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 Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Dim 11 Juin 2017 - 18:20



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     C’est en costume de soirée aux couleurs vives qu’Helmut van Orsicvun pénétra dans la salle du bal de fin de tournoi. Il avait passé un certain temps à parfaire son maquillage, et c’est agrémenté d’une barbe postiche et d’un accent bretonnien qu’il se présenta sous le nom de Guilhem Du Rouvre, vicomte de Turenne. Cette seconde identité était bien utile pour accéder à certains cercles dans le pays de la Dame, et il l’avait forgée avec grand soin quelques années avant, ayant même prit le temps de faire l’acquisition de la propriété de Turenne (d’où le nom), un petit castel perdu dans le duché de Parravon. Pour l’heure, le vicomte de Turenne lui servait d’entrée au bal, d’autant qu’Albéric avait semblait-il laissé tomber la surveillance de sa résidence, et s’était lancé dans l’achat de vêtements pour une raison inconnue. Essayer de fuir l’importun vampire aurait été facile, là tout de suite, mais Helmut préférait lui donner une leçon d’humilité. Ses lettres avaient été envoyées à qui de droit, et il avait donc du temps à tuer avant de retourner à sa cachette qui n’en serait bientôt plus une.

     Le décor était superbe. Les décorateurs impériaux avaient accroché des tentures rouges et or sur les murs, opposant sur deux d’entre eux les armes du Roy Louen avec le blason de Karl Franz. Les tapis recouvrant le sol étaient à la fois fins et moelleux, également rouges et or, et les centaines de convives discutaient, mangeaient, buvaient et dansaient dans ambiance très insouciante. Des tables avaient été dressées contre les murs, et les mets qu’on y trouvait semblaient tous plus appétissants les uns que les autres. Là, un canard rôti à la sauce de Nuln, que seuls les gastronomes avertis savaient apprécier à cause de la grande quantité d’épices. Ici, un agneau à la broche dans ses légumes sautés, une spécialité célèbre du Stirland. Et sur une autre table les fameuses andouilles d’Ajol avaient un succès certain auprès des convives, signe que la grande cuisine bretonnienne n’était pas en reste. Helmut ne fut pas surpris de n’apercevoir aucune saucisse de Géorgie, imaginant sans peine l’incident diplomatique qui en aurait résulté. S’emparant d’une coupe de vin de Bordeleaux, il arriva au beau milieu d’une conversation entre deux nobles impériaux portant sur qualité de la sécurité au tournoi. Feignant l’ignorance de celui qui est arrivé juste à temps pour ne voir que les belles joutes, il subit un discours sur l’engeance vampirique qui avait tenté de voler la victoire aux nobles combattants ici rassemblés.

     N’écoutant que d’une oreille, il remarqua Roland et Eléonore de Boisserands à quelques mètres de lui, discutant gaiment avec d’autres Bretonniens parmi lesquels Abrams Göttlichglück. Roland avait l’air débonnaire, mais Helmut voyait quelques rides soucieuses sur son visage. « Si tu cherches mon espion Roland, tu auras du mal à le repérer ce soir, vu que pour l’instant je peux te surveiller moi-même » pensa-t-il, souriant intérieurement. Plus loin, le Baron de Joli-tonneaux, le comte Dangorn et le Baron de Vigne-bleue s’esclaffaient autour d’une table sur laquelle s’empilait un nombre alarmant de pichets vides. Martin Delatour n’était pas loin d’eux, mais lui sirotait son verre d’un air nostalgique, un vague sourire aux lèvres. Silvère de Castagne n’était visible nulle part, et Helmut se douta qu’il était en train de prier la Dame dans une quelconque chapelle. De l’autre côté de la salle, se trouvait un noble et vieux personnage qu'il lui semblait reconnaître comme proche de la Frau Auerbach : Gustav von Wolder. Fort joli blason, un dragon rouge sur champ d'hermines... mais où était passée la Frau Auerbach ?

     Une fois la diatribe de son interlocuteur terminée, Helmut fit la moue et se lança dans un éloge des participants prêts à rétablir l’ordre par eux-mêmes, comme ces braves répurgateurs qui pourraient en montrer à certains chevaliers du graal de ma connaissance, oui monsieur. Voyant la satisfaction de l’impérial, Helmut feignit d’apercevoir un ami et s’éclipsa discrètement. En réalité il avait vu passer une bouteille de vin de Lyonesse datant de l’année de sa naissance, et se demandait par pur esprit scientifique quel goût pourrait avoir du vin aussi vieux que lui. En s’en servant un verre, il se fit la réflexion qu’aucun répurgateur n’était présent ici ce soir, ce qui ne le surprenait en rien. Parmi eux, seul Mathias Thulmann semblait être sur sa piste, mais il avait réussi à tenir le templier de Sigmar en échec avec brio pour le moment. Cependant, la suite allait nécessiter le contrôle de nombreux paramètres, et des hommes comme Thulmann avaient la capacité de tout faire rater. Et bigre, que ce vin est excellent !

     Son verre à la main, Helmut s’en alla à la rencontre de ces dames. Un noble se devait de saluer les plus belles de la soirée, et pour sa part Helmut avait l’intention de profiter d’un cru autrement plus nourrissant que du jus de raisin fermenté plus d’un siècle auparavant. Entre les dames de cour Bretonniennes, les femmes des nobles impériaux, les filles de seigneurs et leurs maîtresses, la gente féminine était fort joliment représentée. Helmut se ravissait de voir chaque robe, de détailler comment elle mettait sa propriétaire en valeur et l’aisance avec laquelle celle-ci la portait. Il repéra parmi les belles quelques Lahmianes, même s’il savait que certaines lui avaient forcément échappé. Il en éprouva quelque contrariété, mais il était conscient que si une seule catégorie de personnes pouvait tromper ses sens de l’observation, c’était bien les filles de Neferata. Formées dès le début de leur non-vie aux arcanes de la dissimulation et de la tromperie, elles employaient les mêmes techniques que lui pour se fondre dans la masse. Et même s’il se posait souvent la question, Helmut n’avait pas encore trouvé un moyen efficace de percer à jour quelqu’un employant des moyens semblables aux siens. Celles qu’il avait identifié ce soir, c’était par leur pâleur extrême alliée à leur grande beauté, doublée d’une absence de pouls audible lorsqu’il s’approchait d’elles.

     Tout en les gardant à l’œil, Helmut se présenta devant une jeune et fort belle jeune fille sans cavalier, dont la robe bleue mettait en valeur ses longs cheveux blonds impeccablement nattés. « Belle demoiselle, je suis Guilhem Du Rouvre, vicomte de Turenne. Je ne peux croire que vous soyez ici en solitaire. Souffrez que je m’enquière de l’absence de votre cavalier. » La jeune femme lui sourit timidement, et lui répondit : « Je vous remercie pour vos compliments. Je n’ai malheureusement pas de cavalier ce soir, noble seigneur. Je m’appelle Fiona Von Helstifen, et mon fiancé a été grièvement blessé lors du premier jour du tournoi par l’actuel vainqueur de l’épreuve à pied. Il est encore à l’hospice de Shallya, et son état ne s’améliore point. » Elle semblait en proie à une angoisse profonde, et Helmut y vit une brèche dans laquelle s’engouffrer. « Permettez-moi de vous inviter à danser en ce cas. Je ne saurai me pardonner de vous avoir laissé ainsi en ces sombres rêves. La musique est belle, la nuit est belle, et vous l’êtes encore plus que toutes deux réunies. Et j’ajouterai qu’il est souvent plus facile de traverser une épreuve lorsqu’on est à plusieurs. » En voyant les joues de la jeune dame rosir, Helmut sut qu’il avait fait mouche. Elle lui tendit sa main, sur laquelle il déposa ses lèvres après avoir fait une superbe courbette, et l’instant d’après ils virevoltaient sur la piste de danse.

     Une heure plus tard, dans une des chambres des invités, Helmut considéra le corps inerte de Fiona. À son réveil, la jeune fille ne se souviendra de rien, et on mettra sa perte de connaissance sur le compte du verre de vin situé non loin et de son grand chagrin qui l’aura poussée à s’éloigner de la foule. Elle gardera même un agréable souvenir du vicomte de Turenne, l’hypnose n’ayant eu lieu qu’au milieu de la danse. Il sortit de la chambre en toute hâte, et se dirigea vers la sortie du palais. L’heure approchait, et Helmut se doutait que sa présence en un certain lieu était requise. Les évènements de cette nuit allaient être très importants, il le savait, mais même lui avait du mal à voir quoi que ce soit de clair dans l’enchevêtrement complexe de personnes, de motivations et d’éléments aléatoires. Satisfait d’avoir repris des forces auprès d’une source si délicieuse, il s’engagea dans le dédale de ruelles menant à sa cachette compromise. Les prochaines heures allaient être décisives, et son maître allait demander un compte-rendu complet.






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Von Essen
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 12 Juin 2017 - 10:31



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    Hans Friedrich Von Hansa s’ennuyait à en mourir. Voilà qu’un bal à l’illustre compagnie se déroulait quelques pas derrière lui, et il n’y était pas invité ! Lui, qui avait défait le terrible Helmut Van Orsicvun ! Pire encore, contrôler les allées et venues des invités l’empêchait de rejoindre sa belle Brünhilde. Cela dit, le passage du vampire lui avait fait de l’effet, et depuis cette folle soirée, elle le regardait d’un œil nouveau et autrement plus doux…  
    Sursautant, Hans se redressa d’un seul coup et s’efforça de se reconcentrer sur sa tâche derrière le pupitre sur lequel reposait le registre des invités officiels. Mais il soupira bien vite de nouveau. Surveiller les allées et venues des invités à l’entrée de la grande salle, en voilà une tâche bien inutile. Il avait beau héler les nombreux nobliaux qui passaient à côté de lui sans le voir, la moitié d’entre eux ne figuraient pas sur le registre, et il n’avait de toute façon d’autre choix que noter leurs noms et de les laisser entrer pour ne pas provoquer l’indignation de ladite personne et le spectacle qui suivait inévitablement.
    Alors, pour passer le temps, il s’amusait à appeler une personne de temps à autre, quand elles ne venaient pas se présenter à lui par elles-mêmes. Tenez, ce beau jeune homme fort bien habillé s’avançait justement vers lui.
    « Votre nom, s’il-vous-plaît ? » lui demanda machinalement le greffier.
    « Albéric Sérignac de la Motte. D’Artois, si besoin. » répondit le jeune homme d’une voix calme.
    « Albéric Sérignac, fort bien » fit Hans tout en cherchant dans son registre. « Albéric… Albéric… Qu-Quoi !? »
    Prenant soudainement conscience du nom qu’il était en train de rechercher, il releva subitement la tête, n’en croyant pas ses oreilles. Mais c’était bien lui : il ne l’avait pas reconnu sans son armure qu’il n’avait jusqu’alors jamais quittée, mais le petit sourire en coin, les yeux pétillants d’une étrange intensité et les cheveux légèrement ébouriffés ne trompaient pas. Devant lui se tenait bien celui qu’on appelait « le limier du Tournoi ». Ce dernier lui adressa d’ailleurs un petit regard condescendant.
    « Enfin, j’imagine que quelqu’un tel que moi n’a pas besoin que l’on vérifie son nom dans un registre, je me trompe ?
    — Euh non, en effet… - dut admettre Hans. Je vous en prie, entrez…
    — Merci. »
    Et, avec un petit salut, le bretonnien s’en alla rejoindre la grande salle de son pas grâcieux.
    Von Hansa resta un moment interdit, sa plume pendant entre ses doigts. Était-ce vraiment le vainqueur du tournoi qu’il venait de voir ? Le guerrier assoiffé de sang qui avait jadis traversé les arènes semblait avoir disparu au profit d’un tout autre homme…

* * *

    Intérieurement, Albéric s’esclaffait. Ah ! Quelle bonne idée il avait eu de venir ici ! Le regard des mortels lorsqu’ils le voyaient arriver, puis lorsqu’ils le reconnaissaient, n’avait pas de prix. Vraiment, se disait-il en franchissant la grande porte aux lourdes dorures de la salle du bal pour s’avancer dans la foule qui évoluait sur le parquet brillant, c’était une belle soirée qui se profilait. Enfin, il ne fallait pas perdre de temps, il avait des personnes à trouver.
    Louvoyant entre les petits groupes de nobles discutant tranquillement autour de quelques verres de doux breuvages, les couples dansant lentement au son de la douce musique, Albéric scrutait la foule du regard, ignorant ceux empreints de stupeur et de dégout que lui donnaient en retour les danseurs qui le reconnaissaient. Partout où il passait, le brouhaha se faisait plus faible, puis, à mesure que les gens s’habituaient à sa présence, voyant qu’il n’était pas le rustre sans manières qu’ils avaient pu observer lors du tournoi, mais un jeune homme fort maniéré et aux habits à la pointe de la mode d’Altdorf, les voix reprenaient, certes dubitatives, et les gens feignaient l’indifférence.
    Même, il sentait que des jeunes femmes commencer à le regarder de haut en bas, et chuchoter derrière son dos en gloussant, et il ne put que sourire pour lui-même. Décidément, son charme n’avait pas disparu après toutes ces années.
    Mais il eut beau scruter la foule encore en encore, il ne la trouva point. Diantre, la demoiselle Auerbach n’était-elle point présente au bal ? Force lui fut d’admettre qu’elle n’était visible nulle part. Voilà qui était bien dommage, il aurait bien aimé lui demander une danse le plus courtoisement du monde, rien que pour voir sa réaction. Eh, voilà qui aurait été fort amusant ! Nullement contrarié, le vampire chercha un autre objet sur lequel porter son attention. Que pourrait-il bien trouver pour se divertir…
    C’est alors qu’il croisa le regard d’un vieux chevalier du Graal, encore habillé d’une simple cotte de maille malgré la cérémonie. Dès qu’il l’identifia, le chevalier se raidit et son regard transperça le jeune homme d’une intensité qui aurait fait reculer plus d’un. Mais pas Albéric, qui répondit au regard assassin de Roland de Boisserands par un petit sourire, ce à quoi le vieux bretonnien détourna le lentement regard, et poussa un grand soupir.
    Albéric allait passer à autre chose dans la plus grande des insouciances lorsque son regard tomba sur la femme du chevalier - Éléonore, si ses souvenirs étaient bons - tournée vers le banquet derrière son mari. Aussitôt, un grand sourire couvrit le visage du vampire, et il se dirigea vers le couple Boisserands.

    Lorsqu’il vit Albéric de Sérignac de la Motte d’Artois, Roland de Boisserands n’en crut pas ses yeux. Pas plus qu’il ne crut ses oreilles lorsqu’il le vit faire une courbette grâcieuse devant sa femme, ses manches bouffantes suivant allègrement les mouvements de ses bras. Éléonore de Boisserands ne sut comment réagir et resta interdite devant le bretonnien.
    « Ma dame » commença Albéric d’une voix douce, et qui parut ô combien trop mielleuse aux oreilles du vieux chevalier. « Je vous vois seule en dehors de la piste, me feriez-vous l’honneur de m’accorder une courte danse ? »
    Derrière sa femme, Roland de Boisserands donna l’impression de pouvoir exploser à tout moment. Mais, avant que le pire puisse arriver, Éléonore leva poliment la main, et passa son autre bras autour de celui de son mari.
    « Non merci, noble sire, je préfère me reposer avec mon mari, et regarder les plus jeunes danser sur la piste. Mais je suis sûre que vous trouverez meilleure partenaire que moi parmi ces jeunes dames que voilà. »
    Aucunement dérangé par son refus, auquel il s’attendait secrètement, Albéric s’inclina à nouveau bien bas. « Qu’il en soit ainsi, noble dame ! Je ne souhaite aucunement vous déranger, vous et votre mari, et je vous souhaite une excellente soirée. »
    Sous le regard fulminant de Roland, Albéric se releva lentement et se dirigea vers le buffet, et y prit une coupe d’alcool pétillant. Loin de s’éloigner, il sirota le breuvage fruité à côté du vieux couple, parfaitement conscient des yeux du chevalier posés sur lui, et le vampire se délecta bien plus de la hargne presque palpable de ce dernier qu’il profita du contenu de son verre, l’image du bretonnien fulminant, impuissant, à côté de lui l’amusant au plus haut point.
    Mais cela ne dura pas longtemps, et le vieux chevalier dut sentir qu’il ne pourrait rien faire, car il détourna le regard à contrecœur et laissa sa femme l’entraîner vers l’autre bout de la table, peut-être pour retourner en la compagnie des autres "vrais" chevaliers, comme ils l’avaient été avant d’être dérangé par le vampire.

    Fort amusé par cet épisode rafraichissant, Albéric termina sa boisson avec un entrain non feint. Il pensait suivre le conseil de la femme du vieux Boisserands, ne serait-ce que pour voir les mines déconfites des petits nobliaux alors qu’il leur piquait la vedette. Allons, que les demoiselles se pâment devant lui, ne serait-ce que le temps de cette soirée avant qu’il ne les abandonne pour de bon. Ce n’était pas souvent qu’il avait l’occasion d’exercer son charme naturel dans une non-vie telle que la sienne ! Au lieu du répurgateur habituel, ce soir serait sous le signe de la chasse à la donzelle. Dans le fond, l’orchestre jouait une petite ballade bretonnienne fort enjouée, voilà qu’il pouvait profiter du terrain.
    Sa première cible fut une jeunette en retrait, à la robe plutôt modeste comparé au faste des nobles dames plus riches, et elle avait l’air fort timide. Ce n’en serait que plus facile.
    Arrivant devant elle, Albéric réitéra sa courbette grâcieuse :
    « Gente demoiselle, je vous vois bien seule en cette soirée de fête. Permettez-moi de vous demander une courte danse pour que je puisse vous distraire, et je l’espère faire apparaître un sourire sur un si joli visage. »
    Hmmm, se dit-il après une courte réflexion, il en avait peut-être fait un peu trop.
    Mais non. La jeune femme resta interdite un instant, puis acquiesça muettement en rougissant quelque peu. Touché. Albéric sourit intérieurement.
    La prenant doucement par la main, il la mena au milieu de la piste et apposa son autre main autour de sa taille. Au fur et à mesure que la chanson avançait, les mouvements lui revenaient à l’esprit et il la menait d’un pas toujours plus assuré, tout en veillant la guider de la façon la plus douce possible. Au bout de quelques instants, il eut le plaisir de sentir de nouveaux regards de la gent féminine se tourner vers lui. Certaines devaient se demander où était passé le rustre du tournoi pour apparaître ainsi si courtois, et les autres qui était ce beau jeune de si belle prestance, ce qui ne fut pas sans plaire à sa fierté.
    Une fois le morceau terminé, et le dernier pas de danse effectué, Albéric ramena sa partenaire au bord de la piste, et la quitta après une révérence, non sans lui avoir promis une nouvelle danse si jamais elle venait à se trouver seule à nouveau. Après tout, il ne pouvait laisser une si belle jeune fille s’ennuyer lors d’une si belle fête, non ?
    Il s’agissait maintenant de recommencer avec une autre partenaire, mais en visant un peu plus haut cette fois. Cela tombait bien, il voyait déjà une jeune dame chercher son regard depuis l’autre côté de la piste, et il lui adressa son plus beau sourire.

    Bientôt, c’était un petit groupe de jeunes femmes qui attendaient sur le bord de la piste avec une excitation non feinte qu’il vienne choisir l’une d’entre elles pour la prochaine danse.
    Le jeune homme sourit pour lui-même. C’était presque trop facile. À vue d’œil, la seule personne qui jouissait d’une plus grande popularité que lui était le jeune écuyer du vieil épéiste kislévite qui, rougissant dans des vêtements d’apparat presque trop grands pour lui, se laissait bon gré mal gré se faire chouchouter par quelques gentes dames, pour le plus grand amusement de son maître assis sur l’un des rares sièges un peu plus loin.
    Albéric se délectait de ces danses successives, s’amusant à changer de partenaire à chaque danse, pour la plus grande déconfiture de celles qu’il délaissait un instant et pour le plus grand bonheur des heureuses élues. L’espace d’un instant, il se demanda s’il ne devrait pas terminer la soirée en saignant l’une d’entre elles. Il écarta bien vite la pensée. La nuit ne serait pas réservée aux petits plaisirs frivoles, mais à une chasse sérieuse, et il préférait profiter simplement du moment présent en tant que simple humain. Après tout, ces moments étaient rares lorsque l’on menait une vie comme la sienne.
    Soudain, alors qu’il se trouvait au milieu de son petit attroupement pour choisir une nouvelle partenaire, il vit entrer nouvelle jeune dame qui éclipsa toutes les autres à ses yeux.

    Le monde s’arrêta de tourner lorsqu’il vit, la jeune vampire habillée d’une robe bretonnienne d’un blanc pur, rehaussée de rares dorures et qui seyait son doux corps à ravir, Jeanne entrer dans la grande salle.


* * *



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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 12 Juin 2017 - 14:02





     « Mais j’aimerais bien aller au bal, moi…
     - Non, non et non ! Tu as promis que tu irais à ce duel amical, alors hop, en route ! »
     Léonard jeta un dernier regard rêveur au palais d’Altdorf, dont les larges fenêtres étaient éclairées, et appelaient à rejoindre les danses… Dame Nawenn et lui venaient de quitter l’auberge bretonnienne, et déambulaient à présent dans les rues de la capitale, où les danses du bas-peuple se voyaient aussi un peu partout, et les chansons paillardes filtraient à travers les portes des tavernes. La demoiselle du Graal était fermement résolue à faire sortir ce chevalier de tous ces guets-apens, remplis de jouvencelles de petite vertu et d’autres individus peu recommandables.  
     Ils arrivèrent finalement aux portes de la cité, où Léonard fut surpris de voir le sire Dagan accompagné non seulement de son ami et de la ménestrelle, mais aussi d’une petite foule de gens portant également des uniformes de l’Empire.
     « Heu… Nawenn… - murmura-t-il à sa protectrice, hésitant.
     - Puisque je te dis que c’est un duel amical ! Et qu’en plus je te protègerai !
     - Heu… »
     Le chevalier n’eut pas le temps d’hésiter davantage, car la compagnie de soldats l’aperçut, le sire Dagan également, et ce dernier s’empressa de saluer au nom de tous avant de l’inviter à les accompagner. Ils allaient simplement trouver un coin tranquille où personne ne les dérangerait.

     Une légère brise soufflait dans la prairie en ce début de soirée. A l'horizon, l'astre solaire finissait lentement de disparaître. Il laissait la place aux pâle lueurs émis par les deux lunes, toutes deux déjà hautes ce soir là. Ainsi qu'à l'éclat de plusieurs torches réparties autour de leur cercle de combat improvisé.

     - Ont-ils vraiment besoin de se battre ? - interrogea Shannon en se pinçant les lèvres.

     L'angoisse trahissait la ménestrelle aux poings serrés. Elle tremblait comme une feuille sans quitter les deux belligérants du regard.

     - Non, - lui répondit la prêtresse. - Si ce n'est pour alimenter la bêtise des hommes.

     Se frottant la nuque, Dagan ne put qu'exprimer un rire gêné. En effet, Léonard et Jürger n'avait aucune raison de s'affronter à nouveau. Il n'y avait même plus de tournois pour justifier leur duel. Il se garda bien toutefois de répliquer. Que cette représentante de Shallya ai accepté de venir assister à cette revanche était déjà une bonne chose : elle pourrait aussitôt prendre en charge un éventuel blessé si les choses dégénéraient. Mieux valait ne pas lui donner de raison de retourner au temple. Toutefois, le bretonnien devinait que derrière son masque de désapprobation, elle n'était pas mécontente qu'il soit venu la chercher. Mais ces pensées-là devraient attendre.

     Tournant la tête, Dagan s'attarda sur la poignée de spectateur les ayant rejoins à l'écart de la cité. Ils étaient une quinzaine. La plupart des clients de l'auberge où ils logeaient, ayant eu vent de ce nouveau combat. D'autres des soldats impériaux ayant acclamé Jürger lors de sa défaite dans l'arène. Il faut dire que l'artificier de Mörlenfurt avait fait fort impression parmi les soldats.

     Enfin, venait un enfant. Celui-là même que Dagan avait remarqué l'autre soir au comptoir. Ce dernier l'intriguait au plus haut point, dissimulant ses traits derrière un masque et ne quittant pas le tireur du regard. Bras croisé, il n'adressait la parole à personne et attendait patiemment que le combat commence. Se détournant, le bretonnien tourna son regard vers l'Ouest. L'heure était venue.

     Jetant lui même un coup d’œil de côté, Jürger rabaissa sa capuche et put dés lors apprécier cette scène au clair de lune. Un cercle de torches délimitait l'aire de duel, Léonard semblant chercher quelque chose du regard parmi leurs spectateurs (Nawenn ? Nawenn… ? ). Lui-même s'y attarda une seconde. Shannon, Dagan, quelques soldats... et l'enfant aux yeux rougeoyants, ayant retiré son masque avec le coucher de soleil. Réprimant un frisson, il secoua la tête pour chasser ces sombres pensées de son esprit. Il devait se focaliser sur l'instant présent. Rester concentré. Tendant le poing en direction de son ennemi d'un soir, il déclara solennellement :

     - Léonard de Rouergue, je te remercie une fois encore pour avoir permis cette revanche. Que votre Dame t'accorde sa bénédiction. Et que tu prennes autant de plaisir à m'affronter que j'en éprouve déjà !

     Esquissant un sourire carnassier, il raffermit sa prise sur le manche de son fusil, l'autre main posée sur le pommeau de son épée. Il n'y avait plus qu'à attendre le signal de son ami Dagan.

     Le sire d’Aquitaine frappa son écu d’un coup sec pour envoyer le signal.
     « Yaaaa ! » - chargea courageusement Léonard.
     Jürger tira une première fois, rata (0T), une deuxième fois, sans succès (0T).
     « Que diable… »
     Une bonne étoile semblait préserver le chevalier du Graal des balles du long-fusil… avant que le tirailleur ne réalise subitement que le « klingklangklong » qui résonna en même temps que ses tirs était le bruit de Léonard qui venait de trébucher…
     Le soldats rassemblés, au départ tendus et solennels, sentirent soudain que la scène était plutôt comique : après une double-roulade incontrôlée, le chevalier rentrait droit dans le soldat (1T, 0B), alors que ce dernier jurait et semblait bien en peine de dégainer son glaive (Jürger : 0T).  
     Le tirailleur, plus agile, se releva finalement en premier, mais attendit (à l’étonnement de quelques uns) que son adversaire se relève également. Seulement lorsque Léonard se remit en garde, Jürger le chargea, rapidement imité par son adversaire…
     « Oh non !... »
     Craignant pour son chevalier qui décidément n’était pas fait pour le combat nocturne (déjà de jour, il avait parfois du mal…), dame Nawenn, dissimulée dans un arbre, incanta la protection comme elle l’avait répété à plusieurs reprises avec la Dame... avec succès !
     Au moment où le coup de Jürger allait porter, une vive lueur éblouit tout le monde, Léonard y compris, qui ne fit pas attention où retombait son épée…
     Lorsque la lueur retomba, ils étaient encore tous debout, sauf Jürger, qui était à moitié allongé à terre et se massait la tête, qui lui faisait horriblement mal.
     (Jürger : 1T, 1B, 1 invu ! – Léonard : 3T, 3B, Blessures multiples : 5 PV !!!)  

     Serrant les dents pour endurer à la fois la douleur d'un nouvel échec et celle au niveau de son crâne, Jürger remarqua la main tendue que lui offrait Léonard. Il la considéra un instant, empli de multiples pensées. Il avait perdu, certes. Mais cette fois il n'avait plus d'excuse. Il avait donné tout ce qu'il avait. Il n'y avait plus aucun regret à avoir.

     Acceptant l'aide du bretonnien, il se releva péniblement comme approchaient ses compagnons et la prêtresse. Grimaçant un instant, il chassa ces sombres pensées pour déclarer avec un sourire sincère.

     - Léonard, je te suis... tellement reconnaissant. Merci, du fond du cœur, d'avoir partagé cet instant avec moi.

     Et à son tour, il tendit la main à son adversaire à tignasse rousse.

     - Que dirais-tu de venir partager une choppe avec nous à l'auberge ?

     - Bonne idée ! – acquiesça le chevalier, content que tout soit enfin fini.


     Dagan et Shannon furent à ses côtés presque en même temps que la prêtresse de Shallya ; cette dernière poussa un énorme soupir de soulagement en ne décelant rien d’autre à part une sévère bosse qui disparaitrait au bout d’une semaine. Ce chevalier du Graal savait heureusement frapper du plat de l’épée !
     Léonard, quant à lui, mit de longues minutes à retrouver la grosse lame qu’il avait malencontreusement lâchée lors du gros flash de Nawenn. Franchement, c’était vraiment toujours si important que ça, les effets lumineux ?





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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Mer 14 Juin 2017 - 0:10




     Narcisse Gentevigne, maître d'armes de la Reiksguard, se préparait à aller au bal. Bien entendu, à son âge, elle n'allait pas danser. En plus, danser avec des humains est compliqué quand on dépasse difficilement le mètre. Non, elle allait simplement boire avec des collègues et amis à une table en discutant du niveau à l'épée des chevaliers nouvellement recrutés qui servaient de gardes du corps à l'empereur pendant la soirée. Narcisse se voyait passer une bonne soirée en célébrant l'habilité aux armes.
     Seulement, quelqu'un avait un autre programme pour elle.
     Elle ouvrit la porte de son logement, et s’apprêtait à sortir, lorsque qu'elle vit le reflet de son visage devant elle, puis tout devint noir.

***

     Pendant que Hrofil avait assisté et participé aux combats du tournoi, ses templiers n’avaient pas chômés. Le nom de la maison d'impression avait complètement éclairci le mystère aux yeux du Grand Maître. Il s'était donc rendu à la cathédrale de Manann d'Altdorf, indiqués ses découvertes au Grand Prêtre, s'était rendu à la cathédrale de Véréna, la déesse de la justice, demandé l’organisation immédiate d'un tribunal religieux à la Grande Prêtresse. Les mots « énorme amende » et « frais de justice » ne laissèrent à Hrofil que le temps d'écrire une lettre à la matriarche du culte de Manann à Marienburg, et déjà, peu avant le début du bal organisé par l'Empereur, un procès par contumace débuta dans les sous-sols du temple de Véréna.
     Le greffier commença :
     - La partie plaignante est : la Très Sainte Église de Manann, à travers ses représentants, le Grand Prêtre de la cathédrale d'Altdorf Anton von Zuppal et le Grand Maître de l'ordre templier des Fils de Manann, Hrofil Halfdane. La plainte à été déposée au Grand Temple de Véréna de Marienburg il y a deux mois par Camille Dauphina, Matriarche du Culte de Manann.
     Suite à l'enquête diligenté par les Fils de Manann dans le cadre de leurs obligations de poursuite de l'hérésie, le Précepteur Heinrich Reinhardt est accusé d'avoir écrit le livre hérétique Le Grand Tournoi de Manann et la Reiksguard est accusée de l'avoir propagé. En l'absence des accusés et de leurs représentants, Arrietta Klopstock, novice du temple de Véréna, sera leur avocat commis d'office.
     Le greffier fut remercié par la grande prêtresse, qui jugeait comme il est d'usage pour les tribunaux religieux. Elle interrogea Hrofil sur son enquête, qu'il raconta entièrement jusqu'à arriver à l'imprimeur :
     - L'interrogatoire nous a permis de comprendre que nous ne cherchions pas une maison d'édition mais une agence de communication, et pas n'importe laquelle : celle de la Reiksguard. La garde impériale était prête à risquer une accusation d'hérésie pour faire de la publicité pour leurs tournois. Ces livres étaient destinés à attirer le public d'Altdorf dans les gradins. Les places étant payantes, la Reiksguard comptait gagner de l'argent dans l'opération. C'est une opération de grande ampleur, puisque c'est eux qui ont aussi commandés à Ortlieb l'opéra sur le tournoi qui est joué depuis le début de celui-ci. Nous avons visité les locaux de cette agence, qui écrit et imprime aussi le Guide Mensuel du Garde Impérial, la revue spécialisé de cette corporation.
     Hrofil montra un exemplaire du journal en question, un mensuel d'une vingtaine de pages dont une bonne moitié comportaient des lithographies publicitaires représentant des heaumes aux cimiers extravagants, le cirage pour moustache utilisé par le Reikmarshall Kurt Helborg ou encore la nouvelle bière trois fois plus forte du Wissenland, la triple W.
     - Avec ces infrastructures et en recrutant des stagiaires, que nous avons interrogés, et qui d'ailleurs travaillent dans des conditions indignes du XVIe siècle, la Commission de Communication de la Reiksguard a propagé ce livre hérétique. Mais c'est aussi elle qui l'a écrite : L'auteur principal du Guide Mensuel du Garde Impérial n'est autre que le Précepteur Heinrich Reinhardt, de la Reiksguard, et qui participait lui-même au tournoi !
     La jeune avocate de l'ordre de chevalerie leva alors la main :
     - Excusez-moi Votre Sainteté, mais ce chevalier n'a même pas été convoqué, ce qui n'est pas ...
     - Jeune fille, souhaitez vous obtenir votre diplôme de fin d'étude ?
     - Je crois que je comprends, Votre Sainteté.
     - Non, gamine, vous ne comprenez pas. Ce tribunal n'a pas simplement vocation à rendre la justice, il se doit aussi d'être juste et de protéger notre Empire. Si des ordres de chevalerie croient pouvoir se moquer d'un dieu majeur du Culte Impérial, c'est un symptôme d'un mal bien plus profond. Se moquer de notre religion, c'est renforcer les puissances de la ruine. Il est donc de notre devoir de rendre une sentence exemplaire. Mais reprenons.
     - Tout est dit, Votre Sainteté, nous avons les témoignages des stagiaires, les factures payés par les organisateurs du tournois comme la Grande Maîtresse Narcisse Gentevigne, voire par Kurt Helborg lui-même.
     - Le Reikmarshall était donc au courant ?
     - C'est certain.
     - Très bien. Cependant, bien que punir cet affront soit absolument nécessaire, vous savez que l'Empereur n'acceptera pas que l'un des plus puissants ordres de chevalerie de l'Empire subissent les châtiments habituels des hérétiques.
     Le grand prêtre de Manann répondit :
     - Certes, nous y avons réfléchit, et étant donné que la Commission de Communication de la Reiksguard a été plus bête que maléfique, nous sommes prêts à transformer les accusations en blasphème.
     - Très bien, je déclare donc officiellement le Précepteur de la Reiksguard Heinrich Reinhardt coupable de blasphème à l'encontre de Manann et la Reiksguard coupable de propagation d'ouvrages à caractère blasphématoire. Cependant, je vous laisse appliquer la sentence avec des peines en fonction des habitudes du clergé de Manann.
     - Pour le blasphème, c'est le châtiment de la grande cale, mais comme le coupable est noble, ce sera celui de la petite cale. Pour la propagation de l'ouvrage, d'abord la destruction de tous les exemplaires.
     - Oui, c'est évident, dit la Grande Prêtresse.
     - Et c'est en bonne voie, ajouta Hrofil.
     - Mais aussi une amende contre la Reiksguard.
     - Elle doit être exemplaire, ajouta la vérénéenne.
     - A combien s'élèvent les frais de justices ?
     - 5% pour le temple de Véréna, plus 5% additionnels, répondit la juge. Cette femme a de la suite dans les idées, pensa Hrofil.
     - Plus 5 %, tenta la novice. Celle-là est une vraie juge vérénéenne en herbe, pensa Hrofil, alors que la jeune femme subissait des regards noirs de toute l'assemblée.
     - 0.5%, alors?
     - Ta gueule, répondit la Prêtresse vérénéenne.
     - Je propose une peine symbolique égale à l'ensemble des prix décernés au cours du tournoi, soit 30 000 Karls d'or.
     - C'est suffisant, l'audience est levée.
     - Madame, dit Hrofil, nous voulons marquer les esprits autour de ce type de blasphème, n'est-ce pas ?
     - Certes ?
     - Ne pourrions-nous pas aller remettre la sentence … maintenant ?

***

     Le précepteur de la Reiksguard siégeait à la gauche de Kurt Helborg à la table des généraux, table surplombant le reste de la salle. Heinrich était un peu angoissé, il n'avait point l'habitude de rester aussi longtemps à cette table - siégeant généralement avec le reste des chevaliers de la Reiksguard - d'autant plus que l'Empereur y était présent !

     Reinhardt était dans son armure cérémoniale, comme la plupart des personnes présentes autour de la table. Ludwig n'avait pas l'air d'apprécier cette armure . Les autres personnes présentes portaient les habits militaires typiques des défilés.

     Heinrich regardait les bretonniens conter leurs histoires vin à la main et les dames danser. Malgré le fait d'avoir été candidat, le précepteur garda son sens du devoir et resta assis toute la durée de la soirée du haut de la salle pour surveiller, tel un chevalier de la Reiksguard. Un incident est vite arrivé, surtout avec tous ces breuvages.
     Cela ne l'empêcha pas de féliciter une fois de plus les participant qu'il reconnu, en particulier le sire Gottlichglück.

***

     Thelma n'avait pas l'intention d'aller au bal. Elle avait un autre plan, beaucoup plus enrichissant et amusant. Avec son coffre d'or, son étalon offert par la Reiksguard, qu'elle avait appelé Fiabilité II, et ses malles, elle avait embarqué sur l'Empereur Wihelm, un grand paquebot grâce auquel elle serait à Nuln en une semaine et où elle avait loué une grande suite. Elle n'avait jamais eu l'intention de rester à Altdorf plus que nécessaire.
     Au moment où le bal battait son plein, elle faisait quatre petits trous dans sa malle la plus solide.

***

     Le baron Gustav von Wolder, ambassaur d'Ostland auprès de l'Empereur, cherchait l'imprévisible fille de son insupportable suzerain. Elle ne s'était pas encore une fois travestie, quand même ? Elle avait été obligée de quitter Nuln après avoir dansé avec la comtesse Emmanuelle, déguisée d'une fausse barbe et d'une moustache, pas moins de deux mois plus tôt...
     Il allait demander au portier s'il n'avait pas vu venir ou repartir la jeune femme lorsqu'il se retrouva en face de son voisin, qui, en plus d'être beaucoup trop grand, était en armure complète.
     - Von Wolder, excusez-moi de ne pas avoir eu le temps de vous rendre visite ici à Altdorf, dit le grand Maître des Fils de Manann.
     - Je vous en prie, vous aviez d'autres occupations. Comment se porte ma ville de Salkalten ?
     - Quand j'en suis partis, fort bien, votre fils aîné sait la gouverner.
     - N'y avait-il pas de menaces à l'horizon ?
     - Rien d'assez fort pour s'attaquer aux pierres de votre château ancestral et de la forteresse de mon ordre.
     Hrofil considérait que les politesses avaient assez duré, et indiqua qu'il n'était pas venu au bal simplement pour bavarder. Von Wolder s'inclina rapidement devant le Grand Prêtre de Manann à Altdorf, puis, avec étonnement, devant la Grande Prêtresse de Véréna, et regarda la novice qui l'accompagnait. Ce n'était pas Thelma déguisée. Des templiers de Manann et de Véréna suivaient.
     Il laissa là les recherches car la novice, escortée de deux chevaliers dédiés au dieu des océans et de trois templiers de l'Ordre de l’Épée et de la Balance, commençait un tour de la salle en donnant des ordres aux gardes :
     - Vous connaissez le Précepteur Heinrich Reinhardt ? Oui ? Ne le laisser sortir sous aucun prétexte, nous avons un mandat du tribunal religieux à son encontre.

     Pendant ce temps, Hrofil et les dignitaires religieux avança inexorablement vers la zone du bal dans laquelle on ne peut entrer sans autorisation des gardes du corps de l'Empereur, le cercle intérieur de la Reiksguard. Il fallu montrer le mandat du tribunal. Hrofil détermina que le chevalier qui tenait ce mandat ne savait pas lire et se contentait d'observer les sceaux, car bien qu'il garda assez longtemps le parchemin, il ne fut à aucun moment surpris de ce qui y était écrit. Au moment où ils passèrent finalement le cordon de gardes, les deux prêtres et les dix chevaliers étaient le centre de toutes les attentions. Les répurgateurs, qui devaient sentir les ennuis arriver, commençaient déjà à fureter autour de leur groupe.
     Plutôt que d'aller rendre hommage l'Empereur, ce que toute personne saine d'esprit n'ayant pas de mission urgente aurait fait, ils se dirigèrent droit vers le Reikmarshall, qui pontifiait un verre à la main et pas mal d'autres dans le gosier.
     Il réagit assez mal à l’interruption, encore plus mal aux présentations, devint rubicond en apprenant de quoi son ordre était accusé et son visage était plus pourpre que sa cape lorsque le montant de l'amende lui fut annoncée.
     - Mais le commandeur Magnan nous avait promis que nul ne trouverait rien à redire... Ce n'était que de l'humour !
     Avec les deux prêtres, Hrofil avait travaillé la théâtralité : le moment devait, selon la vérénéenne, être le plus marquant et le plus solennel possible. Il décida de rendre le moment plus marquant et moins solennel et donna un coup de poing au Reikmarshall, grand chef des armées de l'Empire.
     - On ne plaisante pas avec les dieux !
     Kurt Helborg retrouva assez rapidement ses esprits.
     - Vous … le jour où vous aurez besoin d'aide, aucune armée de l'Empire ne viendra.
Hrofil força un peu son rire tonitruant
     - Ma forteresse est en Ostland et sur la côte de la Mer des Griffes, au centre de la Marche Septentrionale. Je vous le dit, car vous n'y avez jamais mis les pieds. Aucune armée impériale à part la notre ne vient jamais, pourtant nous sommes en première ligne. Vous attendez toujours que les villes de cette région soient prises et les habitants massacrés pour réagir. Alors allez-y ! Vengez-vous ! Ça ne changera rien pour nous, c'est déjà notre sang qui protège vos terres.
     Après leur départ, Helborg insista auprès de l'Empereur pour faire annuler la décision de justice. Mais Karl Franz ne voulait pas s'aliéner deux des plus puissants cultes du Vieux Monde, d'autant que les responsables sigmarites présents soutenaient bien évidement la lutte contre la corruption.

     L'altercation commençait tous juste lorsque la future juge et son escorte trouvèrent Heinrich Reinhardt, entouré de ses frères d'armes. Il s'était éloigné du Reiksmarshall au cours de la soirée.
     Il garda la main sur le pommeau et n'opposa au final aucune résistance après avoir regardé Kurt dans les yeux qui lui hocha la tête en signe de ne pas s'y opposer. Kurt était furieux et l'Empereur semblait confus.

     En sortant du bal, après avoir expédié le précepteur de la Reiksguard et ses gardiens à la prison, Hrofil et ses chevaliers invitèrent les prêtres à lancer une contre-soirée dans une bonne taverne d'Altdorf. La Reiksguard régalait...

***

     La malle qu'elle avait trouée fut entreposée dans une soute du paquebot, celle qui était proposée pour servir de coffre-fort. Elle était protégée et personne n'y avait accès.
     On va bien s'amuser, avec le plus microscopique maître d'arme qui existe, pensait Thelma. Et si elle n'est pas contente, elle n'avait qu'à ne pas arrêter le tank. C'est vrai, c'était une bonne idée le tank. S'il avait été autorisé sur le terrain des épreuves, les vampires et autres monstres qui se permettaient de participer au tournoi auraient eu beaucoup plus de mal à tuer qui que ce soit. Et puis, maître d'arme de la Reiksguard, je vous le demande ! Moi j'ai vaincu au combat un vampire et un ... truc chaotique, je doute que que la « maître d'arme » ait affronté pour de vrai quoi que ce soit de plus grand qu'elle. Le tank, ça ne compte pas. Elle avait rusé en proposant à Thelma de boire un coup avec elle, pour la faire sortir, puis l'avait envoyée en prison.
     Tout le monde savait que mettre en cellule de dégrisement un membre de la famille proche d'un comte électeur, même un enfant illégitime, était une mauvaise idée. L'ambassadeur d'Ostland avait réagit, mais personne n'avait rien dit, et c'était bien ce qui scandalisait Thelma. Sont père aurait assiégé le Palais Impérial pour moins que ça, mais le comte électeur de l'Ostland n'était même pas encore au courant de l'affaire. Alors Thelma avait serré les dents et mûri sa vengeance...


***



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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Mer 14 Juin 2017 - 11:19






     Dans les limbes, où l’impossible côtoyait l’irréel, NAGASH, SUPREME SEIGNEUR DE LA NON-VIE, régnait sur ce lieu au-delà de l’espace et du temps.

     Mais ce n’était pas un royaume.

     Ni un sanctuaire.

     Ni une prison.

     Une malédiction.

     Qu’était-ce, où était-ce ?

     D’où venait-il ?

     Une terre ancienne, un temps révolu.

     Obéissez !

     Obéissez !

     Obéis !

     Le rituel. Les sacrifices. Son serviteur éternel, son esclave déjoué, la faille dans son plan sans faille, le pouvoir suprême, à portée de main. Le trépas des uns, le rappel des autres. Vlad von Carstein ! Pas dans les limbes.

     Maudit, il était maudit.

     Qui était-il ? Que faisait-il ? Où… où était… où avait disparu… cette volonté… qui guidait ses gestes, et donnait du sens…

     Indésirable.

     Le Vieux Monde, il le savait, il le sentait, l’univers entier avançait sans lui, sans lui. Non désiré.

     Le règne suprême, un vague souvenir, une vague idée, un objectif dans le lointain… passé ? NON !
     NON ! NON !

     JE SERAI OBÉI !

     JE SERAI OBÉI !

     IL N’Y AURA PAS D’AUTRE NAGASH !!




***




     Un bout de page… Non, des pages entières déchirées et manquantes. Pourquoi ce livre traitant de Shyish avait-il des pages arrachées ? La jeune Hilde, récemment acceptée au collège de magie de la Mort, résolut d’en savoir un peu plus.



***
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Jeu 15 Juin 2017 - 17:29





     Les épreuves du Grand Tournoi de la Reiksguard étaient terminées. Sous les deux lunes, Altdorf fêtait la fin de l'événement. Tandis que les nobles dansaient dans les palais et les châteaux et les citoyens vidaient leurs bourses dans les bars et tavernes, les malfrats et les voleurs s'adonnaient à une toute autre activité, bien plus noble selon eux : punir les outres à vins ambulantes qui perturbaient l’ordre public de la ville. Et pour ça, les bandits avaient une méthode qu’ils jugeaient dissuasive mais surtout rentable, les détrousser de leurs biens.

     Dans le dédale des sombres rues de la capitale impériale, il y avait un groupe d’étranges individus. Devant eux, un homme dansait, en effet, il était difficile de qualifier son entreprise de mettre un pied devant l’autre de marche tant ses pieds s’articulaient de façon désordonnée et surtout maladroite. L’homme semblait âgé et avait barbe et chevaux gris, ce qui contrastait beaucoup avec son nez rouge vif. Dans tous les cas, il semblait bien trop occupé à se rappeler le chemin de son chez-lui pour remarquer les quatre hommes qui le suivaient dix pas dernière lui.

     Observons enfin ces étranges individus, celui qui ouvrait la marche portait un long manteau brun et un large chapeau, il dissimulait dans ses vêtements un poignard au tranchant redoutable. Il semblait gêné de la présence des deux hommes derrière lui qui ne devaient pas avoir compris que le port d’armure était quelque peu inapproprié pour une mission d’assassinat discrète. Les deux hommes en armure, vraisemblablement des chevaliers, ne se souciaient gère des cliquetis émis de leurs cottes de mailles durant la marche. Pire encore, ils discutèrent entre eux et donnaient des ordres évidents et désagréables à l’homme au manteau. Derrière eux, un vieux sorcier portant une ample cape grise semblait anxieux et jetait frénétiquement des regards inquiets dans toutes les directions.

     « Tu penses qu’il fera l’affaire, chuchota un des chevaliers.
     - Oui, de toute façon nous avons très peu de temps devant nous, lui répondit son semblable à côté de lui.
     - Agissons vite alors. Assassin, qu’est ce que tu attends ?
     - Mais ! Chuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut ! - s’offusqua l’homme au poignard qui faisait tout pour rester discret.
     - Chu-hu-hut si vous voulez, mais le Cercle n’aime pas attendre. »

     L’assassin pesta intérieurement. Il n’avait jamais travaillé avec des clients aussi agaçants. Heureusement que leur cible était totalement saoule et qu’elle ne les avait toujours pas repérés. D’ailleurs, en parlant de la cible, elle venait de bifurquer d’une manière très gauche dans une sombre et étroite ruelle. Le type de ruelle où les filles imprudentes subissent ce qu’on ne peut pas décrire, où les hommes riches ressortent pauvres et où les personnes influentes y perdent ce que le commun des mortels appelle la vie. Bien que l’ivrogne n’avait rien d’une fille imprudente, rien d’un homme riche et rien d’une personne influente, il allait passer un très mauvais moment dans ce lieu, son dernier moment pour être exact...




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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Ven 16 Juin 2017 - 19:15



     Ailleurs...


     Sa tortionnaire la laissa tomber par terre. Sous sa joue, une dureté laineuse. Un tapis ? Elle se redressa et s’assit.
     - Libère-moi, sale cabot !
     - Ah, Malvira, enfin.
     Sa hargne s’évanouit quand elle reconnut la voix. Suave, douce… dangereuse. Tout son corps se raidit sous l’effet de la peur.
     - Excuse-moi pour son état… Elle ne s’est pas laissée faire la bougre.
     - Ce n’est rien. Nous arrangerons cela plus tard. Tu me vois reconnaissante de ce petit service. Salira se serait fait un plaisir d’y aller elle-même, mais sa présence était requise au bal. Je ne te retiendrai pas plus longtemps.
     - Ce fut un plaisir, chère amie.
     - Bon voyage, et toutes mes félicitations à ta chère et tendre…
     Elle l’entendit sortir de la pièce. Une fois la porte refermée, elle perçut des pas légers s’approcher d’elle lentement. Elle réprima un sursaut quand une voix retentit à quelques pouces de son visage.
     - Te voilà dans un triste état. Mais quelle idée… Que dirait notre reine si elle apprenait que tu as volontairement fui une convocation d’une supérieure ?
     Elle sentit la Comtesse s’éloigner, puis des bruits d’objets métalliques déplacés quelques pas plus loin.
     - Dis-moi… De quand date la mort de Matmara ?
     Tétanisée de crainte et de surprise, la pauvre vampire ne répondit pas.
     - En plus de la vue, tu as perdu l’usage de la parole ?
     - T… Trente-huit ans.
     - Déjà ? Son exécution est si fraiche dans ma mémoire… J’ai l’impression que c’était l’année dernière !
     Le rire d’Arken finit de la terroriser. Elle se recroquevilla, attendant la fin.
     - Déjà trente-huit ans que tu cherches un Seigneur… Je t’ai vu essayer tellement de stratégies pour rentrer dans mes bonnes grâces… Tu as beaucoup d’ambition, ma chère.
     Un chuintement feutré, et une odeur de sang enivrante parvint à ses narines.
     - Pourquoi ne pas me l’avoir demandé, tout simplement ?
     - Que… Euh… Je ne voulais pas… importuner son excellence.
     - Ah !
     Elle l’entendit revenir vers elle. Levant craintivement la tête dans cette direction, elle attendait la suite avec angoisse.
     - Eh bien, je te propose de le faire maintenant. Te souviens-tu des implications de cet acte ?
     Malvira sursauta, ouvrit la bouche, la referma. Sa surprise était telle que toute peur disparut.
     - P-Pardon ?
     - J’ai en main un calice avec un peu de mon sang. Je t’offre l’occasion que tu espérais tant. Tu ne vas pas oser la refuser tout de même ?
     - Non ! Enfin… J’accepte, votre grâce.
     - Et donc, as-tu conscience de ton acte ?
     - En buvant, je me plie à votre autorité par les liens du sang. Je serai forcée de vous obéir, mais je gagne la confiance de la sororité par ce lien indéfectible.
     - Parfait.
     Elle sentit la vampire prendre son bras et guider sa main vers une coupe. Elle hésita un ultime instant, n’arrivant pas à réaliser ce qu’il se passait. Puis, enfin, elle but. Elle retint un rire d’euphorie en sentant une puissance incroyable se répandre dans son corps. Un sourire béat s’étira sur son visage… et se transforma en rictus de douleur. Ses yeux la brûlaient, d’une douleur telle qu’elle se répandait dans le reste de son crâne. Elle émit un grognement sourd qui finit par se transformer en cri de souffrance. Elle se prit le visage entre les mains et se retint de s’arracher la peau pour essayer d’enlever cette douleur. Alors qu’elle pensait s’évanouir sous l’intensité de ses maux, ils disparurent soudainement.
     - Que…
     - Mon sang est assez puissant pour t’aider à guérir, il semblerait… Ouvre donc les yeux.
     Ahurie, Malvira redécouvrit sa faculté visuelle, bien que le monde qui l’entourait restait flou. Elle essaya de percevoir les différents objets à proximité… Aperçut une silhouette. Elle fronça les sourcils.
     - Qui…
     Au fur et à mesure que sa vue revenait, elle analysait la personne et la salle qui l’entourait, et son visage se décomposait. Pourquoi Massa était présente, elle qui n’avait jamais caché son animosité envers elle ? Surtout avec le regard triomphant qu’elle lui jetait… La peur s’insinua de nouveau dans son cœur quand elle comprit où elle était. Une pièce sombre et vide, sans doute une cave, faite de pierres noircies par le temps. Elle en était le centre, entourée de bougies… Assise dans un pentacle… La Comtesse reprit la coupe et sortit du cercle. Elle se plaça à côté de sa suivante, un sourire sarcastique aux lèvres.
     - Ma chère… Très chère Malvira… Tu as déjà une première mission. M’aider à ramener Von Essen parmi nous !
     L’instinct de survie la fit enfin réagir. Elle se releva, fit un pas.
    - Reste où tu es.
     Malvira sentit avec horreur son corps se stopper et refuser de lui obéir.
     - Je dois avouer que Salira n’aurait pas apprécié ce petit jeu… J’ai bien fait de faire ce rituel en son absence.
     - Dame, vous allez lui cacher ça ?
     - Non, évidemment. Mais son regard exaspéré sera la seule chose qu’elle pourra faire quand elle l’apprendra.
     - Qu’allez-vous faire de moi ?!
     - Oh, toi… Tu vas te sacrifier.
     - Pardon ?!
     - Ramener un esprit des limbes n’est pas chose aisé… Les limbes dévorent les âmes, elles en réclament constamment. Alors leur en soustraire une… Impensable. Le seul moyen possible est de faire un échange. Un échange équitable. Un vampire doit remplacer un vampire. Et quoi de mieux pour satisfaire les limbes qu’une âme offerte de ses propres mains ?
     - Je ne veux pas mourir !
     - Hélas… Ton corps en a décidé autrement… Tu auras tout le temps de réfléchir aux actes qui t’ont menée jusque là lorsque tu erreras dans les couloirs infinis des limbes. Ramasse la dague.
     Malvira assista, impuissante, à sa main ramassant la dague qui gisait au sol près d’elle. Elle gémit de terreur, statufiée, incapable de bouger.
     Pendant près d’une heure, elle vit la Comtesse effectuer chaque partie du rituel, accompagnée par Massa. Elle passa par la colère, la haine, l’angoisse, la tristesse… Le désespoir. Un air froid parcourut la pièce, comme si la mort avait été avertie de sa prochaine passagère. Et alors que ses yeux venaient de parfaire leur guérison, Arken se tourna une dernière fois vers elle, un sourire cruel au visage. Matmara, tout est de ta faute…
     - Plante la dague dans ton cœur.


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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Dim 18 Juin 2017 - 11:21




     Abrams avait pour le bal revêtu une armure d’apparat classique avant de se diriger dans la salle. À chaque collègue, camarade qui s’adressait à lui, il répondait toujours dans la bonne humeur et la joie. Ses retours par rapport à ses combats étaient humbles et il disait notamment des choses comme : "Ce combat fut très compliqué et mon adversaire m’a montré nombre de choses que j’ignore. Je pense qu’il faut que je m’améliore encore et toujours. De plus, ce n’est que grâce à la révélation de Wilhelm que j’ai obtenu la deuxième place. Je pense refaire un combat contre cet individu un jour ou l’autre en espérant l’égaliser ou le dépasser. Si vous voulez bien m’excuser". Abrams n’était pas un fin danseur aussi se mit-il sur le côté, regardant autour de lui ce qui se passait. Un moment, une jeune femme invitée s’approcha d'Abrams et timide demanda si elle pouvait danser avec lui. Il accepta de bonne grâce et l’accompagna sur la piste…

     Quelques temps après Abrams s’éloigna de la piste, laissant la jeune fille qui s’était déjà trouvé un autre cavalier. C’est alors qu’il l’aperçu dans l’ombre, discret. Le répurgateur Friedrich, âgé et taciturne qui observait d’un œil méfiant l’événement. Le costume de ce dernier était l’opposé de celui d'Abrams. Quand celui du plus jeune était clair et attirant, celui du plus âgé était sombre et discret. La capuche noire de Friedrich masquait le haut de son visage mais ses yeux restaient néanmoins visibles. Il avait gardé tout son attirail mais avait mis par-dessus une cape noire. Abrams se rapprocha de lui et remarqua que Friedrich s’était mis à regarder entre temps son collier. Friedrich le remarqua après que Abrams entendit "Encore quelques vies, une dizaine pour pardonner mes pêchés… J’espère que je vous retrouverai enfin mes amours" et ne vit un minuscule portrait de famille dans son médaillon.
     "Vous êtes bien le dénommé Friedrich Uhrmacher c’est cela ? - demanda Abrams
     - Oui. Friedrich, le regarda fixement avant de lâcher : Vous n’êtes pas une de ces créatures.
     - Vous parlez des vampires présents à ce tournoi ?
     - Exactement. Je l’aurai remarqué ou senti de toute façon. Ils doivent pulluler parmi nous. Je vous laisse, j’ai des affaires à régler.

     Abrams regarda la silhouette de Friedrich partir dans les ombres avant de disparaître. Il se dit intérieurement qu’il avait fait là une drôle de rencontre et que si la Dame le permettait, il voudrait bien passer un bout de chemin avec lui après le tournoi pour continuer à en apprendre toujours plus sur ce qui l’entourait, que ce soit en bien en mal, ou en maîtrise des armes et quoi de mieux que ce vétéran qui devait connaître bien des astuces ?
     Finalement, cet événement lui avait permis de rencontrer nombre de personnes intrigantes et il sourit avant de revenir vers le buffet pour manger tranquillement et danser de temps à autre.


***


   Dans la salle du bal, tous les prêtres d’Altdorf et leur retenue auraient pu débarquer devant lui —et ils le firent ?— qu’Albéric ne leur aurait porté aucune attention. Non, son regard était braqué sur la jeune vampiresse qui venait d’entrer.
   Jeanne… Combien de temps cela faisait-il qu’il ne l’avait pas vue en robe d’apparat ? À l’époque, le Roi Muet était encore de seigneur du château de Montrémy. C’était déjà si lointain… Et l’occasion ne se représenterait pas encore de sitôt. Aussi, il pria prestement ses admiratrices de le laisser se retirer un instant, et s’élança à la rencontre de la jeune bretonnienne.
   Cette dernière ne cacha pas sa surprise en le reconnaissant, et le regarda avec stupeur lorsqu’il la salua bien bas de sa plus belle révérence.
   « Noble et gente dame, vous me voyez fort aise d’avoir la surprise de vous voir en ce lieux, m’accorderiez-vous l’honneur d’une première danse ? »
   Mais, alors même qu’il prononçait ces mots, il vit une grande ombre se dessiner derrière la jeune femme. Dominant presque toute l’assemblée d’une bonne tête, Sérène le toisait de toute sa hauteur, toute l’intensité de son regard sévère dirigée contre le vampire.
   Albéric se retint d’avoir un mouvement de recul, lui qui connaissait le mystérieux épéiste à sa juste valeur. Il réussit si bien à maintenir sa contenance qu’il put regarder le grand homme droit dans les yeux et lui adresser un petit sourire.
   « Ne vous en faites pas, je ne vous la vole qu’un court instant. Vous nous accorderez bien un moment entre frère et sœur, n’est-ce pas ? »
   La dernière remarque était plus un trait d’humour qu’autre chose. L’un comme l’autre savaient qu’ils n’étaient que frère et sœur dans la non-vie et que ceci n’était que symbolique.
   Jeanne se retourna vers Sérène et planta ses grands yeux dans ceux de l’épéiste, qui se contenta de hausser les épaules devant Albéric et la jeune femme, et le vampire la prit doucement par la main pour l’emmener sur la piste de danse. Il fallut un moment pour que Jeanne détache son regard de son compagnon, et Sérène prit la direction du buffet, où s’entretenaient la plupart des invités bretonniens.
   Dès qu’ils furent au centre de la piste, assez éloignés de toute oreille indiscrète, Albéric lui adressa doucement la parole, en regardant l’épéiste qui s’éloignait.
   « J’espère qu’il ne m’en voudra pas pour lui avoir volé la première danse. » Mais il haussa les épaules. « Bah, au point au nous en sommes… C’est en tout cas une surprise de vous voir ici tous les deux… Je n’aurais jamais pensé que vous pourriez venir ici ! »
   Au regard du vampire qui se voulait désinvolte, Jeanne opposa une mine soucieuse :
   « Je te retourne la remarque ! As-tu aucune idée du danger que tu cours à t’afficher aussi publiquement ?
   — Ça n’a pas l’air de te déranger non plus de venir ici…
   — Mais je n’ai pas passé ces deux dernières semaines à combattre devant le peuple d’Altdorf pour me rendre aussi impopulaire que possible à ses yeux ! » Le chuchotement de la jeune femme s’était fait plus pressant. Mais Albéric ne fit que sourire :
   « Ils n’ont pas réussi à me… reconnaître… pendant les combats, alors ils n’y arriveront sûrement pas à un bal, loin des arènes. »
   Jeanne baissa la tête, admettant sa défaite, mais ses mains gantées de velours vinrent serrer doucement celles du vampire.
   « Je sais, mais je ne peux m’empêcher de craindre le pire… Je suis incapable de te sentir en sécurité tant que tu seras dans l’enceinte de la ville.
   — Allons, je ne vaux pas assez pour que tu aies à te soucier de moi. Mais si cela peut te rassurer, j’ai à faire en ville après le bal, mais dès que j’en ai fini avec cette affaire, je quitte Altdorf pour de bon. »
   Mais la jeune femme secoua la tête.
   « Et partir sans adieux ? Pour se retrouver par hasard près de dix ans après comme nous l’avons fait ici ? Pas question ! Sérène et moi comptons quitter la ville demain matin, vu que nous n’y étions que pour assister au tournoi. Retrouve-nous au Bon Endroit, à quelques rues d’ici, dans le district d’à côté, nous pourrons peut-être faire un bout de chemin ensemble. »
   Le sourire du vampire se fit doux-amer, et son regard se perdit dans le visage de la jeune dame, qui le regardait de ses grands yeux. Jeanne… Il aurait volontiers accepté, mais il ne pouvait rester avec eux sans leur attirer trop d’ennuis. Demain matin, il partirait seul, telle était sa décision. Albéric serra la vampiresse près de lui :
   « Profitons simplement de ce moment ensemble. » dit-il doucement. Lentement, ils continuaient de danser, la main dans la main.

   Loin de la piste et de sa douce musique, Sérène patientait à côté du buffet bretonnien. Là, l’atmosphère était beaucoup plus animée : visiblement bien avinés, quelques nobles chevaliers, dont le duc de Castagne et le Baron de Joli Tonneau, se contaient des aventures fantastiques avec moults grands gestes.
   Au bout d’un moment, Dangorn remarqua le grand homme qui le fixait intensément. Fronçant les sourcils, le noble bretonnien lui adressa la parole.
   « Dites-moi mon brave, ne nous connaîtrions poinct ? Je vous avouerai que je n’ai aucune souvenance de votre visage… »
   Mais l’épéiste se contenta de répondre par la négative, et Dangorn replongea dans sa discussion animée sans s’enquérir davantage, le regard circonspect de Sérène toujours sur lui et ses compagnons.

   Le doux morceau bretonnien prit bientôt fin, et l’orchestre reprit sur une musique impériale plus énergique. Sur la piste, Albéric lâcha la main de sa cavalière, avant de s’incliner à nouveau bien bas devant elle.
   « C’était un plaisir de danser avec vous, gente dame, mais je pense qu’il est temps pour moi de vous laisser rejoindre votre compagnon. »
   Jeanne hocha la tête doucement, et le vampire répondit à son salut, avant de s’en retourner vers les jeunes dames qui l’attendaient toujours en bord de piste, scrutant la scène avec insistance.
   La jeune vampiresse leva la main pour le retenir, mais elle s’arrêta dans son geste, et lui adressa simplement la parole d’une fois forte.
   « N’oublie pas ! Le Bon Endroit, demain ! »
   Albéric s’arrêta un moment, puis, au lieu de répondre se retourna et s’inclina à nouveau bien bas, avant de reprendre son chemin. Jeanne secoua la tête, et s’en alla retrouver Sérène.
   Les heures passèrent rapidement, la nuit prenant son emprise peu à peu sur la cité.

   Du coin de l’œil, Albéric observait les deux jeunes gens, la vampiresse et son compagnon, un peu plus loin sur la piste.
   Depuis qu’il avait laissé Jeanne après leur danse, ce n’était plus pareil. Il avait bien rassuré ses admiratrices qui l’avaient assailli de question sur la mystérieuse jeune femme pour laquelle il les avait délaissées —c’était sa sœur, et ils ne s’étaient pas vu depuis longtemps—  mais il ne prenait plus plaisir à jouer avec elles. Maintenant qu’il avait dansé avec la jeune vampiresse, ces cavalières humaines étaient bien pâles en comparaison.
   Au final, le bal avait tout perdu de son intérêt.

   Lorsque l’heure se fit bien avancée, la nuit étant tombée depuis longtemps sur Altdorf, Jeanne et Sérène prirent leur départ, et Albéric se força à rester encore un peu avant s’éclipser à son tour. Ses soupirantes avaient bien tenté de le retenir, mais il avait fort à faire le lendemain matin : qu’elles n’aient craintes, il les reverrait toutes bientôt. Le mensonge avait été facile à dire, mais les jeunes dames le crurent encore plus facilement, et le quittèrent en le pressant de les revoir au plus vite, appels que le vampire ignora.
   Une fois à l’air libre, Albéric inspira profondément, contemplant les étoiles au-dessus de lui. Fini le bal et les jeux frivoles, fini le doux moment de tendresse. Maintenant, il fallait chasser.


***


     Jacques profitait pleinement du bal : pour une fois il était un invité ! Habituellement il était au mieux le garde du corps de son seigneur. C’est donc avec un sourire aux lèvres qu’il profitait des mets exquis. Il hésitait toutefois à se joindre aux danseurs, car vu que c’était la première fois qu’il participait vraiment à un bal, il ne connaissait pas bien les pas de danse sophistiqués utilisés par les nobles et les bourgeois. Jacques avait revêtu un bel habit de cour Bretonnien, ce qui lui permettait de se fondre parmi les convives, la dernière chose dont il avait besoin s’était de se rendre ridicule en révélant ses lacunes en danse.

     Le limier observa les invités. La plupart avaient de beaux habits de cour ou de magnifiques robes de bal. Les gardes du corps de l’empereur et les officiers de la Reiksguard invités pour l'occasion portaient des armures d’apparat qui se révélèrent fort peu pratique pour danser. Les chevaliers Bretonniens portaient en général de beaux habits, mais l’on devinait aux plis que la plupart portaient en dessous une cotte de mailles. Il y avait même un vieux chevalier du Graal qui s’était contenté de juste mettre un tabard sur sa cotte de mailles. C’était une très vieille habitude Bretonnienne qui remontait au tristement célèbre banquet de Mérovée. Depuis lors, les seigneurs Bretonniens avaient juré de ne plus être pris au dépourvu, et ils portaient toujours une cotte de mailles et une paire de dagues lors des bals et des banquets.

     Jacques chercha des yeux son seigneur, le trouvant sans surprise avec d’autres chevaliers Bretonniens à boire du vin. Le baron de Joli-Tonneau goûtait tous les vins que l’on voulait bien lui présenter. Il était, avec d’autres de ses compatriotes, en train d’effectuer un classement appréciatif des vins qu’il goûtait drunken . Ils n’avaient évidemment pas de papiers et ils étaient en train d’écrire leur classement directement sur la nappe. Le forestier se demande si le baron arriverait à tenir jusqu’à la fin de la soirée a ce rythme... scratch


***

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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 12:00





     Un rat gris regardait avec envie une petite cordelette posée sur le sol dans une ruelle sombre, où quelques instants plus tôt, un assassin, deux chevaliers et un mage avaient traqué un pauvre homme innocent. Le rat aurait bien aimé ronger la cordelette, parce que… hé bien, parce que c'est ce que font les rongeurs, pas vrai ?
     Comme il reniflait la cordelette afin de vérifier l'absence de poison, il sursauta en poussant un "skouuuuiiiiiiic !" indigné. Le chanvre s'était consumé, brûlant au passage les moustaches du pauvre rat gris.

***

     Sire Robin était heureux. La soirée était somptueuse, et les invités d'agréable compagnie. Avant de venir, il avait passé quelques heures à parcourir la ville pour acheter de la poudre, du carton, de fines baguettes de bois et d'autres articles du genre. Il s'était ensuite enfermé dans sa chambre d'auberge, et avait commencé à confectionner des fusées. Il avait promis un feu d'artifice, il ferait un feu d'artifice !
     A présent, il était assis au milieu des autres bretonniens, goûtant du bon vin et se remémorant sa vie dans le duché de Couronne, avant qu'il ne s'établisse en Albion. Il attendait avec impatience la fin de la soirée, car c'était à ce moment que son spectacle pyrotechnique était prévu.


***
***
***


     "Qu'y a-t-il Martin? Tu me sembles tourmenté." s'enquit Dangorn, en voyant son écuyer lire une lettre qu'il venait de recevoir.

     "Une sombre affaire messire Dangorn, je ne sais qu'en penser." répondit Martin en lui tendant la lettre pour qu'il la lise à son tour.

     Dangorn lut lentement, ânonnant presque. Il avait bien appris à lire étant jeune mais, contrairement à Martin, il ne s'était pas entraîné souvent.

     "Par les culottes de la Dame du Lac, une femme portant pantalons, c'est assurément une sorcière !"

     "Hmm vous oubliez que Sigmaris, de la confrérie des mercenaires du Reikland, ne porte presque que des pantalons. Et l'elfe Alana également."

     "Parbleu tu as raison, mais alors que pouvons-nous faire si nous ne sommes pas sûrs que c'est une sorcière ?"

     "Ce n'est point une sorcière mais une vampire !"

     "Une VAMPIRE ? C'était donc cela le mot que je n'arrivais pas à lire ! S'il y a un vampire céans, nous devons l'occire !"

     "Messire Dangorn... c'est justement ce que dit cette lettre, il y a de nombreux vampires autour de cette lice. Et c'est l'un d'eux qui nous commande de surveiller une auberge où se trouve cette dame, et d'agir lorsqu'Albéric - qui est aussi un vampire - viendra la secourir."

     "Je n'aime guère cela. Qui nous dit que ces créatures de la nuit ne nous tendent point un piège?"

     "Je le soupçonne également. Mais pour le savoir, messire Dangorn, il n'y a qu'une seule manière. Nous devons y aller."

     "Cette tâche requiert de la discrétion et tu es plus habile que moi dans ce domaine. Je ferai donc mine de rester à l'écart de ce complot, mais je garderai un œil vigilant sur les vampires qui participent à ce tournoy, y compris De la Motte d'Artois et ce triste sire d'Orsicvun et si je vois l'un ou l'autre accourir vers l'auberge, je le suivrai."


***

     Loin du bal et de son ambiance festive, dans un des nombreux jardins publics de la capitale impériale, Silvère de Castagne contemplait dans un étang à l'eau cristalline le reflet du ciel étoilé. Le chevalier avait fui les mondanités de cette célébration de fin de tournoi. Il avait réussi à échapper à l'invitation pressante de son cousin Dangorn et de ses inséparables compagnons les Barons de Joli-Tonneau et de Vigne-Bleue, prétextant un besoin de repos après le dur combat mené contre Wilhelm Kruger.

     Bien qu'ayant été battu par le vampire, cet affrontement avait eu le mérite de le remettre d'aplomb. Il s'était remis de ses doutes et voyait les choses sous un angle nouveau : il devait poursuivre son combat contre les créatures maléfiques et les bêtes monstrueuses qui se tapissaient dans l'ombre. Tel était son devoir. C'était ensuite à lui de mériter la bénédiction de la Dame par ses actes et sa vertu.

     Adressant une prière muette à sa divinité, le chevalier du Graal appréciait le calme du lieu qui contribuait à son harmonie intérieure. Mais il était maintenant temps de se remettre en route. Le tournoi terminé et l'affaire de la charrette résolue, il ne restait plus de raison de s'attarder à Altdorf... cependant il sentait en son for intérieur que tout n'était pas définitivement clos. Une question restait en suspend concernant les vampires qui avait infiltré le tournoi et sur les objectifs que cela pouvait induire. Objectifs qui ne devaient pas être à l'avantage des impériaux ou des bretonniens, Silvère n'en doutait point.

     Alors qu'il sortait du jardin et prenait la direction de la commanderie de la Reiksguard, Silvère remarqua qu'un coursier de la poste se précipitait vers lui haletant.

     "Excusez-moi, Messire bretonnien – demanda l'homme essoufflé – Êtes-vous bien Silvère de Castagne ?"

     "C'est bien moi, pour vous servir, Que puis-je pour vous ?"

     "J'ai pour vous une missive de la plus haute importance, Messire – annonça le messager qui tendit le courrier mentionné au Chevalier du Graal – Vous n'êtes pas la course la plus simple que j'ai eu à réaliser."

     "Merci bien mon brave. Vous vous êtes acquitté de votre mission, Vous méritez une juste rétribution pour vos efforts" – répondit Silvère en tendant une pièce au coursier.

     "Mon Seigneur est bon" - remercia le messager qui prit ensuite congé du chevalier.

     Fort curieux de savoir qui donc lui écrivait et à quel sujet, Silvère s'empressa d'ouvrir la lettre. La lecture de son contenu le fit blêmir.








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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 12:29


     Mesdames, Messieurs,

     Je conçois que la confiance que vous mettez en moi et en mes dires ne saurait être totale. Après tout ne suis-je pas une de ces détestables créatures de la nuit, cherchant par tous les moyens à nuire aux mortels ? Mais vous devez aussi savoir que nous autres vampires ne sommes pas unis autour d’une même cause, bien au contraire. Aussi j’espère que vous accorderez quelque crédit à cette lettre, car elle n’a pour but avoué que de nuire à mes « confrères dans la mort » (si je peux m’autoriser cette expression imagée, n’éprouvant pas le moindre sentiment fraternel à leur égard).

     Afin de vous féliciter d’être arrivés à me démasquer, et en contrepartie pour ne pas avoir réussi à m’attraper, je vous propose donc cette petite compensation. Comme vous l’avez certainement deviné, pas mal d’entre nous se sont introduit au tournoi, et si certains ont été découverts d’autres sont encore dissimulés. Mais leur identité m’est connue, pour chacun et chacune d’entre eux. Voici donc la première partie de mon cadeau : Albéric Sérignac de la Motte d’Artois est un vampire.

     Vous allez me dire qu’il ne fallait pas être grand clerc pour le deviner, mais vous n’avez pas de preuve irréfutable (du moins à l’heure où j’écris ces lignes). Toutefois, vous avez également remarqué qu’il s’agit d’un combattant hors pair, et le confronter directement mènera certainement à une tragédie. Mais comme je le dis plus haut ce nom n’était que l’une des parties de mon cadeau.

     De fait, Albéric est très lié à un autre vampire présent en ville et dont vous n’avez aucune connaissance. À l’auberge « Au Bon Endroit », dans la première chambre à droite au troisième étage logent un couple se faisant appeler Jeanne et Sérène. Si le jeune homme est un simple humain, la femme elle est une vampire. Elle est très belle, a l’apparence d’une jeune femme aux traits fins et aux longs cheveux, et porte toujours des pantalons. Et comme je l’ai dit, tous deux semblent très liés à Albéric.

     Je suis pour ma part dans le collimateur de ce fougueux vampire. Il est bien plus malin qu’on pourrait le croire, et finira très certainement par me débusquer. À ce moment-là, je compte lui révéler vous avoir envoyé la position de ses amis, l’informant que s’il ne se dépêche pas vous les prendrez par surprise pour les brûler séance tenante. Pendant les prochaines heures, vous n’aurez qu’à surveiller l’établissement avec toute la discrétion dont vous êtes capables, et si tout se passe comme je l’imagine Albéric arrivera à un moment ou à un autre de la soirée, courant
ventre à terre pour sauver ses amis. Vous n’aurez qu’à les cueillir tous les trois, je vous fais confiance quant aux moyens utilisés, je vous sais plus expert que moi sur le sujet.

     Je me permets de réitérer l’expression de mes intentions, car elles sont on ne peut plus claires : nuire à Albéric Sérignac et quitter la ville, rien de plus. Jouer cartes sur tables est ma seule option dans la situation présente, et je vous fais cette proposition qui est dans votre intérêt. Si vous ignorez mes informations, ma foi vous permettrez à Albéric Sérignac et à Jeanne de partir en toute impunité. Et vous ne me trouverez jamais, je peux vous l’assurer. Si vous les prenez en considération, eh bien ce sera une situation gagnant-gagnant pour nous tous.

     Ne cherchez pas à trouver des informations sur mon emplacement dans cette lettre, ce serait peine perdue. Elle a été écrite par un mortel sous ma dicté, et comme vous pouvez le voir sur l’envers le papier est issu de l’administration du reiksfort, que j’ai subtilisé dans mes premières heures ici.

     En vous souhaitant une bonne chasse, je reste éternellement votre dévoué,

     Bien à vous,

     Helmut Van Orsicvun




     Si ce n’était pas une pièce à conviction, Mathias Thulmann aurait brûlé la lettre sur le champ.
     Dans l’hospice où il venait de se réveiller, l’on n’entendait que les ronflements des dormeurs et quelques murmures indistincts. La lettre que Mathias venait de lire, il l’avait trouvée à son chevet. Helmut van Orsicvun, ou l’un de ses sbires, avaient été à son chevet…
     Il existe des rages muettes qui sont plus terribles que n’importe quelle crise. Mathias, dont l’être tout entier s’était mis à émettre une faible lueur dorée, retrouva sans peine ses vêtements dans la pénombre, ignorant les douleurs de ses blessures. Il se souvint de l’explosion : on avait attenté à sa vie ! Mais Sigmar l’avait préservé pour venir à bout des hérétiques, et par le sang des impurs, il n’allait pas le décevoir.

     Le bal avait touché à sa fin, et les époux Boisserands s’étaient retirés dans leur chambre d’hôtes. Une fois la porte refermée, ils échangèrent un doux baiser. Roland se délesta de sa cotte de mailles. Puis, son regard tomba sur un fauteuil, au beau milieu de la chambre. Sur le fauteuil, un papier, visiblement mis en évidence par le meuble déplacé.
     « Roland ? »
     Eléonore vit son mari ramasser quelque chose sur… un fauteuil ? Elle se rapprocha, le vit en pleine concentration, non, non, c’était de la colère, de la colère qui allait être terrible…
     « JE LE SAVAIS ! »
     Il ignora son épouse, il ignora tout, à part la nécessité de s’armer de pied en cap, sur le champ. Il enfila sa cotte, ses gantelets, ses brassards, ses jambières. Il fut surpris de voir Eléonore lui tendre son camail. Il prit la coiffe, vit son épouse s’affairer elle-même à retrouver ses atours guerriers, son espadon.
     Toute leur préparation se déroula ainsi sans un mot, mais avant qu’ils quittent leur chambre, Roland l’embrassa à nouveau.

     Gai comme un pinson après avoir illuminé la fin du grand bal, Robin Osbourne trouva la lettre au fond d’une boite de feux d’artifices. Comment ce Helmut pouvait-il prévoir qu’il la viderait ce soir ? Etrange…

     Le baron de Joli-Tonneau, après avoir profité des spectacles pyrotechniques du palais, s’était mis en route vers l’auberge bretonnienne avec son ami, le baron de Vigne Bleue. Jacques le limier et qui veillait à ce que des filous ne viennent pas faire les poches à ces deux seigneurs éméchés, repensait avec plaisir à la belle soirée qu’il venait de vivre.
     Arrivés à l’auberge, ce fut à lui, le plus sobre des trois, que s’adressa le tenancier pour leur remettre « un curieux papelard ».

     Le destin voulut que le sire Abrams fût sur le chemin vers une chapelle du Graal. Il avait pleinement profité des festivités, et n’aspirait à présent qu’au recueillement et à la prière. Grande fut sa surprise lorsqu’il vit deux autres chevaliers plantés à l’entrée : Léonard de Rouergue et la demoiselle Aliénor. Celle-ci semblait lui lire quelque chose à voix haute…

     Lorsqu’un enfant de chœur lui remit la terrible missive, Friedrich Uhrmann se demanda s’il ne devait pas executer l’enfant sur le champ, pour son propre bien. Tout contact avec un hérétique pouvait être fatal, et receler une contamination incurable. Mais le temps pressait, il fallait d’abord s’occuper de la menace évidente, et ensuite questionner l’autre, latente. Le répurgateur pria Sigmar de lui accorder sa volonté, mais dans sa tête résonna un étrange bourdonnement ressemblant à des rires étouffés.

     Dans les rues d’Altdorf, les derniers ivrognes pouvaient voir à travers les brumes de l’alcool un curieux duo avancer péniblement : un type grand en faisait avancer un autre, plus petit et plus enveloppé, et le plus petit était ligoté et baillonné, mais il portait un grand chapeau et un manteau. Ce qu’il ne fallait pas voir quand on a bu…





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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 14:05



     Helmut van Orsicvun observa calmement l’arrivée d’Albéric, car il n’avait plus de quoi s’inquiéter. Ses espions lui avaient rapporté que le piège se refermait, et le vampire n’avait plus qu’à régler l’étape finale de son plan. Que…


     Albéric avait bondi. Il est là, le salaud !!
     Lame au clair, il apprêta un coup d’estoc d’une vélocité telle qu’il fallait être démon pour y échapper. Son ennemi, apparemment, en était un.

     Le deuxième étage d’un immeuble. Une fenêtre avec les rideaux tirés, et son adversaire surgissait ainsi, sans préamb…
     Les pupilles rétrécies, les nerfs à vif, Helmut esquiva ce qui était le premier coup d’une série d’estocades meurtrières.

     « MEURS !!! »
 
     Il n’y avait guère le temps… Fou-furieux !

     « IMBECILE !! TU AS TUÉ JEANNE ET SÉRÈNE !! »

     Le choc fut tel qu’Albéric trébucha avant de s’effondrer à terre ; la pensée de le tuer sur le champ traversa l’esprit d’Helmut, mais non, le plan était meilleur…

     « Ils l’ont reconnue, imbécile !! Ils vont la trouver, elle et son compagnon humain !! »


     Ils étaient dans une chambre quasi-vide d’un immeuble abandonné d’Altdorf, les vociférations d’Helmut déchirant la quiétude de la nuit.

     « Danser devant tout Altdorf, merveilleuse idée, bien sûr !! Imbécile !! Si tu crois qu’il n’y avait pas de meilleur moyen pour lui attirer des ennuis, je suis d’accord avec toi ! »

     Tout le corps d’Albéric était à la fois immobile et frémissant. Il était sur la bonne voie.

     « Ils opèrent dès cette nuit, ils savent où ils se trouvent !! »

     Son ennemi était comme tétanisé. Helmut se demanda s’il ne devait pas accélérer les choses.
     « On leur tend un piège en ce moment-même, et si rien n’est fait, tes deux amis brûleront, comme cet imbécile de Von Essen –  »

     « NON !!! »

     Il ne vit pas le coup venir et fut projeté à l’autre bout de la pièce ; une douleur insoutenable le tenaillait à la gorge, il était incapable de parler… L’once de concentration qui lui resta lui permit comprendre qu’il venait de frôler la mort de près : s’il n’avait pas été immortel, il aurait expiré sur le champ. Comme son adversaire ne s’approchait pas pour l’achever, cela voulait dire… que son plan avait fonctionné…



***


     Albéric ne pensait plus, il bougeait par instinct ; tout venait de basculer, pourquoi ?!
     Seulement lorsqu’il ne fut plus qu’à un pâté de maisons de l’auberge, il s’arrêta pour réfléchir : n’était-ce pas simplement une entourloupe pour… Cependant, des odeurs alarmantes parvinrent à ses narines.
     Le fou de Boisserands.
     Le fou de Rottingham.
     Les sigmarites !!

     Ce salaud avait donc dit vrai, le salaud !! Etait-ce seulement par bonté de cœur ?! Albéric en doutait fort. S’il pouvait mourir en affrontant tous ces mortels, en quoi cela dérangerait le sieur van Orsicvun ? Le salaud !!!


***


     Le baron de Joli-Tonneau se tenait devant la taverne dite « Au bon endroit ». Armé de pied en cap, il avait en main une belle outre de vin et une coupe à boire, qu’il remplissait et vidait dans son gosier de temps à autre. Une embuscade, non mais quelle idée ! D’ailleurs, ces sigmariques n’étaient que des rustres sans honneur : c’était à peine s’ils ne l’avaient pas menacé de mort ! Heureusement que ses compatriotes étaient là pour le soutenir, sinon ces infâmes tristes sires auraient peut-être tiré !

     Roland de Boisserands observait de loin le petit manège du baron. Il aurait tellement voulu être à sa place… Il se sentait cependant moins naïf, peut-être plus aigri par l’expérience, et surtout bien plus en connaissance de cause. Albéric refuserait un duel d’honneur, c’était un fait. Il n’avait cure des vertus chevaleresques, et ferait de son mieux pour éviter tout affrontement direct.

     Jacques le limier se disait que ça sentait mauvais, cette histoire. Il avait posté des gens armés d’arbalètes dans quelques maisons avoisinantes (quelques serrures cassées et bien volés, les habitants ne viendraient pas se plaindre…), et à présent il attandait que quelque chose se passe. Son maître était un bon chevalier, mais lui, son bras droit, était là pour le couvrir quand les ennemis étaient plus fourbes et retors qu’un troll affamé ou un dragon. L’engeance vampiricque, il s’en doutait, était tout sauf stupide…


***


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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 14:59




     Albéric observa les environs grâce à ses sens surdéveloppés : si peu, ses ennemis leurs avaient laissé si peu de voies de salut… Mais… S’il pouvait prévenir Jeanne et Sérène, la vampiresse pouvait incanter le brouillard sanguin…
     Les répurgateurs, il le savait, tireraient à vue… D’ailleurs, pourquoi ne tiraient-ils pas ? Pourquoi l’auberge n’était-elle pas attaquée ? C’était comme si… tout le monde attendait quelqu’un. Lui, peut-être ? Le piège lui était tendu à lui ?!
     Cette pensée lui parut soudain tellement probable qu’il se mordit le doigt jusqu’au sang, furieux. On le tenait !
     Mais non. Seuls quelques mortels étaient postés sur les toits. Un seul se trouvait sur sa route vers l’auberge. Haha, le pauvre…


***


     Tarquin était plutôt bon avec une arbalète. « Avait été » était plus exact à présent, car une lame venait de l’égorger sans un bruit.

     Le baron de Joli-Tonneau entendit un bruit mat dans son dos, puis une terrifiante cacophonie de détonations lui cisailla l’ouïe…

     Richter venait de vider ses pistolets, de même que ses deux collègues qui se trouvaient chacun au rez-de chaussée d’une maison. A peine la fumée dissipée, le répurgateur vit un cadavre gisant à terre… Immédiatement après, il entendit un cri de triomphe, avant de voir surgir dans la rue Friedrich Uhrmacher et le sire nommé « Osbourne »…

     Le vieux répurgateur retourna frénétiquement le cadavre, demeura interdit devant le visage d’un individu qui n’était pas celui de sa cible…
     Un bref sifflement, puis un carreau d’arbalète rebondit sèchement sur les pavés juste devant lui.

     « Là haut !! »
     Mathias Thulmann avait déjà rechargé ses pistolets et n’en croyait pas ses yeux ; pouvait-on seulement se presser ainsi, sans être certain d’avoir fait mouche ?! Il vit une ombre atterrir sur le mur de l’auberge, s’accrochant au rebord d’une fenêtre dont les volets étaient clos.

     « S’il vous reste une once d’honneur, descendez immédiatement m’affronter !! »

     Albéric ignora cet appel insensé provenant d’en bas. Ouvrant les volets, il s’engouffra dans la chambre, rencontrant les visages si chers de ses deux compagnons…
     « Albéric !!
     - Pas le temps, Jeanne ! Invoque le brouillard, maintenant !! »


***


     Le baron crut un instant qu’un feu se déclarait, avant d’être brusquement submergé par la fumée que venait de vomir la fenêtre de l’auberge… Par la Dame, c’était donc en pure perte qu’il avait espéré ?!
     Jacques jura bruyamment : impossible de viser !

     Roland jeta un regard éloquent à son épouse, qui hocha simplement la tête : il n’était plus le temps de tergiverser. Tous deux quittèrent l’ombre deshonorante de leur cachette, et chargèrent furieusement dans le brouillard, priant la Dame pour qu’elle les guide vers l’ennemi.



     Si Albéric n’entendit aucune remontrance de la part de Sérène, il sentit son regard dans son dos alors qu’ils descendaient les escaliers. Bah ! Avec lui ouvrant la voie, ils ne couraient aucun risque…
     Il eut ce qui ressemblait à un haut-le-cœur en apercevant dans la grande salle deux silhouettes qu’il reconnut : Roland et Eléonore de Boisserands !!
     « SERIGNAC !! SERIGNAAAC !! »
     Albéric échangea un rapide coup d’œil avec Sérène : « Prends le grand, je prends la femme » - lâcha-t-il dans un souffle, ce à quoi Sérène acquiesça.

     Roland crut que sa vision lui jouait des tours lorsqu’il vit quelque chose de massif lui foncer dessus ; n’ayant que le temps d’apprêter son écu, il fut violemment renversé en arrière, un cri étouffé lui indiquant que sa femme venait de subir le même revers. La fuite, toujours la fuite… Lâches, lâches…


***


     « Vous avez un plan ?
     - SIGMAR !! BENIS-MOI DE TA SAINTE LUMIÈRE !!! »
     Robin Osbourne observa avec effarement comment une lumière venue droit des cieux inondait soudainement tout l’être du sire Uhrmacher. Sigmar devait être vraiment fort.


     Albéric n’eut aucun mal à apercevoir la divine intervention. S’emparant d’une dague, il la jeta à travers les brumes, certain de sa visée. Un cri lui confirma sa précision.


     Friedrich Uhrmacher sentit dans son dos l’acier froid lui saper ses dernières forces. Non, non, une fois mais pas deux, non… Non ! Il devait le t-tuer, le f-faire souffrir ! Le… Le…
     « Notre aide est donnée à ceux qui l’implorent. Accepte, et tu occiras ce mal à tout jamais… »
     « Je…
- fou de rancœur et de désespoir, le répurgateur oublia l’identité de ceux qui murmuraient ainsi dans les esprits. – J’accepte… »
 
     Il oublia tout, tout, son esprit rongé par la tristesse s’effaçant peu à peu pour ne laisser place qu’à un vœu de mort et de destruction. Une vigueur venue de nulle part traversa ses membres, et il décida de frapper… tout de suite.


     Robin fut stupéfait de voir l’expression du répurgateur se figer dans un rictus de douleur, mais il le fut encore plus en voyant la lumière dorée se dissiper brusquement, alors que la peau du répurgateur s’assombrissait…
     « My friend, c’est toujours Sigmar, ça ? »
     En guise de toute réponse, il reçut un tel coup de poing que seul son heaume lui évita le pire. Réfléchissant à la vitesse albionnaise, le shérif changea le label « friend » avec le label « foe », et se releva immédiatement afin de contrer cette nouvelle menace.


***
***
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 16:19




     Par Sigmar, que se passait-il sur ce champ de bataille ?? Richter voulut bondir afin d’affronter les ennemis, avant de se retourner vers son fardeau : rapporter l’hérétique Boris afin de l’utiliser comme bouclier humain n’avait peut-être pas été une si bonne idée. L’intéressé, ligoté et baillonné, lançait des regards implorants en direction du répurgateur, mais celui-ci n’en avait cure. Finalement, son tortionnaire sembla prendre une décision, vu qu’il lui reprenait son chapeau et son manteau. Puis, il sembla pondérer encore un moment.
     L’arrivée impromptue d’un autre type - avec un chapeau et des pistolets ?? – mit en terme à l’attente :
     « Par Sigmar, Herr Richter, vous foutez quoi ??
     - Par Sigmar, Herr Thulmann, j’ai ramené cet hérétique pour m’en servir contre les autres hérétiques, mais finalement cet hérétique est plus un boulet qu’un atout !
     - Eh bien, foutez-lui une balle dans le crâne, par Sigmar !! »
     L’évocation d’une fin aussi brutale vint à bout du pauvre boulanger, qui s’effondra comme naguère dans les pommes.
     Richter, qui s’apprêtait à executer le divin verdict, fut effaré en voyant sa victime inerte, alors qu’elle gigotait comme un hérétique il y avait à peine quelques instants.
     « Eh… Sigmar l’a tué avant moi ?
     - Eh bah s’il l’a tué avant vous, laissez-le et venez !! »
     Ayant assez de ramener à la raison son collègue un poil lent, Mathias n’attendit pas sa réponse et repartit dans le brouillard, où un bruit de lutte annonçait le dénouement de cette opération dangereuse. Richter, finalement décidé à ne pas rester derrière, lui emboita le pas.


***


     Albéric jura intérieurement. Il se fichait éperdument de sa propre personne, mais la pensée de mettre ses compagnons en danger le mettait hors de lui. Ils devaient fuir à présent, non pas discrètement et paisiblement, mais dans la catastrophe, pourchassés et haïs…

     Altdorf se réveillait peu à peu : les coups de feu répétés n’étaient pas si rares dans la cité, mais leur provenance d’un quartier plutôt chic était alarmante. Le guet d’Altdorf venait d’envoyer une patrouille, les chevaliers griffons venaient d’envoyer un détachement. Dans le palais, nul n’avait encore songé à réveiller le Conseil.


     Le chevalier Léonard attendait en haut des remparts près de la porte Nord de la capitale. Ils étaient tombés d’accord, dame Aliénor, le sire Abrams et lui, pour surveiller pendant la nuit les sorties de la cité, car il était dit dans la lettre que des engeances vampiriques allaient sauter de partout… Il se demanda s’il n’eût pas été plus sage de surveiller la chapelle du Graal où ils avaient trouvé la lettre, mais Nawenn lui avait expliqué que non, il devait se rendre utile et garder l’une des sorties. Et avertir les copains si jamais des démons venaient à passer… ce qui n’avait rien de rassurant.

     Le sire Abrams observait depuis le corps de garde de la porte Ouest. Les coups de feu avaient retenti dans un quartier proche ! Aliénor, silencieuse gardienne de la porte Sud, remit son heaume, avant de décider finalement de l’enlever : son objectif était d’observer, et les fentes de la pièce d’armure ne faisaient que de lui compliquer la tâche.


***


     Le baron de Joli-Tonneau, après avoir jeté son brevage pour s’emparer de son épée, faisait face à une scène des plus étranges dans le brouillard qui se dissipait : dans une masse informe, deux combattants roulaient sur les pavés, l’un étant évidemment bretonnien, et l’autre ressemblant fort à l’un de ces intraitables sigmariques. Par la Dame, que se passait-il ?!

     Arrivant d’un autre côté, Mathias Thulmann et Richter Ketzerfeuer furent tout aussi éberlués.
     « Hérétique !! » - lança Richter avant d’être arrêté par Mathias : ils risquaient de blesser… d’ailleurs, qui risquaient-ils de blesser ?! Lequel des deux était un hérétique ?!

     Robin Osbourne tenait desespérément son épée contre son adversaire qui le compressait au sol. Le regard du vieillard était… n’était pas humain, il baragouinait des mots incompréhensibles, et ses vieux bras, dotés d’une force formidable, faisaient de leur mieux pour repousser l’épée vers la gorge de shérif. Lorsqu’il aperçut du coin de l’œil un de ses compatriotes, il poussa un « Ne vous gênez pas surtout, tout va bien !! » gorgé de sarcasme.
     Cela suffit pour faire réagir le baron, qui asséna un terrifique coup de taille sur le flanc du vieillard, qui fut repoussé de quelques pas et lâcha prise…

     Mathias put finalement apercevoir le rictus bestial de Friedrich Uhrmann, et une sombre déduction s’imposa à lui.
     « Lui est un hérétique ! » - désigna-t-il le vieillard, s’adressant à Richter qui était parvenu à la même conclusion. – « Vous devez le maîtriser, Herr Richter !! Moi, je pars occire Albéric l’hérétique ! »

     Le brouillard rouge se dissipant enfin, Jacques le limier vit son maître faire face à un… répurgateur. Un autre venait de partir, un autre semblait épauler son maître. Avec le sire Osbourne. Bordel, mais il se passait quoi devant cette *** d’auberge !!


***


     « SERIGNAAAC !!! »
     Ce cri, Albéric commençait sérieusement à en avoir assez. Il se retenait cependant : l’essentiel était qu’ils s’en sortent sains et saufs.

     Roland de Boisserands avait fini par distancer son épouse. La bénédiction du Graal lui procurait une endurance au-delà de tout entendement humain, et son armure ne lui pesait guère autant qu’elle pesait sur n’importe quel autre chevalier. Bah, Eléonore le rejoindrait bien assez tôt…

     Le trio courait dans les rues sombres d’Altdorf, se dirigeant vers la porte Sud. Fuir, ils devaient fuir… Arrivés à une artère principale, ils aperçurent une vive lumière blanche surgir à l’autre bout de la grande voie : c’était un chevalier, encore un, à la cape qui semblait amplifier les rayons de lune…

     Guidé par Dame Gaea, Silvère savait qu’il n’aurait droit qu’à une seule chance, à une seule charge. Ses ennemis étaient-là, figés de stupeur, et ces précieux instants d’hésitation étaient les seuls sur lesquels il pouvait compter pour l’emporter.

     Il fut à son tour stupéfait de voir l’un des trois fuyards, le plus grand des trois, foncer à sa rencontre. Vite, baisser sa lance…
     Sérène ne lui en laissa guère l’occasion ; bondissant et apprêtant son bras droit, il attrapa dans son élan la lance et la tête du chevalier, qui fut brutalement projeté hors de sa selle.
     Le temps qu’il se remettait du choc, Sérène enjoignit ses compagnons de le suivre…

     « SERIGNAAAC !! »  


***


     Roland déboula dans la grande rue, et fut étonné de voir passer un destrier sans cavalier. Les insignes de Graal… Immédiatement après, il vit les trois fuyards lui tourner le dos…
     « SERIGNAC !! SI TU PENSES QUE TOI ET TA CHIENNE DE COMPAGNE ALLEZ VOUS ENFUIR, JE JURE PAR LA DAME QU’IL N’EN SERA POINT AINSI !!! »

     Le vampire s’arrêta net. « Fuyez !! » - rugit-il à l’encontre de ses deux compagnons. – « Fuyez, je les ralentirai !!! »

     Il vit Jeanne vouloir protester, mais quelques mots de Sérène la plongèrent dans le désarroi, alors qu’elle acceptait de se faire entrainer à nouveau dans la course.
     Si ce fumier de Boisserands pensait à s’en prendre à elle…

     « Eh ! Fumier ! Attrape-moi si tu le peux ! »
     Il partit dans une autre direction, vers l’Ouest, s’assurant que le chevalier enragé le poursuive. Sa propre fureur fut sans limite lorsqu’il entendit Roland crier à l’autre chevalier de continuer la poursuite des deux autres, mais il ne rebroussa pas chemin. Au moins, leur lutte à eux allait faire grand bruit, et attirer bien plus de monde…

     « SERIGNAAAC !! »
     Par la Dame, - ricana intérieurement le vampire, - c’est devenu une véritable obsession chez celui-là.







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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 18:40



     Réveillés par l’incroyable boucan dehors, les locataires et le personnel de l’auberge « Au bon endroit » se disaient à présent qu’ils n’étaient guère « au bon endroit » cette nuit-là. Des cris, des détonations, enfin des hurlements incessants, voila ce qui les avait réveillés au beau milieu de la nuit, et la plupart d’entre eux étaient à présent en train de sortir par la porte de derrière.

     Friedrich Uhrmacher recouvrait peu à peu ses souvenirs, sa tristesse, sa colère… Pourquoi y avait-il autant d’hérétiques sur son chemin, de monstres abjects, qui n’avaient pour but que de massacrer des innocents ?! Il les voyait l’encercler, hideux, avec des visages d’animaux, des cornes démoniaques, des queues longues et hérissées d’épines… Lui n’avait qu’un petit glaive, mais c’était tout, tout ce qu’il lui fallait ! S’il devait mourir, alors il emmènerait tous ces gens avec lui !


***


     Abrams Gottlichglück fut rejoint pas la patrouille des murailles, qui le pressa de questions sur ce qui pouvait bien se passer en ville. Le chevalier errant était en cours d’explication lorsque…

     « LÂCHE !!! »

     Le cri leur parvint de loin, puis ils aperçurent une ombre courir dans la grande rue reliant la porte Ouest au palais impérial. Peu après, ils virent une figure luminescente à sa poursuite…
     Ordonnant à la patrouille de garder le mécanisme d’ouverture, Abrams fonça dans l’escalier qui descendait dans les rues…

     « LÂCHE !!! »

     Roland, dont la fureur rendait infatigable, entendit non loin d’autres cris, mais des cris de bêtes féroces, et un bruit de galop… Tournant la tête, il aperçut du coin de l’œil trois créatures encore plus massives que des chevaux, à pectoral d’acier et à tête d’oiseau de proie… Des griffons ?!

     Albéric les aperçut également, des chevaliers montés sur des demi-griffons, élus parmi les meilleurs nobles de l’Empire… Haha, voila une autre menace qu’il venait de faire éviter à ses amis. Toutefois, les portes étaient fermées, sa route s’arrêterait donc là, à moins qu’il n’escalade ou ne remonte les remparts…
     La menace du graaleux lui revint toutefois en tête : « ta chienne de compagne… »
     Ce vieux fou allait donc la pourchasser avec le même fanatisme qu’il le pourchassait, lui ! Impossible ! Intolérable !


     A l’entrée de l’escalier menant au corps de garde, Abrams se tenait, lame au clair. Si ce vampire pensait qu’il allait s’en tirer comme ça… Il vit alors le vampire s’arrêter une bonne vingtaine de pas devant les portes, lui tournant le dos.

     « Viens donc, vieux fou ! Je te montrerai ce que vaut le titre de champion !! »

     Nullement interloqué par ce revirement d’attitude, Roland chargea en bon bretonnien.



***


     « Avons-nous fini avec lui ? »
     « Non, sa survie sera une plus grande nuisance que sa mort. Qu’il vive ! »


     Le voile retomba tout d’un coup. Richter Ketzer…feuer, les bretonniens, la milice d’Altdorf… tout ceux qu’il prenait pour des démons… Et dans sa tête, des rires, résonnant de plus en fort, si cruels, si abominablement cruels…


     Un grondement subit fut brutalement suivi par un coup de tonnerre ; le ciel sembla se fendre en deux, alors qu’une vive lumière violacée s’engouffrait par la brêche dans le réel. Les rires qui résonnaient jusqu’alors dans la tête de Friedrich résonnèrent à présent dans tout le quartier…
Bretonniens et impériaux virent avec horreur des bras informes surgit de la faille et agripper le répurgateur fou, qui se mit de nouveau à hurler, mais… de désespoir ?
     Leur hésitation leur coûta cher : une fois le répurgateur emporté dans la faille, celle-ci se referma et disparut, la cacophonie de rires laissant place à un assourdissant silence…

     Tout autour d’eux, les miliciens couraient dans tous les sens, leurs camarades ayant gardé leur santé mentale tentant de les retenir, en vain. La grâce de la Dame eut préservé ses serviteurs, alors que Richter priait frénétiquement, serrant fermement son amulette sacrée. Il venait de voir l’abîme.



***


     Mathias Thulmann avait réquisitionné le premier cheval qu’il avait vu dans la première étable qu’il avait croisée. Suivant les cris (Sérignaaac !), il avait harassé sa monture à travers les rues de la cité, jusqu’à parvenir auprès de la porte Est, où un terrible combat avait lieu…


     Ils s’étaient mutuellement désarmés : un coup puissant avait arraché son épée au vampire, une vicieuse torsion du poignet avait fait tomber celle du chevalier. Blessés de toutes parts, rivalisant de brutalité et d’adresse, ni l’un, ni l’autre des deux adversaires ne semblait prendre un avantage définitif.
     Un petit contingent de soldats encerclait le duel : le sire de Boisserands avait rugit qu’il ne tolèrerait aucune intervention extérieure. Les chevaliers du Griffon avaient fini par s’en aller, avertis d’une autre échaffourée à la porte Sud ; cela fut un soulagement pour eux, car la vue de tant de sang rendait leurs montures encore plus difficilement contrôlables que d’habitude.

     Lorsque les trois monstrueux chevaliers arrivèrent au lieu dit, ils trouvèrent une garnison entièrement décimée, et une… chevalière ( ?) bretonnienne inconsciente, miraculeusement épargnée… Cependant, il semblait que nul n’avait ouvert les portes, ou bien avait d’abord ouvert puis refermé celles-ci, et sachant qu’il fallait au moins quatre hommes robustes pour activer le mécanisme… De fait, ils ne comprirent guère ce qui avait bien pu se passer. Rejoints par quelques membres du clergé sigmarite, ils reçurent l’ordre d’ouvrir les portes, soi-disant afin de chercher des traces…


     Jeanne et Sérène couraient le long des remparts. A l’est, les premières lueurs de l’aube s’annonçaient. Elle avait insisté pour essayer de le sauver, il l’avait suivie avec détermination, bien qu’un sombre pressentiment lui serrât le cœur…


     Abrams ne pouvait s’empêcher d’être admiratif devant les deux combattants. Le sire de la Motte d’Artois, en dépit de sa nature impie, méritait son titre de champion, tenant tête à l’un des élus de la Dame du Lac. Il voyait aux regards ébahis des soldats que tout le monde partageait cette impression, et qu’intervenir dans ce duel était tout simplement infaisable…
     Puis, ce fut l’aveuglement. Nul à part les deux combattants ne reconnut la brume opaque qui avait inondé l’auberge « Au bon endroit ». Ce fut la panique générale, le sire Gottlichglück se faisant bousculer à plusieurs reprises. Le cri « LÂCHE ! LÂCHE !! » résonna encore et encore, bien que la voix semblât bien enrouée cette fois-ci…

     Jeanne aida Albéric à remonter les escaliers, le vampire n’opposant qu’une faible résistance, se sentant poussé à bout par l’affrontement qui venait d’être interrompu… Ils bousculèrent quiconque tentant d’entraver leur ascension, arrivant finalement au sommet des remparts, où Sérène avait solidement attaché une corde extrêmement épaisse, qui servait habituellement aux réparations des remparts. La vampiresse descendit la première, suivie par Albéric qui avait juste assez de force pour se laisser glisser. Leur compagnon humain les suivit promptement, et le temps que les portes soient enfin ouvertes, le trio était déjà assez loin…


***


     Il fut relâché un instant après qu’il fût pris : Friedrich sentit le vide en dessous de lui, avant d’atterrir durement contre la terre ferme… Qu’avait-il fait, que venait-il de se passer… Levant son regard, il ne reconnut pas l’endroit où il se trouvait, ce n’était plus Altdorf. A droite comme à gauche, des arbres poussaient, leur épaisse canopée dissimulant dans le noir les sous-bois d’une sombre forêt. Lui-même était sur un espace terreux et plat, frais et dur… Une route ? Une route ?
     Mais… que lui arriverait-il désormais ?

     Les ricanements dans sa tête résonnèrent de plus belle. Sentant des larmes lui monter aux yeux pour quelque chose qu’il ne pouvait que deviner, Friedrich Uhrmacher se plongea dans une fervente prière, faisant de son mieux pour ignorer les rires persistants…


***


     Silvère de Castagne arriva alors que les portes Sud étaient en train de s’ouvrir lentement… Il ignora les appels des impériaux, qui voulaient qu’il « aide à ouvrir ces foutues portes », et s’engouffra immédiatement dans l’interstice qui venait de se créer. Heureusement que sa monture s’était agenouillée pour le laisser monter plus facilement, car sa chute avait été rude…
     Son œil perçant capta du mouvement à l’Ouest : trois figures s’éloignaient… Seul, il les perdrait vite, trop vite, comme il avait perdu Morgueil il y avait bien longtemps… Le chevalier du Graal adressa une courte prière à la Dame du Lac. Cette fois-ci, il la pria de lui accorder de braves compagnons pour le suivre dans sa voie.


     Aliénor se réveilla lentement, elle était toujours sur les remparts… Elle ne se souvenait que de l’affrontement qui l’opposa à un homme et une femme, deux êtres à l’habileté exceptionnelle. Sa tête lui faisait tellement mal… Mais, grâce soit rendue à la Dame, elle était toujours en vie.
 
***


     Les habitants du quartier Est d’Altdorf qui n’étaient pas réveillés de réveillèrent lorsque dans chaque habitation fit irruption une demi-douzaine de miliciens. Ignorant tout de la finesse ou de la bonne conduite, répondant qu’ils ne faisaient que d’executer les ordres, les soldats mirent les appartements sans dessus-dessous, fouillant dans les armoires, les coffres, les greniers et les sous-sols. Passant le quartier au peigne fin.
     Mathias Thulmann n’avait cure des plaintes qui allaient suivre. Lorsqu’il avait tenté de se faire entendre à travers le vacarme du duel, le répurgateur n’avait reçu qu’une seule réponse : « Universitätsbezirk ! »
     Soit dans les environs du quartier Est. Si cet hérétique d’Helmut ne se doutait de rien, il allait peut-être être pris au dépourvu, car le quartier était encerclé…




     Helmut van Orsicvun avait quitté la ville. Son maître serait satisfait de son rapport.



***
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Lun 19 Juin 2017 - 19:13




     Lorsqu’il vit le soleil se lever, Martin était éreinté. Il n’avait ni l’endurance d’un chevalier du Graal, ni le toupet d’un répurgateur pour s’accaparer les montures d’autrui. Avait-il seulement pu se rendre utile en essayant de poursuivre le sire de la Motte, sans pouvoir le rattraper ?
     « T’inquiètes pas, va. »
     Il se retourna, vit la mine paisible et sereine de la dame de Boisserands, encore toute rougie par une longue course.
     « Un jour, - dit-elle, - tu deviendras fort et rapide, et habile à la lance comme à l’épée. Tu as bien vaincu mon époux en joute ? La Dame attendait sans doute qu’il se montre digne en dehors de celle-ci. »
     Ils étaient dos à un mur, dans une rue de la cité. Trop fatigué pour parler, l’écuyer se laissa convaincre par les paroles de la dame. Il n’était pas un chevalier du Graal comme son m…
     Où… où avait-il laissé son maître au juste ?



***


     Le comte Dangorn de Castagne, dos à un tronc d’arbre, n’avait guère meilleure mine que son apprenti.
     S’apercevant de l’absence d’Albéric de Sérignac à la fin du bal, il avait simplement demandé au passants s’ils avaient aperçu un jeune homme de fort belle allure déambuler dans les rues, et comme un jeune homme riche habillé à la dernière mode ne passait guère inaperçu…

     Arrivé dans un endroit paumé de la ville, il vut stupéfait de voir bondir un homme depuis la fenêtre d’un immeuble abandonné, avant de sauter de toit en toit avec l’agileté d’une sauterelle. Mais s’il se savait incapable de rattraper une sauterelle hypertrophiée, le sire Dangorn se savait au moins capable d’examiner sa tanière.

     Après un long moment d’inspection, il entendit des râclements…

     Dès lors, ce fut le chaos et il ne s’en souviendrait pas en détail : grâce soit rendue à la Dame, Patapon son destrier s’était mis pile sous la fenêtre pour qu’il puisse lui sauter dessus et se lancer à la poursuite d’un fuyard. Celui-là n’était pas aussi rapide qu’une sauterelle, tiens…

     C’était un poisson. Le sire de Castagne resta interdit devant le grand fleuve (nommé Talabec) ou son fuyard avait sauté.

     Ses pouvoirs du Graal lui permettant de respirer sous l’eau (Dame du Lac, et pas de la Terre, héhé !) Dangorn s’engouffra dans les flots avec sa monture, et passa le reste de la nuit à tenter de rattraper son poisson, régulièrement retardé par des formes spectrales qui essayaient de le noyer, avant de tâter de son épée.

     Dans la forêt, toutefois, ils eurent moins de chance, les épaisses broussailles de ronciers empêchant toute poursuite… Crénom, la prochaine fois, ce poisson-là ne lui échappera pas !!




Very Happy





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Von Essen
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Mar 20 Juin 2017 - 10:52

Conclusions (bis)




     Dans la cité impériale d’Altdorf, les habitants se réveillaient.


Spoiler:
 

     Le Conseil impérial se réveillait aussi, et croulait déjà sous des rapports aussi contradictoires que fantastiques, allant d’une poursuite d’hérétiques à une invasion d’hommes-rats à dos d’hippogriffes. Il fallut convoquer quelques hauts membres du clergé sigmarite, qui à leur tour convoquèrent leurs subalternes, qui à leur tour convoquèrent leurs serviteurs afin d’écumer les rues de la cité à la recherche de personnes capables d’expliquer tout ce qui se passait. L’on rapporta notamment les dires du répurgateur Thulmann, qui affirmait haut et fort que le quartier Est de la capitale abritait un véritable nid d’hérétiques, et qu’il le brûlerait tout entier si le besoin s’en faisait ressentir. Sa Majesté Impériale envoya son champion sur place : brûler des quartiers entiers se faisait, mais uniquement sur autorisation des plus hautes sphères !

     Au fur à mesure que les rapports étaient démêlés, la situation se clarifiait petit à petit : du grabuge aux portes Sud et Ouest, ainsi que près de l’auberge « Au bon endroit », qui jusqu’à maintenant avait été un établissement sans histoires. Puis, ce fut le choc : Albéric de Sérignac de la Motte d’Artois, le champion des épreuves à pied du Grand Tournoi de la Reiksguard, était un hérétique et un démon. « Aha !! » - entendit-on parmi les fonctionnaires impériaux pas très discrets, qui s’écrasèrent immédiatement sous les regards vindicatifs de Karl Franz et du Reiksmarshall.
     Ce dernier s’empressa par ailleurs de convoquer la Großmeister Gentevigne, et grand fut son étonnement lorsque la vieille halfling s’avéra introuvable. Kurt Hellborg ordonna une enquête, craignant le pire…
     L’administration impériale, elle, était fâchée car très confuse. La cérémonie des prix avait eu lieu, et on venait de perdre cinq mille Karls d’or aux mains d’un hérétique ! Quelques fonctionnaires dégourdis ordonnèrent une fouille minutieuse de la malheureuse auberge, mais l’on sut plus tard que les recherches furent vaines.

     En attendant, il fallait réécrire les fiches, rayer les mentions du nom d’Albéric, réattribuer les prix… Quelqu’un fut envoyé pour aller chercher Thelma Auerbach, à qui la place de champion revenait désormais de droit… et ce quelqu’un revint bredouille !
     L’information remonta aux organes de sécurité interne : deux disparitions inexpliquées, ça faisait trop ! On leur répondit cependant qu’ils avaient des rapports de faille chaotique et de répurgateurs corrompus, et qu’ils avaient donc mieux à faire que le boulot de l’administration !
     Suite à cet échange de politesses entre fonctionnaires, il fut décidé de régler au moins les cas de ceux qui répondaient présents. Ce fut le cas de la plupart des participants, même si la plupart d’entre eux bâillaient à s’en rompre la mâchoire et ignoraient la moitié de ce qu’ils entendaient. Ce fut ainsi qu’à travers deux bâillements, Robin Osbourne se vit décerner le titre de deuxième champion des épreuves à pied, et deux mille Karls d’or pour compléter son prix. Quant à la place de troisième champion…

     « Euh… mais vous êtes sûrs ?
     - Oui monsieur, vous avez remporté autant de victoires que le Herr Ketzerfeuer, vous devez donc l’affronter présentement pour pouvoir prétendre au prix du champion…
     - Haha ! Je le savais, par Sigmar, je le savais ! Enfin, si vous voulez bien m’attendre un peu, il y a un autre hérétique qui a besoin d’être brûlé, même si Sigmar l’a tué avant moi…
     - Monsieur ! Si vous ne vous présentez pas immédiatement à l’arène avec le sire Léonard, cela revindra à une déclaration de forfait et le prix lui sera remis !
     - Que… Par Sigmar !!!
     - Sigmar protège l’ordre !!! Monsieur, nous vous prions que tout soit fait en ordre, ou bien l’hérétique ici, c’est vous !!! »
     Face à une telle insulte, le répurgateur se jura qu’il aurait la preuve que ce fonctionnaire était un hérétique. Pour l’heure, il était en présence de beaucoup de trop de gens pour renvoyer bêtement l’accusation et faire feu. En plus, le sire Léonard ne lui semblait pas très dégourdi, alors un hérétique mort pouvait bien attendre un peu…

     Aussitôt, les combattants se retrouvèrent sur le sable de l’arène, qu’ils ne pensaient point revoir, l’un sûr de lui, l’autre hésitant. Mais comme Nawenn l’assurait que Sigmar ne lui résisterait pas, il se dit qu’après tout, il pouvait bien essayer.

     Au signal (donné par Heinrich Reinhardt, à qui cette responsabilité fut déléguée en catimini, il en fut informé au dernier moment), le répurgateur vida ses pistolets sur le chevalier : « GLOOOOOOOOOOOOOOONG ! »

     Ce fut le bruit de la balle qui rebondissait sur le heaume du graaleux qui, totalement étourdi par le glas métallique, ne comprit plus du tout où il allait… (Tir : 1T, 1B Coup Fatal ! Blessures multiples : 2 PV !)

     Dans les tribunes, les quelques fonctionnaires, soldats et chevaliers qui assistaient au combat virent cependant le sire Léonard charger droit sur l’ennemi, en faisant tournoyer son épée dans des moulinets redoutables ! Ils virent le répurgateur totalement dépassé par tant de maîtrise, renversé à terre, puis assommé par le plat de la grande lame ! Victoire expéditive du sire Léonard de Rouergue !
     (Richter : 1T, 0B ; Léonard : 3T, 2B, Blessures multiples : 4 PV !!!)

     Sous le regard ému de Nawenn et les mines incrédules de bon nombre d’impériaux, le vaillant Léonard se vit remettre un beau coffret contenant mille Karls d’or.


cheers




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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Ven 23 Juin 2017 - 18:45


     Quelques heures avant, à la fin de la nuit...

Un terrible cauchemar...

Spoiler:
 




   « AAAAAAAAAAAAAH ! »
   Hurlant comme un possédé, Albéric se redressa d’un seul coup, et s’il n’eut été mort, il aurait été trempé de sueur.
   Reprenant bien vite ses esprits, il se rendit compte qu’il était sur un lit de paille, dans une masure en bois délabrée. La pénombre régnait dans la pièce, mais il pouvait voir Sérène, l’épéiste, surveiller les environs depuis l’ouverture de la porte.
   Aurait-il rêvé ? Que…
   Le visage de Jeanne entra dans son champ de vision, et la jeune femme lui jeta un regard empreint de douceur. Elle allait parler, mais il la prit de vitesse :
   « Que, où suis-je ? Que s’est-il passé ? »
   Ses derniers souvenirs étaient une course effrénée sur les collines environnant Altdorf. Il fallait fuir…
   Une main rassurante se posa sur son épaule.
   « Tu étais épuisé. Nous avons fait halte dans cette masure, et tu t’es aussitôt effondré sur la paillasse, comme raide mort. J’ai cru que tu ne t’en réveillerais jamais ! »
   Hochant la tête aux dires de la jeune femme, Albéric grimaça. Il sentait que tout son corps le faisait encore souffrir.
   « Maudit Boisserands… Son duel m’a plus laissé en mauvais état que ce que j'aurais voulu. Il me fallait reprendre des forces, et encore ses blessures me suivront longtemps. J’ai …dormi… longtemps ?
   — Non, le soleil ne s’est pas encore levé.
   — Bien, il est encore temps de mettre quelques lieues entre nous et nos poursuivants. »
   Dans le fond de la pièce, Sérène hocha la tête en silence.

    Ils étaient sur une colline en pente douce, le cabanon adossé à la lisière de la forêt. De l’autre côté, les hautes herbes ondulaient placidement. Au loin, on devinait les lumières de la capitale impériales, qui se dessinaient sur le ciel nocturne.
   Au milieu de ce décor, immobile parmi les épis ondulants, Albéric était perdu dans ses pensées, troublé.
   Quelque chose ne collait pas. L’auberge, le piège… Cela ne correspondait pas avec ce que lui avait dit le maudit Orsicvun. Albéric avait un instant contemplé le corps prostré de son ennemi, avant de renoncer à le tuer, mais le coin de lune qui avait éclairé son visage sur le moment n’avait pas trompé. Les dires du vampire sonnaient faux… S’ils avaient simplement débusqué Jeanne, pourquoi alors n’avaient-ils pas foncé la saisir ? Pourquoi l’avaient-ils attendu, lui qui n’était ni démasqué ni lié à leurs yeux à Jeanne ? Pourquoi tout cela avait senti le piège grossier à plein nez ? Et pourquoi les chevaliers du Tournoi étaient avec eux ? Il y avait beaucoup trop de questions sans réponses.
   « Dis-moi, Jeanne, aurais-tu fait quoi que ce soit en rentrant du bal qui aurait pu révéler ta nature aux impériaux ? »
   La jeune femme se tourna vers lui, interloquée.
   « Bien sûr que non ! Enfin, tu me connais, je ne me nourris que très peu et je sais me dissimuler… »
   Le vampire eut un petit rire. Alors c’était comme ça.
   « Ha, sacré Van Orsicvun. » Devant le regard de la vampiresse, Albéric s’expliqua : « Je crois qu’on nous a vendus. Deux vies pour une échappatoire, en quelque sorte. »
   Cette fois, Albéric rit de bon cœur. Et pourtant, son rire était toujours aussi glacial. De son côté, Jeanne comprenait de moins en moins.
   « Il nous a bien eu ! - dit le vampire. - Le jour où nos chemins se croisent à nouveau, je jure que je l’éparpille aux quatre coins de l’Empire ! »

   La vue de l’horizon s’éclairant lentement coupa court à ses vœux de vengeance. L’aube était proche. Albéric eut un faible sourire.
   « Eh bien, je pense qu’il est temps de faire nos adieux. »
   La réaction de Jeanne ne se fit pas attendre.
   « Tu ne viens pas avec nous ?
   — Non… Je ne peux que vous apporter des ennuis. Je ne sais faire que ça de toute manière, et je vous en ai déjà bien assez causés. Non vraiment, cela vaut mieux, pour vous comme pour moi. »
   Il voyait bien que la jeune femme se sentait blessée. Mais il n’avait pas le choix… La main réconfortante de Sérène se posa sur l’épaule de la vampiresse. L’air grave, l’épéiste hocha la tête à l’encontre d’Albéric : il comprenait sa décision, et il la respectait. Solennel, le vampire lui rendit son salut.
   Puis, soudainement, le vampire se redressa : « Ah, j’allais oublier ! J’ai un petit quelque chose pour me racheter de tous ces encombres. » Mettant la main à sa ceinture, il en détacha une large bourse qu’il lança au jeune couple. Le tintement qui en provint lorsque Sérène la rattrapa ne laissa aucun doute sur sa nature.
   « Voilà qui devrait compenser allègrement ce que vous avez perdu à l’auberge. Et si jamais vous vous trouvez dans le besoin, cherchez en haut de la plus haute tour du Grand Temple de Sigmar, vous pourrez peut-être y trouver le reste du grand prix des épreuves à pieds du tournoi... » Cette fois, Albéric avait retrouvé son sourire moqueur habituel. « Ha ! C’est bien dommage que je n’aie pu l’emporter avec moi, mais pas question de rendre leur or à ces maudits impériaux ! Et ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai une autre bourse bien remplie qui me servira agréablement bien pour les années à venir… »
   Les paroles n’avaient que trop duré. Il lui fallait maintenant tirer sa révérence, ce qu’il fit en s’inclinant bien bas.
   « Eh bien, bonnes gens, cela a été un plaisir que de vous retrouver pour ces quelques jours passés à Altdorf. »
   Jeanne levait la main, comme pour le retenir, mais finit pas s’avouer vaincue. Elle voulait lui poser tant de questions, l’implorer de rester… mais rien au monde, semblait-il, n’aurait pu convaincre le vampire. Au lieu de ça, elle lui adressa la parole simplement :
   « Prends soin de toi, au moins, d’accord ? »
   Albéric lui fit un clin d’œil.
   « Bien sûr ! Tu me connais, n’est-ce pas ?
   — C’est bien pour ça que je te le demande… Que vas-tu faire, maintenant ?
   — Pour l’instant, je vais m’efforcer de détourner tout éventuel poursuivant de votre chemin. Après, qui sait ? Peut-être que je vais chasser du vampire ? J’ai des comptes à rendre avec un certain Orsicvun… Enfin, il est temps d’y aller. »
   Une fois encore, Albéric les salua. D’un air triste, Jeanne lui rendit son salut de la main. Sérène, lui se contenta d’incliner sa tête, ses yeux parlant pour lui. Il respectait le choix du vampire, et lui souhaitait bonne chance sur sa longue route. Ha ! se dit Albéric. Jeanne avait bien de la chance d’être tombé sur quelqu’un comme lui. Qui sait ce qu’elle serait devenue, sinon…
   « Eh bien, mes amis, au plaisir ! »
   Le vampire leur offrit un dernier sourire puis son visage se déforma, s’allongea. Sa bouche s’étira, et se fondit avec son nez, qui s’étira en un long museau. Tout son corps s’étirait, s’affinait, son armure se fondant dans la chair avant d’être recouvert d’un poil sombre et brillant. Finalement, ses doigts disparurent dans ses mains qui se transformèrent en fines pattes griffues, et il se laissa tomber sur quatre jambes.
   En face du jeune couple, là où se trouvait Albéric quelques secondes auparavant, se tenait un énorme loup à la fourrure épaisse et noire, ses yeux rougeoyant dans les dernières ténèbres de la nuit. Il regarda un instant les deux jeunes gens avant de prendre la direction de la forêt, ses muscles ondulant gracieusement sous son poil lustré. En une course rapide, la bête disparut dans les ombres.

   Jeanne resta un moment à contempler l’endroit où le vampire avait disparu. Puis, la voix douce de Sérène la tira de ses pensées.
   « Viens, il n’y a plus rien pour nous ici. »
   Prenant la main tendue du jeune homme, elle se détourna de la forêt et, ensembles, ils prirent la direction du Nord, continuant sur le vieux chemin qui courait sur les collines. Bientôt, leurs silhouettes disparurent entre les hautes herbes.






***










     La défaite avait un goût amer, un agréable goût amer. Sa légende, bien qu’abruptement interrompue, était faite : il faisait désormais partie de ceux qui étaient partis aux yeux de tous, puis revenus. Il le devait à quelqu’un, certes, mais…

     Tout était plongé dans le silence et l’obscurité la plus totale. C’était ennuyeux, mais c’était une excellente situation pour repérer les intrus. La cupidité et le goût de l’aventure étaient monnaie courante chez les mortels, et sa chère et tendre veillerait à lui envoyer les plus stupides.
     En fait, non ! Il était dans une piètre situation. Bloqué pendant des mois, avec pour seule distraction des groupes d’aventuriers débiles, ce n’était PAS la meilleure situation.
     Mais c’était mieux que les limbes. C’était toujours mieux que les limbes.
     D’ailleurs, il ne serait trop seul. Même sous forme immatérielle, c’était lui, le maître des lieux ! Des revenants en armure lourde le gardaient. Des créatures innommables le gardaient ! Des pièges datant de Lahmia, installés par la volonté de sa bien-aimée, attendaient les inconscients qui oseraient s’aventurer dans son sanctuaire.    

     Von Essen était prêt à jouer son rôle. Le rôle de maître du donjon. Son rire spectral résonna brièvement parmi les catacombes.



***
***
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MessageSujet: Re: Combats et intrigues du Grand Tournoi de la Reiksguard   Hier à 22:20



     Helmut courait. Dire qu’il fuyait n’était pas très éloigné de la réalité, car il n’avait en effet aucune envie de revenir en arrière. Mais en l’état, plus personne n’était à ses trousses, et donc il était difficile de parler de fuite en l’absence de poursuivants.

     Son plan avait échoué, lamentablement. Les derniers rapports de ses espions avaient révélés que non seulement Albéric Sérignac était en vie, mais qu’en plus il avait fui la ville tout en s’étant révélé incapable de tuer le moindre sigmarite ou chevalier. Un désastre, car il savait s’être fait un ennemi mortel, qui n’hésiterait pas à se lancer sur sa piste dès que possible, sans compter Mathias Thulmann qui avait anéanti la plupart de ses repères dans le quartier est. Heureusement qu’à la dernière minute il avait décidé de se réfugier dans un autre endroit. Mais c’est là qu’avait surgi l’imprévisible comte Dangorn.

     Ce que ce chevalier du Graal venait faire là, Helmut n’en avait pas la moindre idée, mais toujours-est-il que le comte l’avait reconnu et poursuivi jusqu’en-dehors de la ville, et même dans la rivière ! Maudite soit la Dame du Lac, car c’était sûrement elle qui l’avait guidé jusqu’à ce coin perdu d’Altdorf à cet instant précis, et encore elle qui lui avait permis de respirer sous l’eau. Heureusement que les fourrés épineux qu’il avait repéré au dernier moment s’étaient révélés trop denses pour Dangorn et sa monture, car sinon il ne voyait pas comment il aurait pu lui échapper.

     Un mouvement indistinct entre les fourrés attira son attention, et Helmut s’arrêta, tous ses sens en alerte. Il se trouvait dans une clairière, l’ombre des arbres s’étendant partout autour de lui. Les seuls sons qui troublaient le silence étaient le sifflement du vent dans les feuilles et le faible remous d’un torrent lointain. Pas un seul grillon, pas un seul renard, aucun animal ne se trouvait dans les parages. Les yeux aux aguets, Helmut referma la main sur la poignée de son épée, se demandant à quoi il avait affaire. L’air ne recélait aucune odeur d’une créature quelconque, et à part le mouvement de tout à l’heure il ne distinguait rien d’anormal avec sa vision nocturne. Jusqu’au moment où le spectre traversa l’arbre devant lui.

     Helmut était habitué aux spectres, et même encore plus que la plupart des vampires, car il les employait extensivement en tant qu’espions. En soi, le vieux monde regorgeant d’âmes en peines, il était très facile d’en invoquer dans n’importe quelle ville, et il lui suffisait de les soumettre à sa volonté pour qu’ils obéissent. Mais l’esprit qui venait d’apparaître devant lui n’avait rien de commun avec les faibles fantômes qu’il employait régulièrement. Il était d’abord bien plus distinct, sa silhouette bleuâtre enveloppée dans une longue robe dont le bas se perdait dans des flammes de la même couleur. Son visage encapuchonné était un simple crâne, mais celui-ci était étrangement vivant, sombre paradoxe renforcé par la présence de lueurs au fond de ses orbites. Celles-ci variaient en intensité et en position en fonction de l’humeur du spectre, et cela avait un côté très dérangeant. Helmut le connaissait bien, car il s’agissait du chef des informateurs de son maître. Son nom était Eberhard, et dans sa vie il avait été un nécromancien puissant et redoutable, avant de se faire tuer par Konrad Von Carstein lorsqu’il lui avait dit en pleine face qu’il quittait son armée la veille de la bataille de la lande lugubre. Invoqué en tant que spectre, il servait les intérêts du maître d’Helmut avec une mauvaise humeur manifeste mais sans libre arbitre à cause de l’enchantement qui le soumettait.

     « Helmut, fit la voix d’outre-tombe de l’ancien nécromant, semblable à un grognement de troll enroué, je suis venu pour m’enquérir de ta mission. » Le vampire relâcha son épée, conscient qu’il n’était pas en danger immédiat. Mais la venue d’un tel être ici montrait à quel point il était lui-même sous surveillance, et cela le navrait. « Elle s’est bien déroulée, malgré quelques imprévus. Les plans de notre maître n’ont pas de raison d’être inquiétés. Je peux vous assurer que la reiksguard n’est pas ressortie grandie de ce tournoi. L’un de ses commandeurs est mort, un de ses plus prestigieux précepteurs est engouffré dans un scandale religieux, de même que le Reiksmarshall. Et la Großmeister a été enlevée par l’une des participantes pour être amenée dans une valise par bateau. Seul l’un des participants a gagné ses rangs en tant que maître d’armes, ce qui fait un bilan plutôt négatif. » Helmut avait dit tout cela d’une traite, ayant soigneusement préparé à l’avance les mots qu’il comptait utiliser. En soi, il savait que son maître se fichait éperdument de sa personne, mais il prendrait sûrement très mal le fait que lui, Helmut, se soit fait repérer et poursuivre par autant de monde.

     « Bien, finit par dire le spectre, y a-t-il autre chose que tu souhaites ajouter à ton rapport ? Le maître désire que tout lui soit révélé. » Helmut prit le temps de réfléchir à sa réponse, afin d’éviter d’âpres conséquences. « Je lui conseillerais d’attendre encore un peu. Quelques vampires se sont glissés dans le tournoi, et une gigantesque chasse à l’homme a été lancée dans les dernières heures lorsque cela a été révélé. La population de la ville est des plus méfiantes, et des répurgateurs ont pris des mesures extrêmes. Il faudrait à mon avis attendre que les choses se soient calmées. » Helmut sourit intérieurement, car il avait dit la stricte vérité tout en omettant être à l’origine d’une bonne partie du chaos de la nuit. De son côté, Eberhard ne manifesta aucune émotion, ses étranges pupilles luisant sans changement particuliers. Au bout de quelques secondes, il finit pourtant par répondre. « Je vois. Je vais m’assurer qu’il soit mis au courant dans les plus brefs délais. Quant à toi, tu peux retourner à tes activités habituelles. Lorsque le temps sera venu, tu le sauras. » Le spectre avait prononcé ces derniers mots avec une pointe de solennité, mais Helmut ne s’en formalisa pas, habitué aux goûts de son interlocuteur pour la mise en scène. Juste après sa tirade, le spectre recula tout en fixant le vampire, avant de disparaître à nouveau dans l’arbre, laissant le vampire seul dans la forêt alors que celle-ci reprenait peu à peu ses signes de vie.
    « Me laisser à mes occupations habituelles, hein ? Je me souviens qu’en venant un étrange crime avait été commis à Wörlitz, peut-être offrira-t-il une distraction suffisante. »







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