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 [Récit] Le Roi Muet

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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Ven 20 Oct 2017 - 23:07

J'apprends de nouvelles choses sur Malkir. Mais bon, il l'avait quand même bien méritée, sa balle dans le crâne Vampire  

Sinon, je rejoins Hiéronymus dans son conseil avisé : avec Moussillon, on ne sait jamais. Il me paraît hautement improbable que le lieu ne soit pas déjà occupé par un autre esprit malsain du Duché maudit.
Je m'attends à un défi de taille pour nos deux héros...

La suite ! Happy

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Gromdal
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 21 Oct 2017 - 0:47

@Von Essen a écrit:
J'apprends de nouvelles choses sur Malkir. Mais bon, il l'avait quand même bien méritée, sa balle dans le crâne Vampire  
Je ne reviendrai pas sur le fait qu'il était un, euh, vil personnage sans rédemption possible. Je vais même continuer à pousser dans cette direction. lol C'est juste qu'il me fallait trouver un sire de Moussillon comme ancien lige de Hiéronymus, et en relisant le Tournoi du Fort de Sang, je me suis dit, pourquoi pas. Happy
Enfin, à l'instar de la quasi-totalité de la première partie du récit (dont nous n'avons à présent à peine atteint le quart, je pense), ce "détail" est planifié depuis, eh bien, bientôt un an. respect

@Von Essen a écrit:
Je m'attends à un défi de taille pour nos deux héros...
Il y en aura. Plusieurs. Et pas forcément d'où on s'y attendrait. Fou

Sinon... 5e page ! Je perce un tonneau à la Taverne pour fêter ça ! banane

Grom'
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 4 Nov 2017 - 21:39

*** ***



     Lorsque l'aube humide vint, le vieux sorcier dormait encore profondément, son chapeau ayant glissé sur son nez. En face de lui, le Roi Muet s'occupait à recouvrir les dernières braises encore fumantes de leur petit foyer de la nuit.
     Finalement, Hiéronymus finit par lever la tête et s'étirer avec un grand soupir lorsque le revenant détacha les rênes des chevaux pour les apprêter à partir.
      « L'aurore, vraiment ? maugréa le sorcier. Vous ne voulez pas partir encore plus tôt ? »
     Le revenant ne se retourna même pas.
      « Votre royaume, comme vous dites, ne s'en disparaîtra pas pour quelques heures de bon sommeil de plus. » fit le sorcier en se relevant, avant d’étirer son dos et de ramasser sa couverture de laine rêche.
     Cette fois, le vieux roi s'arrêta dans son geste, prêt à monter en selle. Hiéronymus devinait dans son regard que s'il avait encore eu des sourcils, il en aurait levé un.
     C'est vous qui disiez hier soir que vous n'aviez pas besoin de dormir.
     Le sorcier laissa échapper un rire franc alors qu'il pliait sa couverture pour la raccrocher derrière la selle de sa monture.
      « Haha, bien renvoyé en effet ! Que vais-je devenir si je me fais prendre à mon propre jeu, vraiment... »
     Le Roi Muet ne répondit pas, mais Hiéronymus sentit son amusement alors qu'il montait en selle.
     Eh bien, finit-il par dire, j'espère que vous êtes suffisamment remis pour ne pas nous perdre en chemin. J'ai eu beau regarder ma carte, je n'ai trouvé aucune trace de votre « Montrémy » ...
     Le vieux sorcier eut un petit sourire.
      « Le contraire m’aurait étonné. Comme je vous l'ai dit, c'est un trou perdu, en Moussillon qui plus est : aucune chance qu'il ne figure sur une carte comme la vôtre. Mais faites-moi confiance, nous allons entrer sur les terres de Mérineaux, dont je connais tous les chemins détournés comme ma poche : ces terres sont les voisines de votre fief. »
     Je ne savais pas que nous en étions si proches.
      « Oh grands dieux non ! Vous n'avez pas fini d'entre parler du seigneur de Mérineaux :  ses domaines s'étendent sur des lieues, depuis les frontières de Moussillon jusqu'à l'intérieur des terres de Bastogne. Là où nous sommes, nous en avons pour une bonne semaine de voyage. »
     Ils sortirent du sous-bois, et rejoignirent un petit chemin indiqué par le vieux sorcier. Le Roi Muet tourna la tête vers son compagnon de route.
     Il a l'air d'un seigneur influent.
     Hiéronymus leva les yeux au ciel.
      « Et comment ! Suivez mon conseil, et méfiez-vous de lui : ce vieux bougre est un bien piètre guerrier, mais un fin tacticien qui sait faire marcher sa tête. C'est avec ses magouilles politiques, et non par ses armes, qu'il a mis la main sur toute la région, à grand coup de mariages arrangés et de jeux de pouvoir. Beaucoup des domaines environnants ne portent pas le nom de Mérineaux, mais ne vous y méprenez pas : c'est lui le véritable seigneur de ces terres. Il ne s'est jamais intéressé à Moussillon, contrée pourrie jusqu’à la moëlle s’il en est ; faites en sorte que cela reste ainsi. »
     Le revenant regarda un moment dans le vide, pensif.
     Alors voilà qui est mon ennemi...
      « Pardon ? »
     Le regard du Roi Muet transperça le vieux sorcier de par son intensité.
     C'est cet homme qui est derrière la cavalcade d'hier, et il m'a pris une dague d'une grande valeur.
     Les yeux de Hiéronymus s'agrandirent.
      « Quoi ? Mais vous n'envisagez tout de même pas – »
     C'est une dague elfique qui m'a été offerte en personne par des grands guerriers de cette race. Elle m'appartient, et pas à ces chevaliers.
      « Nous aurons tout le temps de voir sa plus tard. » Il s'agissait de calmer les ardeurs montantes du revenant : « Pour l'instant, ni vous ni moi ne sommes en mesure de la récupérer, sans y laisser nos vies. »
     Le Roi Muet ne répondit pas, mais le vieux sorcier sentait dans son regard que ce n'était que partie remise. Ainsi, Hiéronymus choisit de changer de sujet :
      « Mais dites-moi, que connaissez-vous de Moussillon ? »
     Le nom, rien de plus. Mais il ne doit pas être bien différent des autres duchés…
      « Vous ne pourriez pas être plus loin de la réalité ! »
     Le sorcier sentit qu'il avait piqué l'intérêt du revenant.
      « J'imagine que vous connaissez au moins la Sylvanie ? »
     Le regard vide de son interlocuteur était sans équivoque.
      « Non plus ! Et vous me dites que vous êtes un roi revenant ! Mais où donc est passé votre éducation ? »
     Le vieux roi fut piqué au vif.
     Désolé de n’avoir aucun souvenir clair d'avant ma libération, dit-il sèchement.
     Hiéronymus balaya sa mauvaise humeur d'un revers de main.
      « Qu'à cela ne tienne, je suis là pour compléter ce que vous ne savez pas. Retenez seulement que Moussillon est à la Bretonnie ce que la Sylvanie est à l'Empire : si elle était jadis une terre florissante et paisible, c'est maintenant une contrée déchue et peuplée par les créatures de la nuit. »
     Le revenant pencha légèrement la tête sur le côté, marquant son étonnement.
     Une terre de vampires ?
      « Hmm, plus ou moins en réalité. Disons que le cas de Moussillon est moins flagrant que celui de pour la Sylvanie, qui est bien plus … vivante, si l’on peut le dire ainsi. Le duché a été purgé il y a bien des années. Les vampires y sont bien plus rares, et côtoient des petits seigneurs bien mortels. Il n'empêche que le pays en a gardé des cicatrices indélébiles : tout le duché est saturé en magie noire, et il ne reste des plaines verdoyantes que des marais putrides ponctués d'arbres rabougris et torturés. De plus, Moussillon a été privée de ducs depuis des générations, et les grands principes et lois bretonniens y sont souvent détournés au profit du plus fort.
      « Enfin, de ce côté-là, vous êtes plutôt chanceux : au bord du duché, pris en tenaille entre Grismerie, qui marque la frontière avec Bastogne, et les abords de la forêt d'Artois, Montrémy est moins corrompu que le reste du duché, et en dehors des intérêts des petits seigneurs locaux sans foi ni loi. Bon, en contrepartie, quelques hommes-bêtes sortent de la forêt pour se livrer à un peu de pillage, mais ça n'a jamais été problématique. »
     Le revenant était dubitatif.
     Un bien triste tableau.
      « Voyez les choses du bon côté ! Avec tout ça, vous serez tranquille avec tous vos voisins, et vous pourrez faire là-bas ce que bon vous semble. Et au moins, vos serfs peuvent faire un minimum de culture, ce qui est impossible dans la quasi-totalité du duché. C'est une lande décharnée qui règne sur les collines de Montrémy, et non des marais stériles ; aux dernières nouvelles, les paysans du coin y élevaient des porcs à moitié sauvages. »
     Le Roi Muet hocha la tête et n'insista pas : le vieux sorcier semblait convaincu qu'il n'était pas aussi mal loti que le reste du duché.
     Cela dit, je me demande bien comment un duché peut tomber aussi bas de la sorte.
     Hiéronymus leva les mains.
      « Ah ça ! C'est une histoire bien compliquée, dont seulement quelques bribes nous sont parvenues. Heureusement pour vous, j'en tiens la version vampirique, bien plus complète et ... fidèle à la réalité, que celle relatée par les Bretonniens... La route est encore longue, j'ai largement le temps de vous la raconter sur le chemin. »
     Le Roi Muet l'enjoignit à poursuivre d'un mouvement de tête.

     Ils voyagèrent ainsi toute la matinée, sur une route nichée au creux d'une vallée bordée de forêt aux arbres bourgeonnants, qui se montra parfaitement déserte en cette journée ensoleillée, aux senteurs de printemps. Au vu des herbes folles qui dévoraient lentement le chemin, ils devaient être les premières âmes à l'emprunter depuis quelques temps, et il se passerait probablement encore de nombreux mois avant que quelque voyageur ne daigne le traverser à nouveau.
     Alors qu’il était en train de narrer l’épisode de la trahison du duc Mérovée, le vieux sorcier s’arrêta soudainement de parler, et scruta de ses yeux les sous-bois où perçaient çà et là quelques rayons de soleil.
      « À partir de maintenant, il nous faudra faire les plus discrets possible. Nous entrons là sur les terres proches du château de Mérineaux… La route sur laquelle nous sommes est abandonnée et bien cachée entre les collines, mais on n’est jamais trop prudents. »
     Le Roi Muet jeta un regard au sorcier.
     Il n’y a pas d’autre chemin ? Je pensais que tu connaissais cet endroit comme ta poche, sorcier.
     Hiéronymus accueillit la remarque d’un mouvement de main presque dédaigneux.
      « Je n’ai pas menti. Si on veut passer le Cordon en toute discrétion, alors il faut passer à côté du château. Un détour un peu plus grand et on retrouve à découvert, soit au milieu des champs et des hameaux, soit chez les voisins de Castelribaud – des vassaux de Mérineaux, évidemment. Donc non, la seule solution est de se faufiler entre les mailles du filet : passer à côté du château est risqué, mais ça nous emmène droit sur seule la tour en ruine du Cordon dans les parages. »
     Le revenant pencha la tête sur le côté.
     Le Cordon ?
     Les arbres se faisaient plus épars, et le sorcier, trop occupé à surveiller la colline qui se profilait derrière les troncs, ne répondit qu’une fois sûr qu’il n’y avait personne en vue.
      « Le Cordon… J’allais y venir après l’histoire de Mérovée. Après que la variole rouge ait décimé une bonne partie du Moussillon il y a deux siècles, les autres duchés ont construit une trentaine de tours pour surveiller la frontière et contrôler les entrées et sorties des pestiférés, et des voyageurs en général : le fameux ‘cordon sanitaire’. Pas mal des tours sont tombées en ruines ou ont été abandonnées depuis le temps, mais le roy actuel, Louen, a pris l’affaire au sérieux : remise sur pied des édifices, retour des garnisons et des rondes, le grand jeu. » Le vieux sorcier eut un petit sourire avant de continuer : « Mais quelques seigneurs frontaliers ne sont guère enclins à rajouter le Cordon à leur lot quotidien. Mérineaux en fait partie — l’a jamais aimé les imprévus, celui-là — et comme son château n’est pas loin de la frontière, il a réussi à négocier qu’il ne reconstruise pas la vieille tour. À la place il est sensé surveiller la frontière depuis son castel. »
     La moue du sorcier en disait long sur l’efficacité de la manœuvre.
      « Au moins, ça nous fait notre entrée en Moussillon. » conclut-il simplement.
     Soudainement, derrière les arbres qui se raréfiaient, le fameux château de Mérineaux apparut, loin derrière le haut de la colline. Derrière des remparts qui entouraient tout le sommet, ponctués de tours rondes aux mâchicoulis de bois, chapeautés par des toits élancés, se tenait un solide donjon de pierre claire. De leur point de vue, les quelques soldats patrouillaient paresseusement sur les remparts, dont les têtes apparaissant par intermittence sur le long chemin de ronde crénelé, n’étaient pas plus gros que des mouches. Nul doute que, depuis leur chemin enfoncé dans le creux entre les deux collines, seules leurs propres têtes devaient être visibles depuis le château, quand elles n’étaient pas cachées par les arbres. Hiéronymus n’avait pas menti, qu’un garde les repère, le Roi Muet et lui, relèverait du plus pur miracle.
     Les deux compagnons de voyage scrutaient tout de même avec nervosité les toises qui les séparaient du château, à l’écoute du moindre bruit qui aurait pu les alerter d’une embuscade, ou d’un cri qui aurait indiqué qu’ils avaient été repérés. Mais, passées les premières minutes, ils finirent par se détendre et reprendre la route d’un pas plus assuré sous le couvert des arbres.
     Le vieux roi finit par reprendre la conversation :
     Cela dit, le roy comme le seigneur de Mérineaux doivent savoir qu’ils laissent un trou béant par lequel tous ceux qui veulent fuir Moussillon peuvent s’engouffrer.
     Hiéronymus leva un doigt en guise de réponse.
      « Que nenni ! Nous sommes là tout au bout de Moussillon, à la toute fin du Cordon, là où la surveillance peut être plus relâchée. D’autant plus que Mérineaux profite d’un élément de défense naturel contre les fuyards potentiels : ici, entre ses terres et celles de Moussillon, la forêt d’Arden déborde et s’étend sur tout le long du fleuve Grismerie, et tous ceux qui veulent quitter le duché doivent voyager une bonne semaine sous le couvert de la forêt, où toutes sortes de créatures monstrueuses rôdent. Là-bas, les hommes-bêtes sont le moindre de vos soucis. De fait, il n’y a réellement que les personnes comme vous et moi, ou comme moi et mon ancien maître comme c’était le cas auparavant, qui peuvent survivre à un tel voyage… Le Bras d’Arden, comme on l’appelle, offre une défense bien plus efficace que n’importe quelle tour. »
     Et j’imagine que les Bretonniens ne sont pas au courant des allées et venues de toi et ton maître, ce qu’il fait qu’ils ont laissés la tour à l’abandon.
     Le vieux sorcier eut un sourire emplein de cynisme.
      « En effet, pour ces pauvres fous, le Bras d’Arden est infranchissable, sauf peut-être pour un preux chevalier… Mais il n’y a pas de preux chevaliers qui franchissent le Bras. »
     Soudain, un bruit attira leur attention : depuis le château retentissait un cor, qui fut bientôt suivi du cliquetis des chaînes qui retenaient le pont-levis. Une fois la herse redressée, une floppée de cavaliers accompagnés de jeunes chiens vigoureux s’élancèrent à flanc de colline. Jeunes nobles et, seigneurs et chevaliers, tous étaient en habits d’apparat. Au milieu d’eux, une jeune femme à l’ample robe claire, oiseau de proie au poing, avec quelques suivantes. Fermant la marche venaient les rabatteurs et autres serviteurs aux petits soins de leurs liges.
     Hiéronymus et le Roi Muet les observèrent longer le sommet de la colline, leurs formes se découpant dans le ciel bleu : ils n’allaient point se diriger vers leur position. Néanmoins, le vieux roi mit un certain temps à desserrer la main du pommeau de son épée : parmi eux se trouvait peut-être le porteur de sa précieuse dague elfique, que lui avait offert Aryana, et il lui en coûtait de ne pouvoir se lancer à leur poursuite, sous peine d’essuyer une défaite similaire à son dernier affrontement.
      « Les premières chasses du printemps. » Ignorant du conflit intérieur du revenant, le sorcier suivait des yeux les cavaliers un à un. « Si envieux d’avoir la première prise, et si peu de gibier à trouver… »
     Il s’arrêta un moment, son regard s’arrêtant sur la dame qui chevauchait au milieu des nobles cavaliers, qu’il finit par indiquer au revenant.
      « Regardez ça. Encore une fille du vieux Raymond Mérineaux, j’imagine. En vingt ans de mariage, sa femme n’aura réussi qu’à lui donner huit filles. Enfin, il y a bien eu deux garçons, mais ils n’ont pas vécu l’an... S’il l’exhibe ainsi, c’est qu’il cherche à la marier, probablement à l’un des membres de la cavalcade. Pour Mérineaux, tout est politique, même sa propre famille. Il n’y a pas un seigneur des environs à qui il n’a pas marié une de ses filles… »
     Hiéronymus eut un rictus méprisant avant de se reprendre.
      « Allons, nous avons assez perdu de temps à bailler aux corneilles : il nous reste une bonne journée de route avant d’arriver au Bras d’Arden, et il nous faudra bien cinq jours pour le traverser. »
     Son destrier squelettique avançant à la suite de celui du sorcier, le Roi Muet mit un certain temps à se détourner de la fougueuse cavalcade. Son regard scrutait les visages des cavaliers, uns à uns, et les gravait tous dans son esprit : Mérinaux, Valois, Kernac, Jehan d’Avillon… tous ceux qui étaient là le jour de sa chute, ils étaient sûrement parmi eux. Un jour peut-être, le vieux roi pourrait les affronter à armes égales, et ce jour-là, il prendrait sa revanche.



*** ***



Petite précision amusante : mis à part Mérineaux et le Bras d'Arden, qui viennent de mon imagination, tout ici est extrait de l'ancien fluff officiel, glâné un peu partout sur les wiki internet. Happy

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Von Essen
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mar 7 Nov 2017 - 22:40

Que dire d'autre sinon que je suis impatient de voir la suite de la trame que tu viens de nous dévoiler ? Happy

Le Bras d'Arden, je prends tout à fait, tout comme le château de Mérineaux. On ne compte plus le nombre de seigneurs qui ont pu ce succéder au pouvoir dans ce beau pays bretonnien... à part les hérauts, qui travaillent d'arrache-pied à tracer les arbres généalogiques... Pauvres bougres.

Mais je m'égare. Le développement de la relation entre le Roi et le nécromant est bien mené, l'intrigue est bien ficelée, la seule petite réclamation que je pourrais avoir serait un peu plus de descriptions de la nature environnante, mais là c'est mon côté sylvain qui parle Innocent

La suite Clap

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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 11 Nov 2017 - 17:41

@Von Essen a écrit:
un peu plus de descriptions de la nature environnante, mais là c'est mon côté sylvain qui parle Innocent

La suite Clap
Voilà qui devrait satisfaire les deux remarques. Happy


*** ***



     L’hiver était définitivement révolu : si les nuits étaient encore froides et humides, les journées se faisaient de plus en plus chaudes, et la neige avait laissé la place à une pluie occasionnelle, qui devait faire le bonheur des petits paysans.
     La nuit suivant leur passage près du château de Mérineaux, le Roi Muet et Hiéronymus s’étaient abrités d’une soudaine et violente averse dans une vieille tour abandonnée. Il ne restait du large édifice qu’un seul étage dont les planches vermoulues leur offrirent un toit temporaire pour passer la nuit. À la lumière d’un petit feu, Hiéronymus avait raconté au vieux roi que c’était là la tour en ruine du Cordon : jadis, à la place des vieilles pierres recouvertes de mousse, s’était tenue une haute et large tour où toute une garnison avait surveillé les environs, à l’affut de tout ce qui aurait pu jaillir du duché maudit.
     Une fois l’averse passée, les deux voyageurs avaient repris leur route et s’étaient bientôt enfoncés dans le fameux Bras d’Arden, dernière enclave de la grande forêt avant les terres maudites du Moussillon.
     Là, la nature maintenait son emprise d’une main de fer entre les terres des hommes et celles du duché déchu : après quelques heures sous le couvert des arbres, ces derniers se faisaient anciens, épais et tortueux ; déjà en ce début de printemps, leur feuillage était luxuriant et la lumière peinait à percer l’épaisse canopée. Au milieu de troncs larges et aux branches tortueuses, la route abandonnée évoluait entre les ombres, nimbée de la teinte verte que lui donnait le feuillage.
     Le Roi Muet était étonné à quel point l’endroit débordait de vie : du lever au coucher du soleil, la forêt retentissait du chant des oiseaux et du grouillement des insectes, et au loin on pouvait parfois entendre le cri de quelque animal. La nuit cependant marquait la venue de plus sombres bêtes, dont les échos des mouvements, craquements de branches et grondements sourds, parvenaient parfois aux oreilles des deux compagnons. Leurs pauses étaient rares et courtes, et ils allumaient rarement un feu, de peur d’attirer sur eux l’attention d’une de ces choses qui se tapissaient dans les ténèbres de la grande forêt.

     Cela faisait quatre jours qu’ils n’avaient pas vu la couleur du ciel. En l’occurrence, le peu de lumière qui filtrait leur indiquait que le soleil était en train de se coucher : la forêt perdait peu à peu ses couleurs verdoyantes pour s’enfoncer dans des tons plus sombres, et les ombres se faisaient plus épaisses.
     Avec la venue de la nuit, le silence tombait entre les deux compagnons, l’un comme l’autre se mettant à l’affut du moindre bruit suspect, prêts à dégainer où à déchainer les arcanes magiques sur le premier monstre venu. Deux jours auparavant, ils avaient croisé le chemin d’un loup gigantesque qui s’abreuvait au cours d’un petit ruisseau proche de la vieille route. La bête les avait regardés d’un air méfiant avant de continuer son chemin, sans chercher le combat, mais le souvenir était encore frais dans leurs esprits, et ils ne préféraient pas penser ce qui s’était passé si la bête avait décidé de les attaquer. Ainsi, tous deux étaient tendus comme une corde à un arc en ce coucher de soleil.
     Pourtant, ils n’entendirent aucun bruit annonçant la venue du monstre qui jaillit devant eux : tout d’un coup, les fourrés explosèrent en une volée de feuillées et branches arrachées. Le destrier squelettique du Roi Muet, désorienté, chuta à terre et envoya son maître rouler sur les cailloux. Derrière eux, Hiéronymus peinait à garder le contrôle de sa monture affolée.
     La bête était une abomination, mélange contre-nature de cerf, d’oiseau et de prédateur. Si sa tête était celle d’un cerf, son corps était celui, musclé, d’un grand prédateur, dont les pattes arrière labouraient la terre du petit chemin. Ses pattes avant avaient disparu, remplacées par des bras ailés, autrefois couverts de plumes, et dont il se servait pour se tenir en équilibre. Au vu des griffes qui les ornaient, ils ne devaient pas lui servir qu’à se déplacer.
     La gueule du monstre s’ouvrit dans un rugissement retentissant, découvrant une rangée de crocs pointus. Le Roi Muet pouvait sentir les puissants relents de charognes provenant des lambeaux de viande putréfiée qui étaient coincés entre ses dents. À peine remis de sa chute, il dut reculer précipitamment pour esquiver un coup puissant qui envoya voler de la terre tout autour de lui. Il essaya de saisir son épée, mais la mâchoire grimaçante de la bête le força à reculer, et ses crocs le manquèrent de peu. La créature se montrait d’une agilité sans pareille qui, de pair avec une force incroyable, la rendait ô combien dangereuse.
     Nécromant ! Le Roi Muet effectua une énième roulade sur le côté pour éviter un nouveau coup qui fit trembler la route. Un peu d’aide serait le bienvenu !
      « J’essaie ! » En regardant brièvement derrière lui, le revenant aperçut le sorcier en train de canaliser un éclair de magie pure. « Tenez-le à l’écart pendant encore un moment ! »
     Plus facile à dire qu’à faire, grommela le vieux roi pour lui-même.
     Entr’apercevant une ouverture dans les attaques de la bête, le Roi Muet dégaina prestement son épée et lacéra une aile de la créature, la membrane n’offrant que peu de résistance à l’acier ancien. Dans un cri déchirant, la bête se cabra, et fit pleuvoir des coups à l’aveuglette tout autour d’elle, forçant le revenant à battre en retraite.
     Se remettant bien vite de sa douleur, la créature tourna à nouveau ses petits yeux, brillants d’une lumière maléfique, vers le Roi Muet. Si ça n’avait pas déjà été le cas avant, elle était à présent entièrement concentrée sur la tâche de déchiqueter le revenant.
     Avant que ce dernier ne puisse se lancer à nouveau à l’assaut, un premier coup s’abattit sur lui, le forçant à se déporter sur sa droite. Les mâchoires de la bête l’obligèrent à reculer un peu plus, se refermant sur de l’air, là où il s’était tenu quelques secondes auparavant. Au moment même où le vieux roi se disait que les assauts de la créature se faisaient de plus en plus serrés, un poing le cueillit en pleine poitrine et l’envoya voler sur plusieurs toises.
     Le Roi Muet était à peine remis de sa chute que la bête fonçait sur lui, sa gueule ouverte en un rugissement de triomphe : son épée à quelques pas de lui, le revenant était sans défense. L’espace d’un instant, le vieux roi regretta ne plus avoir sa dague elfique à son côté : il aurait tant voulu lacérer le ventre vulnérable du monstre qui s’offrait à lui…
     Dans un bruit de tonnerre, un trait de lumière noire fusa de derrière le revenant et frappa le flanc la créature : il y eut un grand cri de douleur, des grésillements, et l’odeur de chairs en train de brûler ; le monstre, blessé, recula. Le Roi Muet entendit un cri de triomphe derrière lui et comprit : Hiéronymus venait de tirer son éclair de magie pure.
     Ni une ni deux, profitant du retrait de la bête meurtrie, le vieux roi se releva et se jeta sur son épée ; sans s’arrêter, il fonça sur son adversaire. Le monstre n’eut pas le temps de réagir : le Roi Muet était déjà sur lui et, ratant l’œil de peu, entailla profondément le cou de la créature d’un puissant revers.
     Cette fois, il était prêt : la bête donna quelques coups à l’aveuglette, mais il avait déjà reculé. Roi comme monstre se firent face, le monstre blessé regardant le revenant, ce dernier se tenant immobile, l’épée levée.
     La créature montrait de signes de fatigue : son souffle était rauque, son sang s’échappait de la longue taillade le long de son cou, des lambeaux de membranes d’une de ses ailes pendaient mollement, tranchés par le revenant. Sur son flanc encore fumant, l’éclair de magie noire avait laissé une plaie béante bordée de chairs carbonisées. Derrière eux, sur son cheval, Hiéronymus canalisait à nouveau les énergies.
     Les narines du monstre se dilatèrent, et un grondement sourd monta de sa gorge.
     Le Roi Muet s’apprêta à attaquer mais, au lieu de charger, la bête plongea dans les fourrés avec une vélocité étonnante. Avant que Hiéronymus ou le revenant aient le temps de réagir, la créature était déjà loin, laissant derrière elle un chemin de branchages brisés et de fougères piétinées, les échos de sa fuite retentissant de plus en plus faiblement dans la forêt.

     Le Roi Muet se laissa tomber lourdement sur une pierre qui bordait le chemin. Tout revenant qu’il était, l’intensité du combat l’avait mentalement épuisé.
     Qu’est-ce que c’était ? put-il seulement demander à Hiéronymus.
      « Un preyton. »
     Un preyton ?
     Hiéronymus descendit de selle à son tour. À côté de lui et de sa monture se tenait le destrier squelettique du Roi Muet, visiblement remis de sa chute lors de l’apparition du monstre.
      « Une créature mutante à cheval entre un petit dragon et un cerf. Elles excellent à prendre leurs proies en embuscade. Mais, vu comment elle a pris la fuite, on a dû lui donner plus de fil à retordre que prévu. »
     Après avoir scruté le trou béant dans la forêt qu’avait laissé la créature derrière elle, il continua.
      « La légende raconte que ce sont les hommes-bêtes qui ont créé le premier preyton en corrompant un grand cerf, mais si vous voulez mon avis, la forêt d’Arden est assez imprégnée de magie noire par endroit pour produire toute seule ce genre de monstruosité. Et croyez-moi, les preytons ne sont ni les plus spectaculaires, ni les plus dangereuses d’entre elles. »
     Le Roi Muet releva la tête.
     Il y a des hommes-bêtes par ici ?
     Tout compte fait, ce n’était pas étonnant. Il lui semblait que dans toute grande forêt, il y avait au moins un petit camp de ces créatures. Il se rappelait que le sorcier lui en avait déjà brièvement parlé.
      « Dans la grande forêt d’Arden ? Oui. Mais ils ne descendent que rarement vers Moussillon et le Bras d’Arden ; ils ont l’air d’éviter tout ce qui touche à la non-vie. Enfin, de temps en temps, quelques-uns se retrouvent à côté de vos futures terres. Rien de bien méchant, à ma connaissance. »
     Le Roi Muet hocha la tête. Que les hommes-bêtes essayent de se frotter à ses terres… il serait là pour les recevoir. Le vieux sorcier dut sentir son animosité car il se tourna vers lui.
      « Vous avez quelque chose contre eux ? »
     Je ne les aime pas, répondit-il simplement.
      « Et vous n’êtes pas le seul ! Mais c’est n’est pas là problème pour le moment, nous devrions reprendre la route avant qu’une autre créature qui hante ces bois ne décide de nous tomber dessus. »
     Le Roi Muet acquiesça, et se leva pour aller rejoindre sa monture. Cependant, à mi-chemin, il se figea. Hiéronymus se retourna vers lui.
      « Qu’est-ce que… Ah. »
     Le revenant avait les mains levées devant lui. Celle de gauche manquait trois doigts. Ils avaient dû disparaître dans la bataille. Le vieux sorcier ne s’alarma pas.
      « Comparé à l’état dans lequel je vous ai trouvé la dernière fois, ceci n’est rien. Aidez-moi plutôt à trouver les os manquants, ça ira plus vite que si je dois faire le rituel complet. »
     L’assurance de Hiéronymus surprit le vieux roi, mais il commença de suite à scruter le sol lui aussi : avec l’arrivée de la nuit, le revenant n’était pas dérangé par la pénombre grandissante.
     Le Roi Muet les trouva non loin de l’endroit où il avait ramassé son épée auparavant. Le sorcier prit immédiatement la main meurtrie du revenant entre les siennes.
      « Ne bougez pas. » dit-il sans cérémonie, et le Roi Muet obtempéra.
     Plaçant les os dans leur position originale, le sorcier commença à incanter : cette fois, il n’y eut aucune lumière spectaculaire ni langues éthérées ; il y eut juste un claquement sec, et le revenant sentit que ses doigts étaient à nouveau siens.
     Fermant et ouvrant lentement sa main, le Roi Muet se tourna vers le nécromant, légèrement surpris.
     C’était plus rapide que la dernière fois.
     Le vieux sorcier eut un petit rire.
      « La dernière fois, comme vous dite, j’aurais presque pu vous ramasser à la pelle. Aujourd’hui, c’était un peu plus facile. »
     Hiéronymus monta en selle, suivi par le vieux roi.
      « Allons, dépêchons-nous de sortir d’ici : demain midi, nous devrions enfin pouvoir quitter cette foutue forêt. »
     Une heure plus tard, le soleil avait disparu de la voute céleste. Ou tout du moins le devinaient-ils, car les quelques éclats de l’astres qui transperçaient la verte canopée avait été remplacés par des poches de ténèbres. Fidèle à son habitude, car contrairement à celle du revenant, sa vue ne pouvait percer les ombres de la nuit, Hiéronymus alluma une torche à l’aide d’un petit briquet. Ce faisant, il fit sortir le Roi Muet de ses pensées, et le vieux roi se retourna vers lui.
     Dis-moi, sorcier…
     Ce dernier releva la tête, ses sourcils levés.
      « Oui ? »
     Toi qui sait manipuler les os et les chairs des morts… Il marqua une pause, hésitant. Hiéronymus sentit que le roi avait du mal à se confier.
      « Posez votre question sans crainte. »
     Le Roi Muet n’attendit pas longtemps.
     Serait-il possible de me faire redevenir humain ?
     Il vit le sorcier se figer sur sa selle, et la lumière de la torche n’éclaira pas son visage. Quand Hiéronymus releva la tête, le révélant enfin, son expression était fermée, presque résignée.
      « Non. »
     Le ton avait été ferme, et n’invitait aucune réplique. Le Roi Muet baissa la tête. Devinant sa déception, Hiéronymus continua :
      « Je ne suis qu’un nécromant. Je touche aux morts, mais je ne peux changer leur nature profonde. »
     Il scruta un instant la voute feuillue, et avisa une chauve-souris qui voletait sous les branches, à peine visible dans les ombres. Il hésita un moment, puis se résigna à aller jusqu’au bout de son explication. Se concentrant sur le petit éclat de force vitale qui perçait à l’intérieur de l’animal, il la draina avec l’aide de la dhar ; il éteignit la petite vie aussi facilement qu’il aurait soufflé sur une bougie. La bête chuta sur le sol en tournant sur elle-même.
     Dans sa barbe, il murmura deux courtes phrases, bougea deux doigts : le cadavre se ranima, et reprit son envol pour se poser sur une branche non loin. Tout comme lui, le Roi Muet avait arrêté son destrier, et observait son petit manège.
     Le front du sorcier se plissa sous sa concentration, et il continua à incanter. Sous les yeux du revenant, la chauve-souris perdit tous ses poils. Puis sa peau commença à onduler, presque à frémir comme de l’eau en ébullition : il lui semblait que les chairs se déformaient et se reformaient, donnant naissance à une nouvelle créature. Tout d’un coup, ce n’était plus le corps glabre d’une chauve-souris qu’il avait devant ses yeux, mais quelque chose plus proche du cadavre déplumé d’un petit oiseau. Laborieusement, un bec en os blanc émergeait de son visage. À défaut de plumes, il déploya des ailes membraneuses et prit son envol en quelques battements paresseux. Alors que la chose évoluait librement, Hiéronymus repris la parole.
      « Honnêtement, sans vouloir me vanter, vous ne trouverez pas facilement sorcier versé dans les arts de la nécromancie qui soit plus fin que moi dans l’art de manipuler les chairs mortes : j’en ai fait mon domaine de prédilection, et je dois avouer qu’avec le temps, je suis devenu plutôt doué. » Il marqua une pause, le temps que le vieux roi digère bien ses propos. « Et pour autant, je suis incapable de changer la nature profonde de ce que je manipule. »
     D’un coup, il relâcha son emprise sur ce qui avait été la chauve-souris. Le cadavre redevint aussitôt inerte et tomba sur le sol où il ne bougea plus. Il prit une inspiration soudaine et plongea ses yeux dans les orbites du revenant, où flottait l’habituel feu vert de son regard.
      « Bien sûr, je pourrais vous habiller de chairs mortes comme on le ferait de vêtements, et vous donner l’apparence d’un homme encore vivant, mais je ne pourrais ultimement qu’en dissimuler la puanteur et retarder la putréfaction pendant un temps seulement. Une solution certes, mais pas viable sur plus de quelques jours. »
     Le Roi Muet hocha la tête, compréhensif. S’il n’était particulièrement enchanté par le fait, il se satisfaisait de la réponse que lui avait apportée le sorcier. Même, il semblait heureux d’en avoir appris un peu plus sur la nécromancie. Encore une fois, Hiéronymus se dit que c’était ce qu’il appréciait chez le vieux roi, sa curiosité et son intérêt profonds.
     Alors qu’ils reprenaient leur route et passaient à côté du corps informe, le Roi Muet se tourna de nouveau légèrement vers le sorcier.
     Si je ne trouve pas cela à mon goût, je dois dire que ta maîtrise est, effectivement, impressionnante, dit-il simplement.
     Sous son chapeau, Hiéronymus esquissa un sourire.
      « Si vous voulez, je pourrais vous en parler un peu plus à l’avenir. J’aime à croire que la nécromancie peut, parfois, se révéler quelque peu utile. »
     Et, sans rien dire de plus, ils s’engouffrèrent à nouveau dans la forêt assombrie.

     Ils passèrent le reste de la nuit en silence : lorsque les bruits nocturnes se firent plus omniprésents, ils se mirent à l’affut d’une nouvelle bête qui aurait pu les prendre en chasse, et faisaient avancer les montures à un pas rapide. Mais, finalement, lorsque le soleil se leva, aucune autre créature monstrueuse ou surnaturelle n’était apparue sur leur chemin.
     L’on sentait que le Bras d’Arden touchait à sa fin : les arbres se faisaient plus fin et plus épars, les chênes aux troncs épais faisant place à des hêtres élancés et des bouleaux à l’écorce claire. Les jeunes arbres laissaient passer çà et là un coin de ciel bleu qui n’était pas sans donner du baume au cœur des deux voyageurs, pressés de pouvoir enfin quitter la dangereuse forêt.
     Apercevant un gigantesque rocher couvert de mousse qui se dessinait peu à peu entre les arbres, le visage du sorcier s’éclaira.
      « Enfin ! Nous sommes tout proches. Suivez-moi ; nous allons faire un petit détour, mais il en vaut le coup, croyez-moi. »
     Contournant l’imposant rocher, ils débouchèrent sur un étroit chemin caillouteux qui serpentait entre racines, mousse et fougères. Sous le couvert des jeunes arbres, ils grimpèrent le long de la pente douce qu’avait dissimulé le roc. Il semblait au revenant qu’il entendait au loin de bruit d’un court d’eau, qui ne cessa de s’amplifier par la suite.
     Finalement, ils arrivèrent au sommet d’une petite colline où aucun arbre ne poussait : il n’y avait hormis les herbes folles que deux pierres levées recouvertes de mousse, leurs antiques inscriptions depuis longtemps effacées. Devant eux, après quelques pas, la pente s’arrêtait abruptement, faisant place au vert océan de la forêt en contrebas, et dévoilant le paysage au loin.
     Le bruit de cours d’eau se révéla être celui d’un fleuve large fleuve placide au bord duquel s’arrêtait le gros du Bras d’Arden : sans doute était-ce le fleuve Grismerie, dont lui avait parlé le vieux sorcier. Mais ce n’était pas ce qui attirait le regard du revenant. Non : au loin, au-delà de terres vaguement entretenues, parfois labourées, se tenait un petit hameau aux toits de chaumes garnis de cheminées fumantes et, encore plus loin, bâti à flanc d’une petite montagne dénuée de végétation, se dressait la forme trapue d’un château de pierre grises. L’édifice semblait vieux, et si quelques tours avaient vu de meilleurs jours, il défiait encore vaillamment le temps et les éléments.
     Hiéronymus regarda le Roi Muet avec un demi-sourire.
      « Eh bien, sire, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue sur vos terres. »



*** ***


Je me permettrais de faire ici une pause dans le récit. La "conquète" du domaine du Roi Muet fait prendre une toute autre tournure au récit que celle précédente, tournée vers l'errance et la découverte, et demande préparation. Mais bon, normalement, pour le Roi Muet, l'attente, vous connaissez déjà. Fou

Je tiens à préciser, pour ceux qui diront "warf mais ça avance lentement !", que l'histoire du Roi Muet a déjà atteint le fameux "Hjalmar", c'est-à-dire les 42000 mots. Merci à ceux qui m'ont déjà suivi jusque là, j'y serais pas arrivé sans vous.  respect

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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 11 Nov 2017 - 18:46

Un chapitre fort plaisant et qui introduit un monstre peu connu, que demander de plus Sourire Fais juste attention vers la fin :
Citation :
Le bruit de cours d’eau se révéla être celui d’un fleuve large fleuve placide

Je prend toujours plaisir à parcourir tes lignes et j'attendrais donc impatiemment la suite.



Citation :
l'histoire du Roi Muet a déjà atteint le fameux "Hjalmar", c'est-à-dire les 42000 mots
Je dois avouer avoir oublié son existence pendant un temps Tongue Et ça me fera toujours autant marrer de savoir que j'ai invonlontairement créé ce truc (merci Ethgri pour l'idée d'ailleurs Laughing )
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Sam 11 Nov 2017 - 21:27

J'connaissais pas cette bête. Un preyton. Une agréable découverte donc

Spoiler:
 

Petit cours de sorcellerie que tout amateur de nécromancie ne pourra qu’apprécier au passage. Et puis notre ami à enfin trouvé son "futur domaine". Reste a savoir comment ses futurs laquais - et voisins - l'accueillerons. Après tout, ils n'ont pas votés pour lui  Mr. Green

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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   Mer 15 Nov 2017 - 8:22

Ouiii des arbres ! ... et un gros monstre mi-cerf, mi-dragon... Fou

On pourrait être surpris que nos héros n'aient toujours pas croisé d'hommes-bêtes, mais comme il s'agit là du territoire de chasse d'un preyton, on comprend que même les mutants préfèrent camper ailleurs respect

La suite ! Wow

_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Récit] Le Roi Muet   

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[Récit] Le Roi Muet
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