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 Vampire at war : les temps maudits

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 14 Mai 2015 - 14:02

***


En ce jour funeste, sous un ciel rempli d'étoiles
L'armée maudite marcha à la guerre.
Mannfred le Gueux conduisait la colonne
Et la terre maudissait son engeance.

En ce jour funeste, sous un ciel rempli d'étoiles
Quatre chevaliers perdirent leur honneur :
Rohémond le Brave, Guy le Sévère, Godefroi le Colérique et Tancred le Barde.
Quatre preux bretonniens ignorés par la mort
Désirant revenir sur leur terre natale.

En deux jours funestes sous les ombres des nuages
Une armée devint deux, deux colonnes maudites
L'une fut guidée par Mannfred le Gueux
L'autre laissée à l'engeance des sorcières.

En deux jours funestes, sous les regards des morts
Quatre chevaliers sans espoir ni honneur
Durent suivre la colonne guidée par les sorcières
Car Mannfred le Gueux le leur avait ordonné
Un serment les liait à sa vile volonté
Car le Gueux leur rendit leur précieuse liberté.

En trois jours et trois nuits, il ne fut plus d’endroit
Où la terre ne fut piétinée par les morts
Les villages rasés, les mortels massacrés
Et l’armée des non-morts absorba leurs dépouilles
Pour que règnent seulement la terreur et la nuit.

En trois jours et trois nuits, ils franchirent l’Empire
Et bravèrent les monts et les cols escarpés
De montagnes dont nul ne connaissait le nom
Répandant chaque instant sur les gravats pierreux
Quelque tripe pourrissante qu’un cadavre perdait.

En vingt jours funestes, une armée de flétris
Traversa les montagnes sauvages et hostiles
Décimant tout mortel rencontré en chemin
Pour repaître la soif infinie des vampires.

En vingt jours funestes, quatre preux chevaliers
Egarèrent leur éveil sur une route de montagne
Egarèrent leur honneur au profit du parjure
Et ne furent que pantins aussi bien que les morts
Et ne furent que paysans à mener au bâton.

En un mois de voyage, aussi long qu’endormant,
Une armée sans sommeil descendit des montagnes
Une armée sans sommeil dévala les montagnes
Telle une marée de boue qui inonde la plaine.
En un mois de voyage, quatre vils bretonniens
Découvrirent la malchance qui mordait leurs arrières
Découvrirent la traitrise qui guettait leurs arrières
Découvrirent qu’ils devaient batailler au Pays.

En un mois et sept jours, traversant le Pays
Comme on traverse un champ délaissé par les serfs
Une armée de cadavres traversa la Bretonnie
Et ne trouva que plus de cadavres à chaque porte !
Et ne fut que gorgée de cadavres des serfs !
Et ne fut que marée inondant un cimetière.


     - Par les tripes de la Dame du Lac ! Pourquoi diable sommes-nous rentrés au pays ?!
     Celui qui venait de briser le silence était Godefroi de Mousillon. Ses compagnons eurent un imperceptible frémissement lorsqu’il donna voix à l’angoisse qui les habitait depuis plusieurs jours.
     Le kasztellan, et ses hommes partageaient alors ses pensées, avait eu la profonde certitude que l’armée du seigneur sylvanien était destinée à ravager les terres de l’Empire. Il ne fut point alarmé lorsque la colonne de cadavres titubants se divisa en deux, et leur seigneur, qui partait vers le sud, leur ordonna de suivre les troupes qui partaient vers l’ouest, un étrange sourire sur les lèvres. Depuis, ils devaient obéir aux ordres d’Anark von Carstein, chef des cavaliers vampires de Drakenhof. Quant au sorcier qui claudiquait quelque part au milieu des macchabées, les chevaliers de sang dédaignèrent de s’intéresser à son identité.  
     - Hé !
     Les doutes qu’auraient pu avoir les chevaliers avaient été balayés par la douce volupté d’avoir enfin quitté le comté maudit. Même si dans le ciel, des nuages de pluie avaient persisté pendant tout leur voyage, cela paraissait une bénédiction en comparaison avec les impénétrables ténèbres de Sylvanie. Un vent frais soufflait, les arbres portaient des feuilles, on entendait des oiseaux chanter, le bruit des rivières qu’ils traversaient, les cris des animaux dans les forêts. Seul le passage de l’abjecte armée de la non-vie s’insurgeait dans le paysage avec toute son horreur, l’absurdité de la décomposition mouvante, laissant un sillon de terre piétinée, où l’herbe ne repousserait pas de sitôt.
     - Messeigneurs, êtes-vous donc muets ?!
     - SEIGNEUR  DE  MOUSILLON !!
     De Brionne sentait la fureur monter en lui, mais avait en même temps conscience qu’elle ne réglerait en rien leur trouble commun.  Il remua frénétiquement ses derniers souvenirs, étonné que la destination finale de leur voyage ne l’eût pas inquiété avant qu’il ne soit trop tard.
     - C’est la Gasconnie qu’on a laissé derrière nous, monseigneur de Brionne.
     Le kasztellan se tourna vers le chevalier qui portait la bannière du Fort de Sang.
     - Nous ne l’avons pas reconnue, voila tout, - ajouta celui-ci. – Mais cette région-là, ce chemin, ces forêts, c’est chez moi. Nous sommes sur ma terre natale, Quenelles, monseigneur.
     De Brionne observa de nouveau l’armée de morts-vivants qui occupaient à présent tout son champ de vision. La plupart d’entre eux dégoulinaient encore de fluides vitaux, ayant été massacrés la veille, ou la journée précédente, sans aucune pitié. Si c’était la Gasconnie qu’ils avaient traversée, alors elle ne pouvait être en plus pitoyable état. Ils n’eurent vu aucun chevalier bretonnien, que des paysans affamés et misérables, et tous, hommes, femmes et enfants, tous furent tués pour rejoindre les rangs de la non-vie.    

     L’air fut de nouveau étouffé par la puanteur de la pourriture et du sang caillé. Le ciel se couvrait obstinément de nuages gorgés de pluie, qui nuit et jour déversaient leurs flots sur tous les environs, mêlant la boue, le fumier et le sang dans un seul mélange innommable. Les sabots des destriers cadavériques remuaient souvent des bouts tombants des soldats de la non-vie, et de fil en aiguille, les chevaliers se sentirent comme s’ils étaient de nouveau dans le comté maudit des von Carstein. Ils formaient toujours l’ultime arrière-garde de l’armée des morts-vivants, avançant à cette même vitesse hésitante, quand soudain l’un d’eux s’arrêta :
     - Monseigneur de Brionne, je ne saurais devenir le bourreau de ma patrie.
     La voix et les armoiries appartenaient au chevalier de Quenelles. De Brionne explosa :
     - Nous avons juré de servir un gredin de la plus basse extraction, mais nous ne serons jamais parjures ! Messire de Quenelles, vous tuerez quiconque qui sera en travers de son chemin, fût-ce votre propre père, fût-ce moi-même dans un accès de folie !
     Ce dernier ne bougea pas d’un pouce. De Brionne s’arrêta, puis les chevaliers d’Aquitanie et de Moussillon. Le kasztellan tremblait de fureur réprimée.
     - Tu peux très bien être mille fois fidèle à ta patrie, mais si ce von Carstein n’était pas venu avec ses maudits sorciers, tu serais encore en train de t’enfoncer dans la tourbe de son maudit comté ! C’est pourquoi tu rempliras ton devoir, sous peine d’être indigne de ton titre de chevalier !
     De Quenelles aurait juré qu’une lance plantée en plein cœur lui aurait infligé une douleur moins atroce que les paroles du chevalier de Brionne. Son code d’honneur l’obligeait à remplir sa dette de gratitude, et accomplir la tache cruelle que lui confia le fourbe comte vampire. Comme pour couronner le tout, sa soif de sang et son désir de bataille semblaient pactiser pour lui brouiller l’esprit.
     Son ordre informulé remit sa monture en marche. Les dernières traces de regret s’estompèrent dans un gouffre de folie résignée. Dans un silence de mort, il se joignit à ses compagnons d’armes, et ils se remirent en route.  
   

Et ce ne fut que honte, une honte dévorante
Aussi grande que l’armée qu’ils avaient devant eux
Quatre chevaliers bretonniens rompirent leurs vœux
Et tournèrent leurs lances contre leurs propres serfs

Et en quatre jours funestes, ils perdirent leur raison
Et suivirent les morts vers leur cible véritable :
Une abbaye sacrée, un lieu de recueillement
Où maintes fois des prêtres venaient en pèlerinage
Et il n’y a pas de mots pour décrire l’armée
Qui encercla les braves aux défenses du lieu.

Et ils grincèrent des dents, les quatre chevaliers
Car aucune défense ne saurait contenir
Une marée ascendante des morts sans repos
Non, nul combattant ne saurait retenir
Une marée ascendante des morts sans repos.

Et pourtant, et pourtant, ils se battirent sans relâche
Adressant des prières à la Dame du Lac
Les paysans, les abbés et tous les paladins
Tous, jusqu’au dernier, ils périrent sur les murs.
Tous, jusqu’aux dernier, ils donnèrent leurs vies
Car ils se battaient pour une cause juste.

Et au petit matin, quand la lumière s’accrut
Les renforts arrivèrent, portant lances et bannières
Chevaliers du royaume, aux montures bien vivantes
Aux montures qui hennirent que la vie n’est pas morte
Aux montures qui menèrent leurs maîtres jusqu’aux portes
De l’abbaye où se tenait le dernier combat.

Mais il était trop tard : les mortels encerclés
Ne purent s’accrocher aux lueurs d’espoir
Décimés de toutes parts par les morts-vivants
Ils ne résistèrent plus, et nul n’échappa
Aux lances, aux épées, et à la hache de Krell.

Et les renforts, noyés dans une mer de cadavres
Ne purent leur être d’aucun secours
Submergés par des mains de parents et d’enfants
Qui n’étaient que pantins dans les mains des sorcières.

Quant aux quatre chevaliers, ils prirent part au combat
Espérant secrètement que l’ennemi les achève
Mais le destin cruel ne le voulut pas
Et ils survécurent…


C’étaient quatre chevaliers, quatre preux bretonniens
Pourchassés désormais par trois esprits vengeurs
Les trois sœurs d’Anciéloux, demoiselles du Graal,
Désormais trois fantômes terrifiants et livides

Et Tancred d'Aquitanie, qui ne le voulait pas
Chante désormais chaque nuit endiablée
Pour qu’ils entendent moins les cris des trois diablesses
Qui leur glacent le sang, et rappellent leur détresse…



_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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Dernière édition par Von Essen le Ven 12 Juin 2015 - 19:45, édité 2 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 14 Mai 2015 - 17:57

C'est l'elfe qui t'a donné envie de faire des vers libres ? Belle réussite en tout cas Smile

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Les mots sont un don. Les mots sont une arme. Les mots ne se gaspillent pas. P.B.
"Despierta y ponte a soñar"
Ceux qui ne croient pas en la magie ne la trouveront jamais.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 14 Mai 2015 - 18:37

Mon dieu....jamais je ne pourrai t'égaler.

Bravo Cool

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"Approche toi mortel, après le baiser du Vampire, tu rejoindras mon armée et tu connaîtras l'éternité........."

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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 15 Mai 2015 - 21:27

bien fait pour eux, ça se dit fidèle et ce sont les personnages ayants connus le plus de commandement du récit!

je suis extrêmement flatté que quelqu'un puisse penser que je peux inspirer ces récit par mes ridicules petites lignes.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 19 Mai 2015 - 11:07

J'ai encore des remords à l'idée de publier des suites de quatre pages, mais c'est le sadisme de dame Arken qui déteint sur moi Tongue

@Ethgri : je confirme, tes écrits ont fait partie des éléments qui m'ont inspiré à écrire des vers libres Cool

@Ulf : Merci ! Je t'encourage tout de même à essayer des fois, on ne sait jamais  Mr. Green



***


     Des esprits, des fantômes ? Il ne percevait aucune, aucune présence humaine, ni même aucun être vivant, ni même aucun bruit aux alentours, et pourtant il n’était pas seul. Une peur intense, viscérale, l’habitait, et ne lui laissait que la certitude d’être constamment observé et menacé. Ses bottes foulaient un sol dur et rocailleux, d’une étrange couleur grise rappelant la cendre. Ses yeux étaient comme agressés par une faible lumière verdâtre émanant de partout, ou plutôt, d’un épais brouillard qui l’entourait depuis… Il ne savait plus. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il ignorait où il était, et qu’il devait en sortir au plus vite, car la soif le tenaillait.
     Von Essen serra les poings et se mit à courir. Combien de fois il avait couru à travers ce brouillard stérile, il l’ignorait, et peu lui importait. Il souffrait constamment de ses blessures, et n’avait pas le sang-froid nécessaire pour atténuer une rage paniquée. Et toujours, toujours cette impression d’être surveillé le hantait.
     Il se retenait de hurler, mais il fallait pour cela de la patience, et il se rendait compte qu’il n’en avait pas beaucoup. Tout ce qui comptait alors, c’est de survivre, de réagir de la meilleure manière qui soit, de comprendre enfin de ce qui se passait autour de lui, de s’affirmer enfin comme le maître de la situation, même s’il devait seulement le prétendre. Alors, l’ancien bourgmestre hurla de toutes ses forces :
     - J’EN AI ASSEZ ! Qui que vous soyez, montrez-vous immédiatement, et que ça saute !
     Son cri ne provoqua aucun écho, et il s’apprêta à hurler de nouveau, incapable d’évacuer sa peur autrement. Alors, une vision soudaine lui fit serrer la gorge, et ses pupilles se rétrécir jusqu’à devenir fentes flamboyantes dans ses yeux.
     Des formes apparurent peu à peu, indistinctes, translucides, mais indubitablement humaines. Un vent parut se lever, mais le vampire réalisa avec horreur qu’il s’agissait d’un souffle morbide poussé par des dizaines, non, des centaines d’êtres immatériels qui venaient se présenter à lui. Il se retrouva incapable de leur échapper, encerclé, et dut se raccrocher à ses dernières bribes de volonté pour ne pas se recroqueviller et attendre que mort s’ensuive. Au lieu de cela, il se surprit lui-même à briser de nouveau le silence :
     - ARRETEZ-VOUS ! ARRETEZ-VOUS !
     Bien que provoqué par une frayeur désepérée, son cri décelait aussi sa haine envers tous ses ennemis, sa volonté impitoyable et sa soif de pouvoir. Les esprits se figèrent au même moment, à quelques trois pas de l’ancien bourgmestre.
     Ce dernier réalisa d’abord qu’ils s’étaient arrêtés, puis osa croire qu’ils lui obéissaient. Or, la peur qui le gouvernait alors exigeait encore des preuves de sa sécurité. Le troisième ordre fusa, implacable :
     - Disparaissez ! Je ne veux plus vous voir ! Hors de ma vue !
     Il se retrouva de nouveau seul, bien qu’il perçût désormais que ce n’était qu’un leurre, que les esprits étaient bien là et continuaient à l’observer. Toutefois, leur absence immédiate le fit apaiser sa panique, et s’efforcer à comprendre ce qui venait de se passer. Pris soudain d’une curiosité que seule la peur tenace tempérait quelque peu, il lança dans le vide :
     - Apparaissez !
     Les fantômes l’encerclèrent, et son assurance à peine récupérée faillit le quitter. D’un geste mécanique, il pointa au hasard, droit devant lui :
     - TOI ! Reste ! Les autres, disparaissez !
     La foule fut comme absorbée par la terre, seule une silhouette incertaine demeurant visible au vampire. C’était un homme ou une femme, il ne comprenait pas encore, mais il était de haute taille, mince, vêtu de guenilles trouées, la peau tendue sur les os, trouée aussi par endroits. Sa mâchoire était grande ouverte, de nombreuses dents manquaient ; Von Essen avança instinctivement pour mieux voir, puis s’arrêta, figé par un autre instinct. Sa conscience s’éveilla enfin, et il s’efforça à articuler :
     - Q-Qui es-tu ?
     - Vadras Kauteleibe, monseigneur.
     La voix était faible, râpeuse, mais subitement le vampire réalisa qu’il n’y percevait aucune menace. Cependant, il était bien trop méfiant pour se détendre immédiatement.
     - Qui sers-tu ?
     Il lança la question sans réfléchir, regretta, mais la réponse éveilla son intérêt :
     - La lignée du seigneur von Drak, et celle de son gendre, Vlad von Carstein.
     Von Essen faillit se plonger dans une profonde réflexion afin de mieux comprendre, mais décida qu’il valait mieux ne pas faire attendre le spectre. La prudence le lui dictait.
     - Je sers aussi la lignée des von Carstein ! – affirma-t-il avec insistance. – Il… me faut à tout prix rejoindre leur château, c’est urgent !
     - Lequel, monseigneur ?
     L’ancien bourgmestre nota d’abord le titre avec lequel le fantôme s’adressait à lui, puis comprit enfin le sens de sa question. Il voulut d’abord dire « le plus grand », mais se ravisa.
     - Le plus proche !
     - Le castel Sternieste est à une lieue d’ici, monseigneur.
     - Parfait ! – le vampire se rendit compte qu’il souriait triomphalement, mais n’arriva pas à reprendre contenance. – Conduis-moi là-bas, immédiatement !
     - A vos ordres, monseigneur, suivez-moi…

     A peine eurent-ils marché quelques pas, que Von Essen sentit qu’il était encore et toujours observé par des centaines de regards absents. Toutefois, il se résolut à s’assurer une fois pour toutes de sa suprématie sur les êtres surnaturels que son chemin venait de croiser.
     - VOUS ! LA ! – aboya-t-il en se retournant avec brusquerie. – Allez donc hanter le castel Templehof, tous autant que vous êtes !
     Puis, campé fièrement sur ses appuis, tremblant intérieurement, il attendit. Un poids énorme sembla quitter sa poitrine quand sa perception lui indiqua que les esprits s’en allaient. Il faillit les invectiver pour qu’ils accélèrent, mais se retint par crainte d’en faire trop.

     Pendant quelque temps, l’ancien bourgmestre marcha derrière son étrange guide dans le silence le plus complet. Le fantôme se glissait à quelques pouces du sol sans jamais l’effleurer, comme si un vent régulier poussait sa légère substance dans la direction qu’il souhaitait. Le brouillard si inquiétant persistait aux alentours, mais soit le vampire s’y était habitué, soit il était simplement devenu moins épais… Von Essen choisit finalement de croire que quelle qu’en soit la raison, sa présence en ces lieux était devenue beaucoup moins indésirable qu’avant.
     Le silence l’indisposait. Le monde entier semblait ne contenir que le bruit de ses bottes sur la rocaille noire, et ne se confiner qu’à la maigre vision des alentours : vallons souvent escarpés, brume rampante, ciel inexistant. L’ancien bourgmestre n’avait cure du froid pénétrant de cette contrée, mais comprenait qu’il devait à tout prix trouver un endroit plus propice à la survie des mortels, s’il voulait lui-même subsister. La peur, de nouveau, l’incita à parler.
     - Vadras ! Sommes-nous…
     Les mots ne suivirent pas, car sa gorge se noua tout à coup. Ses muscles se raidirent de partout, au point qu’il s’arrêta net. Sa vision, quant à elle, s’était arrêtée sur d’énormes rochers oblongs qui paraissaient avoir surgi de nulle-part et jalonnaient à présent leur route : à la lueur incertaine du brouillard, Von Essen décelait des images affreuses, des visages tordus dans des expressions tantôt de cruauté, tantôt d’atroces souffrances. Les traits étaient imprécis, mais dégageaient une terreur sans nom. Le vampire se rendit compte au dernier moment que ses genoux étaient sur le point de céder, et évita de tomber à la renverse.
     Dès lors, il raffermit sa volonté à nouveau. Son guide pouvait disparaître dans le brouillard d’un moment à l’autre, aussi l’ancien bourgmestre se força à ignorer les abominables idoles qu’il croisait en courant. Elles ne ressemblaient à rien de ce qu’il aurait pu connaître, ni même entendre parler. Il n’y avait pas les symboles tant redoutés de la Corruption. Ce devait être autre chose, et la curiosité le disputait à la révulsion dans l’esprit de l’ancien bourgmestre.
     Il rattrapa le fantôme plus vite qu’il ne le pensait, et les idoles étaient restées derrière lui. Toutefois, l’insidieuse impression d’être à nouveau observé ne le quitta plus.
     - Vadras ! Arrête-toi !
     Le fantôme obéit.
     - Sommes-nous encore loin du château ?
     - Une demi-lieue, monseigneur.
     - Où sommes-nous maintenant ?
     - Vagravia, monseigneur.
     - Qu’est-ce que c’est que cet endroit, Vagravia ?
     - Un village, monseigneur.
     La soif se rappela au vampire comme s’il venait d’avaler de travers.
     - Des… mortels habitent ce village ?
     - Tout comme moi, monseigneur.
     Von Essen faillit s’en mordre la langue. Des mortels comme lui ! Autant dire « personne » ! Autant dire qu’il faisait ce chemin pour rien, voire pire, se condamnait lui-même ! Il fallait cependant en avoir le cœur net.
     - Et le château, par qui est-il habité ?
     - Je sais pas, monseigneur.
     L’ancien bourgmestre serra les poings de dépit. Une évidence s’imposa à lui néanmoins : il n’allait pas rebrousser chemin !
     - C’est bien, Vadras, continuons. En avant !
     Le fantôme se remit à glisser lentement, le vampire cheminant à sa suite.

     Les idoles furent bientôt remplacées par des formes encore plus imposantes qui empêchaient même le brouillard de se répandre à son gré. C’étaient des vallons surélevés, ayant chacun un versant particulièrement abrupt, et dans ces versants, des nombreuses cavités avaient été vraisemblablement creusées dans la roche, présentant parfois des ouvertures assez grandes pour laisser passer un cheval. Il n’y avait cependant ni chevaux, ni habitants, et à travers les étroits couloirs formés par les vallons, un vent glacé se répandait en sourdes complaintes. Von Essen n’était pas dupe : des habitants ici, il y en avait assez pour remplir la ville d’Altdorf à ras-bord, mais Altdorf ne serait alors plus jamais la même. Ils les épiaient, Vadras et lui, observaient le moindre de leurs mouvements, terrés au fond de leurs grottes, certains d’entre eux peut-être assez courageux pour sortir et observer de plus près. Ils reniaient toute forme de vie, le vampire le sentait comme une pulsation de haine qui résidait dans chaque vallon peuplé de ces morts invisibles. Alors, il se félicita d’avoir rejoint leur monde, et d’être considéré comme un maître, et non comme une proie à dévorer. La peur l’avait définitivement quitté au moment où il l’avait réalisé, et la seule inquiétude qui désormais l’importunait concernait sa soif toujours aussi présente.
     En dépit de cela, il attendit d’avoir laissé le village hanté derrière lui avant de se remettre à questionner son guide.
     - Vadras !
     Ses paroles se bloquèrent une énième fois dans la gorge, et l’ancien bourgmestre maudit les idoles qui venaient de réapparaitre aux alentours ; il avait beau se savoir hors de danger, les sculptures morbides le glaçaient d’effroi et confondaient ses pensées. Seulement quelques instants après, une fois leur présence disparue, Von Essen reprit :
     - Vadras ! Tu sers la lignée des von Drak ?
     Le fantôme parla sans s’arrêter, ce qui accommodait le vampire.
     - Oui, monseigneur.
     - Qui, en ce moment, est à la tête de la lignée des von Drak ?
     - Je sais pas, monseigneur.
     Tout en marchant, Von Essen jaugea son guide une nouvelle fois : grand, maigre, vêtu de haillons, certainement un paysan. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’il ne soit que très peu renseigné. Cependant, il fallait en tirer toute l’information qu’il détenait, car cela pourrait s’avérer utile par la suite.
     - Et qui, en ce moment, est à la tête de la lignée des von Carstein ?
     - Mannfred von Carstein, monseigneur.
     Ce nom, il l’avait déjà entendu, et ses souvenirs concordaient avec ce que disait le spectre.
     - Où se trouve Mannfred von Carstein en ce moment ?
     - Je sais pas, monseigneur.
     - Le château où nous allons, est-il habité par un seigneur von Carstein ?
     - Je sais pas, monseigneur.
     L’ancien bourgmestre se mit à réfléchir une autre question, quelque chose, n’importe quoi qui lui pourrait être d’une quelconque utilité. Il fallait que ce soit quelque chose qu’un pauvre paysan puisse connaître, ce qui réduisait de beaucoup ses possibilités…

     Tout en réfléchissant, il ne remarqua qu’avec du retard que le brouillard qui les avait accompagnés si longtemps s’estompait, laissant place à une obscurité quasiment impénétrable. Von Essen trouva qu’il y voyait toujours suffisamment pour cheminer à son aise, et ne refoula pas un immense soulagement à l’idée d’avoir enfin quitté les vallons hantés par les esprits. Un seul lui suffisait !
     Il aperçut des arbres, et s’en réjouit malgré leurs formes squelettiques et rabougries. Il vit des touffes d’herbe maladive, et n’en fut pas moins satisfait. Aussi moribonds que ces signes de vie pouvaient être, il était plus proche des mortels qu’avant, sans aucun doute ! Tout à ces constatations, il discerna enfin le but de leur traversée apparaître non loin : un puissant édifice bâti sur une motte non moins imposante, une silhouette dentelée révélant de hautes tours au toit conique, mais au-delà de tout autre chose : des lumières aux fenêtres ! Le château était donc habité !
     Von Essen se rassura par tous les moyens possibles alors qu’ils approchaient : les lumières n’étaient pas vertes et blafardes comme le brouillard de Vagravia, elles étaient dorées et clignotantes, comme des torches que l’on allumait parmi les vivants ! Et s’il y avait des vivants, c’est qu’il y avait des vampires, potentiellement des alliés, et quant aux ennemis, il saurait bien s’en occuper tôt ou tard. Et si…
     Il se perdait en hypothèses en toutes sortes, desquelles il sortait indubitablement vainqueur, lorsqu’ils furent tellement proches du château qu’il occupait à présent tout leur champ de vision. Il fallut remonter une pente ni trop douce, ni trop raide, et le vampire et le fantôme se retrouvèrent devant de hautes et larges portes en bois massif bardé de barres d’acier. N’osant s’avouer intimidé, l’ancien bourgmestre donna trois grands coups à l’entrée, et attendit, son guide demeurant immobile et silencieux auprès de lui.
     Von Essen lui jeta des regards en biais de temps à autres, incapable de dissimuler son impatience. Finalement trop irrité, il voulut frapper une nouvelle fois, quand son ouïe surnaturelle perçut du bruit de l’autre côté des portes : on s’approchait !
     Mué par un réflexe qu’il avait gardé d’un temps révolu, le vampire examina sa tenue en un éclair : tunique, pardessus, chausses, bottes… Tout était sale, voire abîmé, mais les couleurs, au moins, le distinguaient comme un de ceux qui servent les von Carstein. Se raccrochant à cette idée, Von Essen prit une posture altière et une expression hargneuse, alors que les battants des lourdes portes coulissaient avec un abominable crissement.          



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Dernière édition par Von Essen le Sam 23 Mai 2015 - 19:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 19 Mai 2015 - 17:36

Enfin quelque que chose de nouveau, qui semble remettre une intrigue en mouvement... La suite ! Clap

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Dalamyre
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 19 Mai 2015 - 23:47

Ouf, j'ai enfin fini de lire ton histoire. C'est qu'il y en a, des pavés !  Very Happy  Il est probable que j'ai loupé quelques passages, mon rythme de lecture étant quelque peu chaotique. En tout cas, parmi tous tes personnages, le cas de Herr Von Essen est celui qui m'intéresse le plus. Les servantes aussi, je me demande comment elles vont évoluer.
Tout ceci pour te dire continu et bon courage, je sais qu'il est difficile de continuer à écrire dans l'état actuel du fluff, la Fin des Temps moi aussi m'a stoppé dans mon élan. J'espère que l'évolution du background, quel qu’elle soit, saura nous remotiver.
Dans l'attente de la suite des aventures de cette équipée vampirique, décidément bien malchanceuse. Smile
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 20 Mai 2015 - 20:25

un retournement de situation, comme Von Essen en a le secret, comme dit plus haut, ça remet du mouvement.

je trouve ce Vadras Kauteleibe très sympathique, il me fait penser à Nestor dans tintin, je sais pas pourquoi

en tout cas, que nous réserve le GNNNNNNNIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII... final?
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 23 Mai 2015 - 18:03

Je me suis enfin mis à jour depuis plusieurs mois et il n'y a pas à dire, tu es très prolifique. Et c'est tant mieux parce que je prends beaucoup de plaisir à te lire.

Comme toujours tes textes sont très bien dans tous les sens et le dernier est presque parfait (bah oui, la perfection n'existe pas vu que je ne l'ai pas inventée Tongue ).

Et les nouveaux personnages sont très sympathiques sans compter que le fait d'en apprendre plus sur les Dragons de Sang est vraiment sympa puisqu'avant ils n'étaient "que" des chevaliers. Or maintenant, on en sait un peu plus.


Bref, j'attends la suite avec impatience maintenant.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 13 Juil 2015 - 13:16

***

   
     Il vit devant lui un groupe de soldats cadavériques, et frémit en sentant leurs regards vides se fixer sur lui. Le souvenir du revenant indestructible se raviva douloureusement dans sa mémoire.
     Les deux gardes qui venaient d’ouvrir les portes rejoignirent les rangs de leurs semblables dans un silence de mort. La cohorte se dressait à l’entrée, immobile, à peine perceptible dans l’obscurité. Les lambeaux de tissu de leurs uniformes s’agitaient mollement par une brise venant de l’intérieur. L’ancien bourgmestre, en prise avec une torpeur inattendue, eut l’impression qu’ils étaient plus solides et éternels que les murs qui les entouraient. Apporter la mort après la mort. La nécromancie. Le pouvoir absolu sur les vivants. Leur fléau absolu. Lui, Von Essen, ne détenait pas ce pouvoir, était trop faible pour lutter contre les puissances qui se dressaient sur son chemin. Il devait alors se faire discret et servile, en attendant que la roue tourne, tôt ou tard. On lui avait promis la vie éternelle.
     - Votre nom.
     - Von…
     Les orbites creuses des gardes décharnés étaient fixées sur lui, plongeant son esprit dans la confusion la plus totale. Un instinct le poussait à agir, un autre lui bloquait la voix et raidissait ses membres. C’était comme si un couteau se rapprochait de sa gorge alors que lui-même était pieds et poings liés. Ce couteau lui parut soudain si réel que, dans un mouvement saccadé, sa main s’éleva, ses doigts se crispant sur le vide. Cela dura un moment qu’il ne put mesurer, comprenant vaguement que toute son assurance apparente n’était plus, et qu’il allait être exécuté d’un instant à l’autre, sans même avoir la volonté de résister.
     Quelque part dans les ténèbres, un son feutré capta une parcelle de son attention : un bruissement de tissu, régulier, de plus en plus distinct. Puis d’autres bruissements semblables. Au fond du vaste couloir, de minuscules lumières couleur de braise apparurent et, peu à peu, devinrent des yeux luisants dans l’obscurité.
     L’ancien bourgmestre sentit alors ses membres se dégourdir et sa langue se délier. Tout son corps lui hurlait le danger mortel qui provenait des êtres qui venaient d’apparaître, mais sa raison à peine retrouvée lui faisait croire que ceux-là pouvaient être bernés par la parole justement placée. Il devait cependant remonter une pente qu’il venait de dégringoler, se redonner une contenance. Lutter pour sa survie.
     - Von Essen… Mon nom est Von Essen, - fit-il d’une voix plate.
     - Pourquoi venir ici ?
     Loin derrière la cohorte de morts-vivants qui l’interrogeaient, le vampire voyait à présent les yeux rouges l’observer, se mouvoir de temps à autre, se concerter en silence. Il crut entendre des rires étouffés.
     - Je viens de la part… de Templehof. Ma… maîtresse m’envoie.
     - Pourquoi venir ici ?
     Quelqu’un pouffa. Une voix de femme, rapidement suivie par une autre. Un homme rit à son tour, puis, comme leur silence n’avait été qu’une façade, tous les châtelains éclatèrent de rire, certains franchement, d’autres avec une modération qui se voulait altière. Des voix se firent entendre parmi l’hilarité générale :
     « Allons ! »
     « Cela suffit ! »
     « Mais ! »
     « Qu’il continue ! Cela ne peut être que drôle ! »
     « Cela va devenir ridicule. »
     « C’est bien l’intérêt ! »
     « Moi, je deviens curieuse. »
     « Moi aussi ! Ça prend trop de temps ! »
     « C’est vrai que ça n’avance pas. Qu’il vienne enfin ! »
     « Qu’il vienne ! »
     « Ecartez les gardes ! »
     « Souhaitons-lui… » « Non, voyons d’abord qui c’est… »
     Entretemps, les morts s’écartèrent de l’entrée dans un affreux tintement métallique. Alors, quelqu’un claqua des mains, et le hall d’entrée s’illumina subitement de deux rangées de torches accrochées de parts et d’autres sur les murs opposés. Leur lumière dorée éclaira immédiatement les pierres grises du sol, où Von Essen crut apercevoir de larges flaques de sang caillé. Les gardes des cryptes disparurent l’un après l’autre par une porte latérale, laissant leurs maîtres faire face au nouveau venu. Ce dernier osa à peine les observer, mais du peu qu’il vit il conclut immédiatement qu’il avait affaire à un grand nombre d’ennemis et d’alliés potentiels, tous vêtus de superbes atours d’une mode révolue depuis des siècles. Tous avaient le même regard de prédateur, vorace et insatiable. Tous étaient prêts à commettre les pires crimes sur un caprice. Des fous sanguinaires.
     - Approche donc, Von… Essen, - lança affablement un homme de haute taille.
     Il s’approcha, ses pas tantôt résonnant sur la pierre dure, tantôt étouffés par les flaques morbides.
     - Le pauvre… Aurait-il peur de nous ? – glissa une femme d’une voix faussement compatissante.
Von Essen toisa celle qui venait de le piquer au vif. Elle avait un corps et un visage superbes, et soutint son regard sans ciller, puis sourit en montrant ses dents d’une blancheur irréprochable.
     - Je crois que tu lui plais, - lui glissa une voisine, et les autres femmes se permirent un petit ricanement à cette boutade.
     L’ancien bourgmestre, rompu à la prise de parole lorsqu’il était encore humain, décida de ne pas se laisser faire.
     - Mes hommages, mesdames, - fit-il aussi aimablement qu’il pouvait. – Messeigneurs, je viens de la part de la comtesse de Templehof. Elle m’envoie quérir conseil auprès de vous.
     Il faillit pousser un soupir de soulagement en voyant qu’il venait de capter leur attention. Ce fut le même homme qui l’invita à entrer qui répondit au nom de tous, laconiquement :
     - Parle.
     - Le dernier mortel a rendu l’âme il y a quelques jours, alors qu’il est impossible de quitter les frontières de la Sylvanie. Ma maîtresse réclame du sang.
     Il y eut des murmures entendus et des regards encore plus entendus : « Mais bien sûr… » « Toujours la même histoire… » « Il est adorable avec son air solennel… »
     Le vampire qui passait décidément pour le porte-parole de l’assemblée interrompit les messes-basses d’un seul geste. Visiblement ennuyé, il annonça :
     - Le seul sang que l’on puisse trouver en Sylvanie se trouve ici, en effet. Si ta maîtresse en réclame, elle devra venir jusqu’ici.
     Von Essen tressaillit à la seule pensée d’un inévitable retour là-bas. Toutefois, s’apercevant des impitoyables sourires des immortels à la seule vue de son embarras, il s’empressa de faire diversion :
     - Avant le long chemin qui m’attend, par votre bonne grâce, je souhaiterais apaiser ma soif.
Ils le regardaient comme des serpents regardent un oisillon tombé du nid. L’ancien bourgmestre avait conscience qu’ici, dans cet abominable repaire de rejetons du mal et de tout ce que maudissait l’humanité, sa survie ne pendait qu’à un fil.

     - Nous ne saurions opposer de refus à un invité, - résonna une énième fois la voix posée du porte-parole. – Suivez-moi, je vous prie.
     Tous les nobles vampires, femmes et hommes, se tournèrent vers lui, et l’espace d’un instant, le silence fut tel que l’on entendit crépiter les torches. Von Essen reconnut sur leurs visages l’air scandalisé qu’ont les enfants capricieux à qui l’on enlève un jouet qu’ils n’ont pas encore eu l’occasion de briser, et sentit un terrible frisson de peur et de dégoût mélangés. L’assemblée fut alors parcourue de murmures mécontents, semblables au bourdonnement d’insectes ou au sifflement de vipères.
     Néanmoins, le mystérieux maître de maison leur ordonna sèchement de s’écarter, et l’ancien bourgmestre passa à sa suite, se sentant comme s’il traversait un monstrueux piège à loup, prêt à sa refermer sur lui.
     Bientôt, la lumière du hall fut laissée derrière, et les bruits de pas des deux vampires résonnèrent en écho dans le noir absolu d’un long couloir. Le sol comme les murs étaient faits de pierre grossièrement polie. Von Essen frôla plusieurs fois le métal glacial de torchères vides, et dans ces moments-là regretta amèrement la lueur et la chaleur du hall, mais aussi, plus secrètement, la lueur et la chaleur d’une vie désormais révolue.
     Leur avancée prit un virage, puis arriva à un escalier en colimaçon, que le guide descendait d’un pas assuré, nullement préoccupé par le mal que se donnait son invité pour le suivre sans dégringoler. Pendant tout le trajet dans les ténèbres, il ne souffla mot, et l’ancien bourgmestre fut trop intimidé pour briser le silence du castel.
     L’escalier aboutit sur une porte en bois renforcé, que le maître de maison referma doucement derrière eux, et poussa un verrou. Il était toujours impossible de voir quoi que ce soit, mais Von Essen comprenait sans peine qu’il se trouvait dans des souterrains, et donc loin des oreilles indiscrètes des autres nobles morts-vivants. Un instinct commençait à lui chuchoter d’égorger son hôte, quand celui-ci s’adressa soudainement à lui :
     - Maintenant, dites-moi qui vous êtes.
     Aucune peur, rien. Froideur, mesure, peut-être une ombre de menace. Il ne pouvait que répondre.  
     - Von Essen, je ne sais plus rien d’autre.
     - Qui sers-tu ?
     - Celui qui me donnera du sang.
     - Et ta maîtresse ?
     - Morte.
     - Morte ?
     - Le chaos. Les démons l’ont emportée, c’est ce qu’on m’a dit.
     - Et le castel Templehof ?
     - Presque vide. Mon ancien maître y repose, mortellement blessé, mais s’accrochant à la vie.
     - Ton ancien maître ?
     - Ashur. Un vampire dont je mesure mal la puissance. Magie, escrime, il est tout-puissant.
     - Tout-puissant et mortellement blessé ?
     - Par erreur, par bêtise, par affection, je ne sais pas.
     - As-tu vu qui l’a blessé et comment ?
     - Je n’ai pas vu, seulement entendu et senti. Mais j’ai vu son cadavre après, il était décapité et avait le cœur transpercé.
     - Et il a pourtant survécu ?
     - Oui.
     Son interrogateur pondéra un court moment.
     - Qui sert-il ?
     - Personne.
     - Eh bien ! – sa voix fut soudain moins tranchante, plus tiède, étrangement complice. – Un tel phénomène doit être éliminé au plus vite, tu ne crois pas, Von Essen ? Il ne ferait que de créer des ennuis. Rapporte-moi sa tête et tu auras tout le sang que tu veux.
     L’ancien bourgmestre en eut le souffle coupé, mais le noble vampire ne le laissa pas réfléchir.
     - Si tu acceptes et continues à me servir désormais, ta survie est assurée. Si tu refuses, je peux te tuer sur le champ, mais ce serait trop généreux. Je te confierais à ceux et celles que tu as vu t’accueillir si chaleureusement, et m’amuserai à te regarder périr lentement. As-tu vraiment besoin de réfléchir ?
     Ecrasé, Von Essen accepta mécaniquement. Tout son être exigeait du sang, et il comprenait que celui qui lui en promettait le tenait comme une marionnette entre ses doigts. Haine envers son nouveau maître, haine envers sa propre impuissance, tout cela sembla lui revenir comme dans un cauchemar sans fin. Son ouïe capta le couinement éloigné de rats, et il ne put s’empêcher de tendre l’oreille pour discerner les battements de leurs cœurs minuscules.
     - Va maintenant !
Von Essen entendit la voix du vampire comme si elle venait de loin. Il lui fallut se faire violence pour une révérence qu’il connaissait par cœur. Il sentit plus qu’il ne vit le regard de son maître se poser sur lui, quand ce dernier ajouta :
     - Retourne-toi, et suis ce couloir en ligne droite, sans jamais tourner. Tu te retrouveras à l’extérieur. En vitesse !

     L’ancien bourgmestre obtempéra avec toute la vitesse que sa nature surnaturelle lui procurait. Alors qu’il courait encore et toujours dans le noir absolu, il voulut hurler, emplir ce couloir humide des échos de sa haine impuissante, il se sentit véritablement comme un chien que l’on relâchait pour attraper une proie pour gratifier après d’un os à ronger. Son âme devenait aussi noire que tout ce qu’il voyait devant lui, voyait sans regarder.
     Soudain, il émergea du tunnel, et scruta immédiatement les alentours, huma l’air. Derrière lui, le château Sternieste. Devant lui, incroyablement familier, le brouillard verdâtre des collines de Vagravia.
     Il allait s’élancer, quand un souvenir émergea dans sa mémoire, et le fit se stopper net. Il n’irait pas remplir des corvées ingrates, il n’irait nulle part, n’obéirait pas, se vengerait, agirait, punirait, torturerait, plierait toutes ces créatures inhumaines à sa volonté. S’il n’essayait pas, il serait condamné à rester serviteur à jamais. Il devait essayer, et sinon périr, périr, peut-être…

     - Vadras ! VADRAS !
     Sa voix porta loin, mais il était alors insignifiant, et ce cri n’éveillerait aucune crainte chez ses ennemis, au mieux un sourire méprisant.
     - VADRAS !
     Il vit une petite lueur spectrale apparaître devant l’énorme masse noire du château, puis s’approcher de lui, aussi lentement que naguère dans les collines. Von Essen attendit, profitant de ce moment pour préparer ses instructions. Enfin l’horrible fantôme du paysan sylvanien se dressa devant lui.
     - Vadras, tu iras dans le castel Sternieste, tu y resteras en silence, tu observeras les seigneurs vampires qui s’y trouvent, en restant invisible ! Tu devras repérer exactement où ils gardent les mortels vivants, et sinon où ils gardent leur sang. Dès que tu le sauras, tu reviendras ici me faire un rapport.
     - Oui, monseigneur.
     - Tu seras invisible et muet. Si l’on t’ordonne d’apparaître, tu n’apparaîtras pas, si l’on t’ordonne de parler, tu ne parleras pas. Tu n’apparaîtras et ne parleras qu’à moi, et à moi seul.
     - Oui, monseigneur.
     - Va maintenant !
     - Oui, monseigneur.




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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 13 Juil 2015 - 14:32

Excellente suite (comme toujours devrais-je dire). L'histoire est plus calme mais est très intéressante. J'attends de voir la suite pour voir comment ça va tourner. Parce que j'ai l'impression que cela va être intéressant.

Citation :
Nous saurions opposer de refus à un invité,
Tu devrais rajouter quelque chose dans la phrase car elle n'est pas très compréhensible. Comme par exemple : "Nous ne saurions opposer de refus à un invité" Sinon, on a l'impression (en tout cas c'est celle que j'ai eu) qu'ils commencent par refuser pour ensuite accepter.

Et j'attends la suite avec impatience bien sûr.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 13 Juil 2015 - 15:08

Merci, c'était un oubli de ma part Smile

Et merci pour les compliments, ça fait toujours plaisir et c'est ce qui donne envie de continuer Cool

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 13 Juil 2015 - 17:15

J'ai l'impression que tu as retrouvé le fil de ton histoire Smile
Mais je me demande d'où vient ce Vadras, et s'il ne servirait pas un autre en secret, avec l'intention de berner ce cher Von Essen... Shifty

Ze veux la suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 13 Juil 2015 - 21:26

Une suite qui me rend quasi fou de joie !
Malgré cette période difficile que tu traite, tu réussi à trouver l'inspiration. Encore bravo pour ton imagination que l'on redécouvre avec joie !
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 5 Aoû 2015 - 12:47

69ème partie.


     L’ambition de Mannfred von Carstein étreignait la Sylvanie toute entière tel un gigantesque garrot, serré et implacable. Aussi au fil des semaines, puis des mois, la région s’est vidée de son sang, de sa vie, de tout ce qui aurait pu l’empêcher d’être flétrie et inerte, un arbre mort poussant sur une terre morte sous des cieux morts, un autel au temps qui se fige, à la Nature qu’on refuse, qu’on refoule et qu’on égorge. La Nature avait ses lois, le seigneur vampire ne pouvait les tolérer. Il imposa les siennes, celles qui soumettaient la moindre brindille, la moindre pierre, la moindre brise à sa volonté. Ainsi, partout ailleurs, les saisons continuaient à se succéder, alors que la Sylvanie fut arrachée à ce cycle, et attelée de gré ou de force au grand dessein du comte mort-vivant. On se taisait sur ses intentions, on ne les comprenait pas, on ne pouvait les voir autrement que comme une calamité de plus, un fléau, une maladie abominable qui avait déjà englouti la région et menaçait de se répandre partout dans l’Empire. Ce fut alors que la Providence sourit aux humains, et leurs sorciers parvinrent à créer la barrière sacrée, mur de foi inexpugnable tout autour du comté maudit. Le maléfice fut arrêté, et le seigneur enfermé dans son propre château, permettant aux humains de se retirer des frontières sylvaniennes, et de renforcer le front au nord, où la menace du chaos demeurait constante. Soldats, mercenaires, prêtres, sorciers et guérisseurs s’amassaient dans les comtés du Nordland, de l’Ostland et de l’Ostermark.



     Les piques pesaient lourd dans les mains des hommes peu habitués à manier ces longues armes. Ils étaient robustes pourtant, ils connaissaient le dur labeur des champs, le climat impitoyable de la ville, la nécessité de savoir se défendre à tout moment… On leur disait que la menace était encore bien plus grande que ce qu’ils pouvaient se l’imaginer, bien plus grande que celles que leurs ancêtres avaient pu affronter. Dans les campements qui se succédaient tout au long des frontières nord de l’Empire, les entrainements ne cessaient pas. Tous les jours, par pluie ou par beau temps, les cris des officiers ne cessaient de vriller dans les oreilles des nouvelles recrues, que l’on s’échinait à transformer en bataillons disciplinés, aussi vite que possible.
     Jamais les bucherons n’avaient été aussi épuisés à la tâche, contraints par ordre de l’empereur de déboiser de nouveaux espaces pour les campements. Il fallait traiter les troncs coupés, ramasser les branches pour en faire des fagots, scier les troncs en planches, couper des bûches pour le feu, séparer le bois destiné aux armes du bois destiné aux outils, traiter ce bois, le rapporter aux artisans forgerons. Il fallait déraciner les souches, couper les buissons, creuser des fossés, y planter des troncs pour les palissades et les tours de guet, aménager les portails, défricher les chemins ralliant le nouveau campement aux anciens. Tout cela se faisait sous escorte de soldats armés jusqu’aux dents, destinés naturellement à protéger les travailleurs de toute attaque ennemie, mais aussi d’interdire à quiconque de se reposer avant l’heure. Et l’heure commençait avant le lever du soleil, et se terminait après le crépuscule, à la lueur des torches crépitantes de sève. Le sommeil ne se remarquait plus que par les sentinelles qui le surveillaient.
     Il y eut des déserteurs. Mais bien vite la rumeur se propagea que survivre était plus aisé en se tuant à l’effort de guerre plutôt qu’en y échappant : un homme isolé était une proie facile pour les horreurs qui rôdaient dans les bois, alors que les gens du cru n’offraient ni gite ni couvert à quelqu’un qui fuyait son devoir et trahissait les siens. Alors, les mécontents se turent, grondant inutilement de prime abord, puis se rendant compte qu’ils n’avaient ni le temps ni la force de gronder : ils devaient survivre.


     Une organisation phénoménale était vitale pour diriger les foules de gens au travail. L’appareil militaire, vieux comme l’Empire, travaillait d’arrache-pied à coordonner tous les mouvements des troupes avec les constructions défensives en cours, recevant régulièrement des rapports de progrès, de contretemps ou de contre-avis de la part des officiers envoyés sur place. Le plus souvent, il s’agissait de rapports d’escarmouches.
     Elles éclataient là où l’on s’y attendait, et partout ailleurs. L’empereur des humains, Karl Franz, se maudissait de n’avoir pu anticiper le flot de panique, la vague, le vent de mutinerie qui déferla sur l’Empire sans être remarqué par personne, insufflant la peur et la folie dans les cœurs de chacun, murmurant des menaces de mort et des promesses de salut, appelant au Nord, toujours au Nord, très loin au Nord, là où les dieux « véritables distribuaient leurs cadeaux. » Même les enfants n’y échappaient pas, et nombreux étaient ceux à s’échapper de leurs maisons pour se mettre en route vers les désolations qu’ils s’imaginaient verdoyantes. Ceux qui étaient rattrapés étaient rossés sans pitié, les autres périssaient sur le chemin, et très rares furent ceux qui parvinrent aussi loin que les terres glacées du Kislev.  
     Les adultes, eux, avaient plus de force et d’astuce. Il fallut se rendre compte que les incidents liés au chaos, si habituels pour les humains, furent comme poussés par une main invisible à se multiplier, s’intensifier, mais en même temps maintenir l’illusion que rien n’avait changé, que l’ennemi n’attaquait pas, et que les troubles n’allaient pas se transformer en véritable crise.

     Ils éclatèrent au grand jour, les actes de la plus abjecte barbarie, avec une vivacité qui affola le monde entier, du mendiant au comte électeur. Ça et là, toujours par surprise, soit un temple était mis à feu et à sang, soit un fou-furieux commençait à trancher dans la foule d’un marché, soit un scandale surgissait à propos de personnes dont personne n’aurait jamais questionné l’honnêteté et la valeur. Et au milieu de tous ces drames, des hommes prêchaient, ils prêchaient qu’il fallait partir au Nord, que l’Empire serait détruit par ceux qui étaient les dieux véritables, qu’il fallait répondre à leur appel avant qu’il ne soit trop tard. Bien souvent, trop souvent, celui qui leva la main ou éleva la voix pour faire taire le sermon blasphémateur fut ensuite retrouvé mort d’une horrible façon, des symboles impies gravés à vif sur sa peau. Alors, le courage des humains vacillait, et nombreux étaient ceux qui abandonnaient famille et biens pour partir aveuglement vers l’inconnu et la source de l’horreur.
     Les campements ne se dressaient pas seulement contre les hordes barbares du nord. Ils avaient l’ordre d’exterminer quiconque assez fou pour aller rejoindre l’ennemi. Et il y en avait tous les jours.
     En Ostland, il y avait le fort de Gauschdorf, la ville de Schönfeld, les bourgs de Lubrecht,  Grenzburg, Vandengart, Brizban, Steinhof. Il y avait une vaste plaine balayée par les vents entre Schönfeld et Lubrecht, et des centaines d’illuminés profitèrent de la rareté des patrouilles pour franchir les frontières du Kislev. On ordonna la construction de trois forts supplémentaires.
     Au Talabecland, le fleuve Talabec fut le théâtre d’un effroyable massacre que durent perpétrer les garnisons de Küsel, Lochrafurt, Bek et Vienau : des dizaines de barques et de radeaux chargés de paysans aveuglés de frayeur remontaient le cours d’eau, galvanisés par un prédicateur vêtu de haillons rougeâtres. Lorsque les soldats barrèrent le chemin à la flotte misérable, le prêcheur beugla une malédiction, et tous les paysans furent saisis d’une rage meurtrière, au-delà de tout retour à la raison.
     En Ostermark, il ne resta plus un seul homme défendant les frontières sylvaniennes, par nécessité et par ordre de l’empereur en personne. La barrière sacrée entravait la menace des morts sans repos, alors qu’au nord, la frontière avec le Kislev était la plus longue de tous les comtés septentrionaux. Borkrum, Dorna, Beschafen, Gerdouen, Fortenhaf, Rheden : tous étaient des bourgs bâtis le long du Haut Talabec, et tous devaient surveiller nuit et jour les allées et venues sur cet affluent du Grand Talabec. Au-delà de Rheden, toutefois, et jusqu’aux Montagnes du Bord du Monde, la plaine du Veldt constituait un espace désert et non protégé, et il fallut choisir les hommes les plus courageux pour aller ériger les défenses là-bas. C’était là un maillon faible de la frontière impériale, et les généraux humains le savaient, et l’ennemi le savait aussi. Les trois forts qui y furent construits furent rasés l’un après l’autre par des foules de guerriers du nord, et ce ne fut qu’à la Brunwasser que ces foules furent stoppées dans leur percée : Weiler, Buckow, Zeisholtz, Heffengen, Brunfahre, Elhing, Nagenhof et Rundespitze y perdirent tous leurs hommes.


     Rundespitze, misérable bourgade sans importance, devint le lieu de ralliement des ostermarkers, ainsi que l’état-major du commandant en second des armées du comté, le frère du comte électeur de l’Ostermark, Matteus Hertwig.
     C’était le dernier village avant le Veldt. Une modeste forêt poussait à côté, et la Brunwasser coulait ses eaux ternes non loin. Il ne restait plus qu’une poignée d’habitants dans les petites masures : des femmes avec leurs enfants, et des vieillards. Bientôt, ces gens-là virent des centaines de tentes se dresser aux alentours, le long de la rivière et de l’autre côté. Ils entendirent les bruits de centaines de pas chaque jour, et, continuant de pleurer leurs proches morts au combat, louèrent tous leurs dieux pour être ainsi protégés par les troupes impériales. Ils virent leur forêt trembler sous les coups des haches des soldats, entendirent les tintements des forges installées sous de grandes bâches de tissu grisâtre. Ils virent des milliers de feux éclairer les tentes pendant la nuit, diffusant des senteurs de viande fumée en quantités faramineuses, et chaque jour était empli de la clameur du vaste campement, signe qu’aucun soldat ne relâchait la tâche qui lui était confiée, et que les entrainements des troupes étaient réguliers et impitoyables. Le hennissement des chevaux indiquait les allées et venues des patrouilles d’éclaireurs envoyées dans la plaine, guettant le renouvellement des assauts du Chaos, qui devait immanquablement arriver…



     « Les imbéciles… - pensa avec délectation Mannfred von Carstein. – ils ne savent jamais d’où vient le véritable danger. »
     Un vent fort remuait les sommets des arbres, rendant le bruissement de leurs branches semblable au mugissement de la marée. Leur ombre s’épaississait à mesure que le sortilège du comte vampire amassait les nuages au dessus du Bois de la Famine. Tout autour de lui avançait une armée dont la vision était pour lui aussi habituelle que celle de son épée : des squelettes et des zombies, des revenants et des goules, des bêtes sanguinaires et des abominations sans nom. Un procédé classique et efficace, que les mortels ne pouvaient que subir en espérant retarder l’inévitable : le seigneur sylvanien aurait ce qu’il désirait, il avait l’éternité de son côté.
     Non, il n’avait pas l’éternité. Pour une fois depuis longtemps, le comte sentait que le temps pressait, et que ses projets devaient être réalisés avant qu’un autre ennemi ne prenne le dessus sur l’empire vacillant des mortels ; il sentait que les événements prenaient l’allure d’une course effrénée vers le pouvoir par tous les moyens, et que si les mortels se trouvaient loin derrière, alors lui, Mannfred, n’était certainement pas le premier. Au Nord, un ennemi qu’il connaissait avait pris la tête de cette course, et pire, ce même ennemi était le seul qui ne se souciait pas de gagner : le Chaos n’agissait que pour le Chaos, et ses fins rejoignaient ses moyens. Un jour, lui, le tout-puissant vampire, devrait faire face à cet ennemi dénué de raison, et en venir à bout pour ne pas périr soi-même.
     Cette dernière pensée, insupportable, fit revenir le comte à la situation présente : ses projets avançaient, l’alliance avec Arkhan l’Immonde portait ses fruits, et bientôt ils seraient en possession de la dernière relique qu’ils convoitaient : l’armure noire de Nagash, le premier nécromancien.
     Un léger frisson parcourut le dos du vampire, signe inévitable lui indiquant la proximité d’un ennemi potentiellement dangereux. Cependant, Mannfred ne se retourna pas. Il s’agissait uniquement de son effroyable allié, cheminant à pieds, meurtrissant le moindre brin d’herbe dans les environs par sa seule présence. Tout autour de lui, partout où l’œil portait, les cadavres de leurs ennemis passés et présents, désormais putrescents et défigurés, marchaient inexorablement vers leur prochaine cible : une place forte impériale, l’une des seules dont la garnison n’a pas été envoyée combattre le chaos, Heldenhame.

     Quelle folle idée ! Vraiment digne des mortels ! Emblématique de leur bêtise et de leur pitoyable témérité.

     Les troupes immortelles quittèrent la forêt quand les ténèbres de la nuit supplantèrent la vacillante lumière du jour. Un espace herbeux de quelques centaines de pas les séparait des remparts du fort. Le comte ordonna l’avancée générale, lui-même dissimulé dans l’ombre des arbres.
     Pas à pas, toute l’orée du Bois de la Famine fut envahie par les morts grouillants comme des insectes. Ils avançaient en foule désorganisée, claudicante, et leur nombre ne cessait d’augmenter. Sur les remparts, Mannfred vit les feux des sentinelles se mettre à bouger dans un va-et-vient affolé.

     Ils n’ont aucune chance.

     La moitié du chemin fut parcourue par les premiers morts-vivants, et le bois ne désemplissait toujours pas. Le bois vomissait des cadavres.

     Souriez, mortels ! Ce n’est que mon avant-garde !

     Les cris des soldats parvinrent sans peine aux oreilles du vampire : le rassemblement s’achevait, la poudre venait d’être acheminée, ils allaient charger leurs fusils. Amusé, Mannfred se prêta au loisir d’écouter le moindre des ordres futiles que les officiers aboyaient à leurs soldats.
     « Chargez les canons ! »
     « Plus vite, plus vite ! »
     « Ajustez… FEU ! »
     Le tonnerre de la première salve déchira la quiétude de la nuit. Sentant son ouïe agressée, le comte grimaça, et décida immédiatement qu’il avait laissé assez de délai à ses infortunées victimes. Il n’eut même pas à lire d’incantation, ni même de murmurer : un caprice de sa volonté suffit pour que ses marionnettes redoublent de vitesse. Et pour ne pas faire dans la demi-mesure, le comte insuffla force et vigueur dans les cadavres qui allaient arriver aux remparts.
     Il fallut quelques minutes de plus pour que des échelles faites d’ossements fussent amenées auprès du fort assailli. Des dizaines d’échelles.

     Maintenant, je ne veux plus que cris, douleur et désespoir.

     Les arquebusiers furent les premiers à se défendre pour leurs vies. Les morts s’empilaient sur les échelles, les alourdissant au point qu’il devenait impossible de les renverser. Ils grimpaient maladroitement, tombaient souvent, mais se relevaient indemnes de leur chute, pour retenter immédiatement leur chance. Il suffit d’un hasard, d’un mauvais soldat pour que le premier mort pose ses pieds décharnés sur le rempart, suivi immédiatement par d’autres, encore et encore, visqueux et nauséabonds, presque inoffensifs, mais dont le nombre grandissant les rendait semblables à un horrible bubon surgissant sur le fort. Alors, un cri de guerre retentit, porteur de foi, de courage et de détermination à toute épreuve :
     « SIGMAAAAAR ! »
     Puis, Mannfred entendit le bruit révulsant d’un marteau qui brise et os et pulvérise les chairs flasques des cadavres ambulants. En un instant, la brèche fut comblée, l’ennemi fut repoussé…

     Ha ! Ce ne serait pas intéressant sinon ! Accélérons donc la cadence, que ce vieux fou coure un peu sur ses vieilles jambes !

     Les assaillants poussèrent comme des râles d’agonie, alors que la magie impie du comte pénétrait leurs membres et les remplissait d’une puissance nouvelle. Leurs yeux aveugles s’illuminèrent brièvement d’un feu verdâtre, puis ils attaquèrent. Rapides, précis, les morts ouvrirent soudain six brèches semblables à la précédente. Dans l’une des tours de garde, les canons se turent, remplacés subitement par des cris de terreur et de douleur. Le prêtre de Sigmar redoubla d’efforts.

     Cela suffit à présent. Suffit ! Ouvrons les portes…

     Les zombies commencèrent à se jeter des remparts dans l’enceinte-même de Heldenhame. Telle l’eau qui fissure une digue sur le point de céder, ainsi les morts continuèrent à maintenir les brèches que les défenseurs n’arrivaient plus à combler. Seuls les passages meurtriers du prêtre guerrier permettaient aux soldats de contenir l’assaut interminable. Cependant, tous les assaillants qui franchissaient la muraille se faisaient massacrer sur le champ…
     Du Bois de la Famine surgit tout d’un coup un gigantesque nuage de chauves-souris. D’un geste théâtral, Mannfred von Carstein les dirigea vers le fort.

     Allez, mes enfants. Révélez-moi ceux qui retardent mes projets et nuisent à mon divertissement…

     L’essaim titanesque eut tôt fait de survoler l’intérieur du fort. Lié à leur vision par un sortilège dont il gardait le secret, le comte vit immédiatement ceux qui tenaient ses troupes en échec : la cour était occupée par un régiment d’humains brandissant de longues épées en acier trempé. Frappés de taille, d’estoc ou même du plat de la lame, les zombies ne tenaient guère debout face à ces bretteurs d’élite. Pour le moment, l’assaut des morts-vivants était contenu…

     J’en deviens impatient. Ce n’est plus drôle du tout. C’est même insupportable ! Il est temps de remettre ces mortels à leur place…

     Le vampire ordonna à ses chauves-souris de fondre sur les joueurs d’épée impériaux, plus par agacement que par véritable raison tactique. Puis, il quitta son destrier cadavérique, et marcha une bonne centaine de pas vers le fond de la forêt. Là, au milieu d’un amas de vieux troncs renversés, son dragon l’attendait. Il était temps d’en finir.
     Morrslieb perça à travers les nuages et darda ses rayons vers le carnage grandissant de Heldenhame. Si les chauves-souris n’infligeaient rien de plus que des griffures aux joueurs d’épée, elles les distrayaient suffisamment pour que les zombies se jettent sur les moins aguerris d’entre eux. Cependant, les impériaux ne cédaient pas.

     Il est temps d’en finir.

     Sur les remparts, ils virent d’abord une immense forme obscurcir la lune funeste, puis fondre sur eux à la vitesse d’un boulet de canon. Inévitable.
     Un seul cri de détresse retentit : le dragon zombie venait d’attraper le prêtre guerrier dans sa gueule abjecte ; l’instant suivant, il cassait le vieil homme en deux. A la fois gorgé de fureur et d’orgueil, Mannfred beugla :
     « VOILA CE QU’IL ADVIENT DE CEUX QUI ME RESISTENT ! »
     Le dragon projeta le torse du vieux sigmarite sur les joueurs d’épée qui résistaient en contrebas. Le vampire se délecta de la frayeur qu’il lut dans leurs regards. Mais il manquait le dernier ingrédient… Qu’importent les obstacles au plus puissant nécromancien de tous les temps !
     Plusieurs cors sonnèrent une charge à laquelle personne dans le fort ne s’attendait. En un clin d’œil, des chevaliers revenants, guerriers d’antan revêtus d’armures de plaques aussi anciennes que la première pierre de Heldenhame, abaissèrent leurs lances et percutèrent les rangs déjà malmenés des bretteurs impériaux.




     Patiemment, Arkhan le Noir avait contourné le fort, alors que son allié dirigeait l’assaut principal. Ses hordes squelettiques avaient installé des catapultes dont lui seul se souvenait de la structure. Alors, quand les canons de Heldenhame fauchaient les rangs des zombies de Mannfred, lui s’affairait méthodiquement à bombarder le rempart le moins défendu. Fatalement, et non sans l’aide des mots de pouvoir du sorcier, un pan du mur s’effondra…  




     Mannfred descendit de sa monstrueuse monture, et fit un bond formidable qui le fit atterrir en face des portes du donjon. D’un coup de poing, il fit voler les gonds en éclat. Quand il s’apprêtait à entrer, toutefois, le comte distingua un appel qui s’adressait directement à lui :
     « ARRETE-TOI ! »
     Il jeta un regard en biais à l’insolent. Dans la mêlée qui opposait les derniers joueurs d’épée aux cavaliers morts-vivants, un guerrier portant les insignes de capitaine le défiait par ses mots et son attitude.
     « Viens te BATTRE si tu n’es pas un sac à viande comme tes misérables pantins ! ORDURE ! »

     Il est courageux.

     Le seigneur vampire se tourna entièrement face à lui, et l’invita muettement, sans même se mettre en garde.

     La tête lui tournait, il avait déjà reçu une sévère blessure à l’épaule, mais cela importait peu. Il fallait arrêter cet ennemi. Coûte que coûte. Criant à pleins poumons, le capitaine Weskar chargea.

     Courageux, mais maladroit.

     Weskar ne comprit pas pourquoi il venait de s’empaler lui-même sur l’épée du vampire. Il n’avait pourtant pas bougé… Saignant abondamment, il sentit la mort s’approcher de lui. Puis, comme s’il l’entendait de loin, un autre cor retentit, un cor qu’il connaissait… Les chevaliers du sang de Sigmar… Les renforts… Ils avaient tenu bon…

     Mannfred rejeta le cadavre qui pendant à sa lame. Lui aussi venait d’entendre le cor, mais ne s’en souciait pas. Que peut faire l’acier impérial contre l’incarnation de la mort elle-même ? Des nuées d’esprits, des vargheists, des revenants, des centaines et des centaines de morts sans repos… Même s’ils y survivent, il sera déjà loin, avec son trophée.

     Le comte s’éloigna dans les ténèbres du donjon. Le visage livide du capitaine continua à arborer son sourire plein d’espoir.  


***

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Dernière édition par Von Essen le Mar 1 Sep 2015 - 9:49, édité 1 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 8 Aoû 2015 - 16:27

Toujours plus de morts ! Toujours plus ! Que l'empire tombe, ou alors que Mannfred trépasse dans un duel épique ! De l'action !! Wow

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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 8 Aoû 2015 - 19:05

Comme disait si bien Isabella von Carstein : "Qu'il y ait du vin, du sang et des massacres ! La modération est pour les mortels !"
Sinon c'est très bien écrit, bravo encore !
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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 30 Aoû 2015 - 17:14

Superbe bataille, sans parler de la mise en situation du début
j'ai hate de voire deux choses: comment les personnages vont agir dans cette période perturbée, et comment tu vas raconter cette histoire, évidement
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 21 Sep 2015 - 20:31

Je publie ma suite dans le feu du concours, mais c'est une nécessité avant de rédiger mon texte de participation.

...



     Mannfred von Carstein quitta le fort de Heldenhame avec la désagréable impression que le temps lui manquait. En sortant du donjon, il avait en mains une relique d’un temps qui n’était pas le sien : Morikhane, l’armure noire de Nagash. Or, lui qui espérait y accorder toute son attention sur le bref chemin du retour, il dut avant tout constater la tournure cataclysmique que prenaient les événements au-delà des remparts du fort : par la vision de ses milliers de chauves-souris, il vit ses hordes de pantins se faire écraser sous la charge de la cavalerie impériale ; les armures portaient le blason du Sang de Sigmar. Leur férocité ne semblait avoir d’égale que leur foi : Mannfred grimaça à force d’entendre ces mortels beugler le nom de leur divin protecteur. Mais cela, cela n’était pas tout ! Les innombrables réserves qui lui restaient encore dans la forêt n’étaient plus ! Un ordre muet suffit pour envoyer des dizaines de ses espions sous les épaisses frondaisons des arbres. Alors, le comte comprit que son affaire ne devait plus être un secret pour les dieux sombres : son arrière-garde venait de se faire décimer par la plus formidable concentration d’hommes-bêtes qu’il lui eut été donné de voir. Chaque arbre semblait à présent souillé par les débris de ses zombies, alors que ses esprits immatériels s’évaporaient les uns après les autres devant les malédictions proférées par les chamans cornus.
     Une conclusion rassurante s’imposait cependant : ces deux forces colossales qui venaient de réduire tout sauf son avant-garde à néant devraient inévitablement se faire face et s’affronter à mort, alors que lui, Mannfred, possédait des moyens d’éviter ce désagrément.
     La lumière de Morrslieb éclairait ce qui lui restait de son armée : une poignée insignifiante de zombies, la quasi-totalité de ses chevaliers noirs, un nombre impressionnant de vargheists, son dragon. Il devrait se délester des précieux chevaliers noirs. Fâcheux, mais point dramatique. Alors qu’il montait sur sa gigantesque monture, le comte se permit même l’infime espoir que, dans le chaos qui régnait à l’extérieur, une lance bien ajustée le débarrasserait de son abominable associé, Arkhan…
     Le dragon-zombie remua ses puissantes ailes déchirées par endroits, provoquant une bourrasque momentanée dans la cour ensanglantée du fort. Puis, d’un battement décisif, le monstre s’éleva dans les airs, flanqué de toutes parts par les hideuses créatures dégénérées qu’étaient les vargheists. Mannfred accorda encore un regard en contrebas sur le champ de bataille, et sourit : l’affrontement inévitable entre les humains et les pions du Chaos venait de commencer, et promettait de durer longtemps.
     Bientôt, il laissa la forêt derrière lui, et pénétra les frontières de son domaine, aux ténèbres si rassurantes… Astucieux, celui qui a crée cette barrière dorée, qui ne laissait point sortir son engeance, mais la laissait aisément entrer… Cependant, il ne devait plus tarder. Si les Puissances de la Corruption voyaient ses projets d’un mauvais œil, alors tout temps perdu pouvait signifier son échec. Bientôt, le comte aperçut les lueurs fantômatiques de Vagravia, et aux abords de celles-ci, Sternieste, sa seconde résidence et lieu de ses principaux projets… Le dragon fondit droit sur les remparts du château, sa vitesse augmentant à chaque instant. Mannfred ne voulait plus tarder. Au dernier moment, sa monture redéploya ses ailes titanesques, évitant la collision avec les créneaux, et le comte vampire bondit pour se retrouver sur le chemin de ronde, l’armure noire du Grand Nécromancien toujours serrée contre son flanc. Suivant sa volonté, le dragon se posa à l’extérieur du castel, alors que les vargheists se retirèrent dans l’une des tourelles.
     L’instant d’après, Mannfred sentit que quelque chose n’allait pas. Celui qui accourait à sa rencontre était le seul vampire occupant l’édifice, alors qu’il se souvenait parfaitement d’en avoir laissé une dizaine. Or, celui-là était bien le seul, et… Le doute affreux qui l’étreignit s’envola rapidement : ses sens vampiriques lui indiquaient que ses prisonniers étaient intacts, et toujours là où il les avait mis aux fers. Le vampire qui accourait apparut enfin : de haute taille, fin, les traits sévères, l’habit noir. Il s’inclina immédiatement avec soumission. Le comte le toisa avec d’air suspicieux.
     - Où sont les autres ? – son serviteur ne se relevait pas, et cela l’irrita. – Relevez-vous, Kreuz ! Où sont les autres ?!
     Kreuz von Carstein se releva. Son expression était indéchiffrable, mais dans son cas, cela ne pouvait signifier que des ennuis.
     - Partis, monseigneur.
     - Suffit, Kreuz ! Parle ! Que s’est-il passé ?!
     - Le calice a été dérobé, mons… - il fut réduit au silence en voyant le regard de son maître s’embraser.
     Pendant quelques instants, Mannfred se contenta de fixer son serviteur de la sorte, afin d’appréhender la nouvelle.
     - Kreuz, - dit-il enfin, et le calme dans sa voix était volontairement faussé, - mon temps m’est précieux, alors sans vous interrompre, dites-moi tout ce que vous avez à me dire.
     - Peu de temps après votre départ, un autre vampire se présenta au castel. Un dénommé Von Essen, soi-disant au service de la comtesse de Templehof. Il se révéla être au service d’un autre, un dénommé Ashur, soi-disant mortellement blessé et gisant au castel Templehof. Comme Von Essen désirait du sang, je l’ai envoyé achever son maître pour me prouver sa servilité. Il n’en fut rien, car il revint peu après, et déroba le calice, sans doute avec l’aide d’un traitre parmi nos rangs. Tous les vampires, sauf moi, pour les raisons que vous savez, partirent à sa poursuite. Je n’ai plus eu de nouvelles depuis.
     Bien qu’il eût fini, le comte vampire scruta encore son serviteur pendant un long moment. Ce problème, fondamentalement peu dérangeant pour ses plans, arrivait comme un cheveu sur la soupe. Des souvenirs d’il y a plusieurs mois lui revinrent en mémoire : la bataille entre les deux comtesses, la mort spectaculaire de cet autre seigneur ignominieusement puissant… Etait-il donc outrageusement en vie ? Etait-il outrageusement en train de lui mettre les bâtons dans les roues ? Mannfred eut l’impression d’entendre son rire maniaque résonner dans sa mémoire, son rire dément, imbécile… Son serviteur ne lui mentait pas, cela était une certitude. Le comte releva une autre nouvelle inquiétante : un traitre parmi ceux qu’il avait laissé au castel. Un traitre qui aurait pu neutraliser ses prisonniers, et ruiner absolument tous ses projets. Cela devait être de la chance pure que le secret de ses principaux projets fût préservé, cette traitrise ne causant que des dommages secondaires. Cependant, qui pouvait être ce traitre si habilement déguisé ?
     Mais il n’avait pas le temps de lui prêter tant d’attention. Il devait procéder au rituel, il devait le préparer, la nuit fatidique n’était plus si lointaine. Ses ennemis le savaient aussi. Quant à ce problème…
     - Où sont les autres d’après vous, Kreuz ?
     - Ils ont décidé de suivre la piste que nous avait laissée le voleur : Templehof.
     - Va et vérifie. Récupère le calice et trouve le traitre.
     Le vampire se rigidifia, surpris par la soudaineté de ces ordres, puis se reprit. Il avait servi longtemps et savait que seule une obéissance sans faille lui permettait de survivre aux côtés de son maître. Il s’inclina à nouveau, puis se retira à l’intérieur du castel.
     Mannfred von Carstein demeura sur les remparts, contemplatif. Quelque part là-bas, au nord, un seigneur vampire semblait déterminé à le narguer. Encore plus loin, au nord, les dieux sombres étaient déterminés à le détruire. Lui, Mannfred, était déterminé à régner sur le monde.  


***

     Le chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le chaos ! Le chaos ! Le Chaos ! Le Chaos ! Le chaos ! Le chaos ! Le chaos…

     Les Désolations, peu d’humains pouvaient affirmer les connaître, hormis ceux qui avaient répondu à l’appel des Dieux Sombres. En cela il résultait que quiconque évoquant les Désolations parmi les citoyens de l’Empire pouvait être suspecté de pactiser avec l’ennemi. Nombreux, par ailleurs, étaient suspectés, et ce pour les moindres raisons, souvent les plus farfelues. S’ensuivait alors un ordre des choses que tous devaient s’efforcer de respecter : mise à l’arrêt, enquête, jugement sommaire, acquittement ou sentence. Mais cela avait lieu là où l’armée impériale avait suffisamment d’autorité sur la population devenue paranoïaque. Bien souvent, trop souvent, la sentence était décidée en quelques minutes, selon les caprices d’une foule enragée par la peur, la cruauté et la folie. Les prêtres ne pouvaient qu’observer, impuissants, leurs paroissiens devenir semblables aux barbares du nord qu’ils étaient censés combattre… D’autres, en revanche, faisaient preuve d’un zèle tel que des familles entières périssaient dans les flammes purificatrices des bûchers. La folie était partout, la peur était au quotidien. Rien ne pouvait y remédier : les armées n’avaient d’autre choix que de contenir la vague du Chaos sur la frontière kislévite ; les envoyés impériaux n’avaient pas de mots pour calmer les esprits des gens ; la foi semblait avoir soit déserté les villages, soit atteint des extrémités innommables.
     L’influence néfaste des puissances de la corruption s’étendait comme une ombre omniprésente, non seulement sur les humains, mais aussi sur les bêtes, les plantes et les choses inertes de la Nature. Dans les recoins les plus sombres des forêts se dressaient soudain d’immenses rochers gravés de malédictions, et les créatures vivantes des environs dépérissaient dans d’atroces souffrances ou mutaient dans des manières aussi variées qu’impossibles. Quant aux hommes-bêtes, ils exultaient plus que jamais, jusqu’à s’oublier eux-mêmes. Il n’y eut plus de nuits paisibles : les rares hameaux qui subsistaient encore à l’orée des forêts entendaient des hurlements abominables, lancinants, comme si l’on égorgeait des milliers de têtes de bétail, puis d’autres cris bestiaux, exprimant une joie sauvage et une soif de sang et une violence irrépressible.
     L’ordre de l’empereur d’évacuer les villages forestiers arriva trop tard : la plupart n’étaient déjà plus que des ruines fumantes et damnées par les runes qui les couvraient ; leurs habitants disparurent sans laisser de trace, sauf pour les plus chanceux qui moururent au combat.
     Les capitales des provinces et les grands bourgs, en revanche, furent surchargés de réfugiés inaptes au combat, femmes, enfants, vieillards et handicapés, ce qui causa des protestations souvent violentes des habitants dont on exigeait un partage des denrées alimentaires.

     Néanmoins, grâce à la discipline de fer des armées et l’intransigeance de leurs généraux, un ordre strict fut établi là où s’étendaient les bannières impériales ; ilots de foi et d’humanité au milieu de territoires sauvages et trop souvent pervertis, les capitales impériales montrèrent l’exemple aux autres villes survivantes : toute la nourriture dut à présent être confisquée par l’armée pour être ensuite distribuée équitablement ; l’on ne fit aucune distinction entre les autochtones et les réfugiés lors de l’embrigadement des enfants les plus robustes dans des compagnies où ils seraient durement entrainés afin de préparer la relève à leurs pères qui étaient au front ; les femmes devaient toutes veiller aux marmots les plus jeunes et les plus faibles, ainsi que s’affairer à d’incessantes corvées de confection de tentes, bandages et autres nécessités des armées ; l’on confia aux vieillards la préparation de rations de viande séchée et fumée que des bandes de chasseurs intrépides devaient ramener régulièrement des forêts environnantes. Dans les provinces du Sud, Reikland, Averland, Stirland et Wissenland, les champs continuaient à être entretenus par les familles des laboureurs, sous la protection incertaine des milices locales. Lors des récoltes, tous priaient que les hommes-bêtes n’aient pas la hardiesse de s’éloigner de leurs bois. Puis, des convois le plus souvent fluviaux obtenaient la périlleuse mission de traverser le pays afin de ravitailler le front. Le front, le front, le front.


     « C’est très gentil de nous ramener le repas, il ne fallait pas ! »
     Il y avait toujours ce quelque chose qui changeait dans l’air, cette vague chaleur qui traversait la moindre parcelle du corps, à chaque fois qu’ils se livraient à la guerre et aux pillages. Mais pouvaient-ils vraiment agir autrement ? Aucun d’entre eux ne concevait d’existence autre que celle de la destruction. Le moindre mouvement y conduisait, la moindre pensée y pourvoyait. Ils se battaient comme ils respiraient, comme ils naissaient et comme ils mouraient avant d’être souvent mangés par leurs compagnons d’armes. Dans leurs regards, dans leurs esprits, le doute n’avait pas lieu d’être, car leurs vies étaient toutes tracées, déjà décidées et offertes pleinement à leurs déités, aussi il n’y avait pas de raison de douter de quoi que ce soit. Leur état de grâce devait être permanent, car il n’y avait pas de possibilité qu’ils déçoivent leurs dieux, tant qu’ils continuent à faire ce qu’ils faisaient toujours : vivre. Et vivre signifiait tuer, et honorer les dieux signifiait détruire leurs ennemis. Il ne fallait pas de complications, aucune complication, seulement faire ce qu’il y avait à faire, et massacrer. D’ailleurs, ils ne pouvaient pas s’arrêter, sinon, sans doute aucun, ils mourraient dans d’atroces souffrances, comme meurent les renards sans viande, et les poissons sans eau. De toute façon, le monde était trop étroit pour eux tous. Les favoris, les élus des dieux ne pouvaient jamais avoir assez de pitance, ni jamais de terres, ni jamais de flammes pour embraser ce qui déplaisait aux dieux. Ils étaient légion, ils étaient légions, légions de légions, ils étaient vague et avalanche, ils étaient le marteau prêt à frapper, ils étaient le sabre prêt à trancher, à jamais dégainé. Leurs forges réclamaient du sang pour refroidir, leurs armes réclamaient de la chair pour affuter les tranchants, leurs dieux réclamaient des sacrifices, toujours plus de sacrifices.
     Le monde était trop petit. Là, ils venaient de prendre d’assaut un petit groupement de soldats qui se croyaient protégés par leurs palissades. En bois. Face à leurs canons. Leurs canons démoniaques. La prochaine fois, ils devraient essayer de lâcher les canons seuls, cela pourrait plaire aux dieux. Mais ça ne plairait pas aux chefs, ni aux guerriers d’ailleurs, car chacun veut honorer son dieux en lui offrant le plus de sacrifices. Dommage, essayer d’envoyer les canons seuls aurait certainement pu amuser les dieux. Les dieux aimaient beaucoup ce genre d’amusement. Des fois, c’était un peu décevant, car les dieux préféraient devancer leurs serviteurs en détruisant les ennemis par leur simple force brute, comme la fois où les guerriers montés sur des ours qui leurs avaient tendu une embuscade s’étaient soudain jetés les uns sur les autres. Il a bien sûr fallu les aider, mais du coup ça n’a pas duré si longtemps, ça s’est terminé plutôt vite, et les ours furent vite mangés, avec leurs peaux ou sans. En tout cas, les dieux s’étaient bien amusés. L’autre fois, c’était quand les femmes des guerriers ennemis étaient sorties de leur camp pendant la nuit. Il y a eu un ordre des chefs, comme quoi seuls certains élus pouvaient en profiter cette fois-ci. Les guerriers n’eurent mêmes pas droit à leurs corps démembrés, et seuls les plus chanceux et les plus forts purent y voir quelque chose. Là aussi les dieux devaient bien s’amuser. Mais quand même, les fois les plus mémorables furent quand les ennemis sortirent eux-mêmes de leurs camps, tout verts et couverts de plaques rouges, implorant quelque chose. Il y eut un autre ordre des chefs, les guerriers durent faire un mur de boucliers, et regarder comment les ennemis se tortillaient de douleur sur la neige. Ce fut intéressant, surtout quand la salive se mélangea au sang et à une sorte de gelée jaunâtre. Après, les chefs donnèrent l’ordre de poursuivre la route. Les guerriers marchèrent sur les corps, broyant les derniers survivants par le poids de leurs armures. Les armures leurs aidèrent beaucoup lors des fois où les guerriers ennemis utilisèrent leurs arquebuses. C’était également un privilège de regarder comment certains guerriers voyaient leur armure muter en même temps que leurs corps, et leurs hurlements devaient honorer les dieux. Il fallut seulement achever ceux que les chefs jugèrent inutiles. Ensuite, il fallait toujours continuer. Mais ce fut trop rapide, et certainement pas suffisant pour honorer les dieux. Il ne fallut pas longtemps pour ravager la contrée des ours, surtout quand leur plus grande cité portuaire fut balayée par un blizzard rose. A la fin du jour, les portes furent ouvertes, et tous ceux qui en sortirent étaient couverts de sang, et il n’y avait plus de doute en eux. Ils avaient été sauvés par les dieux, et pouvaient se joindre aux guerriers. Les chefs donnèrent l’ordre, et la cité dut être rasée, surtout pas les guerriers rouges, qui tenaient absolument à démolir la moindre brique. Et brûler tous les bateaux.
     Après, ils arrivèrent là où il y avait moins de neige, et plus de forêts. Les guerriers ennemis étaient nombreux, et plutôt bien équipés. Les dieux voulaient qu’ils soient plus fervents, encore plus fervents qu’ils ne l’étaient déjà. Ce fut difficile, ces ennemis là étaient constamment en proie au doute. Tantôt ils croyaient, tantôt non. Nombreux furent ceux en tout cas à croire, et pour cela, les dieux les sauvaient et ils pouvaient rejoindre les guerriers. Peu importait qu’ils trahissent les leurs, au contraire : ils se devaient de leur ouvrir les yeux, par n’importe quel moyen. Cependant, ces ennemis-là persévéraient dans le doute, et leur doute était souvent comme un bouclier brûlant qui ressemblait aux feux des dieux. Et mêmes si les feux des dieux brûlaient partout où passaient les guerriers, et même ailleurs, il y restait encore des ennemis plus loin, qui brûlaient d’un feu différent. Ils étaient condamnés. Les chefs transmettaient le jugement des dieux aux guerriers : il fallait honorer les dieux plus que jamais, il fallait brûler les forêts, séduire les ennemis, répandre les maux, épargner les doutes en détruisant ceux qui doutent. Alors les guerriers avançaient pour accomplir les desseins des dieux.
     Le soldat impérial que tenait par la gorge le guerrier venait de mourir de ses blessures. Même dans la mort, son regard vitreux semblait exprimer le doute, l’incompréhension. Le guerrier du chaos lui creva d’abord les yeux, puis lui trancha la tête, qu’il accrocha par les cheveux à sa ceinture, avec les autres. Il y avait encore fort à faire.

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Mar 22 Sep 2015 - 21:03, édité 2 fois
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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 22 Sep 2015 - 20:05

Si Von Essen veut empêcher la fin du monde, il trouvera en Athel Loren de l'aide, autant que possible...

Aux armes, aux armes !
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Sentinelles attention,
Voilà venir la nuit.
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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 23 Sep 2015 - 15:58

Et si il désire l'aide de tous les marins regroupés sous une bannière, je suis là également ! (Sauf les hauts elfes).

Sinon, impatient de voir le retour de notre cher vampire millénaire (ou pas si t'es sadique ! :-P). Et Manon, elle est où ? Je veux des nouvelles nom de dieu !!
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 27 Sep 2015 - 1:42

70ème partie.


     Le chemin vers Templehof fut malheureux, malheureux. Kreutz von Carstein n’était pas serviteur du grand Mannfred pour rien. Parmi les autres gens de sa nature, il se distinguait par son tempérament froid et sobre, ainsi que par son exceptionnelle clairvoyance. Il sentait le danger bien avant qu’il y ait des dégâts, et parvenait à adopter des mesures convenables à n’importe quelle situation. Il maitrisait l’escrime et la nécromancie bien mieux que les autres membres de la cour de son maître. Seule l’ambition lui manquait, supplantée depuis longtemps par l’idée fixe de suivre les desseins de son maître, quoi qu’il arrive. Kreuz se considérait comme le serviteur le plus loyal de Mannfred von Carstein.
     Ce soir, ou ce jour, ou cette nuit, il ne cessait de réprimer une envie de rebrousser chemin, car là-bas, à Templehof, le danger guettait. Le vampire fut frustré en voyant la brume de Vagravia se dissiper, laissant place à la silhouette indistincte de la motte sur laquelle s’élevait le castel. Il avait traversé les collines avec une rapidité navrante, sa monture caparaçonnée ne connaissant point la fatigue depuis des siècles.
     La distance qui le séparait de la motte fut l’affaire de quelques minutes. Là, il préféra démonter, et franchit à pied les dernières centaines de pas qui le séparaient de son but. Devant les portes de l’enceinte extérieure, il s’arrêta. Son instinct lui hurlait de partir, de ne pas aller plus loin. Kreuz von Carstein se remémora les ordres de son maitre : récupère la coupe, trouve le traitre. Il ne disposait que d’une seule piste, et elle menait droit vers ce château. Ce ne pouvait pas être le village. La dhar ne convergeait pas vers le village. Le village n’existait plus pour personne par ici, c’était une ruine d’une époque révolue. Le château était son but, le château attirait la dhar, le château contenait un danger trop risqué à encourir.
     Il fallait envoyer un éclaireur, un espion, un larron quelconque pour ne serait-ce qu’avoir une idée de ce qui pouvait s’y trouver. Si ce qu’avait dit le voleur était exact, alors ce château contenait un seigneur vampire d’une puissance considérable. Une puissance avec laquelle Kreuz ne pouvait rivaliser.
     Rester sur place ne le conduirait à rien. Un pantin nécromantique se ferait facilement supprimer, et si les pires possibilités se confirmaient, alors il ne restait rien des vampires qui étaient partis à la poursuite du voleur, puis avaient commis l’imprudence de s’aventurer à l’intérieur du castel. Il ne restait plus que quelques minces possibilités à exploiter.
     Kreuz ferma les yeux, se concentrant légèrement, puis les rouvrit : plus rien n’était semblable. Le ciel était toujours noir, mais cela était le maléfice de son maître ; le paysage environnant était coloré de multiples teintes de gris, ainsi que de sombres taches noires ; dans l’air transparent, un vent noir soufflait. Le castel avait disparu. Ce n’était plus qu’un immense cyclone de noirceur, se nourrissant des cieux, du sol et des airs, un vortex tel qu’il n’en avait encore jamais vu. Cependant, un autre détail mit le sang-froid du vampire à l’épreuve : ce cyclone était entouré d’un nombre d’esprits inapaisés difficile à estimer. Tous, spectres, fantômes et banshees, ils gravitaient autour du centre du vortex, comme hypnotisés par ce qui se trouvait en son sein. Plus que des dizaines, ils devaient être des centaines. Inutile d’essayer de les dominer, Kreuz le devina à l’instant.
     Il cessa sa transe, bouleversé. Les ordres de son maître venaient de prendre une tournure suicidaire. Ses possibilités d’actions venaient de devenir limitées à l’extrême. Plus qu’à essayer.
     Prenant une distance de quelques dix pas du portail, il déclama d’une voix assurée :
     « Par la volonté du comte Mannfred von Carstein, seigneur de cette contrée et de ce château, j’exige que les présents occupants du château se présentent devant moi, émissaire du seigneur comte. »
     La réponse fut instantanée : grinçant sur ses gonds, le portail s’ouvrit largement, dévoilant l’intérieur de la cour et l’entrée du castel, qui s’ouvrit également. Une invitation. Kreuz se retint de grimacer.
     « J’exige que l’on vienne se présenter devant moi ! » - fit-il à nouveau. Silence.
     Le vampire fit un rapide calcul : il ignorait l’importance que sa mission avait pour son maître, de même qu’il ignorait les conséquences d’un échec. Pour lui, retrouver le calice de sang relevait de la survie élémentaire, puisqu’il s’agissait de la seule source de sang frais dans tout le comté. Il y avait encore la pire des possibilités : il faisait fausse route, et le calice ne se trouvait pas dans le castel. Cela, il aurait préféré ne jamais l’envisager.
     Faire demi-tour était la meilleure solution. Rapporter à son maître ce qu’il avait vu, ne pas risquer le non-retour, éviter le danger, en l’occurrence évident. Kreuz tourna les talons et commença à s’éloigner d’un pas déterminé.
     - Attends !
     Kreuz se figea. La voix provenait du castel, proche et lointaine à la fois. Une voix d’homme mûr. Il fallait continuer à le faire parler. Le vampire se contenta de demeurer debout, sans se retourner, et d’attendre.
     - Pourquoi ne pas entrer ?
     Kreuz ne se retourna toujours pas.
     - C’est un piège évident.
     - Tu me plais. Parlons encore.
     - Qui êtes-vous ?
     - Ashur, protecteur de Lahmia, sabreur anobli du Nippon.
     Kreuz ne fut que légèrement intrigué par ces titres étranges, se contentant de mémoriser.
     - Que faites-vous ici ?
     - Insolent. Il me plait d’être ici. Que fais-tu ici ?
     - Je recherche un voleur.
    - Un voleur ! Je déteste les voleurs ! Il n’y a pas de voleurs ici !
     - Vous volez le pouvoir de mon maître.
     Le ton fut sec, tranchant. Kreuz le regretta instantanément, se jura intérieurement de ne plus se laisser emporter. Cependant, son interlocuteur ne parut pas offusqué.
     - Le pouvoir appartient à ceux qui ont les moyens de s’en emparer. Es-tu ignorant ?
     Kreuz von Carstein faillit se mordre la langue. Cet être osait l’insulter. Cependant, il devait absolument garder son calme.
     - Je sers le plus puissant seigneur de cette contrée et au-delà…
     - C’est moi. Prêt à me servir ?
     Kreuz domina sa colère une fois de plus. Il fallait revenir aux sujets d’importance.
     - Connaissez-vous un vampire du nom de Von Essen ?
     - Von Essen ? Il a encore commis un crime ? Encore ?
     Tout indiquait que l’être était sur le point d’éclater de rire. Il fallait l’en empêcher dans la mesure du possible…
     - C’est le voleur. Que savez-vous sur lui ?
     - C’est un gredin nouveau-né. Rien de plus.
     - Il n’est pas ici ?
     - Je l’aurais mis dehors.
     - Où est-il ? Le savez-vous ?
     - Non.
     Kreuz sentit qu’ils arrivaient au bout de leur conversation. Si l’être mentait, il n’avait pas les moyens de le vérifier. S’il disait la vérité, alors lui n’avait plus rien à faire ici. Une chose, cependant, demeurait incertaine.
     - Je recherche mes acolytes. Ils ont disparu il y a quelques mois, et se dirigeaient vers ce château.
     - Veux-tu réellement savoir ce qui leur est arrivé ?
     - Dites.
     Un court silence s’ensuivit, comme si l’être réfléchissait à sa réponse.
     - Ils m’appartiennent désormais. Tu ne les reverras plus.
     Kreuz retint une exclamation qui aurait trahi son déplaisir. Son maître serait furieux. Son maître avait d’autres affaires à l’esprit. Ce dissident était plus qu’une nuisance, c’était une plaie. Cependant, il devait à présent partir, informer son maître, le cas échéant accepter son châtiment. Cet « Ashur » aurait son compte en temps voulu. Il fallait partir.
     - Je m’en vais, seigneur Ashur.
     - Tu me plais. Nous reparlerons un autre jour.
     - Certainement.
     Le vampire ne s’était pas retourné pendant tout ce temps. Il aurait senti une menace directe sans avoir besoin de la voir. Il serait mort s’il avait accepté l’invitation de l’être dans sa tanière. Une fois de plus, il avait survécu. Le maitre devrait désormais songer à prendre le cas du dissident dans ses propres mains.
     Il enfourcha son destrier cadavérique, et le mit au galop. Bientôt, il disparut dans la brume de Vagravia. Ashur fut encore longtemps sous l’emprise d’une sincère admiration envers cet individu courageux et retors.  


***


     Epaisse d’une dizaine de coudées dans les endroits les plus étroits. Plus de vingt coudées dans les endroits les plus larges. Haute de plusieurs dizaines de coudées sur toute sa longueur, qui s’étendait aussi loin que l’œil pouvait porter à travers la lumière grise. C’était une muraille aussi abjecte que grossière, bâtie à la va-vite, sans plan véritable, sans exigences particulières. Un seul mot d’ordre : tenir. Ils devaient contenir n’importe quel ennemi ou créature assez folle pour tenter de franchir les fortifications nécromantiques.
     Friedrich von Nettesheim s’éveilla à grand peine d’une sorte de trou noir dans lequel son esprit avait sombré. C’était comme s’il venait de se rappeler qu’il existait, comme s’il venait de revenir d’un état de mort. Depuis que la muraille était finie, ça lui arrivait de plus en plus souvent. Ils étaient là, inactifs, et attendaient un envahisseur. Il y en avait. Des hommes bêtes, par plus ou moins grandes hardes, mais jamais suffisamment fous pour maintenir un assaut acharné. La muraille elle-même s’en chargeait. Les cadavres qui s’empilaient en guise de briques et de mortier tendaient leurs mains vers l’extérieur, et attrapaient n’importe quel assaillant, qui, s’il n’avait pas de chance, se faisait absorber par la muraille et devenaient briques et mortier à leur tour.
     Il y eut un léger doute lorsque des minotaures amorcèrent la montée périlleuse, leur force leur permettant d’ignorer les faibles zombies. Il fallut les brûler à coups répétés de magie noire. Seul réconfort : le vieux maître n’était pas seul.
Pendant les longs mois de réclusion qu’avait connu la région, il y eut des mortels se mirent en tête de traverser la frontière maudite. A quelques rares exceptions, tous étaient versés dans l’art de la nécromancie, et fuyaient sans doute le danger répurgatesque d’un Empire à la foi meurtrière. Tous ces rebuts de l’humanité furent accueillis à bras ouverts par les maîtres du comté maudit, et reçurent l’honneur d’être en première ligne de défense de leur nouvelle patrie. L’ordre fut donné, et ces dizaines de sorciers de tout poil plièrent la dhar à leur volonté, érigeant une muraille de cadavres tout le long de la frontière sylvanienne. Friedrich von Nettesheim était l’un d’eux, et ne tarderait pas à devenir comme eux : fou à lier.
     Au départ, il eut le faible espoir de pouvoir compter sur la compagnie de Mina et Moka, les deux servantes qui l’avaient accompagné depuis Templehof, mais il n’en fut rien. A mesure que leur soif augmentait, elles devenaient de plus en plus désagréables, et le nécromancien soupçonnait qu’elles se seraient bien nourries de lui-même si le roi revenant qui l’avait « embauché » ne rôdait pas aux alentours. Pour leur grand malheur, elles étaient les seules vampiresses présentes aux murailles, et il leur avait été interdit de toucher aux sorciers. Elles finirent pas s’en aller, disparaître sans que personne à part le vieux maître ne s’en souciât. Alors, il se sentit seul.
     Ses « confrères » ne pouvaient réellement soutenir de conversation pendant longtemps. Leur raison allait et venait, et selon les heures qui passaient ils étaient soit lucides, soit pleurants, soit obnubilés par des hallucinations, soit inertes et apathiques. Ils étaient l’image de ce que lui, Friedrich, deviendrait, et il ne voulait pas s’y confronter trop souvent.
     Alors, inactif et renfermé sur lui-même, il s’exposa à l’influence corruptrice de la dhar. Comme la nourriture n’était plus qu’un vague souvenir, la dhar le nourrissait. Et son corps désormais dépendant ouvrait les portes grandes ouvertes vers son esprit. Ses rêves devinrent des cauchemars mornes et abrutissants. Sa vision naturelle commença à se brouiller avec sa vision aethyrique. Ses reflexes faiblirent au point qu’il se sentit aussi lent qu’un zombie, et que seule la dhar invoquée pouvait désormais lui permettre de se mouvoir comme avant. Sa peau devint blanche et maladive, son regard devint hagard et vitreux. Sa conscience s’endormait de plus en plus souvent, et il se rendit compte que dans ces moments-là, c’était la dhar qui le faisait bouger, tel un somnambule. Comme il était hors de question de se laisser faire davantage, il cessa de s’accorder du repos, craignant le sommeil. La fatigue ne contribua qu’à l’affaiblir davantage. Depuis, le vieux maître ne souhaitait que plus d’assauts contre la muraille, que plus d’incidents, n’importe lesquels, qui le tiendraient éveillé et l’obligeraient à dégager sa raison des lourdes chaines qui semblaient l’accabler de plus en plus.
     Puis vint le jour où il faillit sursauter de joie, ce que son corps lui refusa.


     La forêt de Mordheim était un territoire naturellement propice aux hommes-bêtes, surtout depuis le cataclysme qui s’abattit sur la ville sous la forme d’une gigantesque météorite de malepierre, condamnant ses citoyens à la mort et à la mutation. Les hardes y pullulaient, et c’était désormais sur la Sylvanie qu’elles semblaient converger. Cependant, jusqu’à ce jour précis, ce furent des attaques disparates et désorganisées, rien qui puisse ébranler les défenses du comté maudit. Or, cette fois-ci, ce fut une armée. Aussi grande que celle dont ils disposaient de l’autre côté de la muraille. L’air habituellement vicié par la décomposition et en proie au silence de mort empesta soudain la sueur et le sang chaud, alors qu’une cacophonie de beuglements, de mugissements, de bêlements, de hennissements et de croassements fit trembler les arbres. Par des gestes depuis longtemps mécaniques, les nécromanciens prirent position sur la muraille de chair et d’os.

     Von Nettesheim regarda avec des yeux écarquillés les innombrables hordes de mutants qui s’entassèrent sur la mince bande de terre qui séparait la forêt aux eaux tumultueuses du Stir. Il était vrai qu’à cet endroit précis, la frontière nord de la Sylvanie, le vénérable fleuve constituait un obstacle de plus à tout envahisseur, quel que soit son nombre. Cependant, ce fut comme si les hommes-bêtes ne le virent pas. Des cors résonnèrent avec un fracas assourdissant, et les premières lignes s’immergèrent dans les eaux sombres.

     Le Stir ne manqua pas de prélever son tribut de morts. Les foules d’ungors dérivaient lentement, et le courant était pacifique, mais ces êtres cruels et dénués d’intelligences se ruaient à la traversée sans se soucier de leurs pairs. Des dizaines d’entre eux périrent noyés simplement parce qu’ils furent bousculés puis piétinés par d’autres dizaines de paires de sabots.
     Malgré cela, il fut évident que le fleuve ne présentait qu’un obstacle sommaire à l’immense armée de cornus. Les premiers mutants commencèrent leur ascension sur la muraille, en apparence bien aisée grâce aux mains et aux têtes inertes qui en sortaient… Leurs cris furent ponctués par des bruits d’os brisés et de chair disséquée, alors qu’ils disparurent dans la muraille sans laisser de traces. De l’autre côté, les nécromanciens recueillirent aussitôt des cadavres frais à relever en cas de besoin.

     Ce premier échec ne signifia rien. Le Stir se gorgea d’hommes-bêtes de toutes les tailles, leurs silhouettes difformes se fondant en une unique masse de muscle, de tendons et de fer. Des tambours supplantèrent les cors, grondant tel le tonnerre et exhortant les mutants à attaquer. Leur nombre fut tel que la muraille ne suffit plus à les absorber tous, et ils atteignirent enfin le sommet… Les pantins nécromantiques les attendaient là aussi. Un carnage s’amorça, car les succès sporadiques des assaillants peinaient à percer les lignes de guerriers squelettes qui n’hésitaient pas à se jeter dans le vide avec leurs victimes, tout de suite remplacés par d’autres ossements ambulants. L’assaut s’enlisa.

     Alors vinrent des minotaures. Montagnes de brutalité déchainée, ils piétinèrent les hommes-bêtes trop lents pour s’écarter de leur chemin et débutèrent l’ascension à leur tour, brisant au passage les mains avides qui tentaient de les agripper. Parvenus au sommet, leurs bras armés de lames ou de massues cloutées réduisirent les squelettes de poudre.
     C’était sans compter la ligne de défense suivante. Derrière les squelettes, des êtres plus anciens et encore dotés d’une parcelle de leurs âmes engagèrent le combat avec les titans cornus. De lourdes flamberges et des marteaux de guerre s’abattirent sur les minotaures avec une efficacité mécanique. En contrebas, les nécromanciens murmurèrent des sorts de bénédiction impie.

     Leur magie fut immédiatement contrée, sans qu’ils puissent comprendre par qui ou quoi. Von Nettesheim sentit une volonté unique, ancienne comme la forêt qui lui avait donné naissance, se dissimuler quelque part au fond de l’armée de mutants.

     Cependant, les minotaures furent repoussés même sans les renforcements arcaniques des sorciers. Les bêtes colossales ne pouvaient tenir longtemps sur un terrain aussi incertain que des corps qui les attrapaient par les pieds ou s’affaissaient traitreusement sous leurs poids. Il n’en fallut pas plus aux revenants pour les éjecter hors des remparts, bien que nombre d’entre eux survécurent à la chute.
     Derrière la muraille, les nécromanciens engagèrent un âpre combat magique contre la sorcellerie adverse, afin de redresser leurs pertes récentes. Ils ricanèrent lorsque leur invocation ne fut que partiellement contrée, et redoublèrent d’efforts.

     Les tambours ennemis redoublèrent d’ardeur, mettant à mal la concentration des sorciers, mais ils n’étaient qu’une annonce funeste de la carte suivante que jouait la forêt déchainée.
     « Des géants ! » - rugirent des voix sépulcrales en provenance des remparts. Les rois revenants qui dirigeaient leur élite avertissaient ainsi les sorciers de la menace imminente. Une voix, cependant, ajouta promptement :
     « Invocation offensive ! Retenez-les avant qu’ils n’arrivent à la muraille ! »
     L’ordre fut immédiatement suivi d’exécution. Von Nettesheim fut même étonné de ne lire aucune trace de doute sur les visages déments de ses collègues. Leurs instincts humains semblaient définitivement effacés.
     Ils reprirent d’une même voix gutturale le chant antique de l’éveil. Toutefois, il fut cette fois-ci dirigé au-delà de la muraille, vers les cadavres des assaillants écrasés, les corps des noyés, les carcasses meurtries de squelettes. Ils s’élevèrent au milieu des rangs clairsemés des hommes-bêtes, dont l’instinct premier fut de se disperser à l’arrivée des êtres-montagnes. Trois géants arrivaient, écartant les arbres qui leurs arrivaient aux épaules, puis s’immergeant dans un fleuve qui leur arrivait aux cuisses. Leurs pas firent trembler les cadavres empiles de la muraille. Cependant, les fraiches recrues des nécromanciens se jetèrent sur eux tels des fourmis assaillant les humains près de leur fourmilière. La tactique s’avéra juste : les géants furent assez stupides au point d’oublier la muraille devant eux, et s’emparer des choses minuscules qui grouillaient à leurs pieds.
     De l’autre côté du Stir, les mutants beuglèrent à la vue de ce pathétique contretemps. Les cors retentirent de nouveau, et de fraiches hordes de gors et d’ungors franchirent les sous-bois et se ruèrent à l’assaut. Alors, quelque chose d’effroyable se passa.

     L’un des géants plia subitement ses genoux plus épais que des chênes millénaires, puis décolla du sol. L’impact de son atterrissage fut semblable à une salve de centaines de canons, et fit vibrer le sol au point que la muraille de cadavres tangua dangereusement. Toutefois le cataclysme ne s’acheva pas : l’atterrissage du géant fut maladroit, et bien qu’il eut écrasé les petites choses qui le chatouillaient, il perdit l’équilibre et tomba à la renverse. Sa masse titanesque s’écrasa dans le fleuve, créant un petit raz-de-marée qui noya la plupart des hommes-bêtes ayant la malchance de nager à ce moment-là. Quand le tumulte retomba, il y eut un bref silence, puis une série de braiements d’allégresse. Les mutants convergèrent en un éclair vers ce pont grotesque, privant le géant de toute chance de se relever. Les eaux du fleuve bouillonnèrent, peinant à contourner l’immense dépouille qui venait de barrer sa route.

     Les deux autres géants, cependant, finirent de piétiner les nuisances à leurs pieds. L’ordre de leurs chefs leurs revinrent alors en mémoire, et ils s’en allèrent à grands pas vers la muraille. Leurs mains aussi larges et aussi lourdes que des meules s’abattirent sur le rempart, écrasant la plupart des morts qui s’y trouvaient et créant de grosses brèches dans les amoncellements de cadavres.
     Alors qu’une armée vivante aurait ressenti une panique sans nom à cette attaque, la riposte des morts fut immédiate et dénuée d’hésitation. Les revenants survivants se mirent immédiatement à broyer les phalanges des géants, à trancher leurs tendons, parvenant même à leurs os épais. Furieux, l’un des géants hurla d’un cri qui aurait explosé les tympans de ces plus proches adversaires, si ceux-là avaient encore des tympans à sacrifier. Les gardes des cryptes poursuivirent leur macabre besogne, le sang giclant abondamment des énormes poignets mutilés des deux énormités.
     Pendant ce temps, les hommes bêtes reprirent leur ascension en masse.
     « Retour à l’envoyeur ! Retardez-les ! Faites les brailler de peur ! » - tonna une fois de plus la voix autoritaire d’un roi revenant.
     Les sorciers, qui depuis un moment luttaient pour relever les gardes des cryptes écrasés, comprirent immédiatement cet ordre nouveau. Tous les cadavres de gors, ungors et même minotaures qui s’étaient accumulés de leur côté furent soudain parcourus de spasmes, puis s’animèrent d’une parodie de vie, claudiquant vers les trois plus grosses brèches dans la muraille. Lorsque les assaillants virent leurs semblables leur tomber dessus par dizaines, s’accrochant à eux pour les alourdir, les mordre ou les étrangler, ils furent momentanément saisis d’une panique animale et lâchèrent prise.
     Quand un second géant s’effondra sur eux, ce fut la débâcle.


     La « volonté unique, ancienne comme la forêt qui lui avait donné naissance » resserra sa poigne sur son bâton noueux. Des crânes, des plumes noires et des plantes venimeuses pendaient à son sommet, et l’ensemble irradiait une aura maléfique qui avait depuis longtemps rendu les bois aux alentours desséchés et stériles.
     D’une part, il perdait du temps, et d’autre part, il perdait des troupes. Les deux lui étaient précieux et il détestait l’idée d’acquérir une victoire à grand prix. Il s’en voulut d’avoir sous-estimé les défenses du territoire de la mort, de même qu’il s’en voulut de ne pas envoyer immédiatement un ghorgon pour obtenir un avantage décisif. A présent, il doutait même de la sagesse de cette possibilité, si jamais les morts gardaient encore des atouts sous leur manche…
     Le chaman sentit une odeur intruse lui caresser les narines. Puis il entendit un bruit intrus, comme des battements d’ailes. Tiens, envoyer des harpies pour en finir avec les hommes sorciers pourrait être judicieux… La chose qui se rapprochait de lui par les airs n’était pas un ennemi, il le sentait. Ce n’était pas non plus puissant. Intrigué, il leva ses yeux noirs pour voir la chose étrange traverser l’épaisse canopée de feuilles mortes, puis se poser devant lui en douceur.
     Cela ressemblait à une harpie, et ça venait d’ailleurs, de l’autre côté, de la ruine éternelle. Pourtant, c’était également aussi mort que les ennemis que son armée affrontait. C’était également affreusement laid.
La créature ailée fit deux pas dans sa direction ; sa voix teinta aux oreilles du chaman comme un instrument de musique humain que l’on aurait perfectionné avec excès : trop parfait pour être un vrai humain.
     - Malagor, - claironna la créature, - Les dieux s’impatientent, notre ennemi est proche de son but, trop proche pour tarder davantage !
     La dernière note de cette annonce fut trop accusatrice aux oreilles du Maître des Corbeaux. Il claqua de la langue avec mépris, toisa la créature une nouvelle fois, puis cracha :
     - Je vais t’arracher tes belles ailes pour décorer les miennes… Retourne d’où tu viens et avertis les dieux de ton inutilité… Le rituel n’aura pas lieu…
     - Non. Je ne suis pas que messagère. Je vais t’offrir cette muraille.
     Le Prophète du Désastre voulut glousser d’amusement, mais il était trop habitué à servir les dieux pour prendre leurs agents à la légère. Il n’avait rien à perdre, seulement à gagner.
     - Alors fais vite… - glissa-t-il, puis vit la créature prendre son envol immédiatement.


     Avant de s’effondrer à son tour, le troisième géant fut celui qui infligea le plus de dégâts à la muraille de cadavres. La brèche devant lui était profonde, et réduisait de moitié la distance à monter pour la traverser. Cependant, les revenants en avaient profité pour descendre lui broyer les genoux. Beuglant de douleur, le géant tomba vers l’avant, s’écrasant sur la brèche et ceux qui venaient de le vaincre. Au-delà du fleuve, déjà les cors retentissaient une troisième fois, ralliant les fuyards. Les chefs de guerre rivalisèrent de cruauté en punissant des mutants au hasard, rappelant aux autres que la fuite ne leur réservait pas de salut…
     La carcasse du géant formait un endroit idéal pour franchir la muraille.
     « Comblez la brèche ! Esprits défunts ! »
     Les ordres étaient suivis comme toujours. Des corps animés comme par des fils invisibles vinrent s’allonger sur le vaste dos du géant, des dizaines de corps, rejoints par des centaines… La muraille se reconstruisait lentement, mais sûrement. Les premiers hommes-bêtes qui voulurent néanmoins franchir la brèche furent stoppés dans leur élan par une barrière nouvelle, invisible. Puis visible. La dernière chose qu’ils virent fut les griffes et les dagues de créatures translucides et hideuses, en travers de leurs gorges. Les assaillants suivants constatèrent à leur tour la vanité de leur sauvagerie face à ces êtres invulnérables. Cette fois encore, leur moral vacilla, et ils déguerpirent, laissant derrière eux une muraille semblant désormais quasi-intacte. A ce moment-là, un point noir solitaire survola les cieux, aussi rapide qu’une flèche. Sans s’arrêter, il ignora le grondement d’alerte du roi revenant, et continua sa route au-delà de la muraille, trop éloigné pour être atteint par des sortilèges.
     A sa suite, en revanche, le ciel s’obscurcit de dizaines de points semblables, qui s’avérèrent rapidement être une menace que les cadavres empilés ne pouvaient contenir.
     Des traits de feu noir fusèrent des doigts des sorciers, mais certains d’entre eux virent leurs flammes s’éteindre avant même qu’elles n’atteignent leur cible. Von Nettesheim fut parmi ceux-ci, et déjà trois créatures ailées aux traits déformés par la rage fondaient sur lui. Le vieux maître dressa un dernier rempart de dhar, se préparant à l’impact.

     Une autre créature ailée vint bousculer les trois autres en plein vol, déchirant leurs ailes et leurs gorges. L’étonnement du vieux maître ne dura qu’un instant, et il se prépara à combattre cet autre ennemi. La créature, cependant, virevolta près de lui sans l’atteindre, puis se posa sur le sol poisseux, dévoilant son apparence. Le nécromancien sentit ses forces défaillir. Il saisit sa poitrine, mais parvint à museler sa volonté et maintint même le bouclier de dhar devant lui.
     - Maître, vous ne me reconnaissez pas ?
     Le bouclier cligna. Le cœur meurtri du vieux maître battait une mesure désordonnée. Sa voix semblait avoir quitté son corps.
     - Maître ! c’est moi, Manon !
Vampire

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Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Dim 27 Sep 2015 - 11:22, édité 1 fois
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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 27 Sep 2015 - 9:27

jetez un dé, et regardez une de mes nombreuses réactions à cette lecture

resultat:
 

La muraille la plus geniale de tout les temps, quand même.

Et Von Essen qui met le foutoir derrière les lignes Clap
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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 27 Sep 2015 - 11:53

Tout lut à l'instant !
+1000000000 avec ethgri !

Je veux des explications et donc la SUITE !!!!!
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 5 Nov 2015 - 18:22


     Manon ? Quelle Manon ? Il ne se souvenait plus d’une Manon. Il ne savait pas ce qu’était une Manon. Il trouvait cela douloureux à concevoir, tout d’un coup. Manon ? Manon qui lui parlait ? On lui parlait ? Qui lui parlait ? Personne ne parlait, tout le monde ne parlait plus dans ce monde maudit, et il n’y avait plus rien qui le puisse…
     - Maître !
     Elle s’était rapprochée à présent, il distinguait ses traits harmonieux et juvéniles, fins et charmants, d’une innocence à peine perdue… Des images revenaient dans son esprit, des images douloureuses, atroces. Elles étaient étrangères à son esprit torturé, qui ne semblait vouloir plus rien connaître que la mort et l’oubli.
     Elle ouvrit ses bras pour l’enserrer. Un geste qu’il ne comprenait plus et qu’il traduisit seulement comme une atteinte à sa vie. Son bouclier magique stoppa net la chose qui se trouvait devant lui. Il vit le visage qu’il observait se durcir, et soudain, la chose lui tourna le dos, laissant apparaître ses longs cheveux noirs onduleux.
     - Vous ne voulez pas me voir, c’est ça ? – dit-elle sur un ton affligé.
     Quelque chose se révolta dans l’esprit du nécromancien. Tout d’un coup, il désirait plus que tout voir encore ce visage qui le faisait tant souffrir. Cette envie enfla tel un brasier ardent, lui causant une douleur au moins égale à celle qu’il ressentait en voyant la chose. Alors, sans qu’il s’en rende vraiment compte, sa langue se délia :
     - NON ! REGARDE-MOI !
     La supplique d’un vieil homme brisé. Son hurlement parut le drainer de ses forces, et il tomba à genoux. Immédiatement, la chose, ou Manon, fut auprès de lui, et il ne la repoussait plus ; il n’en était plus capable.
     - Maître, - entendit-il la voix si familière, - Maître, il faut que vous partiez d’ici, aussi vite que possible.
     Il ne comprit pas, releva la tête, comme cherchant une explication dans le regard de celle dont il se forçait à revoir les souvenirs. Tout autour, l’air crépitait de magie noire, alors que les harpies déchiquetaient des corps de sorciers agonisants. La chose, ou Manon, reprit, avec plus d’insistance :
     - Maître, il faut partir, mais avant ça, il faut vous venger.
     La conscience bouleversée du vieux maître peinait à assimiler les mots qu’elle lui disait. Lui-même se rendit compte que ses lèvres bredouillaient des sons au hasard, et à ce moment-là, il reprit enfin la pleine possession de son corps. Ses mains cherchèrent à agripper les épaules de celle qui s’était agenouillée à ses côtés, et grand fut son étonnement lorsqu’il sentit une épaisse membrane de cuir froid sortir des bras de celle-ci. Alors, un doute affreux se glissa en lui, le spectre d’une douleur qu’il avait déjà sans doute ressentie, et qu’il ne pouvait se résoudre à imaginer.
     - Maître, c’est bien moi ! J’ai changé mais c’est bien moi ! Manon d’Essen, fille de Delphine d’Essen !
     Cet autre nom fit tressaillir von Nettesheim, et il fixa son regard dans celui de la chose qu’il s’efforçait de reconnaitre. Tout était familier… les yeux étaient bleus… Il se figea une fois encore. Les yeux devaient être rouges. Sinon il y avait erreur, supercherie, cruauté…
     - Maître, laissez moi tout vous expliquer après la bataille ! Il n’y a plus le temps…
     Elle jeta un regard aux alentours, et une moue déçue se dessina sur son beau visage. Le tour de force qu’elle espérait réaliser en ralliant le vieux maître à sa cause aurait pu marcher, mais la bataille semblait déjà tourner à leur avantage. Les harpies de Malagor submergeaient les sorciers, qui, pas assez clairvoyants, ne pouvaient se défendre quand leurs pouvoirs étaient sabotés par le Maître des Corbeaux. Cependant, la résistance des morts sur la muraille était toujours efficace, de même que la muraille elle-même poursuivait sa fonction de massacre.
     Il fallait donc porter le coup de grâce.
     - Maître ! – elle se pencha à nouveau vers lui ; l’expression du nécromancien était l’anxiété même. – Maître, cette muraille doit tomber, cette muraille doit tomber ! Vous m’entendez ?
     Mais le vieux maître n’entendait pas. Un désordre extrême régnait en lui, une tempête sur un océan de doutes, de peurs et de souvenirs douloureux ; il s’y noyait. La bataille avait depuis longtemps cessé de compter pour lui, car il sentait les dernières parcelles de sa conscience menacer de s’évaporer face à toutes les émotions qui le submergeaient. Il était seul en train de lutter dans son propre monde, et les éléments de la réalité extérieure n’existaient pas pour lui.
Manon se détourna encore, juste à temps pour apercevoir plusieurs harpies tomber sur elle depuis le firmament. La rage et le mépris bouillonnèrent en elle, ses yeux dardant subitement des jets de flammes bleues et pourpres, consumant immédiatement les créatures hybrides. L’instant suivant, sans souffler mot, elle fit appel à son serviteur.
     Un dragonnet bleu, guère plus volumineux qu’un chat, surgit de nulle part sur son épaule.
     « Possède-le ! » - lança-t-elle rageusement.
     Le dragonnet fit une grimace, devint fumée, puis disparut.


***


     Des débris humains laissaient sur la terre des empreintes que nul chasseur n’aurait reconnues. Des débris humains se déplaçaient avec une maladresse lamentable, trébuchant puis se relevant, se bousculant et se piétinant, sans jamais émettre d’autres sons que le cliquetis de leurs armes et le bourdonnement de leurs pas.  On ne pouvait que deviner leur apparence dans l’obscurité, quand de fugaces lueurs verdâtres surgissaient aux creux des orbites de leurs crânes desséchés. On ne pouvait guère les sentir : tout dans le comté maudit empestait la mort et la désolation. Leurs bras décharnés étaient la seule raison de leur utilité, de leur existence : ils portaient la mort à quiconque leurs maîtres leurs ordonnerait de la porter, n’étant plus que des assemblages de magie et de corps, constructions mécaniques n’ayant rien en commun avec des soldats vivants.
     Ils déambulaient vers une pâle colonne de lumière qui se voyait au loin, des dizaines et des dizaines de pantins nécromantiques, reliés à une seule et même volonté, un seul et unique seigneur, le comte Mannfred von Carstein. Le vénérable vampire chevauchait en compagnie de ses fidèles templiers de Drakenhof, des enfants de sang triés et sélectionnés au fil des années pour le servir, mais surtout en tant que garde rapprochée : peu de bretteurs et chevaliers mortels auraient pu rivaliser avec eux en force ou en adresse. Tout portaient d’antiques armures forgées il y a bien des décennies, mais entretenues avec un fanatisme singulier. Il en allait de même pour leurs armes : en dépit de l’humidité ambiante dont les effets détérioraient les plus résistants des alliages, les épées des templiers avaient gardé leur éclat et leur tranchant d’antan. Souvent ornées de crânes ciselés ou ayant des gardes stylisées, leurs lames constituaient leur fierté et leur signe d’appartenance à la garde du comte. Les autres vampires de la cour maudite les voyaient souvent d’œil jaloux et dédaigneux à la fois.
     La colonne des non-morts se prolongeait sur des centaines de pas, et souvent il y avait des apparitions luminescentes et éphémères à ses côtés : les esprits des morts n’étaient jamais libres de quitter le comté sans l’accord de leur seigneur, et cet accord n’arrivait jamais. Dans la vie comme dans la mort, ils devaient servir, quitte à avoir leurs corps et leurs âmes séparés. Ils souffraient, ô combien ils souffraient de cette existence imparfaite, mais leurs gémissements mêmes étaient étouffés par la volonté de leur seigneur, qui ne supportait guère leur chorale de désespoir.
Enfin, les cieux noirs vrombissaient de battements d’ailes à l’infini ; créatures mortes également, les chauves-souris du comté suivaient toujours les comtes vampires dans leurs campagnes militaires, et celle-ci n’était pas des moindres…

     Ni durant la Grande Purge qui avait suivi la chute de Vlad, ni pendant la traque qu’il avait subi sur ses propres terres, Mannfred von Carstein n’avait jamais perçu autant de présences ennemies qui envahissent la Sylvanie. Des mutants dégénérés venaient de percer ses défenses au nord. Un throng de nains venait de forcer le passage à l’est. A l’ouest, une armée alliée d’impériaux et d’êtres supérieurs venaient également d’abattre la muraille qu’il avait faite construire.
     Le comte venait de quitter le refuge incertain du castel Sternieste, mais il n’avait guère l’intention de fuir. Il faisait route vers un lieu redouté, même par les immortels, un lieu que les paysans du cru n’auraient jamais voulu nommer s’ils étaient encore en vie : les Neuf Démons.
     Neuf rochers colossaux formant un cercle sur une colline isolée, de simples rochers, mais que personne n’approchait. Leurs environs étaient aussi déserts, et même la terre stérile semblait les supporter à regret. Les déclarer « maudits » n’aurait pas suffi, ils devaient être honnis et répudiés par la Création même, car tout ce qui avait eu un jour la malchance ne serait-ce que de les approcher était marqué à jamais pour connaître inévitablement un destin funeste. « Que les Neuf te dévorent », « Si vous désobéissez, vos familles iront voir les Neuf », « Huit, ça suffit », le lieu s’était imbriqué dans l’histoire sylvanienne, les superstitions des gueux et les croyances des nobles, sans que jamais personne ne s’intéresse à leur véritable nature. Or, leur formidable puissance pouvait être comprise, et dès qu’elle était comprise, elle pouvait être détournée… Il n’y avait presque aucun doute là-dessus : la Sylvanie devait ce qu’elle était à ces neuf immuables rochers dont personne ne se rappelait l’apparition. A présent, ils serviraient l’avenir de cette contrée, l’avenir de l’Empire, l’avenir du monde entier.
     Il ramènerait les prisonniers nécessaires au rituel, s’assurerait de la bonne tenue des préparatifs, puis s’éloignerait pour guerroyer. Il s’éloignerait, mais reviendrait avant la fin ; il reviendrait pour prendre ce qui était sien : le pouvoir.
Il ne devrait surtout pas rater ce moment. Il avait consacré des siècles d’efforts pour ce moment. Il reviendrait, et trahirait cette pathétique loque mort-vivante qu’était son allié, Arkhan. Peu importe qu’il soit un digne rival en matière de pouvoirs corrompus : lui, Mannfred, avait une armée à ses ordres, et une puissance brute capable de briser ses frêles os… Il le briserait, oui, et s’emparerait du pouvoir suprême, et régnerait enfin sur les mortels, pour l’éternité.
Son serviteur détournait déjà les pantins du chaos de leur but ; ils rencontreraient inévitablement les nains, et les deux ennemis s’affaibliraient dans une bataille cataclysmique… Les elfes et les impériaux pouvaient être arrêtés, ils étaient si peu nombreux ! Il devrait rester prudent toutefois : ses propres troupes, bien qu’innombrables, étaient dispersées aux quatre coins du comté. Les réunir prendrait trop de temps, aussi devrait-il se contenter que d’une part de leurs effectifs. Il saurait bien s’en contenter : ses effectifs étaient infiniment renouvelables, ce qui n’était pas le cas pour ces stupides mortels.

     L’épaisse chape de noirceur qui recouvrait la Sylvanie ne laissait aucune issue pour la lumière, mais il avait lui-même remodelé le maléfice pour cette nuit : Morrslieb, la lune verte, dardait ses rayons maladifs sur les Neuf Démons.


***


     - Ashur !
     Le castel Templehof tout entier fut secoué de tremblements effroyables ; les murs se fissurèrent dangereusement, quelques meubles se renversèrent, il y eut des tintements si étranges de vaisselle brisée. La maître du château venait de manquer d’écrouler sa propre demeure.
     - Ashur !
     Il était assis sur la somptueuse chaise de la comtesse Emmanuelle, prostré, broyant du noir, lorsque ses sens lui venaient d’indiquer cet appel bouleversant. Il se sentait tout-puissant, mais inutilement tout-puissant. Sa toute-puissance, à peine retrouvée, mal contrôlée, fit tressaillir sa demeure toute entière en écho à sa propre confusion. Il n’avait depuis longtemps abandonné l’idée d’entendre cette voix de nouveau. Lorsqu’il vit la vampirette ouvrir les portes de la grande salle des festins, il fut traversé par la pensée de la détruire sur le champ, comme pour apaiser ses propres convictions maladives. Et puis, détruire était sans doute la seule chose à laquelle il excellait, aussi rien d’étonnant à ce qu’il réagisse ainsi à la moindre chose…
     - Ashur, vous devez m’aider !
     Il se sentait comme dans un rêve : aucune lumière ne lui permettait de voir la créature qui venait de surgir devant lui, mais ses perceptions surnaturelles la lui décrivaient comme un être mince, rappelant les femmes mortelles, doté d’une paire de larges ailes membraneuses à la place des bras. Accessoirement, les forces vitales de cette créature semblaient confuses, comme si à sa nature vampirique s’en rajoutait une nouvelle, greffée de force. Une essence qu’il avait la conviction d’avoir vu quelque part…
     - M’écoutez-vous enfin ?!
     Comme c’était singulier de la voir s’affoler tant… Lui-même n’en avait vraiment rien à faire. Le monde pouvait s’écrouler autour de lui qu’il resterait les bras croisés. Quel monde, d’ailleurs ? Tout était plongé dans le noir, il n’y avait plus rien à voir, plus rien à sentir, plus rien à vivre. Il avait atteint son but, il avait retrouvé son corps, mais pour faire quoi ? Y avait-il encore quelque chose qui méritait son attention en ce monde ? Le retour inattendu de la vampirette était comme une tâche grise qui remuait sans arrêt dans le noir, l’exhortant à réagir à ce soudain changement de situation. Mais qu’avait-il donc à lui dire ? Sa mère… Delphine d’Essen…
     - Ashur ! VOUS M’ENTENDEZ ENFIN ?!!
     Oh, elle venait de le gifler, enfin, elle venait de le tenter, car il n’avait pas bougé d’un pouce, figé telle une statue. Il s’était déjà levé de sa chaise pour le voir, que désirait-elle encore ? Ah, peut-être un câlin. Il leva ses bras, essaya de l’étreindre, elle lui résista, continua à crier. Décidément, il avait du mal à la comprendre. Il faudrait déjà qu’elle arrête de gigoter, ça l’ennuyait plus qu’autre chose. En général, la prise sur le cou marchait assez bien.
     - ASH…
     Ah, elle était plus rapide avant, non ? En tout cas, elle venait de saisir son bras de ses deux mains, essayant de se libérer, en vain. Ses pieds continuaient à gigoter, mais ses cris, au moins, venaient de cesser. Il pouvait sentir l’air se bloquer dans sa gorge, et n’allait pas lâcher prise tant qu’elle ne se calmerait pas.
     - Tais-toi, idiote, pauvre fille transfigurée. Je n’ai pas envie de t’aider. Calme-toi, ou je te broie les vertèbres.
     On aurait dit qu’elle a compris, il pouvait donc enfin la relâcher. Elle retomba sur ses appuis, le toisa avec colère, qu’elle essayait visiblement de contenir… Tiens, d’ailleurs pourquoi ne voyait-il plus ses pensées à travers son regard ? Son retour corporel lui avait-il ôté le don de clairvoyance, ou était-ce du à la nouvelle nature de la demoiselle ?
     - Je viens te prévenir, - dit-elle, - il faut à tout prix que tu arrêtes le rituel qui aura lieu aux Neuf Démons, sinon nous serons tous condamnés.
     Haha, elle s’attendait visiblement à une réaction plus marquée. Mais qu’est-ce qu’il en avait à faire de ses histoires ? Condamnés à quoi ? Il était déjà condamné à tout, et elle aussi. Il n’allait pas bouger d’ici, il avait combattu pour obtenir ce castel. Non, tout ce qu’il allait faire, c’est se rasseoir.
     - Ashur ! – fit-elle, exaspérée, puis se tut.
     Il ne l’entendit pas pendant un moment, se laissa aller à sa rêverie. Peut-être serait-ce plus agréable de la garder ici, auprès de soi, ça ferait au moins une distraction.

     - Nous te voyons, celui qui a volé le pouvoir, nous te voyons et nous pouvons à tout moment te reprendre le pouvoir. Obéis, ou subis les conséquences de ton refus.
     Manon le vit soudain se tordre de rire sur sa chaise ; un rire atroce, maniaque, sans joie ni espoir quelconque.

     - Je vous entends, bande de fous sans but ni raison d’être, et je ne vous obéirai pas. Votre maître peut aller cueillir les pâquerettes de son royaume, il ne me verra pas lui obéir.
     Elle avait du de nouveau invoquer son serviteur… Pourquoi tous ceux qu’elle devait avoir le plus de chances de rallier à sa cause refusaient-ils si bêtement ? Pourquoi étaient-ils tous fous ?! Elle était partagée entre agacement et pitié envers elle-même : étaient-ce vraiment les êtres qu’elle avait côtoyés et admirés ?

     - Nous possédons tout ce qui t’est cher, voleur : ta femme, ta fille, ton frère, ta propre vie. Souhaites-tu vraiment rejeter tout ceci ?
     - Je vous entends, vous qui êtes plusieurs sans vraiment l’être. Que sont ma femme, ma fille ou mon frère ? Ce ne sont que des rêves, des fantômes sans importance, ni plus ni moins que je suis, moi, un être insignifiant.
     - Pauvre fou ! Leur perte t’aurait-elle soudain appris l’humilité ? Leur perte aurait elle été vaine ? Leur perte n’a-t-elle aucune valeur à tes yeux ? Tu peux encore tous les retrouver, tous, seulement obéis une dernière fois, empêche le rituel aux Neuf Démons de s’achever, ta fille te montrera le chemin, puis sera à nouveau tienne.
     - Vous n’êtes que des naïfs, TU n’es qu’un naïf, TU ne sais rien car tu n’acceptes rien, TU n’es jamais né ni jamais mort, TU ne connais aucune valeur en ce monde, et pour cela, je te le demande : pourquoi prêter de la valeur à ce rituel ?
     - Parce que celui qui en reviendra sera ton pire ennemi, et le notre. Parce que les liens du destin sont entrecroisés aux Neuf Démons, et nous voulons qu’ils n’aillent pas à l’encontre de notre volonté, ni de la tienne. Fais ce qui doit être fait, et obtiens mille grâces au nom du Maître des maîtres, du Sage des sages, de l’Omniscient.
     - Un maître bien incompétent. Tu me dégoûtes, à tisser les liens pour les autres sans jamais être lié toi-même. Subis à présent le sort que tu réserves aux autres, et souffre le retour de ton pire ennemi, je m’amuserai bien à le voir t’affronter.
     - IMBECILE  INCONSCIENT !!! Si tu refuses d’agir selon notre volonté, tu perdras tout, même ta propre existence !!!
     - Tu connais déjà ma réponse, ô grand fou.
     - De nous deux, c’est toi qui mérites ce titre. Adieu, et péris à jamais, absurde sublime.

     Le dragonnet bleu réapparut sur l’épaule de la vampirette. Elle n’eut pas le temps de l’interroger, il croassa lui-même quelques paroles à son oreille :
     - Tu es donc bien inutile, mais cette probabilité n’était pas exclue de Ses plans. Va, et fais ce que lui refuse de faire !
     - Moi ?! – elle s’imaginait vaguement les dangers que cela impliquait.
     Cependant, si elle voulait survivre à ce qui allait venir, elle devait obéir.
Manon courut hors de la grande salle des festins, gagne de la vitesse dans le grand couloir, prit son envol sur le balcon. Tournoyant avec grâce au gré des vents aethyriques, elle se dirigea vers le sud, bien décidée à ruiner le rituel.          
   

***



     « MMMMMOOUUAAAAAAAA !!! »

     « Les choses ne vont jamais dans la bonne direction… »

     « Maître, accélérez votre allure, il y a un complot contre nous. »

     « Trouvez-le, trouvez ce voleur ! Ce bouseux ! Ce misérable fils de catin ! »

     « Quand je l’attraperai, je lui arracherai d’abord la peau, puis la chair, puis je briserai ses os. »

     « Je le viderai de son sang, le planterai sur un pieu, et le regarderai perdre la raison jusqu’à la fin des temps ! »

     « Ce soudard ! Il n’ira pas loin ! Il est mort, mort, mort ! »

     « Il va payer. Toute sa misérable existence ne sera plus que souffrance et folie pure. »

     « Il est mort. Il est résolument les deux pieds dans la tombe. »

     « Cette charmante créature… Dommage que je devrai lui expulser les orbites et les broyer entre mes doigts… »

     « Et quand la lune sera pleine, nous planterons un pieu dans son cœur, et nous ferons un grand feu de joie ! »


     Cela paraissait sans fin. Sans fin ! A chaque tâtonnement, toujours la même chose : cette exécrable barrière lumineuse, brûlante et crépitante, insurmontable par aucun moyen qu’il avait à sa disposition. Sud. Sud, sud, sud. Forêt. Noire et gluante. Les arbres étaient comme des squelettes de leurs cousins vivants, secs et misérables, durs et fragiles. La canopée n’était plus, les cieux noirs la remplaçaient. Leurs racines, par contre, étaient comme ces choses dont on croit pouvoir se débarrasser à force, mais qui ne cessent de revenir et de vous enrager davantage. Le vampire les sentait à chaque fois qu’il voulait accélérer le pas, et elles semblaient faites pour lui rappeler que tout, dans ce pays maudit, ne servait à qu’à entraver. Ses bottes étaient usées, leurs semelles céderaient bientôt. Ses habits étaient plus semblables à des vieilles loques qu’à un vêtement de laquais. Lui-même avait l’impression d’être à jamais transfiguré en quelque chose d’ignoble, de laid, de vieux et abject. Pourtant, il ne pouvait se porter pire que n’importe quel autre immortel de la région : il avait le sang tenu fermement dans sa main, son autre main serrant fébrilement un poignard. Cependant, ces deux trophées lui avaient coûté le dénigrement dont il avait joui avant de se faire connaître parmi les von Carstein : la moindre rencontre avec l’un d’eux, il le savait, se solderait par un affrontement à mort, et ils étaient plusieurs à le pourchasser, sans aucun doute…
     Quelques heures avant, ou jours, il ne savait plus, il avait franchi à peine une lieue. Cette lieue séparait le castel d’un autre endroit remarquable : une imposante forteresse impériale, crânement bâtie à la frontière indécise séparant le Stirland de la Sylvanie. Von Essen avait espéré la rejoindre, il fut trahi : la barrière lumineuse se dressait à quelques deux-cents pas des premières murailles. A ce moment-là, alors qu’il était encore indécis, il perçut une menace qui arrivait droit sur lui à grand galop : un des gredins sanguinaires de Sternieste, avec des intentions qui ne pouvaient être que meurtrières. Ce fut cependant fort simple de le vaincre : l’imbécile ne savait pas l’existence de la barrière, et la percuta de plein fouet avant même d’abaisser sa lame ; il n’eut pas le temps de s’en remettre. Une dague se planta profondément dans son cœur, après quoi il vit sa propre épée s’abattre sur son cou. Une mort stupide, mais il ne méritait pas mieux. L’ancien bourgmestre eut tôt fait de s’emparer de son ceinturon, épée et fourreau, ainsi que de sa monture mort-vivante. A la forêt, toutefois, il en descendit, gêné par l’inextricable amas de branches des arbres. Commença alors une longue inspection de la barrière lumineuse, sans succès : la prison semblait parfaite.

     Il finit par se résigner à l’idée que le comté tout entier était encerclé, et conçut alors le désir de quitter au moins la forêt pour retrouver un semblant de civilisation. La forêt l’oppressait : un peur ancestrale, remontant dans sa nature originelle de mortel, l’empêchait de s’y sentir à l’aise malgré sa condition nouvelle. Les troncs noueux et les branches nues étaient comme des spectres vengeurs d’une nature ravagée qui menaçaient de l’écarteler à tout moment. Il courut, dirigé uniquement par son instinct et évitant de tomber d’extrême justesse grâce à ses reflexes nouveaux. Il courut, encore et encore, conscient que ses forces ne tariraient jamais tant qu’il garderait sur lui le précieux trésor volé. Il courut…

     La forêt disparut subitement, laissant place à des collines ondoyantes. Momentanément soulagé, il fut toutefois immédiatement interloqué par deux visions inhabituelles : au loin, derrière les collines, il aperçut une colonne de lumière verte traverser les cieux noirs. Quelque chose l’y attirait, sans qu’il comprenne exactement quoi. Cependant, l’autre vision l’empêcha d’y prêter plus d’attention : sur l’une des collines il distingua la silhouette d’un large bâtiment de deux étages… dont les lumières étaient allumées.

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 5 Nov 2015 - 19:42

J'ai l'impression que tu es à l'apogée de cette histoire d'absurdité et de folie.
J'ai hâte de voir comment tout ça va finir, car tous tes personnages sombrant peu à peu, ça finit par nous prendre aux tripes ! Fou


 
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 10 Nov 2015 - 11:34

Von Essen a écrit:
brume de Vagravia
Au départ j'ai lu "brume de Viagra" mais à part ça, tout va bien. Very Happy

On se prend très bien à l'histoire, comme d'habitude d'ailleurs. L'histoire est toujours aussi bien à tous les niveaux. Seul point négatif, on ne voit pas toujours du premier coup quand on passe d'un personnage à un autre. Les habitués le savent grâce aux petites étoiles mais ceux qui ne l'ont pas lu depuis longtemps ou dont c'est la première fois sont moins habitués et il y a un petit temps de latence pendant lequel on se demande ce que cela vient faire là.

Au niveau des personnages, même s'il y en a de plus en plus, je trouve que tu tiens encore le fil de l'histoire et ne te perds pas dans un nombre énorme de récits qui ne font avancer l'histoire. Toutefois, avoir trop de personnages à l'écrit est plus embêtant pour le lecteur (surtout que ce n'est pas un livre) car on n'a pas grand-chose pour s'en souvenir. Mais pour le moment ça va Very Happy

Sinon, bah continue comme ça. C'est très bien Very Happy
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 11 Déc 2015 - 15:37

***


     Sa conscience lui revint peu à peu, en même temps que ses sensations. Il était allongé sur le flanc, contre une terre dure et froide. Le vent soufflait, charriant des odeurs infectes, indifférent. Plus rien ne semblait frémir aux alentours. Lorsqu’il ouvrit péniblement les yeux, il lui fallut instinctivement se forcer à se lever. Tous ses membres répondirent par une sourde sensation d’épuisement. En même temps, la mémoire lui revint, de moins en moins floue et confuse. Il était un vieil homme perdu dans un pays perdu, et ne connaissait plus ce pourquoi il continuait à vivre, à sentir.
     Contre son gré, parce que sa vision était confuse, il vit néanmoins les mouvements de l’aethyr. Il vit une volonté l’attirer au loin, il perçut l’accumulation du pouvoir. Il comprit alors qu’il n’avait jamais rien vu de tel, à moins que sa mémoire ne l’eût failli pour de bon. Pourquoi ce phénomène si particulier ? La question que lui imposa sa curiosité naturelle se heurta à un refus d’y réfléchir. Las, lâche, il en avait honte, mais il eût bien apprécié à cet instant ne plus jamais se poser de questions.
     Craignant que ses jambes le lâchent à tout moment, il se retourna et contempla la rive défigurée d’un grand fleuve. La berge était recouverte de cadavres putrescents. Des remous sur les flots trahissaient la présence de cadavres en masse dans le fleuve même. Des déchets, des déchets. Le sorcier s’en désintéressa rapidement. Le vent lui transmit un chuchotement lointain. C’étaient les arbres sur l’autre rive.
     Von Nettesheim ne voulut pas sombrer, instinctivement. Il chercha son bâton, instinctivement, et le ramassa, instinctivement. Cet objet lui avait toujours permis de mieux contrôler son art, pendant tant d’années. Le vieux maître prit conscience de sa respiration, respira longuement, à plusieurs reprises. Il ne pouvait pas traverser le fleuve, se rappelant de la barrière dorée. Il ne ressentait d’intérêt pour aucune autre direction, excepté celle de l’aethyr. Il la redoutait en même temps. Mais il ne risquait pas grand-chose, à part souffrir ou perdre sa vie. Il satisferait au moins sa curiosité, et au diable le danger ! Il avait vécu pire, il avait vécu longtemps, peut-être trop longtemps. Grimaçant intérieurement, le vieux maitre se mit à marcher vers le point de convergence de l’aethyr, loin de l’affreux champ de bataille dont il s’efforçait de ne pas garder souvenir.

     Sa curiosité revint à la charge en quête d’hypothèses : quelle pouvait bien être la source de l’étrange événement vers lequel il guidait ses pas ? Sans doute l’aboutissement d’un rituel, à moins qu’il ne s’agisse d’une autre faille… Mais non, puisque c’était la dhar qui convergeait là-bas, et de toute manière, une faille devenait source temporaire des vents de magie, elle ne les attirait pas…
     Il n’avançait guère depuis plus d’une heure, quand sa vision fut à nouveau troublée, interrompant le courant de ses pensées. Une autre volonté surgissait devant lui, depuis la terre même, ou était-ce depuis l’aethyr ? Une forme surgissait de terre, bien visible par sa noirceur si profonde et marquée, alors qu’au loin, les ténèbres reculaient, transpercées de rayons verts maladifs. Une forme surgissait, indistincte, mais c’était pourtant un sorcier, nul doute là-dessus. Quelque chose se brouilla, et l’ombre qui le recouvrait se retira. Un sorcier bâti comme un guerrier, et quelques timides rayons verts étaient reflétés par les épaulières de son armure. Von Nettesheim s’était arrêté, instinctivement, brandissait son bâton devant soi, instinctivement, se remémorait des sortilèges, instinctivement. Ennemi ou pas, il se défendrait, coûte que coûte.
     Le guerrier déploya ses bras.
     Les flammes noires fusèrent du bâton de sorcellerie.
     Elles n’atteignirent jamais leur cible, butant contre un rempart invisible, se consumant immédiatement.
    - Que le soleil soit clément envers toi, mon mortel compagnon !
    Des dizaines de mains décharnées surgirent de la terre froide, agrippant les chevilles du guerrier.
    - Suffit !
    Les membres squelettiques se figèrent, puis se brisèrent, avant de retomber en poussière.
    - Je briserai ton bâton et tes genoux si tu continues à nous ennuyer de la sorte !
    Le vieux maître essaya encore de murmurer quelque chose, mais cette fois-ci, sa concentration ne suivait pas. Pendant quelques instants, le guerrier l’observa ainsi, intrigué par son étrange comportement. Son esprit était-il vraiment confus à ce point ?
    - Friedrich. Von. Nettesheim.
    Le nécromancien cessa de murmurer.
    - « Maître » Friedrich. Déjà mort à l’intérieur ?
    Il ne put s’empêcher d’adopter un ton narquois. C’était dans sa nature. Et le monde était si absurde qu’il valait mieux tout voir avec dérision. Lui-même était digne de moqueries, même s’il ne les accepterait de quiconque. Il vit cependant le vieillard respirer profondément, les yeux clos, les traits tirés par la concentration. Ashur voulut se permettre de le provoquer davantage, mais y renonça, se convainquant qu’il fallait laisser le temps au vieux maître, s’il voulait qu’ils eussent une conversation.
    Des clameurs lointaines parvinrent à son oreille. Bruits de cors de guerre, cris, fracas éloignés du tonnerre. Quelque chose se passait au sud, là où la dhar convergeait.
    - Friedrich, von…
    Le vampire millénaire faillit cracher un juron. Il rattrapa le frêle mortel avant son corps ne s’effondre durement contre le sol. Le vieux mortel était inconscient. Le vampire millénaire cracha un juron, plusieurs jurons, se remémorant même ceux qu’il avait entendus à d’autres époques. Le monde était si absurde, comment vivre sans jurer un bon coup ?
Lentement, avec précision, les ombres les enveloppèrent tous deux, et ils disparurent de la plaine désolée.

    C’était amer, cette répétition. Le noir, puis la conscience dans le noir, puis les sens, puis les yeux. C’était inutile, à quoi bon…
    - Cette fois, restez dans ce monde. Vous êtes mon dernier et unique rempart contre l’ennui, maître.
    Ennemi. Réagir. Conjurer. Dévaster. Annihiler. Pas possible.
    La dhar ne lui obéissait pas. Il faillit d’abord hurler de terreur, puis voulut tout simplement hurler. Peu importait où il était allongé, peu importait le monde qui l’entourait, il voulut juste hurler, hurler contre sa propre perception, contre sa propre vie, si obstinée, si têtue…
    - Peu m’importent vos souffrances, maître. Levez-vous et buvez un peu de vin. Il restait encore une quinzaine de bouteilles dans la cave.
    Les mots parvenaient à son esprit, tous paraissaient étranges et incongrus. Il se sentit complètement dépassé lorsqu’il retrouva enfin le sens des mots « vin » et « cave ». Ces choses-là existaient-elles encore ? Ne faisaient-elles pas partie d’un passé révolu, d’une autre époque, d’une réalité improbable ?
    Il était sur un lit, dans une grande chambre éclairée par un feu de cheminée. Un feu de cheminée. Un feu de cheminée. Sur un lit, dans une grande chambre.
    - Templehof, mon nouveau palais. Prenez la bouteille, maître.
    Assis sur un fauteuil près du lit. Le guerrier dont l’apparence lui était familière lui tendait quelque chose. Il dut se concentrer une fois de plus pour essayer de comprendre ce qui se passait autour de lui. Puis la réalité le frappa de plein fouet, les souvenirs refluèrent, lui dévoilant bout à bout toute l’étrangeté de sa situation.
    Ashur, le vampire tout-puissant. Lui, le vieux nécromancien. Ils s’étaient connus brièvement, très brièvement, tant de choses eurent lieu entretemps, il ne s’en souvenait plus. Ils avaient fini par se séparer, puis une longue période de cauchemar…

    - Quoi ?
    Ils perçurent tous deux le tremblement de terre. Avant que l’un d’eux ne pût réagir, les secousses atteignirent une effroyable violence, et la maçonnerie délabrée du château ne résista pas.
    - C’EST MON CHÂTEAU ! C’EST MOI QUI SUIS LE CHEF !
    Utiliser des restes de cadavres, des os et même de la chair, était une méthode de fabrication répandue pour augmenter l’épaisseur d’une muraille, depuis des temps immémoriaux. Quelque chose de malsain pouvait alors surgir dans les lieux balayés par les vents de magie, une présence dérangeante, une aura de morts inapaisés, imbibée dans les murs servant de dernière sépulture. Une présence dont la soumission aurait été inconcevable pour n’importe quel mortel, mais qui n’était que l’affaire d’un court et âpre combat pour les seigneurs de la non-vie.
    En l’occurrence, le nouveau maître eut non seulement asservi le château, mais renforcé sa structure.
    Le cri du maître Friedrich se bloqua dans sa gorge lorsqu’il vit le plafond qui allait s’effondrer se figer, puis se remettre en place, maintenu par la simple volonté du vampire millénaire. De même, le nécromancien avait senti distinctement le sol céder sous le poids du lit, puis refuser de sombrer. Par le fruit du hasard, il sentit sa mémoire s’éclaircir encore davantage : être témoin des absurdes pouvoirs du sire Ashur était comme revenir dans le passé, quand il avait tant de fois démontré que rien pour lui n’était impossible…
    - Vous… - le vampire millénaire le regarda brusquement, l’air dément. - … êtes toujours aussi omnipotent, messire. Je… vous prendrai cette bouteille.
    Le sabreur immortel ne souffla mot, lui passa l’objet oblong. Il était froid au toucher, et encore recouvert de poussière par endroits. Le cachet de cire qui avait du boucher le goulot était déjà enlevé.
    Les secousses avaient cessé, n’ayant duré que quelques instants. Puis, la dhar s’affola.          

    - Messire, êtes-vous aussi omniscient ?
    - Un être aussi puissant que moi revient en ce monde. Il pourrait être plus puissant que moi.
    - Je vois que vous n’en avez cure. Par ailleurs, j’ai connu de meilleurs vins.
    - C’est votre langue qui est celle d’un zombie encore frais.
    Le nécromancien ne répondit pas tout de suite. Cette vérité, dite si simplement, était effroyable à concevoir. Un esprit… dans un corps de zombie ?
    - Vous n’auriez pas dû vous obstiner à vivre. La mort est une délivrance, vous auriez pu l’accepter.
    - Je n’accepterai pas pareil propos venant de vous, messire.
    - Ha. Et pourtant, c’est vrai.
    Von Nettesheim but encore quelques gorgées.

    « TU AS BIEN AGI, MON SERVITEUR. LE GRAND ŒUVRE PEUT COMMENCER. »

    Tous deux se dévisagèrent, comme si l’explication à ce qu’ils venaient d’entendre se trouvait dans le regard de l’autre.

    « ME SERS-TU ? »

    La voix, terrible, lourde et froide comme la mort, provenait de loin, et tonnait comme mille grondements de tonnerre. Le vampire et le nécromancien se dévisagèrent une fois encore, pendant un long moment.
    - Je ne servirai personne. Vous ?
    - Non plus, je n’ai plus rien à perdre. Et puis je suis vieux. On n’aura guère besoin de moi.
    - On vous prendra comme zombie. Les morts ont au moins cette utilité.
    L’idée déplut visiblement au vieux maître.
    - J’apprécierais que vous supprimiez mon corps une fois débarrassé de mon esprit.
    - S’il n’y a que ça pour vous faire plaisir…
    - Je ne demande pas grand-chose, en eff…

    Le château tout entier fut secoué de fond en comble, comme si l’on cherchait en extirper les âmes tourmentées. Le vieux maître se cogna durement contre le mur adjacent au lit, puis fut instantanément éjecté dans l’autre sens, roulant par terre puis se cognant contre le mur opposé, et émit alors un râle de douleur. Cette fois-ci, les secousses se poursuivirent, privant von Nettesheim de toute possibilité de se relever.

    Ashur demeura fermement assis dans son fauteuil, toute sa formidable volonté concentrée sur la préservation de l’immense édifice. Il sentait la moindre voûte, la moindre colonne, la moindre tourelle se réduire en miettes, puis rester entière uniquement parce qu’il l’ordonnait. Les secousses ne cessant pas, il réalisa que si jamais il venait à relâcher sa concentration, le château tout entier s’effondrerait et les ensevelirait.  
    Il entendait au loin le tonnerre et les éclairs, et des mots si anciens que lui seul pouvait en deviner l’origine. Cette apparition, il l’avait déjà vécue quelque part, probablement. Un sorcier si puissant, remontant aux temps immémoriaux de Lahmia, la resplendissante Lahmia…
    - Maudit soit-il, j’avais à peine emménagé… - sa voix résonnait étrangement, entrecoupée par les inexorables secousses du tremblement de terre. – Maître Friedrich, vous êtes grotesque là où vous êtes.
    - Eh bien ! J’apprécierais ! Un coup de main ! Imbécile !
    Le vampire millénaire hurla de rire. Il en faillit perdre le contrôle de son pouvoir.
    - C’est vraiment vous, vieux mortel ! Je vous ai retrouvé tel que je vous ai rencontré en ce jour mémorable !
Ignorant les secousses comme s’il marchait sur un océan en tempête, Ashur traversa la chambre en quelques pas, et releva le nécromancien.
    - Cet endroit va s’effondrer. Je vous supprime maintenant, ou vous avez comme moi des affaires à régler ?
    Von Nettesheim n’était guère d’humeur à plaisanter. Il ne se remémorait de situation aussi particulière et douloureuse qu’un tremblement de terre. Que cela cesse, sur le champ.
    - Sortez-moi de là.
    Ils disparurent à nouveau.


***


     Je me rappelle de peu de choses, elles me déplaisent toutes. Oui, elles me déplaisent. Le monde parut alors en colère contre sa propre existence, il fut tellement secoué que j’en garde une trace, et frémis au moindre tremblement de terre. J’y survécus, alors qu’en tout autre lieu, j’aurais sans doute succombé. Parmi les étranges événements de mon existence, parmi les endroits qui défient la raison, il y eut cette taverne.
     Depuis que les années se sont écoulées, je peine à présent à m’assurer que tout a bien eu lieu comme je m’en souviens. Et pourtant, Templehof est en ruines, de même que Sternieste, Nagenhof, Vanhaldenschlosse. Vagravia est méconnaissable, traversée de part en part par une immense crevasse où au fond s’écoule de la magie noire. Parmi les forêts du comté, seuls quelques arbres morts sont miraculeusement restés debout, statues d’un temps ancien où la vie existait encore en ces lieux.
     J’ai perdu la trace de ces événements, les faits passés s’entrecroisent et se contredisent, et les certitudes ne sont que de faux-semblants de vérité. En tant que chroniqueur impartial, je ne peux que me référer aux faits présents, je suis encore là, j’écris ces lignes à la lumière d’un chandelier.
     La campagne d’Archaon fut un succès, comme attendu de la part de l’élu des dieux. Tant de braves furent piétinés sous les bottes des déments, tant de belles œuvres furent détruites à jamais. Les fondations millénaires de l’Empire, si érodées par le temps et les vices, s’affaissèrent face à la vague du chaos, et l’Empire sombra. Les provinces perdirent leurs frontières, les grandes villes s’effondrèrent, et les vainqueurs louèrent pendant longtemps les sombres dieux qui leur avaient offert la victoire. Bien sûr, la campagne s’essouffla alors, perdit son élan, et ce fut à peine si les Principautés Frontalières furent atteintes par les envahisseurs du Nord… Les Principautés n’eurent cependant guère un sort plus enviable que l’Empire. La WAAAGH ! Grimgor, historique concentration de tribus de peaux-vertes sous un seul commandement, balaya les petits seigneurs locaux, tel un ouragan, emprunta le Col du Feu Noir, et déferla dans la région que fut le Wissenland.
     Ils rirent sans doute à gorge déployée, les dieux sombres, lorsque leurs serviteurs maudirent ciel et terre en voyant la WAAAGH ! Grimgor déferler depuis les Montagnes du Bord du Monde. Si les vainqueurs pensaient que tout finissait avec la chute de l’Empire…
     En Sylvanie, le Grand Patron empêcha toute menace de marcher sur ses terres, qui contenaient désormais le vent de la Mort, Shyish. Peu nombreuses furent d’ailleurs les tribus qui essayèrent, tant la promesse de butin de cette contrée était mince… Pardi, la MORT incarnée les y attendait. Tiens, les huit cavaliers de Khorne qui me servent désormais, ils furent parmi ces idiots à franchir le Stir.
     Mais je m’éloigne des faits importants. Le Grand Patron n’est pas resté en Sylvanie, laissant la sauvegarde relativement aisée de la région aux vampires. Lui-même est soupçonné être reparti au-delà des Terres Arides, menant à présent une guerre sans fin aux rois défunts de Nehekhara. Force est de constater que jusqu’à présent, son combat a du s’enliser dans les sables du désert. A moins que… Mais partir dans des hypothèses m’éloignerait de ma fonction première.
     La WAAAGH ! Grimgor et l’armée d’Archaon ont certainement mené des combats des mois durant, mais un tel zèle conduit inéluctablement à l’affaiblissement des deux forces. Nul doute là-dessus, la WAAAGH ! finit par être exterminée, mais le plus gros de l’élite des forces chaotiques périt sous les kikoup’s. Une guerre bien inintéressante, si je puis dire, sinon que les dieux du chaos devaient être curieux d’en voir l’issue. Force est de constater que depuis, les quelques survivants de cette grande guerre ont des cheveux blancs et se comptent au nombre d’à peine quelques dizaines. Depuis, bien des choses semblent avoir changé, et pourtant…
     Les contrées de l’Empire se repeuplent alors que j’écris, colonisées de plus en plus par des estaliens, des tiléens, des bretonniens, des réfugiés impériaux qui avaient eu le temps, les moyens et la lâcheté de fuir… Ils sont nombreux à aller de plus en plus loin, défricher quelques forêts, où vivre à l’orée, craignant comme toujours les hommes-bêtes, qui refusent farouchement le retour de la civilisation en ces lieux.
     J’ai… cette insidieuse impression que l’Histoire se répète. Où sont les dieux du chaos alors que les forces qui les défient sont affaiblies, sinon détruites ? Où sont les démons, les horreurs, les démonettes ? Il me faudrait faire des hypothèses pour le comprendre, et déroger à ma fonction de chroniqueur. Toujours est-il que le chaos est en reflux, c’est visible, on peut le ressentir dans les vents de magie eux-mêmes.
     Je le pense, moi, que le chaos n’espère que de voir et de revoir les petites choses qui se meuvent sur la terre croitre, grandir, en force et en savoir, s’élever au-dessus d’eux-mêmes, puis sombrer à nouveau. Alors, là où il n’y a que peu d’êtres pour y croire, quelle serait la raison pour le chaos de se manifester ? Aucune, et il se manifeste quand-même, mais alors, personne ne le remarque… Quels êtres malfaisants. Nul doute qu’ils mettront les bâtons dans les roues au Grand Patron afin que jamais il n’accède au statut divin qu’il convoite tant. Nul doute qu’ils exultent en le voyant essayer encore et toujours. Quels êtres infâmes. Et pourtant, ils n’existent que pour ceux qui sont là pour les voir et les comprendre. Ils n’existent pas, ne se voient plus, dès que plus personne n’est là pour les voir.
     Ils attendent simplement, immortels car on croit qu’ils le sont, ils attendent un nouvel Empire, de nouveaux héros, de nouvelles légendes. Ils ont besoin de ça, de nous, de notre propre existence… Qui sait, tant qu’ils seront là, la Fin n’arrivera donc jamais, et tant que la Fin, notre fin, n’arrivera pas, ils seront là…



     « - Le sale petit vampire ! Il a tout trouvé !
    - Tuons-le. Ce sera toujours entretenant.
    - Mais non… Laissons-le se faire plaisir un peu… De toute façon, que va-t-il faire avec ce savoir ? Sauver le monde ?!
    *rires*
    - N’empêche que moi, je l’aime pas. Il ne tombe jamais malade et ne répand aucune maladie.
    - Quelque part, il répand le vampirisme…
    - C’est vrai que c’est comme une maladie. En fait je l’aime bien.
    - Il ne réfléchit pas à la guerre. Moi je ne l’aime pas.
    - Son existence est importante, ou pas. Efface-là, si tu en as tellement envie.
    - Je l’effacerai. Tôt ou tard, je l’effacerai.
    - Il y a le temps.
    - Plein de temps.
    - Juste le temps. »


***


    « ME SERS-TU ? »
    - Trop vieux pour ces bêtises. Cherche ailleurs.
    « ME SERS-TU ? »
    - Non.
    La dhar s’affola, quittant précipitamment les deux corps qui la contenaient, leur peau flétrissant et se desséchant instantanément. Lorsqu’ils sombrèrent, ils ne furent plus qu’amas d’os et de poussière, que le vent dispersa rapidement. Tout autour, les morts se levaient.

_________________
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Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Sam 12 Déc 2015 - 11:51, édité 1 fois
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 11 Déc 2015 - 17:41

Ah, Nagash est revenu je crois Very Happy A moins que ce ne soit moi ou Chuck Norris. Mais je pencherais pour la deuxième solution Tongue

Sinon, c'est toujours aussi bien respect
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 11 Déc 2015 - 17:51

une suite impressionnante. je ne saurais que dire lors de ce retour de Nagash, si ce n'est que j'espère ne pas avoir compris ce dernier paragraphe. Le dialogue entre le chaos est intéressant et montre avec brio ton point de vue sur le chaos. De même tu nous offres sur un plateau une brève vision du monde d'après.




TARATARITARATARITARATATATATATA!!!!

réunion immédiate du conseil de la fin des temps, nous risquons de ralentir la suite du récit si un accord n'est pas trouvé avant la fin de la COP21!

"Crom a toujours épaté chuck norris
il va bien plus loin quand il..."
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Vampire at war : les temps maudits
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