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 Vampire at war : les temps maudits

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Von Essen
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MessageSujet: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 12:16

Et ça continue, messieurs-dames, vers une Fin des Temps dont personne ne peut deviner la portée !
Mais tout d'abord, voici venir les temps qui précèdent la Fin, les temps que personne, pas même les vampires, ne souhaiterait avoir à vivre dans leur existence...  
RIP Voici... Les temps maudits ! RIP


Vampire at war : les temps maudits est la suite logique de la partie Vampire at war : les chroniques d'Essen, qui elle-même trouve ses origines dans Vampire at war : présentation.
Bonne lecture !  Happy  






Prologue :

   

     Quelles sont les passions les plus viles des hommes ?
     La vanité.
     La mesquinerie.
     La colère.
     La jalousie.
     La pure envie de faire souffrir, toujours plus que soi-même.

     Le pardon pour eux n’est qu’un mensonge, ou au mieux un trésor que leur avarice ne saurait offrir. Personne ne mérite le pardon de personne, tous doivent aller s’excuser d’eux-mêmes, mais personne ne le fera.
     Le temps a toute la valeur du monde. Que la colère soit rapide comme la foudre, ou lente comme la lune dans le ciel, chaque moment est savouré : chaque instant d’angoisse est ressenti pleinement, telle une coupe qui se remplit à ras-bord, et que l’on ne peut vider qu’en répandant le contenu. Le sang.
     Tout est dans le sang.

     Von Essen réunissait en lui toutes ces passions, qu’il ressentait au fur et à mesure de son service auprès de la comtesse Emmanuelle von Carstein.
     Sa nouvelle condition, qu’il reçut tel un cadeau tombé du ciel, fut brutalement transformée en breuvage amer : le vampire réalisait qu’il y avait toujours plus fort que lui, et cette seule pensée l’insupportait. Elle le faisait travailler de toutes ses forces afin de combler ses lacunes.
     Des jours durant, quand la comtesse ne le faisait pas mander, il s’enfermait dans la bibliothèque, et étudiait les parchemins qui y étaient entreposés. A sa grande déception, il n’y trouva rien sur l’étrange force qui lui avait permis de redonner vie aux guerriers d’outre-tombe, et il lui fallut tout son sang-froid pour ne pas mettre en pièce les précieux manuscrits, parfaitement inutiles dans sa quête de pouvoir.
     Lorsqu’un autre seigneur vampire se présenta au château, Von Essen le reçut avec toute l’humilité qui s’imposait à un serviteur, mais juste après l’implora presque de lui enseigner tout ce que ce dernier pouvait lui apprendre sur le maniement d’une épée. Viktor von Carstein était son nom, un géant aussi fort que véloce, et naturellement impitoyable, aussi bien qu’il aurait embroché Von Essen sur place si ce dernier n’était pas au service de « sa chère sœur ».
     Comme ce dernier eut alors insisté, même au péril de son existence, le seigneur von Carstein l’envoya sans cérémonies faire ses premières armes auprès de ses deux lieutenants, Markus Liebknecht et Siegfried Liebknecht, deux vampires autrement redoutables, car non contents de brandir des lames puissamment enchantées, ils étaient en plus rompus dans les arts de la manipulation de l’ombre, et pouvaient à volonté maudire leurs adversaires avec ces artifices.    
     En tant qu’homme de main de la comtesse Emmanuelle, Von Essen lui aussi avait eu droit à une épée marquée de symboles occultes. La puissance de cette dernière était toutefois bien médiocre, comparée aux armes des Liebknecht. Bien que l’entrainement prenait des jours, voire des semaines, la comtesse von Carstein n’y voyait aucune raison d’y faire entrave, au contraire : son « cher frère » lui faisait un cadeau en formant son serviteur de la sorte. Ainsi, nuit après nuit, la salle d’armes du château résonnait en tintements d’épées, grognements enragés et moqueries. Beaucoup de moqueries.
     Le jour, Von Essen régénérait ses nombreuses blessures.

     Que le « seigneur » Viktor von Carstein se soit rendu ainsi rendre visite à sa sœur ne lui importait guère. Qu’il avait pu entendre que ce Viktor fût au service du « comte Mannfred » lui passait également au dessus de la tête. Tout ce qui avait alors une valeur à ses yeux, c’était d’acquérir toujours plus d’adresse et de puissance à l’épée.  A force, il sut graver dans son esprit les principales techniques de duels à l’ancienne, mais réalisa bien vite que cela ne suffisait pas. Puisant dans une malice qui paraissait fleurir en lui, il se trouva les ressources pour asséner des coups bas à ses deux entraineurs : tendons tranchés, poignets sectionnés, coups paralysants… La riposte n’en fut que plus cruelle, et il dut alors passer plusieurs jours à récupérer de ses propres blessures.

     Il avait juré un jour de tuer tous ceux qui se prétendraient meilleurs que lui, et ce vœu le rendait indémoralisable. Serrant les dents et éprouvant la patience des Liebknecht, il se battait, tombait, se battait encore, feintait, sectionnait un autre tendon… Lorsqu’un jour, il parvint à mettre Markus à terre, il jubila tellement qu’il en oublia d’éviter le coup de Siegfried qui lui trancha les deux jambes. Ils se moquèrent de lui ensuite pendant plusieurs heures, avant de jeter ses membres meurtris dans deux coins opposés de la salle. Von Essen souffrit longtemps, mais fut sur pieds le jour suivant : sa magie grandissait en même temps que sa maîtrise de l’escrime.
     Aveugle à toute autre chose, il progressa. Si au départ, un des Liebknecht seul n’avait aucun mal à le faire ployer, il pouvait à présent en tenir au moins un respect. Pire : son niveau d’escrime, aussi déloyal fut-il, surpassait à présent le leur, et seules leurs lames enchantées permettaient de garder un certain avantage. Toutefois, ce fut quand il découvrit l’hypnose que sa première victoire eut lieu.
     Il n’y avait rien de certain au départ, mais Von Essen décela peu à peu que lorsqu’il fixait son adversaire droit dans les yeux, sa volonté implacablement fixée sur la sienne, les mouvements de ce dernier se faisaient plus lents, comme hésitant au dernier moment ; un moment de trop en combat.
     Lorsque sur un coup de chance il sut mettre à terre d’abord l’un, puis l’autre des Liebknecht, Viktor von Carstein en fut averti peu de temps après. Visiblement peu disposé à voir ses hommes humiliés de la sorte, il ne fit pas de quartier, et sa sœur Emmanuelle ne vint pas s’interposer. Démembré, puis cloué aux portes de la salle d’armes, ce fut alors que Von Essen se mit à haïr tous les habitants du castel. Il se jura alors qu’à la première occasion, il ficherait le camp d’ici, pour revenir plus tard et savourer une vengeance froide et intense. Que les von Carstein aillent au diable !

     Il y resta plus longtemps qu’il ne l’eut cru, abandonné de tous, et privé de sang pour la première fois depuis longtemps. Auparavant, il avait toujours la possibilité de partir au village de Templehof, afin d’y élire une victime qui assouvirait son appétit, parfois au prix de sa vie. Là, ses canines le démangeaient de nouveau, et l’ancien bourgmestre souffrait le martyr. Quand toutefois des bribes de prières revinrent dans son esprit délirant, il les rejeta d’un effort de volonté, tout comme il avait décidé de rejeter tout son passé de mortel.
     Il n’avait plus la force, en revanche, de réprimer des gémissements de douleur.

     Ainsi, ce fut dans une humeur massacrante, une haine lancinante et une faim dévorante que le trouvèrent les serviteurs mortels chargés de le détacher et de lui rendre ses membres mutilés. Lorsqu’au prix d’immenses efforts, ils retirèrent le long pieu qui clouait Von Essen au vieux bois des portes, il poussa un hurlement tel qu’il les fit détaler dans le couloir, beuglant de frayeur.

     Il git par terre pendant encore de longs moments, impuissant, son sang se répandant sur les pierres grises du sol, de terribles malédictions aux lèvres. Lorsque les serviteurs revinrent dans le couloir, réticents, il ne leur donna pas de seconde chance : ses prunelles impitoyables les clouèrent sur place aussi sûrement qu’il avait été cloué par ses maîtres, et les fit lui obéir au doigt et à l’œil.

     Ses membres remis en place, puis ressoudés à son corps par la puissance impie de la dhar, il se livra à un festin sanguinolent avec ceux qui venaient de le servir.  


***

     Il avait toujours faim quand il retrouva les quartiers habités du château ; fidèle à une habitude qui lui avait été imposée lorsqu’il se retrouva à servir dans ce château, il fit venir d’autres serviteurs en livrées rouges et noirs, afin qu’ils purifient son corps de la souillure du sang et lui apportent de nouveaux vêtements. A eux non plus, il ne leur laissa pas le choix : alors que les autres faisaient leur besogne, l’un devait prêter docilement son poignet au vampire, qui en extirpait la vie à grandes gorgées, s’arrêtant seulement lorsque le mortel était au bord de l’évanouissement. Personne d’entre eux ne réchappa à ce macabre impôt, mais Von Essen se riait bien de les tourmenter à loisir. Servir au castel Templehof voulait dire pour eux d’être les mieux nourris de toute la région, nobles inclus, et le nombre de candidats à reprendre des places vacantes ne baissait jamais.
     C’est donc pleinement rassasié et proprement habillé qu’il se rendit auprès de la comtesse, dans la grande salle des festins, à travers ces mêmes portes ouvragées qui avaient vu son baptême de feu des vampires. Depuis longtemps déjà, l’endroit avait été entièrement débarrassé de toutes les traces de souillure chaotique, et seuls ceux qui avaient alors été témoins des événements auraient pu se rappeler de ce qui s’était passé : Emmanuelle von Carstein et lui-même.

     Il n’eut toutefois pas longtemps à se remémorer le passé, car son regard croisa directement celui du seigneur Viktor. Von Essen sut qu’à l’instant, ses pupilles se rétrécirent et que sa bouche s’amincit en un rictus méprisant, ce pourquoi il s’empressa de s’incliner devant ses maîtres, comme l’étiquette l’imposait aux serviteurs. Voyant que ce silence ne présageait rien de bon, ce fut la comtesse Emmanuelle qui prit la parole :
- Relevez-vous, Von Essen. Sachez que nous partons immédiatement.
- Quelles sont les ordres de Votre Grâce ?
- Nous sommes attaqués. Je n’y croyais plus, je l’avais même oublié, mais l’on a enfin répondu à mon invitation. Rendez-vous dans les souterrains et rameutez les vargheists.
- Ils… n’obéissent qu’à Votre Grâce.
     La comtesse pondéra un moment, puis changea sa demande :
- Dans ce cas, formez les rangs des revenants. Vous avez droit à deux régiments sous vos ordres.
- J’obéis, Votre Grâce.
- Rejoignez-moi ensuite devant la façade nord-est du castel.
- J’obéis, Votre Grâce.
- Partez sur le champ.
- J’obéis, Votre Grâce, - répéta le vampire une troisième fois avant de se retirer.

     Il traversa la large allée conduisant au balcon, insufflant la magie impie dans les armures disposées le long des murs à intervalles réguliers, chacune recelant le cadavre squelettique de quelque antique soldat d’une autre époque. Leurs jointures gantées se refermèrent sur leurs armes et boucliers, et ils suivirent le vampire dans un couloir latéral, croissant en nombre à chaque moment.

     Lorsque Von Essen et ses deux régiments descendaient un grand escalier conduisant à la porte principale du castel, le vampire perçut dans l’air la puissante aura de sa maîtresse qui se répandait partout dans les environs. Il la savait puissante, plus puissante qu’elle ne voulait en donner l’air, mais se gardait bien de lui demander de lui apprendre quoi que ce soit : intérieurement, il devinait qu’elle n’avait nullement l’intention de partager ses atouts avec des serviteurs tels que lui, en qui elle n’avait pas une entière confiance.
     D’ailleurs, - se dit-il, - elle ne devait probablement avoir confiance en personne, et avait certainement raison.
     Le massif portail faisant deux fois la taille d’un humain s’ouvrit devant lui et ses troupes, livrant à son regard le chemin terreux qui avançait à travers la lande funeste pour arriver à la ville de Templehof, plus loin à l’est. Il se rappelait vaguement qu’il y avait encore une espèce de tour abritant des mortels qui étudiaient un vent de magie lumineux, aberration que sa comtesse tolérait parce qu’elle nourrissait un mince espoir que leurs recherches permettraient un jour de faire reculer les ténèbres de Drakenhof. Quelle bêtise ! Bien que ces « illuminés » eussent certainement le même but que sa maitresse, ils ne reculeraient jamais devant l’occasion de la brûler par leurs sortilèges si l’occasion se présentait. Ni l’un, ni l’autre toutefois n’avaient osé lever la main sur l’autre tant que les nuages de Drakenhof persistaient à faire mourir la Sylvanie à petit feu.
     Ce genre de tractations, cependant, n’intéressaient que de loin l'ancien bourgmestre, car il ne savait trop quelle utilité il pourrait en tirer. La réalité reprit une fois de plus le dessus sur ses pensées lorsqu’il longea les murs du castel vers le nord-est : devant lui, un formidable ost d’ossements, de fer et d’éther se formait à vue d’œil, tel un blé corrompu qui pousserait de la terre à une vitesse hors du commun.
     Von Essen entendit les incantations de sa maîtresse, juchée elle-même sur les remparts de son castel, montée sur une sorte d’assemblage abject d’os, de chair et de tendons pourrissants. Le vampire eut toutefois un bref frémissement indéfinissable quand il vit la « chose » sauter des remparts en déployant d’énormes ailes membraneuses, et faisant claquer sa gueule parsemée de crocs aussi longs que son épée.
     Un jour, - se dit-il, - il aurait le même.  

     Soudain, un bruit étrange le fit se retourner vers la direction de laquelle il venait d’arriver. Puis, ce qu’il avait au départ pris pour une autre émanation du pouvoir nécromantique de sa maîtresse de concrétisa soudain en une forme indistincte venant du sud-est, droit vers leur armée en pleine mobilisation. Il vit dans cette forme des feux verdâtres brûler ; tout cela s’avançait lentement, mais surement, et il y avait toujours ce bruit, parfaitement discernable des autres cris des âmes tourmentées soumises à sa comtesse : des hurlements stridents, ou des rugissements éraillés, complètement impossibles à répliquer pour un mortel, il n’y avait aucun doute là-dessus.
     Alors que la forme devenait de plus en plus distincte, Von Essen reconnut enfin un sinistre attelage tiré par des cadavres pantelants, vidés de leurs entrailles et affichant encore les masques de souffrance qu’ils avaient gardé de l’instant de leur mort. Sur l’attelage, le vampire vit la source de magie nécromantique qui l’avait tant intrigué : un homme vêtu de guenilles incolores, visiblement complètement fou et insensible à la douleur, car il jonglait avec des crânes enflammés, et chantait :

“Livin' easy, lovin' free
Season ticket, on a one - way ride
Askin' nothin', leave me be
Takin' everything in my stride
Don't need reason, don't need rhyme
Ain't nothing I'd rather do
Goin' down, party time
My friends are gonna be there too”

“I'm on the HIGHWAY TO HELL !
On the HIGHWAY TO HELL !
HIGHWAY TO HELL !
I'm on the HIGHWAY TO HELL !”

“No stop signs, speed limit
Nobody's gonna slow me down
Like a wheel, gonna spin it
Nobody's gonna mess me around
Hey Satan, payin' my dues
Playin' in a rockin' band
Hey Mama, look at me
I'm on my way to the promised land”

“I'm on the HIGHWAY TO HELL !
Highway to hell !
I'm on the HIGHWAY TO HELL !
Highway to hell !”

“Dont stop me!”

“I'm on the HIGHWAY TO HELL !
On the HIGHWAY TO HELL !
HIGHWAY TO HELL !
I'm on the HIGHWAY TO HELL !”

                  (AC/DC, Highway to hell, 1979)


     Von Essen ne comprit absolument rien à son charabia, mais vit très distinctement que sa mélopée donna comme un coup de fouet aux zombies qui tiraient l’attelage, qui redoublèrent de ferveur dans leur besogne, creusant de profonds sillons dans la boue à chaque pas.
     Il faillit toutefois plonger lui-même à terre lorsque la créature ailée de la comtesse Emmanuelle passa au dessus de lui pour se poser devant l’attelage, éclaboussant de boue nauséabonde tous ceux qui se trouvaient autour.

      « HIGHWAY TO HELL ! » - résonna encore dans l’air sylvanien, les crânes ne cessant de hurler à l’unisson.
      Un « CRAC ! » brisa toutefois la cadence, puis fit résolument taire tout l’attelage. La domination de la lady von Carstein ne saurait rencontrer d’opposition dans son propre domaine. Von Essen, encore tout recouvert de boue, entendit sa voix impérieuse s’adresser au nouveau venu :
- Qui es-tu ?
- N-… N-… Naï-… Naïtseret, M’dame, - lui répondit une voix soudain hésitante.
- D’où viens-tu et qui sers-tu ?
- De très, de très, de très, de très très loin, M’dame. J’sais plus d’où, d’ailleurs. Et je sers des crânes à mes copains, sinon, et des chansons, et je peux aussi danser parfois, je peux vous montrer si vous voulez !
- Non, - coupa la voix de la comtesse. – Tu pourras danser quand tu auras rejoint mes troupes. Mon armée. C’est ce qui t’a attiré ici, n’est-ce pas ?
- Euh… … Voui, voui Madame, je vous ai entendue de loin, et je me suis dit : il y a plein de copains ici, avec qui je pourrais danser et chanter ! Chanter surtout !
- C’est bien. Va chanter avec eux là-bas, et nous partons tout de suite !
- Euh… Ouais, ouais d’accord, M’dame ! Et c’est parti les clampins ! On avance !

     Les zombies furent comme secoués par quelque spasme posthume, et se remirent aussitôt en mouvement. La comtesse fit redéployer ses ailes à sa monture, et se retrouva à nouveau dans les airs, laissant Von Essen et le nouveau venu rejoindre ses troupes devant le castel.
     Bientôt, tous tournèrent leurs dos aux murailles, squelettes, revenants, spectres et vampires, et un nécromancien dégénéré, et tous se mirent en marche vers le nord-est, à la rencontre d’une armée dont seule leur générale pouvait deviner la puissance.    



     Non, chers lecteurs et lectrices, le dernier personnage que vous venez de découvrir n'est pas du tout Ludwig le ménestrel que vous connaissez peut-être déjà. C'est mon cher adversaire avec qui la bataille fut jouée qui s'amusa à en faire une sorte de double plus puissant pour sa propre armée  Fou  
     Oh, ai-je laissé transparaître qu'il y aura la bataille dans la suite ? Patience, chers lectrices et lecteurs, la suite arrivera en temps et en heure...  Vampire  

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Dernière édition par Von Essen le Mer 15 Oct 2014 - 8:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 14:23

C'est vraiment très bon comme nouveau début de suite de récit. Mais à vrai dire, ce n'est plus trop étonnant. On a l'habitude de ton niveau élevé maintenant.

Les nouveaux personnages sont, pour les vampires, un mélange entre Dragons de Sang et Von Carstein, enfin c'est mon impression.
Sinon, j'avais tout de suite remarqué que le nouveau nécromancien n'était pas Ludwig vu que ce dernier joue avec un violon et ne chante pas.

J'attends avec impatience le récit de la bataille et des nouvelles d'Ashur, la comtesse, Manon et Friedrich.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 16:53

Bien content d'être toujours à la hauteur respect

Concernant le fluff des différentes lignées, j'aimerais apporter quelques précisions : il s'agit pour beaucoup de points plus d'une différence de valeurs plutôt que d'occupations. Dit autrement, les idéaux ultimes sont très différents d'une lignée à une autre, mais les activités quotidiennes se recoupent plutôt pas si rarement.
Sans prétendre à quelque supériorité que ce soit (même si ça fait partie des traits d'un vampire normal), je dirais que les von Carstein sont les plus ouverts à la variété : il y a des fins combattants, des sorciers expérimentés, des manipulateurs machiavéliques, des fous ressemblant plus à des bêtes... Leur idéal reste cependant le même en général : affirmer leur suprématie sur les mortels et croquer la non-vie à pleines dents. Vampire
Chez les dragons de sang, et certains récits que j'ai lu en font foi, l'on retrouve par-ci par-là des adeptes des arcanes (je pense par exemple à Gilnash et Luthor chez vg11k). D'autres n'hésitent pas à se mêler aux mortels, comme les lahmianes ; pour des buts différents, certes, mais le point commun est là. Enfin, je ne saurais croire que certains dragons de sang ne se soient pas détournés des préceptes d'Abhorash pour simplement bastonner au lieu de chercher la perfection (tiens, Walach Harkon dans la Fin des Temps... Innocent ).
Je termine mon point fluff en indiquant que je l'ai rédigé pour montrer les innombrables pistes que l'on peut entreprendre afin d'imaginer nos seigneurs de la nuit préférés Love

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 21:22

Cette tendre et belle musique, serait-elle un clin d'oeil à notre discussion de l'autre fois ? Mrgreen Pas que je vois des références partout, mais pour retrouver de l'anglais dans un perso de warhammers... Whistling

Sinon cette qualité m'incite évidemment à demander la suite Clap

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 21:34

De l'anglais ? Je ne vois pas de quelle langue tu parles, dame Huh
Moi, quand je l'ai entendu chanter, je me suis dit que c'était un dialecte sylvanien Innocent

(Plus sérieusement, j'ai déjà mis du Baudelaire à un endroit, alors pourquoi pas un tube de AC/DC ? Du moment que ça s'insère bien dans l'ambiance et que ça fait découvrir... Rolleyes )

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 24 Sep 2014 - 21:37

Je suis entièrement d'accord avec toi Von Essen sur les vampires. Je vais juste compléter un point. Si les Dragons de Sang cherchent l'excellence martiale, cela ne les empêche pas forcément d'apprendre la magie qu'elle peut leur être utile à un moment ou l'autre. Du moins c'est mon avis et cela n'engage que moi. D'ailleurs, à mon avis Walach s'est détourné de la voie originelle d'Abhorash avant même End of Times. En effet, il a tout de même créé un ordre de chevalerie et je ne vois pas en quoi cela peut l'aider à se libérer de la Soif, ce qui est normalement le but de tout Dragon de Sang. Or il est l'un des rares à savoir ce qu'il faut faire pour à mon avis vu qu'il était un des suivants d'Abhorash.

Sinon je suis d'accord avec toi pour dire que c'est dans la lignée des Von Carstein que l'on trouve le plus de "types" de vampires différents. C'est probablement dû aussi au fait que ce soit la lignée la plus développée par GW. Il nous suffit de voir les personnages spéciaux du LA. Il n'y a aucun Dragon de Sang, aucune Lahmiane, aucun Stryge ou autre. Les seuls qui ne sont pas des Von Carstein sont Kemmler et Krell.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 25 Sep 2014 - 11:54

Faux Gilgalad!
Alors von Essen avant de répondre à l'elfe vampire, je trouve ton musicien super !!! En plus j'adore ACDC !!! T u pourra mettre du Iron Maidden ? (Ils ont fait un album consacré à la guerre, c'est celui que j'ai mis dans "Les musiques qui nous inspirent")
Il y a d'anciens profils des autres lignées mais ils sont peu nombreux (Walach, Zacharias, Melkior, Neferata)
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Jeu 25 Sep 2014 - 13:47

Oui mais leurs profils doivent être actualisés par les joueurs alors que les personnages nommés sont eux, officiels.
La seule exception est Neferata mais on ne peut la jouer dans une armée de CV.
C'est de cela que je parlais.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 29 Sep 2014 - 11:49

Voici la suite ! Je préviens d'avance, une bataille aussi grande et aussi épique ne saura être résumée dans une seule suite. Toutefois, j'espère que vous trouverez déjà votre bonheur dans cette première partie des événements qui a surpris mon adversaire et moi en premiers  lol
     6000 points des deux côtés, vampires contre vampires, joué sur ma demande expresse, ce pour quoi je remercie grandement mon cher adversaire que certains d'entre vous connaissent  respect
     Pour fournir quelques petites explications sur ce qui va suivre : Ashur brandissait le domaine des cieux pour cette bataille. J'ai découvert avec joie les effets de la comète de Casandora  Love
    Gros revers de l'autre côté du champ de bataille : prenez une grosse unité de loups funestes. Personne ne les jouerait par douze, nous sommes d'accord ? Alors imaginez ces douze loups sous les effets combinés de la vigueur infernale, de la danse macabre de Vanhel et de la vigor mortis... Je vous laisse le découvrir sur le champ  Vampire  


61e partie.


     Tout ce qui allait inévitablement s’affronter était mort ou au-delà de la mort.
     En quelques instants de course effrénée, un choc.
     Un terrible choc de crocs et de griffes, de gueules qui se referment sur leurs proies ou dans le vide, avec un bruit sec.
     Tout autour, les vents soufflaient à l’agonie.  

     Montée sur Rêve brisé, Manon vit ses loups funestes assaillir les mêmes bêtes cadavériques de l’ennemi, et ce premier sang versé la remplit d’une joie sauvage. Elle hurla aussi fort que les vents déchainés, et d’autres enfants de la nuit répondirent à son appel, sortant des sous-bois environnants et se joignant au carnage imminent.
     A la gauche de la vampirette, l’armée de sa mère avançait implacablement vers les lignes ennemies, insensible à la fureur montante des éléments, alors que les premiers grondements de tonnerre se faisaient entendre. L’obscurité totale était comme inexistante.

- Manon ! – entendit-elle soudain la voix de la comtesse. – Derrière les loups !
     Juste derrière le féroce combat des bêtes de guerre, aussi silencieux que des ombres, des cavaliers spectraux se rapprochaient, glissant sur l’herbe morte de la prairie, leurs flammes crépitantes inaudibles dans le vacarme grandissant.  
     La dhar virevolta. Syllabe après syllabe, Manon prononça le sort qu’elle connaissait sur le bout des doigts : le regard de Nagash. Ses yeux s’illuminèrent de puissance impie, et libérèrent soudainement un jet de flammes noires qui fusa vers les émissaires d’outre-tombe. Toutefois, une autre volonté s’imposa subitement ; les flammes faiblirent ; seuls deux des cavaliers furent renvoyés aux enfers.

     Emmanuelle von Carstein jura.
     Depuis le début de la bataille, elle avait pressenti un être remarquable, brandissant les arcanes comme s’il en était la source-même, et jouissait des flux de la dhar pour déchainer une véritable tempête de magie. Jamais auparavant elle n’avait senti un souffle aussi puissant des vents du chaos, et jamais plus effroyable tempête n’avait déchiré les cieux de son fief. Toute sa volonté fut dès lors concentrée à contrer les maléfices de ce génie inattendu, et elle en faillit oublier une petite peste juchée sur un pégase mort-vivant : un peu plus, et elle aurait perdu ses faucheurs éthérés.  
     Furieuse, elle fit bondir sa monture nécromantique dans les airs, atterrissant derrière ce flanc vulnérable, auprès d’une ancienne tour de guet à ruines.
     Au dessus d’elle, les nuages noirs crépitaient d’éclairs, alors que les vents déchainés véhiculaient des vagues de puissance occulte. Soudain, ils changèrent de direction, et redoublèrent de vitesse.

     Ashur sourit. Son piège eut fonctionné. Au revoir, petite vampiresse, il ne te reste plus longtemps à vivre.

     Au dessus de la comtesse von Carstein, les nuages se formèrent en un monstrueux maelstrom nimbé de foudre. Elle pressentit le danger imminent, trop tard : baignant tout le champ de bataille dans un intense halo de lumière bleutée, un astre iridescent surgit du cœur de la tempête, pour aller s’écraser sur les lignes sylvaniennes dans un fracas assourdissant.
     L’espace d’un instant, Emmanuelle n’entendit plus rien et ne vit plus rien à part la vague de lumière dévastatrice ; puis elle sentit son sang bouillir sous l’effet de la décharge arcanique, réalisant peu à peu qu’elle joignait son propre hurlement de douleur au grondement du cataclysme. Les glyphes de protection gravées dans son armure se mirent à brûler tels des charbons ardents, détournant la vague de l’explosion autant que possible.
     Alors que la vampiresse réalisa que son armure l’avait secourue d’une fin certaine, elle sentit sa terreur abyssale craquer de toutes parts, avant de céder complètement, s’effondrant en misérables débris d’os et de chair, projetant sa cavalière sur le sol.

     Ashur contempla son œuvre de loin, à la fois satisfait mais aussi profondément déçu. Sa proie avait ployé, mais survécu, et était encore apte à résister. Toutefois, ses âmes tourmentées avaient été presque entièrement décimées par la comète ; le carrosse noir qu’il vit derrière fut endommagé, alors que le monstre à côté tenait à peine debout, sa formidable régénération le raccrochant à la vie.
     Aucune trace, en plus, d’un pauvre petit vampire imprudent, défiant les cieux sur sa propre monture ailée… La bataille avait débuté brillamment, se dit le vampire millénaire, avant de sentir au loin quelque chose qui le fit cesser de sourire : quatre vampires. Quatre vampires morts.


     Ayant préféré croiser le fer de la magie avec la vampiresse, il en était venu à négliger les agissements d’un sinistre individu juché sur un attelage exhalant la dhar.


     Naitseret avait été libre de chanter ses sorts à sa guise.

     La tempête ne l’inquiétait pas plus que l’armée qui avançait vers lui dans l’unique but de l’anéantir. Il était totalement dans son monde, essayant de hurler plus fort que ses crânes enflammés, exerçant ses arcanes à tors et à travers, faisant sursauter les morts qui l’entouraient, les plongeant dans un état de frénésie impie.
     Lorsqu’il vit la foudre descendre du ciel et frapper de plein fouet l’autre bout du champ de bataille, une chanson lui vint à l’esprit :

     Si vous voulez chanter avec Naitseret, cliquez ici.

Thunder, thunder, thunder, thunder
I was caught
In the middle of a railroad track
I looked round
And I knew there was no turning back
My mind raced
And I thought what could I do
And I knew
There was no help, no help from you
Sound of the drums
Beating in my heart
The thunder of guns
Tore me apart
You've been
Thunderstruck

Rode down the highway
Broke the limit, we hit the town
Went through to Texas, yeah Texas, and we had some fun
We met some girls
Some dancers who gave a good time
Broke all the rules
Played all the fools
Yeah yeah they, they, they blew our minds
And I was shaking at the knees
Could I come again please
Yeah them ladies were too kind
You've been
Thunderstruck

I was shaking at the knees
Could I come again please

Thunderstruck, Thunderstruck, Thunderstruck, Thunderstruck
It's alright, we're doin' fine
It's alright, we're doin' fine, fine, fine
Thunderstruck, yeah, yeah, yeah
Thunderstruck, Thunderstruck
Thunderstruck, baby, baby
Thunderstruck, you've been Thunderstruck
Thunderstruck, Thunderstruck
You've been Thunderstruck

(AC/DC, Thunderstruck, 1990)


     « THUNDERSTRUCK ! » - hurlèrent à l’unisson tous les morts-vivants ayant entendu sa folle litanie.
     Les loups funestes qui formaient son avant-garde furent alors au-delà de la sauvagerie, au-delà de la frénésie, au-delà de ce que n’importe quelle bête, même fût-elle morte, pourrait ressentir. Leur vitesse dépassa celle de la foudre, leurs crocs furent comme animés d’une vie propre.

     Déchiquetant d’autres loups dans un sillage sanglant, ils percutèrent tel un boulet de canon cinq chevaliers en armures écarlates.

     Mauroy de Brionne n’eut que le temps de voir des ombres surgir devant lui et ses compagnons. L’instant d’après, il les vit tous se faire renverser par ces ombres, sans pouvoir opposer aucune résistance ; des crocs d’une force incommensurable percèrent à travers les plaques des armures, trouvant les cous de leurs victimes, déchiquetant leurs montures, arrachant leurs poignets avec les lances et les boucliers encore serrés dedans…
     La rage aveugle s’empara de lui tout autant qu’elle guidait chaque mouvement des créatures qui l’assaillaient. Toutefois, ces dernières avaient perdu leur impact primaire, et déjà des goules caquetantes avaient été attirées par la mêlée.
     Mauroy trancha dans le vif, sachant pertinemment qu’aucune des bestioles qu’il pourfendait ne suffirait à compenser le déshonneur qui s’abattait sur lui et ses compagnons. Tout ce qui lui importait à présent, c’était de tuer le plus possible avant de mourir lui-même. Tuer. Tuer. Tuer !


***

     Dans le feu de la bataille, un seul regard devait suffire à se comprendre pour réagir rapidement. Ce fut d’un seul regard que Delphine d’Essen et Friedrich von Nettesheim se comprirent, et déclarèrent simultanément la charge de leurs troupes.
     La magie nécromantique était omniprésente en Sylvanie, même dans les plantes et dans la terre infertile. Ce fut sans grand effort que le vieux maître put ensorceler d’anciens arbres noueux afin qu’ils se joignent à ses troupes de la non-vie, leurs branches épineuses secrétant une sève corrosive qui viendrait à bout de n’importe quel humain. Ce fut ces créations-là qu’il envoya décimer les rangs de guerriers squelettes arborant les couleurs rouge et noir des Von Carstein.
     Toutefois il y eut d’autres alliés dont le nécromancien ne se serait jamais douté s’il ne les avait pas rencontrés quelques temps avant la bataille : un varghulf, monstrueux rejeton d’une lignée vampirique maudite, une meute de goules à sa suite, se joignit à eux la veille. Il se trouva qu’Ashur l’avait rencontré naguère dans une sombre forêt sylvanienne, l’avait vaincu, soumis, et conclu un sombre pacte d’allégeance qui liait la bête et sa cour macabre de cannibales au vampire millénaire. La nouvelle eut alors provoqué une grimace de dégoût chez la dame d’Essen, mais l’intérêt militaire d’un tel pacte n’était que trop évident.
     A présent, le monstrueux allié se joignait à ses arbres nécromantiques dans une orgie d’os brisés.

     Un autre allié de choix se présenta juste avant le début de la bataille : un vampire vêtu du rouge et noir des von Carstein, se déclarant immédiatement étranger à leur cause, désireux « de se battre au nom de sa ville natale ». Von Nettesheim et la comtesse partagèrent alors la même expression d’étonnement et d’incrédulité, voyant devant eux Von Essen, l’ancien bourgmestre ayant reçu le baiser de sang, désormais pleinement conscient de sa nouvelle condition, et mieux : apportant avec lui deux régiments de gardes des cryptes parfaitement équipés. A ce moment-là, ce fut Ashur qui n’accorda qu’un regard méprisant au vampire, confirmant toutefois en privé que ce dernier n’était pas un faux traitre envoyé par leurs ennemis, mais un véritable allié de circonstances.
     Dès lors, l’un des régiments était conduit directement par Von Essen, alors que la comtesse en dirigeait un autre depuis son trône.

     Un siège convenable eut été longtemps recherché, un piédestal convenable prit des jours à être aménagé, puis des symboles puissants furent gravés le bois et la pierre, afin de les rendre aussi durs et résistants que du gromril. Quand tous ces préparatifs furent prêts, la comtesse prononça dans la nuit une ancienne incantation dont elle avait appris le secret il y a bien longtemps, et son trône fut une fois de plus soulevé par la puissance ahurissante de la dhar, des spectres et des âmes en peine virevoltant tout autour. Personne à Essen ne sut vraiment ce qui se passa la nuit de leur départ, car ceux qui étaient endormis ne virent rien, et ceux qui furent éveillés refusèrent de voir, car ils voyaient là un cauchemar près à dévaster la ville toute entière. Quand ils virent l’armée des morts traverser le Stir et partir vers le sud, ils ne furent que plus fermement convaincus qu’il ne s’agissait que d’un cauchemar, car comme tous les cauchemars, toute trace en avait disparu le jour venu.
     Pendant trois jours, l’armée de la comtesse traversa les premiers abords du comté maudit, ignorant ceux qui avaient assez de cervelle pour ne pas s’interposer, vidant tous les cimetières et fosses communes qu’ils pouvaient rencontrer. Von Nettesheim, toutefois, fut sévèrement déterminé à ne pas prendre des foules de cadavres putréfiés qu’il jugeait inutiles, préférant invoquer d’anciens guerriers squelettiques qui pouvaient encore causer quelque dommage à l’ennemi. Ce fut à la tombée de la nuit du troisième jour qu’ils furent rejoints par leurs « alliés », et quelques heures après se retrouvèrent face à face avec les hordes des maîtres des lieux : les von Carstein.


***


     Viktor vit l’imposant trône enfoncer les rangs de squelettes non loin devant lui, et cette vue le remplit d’un pressentiment d’affrontements glorieux. Il ordonna à ses gardes des cryptes d’avancer droit sur le général ennemi, quand soudain deux ombres fondirent sur lui, désorientant son avancée, essayant vainement d’atteindre le seigneur vampire avec leurs longues griffes.
     Furieux, Viktor von Carstein balaya les chauves-souris d’un seul coup d’épée. Trop tard : la manœuvre de l’ennemi avait réussi. A présent, des rangs serrés de squelettes ennemis se dressaient entre lui et sa proie, et il lui faudrait traverser ce mur d’os et de métal pour espérer l’atteindre. Poussant un hurlement de rage, le seigneur vampire et ses guerriers revenants enfoncèrent les pantins nécromantiques, ignorant les lances rouillés abaissées sur eux.

     Von Essen lui aussi partageait la vision de gloire du seigneur vampire qu’il haïssant de tout son être.
     La tempête qui s’était déchainée quelques temps avant la bataille, les vents de magie en liberté, tout cela lui avait permis de s’éclipser rapidement vers l’armée adverse, dont il était par ailleurs fort étonné de reconnaître les commandants. Toutefois, sa haine nouvelle envers les von Carstein suffit à dissiper les doutes : c’était un camp ou un autre, et le vampire fit le choix rapidement, subtilisant au passage quelques troupes qui lui avaient été fort imprudemment confiées par la comtesse Emmanuelle. Elle avait certainement réalisé sa traitrise, et la conviction qu’elle en était furieuse remplissait l’ancien bourgmestre d’allégresse malveillante. Tous les moyens étaient bons pour lui de se venger du traitement qui lui fut accordé au castel Templehof, et combattre sa maitresse aujourd’hui n’était pas des moindres.
     Lui et ses gardes des cryptes chargèrent un énorme varghulf dont les capacités régénératrices étaient bien connues au vampire : il comptait toutefois l’emporter par sa force, son adresse, et le nombre de ses soldats.

     « TUE LE VAMPIRE ! » - résonna dans l’esprit amoindri du monstre lorsqu’il vit les petites créatures courir vers lui.
     Déterminé par l’ordre de sa maîtresse, rendu plus rapide que l’éclair par la mélopée diabolique de la chose qui chantait à tue-tête derrière lui, il se jeta sur sa proie dès qu’il la vit.

     Von Essen ne vit que trop tard que ses mouvements n’étaient pas assez rapides. En dernier recours, il tenta de fixer son regard sur celui de la bête, mais elle fut trop fulgurante pour lui. Il réalisa plus qu’il ne sentit l’énorme patte griffue l’atteindre et le projeter dans les airs, sa tête se remplit d’un bourdonnement aigu, puis tout devint noir.

***

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Dernière édition par Von Essen le Jeu 8 Jan 2015 - 22:41, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 29 Sep 2014 - 21:00

Arf, je viens de me rendre compte que je n'avais commenter ta dernière partie postée. Crois-moi, j'en suis le premier désolé. En effet, j'ai lu tout ça dans la queue pour aller eu Resto Universitaire et du coup je n'ai pas commenté.

En même temps, il n'y a pas grand chose à dire. Ton écriture est toujours aussi bonne que d'habitude et je peux que rêver d'avoir un tel niveau. Le récit de la bataille commence vraiment et j'ai comme la vague impression qu'elle est très indécise.
Si j'ai bien compris, tu joues les forces d'Essen et Dorian (à moins que ce ne soit Arken mais je parierais plus sur la première solution) les forces des Von Carstein c'est ça ?

Et vivement la suite de la bataille et ce qui va se passer après.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 29 Sep 2014 - 21:18

Ce ne fut point Arken : je m'en voudrais d'initier mon unique lectrice à la suite avant-même qu'elle ne soit publiée Shifty

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Lun 29 Sep 2014 - 21:20

Donc ma première solution était la bonne. J'en étais sûr mais j'ai été pris d'un doute pendant que j'écrivais.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 1 Oct 2014 - 17:03

Puisque je viens de finir de lire presentation, chroniques d essen et vampire at war je fais officiellement partie de tes lecteurs mon cher von Essen ! Wink
Je serais incapable de commenter l ensemble de ton oeuvre en un message aussi je serais bref: j ai dé-vo-ré ton récit Very Happy chose qui m arrive seulement lorsque l univers et les evenements me plaisent au plus haut point ! Je t adresse donc mes felicitations pour un recit aussi bien mené et ecrit, qui m a captivé d'un bout a l autre, encore une fois bravo ! Je ne demanderais qu une seule chose... LA SUITE !! Wow
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mer 1 Oct 2014 - 17:54

De pareils compliments me vont droit là où ça a cessé de battre la cadence, cher Siegfried Very Happy
Heureux de te compter parmi mes lecteurs ! J'essaierai de publier la suite... cette semaine Wink

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 17:25


     Comme promis, la suite cette semaine respect

     Une bataille est une bataille, et malgré les blagues pour détendre parfois l'ambiance, mon adversaire et moi fûmes souvent sur le point de nous balancer les chaises à la figure, tellement les jets de dés de l'un paraissaient monstrueux pour l'autre.  Fou
     Toutefois, la malchance fut surtout de son côté. A quatre reprises, sa vampiresse niveau 4 rata son lancer de sort, perdant alors sa concentration et plombant quasiment sa phase de magie.
     D'autre part, je fus très souvent en très bonne position, terminant un corps-à-corps pile avant le tour où il m'incombait de charger.
     Je vous expliquerai un seul détail : en deux duels entre Ashur et la comtesse Emmanuelle, par deux fois ils se blessèrent mutuellement, par deux fois Ashur réussit son jet de soif rouge (mais si, vous savez, la petite règle tellement fluff qui ne sert jamais en général  Vampire ).  
     La fin de la bataille fut des plus chaotiques, je vous laisse le voir par vous-mêmes...
 


      La chanson cessa abruptement.
     Naitseret glapit de douleur quand il sentit l’acier froid lacérer sa peau fripée à travers ses vieilles loques. Forcé à comprendre ce qui se passait autour de lui, il baissa le regard, et vit des guerriers en rouge et noir l’assaillir de toutes parts, trébuchant souvent à cause des cadavres empilés sur l’attelage, dont les membres continuaient à se tordre et à agripper maladroitement les chevilles squelettiques des revenants.
     Toujours souffrant comme jamais auparavant, le nécromancien fou cracha des ordres inaudibles, et un régiment de squelettes marchant à sa droite se tourna et attaqua précipitamment les gardes des cryptes.
     Il se crut alors tiré d’affaire, mais un tonitruant cri de guerre résonna, le faisant de nouveau trembler de tout son corps. Surgissant au détour d’une haute colline, un cavalier en armure écarlate chargea de plein fouet les pantins nécromantiques, sa longue lance s’abattant sur eux telle la faux sur le blé mûr.

     Il frappa et sa monture piétina. Tout ce qu’il voyait devant lui, c’était une mer d’ennemis tous indignes de sa fureur, et il frappait dans la masse avec l’amère envie de les réduire en poussière, espérant qu’un plus formidable adversaire se verrait au-delà.


***


     Son armure fumait encore alors qu’Emmanuelle von Carstein se traina à grand peine jusqu’à la tour de guet en ruines. Tout son corps était comme alourdi, momentanément rendu flasque et inutile, vulnérable. Elle ne se sentit mieux seulement à l’abri de l’édifice délabré, des rafales de vent sans pitié soufflant encore à l’extérieur. La comtesse vit de suite un escalier en bois conduisant au niveau supérieur, qu’elle emprunta.
     Elle avait besoin de voir, elle devait continuer de commander ses troupes.

     Enfin, elle atteignit la fin des marches irrégulières, et se retrouva sur une plateforme où seule une partie de l’ancien mur avait survécu aux ravages du temps.
     La foudre continuait à jeter de brefs éclats de lumière aveuglante sur le chaos en contrebas. La vampiresse grinça des dents : son armée de morts-vivants se faisait dévaster sous ses yeux. Dominant le champ de bataille, un tourbillon d’éther enserrait un piédestal ouvragé de symboles cabalistiques, un sombre trône étant fixé à son sommet. Trois silhouettes féminines s’y définissaient dans les ténèbres ambiantes, leurs lames pareilles aux éclairs qui parsemaient le ciel. Elles n’avaient qu’à se baisser pour fendre les crânes et briser les vertèbres de leurs ennemis, aucune lance maladroitement maniée ne pouvant les atteindre en retour. La horde de squelettes était grande, mais elle se faisait décimer… La comtesse faillit hurler de rage en voyant des revenants portant ses propres couleurs épauler la trône du sabbat, énième constat de l’abominable traitrise de son serviteur.
     Emmanuelle fulminait, mais savait également qu’il n’y avait plus de temps à perdre. D’un geste fluide, elle entonna l’incantation suprême des vents nécromantiques, la dhar s’amoncelant autour d’elle, prête à être renvoyée pour relever ses troupes terrassées.
     Puis, quelque chose se brisa dans un craquement distant. La vampiresse n’en crut pas sa vision de l’aethyr : ce fut comme si un vide de magie s’était crée autre part, et la dhar lui échappait à présent pour aller le combler.
     Le tonnerre gronda de plus belle. L’incantation était ratée.

     Elle ne laissa s’écouler qu’un bref instant de stupeur. Il fallait frapper fort, maintenant, sinon la victoire lui échapperait pour de bon.
     L’ordre informulé fusa et fut entendu. Défiant la fureur de la tempête, ses vargheists, qu’elle n’avait compté envoyer qu’en cas d’extrême nécessité, s’envolèrent.


***


     Friedrich von Nettesheim ne devait son âge avancé qu’à sa maîtrise des arcanes, son expérience des batailles, et sa vue exceptionnellement perçante pour un mortel. Toutefois, il dut déployer tout son savoir en œuvre dès le début des affrontements. En effet, non seulement ses sortilèges étaient souvent contrés par la volonté surnaturelle de l’ennemi, mais en plus il devait lutter pour garder le contrôle des vents de magie déchainés.
     Lorsque d’énormes masses ailées s’écrasèrent devant lui dans les goules qui contenaient des squelettes ennemis, il tressaillit de stupeur en pleine incantation ; immédiatement, la dhar lui échappa, fusant droit vers les cieux chargés de force occulte. Le vieux maître n’eut que le temps d’invoquer une barrière protectrice quand la foudre vint le frapper, et se maintint un terrible instant avant de se dissiper avec fracas. La barrière tint bon, mais presque tous les squelettes qui l’entouraient furent soufflés par l’explosion.
     Péniblement, le nécromancien se releva, son regard tombant sur une indicible scène de sauvagerie.    

     Les feulements aigus des créatures se faisaient entendre même à travers le vacarme de l’orage. Dans la lumière des éclairs, le vieux maître distingua des membres arrachés et des giclées de sang, puis entendit des bruits d’os broyés par des crocs démesurés.
     « Leur appétit vorace les perdra ! »
     Von Nettesheim eut cette pensée en concentrant sa volonté sur les arbres nécromantiques qui piétinaient les derniers squelettes devant eux. Leurs racines d’agitèrent frénétiquement, obligeant les troncs pourris à pivoter dans un ignoble grincement. Lorsque les derniers ossements furent éparpillés, les créations du vieux maître amorcèrent une parodie de mouvement.
     Les vargheists, absorbés dans leur festin sanglant, ne virent pas la menace foncer droit dans leur dos, les branches empoisonnées s’abattant durement sur leur cuir distendu.

     Un autre feulement à glacer le sang, une autre soif insatiable.
     Von Nettesheim ressentit plus qu’il ne vit d’autres abominations des von Carstein atterrir non loin de lui sur son flanc. Il en faillit jurer ; trop, c’était trop !
     Il fut soulagé aussi vite qu’eut failli paniquer, car aussitôt il vit les monstres assaillis subitement par la dame d’Essen et ses servantes, se mouvant avec grâce sur le piédestal du trône du sabbat. De là où le vieux maître devinait la position du seigneur Ashur surgit un vent dévastateur qui cloua les créatures au sol, alors que les trois vampiresses tranchaient sans pitié dans leur chair impie. Tel fut l’impact de la charge qu’aucune bête ne put échapper au massacre, les survivants étant engloutis dans le tourbillon d’éther qui soutenait le trône.
     La comtesse et le nécromancien n’échangèrent qu’un regard dans le tumulte incessant de la bataille : tous deux avaient vu que leurs propres squelettes se faisaient décimer par un imposant régiment de gardes des cryptes. Au cœur de la mêlée, fauchant rang sur rang, un puissant seigneur de la nuit ne cessait de vociférer des jurons, profitant de chaque pause pour jeter un tonitruant appel à quiconque voudrait le défier en combat singulier.

     Sachant le maître Friedrich tiré d’affaire pour le moment, Delphine d’Essen décida de relever le gant.  


***


     Manon d’Essen balaya du regard les alentours. Elle était toujours montée sur Rêve brisé, et venait de renverser dans la boue un sinistre carrosse qui continuait encore d’émaner d’épais volutes de magie noire. Non loin de là gisait la massive dépouille d’un varghulf, perforé de toutes parts par les lames spectrales des chevaliers noirs. Leur roi, cependant, avait été mis en pièces par l’immense faux du spectre qui naguère conduisait l’attelage : sa Majesté avait quitté sa garde afin d’abattre la dangereuse menace, mais eut péri dans la tentative.
     Ailleurs, des squelettes ennemis s’efforçaient vainement à trancher dans les silhouettes flamboyante des émissaires d’outre-tombe invoqués par la comtesse ; nul ne ressentait de la peur, nul ne ressentait plus rien à part la volonté impie qui les conduisait. La bataille était loin d’être finie.
     Soudain, l’instinct de la vampirette l’avertit d’un danger imminent ; se tournant vers ce qui ressemblait à une ruine, elle vit ce qu’elle avait toujours l’habitude de voir, mais partant dans l’autre sens : les flammes noires de la dhar, envoyées d’une main de maître. Trop tard.
     Le sort trouva sa cible, incinérant même le bois humide du carrosse, mais avant tout brûlant la moindre parcelle vulnérable de chair à sa portée.
     Manon hurla de douleur et faillit perdre l’équilibre. La pluie n’avait aucune emprise sur ces flammes, elle ne le savait que trop bien, et il lui était impossible de les dissiper par le pouvoir des arcanes. Mourir, elle allait… mourir ? Les flammes s’éteignirent tout d’un coup, laissant néanmoins sa peau noircie, craquelée, et douloureuse. La vampirette vit sur son armure les runes de protection du vieux maître s’illuminer, puis s’éteindre…

     « … ÇA ! » - put-elle seulement entendre à travers ses souffrances et le grondement du tonnerre. L’instant d’après, sa vision discerna une ombre traverser les cieux d’un formidable bond, puis atterrir sur le haut des ruines desquelles le sortilège avait été lancé.
     Le sabre rencontra l’épée dans une gerbe d’étincelles.
     L’instant d’après, Ashur dévia la lame, prêt à piquer droit vers le cœur.
     Involontairement, son regard rencontra les prunelles rougeoyantes de son ennemie. Hypnose. Futile, quelle…
     Rouge.
     Rouge.
     Rouge.
     Rouge. UN GOUFFRE DE FEU !

     L’horreur. La souffrance. Le désespoir. La rage. Tout brûlait : les murs, les meubles, les rideaux. De la fumée partout. Elle n’a nulle part où fuir, elle fut repoussée dans sa plus haute tour, alors que le castel est en proie à un gigantesque incendie. Où sont-ils ? Qu’attendent-ils ? Pourquoi ne reviennent-ils plus ? Qu’elle en tue plus encore ! Qu’importent les blessures ! Qu’importe le feu ! Elle tuerait tous ces nabots ! Tous ! JUSQU’AU DERNIER !
     Tout bascule. Le sol tremble, les murs se fissurent, les meubles tombent à la renverse. Le bois craque, puis un effroyable choc quelque part en bas. La tour s’écroule, et elle s’écroule avec elle. Maudits soient les nains ! Elle les tuerait tous ! Et leurs crânes deviendront siens ! Tous ! JUSQU’AU DERNIER !

     Une douleur cinglante au travers du torse le tira hors de la vision. Il vit toujours les mêmes yeux emplis de fureur démentielle, puis les deux mains qui tenaient l’épée plantée profondément dans son corps. Il ne sentit plus son sabre.
     QUELLE IMPORTANCE !

     Ses deux mains libres empoignèrent fermement la tête et l’épaule de la vampiresse, alors qu’il ouvrait grand sa bouche, dénudant ses crocs effilés comme des rasoirs.

     Emmanuelle ne put réagir ; incrédule, elle vit son ennemi fondre sur elle telle une bête, puis ressentit sa morsure meurtrière sur son cou dénudé. Le sang perla, elle sentit ses forces vitales la quitter ; sa stupéfaction face à un adversaire si démesurément sauvage l’empêcha un instant d’esquisser le moindre mouvement. Puis la douleur la rattrapa.
     Hurlant de rage, la comtesse poussa vers l’avant, faisant perdre appui à son ennemi ; en un battement de cil, elle s’arrêta au bord de la plateforme, repoussant en même temps le vampire déjà emporté par l’élan de la course.

     Ashur lâcha prise, tombant dans le vide, toujours au bord de la rage primale, savourant le sang de son ennemie qui refermait à présent la plaie qu’elle venait de lui infliger. Indemne, il retomba au pied de l’ancienne tour.
     Puis un formidable coup de tonnerre le fit tressaillir ; il provenait de derrière les ruines.
     Alors que le vampire millénaire essayait de reprendre conscience de ce qu’il entendait, le vacarme s’intensifia.

     « TU… »
     « HAHA ! »
     « Tu paies le prix ! »
     « Viens ! Tu n’es plus ! »
     « TU PAIES Le … HAHA ! VIENS A NOUS ! »

     Le tonnerre gronda aussi fort qu’une salve de canons, puis laissa de nouveau place au tumulte de la tempête.

     « NON ! MANON ! »

     Ashur tourna le regard dans la direction d’où venait le cri déchirant, et crut qu’il allait perdre la vue. Non loin, le trône de la dame d’Essen poussa un hurlement des milliers d’âmes qui le soutenaient, les symboles brulèrent d’une lumière incandescente, puis la construction éclata en mille morceaux de pierre.
     Au même instant, il perçut dans l’aethyr que la fillette n’existait plus. Il concentra ses sens de nouveau, insensible aux échos du vent et au martèlement de la pluie, mais rien. Plus loin, rien. RIEN !


***


     La bataille ressemblait toujours à une vaste mer d’ossements, de métal et de sauvagerie en pleine ébullition. Emmanuelle von Carstein avait assisté, impuissante, à l’exécution de ses vargheists, avait essuyé un assaut de ses propres gardes des cryptes, repoussé l’espèce d’aberration mort-vivante dont elle ne pouvait concevoir la nature. Qui était-il ? D’où venait-il ? Comment pouvait-il faire preuve d’autant de puissance ?
     Le temps pressait, toujours. Elle devait incanter afin de relever ses troupes. Syllabe après syllabe, elle prononça l’ancien sortilège. Puis le vent capricieux de la dhar changea de sens, et elle ne sut réunir assez de volonté pour le retenir. Son corps toujours meurtri par la lumière dévastatrice qui eut réduit sa monture en poussière, elle perdit sa concentration, perdue quelque part à la frontière de la confusion et de la panique.
     « VIKTOR ! » - appela-t-elle à travers la tempête.
     Elle le vit au loin, entouré de ses gardes des cryptes, faisant face à son ennemie qui, malgré tout, se relevait des débris de son trône pour continuer le combat singulier.
     «  VIKTOR ! »
     Cette fois-ci, il entendit et tourna le regard vers elle ; le lien qui les unissait leur permettait de se comprendre ainsi de loin, et tout son être exprimait une terrible détresse : elle ne tiendrait plus longtemps sans son aide.


     Le choc ne fut qu’un contretemps pour Delphine d’Essen, l’horreur de ce qu’elle avait vu dépassant de loin la perte de sa place forte. Sa fille, sa fille adoptive : la dhar l’eut trahi, s’envolant vers les cieux, provoquant la même foudre arcanique qui avait naguère frappé le maître Friedrich. Elle ne put qu’assister, impuissante, à la foudre se transformant en faille, d’où mille mains crochues sortirent et s’emparèrent de Manon, l’emportant avec eux malgré toute la résistance que celle-ci eut déployé. Son dernier cri s’éteignit avec la foudre, puis fut noyé dans le tonnerre qui s’ensuivit. Ce fut alors que l’épée de son ennemi trancha d’un coup sec le lien qui unissait l’éther à la pierre, les âmes au piédestal, et que le trône s’effondra.
     Elle fut protégée par son armure enchantée, mais pas les servantes. Qu’importe ! Elles étaient juste blessées ! La comtesse se releva, prête à faire face à son ennemi, ne sentant pas que des larmes de sang se mélangeaient déjà à la pluie sur ses joues.

     Au lieu de recevoir son attaque, incrédule, elle le vit incanter. Il avait une voix forte et bourrue, articulant les syllabes avec difficulté. Lorsque la dhar échappa une fois de plus à tout contrôle, Delphine eut un sourire amer, attendant la foudre de frapper là où se tenait son ennemi, qu’elle l’emporte lui aussi vers l’au-delà, ce ne serait que justice…
     Le cataclysme ne se fit pas attendre ; les oreilles de la comtesse n’entendaient pas à cet instant, mais elle vit la colonne de lumière s’abattre sur le seigneur vampire et ses revenants, incinérant tout dans son sillage. Elle-même en fut protégée par son armure, puis…

     Diable ! Il ne fut pas emporté ! POURQUOI ? POURQUOI !
     Tous deux se jetèrent l’un sur l’autre simultanément.


***


     Viktor von Carstein ne dissimulait point sa rage à la fois de voir ses forces partir en cendres à cause de la magie qu’il ne maîtrisait pas, mais aussi à cause de sa sœur qu’il eut desservi, et laissé dans une situation désastreuse.
     Ses reflexes guerriers furent, quant à eux, aussi précis que jamais. Avec une facilité déconcertante, il dévia l’attaque pourtant fulgurante que voulait lui porter son ennemie, fit tourner sa lame, puis la planta en plein dans la poitrine de la vampiresse.

     « NOOOOOON ! »
     Le seigneur vampire entendit le cri de rage provenant de la tour, et rejeta prestement le corps transpercé de sa proie ; il vit alors le rouge et noir d’autres gardes des cryptes au sommet des ruines, bataillant âprement contre sa sœur, un rictus de colère figé sur les traits de celle-ci. Alors, il se mit à courir dans sa direction, talonné de près par les derniers revenants qui lui restaient, les meilleurs.

     « MEURS ! »
     Il vit trop tard un jet d’éclairs dirigé droit vers lui ; il courut néanmoins, son armure absorbant le gros du sortilège, alors que ses gardes des cryptes se brisaient et tombaient en poussière ; une seconde boule de foudre eut raison des derniers, et transforma son apparat de guerre en carapace fumante et abjecte, n’ayant retenu à présent que la moitié de la puissance occulte dirigée vers lui.

     Seul, Viktor von Carstein fonça tel un boulet de canon, sa lame pointée droit devant lui, fracassant la fragile maçonnerie qui le séparait de l’intérieur de la tour. Toutefois, il se retrouva nez à nez avec des gardes des cryptes obéissant à autre que lui, qui refermèrent leurs boucliers, et, bien que nombre d’entre eux tombèrent, le seigneur vampire ne put traverser leurs rangs.

     « TOI ! »      
     Cette fois-ci, il se retourna afin de voir celui qui ne cessait de hurler à lui. Il reconnut un autre vampire, et sut qu’il devrait lui passer sur le corps s’il voulait remporter la victoire.
     « TOI ! » - déclara-t-il en écho. – «  BATS-TOI EN DUEL SI TU ES UN HOMME ! »
     Et il surgit de la tour aussi rapidement qu’il y fut entré. Dès lors, il distingua dans la tempête des dizaines et des dizaines de guerriers squelettes se tenant derrière son ennemi, dont la voix impitoyable se fit de nouveau entendre :
     « Tu n’auras droit qu’à un seul coup pour me tuer. Après, tu mourras ! »      
     Viktor bondit sur cet adversaire arrogant, mettant en œuvre toutes ses capacités martiales qui faisaient de lui l’un des meilleurs bretteurs auprès de son maître, Mannfred von Carstein. Ses coups s’enchainèrent à une vitesse époustouflante, certaines étant déviées par l’étrange sabre recourbé de son ennemi, d’autres trouvant certainement son cœur. Puis…
     « Un seul coup. Tu meurs. »

     Le seigneur vampire n’eut que le temps de voir que l’armure du sabreur n’était que faussement endommagée, et refermait déjà les endroits où sa lame aurait du trancher dans la chair. Ensuite, sa silhouette disparut derrière une foule de guerriers squelettiques, encerclant leur victime, resserrant leurs rangs, se rapprochant telle la marée montante.

     Ashur vit nombre de boucliers brisés et d’os volant en éclats, puis discerna le bruit d’une dizaine d’épées se plantant partout où cela était possible. Il sut que les cris de rage et les jurons ne cessèrent que lorsque la gorge fut enfin tranchée.


***


     Emmanuelle von Carstein perçut mieux que n’importe quoi d’autre le trépas de son frère. Tel un acide brûlant ses entrailles, sa haine exacerbée s’exprima dans une nuée de malédictions plus terribles les unes que les autres. Puisant dans la dhar déchainée, elle fit s’effondrer nombre de squelettes parmi ceux qui avaient osé porter leurs lames indignes sur le corps de Viktor, l’aberration vampirique subissant sans peine les effets du sortilège.
     Elle invoqua alors les ténèbres de Drakenhof, y joignant de terribles mots de pouvoir, afin de former un énorme cyclone nécromantique qu’elle dirigea contre ses ennemis. Encore une fois, des rangs entiers de squelettes tombèrent, mais toujours pas assez pour que sa vengeance soit satisfaite.
     Le ciel cracha de nouvelles trombes de pluie alors qu’elle ressentit de nouveau la volonté de son ennemi se concentrer sur les éléments déchainés. Pas cette fois, pas une seconde fois, non ! Bien qu’elle avait déjà subi de terribles épreuves, la vampiresse fit plier les vents de magie, les détournant de l’emprise de son ennemi. Épuisée, elle vit son cyclone se dissiper au loin.
     Mourir ? Ainsi ? Par une ennemie qu’elle ne connaissait même pas ? Par une indéfinissable aberration de la non-vie ? Elle sentit son sang bouillonner comme si elle subissait de nouveau les éclairs. Mais c’était à présent la rage et la haine qui guidaient ses mouvements, et elle se mit à incanter un vortex encore plus puissant, afin qu’il vienne écraser ses ennemis pour de bon, tels de vulgaires insectes ! N’était-elle pas Emmanuelle von Carstein ! Celle qui avait survécu à la destruction du castel Templehof ! Les nains ne surent la tuer pour de bon, et elle s’était juré de s’approprier un jour tous leurs jolis petits crânes, mais le crâne de l’aberration, elle le voulait aussi à présent. Ses crocs feraient tache dans sa collection favorite, mais pour cette fois, elle ferait une exception !

     Syllabe après syllabe, dans un torrent de paroles que nul pouvoir ne pourrait endiguer, et fit converger la dhar vers le point précis où se tenaient ses ennemis. Le monstrueux cyclone se forma enfin, et elle l’envoya vers l’avant, dévaster les rangs de ses ennemis qui croyaient qu’ils sauraient venir à bout de sa puissance !
     Elle sentit que le sortilège lui échappait, que le vent capricieux menaçait de s’évader à tout moment, et de provoquer un autre cataclysme qu’elle avait déjà aperçu pendant la tempête. Non. Elle se concentra. La magie est sienne. La dhar ne lui échapperait pas. Elle saura la contenir !
     Dans un calamiteux effort, elle dispersa le vent nécromantique, sentant de suite une douleur dans sa tête encore moins tolérable que tout ce qu’elle avait pu ressentir jusque là. Ses pensées furent comme jetées dans une fosse commune, mêlant sa vision de la bataille et des images du passé, souillant sa concentration, la rendant incapable de conjurer le moindre sort complexe… Brisée, la comtesse s’effondra à genoux, contemplant son cyclone virevolter au loin.


***


     Von Nettesheim savait que la bataille était finie. Ses sortilèges ne rencontrèrent aucun obstacle, et malgré leur résistance acharnée, les vargheists périrent jusqu’au dernier, non sans emporter les arbres nécromaniques dans le néant avec eux. Mais pour cela, le nécromancien n’avait cure. Les gardes des cryptes de Von Essen, dont le corps inanimé gisait non loin de lui, étaient en train de finir les squelettes ennemis, aidés par les dernières chauves-souris géantes, créatures de la nuit invoquées par Manon d’Essen.
     Il avait essuyé un assaut prolongé de nuées d’esprits tourmentés, mais bien qu’incapable de les blesser, il s’était immunisé à leurs tentatives de meurtre en érigeant un inexpugnable rempart de dhar entre eux et lui. Quelque chose changea entretemps, l’emprise de leurs maîtres sur eux dut faiblir, car lorsqu’une foule de goules essaya de planter leurs griffes dans leurs linceuls spectraux, ils s’envolèrent d’eux-mêmes, disparaissant dans un nuage d’éther. Depuis, il n’avait été occupé qu’à réduire les derniers groupuscules de morts vivants qui continuaient à lui résister.

     Il essayait de rester vigilant, d’attendre que toute trace des ennemis soit balayée de ses perceptions aethyriques, ces mêmes perceptions qui lui indiquaient que la magie avait trahi la vampirette, que les démons de l’autre monde l’eurent emportée avec eux…
     Le tonnerre grondait sourdement à ses oreilles, tout comme la pluie qui percutait son dos soudain vouté.

     Il entendit un bruit de sabots, et vit le chef des chevaliers de sang galoper à toute allure en direction de la tour en ruines, là où persistait la résistance des von Carstein. Sa lance était maculée de sang, et son regard était déterminé. Le vieux maître y perçut un début de soulagement : le chevalier avait affronté en duel un ennemi à sa mesure, et l’avait vaincu loyalement. A présent, il voulait continuer à se battre, continuer à détruire, jusqu’à la mort.

     L’instant d’après, von Nettesheim n’en crut pas sa vision, et dut s’appuyer sur son bâton de sorcellerie afin de ne pas tomber, ses genoux l’ayant subitement trahi : un gigantesque cyclone, incantation ultime de la dhar, passa devant lui tel un raz-de-marée, ne laissant aucune chance au chevalier vampire de l’esquiver, tellement il fut apparu rapidement et tellement sa taille laissait peu d’espace.

     Le vortex continua sa route plus loin, emportant au passage nombre de gardes des cryptes qui s’effondrèrent dans un fracas métallique. Le nécromancien le dissipa juste après, renvoyant la dhar dans l’aethyr, mais le mal avait été fait : ce qui avait été chevalier ne fut qu’une masse inerte qui s’effondra vers l’avant, emportée par l’élan de la cavalcade abruptement interrompue.
     Manon.
     Le chevalier.
     Le vieux maître essaya de croire que l’incommensurable puissance d'Ashur viendrait à bout de ces deux trépas, comme cela fut naguère, mais sa respiration lourde et son esprit endolori persistaient à lui affirmer le contraire. Afin d’élucider cela, il devait voir le vampire millénaire, il devait l’approcher, dès que cela serait fini.
     Lentement, von Nettesheim se mit à avancer dans la même direction qu’indiquait la lance ensanglantée du guerrier : les ruines de la tour.


***


     La comtesse von Carstein le vit apparaitre de nouveau, montant lentement les marches délabrées conduisant à la plateforme. Le tonnerre ne faiblissait pas, indiquant que celui-ci était encore en pleine possession de ses moyens.
     Ses pensées n’étant plus qu’un océan de feu et de douleur, la vampiresse se releva, et se jeta sur son ennemi la tête la première. Celui-là tendit la main, faisant à l’instant-même apparaître un sabre, qu’il pointa droit sur elle. Cependant, Emmanuelle ne lui laissa aucune chance, appliquant la même botte que lui avait appris son frère : déviant la lame de l’ennemi, pointer la sienne, transpercer le cœur. La létalité de ce moyen reposait dans la rapidité surnaturelle qu’elle et lui partageaient, mais que le sabreur ne possédait manifestement pas.
     Elle jubila, voyant la stupéfaction sur son visage, et enfonça profondément sa lame afin de lui asséner le coup fatal. Puis, elle attendit qu’il ne puisse plus bouger.
     « Meurs… »

     Elle n’en crut pas ses sens. Le cauchemar, le cauchemar se reproduisait. Le cœur ! Le cœur, pourtant…
     Il planta ses crocs. Elle, elle constata que l’armure du vampire se mouvait d’une volonté propre, création arcanique telle qu’à présent elle se refermait sur sa garde, refusant de lui céder son épée.

     « NON ! »
     Elle abandonna son épée, et repoussa le vampire avec une telle force qu’il alla voler en arrière, trébuchant soudainement dans la trappe des escaliers, la lame toujours fichée dans sa poitrine.
     Un silence inquiété seulement par le fracas désormais insignifiant de la tempête s’instaura.

     « Tu vas mourir… » - résonna de nouveau la voix inhumaine, emplie d’une cruelle malice.

     Emmanuelle von Carstein recula de quelques pas, ne sentant plus rien. Qui était-il ? Comment pouvait-elle lutter ? Comment était-ce possible ?
     La silhouette du sabreur réapparut, et elle aperçut qu’il avait sorti son épée maculée de sang de sa poitrine. Il n’y avait plus aucune trace de blessure.

     « Qui… » - sa voix vibra de frayeur non dissimulée. – « Qui es-tu ? »

     « Bois… »
     Le sabreur lui envoya son épée, qu’elle attrapa machinalement.
     « Bois… » - répéta-t-il. – « Tout est dans le sang… »

     Ne sachant que faire d’autre, la vampiresse appliqua sa langue sur la lame froide, et but.


***

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Dernière édition par Von Essen le Jeu 8 Jan 2015 - 23:02, édité 8 fois
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siegfried der blutdurstig
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 19:03

Eh bien quelle bataille ! Very Happy tu as reussi a me donner envie de jouer ! C etait serré jusqu a la fin, et en parlant de fin, j ai adore la tienne !
Franchement, je suis admiratif de la facon dont tu passes d une simple bataille de figurines a un recit et une histoire construits de facon logique, franchement bravo Wink


Ah oui ! La suite bien entendu !!!! Very Happy
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 19:41

Merci, je m'applique Happy
Games Workshop devrait me verser une petite dividende pour ainsi faire la pub de son jeu, tiens Devil
La suite eeeeuh... Je n'ai même pas encore commencé à y réfléchir, mais ça va venir tôt où tard Innocent

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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 19:43

Je suis daccord ! on va negocier un pourcentage sur la vente de figurines morts vivantes... Vampire
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 19:48

Je suis entièrement d'accord avec Siegrfried. La manière dont la bataille est racontée a fait que je pouvais m'imaginer sans aucun problème les scènes, exactement comme si on était au cinéma.

Je ne peux ajouter qu'une seule chose : vivement la suite !!!!
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 4 Oct 2014 - 20:34

La suite! La suite!!! Trop top ton histoire
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 5 Oct 2014 - 11:09

Par Nagash ! Mais d'où viennent tous ces fiascos ? Le salon de Dorian est vraiment maudit !
Et tu nous laisses poireauter comme ça, avec une Manon dans le monde du Chaos, une Delphine blessée mortellement, une armée quasi en miette ?

Par le sang, LA SUITE !!! Vampire

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 11 Oct 2014 - 17:08

Par le sang, vous voila servis !  Vampire






62e partie.


     Il y eut un cri déchirant de douleur, promptement étouffé par des spasmes d’agonie, puis plus rien.
     Tout est dans le sang, - pensa de nouveau Ashur en observant la dépouille misérable de celle qui avait failli le tuer. Son armure eut alors détourné la pointe de la lame, l’arrachant une fois de plus de la griffe tendue de la mort.
     Son ennemie, quant à elle, n’eut pas autant de chance, la peur plus que toute autre chose ayant eu raison d’elle. Vrai, le vampire millénaire était un prodige parmi les siens, détenant un pouvoir que peu d’entre eux pouvaient seulement concevoir, encore moins égaler, mais il n’était pas tout-puissant. Ceux à qui le pouvoir eut été soutiré furent venus en réclamer le prix, prix qu’il ne pouvait pas refuser de payer.
     Et pourtant, Ashur crut à ce moment qu’il eut déjà payé un prix exorbitant, horrible, imprévu. Cette tempête qu’il lui eut été donné de créer, elle eut emporté dans son sillage bien plus que ses ennemis : elle eut emporté le présent.
     La pluie continuait de tomber depuis un ciel d’encre, où plus aucun éclair ne paraissait. L’obscurité eut été complète si l’horizon septentrional ne trahissait quelques lueurs rougeâtres au loin. Le grondement du tonnerre se fit de plus en plus sourd, au point que le vampire millénaire crut un instant qu’il était lui-même en train de perdre l’ouïe.

- Ashur !
     Non, son ouïe ne le trahissait pas, il connaissait cette voix. Elle, au moins, n’était donc pas morte…
     Ombres et reflets ; Ashur quitta la tour délabrée et le cadavre défiguré de sa victime, et se retrouva en un instant devant la comtesse. Le vieux nécromancien se tenait derrière elle, telle une ombre.
- Ashur, - il pouvait à peine discerner sa silhouette dans les ténèbres, mais n’avait pas besoin de voir pour deviner son expression. – Fais-la revenir, - sa voix était vide de toute émotion ; rien qu’une idée fixe, une expectation aveugle.
- Je ne peux pas, Delphine.

     La pluie ne cessait de ruisseler sur eux, mais ils étaient comme faits de marbre. Au loin, cependant, le son de plus en plus insistant d’un violon se fit entendre.
- Maître, - la voix de la dame d’Essen était toujours aussi plate, - faites-le taire et occupez-vous, je vous prie, de mes servantes.
     Peu après, le bruit de pas qui s’éloignaient certifia que le nécromancien avait entendu l’ordre. Quelque part, Ashur crut malgré lui qu’il aurait préféré qu’il reste.  
- C’est un mensonge, Ashur, tu peux.
- Ce pouvoir-là ne m’a pas été accordé. Je ne peux pas. Il n’y a pas de retour de là où elle a été emportée.
- Mensonge ! – il la sentit s’approcher de lui, le prendre par les épaules, être sur le point de le secouer, pour se ressaisir au dernier moment… - Mensonge ! C’est impossible ! Tout t’est possible, immortel ! Tout ! Tout ! T…
Ses propres mains se refermèrent sur les siennes, et les repoussèrent doucement, mais fermement.
- Ne te ridiculise pas davantage devant moi, Delphine. Tu m’as entendu, je ne peux pas. Elle n’est plus de ce monde.
- Elle… - la voix de la comtesse vibra d’émotion réprimée. – Elle s’appelle Manon d’Essen, et elle est ma fille ! Ashur !
     Elle faillit visiblement fondre en sanglots, mais quelque chose la retint.
     Le vampire millénaire essaya de pénétrer son esprit du regard, mais ce fut à ce moment-là comme si les ténèbres de Drakenhof étaient devenues omniprésentes, et voilaient à présent autant les pensées que le visage de sa bien-aimée.

     Le violon cessa enfin se faire entendre. La pluie, elle, continuait son bourdonnement sur la boue et les flaques.
- Tu ne veux pas que je pleure, c’est bien ça, Ashur ? Tu as raison, mais tu as aussi tort. Tu sais pourquoi, immortel. Moi, je désire hurler, je désire noyer le monde de mes larmes, mais je ne le ferai pas, car tu me l’interdis, immortel. Mais je ne veux plus te voir, je ne veux pas que tu me voix rendue si disgracieuse par le chagrin, si détestable par la pensée que ma fille compte plus que toi à mes yeux. N’est-ce pas que tu es d’accord avec moi, immortel ? N’est-ce pas que nos chemins doivent de nouveau se séparer ?
     Il aurait voulu être une statue de pierre, plutôt que d’entendre ces paroles à ce moment. Elle avait raison, elle l’avait percé à jour, lui, ses fautes, ses vices. Il était pris au piège, sa fierté lui répugnant à s’avouer ainsi devenu soudain transparent, et sa raison lui indiquait que toute autre issue serait encore moins souhaitable, sinon absurde.
- Oui… - s’entendit-il dire seulement, incapable malgré ses efforts d’articuler autre chose.


***


     Le « ménestrel » fut sèchement interrompu, et envoyé relever les débris d’os qui parsemaient tout le champ de bataille. Alors que von Nettesheim passait à côté des vargheists, mutilés et inertes, il sentit que certains d’entre eux possédaient encore des signes de conscience, refusant de cesser d’exister, toujours remplis d’une soif de sang insatiable, que seules leurs drastiques infirmités retenaient de pouvoir être assouvie.
     Le nécromancien n’en fit pas grand cas, ses pensées et les ordres qui lui ont été donnés le destinant plus loin, vers les débris du trône du sabbat.
     La construction en avait toujours été laborieuse, le travail pour fixer l’esprit à la matière étant complexe et dangereux. Lorsqu’il était enfin achevé, de puissants enchantements devaient protéger la structure du trône, interdisant que les symboles qui y sont gravés soient endommagés d’une quelconque manière. Cependant, s’ils venaient malgré tout à trop se détériorer, les liens arcaniques s’effondreraient, détruisant tout ce qui serait à leur portée avant de rejoindre de nouveau le royaume des morts. Un mortel périrait sur le champ. Un vampire serait au mieux gravement blessé. Seul un seigneur de la nuit suffisamment puissant et efficacement protégé avait des chances d’en sortir indemne.
     Les servantes prenaient le risque, vu les rarissimes occasions où la construction devait être effectuée, et plus rare encore les fois où le trône venait à être détruit.

     Il les retrouva là où il l’espérait, et il ne lui fallut pas longtemps pour accélérer leur rétablissement par le vent maudit de la dhar. Des vêtements abimés et la souillure de la boue restèrent alors les seuls signes de leur brève déchéance.
Toutes deux s’inclinèrent, exprimant à la fois leur respect et leur gratitude, puis s’enquirent de l’issue de la bataille.
- Madame la comtesse et le seigneur Ashur s’en sortent indemnes, - répondit-il. – Mademoiselle n’est plus parmi nous.
     Elles écarquillèrent les yeux et restèrent la bouche ouverte, stupéfaites, mais le vieux maître n’allait pas se répéter. Il les congédia sommairement, déconseillant de céder à n’importe quelle folie en présence de leur maîtresse, puis se dirigea plus loin, là où il devinait l’emplacement des chevaliers de sang tombés au combat.
     La pluie s’obstinait, et bien que le vent ne soufflât plus en terribles rafales, des brises glacées balayaient encore le champ de bataille de temps en temps. Von Nettesheim n’en avait cure, en dépit de ses membres engourdis et de sa gorge soudainement rêche. Il se sentait avancer sans y songer, inlassablement, tels les morts-vivants qui obéissaient à sa volonté.  


     Au dernier moment, une terrifiante, une écrasante présence aethyrique. Trop tard : l’acier froid perfora son estomac, des runes impies absorbant au passage une parcelle de dhar qui s’écoulait dans son sang. Plus aucune sensation ne parut, à part une douleur telle que son esprit ne tint pas, et le nécromancien perdit connaissance.

     Le vent rugit de plus belle ; un vent chargé de puissance arcanique : la magie s’insuffla dans les os et la chair des cadavres, et tous amorcèrent une foudroyante reconstruction, les membres et les crânes se rattachant aux cages thoraciques, ramassant lames, pieux, boucliers, lances. Le sang répandu des vargheists se liquéfia, et afflua à grands flots vers leurs corps tailladés, dont les plaies se refermèrent en un instant.
     La Sylvanie elle-même, parut-il, redonna substance aux deux armées qui venaient de s’affronter. Au même moment, quatre vampires aux armures écarlates recouvrirent tous leurs sens et leurs capacités de mouvement.


***


     Une bataille de vitesse.
     Ashur se volatilisa dans l’ombre, laissant une comtesse, quant à elle, plus dépassée par la situation que lui. Si l’ombre était discernable dans le noir, elle aurait vu apparaître le corps du vieux nécromancien apparaître là où le vampire millénaire se tenait il y a un instant. En l’occurrence, ce furent ses sens vampiriques qui lui indiquèrent le fulgurant échange de positions, mais aussi que l’âme du maître Friedrich ne tenait à présent qu’à un fil de dhar. Réagissant alors à l’instant près, elle se rua vers lui afin de renforcer ce lien et refermer sa blessure autrement mortelle.

     Telle une réponse à la tempête nécromantique, le tonnerre gronda aussi fort que naguère, et des éclairs ciselèrent les cieux soudainement instables et gorgés de vent occulte.

     Mannfred von Carstein n’eut que le temps de dresser sa garde face à l’assaut foudroyant du sabreur immortel. Comme la dernière fois, le plan avait été infaillible, et son ennemi n’arrivait qu’à compenser à peine par ses ressources que l’on pourrait croire inépuisables. Lui, qui avait déjà par deux fois affronté cet être, savait à présent qu’il était facile de le pousser à bout.

     C’est avec un rictus de froideur et de mépris qu’il croisa de nouveau le fer avec ce vampire qui ne représentait nulle autre chose qu’une insulte pour lui, le seigneur de la Sylvanie. Méthodique, il se contenta de parer sa lame aussi efficacement qu’il le put, déjouant au passage ses murmures d’enchantements, quels qu’ils étaient. Son armée approchait, rasant tout obstacle sur leur chemin, sauf quatre abrutis qui ne savaient toujours pas à qui tous les vampires devaient prêter leur allégeance. Des dragons de sang, peut-être, mais leur rage de sang serait vite apaisée par la futilité de chaque cadavre qu’ils occiraient. Bientôt, il n’y aurait plus d’ennemis sur ce champ de bataille, plus que des marionnettes obéissant à sa volonté.

     « QUE CELA CESSE ! »

     Le combat se figea dans un sonore bruit d’acier entrechoqué. Les deux ennemis sentirent plus qu’ils ne virent les lames pointées vers la gorge de chacun, et tous deux se sentirent alors sur le point d’éclater de rire. Quoi ! Elle oserait !
Les lames se retirèrent aussi rapidement qu’elles étaient apparues. Un bruit indiqua qu’elles furent simultanément plantées dans le sol. La vampiresse parla, bravant de sa voix le mugissement nouveau de la tempête.

     « MOI, DELPHINE D’ESSEN, RÉCLAME CE QUI ME REVIENT PAR LE DROIT DU VAINQUEUR ! LE CASTEL TEMPLEHOF, LE VILLAGE ET LES LANDES ATTENANTES, AINSI QUE MA PLACE AUPRÈS DU SEIGNEUR DE CETTE CONTRÉE ! »

     Ce fut comme si la foudre eut frappé à cet endroit-même. Alors que les deux seigneurs se sentaient à un cheveu de reprendre leur impitoyable duel, ni l’un, ni l’autre n’osait bouger, comme sous le charme de quelque sortilège inconnu.

     « ASHUR ! »


***


     Elle savait qu’il n’y avait que lui sur qui elle avait un quelconque ascendant, et qu’inversement elle n’avait droit à aucune injonction sur celui dont à présent elle réclamait la suzeraineté. Quelques terribles instants entre lumière des éclairs et ténèbres de la nuit s’écoulèrent, les deux combattants demeurant figés, leurs armes toujours croisées dans une mortelle rencontre. Puis, le vampire millénaire relâcha sa pression, d’une mesure infime, mais suffisante pour que son ennemi comprenne son intention. Alors, ce dernier entama également une parcimonieuse détente, affichant simultanément un sourire de moins en moins dissimulé. L’expression d’Ashur, quant à lui, était impénétrable.

     Finalement, le comte rengaina son épée, et le sabre de son ennemi se dissipa dans l’aethyr. La tempête, cependant, était toujours au faite de sa fureur, aucun des deux sorciers ne se permettant de relâcher leur attention.
     Sans détourner le regard du vampire millénaire, Mannfred von Carstein prit la parole d’une voix solennelle, mais lourde d’ironie :
- La requête a été entendue, Delphine d’Essen, comtesse de l’Ostermark, celle qui a coupé court à toutes mes propositions il y a si longtemps, alors que je réunissais mes forces afin de reprendre ce qui me revient de droit : le trône de l’Empire. Vous avez été entendue, dame, mais je ne vois pas pourquoi vous seriez écoutée. Donnez-moi une seule raison de vous épargner les supplices que je vous réserve.
- Vous avez besoin de moi. Sinon, vous m’auriez tuée il y a longtemps, mais vous ne l’avez pas fait.
     La voix du seigneur vampire se fit plus enjouée :
- Vrai, dame ! Vous dites vrai ! Mais vous qui êtes venue à moi avec les armes, et non avec humilité, vous devez périr pour votre manque de fidélité et votre impardonnable impertinence.
- Il n’y a pas d’impertinence à prouver que vos vassaux ne valent guère sur un champ de bataille, et il n’y a pas meilleur gage de fidélité que de venir occuper leur place, seigneur.
     Le comte éclata alors d’un rire franc ; toutefois, ni Ashur, ni Delphine ne doutaient qu’il ne pouvait être distrait par la conversation.
- Quelle… Quelle monstrueuse arrogance ! – dit-il enfin, reprenant difficilement la parole. – Quelle insulte à mes vassaux ! Et qui insulte le vassal insulte aussi le suzerain !
     Tout autour d’eux, le cercle de morts-vivants s’était resserré. Si la conversation venait à déplaire à celui qui les commandait, il y aurait peu d’issues de secours. Plus loin, la comtesse le savait, le même danger pesait sur les servantes et le vieux nécromancien.
     Elle devait insister :
- Une fois de plus, seigneur, je réclame ma conquête ! Et pour vous prouver ma loyauté… - les mots se figèrent dans sa gorge, l’espace d’un instant infime… - je tuerai, si vous me l’ordonnez, l’ennemi le plus redoutable qui se dresse devant vous !

     Ashur crut que la foudre eut frappé une seconde fois sans qu’il l’ait invoquée. Depuis le début de la conversation, il s’était senti comme distant, étranger à cette échange de politesses, attendant que les hostilités reprennent et qu’il puisse périr au combat une bonne fois pour toutes. A présent, si ses sens ne le décevaient pas, c’était bien sa bien-aimée qui s’était proposée de le renvoyer dans l’autre monde. Lorsque, dans la brève lueur d’un éclair, il perçut les traits du comte von Carstein, il comprit à son expression aussi étonnée qu’il avait entendu juste. Quelle était donc cette abominable traitrise ?
     Cependant, l’instant d’hésitation s’écoula pour le seigneur Mannfred, et il risqua ce qu’il n’avait pas encore jugé nécessaire de risquer : se détourner du sabreur pour plonger son regard dans les prunelles de la vampiresse, afin de savoir ce qui se tramait véritablement derrière cette mascarade. Toutefois, dès le premier coup d’œil, il n’y perçut rien d’autre qu’une pluie de sang abreuvant un champ de noirceur, les lunes jumelles éclairant ce champ de leur lumière blafarde. Rien. Aucune trace de pensée, aucune trace de souvenir, aucune chance de passer outre la macabre vision qu’on lui offrait.  
- Ma loyauté ne saura être détournée par nul ennemi de votre seigneurie, - l’entendit-il prononcer d’une voix… affable ? Sûre ?
     Manifestement, il ne s’agissait plus de la même personne qu’il avait naguère plié à sa volonté par le plus élémentaire des rituels. Et, pour la première fois, le seigneur sylvanien conçut sérieusement le gage de sincérité cette vampiresse lui proposait d’offrir. Il fut néanmoins devancé par son ennemi, le sabreur, enfin sorti de son silence prolongé :
- Me tuer ? – il souriait à pleines dents, étant non loin de la moquerie enfantine. – Vraiment, comtesse ? – il rit alors, rit avec autant de désinvolture que son ennemi, rit à ne plus s’en arrêter, rit jusqu’à ce que son rire se mélangea avec le bruit du tonnerre qui se mit soudain à tonner comme jamais. – Pourquoi pas ! POURQUOI N’ESSAIES-TU PAS, COMTESSE !
     Imperturbable, le comte lança, platement :
- Tue-le, maintenant.

     Les deux lames furent arrachées du sol trempé, et les gouttes d’eau fusèrent dans tous les sens dans le sillage de la botte fulgurante de la dame d’Essen. Elle vit le sabre de son bien-aimé se matérialiser dans sa main, subitement, en même temps que le bras qui l’empoignait se rapprochait pour parer l’estocade. Trop tard.

     Elle ne voulut pas croire qu’il la laissa faire. Pourtant, elle savait qu’il ne pouvait en être autrement, et que l’épée qu’elle avait ramassée sur le corps du vampire qui l’avait abattue était bien fichée à présent dans la poitrine du vampire millénaire, en plein cœur. Immédiatement, le sabreur ne put esquisser le moindre mouvement, son visage étant toujours fixé dans un rictus hilare, ultime expression de son mépris envers tout ce que représentait ce monde.
     Delphine réalisa qu’elle était à mi-chemin. L’esprit absent, elle fit tournoyer la seconde la lame qu’elle tenait entre ses mains, celle qu’Ashur lui avait offerte, et sectionna la tête du vampire millénaire d’un geste sec, dont le bruit fut noyé dans le tumulte de la tempête. L’épée se volatilisa immédiatement.
     Alors que le corps tomba à la renverse, l’armure commença à se désagréger peu à peu, mais la comtesse n’eut pas la curiosité ni l’envie de l’observer. Elle se retourna pour faire face au comte Mannfred, qui la dévisageait à présent avec un sourire froid et toujours méprisant. Il ne lui en coûtait rien à présent de la mettre à mort, de lui faire payer son refus d’antan, et tout ce qu’elle aurait fait n’aurait eu plus aucun sens, sauf pour lui. Toutefois, lorsqu’elle entendit les paroles du seigneur sylvanien, elle sut que la vengeance fut alors remise à plus tard :

- Comtesse von Templehof, bienvenue dans les rangs de la non-vie.
***

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Dernière édition par Von Essen le Lun 13 Oct 2014 - 21:13, édité 2 fois
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siegfried der blutdurstig
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 11 Oct 2014 - 17:29

Nooon !! Blink
Mais... mais... mais... et mon petit vampire schizophrène et complètement fou préféré ?? Crying
Tu est vil Von Essen ! Soit tout ceci n'est qu'un plan machiavélique pour mieux nous surprendre par la suite, et dans ce cas tu est vil, soit  deux personnages sont réellement disparus et dans ce cas tu est encore plus vil !!
Franchement bravo !! Sauf que... une seul petit problème se pose... Après un post comme ça je réclame la suite !!! Twisted Evil
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Sam 11 Oct 2014 - 17:46

Haha. Et si je vous disais que l'un de mes projets de suite pour Vampire at war s'intitule "Vil pour Von Essen" ? Devil En plus que l'idée m'est venue avant que tu ne m'accables d'un pareil adjectif, cher Siegfried Mrgreen
Plus sérieusement, et totalement hors RP, je suis bien plus noble et gentil sur les autres forums où je suis présent (un peu, presque pas, mais bon Innocent ) : Ulthuan vs Naggaroth et Athel Loren Happy

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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 14 Oct 2014 - 17:40

... ... ... Crying Crying RIP

Si je n'ai pas la suite avant de te voir (tiens, je te vois ce soir en plus ! Devil ), je te fais rejoindre Manon ! Fou Fou Fou

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Les mots sont un don. Les mots sont une arme. Les mots ne se gaspillent pas. P.B.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 14 Oct 2014 - 17:45

LA SUITE !!!
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Mar 14 Oct 2014 - 19:00

Je suis entièrement d'accord avec Siegfried.

Sinon, vivement la suite.

J'oubliais, c'est toujours aussi bien.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Oct 2014 - 19:53

La suite Wink






     Sa vision s’éclaircit, alors qu’il ressentait la magie traverser son corps et ressouder ses os brisés. Immédiatement s’ensuivit une vague de terreur : le vampire comprit que seul un sorcier d’une puissance incomparable eût pu provoquer une telle vague de pouvoir nécromantique, et il ressentit alors la présence de celui-ci, tout près, un être à la volonté indomptable et à la malice inégalée, un maître accompli de la non-vie, face auquel il n’aurait d’autre choix que de se plier en soumission. Puis, il entendit un féroce combat se déclencher, opposant ce seigneur inconnu à Ashur, le sabreur qui lui aussi l’eut naguère fait trembler intérieurement, lors de leur rencontre.
     Ayant pleinement retrouvé ses sens, il put constater qu’il était encerclé, et que le champ de bataille qu’il avait quitté en sombrant dans l’inconscience était plus peuplé que jamais. Les morts étaient partout, mais ils ne se battaient pas entre eux, obéissant désormais à la seule volonté du seigneur inconnu.

     Von Essen ne se fit aucune illusion : le champ de bataille appartenait désormais à ce nouveau venu. Sa victoire n’était plus qu’une question de temps, puisque rien n’en présageait le contraire, et la certitude d’être en péril mortel fut complète lorsqu’il vit les morts vivants s’approcher de lui, tellement nombreux qu’il ne pouvait voir à travers leurs rangs. Le vampire resserra sa poigne, mais ne trouva pas son épée à portée de main. Pestant contre le destin, il se prépara alors, même désarmé, à vendre chèrement sa peau.

     Subitement, un cri défiant le vacarme ambiant résonna : un ordre de la comtesse d’Essen, la « dame » à qui il fut jadis contraint de prêter serment d’allégeance. Assez étonnamment, - crut-il, - ses bourreaux squelettiques se figèrent, laissant leur victime trépidante d’anticipation, vacillante entre l’espoir, la crainte et le fatalisme.
     Le vampire but chaque mot qui fut prononcé, sachant pertinemment que ce serait l’issue de cette conversation qui scellerait son sort. Lorsque son ouïe fut agressée par un grondement de tonnerre cataclysmique, il fut persuadé que les négociations eurent échoué, et fut sur le point de bondir dans la masse de squelettes pour tenter l’impossible. Sa raison, toutefois, l’en empêcha au dernier moment, constatant toujours l’immobilisme des pantins nécromantiques.
     Subitement, il perçut alors que les vents de magie s’affolèrent, fusant dans tous les sens : par un enchevêtrement unique de circonstances, - comprit-il, - le sabreur immortel périt.
Puis…
     « Comtesse von Templehof, bienvenue dans les rangs de la non-vie. »


     Von Essen entendit d’abord sans comprendre, mais quand le sens des mots prononcés lui parvint, ce fut de justesse qu’il se retint de sauter de joie : sa vie était épargnée !

     « Dès à présent, votre loyauté sera mise à l’épreuve par l’application stricte de chaque ordre que vous recevrez. Toute désobéissance sera punie. Votre avis ne sera sollicité que par ordre direct. Voici ce que je vous ordonne maintenant, comtesse : vous ne disposerez que des forces que je vous laisserai dans les moments qui vont suivre, et il vous sera interdit d’en transgresser la limite. Pour l’heure, vous devrez demeurer au castel Templehof, vous et vos serviteurs. Avec la plus complète discrétion. »
     « Oui, seigneur. »


     Les squelettes qui entouraient Von Essen se tournèrent vers une direction unique, et se mirent en mouvement. Le vampire dut se retirer de leur chemin, sous peine de ployer sous leurs rangs innombrables. Grimpant sur une position surélevée, il vit les contours des dizaines et des dizaines de morts-vivants qui suivaient leur seigneur vers le sud. Tournoyant dans le ciel, tels des oiseaux de proie, les vargheists quittaient également le champ de bataille. Quelque part au milieu de ce tumulte, Von Essen aperçut la silhouette immobile de la comtesse, et plus loin, le nécromancien von Nettesheim, entouré des deux servantes, Mina et Moka.
     Plus loin encore se tenaient les chevaliers de sang. Descendus de leurs montures, ils semblaient défendre un endroit particulier, abattant tous les pantins nécromantiques qui passaient à portée d’épée. Ceux-là les ignoraient totalement, une magie impie ressoudant les membres des cadavres déchiquetés pour de nouveau rejoindre leurs rangs, telle une ultime moquerie à la prouesse martiale des quatre vampires. Par un bref instant, Von Essen put distinguer l’objet qui les contraignait à s’humilier de la sorte : le corps étendu de leur chef, le chevalier de Brionne.  

     Un long moment s’écoula avant qu’enfin l’armée du comte ne disparaisse derrière les collines. Alors, l’ancien bourgmestre descendit de son point d’observation.    


***


     Un cri le fit trébucher alors-même qu’il posait pied à terre, un cri, non, un hurlement, unique et prolongé, plongeant, parut-il, jusque dans les entrailles de la terre. Un cri suivi d’un autre, également terrible et lancinant, vibrant de douleur et de souffrance que plus rien ne pouvait dissimuler. Un cri s’éteignit aussi vite que la tempête, alors-même que le vent et la pluie faiblissaient. Pétrifié de peur aveugle, Von Essen resta figé encore longtemps après que l’écho de la lamentation cessa de résonner à travers la lande funeste. Là où plus que quelques gouttes d’eau éparses persistaient à tomber, plus rien ne bougea.


     Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Elle avait survécu. Man… Morte, morte, morte, morte, morte, Manon morte, elle était morte, elle était morte, morte. Ashur, Ashur aussi. Elle, elle l’avait tué, elle les avait tués tous les deux, tous les deux, ils étaient morts, ils étaient morts, ils étaient morts ! Morts ! MORTS !
     Ha… Haha… Morts… Morts, morts, morts…
     NON ! NON ! Elle ne devait pas céder à la folie, non ! Elle avait trop subi, elle avait tout sacrifié, elle avait tout donné, ils lui avaient tout donné, ils lui avaient tout donné ! Sans eux, elle serait morte, elle aussi, elle serait morte ! Morte… Que faire à présent ? Que faire ? Que faire ! Von… Von Nettesheim, il sait toujours, il doit savoir, il doit savoir ! Quand il ne reste plus rien, que faire ?
Faire… Faire ce qu’on m’a dit de faire, et attendre, et préparer… ma vengeance ? Non, elle ne voulait pas, elle ne voulait pas… Ils avaient tout donné, tout, tout pour qu’elle survive, tout, elle n’allait pas rendre leur sacrifice inutile, NON !

     « NON ! »
     Delphine d’Essen regarda autour d’elle, et ne vit que la noirceur des ténèbres de Drakenhof. Seuls des contours indistincts se définissaient tout autour, et des bruits de frottement et de cliquetis de métal sur une surface rugueuse.
Un appel retentit derrière elle :
- Comtesse !
     Surprise, elle constata qu’elle était effondrée par terre, à genoux. Dans sa tête, il y avait toujours un poids dont elle ne parvenait pas à se débarrasser, mais curieusement, elle ne parvenait plus à comprendre lequel… Se relevant, elle aperçut celui qui avait parlé : le maître nécromancien, Friedrich von Nettesheim.
- Maître !

     Von Nettesheim s’arrêta net, soudain troublé par le ton vif qu’il venait d’entendre. Néanmoins, il se ressaisit rapidement :
- Comtesse, - dit-il en s’inclinant, accompagné des deux servantes, - si vous êtes de mon humble avis, il serait bon que nous quittions les lieux sur le champ. Nous ne pouvons pas rester.
- Oui, maître. Nous partons.
     Le nécromancien eut de nouveau une sensation désagréable en entendant le ton de sa voix, mais ne put en définir la raison. Quelque chose n’allait pas.
- Je… - dit-il en la voyant soudain se tourner et se mettre en marche. – Madame ! – il haussa la voix pour qu’elle s’arrête. – Quelles dispositions dois-je prendre vis-à-vis du corps du seigneur Ashur ?
     Elle se remit en face de lui ; dans l’obscurité, le vieux maître ne put définir ses traits.
- Le seigneur Ashur ? Qui est-ce ?

     Les mots se bloquèrent dans sa gorge, incapables d’exprimer le trouble qui venait d’apparaître dans ses pensées. Von Nettesheim sut qu’il était désemparé, et se demanda s’il avait bien entendu.
- Le… seigneur Ashur… - hasarda-t-il, - … votre… notre…
     L’aide vint de là où il ne s’y attendait pas.
- Le seigneur Ashur ! – explosa Mina.
- Votre amant ! – surenchérit Moka.
     Toutes deux étaient également confuses, mais ne pouvaient pas tolérer un seul instant que leur maîtresse se mit à penser ainsi de travers. Pas après ce qui venait de se passer.
     Celle-ci sembla les dévisager tour à tour, sans prononcer mot. Le vieux maître se retrouva incapable scruter son esprit, faute de lumière, et ne put qu’attendre sa réponse.
- Vraiment, mesdemoiselles, maître, c’est la première fois que je vous entends parler de quelqu’un que je ne connais pas, qui plus est de le désigner comme mon amant ! Vous avez ma grâce exceptionnelle pour notre victoire sur l’ennemi, mais que cela ne se reproduise plus. Maître, puis-je vous confier le commandement des troupes qui nous restent ?
- Je… Oui, comtesse, - articula-t-il en s’inclinant.
     Abasourdies mais obéissantes, les deux servantes suivirent son exemple.

     Satisfaite, la comtesse les invoqua à sa suite, puis se dirigea avec elles vers les quatre chevaliers de sang, qui se tenaient toujours immobiles quelques centaines de pas plus loin. Von Nettesheim les observa s’éloigner, toujours saisi d’une terrible impression d’un mauvais sort qui s’acharnait sur eux. Des cas de folie, il en avait entendu parler, mais… Il toussa soudainement, d’abord faiblement, puis un peu plus fort. Reprenant son souffle, le nécromancien réalisa son état était également peu enviable, et qu’il ferait mieux de retrouver rapidement un logis confortable sous peine de subir les exactions de l’air vicié sylvanien.
     Le cri d’indignation teintée de moquerie se fit entendre. Le vieux maître perçut le tintement du métal, puis des ordres prononcés très sévèrement par la dame d’Essen, puis des cris de protestation, puis plus rien. La voix de la comtesse retentit de nouveau, et Von Nettesheim discerna les chevaliers de sang qui se remettaient en selle, l’un d’eux transportant manifestement le corps de leur chef. La dame d’Essen, quant à elle, monta sur le destrier caparaçonné de ce dernier, ses servantes l’accompagnant à pied.

     Le nécromancien ne se permit pas d’observer plus longtemps. Imposant sa volonté aux nombreux squelettes que la magie du comte avait remis sur pieds, il reforma leurs rangs, tous dirigés vers la lointaine silhouette du castel, au sud-ouest. Les guerriers d’outre-tombe dont les armes convenaient pour servir de lances furent séparés du reste, puisque le vieux maître appliquait aux morts les tactiques militaires dont il avait le vague souvenir. Il se trouva qu’un régiment de gardes des cryptes avait également été laissé à leur disposition, qui se mit en marche dès que l’ordre informulé fut donné.
     Friedrich von Nettesheim se sentait rempli d’amertume, de bile tellement fétide à avaler que seule l’occupation lui permettait d’émousser sa souffrance. Sa gorge le lançait à présent, et son esprit ne s’était toujours pas reposé depuis la récente bataille. Son chagrin, qu’il avait cru partager avec la comtesse, semblait désormais appartenir à lui seul, et aux servantes, mais leur maîtresse en aurait sans doute besoin afin de mener son existence dans sa nouvelle conquête… Le vieux maître agrippa plus fermement son bâton de sorcellerie. La dhar lui semblait plus fuyante à présent, comme si le vent sentait la faiblesse de son maître, et en profitait. Son emprise sur les morts était toutefois toujours la même, et les hordes d’os et de métal rongés par le temps avançaient devant lui, labourant l’épaisse couche de boue visqueuse recouvrant le champ de bataille. Alors, lui-même se mit en marche, pas après pas, mesurant du regard l’étendue qu’il leur restait à parcourir jusqu’à leur destination finale : le castel Templehof.


***


     La torpeur lui collait à la peau. Von Essen avait la prégnante impression d’avoir fait preuve d’un pitoyable accès de couardise, et ses membres étrangement engourdis venaient lui confirmer à quel point le moindre mouvement lui semblait alors une grave prise de risque. Luttant pour reprendre pleine possession de ses moyens, le vampire scruta rapidement les alentours, et constata que les morts étaient loin devant lui : seuls les derniers rangs se distinguaient encore dans la pénombre.
     Une timide grisaille commençait à percer au nord, mais elle paraissait terriblement lumineuse par rapport au linceul de ténèbres qui recouvrait les cieux partout ailleurs. L’air était chargé d’humidité, mais les nuages semblaient avoir épuisé leurs réserves d’eau pendant la nuit.
     Von Essen se crut seul, et laissé pour compte. On l’avait ainsi abandonné au même titre que ce champ de bataille parsemé de ruines et de buissons rabougris. Avait-il aussi peu de valeur aux yeux de tous ? Intérieurement, tout son être tressaillit d’indignation. L’ancien bourgmestre serra les poings, réalisant au même instant que jamais, tel qu’il était à présent, il ne saurait faire payer aux fautifs l’affront qu’ils lui faisaient. Quant à tenter une fois de plus de retrouver un « maitre » qui voudrait bien de ses services, l’idée arracha au vampire un sourire amer : dans cette contrée maudite, seuls les plus puissants survivaient, malmenant les plus faibles selon leurs moindres désirs, n’hésitant pas à les faire souffrir, voire à les sacrifier si le besoin se présentait.
     De dépit, il cracha par terre, puis se mit en marche, essayant en même temps de se décider quant à la direction à prendre, ses bottes s’enfonçant profondément dans la fange sylvanienne.


     « Von… ESSEN ! »
     Il virevolta sur place, pointant ses griffes dans la direction d’où était venu l’appel. Personne. Pourtant, si un cœur battait, il l’aurait senti. Si une magie était à l’œuvre, il l’aurait sentie…
     « Von Essen, Essen ! »
     Comme si une voix insistante lui chuchotait à l’oreille. Face à un ennemi invisible, l’ancien bourgmestre fit de son mieux pour ne pas perdre contenance. A l’affut de la moindre palpitation, du moindre signe de sa proie insolente, il se tint prêt à bondir.
     « Ha ha ha, - cette fois-ci, le vampire tressaillit visiblement, - n’aie crainte, pauvre abruti. Approche. »
     Von Essen ne bougea pas d’un cil, viscéralement méfiant, mais aussi incapable de déterminer la direction à suivre.
     « Mon CORPS ! Von Essen ! Approche-toi de mon corps ! Le seul qui reste sur ce champ de bataille à part le tien ! »
     Le chuchotement trahissait à présent de sérieuses notes de colère et d’impatience, ce qui n’échappa pas aux sens aiguisés du vampire, qui perçut là une imploration dissimulée. Sans baisser sa garde, il prononça :
     «  Je n’en ferai rien. »
     Un bref silence lui confirma que la voix pondérait son refus.
     « HAHAHAHA ! Vraiment ? – le ton moqueur de son interlocuteur invisible lui ôta le peu d’assurance qu’il avait parvenu à obtenir avec peine. – Soit, refuse donc, et je te hanterai de railleries de ta propre insignifiance pour le restant de tes jours !
     Prenant bonne mesure de la menace, l’ancien bourgmestre grinça des dents. Il devinait l’identité de celui qui lui parlait, et cette évidence venait à présent l’assurer que cet être n’était pas de nature à renoncer facilement. Soupesant le pour et le contre, Von Essen n’en ressortit que plus troublé, sa fierté impitoyablement meurtrie par la nécessité d’obéir à nouveau, sous peine de récolter une éternité de souffrances. IL en était capable.
     Résigné, il parcourut les alentours du regard, et aperçut non loin la dépouille de celui qui l’appelait : Ashur, le sabreur dont il ne connaissait rien, à part qu’il appartenait à la caste de ceux qui faisaient ployer les faibles. Von Essen sut qu’aujourd’hui, il figurerait parmi ceux-là, espérant comme tant d’autres que leur bonne volonté leur vaudrait un jour la suprématie tant convoitée.

     « Que dois-je faire ? »
     « Porte mon corps au carrosse renversé, près des ruines de la tour. »
     « Et après ? »
     « Chaque chose en son temps. »

     Le vampire n’insista pas. S’approchant de sa cible, il observa que l’armure du guerrier immortel s’était entièrement dissipée, laissant le cadavre décapité nu, de nombreuses cicatrices parcourant sa peau terne.
     Impassible, l’ancien bourgmestre s’apprêta à charger le corps sur son dos.
     « Ton obéissance sera appréciée à sa juste valeur. »
     Von Essen s’enflamma intérieurement, mais lâcha seulement : « Je sais. »

     Un rire enjoué l’accompagna alors qu’il s’emparait également de la tête du vampire millénaire. Il n’en fit pas grand cas, étonné de ployer sous la charge du cadavre, lui qui se savait capable à présent de soulever une jument d’une seule main. Quelque chose rendait le corps du guerrier bien plus lourd que celui d’un simple mortel.
     Lorsque le chemin nécessaire fut enfin parcouru, l’ancien bourgmestre se sentit une croissante envie de sang frais. La voix, toutefois, le tira immédiatement de cette pensée :
     « Tu trouveras un cercueil à l’intérieur. Son ancien propriétaire n’en aura plus besoin. Jette le dehors, et dépose mon corps à sa place, ma tête proprement placée au cou. »
     D’un effort qui aurait nécessité la force de dix hommes, Von Essen releva le carrosse et le remit sur ses roues. Méthodiquement, il repoussa les rideaux souillés de boue, et trouva le cercueil noirci à l’endroit indiqué. Repoussant le couvercle rugueux, il révéla à sa vision un corps entièrement recouvert de tissu noir, dont les seuls replis trahissaient la taille imposante de celui qui reposait en dessous. D’un geste sec, l’ancien bourgmestre retira la couverture.

     Il frémit à peine quand un essaim de chauves-souris s’échappa des ténèbres en dessous, s’efforçant de dévorer à mort le profanateur qui osait ainsi troubler le repos de leur maître. Le profanateur en question, désormais habitué à sa nature surhumaine, ne fit que de subir leur assaut tout en perforant une bête après l’autre avec ses griffes, jusqu’à ce que les survivantes se dispersent aux quatre vents.
     Lorsque ce fut toutefois la main blafarde et crochue du seigneur embaumé qui l’attrapa à la gorge, il faillit paniquer, manquant de perdre l’équilibre et de tomber vers l’avant, droit vers la gueule béante de l’ancien vampire, visiblement déterminé à en finir avec l’insolent qui s’attaquait à son lieu de repos.
     Von Essen prit appui au dernier moment, le seul souvenir du rire narquois d’Ashur l’empêchant de céder à la frayeur. Il saisit d’une main le poignet de son antique assaillant, et appliqua une pression telle que les os affaiblis se brisèrent, et la poigne se relâcha. Dès lors, l’ancien bourgmestre s’empara de cette main abominable, et tira.

     Un râle épouvantable le fit de nouveau trembler, alors que la figure difforme de son ennemi apparaissait devant lui, dénudant des crocs affamés, prêt à se repaître sur celui qui précipitait ainsi son réveil. Cependant, ce fut au tour de Von Essen de le prendre fermement à la gorge, et de l’arracher sans cérémonie à son linceul.
     Alors que l’ancien vampire, affaibli mais hargneux, atterrissait sur ses pieds, les doigts réunis du bourgmestre s’enfoncèrent dans sa poitrine avec la force d’une lance, puis ressortirent de l’autre côté dans une gerbe de sang noir.
     Dès lors, il n’esquissa plus aucun mouvement, avant de s’effondrer dans la boue pour ne plus se relever.

     « Tu m’impressionnes, petit vampire ! Je ne te savais pas aussi plein de ressources ! »

     Un rictus de mépris déforma les traits de l'ancien bourgmestre. La flatterie du sabreur l’avait atteint malgré lui, et il s’empressa un peu plus qu’il ne le voulut de reposer son corps dans le cercueil, puis de remettre le couvercle par-dessus. Un bref espoir que cela l’empêcherait de parler le visita, mais il fut rapidement dissipé :
     « Puisque tu es aussi malin, monte à la place du cocher, et fais avancer ce carrosse ! »

     Von Essen obéit presque immédiatement. Ce pouvoir, il le sentait en lui, mais plus encore il sentait l’illusion flatteuse du vampire millénaire qu’il utilisait son pouvoir pour une grande cause, une cause prometteuse, qui lui vaudrait bien des récompenses. Toutefois, - se dit-il, - il était trop tard pour reculer, et il irait jusqu’au bout des instructions du sabreur immortel, quoi qu’il lui en coûte.
     Pour l’heure, il ne lui coûta rien de monter à l’avant du sinistre véhicule, et de murmurer les incantations primaires de la nécromancie : la puissance impie de la dhar vint s’insuffler de nouveau dans les destriers cadavériques attelés au carrosse, simples marionnettes dans les mains du sorcier qui les contrôlait.

     « Bien ! Très bien, Von Essen ! A présent, quittons cet endroit lugubre et rejoignons un lieu plus convenable pour la suite, tu veux bien ? Direction – le sud-est, dans la forêt ! »
     L’ordre informulé fut donné, et les montures de l’attelage se mirent immédiatement à avancer selon les désirs du vampire, les roues du carrosse noir laissant un profond sillage dans l’éternelle boue sylvanienne…    
                     


_________________
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Spoiler:
 


Dernière édition par Von Essen le Dim 19 Oct 2014 - 20:30, édité 1 fois
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Oct 2014 - 20:11

Je viens juste de la lire et je dois dire que je suis déçu. Déçu que ce soit aussi court Very Happy

Comme d'habitude, c'est toujours aussi bien et aussi passionnant. Je suis encore rentré trop vite dans l'histoire pour en sortir déçu que cela se finisse aussi vite. L'évolution est vraiment très intéressante pour les différents personnages. Je m'étais attendu à ce qu'Ashur survive mais je ne m'attendais pas à ce que ce soit grâce à Von Essen.

Du coup, vivement la suite.
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siegfried der blutdurstig
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   Dim 19 Oct 2014 - 21:40

Le carrooooosse !!!
Mais bien sur !! Les trucd les plus evidents sont les meilleurs ! Very Happy
Bravo bravo et encore bravo pour cette suite ! Very Happy
J'avoue que je suis fan de Ashur faisant le fanfaront meme en ayant la tete tranchée ! Tout a fait son style ! Devil et puis je suis content que ton personnage soit un peu approfondi, demander la suite est la seule chose a faire ! Wink
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MessageSujet: Re: Vampire at war : les temps maudits   

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