rare, surtout en Bordeleaux. Il préférait éviter d’offenser un Chevalier du Graal et emprisonner une dame noble s’il y avait quoi que ce soit pour le prouver. Non seulement les lois l’interdisaient mais aussi le Code de la Chevalerie.
« Je… – Soudain les yeux du chevalier s’agrandirent. Il avait oublié les papiers à la chapelle du Graal. – J’ai oublié les papiers chez moi. Ma parole ne suffit-elle donc pas ?
-J’en suis navré mon seigneurs, mais non. Il nous faudra la preuve du fait qu’elle soit au moins votre fille adoptive. Ce qui en soit prouverait qu’elle soit de sang bleu. Mais en l’absence de telles preuves, nous nous voyons être contraints de l’emmener.
-Je… »
Gontran semblait hésiter sur la marche à suivre quand Astrid soupira. Le temps qu’il retourne à la chapelle, prenne les papiers et revienne, six jours se seraient écoulés. Et ils auraient pu faire d’elle ce qu’ils voulaient. Elle enleva son fourreau et le tendit à son père adoptif qui la regarda, étonné :
« Je me rends, fit la jeune fille avec un ton résigné. Je ne vais pas vous donner mes armes puisque je ne suis pas chevalier, et je n’ai jamais prétendu l’être, mes seigneurs. Par contre, je vous prierais d’avoir l’obligeance de ne pas m’obliger à me déshabiller dans la rue.
-Astrid, tenta Gontran avec une pointe d’inquiétude dans la voix, tu ne…
-C’est bon père. Vous m’avez toujours dit que votre serment de service de la Dame passerait avant moi. Alors respectez votre premier serment et au diable le reste. Si elle vous l’autorise, ramenez les papiers. Sinon, continuez votre route. – Elle s’arrêta quelques secondes et son regard s’embua. – Au moins aurais-je pu aller sur les routes quelques jours et voir un peu de pays. »
Puis, elle rendit sa dague à son père adoptif avant de lui donner les rênes de sa monture ainsi que la bourse qu’elle avait à la ceinture. Les chevaliers, rejoints par quelques hommes d’armes l’entourèrent alors. Seul le chef du groupe dit à Gontran :
« Vous devriez venir demain au château pour voir le duc. Il vous dira combien de temps avez vous pour prouver son appartenance à la noblesse. Si vous ne vous présentez pas, elle sera de fait considérée comme roturière et traitée comme telle. »
Sur ces mots, le groupe partit en direction du fort en escortant Astrid qui se retenait de pleurer en public.

Une fois entrés dans le château, les chevaliers sauf un quittèrent le groupe tandis qu’Astrid et les hommes d’armes se dirigeaient vers les cachots. Malgré la chaleur de l’été, ils restaient humides et froids, si bien que la jeune fille se demanda comment cela était possible. Elle avait peur de ce que ce serait à l’intérieur d’une cellule. Si les seuls couloirs étaient ainsi, les endroits où logeaient les prisonniers devaient être pires encore. Le chevalier resta en arrière pour établir des formalités. Finalement, ils arrivèrent sur une pièce relativement grande servant de poste de garde et de dépôt d’objets. Là, ils lui firent enlever son armure puis tous ses habits. Cependant, le noble revint à ce moment et commença à crier sur les hommes d’armes. Si la noblesse de la fille était avérée, il valait mieux la traiter correctement. Il fit alors sortir les autres hommes et tendit à la jeune fille des vêtements informes. S’ils étaient loin de correspondre à son statut, au moins elle avait des vêtements. Puis, Astrid fut conduite dans sa cellule. Elle avait un seul soupirail donnant la lumière du jour, une sorte de lit fait avec de la paille et sans même un drap ainsi qu’un pot de chambre dans un coin, pour les besoins naturels selon lui. La jeune fille, affamée n’eut toutefois pas droit à un repas chaud. Elle finit par s’allonger sur la paillasse et s’endormit tard, après avoir prié la dame du lac.

Gontran resta interdit pendant de longues minutes après qu’Astrid ait été arrêtée. Il avait la sensation que tout était de sa faute. Aussi, il se dirigea vers l’auberge immédiatement à gauche de la Première Chapelle devant laquelle il était toujours et confia les trois montures au palefrenier. Puis, il alla à l’intérieur du bâtiment. Sans s’arrêter voir les décorations, il alla jusque devant l’autel et se mit à prier la Dame du Lac. Il désirait, en temps que serviteur, connaître la volonté de cette dernière. Devait-il retourner rester puis aller chercher les papiers ? Ou alors devait-il continuer ce que la Dame lui avait demandé il y a déjà plusieurs mois de cela ? Il en avait pour six jours à faire l’aller-retour. Plus au moins une semaine probablement pour le jugement. Soit déjà la moitié d’un mois de perdue. Finalement, il partit se coucher dans l’auberge après avoir un repas relativement léger.

Astrid se réveilla au milieu de la nuit. Elle commença par sentir le sol dur sous elle. Elle avait aussi très mal à la tête. Elle se demanda rapidement où elle était avant de se souvenir des événements de la veille. Son corps la faisait souffrir mais elle réussit à ouvrir les yeux. Il faisait sombre et elle voyait les étoiles à travers un petit soupirail. Elle avait très froid et remarqua avec horreur que sa robe informe avait remonté jusque sur ses cuisses. Naturellement, ce n’était pas confortable et cela grattait beaucoup. Soudain, elle eut envie de faire ses besoins. Elle alla jusqu’au pot à tâtons, le ciel étant particulièrement couvert. Elle finit par le trouver et fit dedans. Cependant, même à l’autre bout de la pièce, relativement petite, l’odeur était affreuse. Astrid dormit à nouveau très mal et fut réveillée par le bruit du garde entrant dans la cellule pour lui donner à manger. Mais, cette fois, ils étaient trois. Elle les regarda avec un air neutre mais ils s’attardèrent et parlèrent à voix basse sans qu’elle ne les entende. Puis, ils s’approchèrent d’elle. Astrid recula contre le mur mais finit par être bloquée. Lentement, ils s’approchaient d’elle et elle eut peur de ce qui pourrait suivre.
Malheureusement pour elle, la jeune fille n’eut pas tord. Ils finirent par arriver juste devant elle et la saisir violemment. La guerrière tenta de se débattre mais elle n’avait presque pas manger depuis plus de trente-six heures et avait dormi sept heures en deux jours, sur un sol très peu confortable. Ils finirent par lui déchirer son vêtement avant de la plaquer au sol. L’un des gardes lui tendit les bras au dessus de la tête et les maintint sur la pierre froide par les poignets. Pendant ce temps, les deux autres gardes se débraillaient. Puis, le premier écarta de force les jambes d’Astrid et commença à la violer. Elle hurla de douleur pendant les vingt minutes pendant lesquelles les trois gardes passèrent chacun leur tour. Elle les sentait en eux, se sentait à la fois forcée, souillée et sale. Après ce qui lui sembla une éternité, ils se retirèrent enfin de la pièce, laissant la jeune fille nue sur le sol en pleurs.

Au matin, Gontran se leva assez tôt et s’habilla rapidement avant de prendre son premier repas de la journée. Il eut une petite pensée pour sa fille, espérant que tout se passait bien pour elle, loin de se douter du drame qui se passait à ce moment dans la prison. Puis, il sortit pour se rendre au château. Ce dernier montrait une partie de la richesse du duc et du duché mais Gontran ne s’y attarda guère. Il héla un serviteur, qui lui indiqua avec déférence où il pouvait aller. Ce ne fut que vers neuf heures que Gontran fut enfin reçu par le duc. Ce dernier le fit entrer dans son bureau et après les salutations d’usage, attaqua rapidement :
« Vous devez bien comprendre, chevalier, que même si elle était noble, elle devrait être jugée pour avoir pris des habits d’homme et s’être fait passé pour un chevalier.
-J’en suis malheureusement conscient pour le premier cas. Cependant, je réfute le second. Aucun de nous n’a jamais prétendu qu’elle serait chevalier, errant ou non. »
Même s’il admettait ses erreurs, il n’était pas prêt à tout laisser passer. Astrid restait sa fille adoptive.
-Encore faudrait-il le prouver, chevalier, contra le duc.
-Ma parole devrait-elle suffire ?
-Malheureusement non pour convaincre un jury. Avez-vous des témoins ou autres ?
-Je… Ils sont probablement forts loin et je suppose que le témoignage des roturiers du village non loin ne suffira guère ?
-Certainement pas.
-Quelles sanctions sont possibles ici ?
-Rien de bien méchant. Du moins pour vous. En tant que chevalier du Graal, vous serez certainement innocenté si vous apportez la preuve de sa noblesse. Si ce n’est pas le cas, vous serez, de toute manière, innocenté puisqu’elle sera considérée comme vous ayant dupé et ensorcelé. Ce serait alors le bûcher pour elle. Surtout en étant rousse, fit innocemment le duc.
-Et dans le contraire, déglutit le chevalier du Graal ?
-Probablement une Quête. Mais c’est le jury qui décidera de cette dernière, répondit négligemment le seigneur des lieux. Cependant, je vous laisse six jours à partir de cette mi-journée pour prouver sa noblesse. Je suis magnanime car j’aurais pu faire en sorte de vous laisser moins de temps pour l’envoyer au bûcher sans réel jugement. Mais comme vous êtes Chevalier du Graal, je vous laisse le bénéfice du doute, fit le duc avec un air arrogant. Le jugement serait alors dans les cinq jours. Toutefois, elle resterait en prison en attendant par mesure de sécurité.
-Votre seigneurie est trop bonne, répliqua Gontran avec une voix pleine de sarcasme. Je ne vais pas vous retenir plus longtemps, j’ai des parchemins à aller chercher. »

Le chevalier était en colère. Le duc s’était plus ou moins moqué de lui. Il avait la désagréable sensation que tout ne tournerait pas rond dans la prison pour Astrid. Rien que le fait qu’il veuille la garde n’augurait rien de bon. Cependant, il alla vite à l’auberge, prit ses effets, récupéra son cheval en payant d’avance pour les deux autres montures et s’en alla rapidement. Il chevaucha alors tout le reste de la journée, ne s’arrêtant que rarement pour permettre à son cheval de se reposer. L’inquiétude se lisait sur ses traits. Il alla si vite que le trajet qu’ils avaient mis deux jours et demi à faire fut réalisé en une journée et la moitié d’une autre. Il arriva ainsi le soir dans la chapelle. Tout était comme ils l’avaient laissé. Comme c’était le soir, il décida de se faire à manger sur place en mangeant de la viande séchée. Une fois cela terminé, il enleva ses affaires et se mit à chercher les papiers. Evidemment, il les trouva rapidement. Gontran les rangea avec précaution et alla ensuite se coucher, épuisé par la chevauchée.
Il repartit rapidement au matin, juste après l’aurore. Il voulait arriver le plus vite possible à Bordeleaux pour qu’Astrid évite les problèmes dans la prison, surtout qu’elle était considérée comme roturière pendant ce temps. Il ne daigna pas s’arrêter quand des villageois tentèrent de le saluer. Les paysages défilaient à ses côtés et il put à nouveau sentir le frisson de la vitesse. Il se demanda alors ce que devaient ressentir les chevaliers de Parravon montant sur des Pégases. Cela devait réellement être grisant. Finalement, il parvint le deuxième jour dans l’après-midi à Bordeleaux. Il déposa rapidement sa monture à l’auberge et alla presque en courant au château. Connaissant désormais le chemin, il alla droit vers le bureau du duc et demanda à être reçu. Pendant les trois heures que dura l’attente, Gontran eut beaucoup de mal à contenir son impatience. Finalement, il fut reçu et commença rapidement à parler après les quelques salutations :
« Comme vous me l’aviez demandé, voici les papiers qui prouvent qu’elle a le sang bleu et que je l’ai adoptée. »
Le duc semblait contrarié remarqua le chevalier du Graal. Plus impressionnant, il blanchit. Mais les papiers étaient clairs et parfaitement légaux dans tout le Royaume. Les contester reviendrait à contester les lois royales. Chose que le duc ne pourrait certainement pas faire sans risquer un conflit contre le Roy lui-même. Finalement, il prit la parole et dit d’un ton monocorde :
« Ils sont en règles. Elle sera traitée selon ce que requiert son rang de naissance et le vôtre. Le procès se tiendra dans cinq jours. En revanche, elle devra se défendre seule comme l’exigent nos lois.
-Cela va de soi, mon seigneur, répondit Gontran faisant semblant de concéder quelque chose.
-Bien. J’en informerai le jury avant ce soir. Je ne vous retiens pas.
-Bonne fin de journée mon seigneur. Et que la Dame veille sur vous. »
Le chevalier du Graal était fier de lui. Cependant, les cinq jours à venir seraient difficiles. Une accusation, la pire, était désormais annulée. Mais pour l’autre, il ne pouvait plus rien faire. Il savait qu’Astrid parlait bien, mais il n’était pas sûr que cela soit suffisant face à des nobles rompus aux usages de la cour, même si c’était celle de Bordeleaux et non celle de Bastogne ou de Couronne. Il rentra rapidement à l’auberge avant d’aller prier à la Première Chapelle. Il ne mangea que tard le soir avant de se coucher, l’esprit rassuré.

Astrid avait passé une journée horrible. Elle n’avait eu pour toute nourriture que le morceau de pain et l’eau. Mais elle tremblait de froid dans ce cachot humide. Elle pouvait deviner les douves du château à quelques pas du soupirail. Cela ne faisait rendre la cellule que plus humide. Elle ne trouva même pas un rat mort alors que la faim commençait à se faire plus virulente. Ses vêtements étaient en lambeaux et elle s’était rendue compte qu’elle avait été blessée. Bien sûr, ils étaient si sales qu’elle n’avait pu les utiliser pour se faire un bandage. La jeune fille s’efforça donc de faire en sorte que la plaie ne touche pas le sol. Même si l’air devait porter de nombreuses maladies, se dit-elle. Avec le jour, elle put voir les traits laissés sur les murs par de précédents détenus. Ils n’étaient pas très encourageants. La plupart s’arrêtaient au bout de cinq au mieux. Elle connaissait invariablement leur destin après cela. La mort. Elle pria donc la Dame de l’épargner. Elle ne pouvait guère demander plus pour le moment. La nuit finit par tomber et Astrid s’endormit finalement, terrassée par la soif, la fatigue, la faim et le sang perdu.
Le lendemain matin, cela recommença. A nouveau de simples gardes la violèrent alors qu’elle se débattait et à nouveau, ils la blessèrent. Elle n’eut à nouveau à manger qu’un pauvre morceau de pain et un peu d’eau. Cependant, ce jour-là, déjà affaiblie par le fait qu’elle n’avait presque pas bu et manger depuis près de deux jours, Astrid eut du mal à aller au niveau du pot pour faire ses besoins. Elle pleura une bonne partie de la journée en se demandant quand finirait son calvaire. Ils l’avaient forcée six fois en deux jours et cela était toujours aussi horrible pour elle. Si elle tentait de se battre à chaque fois, elle était bien trop faible pour pouvoir gagner. Le troisième jour se déroula de la même manière. Astrid commençait à penser à tenter de voler une dague pour se suicider. C’était certes un acte lâche mais elle était mal physiquement et mentalement. Elle voulait juste abréger ses souffrances. Le quatrième jour commença exactement de la même manière. Mais, vers la fin de journée, elle entendit quelqu’un entrer. Par réflexe, la jeune fille se blottit dans son coin, repliant ses bras contre ses genoux. Cependant, la voix la surprit :
« Que se passe-t-il ? Pourquoi faites-vous donc cela ma dame, demanda l’homme, car c’était une voix d’homme, avec un tout inquiet ?
-Si… Si vous… Si vous faites vite, je… je ne résisterai pas.
-Mais de quoi parlez-vous donc ? Je ne comprends vraiment pas. Et pourquoi ne portez-vous donc pas votre vêtement ? »
Pour Astrid, ce fut la goutte débordant de la coupe. Elle redressa la tête et hurla :
« VOUS SAVEZ PARFAITEMENT POURQUOI ! ALORS PRENEZ-MOI ET QU’ON EN FINNISSE UNE BONNE FOIS POUR TOUTE ! »

L’homme recula alors, choqué devant une telle vision. Le visage de la jeune fille était plus maigre que lors de sa rentrée dans la cellule. Il était complètement sale et elle avait maigri. Son cerveau fonctionna à plein régime alors qu’elle se mettait à pleurer devant lui. Il regarda un peu partout dans la cellule et si l’odeur des excréments était toujours aussi présente, il remarqua les lambeaux des vêtements de la jeune fille. Ses yeux s’écarquillèrent en réalisant ce qui avait dû se passer. La colère le saisit devant une telle horreur. Et pour qu’elle soit aussi traumatisée, cela n’avait pas du se reproduire qu’une seule fois. Il appela alors deux gardes et leur ordonna d’apporter un pichet d’eau ainsi que les vêtements prévus pour la fille. Puis, il entra plus profondément dans le cachot. Il s’approcha lentement de la prisonnière en pleurs et s’agenouilla à ses côtés. Il détacha sa cape et l’en enveloppa. Puis, il frotta ses bras et son dos pour la réchauffer un peu. Avec une voix apaisante, il dit :
« Je suis sincèrement navré pour ce qu’ils vous ont fait ma dame. Ils seront punis en conséquence. Mais vous avez ma parole que cela ne se reproduira plus. Vous serez désormais bien traitée. »
Un garde apporta le pichet d’eau avec un gobelet. Astrid put alors boire gorgée après gorgée. Elle commençait à se sentir un peu mieux. Mais elle était encore faible. Aussi, l’homme la souleva et décida de la porter jusqu’aux pièces où elle resterait enfermée. En passant, il donna l’ordre de transporter les habits dans les pièces concernées. Astrid roula sa tête contre son torse et fut surprise de sentir l’acier d’une armure. Elle en déduit qu’il s’agissait d’un chevalier pour avoir une cuirasse pareille. Elle ferma les yeux, bercée par les mouvements du guerrier la portant.
Il arriva quelques minutes plus tard dans la série de pièces où la jeune fille serait gardée prisonnière. Comparées à la cellule d’où elle venait, il s’agissait de l’endroit le plus luxueux au monde dont elle aurait pu rêver. Il la déposa dans le lit et envoya chercher une prêtresse de Shallya, pensant qu’un contact féminin serait moins traumatisant pour celle qu’il venait de transporter sur de plusieurs étages. Cependant, il nettoya rapidement les différentes plaies, toutes sur son buste. Au moins avait elle toujours fait face à ses agresseurs. Il nettoya aussi ses cuisses, couvertes de sang. Cela le dégoûta profondément. Mais le plus choquant fut quand Astrid se laissa faire en se plaçant comme s’il allait la prendre. Il la rassura mais ce ne fut que quand la prêtresse vint qu’il put s’écarter.

La prêtresse de Shallya examina la jeune femme avec un œil critique et parfaitement professionnel, bien qu’outrée à l’intérieur de ce qu’elle avait subi. Elle adressa ensuite ses recommandations au chevalier présent en chuchotant :
« Il faut la veiller en permanence. Elle risque d’attenter à sa vie avec ce qu’ils lui ont fait subir. Quelle est la dose de nourriture quotidienne pour une personne dans son cas ?
-Un grand pichet d’eau et un pain standard.
-Elle a reçu beaucoup moins. Elle est complètement déshydratée même si vous lui avez donné à boire. Elle est aussi sous-alimentée et donc faible physiquement. Dans combien de temps est son procès ?
-Normalement cinq jours.
-Cela devrait aller. Il faut surtout essayer de la convaincre qu’elle doit vivre. Pensez à faire changer les bandages régulièrement avec des bandes propres. C’est tout ce qu’il y a à faire. Le reste dépendra de sa volonté.
-Merci ma sœur. Puise Shallya veiller sur vous.
-Sur vous aussi, sire. »
Le chevalier se dirigea alors vers la jeune femme confortablement installée sous la couette. Il lui donna à nouveau à boire. Puis, il lui indiqua la bassine où elle pourrait faire ses besoins, dans une pièce annexe. Enfin, il lui lut le parchemin lui indiquant qu’à partir du lendemain matin, son procès se déroulerait le sixième jour au matin, à dix heures, dans la grande salle. Elle serait conduite sous escorte. Puis, il la laissa s’endormir.

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 15:24

Hey !


Ayant lu les deux chapitres à la suite, je trouve qu'au niveau du rythme, cette histoire est effectivement mieux narrée que celle que tu as décidé d'arrêter respect La lecture est fluide, c'est bien !

Sur le fond, je suis curieux. Il est rare dans cette section de voir des scènes aussi crues, des mésaventures aussi graves, ainsi tirées en longueur dans un récit. Je suis curieux de savoir quels choix tu as faits pour arriver à cette narration-là.

J'aurai une ou deux remarques plus en détail par la suite, mais je suis avant tout curieux par rapport à ce que j'ai mentionné ci-dessus

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 16:19

Von Essen a écrit:

Ayant lu les deux chapitres à la suite, je trouve qu'au niveau du rythme, cette histoire est effectivement mieux narrée que celle que tu as décidé d'arrêter respect  La lecture est fluide, c'est bien !
Merci Smile C'est ce que je trouvais aussi mais un avis extérieur est en général meilleur pour confirmer ça.


Von Essen a écrit:

Sur le fond, je suis curieux. Il est rare dans cette section de voir des scènes aussi crues, des mésaventures aussi graves, ainsi tirées en longueur dans un récit. Je suis curieux de savoir quels choix tu as faits pour arriver à cette narration-là.
Bah c'est assez simple. Jusque là, mes personnages étaient globalement assez chanceux. Alors certes, tu vas me dire (toi ou un autre), qu'il y a eu Aryana captive par ses frères passés du côté ennemi. Mais ça reste globalement peu. Or, le monde de Warhammer reste un monde particulièrement violent et injuste. Il ne fait pas tout le temps beau et le(s) personnage(s) ne sont pas tous méchants ou gentils (sauf quand on parle de certains, évidemment, mais je parle des personnages que l'on invente nous-mêmes). Par exemple, je vois mal littéralement tous les Chevaliers du Graal en parangon de vertu absolus. Je pense qu'ils sont plus vertueux en moyenne que les chevaliers du Royaume bien sûr. Mais ils ne sont pas parfaits (puisqu'ils ne sont pas moi lol ) et restent des êtres humains et des mortels.
Après, j'ai fait le choix de décrire de cette manière pour que le lecteur se rende compte un peu du fait que ce soit un monde où les choses sont injustes. Je ne suis pas rentré dans tous les détails (le porno existe pour ça et sinon ça prendrait trop de place) mais c'était aussi pour montrer que bah, quand t'es une femme seule, jeune, en prison dans un monde pareil, tous les gardes ne sont pas des chevaliers servants prêts à défendre la veuve et l'orphelin (et ta vertu, question qui reviendra plus tard dans le récit). Bref, j'essaye d'être plus réaliste et d'arriver à un récit un peu plus humain que la froideur et le détachement des elfes. Ce n'est pas simple, ayant été malgré tout habitué au dernier, mais j'espère être en bonne voie.


Von Essen a écrit:

J'aurai une ou deux remarques plus en détail par la suite, mais je suis avant tout curieux par rapport à ce que j'ai mentionné ci-dessus  
Bah ne te gène pas. Mais voici la suite en question Smile



Chapitre 3 : Le Jugement et le début d’une Quête


Astrid se réveilla tard le matin, tiraillée par la soif et le visage chatouillé par les rayons du soleil. Elle sentit alors des draps autour d’elle. Etonnée, elle fronça les sourcils avant d’ouvrir les yeux. Etrangement, tout était penché. Ses yeux s’agrandirent se souvenant des événements de la veille. Elle était jugée dans six jours. Elle commença à regarder autour d’elle. La jeune fille repéra un bureau avec une chaise, une fenêtre avec des barreaux, une armoire, une grande malle et une porte donnant probablement sur la pièce avec la baignoire et la bassine où elle pourrait se soulager. Enfin, il y avait une porte donnant sûrement sur le couloir. Elle repéra uniquement à la fin, un chevalier assoupi dans un fauteuil. Astrid se redressa dans le lit et sentit ses bras trembler par manque de force. Elle parvint ensuite à se saisir de la cruche et du gobelet puis à se servir et à boire plusieurs fois. Elle vit alors un copieux déjeuner et décida de prendre le plateau sur le lit. La jeune fille y parvint après moult efforts, faisant attention à ne pas réveiller son gardien qui semblait avoir le sommeil léger. Elle mangea un peu mais moins qu’elle ne le pensait. Elle ne désirait pas se rendre malade. Cependant, en utilisant le couteau, elle s’entailla légèrement un doigt. Puis, son regard fut attiré par son poignet. Il alla alors de la lame à la peau plusieurs fois. Cela lui semblait étrangement attirant. Mais aussi très égoïste. Elle avait peut-être une chance de survivre. Et surtout elle rendrait inutiles les efforts de ce chevalier alors qu’il ne lui avait rien fait. Elle reposa alors le couteau en respirant un grand coup. Mais elle ne put empêcher les larmes de couler sur son visage en pensant à ce qu’il se fût passé chaque matin les jours précédents.
A ce moment, le chevalier était déjà réveillé. Mais il vit rapidement que sa prisonnière ne l’avait pas remarqué. Il l’observa alors qu’elle mangeait. Elle était plutôt jolie même si la prison l’avait considérablement marquée. Il espérait que les traces finiraient par disparaître. Il se tendit quand il la vit hésiter à se couper les veines. Mais il se relâcha quand elle posa le couteau. Son cœur fut meurtri de la voir pleurer. Elle semblait alors si fragile, si vulnérable. Elle ne faisait pas ses seize ans mais beaucoup moins. Il signala finalement sa présence et la jeune femme le regarda avec un air craintif. Il décida alors de se présenter :
« Je suis Hubert De Bourogne, chevalier du Royaume et vassal du Duc de Bordeleaux. J’ai la charge de veiller sur vous jusqu’à votre procès. Je dois vous transmettre les salutations de votre père ma dame, fit poliment le guerrier.
-Je… Je vous remercie chevalier, répondit avec hésitation Astrid, ne sachant pas à quoi s’en tenir avec lui.
-Je vous en prie ma dame. Il était naturel de ne point vous laisser dans l’état dans lequel je vous ai trouvée. D’ailleurs, il est impardonnable pour moi de ne pas vous avoir rendu visite dans votre cachot pour vérifier comment vous alliez. Je vous serais gréé de me pardonner mes erreurs. »
Ainsi c’était donc lui qui l’avait amenée aux cachots et qui l’avait secourue. Mais elle jugea que le pardon ne devrait pas dépendre d’elle pour une chose pareille. Elle avait été forcée plusieurs fois par jour, chaque jour, recevait très peu de nourriture et d’eau et n’avait plus aucun vêtement après moins de dix heures passées dans la cellule. Aussi, elle dit avec indulgence et bienveillance :
« Seule la Dame peut en décider. Mais j’intercèderai peut être en votre faveur lors de mes prières.
-Cette fois, c’est moi qui vous en remercie ma dame. Sans vouloir vous commander, vous devriez prendre votre robe de chambre pour cacher certaines parties. Je dois vous changer les bandages et passer un cataplasme sur vos blessures. »

Astrid obéit rapidement. Le chevalier s’approcha alors et enleva les précédents bandages. Il put alors voir les blessures. Elles avaient meilleure mine que la veille. Surtout, elles semblaient en bonne voie pour la guérison. Après s’être rincé les mains dans une bassine, il appliqua délicatement le cataplasme sur les plaies encore à vif avant de les bander. Il dit alors :
« Je devrais les changer cet après-midi à nouveau. Cependant, je vous recommande de prendre un bain au passage. Cela pourra nettoyer les plaies et vous serez propre sur vous. Vous pourrez alors commencer à aller réellement mieux ma dame. »
Il la vit hocher la tête d’un air absent et se recoucher avant de se rendormir. Il repartit s’asseoir et contempler à nouveau la prisonnière. Non, il ne s’était pas amouraché d’elle. Son cœur appartenait à une autre. Mais il devait reconnaître qu’elle ferait tourner bien des têtes si un jour elle rentrait dans une cour. En revanche, il doutait qu’elle ait de l’argent en quantité suffisante pour avoir une dot convenable. Pire, elle avait été forcée et donc n’était plus vierge. Lui n’en parlerait pas. Mais si cela venait à se savoir, elle serait rejetée partout où elle irait. Peut-être qu’en fin de compte, la voie qu’elle avait choisie était la meilleure pour elle, même si pas la plus simple. Mais au moins avait-elle l’avantage de pouvoir aller où elle le désirait. A condition qu’elle ne soit pas tuée par une quête qui devrait probablement la conduire à la mort.
Hubert lui-même réfléchissait depuis une année ou deux à partir en Quête du Graal. Il n’avait pas de possessions et était le fils cadet de sa famille. Son frère avait déjà un fils d’environ cinq ans. Le destin du domaine familial ne reposait donc plus sur lui si son frère venait à mourir. De plus, il avait envie de reprendre les routes, comme lorsqu’il avait été chevalier errant. Peut-être devrait-il saisir cette occasion ? Cela ne serait pas une mauvaise idée. Il avait failli à certains devoirs en ne la veillant pas et elle avait été bien magnanime d’accepter de parler en sa faveur dans ses prières. Cependant, il devrait se faire pardonner par la Dame du Lac. Il allait sérieusement y réfléchir dans les jours à venir.
L’après-midi vint et quand Astrid se réveilla, elle but et mangea à nouveau. Puis, elle alla prendre un bain, assistée par une servante. Enfin, Hubert lui refit ses bandages et elle se recoucha. Elle était épuisée par le simple effort physique et avait grand besoin de dormir pour reprendre des forces.

Ainsi passèrent les jours pour Astrid. Le deuxième, elle put à nouveau faire quelques pas et se lever seule. Elle poussa aussi loin que possible pour se dépasser. Le cinquième jour, elle avait déjà bien récupéré et commençait à retrouver la pleine forme. Elle s’était rendue compte que son garde-malade, le chevalier Hubert était aux petits soins pour elle et n’hésitait pas un seul instant à l’aider. Bien qu’elle eût préféré tout faire toute seule, la jeune fille était consciente de son état et du fait qu’elle avait besoin d’aide. Alors valait mieux que ce soit un chevalier désirant racheter sa conduite qu’une autre personne se moquant du fait qu’elle ait parfois mal au bas ventre ou qu’elle ait pleuré de nombreuses fois pendant les journées. La prêtresse de Shallya venait la voir une fois par jour pour l’examiner. Elle lui indiqua ainsi la veille de son procès que trois jours plus tard, elle serait comme avant son emprisonnement. Du moins physiquement parlant. Astrid commença à angoisser à propos du procès en question la veille de ce dernier. Elle n’arrêtait pas de se demander ce qui allait arriver. Elle tenta de soutirer des informations à son gardien mais ce dernier ne dit rien. Elle espérait juste pouvoir conserver sa dignité. Et survivre au passage.
Pendant ce temps, Gontran s’ennuyait ferme. Il passait une partie de ses journées à prier la Dame dans la Première Chapelle et l’autre partie à chercher d’éventuels bandits, monstres ou autres dans la campagne dans les alentours. Cependant, il ne trouva absolument rien et en rentrait frustrer. Il était aussi dévoré par l’inquiétude pour Astrid. Il espérait que le procès tournerait à peu près en sa faveur, ou du moins que la sanction ne serait pas trop lourde.

Le matin du procès, Astrid se leva particulièrement tôt. Une servante entra rapidement et lui apporta à manger. La jeune fille put ainsi se restaurer et boire en quantités suffisantes pour tenir le procès. Puis, elle dut s’habiller avec des vêtements de femmes. Elle passa le sous-vêtement comme il le fallait, enfila la robe et la laça devant elle avant d’enfiler les chaussures légères. Elle était loin de se sentir à l’aise mais n’avait pas trop le choix. Elle vérifia rapidement sa tenue et se coiffa au passage, disciplinant un peu ses cheveux. Puis, Hubert vint la chercher. Il la conduisit alors jusque dans la grande salle, passant par de nombreux couloirs. Astrid ne regarda que le dos du chevalier, ne voulant pas se faire intimider.
Mais intimidée elle fut en entrant dans la grande salle. Il y avait de nombreux bancs remplis de gens de la noblesse ou de la bourgeoisie. Face à elle, au bout de la salle, le jury sur des bancs particuliers. Au centre, il y avait le duc, qui présiderait donc la séance. Elle chercha du regard son père mais ne le trouva pas. Néanmoins, elle sentait qu’il était là. Son entrée amena immédiatement le silence dans la salle. Cela lui fit peur car Astrid trouvait cela trop calme. Elle finit par s’avancer au centre de la pièce, comme cela était demandé pour un jugement de la noblesse. Elle avait la gorge serrée et son angoisse augmenta fortement d’un seul coup. Pire, le fait d’être en permanence droite comme se devait de l’être une dame n’arrangeait pas les choses. Les plaies sur son ventre étaient en voie de cicatrisation et cela tirait dessus. Elle attendit alors que le duc daigne ouvrir le procès.
Gontran, lui, était dans l’assistance. Il n’avait pas réussi à accrocher le regard de sa fille adoptive mais il avait pu lire la peur dans ses yeux. Sa démarche était loin d’être assurée. Cependant, il remarqua autre chose qui le mit en colère. Elle n’était pas très bien d’un point de vue physique. Elle semblait plus faible et il voyait que se tenir parfaitement droite lui faisait mal. Il le voyait aussi clairement que le soleil dans un après-midi ensoleillé. Mais ce qui le mit le plus en colère fut la conclusion qu’il tira de cela. Elle n’avait pas été correctement traitée, loin de là. Elle avait été au minimum battue. Certes, il n’y avait pas de marques visibles. Mais il se dit rapidement qu’ils se seraient arrangés pour ne pas en faire, question d’éviter les ennuis.

Le duc se tut pendant près de deux minutes. Pour toutes les personnes dans la grande salle, ces deux minutes furent transformées en deux siècles. La tension était montée d’un cran et l’air semblait être devenu lourd. Puis, il prit la parole avec une voix forte :
« Moi, Duc Aldebert de Bordeleaux et Chevalier du Graal, proclame le procès d’Astrid de Lyonesse ouvert. Ma dame, fit le chevalier en s’adressant à Astrid, confirmez-vous être la personne susnommée sur votre honneur ?
-Je le jure, répondit Astrid avec une voix mal assurée.
-Bien. Vous êtes accusée de vous être faite passée pour noble et pour avoir porté des habits d’hommes ainsi que vous être faite passer pour chevalier. Vous avez été acquittée de la première charge avant le début du procès, les pièces justificatives ayant été portées en temps et en heure. Nous vous recommandons de les garder sur vous ou dans vos bagages à l’avenir. Concernant l’accusation de port d’habits d’homme, plaidez-vous coupable ou non coupable ? »
Sa voix était monocorde mais forte et empreinte d’autorité. Astrid réfléchit quelques secondes et décida de jouer la carte de l’honnêteté.
« Je plaide coupable pour cette accusation.
-Bien. Concernant l’accusation de vous être faite passer pour un chevalier, plaidez-vous coupable ou non coupable ?
-Je plaide non coupable pour cette accusation.
-Bien. La parole est à l’accusation. »
Aussitôt, un chevalier se leva et dit avec une voix portante :
« Concernant le chef d’accusation de port d’habits d’homme. L’accusée ici présente a été clairement vue par de nombreux témoins, ici à Bordeleaux, en train de porter des habits réservés normalement aux hommes. Mais, l’accusée plaidant coupable, l’accusation ne reviendra pas sur ce chef d’accusation.
Concernant le chef d’accusation de s’être faite passer pour un chevalier, l’accusation dit ceci. Le port de l’armure est caractéristique dans les traditions de la chevalerie bretonnienne, tout comme le port d’un tabard portant les couleurs d’une maisonnée. Elle a également porté la lance de cavalerie et l’écu, notamment au combat, chose fort déplacée pour une dame qui se respecte. Enfin, elle a porté l’épée, chose normalement réservée aux chevaliers. L’accusation suppose que cela a été fait volontairement. En effet… »
Cela continua ainsi pendant de très longues minutes. Jusqu’à ce que le chevalier ne termine. Le duc donna alors la parole à Astrid qui commença avec une voie peu assurée :
« Je ne nie point certains faits. En revanche, le port de la lance n’est point réservé aux chevaliers mais à la noblesse. Je l’ai portée pour me défendre contre d’éventuels bandits, voire, sait-on jamais, des bandes de bêtes du Chaos ou de peaux-vertes ayant traversé l’Aquitanie. Il en va de même pour celui de l’armure. Si nous avions été directement attaqué, puisque je n’avais pour escorte que mon père adoptif, cela aurait loin d’être suffisant pour protéger face à un trop grand nombre, bien que je serais la dernière personne ici qui remettrait en cause son talent au combat. Concernant l’épée, je n’ai qu’une chose à dire. Il s’agit d’un cadeau de mon père et je l’ai effectivement portée pour compléter la défense. »
Gontran ferma les yeux en comprenant qu’elle se défendait fort maladroitement. Elle avait limité la casse au début mais là, la situation était pire. Heureusement, le calvaire prit rapidement fin. Le duc annonça que la sentence serait rendue le lendemain à dix heures et fit évacuer tout le monde.

Astrid sortit rapidement de la salle, escortée encore et toujours par Hubert de Bourogne. Ce dernier était atterré par la mauvaise défense de sa prisonnière. Elle n’avait pas réellement su contrer le chevalier l’attaquant. De plus, elle avait aggravé son cas en parlant de l’épée alors qu’en ne le mentionnant pas, elle aurait pu tenter de faire oublier cette partie aux jurés et au duc. Mais elle avait été en quelque sorte victime de son honnêteté. Il ne restait plus pour Astrid qu’à espérer que la Dame lui soit favorable. C’était désormais sa seule chance de s’en sortir.
De son côté, la jeune fille ruminait de sombre pensée. Elle s’était rendue compte qu’elle s’était fort mal défendue. Elle avait eu peur tout le long de la séance et avait presque perdu ses moyens. Qui plus est, rester aussi longtemps debout dans une pièce où il faisait relativement chaud l’avait mise encore plus mal à l’aise. A un moment, elle avait bien cru s’évanouir. Désormais, elle ne savait plus trop quoi faire de sa journée. Les bandages devraient certes être changés mais elle devait rester dans sa prison, quand bien même elle était plus vaste que la cellule qu’elle avait d’abord occupée. Et elle allait avoir du mal à prier la Dame pendant une demi-journée complète. Cependant, en revenant enfin dans sa chambre, elle s’effondra rapidement sur son lit, avant de s’endormir tout aussi vite, épuisée par la matinée. Elle dormit jusqu’au milieu de l’après-midi. En se réveillant, elle fut heureuse de constater la présence d’un plateau de fruits frais, en guise de dîner. Puis, elle se reposa jusqu’au soir, faisant quelques exercices physiques au passage, dans le cadre de sa remise en forme. Elle soupa ensuite avant de se changer pour la nuit et de se coucher. Mais Astrid mit du temps à s’endormir et se tourna de nombreuses fois dans son lit. Elle avait peur du jugement du lendemain et espérait qu’il ne serait pas trop cruel. Elle savait qu’elle ne serait pas acquittée de toutes les accusations. Elle n’était pas folle non plus. Il était fort probable qu’ils lui demandent une Quête, qui conduirait probablement à sa mort. Elle espérait juste qu’elle puisse dans ce cas avoir une mort rapide et ne pas se retrouver captive de peaux-vertes ou d’hommes-bêtes. Dans ce cas, son destin serait loin d’être une mort rapide. Finalement, elle parvint à s’endormir.
Gontran, lui avait passé tout le reste de la journée à prier la Dame du Lac pour le salut d’Astrid. Il espérait, lui aussi, une sanction relativement clémente, même s’il n’y comptait pas beaucoup. Le pire étant que si elle se retrouvait avec une Quête, elle n’aurait pas le droit d’être accompagnée. Il devrait la laisser partir sur les routes, probablement seule, vers une mort quasi certaine. En effet, il avait vu le visage du duc et celui des jurés. Ils n’étaient clairement pas en faveur de la jeune fille. Il ne serait pas surpris qu’elle ait une quête plus que difficile. Il connaissait parfaitement les us et coutumes des cours de justices de la noblesse et il savait que dans des cas pareils, rares étaient les femmes à survivre à une quête. Certaines devenaient hors-la-loi mais elles n’étaient pas les plus nombreuses. La plupart mourraient de manière plus ou moins affreuse. Il finit cependant par aller se coucher, l’âme loin d’être en paix.

Le matin recommença comme la veille pour Astrid. Elle se leva, se baigna, changea les bandages puisqu’elle pouvait désormais le faire seule, prit des vêtements et enfila ses souliers rapidement. Puis, elle attendit Hubert, son fidèle garde-malade et gardien. Elle se demanda ce qui avait du lui passer par la tête durant ces sept derniers jours. Il devait probablement juger cela indigne de sa personne et s’ennuyer ferme en la surveillant ne rien faire. Mais sa présence avait eu quelque chose de réconfortant. Elle sentit qu’elle n’était pas seule et qu’elle avait quelqu’un sur qui s’appuyer. Elle entra finalement dans la grande salle. Cette fois, elle était encore plus remplie de la veille et la jeune fille eut du mal à déglutir. Elle devrait ne surtout pas craquer devant tant de monde. Elle se devait d’être forte, quelque soit la sentence.
Après quelques minutes d’attente, le duc entra, suivit du jury. Ils prirent tous place et le seigneur des lieux réclama rapidement le silence. Il se fit rapidement et commença à faire son discours comportant toutes les raisons pour lesquelles il pouvait donner une sentence, pourquoi il pouvait convoquer une telle assemblée, les pouvoirs du jury et par quels droits il pouvait faire tout cela. Cela dura de nombreuses minutes qui parurent interminables à Astrid, debout au milieu de la salle. Finalement, il décida de passer aux sentences, avec son éternelle voix monocorde n’appelant à aucune contestation :
« Pour l’accusation de port de lance et d’armure, l’accusée ici présente est déclarée non coupable. Le motif retenu est que cela n’est pas illégal, puisque des roturiers ont le droit de les porter et cela n’est point interdit aux femmes selon la loi. Concernant l’accusation de port d’épée, l’accusée ici présente est déclarée coupable. Concernant l’accusation de s’être faite passée pour un chevalier, l’accusée ici présente est déclarée coupable. Concernant l’accusation de port d’habits d’hommes, l’accusée est déclarée coupable. »
Astrid sentit sa peur monter d’un seul coup. Il y avait désormais beaucoup de peines possibles et imaginables, de la simple amende pour certaines peines à la Quête conduisant invariablement à sa mort. Après une dizaine de secondes de silence insoutenable, le duc continua sur le même ton :
« Moi, Duc Aldebert de Bordeleaux et Chevalier du Graal, condamne Astrid de Lyonesse, fille adoptive de Gontran de Lyonesse, à la peine suivante. Elle devra accomplir la Quête suivante.
Partant demain à l’aube avec assez de provisions et d’argent pour la route, la condamnée devra se rendre seule à Bastonne en longeant la Forêt de Châlons et en passant par la Chapelle de l’Humilité puis revenir par la même route. Un messager sera envoyé dans ces deux lieux pour vérifier, si elle arrive en vie, qu’elle soit bien passée par là. Elle recevra un âne de bât pour porter les vivres et l’argent et n’aura pour toute arme qu’un couteau de boucher. Elle devra être obligatoirement habillée avec des vêtements de femme et n’aura pas le droit à une quelconque armure.
Désirez-vous porter réclamation devant le jury ? »
Astrid était sonnée. La Forêt était infestée de peaux-vertes et d’hommes-bêtes. Si elle arrivait à la Chapelle de l’Humilité ne serait-ce qu’en vie, elle serait chanceuse. Cependant, elle se dit qu’elle aurait pu avoir bien pire encore. Et le jury n’aurait pas vraiment de moyen d’adoucir la peine. Aussi, elle déclara avec une voix forte :
« J’accepte la peine. J’ai en revanche une question.
-Allez-y fit le donc en soupirant.
-Que vont devenir mes armes et mon armure ?
-Votre épée vous sera enlevée, tout comme le reste de vos armes. Votre armure sera transportée sur l’âne. En revanche, vous n’aurez pas le droit de la porter. Si un messager vous croise avec, il a ordre de vous abattre sur le champ. »
Le verdict fut alors confirmé et le jugement terminé. Astrid fut immédiatement reconduite dans ses appartements sous les murmures de la foule. Elle entendit des questions qui disaient :
« Mais pourquoi a-t-elle accepté ? Sait-elle qu’elle va probablement mourir ? »

Le reste de la journée se passa tranquillement pour la jeune fille. Les dés étaient jetés et désormais, ce serait entre elle et la nature. Elle vit plusieurs fois le regard triste de son gardien, sans oser se demander ce que cela signifiait. Puis, dans l’après-midi, elle reçut ses vêtements de voyage. Elle eut même droit à une paire de bottes, de mauvaise qualité cependant. Elles ne tiendraient pas longtemps se dit-elle. Puis, elle soupa et se coucha, la tête complètement vide de toute émotion.
Gontran avait été choqué par le verdict. Ce type de quêtes était en général réservé pour des choses bien plus graves. Mais il avait compris qu’il serait difficile de le contester. Pire, il ne pourrait pas l’accompagner sur les routes. Elle serait tout-à-fait seule pour faire l’aller-retour. Il n’y avait pas de caravanes ou de voyageurs passant par là, en dehors de quelques chevaliers en Quête du Graal. Il ne la verrait probablement plus jamais car il n’en avait pas eu l’autorisation. Aussi, il pria à la Première Chapelle en demandant à la Dame du Lac de veiller sur sa fille adoptive et de la ramener saine et sauve à Bordeleaux. En effet, de son côté, il allait partir pour l’Empire. Il avait décidé de modifier sa route, voulant finalement éviter de rester aussi longtemps dans le Bordeleaux. Le matin venu, il se précipita aux portes pour apercevoir sa fille une dernière fois.
Astrid s’était levée très tôt et avait pris un copieux déjeuner. Puis, elle s’était équipée pour l’expédition. Elle était en paix avec elle-même. Elle ne chercherait pas à tout prix à atteindre la Chapelle de l’Humilité si elle n’en avait pratiquement plus la possibilité. Hubert l’accompagna jusqu’aux écuries où un âne relativement docile lui fut donné. Il était relativement petit mais ne semblait pas en excellente santé. Cependant, la jeune fille ne dit rien et accepta le couteau qu’on lui tendit. Elle se dit qu’elle devrait l’aiguiser dès que possible en voyant qu’il ne coupait pas très bien. Puis, elle suivit un gros groupes de chevaliers et hommes d’armes jusqu’aux portes de la ville. Elle était sereine. Juste avant de franchir les portes, elle put apercevoir son père adoptif. La jeune fille lui adressa un sourire doux et réconfortant. Il le lui rendit avant de la perdre de vue.

Astrid se lança rapidement sur la route en direction de la forêt de Chalons. Pour cela, elle avait juste à suivre le fleuve sur un sentier jusqu’à atteindre l’orée des bois. Puis, elle remonterait vers le nord avant de prendre en direction du nord-est. Avec un peu de chance, dans un mois, elle serait de retour. C’était probablement sa seule chance d’ailleurs. Après seulement une heure de marche, elle avait déjà laissé derrière elle toutes les habitations humaines. Elle pouvait voir les flots puissants du Gilleau. Elle avança ainsi au milieu des champs, croisant au loin quelques hameaux. Elle fit une pause d’une heure quand le soleil arriva au zénith avant de repartir. Elle croisa ainsi un messager qui vérifia qu’elle n’avait point d’armure sur elle. L’après-midi fut monotone pour la jeune fille. Elle avait mal aux pieds et les bottes étaient déjà abîmées. Astrid décida de les enlever et de mettre ses souliers à la place. Ils n’étaient pas faits pour la marche mais ils étaient de meilleure facture. En marchant, elle repensait à tout ce qui lui était arrivé depuis leur départ de la chapelle du Graal. Si le voyage avait bien commencé, il avait tourné au désastre. Elle avait sa part de responsabilité et était loin d’en vouloir à son père. Après tout, elle était considérée comme responsable même si elle était sous son autorité. Mais là, elle était réellement dans la bouse de vache jusqu’au cou. C’était tout simplement d’un autre niveau. Elle n’était pas sûre de passer le mois en vie. Mois qui devait représenter la durée normale pour l’aller-retour moyennant quelques retards.

Vers dix-huit heures, Astrid finit par s’arrêter alors qu’elle voyait au loin les bois. Elle hésitait à s’en approcher plus et se prépara à partir au nord le lendemain. Elle établit alors le campement en montant rapidement une tente. Puis, elle se fit un petit feu et mangea de la viande séchée tout en buvant de l’eau. Elle avait une semaine d’eau dans ses gourdes. Elle devrait donc trouver des sources sur son trajet. Ou alors se rationner. Mais elle préférait de loin la première solution. Comme il y avait de nombreux champs, elle espéra trouver des petites rivières sur le chemin. Voire des puits dans des villages. Elle savait qu’elle pourrait en trouver même s’ils n’existaient jamais longtemps à cause des bêtes de la forêt. La nuit venue, la jeune fille se coucha, se chantant une berceuse au passage. Puis, alors qu’elle était allongée, tentant de trouver le sommeil, elle entendit des cris venant de la forêt. Ils étaient affreux et elle frissonna de peur en les entendant. Finalement, elle parvint à trouver le sommeil après des dizaines de minutes interminables à les entendre hurler aux deux lunes.

Juste après le départ d’Astrid, Gontran fut hélé par un chevalier du Royaume. Ce dernier vint vers lui et s’adressa respectueusement au chevalier du Graal :
« Je vous salue noble sire. J’ai une demande à vous adresser.
-Je vous écoute, répondit le père d’Astrid, intrigué.
-Je souhaiterais me mettre en Quête du Graal. Que devrais-je faire ?
-Ecrivez un papier disant que vous renoncez à toutes vos possessions terrestres le temps de la Quête. Abandonnez la lance et prenez l’épée longue. Puis, priez longuement la dame. La Quête n’est pas que martiale.
-Je vous en remercie mon seigneur.
-N’étiez-vous point le chevalier escortant ma fille adoptive pendant son procès ?
-Si mon seigneur. Je l’ai aussi veillée et surveillée depuis sa sortie de sa première cellule.
-Pourquoi voulez-vous partir en Quête ?
-J’ai eu une vision d’un endroit dans l’Empire, en Averland. Je l’ai eue cette nuit, en rêves. C’est un signe de la Dame selon moi.
-Je dois aussi m’y rendre. Exceptionnellement, je vous ferais une faveur. Venez avec moi à mon ancienne chapelle. Je vous donnerai mon épée de la Quête.
-Quand partez-vous mon seigneur ?
-Dans deux heures, répondit Gontran d’une voix sèche. »
Bien qu’il n’appréciait guère le chevalier, leurs quêtes étaient les mêmes. Peut-être que la Dame voulait les réunir pour quelque obscur dessein après tout. Finalement, ils partirent à l’heure dite. Hubert se révéla d’une agréable compagnie pour l’austère chevalier. Il ne parlait pas trop ni trop peu. Il respectait aussi ses périodes de silence et s’adapta très vite dès le bivouac de la mi-journée. Enfin, il se révéla être une mine d’informations sur Astrid. Même si Gontran sentait qu’il ne lui disait pas tout, il se dit que cela viendrait avec le temps et la confiance. En attendant, il était heureux de ne pas partir seul sur les routes. Il détestait être seul avec ses pensées et c’était le point qu’il avait le moins apprécié dans sa Quête du Graal. Ainsi avancèrent-ils sur une route que le chevalier du Graal trouvait avoir parcourue trop de fois en trop peu de temps. Finalement, ils s’arrêtèrent dans une auberge le soir, profitant d’un bon souper et d’un lit plus confortable que la terre du sol des bords de routes.


Je précise juste que le procès ne se déroulerait pas nécessairement avec ces paroles exactes dans la "réalité" du monde de Warhammer. J'ai simplifié à l'extrême les choses pour les rendre plus acceptables sur le lecteur. Sinon, j'en aurais eu pour la taille d'un chapitre de Feu et Sang rien que pour le procès en tant que tel et un autre pour le verdict si j'avais rajouté un grand nombre de procédures, etc...
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Dim 11 Juin 2017 - 17:44

Hm. Je rebondis d'abord sur ta réponse à mon commentaire respect


L'intention de réalisme est louable, j'en suis moi-même un fervent défenseur. Par contre, et ça rejoint ce que je disais avant, je t'invite à faire très attention sur les détails, car le réalisme est situé sur une fine frontière au-delà de laquelle il est possible de tomber dans l'incongruité.
En l'occurrence, j'ai été surpris par la réaction d'Astrid et de son père face à l'arrestation. Au début, tous deux ont été présentés comme des personnes cultivées, il y avait même des livres dans la chapelle et dans la ville non loin. De plus, le chevalier du Graal semble être expérimenté et avoir vu le monde.
Je n'arrive dès lors pas à comprendre comment il a pu accepter qu'Astrid se fasse emmener en prison, et la laisser partir seule. Je me trompe peut-être, mais il me semble inconcevable qu'il ait pu ne pas se douter de tout le danger que cela représentait. Certes, il doit rapporter des documents, mais c'est le genre de tâche qui peut-être délégué, quand on sait que son enfant adorée doit être à tout prix surveillée dans un tel traquenard.
Loin de moi l'idée de vouloir modifier l'histoire, il me semble juste qu'à cet endroit précis les deux chapitres présentent une incohérence, tu me diras si tu es d'accord respect


Pour la suite, ma foi, je trouve la justice bretonnienne injuste et tarée à souhait... Ils doivent vraiment en vouloir à la demoiselle pour l'envoyer à la mort en gaspillant un bel âne, de l'argent, des vivres et des vêtements, alors qu'une execution reviendrait beaucoup moins cher. Mais comme dit, ils ont peut-être leurs propres manies, donc pas d'incohérence pour moi

P.S. Gontran n'a même pas un infime espoir que sa fille va s'en sortir ? Si j'étais la Dame, je lui balancerais ma foudre divine sur la tête pour lui remettre les idées en place Skull

La suite !

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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 12 Juin 2017 - 16:15

Gilgalad a écrit:
Sinon, j'en aurais eu pour la taille d'un chapitre de Feu et Sang
whaaa le tacle venu de nulle part !

Il y a de l'amélioration sur la forme par rapport à ton premier texte. Les points que je t'avais soulignés sont déjà bien meilleurs, cela fait plaisir ^^
Des choses encore à revoir, toutefois Rome ne s'est pas construite en un jour. Et c'est en forgeant qu'on devient forgeron : pas de nouveaux conseils précis autre que celui qui suit. Juste continue de t'appliquer. La pratique est le meilleur professeur en la matière.

évite de bassiner le lecteur de "prier dame du lac" ici "prier dame du lac" par là. Nous la connaissons tous. Essai de varier ta formulation pour éviter les répétition : "Ma dame" "la déesse" "me recueillir" "consulter" "chercher conseil" seraient quelques exemples.



En revanche sur le fond, je vais me charger d'approfondir et également clôturer ce qu'Essen n'a fait qu'effleurer du doigt.

Warhammer est un monde cruel. C'est un fait. En jdr avec des camarades nous avions coutume de dire que si notre personnage était là, c'est qu'il avait signé pour en chier. Toutefois, si la souffrance physique et psychologique peut être poussée dans le détail jusqu'à mettre mal à l'aise le lecteur... il est une exception des scènes dites matures. Un des sujets les plus épineux à aborder en texte 'tout public'.

Je n'ai personnellement rien contre celles-ci. Je ne demande qu'à lire un jour un texte à la fois débridé et décomplexé porté sur des démonettes et adorateurs de Slaanesh.  Toutefois, le lieu n'y est pas propice. Ce forum j'entends. Si le cercle principal des posteurs de ce forum a dépassé les 18 ans et fait preuve de maturité, ce n'est pas le cas de tout nos visiteurs anonyme. Un ado de 13-14 ans peut tout à fait venir chercher des infos tactiques et errer jusqu'à notre section si active.

Du coup mes conseils ici seraient, pour ce genre de scène délicates, de volontairement ne pas imager. C'est l'inverse de ce qui est généralement recommandé en écriture, mais cela reste mieux pour notre lectorat moins âgé. Nous avions compris le tourment que subirait la pauvre fille lorsque les gardes sont entrés. Le détail n'est pas nécessaire au delà. Sur un blog perso ou un autre site, il n'y aurait pas de souci. Laisser faire l'imagination du lecteur est ici la solution, où un adulte visualisera sans souci la scène à côté de laquelle un marmot passera complètement.
par exemple:
 

Mais j'insiste, si un texte est ouvert au grand public, c'est l'un des rares tabous qui j'estime doit en rester un.



Maintenant, évitons de nous focaliser sur ce détail. N'édite pas tes chapitres et va de l'avant. Car je suis curieux de voir quelle pénitence vont s'infliger les deux chevaliers et comment va se débrouiller la jeune Astrid avec seulement "sa B*** et son couteau" Mrgreen
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 20:14

vg11k a écrit:

Il y a de l'amélioration sur la forme par rapport à ton premier texte. Les points que je t'avais soulignés sont déjà bien meilleurs, cela fait plaisir ^^
Des choses encore à revoir, toutefois Rome ne s'est pas construite en un jour. Et c'est en forgeant qu'on devient forgeron : pas de nouveaux conseils précis autre que celui qui suit. Juste continue de t'appliquer. La pratique est le meilleur professeur en la matière.

évite de bassiner le lecteur de "prier dame du lac" ici "prier dame du lac" par là. Nous la connaissons tous. Essai de varier ta formulation pour éviter les répétition : "Ma dame" "la déesse" "me recueillir" "consulter" "chercher conseil" seraient quelques exemples.
Ok, c'est noté. Ce n'est peut-être pas le cas dans le chapitre que je vais publier, mais dans les suivants, j'en parle déjà moins.


vg11k a écrit:
En revanche sur le fond, je vais me charger d'approfondir et également clôturer ce qu'Essen n'a fait qu'effleurer du doigt.

Warhammer est un monde cruel. C'est un fait. En jdr avec des camarades nous avions coutume de dire que si notre personnage était là, c'est qu'il avait signé pour en chier. Toutefois, si la souffrance physique et psychologique peut être poussée dans le détail jusqu'à mettre mal à l'aise le lecteur... il est une exception des scènes dites matures. Un des sujets les plus épineux à aborder en texte 'tout public'.

Je n'ai personnellement rien contre celles-ci. Je ne demande qu'à lire un jour un texte à la fois débridé et décomplexé porté sur des démonettes et adorateurs de Slaanesh.  Toutefois, le lieu n'y est pas propice. Ce forum j'entends. Si le cercle principal des posteurs de ce forum a dépassé les 18 ans et fait preuve de maturité, ce n'est pas le cas de tout nos visiteurs anonyme. Un ado de 13-14 ans peut tout à fait venir chercher des infos tactiques et errer jusqu'à notre section si active.

Spoiler:
 
C'est aussi noté, mais dans l'ensemble, je fais en sorte que cela reste rare Smile


vg11k a écrit:
Maintenant, évitons de nous focaliser sur ce détail. N'édite pas tes chapitres et va de l'avant. Car je suis curieux de voir quelle pénitence vont s'infliger les deux chevaliers et comment va se débrouiller la jeune Astrid avec seulement "sa B*** et son couteau" Mrgreen
Bah c'est la suite que je vais poster Very Happy


Von Essen a écrit:

L'intention de réalisme est louable, j'en suis moi-même un fervent défenseur. Par contre, et ça rejoint ce que je disais avant, je t'invite à faire très attention sur les détails, car le réalisme est situé sur une fine frontière au-delà de laquelle il est possible de tomber dans l'incongruité.
En l'occurrence, j'ai été surpris par la réaction d'Astrid et de son père face à l'arrestation. Au début, tous deux ont été présentés comme des personnes cultivées, il y avait même des livres dans la chapelle et dans la ville non loin. De plus, le chevalier du Graal semble être expérimenté et avoir vu le monde.
Je n'arrive dès lors pas à comprendre comment il a pu accepter qu'Astrid se fasse emmener en prison, et la laisser partir seule. Je me trompe peut-être, mais il me semble inconcevable qu'il ait pu ne pas se douter de tout le danger que cela représentait. Certes, il doit rapporter des documents, mais c'est le genre de tâche qui peut-être délégué, quand on sait que son enfant adorée doit être à tout prix surveillée dans un tel traquenard.
Loin de moi l'idée de vouloir modifier l'histoire, il me semble juste qu'à cet endroit précis les deux chapitres présentent une incohérence, tu me diras si tu es d'accord respect  
Tu laisserais n'importe qui fouiller dans les affaires d'un chevalier qui est pratiquement considéré comme un saint vivant (comme tous les chevaliers du Graal d'ailleurs) ? C'est comme si tu demandais à n'importe qui d'aller chercher des trucs pour une enquête de police. Et là on parle de la noblesse. Tu ne vas pas utiliser un chevalier pour une tâche aussi basse que celle de chercher un papier. Et un roturier ne touchera certainement jamais aux affaires d'un chevalier du Graal. Résultat, bah il doit aller chercher le papier lui-même Very Happy
Et pour la prison, normalement il fait confiance à des chevaliers qui ont donné leur parole. Il n'y a rien de mal là-dedans. Après, c'est eux qui ne l'ont pas respectée. D'où le départ de l'un d'eux en Quête du Graal.


Von Essen a écrit:
Pour la suite, ma foi, je trouve la justice bretonnienne injuste et tarée à souhait... Ils doivent vraiment en vouloir à la demoiselle pour l'envoyer à la mort en gaspillant un bel âne, de l'argent, des vivres et des vêtements, alors qu'une execution reviendrait beaucoup moins cher. Mais comme dit, ils ont peut-être leurs propres manies, donc pas d'incohérence pour moi  
Bah qui a dit que la justice devait être juste et équitable ?  lol

Von Essen a écrit:
P.S. Gontran n'a même pas un infime espoir que sa fille va s'en sortir ? Si j'étais la Dame, je lui balancerais ma foudre divine sur la tête pour lui remettre les idées en place Skull
Bah en même temps, il a toutes les raisons d'être pessimiste le gars. La fille n'a même pas de quoi tenir tout le trajet sur les réserves de nourriture.


Bon, alors, ce chapitre. Concrètement, c'est le dernier chapitre avant un certain nombre où l'on voit Gontran et Hubert. Après, je n'en parlerai que peu, voire pas du tout avant un certain temps. Sinon, Astrid fait une rencontre fort opportune (je sais, je sais, elle est facile dans le récit) et rencontre ENFIN quelqu'un qui ne lui veut pas trop de mal et qui veut réellement l'aider.



Chapitre 4 : Les Deux Quêtes et le Roy


Astrid marchait depuis de nombreuses heures sous une pluie battante. C’était à peine le deuxième jour de sa Quête et elle commençait déjà à désespérer. Le ciel déversait des trombes d’eau et la jeune était trempée jusqu’aux os. Elle avait été obligée de se rapprocher de la forêt pour finir à quelques centaines de pas à peine. Il s’agissait de ne pas la perdre de vue et de se tromper de direction. Elle avait du mal à progresser à cause des champs en jachère transformés en océan de boue. Faire une lieue lui prenait déjà près de deux heures de marche. A la mi-journée, déterminée grâce à l’aide de son estomac réclamant à manger, la jeune fille mangea debout, appuyée contre l’âne qui mangeait de l’herbe. En effet, en se rapprochant des bois, ils étaient dans une sorte de terrain vierge où l’herbe était régulièrement coupée mais qui n’était cultivé pour éviter de trop s’éloigner des villages et éviter les attaques des bêtes sur ces derniers.
Cette deuxième journée de marche fut un calvaire pour Astrid. Le soir venu, la pluie ne s’était pas calmée et elle était épuisée. Elle avait du se reposer dans la boue avant de réussir à monter tant bien que mal sa tente. Pour cela, la jeune fille avait du enlever à la main toute la terre mouillée sur la surface de la tente pour dormir dans un endroit à peu près sec. Et elle en avait mis du temps pour se dégager cette place. Une fois terminé, elle ne put espérer se faire un feu et se contenta à nouveau de viande séchée. En buvant, elle avait vidé plusieurs gourdes à cause de l’effort. Cependant, elle eut l’idée de les remplir avec l’eau de pluie. Elle savait que cela venait de l’océan. Par conséquent, elle était en général moins corrompue que la pluie tombant dans l’Empire. La jeune fille finit cependant par s’endormir, le couteau toujours à portée de main au cas où.

Pendant ce temps, Gontran et Hubert avaient avancé sur la route, en Aquitanie. Le premier donnait parfois des conseils au second mais leur voyage commun était surtout silencieux. En effet, celui qui était encore pour quelques dizaines d’heures un chevalier du Royaume réfléchissait à son engagement. Il ne désirait certes pas revenir en arrière. Loin de là. Mais il commençait à s’interroger sur le sens plus profond que pouvait avoir la Quête du Graal. Certes, il s’agissait autant d’une épreuve de force physique que de force mentale. Il savait qu’il était possible qu’il ne puisse jamais boire au Saint Graal. Cependant, il ne voulait pas changer sa décision. Il savait, certes, que la Quête serait loin d’être une simple balade dans les champs ou un simple tournoi de chevaliers. Elle lui prendrait des années et des années, voire peut-être des décennies. Il aurait moult occasions de mourir pendant tout ce temps face à des bêtes et des créatures humaines ou non toutes plus terribles les unes que les autres. Mais, malgré ces pensées relativement sombres, il était serein. Serein parce qu’il croyait en la Dame et qu’elle le protégerait s’il était réellement digne de boire à la Coupe bénie.
Gontran, lui, avait ses pensées dirigées loin de la route sur laquelle il avançait. Ils avaient bien vu les immenses nuages noirs chargés de pluie arriver de l’océan et se déverser sur le nord de l’Aquitanie. Il était fort certain qu’ils fassent de même sur le Bordeleaux. Or, sous ces nuages, il y avait Astrid, qui avait relativement peu de vêtements de pluie et qui devait avancer à pied dans les champs puisqu’aucune route n’était présente le long de la forêt de Chalons. Il avait encore et toujours la sensation de l’avoir abandonnée à la mort. Il espérait juste pouvoir la recroiser un jour dans ce monde. La conséquence était qu’il se perdait dans ses souvenirs et revivait ainsi tous les petits moments de sa vie en tant que père. Il se souvint de la première qu’il avait du changer ses vêtements. Il avait mis trois heures à trouver le moyen de le faire et s’était fait asperger de l’urine de la petite qui était totalement endormie. Il avait été tenté de se mettre en colère, mais son visage paisible l’avait arrêté. Même encore aujourd’hui, il suffisait qu’elle lui lance un petit regard doux pour qu’il lui cède pratiquement tout. Cela avait parfois donné des scènes fort cocasses dans le passé et ces moments lui manquaient. Il n’en vivrait plus jamais de similaires. De cela il en était certain. Peut-être se faisait-il trop vieux désormais se fit le chevalier du Graal. Il avait la septantaine bien tassée et s’il paraissait beaucoup plus jeune grâce au pouvoir de la Dame et à la force conférée par le Graal, il n’en restait pas moins un Homme mortel. L’âge finissait par se faire sentir. Avec un certain regret, il se dit que cette aventure serait probablement la dernière, même s’il en revenait en vie. Il n’en avait tout simplement plus la force mentale pour parcourir les routes. Le fait d’être père l’avait sûrement rendu encore plus casanier qu’il ne l’était déjà avant l’arrivée d’Astrid dans sa vie.

Le lendemain, Astrid fut heureuse de voir que la pluie s’était arrêtée. En revanche, les nuages noirs dans le ciel n’engageaient rien de bon. Elle ne savait pas quelle distance elle avait parcourue la veille mais cela ne devait pas être très élevé. Aussi, cette fois, elle s’arrangea pour bien manger le matin et aller aussi vite que possible avant que les cieux ne se déchaînent à nouveau. Elle remarqua aussi qu’elle n’était qu’à une centaine de pas de la forêt. Aussitôt, elle eut la chair de poule en pensant à ce qu’il y avait dans ces bois. Rapidement après avoir mangé, elle s’éloigna de ces derniers. Elle se remit à marcher. Malheureusement, elle ne put aller aussi vite que possible à cause de la pluie de la veille. Il ne faisait pas très chaud et la terre n’avait pas séchée. Le résultat était simple, elle avançait toujours assez lentement. Etant seule, Astrid ruminait souvent ses pensées et s’imaginait toutes sortes de choses lui arriver sur la route. Il y avait au choix un magnifique chevalier qui voudrait l’épouser ou alors toutes sortes de morts horribles précédées par d’interminables.
« Décidément, j’ai beaucoup trop d’imagination, se dit-elle. »
L’après-midi fut légèrement moins humide mais beaucoup plus venteux. Le vent venait de l’océan et Astrid eut de plus en plus de mal à avancer. Elle concentra son esprit sur chaque pas à faire pour réussir à progresser dans la boue laissée par la pluie de la veille. Quand le soir tomba, elle renonça rapidement à monter sa tente pour qu’elle ne s’envole pas et se résigna à dormir à la belle étoile. Elle repensa au trajet qu’elle devait encore réaliser. A ce rythme, elle en avait plus encore deux semaines. Elle avait sûrement fait en deux jours ce qu’elle aurait aimé faire en un seul. Elle invoqua brièvement la Dame de lui accorder un temps assez beau le lendemain mais sans réel espoir d’amélioration. Elle voyait des nuages chargés de pluie à perte de vue, peu importe où elle regardait. L’air était humide et frais, même pour une fin d’été. La jeune fille se demandait donc ce qu’il se passait. Jusque là, tous ses étés avaient été certes relativement frais et venteux mais à pas à ce point. Les vêtements qu’on lui avait donnés étaient vieux, usés et rapiécés. Elle n’avait rien contre le froid et une seule cape contre la pluie. Cape qu’elle n’arrivait pas à faire sécher. Au moins l’air n’était pas trop lourd et le temps ne semblait pas virer à l’orage se dit-elle. Dans ce dernier cas, elle aurait été très en danger, seule au milieu de terrains vides de tous arbres. Malgré ces pensées moroses, la jeune fille finit par s’en dormir profondément.

De leur côté, Gontran et Hubert étaient arrivés à la chapelle du Graal dans la soirée après une nouvelle journée sans écueils. Le second avait finit par se demander quand est-ce qu’il aurait des épreuves. Comme si son compagnon de route avait lu dans ses pensées, il lui dit :
« Ne sois pas impatient, jeune chevalier. Les épreuves viendront toutes en temps et en heure. Dès demain, quand nous nous remettrons en route, nous pourrons en avoir même si nous ne les attendons pas. »
Le benjamin des deux guerriers ne trouva rien à répondre. Quand ils finirent par arriver à la chapelle, le jeune noble fut étonné de découvrir l’étage. Il était bien plus étoffé qu’il ne l’aurait cru. Sur une porte, il y avait marqué que l’entrée était interdite pour les voyageurs. Aussi, il n’entra pas. Cependant, il s’en ouvrit au locataire des lieux lors du souper :
« Quelle est donc la pièce avec l’inscription disant que l’entrée était interdite pour les voyageurs ? Je n’ai jamais vu de telles choses dans les différentes chapelles visitées, en dehors de la partie consacrée ?
-Oh c’est simple, répondit le vieux chevalier. Il s’agit de la chambre d’Astrid. Je compte la laisser ainsi pour le moment. »
Mais à ces mots, son regard devint triste et se perdit dans le vague. Hubert avait une  boule dans la gorge quand il parla :
« Si jamais elle revenait, c’est cela ?
-Je… oui. »
Ces deux mots avaient été prononcés si bas que le plus jeune crut un moment n’avoir rien entendu. Il eut alors la confirmation de ce qu’il avait supposé durant les deux derniers jours. Gontran était réellement dévasté par la perte de sa fille adoptive. Il la chérissait véritablement et seule la Dame lui permettait de ne pas sombrer dans le désespoir en lui donnant quelque chose à quoi se raccrocher. Le futur Chevalier de la Quête se jura alors d’être un père aussi aimant un jour s’il en avait l’occasion. Finalement, il alla dormir du sommeil du juste, s’imaginant de nombreuses aventures épiques et glorieuses, et revenant couvert de gloire dans le domaine de sa famille.
Le lendemain fut tranquille pour les deux chevaliers. Ils commencèrent par le déjeuner avant d’aller au village non loin pour prendre de nombreuses provisions pour la route. Puis, ils s’occupèrent des chevaux, en prévision du long voyage. Ils devaient être en forme pour la Quête qui les attendait. Quand le soleil fut à son zénith, Hubert prononça officiellement le Serment de la Quête :
« Moi, Hubert De Bourogne, chevalier du Royaume et vassal du Duc de Bordeleaux, prononce le serment suivant. Je dépose ma Lance, symbole de devoir, je quitte mes bien-aimés, je me départis de toutes choses hormis des outils de ma Quête. Aucun obstacle ne me retiendra, aucun appel à l’aide ne m’échappera. La Lune ne me surprendra jamais deux fois en un même lieu. Je me donne, cœur, corps et âme à la Dame que je cherche. »
Puis, il abandonna sa lance et prit l’épée longue que lui tendit son compagnon d’arme. L’après-midi fut consacré à du repos et à du recueillement auprès de l’autel de la déesse principale de la Bretonnie. Puis, ils partirent se coucher.

La quatrième journée de marche d’Astrid fut beaucoup plus calme. Cependant, elle ne put aller aussi vite qu’espérer pour rattraper le temps perdu. Elle savait qu’elle avait du retard mais ne pouvait rien faire pour le reprendre. Elle pouvait juste espérer aller aussi loin que possible. Mais, ce fut difficile pour elle. Même s’il n’avait pas plu, le sol restait gorgé d’eau après la pluie de l’avant-veille. Toute progression restait donc relativement difficile. Cependant, l’absence de vent lui permettait d’aller relativement vite par rapport aux jours précédents. Ainsi avança-t-elle pendant de nombreuses heures, faisant le minimum de pauses pour franchir le plus de distances possibles. La jeune fille concentrait à nouveau toutes ses pensées sur sa progression. De loin, elle voyait parfois des paysans s’occuper des champs mais pas une fois elle ne tenta d’aller les voir. Elle savait que c’était une mauvaise idée et cela pourrait lui valoir une sanction autrement plus lourde et impossible à faire. Astrid avait également un autre sujet de préoccupation. Elle entendait régulièrement des hommes-bêtes loin dans la forêt. Elle pouvait aussi distinguer les sons de leurs tambours. Elle supposa qu’il s’agissait d’une armée qui se rassemblait. Et elle n’avait aucune envie de se retrouver avec cette force sur son chemin. Par conséquent, elle surveillait presque constamment les bois, à la recherche de la moindre présence ennemie. Elle savait qu’elle n’aurait pas beaucoup de temps pour fuir ou se cacher s’ils arrivaient jusqu’à elle. Sa seule chance reposait dans le fait qu’elle ne s’était pas lavée depuis longtemps et que son odeur puisse se confondre avec celle de la nature. Mais même là, il ne s’agissait que d’une éventualité et d’un espoir. La jeune fille savait que cela était peu probable. Et sa survie contre ne serait-ce qu’une petite bande de bêtes se compterait en dizaines de secondes, voire peut-être une minute ou deux si elle avait le temps de fuir un petit peu.
La journée avança et Astrid progressait toujours au même rythme. Elle faisait quelques minutes de pause toutes les heures, pour récupérer un peu. Puis, elle reprenait son chemin. Elle s’aidait d’un gros bâton de bois ramassé sur le côté. Elle l’avait légèrement taillé pour qu’il soit à la bonne hauteur. De plus, il était droit et solide. Cela lui était souvent utile dans les passages boueux pour estimer la profondeur de certains véritables petites marres. Il pourrait aussi lui être utile en cas de rencontre avec des animaux, ayant un peu plus d’allonge qu’un simple couteau de cuisine. Elle finit par s’arrêter à près de huit heures du soir. Elle avait l’impression d’être complètement épuisée par la longue marche qu’elle venait d’effectuer. Cependant, elle ne se laissa pas abattre et dressa rapidement la tente avant de se faire un petit feu. Deux écureuils passèrent non loin et Astrid réussit à la tuer. Elle les fit cuire et les mangea avec avidité. Elle en avait assez des biscuits secs et de la viande séchée. Puis, elle s’installa confortablement avant de s’endormir rapidement.

Au matin, Gontran et Hubert se préparèrent rapidement avant de prendre la route, dès l’aube. Ils comptaient aller aussi vite que possible vers Brionne, qu’ils pouvaient atteindre en moins de deux jours. La route à suivre était simple. Elle consistait à aller dans la capitale du duché de Brionne, à remonter la Brienne jusqu’à la forêt des Fées et ensuite longer celle-ci avant d’arriver à Parravon. De là, ils prendraient la Passe de la Dame Grise, puis pénétreraient l’Empire et partiraient vers l’est, pour l’Averland. Hubert ne fut guère surpris, durant cette journée de voyage, de voir que les paysages n’avaient point changés entre l’Aquitanie et le Brionne. Ils continuaient à avoir l’océan à leur droite. Le duo de chevaliers voyait très souvent des pêcheurs sur les plages ou alors dans de petites embarcations. Ces roturiers les saluaient avec déférence et n’osaient pas regarder plus que quelques brèves secondes un chevalier du Graal. Ainsi avancèrent les deux guerriers alors que la journée avançait inexorablement. Le soir venu, Gontran décida d’apprendre à son compagnon de route à se servir de la fameuse épée à deux mains qu’il avait reçue. Il serait stupide de mourir trop rapidement pour une raison aussi futile.
Hubert put, durant ce cours, voir toute l’étendue d’un Paladin de la Dame. Le guerrier béni était non seulement de loin meilleur que lui à l’épée, mais il avait aussi une expérience immense que peu de chevaliers autres que des chevaliers du Graal pouvaient se vanter d’avoir. Ainsi, il lui parla des hommes-bêtes, des peaux-vertes et les créatures les plus fréquemment rencontrées lors d’une Quête. Mais il lui parla aussi de créatures qui n’étaient que dans les histoires. Elles parlaient de démons changeant d’apparence selon la personne qui le regardait, des guerriers immenses aux armures aussi noires que la nuit et aussi forts que des ours en colère. Il lui parla aussi de buveurs de sang, maîtres de la nuit et ne pouvant voir le Soleil sans se faire brûlés. Quand Gontran parlait de ces créatures servantes des ténèbres, ses yeux se voilaient et se perdaient dans le vide. Hubert eut alors une idée de ce qu’il pourrait avoir à endurer tout au long de sa Quête. Il verrait des horreurs sans noms, devant lesquelles il ne devrait pas céder. Il en avait fait le serment la veille et comptait le respecter. Cependant, il ne put s’empêcher de commencer à douter. Il quittait les terres civilisées de Bretonnie. Et même si jusqu’à Parravon le trajet était sûr, il serait beaucoup moins en entrant dans l’Empire. Là bas, les forêts étaient nombreuses et remplies de créatures maléfiques. Sa bravoure et son courage pourraient être mis quotidiennement à l’épreuve. Dans sa couche, il repensa à cela et sentit son courage faiblir légèrement. Mais il repensa à l’état dans lequel il avait trouvé la fille de son compagnon de route et sentait à nouveau la honte l’envahir. Là, son courage lui revint, se disant que son destin reposait dans les mains de sa Déesse tutélaire. Ainsi le chevalier de la Quête finit par s’endormir, du repos des justes.

Le cinquième jour d’Astrid sur les routes avait bien commencé. Elle fut réveillée par les chants des oiseaux. Elle mangea un déjeuner consistant avant de mettre quelques vêtements pas trop sales. La jeune fille fit attention au temps en regardant autour d’elle. Il y avait une brise légère venant de la mer et quelques nuages blancs dans le ciel. Cependant, rien n’annonçait d’averses, heureusement pour elle. La terre avait commencé à sécher et elle se dit qu’elle pourrait progresser un peu plus rapidement ce jour-ci. Avec de la chance, elle pourrait commencer à reprendre son retard accumulé depuis pratiquement le début de l’aventure. Elle empaqueta rapidement ses affaires, saisit la bride de son âne et se mit en marche. Elle devait longer la forêt en partant vers le nord-est. Ainsi devait-elle faire attention à s’en éloigner, à cause des bruits de la veille, tout en la gardant de vue. Elle savait qu’il s’agissait de l’un des jours les plus délicats de son voyage à cause de la direction à garder. Cependant, la matinée se passa sans anicroches. Elle parvint à abattre deux lapins et un écureuil, les gardant pour le repas de midi. La jeune fille marchait d’un bon rythme puisqu’elle avait récupéré de son emprisonnement et s’était habituée à la marche. Ainsi put-elle parcourir pratiquement neuf lieues jusqu’à deux heures de l’après-midi. Elle ne s’était pas arrêtée pour faire une pause à la mi-journée, préférant avancer aussi loin que possible. Mais, fatiguée, elle finit par décider de faire une halte.
Aussitôt, l’âne se mit à brouter. En le regardant de manière plus approfondie, Astrid remarqua qu’il ne tiendrait probablement pas jusqu’à son retour à Bordeleaux. Il était affaibli et elle avait beau tenter de le nourrir voire d’alléger sa charge, cela ne suffisait guère à améliorer sa condition. Elle grimaça car elle n’aimait pas penser au fait de devoir porter un gros sac plein de vivres sur tout le retour. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’il puisse tenir jusqu’à la fin de l’histoire, si elle s’en sortait en vie. Sinon, cela lui ferait de la nourriture pour plusieurs jours s’il mourrait en cours de route, pensa-t-elle avec cynisme. Elle se fit un petit feu et mangea le gibier du matin. Cependant, elle ne put s’occuper que de l’écureuil, n’ayant pas assez faim pour les deux lapins. Puis, elle s’assoupit pendant une petite heure. Enfin, elle se remit en route. Elle avait encore de la route à faire avant que le soir ne tombe.

A peine une heure après avoir repris sa marche, Astrid repéra des fumées à l’horizon, droit devant elle. Elle avança, espérant qu’il s’agissait uniquement de la trace laissée par des troupes d’hommes-bêtes. Cependant, plus elle avançait, plus un mauvais pressentiment la gagnait. Après une nouvelle heure de marche, bien plus lente et prudente, la jeune fille arriva non loin d’une colline. Une terrible odeur la saisit alors à la gorge et la fit suffoquer avant qu’elle ne puisse se reprendre. C’était l’odeur de la mort et du sang. L’odeur de la guerre. Son père adoptif lui avait si souvent raconté ses batailles et d’une telle manière qu’elle avait reconnu l’odeur. Astrid attacha son âne et décida de gravir la grande colline. Elle prit son bâton de marche et sortit son couteau. C’était certes dérisoire face à une bête, mais l’effet de surprise pourrait l’avantager. Elle franchit les derniers pieds en rampant sur le sol. En arrivant au sommet, elle regarda devant elle et vomit presque aussitôt son repas de midi. Il y avait une bataille. Ou plutôt un massacre. Plus d’une trentaine de chevaliers du Royaume gisaient sur le sol, mêlés à des hommes-bêtes. Elle était comme hypnotisée et n’entendait ni ne sentait plus rien. Ce qu’elle voyait était affreux mais son regard ne pouvait s’en détacher, dans une sorte de fascination morbide. Puis, après quelques minutes ainsi, la jeune fille reprit ses esprits. Elle vit rapidement trois bêtes parcourir les rangs des morts et achever les rares blessés encore conscients. N’écoutant que son courage, elle descendit la colline aussi vite que possible et fonça dans le charnier.
Franchir les cadavres était loin d’être aisé pour la jeune fille, peu aidée par sa robe. Mais elle se rapprochait petit à petit des monstres. Ils paraissaient relativement imposants. Elle remarqua alors non loin un destrier broutant l’herbe, indifférent à tout ce qui se passait autour. Astrid s’approcha et s’empara des rênes avant de récupérer une lance de cavalerie intacte dans la main d’un chevalier mort. Le pauvre homme n’avait pas dû avoir l’occasion de s’en servir pour qu’elle soit comme neuve. Ils avaient dû se faire charger ou tomber sur bien plus nombreux pour qu’il en soit ainsi. Elle remercia sa déesse d’une courte prière et avança vers le groupe de bêtes, déterminée à les abattre. Elle savait qu’elle risquait d’y laisser sa peau mais s’en fichait. De toute manière, ils l’auraient vue et elle aurait été tuée. Alors autant que ce soit en choisissant sa fin.

Astrid avançait de plus en plus vite et finit par charger au milieu des cadavres. Elle baissa sa lance au dernier moment en poussant un cri de guerre. Tout en tentant d’éviter un coup d’une bête, elle parvint à en embrocher une, la tuant sur le coup. Mais elle cria de peur en voyant le cheval tomber sous elle. La jeune fille parvint à se dégager à temps mais rapidement les monstres furent sur elle. Elle parvint à parer un coup avec son couteau mais il fut éjecté de sa main au deuxième. En reculant, elle trébucha sur un cadavre et vit les deux hommes-bêtes arriver sur elle. Sentant sa fin arriver, Astrid ferma les yeux, espérant que la mort serait rapide et sans douleur. Mais, au lieu de sentir le tranchant du métal contre sa peau, elle entendit un corps tomber au sol. Puis, elle entendit le fracas du métal contre l’acier pendant quelques secondes avant d’entendre un deuxième corps tomber au sol. La jeune fille était que c’était désormais sa fin. Mais au lieu de cela, elle entendit une voix grave et fatiguée lui dire d’une voix douce :
« Que faites-vous par ici gente Dame ? »
Astrid ouvrit lentement les yeux, se mettant à espérer qu’elle survivrait finalement à cette journée. Elle fut surprise de voir un guerrier dans la cinquantaine entouré d’une douce lueur dorée réconfortante. Son armure était très abîmée et il était couvert de plusieurs blessures.
« Je…
-Je vous en prie, appuyez-vous sur moi pour vous relever ma Dame, fit le chevalier sur le même ton que précédemment. »
Astrid prit le bras que lui tendait l’homme avant de se relever. Elle ramassa son couteau avant de reprendre une contenance et de déclara :
« A qui dois-je la vie, sire ?
-Je suis le Roy Louis de Bretonnie, gente Dame, répondit le guerrier avec un sourire amusé.
-Je ne vous crois pas, fit la jeune fille, incrédule.
-Pourtant mon heaume est là pour le prouver, ma Dame. Tout comme mon tabard, du moins quand il n’est pas couvert de sang. »
Il montra alors son casque, tombé non loin. Elle remarqua qu’il allait parfaitement avec l’armure. Puis, il enleva rapidement le sang du tabard en question et Astrid découvrit le blason du Roy. Aussitôt, elle tomba à genoux et baissa les yeux. Elle dit alors d’une petite voix humble :
« Je suis profondément attristée du manque de respect dont j’ai fait preuve envers Sa Majesté. J’accepterai toute punition qu’Elle voudra me donner.
-Pourquoi punirais-je la personne qui m’a sauvée la vie, fit le Roy, interloqué ?
-Je ne Vous ai point sauvé la vie de manière volontaire Votre Altesse Royale. J’ai pensé à tuer les bêtes et espérer sauver des chevaliers. Et c’est Vous qui m’avez sauvée la vie en abattant les deux créatures. Sans cela, je serais morte à l’heure qu’il est.
-Pourtant sans votre intervention, je serais probablement mort et la Bretonnie sans Roy à l’heure qu’il est. Aussi ne vous punirais-je pas. Mais dites-moi quel est votre nom car je ne vous ai jamais vue à la cour ou lors de mes voyages dans ce Royaume.
-Je suis Astrid de Lyonesse, fille adoptive de Gontran de Lyonesse, Votre Majesté.
-Ah je me souviens de lui. Un chevalier du Graal, si je ne me trompe ?
-Oui Votre Altesse.
-Bien, relevez vous. »

La jeune fille obéit mais garda les yeux baissés par signe de respect envers son Roy. Mais ce dernier reprit avec sa voix toujours aussi douce :
« Je crains qu’il n’y ait guère de survivants par ici. Rares doivent être les chevaliers encore en vie ou qui peuvent survivre. Avez-vous une monture non loin ?
-Un âne âgé et fatigué Votre Majesté.
-Pourquoi cela ?
-J’ai une Quête à réaliser Votre Majesté.
-Ordonnée par qui ?
-Le Duc Aldebert de Bordeleaux Votre Majesté.
-Pour quels motifs, demanda le guerrier ?
-Avoir porté des habits d’hommes et avoir porté l’épée sans être chevalier Votre Majesté.
-Quel est l’objet de la Quête, interrogea le Roy ?
-Contourner la forêt de Châlons en étant toujours en vue de cette dernière et atteindre la Chapelle de l’Humilité puis Bastogne avant de faire le même trajet dans le sens inverse pour revenir à Bordeleaux. Je n’ai pour toute arme que mon couteau de cuisine.
-Pourtant vous avez utilisé une lance. – Cette phrase, bien que dite toujours avec le même ton doux et gentil, sonnait pour Astrid comme une condamnation à mort.
-Je… Je n’ai aucune excuse pour ceci, Votre Majesté. J’accepterai la sanction que vous voudrez me donner.
-Vous m’avez sauvé la vie grâce à cela. Je serais bien ingrat de vous punir pour cela.
-Je vous en remercie humblement Votre Majesté.
-Bien. Avez-vous de quoi panser des plaies ?
-Oui Votre Majesté. Sur mon âne.
-Bien, conduisez-moi à lui. Ensuite nous franchirons ce carnage pour prendre la route de la Chapelle de l’Humilité. »
Astrid obéit et guida en silence le Roy jusqu’à son fidèle compagnon. Ce dernier broutait de l’herbe, insouciant au drame qui venait de se jouer à quelques centaines de pas de là. Le suzerain s’assit sur un tronc au sol et commença à enlever son armure pendant qu’Astrid découpait des bandes de vêtements dans ses habits propres encore disponibles. Après tout, elle n’avait guère le choix. Elle les donna au Roy qui ne sembla pas s’en formaliser. Puis, une fois ceci terminé, il remit son équipement. Il ordonna alors de se remettre en marche. Ils contournèrent la colline et s’éloignèrent de la forêt en contournant la petite bataille. Il prit alors le parti d’expliquer à la jeune fille ce qu’il venait de se passer :
« J’étais avec une escorte restreinte en route pour Bordeleaux quand nous avons été attaqués. Mes chevaliers se sont battus avec bravoure mais l’ennemi était très nombreux. Un seul de mes guerriers a été envoyé à la Chapelle de l’Humilité pour donner l’alerte. Il est possible que nous rencontrions une troupe venant à notre rencontre. »

En passant près de la zone des combats, le Roy repéra un cheval seul. Il ne portait plus de caparaçon, ce dernier semblant avoir disparu dans la bataille. Il se hissa sur le cheval et le dirigea vers Astrid et son âne. Elle ne put s’empêcher de remarquer qu’il semblait déjà bien plus à son aise qu’à pieds. Il avait l’air plus « royal » se dit-elle intérieurement. Finalement, l’étrange duo s’arrêta pour la nuit vers huit heures du soir. Alors que le Roy s’occupait de sa monture, Astrid dressa la tente et prépara le feu. Elle sortit les deux lapins restant et s’occupa de les faire cuire. Elle n’osait pas parler en présence de son suzerain, de peur de faire ou de dire une bêtise pouvant provoquer sa mort. Elle savait qu’il était un formidable guerrier et ne savait comment réagir par rapport à sa Quête. Elle n’avait pas le droit d’être accompagnée mais elle ne pouvait désobéir à son Roy. Or ce dernier n’avait pas annulé la décision. Par conséquent, elle était en toute illégalité.
Sur ces pensées, Astrid vit le guerrier se relever et se saisir de son épée. Il semblait en pleine forme. Cependant, elle entendit bien vite un cavalier arriver. C’était l’un des messagers du Duc de Bordeleaux. Ses yeux s’agrandirent de peur en voyant cela. Elle se dit qu’elle aurait préféré mourir pendant la bataille plutôt que maintenant. Le cavalier approcha et dit à la jeune fille :
« Ma Dame, vous saviez qu’il vous ait formellement interdit d’être accompagnée dans votre Quête. Pourtant, je vois un chevalier non loin de vous. Vous connaissez la sentence.
-Oui, fit-elle avec une petite voix. Faites vite alors.
-Je désirerais savoir ce qu’il se passe ici, demanda alors le Roy avec une voix forte. »
Le cavalier se retourna vers lui et dit :
« La jeune fille ici présente n’a pas le droit d’être accompagnée dans sa Quête qui est la suivante…
-Je suis au courant de sa Quête mais pas du fait qu’elle doit être non accompagnée. Et je suis le Roy. Alors parlez moi avec respect.
-Je vous présente mes plus humbles excuses Votre Altesse. Je ne vous avais point reconnu.
-Quant à cette disposition de la Quête, je l’annule. Elle m’a sauvée la vie et je la lui ai sauvée en retour. Il est évident que nous prenons la même route et le Code d’Honneur m’interdit de la laisser.
-Mais…
-Je suis le Roy. Si le Duc Aldebert n’est point d’accord avec moi, il n’aura qu’à venir me voir à Bastogne quand j’y serais de retour. Ou bien à la Cour à Couronne. Maintenant, laissez-nous et repartez avertir les autres messagers qu’ils soient au courant.
-Il en sera fait selon vos désirs Votre Majesté. »

Astrid entendit le Roy pousser un long soupir et se tourner vers elle. Il lui dit alors avec sa voix douce :
« Relevez vous. Après m’avoir aidé, il est normal que je vous aide.
-Je ne mérite point tant d’attentions Votre Majesté. Je ne suis qu’une petite noble ayant désobéi aux Lois de la Bretonnie.
-Certes. »
Il n’ajouta rien et ne parla pas pendant tout le repas. A la fin de ce dernier, il vit la jeune fille se coucher à même le sol, lui laissant la tente. Elle s’endormit très rapidement. Louis soupira en la regardant. La dénommée Astrid ne manquait point de courage et de talent, surtout avec une lance de cavalerie. Elle était aussi plutôt bonne cavalière. Il avait pu voir sa charge sur les trois bêtes. Cela lui avait permis de se relever et de lui sauver la vie juste après. Elle n’avait pas eu de chance et son cheval n’était plus doté de caparaçon complet, sans quoi elle aurait pu relancer une charge. Il avait vu la lance être retirée à temps pour être conservée intacte et relancer la charge. Cela démontrait un très bon entraînement. Son père adoptif avait du l’entraîner pour qu’elle soit aussi bonne à la lance. Cela était fort rare chez les femmes bretonniennes de savoir se défendre. Surtout, cela lui avait sauvé la vie. La Bretonnie conservait son Roy alors que son fils n’était toujours pas revenu de la Quête du Graal. Il avait une certaine dette envers elle après tout. En la voyant dormir, ses pensées se troublèrent. Durant la journée, elle avait semblée être expérimentée, surtout lors de sa charge. Mais là, il avait l’impression de voir une jeune fille devant elle. Il finit par se demander son âge réel. Peut-être devrait-il faire une exception et l’adouber pour les services rendus. Le peu qu’il avait vu d’elle laissait penser qu’elle avait un esprit relativement libre qui n’aimerait pas être enchaîné par un mariage. De plus, peu de gens voudraient tout de même d’elle. Il devrait lui poser la question le lendemain.
Sur ces pensées, le Roy finit par s’endormir, mais uniquement d’un seul œil, voulant être prêt à réagir en cas de menaces.
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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 21:02

Ah la suite ! Je n'ajouterais rien au sujet de ce qui a déjà été dit auparavant donc parlons de ce chapitre.

Dans l'ensemble, l'histoire avance bien et tes descriptions à foison ancrent bien ton récit dans le réel. Fait tout de même attention à ne pas en abuser.

Bon, je passe sur la rencontre avec le Roi. Après tout pourquoi pas et c'est un levier scénaristique pratique.

Par contre, là on rentre sur les incohérences, on est en 1879 au début de ton récit et Louen a été couronné roi en 2500 du calendrier impérial. Il y a légèrement un grosse période entre les deux et malheureusement c'est une période peu détaillée niveau royauté (par contre ya le duc rouge qui revient en 1932). Tu vas donc devoir changer le nom de ton Roy, mais tu as l'avantage de pouvoir choisir son nom.
Ensuite, cela m'étonnerait qu'Astrid sache d'où sorte l'eau de pluie. Un astronome de l'école des cieux à Altdorf peut-être, mais une damoiselle élevée par un bretonnien ? En sachant que la Bretonnie est franchement arriérée en comparaison de l'Empire, là c'est plutôt improbable.

Pour ce qui est du système juridique bretonnien, ben là tu me poses une colle. Les bretonniens ont toute une série de lois débiles et variables en fonction du seigneur en place (genre faite jurer à un cochon devant la Dame qu'il n'est pas un suppôt du chaos, véridique c'est dans les chevaliers du graal jdrV2). Mais, pour ce qui est de juger une femme noble (les paysans on s'en cogne), là j'en sais fichtre rien. Je dirais que puisqu'une dame n'a pas vraiment de droit, c'est son mari ou père qui doit assumer la sentence pour ne pas l'avoir éduquée de la bonne manière. Surtout parce qu'un bretonnien noble normalement constitué doit respecter les dames à tout prix. Elle doit rester dans la cuisine, certes, mais il la protègera jusqu'à la mort même s'il ne la connait pas. D'où ma consternation à l'idée qu'elle ait été envoyé se faire tuer en forêt, dans une quête en plus (quête étant réservée aux hommes) ! Pour avoir eu une idée pareille, le duc de Bordelaux pourrait se faire littéralement foutre en prison par le Roy. (duc qui d'habitude sont des chevaliers du Graal, mais là on est bien avant Louen donc je ne sais pas pour ce détail)
Et même si la Bretonnie a eu son lot de chevalières (comme tu l'as dit, le fluff approuve ce détail et moi de même puisque historiquement ya eu pareil chez tous les peuples ou presque), on ne les découvrait qu'à leur mort dans le fluff. Donc niveau sanction, c'est flou.
Après, le fait que le Roy veuille l'adouber... Bon on va dire c'était le Roy progressiste de son époque (une espèce ultra-rare en bretonnie). Par contre, si ça se sait, il va se prendre un tollé monstrueux et des ducs pourraient être tenté de le destituer en avançant le fait qu'il a perdu son sens de la chevalerie ou tout simplement sa tête.


Derrière les airs raffinés, la Bretonnie n'est pas un pays de tendre. Et la chevalerie, pour eux, c'est comme l’œil, on ne joue pas avec.
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Lun 19 Juin 2017 - 22:18

Hjalmar Oksilden a écrit:

Par contre, là on rentre sur les incohérences, on est en 1879 au début de ton récit et Louen a été couronné roi en 2500 du calendrier impérial. Il y a légèrement un grosse période entre les deux et malheureusement c'est une période peu détaillée niveau royauté (par contre ya le duc rouge qui revient en 1932). Tu vas donc devoir changer le nom de ton Roy, mais tu as l'avantage de pouvoir choisir son nom.
Ensuite, cela m'étonnerait qu'Astrid sache d'où sorte l'eau de pluie. Un astronome de l'école des cieux à Altdorf peut-être, mais une damoiselle élevée par un bretonnien ? En sachant que la Bretonnie est franchement arriérée en comparaison de l'Empire, là c'est plutôt improbable.
Ahem, ahem. Il s'appelle Louis le roi en question, pas Louen. Et je ne vois pas pourquoi il n'aurait pas un nom déjà utilisé. Tu veux que je rappelle le nombre de rois ayant été nommés Louis en France ? Very Happy
Pour l'eau, de pluie, comme ils ont habité au bord de mer, ils voyaient bien d'où venaient les nuages. Si t'es pas con, bah t'en déduit que ça vient plus ou moins de la mer. Ils n'habitaient pas à l'intérieur des terres et étaient à quelques centaines de mètres de la côte.

Hjalmar Oksilden a écrit:
Pour ce qui est du système juridique bretonnien, ben là tu me poses une colle. Les bretonniens ont toute une série de lois débiles et variables en fonction du seigneur en place (genre faite jurer à un cochon devant la Dame qu'il n'est pas un suppôt du chaos, véridique c'est dans les chevaliers du graal jdrV2). Mais, pour ce qui est de juger une femme noble (les paysans on s'en cogne), là j'en sais fichtre rien. Je dirais que puisqu'une dame n'a pas vraiment de droit, c'est son mari ou père qui doit assumer la sentence pour ne pas l'avoir éduquée de la bonne manière. Surtout parce qu'un bretonnien noble normalement constitué doit respecter les dames à tout prix. Elle doit rester dans la cuisine, certes, mais il la protègera jusqu'à la mort même s'il ne la connait pas. D'où ma consternation à l'idée qu'elle ait été envoyé se faire tuer en forêt, dans une quête en plus (quête étant réservée aux hommes) ! Pour avoir eu une idée pareille, le duc de Bordelaux pourrait se faire littéralement foutre en prison par le Roy. (duc qui d'habitude sont des chevaliers du Graal, mais là on est bien avant Louen donc je ne sais pas pour ce détail)
Sur la Bibliothèque Impériale, il est marqué que les femmes ont le droit au même traitement que les hommes. A cet endroit, dans l'un des derniers paragraphes de la section concernée.


Hjalmar Oksilden a écrit:
Derrière les airs raffinés, la Bretonnie n'est pas un pays de tendre. Et la chevalerie, pour eux, c'est comme l’œil, on ne joue pas avec.Et même si la Bretonnie a eu son lot de chevalières (comme tu l'as dit, le fluff approuve ce détail et moi de même puisque historiquement ya eu pareil chez tous les peuples ou presque), on ne les découvrait qu'à leur mort dans le fluff. Donc niveau sanction, c'est flou.
Après, le fait que le Roy veuille l'adouber... Bon on va dire c'était le Roy progressiste de son époque (une espèce ultra-rare en bretonnie). Par contre, si ça se sait, il va se prendre un tollé monstrueux et des ducs pourraient être tenté de le destituer en avançant le fait qu'il a perdu son sens de la chevalerie ou tout simplement sa tête.
Ha mais ce serait trop simple si tout se passait comme sur des roulettes Very Happy Et je n'ai pas dit que tout le monde allait l'accepter ni ne rien faire contre Very Happy Faut pas déconner non plus. Tout ne va pas toujours dans le sens de mes personnages et il n'y a pas que les gentils et les méchants Very Happy
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Mar 20 Juin 2017 - 19:48

Mea culpa dans ce cas Blink

Bon par contre, l'eau de pluie, je continue d’affirmer qu'ils y comprennent rien. Ils ne voient pas les nuages sortir de l'eau du coup pour eux c'est de la magie plus qu'autre chose.

Je vais me calmer à l'avenir Fou
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MessageSujet: Re: Une histoire pas comme les autres   Hier à 19:13

Grâce soit rendue à la Dame, Astrid s'en sort banane

Je suis impatient de voir ce que leur réserve la fin de leur périple, c'est à dire la chapelle du Graal ainsi que le voyage du retour à Bordeleaux.

La suite ! Clap

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