Armées Comtes Vampires et mort-vivants


 
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 Une histoire estalienne

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Sam 10 Oct 2015 - 19:43

Non Tongue

Ha ! Page 2 ! Fou

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mar 13 Oct 2015 - 22:07

rodeleros, un mot qui inspire la terreur dans les livres d'histoire, et les rires dans Age of Empire…

une belle bataille, peu d'assaillants, mais que de pertes!

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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 18 Oct 2015 - 1:11

Du sang ! Des morts ! Je veux des vampiresses sanguinaires contre des adversaires à leur mesure et leur talent !

Sinon j'adore cette suite !! Rien à dire sinon de continuer !
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Ven 20 Nov 2015 - 1:37

***

     Indifférent aux créatures qui se chamaillaient sur sa surface, l’océan poursuivit ses murmures et grondements que seuls de rares êtres vivants pouvaient comprendre. De même, lorsque le soleil se leva le jour suivant, le ciel demeura impassiblement bleu et limpide. Le vent, toujours faible, gonflait paresseusement les quelques voiles assez hautes pour l’atteindre, comme contribuant à contrecœur aux petites machinations des humains sur les navires. Lentement, mais surement, la flotte d’expédition estalienne poursuivait sa progression vers les terres inconnues.
     L’humeur générale ne put se décider entre réjouissances et inquiétudes : la veille, un ennemi effroyable avait été vaincu pour la gloire des hommes et du Rey, mais de nombreuses vies furent perdues, et les dangers à venir ne pouvaient être que pires. Toutefois, le commandant ayant autorisé l’ouverture de quelques bouteilles de vin, ces inquiétudes furent convenablement mises de côté, et le coucher du soleil fut témoin de chansons à la gloire de Manaan, du Rey et des femmes. Du vin fut porté aux blessés, et il s’en fallut de peu pour que la fête ne se passe intégralement sous le pont, parmi eux.
     María Nieves et Bernardo Rodrigo de Molena durent essuyer une tempête de vivats avant que les plus sobres des hommes ne viennent en aide à leurs compagnons plus joyeux pour qu’ils quittent enfin le quartier des blessés. Peu après, des chansons plus calmes, parlant d’amour, de courage et du pays natal filtrèrent à travers les planches du pont et les sabords.

     Les voix rudes des estaliens parurent toutefois étouffées et lointaines dans le salon luxueux et les chambres douillettes sous la poupe. Il n’y avait que deux occupants pour les entendre : le premier était un jeune homme de noble extraction, souple, robuste et admirablement bâti ; la seconde était une jeune femme au corps fin et aux gestes gracieux, et les dieux lui avaient fait don d’une beauté angélique. Eclairés guère plus que par la lumière blafarde du crépuscule, ils étaient silencieux, et comme sourds à la liesse générale qui s’entendait de l’extérieur. L’homme était assis sur le lit, voûté, les bras reposant mollement sur ses genoux, le regard fixé sur le sol, l’air absent. Il n’avait quasiment pas bougé de la journée. La femme tantôt le scrutait avec inquiétude, tantôt revenait à ses propres pensées. Elle avait épuisé ses moyens de comprendre comment consoler son époux, et s’était retirée, exaspérée, vers le rebord de la fenêtre.
     Une brise soufflait à travers, caressant affectueusement les longues boucles noires de la jeune femme, et celle-ci paraissait à présent elle-même chercher du réconfort dans la quiétude des éléments. Le ciel pur avait déjà échangé l’azur étincelant contre un bleu de velours, et seul l’horizon se parait encore d’un doux halo rosé. Les étoiles apparaissaient l’une après l’autre, dessinant peu à peu les contours de créatures fantastiques, gardiennes d’un univers encore inconnu.
     Si les lunes jumelles avaient déjà commencé leur ascension, Camila ne les voyait pas depuis sa position, et peu lui importait. Les flots devant elle murmuraient des paroles qu’elle ne comprenait pas, qui inspiraient seulement à l’éternité, la profondeur et l’absolu. Camila ne les comprenait pas.
     Comment pouvait-elle venir en secours à son époux ? Pourquoi d’ailleurs le voulait-elle ? Il n’avait pas fermé l’œil de la nuit passée, et la journée ne l’avait point apaisé, au contraire : il ne se crispait que davantage en entendant les voix des hommes à l’extérieur. Il l’avait dit simplement à son épouse : la honte le rongeait.
     Elle pouvait comprendre, elle ne pouvait approuver. Au tout début, lorsqu’elle voulut le caresser, il avait poliment refusé, quoique ce pût presque passer pour de la froideur. Il n’avait pas rechigné à lui confesser son tourment : tant de braves avaient péri dans la bataille contre les ogres, et lui, Sebastián, n’avait guère pu y prendre part, écarté du danger par un ordre qui lui semblait à présent excessif, voire injuste. Vibrant de ressentiment, il s’était opposé alors à l’idée que sa vie fût plus précieuse que celle des autres, et avait même réussi à faire regretter à Camila qu’elle l’eut seulement supposé.
     Il se rattrapa peu après, l’enserrant tendrement et jurant qu’il ne voulait guère la blesser, mais qu’il y avait des choses qu’elle ne pouvait pas comprendre mieux que lui, et que ce n’était pas grave…
     Le jour venu, elle lui eut naturellement suggéré de se joindre aux réjouissances, mais Sebastián refusa. Elle n’insista pas, et ils passèrent la journée cloitrés seuls dans leurs quartiers, échangeant quelques rares paroles sans importance. A midi, elle le vit blêmir d’horreur lorsqu’elle lui rappela le traitement que lui avait prescrit le médecin royal. Il se reprit néanmoins, bouleversé, et sous le regard médusé de Camila, s’entailla lui-même la paume pour faire couler plusieurs gouttes de sang dans un verre. Elle lui tourna le dos pour boire le précieux liquide, soudainement elle-même écœurée par ce qu’elle allait faire. Le malaise disparut cependant à l’instant où l’âpre parfum du sang lui caressa les narines ; elle but fiévreusement, frustrée lorsque la dernière goutte disparut au fond de sa gorge.

    La vampiresse fut rappelée à la réalité quand elle vit son époux lui sourire tristement, et regretta franchement sa situation lorsqu’ils passèrent les heures qui suivirent sans s’adresser la parole. Elle fut forcée de se rendre compte que le comportement de son époux lui échappait, et paniqua intérieurement, pendant de longs moments, essayant d’abord de trouver elle-même le défaut dans son approche, sans conviction de succès. Finissant par perdre confiance en soi, elle souhaita alors que María fût là, qu’elle lui explique, qu’elle efface tous ces moments si désagréables…
     Sa suivante lui avait dit qu’elle devrait la laisser seule, afin de faire d’une pierre deux coups : s’assurer de l’affection des mortels à bord, et s’assurer qu’il en vive assez pour mener l’expédition à bien. Son métier impliquant les saignées, elle trouverait bien des moyens discrets pour se sustenter.
     Camila lui en voulut néanmoins d’être absente, alors qu’elle avait tant besoin d’elle. Elle eut attendu la fin du coucher du soleil, mais n’alla pas rejoindre sa suivante de suite : si elle abandonnait son époux dans cette pièce, seul, que penserait-il d’elle ? Que deviendrait son affection, sa confiance en elle ? Avait-il confiance en elle ? Ou était-ce toute sa beauté, son corps si parfait, ses cheveux si doux, qui comptaient uniquement pour lui ? Si elle voulait vraiment le contrôler, il fallait bien qu’il lui fasse confiance…
     En proie à ces pensées houleuses, elle observa sans les voir les dernières lueurs du jour s’évanouir. Mannslieb monta peu à peu, suivie de près par Morrslieb, et leurs disques scintillants éclipsèrent les quelques centaines d’étoiles qui les entouraient. Sous leurs rayons, la Santa Lanza voguait paisiblement, bercée par des vagues affectueuses.

     Leur écume rappela à la vampiresse les rivages du pays, et bien d’autres images s’invitèrent sans crier gare dans son esprit. Enfant cajolée, adolescente dorlotée, elle n’avait connu d’autre existence que celle des beaux châteaux et des courtisans. L’injustice du monde se révéla à elle sous la forme de regards jaloux, de coups d’œil obscènes et de parents affectueux, mais, elle le comprit plus tard, cupides.
     Sebastián avait été un bon parti, choisi pour elle par ses parents, qui eurent pris mille peines à la faire voir comme le plus grand trésor de toute l’Estalie. Elle fut offerte, et acceptée, sans que personne ne prît la peine de s’enquérir de son avis. Voyons, tout se réglait déjà si admirablement, et Sebastián était positivement attirant, non ?
     Elle garda rancœur, puis tout bascula lorsque l’une de ses servantes, María, lui révéla sa véritable nature…
     Sa rêverie fut soudain dispersée : quelqu’un venait de frapper discrètement à la porte.

     Un murmure à peine audible :
     - Señora ? Puis-je entrer ?
     Camila fut sur le point de courir lui ouvrir, quand elle fut pétrifiée de stupeur en voyant son époux endormi, immobile et serein dans sa position assise. Il avait l’air épuisé.
     Saisie d’une peur incongrue et de remords qu’elle ne s’expliquait pas, la vampiresse s’approcha de la porte à pas feutrés, ouvrit et fit signe à son amie de garder le silence. Ce ne fut que lorsqu’elle quitta la chambre et referma soigneusement la porte qu’elle se résolut à parler :
     - María !
     Un chuchotement irrité, dans lequel elle mit toute son angoisse, sa peur et sa frustration. La servante ne répondit pas ; l’air préoccupé, elle invita muettement son infante à s’installer à la table du salon. Les deux vampiresses s’assirent sans faire de bruit.
     - Sebastián ?
     - Endormi.
     - Et vous ?
     Camila lui jeta un regard noir. Elle vit María le soutenir sans ciller, et finit par elle-même se détourner.
     - Tu as mal ?
     « Droit au but, » - pensa Camila. Elle hésitait entre une effusion de colère ou une effusion de tristesse. Elle voulait se taire et, telle une enfant gâtée, voulait que María sache tout toute seule, comme une mère. Sa propre conscience peinait à s’imposer.
     Pendant quelques instants, María l’observa attentivement.
     - Tu es la seule qui peut t’aider, Camila.
     Un autre regard noir. Cette fois-ci, la servante parut frémir, comme irritée.
     - Que ressens-tu, Camila ?
     Comme celle-ci s’obstinait à se taire, María reprit :
     - Oublie Sebastián, - Camila écarquilla les yeux. – Oublie le présent, oublie le passé. Pense à ce que tu veux me dire, là, maintenant.
     - Sebastián est un faux ! Un rustre ! Un abruti !
     Elle avait violemment quitté sa chaise pour se dresser devant son amie, menaçante. Les mots qu’elle venait de proférer résonnèrent étrangement dans la quiétude de la salle, puis moururent. Camila ne voyait guère comment continuer.
     - Je t’écoute.
     Le ton imperturbable de la servante la fit se rasseoir, intimidée et honteuse. Sa colère, toutefois, ne s’était pas entièrement éteinte.
     - J’avais besoin de toi.
     - Pourquoi ?
     La question pourtant évidente la fit hésiter à nouveau, tant ses pensées étaient confuses.
     - Je… J’ai vécu une journée épouvantable.
     - Avec Sebastián ?
     Quoiqu’elle fût dissimulée, Camila décela l’incrédulité de son amie. Comme elle fut dissimulée, toutefois, la délicatesse fut quelque peu appréciée.
     - Oui, avec Sebastián, - souffla-t-elle simplement.
     - Dois-je encore insister pour te délier la langue ?
     Camila ne répondit pas, honteuse. Le message était sans appel. Voyant son repentir, María répéta, avec aplomb :
     - Je t’écoute.
   

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Dernière édition par Von Essen le Ven 20 Nov 2015 - 13:33, édité 1 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Ven 20 Nov 2015 - 12:24

Ces deux demoiselles m'avaient manquées. Du coup, malgré les belles descriptions, tant sur le paysage que sur les pensées, je demande la suite ! Clap

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Les mots sont un don. Les mots sont une arme. Les mots ne se gaspillent pas. P.B.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 27 Jan 2016 - 13:52

A force d'espacer mes publications, mon récit en perd son rythme. Pas grave, je poursuis comme je veux, et rentre par la même occasion dans le club des grandes plumes qui mettent trois plombes à publier leurs suites lol Fou




     - Sebastián… - elle fut surprise en entendant sa propre voix trembler.
     Cependant son amie la regardait, patiente. Camila finit par se ressaisir.
     - Il est malheureux et cela me rend malheureuse, - dit-elle d’un seul souffle.
     María attendit qu’elle continue, puis, comme elle ne continuait pas, répondit, laconique :
     - Pourquoi ?
     - Il – il a honte de lui, parce qu’il n’a pas pris part au combat contre les ogres.
     - Ah ? – la vampiresse soupira, puis redevint subitement sérieuse. – Cela est mauvais, cela ne peut continuer.
     Elle regarda Camila comme d’un air nouveau, puis prononça avec sévérité :
     - Il faut qu’il se ressaisisse, Camila, sinon il ne nous sera pas utile.
     Mais elle remarqua tout de suite que quelque chose allait de travers. Son infante l’entendait sans réaction apparente, ou plutôt qu’elle réfrénait une réaction quelconque. Lorsqu’elle fut proche d’en deviner la raison, Camila eut déjà pris les devants :
     - Je t’interdis, je t’interdis de parler, de lui, de la sorte, - acheva-t-elle avec difficulté.
     Elle s’était détournée de sa servante, s’attendant à une implacable remontrance, mais avant que María pût réagir, parla à nouveau, comme cherchant à prévenir la menace, ou l’adoucir, ou la noyer dans les mots, elle ne savait pas.
     - Je n’ai pas envie de l’utiliser, m’entends-tu ? Il ne le mérite pas, il – il est franc et affectueux envers moi, il est mieux que ce que tu crois, que je croyais, sans doute, mieux, je ne veux pas, je…
     Camila s’était à nouveau levée de son siège, fébrile. Elle aurait préféré être n’importe où ailleurs que de faire face à sa servante. Elle voulait s’enfuir, ne savait plus ce qu’elle disait, ses pieds la portaient quelque part sans qu’elle ne sache où…
     - … pourrait être autrement, je…
     Une poigne de fer la prit à la bouche, puis une voix lui murmura à l’oreille :
     - Tu vas réveiller tout le navire. Calme-toi.
     Dès sa première tentative de se libérer, Camila sentit la main de son amie se retirer sans insister. Elle perçut la tranquillité de son amie, et elle lui parut révoltante, au point qu’elle eût bien giflée son amie, de dépit. María allait la gronder, réprimer ce qu’elle ressentait, la convaincre de jouer à son jeu perfide… Elle ne voulait toujours pas la regarder, et entendit seulement que sa servante s’était à nouveau attablée. Quelques instants se passèrent en silence, le bruit de la houle se rappelant timidement aux deux vampiresses.
     - Tu as raison, ma chère, je me suis emportée. Pardonne ta pauvre servante, veux-tu ?
     Comme foudroyée, Camila fit une volte-face vers son amie. Celle-ci la regardait, puis éclata soudain de rire. Cela acheva de décontenancer Camila, qui, ahurie et quelque peu piquée au vif, finit par se retourner de nouveau. L’hilarité de son amie cessa peu après.
     - Si tu avais vu ta tête, chère enfant… Non, vraiment, te voir si jeune est vivifiant, et si ce que je devine est vrai, alors c’est d’autant plus drôle à considérer.
     Camila la fusilla du regard, en biais. Sa servante s’accouda sur la table, mit son menton sur ses mains jointes, regarda au loin.
     - Notre mission ne fait que commencer, tu sais ? Seuls les dieux savent quels périls nous attendent encore sur la route, peut-être bien pires que des ogres. Tout cela arrive si abruptement, si confusément.
     - Je me rappelle de notre mission, María.
     La vampiresse regarda longuement son infante. Si jeune, et déjà sur un chemin autre que celui des mortels, et pourtant subissant de plein fouet leurs passions, leurs inquiétudes, leurs craintes et leurs caprices. Accordait-elle toujours autant d’importance à sa mission, saurait-elle réagir convenablement le moment venu ? Elle, María, était là pour s’en assurer.
     - Si tu l’aimes, - à ces mots, Camila se statufia, - je ne peux t’en empêcher.
     Elle se tourna vers sa servante, plus confuse que jamais. Celle-ci la scruta en retour, impassible.
     - Si tu me trahis, - reprit-elle sur le même ton, - je saurai te le faire regretter.
     Camila se raidit, ses prunelles s’embrasèrent suite à cette soudaine menace. Sa propre servante, sa seule amie la menaçait ?
     - Pourquoi ?
     - Très chère, l’amitié ne survit pas à l’amour, mais tu le sauras bien assez tôt. Mais pour le moment, j’ose croire à ta gentillesse à mon égard. Sebastián est gentil, lui aussi, et la mission ne saurait ce dérouler comme prévu sans lui, sans toi, sans vous, chère Camila.
     Elle lui faisait peur alors, cette servante dont chaque parole semblait dissimuler une lame de rasoir, précise et imperturbable. D’un instant à l’autre, Camila comprenait ses paroles, comprenait que la mission était plus importante à María que… que d’autres choses. Que María dissimulait bien plus que ce qu’elle laissait voir aux autres, même à elle. Camila perçut soudain bien plus : si jamais elle venait à dévoiler la nature de sa servante aux hommes, c’en était fini de sa mission, mais peut-être aussi d’elle-même, car María la dénoncerait pour se venger… Sebastián saurait-il alors la protéger, ou serait-il alors le premier à la mettre à mort, la sombre créature de la nuit, la ravissante femme qui lui dissimulait un si terrible secret ? Camila comprit qu’elle ne voulait pas en prendre le risque. Un jour peut-être lui dira-t-elle, mais pas avant… longtemps. Pour l’heure, elle devait se décider, pour l’heure, elle n’avait d’autre choix que de continuer la mascarade, et suivre les instructions de son énigmatique servante. Pour l’heure…
     - Je comprends, - dit-elle lentement, alors que María haussait un sourcil. – Je comprends, moi aussi je crois en toi, María, et jamais je ne te trahirai.
     Ces derniers mots lui parurent soudain exagérés, et le demi-sourire de sa servante sembla le lui-confirmer. Ce fut cette dernière, cependant, qui reprit l’initiative.
     - Pour des raisons différentes, sans doute, mais toi comme moi voulons que Sebastían retrouve le moral et puisse devenir un héros, n’est-ce pas ? Il est d’ailleurs grand temps que nous cessions nos conciliabules, la nuit est si bien avancée…
     Dehors, le ciel était d’une noirceur de velours, et le bruit de la mer était comme une main qui frôlait le tissu. Camila se demanda combien de nuits pareilles devraient encore s’écouler avant qu’ils n’arrivent enfin à leur destination, ce monde inconnu, soi-disant riche et n’attendant qu’à être pillé.
     - Camila ?
     - María ?
     - Sebastián t’attend.
     - Et toi ?
     - Je repars veiller sur les hommes allongés.
     - Au revoir, María,
     - Hasta luego, señora.
     Leurs dernières paroles lui parurent amères. Alors qu’elle refermait la porte de la chambre conjugale, Camila se rappela cette dérangeante impression de lucidité qu’elle semblait se découvrir de plus en plus : María était-elle jalouse ?    


***

     Le ciel s’éclaircit. Peu à peu, la lumière d’un jour nouveau réveilla tous ceux qui dormaient sur les trois navires, alors que ceux qui avaient veillé se retiraient dès lors pour un repos bien mérité. Un vent du large gonflait les voiles, et pour le grand plaisir des marins, cela promettait une autre belle journée ensoleillée, permettant à leurs navires de franchir de plus grandes distances. Certains commençaient à y voir un avertissement : plus loin le vent les portait sur les flots, plus long serait le voyage du retour. Le capitaine et le commandant étaient parmi ceux-là : lorsque l’expédition aurait épuisé la moitié de ses provisions, sans voir de terre nouvelle, tourneraient-ils le dos à la mission du Rey ? En revanche poursuivre reviendrait à prendre le risque d’une pénurie, et reviendrait qui plus est à parier que la terre nouvelle offrirait du ravitaillement. Si elle n’était guère plus hospitalière que les confins glacés, le pire serait à craindre.
     Cependant, comme le faisait remarquer Vasquez, la chance semblait pour le moment les accompagner. Au nom du Rey, ils avaient débarrassé les mers de vils pirates, et le ciel les avait récompensés avec une guérisseuse aussi efficace qu’agréable. Tant que l’expédition continuerait de la sorte, pour lui ce ne serait rien de plus qu’une belle promenade dans le monde inconnu.
     Le commandant acceptait ses encouragements avec bienveillance, sachant que des bribes de leur conversation pouvaient être entendues par les autres blessés. S’il y avait un remède dont il avait la connaissance, c’était le bon moral des troupes, et lui et son second étaient les mieux placés pour l’administrer.
     Lui-même songeait à essayer de se lever. Sa blessure à l’épaule cicatrisait encore, mais tout le reste de son corps était en parfait état, et le vieux militaire désirait à la fois dégourdir ses jambes, respirer le vent marin et vérifier si les avaries subies lors de la bataille avaient bien été réparées. Toutefois, au moment où il se redressa sur son postérieur et se prépara à se mettre debout, il fut abordé par une personne à laquelle il ne s’attendait pas.
     - Señor capitán, señor comandante, je vous salue.
     Un jeune homme élégamment vêtu se tenait devant eux, dans une posture aussi respectueuse que son rang lui permettait. Ils se dévisagèrent en vitesse, tous deux surpris par cette apparition ; tous deux avaient oublié même qu’il existait, lui et sa femme, dont la servante était par ailleurs leur guérisseuse.
     - Moi de même, señor Sebastián, - annonça le commandant.
     - Mes respects, señor de Magritta, - fit en écho le capitaine.
     - Que nous vaut cet honneur ? Votre épouse se porte-t-elle bien ?
     Rodrigo de Molena peinait à retrouver son aplomb habituel. La présence du neveu du Rey l’obligeait à se rappeler de l’étiquette de la cour, et cela faisait bien un jour, même plus, qu’il n’avait pas été obligé de l’employer. Le jeune noble, cependant, sembla ne pas remarquer sa confusion.
     - Mon épouse se porte bien, Myrmidia soit louée. Señor comandante, je… Comment vous portez-vous ?
     A la bonne heure, el joven paraissait en proie à la même confusion que lui.
     - Fort bien, Myrmidia soit louée. Le capitaine Vasquez ici présent se porte lui aussi à merveille, louée soit Myrmidia et la servante de votre épouse, María. Sa présence à bord est… - il allait dire « une bénédiction », mais se ravisa, … un atout considérable et inattendu.
     Sebastián ne répondit pas de suite, cherchant ses mots, puis :
     - Vous m’en voyez comblé de joie. Cependant, señor comandante, je viens à vous en quête de soutien et de conseil.
     - De… - de Molena se retint à peine de dévisager à nouveau son vieil ami, tellement la conversation prenait des allures de surprise. – Je vous écoute, señor.
     - Je regrette de n’avoir pu souiller mon épée avec le sang des pirates, señor.
     Cette fois, le commandant ne se retint pas. Hélas, le capitaine ne put que lui montrer que lui-même ne voyait guère où le jeune homme voulait en venir. Il fallait donc l’écouter jusqu’au bout.
     - Poursuivez.
     - N’y voyez guère de critique de l’ordre que vous m’aviez donné, il était fort sensé et avisé. Cependant, je me sens lésé de n’avoir pu prouver ma valeur à vous, señor, - il avait quelque peu rougi en achevant sa phrase, comme s’il venait de dire une bêtise.
     Rodrigo de Molena saisit le sens de ses paroles, tenta d’y voir clair. Il finit par conclure que le temps de tirer des conclusions n’était pas encore venu. Si le jeune noble espérait de lui des justifications, il ne les aurait pas. S’il espérait autre chose, il avait intérêt à en venir aux faits.
     - Vous aurez d’autres occasions pour cela, señor. Vous pouvez me croire sur parole. Est-ce tout ?
     Le sang continua visiblement à affluer au visage du neveu du Rey. Il sembla réunir toutes ses ressources, puis annonça, regardant le vieux militaire en face :
     - Señor comandante, serait-ce une bêtise que de vous demander à me permettre de vous prouver ma valeur maintenant ? Peu m’importe le moyen, je suis prêt à tout. Comprenez que… que je veux me montrer digne d’être votre second.
     Momentanément, le commandant se sentit à nouveau confus. Patient, il prit bonne mesure des paroles du jeune noble, avant de se demander s’il s’agissait d’un caprice d’enfant ou d’une toute autre volonté plus virile. Une autre surprise le guettait cependant, car il fut devancé par le capitaine Vasquez.
     - Puis-je proposer… une épreuve de force au noble señor ?
     Rodrigo de Molena ne souffla mot, obligeant Sebastián à prendre la parole. Ce dernier, comprenant qu’on le prenait au sérieux, enjoignit immédiatement le capitaine à lui en dire plus.
     - Eh bien… - Vasquez ne retint pas un sourire malicieux. – Si le noble señor ne voit pas d’inconvénient à ce que l’épreuve implique des roturiers…
     - Ce serait un honneur que de leur faire face.
     - A la bonne heure !
     Il héla l’un des marins blessés qui pouvait marcher sans mettre en danger son rétablissement. Lorsqu’il se présenta, le capitaine lui confia la tâche d’amener auprès de lui un dénommé Muñoz, ainsi que le navigateur Perez.
     Pendant quelques moments ils patientèrent, Vasquez arborant un sourire énigmatique, Sebastián quelque peu échauffé par cette soudaine complicité, et le commandant se demandant quelle nouvelle idée venait de visiter l’esprit retors de son vieil ami. Enfin, leur envoyé revient au quartier des blessés, avec deux marins à sa suite. L’un était un vieux marin, mais l’âge ne lui avait point encore courbé l’échine, ni ramolli les muscles ; son déclin commencerait sans doute bientôt, mais lui-même avait la conviction que Manaan le rappellerait à lui bien avant, tellement le dieu et lui se connaissaient. Celui qui l’accompagnait faisait une tête de plus, était plus large d’épaules et manifestait une force que seuls l’âge mûr et une vie rude pouvaient conférer à un homme. Tous deux affichaient une certaine jovialité poliment dissimulée, tant il fallait peu pour faire la bonne humeur des marins. Après que furent échangées les salutations d’usage, le capitaine Vasquez envoya le blessé au repos, puis s’adressa à ses deux subordonnés.
     - Alors voila, señores, notre bienfaiteur à tous, el señor Sebastián, est profondément déçu par votre conduite.
     Il rit de bon cœur en voyant les mines incrédules des marins en réaction à ses paroles.
     - Oui, - poursuivit-il, - notre señor vous reproche d’avoir gardé tous les pirates pour vous, et de ne point en avoir laissé à lui. En effet, el señor comandante lui avait ordonné d’assurer nos arrières avec nos dames, mais vous avez été tellement cupides que notre bienfaiteur à tous n’a jamais pu dégainer son épée.
     Les deux marins demeurèrent cois, ne sachant pas si leur capitaine plaisantait ou s’il leur faisait vraiment des reproches. Dans tous les cas, ils devaient se tenir droits en présence d’un noble de sang royal.  
     - Vous m’avez compris ? Une faute a été commise, mais le señor Sebastián, dans sa grande générosité, voudrait qu’elle soit oubliée. Il voudrait prouver à tous que, si le señor comandante lui avait donné sa chance, il aurait défait ces ogres à mains nues. Aussi, señor Muñoz, je suis certain que vous ne refuserez pas d’affronter le noble señor au bras de fer, et vous señor Perez, ne refuserez pas d’arbitrer cette affaire.
     Muets pendant quelques instants, les regards glissant tantôt sur leur capitaine, tantôt, discrètement, sur le jeune noble, les deux marins assimilèrent enfin la requête de leur capitaine, sourirent, puis assurèrent le capitaine de leur coopération.
     - A la bonne heure ! – conclut Vasquez, d’un ton mêlant sérieux et dérision. – Il reste deux bonnes heures avant le prochain repas, vous avez tout le temps qu’il vous faut ! Et tant pis pour les blessés, l’affrontement se fera sur le pont, avec tout ce qu’il faut et autant de public que possible, est-ce bien clair, Perez, euh, señor Perez ?
     - Clair, capitán, - répondit le navigateur, étirant ses rides dans un sourire de plus en plus large. – Noble señor, si vous voulez bien que je sois votre guide et arbitre…
     - Je vous suis, mon brave.
     Sebastián se sentait intimidé par l’affrontement, mais savait qu’il était trop tard pour songer à reculer. Le capitaine lui avait offert ce qu’il voulait, et il devrait à présent vaincre ce Muñoz, sa réputation étant en jeu.  

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 27 Jan 2016 - 14:41

Peu importe le temps que ça prend, c'est toujours un régal de lire cette histoire. J'ai hâte de voir le résultat de ce défi !

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 20 Avr 2016 - 16:32

***

     Le vieux marin parut sur le pont rugueux et asséché par le soleil matinal. Le jeune homme et son imposant adversaire le suivaient de près, avec une solennité discrète. Tout le navire était habité par une relative quiétude : les marins discutaillaient, vaquaient à des occupations de routine, d'autres enfin s'affairaient à réparer les dernières avaries subies deux jours plus tôt.
     Les trois hommes arrivèrent sur la poupe, et sans mot dire, le navigateur fit violemment sonner une cloche d'alerte ; une fois l'attention des marins obtenue, il se déplaça promptement vers la balustrade boisée, de laquelle il dominait le pont...
     - Compañeros ! - déclama-t-il d'une voix légèrement grinçante, - Compañeros ! Nous sommes en besoin d'hommes d'honneur pour observer le règlement d'une dispute honorable entre deux hommes d'honneur que voici ! L'objet disputé est la supériorité en force, aussi un bras de fer a été décidé. Y a-t-il des hommes d'honneur pour surveiller le déroulement de la dispute selon les règles ?
    D'abord confuse, la petite foule échaudée par tant d'honneur répondit par une cacophonie de volontaires :
    - Luis Cristobal, volontaire !
    - Pedro Sánchez Nuñez, vol...
    - Manuel Costa Br...
    - Jorge Mejillos G...
    - Manuel...
    - Pedro ...
    Avec la quiétude de celui qu’un tel enthousiasme ne satisfaisait qu’à peine, le vieux Perez (tacitement nommé maître des cérémonies) conduisit les deux adversaires sur le pont, où des tonneaux leurs furent aménagés pour s’asseoir et s’affronter. Un bourdonnement général se superposa au bruit de la houle, ainsi que des tintements de pièces, signe que les paris montaient en flèche.
     - A ma droite, - commença Perez, accompagnant ses paroles de grands gestes, - Sebastián Alonso de Magritta, commandant en second de cette expédition.
     A ces mots, le bourdonnement général fut ponctué de quelques sifflements : apparemment la plupart des marins voyaient ce « commandant » pour la première fois, et tout le monde s’accorda que le « commandant » n’avait pris aucune part au combat contre les pirates, ce qui lui valut immédiatement un conséquent manque d’estime.
     - A ma gauche, Jorge Luis Muñoz, que vous connaissez tous !
     Alors, il y eut de nombreux cris d’encouragement à l’encontre de ce dernier : en vérité, tout le monde le connaissait, ou du moins faisait mine de le connaître.
     - Señores…
     Le jeune Sebastián et le grand Jorge placèrent chacun leur bras droit sur le gros tonneau servant de table, et leurs poings se lièrent. Le noble, au départ nettement distrait par le bruit des spectateurs, se retrouva immédiatement concentré sur son adversaire. Ce dernier le scrutait également, avec un air de bonhomie. L’emprise de ses doigts était étonnamment légère.
     - Commencez !
     Sebastián crut d’abord à quelque supercherie : le marin n’attaquait pas. Cependant, il ne cédait guère de terrain non plus. Son bras tremblait légèrement, de sang réchauffait sa main, mais du reste il aurait pu être une statue de pierre ou la branche d’un arbre centenaire.
     Les secondes s’écoulèrent l’une après l’autre, et le jeune noble réalisa que s’il le voulait, Muñoz l’écraserait comme l’on écrase une mouche sur la table. La stupeur cédant le pas à la soif de vaincre, Sebastián chercha inconsciemment le regard de son adversaire, comme si sa vue lui donnerait quelque formule, quelque savoir qui lui rendrait service ; pour les deux combattants, la foule beuglante n’existait plus.
     - Femme.
     Il y eut d’autres cris. Sebastián comprit que ce Muñoz venait de l’insulter, et redoubla d’efforts, en vain.
     - Femme ?
     Cette répétition n’était pas anodine. Le jeune noble scruta son adversaire : outre son apparente bonhomie, il y avait dans son regard une lueur de complicité, que Sebastián finit par comprendre. Le rustre proposait un odieux marché : une victoire contre quelque faveur des passagères à bord… que Sebastián ne voulut point imaginer. Il se raidit entièrement, sentit sa chemise s’imbiber de sueur, fit tout son possible pour venir à bout de l’impudent…
     - Compañeros, femme ou pas ?
     Puisqu’ils n’étaient que spectateurs, et qu’ils y étaient invités, les marins n’eurent quasiment plus de retenue sur les quolibets. Le jeune noble, cependant, comprit que son adversaire attendait une réponse de sa part. Indigné jusqu’aux tréfonds de son être, Sebastián lança, plein de hargne :
     - Pas femme !
     Muñoz haussa légèrement un sourcil. Puis, d’un infime mouvement, il repoussa le bras du noble de quelques centimètres, arrachant à ce dernier un grognement d’efforts. Quelques instants après, il répéta son assaut, puis attendit encore. Aussi rouge qu’une pièce de cuivre, soufflant comme un bœuf, Sebastián ne cédait pas. Il sentit la poigne du marin se raffermir, se prépara à perdre avec panache… et regagna subitement la distance qu’il venait de perdre. Sa surprise fut étouffée par le nouvel assaut du marin. Jouait-il avec lui ? Se remémorant toutefois les préceptes de son père, il décida de mener la bataille jusqu’au bout. Leurs poings devinrent glissants de sueur.
     Il fut surpris une fois encore, cette fois par des grognements d’efforts venant d’en-face. Chaque muscle de son bras tendu à l’extrême, Sebastián sentit qu’il regagnait peu à peu du terrain.
     Avec une lenteur déchirante, lui exigeant à chaque instant une concentration sans faille, le noble commença à l’emporter. La foule, qui ne baissait guère d’un ton depuis un moment, se fit soudain plus discrète. Puis, des cris scandalisés ponctuèrent le bourdonnement : bon nombre de spectateurs refusaient d’être témoins de l’impensable, et leur champion reçut autant d’invectives que d’encouragements, auxquels toutefois il paraissait aussi sourd qu’une planche.
     La tragédie se produisit sous le soleil impitoyable de midi : telle une digue grevée de fentes qui finit par exploser, ainsi l’assemblée ahurie explosa en un tintamarre de liesse, de désespoir et d’admiration incrédule : le señor de Magritta l’avait emporté sur celui qu’ils considéraient comme le plus fort d’entre eux. Epuisé, le vainqueur faillit s'affaler sur le champ de bataille qu’était le gros tonneau, mais se rappela dans la seconde de sa position et du monde assemblé alentours, puis de son adversaire. Ce dernier ne lui parut point courroucé, au contraire : Muñoz souriait dans son épaisse moustache. Il demanda immédiatement à Perez un verre d’eau pour lui, un verre de vin pour le vainqueur, afin que « tout se passe selon les règles ». Le vieux navigateur fut toutefois devancé par quelques marins plus jeunes, dont les bruyantes requêtes se faisaient déjà entendre dans la cale : du vin pour « fêter leur nouveau commandant ». La réplique non moins tonitruante du commandant véritable coupa court à leurs prétentions, et ils retournèrent sur le pont bredouilles, mais non moins amusés, laissant passer le vieux Perez, dont l’expédition plus modeste s’avéra plus fructueuse, et les deux adversaires trinquèrent dans l’allégresse générale.
     Sebastián fit dès lors face à un déluge de bravos, mais ne manqua pas de voir l’amertume de la majorité des spectateurs, qui venaient de perdre gros à la chanceuse minorité. Le jeune noble put également répondre au pressant mystère de son absence lors de l’attaque de naguère, et les raisons du vainqueur parurent alors on ne peut plus honorables, une fois que la dernière confirmation du commandant de Molena fut obtenue. Ce dernier, ainsi que le capitaine Vasquez, firent l’effort de quitter le quartier des blessés, félicitant personnellement le señor de Magritta, puis saisissant l’occasion pour renvoyer leurs subordonnés à leurs tâches quotidiennes, signalant officiellement la fin de l’événement. Lorsque l’attroupement fut enfin dispersé, Sebastián retint discrètement son adversaire, qui s’y attendait visiblement.
     - Pourquoi ? – lui demanda-t-il laconiquement.
     - Parce que vous êtes un bon, señor comandante.
     Le jeune noble fut sur le point de l’interroger davantage, puis saisit que derrière ces paroles simples se trouvait une franchise qui ne demandait guère plus d’explications. Il jaugea encore du regard l’imposant estalien, et ce dernier lut dans ses yeux de la gratitude.
     - Je vous promets de le rester, señor, vous avez ma parole d’honneur.
     Muñoz se permit un sourire et un hochement discret. Sebastián comprit que ses paroles n’étaient point celles qu’un supérieur devait adresser à ses soldats, puis se demanda si cette hiérarchie pouvait supporter des exceptions. Au moment présent, toutefois, il choisit de préserver les apparences :
     - Bien, à votre aise, señor Muñoz.
     - Señor comandante, - fit ce dernier en saluant.
     Il tourna alors les talons et s’éloigna, alors que dans l’esprit du jeune noble, la douce pensée de conter son succès à son épouse fleurit telle une rose au printemps.                


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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 20 Avr 2016 - 16:39

Citation :
le vainqueur faillit le champ de bataille qu’était le gros tonneau
Il manque le verbe quitter si je ne m'abuse.

Citation :
les raisons du vainqueur parurent alors on ne peut honorables
Il manque le mot "plus" (on ne peut plus honorables)


Hormis ces petits détails, ton texte nous transmet toujours une belle fraicheur. Eux sont en mer, nous nous sommes plongés dans tes écrits.
La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 20 Avr 2016 - 16:47

Ce n'était pas le bon verbe, mais c'était bien un oubli de ma part !

Bon, dans quel pétrin vais-je encore mettre ces mortels... scratch

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Jeu 21 Avr 2016 - 1:18

Texte magnifique dans lequel on ressent parfaitement les empotions du Senior Commandante Smile

J'adore,
Comme d'habitude ! Mais pour rester dans le rite je demande...

La suite ! Wink
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Lun 25 Avr 2016 - 21:11

Nyklaus von Carstein a écrit:
Texte magnifique dans lequel on ressent parfaitement les empotions du Senior Commandante Smile
+ 1000

Je viens de tout relire parce que je ne me souvenais plus de l'histoire. Et j'ai l'impression d'être encore plus pris qu'avant. Rapidement, je trouve que tu t'améliores. Tu écrivais déjà très bien mais là, j'ai l'impression qu'il y a un petit quelque chose en plus dans le récit qui le rend encore plus vivant. Du moins c'est mon impression.

Ah aussi, vu qu'ils sont partis pour rester longtemps sur le navire, je pense qu'une petite description de la flottille ne serait pas de trop Sourire


Sinon, bah la suite pardi Wink
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Lun 25 Avr 2016 - 22:33

bon sang! je crois que je n'ai jamais ressenti aussi vite autant d'impressions différentes sur un même personnage dans toutes mes lectures! Ce marin, je l'ai vu tour à tour comme une brute épaisse, comme un adversaire intelligent, comme un rustre perfide, et enfin comme un brave soldat!

C'est ce que j'aime dans un récit: les petites histoires et les personnages de passage qui impriment une trace subtile dans un livre. Et là, c'est juste parfait! Clap

il y a des syndic-cas devant la taverne!:
 
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 20 Nov 2016 - 14:47

Spoiler:
 



***


     Le septième jour de leur traversée, alors que le soleil se levait à peine au-dessus de l’horizon, Camila se trouvait dans la douce pénombre de sa chambre, sur son lit, auprès de son jeune époux endormi. Elle tremblait de tout son corps, claquait des dents. La nuit avait été affreuse.

     Cela avait succédé aux dernières lueurs du crépuscule. Tout se passait comme lors des nuits précédentes : elle veillait sur le sommeil de Sebastián, tantôt ennuyée, tantôt s’amusant de mille petites manières. Sa quiétude fut alors dérangée, sans qu’elle pût saisir le moment exact de quand cela commença. Des gémissements, des plaintes étouffées, tout d’abord indissociables du chant de la mer, puis…
     Ils se muèrent en paroles, lointaines, discrètes et incompréhensibles. La vampiresse n’eut toutefois aucun mal à y discerner l’humeur constante : une sourde colère, un vœu de chagrin éternel.
     Camila n’eut aucune crainte de ces apparitions, mue par une conscience instinctive de sa propre supériorité. Elle se savait ignorante de leur nature exacte, mais sentait en même temps leur impuissance, leur manque flagrant de toute emprise sur le monde matériel. Hélas, elle qui se voyait déjà s’amuser à décrypter leur bourdonnement courroucé, elle faillit pousser un cri lorsque la main de son époux frôla subitement sa hanche.      
     Elle le regarda : l’instant d’après, Sebastián bougea de plus belle, écartant leur couverture ; elle distingua soudain son pouls accéléré, sa respiration haletante ; elle toucha son visage, le sentit moite de sueur. Furieuse, inquiète, « Partez » fut sa première pensée, et elle l’ordonna de vive voix, sans résultat : les esprits ne partaient pas.
     Sebastián eut un autre soubresaut, elle lui prit sa main.
     « Sebastián ! »
     « Sebastián ! Réveille-toi ! »
     De plus en plus horrifiée, elle l’appela, le pinça, le frappa, avant de réaliser que le sommeil du jeune homme était maintenu intact par quelque inconcevable artifice.
     Alternant un regard effaré entre son époux et la porte de la pièce, la vampiresse finit par rejeter l’idée d’aller chercher de l’aide : elle ne pouvait le laisser seul. Elle se résolut à crier, de plus en plus fort, mais eut pour seule réponse le tumulte de la mer et la mélopée haineuse de ses ennemis. Son époux bougea violemment, faillit tomber de la couche, Camila le retint ; elle ressentit davantage le battement effréné de son cœur.
     La peur s’immisça en elle. Sebastián semblait bredouiller quelque chose, sa poitrine se soulevait sous l’effet d’une respiration paniquée. Elle sentait qu’il lui échappait, elle sentait son impuissance face à ce malheur, elle ne voyait que la pénombre autour d’elle, et les ombres fuyantes sur le visage de son époux. En désespoir de cause, elle-même abandonna sa raison pour s’adonner à des actes qu’elle ne s’expliquait plus. Elle le retint pour de bon, afin qu’il ne tombe plus du lit, elle se serra contre lui, afin de sentir le moindre changement en lui, elle se mit à le couvrir de baisers, ne sachant plus comment lui communiquer sa présence. Elle n’entendait plus les murmures des morts, elle leur opposait une indifférence glaciale, une hostilité immuable qui chassait désormais toute trace de peur, si ce n’était celle qu’elle ressentait envers le salut de Sebastián. Pendant tout ce temps, elle sentit son époux lutter dans son sommeil, et sa seule volonté, son seul espoir furent que par quelque moyen que ce fut, ses gestes et ses paroles l’aidaient à lutter, à ne pas souffrir, et ce jusqu’à la fin de la nuit.


***


     María frappa vivement à la porte de la chambre. Elle entendit la voix de Camila lui répondre :
     - Qui est-ce ?
     - Votre servante. Avez-vous besoin de moi ?
     - Non, non María, non, éloigne toi…
     Le ton de son apprentie n’indiquait aucune trace de détresse, bien au contraire, c'était de l'épanouissement ; le pouls accéléré du mortel, le besoin d’intimité de Camila… María s’en alla, certaine de la bonne santé des deux époux.
     Ils devaient être bien les seuls à ressentir du bonheur par ce matin étrangement gris et froid ; un vent du nord soufflait, mais le pire était l’humeur générale de l’équipage : personne ne se sentait plus en sécurité. Pendant la nuit entière, aucun homme n’a su lutter contre la singulière somnolence qui s’était abattue sur eux. María avait passé tout ce temps à patrouiller sur le navire, maudissant la faiblesse des mortels et bénissant leur chance de ne point avoir été pris dans une tempête ou de ne point avoir approché de récifs dangereux.

     Bernardo Rodrigo de Molena était furieux. Il avait constaté lui-même, après avoir interrogé quasiment tous les hommes d’équipage, que la flotte entière avait traversé la nuit sans aucune surveillance. Par la grâce de Myrmidia, ils étaient saufs, mais cela ne devait se reproduire, sous peine de risquer gros une deuxième fois, qui pourrait être la dernière. Lui-même se savait encore capable de tenir deux nuits sans sommeil, et ses hommes étaient les meilleurs, alors…
     Les aumôniers des trois navires furent interrogés tour à tour, mais la réponse fut la même : les forces de mal en voulaient aux bonnes âmes des hommes, et il fallait prier avec ferveur pour la protection de la Divine Guerrière. Méthodique, le commandant interrogea María : celle-ci ne put lui fournir de meilleure réponse. Contre les forces du mal, le seul remède était la foi.

     Elle lui dissimula le peu qu’elle savait. Il était exact qu’un tel phénomène devait être le fruit de puissances hostiles, mais si les aumôniers ne savaient distinguer l’une de l’autre, elle, María, pouvait au moins essayer.
     Elle savait reconnaître les âmes des défunts : privées du repos éternel, ces êtres étaient communément attirés par les vampires, qui, s’ils en savaient assez, avaient alors la possibilité de s’en servir, ou de les éloigner. Les seigneurs de la nuit plus puissants pouvaient même les détruire. Elle, María, ne savait que les repousser. Elle en fut incapable cette nuit, ce qui conduisait à l’évidence-même : une volonté plus puissante que la sienne avait commandé les esprits.

     Les nuages étaient hauts dans le ciel. María poursuivait son devoir de soigner les derniers convalescents de l’attaque des ogres, quand après que midi fût passé, la vigie hurla à pleins poumons :
     « TERRE !!! Terre à l’horizon !!! »


***

     Tout le monde abandonna ses occupations ; tous les blessés se levèrent avec l’agilité d’enfants excités, bien que certains eussent poussé encore quelques grognements. C’était trop brusque, presque déroutant : après une nuit de cauchemar, ils semblaient avoir atteint le but de leur longue traversée. María ne les suivit pas, elle ressentait un besoin de réfléchir. Leur ennemi… le danger qu’ils venaient d’affronter, se trouvait-il sur cette côte nouvelle ? Sans doute, ce ne pouvait être une simple coïncidence. La vampiresse songea qu’elle s’était préparée à l’imprévisible : lorsque cette mission lui avait été confiée, à aucun moment elle n’avait cru qu’il n’y aurait point de périls mortels. En revanche, elle se sentait bien démunie face à l’ennemi inconnu : elle… bah !
     Ils auraient tout aussi bien pu périr dans une tempête.
     Il fallait agir, continuer à avancer, débusquer le danger avant qu’il ne se manifeste lui-même.



Spoiler:
 


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Hjalmar Oksilden
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 20 Nov 2016 - 16:37

Je suis ce petit récit depuis un moment et j'apprécie toujours autant d'en avoir des nouvelles Sourire

Décidément, j'adore retrouver ta plume quelque soit le récit où l'environnement, d'autant plus qu'ici tu aborde un peuple peu ou pas représenté dans les récits warhammeriens.
La chute brutale semble sortir de nulle part et cela m'aurait gêné si ce n'était pas l'effet recherché, donc pour ça bravo Clap .
Et c'est d'ailleurs cette situation abrupte qui titille ma curiosité et me fait te demander la suite !
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Jeu 24 Nov 2016 - 18:27

'ai tout (re)lu ! Wow

Ça fait quand même court, sept jours, pour traverser tout un océan, non ? M'est avis que c'est pas sur la Lustrie que nos joyeux compagnons vont tomber, reste à savoir quoi...

J'avouerai avoir croisé quelques problèmes de concordance des temps au fil de ma lecture, mais je suis bien incapable de les retrouver.

Je suis bien content d'avoir tout relu en tout cas, et même si je me montrerai patient j'espère que la suite mettra moins de temps que celle qui l'a précédé ! Sourire Tongue

Grom'
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mer 26 Avr 2017 - 14:49




     "Naineg...Skengder...Saktebr...Tershidr...Gelsegr...Nempo...Enkko...Sekko..."

     Au sommet d'une tour aussi haute que les pyramides, un vieillard récitait des paroles dont lui seul saisissait la portée.

     Beibeg...Shansar...Ra...Dreideg...

     Vêtu d'une longue et ample robe de soie jaune, il avait le crâne chauve et la peau desséchée.

    Sraïla...Diila...Ebbe...

    Il récitait devant un autel, autel d'une blancheur incomparable, large bloc immaculé, sur la surface duquel reposait une femme.

     Khepra...Tensa...Eert...Suur...Sogr...

     Une femme immobile, paisible, presque endormie. Vêtue de soie jaune elle aussi, aucune ride ne déformait son visage serein, ses yeux clos.

     Da'hara...Ampala...Ankaba...Ummuda...

     Au sommet de la tour, devant la femme immobile, le vieillard récitait sans fatigue, sans arrêt.

     Katibim...Dauum...

     Il ne s'arrêta pas lorsqu'une barque parvint à son île, barque étrangère, dangereuse, malvenue.

     Derbil...Adiimm...  

     Des hommes arrivèrent à la tour, ne trouvèrent nulle porte, seulement de lointaines et étroites fenêtres.

     Jiim...Seel...

     Le vieillard ignora les faibles échos des appels extérieurs. En bas, loin en bas, il n'y avait plus de porte pour entrer dans sa tour.

     Om...Zambalar...Elelemm...

     Les hommes ne trouvèrent pas de source sur l'ïle. Un rocher dénué de vie, un piédestal pour sa tour, voila tout ce qu'était cet endroit tout petit.

     Haam...Haamm...Devlan...Delvedd...

     Les hommes finirent par rejoindre leur barque, craignant pour leurs vies, peur des îles maudites.

     Ual...Laal...Taal...Keel...

     Lui seul était là, lui et celle dont il désirait le retour.

     Enkeb...Luum...Haldem...

     Une promesse, une parole divine suffisait. Le dieu exaucerait-il un jour son souhait ?

     Baodulgr...Kulte...Esse...Menne...

     Trois navires disparurent à l'horizon. Seuls demeurèrent un vieux sorcier, une femme morte, un espoir.


***
***

***

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Ven 9 Juin 2017 - 15:18

Non, ceci n'est pas de la nécromancie Smile

Mais c'est juste pour dire que je viens de lire les deux derniers chapitre Smile Et du coup, j'attends de nouveau la suite du récit Smile
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 3 Sep 2017 - 0:30

Citation :
Non, ceci n'est pas de la nécromancie
Le topic pourrait bien en avoir besoin, vu que pour le moment, l'histoire est au point mort Rolleyes

Merci pour ton soutien, je vais tâcher de faire un effort Cool

Edit : voici enfin la suite, à vrai dire j'ai moi-même du mal à y croire... Cela dit, l'histoire avance à son rythme, j'espère qu'elle vous plait toujours autant qu'à moi  Sun glasses








     Camila observa longuement le visage de son époux endormi. La bougie qui l’éclairait était mourante, et la vampiresse souffla sa flamme avant qu’elle ne se consume d’elle-même. La pénombre de la nuit reprit ses droits.
     Sebastián avait changé du tout au tout, pensait-elle. La vie sur le navire avait changé leur relation du tout au tout. Ce n’était pas de la froideur, mais ce n’était certainement plus la passion de leur nuit de noces. Il lui accordait encore ses sourires, s’enquérait sur sa santé… pour ensuite aller rejoindre les hommes, le capitaine et le commandant.
     La cire de la bougie était encore tiède. Camila songea à la rallumer, pour ensuite se brûler la main dessus. Outre l’attention qu’elle recevrait de son époux, cet acte d’insanité imposerait une rupture à l’atroce monotonie de leur voyage. Elle finit par reposer la bougie et quitter la chambre. Dans le petit salon, elle serait moins tentée.

     Elle qui voyait pourtant clair dans les ténèbres, elle se sentait aveugle. Elle se sentait piégée dans sa situation, et incapable d’en sortir. Elle se sentait puérile, et ses tentatives de mûrir en faisant preuve de patience la plongeaient dans une amère mélancolie. Des jours et des jours que cette traversée durait, elle se sentait aussi vivante que la table sur laquelle elle était accoudée. Un meuble. Un poids.

     Pendant un moment, elle avait envisagé de se rapprocher des soldats, dont le moral semblait parfois bien bas suite à leur quotidien aussi morne que le sien. María, sa « chère » servante, le lui avait « fortement déconseillé », ce qui revenait dans sa bouche à une interdiction.
     « Si tu le fais, tu es une idiote ! », voila ce que sa réaction pourtant polie voulait dire à ce moment-là.
     Camila ne se trouva pas assez mesquine pour lui en vouloir.

     Son rôle, elle avait fini par le rejeter de tous ses vœux : soupirer chaque jour en voyant Sebastián lui donner quelques gouttes de son sang, elle en avait assez. Dans son regard se dissimulait désormais l’ardent désir de tout lui révéler, qu’elle cesse d’être rien d’autre qu’une source de tristesse pour ce mortel ! Elle était puissante, et pouvait très bien se rendre utile de n’importe quelle façon !!
     Mais on la condamnerait, María le lui avait dit, on la rejetterait et on la détesterait, car elle ne possédait plus leurs faiblesses… Pourquoi, pourquoi avait-elle accepté de devenir immortelle ? A la mélancolie s’ajouta le regret, autre source d’amertume pour son esprit tourmenté. Si seulement elle pouvait revenir en arrière, si seulement elle pouvait tout changer, refuser ce cadeau de la non-vie, vivre, vivre comme tous les autres…    


***


     Il arriva ainsi qu’en dépit des longues nuits passées à broyer du noir, la vampiresse n’arriva jamais à concevoir une issue qui lui fût favorable. Lorsque María la retrouva un matin, avachie à la table du petit salon, elle fut frappée d’inquiétude et de frayeur en voyant son infante dans un état aussi déplorable. Camila la regarda à peine, et ne bougea guère, si ce n’est qu’elle préféra soudain fermer les yeux au lieu de regarder dans le vague. María se rappela qu’elles ne devraient pas être interrompues d’ici longtemps : Sebastián était probablement endormi dans leur chambre, et plus personne n’avait besoin de ses services de guérisseuse : même les pires blessés étaient quasiment rétablis. Mais comment venir en aide à son infante, qui, elle, passait probablement ses jours à rester cloitrée seule, à ne rien faire, tel un simple objet abandonné ?
     « Camila ? Lève-toi, et viens avec moi. »
     María se rapprocha d’elle ensuite, et lui murmura à l’oreille : « Demande-moi ce que tu veux, et je ferai de mon mieux pour exaucer ton vœu. »
     L’effet escompté eut lieu, car Camila se redressa brusquement sur son siège, hurlant à pleins poumons : « Je ne veux plus être une v - !!! »
     Les deux mains de sa servante l’empêchèrent de terminer sa phrase. Celle-ci affichait non pas une expression de menace ou de réprobation, mais… de profonde tristesse ?!
     Un battement de cœur en trop, un bruissement sonore, et María sut immédiatement que le cri de son infante venait de réveiller Sebastián. Echec ou opportunité ? Elle devait réagir vite, faire preuve d’inventivité pour tirer parti de la situation…

     Le jeune seigneur fut brutalement tiré de son sommeil ; réagissant au quart de tour, il s’empara de son arme, une rapière d’excellente facture, et quitta sa chambre en trombe… Il se figea à l’entrée, voyant seulement les deux femmes, l’une assise, l’autre debout. Son épouse était en larmes, des larmes de sang.

     « María ! Qu’est-ce que cela signifie ?! Camila ! Qu’as-tu, dis-le moi ! »  
 
     Les images défilèrent dans l’imagination de Camila. Là, elle se jetait au cou de son époux, en pleurant. Là, elle chassait son époux et sa servante, mais eux ne voudraient jamais la laisser tranquille, sans pour autant pouvoir l’aider. Là, elle ne faisait rien, rien d’autre à part les regarder, à tour de rôle, sans dire un mot, les assaillant par le silence du désespoir et du reproche… Et c’est ce qu’elle faisait finalement, en s’écartant de sa servante, en fusillant son époux du regard. Celui-ci ne comprit visiblement pas la raison de sa colère, d’ailleurs comment le pouvait-il ? Elle entendit sa servante dire quelque chose, sans en distinguer le sens exact, décida de l’ignorer. Elle entendit son époux l’appeler, décida de l’ignorer également. Puis, quelques instants plus tard… Son époux la soulevait ?!! Non ! Qu’il la laisse tranquille, qu’il la laisse…
     Le baiser passionné de Sebastián interrompit le flot de ses pensées. S’en rendant à peine compte de ses actions, elle décida de demeurer muette, puis de se blottir contre lui, tant qu’elle le pouvait, tant qu’elle croyait encore en son affection pour elle…

     María les regarda s’éloigner et sortir sur le pont du navire. Heureusement que le temps était couvert… bien couvert, même, la houle était plutôt forte, ce matin. La servante les suivit discrètement : au moment opportun, elle devait leur suggérer d’emprunter la barque de sauvetage, l’attacher à la poupe du navire et s’y isoler du reste du monde. C’était risqué, imparfait et la houle menaçait de se raffermir, mais elle n’avait pas de meilleure idée. Il en allait de la stabilité de son infante…


     Lorsqu’elle se retrouva sur le pont, la première chose qu’elle sentit fut le vent froid et puissant qui gonflait les voiles. La vampiresse se sentit quelque peu étourdie par la bourrasque, elle s’appuya contre la porte qu’elle venait de refermer, et observa les époux s’éloigner. Pendant tout ce temps, elle n’avait eu guère vraiment l’occasion de les voir ensemble, elle avait passé trop de temps avec le commandant, le capitaine et les autres blessés de la Santa Lanza. Au point d’oublier même de boire un peu de sang. Au point de se sentir un peu perdue. Toutes les deux, aussi loin du Monde, aussi loin de la sororité, n’étaient-elles pas absolument libres de leurs choix, et au diable la mission ?



***



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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 10 Sep 2017 - 22:40




     Von Essen posa sa plume. En face de lui, assis droit sur son bureau, un grand chat brun le scrutait innocemment.
     Tout d’abord interdit, le chroniqueur repoussa l’envie instinctive de chasser l’animal. D’où diable provenait-il et pourquoi était-il là, dans son manoir ? Or, le chat semblait lui-même interroger le vampire du regard, mais avec nettement moins d’insistance.
     « Est-ce que j’ai vraiment besoin d’une raison pour être là ? »
     Un cône de flammes noires jaillit de la paume du vampire, que le chat esquiva en sautant promptement du bureau. Des manuscrits furent réduits en cendres.
     « Tu sais, étant un être qui boit du sang pour ne jamais mourir, tu pourrais traiter l’existence d’un chat qui parle avec tolérance.
     - TZEENTCH ?!!
     - Non, là, ce n’est pas moi. »
     Plus aucun doute, ce n’était pas lui. Mais…
     « Que viens-tu faire là ?!
     - A ton avis ? – le chroniqueur vit le chat monter sur un bord non-calciné du bureau. – Je suis là pour t’aider. »
     Toujours pris de court, Von Essen fut tenté de réitérer les flammes noires, mais hésita. Le chat, cependant, le regarda un moment, puis, comme par hasard, renversa l’encrier.
     « DAMNED !! »
     Echappant à la poigne du chroniqueur enragé, le chat bondit sur le rebord d’une fenêtre.
     « Le monde extérieur t’attend, humain-qui-ne-meurt pas.
     - Insolente créature !! »
     Le jet de flammes destructrices fit fondre le verre et désintégra le bois.
     « Insolent SAC-À-PUCES !!! »
     Les rideaux se mirent à se consumer, suivis par la bibliothèque, et le chat continuait à leur échapper à la vitesse de l’éclair.
     « BRÛLE DANS LES FLAMMES !! »
     La rage aveuglante du vampire venait d’incendier la salle entière, au point qu’à sa stupéfaction, l’animal pourchassé finit par lui sauter droit à la figure.
     « Pourquoi es-tu aussi méchant avec moi ?! »
     Alors qu’il était sur le point de s’immoler lui-même, le chroniqueur retrouva subitement une fraction de raison, ou plus exactement son instinct de survie. Tout brûlait, la chaleur devenait insupportable, même pour tout immortel qu’il était.
     « DAMNED !!! »
     Avec le chat toujours accroché à lui, Von Essen fit un bond salvateur à travers la fenêtre brisée.

     Ce dernier s’éclipsa sagement dès leur atterrissage, laissant le chroniqueur contempler avec horreur ce qui venait de se produire : le manoir brûlait, les flammes noires étant bien plus voraces que toute autre conjuration arcanique. Il lui fallut un effort considérable pour juguler l’incendie, et quand cela fut fait, il fut déchiré entre rage et affliction : mémoires, projets, créations, tout venait de se consumer dans l’un des plus grands sortilèges de la dhar. Le regard de Nagash.
     Il ne bougea pas. Guère tétanisé par l’émotion, il se retenait, au contraire. Courir dans tous les sens pour récupérer une bribe, un bout de parchemin… Inutile, les dégâts étaient bien trop importants, et tout était à refaire, tout était à refaire. A cause… d’un chat. Du sang. Du sang. Il lui fallait du sang, du sang et de l’encre. Du sang et de l’encre. Et des parchemins, des planches de bois, n’importe quoi pour y coucher ses écrits, n’importe quoi ferait l’affaire. N’importe quoi…
     Son regard tomba sur les bouts de bois calcinés, le noir, la suie, laisser une trace noire, pourquoi pas…

     Le chat, cependant, l’observait depuis le couvert d’un buisson non loin. Il se sentait un brin coupable, mais ne comprenait pas la réaction du chroniqueur. Pour quoi tant de fureur, voire de haine, alors qu’il était venu à lui avec les meilleures intentions du monde ? Qu’avait-il de si particulier contre les chats ?

     Von Essen, lui, n’y songeait même plus. Ce n’était pas la mort d’un chat qui allait lui rendre tout ce qu’il venait de perdre, et ce n’était pas comme s’il était aussi stupide pour aller le pourchasser une seconde fois. Qu’il aille au diable, cet animal incongru et affligeant ! Armé d’un bout de charbon, il se tenait droit devant un mur blanc, mur de pierres blanches, et ne savait pas par où commencer. Scrutant intensément la surface blanche et rugueuse des pierres, il donnait l’impression de vouloir en connaître le moindre détail, mais en réalité il luttait pour se concentrer. Ecrire, mais quoi ? Ecrire, mais quoi ? Il ne savait même plus par où commencer.
     Il se laissa tomber soudainement, et s’assit à terre, finalement abattu.

     Prudemment, très prudemment, le chat se rapprocha de lui.



***
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Lun 11 Sep 2017 - 11:16

lol lol lol lol lol

Honnêtement, cette suite est juste bidonnante. Bien que je ne voie guère de rapport avec le reste de l'histoire, elle est extrêmement drôle. J'ai particulièrement apprécié les réflexions du chat et l'intervention de Tzeentch.

Sinon, à quand la suite ?
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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Lun 11 Sep 2017 - 18:33

C'est la rentrée ?
C'est la perte d'inspiration ?
La perte accidentelle ou volontaire d'écrits ?

Je ne sais. Happy

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Mar 12 Sep 2017 - 16:24

Gilgalad a écrit:
Honnêtement, cette suite est juste bidonnante.
Eh bien, je ne m'attendais pas à cet effet-là, mais pourquoi pas Fou

Gromdal a écrit:
C'est la rentrée ?
C'est la perte d'inspiration ?
La perte accidentelle ou volontaire d'écrits ?
Un peu de ça, et bien d'autres choses. Bien joué pour avoir lu entre les lignes Clap

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MessageSujet: Re: Une histoire estalienne   Dim 22 Oct 2017 - 12:12

***


     Le chroniqueur finit par se relever, et la première chose qu’il vit fut le chat qui s’était endormi à ses côtés. Au terme d’un furieux débat interne, Von Essen l’ignora, et se concentra sur ce qu’il devait faire au plus vite. Aux alentours, des cadavres furent éveillés de leur repos éternel, et reçurent la charge de déblayer les décombres de l’ancien manoir. S’il fallait reconstruire sur quelque chose, autant que cela fût sur un terrain aménagé. Une fois ces ordres clairement indiqués, Von Essen fouilla dans ses poches et trouva fort heureusement un bout de parchemin vierge, sur lequel il griffonna un message bien précis.
     « Clavius ! »
     Comme si la chance était toujours avec lui, le vampire aperçut son corbeau domestique descendre prestement sur son épaule, le saluant par un croassement. Bon, bah lui, au moins, il ne parlait pas…
     Le chat, qui feignait le sommeil comme tous les chats savent le faire, se contenta d’observer.
     Clavius le corbeau s’envola avec le message en direction du sud. Quelques semaines plus tard, un nécrotecte de Numas recevrait un ordre de commande pour la construction d’un magnifique domaine, avec des blocs de marbre importés de Khemri, s’il vous plait. Une fois le message envoyé, Von Essen s’en fut en direction de la taverne de la non-vie, où il savait qu’il trouverait amplement le nécessaire de survie.

     Les goules locales avaient appris à voir de loin si le passant était barbu ou pas. En règle générale, une barbe signifiant une mort certaine, pour des raisons que nul ne pouvait expliquer, mais que tout le monde tenait pour fait avéré. Von Essen n’était point barbu, il pouvait donc être une proie éligible.
     Cependant, les quelques charognards qui l’approchèrent sentirent bien vite son aura vampirique, et préférèrent se prosterner le long du chemin, acte de soumission que le vampire ne remarqua même pas, tout rêveur qu’il était.

     Il entra naturellement par la porte défoncée de la taverne, remarquant d’un œil distrait qu’il était pour le moment le seul visiteur de ce lieu. Les choses avaient bien évolué depuis qu’il avait passé le seuil de la taverne la première fois, et sans doute évolueraient-elles encore. Le chroniqueur se dirigea vers une armoire, et en retira le nécessaire d’écriture, ses doigts frémissant d’anticipation. Un pichet de sang impérial compléta l’ensemble, et Von Essen trempa sa plume dans l’encrier.


***


     Cette nuit-là, María et Camila s’étaient retrouvées quasiment seules à bord de la Santa Lanza, car l’ensemble des troupes estaliennes et même une partie de l’équipage avaient débarqué sur un rivage nouveau, une terre inconnue, leur destination tant espérée et finalement atteinte. Les deux vampiresses étaient sur le pont, et savouraient distraitement le clair de lune qui baignait la mer et le littoral étranger. Les hommes, ou les mortels, c’est selon, avaient allumé des feux de camp sur la plage, foyers où brûlaient des essences de bois que nul ne connaissait encore dans le Vieux Monde. Les lueurs des flammes éclairaient les sentinelles postées autour d’un vaste campement, ainsi que l’orée d’un bois touffu, mur végétal censé receler mille et une richesses prêtes à être conquises pour la gloire du Rey.

     - Dis, María, pourquoi est-ce que l’amour ne dure qu’un temps ?
     - Je ne sais, Camila, je ne sais.
     - Est-ce quelque chose que j’ai fait, María ?
     - Non, ce n’est pas de ta faute, ma chère.
     - Mais alors, pourquoi ?
     - Personne ne sait, Camila, personne ne sait à coup sûr. Personne.

     Les deux vampiresses scrutaient tantôt le littoral aux lueurs vacillantes, tantôt le firmament aux lueurs scintillantes. Des constellations inconnues parsemaient la voûte céleste, et, tout surnaturelles qu’elles étaient, les lahmianes ne pouvaient réprimer une sensation d’émerveillement face à la beauté de cette nuit.

     - Qu’est-ce que je vais devenir, moi, à présent ?
     - Ce que bon te semble, ma chère.
     - María. Je suis assez fine pour savoir que tu veux que je reste à tes côtés, que je reste à tes ordres, et je sais très bien qu’en réalité, je n’ai pas vraiment le choix.
     - C’est pour ta clairvoyance que je t’ai choisie, Camila.
     La señora de Magritta sourit. C’était un sourire bien amer.
     - María, c’est tellement… tellement malheureux, ce qui nous arrive à toutes les deux. Nous sommes unies par le sang, tu m’as dit toi-même, mais je ne sais même plus si un jour, peut-être même demain, tu me laisseras tomber, tu me mentiras, tu me tueras peut-être, pourvu que cela serve l’intérêt de ceux de qui tu reçois tes ordres.
     - Tu le crois vraiment, Camila ? Tu crois vraiment que toutes ces choses-là pourraient arriver ?
     - Oui.
     María Nieves sourit à son tour. Il y avait aussi un peu d’amertume dans ce sourire, mais au moins autant de fierté.
     - Que je suis contente !
     - Comment ?!
     - Camila, ma chère, ce n’est pourtant pas difficile à comprendre. Ce que tu viens de me dire, cela signifie que je t’ai bien formée…
     Camila sentit sa gorge se serrer, prise par un trop-plein d’émotions contradictoires.
     - Et… Que suis-je censée tirer de cette information, María ?
     - Ce que bon te semble, mon amie, ce que bon te semble.

     Jusqu’au réveil de l’équipage à bord du navire, elles ne se dirent pas un mot de plus. Et lorsque le soleil se leva, elles étaient bien à l’abri, dans leur petit salon, à discuter de tout et de rien, et de choses que les hommes, ou les mortels, c’est selon, ne connaîtraient jamais.
     

***



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