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 Vampire at war : les temps maudits

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Von Essen
Collecteur de Sang
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Date d'inscription : 22/12/2013

MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 18 Déc 2014 - 12:35

Chers lecteurs et lectrices, un doute me ronge depuis un moment : mes dialogues sont-ils encore adéquats ? Y en a-t-il trop, peut-être ? Je me dis qu'ils sont nécessaires pour la continuation logique de l'histoire, mais... J'ai un doute  Fou
Enfin, ma paranoïa mise à part, bonne lecture !  Happy  
   




     Il fallut peu d’efforts pour que Mina et Von Essen soulèvent le lourd cercueil de bois noir, et pas plus pour qu’ils le transportent à l’intérieur du castel, Moka menant la marche. Tous trois croyaient s’être rendu compte d’une chose : la disparition de celle qui les dominait tous, autant par force que par aînesse, avait engendré un vide. Tous trois se savaient parmi ceux qui obéissent, et non qui commandent ; or, pour la première fois, ils paraissaient livrés à eux-mêmes, désemparés, incapables de s’imaginer l’avenir, réceptifs seulement au moment présent, à une sorte de mouvement forcé que leur inspirait l’esprit du vampire résidant dans le cercueil.
     Ils passèrent en silence à travers de longs couloirs ténébreux, et, après une brève concertation, il fallut que l’ancien bourgmestre cède sa place à Moka, car il était celui qui connaissait parfaitement le castel. Il était également le seul qui ne se sentait pas à sa place, étant malgré lui parmi ces deux vampiresses frappées d’un grief qu’il ne partageait pas. Il tempêtait intérieurement contre soi-même, se sentant à la fois dégoûté par ce à quoi il prenait part, mais aussi incapable d’en décider autrement. Une sorte de soumission occulte le faisait continuer, ne lui permettant que de garder en soi son ressentiment profond, afin de le déverser plus tard sur quelque tierce victime.
     Leur chemin fut moins commode lorsqu’il fallut descendre leur fardeau par un escalier en colimaçon, sans aucune autre source de repérage que leur sixième sens et leur adresse pour ne pas trébucher dans le noir le plus complet. Après un temps qui leur parut affreusement long, le trio arriva finalement à une lourde porte renforcée de barres de métal rouillé. Von Essen retira le verrou, et l’affreux grincement qui s’ensuivit signifia que la voie était libre. Lorsqu’ils passèrent, leurs bruits de pas, jusque là nets et étouffés, émirent quelques sons d’éclaboussure et se répercutèrent en écho sur les murs humides du souterrain. L’ancien bourgmestre avança encore, jusqu’à se retrouver contre une paroi, signifiant qu’ils devaient tourner dans l’une ou l’autre direction. Toutefois, il n’en fit rien.
- Votre seigneurie ? – sa voix résonna tel un glas de clocher dans le silence pesant de la crypte grossière. – Nous sommes arrivés.
     Il ne voulait rien d’autre qu’en finir au plus vite, remonter l’escalier, planter ses crocs dans le cou d’une mortelle, satisfaire sa soif, oublier cette ambiance morne et oppressante.
     Ce fut comme si son employeur avait lu dans ses pensées.
     - Vraiment ? Dans ce cas là, Von Essen, tu es libre de quitter cet endroit et d’aller où bon te semble. Tu n’es plus mon serviteur, mais tes services ne seront pas oubliés lorsque je reviendrai.
     Pris de court, le vampire hésita quelques instants, cherchant encore s’il n’y aurait pas quelque raison obscure qui ferait que demeurer encore serait plus profitable. Confus car conscient d’être observé, il n’arriva à aucune conclusion plausible, et finit par tourner les talons et laisser les deux servantes derrière lui. Libre, il se sentit libre enfin, au-delà de leurs malheurs et surtout débarrassé de celle qui naguère avait si outrageusement décidé de ses actes à sa place. Il était son seul maître à présent, et comptait bien que cela dure longtemps.

     Un autre grincement puis un choc métallique indiquèrent que la porte du souterrain venait d’être refermée. Plusieurs gouttes d’eau se détachèrent du plafond et s’écrasèrent dans les petites flaques qui parsemaient le sol. Mina et Moka tenaient toujours le cercueil, n’osant esquisser le moindre geste. Une fois encore, leur étrange interlocuteur parut comprendre ce qu’on attendait de lui.
     - Déposez le cercueil contre le mur, correctement. – prononça-t-il platement.
     Lorsque cela fut fait, il reprit aussitôt :
     - Que voulez-vous savoir ? Si ce n’est rien, vous devez quitter cet endroit.
     Mina se sentait toujours dépendante de son amie, toujours plus prompte à réagir qu’elle. Toutefois, les dernières paroles du seigneur vampire l’intriguèrent.
     - Et pourquoi devrions-nous quitter cet endroit ? – glissa-t-elle.
     - Parce que bientôt, il ne restera plus une seule goutte de sang dans le castel, - fit la voix en ricanant. – Outre le sinistre gredin dont je viens de nous débarrasser, il y a quatre chevaliers qui n’ont eux non plus pas reçu leur dû depuis plusieurs jours. Sachez-le : bientôt seuls les plus forts et les plus rusés pourront survivre en Sylvanie. Le comte Mannfred compte bien être parmi ceux-là, et éliminer les plus faibles.
     - Où est notre maîtresse ? – demanda soudain Moka, ferme et résolue. – Vous m’aviez promis de me le dire.
     - Vous tirez admirablement parti de ma faiblesse actuelle, mademoiselle, - répondit la voix, faussement admirative. – Êtes-vous à ce point déterminée à connaître ce qui peut arriver de pire que la mort ?
     - Je le suis. Répondez !
     - Delphine d’Essen continuera d’exister, mais ne sera plus jamais elle-même, sans espoir de guérison, sous une forme qu’il est impossible d’imaginer, à part pour ceux qui en ont vu de leurs propres yeux.
     Terrifiée par ce qu’elle venait d’entendre, Moka laissa passer quelques s’instants, rythmés par la chute des gouttes provenant du plafond.
     - Vous ne m’avez pas répondu. Où est-elle ?!
     - Vous êtes exaspérante, mademoiselle…
     - Vous aussi !
     - Silence ! Et écoutez-moi ! Ceux qui tombent sous l’emprise de ceux qui règnent sur les folies des mortels ne reviennent en ce monde que sur la volonté de leurs nouveaux maîtres, à jamais transfigurés !
     La colère de la vampiresse montait aussi rapidement que celle de l’esprit auquel elle parlait.
     - Cessez de parler en énigmes !
     - Votre maîtresse est perdue, pauvre idiote ! Elle ne meurt pas, mais disparaît à jamais de ce monde, pour n’y revenir qu’au moment et à l’endroit où en décideront les Puissances de la Destruction !
     - Je ne peux accepter pareille réponse !
     - C’est la seule réponse, ô malheureuse. Tu comprends à présent pourquoi toute cette conversation a été vaine depuis sa source, et j’aurais préféré vous épargner cette vérité.
     Moka se sentait piégée, poussée dans ses derniers retranchements, privée de tout appui ; elle essaya les derniers moyens qui lui restaient pour en tirer quelque chose.
     - Comment savez-vous tout cela ? Comment dois-je croire que ce que vous dites est vrai ?
Un court silence s’ensuivit, comme si la voix pondérait ce qu’elle devait lui répondre. Enfin, elle reprit, lentement :
     - Moi, j’en fis ma propre expérience… Savez-vous, mademoiselle, ce que c’est qu’errer pendant des siècles dans leur royaume ? Moi, je le sais. Moi, j’ai subi ce que doit à présent subir votre maîtresse. Moi, je n’en suis sorti que quand j’ai accepté leurs pouvoirs, mais aussi, quand le moment viendrait de les servir. Votre maîtresse, Delphine d’Essen, sera peut-être soumise à la même torture.
     - Peut-être ?!
     - Rien n’est certain dans le royaume de la Corruption.
     - Comment en êtes-vous revenu ?
     - Sotte ! J’ai été relâché selon leur bon vouloir !
     - Comment la retrouver ?
     - Misérable femme écervelée. Je ne le répéterai qu’une fois : cela est impossible. Si tel est leur caprice, elle apparaîtra devant nous sur le champ, indemne ! Si tel est leur souhait, vous pourrez remuer ciel et terre, plonger au plus profond des océans, chercher même dans le royaume des morts, mais vous ne la trouverez pas.
     Le mince filament d’espoir auquel se raccrochait la vampiresse lui sembla se rompre tout d’un coup. Elle sentait que malgré elle, elle croyait aux propos accablants du seigneur déchu.
     - Abandonnez l’idée de retrouver votre maîtresse un jour, et occupez-vous plutôt de votre propre survie, – dit-il comme pour confirmer son angoisse. – Nous autres, créatures immortelles, sont haïes par les vivants et par nos pairs, aussi la survie est ce qu’il faut toujours garder à l’esprit. Maintenant, si vous n’avez plus rien à me demander, partez.  


     Le vampire millénaire dut attendre la réponse de la servante. A mesure que le temps s’écoulait, pareil à l’incessant bruit des gouttes, son attente devint peu à peu teintée d’interrogation, car Moka ne proférait mot, et l’obscurité interdisait de pouvoir deviner quelque changement d’attitude sur ses traits. Que pouvait-il encore la retenir, elle et son « amie », alors qu’il était allé à de telles extrémités, jusqu’à leur révéler brièvement une part affligeante de sa propre existence !
     - Allez-vous enfin partir ?
     Sa voix essayait de dissimuler son irritation ; il se maudissait de se retrouver ainsi impuissant, obligé d’implorer, mais rien ne lui permettait de faire autrement ; il attendit encore.
Après de longs instants qui lui parurent insoutenables, la vampiresse répliqua enfin :
     - Vous… savez où se trouve leur royaume ?
     Ashur ne rit point, malgré le ridicule, la folie de ce que cette question sous-entendait. Non, il n’y retournerait pas. Non, il ne répondrait pas à cette question. Tout ce qu’il voulait encore, c’est oublier et se régénérer, et le souvenir forcé des Désolations du Chaos était lui-même douloureux, telle la vue d’un fer chauffé au rouge que l’on approche du visage du supplicié. La question de la servante eut pour seule réponse le silence.

     Elle attendit quelque temps, toujours secondée par son amie qui ne cessait de se demander où Moka voulait-elle en venir. Cette dernière finit par s’impatienter, mais son intonation fut étrangement différente de celle qu’elle avait au début : l’autorité y était imprégnée comme une chose désormais acquise et irréfutable.
     - Si vous ne me répondez pas, je vous jure que j’exercerai tout mon pouvoir pour réduire votre corps en poussière ! OBEISSEZ !

     Mina fit un pas arrière, frappée par l’écho de sa voix dans le souterrain. Ashur voulut que cette folle meure sur le champ, mais dut se rendre compte une fois de plus de la précarité extrême de l’état où il était. Son corps, après son esprit, après son pouvoir, était la chose qu’il chérissait le plus au monde, et cette vicieuse créature semblait s’en être rendu compte. Le constat accablant s’imposa de lui-même : il ne la connaissait pas, ne l’avait jamais considérée comme autre chose qu’un soutien confortable à sa bien-aimée, et l’avait donc grandement sous-estimée. Maintenant que sa maîtresse était disparue, son potentiel naguère laissé dans l’ombre paraissait surgir tout d’un coup. A présent, elle prenait manifestement l’ascendant sur la situation…
     - Où, par le sang, auriez-vous appris à parler de la sorte, mademoiselle ? – dit-il, faussement aimable.
     - Mina, ouvre ce cercueil, s’il te plait.
     Son amie sourit, hocha la tête, et se rapprocha à tâtons, retrouvant rapidement le couvercle.
     - CAT… Suffit ! Maudite ! Laisse ce qui m’appartient en paix ! Même si je connais les environs de l’endroit que vous me demandez, je ne saurais vous y conduire, car cela mènera à notre perte à nous tous !
     - Nous autres, créatures immortelles, - reprit-elle subitement sur le ton du vampire millénaire, - nous ne tolérons pas qu’il nous soit fait trop de tort par quiconque. Si rien ne vient me tromper, nous venons de perdre et notre maîtresse, et sa fille, à cause de vous. Je vous ferai expier votre faute jusqu’au bout en vous rendant utile à ce qu’il convient que nous fassions à présent, n’est-ce pas, Mina ?
     - La vengeance… Non, tu veux que l’on aille les retrouver, et qu’on les ramène parmi nous, j’ai bien compris ?
     - C’est ça, oui. Et le seigneur Ashur devra venir avec nous, pour nous montrer le chemin.

     Il entendait, et comprenait, et ne pouvait décider s’il abhorrait leur folle proposition, ou bien s’il la soutenait pleinement. L’audace et l’impossibilité d’accomplissement d’une pareille entreprise révulsaient ce qui lui restait de bon sens et ravivaient ses souvenirs les plus horribles. Un monde où tout est fait pour que toute chose extérieure y dépérisse, ou en devienne une partie intégrante. Un monde qui fait rire et pleurer d’épouvante, qui insuffle une rage meurtrière alors qu’il n’y a rien à tuer, qui plonge dans l’ennui, dans le sommeil et dans l’extase, qui laisse n’importe qui dans une sorte d’état improbable, une semi-naissance, un semi-suicide, un supplice sans en être un. L’horreur. La mort. Il ne voulait pas. Il n’y retournerait pas. Jamais. Même si l’on menaçait de détruire son corps, même si l’on menaçait de le détruire tout entier.
     Et pourtant, pourtant cela lui rappelait ses propres folies, ses propres entreprises impossibles, une sorte d’abandon à la jouissance de transcender le terme-même du mot « exploit ». Il était Ashur, il était devenu vampire, de la lignée de Vashanesh, celui qui inspirait la crainte et le respect non pas seulement par ce qu’il faisait, mais par ce qu’il se croyait capable de faire. Cette assurance innée, cette arrogance viscérale, ce dédain absolu envers l’adversité, quelle qu’elle soit ! En vérité, seule la conscience de ce qui attendait les insensés qui s’aventuraient par-delà les limites septentrionales le retenait d’applaudir à la légèreté avec laquelle les servantes traitaient une guerre contre les dieux du Chaos.

     Puis, il se rendit compte que ces dames se mirent de nouveau à déplacer son cercueil.
     - Dois-je prendre ça comme un enlèvement ?
     Elles en rirent franchement, et cet éclat résonna étrangement dans ce même escalier qui les avait vues passer dans le silence le plus atterré. Le bruit des gouttes s’estompa de plus en plus, jusqu’à n’être plus qu’un souvenir. Lorsqu’elles arrivèrent enfin au bout des marches, une issue les conduisit vers une vaste allée, qu’elles reconnurent cette fois-ci comme étant celle qui relie la grande salle des festins au balcon du castel.
     Soudain, une forte odeur de sang chaud vint frapper leurs narines. L’effet fut foudroyant, enivrant ; leur poigne se relâcha immédiatement, laissant tomber le cercueil qui s’écrasa au sol avec grand fracas, qui les ramena à la réalité.
     Leurs sens leur indiquèrent immédiatement que les quatre chevaliers de sang étaient toujours réunis au même endroit, immobiles. A l’endroit, en revanche, où battaient harmonieusement vingt-six cœurs humains, un autre vampire se tenait, et un cœur s’éteignit tout d’un coup.
     Cependant, les servantes furent malgré elles interrompues dans leurs observations par la voix du vampire millénaire :
     - Ah, il est en train d’assouvir sa soif, comme c’est appréciable. Je ressens la même envie en vous, mesdemoiselles, elle est impossible à réprimer éternellement. Avant que vous ne me laissiez ici à me morfondre, j’aimerais vous entretenir de quelques détails sur ce que vous projetez de faire.
     Il n’aurait pu choisir de pire moment ; ce fut à peine si les vampiresses l’entendirent. Saisissant enfin le sens de ses mots, Moka y décela quelque chose de malveillant, et désira tout d’abord l’ignorer, et courir se sustenter enfin. Elle voyait que Mina, comme elle, n’y tenait plus. Toutefois, les propos du seigneur déchu piquèrent sa curiosité.
     - Mina ! Va, nourris-toi, et empêche l’ancien mortel d’abuser de sa situation ! – dit-elle en un seul souffle.
     Son amie courut ; dans l’obscurité, une faible lueur carmin dans ses yeux trahissait son impatience. Seule en présence du cercueil, Moka attendit, irritée. Ashur ne la fit point patienter.

     - Bien, maintenant que nous avons bien ri, vous devez me faire croire que vous comprenez l’immensité de ce que vous pensez accomplir, avec le peu de moyens dont vous disposez. Vous et votre amie savez survivre parmi les humains, vous nourrir sans attirer l’attention, sans tuer la victime, sans même que la victime sache qu’elle ne le fut… Seriez-vous prête à me dire que cela suffira pour combattre le CHAOS ?!
     Moka se tenait toujours immobile, mais chaque fibre de son corps tremblait, alors que son esprit était toujours tourmenté par l’odeur de sang frais, et ses canines commençaient à la lancer.
     - Votre soif doit être satisfaite environ toutes les deux nouvelles lunes. C’est honorable, mais il n’y a pas de sang là où vous allez. Vous deviendrez folle avant même d’avoir pénétré leur royaume. Et de quoi disposez-vous pour ce faire ? Répondez-moi !
     Elle ne pouvait que grincer des dents et s’obliger à demeurer sur place, maudissant le sadisme du seigneur déchu ; elle ne doutait pas qu’il était consciemment en train de la retenir.
     - Objectivement, votre amie, Mina, est votre seul appui fiable. Votre vieux maître favori, pensez-vous qu’il vous rejoindra sans protestations ? Il ne sait même pas encore le trépas de votre maîtresse ! Comment allez-vous le lui apporter ? Comment allez-vous le convaincre que ce que vous voulez faire ait la plus infime chance de succès ?
     Le vampire millénaire fit une seconde pause. Après l’avoir ainsi traité en inférieur, cette insolente méritait bien qu’il lui rappelle que toutes ses fantaisies de sauvetage et de guerre ne valaient rien face à la réalité de leur condition, et face à leur malédiction. Il se délectait de la voir souffrir, tout en ressentant un léger dépit pour avoir recours à une vengeance aussi mesquine. Toutefois, si cette créature se prétendait capable de prendra la place des grands immortels, il faudrait bien qu’elle se montre apte à dominer les moindres vices et abus de conduite de ses serviteurs…
     - Von Essen, peut-être, vous rejoindra dans votre quête ? Ridicule. C’est un lâche et un traitre, il ne pourra que ruiner votre entreprise, et ce après que vous l’ayez obligé de vous suivre de force, car jamais il n’ira affronter l’impossible de son propre gré. Tout ce qu’il sait pour le moment, c’est qu’il est supérieur aux mortels, et ne souhaite rien savoir d’autre. Vous ne pouvez pas compter sur lui.
     Tous deux ressentirent qu’un autre cœur cessa de battre. Curieusement, les autres continuaient de battre normalement, comme si la mort de deux des leurs ne les avait pas atteints, ou demeurait ignorée.
     - Enfin, comptez-vous employer la force, ou la discrétion ? La première, vous n’en aurez jamais assez. Voyez avec quelle difficulté ce château vous a été acquis, et pensez que là-bas, cent armées comme celle que nous avions ne suffiront jamais ne serait-ce qu’à se frayer un passage jusqu’à leur royaume. Alors même que nous parlons, j’entends un appel, faible encore, mais qui gagnera en puissance avec le temps : les dieux appellent leurs serviteurs à se réunir au Nord. Je ne doute pas que nombreux sont ceux qui ont déjà répondu, et leur nombre ne cessera de croitre, car les mortels sont faibles… Pensez-vous être capable d’affronter le monde entier réuni sous la bannière de la Corruption ?
     - Qu’en est-il… de la seconde..? – prononça Moka, dont la voix montrait son extrême angoisse, et les efforts qu’elle mettait pour la réprimer.
     - Vous devez vous-même vous en douter, mademoiselle. Là-bas, la terre et les airs leurs appartiennent, et rien ne passe jamais inaperçu. A moins que votre vue ne les amuse, vous pourrez être exterminée, écrasée sans le moindre effort, ou suppliciée à petit feu.
     Moka tourna lentement son regard vers le cercueil, glaciale.  
     - Je vois… Comme vous ne m’êtes d’aucune utilité dans ce cas, je ne vois pas ce qui me retiendrait d’anéantir votre corps sur le champ.
     - Ha… Vous ne perdez donc jamais vos moyens, maudite. Cela me plaît, vous savez ? Cela me plaisait également chez votre maîtresse.
     - Vous m’avez rendue en colère. La flatterie ne marchera pas pour vous faire pardonner. Êtes-vous donc aussi couard que Von Essen, pour me dissuader ainsi de mes intentions ?
     - Non. Votre détermination est envoûtante, et fait honneur à votre lignée. Mais ce que vous pensez faire, avec votre autorité si récemment acquise, est absurde. J’ignore comment vous comptez vous y prendre, mais je suis impatient d’en être le témoin. Convainquez moi que vos paroles n’étaient pas vaines et sans conséquences véritables.
     
- Je… n’en sais rien. Vous verrez. Après.

     Elle laissa le cercueil dans le grand couloir. Son unique pensée était de se sustenter, puis elle ne savait plus. Jamais elle ne voudrait s’avouer que les paroles du seigneur déchu avaient ébranlé ses intentions, pire : elles avaient révélé leur vraie nature. Dès l’instant où la suprématie sembla être naturellement venue à elle, elle cessa peu à peu de regretter la mort de sa maîtresse, et son envie de la sauver lui paraissait de plus en plus comme l’ultime et éphémère démonstration de sa fidélité. Même quelque chose d’aussi impalpable que la flatterie et la reconnaissance du seigneur déchu ne l’avaient pas laissée indifférente. Maintenant que sa maîtresse avait disparu, c’était son tour de régner, de se faire apprécier, de se faire obéir…
     Soudain, ses sens lui indiquèrent que Mina se rapprochait d’elle. Moka s’arrêta auprès d’un escalier en colimaçon ; son amie finit par le remonter.
     - Moka ! Je suis désolée ! Je n’aurais peut-être pas du, mais quand j’ai raconté à Von Essen ce que nous allions faire, il a sauté par la fenêtre, et il s’est enfui !  



_________________
L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Mer 20 Mai 2015 - 13:57, édité 2 fois
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 2 Jan 2015 - 19:07

Bonne année tout le monde ! Voici le début de la soixante-sixième partie des Temps MAUUUUDITS !

Avis personnel : la Fin des Temps est vraiment un sujet épineux à traiter, mais une fois relevé, le défi n'en devient que plus glorieux Cool  



66e partie.

     Von Essen atterrit lestement sur les pavés humides de la cour, le menton dégoulinant d’un liquide chaud et épais. Il l’essuya brièvement d’un revers de main, puis se mit à courir à toute vitesse vers les écuries. En un clin d’œil, il traversa le sombre seuil encadré de toiles d’araignées, et se retrouva près de ce qui qu’il cherchait : les montures caparaçonnées des chevaliers de sang. Il enfourcha immédiatement le plus proche ; puisant dans la puissance qu’il sentait en lui, il en infusa les membres du destrier mort-vivant, subordonnant le moindre de ses mouvements à sa volonté. Un seul ordre survint : galoper hors du castel maudit.
     Il sortit en trombe des écuries, les sabots de sa monture crissant sur les pierres dans des gerbes d’étincelles : celle-ci s’élança tel un ouragan, et porta l’ancien bourgmestre à travers le seuil de la muraille extérieure, sur le large chemin boueux, puis au-delà, vers le nord. Dans l’esprit du vampire, tout était captivé entre ses perceptions extérieures et sa soif récemment assouvie : le sang chaud avait si bon goût ! Enivrant ! Envoûtant ! Revigorant ! Dès qu’on lui voulut parler d’autre chose, dès qu’on voulut lui imposer une autre volonté que la sienne, il décida alors qu’il ne supporterait plus jamais que l’on se moque de lui de la sorte, que l’on se place au-dessus de lui, qu’il existe quelqu’un d’autre que lui auprès de lui. Il voulait être seul avec soi-même, goûter finalement à ses pouvoirs pleinement acquis, imposer sa supériorité sur quiconque oserait le défier ! Sa chevauchée endiablée s’annonça alors pour lui comme un magnifique début : la lande funeste s’étendait devant lui, sombre et agitée par le vent, chaque instant l’éloignant un peu plus du château désormais tant haï, tant insupportable à sa vue que jamais l’ancien bourgmestre ne voulut se retourner. Au loin devant lui se trouvait le Stir, il le traverserait et retournerait à Essen, redeviendrait bourgmestre, non, seigneur de la ville, aurait chaque homme soumis, chaque femme à disposition pour se nourrir, chaque enfant comme réserve pour l’avenir ; Von Essen se délectait de ses pensées, il ne voyait aucun obstacle sur sa route, aucune entrave, rien qui l’empêcherait d’accéder enfin à la gloire à laquelle il aspirait tant.
     Il galopa des heures durant, son humeur tiédissant peu à peu, l’exaltation se transformant progressivement en légère euphorie. Celle-ci céda rapidement au ressentiment que l’exaltation n’était plus, et au final, plus que la sinistre détermination demeura. Il suivait le cours d’un affluent du Stir, et savait que sa destination se rapprochait. Les herbes mortes à perte de vue laissèrent subitement place à une noire forêt d’arbres aux branches nues et desséchées. Le chemin du vampire suivait une mince bande de terre qui séparait le cours d’eau du bois sombre.
     Ses sens furent immédiatement alertés par la présence de nombreuses autres créatures au plus profond de la sylve ; elles se rapprochaient de lui rapidement. Quelques instants plus tard, il entendit leur bruit de course effrénée à travers les sous-bois, mélange de feuilles mortes dérangées et de branches sèches brisées. Sans ralentir son allure, le vampire pivota légèrement la tête vers sa gauche : il les vit alors, des ombres énormes, faisant quasiment la taille de sa monture, se mouvant lestement à son encontre ; des loups funestes.  
     Von Essen jura, se croyant plus ennuyé qu’autre chose. Son destrier remuait frénétiquement ses sabots sans jamais se fatiguer, mais il semblait en être de même pour ses poursuivants : même dans la mort, les créatures avaient gardé leurs instincts de prédateur et leur ténacité lorsqu’elles chassaient leur proie. Leurs yeux noirs émettaient une faible lueur, signe que leurs carcasses n’étaient plus animées par leurs muscles et leur sang.
     Ils le rattrapaient. L’ancien bourgmestre ne prit pas la peine de compter leur nombre, mais se prépara à méthodiquement repousser l’assaut, prenant la bride dans une main, préparant l’autre pour briser le crâne du premier qui oserait bondir sur lui. Les ombres le suivaient à droite comme à gauche, mais il n’en avait cure. Pour endommager sa monture, il faudrait au moins la priver d’un membre, ce que le caparaçon rendait difficile. Quant à lui, il portait encore une armure faite de lourdes plaques de métal. Pour le reste, sa peau était bien plus résistante que celle d’un simple humain…
     Le premier loup bondit, visant le cou du destrier, mais fut brisé net dans son élan par le poing meurtrier du vampire ; celui-ci dut immédiatement changer de main sur la bride afin de déjouer une seconde tentative d’assaut. La cavalcade ne ralentit point, chasseur comme chassé étant pareillement d’infatigables morts-vivants ; les autres loups passèrent à l’attaque sans tarder.
     En écrasant la tête de l’un, Von Essen sentit à l’instant qu’il devait s’écarter, puis refermer ses propres crocs sur le loup qui venait de bondir pour le désarçonner. Dégoûté, le vampire le rejeta sur ses congénères l’instant d’après. Las d’user du poing, il dégaina une courte dague qu’il gardait toujours au dos de sa ceinture ; il y eut des pattes et des têtes tranchées.
     Les créatures demeuraient imperturbables, et l’ancien bourgmestre réalisait qu’un mortel aurait à sa place depuis longtemps été submergé par le nombre des poursuivants. Il cracha une fois de plus sur la faiblesse de la race à laquelle il avait jadis appartenu, et poursuivit ses efforts. L’odeur de décomposition qui émanait des loups cadavériques ne l’inquiétait guère, tout comme leur apparence hideuse qu’il n’avait aucun mal à discerner malgré l’obscurité : c’était son pain quotidien, sa condition habituelle, son lieu d’aisance. Toutefois, les loups sylvaniens n’étaient pour lui d’aucune utilité, et il n’éprouvait autre chose que de l’ennui face à l’entêtement surnaturel des créatures à essayer de l’abattre.
     Quelque chose, toutefois, captiva subitement son attention : le bruit de l’eau auquel il s’était habitué changeait de plus en plus… Le Stir ! Il avait donc fini par y arriver ! Nul doute que les loups ne le suivraient pas dans les eaux tumultueuses du courant… Ragaillardi, il regarda devant lui lors d’un instant de répit : comme il l’espérait, les pâles reflets des eaux n’étaient plus qu’à quelques centaines de pas. Une pointe de dépit surgit toutefois lorsqu’il comprit que les gués d’Essen ne se trouvaient pas là où il espérait les trouver. Ce fut avec hargne qu’il planta sa dague dans la poitrine du énième prédateur qui l’assaillait, espérant que le courant ne serait pas assez fort pour entraver une traversée à la nage. Plus qu’environ trois-cents pas. Deux-cents. Cent pas. Le vampire se prépara à faire bondir sa monture afin de distancer immédiatement ses poursuivants. Là, il…
     Von Essen sentit un choc devant lui, puis une lumière intense l’aveugla ; un « CRAC » sonore indiqua que quelque chose venait de se briser, et le vampire fut éjecté de sa monture vers l’avant. Avant de s’en rendre compte, il fut lui-même stoppé net dans le vide, aveuglé une seconde fois par une lumière dorée. Au même moment, il sentit une abominable brulure à l’endroit précis où la peau de son visage eut entré en contact avec quelque chose d’invisible.
     L’ancien bourgmestre poussa un hurlement de douleur, manquant de s’écraser de tout son long sur la carcasse de sa monture soudain immobile ; il se tenait juste devant les eaux, entendait distinctement le bourdonnement sourd du courant, voyait les pâles lueurs du courant refléter la lune. Il n’eut pas le temps de voir plus, immédiatement contraint de se défendre face aux quelques loups survivants. Sa fureur ne leur laissa aucune chance, et seul l’habit du vampire garda quelques déchirures sur les manches.

     Enfin en paix, le vampire se retourna, et pointa sa dague droit devant. Il fit un pas, et le regretta aussitôt : ses yeux furent une troisième fois martyrisés par l’aveuglante lumière dorée, et une force inexplicable repoussa sa lame avec une telle force qu’il la relâcha ; les échos d’un craquement sonore résonnèrent encore quelques instants à ses oreilles, submergeant tous les autres bruits environnants.
     Après avoir retrouvé sa dague dans les herbes du rivage, Von Essen prit le soin d’inspecter son destrier mort-vivant : son cou avait été brisé par le choc, et le tissu frontal sur sa tête avait brûlé au contact de la maudite lumière. De plus en plus irrité, l’ancien bourgmestre exerça son pouvoir pour ressouder les vertèbres brisées de la monture, et l’infusa à nouveau de puissance impie. Il estima ensuite qu’il serait plus prudent que la bête reste à une distance raisonnable de la lumière.
     Enfin satisfait, il amorça une méticuleuse inspection du mystérieux phénomène, à la fois furieux et intrigué. Sa dague lui fut une fois encore d’une grande utilité : le vampire longeait le courant vers le nord-ouest, vérifiant tous les dix pas par la pointe de sa lame si la traversée lui était toujours interdite par un artifice lumineux. Son mécontentement grandit en même temps que son incompréhension : c’était comme s’il s’agissait d’une barrière qui interdisait de franchir le fleuve. Lorsqu’il fut importuné par une demi-douzaine de paysans vêtus de guenilles et manifestement dégénérés en goules, il les plia sans pitié à sa volonté, et les utilisa comme cobayes lors de ses tentatives de mieux comprendre la nature de la barrière. Grande fut sa consternation lorsqu’il constata que la lumière tuait ses esclaves au premier contact, prouvant une fois de plus à quel point les mortels étaient inférieurs à la race des vampires.
     Trouvant qu’il s’était trop éloigné de son point de départ, l’ancien bourgmestre fit demi-tour, gardant toujours un regard méfiant en direction de l’impénétrable obscurité de la forêt qu’il était en train de longer. Des loups funestes, des goules… Il en gardait des frissons de dégoût. Les arbres eux-mêmes semblaient dégager une sorte d’hostilité aveugle envers toute créature passant aux environs. Von Essen s’imagina avec un émerveillement mêlé de crainte ce que les mortels pouvaient bien éprouver s’ils s’aventuraient à l’intérieur. Sa rêverie persistait toutefois à être dérangée par la permanence d’une seule pensée : que diable pouvait être cette barrière !
     Arrivé de nouveau à l’endroit où l’affluent qu’il avait suivi rejoignait le Stir, le vampire chassa sa rêverie pour essayer de mieux réfléchir à ce qui était sans conteste un obstacle sur sa route vers la gloire. Tout d’abord, il lui fut aisé de s’imaginer que personne en Sylvanie ne disposait de pouvoirs suffisants pour ériger une pareille barrière tout le long d’un fleuve. L’ancien bourgmestre regarda un instant l’affluent mêler ses eaux à celles du grand fleuve, songeant s’il serait sage d’essayer cette voie. Sa prudence lui intima de ne pas s’y tenter, et il jura, mécontent d’avoir si vite gaspillé tous ses cobayes.
     Il dut se forcer à sortir de nouveau de sa rêverie. Qui aurait bien pu ériger une pareille barrière, et surtout pourquoi ? Pour empêcher quiconque d’en sortir. Des morts-vivants, comme lui, ou d’autres créatures damnées, comme ces malheureux qui avaient si brièvement servi sa cause. Qui voudrait empêcher les morts de quitter la Sylvanie ? Les mortels qui vivent au-delà ? Faisant appel à sa mémoire d’une autre vie, Von Essen se demanda si quelqu’un parmi les humains pouvait être capable de tels prodiges. Aucune personne ne lui vint à l’esprit, et il se surprit de nouveau dans une impasse. Ennuyé, il se mit à marcher tantôt dans une direction, tantôt dans l’autre, ruminant vainement un moyen de vaincre l’étrange rempart de lumière dorée.

     Aucun moyen auquel l’ancien bourgmestre songea et mit en pratique ne lui permit de passer outre la maudite barrière. Il rejeta l’idée de la longer dans l’espoir d’y trouver une quelconque ouverture : son créateur devait certainement l’avoir érigée de manière à ce qu’elle soit infaillible. D’autre part, le vampire voyait son chemin à droite barré par l’affluent du Stir, et quant au chemin de gauche – son instinct lui disait que quelque chose de plus dangereux que des goules pouvait rôder dans le bois sombre.
     Lorsqu’il décida de rebrousser chemin, à regret, la nuit était déjà bien avancée, et l’obscurité était telle que Von Essen dut se fier plus à son ouïe qu’à sa vue surnaturelle. Prenant garde à ne pas trop se rapprocher du clapotis du courant, il enfourcha sa monture et entama une lente avancée vers le sud, pensif.
     Les lunes jumelles ne se montraient pas. Un pas après l’autre, l’ancien bourgmestre faisait avancer son destrier mort-vivant dans ce qui lui paraissait ressembler à un long tunnel sans fin. De temps à autre, le bruit du courant était varié par des cris lancinants provenant de la forêt, et Von Essen ne pouvait trancher s’ils appartenaient à un humain ou à une bête sauvage.


***Pour la lecture qui suit, vous pouvez allumer cette musique.***




     Constamment plongé dans le noir, le castel Templehof ressemblait de loin à un sombre rocher aux pointes acérées. Plus aucune lumière n’émanait des fenêtres, laissant croire à quiconque qui en approchait le regard que l’édifice était laissé à l’abandon, comme nombre d’autres anciennes ruines du comté maudit. Il n’eut toutefois personne dans la lande environnante pour venir inspecter les lieux : le village de Templehof était devenu désert, encore plus délabré que lorsqu’il était habité, plus qu’un inutile assemblage de pierre, de planches et de chaume dont personne n’avait besoin. Le chemin qui le traversait présentait une épaisse couche de boue visqueuse, et celle-ci finissait par pénétrer les maisons, se mélanger à la pluie et à la poussière, rendant chaque recoin des maisons incolore et empestant la terre humide et le moisi. Plus personne n’était là pour le sentir, plus personne n’était là pour s’en soucier : il y avait parfois un cadavre étendu dans la boue, s’y mélangeant, sinistre témoignage de ce qu’il était advenu de la plupart des villageois au cours des longs mois qui ont vu la Sylvanie se faire priver de la lumière du jour.
     Un peu plus loin, cinq maisons plus imposantes disposaient d’une structure plus solide et d’un parvis qui empêchait la boue de ruisseler à l’intérieur. Elles aussi étaient vides, tout comme les étables, les poulaillers, les écuries. Le vent soufflait librement à travers les volets entrebâillés, faisant rentrer la pluie dans les chambres jadis un peu plus salubres que les masures des paysans. La mort, toutefois, n’avait pas fait de distinction entre les familles nobles de Templehof, et les crasseux du village : tous avaient eu faim, tous avaient été malades, tous ont trouvé porte close au castel, et les plus désespérés qui osèrent franchir les murailles n’en furent jamais revenus. Livrés à eux-mêmes comme cela fut bien souvent, les villageois se livrèrent aux pratiques les plus morbides pour survivre, commençant par la mise à sac collective des maisons des nobles, sans ménagements pour les anciens favoris de la comtesse Emmanuelle. Le sang versé n’émouvait personne parmi les gens du cru.
     Le vol et l’extorsion furent des reflexes quasi-naturels, mais insuffisants, car la nourriture disparaissait avec une rapidité déconcertante. Les survivants se tournèrent vers « le porc sucré », nom commode par lequel ils désignaient la chair humaine. Dans une sorte de folie animale, les plus faibles furent ceux qui moururent pour nourrir les plus forts, et ceux-là se retrouvèrent peu à peu dans le besoin de quitter le village afin de trouver pitance ailleurs, n’hésitant pas toutefois à planter leurs dents pourrissantes dans des cadavres que certains eurent l’ingéniosité de déterrer de la fosse commune. Au final, moins humains que jamais, la poignée de survivants du village de Templehof s’en alla sans savoir où, guidés uniquement par une faim insatiable, et s’appuyant de plus en plus sur leur odorat pour pister les proies comestibles, et les charognes incomestibles.

     Les occupants du castel prêtaient peu d’attention à cette déchéance, se sachant par ailleurs incapables d’y changer quoi que ce soit. Quelques longues semaines s’étaient écoulées depuis l’escapade de Von Essen, et à ce moment, personne ne montra d’inquiétude quant à ce qu’il avait découvert à la frontière du comté. Frappé d’un grief qu’il avait lui-même peur de mesurer, la maître Friedrich avait mis de longues heures à interroger les servantes sur ce qui s’était exactement passé après que la dame d’Essen l’avait envoyé au repos. Celles-ci finirent par obliger Ashur à se révéler au nécromancien, et ce dernier confirma alors de mauvaise grâce la fatale destinée qu’eut choisie sa bien-aimée. Von Nettesheim eut alors minutieusement inspecté la cour, guidé par l’espoir, mais ne trouva rien qui eût pu entretenir cet espoir, et, ne comprenant toujours pas, se résigna.
     Les chevaliers de sang eurent alors terminé leur prière, et avant de quitter le castel, ils égorgèrent un des serviteurs de la maisonnée, et partagèrent un calice de son sang encore chaud dans une sorte de rituel solennel. Personne ne retint leur départ : le vieux maître ne voyait presque plus rien autour de lui, Von Essen n’y vit que plus de sang pour sa propre survie, et Ashur eut décidé qu’il n’en avait cure. Moka, grinçant des dents, n’osa pas se mettre en travers de leur chemin sans le soutien du vampire millénaire. Les quatre vampires s’en furent ainsi, emportant avec eux le corps de leur chef, fixé fermement sur sa monture. Rohémond de Brionne ne comptait pas revenir : leur serment d’allégeance devenait caduc du fait de la disparition de la comtesse d’Essen.

     Depuis, une cohabitation s’imposa au castel, l’objet de tous les conflits étant le sang des quelques mortels et mortelles qui demeuraient encore en vie. Il fut singulier toutefois d’observer que l’hypnose de la dame d’Essen perdurait sur eux : Mina et Moka reconnaissaient parfaitement l’expression hagarde et l’obéissance aveugle que leur maîtresse défunte imposait habituellement à ses futures victimes. Elles furent cependant légèrement inquiètes, troublées par l’extrême passivité avec laquelle le maître Friedrich observait leurs rixes avec Von Essen ; le nécromancien comme Ashur refusèrent abruptement de venir arbitrer leurs chamailleries, préférant mener des discussions privées sur des sujets que les servantes ne pouvaient que deviner. Toutefois, lorsqu’elles étaient repues, et qu’il en était de même pour l’ancien bourgmestre, tous trois s’entendaient à profiter des luxes terrestres que leur offraient les quelques richesses contenues dans le castel. De nombreuses robes et costumes furent essayés, jusqu’à l’ennui ; les coupes dans lequel l’on servait le vin furent utilisées pour boire le sang, jusqu’à l’ennui. C’était une parodie de vie enfantine qui s’était emparée d’eux : tant que durait le sang, ils remplissaient leurs journées avec des occupations plus ou moins intelligentes, laissant aux « anciens » Ashur et von Nettesheim le loisir de mener leurs propres discussions dans leur coin.

     Le vieux nécromancien sentait qu’il cédait sa raison pour quelque chose de plus obscur et difforme. Sa volonté avait été mise à mal à plusieurs reprises, érodée par des drames inattendus, privée de contact humain. Il se sentait faible, et la dhar semblait d’elle-même se proposer à subvenir à tous ses besoins : elle maintiendrait son corps en mouvement, attacherait son âme à son corps, le guiderait dans toutes ses décisions. La magie était enivrante, telle une drogue, et le vieux maître ne s’était jamais senti dans un tel besoin d’évasion et d’oubli. Ce fut Ashur qui l’empêcha de sombrer, majoritairement avec force de moqueries et de sarcasmes envers la condition mortelle, énervant le nécromancien, mais renforçant sa volonté par ce même énervement. Lorsqu’il comprit cela, von Nettesheim exprima sa gratitude envers le vampire millénaire, gratitude que ce dernier accepta simplement. Tous deux se voyaient désœuvrés, endeuillés surtout, et regardant avec mépris la frivolité des servantes et de l’ancien bourgmestre. En vérité, - s’accordaient-ils bien souvent, - il n’y a rien de pire que de les voir ainsi se vautrer dans leur condition immortelle, insensibles à tous les besoins d’un être humain, exemptés de morale et de principes.
     Von Nettesheim survit ces quelques semaines grâce aux réserves de viande séchée, de farine et d’alcools qu’il trouva dans les quartiers des serviteurs. Von Essen lui confirma alors qu’il s’agissait de biens volés : du temps de la comtesse Emmanuelle, il arrivait à celle-ci de s’absenter du castel en toute discrétion, et de revenir avec tantôt du bétail, tantôt des céréales, tantôt de l’eau, tantôt d’autres denrées plus rares. Avec les moyens dont disposait la vampiresse, il ne lui coûtait rien d’apparaitre par surprise dans un village d’une province voisine, de voler ou d’extorquer de la nourriture, et de repartir avec sur sa terreur abyssale, créature ailée qui fut détruite lors de sa dernière bataille. A présent, tous les fruits de ses rapines ne servaient qu’à une seule cause : remplir l’assiette du vieux nécromancien.  

     La propreté dans laquelle le castel eut été entretenu par le caprice de la comtesse Emmanuelle ne fut bientôt plus qu’un souvenir dans l’esprit de Von Essen. L’ancien bourgmestre regrettait un pareil gâchis, mais ne se trouvait jamais la volonté d’y remédier. Les servantes et lui préservaient une sorte de statu quo selon lequel personne n’osait se prévaloir de la supériorité sur l’autre. Aussi, ce fut tacitement que tous les trois refusèrent de s’abaisser aux basses besognes de nettoyage, et la poussière s’accumula un peu partout, mélangée quelquefois à des gouttes de pluie dans les chambres où les volets n’étaient pas fermés.
     Tant qu’il y avait encore du sang, le temps semblait s’être arrêté au castel, chacun de ses occupants vivant au jour le jour, sans jamais se soucier de l’avenir. Le changement des saisons fut toutefois signifié, lorsque les pluies furent peu à peu remplacées par des chutes de neige. Le noir et le brun de la lande funeste se changea en blanc sale, reflétant néanmoins la moindre lumière provenant parfois du nord. Von Nettesheim se retrouva à allumer plus souvent le feu dans l’âtre de la grande salle des festins. Il le voyait quelquefois : la nourriture viendrait à lui manquer, tout comme le sang des serviteurs mortels, affamés, viendrait à s’épuiser. Il considérait alors cette pensée avec nonchalance, à la fois convaincu qu’il n’avait que faire de leur avenir, mais aussi déterminé à ne pas se condamner à la mort, comme l’avait fait la comtesse. Souvent, il lui arriva de songer à rejoindre enfin les forces de l’empire, mais toujours il se rendait compte de l’impossibilité d’une telle entreprise : les nécromanciens étaient pourchassés sans pitié par les forces sigmarites, il en avait lui-même fait la douloureuse expérience, il y a bien longtemps. Ancien sorcier de l’Ordre de l’Améthyste, il avait poussé ses études beaucoup trop loin, là où la dhar venait se mélanger au vent de la mort pour venir insuffler une parodie de vie aux cadavres des défunts pour qu’ils puissent remplir des tâches rudes et simples, comme celle de brandir une épée et de l’abattre sur un ennemi. Alors, il y avait songé comme à un moyen efficace de retourner leurs propres armes contre les nécromanciens qui sévissaient encore dans les provinces, mais aussi comme un procédé vital dans la lutte contre la menace constante du chaos. Et puis, la dhar ‘l’appelait’, l’attirait, telle une matière argileuse qui appelait le potier à la modeler et à la rendre belle et utile. Cette magie-là, l’ordre des magisters ne l’enseignait pas, et le jeune Friedrich d’alors avait eu assez de bon sens pour comprendre ce qui arrivait à ceux qui outrepassaient cette limite. Ses études occultes furent menées en secret, dans la nuit, à la lumière d’une chandelle, où loin dans les champs, à la lueur d’une torche. Malheureusement, sa prudence ne suffit pas, et son ordre dut le dénoncer lui-même à la justice de Sigmar sous peine de subir lui-même l’opprobre de compter un nécromancien parmi ses rangs. Il fut arrêté la main dans le sac, penché sur une copie d’un grimoire interdit, et emmené de force dans des geôles perdues quelque part dans les souterrains d’Altdorf.
     La peur de la torture écrasa la moindre once d’humanité en lui. Dans la salle des supplices, les torches crépitaient, éclairant des instruments mal nettoyés, ainsi qu’une forge et un brasier ardent. Ses bourreaux étaient sourds à la moindre de ses supplications, visiblement habitués à pire de la part de leurs victimes. Chaque fibre de son corps cria alors à la survie, et son salut se présenta à lui par une pile de cadavres mutilés dans un coin de la salle. Il murmura les paroles impies, et la dhar lui répondit, s’insufflant dans les corps meurtris, remuant leurs membres de manière chaotique. Von Nettesheim continua alors de murmurer, renforçant par sa volonté de meurtre la précision de mouvement de ses pantins. Plus rapides qu’un animal, ils surprirent leurs propres assassins, les écrasèrent, les égorgèrent, les rendirent aussi morts qu’ils l’étaient eux-mêmes. Leur sang chaud parut plus rouge qu’il ne l’était à la lueur des torches…

     Il fut brusquement interrompu dans sa rêverie par la sensation d’une présence inconnue approchant du castel. Un être seul, un mort-vivant. Un revenant, reconnut-il enfin grâce à sa perception aethyrique. Il se rapprochait d’un pas mesuré, régulier.
     Intrigué, le vieux maître quitta la grande salle des festins où il se trouvait alors. Il fallut peu de temps pour que les vampires soient eux aussi conscients d’une étrangeté dans l’air, et rejoignirent le nécromancien dans la cour pavée du castel. Dans l’ombre de l’enceinte extérieure, les chevaliers noirs se tenaient, à jamais insensibles aux privations et au passage du temps, recouverts d’une légère couche de neige. Depuis des semaines, personne n’avait fait attention à eux.
     Quelques moments plus tard, l’intrus arriva enfin derrière les grandes portes de l’enceinte extérieure. D’une injonction muette de Von Nettesheim, les servantes s’empressèrent de les ouvrir, laissant franchir le seuil au mystérieux visiteur. Ignorant le grincement du portail, ce dernier avança tout droit en direction du vieux maître et de Von Essen. Vêtu de pied en cap d’un attirail de guerre, le revenant émettait constamment un cliquetis métallique à chacun de ses mouvements. Lorsqu’il s’arrêta, toutefois, sa main ne vint pas chercher l’épée qui pendait à sa ceinture, mais un petit coffret qu’il transportait contre son flanc. Toujours sans émettre aucune parole, il tendit le coffret, sans que l’on pût comprendre si le destinataire en était le vampire ou le nécromancien.
     Quand Von Essen tendit la main pour s’en emparer, la voix graveleuse du revenant se fit enfin entendre :
     « Friedrich von Nettesheim ? »
     L’ancien bourgmestre se mordit la langue et se retira. Il vit les servantes dissimuler un sourire moqueur.
     L’intéressé, quant à lui, reçut le coffret et l’ouvrit machinalement, découvrant à l’intérieur un rouleau de parchemin. Il le déroula, mais fut incapable d’en discerner le contenu dans l’obscurité.
     « Mesdemoiselles, refermez les portes, je vous prie ! Von Essen, ramenez-moi un chandelier et éclairez-moi, s’il vous plaît. »

     Ce fut lui comme pour elles comme s’ils entendaient la voix du vieux maître pour la première fois : le timbre d’autorité qu’ils y décelèrent ne laissait la place à aucune protestation. Mina vit Moka réagir la première, et suivit prestement l’exemple de son amie ; l’ancien bourgmestre ne trouva pas d’intérêt à protester, intimidé par la singularité de l’événement.
     Moka, toutefois, n’avait pas décidé d’obéir par soumission, mais par calcul : sur le large pavois qui pendait au dos du revenant, elle eut aperçu les couleurs rouge et noir des Von Carstein.


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Dernière édition par Von Essen le Jeu 8 Jan 2015 - 22:29, édité 2 fois
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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 2 Jan 2015 - 21:07

Bah dis donc, ces vacances t'ont faits le plus grand bien au niveau de ton histoire ! Je me depeches de tout lire et te dire mon avis !! Contrairement à toi, je n'ai pratiquement pas d'idées pour décrire une bataille... (Si tu pouvais m'aider, ou Arken ou Gilgalad...). Par contre pour le LA des lignées, les idées affluent comme jamais !!!

Tes vacances étaient bien ? Qu'as tu eu pour Noël ? Et BONNE ANNÉE !!!!!!!!!
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 2 Jan 2015 - 21:52

Merci mon cher ! Ça fait vraiment plaisir d'écrire, mais le pur bonheur, c'est d'être lu ! Very Happy

Pour décrire une bataille, ma manière de faire n'a aucun secret : je 'joue' la bataille avant d'en faire la description Happy
D'une part, ça permet d'avoir déjà une ossature d'ensemble des événements qui  s'y déroulent, et d'autre part, ça permet à l'auteur lui-même de ne jamais savoir ce qui va se passer à l'avance !!! Du coup ça te donne des tournures assez inattendues dans le récit Fou  
Après, tu peux prendre des notes sur le déroulement de la bataille pour mieux t'en souvenir, et choisir les combats les plus épiques pour ta description Wink  

Mes vacances étaient plutôt tranquilles, je suis plutôt sédentaire et ne sors qu'à de rares occasions Rolleyes
Pour Noël, pack de peinture !
Bonne année à toi aussi ! santa

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 2 Jan 2015 - 22:47

Je suis entièrement d'accord avec Nyklaus pour dire que les vacances t'ont fait le plus grand bien qui soit au niveau de l'écriture. J'avais presque l'impression que c'était un autre Von Essen qui écrivait. C'est encore mieux que d'habitude. Les descriptions sont encore mieux que dans tes autres parties, et pourtant c'est dur. Je suis impatient de voir la suite pour voir ce que cela va donner.
Ce que j'ai bien aimé, c'est quand le bourgmestre fonce dans le Mur de Foi.

Citation :
(Si tu pouvais m'aider, ou Arken ou Gilgalad...)
Ne compte pas trop sur moi pour cela, je ne l'ai jamais fait. Sans compter que Von Essen l'a très bien au-dessus.
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 8 Jan 2015 - 13:50

Faut pas compter sur moi non plus pour les scènes de bataille Mrgreen

Le Mur de Foi ? J'ai dû loupé un épisode du fluff officiel Innocent

A la fin de la lecture, j'ai une curieuse impression que j'ai déjà eu concernant mes récits... Ne serais-tu pas au bout de certaines de tes idées, à tirer sur la corde avec l'espoir d'en tirer encore quelque chose ? lol J'ai déjà eu ce genre d'impression avec mon imagination... Un moment, la corde se casse, tu tombes sur les fesses et y'a plein de nouvelles idées qui t'arrivent dessus ! Fou

Bref, la suite !!! Clap

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 18 Jan 2015 - 12:46

***

     Peu de temps après, les quelques lignes du parchemin devinrent lisibles sous la lumière incertaine de trois flammèches vacillantes. Faisant tout pour paraître discret, Von Essen fixa avidement son regard sur le contenu du message, mais faillit pousser un grognement d’irritation lorsqu’il vit au lieu du reikspiel un langage qu’il ne comprenait pas. Il fut d’autant plus frustré en s’apercevant que le nécromancien parut lire la missive sans aucun effort, puis la remit dans le coffret. Il s’adressa ensuite à la silhouette immobile du messager :
     - Je ne survivrai pas sans nourriture.
     La voix surnaturelle du revenant résonna encore, comme si elle provenait de l’intérieur de sa carcasse qui paraissait statufiée :
     - Il n’y a pas de nourriture. Survivez sans.
     Le vieux maître mesura une fois de plus l’étrangeté et la précarité de sa situation. De fait, il n’était devenu plus qu’un des certainement nombreux pions de Mannfred von Carstein, qui lui désignait ce guerrier des temps oubliés comme supérieur direct. Le seigneur sylvanien n’avait cure du bien-être de ses serviteurs, seule l’exécution de ses ordres comptait. La survie sans nourriture ne supposait qu’une chose : l’abandon définitif à la dhar. C’était ça, ou un dépérissement lent et douloureux, affreusement douloureux. Von Nettesheim grimaça dans le noir : si auparavant il avait pu trouver la volonté de préférer la mort à la non-vie, il sentait qu’à présent, quelque chose s’était brisé en lui, s’était amolli et résigné, tel un arbre déraciné par la tempête, gisant à présent à terre, pourrissant lentement. Il n’avait plus la force de se battre, mais seulement de suivre, de s’abandonner au mouvement qu’imposaient les puissants de ce monde.
     - Je… survivrai, - dit-il enfin.
     Le mort ne semblait qu’attendre ce signal.
     - Nous partons. Levez votre armée.
     Cet ordre, prononcé sèchement, demeura pourtant sans réponse. Von Nettesheim se sentait comme pris d’une légère fièvre : involontairement, il avait brusqué le vent maudit à pénétrer son être, et souffrait à présent un engourdissement dans chacun de ses membres, remontant irrémédiablement vers sa tête. Le revenant, qui s’était mis en mouvement, emplissant l’air de ses grincements ignobles, s’arrêta.
     Les servantes, muettes, observaient la scène sans réagir, incapables de comprendre ce qui se passait, mais aussi subjuguées par le simple plaisir d’observer : elles s’ennuyaient à en mourir au castel, et n’importe quelle variation de leur quotidien, fût-ce une invasion de démons, ne pouvait que les rendre folles de joie. Von Essen, quant à lui, sentait qu’une fois de plus, il faisait face à une situation qu’il ne pouvait prétendre à maîtriser, et cela suffisait pour le mettre dans une colère sourde. Il remarqua, par contre, que la force occulte que lui contrôlait encore assez grossièrement s’agglutinait de plus en plus vivement autour du vieux maître, se mélangeait à son sang et à sa chair, envahissait son cerveau. Guidé par il ne savait quel instinct, jaloux d’un tel pouvoir, l’ancien bourgmestre ne put se retenir d’invoquer à son encontre la force qui entourait le nécromancien.
     La dhar, attirée par sa volonté malsaine, obéit, rentrant vivement dans son corps vampirique, virevoltant autour de ses poignets ; Von Essen sentit un léger sursaut de vigueur, comme s’il venait de boire une gorgée de sang. Il remarqua toutefois une différence notoire dans cet assouvissement : une âpreté dans la bouche, sur sa peau, dans ses os, partout. Visiblement le vent maudit ne distinguait pas entre mortel et immortel, et laissait toujours quelque trace de sa nature corruptrice sur quiconque tentait de s’en servir.
     Gardant cette réflexion dans un recoin de sa mémoire, le vampire fut tout d’un coup surpris par le maître Friedrich, qui prit subitement une immense bouffée de l’air froid et hivernal, tel un noyé qui éructe l’eau qui emplissait ses poumons ; il regarda brusquement à droite et à gauche, et Von Essen parut remarquer des marques de frayeur sur ses traits. Puis le nécromancien lui fit de nouveau dos, et s’appuya sur son bâton de sorcellerie.
     - Donnez-moi du temps ! – lâcha-t-il en un seul souffle. – Une, non, deux heures ! Une nuit !
     - Nous partons maintenant, - fit le revenant d’une voix plate et impitoyable. – Levez votre armée.
     - Le temps… Le temps qu’il faudra pour réunir mes troupes alors !
     - Levez votre armée. Nous marchons vers le Nord.
     Se sentant dévasté, von Nettesheim eut assez de lucidité pour comprendre l’inutilité de négocier plus. Il savait que sans son bâton, il tomberait à la renverse, tellement ses jambes paraissaient refuser de lui obéir. Il se rappelait un bref cauchemar, une vision d’effroi passagère, mais qui lui avait alors paru sans fin ; faisant un effort colossal pour se tourner vers le castel et se mettre en marche, le vieux maître appela les servantes.

     Le temps sembla particulièrement long à Von Essen, laissé seul à seul avec le revenant silencieux, qui ne parut étrangement pas inquiet de voir le nécromancien et les vampiresses disparaitre à l’intérieur des murs au lieu de relever les squelettes qui parsemaient la lande tout autour de l’enceinte extérieure. Volontiers, le vampire aurait fracassé le crâne de cette sinistre apparition malfaisante, s’il ne s’était pas convaincu qu’il provoquerait par là le courroux de quelque entité encore plus redoutable et abjecte. Le revenant se tenait à peine à cinq pas de lui, silencieux et fixe comme un roc, seul le vent faisant tinter les débris de son antique cotte de mailles. Les orbites vides de son crâne entièrement décharné paraissaient sonder l’infini, et Von Essen avait la désagréable impression qu’ils surveillaient les moindres de ses gestes, comme s’attendant à quelque trahison de sa part.
     Soudain, comme piqué par une intuition aigue, l’ancien bourgmestre bondit vers l’arrière, fixant son regard haineux sur la silhouette immobile du mort-vivant. A l’encontre de ses attentes, ce dernier demeura impassible, ce qui ne contribua qu’à aggraver les craintes du vampire. L’impossibilité de deviner les intentions du revenant à son égard le rendait intérieurement hors de lui. Il tourna rapidement les talons et détala dans le castel, sentant le regard du mort-vivant toujours fixé sur lui, menaçant de l’engloutir tel un raz de marée. Bouleversé par une peur que lui-même ne pouvait pas s’expliquer, le vampire fit claquer les portes du castel derrière lui, l’une après l’autre. Puis, il s’appuya contre elles, laissant l’écho de la fermeture s’évanouir dans les couloirs, essayant d’entendre les moindres bruits autour de lui. Peu à peu, le calme revint dans les ténèbres de l’antichambre, et, comme une étrange mélodie, l’ouïe fine du vampire capta des bribes de conversation qui provenaient de l’étage au dessus…
     - … le voulez, maître. Je croyais ne pas avoir à vous le dire clairement.
     Un long silence s’ensuivit dès lors. Von Essen eut beau tendre l’oreille et croire que l’on avait baissé la voix, aucun bruit ne parvenait à lui.
     Il faillit perdre patience, quand la conversation reprit soudain.
     - On dirait que nous avons tous les deux perdu notre volonté de nous battre, messire. N’est-ce pas pitoyable ?
     - Ha ! Vous osez… Mais il est vrai, maître, je ne me suis jamais senti aussi las.
     - Étant sur le point de perdre l’esprit, je m’étais dit que je trouverais bon conseil chez vous, dont l’esprit semble dépasser la matière.
     - Vous ai-je été d’une grande utilité ?
     - Non, à vrai dire. Mais en vous voyant dans un état aussi piètre que le mien, je me demande si ensemble, nous n’avons quelque chance de nous entraider. Le pantin qui m’attend dehors, j’étais sur le point de le suivre. Maintenant, je me ferais une joie de lui faire avaler ses vertèbres.
     Le rire enjoué du vampire millénaire se répercuta dans les corridors, décuplant de puissance sonore. Von Essen eut un frémissement dans le noir, mais préféra l’ignorer, curieux d’entendre la suite de la discussion, dont l’issue paraissait croitre en importance à ses yeux.
     - Il y a bien longtemps, j’ai entendu cette intonation, maître. L’intonation de la raillerie du désespoir. Prononcée juste avant une bataille que l’on sait comme étant la dernière.
     - Vrai, mais je vous ai dit ce que je pense sur mon avenir. Et je vous ai senti forcé d’approuver.
     - J’ai omis d’ajouter qu’il s’agit d’un gâchis effroyable. Si le seigneur von Carstein…
     - Ne parlons pas de lui, voulez-vous ?
     - Il périra un jour ou l’autre. Mais j’entends que vous n’ayez pas le luxe de pouvoir attendre.
     - Exact. Je souhaite quitter ce monde avec ma volonté intacte, et ma tête levée haute.
     - Je désapprouve. Je m’ennuierais encore plus si vous me faites une pareille désertion.
     - Vous n’avez rien à approuver, messire l’immortel. La mort est une fin qui nous est destinée à tous, et dont vous seul et vos semblables faites le caprice de vouloir s’en passer.
     Von Essen jura intérieurement. La conversation n’allait nulle part où il se sentirait rassuré, au contraire. Par la volonté d’un seul humain, tous les occupants du castel s’attireraient les foudres du maître de la contrée ! Il fit de nouveau le tri du pour et du contre : depuis bien des jours, ils étaient à court de sang. Sortir de la province maudite n’était pas une option, à cause d’un artifice impitoyable provenant de l’extérieur. La seule chance de salut devait demeurer dans les bonnes grâces de celui qui avait recouvert la Sylvanie d’une coupole de ténèbres.

     Il s’exerça promptement à ouvrir les battants de la grande porte qu’il avait mit tant d’ardeur à contenir, se retrouva de nouveau devant la sombre cour du castel, froide et humide, baignant dans la mort. Le revenant se tenait toujours en son milieu ; le vampire se dit qu’il pourrait tenir ainsi jusqu’à la fin des temps, si ses maitres le lui ordonnaient. Il s’avança prudemment dans sa direction, remuant dans sa tête les paroles qui devaient lui assurer son avenir.

     - Vous ne vous rebellerez pas. Pas maintenant.
     Aucune flamme n’éclairait l’âtre de la grande salle des festins, plongée dans le noir. Friedrich von Nettesheim sentit simplement la pointe de la lame d’acier toucher son cou. La voix appartenait à Moka.
     Le nécromancien poussa un soupir.
     - Levez-vous et obéissez immédiatement ce mort-vivant ! – lança vivement la servante.
     Le nécromancien ne broncha pas.
     - Que pensez-vous faire si je refuse, mademoiselle ?
     - Je… Vous n’avez pas le droit !
     - Tout indique que vous avez l’intention d’écraser la rébellion dans l’œuf.
     La détermination de la servante l’emporta sur l’angoisse.
     - Survivront ceux qui rejoindront le camp du vainqueur. Je n’hésiterai pas, maître.
     - Sotte ! – le vieux maître éleva soudain la voix, et la main de la servante frémit. – Savez-vous ce qu’il y avait marqué dans le parchemin qui m’a été remis ?
     Moka se figea un instant, s’attendant à une révélation fracassante, perdant momentanément la sévérité dans son regard. Sentant sa réaction, le vieux maître ne lui donna pas le temps de reprendre contenance :
     - C’est très simple. Il m’a été ordonné d’obéir en tout point au revenant qui a apporté le message. Voyez-vous déjà où je veux en venir ? Non, vous ne voyez pas. Mais poussez donc la logique jusqu’au bout, mademoiselle ! Le seul destinataire du message, la seule personne qui intéresse votre « vainqueur » dans ce castel, vous-même êtes en train de le menacer de mort. Qui donc est le plus rebelle de nous deux ?
     Bien que réticente à chaque mouvement, la servante abaissa sa lame, retenant une intense frustration au fond de sa gorge. Toutefois, le nécromancien n’en avait pas fini avec elle.
     - Je ne suis pas encore arrivé jusqu’au bout, mademoiselle, - prononça-t-il d’une voix plate. – Ne le voyez-vous pas vous-même ? Si je suis la seule personne qui soit nécessaire au plans de votre présumé bienfaiteur, cela ne veut dire qu’une seule chose : toutes – les – autres - personnes – n’existent – pas – pour – lui.

     De nouveau, Von Essen commençait à sentir la colère monter en lui à mesure que le mutisme du mort-vivant s’avérait, semblait-il, à toute épreuve. Toute approche verbale qu’il eut tentée se heurtait à un mur de silence qui paraissait méprisant au vampire. Il sentait toujours que son interlocuteur était bien là, ses os et son armure assemblés ensemble par d’étranges enchantements qui lui étaient étrangers, et tellement complexes qu’il ne pouvait prétendre à les comprendre pas plus que si on lui avait demandé de lire du bretonnien. Toutefois, au-delà de toute curiosité et de toute fascination, une seule conviction gagnait en importance dans son esprit tourmenté : si le revenant ne lui témoignait aucun signe d’attention, pas même le moindre geste, alors il ne le considérait pas comme un allié. Ni comme un ennemi. Il le considérait comme n’importe quelle pierre qu’il foulait des pieds dans la cour du castel ! Comme un espace vide ! Comme une chose inutile qui n’existe pas !
     Une sourde impression de ressentiment, moins aigue mais plus intense, plus brûlante, monta en lui. Sa main parut descendre d’elle-même vers sa ceinture, ses doigts se refermant avec ferveur sur la poignée de sa dague dissimulée.
Un léger crissement l’alerta soudain : le revenant avait tourné la tête vers lui, lentement. Cette réaction, loin d’inspirer quelque frayeur au vampire, provoqua au contraire en lui une sorte de joie sauvage, qu’il souhaita dès lors prolonger jusqu’à satiété ; il dégaina rapidement, allègrement, accélérant à chaque instant, observant avec une excitation croissante le mort-vivant se mouvoir en retour face à lui.

     Sa première estocade fut un succès dont la facilité le laissa quasiment déçu : la dague plantée jusqu’à la garde dans la cotte de mailles rouillée n’eut aucun mal à passer la défense affreusement lente du revenant.
     Il vit subitement du coin de l’œil une forme noire s’approcher de lui ; aussi vif que ses instincts surnaturels le lui permettaient, il dut lâcher sa dague et bondir en arrière pour éviter qu’une lame ébréchée ne lui tranche le flanc. Dès cet instant, le regard béant du guerrier mort-vivant se fixa sur lui.

     La joie malsaine fit place à une intention meurtrière, suant le mépris. Armant ses griffes, l’ancien bourgmestre se jeta sur son ennemi juré en poussant un grondement de fureur ; celui-ci réagit à temps, agrippant de sa main valide l’énorme pavois qui pendait jusque là dans son dos. Faisant presque la taille du mort-vivant, la plaque de bois et métal vint recevoir la redoutable frappe du vampire, encaissant le choc sans aucun dommage. La riposte ne se fit pas attendre, une estocade du revenant visant une fois de plus le flanc découvert de son ennemi.

     Dans la grande salle des festins, les servantes entendirent immédiatement le raffut, sans comprendre d’abord, puis Moka fonça dans la grande allée conduisant au balcon, sans même songer à ranger sa lame.
     Mina vit le vieux maître se lever, lui adresser un regard interrogateur. Affable et indécise depuis toujours, la servante ne put lui rendre son regard : si son amie, qu’elle suivait toujours, avait été intimidée par ce mortel, alors elle, Mina ressentit son autorité au centuple. Au lieu de toute autre chose, elle lui adressa une révérence, par la force de l’habitude, puis se retira à la suite de Moka, l’appelant de toutes ses forces, soudain inquiète.
     Elle la rejoignit sur le balcon, et vit son amie crispée à la balustrade, les yeux fixés sur la cour du castel. Ses prunelles s'étaient rétrécies, ses traits tendus, sa gorge nouée par une indéfinissable émotion. Moka avait le regard fixé sur la cour, sur le duel qui opposait le vampire au revenant, l’un aussi rapide qu’une ombre, l’autre aussi solide qu’une forteresse.

     Von Essen avait senti une première entaille, étonné que son armure n’eût pas résisté au tranchant d’une épée de si piètre qualité. Dès lors, il eut compris que briser les défenses du revenant ne serait pas une mince affaire : son large pavois le couvrait quasiment en entier, ne laissant que très peu d’ouvertures, le guerrier lui-même sachant exactement choisir le moment propice pour l’écarter brièvement et frapper à son tour.
     Réfléchissant peu, l’ancien bourgmestre agit à l’instinct : dès que l’occasion se présenta, sa main fendit l’air tel un serpent, et s’empara de la poigne armée du revenant. L’espace d’un instant, il se figea, et le vampire n’eut qu’à exercer sa force surhumaine pour briser le membre de son ennemi sous la pression… sans succès. Il aurait aussi bien pu serrer une barre de fer. Aussi fut-il surpris lorsque le bord haut du pavois vint le percuter durement au menton, l’obligeant à lâcher prise, reculer, éviter de justesse une énième estocade, reculer encore.

     - VON ESSEN !
     L’appel vociférant provenait d’en haut. L’ancien bourgmestre sourit en reconnaissant la voix de celle qui l'eut transformé. Il ne quitta pas toutefois des yeux son ennemi, le voyant se rapprocher lourdement, pavois en premier.
     - VON ESSEN ! Cessez ce que vous faites sur le champ !
     « Je croyais que nous avions un accord… » - pensa ironiquement le vampire avant de revenir à la charge.

     Moka, furieuse, ne sentit pas ses mains broyer la pierre érodée du rebord de la balustrade. Leur survie ne tenait qu’à un fil, et voila que son propre enfant de sang s’affairait à briser ce fil avec un empressement inexplicable. La stupidité devait être un mot trop doux pour le qualifier. Jamais la bêtise ne devait être si proche de la folie en une seule personne. Égoïste, arrogant, obtus, ce vampire n’était décidément qu’un bon à rien, pire, une nuisance ! Une pensée l’effleura rapidement : si elle l’achevait maintenant, peut-être arriverait elle encore à rentrer dans les bonnes grâces du revenant, et donc des von Carstein. Cependant, quelque chose la faisait rechigner à frapper en traitre. Le revenant, d'ailleurs, ne semblait nullement appeler à l’aide, agissant implacablement, inébranlable. La panique gagna peu à peu la vampiresse, fâchée cette fois-ci avec elle-même. Elle vit Mina auprès d’elle, mais sa langue ne put formuler la demande de faire ce qu’elle-même n’osait pas faire. Mina, elle, semblait au contraire pendue à ses lèvres, voyant l’extrême anxiété sur le visage de son amie.
     Le combat s’éternisa. Von Essen ne parvenait manifestement pas à venir à bout du revenant, même si ce dernier se battait toujours avec le poignard du vampire fiché dans sa poitrine. Lui-même, en retour, n’était pas assez agile pour ne serait-ce qu’effleurer le vampire, plus prudent depuis sa première blessure, de plus en plus avisé depuis qu’il savait les défenses et le potentiel de contre-attaque du mort-vivant.
     Tout d’un coup, les deux servantes et l’ancien bourgmestre sentirent la dhar souffler plus fort autour du castel. En tendant l’oreille, Mina et Moka entendirent le maître Friedrich incanter depuis la grande salle des festins. Il leur sembla qu’il répéta les mêmes paroles plusieurs fois, et sa voix se changea peu à peu en une sorte de bourdonnement mesuré, dont toutefois chaque syllabe demeurait prononcée avec netteté. Peu de temps après, un autre bourdonnement sembla lui répondre, moins audible et plus désordonné : un mélange de grincements et de tintements, le bruit sourd d’une multitude de pas qui se rapprochent.

     Le revenant n’en avait cure. C’était lui qui approchait le plus souvent à présent, et le vampire reculait, toujours dubitatif quant à la manière de vaincre cet ennemi. La fierté lui interdisait encore de regretter de l’avoir provoqué, et il continuait à chercher une ouverture : le pavois portait désormais de nombreuses traces de griffes, plus ou moins profondes. Contourner le revenant paraissait encore la meilleure solution, mais guerrier d’outre-tombe avait juste assez de vélocité pour suivre ses mouvements du regard, et son pavois parvenait toujours à briser l’assaut au dernier moment.
     Du coin de l’œil, Von Essen aperçut une foule difforme dans l’obscurité envahir l’ancienne cour. Des silhouettes minces, mais dont le nombre était difficile à estimer, armées de toutes sortes d’objets indicibles, longeaient la scène de combat en silence, seule la cohue que provoquaient leurs déplacements faisant foi de leur tangibilité.

     Le cercle des morts de referma, et leur vacarme s’arrêta. Alors, les servantes entendirent en contrebas la voix du maître von Nettesheim :
     - Mon armée est levée. Nous pouvons partir.
     La voix caverneuse du revenant, que les servantes espéraient de ne plus jamais avoir à subir, lui répondit :
     - Tue le vampire.
     - Il fait partie de l’armée.
     - Tue le vampire.
     Le nécromancien sembla pondérer sa réponse.

     - Von Essen ! – dit-il enfin. – Battez-vous pour votre vie !
     L’ancien bourgmestre n’eut que le temps de voir le cercle des squelettes se refermer sur lui, son ennemi disparaissant subitement de son champ de vision. Acculé de toutes parts, il n’avait nulle part où fuir. Sa peur et sa colère montèrent simultanément avec une vitesse fulgurante : poussant un hurlement inhumain, il broya les os à droite et à gauche, évitant une demi-douzaine de lames pointées vers lui. Mais les pantins nécromantiques ne comptaient pas leurs morts. Une douleur atroce provint de son dos, perfora sa poitrine, s’arrêta là, à la plaque pectorale. Son cri se figea sur ses lèvres, et le vampire s’effondra.

     Moka faillit se mordre la langue. Elle bondit dans le vide, atterrit devant le nécromancien, stupéfait. Ce fut par miracle que le bouclier de dhar fût plus rapide que la frappe mortelle de la vampiresse.
     - VOUS ..! – cracha-t-elle.
     Von Nettesheim la coupa net, sévère et glacial.
     - La prochaine victime qu’il ordonnera sera vous, si vous persistez, mademoiselle.
     Et il la croisa, descendant vers la cour, ses traits figés dans un masque de dureté. La servante n’eut qu’une seule pensée qui retint son coup : la vengeance est un plat qui se mange froid.
     Elle fit signe à Mina de la rejoindre. Toujours dépassée par la situation, son amie sauta du balcon, atteignit la cour pavée sans dommage, osa adresser un regard penaud à Moka. Celle-ci l’ignora.

     Silencieuses, elles rejoignirent le vieux maître et le revenant, dans la cacophonie ascendante de l’armée des morts qui se remettait en marche. Rang après rang, les guerriers squelettes marchèrent au pas à travers les portes de l’enceinte extérieure, quittant le pavage de la cour pour aller piétiner la boue et la neige de la lande funeste. Les derniers qui furent sortis laissèrent les portes grandes ouvertes : aucun intrus ne pouvait possiblement vouloir venir jusqu’ici. Le vent souffla de plus belle dans la cour subitement vide, agitant seulement la bannière assombrie des chevaliers noirs, qui se tenaient toujours là, immobiles.
     Von Nettesheim n’avait aucune emprise sur eux, et voyait quelque chose de singulier à ce qu’ils ne tombent pas en poussière depuis la disparition de la comtesse. Soit les enchantements étaient trop profondément enracinés dans leurs os, soit quelque part leur maitresse perdurait, invisible, confinée ils ne savaient où, eux qui n’attendaient qu’un effort de sa volonté pour secouer la neige qui les recouvrait et repartir une fois de plus à la guerre.
     Le vieux maître était toutefois fier de son emprise sur les multitudes qu’il menait, tâche que la dame d’Essen lui déléguait toujours, l’ayant vu faire des miracles de nécromancie à maintes reprises. Cette fois encore, - se dit-il en marchant, - il allait prouver une fois de plus que les morts lui obéissaient au doigt et à l’œil.

     Ils s’étaient déjà éloignés de plusieurs centaines de pas du castel, quand le nécromancien émit un murmure inaudible. Dans la cour, parmi les débris d’os qui jonchaient le dernier combat de l’ancien bourgmestre, la dhar s’agita et vint s’insuffler dans un squelette immobile, dont la main maintenait un glaive rouillé planté profondément dans la chair du vampire. Tiré par des cordes invisibles, le corps décharné s’anima, tira sur la garde, lutta un instant. Soudain, la garde se brisa d’un coup sec, projetant le pantin en arrière. La lame toute entière était rongée par des décennies d’humidité, fragile.

     Von Nettesheim s’arrêta alors, son armée avançant toujours autour de lui. Quelques pas plus loin, la figure massive du revenant se figea également.

     Le squelette se releva sans encombre, s’approcha du cadavre sanguinolent. Soudain, il referma sa mâchoire sur la lame, et se mit à tirer lentement, avec une précision et une douceur terribles. Ses mains décharnées s’appliquèrent contre le dos du vampire. Il pressa.

     L’armée des morts avançait toujours. Le revenant se rapprocha du vieux maître, toujours immobile.
     « Friedrich von Nettesheim ? »

     Après une résistance qui parut durer une éternité, la lame commença enfin à glisser. Sans raffermir ni relâcher la mâchoire, le squelette pressa encore plus sur ses membres. Pouce après pouce, la lame fut enfin délogée ; le squelette s’effondra.

     Le nécromancien leva un regard froid vers le revenant :
     « La fatigue, messire. Continuons. »
     Et il se remit en marche.

     Dans la cour du castel Templehof, Von Essen cligna des yeux.

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Dernière édition par Von Essen le Dim 18 Jan 2015 - 14:06, édité 1 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 18 Jan 2015 - 13:33

Alala... Y'a que les humains pour être aussi gentils Innocent
Mais bon, c'est compréhensible. Si Von Essen était mort à ce moment, il ne pourrait pas nous raconter cette histoire en tant que chroniqueur lol

Il y a quelques petites fautes, des mots qui manquent... Rien de bien méchant qu'une relecture éradiquera Wink 

La suite !! Clap

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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 18 Jan 2015 - 21:13

Je l'ai lue tout-à-l'heure (Arken m'a prévenu avant toi que tu l'avais postée). Je n'ai pas remarqué ces fameux mots manquants et autres mais peut-être aussi que c'est parce que je l'ai lue assez rapidement. Cela dit, je ne doute pas un instant que tu va nous corriger cela rapidement.

Sur l'histoire en elle-même, c'est très agréable. Cela fait du bien de voir un nécromancien enfin manigancer des choses. On n'en avait pas trop l'habitude jusqu'à présent. Et puis apparemment, il n'y a pas que dans mes récits que les personnages peuvent avoir de bons sentiments.

En tout cas, je suis impatient d'avoir la suite.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 9 Mar 2015 - 14:45

La prochaine fois, j'écris une histoire où il y a des licornes. RIP




67e partie.


     Il se leva, meurtri de douleur et d’humiliation, balaya la cour d’un regard dément, telle une bête. Sa vision lui parut comme brouillée par une sorte de voile cramoisi, son corps ne cessant de lui réclamer plus de sang afin de refermer ses plaies vives. Ses vêtements couverts de déchirures et son armure atrocement abimée ne firent qu’accroitre son ressentiment. Fulminant de rage, il exerça ses sens dans l’unique but de retrouver les bourreaux qui l’avaient condamné à mort : le traître mortel et l’infâme revenant. Loin du castel, très loin, les bruits de pas de l’armée des morts parvinrent à ses oreilles. Tout de suite, il se rappela son encerclement : un combat sans espoir, une exécution rapide. Telle une vague qui suit une autre, le dépit remplaça en lui la colère : il ne pouvait pour le moment se venger, et devait se forcer à digérer l’affront qu’il eut subi en attendant des temps meilleurs.  
     Suffocant de douleur, il jeta un regard méprisant aux alentours : au castel noir d’encre, aux murailles délabrées qui l’entouraient, à la gueule béante du portail de l’enceinte. Un frisson le parcourut, il s’imagina le portail se refermer avec fracas, et le mur de pierre devenir aussi insurmontable que la barrière lumineuse qui emprisonnait la région. Von Essen grogna de rage, se retrouva en quelques bonds à l’extérieur : la vaste lande funeste s’ouvrit à lui, bordée au loin par le sombre ruban crénelé de la forêt. Etrangement, la pensée de s’aventurer sous les frondaisons lui déplut, et il s’en détourna. Faisant confiance à un instinct de lâcheté, il contourna l’enceinte de Templehof, prenant ensuite la direction opposée à celle qui conduisait vers le Stir.

***
     Le silence retomba peu à peu sur le castel. Le vent prit de l’ampleur, poussant des hurlements étouffés qui résonnèrent en écho dans les couloirs délabrés. Les dernières braises du foyer de la grande salle des festins rendirent l’âme, et un froid de mort s’empara du moindre recoin, de la moindre poussière tapissant les dalles de la pièce. Dans la cour, pareils à des sculptures érodées, se tenaient les chevaliers noirs et leur roi, recouverts d’un épais linceul immaculé de froideur. La bannière seule demeurait encore libre de claquer au vent capricieux. Tout autour, la neige portait les stigmates du passage de l’armée des morts, quelques ossements éparpillés rajoutant une note macabre à la couche de blancheur qu’aucune lumière n’éclairait. Le vent rapportait des bruits lointains, croassements isolés, aboiements désespérés, cris indéfinissables. Humains ou pas, nul n’était là pour s’en soucier. Aucun être vivant n’aurait pu avoir l’intention délibérée de venir aussi loin dans la noirceur et le froid mordant du comté maudit, pour lequel le mot « désolation » aurait à cet instant été trop doux pour le définir. Le pays entier devenait un immense espace dénué de vie et de chaleur, aussi sombre et humide qu’une crypte souterraine dont personne ne veut se souvenir.
     C’était ce qu’espéraient ses maîtres, ses seuls véritables habitants, plus précisément le seul qui en avait causé la lente décrépitude, celui dont le froid et la mort servaient les desseins, et qui entendait bien propager ces fléaux au-delà des frontières de son fief : Mannfred von Carstein. Avant n’importe qui d’autre, il s’était aperçu de la barrière lumineuse que quelque génie des arcanes avait établie le long de ses frontières. Avant n’importe qui d’autre, il en avait éprouvé la solidité, et grande fut sa fureur lorsqu’il se trouva incapable d’en venir à bout. Une seule conclusion s’était imposée à son esprit méticuleux : les mortels, certainement non sans une aide extérieure,  l’avaient piégé, et avaient désormais tout le loisir d’échafauder sa perte définitive. Le seigneur sylvanien ne se permettait plus de sous-estimer ses ennemis, aussi donna-t-il l’ordre à tous ses séides d’ériger de hauts remparts faits d’os et de chair putréfiée tout le long de ses frontières ; si les mortels se décidaient à pénétrer son domaine, ils en paieraient le prix au centuple. En attendant, il chercherait encore, essaierait d’autres combinaisons, trouverait la formule nécessaire pour briser les barreaux de sa prison, et ensuite… Mais il devait d’abord trouver la clé qui le sortirait de sa cage. Dans le castel Sternieste, il relut tous les parchemins qu’il eut amassés là-bas au cours de son ascension au pouvoir, en vain.
     La solution, cependant, se présenta à lui d’elle-même, en la personne d’un être singulier, surgi, semblait-il, de nulle part en Sylvanie. Le comte von Carstein l’accueillit avec toute la courtoisie habituelle de sa lignée : soit la créature le servait, soit elle périrait. Un combat d’une ampleur inouïe s’engagea, la créature n’étant nul autre qu’Arkhan le Noir, serviteur mort-vivant d’une époque révolue, et bien plus ancien que le seigneur vampire n’aurait pu se prétendre lui-même, aux savoirs arcaniques aussi vastes que les siècles qu’il avait vécus. Le choc entre les deux maîtres sorciers ébranla ciel et terre, à tel point que le comte préféra concéder une égalité plutôt que de mettre son fief en péril.

     « Nagash doit revenir ! »      
     Cette affirmation aux accents prophétiques résonna tel un glas que l’on n’avait jamais entendu en Sylvanie. Les êtres morts-vivants frémirent à l’intense vibration mystique qui émanait de ce nom maudit, que les mortels croyaient voué à l’oubli. Les morts, eux, ne croyaient rien, Arkhan en premier. Pour lui, le retour de son maître tenait de l’évidence la plus pure, l’inévitabilité la plus certaine, comme la nuit qui remplace le jour et la mort qui remplace la vie. Le comte Mannfred, lui, traita cette annonce avec toute la froideur et l’intérêt qui composaient sa nature : le retour du plus grand nécromancien de tous les temps ne serait pour lui qu’une échelle pour accéder à la domination suprême, but séculaire de sa lignée.
     Un sinistre pacte fut conclu entre les deux seigneurs de la non-vie, nul ne doutant que l’un n’aspirait qu’à tromper l’autre au terme de leur accord. Ils convinrent alors de retrouver et réunir les reliques perdues de Nagash : un sceptre, une armure et une lame, chacun des objets se trouvant au-delà des limites du comté maudit. Nullement affecté, Arkhan le Noir offrit platement d’ouvrir une brèche dans la barrière lumineuse, pleinement indifférent à l’humiliation qu’il causait au vampire en affirmant ainsi la suprématie de son savoir de la magie. Ce dernier dut se faire violence et ravaler son indignation, s’empressant de fournir au mort-vivant les ingrédients nécessaires au rituel qui servirait leurs desseins…


***
     Ils formèrent un front uni, un bélier d’acier, une entité que rien au monde ne pouvait arrêter. Quatre chevaliers en armure complète, quatre lances pointées droit devant. Une invective muette suffit pour que leurs montures se mirent en marche, prirent de l’allure, puis se mirent dans un galop effréné, un ouragan de sabots et de caparaçons aussi rouges que le sang… Ils frappèrent tel le marteau qui s’écrase sur une enclume, mais ce fut le marteau qui céda : dans un craquement assourdissant, la barrière lumineuse qui leur faisait obstacle détourna leurs pointes qui auraient réduit en miettes un mur de pierre. L’acier grinça et se tordit instantanément, alors que les quatre chevaliers durent chacun faire un exploit d’équitation pour rester en selle ; tous échangèrent des regards sombres : ils avaient failli, ils étaient bloqués. Tous les quatre se réunirent une fois de plus, mais démontèrent cette fois-ci.
     Dans l’air planait une odeur de fraicheur hivernale, mais aussi de boue sordide, étrange mélange que les chevaliers avaient espéré laisser rapidement derrière eux. Nuit et jour, ils avaient chevauché, sans interruption, imperturbables, ignorants du rempart nouveau qui se dresserait sur leur route à la frontière ouest de la Sylvanie. Tout autour, c’étaient des vallons par moments escarpés, recouverts de neige, avec non loin des bosquets tristes et épars. Aucun indice, rien ne pouvait indiquer à l’œil nu qu’une matière invisible divisait la lande en deux, la séparant subitement en deux mondes différents. Les chevaliers voulaient quitter celui de la désolation.

     L’un d’eux peinait particulièrement à contenir sa rage, et seule l’oppressante retenue de ses trois frères d’armes l’obligeait à suivre leur exemple. D’un tempérament plus sanguin que les trois autres, une sombre flamme couvait en lui, une impression de perdition perpétuelle, d’honneur à jamais souillé, de fierté à jamais bafouée. Il venait de Mousillon, et cette origine maudite le marquait comme d’un fer rouge aux yeux de ses compagnons, il en était persuadé.
     Ils avançaient le long de la barrière qu’ils ne voyaient plus désormais, tenant leurs destriers morts-vivants par la bride, leur kasztellan en tête. Ce dernier eut amorcé la lente marche en direction du sud pour l’unique but de gagner du temps : s’arrêter aurait pour lui signifié accepter une défaite. Cependant, alors qu’il se mouvait habituellement avec aisance dans son équipement d’acier, les plaques protectrices lui paraissaient à présent peser plus lourd que jamais sur ses épaules. Rohémond de Brionne se sentait un épuisement qui lui avait été jusque là étranger, une faiblesse subite de l’esprit, comme si la barrière qu’ils venaient de rencontrer brisait non seulement leurs lances, mais aussi eux-mêmes, et ce jusqu’à la raison profonde de leur existence. Sa fierté, cependant, s’y refusait, et le poussait obstinément à avancer vers l’inconnu, dans un espoir qu’il refusait d’écouter, mais qu’il suivait néanmoins. Ils foulaient à présent l’herbe morte de la lande sylvanienne, sous un ciel noir d’encre, mais entrevoyaient toutefois de faibles lueurs dans les cieux à l’ouest : là-bas, au-delà de la barrière, les étoiles devaient paraitre à travers l’obscurité. Non loin, mais toujours aussi inaccessible, ils distinguaient parfaitement l’orée d’un grand bois touffu, duquel leur parvenaient quelques bruits indistincts de vie nocturne.
     Ils éprouvaient tous le même abattement, rien qu’en sachant leur bannière reposer sur le dos d’une des montures au lieu de claquer au vent. Personne ne songeait encore à la soif de sang, chacun aspirant seulement à ce qu’ils sortent tôt ou tard de la torpeur qui s’était emparée d’eux. Sans faits d’armes à accomplir, sans adversaires dignes d’être combattus, ils se sentaient vidés, inutiles, tels des pantins qui se meuvent sans volonté propre. Ils éprouvaient le même dégoût à affronter les morts : ce n’étaient que des artifices qu’utilisait quelque lâche sorcier qui ne valait guère plus qu’un excrément de mortel. Le seul et véritable mérite reposait dans la force et l’adresse, le maniement des armes, le contrôle de sa monture.
     Un vent d’effroi les glaça jusqu’aux entrailles lorsque, l’un après l’autre, ils réalisèrent que leurs idéaux eurent failli à venir à bout de la barrière lumineuse, ce qui inexorablement revenait à admettre la supériorité de la magie sur la force des armes. Alors un désespoir insipide s’empara d’eux, sans qu’aucun ne laisse rien paraitre sur ses traits, mais leur marche régulière devint peu à peu lourde et hésitante. Enfin, comme à regret, le kasztellan s’arrêta.
     La grande forêt se prolongeait encore à leur droite, et à leur gauche l’horizon était dissimulé par de hauts vallons grisâtres. Une brise paresseuse soufflait par bouffées irrégulières, agitant imperceptiblement l’herbe sous leurs pieds.
Les trois à l’arrière relevèrent la tête quand ils entendirent la voix nette de leur champion :
     - Chevaliers de l’Ordre du Dragon de Sang ! – ils se figèrent, désirant plus que tout qu’il finisse d’exprimer sa volonté. – Cette nuit, qui n’en est pas une, nous prions, - il marqua une courte pause, et, à leur grand étonnement, s’agenouilla, - la Dame du Lac !
     Aucun écho ne répercuta sa voix, et pourtant elle leur parut résonner plus fort que mille trompettes dans les ténèbres de la lande. Ils s’agenouillèrent, pris soudainement d’une ferveur qui ressurgissait en eux, comme un souvenir profondément enfoui. Leur détresse, leur impuissance face à tout ce que ce monde semblait à présent représenter, les faisait retourner aux dernières ressources dont ils pouvaient disposer, et ils eurent peur également, peur cette fois-ci que leur sainte bienfaitrice ne les délaisse après qu’ils aient renoncé à elle pendant si longtemps.
     Rohémond de Brionne avait joint ses mains, donnant l’exemple à ses pairs, et recherchait en lui une sérénité qu’il n’avait quasiment jamais ressentie. La barrière lumineuse avait certes brisé leurs lances et leur fierté de chevaliers de sang, mais il décelait au plus profond de lui une trace d’humilité qui venait de lui être enseignée. Quelle que soit la force des armes, il y aurait toujours quelque chose de plus grand au-delà, de plus fort, de plus paisible, de plus pur et plus doux. Alors il s’efforça de retrouver cette vertu au fond de lui-même, et d’en puiser la force divine, comme il l’avait fait il y a bien longtemps…

     Ses pensées de recueillement furent subitement entachées de sensations étrangères. Ses genoux appuyés fermement contre le sol décelèrent des vibrations qu’il reconnut immédiatement : un groupe de piétons en marche. Dès lors, il ne put s’empêcher de ressentir ces vibrations, qui le détournaient de sa prière. Au fur et à mesure, les vibrations devenaient plus intenses : le groupe de piétons était en fait une armée tellement vaste qu’il était difficile de l’estimer. Son ouïe suraigüe ne tarda également pas à lui faire part de la progression de cette immense armée, quelque part au sud, à une lieue de distance environ. Nul doute que ses compagnons l’avaient également entendue. La main du chevalier glissa naturellement vers la poignée de son épée. Il éprouvait un déplaisir immense que l’on osât le distraire de la sorte. En même temps, il sentait qu’il revenait à ses bas instincts, et qu’aller faire payer l’affront subi n’était qu’un prétexte afin de se retrouver à nouveau dans le chaos d’une bataille sans merci.


***


     Mannfred von Carstein daigna enfin se tourner dans leur direction, alors qu’ils dévalaient une énième colline au grand galop. Les chevaliers vampires n’étaient plus qu’à quelques centaines de pas des rangs entassés des morts, et le choc semblait imminent et d’une violence passablement ennuyeuse. Non, il allait régler cela immédiatement, et en bonne et due forme.
     Ses propres chevaliers d’élite à sa suite, le seigneur de Drakenhof se dirigea lentement à leur rencontre, avec l’attitude de celui qui se tourne pour observer une curiosité sur la route. Il rencontra leurs regards furieux sans bouger un cil, et, alors que plus rien ne semblait pouvoir les arrêter :
     - Si vous voulez sortir d’ici, servez-moi.
     Leurs cris de guerre résonnèrent avec férocité. Leur cible, toutefois, échappa tout d’un coup à leur vision, qui se brouilla dans une myriade de petites ailes noires accompagnée de cris stridents qui résonnaient par centaines. Ils dégainèrent d’un seul mouvement, interrompant violemment leur charge traitreusement aveuglée, et tranchèrent dans le vif avec la vitesse de l’ouragan, sans qu’aucun de leurs coups ne rate sa cible. Le sol fut bientôt jonché de petites bestioles aux courtes ailes noires. Lorsqu’enfin le nuage de vermine se dissipa, les chevaliers virent leur ennemi se tenir aussi tranquillement qu’avant. Son visage exprimait de la lassitude.
     - Je répète pour les sourds et les incapables, - fit-il doucement, - si vous voulez sortir d’ici un jour, vous devez me servir.

     Les seigneurs de Moussillon, de Quenelles et d’Aquitanie éperonnèrent leurs montures, pour des intentions de meurtre rapide.
     - Halte !
     L’ordre du kasztellan les figea sur place. Ce dernier les dévisagea rapidement, plus dur que jamais, puis jeta son épée devant lui.
     Avant de reprendre la parole, il attendit que chacun des ses hommes eût suivi son exemple. Chacun éprouvait alors un soulagement d’avoir son visage dissimulée par le heaume. Alors, Rohémond de Brionne prononça platement :
     - Seigneur, si vous prouvez vos dires par vos actes, nos épées vous sont acquises.
     - Prenez place à l’arrière des troupes.

     Ils suivirent ses ordres, à une exception : l’un d’eux s’éclipsa derrière la colline, puis ramena par la bride le cinquième destrier au caparaçon écarlate. Sur son dos gisait assise la dépouille de Mauroy de Brionne, anciennement chevalier de sang.

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Dernière édition par Von Essen le Lun 9 Mar 2015 - 19:01, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 9 Mar 2015 - 15:03

"soit la créature lui servait, soit elle périrait."
"ils réalisèrent que leurs idéaux ont failli à venir à bout de la barrière lumineuse"

Voilà les deux seules que j'ai trouvées Wink

Je sens que l'inspiration est de nouveau là, et que ce texte te permet de te remettre dans l'ambiance... Du coup je veux la suite, celle qui est censée être encore plus intéressante ! Clap

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 19 Mar 2015 - 12:05

Vive Von Essen ! Ton histoire est juste super inspirante et magnifique. Je suis obliger de demander la suite !
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 19 Mar 2015 - 12:28

C'est une suite un peu moins bien que les autres dans le sens où l'on apprend pas grand-chose. En effet, c'est plus une transition qu'autre chose. Le seul combat potentiel n'a pas eu lieu. Cependant, elle est tout de même toujours aussi bien écrite et on s'y prend quand même, et même si on reste sur sa faim à la fin de partie.

Du coup, j'attends la suite avec impatience.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 10 Avr 2015 - 11:36




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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 10 Avr 2015 - 13:18

Pourquoi ???? Crying Que t'arrive t'il ?
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 10 Avr 2015 - 13:49

Pour faire court, le fluff que GW nous propose pour la Fin des Temps me plaît de moins en moins, alors que les suites qui me viennent en tête sur le court terme me semblent dénuées d'intérêt si la fin sur le long terme ne me convient pas.
Conclusion : je réfléchis aux voies que j'emprunterai pour sortir de la trame historique de GW Smile

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 10 Avr 2015 - 13:59

Bah à la rigueur, tu t'en f**s de la suite version Games Workshop. Tu peux ta propre suite alternative. Ou dans le pire des cas, on peut s'y mettre à plusieurs pour déterminer la suite de la Fin des Temps pour déterminer notre fin alternative. Elle pourra servir de base à ceux dans le forums qui veulent écrire leur histoire avec une autre fin (ou pas d'ailleurs).

Mais sinon, je t'encourage à quand même continuer.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 10 Avr 2015 - 15:26

Tu as oublié de mettre l'inscription "chantier interdit au public" Lol !

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 13:06

Tout lu!

Si EoT ne te convient pas (je compatis: Athel Loren disparait), tu peux décider, sans complètement éviter le "nouveau fluff"  Beurgl  d'allonger le temps entre les évènements: dix ans entre la discussion Manfred/Arken et la mise en place du plan, dix autres avant les enchantements amenants Nagash (justifiable par tel ou tel alignement céleste)...
Suffisamment de temps pour faire une histoire.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 13:19

Citation :
dix ans entre la discussion Manfred/Arken et la mise en place du plan

Je sais que je suis une diplomate de renom, mais tout de même... Rolleyes
Je suppose que tu voulais dire Arkhan ? Lol !

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 13:29

Ou sinon il est tombé dans un endroit où le temps passe moins vite que dans le reste du monde. Il n'en n'a pas l'impression mais c'est bel et bien le cas.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 13:40

Citation :
Je suppose que tu voulais dire Arkhan ?
muco, je me suis trompé sur la personne... mes excuses, madame la tenancière

Citation :
Ou sinon il est tombé dans un endroit où le temps passe moins vite que dans le reste du monde. Il n'en n'a pas l'impression mais c'est bel et bien le cas.
le prochain vampire qui entre dans Athel Loren n'est pas certain de ressortir... mais par generosité, je pourrais intercéder auprès de la foret pour qu'il le puisse: les jambes sortiront au nord, les bras au sud, le tronc à l'est et la tête à l'ouest (mais sans la machoire, que je garderais comme souvenir)
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 20:42

Et pourtant, il parait que des vampires traversent en ce moment même les bois sauvages d'Athel Loren...
Arrow http://whcv.forumactif.com/t3782p30-feu-et-sang
Un récit criant de réalité, que j'aurais du mal à prendre pour de simples divagations d'immortels Razz

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 21:14

ceux-là ne concluent pas de pactes avec le chaos, EUX.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 21:27

Cela est vrai, cela est vrai. Bon, cela ne me dérange pas pour autant : mes vampires qui se retrouvent en Athel Loren... Certainement pas dans cette incarnation.

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Avr 2015 - 21:36

Après tout, je suis bien ici chez les morts, moi le vivant *hic!*
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 20 Avr 2015 - 19:51

***

     Le cercueil de bois noir reposait sur la grande table de la salle des festins, dans l’obscurité la plus totale. Le vent s’y engouffrait librement, remuant des volutes de poussière invisible. Si toutefois à ce moment là, un être doté du troisième œil avait pénétré l’intérieur de la pièce, il se serait immédiatement aperçu que le vent de magie impie, la dhar, était également présent en ce lieu. L’attention du visiteur serait alors certainement attirée par la forme oblongue du cercueil, qui, sans pouvoir être vue dans le noir, était facile à deviner pour celui qui savait regarder au-delà. Au moindre instant où la dhar en effleurait la surface, elle était immédiatement absorbée par le bois mort, et un vide d’aethyr se créait, attirant de nouveau le vent de magie, encore et encore.
     Le cadavre que contenait le cercueil avait la tête nettement tranchée, ainsi qu’une plaie profonde au niveau du cœur. Si l’hypothétique visiteur prenait la folle initiative d’enlever le couvercle de la sépulture, s’il poussait son enquête aussi loin que d’examiner le corps, il verrait sans encombre que c’était ce corps qui absorbait le vent noir. Dans un processus d’une extrême lenteur, imperceptible à l’œil humain, la dhar faisait repousser les os et la chair du cadavre, parcelle par parcelle, inexorablement.

     « Un mois. Un jour. Non, quelques jours, deux, non, quelques semaines, un mois ou deux, tout au plus. Un mois, et… »
     Alors ses pensées s’arrêtaient, se heurtant soudainement à un mur d’inconnu, de doute et même de crainte. L’insouciance qu’il affectionnait tant se retrouvait réprimée par la réalité qui ne contribuait qu’à le démoraliser. La mort de la comtesse signifiait la fin d’une quête, le début d’une autre existence, mais aussi quelque part la fin, une fin, une absence de choses futures qui seraient acceptables. Un mur épais et opaque face à l’avenir, qui rendait même son rétablissement dénué de tout sens. Dans le même temps, toutefois, il observait toutes ces inquiétudes avec détachement, comme s’il s’agissait d’une autre personne que lui. Il ressentait alors une certaine froideur mêlée de dédain, une incompréhension profonde envers soi-même : comme pouvait-il se permettre de croire que rien n’avait plus d’importance après un simple décès ? Lui était toujours vivant, lui était toujours de ce monde, lui allait toujours laisser sa marque dans les cœurs des mortels et les mémoires des démons. Aucun découragement vis-à-vis de ses projets d’accomplissements glorieux ne pouvait être toléré.
     Une autre facette de lui-même se rebella violemment contre cette exigence. N’avait-il pas déjà remué tout ce qui existe entre les cieux et la terre pour se faire connaître parmi les hommes et les dieux ? N’avait-il pas mis à mal des empires entiers, puis contribué à les rebâtir par le sang ? N’avait-il pas déjà traversé le monde entier en quête de gloire et de puissance, remonté jusqu’à la source de la magie, et découvert qu’elle était gouvernée par des êtres abominables dont l’existence-même était un mystère ? N’en avait-il déjà pas assez fait ? Cette part de lui-même maintenait cette vérité comme un étendard, comme un repère qu’il ne devait jamais perdre de vue : son passé.

     Son passé lui paraissait comme un chaudron immense et bouillonnant, rempli à ras-bord de faits d’armes, de fuites et de poursuites, de victoires et de défaites, de passions, de haines, d’oubli et de repli hors du monde. C’était un abysse dans lequel lui seul se croyait capable de plonger le regard, mais aussi dont il craignait la vue, tellement sa profondeur lui paraissait vertigineuse. Toujours, toujours il y entendait un son qui dominait tout, un son qui jamais ne l’avait plus attiré, le plus accompagné dans les meilleurs moments de son existence : le bruit assourdissant des tambours de guerre, parfois accompagné du tintement triomphal des trompettes. Souvent, il y décelait également des cris éloignés, des clameurs de rage sanguinaire, poussés par des hommes sur le point de mourir et de tuer, encore et encore, pour que la terre demeure à jamais abreuvée de leur sang et du sang de leurs ennemis. Quelquefois, il y avait aussi des cris d’effroi, des gémissements de douleur, des pleurs accablants, des hurlements tourmentés par toujours le même drame : la mort et la destruction. Jamais, jamais cette cacophonie ne semblait devoir cesser, car il semblait que les hommes n’aspiraient qu’à une seule chose : tuer. Puis, en regardant ailleurs, la vérité éclatait au grand jour : la guerre et les tueries connaissaient une fin, ou du moins des trêves subites, où soudainement il s’apercevait que l’on ne voulait plus de lui, ni de sa force, ni de sa lame, ni de son acuité surhumaine. Fouillant encore, il se rappelait que l’on avait même fait appel à lui pour reconstruire, rebâtir ce qui avait été détruit, remettre à neuf ce que la guerre avait malmené, afin que ceux qui avaient survécu vinssent y habiter. Il refusait toujours, arrachant aux gens la moindre rumeur d’un conflit lointain qui éclatait à nouveau, où son savoir et sa valeur seraient sollicités. Il se rappela les étranges regards avec lesquels ces gens accompagnaient son départ. Souvent, ils se détournaient.
     Pourquoi faisait-il cela ? – avait-on dû lui poser la question un jour. Il ne se rappela pas de la réponse qu’il fit alors, mais se dit qu’à l’époque, et même encore maintenant, il ne saurait s’arrêter pour faire quoi que ce soit d’autre : il ne s’abaisserait jamais à cela.  
     Pourquoi ? – il se surprit lui-même à être curieux. N’y avait-il jamais eu rien d’autre dans sa longue vie que des guerres sans fin ? Il y eut des femmes, - s’entendit-il se dire à lui-même, et, comme pour s’y opposer, surgit en lui l’étrange conviction qu’il n’y avait jamais eu personne dans sa vie avant la comtesse, avant Delphine d’Essen aux longs cheveux blonds. Mais non, forcément il dut y en avoir d’autres, c’est juste qu’il ne voulait pas s’en souvenir, que la coupe était trop pleine, que le chaudron était bien trop profond et bien trop brûlant pour qu’il ait envie d’y replonger le regard. Une pareille initiative ne lui causerait certainement que des tourments inutiles, dont il pourrait bien se passer.

     Des images floues traversèrent son esprit, aussi imprécises et éphémères que des volutes de fumée. Agacé, le sabreur immortel voulut serrer le poing et fracasser le bois du cercueil. Il dut comprendre une fois encore que son corps ne lui obéissait pas. Se sentir aussi impuissant lui rappela une chose : il détesterait rester ainsi pour l’éternité. Une fois encore, il étouffa une colère inutile, se résigna à attendre et à calmer son esprit. Les images réapparurent, vivaces et colorées telles des fleurs fraiches, mais souvent aussi noires et mornes qu’un orage lointain. Ashur songea à quel point il aurait voulu de nouveau brandir le sabre, et des souvenirs du Nippon affluèrent à sa conscience, tel un fleuve tumultueux. D’abord les odeurs : les senteurs naturelles, puis les immondices des mortels, puis leurs parfums exquis. Alors les images se précisèrent : de fragiles murs de papier éclairés par une douce lumière, un plancher laqué éclatant de propreté, des étoffes de soie sans la moindre imperfection, et partout, partout des regards qui se tournaient vers lui.

     - Nous sommes plus qu’honorés de vous souhaiter la bienvenue dans notre palais, ô guerrier étranger.
     Les misérables idiots. Aucun d’entre eux ne pouvait soupçonner que leur invité maîtrisait depuis des années le fabuleux don de vision spirituelle, et pouvait déchiffrer chacune de leurs pensées, même les plus secrètes, que même eux ne connaissaient pas.
     Ashur s’inclina et sourit aux hommes qui le scrutaient de la tête aux pieds. Ils se trouvaient certes dans un palais, mais un palais à la garnison si réduite qu’il n’aurait aucun mal s’approprier la majestueuse demeure s’il le voulait. Ceux qui lui faisaient face étaient les vainqueurs d’une récente bataille. Ils lui devaient la victoire. Ils lui devaient la vie.

     Lorsqu’il eut débarqué sur la côte sablonnée des îles qu’il souhaitait découvrir, il eut immédiatement entendu les cris des tueurs et les râles des mourants. Il en rit alors à gorge déployée : à peine arrivé, voila déjà que l’on avait besoin de lui ! Il dégaina immédiatement une vieille épée qui l’avait accompagné depuis son départ de Lahmia, et amorça la rapide ascension du vallon qui dissimulait l’affrontement. Ses vêtements et son armure, de facture cathayenne, s’accordaient parfaitement à sa course.
     Une fois au sommet, il aperçut au loin une bataille qui semblait être engagée depuis un bon moment : les guerriers foulaient une herbe souillée par leurs morts, s’entretuant avec la hargne de ceux qui se battent pour survivre. L’ensemble, toutefois, offrait une vision exacte de celui qui avait l’avantage : le rouge dévorait le gris, lentement, mais surement.
     Ashur fut secoué d’un nouvel éclat de rire : il n’y avait rien de plus exaltant à ses yeux que la vue d’une mêlée sanglante et sans pitié. Il s’élança, aussi rapide sur ses deux jambes qu’un animal sauvage, poussant son propre cri de guerre que seulement peu de combattants entendirent ; ceux qui s’y intéressèrent virent une forme indécise percuter les rangs déjà désorganisés des soldats rouges, laissant une trainée de cadavres encore brûlants de vie sur son chemin.

     Le général rouge aperçut rapidement celui qui causait la quasi-déroute de ses troupes. Invectivant sa monture à ne pas craindre le chaos ambiant, il galopa dans la direction du guerrier qui abattait ses cibles avec une aisance et une brutalité inhumaines. A sa suite, silencieux et efficaces, ses cavaliers d’élite le protégeaient de toute blessure fortuite.

     L’immortel aperçut rapidement son nouvel adversaire, et jubila intérieurement à l’idée du terrible affrontement qu’il escomptait. Il bondit vers lui, crocs dénudés, l’épée serrée dans ses deux mains, alors que la lance du général rouge allait transpercer sa poitrine…

     La lance se brisa d’un coup sec, alors même qu’elle avait aisément perforé l’armure de l’ennemi. Au même instant, Ashur trancha net la tête du destrier, projetant de sombres éclaboussures aux alentours.

     Le général eut le temps de bondir hors de sa selle, faire une roulade et s’arrêter sur ses pieds. L’attaque arriva pile là où il l’attendait : son sabre fut dénudé alors même qu’il faisait encore dos à son adversaire. La force de ce dernier était terrifiante, mais le général dévia le coup et asséna une botte circulaire dans une fulgurante volte-face. Une fois de plus, il n’entendit pas son arme trancher les chairs de son ennemi.

     Ashur abattit sa lame une seconde fois, certain cette fois-ci de venir à bout de cet adversaire ô combien appréciable. Il fallut à sa proie se mettre à genoux et interposer son sabre pour espérer l’arrêter… Il n’en fut rien : son adversaire insista de sa main droite pour que la lame glisse le long du tranchant qu’elle aurait dû briser, et au même moment l’immortel sentit un rude coup de garde percuter sa mâchoire.

     Le général crut frapper contre un rocher ; il perçut qu’il ne survivrait pas un long combat face à un ennemi aussi endurant, et son instinct guerrier le fit relever son sabre pour l’abattre sur le cou de son ennemi emporté par son élan. Le tintement métallique parut assourdissant.

     Ashur sentit d’abord avec curiosité le sabre qui s’enfonçait dans son cou, puis vit nettement sa lame réduite en miettes par l’arme de sa vaillante proie. Une rage folle s’empara de lui.

     Le général n’eut pas la force ni le temps d’achever son attaque : une main au teint pâle se saisit de son sabre, alors qu’une autre le frappa dans l’abdomen, lui causant une douleur telle qu’il n’en avait jamais ressenti. Dans une sorte de semi-conscience, il vit son ennemi se relever, son sabre toujours planté dans son cou, une lueur rouge démoniaque brûlant dans le regard. La peur qu’il en ressentit le paralysa.

     Haineux, Ashur arracha l’arme qui l’avait blessé, puis l’enfonça profondément dans le cœur du général rouge.


     Ce fut une débâcle à laquelle il accorda à peine un regard. Tout autour de lui, les guerriers portant les couleurs grises semblaient le saluer dans leur langue étrange, mais ça aussi, il n’en avait cure. S’approchant du cadavre affalé de son ennemi vaincu, il retira son sabre de son corps, avec un geste sec. Sous les regards ébahis de ceux qui l’entouraient, il observa attentivement la lame, la remuant afin d’en voir tous les recoins, allant jusqu’à en essayer la solidité et la souplesse sur son genou.

     Les troupes grises firent place à quelques cavaliers qui portaient un équipement semblable à son ennemi vaincu. Leurs couleurs ciel d’orage indiquaient qu’ils appartenaient aux vainqueurs, et l’immortel comprit qu’ils étaient en train de louer ses prouesses et de l’inviter à les suivre, puisqu’un cheval lui fut proposé sur le champ. Habitué à de pareilles cérémonies, Ashur se joignit aux troupes grises avec un air d’indifférence totale, malgré les marques d’honneur que l’on lui faisait.

     Dès lors, son ennui ne cessa de croitre. Tout ce qui lui importait, c’était de comprendre la structure du sabre de son ennemi, trophée dont il n’avait même pas songé à récupérer le fourreau. Ceux qui l’entouraient étaient évidemment intéressés par sa loyauté, par sa force, par sa vitalité incroyable. Tout cela l’ennuyait.

     Dans le palais, imposant édifice de pierres blanches avec un épais mur d’enceintes, il fut invité à des usages de propreté, chose auxquelles il avait renoncé depuis des années pendant son séjour à Cathay. Il s’y plia par calcul, espérant qu’on lui explique après comment faire des sabres pareils au sien.

     Ce fut ainsi qu’il se retrouva face aux chefs gris, vainqueurs par son bon caprice. Lui comme eux furent toutefois grandement soulagés lorsqu’il s’avéra qu’ils pouvaient communiquer en cathayan, chacun y mettant son propre accent étranger. Huit hommes : deux devant et trois de chaque côté, et son interlocuteur était manifestement le plus vieux d’entre eux, et le plus richement vêtu.

     - Nous sommes plus qu’honorés de vous souhaiter la bienvenue dans notre palais, ô guerrier étranger.
     - Je suis plus qu’honoré d’être reçu par mes bienfaiteurs.
     - Qui que vous soyez, sachez tout d’abord que le clan Shuwa sait récompenser la bravoure et l’adresse de ses alliés.
     - Je ne saurais me montrer malpoli en attendant une récompense de mes bienfaiteurs.
     - C’est le Ciel qui fait que nous nous sommes rencontrés. Je suis Hiroomi Shuwa, chef du clan auquel vous avez offert la victoire en ce jour.
     - Je suis Ashur, guerrier sans maître, en quête de perfection martiale.
     Les guerriers tout autour contenaient leur curiosité même dans leurs expressions, mais l’immortel sentait l’intérêt évident qu’ils portaient à chacune de ses paroles, et s’en délectait. Le chef de clan, lui, ne le quittait des yeux que lorsque la politesse l’exigeait.
     Après une courte pause, il prononça :
     
- C’est le Ciel qui fait que nous nous sommes rencontrés. Vous êtes au pays de la perfection martiale, et mon clan est celui qui en a la clé.
     Ashur faillit éclater de rire. Nul doute que le vieil homme le remarquât. Après tout, il fallait avoir du culot pour glisser un mensonge aussi grossier, mais en même temps aussi compréhensible.
     
- La clé réside dans l’arme, n’est-ce pas ?
     Nouvel amusement. Le chef allait répondre « Non, elle réside dans la loyauté, » mais craignit soudainement de le froisser par son refus.
     
- Cela est vrai, - dit-il à peine moins nettement qu’avant, - la clé réside dans l’arme. Mais l’arme n’est rien sans son maître, n’est-ce pas ?
     - J’ai l’arme de mon ennemi, j’en suis le maître. Ai-je atteint la perfection ?
     Un début d’impatience s’agita dans le chef du clan, mais il le refoula.
     
- Pas encore. Posséder ne signifie pas maîtriser, car cela signifierait que nous sommes tous capables d’être invincibles.
     - En suis-je capable ? Cette arme m’intrigue, je veux en avoir la clé et la maîtrise, - l’impatience d’Ashur, elle, commençait à déborder.
     Le vieux chef de clan le ressentit, et s’empressa de s’en saisir à son avantage :
     
- Vous en êtes capable. Je vous apprendrai personnellement, jusqu’à la perfection. Je le jure sur mon honneur.
     L’immortel dévisagea le chef avec une incrédulité non dissimulée, ce qui fit frémir ceux assis autour. Le chef, toutefois, n’en fit rien.
     
- Si vous acceptez de conduire mon clan jusqu’à la victoire, je vous apprendrai l’art du sabre jusqu’à la perfection.
     Ashur mesura les paroles du vieux chef, en saisit les demi-vérités, en saisit le courage de mentir à un être aussi dangereux que lui. Rien ne le témoignait en apparence, mais la hardiesse de cet homme, et les risques qu’il acceptait de prendre pour son clan faisaient foi de sa valeur. Refuser maintenant serait trop regrettable et trop mal placé.
     
- J’accepte. Apprenez-moi ce que vous savez, maître.

 Vampire  



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Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Lun 20 Avr 2015 - 21:00, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 20 Avr 2015 - 20:43

j'étais en train d'écrire, mais quand j'ai vu qu'il y avait la suite, j'ai sacrifié mon élan...

un peu plus sur le passé de Ashur... que du bonheur, je regrets pas
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Ven 1 Mai 2015 - 21:17

Je m'impatiente, mon envie de publier l'emporte. Bonne lecture ! Camouflé Ninja



     Ashur accorda une pensée particulière aux souvenirs qui le liaient au vieux chef de clan. Bien que sa vie déclinât, Hiroomi Shuwa n’en demeurait pas moins que le général incontesté de ses armées, un guerrier robuste et un diplomate réfléchi. Tout ce qu’il faisait avait un sens, pour lui comme pour son clan. Toutefois, ce fut son incroyable perspicacité qui lui valut le respect du vampire millénaire : ce dernier ne cessait de le surveiller, guetter le moindre signe de faiblesse, la moindre raison qui lui fît rompre le pacte avec le clan Shuwa ; le vieux chef ne lui en offrit aucune. Pire : il interdit à l’immortel d’apparaître sur le champ de bataille, et l’entraina dans le plus grand secret. « Quand je nécessiterai votre soutien, vous le saurez vous-même, - disait-il. – En attendant, reprenons nos sabres. »
     Cela dura huit mois.

     Il sentit l’inévitable quelques instants avant que le vieux chef ne s’en rende compte lui-même : le rythme de son cœur s’accéléra, puis s’arrêta brusquement, puis reprit de nouveau de manière effrénée. Hiroomi Shuwa ne put réprimer un rictus de souffrance, attrapant machinalement sa poitrine, tombant à genoux. Ils étaient dans une cour intérieure du palais nippon, un jour d’hiver ensoleillé, mais néanmoins glacial.
     Ashur regarda le guerrier recroquevillé sur lui-même, et ressentit à la fois du dédain et de la pitié. Le cycle de la vie et de la mort était bien cruel d’emporter les meilleurs hommes du monde. Ce n’était pas de la pitié, c’était une amertume qui gagnait en intensité : ce mortel si talentueux devait s’effacer pour laisser place à d’autres, qui ne lui arrivaient pas à la cheville ! Il en pourrait cracher de dépit. Cependant, l’immortel arrêta ses pensées en voyant que le chef de clan se redressait, toujours à genoux. Hiroomi Shuwa fixa son regard perçant droit dans les yeux rouges du vampire.
     - Le moment est venu, - dit-il d’une voix rauque, mais ferme. – Je ne suis plus apte à vous entrainer, Ashur san.
     - J’ai attendu ce moment, Hiroomi dono. J’ai failli épuiser ma patience.
     Ashur avait toujours son sabre en main, alors que celui du vieux guerrier était tombé à côté de lui.
     - Vous n’avez aucune raison de me haïr, Ashur san.
     - Je vous hais pour votre mortalité, votre faiblesse.
     - Vous êtes un démon envoyé sur terre, aussi humain que vous puissiez paraître. Vous devez alors savoir que j’ai honoré mon engagement, et j’attends que vous honoriez le votre.
     Un profond malaise s’empara du vampire. De quel droit ce mortel lui indiquait-il ses devoirs ? Et pourtant, il se dégageait une aura impérieuse de cet être fragile, une force aussi profonde que les racines des arbres, qui obligeait à l’obéissance celui qui l’écoutait.
     - Vous allez commettre le suicide honorifique, et attendez de moi que je vous assiste. Ensuite, vous attendez de moi que je serve votre héritier afin qu’il parvienne au pouvoir suprême sur le Nippon, et vous espérez que les sacrifices que vous m’avez consacré suffiront à me convaincre de servir votre cause.
     A sa grande surprise, Hiroomi Shuwa ne broncha pas, alors qu’il lui avait énoncé toutes ses pensées à la suite.
     - Vous m’avez entièrement compris, Ashur san. Puisque vous savez tout, je peux aller convoquer mes généraux pour la cérémonie.
     Ce mortel était-il également doué de la vision spirituelle ?      
     - Pourquoi ne pas avoir accédé au pouvoir par vous-même ?
     - Vous ne me connaissiez qu’à peine, moi et mon clan, et n’auriez eu aucun mal à me trahir.


     Il combattit sous les ordres de l’héritier du clan Shuwa, Todoroki. Sa nature surhumaine était connue seulement parmi l’héritier et ses plus proches généraux : les rares fois où le vampire ne s’était pas repu sur les champs de bataille, une prostituée parmi les meilleures était mise à sa disposition. Elle en revenait vivante, sans garder le moindre souvenir de ce qui lui était arrivé pendant la nuit.
     Lorsque l’art du sabre du clan Shuwa se combina à la force surhumaine de l’immortel, il en devint un guerrier tel que nul n’avait une chance de lui faire face en combat rapproché. Il ne se dissimulait plus, et son existence n’était plus en secret pour les autres clans du Nippon. Seulement, lorsqu’ils prirent bonne mesure de leurs défaites consécutives, les voisins immédiats du clan Shuwa s’empressèrent de se rallier sous sa bannière grise : il était notoire que le guerrier sanguinaire s’en prenait surtout aux généraux des armées adverses, et tuait ses victimes avec une férocité quasi animale.
     Bientôt, la plus grosse partie du Nippon, à l’exception des provinces septentrionales, s’était unifiée sous l’autorité de Todoroki Shuwa. Sa politique se caractérisait par une extrême sévérité qui ne tolérait aucune rébellion, mais aussi par une bonne mesure des nécessités du bas peuple : des provinces jusque là accablées d’impôts connurent un soulagement inespéré, et ses habitants tressèrent des louanges à leur nouveau seigneur, et à son champion.
     Ashur ne refusa pas en effet de participer aux cérémonies officielles, ni aux promenades dans les provinces. Ceux qui le voyaient ne constataient que son origine étrangère ; ses vêtements et ses manières faisaient de lui un homme du Nippon irréprochable. On s’étonna seulement qu’un guerrier pareil ne fût pas anobli, et n’eût pas encore pris femme. L’immortel eut refusé les deux, sans jamais en fournir les raisons.

     La fragile porte de papier coulissa, laissant apparaître derrière une femme d’âge mûr, vêtue d’un ample kimono orné de broderies éclatantes, ceinte d’une large ceinture de soie, le traditionnel obi du Nippon.
     C’était un soir de printemps, la pluie tombait au dehors, ils se trouvaient dans l’une des chambres du palais clanique. Ashur était seul, agenouillé devant son sabre, le même qui eut brisé son épée lahmienne, il y a bientôt trois ans.
     La femme s’inclina, puis, quand l’immortel lui rendit sa courtoisie, entra dans la chambre, suivie d’une servante qui referma la porte derrière elle.


     - Que me vaut cet honneur, Mamiko dono ?
     - Mon… - elle hésita avant de reprendre. – Mon mari s’inquiète à votre sujet, Ashur san.
     Ridicule. Son mari avait peur de lui. De bataille en bataille, les victoires du clan Shuwa devenaient de plus en plus fortuites, remportées seulement grâce à la brutalité de son sabre. Todoroki ressemblait beaucoup à son père, mais sentir le pouvoir à portée de main commençait à lui jouer des tours. Il s’impatientait, ne tolérait guère les contretemps, et son attitude vis-à-vis de l’immortel commençait à manquer de déférence. Il tenait sa loyauté pour acquise, et sa femme n’était là que pour s’en assurer.
     - Ashur san, pourquoi ne voulez-vous pas prendre une épouse ?
     - Je vous serais obligé de ne pas poser cette question, Mamiko dono.
     - Je vous prie cependant d’y répondre.
     Pensait-elle obtenir des réponses parce qu’elle était femme ?
     - Je serais un piètre mari : ma femme serait veuve le lendemain de la cérémonie.
     - Vous plaisantez ! Nul ne vous égale sur le champ de bataille !
     En cela, l’immortel sentait qu’il l’attirait. Seule la peur qu’il lui inspirait en même temps la dissuadait de commettre une imprudence.
     - Je serais un mari infidèle : vous savez certainement pourquoi certaines nuits ma chambre est interdite d’accès.
     - Je suis certaine qu’une bonne épouse saurait vous satisfaire, et plus important encore : vous offrir une descendance.
     Pie bavarde ! Au moins, son mari ne l’avait pas renseigné sur sa nature véritable. Il fallait continuer la mascarade…
     - Que puis-je léguer à ma descendance ? Je n’ai rien à part mon sabre.
     - S’il n’y a que cela, vous avez mérité un titre et des terres depuis des lunes ! Voulez-vous que j’en parle à mon mari ?
     Une épouse. Des terres. Les Shuwa devaient être irrémédiablement mesquins pour croire que de telles vanités sauraient brider le guerrier qu’il était. Mais cette femme était déterminée à parler pendant des heures pour le convaincre, et la congédier aurait été une source d’ennuis ultérieurs. Il fallait donc lui donner un os à ronger afin qu’elle s’en aille.
     - Je vous en serais éternellement reconnaissant, Mamiko dono.
     La femme eut un sourire qu’elle voulait bienveillant, mais dans ses yeux il pouvait lire un triomphe… Heureusement qu’elle était partie : son joli kimono aurait été rouge de sang.


     Cette mascarade, de plus en plus détestable, fut ce qui le fit alors rejeter les derniers remparts de sa raison, pour s’adonner pleinement à la bête, et décimer tous ceux qui jadis avaient essayé de le manipuler. Ce n’est que bien plus tard qu’il s’éveilla de sa folie, et comprit qu’elle avait amené à accomplir bien plus de massacres qu’il n’en avait commis au cours de sa carrière militaire au service des Shuwa. En définitive, de bien détestables souvenirs d’un passé qui mériterait d’être oublié depuis longtemps. Oui, s’il voulait espérer écourter le temps en ressassant le passé, autant prendre des souvenirs qui le rempliraient d’allégresse… Le vampire millénaire eut l’intention de choisir, mais se confronta soudainement à l’impossibilité de mettre de l’ordre dans sa mémoire, où l’écrasante majorité des images était brouillée par la vue du sang. Non, - pensa-t-il, - un immortel ne devrait jamais essayer de revivre son passé en souvenirs : il doit vivre le présent, et seulement le présent, et ignorer que son existence a eu un début, et ignorer que son existence aura un avenir, voire une fin…
     Il laissa s’échapper un long moment, l’esprit en proie à une sourde confusion.
     Il se rappela que lors de sa solitude, il lui arriva souvent de se retrouver ainsi l’esprit vide et hagard, ignorant s’il avait été au même endroit pendant un instant ou un an entier. Une étrange pensée s’imposa alors à lui : s’il ne pouvait plus mesurer le temps, il ne pouvait alors savoir s’il était resté là, immobile, pendant des mois ou des siècles, et ne pouvait donc en aucun cas s’impatienter. Son corps se régénèrerait bientôt, et il serait de nouveau libre de partir où bon lui semblerait, libre de brandir le sabre à nouveau, et libre de l’abattre sur qui bon lui semblerait. Bientôt, il serait de nouveau libre, bientôt, oui, bientôt…




     Ce « bientôt » n’arriva pas alors qu’il espérait qu’il arriverait. Il voulut se mettre à nouveau en colère, mais une fois encore réalisa l’absolue inutilité de celle-ci.
     Se souvenir, vite, arrêter le temps, ralentir l’attente…

     Il courait à sa manière aussi rapidement qu’il le pouvait, et se demandait si sa nouvelle rencontre arrivait à le suivre ; ses sens lui indiquaient toutefois qu’elle le talonnait de près. Vraiment, elle était donc comme lui : une immortelle, une citoyenne de Lahmia transformée par les artifices de Neferata, la Mortelle Beauté… Mais… D’où venait-elle ? Pourquoi courait-il avec elle à travers un dédale rocheux et désertique ? Que signifiait la présence d’une petite mortelle dans ses bras ?

     Une telle avalanche de questions occupa son esprit tout entier : l’espace d’un instant, il crut qu’il deviendrait fou. Cette immortelle était vêtue pauvrement, de même que lui n’avait pas fière allure, car il avait décidé de se séparer des parures superficielles de son vêtement.

     Quand est-ce que cela avait eu lieu ? Sa folie voulait qu’il ne s’en souvienne plus, maudite soit-elle ! Mais il portait encore son épée lahmienne, et son armure de garde du palais, donc cela devait remonter à très, très longtemps…

     Ils devaient distancer leurs poursuivants à tout prix : il savait qui ils étaient, et combien ils étaient. Des centaines au moins. Toutefois, plus ils s’épuisaient, moins ils auraient envie de poursuivre leur proie.

     Proie ! Aurait-il alors craint d’affronter l’ennemi en face ?! Mais qu’importe, il ne voulait plus se retrouver à maudire son impuissance présente, aussi voulait-il se raccrocher à tout prix à ce nouveau souvenir qui venait de surgir en lui.

     Ils coururent longtemps sur le sol rocailleux des montagnes, jusqu’à ce qu’une aube blafarde ne commence à pointer à l’horizon. Les poursuivants avaient cessé leur chasse, ou étaient incroyablement distancés, et ils pouvaient s’offrir un instant de tranquillité, qui en l’occurrence se résumerait à la recherche d’un refuge de fortune, afin de s’abriter du seul fléau qui les rendait vulnérables, voire en péril mortel : le soleil, Ptra, le soleil, le Tout-Puissant Dieu des Dieux…
 




68ème partie.



     Peu de temps s’écoula avant que l’immense colonne de charnier ambulant ne s’arrête brusquement. Aucune rumeur ne parcourut les rangs de la non-vie, tout ne fut qu’un bref crissement d’os et de métal, puis le silence retomba. Les orbites creuses des squelettes et les globes putrides des zombies scrutaient le noir infini, et seules de rares créatures douées de conscience appréhendèrent la soudaine halte de l’armée. A l’arrière de la colonne, les quatre chevaliers de sang échangèrent de brefs regards à travers les fentes de leurs heaumes. Leurs poignées se crispèrent sur leurs nouvelles lances de cavalerie, modeste présent de leur nouveau suzerain ; la bannière du Fort de Sang pendait mollement au sommet de l’une des longues pointes d’acier.
     Leur acuité vampirique perçut du mouvement ainsi que de brefs échanges de paroles à l’avant de l’armée : le comte Mannfred conversait avec une créature qu’ils ne connaissaient pas, mais dont la voix rauque et caverneuse ne leur inspirait rien de bon. Alors, un gémissement humain se fit entendre : ce devait être un homme à demi-conscient. Les accents pitoyables de sa voix n’inspirèrent que dédain aux quatre vampires.
     Sa plainte épuisée fut subitement interrompue par un lamentable cri d’effroi, qui lui-même fut violemment étranglé et suivi d’un gargouillement abject. Alors reprit la voix râpeuse et lugubre : elle sembla plus assurée cette fois-ci, et les quatre chevaliers de sang perçurent qu’il s’agissait du commencement d’une puissante incantation. Une aura malsaine émana de l’endroit du rituel. La voix du sorcier gagnait toujours en sonorité, et chaque syllabe prononcée paraissait meurtrir le silence même. Les chevaliers de sang virent de loin la barrière lumineuse s’éclaircir de plus en plus, comme réagissant aux abominables paroles du sorcier. Ce dernier chantait à présent d’une voix assourdissante, mais qui demeurait inlassablement monocorde, implacable et cruelle. Le vent qui soufflait aux alentours changea brusquement de direction, convergea vers le rituel ; les quatre vampires sentirent l’air se condenser à l’endroit où la barrière lumineuse brûlait désormais d’un éclat aveuglant.
     Soudain, un craquement sinistre se fit entendre. Abasourdis, les chevaliers de sang observèrent le rempart sacré se couvrir de fêlures, comme si un gigantesque marteau venait d’en abimer la surface. L’instant d’après, il leur sembla que dix mille âmes torturées hurlèrent à l’agonie, alors que la barrière lumineuse volait en éclats dans un terrible coup de tonnerre ; le vent souffla de plus belle, comme attiré par l’énorme faille dorée qui venait de s’ouvrir.

     « Ainsi tomberont tous les obstacles au retour du maître. »

     Toujours stupéfaits, ils virent l’armée des morts se remettre en marche d’un seul mouvement, sans tergiverser et nullement affectée par le cataclysme qui venait d’avoir lieu. Une fois encore, les quatre vampires se dévisagèrent avant d’emboiter le pas aux soldats cadavériques. Le kazstellan eut simplement à hocher la tête : leur maître remplissait son devoir envers eux, ils devraient désormais remplir le leur. Alors qu’ils franchissaient enfin la détestable barrière, Rohémond de Brionne entendit une remarque du chevalier de Quenelles, qui portait leur bannière de guerre :
     - Et nous observerons tranquillement ces pantins ravager les champs de bataille ?
     Il ne répondit pas, et les deux autres chevaliers non plus. Les mortels devront une fois de plus prouver leur valeur face à la perfidie des sorciers, ceux-là hélas aidés cette fois-ci par les meilleurs guerriers qui foulent la terre du Vieux Monde. La Dame du Lac les protège…

...

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ethgri wyrda
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 5 Mai 2015 - 19:12

mais que font les autres ?

le mur finalement pas si invulnérable de l'Empire s'est effondré.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   

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