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 Songes d'une nuit hantée

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Thaddéus Von Carstein
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MessageSujet: Songes d'une nuit hantée   Mer 3 Sep 2014 - 21:44

J'ai décidé récemment de reprendre mon roman.
Comme j'ai modifié certains passages de mes écrits précédents, et pour éviter toute confusion, je repars de zéro, ici et maintenant:


... Des chants d’ivrognes, des cris et des vociférations emplissaient la nuit autour d’un édifice miteux et branlant. L’enseigne à moitié rouillée qui pendait au dessus de la porte de bois, souillée d’urine, désigna à Hantéus une taverne crasseuse et mal famée comme tant d’autres dans la cité de Trann, « La Botte Qui Baille ». Grande forme voûtée au milieu des ombres de la ruelle, vêtue d’un habit de voyage poussiéreux et aux couleurs ternes, le nécromancien se dirigea vers la taverne, non sans avoir regardé par-dessus son épaule. Manquant de glisser sur les ordures qui encombraient les pavés trempés d’une eau fangeuse, Hantéus jura tandis ses bottes piétinaient un excrément particulièrement malodorant. Il parvint à l’entrée de la salle commune, enfumée et bruyante, puis, jaugeant les lieux d’un regard rapide, il entra et se fondit dans la foule des clients de passage et des poivrots, piliers de comptoir. S’installant prés d’une fenêtre aux carreaux sales, Hantéus détailla l’assemblée.

Le spectacle des fêtards éméchés qui beuglaient une chanson paillarde, l’atmosphère surchauffée de la salle et les odeurs fortes d’alcool frelaté, attisèrent sa haine de la racaille et de l’humanité en général. Comme il les détestait tous… Pitoyables pantins entre les mains des puissants, ils étaient le reflet décadent de la prétendue civilisation. Aigri par ces pensées, il espéra l’arrivée prompte de Lucain. Il congédia d’un geste agacé l’une de ces serveuses peu farouche qui étaient le lot des établissements comme celui-ci. La petite brune, fardée outrageusement, se laissa tomber avec un sourire vulgaire sur les genoux d’un gros bonhomme, attablé non loin d’Hantéus. Malgré son irritation grandissante, celui-ci remarqua instinctivement un homme appuyé au comptoir. L’individu d’aspect pourtant anodin alarma le nécromancien… Trop de détails dans sa posture et ses manières trahissaient une volonté de ne pas être remarqué. Légèrement paranoïaque, Hantéus rechercha aussitôt d’éventuels complices de cet étrange oiseau dans la salle. Bien lui en prit… Il repéra juste à temps le canon d’un pistolet pointé sous la table par un des ivrognes de l’assemblée.

La décharge de plomb, tirée à moins de dix mètres, fracassa la chaise où se trouvait Hantéus une seconde plus tôt. Murmurant rageusement une formule, le nécromancien s’était esquivé sous une forme spectrale et vaporeuse. Aussitôt des hurlements hystériques et la bousculade avaient semé la confusion partout. Renversant tout et se ruant par portes et fenêtres, les plus valides et les plus réactifs des clients quittèrent la taverne et furent ainsi épargnés… Tandis que l’homme au pistolet était secoué soudainement de spasmes frénétiques et pissait littéralement le sang par tous les pores de sa peau en hurlant, le nécromancien continua une incantation aux accents lugubres. Plusieurs autres clients furent saisis par les mêmes effets…L’homme du comptoir parvint à s’échapper dans le tumulte généré par la rixe. Tandis qu’Hantéus redevenait tangible, deux poivrots trop ivres pour fuir tombèrent raides morts, les cheveux blanchis instantanément et le regard perdu de terreur…Un silence lourd tomba alors sur la taverne où gisaient onze cadavres dont neuf étaient vidés de leur sang. Le sinistre nécromancien se volatilisa alors dans un nuage de vapeurs noires.

Un homme au visage buriné et marqué d’une cicatrice déboula dans une ruelle, essoufflé, le regard paniqué et les cheveux hirsutes. Il semblait redouter et fuir une menace quelconque et son cœur battait la chamade. Dans sa tête, les idées se bousculaient. Comment ce diable de nécromant avait-il pu échapper au traquenard de la gargotte ?? Qui l’avait prévenu ?? Il était encore sous le choc de ce qu’il avait vu, de la sorcellerie la plus noire… Neuf de ses hommes de main étaient morts dans des souffrances horribles. Il fallait qu’il disparaisse, qu’il avertisse ses commanditaires tapis dans l’ombre. De chasseur redoutable, Reissman était devenu proie en détresse. De toute sa carrière de chasseur de primes, jamais il n’avait tremblé à ce point. Fébrilement, il agrippa la garde de son épée et rabattit sa cape défraîchie sur son corps nerveux. D’un revers il essuya la sueur qui ruisselait de son front et se fondit dans les ombres de la nuit.

Hantéus se matérialisa soudain dans sa retraite improvisée, telle une apparition cauchemardesque. Son regard haineux et sa face déformée par un rictus inquiétant ne présageaient rien d’engageant pour ses ennemis. Furieux de sa mésaventure, il se fustigea intérieurement de son imprudence et se promit d’y remédier sans tarder. Dorénavant, il n’irait plus lui-même conclure ses affaires, il enverrait des émissaires. Une sourde angoisse traversa Hantéus durant une seconde et il prit conscience de sa situation désespérée. Les hommes qui l’avaient agressé étaient sans doute des sbires de l’Expurgation ou de quelque puissant personnage. Depuis quelques mois, la traque qu’il subissait s’était faite plus pressante… Trann semblait décidée à se débarrasser de lui, à tout prix.

Lucain l’avait-il trahi ? Où se cachait-il ? Peut-être avait-il été éliminé par des agents de l’Expurgation… Les hypothèses se bousculaient dans son esprit. Il fallait retrouver très vite cette canaille. Hantéus avait besoin du tome détenu par Lucain. Le « Nécros Animatus » était sa meilleure chance de pouvoir conclure le rituel majeur d’invocation des trépassés. Il avait mis tant d’années à retrouver sa trace, l’avait payé si cher… Non… Il ne pouvait se résoudre à abandonner ses plans maintenant.  Malgré le péril, Hantéus décida de poursuivre son plan comme prévu. Il se dirigea vers un cristal noir taillé en forme de crâne humain. L’objet était posé sur un piédestal de pierre représentant une multitude d’esprits torturés et grimaçants. Le Nécromant effectua au-dessus quelques passes de sa main crochue et marmonna une litanie incompréhensible de sa voix rauque.

Bientôt, Des chuchotements et des ricanements inquiétants se firent entendre dans la crypte mal éclairée. Des formes indistinctes et vaporeuses erraient ça et là autour de la silhouette voûtée d’Hantéus. Le Nécromancien questionna les esprits des morts, durant un long moment. Il démêla tant bien que mal les énigmes et les paroles incohérentes des défunts, pour savoir… Savoir si Lucain avait rejoint la horde innombrable des morts… Savoir si le « Nécros Animatus » était en sa possession… Maîtrisant son impatience, Hantéus parvint à deviner et à déduire certaines choses. Il comprit que Lucain avait essayé de réveiller les morts pour son propre compte, en utilisant le tome maudit… En vain… Il avait succombé. Démembré par les rares non-morts qui avaient répondu à son appel maladroit.

Pauvre fou, ne savait-il pas que les morts-vivants restaient incontrôlables pour un profane tel que lui ? Que seule une volonté de fer pouvait les dominer ? Hantéus gloussa d’une joie malsaine, ce benêt de Lucain le servirait désormais gratuitement, et pour l’éternité… Le nécromant se jura de relever son cadavre sous la forme d’un zombi hideux et puant. S’arrachant brusquement au rite, le Bourreau de Mâletombes força les esprits agacés à rejoindre les limbes. Il pourrait bientôt abandonner ce repaire devenu trop vulnérable et entamer son maître plan, enfin…
Le nécromancien devint volute de fumée noire et sa forme mal définie se perdit dans les ombres de la nuit. Il survola la région endormie pendant plusieurs minutes avant de reprendre sa forme matérielle au beau milieu du grand cimetière de Trann, où gisait très certainement le ce benêt de Lucain.

Reissman s’était réfugié dans un monastère dédié à Simonin le mineur, un quelconque martyr quasiment inconnu. Il griffonnait nerveusement un message depuis une cellule austère où il s’était barricadé… Triturant entre ses doigts une breloque issue de la superstition populaire, Anton Reissman continuait à trembler de temps à autre.

« A sa Grandeur, Le Prince Wilmar, Haut Seigneur de Trann.

C’est à regret que j’informe votre Seigneurie de l’échec de ma mission. Tous mes hommes ont été massacrés.
L’individu que vous soupçonniez, à juste titre, est un démon adepte de la sorcellerie la plus sombre. Je ne saurai dire comment, mais il a deviné nos intentions.
Malgré l’habileté bien connue de mon équipe, il nous a percé à jour et s’en est sorti par un ou deux sortilèges redoutables.
Seule l’Expurgation me parait capable, désormais, de s’assurer de ce suppôt diabolique.
Je rendrai céans l’argent à votre Seigneurie et la supplie humblement de ne plus me solliciter pour cette affaire.
Je quitte Trann dès aujourd’hui pour échapper aux éventuelles représailles de ce démon incarné.
Que les Luminarques vous protègent, ainsi que la cité.
Votre humble et dévoué serviteur,

Anton Reissman ».

Ayant terminé, il appela un frère moine par le guichet de sa porte. Inspirant profondément, Anton tendit au religieux sa missive d’une main mal assurée.
« Pour qui tu sais…Vite !!! Je t’en conjure !!! » Le frère s’empressa d’obéir. Le bruit de ses pas précipités déclina rapidement dans le couloir désert.

La cité de Trann grouillait de monde à toute heure du jour ou de la nuit. Elle comptait plus de cent mille habitants à l’intérieur de sa formidable enceinte fortifiée. Abritant le grand temple des Luminarques, ainsi que le palais Seigneurial, Trann attirait des foules immenses et cosmopolites venant de toutes les provinces et royaumes environnants. Les prix y étaient exorbitants pour le moindre service ou la plus modeste marchandise. La noblesse formait une cour de plus de neuf cent personnes. L’étalage de richesses, visible partout, faisait le plus grand bonheur des brigands de tous crins qui infestaient la cité. Toutefois, le guet de Trann était réputé pour sa brutalité et ses effectifs conséquents, aussi la pègre locale se montrait elle raisonnable dans ses ponctions monétaires. Il était également de bon ton de ne voler que les étrangers de passage. Cette coutume existait depuis que le Seigneur Wilmar avait fait écorcher vif en place publique les trois quarts des voleurs de Trann. Quand la situation devenait trop compliquée, le Haut Seigneur de Trann faisait procéder à une bonne purge des quartiers les plus agités.  Le bourreau officiel de la cité, Jurgen-le-bossu, officiait parfois jour et nuit, jusqu’à être terrassé par les crampes. La rumeur populaire le disait aussi riche que le Haut Seigneur en personne… La batterie de tambour qui menait les condamnés au supplice, était par ailleurs surnommée « le salut du bossu », par les soldats du guet.

Devant cette énergique répression, les coupe-jarrets de tous horizons avaient rapidement su s’adapter, et les honnêtes citoyens de Trann pouvaient se promener en toute tranquillité. Les riches marchands étrangers, connaissant eux aussi les mœurs des ruffians locaux, s’étaient entourés de gardes privées et les rixes étaient monnaie courante. Les taxes sur le commerce, les fonderies, ainsi que les mines de cuivre et de fer, étaient les principales richesses de Trann. L’on venait parfois de fort loin pour étudier, l’art militaire, la magie ou les sciences, dans les académies et les universités de la grande cité. Elles étaient les parmi plus réputées du continent et certains des meilleurs professeurs y enseignaient leur savoir avec passion. Les routes pavées menant à Trann étaient fréquemment encombrées de caravanes et de voyageurs. De nombreux bourgs étaient nés le long de ces grandes voies de communication, parfois à partir d’un simple relais. Une telle pépinière de talents, de savoir et de richesses, ainsi que l’assurance d’un certain anonymat n’avait pas manqué d’attirer des personnages parmi les plus douteux. Dans les quartiers populaires de la capitale, les rumeurs allaient bon train. Toutes n’étaient pas fantaisistes, assurément. Des cas historiques de magie noire, d’hérésie et de complots sectaires avaient pris racine dans les bas fonds de Trann, par le passé.

Pour éviter que ces pratiques ne gangrènent les quartiers les plus exposés, une organisation était chargée de surveiller étroitement les agissements de chacun et de lutter contre les éventuelles manifestations diaboliques… L’Expurgation. Redoutée de tous, bénéficiant de pouvoirs très étendus et ne rendant de comptes qu’à l’Archiprêtre des Luminarques et au Seigneur Wilmar lui-même, ses espions étaient partout. De nombreuses conspirations avaient été déjouées par sa vigilance, emportant au passage quelques innocents vers le bûcher. La plupart des Expurgateurs disposaient d’un certain nombre d’agents pour les aider dans leur difficile mission. Suspicieux jusqu’à la paranoïa, les membres de cette organisation rôdaient en permanence sur tout le territoire pour débusquer la moindre affaire suspecte. Pourtant, malgré son zèle fanatique, voici maintenant plusieurs décennies que l’Expurgation était tenue en échec par un individu parmi les plus dangereux qui puissent exister.

Le Grand Profanateur, le Suprême Hérétique, le Fléau du monde civilisé… Hantéus Cadaver… Mille fois on avait pensé le tenir enfin, mille fois il avait échappé à tous les pièges, déjoué toutes les tentatives d’assassinat, semé tous les limiers lâchés après lui. Tant de fois, les armées de Trann avaient vaincu ses hordes de morts-vivants le temps d’une bataille… Inutilement. Le Bourreau de Mâletombes semblait posséder des ressources inépuisables d’intelligence et d’énergie. Il revenait toujours menacer la grande cité, profitant de chaque faiblesse, guettant chaque occasion de défaire sa puissance, attendant son heure, tapi dans l’ombre. On devinait sa présence derrière chaque apparition de morts vivants d’un bout à l’autre des contrées civilisées. Jouant sur les divisions qui minaient une noblesse turbulente, il avait, à plusieurs reprises, porté des coups meurtriers aux différentes factions de cette région du monde. L’action conjuguée de toutes les forces temporelles et spirituelles du territoire avait pu, jusqu’à ce jour, l’empêcher de fonder un empire de mort et de désolation. Quant à détruire sa personne, nul ne semblait capable de le faire. Au fil du temps, Hantéus Cadaver était devenu un Croquemitaine qui n’effrayait pas que les enfants.
La multitude de ses ennemis attendait elle aussi une erreur de sa part, impatiemment. Mais dans les méandres traîtres de ce jeu du chat et de la souris, l’abominable nécromancien semblait imbattable.

L’aube poindrait bientôt… Il fallait faire vite. D’ici peu de temps, comme tous les matins, les Prêtres Luminarques entameraient leur inspection matinale de la nécropole. Alors que son regard fouillait les alentours, Hantéus remarqua presque immédiatement les indices flagrants d’une présence surnaturelle. Un silence étouffant et lourd, caractéristique d’une manifestation  de la non vie, planait sur l’endroit. Une odeur de moisi, légère mais persistante, la terre fraîchement retournée devant certaines sépultures anciennes et oubliées, et d’évidentes traces d’un pas mal assuré un peu partout entre les tombes, persuadèrent le nécromancien. Lucain avait effectivement profané le cimetière par une cérémonie impie. Après quelques minutes, tandis qu’il avançait lentement dans un champ de stèles funéraires, ne percevant toujours que le son de sa faible respiration, Hantéus Cadaver retrouva la dépouille du défunt Lucain…

Les vêtements déchirés et trempés de sang du petit voleur couvraient à peine les restes de son corps affreusement mutilé. Le bras gauche avait disparu, arraché… Le cou était brisé, tordu à angle droit, laissant la tête cyanosée du vaurien, penchée de façon grotesque. Son faciès déformé par l’horreur, bouche ouverte, laissait voir les chicots de ses dents cariées. Le reste du corps était à moitié dévoré et baignait dans une mare de sang presque séché. Non loin de là, gisait un tome épais à la couverture de cuir usé. Souillé de sang et de terre, il était ouvert, laissant entrevoir les idiomes indéchiffrables qui couvraient ses feuillets. Le Nécros Animatus !!! Hantéus resta figé quelques secondes, il touchait au but. Une joie malsaine semblait posséder le Bourreau de Mâletombes, tout en gloussant, il ramassa l’ouvrage maudit, son esprit commençant machinalement à évaluer le processus alchimique qui serait nécessaire à sa réfection. Il sentit l’aurore toute proche et retrouva sa froide lucidité instantanément. Usant d’une incantation parfaitement maîtrisée, il s’évanouit dans les airs, une fois encore, emportant son butin et la dépouille du misérable Lucain.

C’est alors qu’une silhouette sombre sortit prudemment et silencieusement d’un mausolée qui lui servait de cachette. L’individu, toujours aux aguets,  songea que les Prêtres Luminarques auraient fort à faire pour rendre sa sérénité au cimetière de Trann. Cette perspective sembla le contrarier. Il quitta les lieux sans attendre, avec le produit de ses larcins…

 Hantéus Cadaver se sentit envahi par une torpeur soudaine… Il était épuisé et son esprit vagabonda un instant, brisant sa concentration. Voici deux jours qu’il n’avait pas pris de repos, obsédé par ses travaux et ses expériences nécromantiques. Il se rejeta en arrière contre le dossier ouvragé de sa cathèdre. Son visage faiblement éclairé par des chandelles fatiguées, il ressemblait à une apparition sinistre, comme celles que son art lui permettait d’invoquer certaines nuits d’horreur. Jetant négligemment sa plume sur une pile de parchemins éparpillés, Il contempla le désordre de son bureau d’un air absent.

Ce meuble avait été témoin de tant de décisions tragiques et importantes de sa vie, qu’il le considérait presque comme un compagnon indispensable. Que de chemin et d’années parcourues depuis son acquisition. Il l’avait trouvé dans une boutique miteuse de la vieille Trann alors qu’il n’était encore qu’un apprenti tâtonnant et maladroit dans les arts sombres. Des images de sa vie passée revinrent à la mémoire d’Hantéus. Il avait découvert la nécromancie presque par hasard, en surprenant des conversations murmurées dans la nuit. A cette époque, il n’était qu’un mendiant, vivant d’aumônes et de quelques travaux de peine. Le Nécromancien ne put s’empêcher de ricaner à ces souvenirs d’un passé révolu depuis si longtemps maintenant. Plus d’un siècle s’était écoulé, et au prix d’une existence d’une incroyable solitude et marquée par les épreuves, il avait avancé sur la voie des ténèbres.

Il avait dû prendre tant de risques et sacrifier tellement de choses pour arriver à ses fins, que sa haine jalouse envers les autres, les gens ordinaires, était devenue incommensurable.  Plusieurs fois, il avait frôlé la mort, tous, même les autres disciples de la nécromancie, avaient tenté de le détruire. Nul n’avait voulu l’entendre ou le guider, il avait survécu pourtant, par la force implacable de sa volonté de fer. Inconnu et anonyme, dans le grouillement humain des grandes cités de ce monde, il avait pu lentement extirper les secrets de la non-vie à ceux qui les maîtrisait. Commettant les pires méfaits pour se procurer l’or nécessaire à ses recherches inavouables, Hantéus devint un fléau pour la civilisation des vivants. Sa tête fut mise à prix dans tout le monde connu. Profondément malfaisant, son esprit dément était miné par la paranoïa. Voyageant sans cesse pour accéder au savoir interdit et échapper à la suspicion des honnêtes gens, Il découvrit de nombreux hauts lieux des arts noirs.

Du Val Funeste à Gorgonde, en passant par Hératos, il sillonna tout le pays et ses marches pour réunir des bribes de savoir et rencontrer d’obscurs personnages… Il y a si longtemps déjà… Un courant d’air glacial ouvrit brusquement la seule et minuscule fenêtre qui donnait sur l’extérieur. Le vent, facétieux, fit voler les feuilles disposées en vrac, dans toute la salle. Les chandelles s’éteignirent et Hantéus fut brutalement rappelé à la réalité. Il jura et grommela avant de se décider à refermer cette maudite fenêtre d’un geste violent et rageur. Il devait retourner à sa besogne… Déjà… Son esprit retors et malsain recommença à travailler. Hantéus analysa soigneusement les caractères presque effacés du vieux grimoire posé sur un lutrin crasseux et fronça le nez avant de renifler bruyamment.

Il ne parvenait pas à déchiffrer certains signes de ce texte sulfureux. Décidément, le Nécros Animatus ne livrait pas ses secrets facilement. Il répéta plusieurs fois dans sa tête toutes les étapes du rituel d’animation et la solution se présenta d’un coup à son intelligence. Eclatant d’un petit rire nerveux, il referma le tome poussiéreux et craquelé d’un geste vif, et, regardant une vieille carte jaunie clouée au mur, il se frotta les mains et sortit de son lugubre repaire. Il faisait nuit, une brume légère et vaporeuse montait du sol, recouvrant le paysage d’un linceul blanc et mouvant. Les alentours familiers de sa retraite devenaient incertains aux yeux d’Hantéus et il songea au masque trompeur dont lui-même était paré. Alors qu’il passait pour un vieil homme respectable, qu’on le pensait devenu riche par le commerce avec des pays lointains, il était un poison insidieux coulant dans les veines de ces contrées qu’il détestait. Misanthrope et amer, il grimaça à la pensée de ces gens grossiers et incultes qui peuplaient la région.

Il avait dû vendre sa jeunesse, ses espérances, son âme et tant d’autres choses pour exister enfin…Il avait été contraint aux pires exactions pour obtenir les renseignements vitaux à l’accomplissement de ses projets…Trouver des copies des ouvrages les plus sinistres et les plus prisés en matière de nécromancie, devint sa raison d’être. Aujourd’hui il était devenu une éminence noire d’une puissance redoutable, maître incontesté des arts sombres et alchimiste de grand talent. D’une érudition presque sans limites dans toutes les disciplines ésotériques, Hantéus Cadaver avait presque vaincu la mort par son immense savoir. Pourtant, il devait se cacher, fuir, encore et toujours. Il était le terrible Bourreau de Mâletombes, ses légions de morts-vivants avaient fait trembler toutes les provinces de la Grande Seigneurie de Trann, et tous citaient son nom avec crainte et horreur, d’un bout à l’autre du continent. Mais malgré toute sa puissance, il demeurait un fugitif et un proscrit.

L’ironie de sa situation de prédateur traqué le fit pester et ricaner. Il se hasarda à faire une visite nocturne dans les ruines du monastère Saint Wilbur, lieu profané et abandonné depuis des siècles, qui jouxtait un cimetière où il aimait flâner de temps à autre. Le silence pesant et l’atmosphère fantomatique des lieux le rassérénèrent alors que quiconque d’autre eut été rempli d’inquiétude et de terreur superstitieuse. Il savait qu’il pourrait relever de la tombe tous les moines qui reposaient ici quand bon lui semblerait. La lune était pleine et brillait d’un éclat blafard qui rayonnait entre deux nuages et transperçait doucement la brume. Hantéus songeait à ses plans tant de fois contrariés par les seigneurs des provinces libres. Nul ne se doutait de sa présence ici. Il était insaisissable depuis des années et la récompense offerte pour sa tête augmentait régulièrement après chacun de ses méfaits. Il déchiffra distraitement quelques noms oubliés, gravés sur les pierres tombales rongées par la mousse, et sur les marbres des mausolées envahis de ronces et de broussailles. Le nécromancien tapota de sa main fine aux doigts longs, une vieille dalle mortuaire particulièrement ouvragée. Un bourgeois fortuné ou un nobliau de la région reposait sans doute ici dans une crypte moisie par le temps. Hantéus faisait ses plans tout en errant mollement entre les sépultures.

Il savait que toutes les armées du continent étaient à sa recherche, qu’en ce moment même, des nuées de chasseurs de primes et de fanatiques religieux le poursuivait, fouillant chaque village du pays. Les Expurgateurs… Ils avaient bien failli le surprendre il y a quelques mois, à Pont-Gîsard, mais il les avait abattus avant de les relever dans la non-vie. L’aube trouva le Bourreau de Mâletombes encore pensif, appuyé contre un caveau érodé par le temps et les intempéries. Se redressant lentement, il ramena sa cape usée sur son corps malingre et repartit vers son antre secret. Le lendemain, alors que la nuit s’annonçait calme, une lancinante et macabre invocation troubla le silence paisible. Des craquements, des plaintes et des gémissements à glacer le sang se firent alors entendre, partout autour, dans la campagne. Des formes indistinctes et translucides sortirent des tombeaux de pierre, tandis que la terre se soulevait pour livrer le passage à des hordes de cadavres pourrissants et de squelettes rongés. Des rires diaboliques et des blasphèmes murmurés emplirent la nuit. De toute la contrée, les dépouilles chancelantes et titubantes des défunts sortirent de terre.

Hantéus assista avec satisfaction au réveil de ces enfants de la non-vie. Les fantômes les plus hideux et les esprits les plus tourmentés, allaient et venaient, se faufilant entre les masses informes de pantins cadavériques, pour remonter vers la source de l’appel irrésistible. Lentement, venant par les routes, les champs et les forêts, traversant les rivières, les non-morts se rassemblèrent autour du funeste nécromant. Maniant ou traînant des armes oxydées,  portant des défroques mortuaires moisies ou d’antiques armures dévorées par la rouille, ils étaient là… Les nuages de mouches, l’aspect insoutenable de leur corps décomposé, et l’odeur de la mort ajoutant encore à l’horreur de leur présence. La horde semblait attendre une délivrance qui ne venait pas. Les lamentations lugubres se mélangeaient aux imprécations crachées haineusement par Hantéus. La foule des morts se mit en marche, poussée par la volonté implacable du nécromancien.

Au temple des Luminarques, dans la cité de Trann, les prêtres eurent un sommeil entrecoupé de cauchemars et les présages inquiétants s’accumulèrent. Malgré les prières les plus ferventes des dévots et les flagellations répétées des pénitents, les forces des ténèbres ressurgirent brutalement du néant. Les provinces libres tremblaient à nouveau sous le pas inexorable des morts-vivants… Hantéus Cadaver était de retour…

D’abord complètement anarchique, le flot continu des défunts s’ordonna au fil de leur avance. Les infortunés habitants de quelques hameaux situés sur le passage des morts vivants furent affreusement démembrés et dévorés. Puis, au commandement d’Hantéus Cadaver, les restes de leur enveloppe charnelle se relevèrent. En une parodie dévoyée de la vie, ils se joignirent à la procession funèbre. Le long cortège des morts s’étirait sur le chemin forestier qui conduisait à Blitzwald. A chaque lieue parcourue leur nombre ne cessait de croître. Comme une lèpre fulgurante, la malédiction de la non-vie se répandit dans toute la région.

La bataille de Blitzwald eut lieu au soir du 13 décembre 1651. Durant toute la journée et la nuit du 12 décembre, les forces militaires commandées par Walthus Von Lindermann avaient enchaîné marches et contre marches pour effectuer leur jonction avec les régiments venus de Trann leur prêter main forte. Les pires nouvelles étaient arrivées la veille, portées par un émissaire pour le moins inhabituel. Un cadavre animé et pourrissant, atrocement mutilé, avait titubé jusqu’aux avant-postes et avait été abattu par les sentinelles. Il était porteur d’une missive de mauvais augure. La façon de procéder était bien connue de Lindermann, elle était la signature du pire fléau de ce siècle… Cadaver… Le corps décomposé était celui du Général Artésias…Cela ne pouvait signifier qu’une chose, l’armée d’avant-garde était anéantie.

Le message, écrit avec du sang sur un rouleau de peau humaine, était adressé au nom de Von Lindermann lui-même et laissait entrevoir un bon travail de renseignement. Ce maudit Cadaver avait des espions partout… Le style était soigné et poli, laissant deviner une grande culture doublée d’une intelligence subtile. Rien n’était clairement exprimé, tout était formulé en nuances qui laissaient planer le doute. Un effet certainement voulu pour semer le trouble dans les esprits. Walthus Von Lindermann n’était pas un novice ni un simplet, il comprit au travers des multiples contorsions de langage employées par Cadaver, que sa funeste armée était, ou bien serait très vite à Blitzwald. Si le nécromancien s’emparait de la ville, il tiendrait un nœud routier important. Cela ralentirait la concentration  des forces venues à la fois de l’est et de l’ouest, au risque de compromettre la difficile campagne qui s’annonçait. Cette éventualité laissait présumer une défaite presque annoncée pour les armées des provinces libres, il fallait contrer la menace au plus tôt. Aussi, les troupes harassées de Lindermann avaient-elles abandonné ravitaillement, matériel trop lourd, et tout le poids inutile, afin de marcher plus vite. Chaque soldat avait ses armes, une gourde d’eau et deux jours de rations. Tout le reste fut laissé en arrière. Les épuisés et les traînards étaient abandonnés en cours de route et la colonne avançait sans trêve…

Douze lieues et seize heures de marche par jour, cinq minutes de repos toutes les deux heures, un sommeil de quatre ou cinq  heures de temps à autre… Les effectifs avaient fondu, et seul le tiers des soldats parvint à Blitzwald… Presque tous les chevaux du train d’artillerie avaient crevé d’épuisement en cours de route, et certaines pièces était tirées avec des cordes, par les soldats. Walthus Von Lindermann avait gagné son pari, il était arrivé à Blitzwald avant le Bourreau de Mâletombes. Des renforts de la capitale avaient rejoint ses forces une douzaine d’heures plus tard. La petite ville fut rapidement mise en état de défense par les habitants réquisitionnés, tandis que les soldats s’écroulaient dès leur arrivée et dormaient à même le sol au milieu des rues. Lindermann lui aussi était épuisé par deux jours de chevauchées incessantes. Il s’attabla devant ses cartes à l’auberge de « la choppe de fer » transformée en état-major, pour l’occasion. Les non-morts étaient sept à huit mille, d’après les rapports des rares éclaireurs revenus vivants de leur mission. Au mieux, il pouvait opposer à leur avance environ quatre mille cinq cent hommes dont les deux tiers étaient fatigués. Toutefois, la position de Blitzwald était assez forte… Pas de remparts certes, mais de nombreux bâtiments en pierre et des rues assez étroites, favorables à une défense de pied ferme. La petite cité était, en outre, plantée sur une hauteur. Rapidement, avec un art consommé, le vieux général disposa ses effectifs sur la carte à l’aide de petits drapeaux de papier. Il rumina ainsi durant deux heures et fut interrompu par son aide camp.

« Le commandant Von Graffenstein est arrivé avec ses régiments mon général… Merci Gustav… Allez vous coucher ». L’officier fit claquer ses talons et effectua un demi- tour impeccable avant de disparaître promptement. L’ombre de Graffenstein se découpait à peine dans l’embrasure de la porte, qu’un concert de tambours et de trompes de guerre appela les soldats aux armes. Ce fut le branle-bas et la panique pendant plus de dix minutes, puis le vacarme laissa place à un silence pesant… Les forces de la non-vie se découpaient clairement à l’horizon, dans le soleil couchant. Peu à peu, le battement lancinant et régulier des tambours en peau humaine se fit entendre, de plus en plus distinctement. L’horreur du spectacle qui se présentait devant eux fit grimacer plus d’un vétéran. Des masses grouillantes de cadavres en putréfaction se disposaient mécaniquement en ordre de bataille. Lentement, zombis, squelettes et autres abominations se rangèrent sous des bannières en lambeaux, dégoulinantes de sang et de tripailles. Puis un silence oppressant tomba brusquement sur le futur champ de bataille. Plus rien… Pas même un croassement de corbeau durant de longues minutes…

Tous étaient immobiles et silencieux. Soudain, une cacophonie assourdissante monta des instruments rouillés et fendus dont étaient pourvues les hordes de la non-vie. Ce fut le signal de l’action. Les sinistres cohortes d’Hantéus Cadaver se lançaient à l’attaque !!! Des centaines, des milliers de dépouilles animées, fondirent vers Blitzwald en émettant des borborygmes inarticulés et des gargouillis étouffés. Les bruits humides de la chair putréfiée et gorgée de sang pourri, les frottements et les claquements des os mis à nu ainsi que la vision de la mort dans toute son horreur, semèrent la peur dans les rangs des vivants. Déjà des soldats se débandaient. On entendait les ordres secs et précis des officiers, aboyés avec force.
« Premier rang, genoux à terre !!!! En joue !!! Pour un feu de file… feu !!! »
La pétarade des mousquets couvrait parfois les hurlements et les sonneries de trompette. Les nuages de fumées générés par les coups de départ de l’artillerie obscurcirent lentement l’air du soir. « Second Rang, en joue !!! Feu !!! ». Des grappes de zombis s’affaissaient sous les décharges de mousqueterie. Des têtes, des bras et des jambes étaient emportés par les boulets de l’artillerie qui renversait parfois des rangs entiers de morts vivants. Pourtant, inexorablement, la multitude des trépassés gagnait du terrain, semant derrière elle de nombreuses carcasses abattues. Les feux de compagnie se firent plus intenses et plus précis au fur et à mesure que les morts vivants approchaient de Blitzwald.

 
« Gustav !! Faites tirer une pièce d’artillerie sur deux à blanc, nous allons tromper Cadaver sur notre puissance de feu réelle. Quand ses troupes seront enfournées aux abords de la cité, faites tirer toutes les pièces à double charge de mitraille!! » L’aide de camp sourit doucement, Lindermann était réellement à son affaire ici, trouvant mille stratagèmes au milieu du tumulte de la bataille. Gustav héla l’officier responsable de l’artillerie.
« Chef de batterie !! Ordre du Général Von Lindermann… » L’artilleur se frotta nerveusement le front, il semblait préoccupé. « Double charge !!! Les pièces ne tiendront pas, elles vont être foutues !!! « Mieux vaut elles que nous, n’est ce pas capitaine ? », répondit Gustav.
En grommelant, le chef de batterie Liebert fit exécuter les ordres. La masse des morts vivants allait arriver au pied des pentes entourant la cité, elle avait perdu des quantités énormes de troupes mais poursuivait sa progression au même rythme. Des hallebardiers et des lanciers s’étaient positionnés partout, derrière des murets et des barricades de fortune, attendant anxieusement l’assaut implacable des non morts. Alors que les pertes s’accumulaient, et que les rangs des sbires de la non vie s’éclaircissaient sous le feu roulant des défenseurs, un phénomène redouté de tous se produisit. Les zombis abattus précédemment commençaient à se relever sous l’incantation blasphématoire de quelque nécromant, ou peut-être, d’Hantéus Cadaver lui-même.

« Que peut bien foutre ce cul béni de Zangolio !!! » hurla Lindermann. Le Prêtre Luminarque qui accompagnait les troupes, semblait dépassé par les évènements. Il grimaçait et s’agitait en tous sens, marmonnant des paroles incompréhensibles, sans doute pour conjurer les sortilèges de ses adversaires, sans succès.
Le grouillement des pantins de la non-vie était redevenu aussi dense qu’avant. Le feu nourri des soldats provinciaux n’avait servi à rien. Lindermann observait la bataille à la lunette depuis la fenêtre la plus haute de l’auberge. Gustav, déjà de retour, essoufflé, rouge et suant, lui annonça d’une voix saccadée : « nous n’avons plus qu’une heure de munitions à ce train là mon général. Les convois laissés en arrière ne rejoindront pas avant demain soir »…
Les estafettes se bousculaient à la porte de l’auberge, amenant des nouvelles et des demandes émanant de tous les officiers de l’armée. « Toujours la même chose, retraite, recul, demande de renforts », murmura Lindermann. Il se redressa et apostropha son état-major : « Faites savoir à tous les officiers que personne ne doit reculer d’une semelle !!! Je veux que chacun tienne ses positions !!! Que le prévôt fasse abattre les déserteurs par ses hommes ».  Un silence lourd tomba sur la salle.
A plusieurs kilomètres de Blitzwald, un individu voûté, d’aspect inquiétant et à la vêture sombre, se tenait debout et immobile sur un petit promontoire naturel. De sa voix doucereuse qui semblait malgré tout menaçante, il s’adressa à une forme fantomatique non loin de lui.

« Fais savoir à Mortifer que j’attends son rapport sur les opérations de Blitzwald pour lancer nos réserves vers le nord».
Sans un mot, la silhouette vaporeuse se dissipa et Hantéus demeura le regard braqué au loin,  vers la cité attaquée. La nuit était tombée, désormais il avait l’avantage.
Quand les premières formations de zombis et de squelettes arrivèrent aux abords immédiats de Blitzwald, Il y eut un grand fracas qui résonna longtemps dans la nuit. Les provinciaux, qui défendaient leurs vies tout autant que la petite ville, poussèrent des « hourrah ». Leur artillerie avait fauché toute la première ligne des morts vivants par un feu terrible qui coûta deux pièces à la batterie du capitaine Liebert. Plusieurs artilleurs étaient morts ou blessés, frappés par l’explosion de leurs canons. Toutefois, la volée massive de mitraille avait complètement détruit les cohortes de la non-vie. Cette fois, Zangolio parvint à empêcher la réanimation des multitudes de cadavres désarticulés qui gisaient au sol par les forces blasphématoires de la nécromancie.

Ce ne fut que temporaire, mais les provinciaux avait repris courage et s’étaient redéployés plus solidement. A ce moment, profitant de l’effet de surprise, Mortifer transporta son enveloppe charnelle dans l’auberge « de la choppe de fer ». Il réapparut dans un nuage noirâtre tout prés de Walthus Von Lindermann. Celui-ci dégaina son pistolet et le déchargea sur le nécromancien qui ne broncha pas sous la volée de plomb. Le regard du nécromancien se fixa sur Lindermann tandis que deux rais d’un rouge vif surgirent de ses yeux et transpercèrent le corps du vieux général. Celui-ci s’écroula lentement, terrassé. Mortifer reçut alors plusieurs projectiles dans le dos et s’évanouit brusquement dans l’air, comme il était venu. Des soldats et des officiers alertés par le vacarme avaient accouru…Trop tard. Lindermann était étendu sur le sol, son armure percée de gros trous fumants. C’était fini…

Dehors, la défense tenait bon, malgré la tragique nouvelle qui courut le long des lignes.  Les charges répétées d’une formation de chevaliers de la mort, automates hideux, engoncés dans des armures rouillées, semèrent le désordre et la terreur, tuant beaucoup de soldats affolés. Les montures pourrissantes et presque squelettiques des chevaliers piétinaient et mordaient tous ceux qui approchaient à la ronde, on devinait encore d’anciennes armoiries sur leurs caparaçons rongés par le temps. La férocité de ces combattants d’outre-tombe ouvrit brièvement une brèche dans les rangs des provinciaux.
Pourtant, ces engeances de l’enfer furent finalement abattues par des décharges répétées de pistolets et de mousquets, et les coups d’épée de quelques soldats courageux. Les hordes chancelantes de la mort qui tentèrent de s’engouffrer à la suite de la cavalerie, furent repoussées avec peine, au cours d’un sanglant corps à corps. Mortifer tenta une ultime manœuvre pour enlever cette cité de Blitzwald qui avait résisté victorieusement à son premier assaut. Partout, dans les rues, les caves et les jardins, se levèrent des pantins décharnés et des squelettes qui assaillirent les soldats embusqués dans chaque maison.
Pourtant, le sang froid et la discipline imposées par les officiers de l’armée provinciale, finirent par triompher de la peur et du dégoût des hommes. Les morts-vivants furent exterminés lors de meurtriers combats de rue.

Le soleil allait bientôt se lever. Mortifer interpella d’une voix monocorde la forme spectrale du messager de Cadaver qui attendait une réponse. « Fait savoir au Maître qu’il ne serait pas sage d’envoyer les réserves, il est trop tard, nous sommes battus. J’ai ordonné la retraite et la dispersion de la horde dans toutes les directions, pour déjouer d’éventuelles poursuites. Nous relèverons Lindermann dans la non-vie ultérieurement, il fera un excellent officier pour nos armées ». Mortifer se frotta les mains… Des mains pâles et délicates, aux ongles longs et soignés…
L’armée provinciale émergea péniblement de son cauchemar. Les premiers rayons du soleil venaient réchauffer ce matin morne. Le spectacle de désolation qui s’offrait aux yeux des survivants était indicible. Des odeurs âcres emplissaient l’air et certains vomissaient tripes et boyaux.

De nombreux blessés, dont certains agonisaient, les membres à moitié dévorés, durent être achevés sommairement. Le commandant Von Graffenstein, qui dirigeait maintenant les troupes, ordonna de battre le rappel partout, et de dénombrer les survivants.
La population de Blitzwald avait payé un lourd tribut à la mort durant ces affrontements sauvages dans les rues même de la cité. La panique avait coûté la vie à bien des citoyens et avait gêné la défense en perturbant les troupes. Les hurlements et la vue de la population en proie aux affres du massacre et de l’horreur, avaient poussé des dizaines de soldats à la débandade. Parfois, certains reconnaissant d’anciens amis ou parents dans les rangs des morts vivants, étaient devenus fous devant l’atrocité de cette vision. On avait assisté à plusieurs suicides dans la populace affligée à l’extrême, ainsi que dans les bataillons, désemparés par cette situation monstrueuse.
Deux heures plus tard, la voix rauque et chargée d’émotion de Gustav se fit entendre. « Présents sous les drapeaux : 1125, blessés ou débandés : 561, morts ou disparus : 2697 ». C’est sur ce terrible bilan que se termina la bataille de Blitzwald.

Une fois encore, le Bourreau de Mâletombes échappa à toute poursuite. Sa horde disparut sans qu’aucun éclaireur ne puisse en retrouver la trace. Comme toujours au lendemain d’un tel évènement, on vit bientôt arriver à Blitzwald tout un cortège d’enquêteurs qui menèrent des investigations de routine et procédèrent aux arrestations d’usage pour rassurer la population. Peu de temps après, le bourgmestre déclara publiquement :
…« Dormez en paix braves gens, les instigateurs de ces méfaits abominables ont été appréhendés et exécutés. Il s’agissait de la Guîraude, sorcière maléfique bien connue à Blitzwald, et de ses fils, complices, et voués au démon »...
Puis vinrent ceux que nul ne remarquerait jamais, sous l’apparence de simples marchands ou diverses autres couvertures... Les agents de l’Expurgation.
Malgré leur présence et leur action, le jeu allait se poursuivre sur l’échiquier des ombres… A l’avantage de Cadaver, comme toujours.

Le Haut Seigneur de Trann reçut l’estafette du commandant Von Graffenstein en privé, dans ses appartements. L’homme lui tendit un rouleau scellé, après un salut martial de son poing fermé, puis se figea au garde à vous. Impassible, comme à son habitude, Le Prince Wilmar parcourut les lignes du parchemin, puis congédia le messager d’un signe de tête. Le général Von Lindermann, excellent officier, laissait un vide très regrettable par sa disparition. Une armée anéantie jusqu’au dernier homme, une autre réduite au quart de ses effectifs initiaux, tout cela risquait de réduire conséquemment les chances de succès d’une campagne militaire déjà mal engagée. Le Prince Wilmar se remémora un autre courrier, reçu quelques jours plus tôt. Il ne faisait aucun doute que le sorcier maléfique décrit par Reissman était bien un nécromancien. Peut-être Cadaver ou son âme damnée, cet infâme Mortifer. Soupirant de résignation, le Haut Seigneur de Trann tira sur un cordon prés d’une tenture. Presque aussitôt, un serviteur en livrée parut à la porte en s’inclinant respectueusement. « Qu’on apprête mon carrosse et mon escorte. Je souhaite réunir le Conseil des Provinces de toute urgence à Hératos, il faut que je sois là-bas avant deux jours, fais le nécessaire. Puis, fais quérir sa Magnificence, le grand Archiprêtre Viktorius, pour qu’il me rejoigne au plus vite, je dois l’entretenir sur l’heure d’une affaire de la plus grande importance ». Comme une ombre silencieuse, le serviteur se retira sans bruit.

Mortifer rallia l’endroit prévu pour retrouver son maître. Celui-ci attendait dans une vieille hutte de bûcheron abandonnée depuis longtemps, au cœur de la forêt. La nuit était noire et aucun des bruits habituels d’une forêt ne parvint aux oreilles du nécromancien. L’endroit semblait dénué de vie, comme figé dans une torpeur inquiétante. Les arbres aux postures torturées étaient dépourvus de feuilles et ressemblaient à d’étranges créatures pétrifiées dans l’obscurité. Pourtant un détail attira l’œil exercé du zélateur des ténèbres. Le sol autour de la hutte branlante était trop meuble, il avait été remué récemment. Hantéus Cadaver, comme à son habitude, s’était montré prudent. Il y avait fort à parier que des morts vivants gardaient ces lieux, allongés dans une parodie de sommeil, dans leur linceul de terre, juste sous ses pieds. Le Bourreau de Mâletombes se tenait debout et immobile au centre de la hutte, ses mains noueuses et ridées, croisées devant lui. Son regard animé par le mal et la haine se posa sur la silhouette qui se découpait dans l’encadrement de la porte.

La voix mielleuse et sournoise du « Maître » accueillit Mortifer en ces termes :
« Entres donc Mortifer… Contes moi la façon dont tu as transformé une probable victoire en un échec aussi inattendu. Tuer Walthus Von Lindermann en prenant tous ces risques n’est pas suffisant pour contrebalancer un pareil fiasco !!! Je ne m’explique pas comment tu as pu gâcher une pareille occasion !!! Après toutes ces années, tu ne parviens toujours pas à anticiper les actions les plus prévisibles de ces simples d’esprit !!! Ton coup de main contre Lindermann nous ouvre toutefois de nouvelles opportunités. Nous agirons sans tarder, ne laissons pas les provinciaux se ressaisir ».
Mortifer acquiesça lentement du chef et se fendit d’un léger rictus carnassier qui rendit son visage plus laid encore qu’à l’ordinaire.
« Le Seigneur de Trann croit que nous lançons une attaque contre les provinces dans le but de les envahir. L’action de ses troupes le montre clairement Votre Noirceur... Tous ses renforts affluent vers les cités les plus exposées.
Oui Mortifer… Je sais… Ces lourdauds sont allergiques à la stratégie, ils insultent l’art militaire. Toutes leurs armées se précipitent vers nous… Quelle erreur stupide !!! »
Cadaver tourna le dos à son interlocuteur, l’invitant ainsi à se retirer. Il s’absorba dans ses pensées durant de longues minutes, puis laissa échapper un sourire de mauvais augure…

Obérius, l’assistant du « Maître », était surnommé « le moindre » ou bien « traîne-charogne » par les puissants qui entouraient Hantéus Cadaver, en dérision pour son rôle généralement insignifiant dans leur conspiration. Notoirement dérangé, Obérius était souvent en proie à de courtes crises d’hystérie et montrait parfois quelques tendances monomaniaques.
Pourtant, c’est lui qui avait été choisi, à la surprise générale, pour seconder le Bourreau de Mâletombes.
Nul ne comprenait pourquoi et les hypothèses les plus saugrenues avaient été émises, à voix basse, loin des oreilles du « Maître »… Ou du moins le croyait-on…
Une fois encore, Hantéus avait grandement étonné l’assemblée de ses lieutenants, en désignant « Obérius-le-bouffon » pour une mission cruciale à la réussite de leur plan.
Ceux qui avaient tenté d’objecter à cette décision comprirent vite qu’il était inutile et imprudent de contredire le terrible Bourreau de Mâletombes.
C’est ainsi que l’assistant du « Maître », regardait avec satisfaction les troupes de la grande cité de Trann se mobiliser.

Habillé comme un vilain et perdu au milieu de la foule des badauds, il notait soigneusement dans un coin de son cerveau malade, tout ce qui pouvait présenter un intérêt pour servir les plans secrets du « Maître ».
Après une brève observation, Obérius reprit tranquillement sa route en fredonnant d’un air joyeux. Il ricana et se murmura pour lui-même : « et hop !!! Encore une levée !!! Un millier de crétins qui vont se suicider… Pas très aguerris… Hum… Des recrues, oui, des conscrits peureux… Le Maître  sera content de moi… »
Logé dans une masure des quartiers modestes de Trann, « Traîne-Charognes » attendit la nuit tombée pour envoyer son rapport à « Sa Noirceur », Hantéus Cadaver. Une petite chauve-souris « Pipistrella » emporta le message d’Obérius au-delà de la mer de verdure, dans les forêts bordant le Val Funeste.
Cadaver récupéra la missive de son assistant quelques heures plus tard. Alors que la nuit était fort avancée. Le nécromancien relâcha délicatement la petite bête et prit le temps de relire, une fois de plus, l’étrange dépêche :

« Le lion boiteux a quitté sa tanière,
  Ses derniers loqueteux vont porter sa bannière,
  Oubliant sa prudence et livrant ses arrières,
  Il sera très bientôt déconfit sans manières. »

Il était temps de frapper désormais… Hantéus Cadaver sortit de sa hutte forestière et trouva l’instant bien choisi pour relever le cadavre atrocement mutilé de cette fripouille de Lucain. Une incantation gutturale s’éleva dans la nuit, faisant taire instantanément toute la vie nocturne de la forêt. La carcasse torse et amputée du va-nu-pieds fut agitée de soubresauts et s’anima lentement. Il se redressa, horriblement défiguré, rongé par les asticots et poussant des gémissements sinistres. A sa vue pitoyable, Hantéus éclata d’un rire mauvais, et, pointant son doigt noueux vers le non mort, il s’exclama en pouffant quelque peu :
« Morbleu Lucain !!! Cette fois-ci tu tombes à pic !!! Je sais que je peux compter sur toi, n’est ce pas ?? On n’a jamais trop de bonnes volontés à son service !!! Va rejoindre tes semblables à présent…»


Dernière édition par Thaddéus Von Carstein le Jeu 4 Sep 2014 - 23:25, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 22:48

Géant ! C'est le premier mot qui me vient à l'esprit après avoir lu ce texte à la fois classique et original. Classique parce qu'il illustre la nécromancie, essence-même de l'armée des comtes vampires, original parce que tu déloges ton récit dans un autre univers...
En tout cas, c'est ce qui m'a semblé ! Je n'ai aucune mémoire d'une grande ville du nom de Trann dans le Vieux Monde...

C'est fort plaisant, cependant. Extrêmement agréable même, que d'avoir affaire à un bon vieux nécromancien qui terrorise une contrée... C'est qu'on a quand-même un Seigneur Suprême de la Non-Vie tout chaud-brûlant qui sort de la plume de Games Workshop ! Une fin du monde à portée de bras ! La nécromancie poussée jusqu'à l'extrême !
Et là, un mortel, un mortel suffisamment intelligent pour maîtriser la magie impie, suffisamment aigri pour la diriger contre ses semblables, suffisamment doué pour devenir une terreur crainte de tous, et survivre avec ça... C'est absolument génial. L'idée est géniale et la narration est géniale, on sent la plume d'un expert dans le macabre !

Seul point faible : la longueur des paragraphes et la longueur du texte complet. Cela peut décourager les lecteurs occasionnels qui passent jeter un œil sur ton récit, et ce serait fort dommage qu'ils ou elles le ratent pour ça ! Je te conseillerais peut-être de diviser ton texte en deux parties, ou du moins de faire quelques sauts à la ligne supplémentaires... Mais ce serait bien la seule chose, car pour le reste, il me semble que tu as la maîtrise nécessaire !

Il n'est pas encore tard de t'inscrire à un certain concours littéraire, tu y trouverais ta place sans aucun doute de ma part !

La suite !

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 23:03

Je te remercie de tes éloges... En effet, Trann et les provinces n'existent pas dans le vieux monde...
Je vais suivre ton conseil et aérer le texte. Quant à la suite, qui va venir très vite (elle est déjà prête) j'y mettrai moins de texte à la fois pour ne pas "affoler" les éventuels lecteurs.
Pour ce qui est du concours, je ne participerai pas car je n'aime pas me plier à un thème imposé, cela freine la spontanéité de mon écriture.
Sans être un expert, je suis attiré par le macabre et je suis un fervent adepte des morts-vivants puisque je les joue depuis la V2 de Warhammer Battle.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 23:14

Thaddéus Von Carstein a écrit:
Pour ce qui est du concours, je ne participerai pas car je n'aime pas me plier à un thème imposé, cela freine la spontanéité de mon écriture.
Si tu le dis... Personnellement, les thème que j'ai vu (et celui de cette année) me semblent suffisamment larges pour simplement donner un "début" ou un "ton" à un texte qui, autrement, reste profondément personnel.
Thaddéus Von Carstein a écrit:
Sans être un expert, je suis attiré par le macabre et je suis un fervent adepte des morts-vivants puisque je les joue depuis la V2 de Warhammer Battle.
... Quelle longue carrière. Je suis sans voix.

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 23:22

Oui lol !!! Je n'ai jamais pu m'arrêter de jouer les morts-vivants, c'est une sorte de "vocation" chez moi ptdr !! J'ai joué l'empire aussi en V4 mais j'ai arrêté, je n'avais pas la même foi...
Et sans plus trainer la suite...

Il pleuvait. Nicolas Bartoldi, trempé jusqu’aux os, son chapeau à larges bords ruisselant sur sa redingote, se demandait s’il parviendrait finalement à Trann. La petite route qu’il avait choisi d’emprunter disparaissait parfois sous de véritables mares d’eau boueuse. Le ciel était lourd de nuages gris qui assombrissait le paysage alentour jusqu’à le rendre sinistre. La forêt qui bordait le chemin des deux côtés, semblait l’enserrer dans les milliers de griffes que formaient les branches des arbres, totalement dépourvues de feuilles. Nous étions le 22 décembre de l’an de grâce 1651 du calendrier de Luminor…

Errant de par le monde au service de l’Expurgation, Bartoldi allait où le menaient ses pas… Et surtout son intuition. Il avait longtemps été un incroyant, ancré dans les certitudes de l’orgueil et de l’aveuglement. Bien des fois il avait ri de la piété humaine et de la charité céleste. Jouissant de la vie jusqu'à en abuser, il était alors jeune et insouciant. C’était, lui semblait-il, il y a fort longtemps. A cette époque, les histoires de fantômes et autres sorcières l’amusaient follement. Mais tapi dans les ombres de la nuit, le mal attendait son heure pour saisir cette proie facile, un jeune sot, fanfaron, ignorant et irrévérencieux. Cette nuit là, il ne dût sa vie et son âme qu’à l’intervention d’un vieil homme…

Ces évènements, dont il ne parlait jamais, avaient changé sa vie. L’éveil de tels souvenirs avaient renfrogné davantage encore, le visage de cet homme taciturne. La pluie s’arrêtait lentement de tomber. Il devinait au loin quelques lueurs au travers des arbres. Sans doute cette satanée cité de Trann, enfin. Il pataugeait depuis des heures, transi de froid. A présent, fatigué et dégoulinant, il grelottait à chaque pas. Tandis qu’il couvrait la dernière lieue à grandes enjambées, porté par l’espoir de trouver un toit et un bon feu, la nuit s’annonçait déjà.
Les alentours de la grande cité, assez misérables, comptaient quelques dizaines de masures agglutinés en quartiers pouilleux, qui ne devait guère compter plus de trois cent âmes. Bien vite, Bartoldi traversa cet amas lamentable de bicoques non sans remarquer la présence de certains gueux qui l’épiait derrière leurs volets branlants.

Ses sens et son esprit aiguisés lui indiquaient instinctivement tout mouvement ou toute anomalie dans un périmètre assez large. Il sentait planer insidieusement la peur et le doute dans cette communauté, il était un étranger. Armé de deux pistolets, d’un sabre et d’un poignard, la mine grave qu’il arborait, attirait la méfiance des gens. Sans doute ressemblait-il aux ruffians qui arpentent parfois les chemins entre deux campagnes de tuerie et de pillage. Il restait sur ses gardes, attentif à tout, comme il l’avait appris à forces de déconvenues.
Abordant la porte ouest de Trann, il se trouva bientôt mêlé au flot des citadins et des voyageurs. Mettant instinctivement la main sur sa bourse, il suivit les grandes artères qui menaient aux quartiers les plus opulents de la ville. L’archiprêtre l’avait convoqué voici une huitaine, toutes affaires cessantes, sans plus de précisions. Guidé par la foi, la discipline et le dévouement sans faille dont il était corseté, Nicolas Bartoldi avait fait route jour et nuit pour Trann, sans même se poser une seule question. Il savait par expérience que l’affaire serait sans doute délicate car il était l’un des meilleurs agents de l’Expurgation encore vivant. Son tableau de chasse restant inégalé à ce jour, il était l’atout que le culte des Luminarques gardait en main pour se défaire des périls les plus dangereux.

Muni d’un sauf-conduit signé par le Grand Archiprêtre de Luminor lui-même, et portant son sceau personnel, Bartoldi put passer les portes du Sanctuarium après les contrôles vigilants des gardes, postés en faction un peu partout dans l’immense édifice.
Un prêtre annonça son arrivée et il fut introduit dans le luxueux cabinet privé de sa Magnificence, le Grand Archiprêtre Viktorius. Celui-ci se leva pour l’accueillir : « Que la lumière divine éclaire tes pas Nicolas Bartoldi, en ces heures sombres de malheur et de péril. »
L’Expurgateur ôta son chapeau lentement, découvrant une chevelure drue et grisonnante. Il salua le religieux d’un signe de tête déférent et le fixant du regard, lâcha une interrogation laconique : « Cadaver ? »
L’archiprêtre acquiesça du chef avec une moue préoccupée : « Oui… Tu as vu juste… Je parierai même que tu as été informé de ses dernières manigances avant moi »… Sur ces paroles, Viktorius lui accorda un demi-sourire complice avant de se rasseoir et de l’inviter à faire de même.

« Tu sais sans doute que ce maudit fléau a récemment attaqué Blitzwald. Mais quelque chose ne va pas… Les augures m’ont paru bien étranges ce matin. La rune des mystères et des choses cachées fût la première à sortir lors du rituel de l’illumination. Il en était de même hier… Nicolas… Quelque chose se trame, une fourberie que nous n’avons pas vue venir pour l’instant. La prudence est de mise dans cette affaire. Hantéus Cadaver est de loin l’adversaire le plus dangereux que nous ayons affronté… »
Bartoldi agréa les sages paroles de l’Archiprêtre par un de ses hochements de tête évocateurs.

« C’est un être diaboliquement intelligent… Sa manœuvre à Blitzwald est dénué de logique, elle cache autre chose Votre Magnificence… Aucun général, même le plus imprudent ou le pire des tacticiens, ne s’engouffrerait ainsi sur un point stratégique sans auparavant contrôler les abords de sa zone d’action. D’après ce que je sais, aucun non-mort n’a été vu, ni à Verdillon, ni à Pont-Gîsard. Il a laissé ses flancs complètement à découvert, sachant que nous avons des troupes dans ces deux cités et que nous aurions pu le prendre en tenaille tandis qu’il avançait sur Blitzwald avec Von Lindermann devant lui. Non… Impossible… Cela cache forcément un de ses plans tortueux… »
Viktorius, songeur, se laissa aller contre le dossier de son fauteuil de cuir et fit une moue empreinte de scepticisme.
Tu as raison Nicolas… Il prépare une mauvaise surprise… Mais… Moi aussi, je lui ai préparé une petite déception… » Sa Sainte Clarté prit un air énigmatique et n’en dit pas plus sur ce sujet.
« Au nom du Haut-Seigneur de Trann, le Prince Wilmar, et de notre Divin Guide le Tout-Puissant Luminor, je te mandate donc officiellement pour supprimer Cadaver et toute sa clique d’hérétiques ». Bien sûr, Je t’appuierai de mon influence et de mes pouvoirs spirituels. Voici les documents qui te permettront d’agir en toute liberté et d’obtenir l’aide, sans réserve, des administrations provinciales ».

L’archiprêtre de Luminor fit glisser un portefeuille de cuir noir sur son bureau, en direction de l’Expurgateur. A toi de jouer maintenant Nicolas…
Se levant sans attendre, Bartoldi salua le vieil homme d’une parole aimable, saisit les précieux papiers et remettant son couvre-chef, se retira sans plus de cérémonies. Viktorius se leva à son tour et regarda partir son meilleur Expurgateur avec une lueur de regret dans ses yeux gris.
« Que Luminor éclaire ton esprit mon ami » murmura t’il avant de retourner aux multiples obligations qui lui incombaient…
La tâche la plus difficile et la plus importante de toute expurgation, était de se documenter le plus exhaustivement possible sur la cible visée. Nicolas Bartoldi était passé maître dans l’art de l’investigation. Il savait que de ce travail long et fastidieux, dépendait le succès ou l’échec de son action. Il n’ignorait pas non plus qu’une déconvenue signifiait invariablement la mort pour les limiers imprudents qui étaient mal informés. Tandis qu’il marchait d’un pas vif vers la grande galerie des archives, l’Expurgateur repensa à la mésaventure de Reismann, le chasseur de primes bien connu, lors de l’opération manquée de Trann, voici quelques mois. Il devait retrouver cet homme… A tout prix.

Pendant plusieurs semaines, tandis que Cadaver faisait parler de lui dans le sud des provinces, Nicolas Bartoldi épluchait toutes les pièces qu’il avait pu glaner dans les archives du Sanctorium. Il lisait aussi, jour après jour, les rapports de toutes les patrouilles d’éclaireurs et des divers espions qui quadrillaient toutes les provinces libres. Après réflexion, il nota que plusieurs sbires de Cadaver n’apparaissaient plus à ses côtés depuis plus de vingt jours, certains même, semblaient avoir disparu depuis fort longtemps. Où donc étaient passés l’ignoble Mortifer et celui qu’on nommait « Traîne-Charognes » ??
Inlassablement, Bartoldi prenait des notes dans un calepin très épais et gribouillé en tous sens. Dans cette affaire complexe, trop d’éléments restaient dans l’ombre. Il se prépara à partir pour le sud, contrarié de ne pas avoir retrouvé Anton Reismann. La trace du limier se perdait après son passage au monastère de Saint Simonin le Mineur. Malgré cela, l’Expurgateur avait bien avancé dans son enquête, il avait pu établir de façon certaine qu’un vampire œuvrait auprès de Cadaver.

Pourquoi le nécromancien, prenait-il un tel risque ? Contrôler des formes primaires de non-vie était en soi un exercice fort risqué, mais sans commune mesure avec les dangers qu’impliquaient la présence d’un vampire.
Le Bourreau de Mâletombes avait forcément un moyen de pression ou de contrôle qui leur avait échappé à tous.
Les vampires trouvaient leurs origines en un temps reculé où la magie noire était pratiquée partout à travers toutes les contrées du monde. Nul ne savait comment la malédiction du vampirisme avait émergée au milieu des maléfices des suppôts du démon.
La ruse et l’intelligence des vampires étaient de loin leurs armes les plus efficaces. Malgré une force surhumaine, le petit nombre de leurs faiblesses connues et leurs pouvoirs surnaturels, ils demeuraient toujours infiniment plus dangereux quand leur esprit subtil parvenait à dominer leurs passions destructrices. Les vampires les plus retors, d’une manière générale, sélectionnaient leurs proies avec discernement, ne prenant jamais le risque d’être découverts.

Ils tuaient souvent des mendiants ou des gens isolés dont personne ne se souciait. Faisant souvent disparaître les corps de leurs victimes ou bien maquillant leurs assassinats en accident fâcheux. En ne se montrant jamais, ou bien en voyageant souvent et en cachant leur identité réelle par des artifices, les vampires parvenaient souvent à traverser les siècles sans éveiller les soupçons. L’existence même de ces créatures n’était connue que de peu de gens. Bartoldi avait souvent mesuré, au péril de sa vie, le danger représenté par ces êtres de la nuit. Sans cesse il se remémorait ses connaissances, sachant qu’elles étaient sa meilleure défense contre eux.
Persuadé que de nombreux espions de Cadaver étaient infiltrés à Trann, Nicolas Bartoldi se doutait que sa présence avait été rapportée au redoutable nécromancien. Pour cette raison, il avait laissé derrière lui, un certain nombre d’éléments de désinformation qui pourraient tromper, du moins pour un temps, d’éventuelles « mouches » sur ses intentions ou sa destination. Quittant Trann en plein jour déguisé en marchand, il sortit par la grande porte du sud avec le flot habituel des caravanes de passage.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 23:30

Quand on voit la tête de l'adversaire qui voit nos troupes se relever et réduire tous ses efforts précédents à néant, une pareille vocation se comprend !
Sinon, c'est déjà mieux aéré, mais je conseillerais quand-même de marquer une séparation (un tiret centré, par exemple) entre deux parties distinctes, notamment entre l'introduction et la bataille.

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 4 Sep 2014 - 23:32

Tu as raison mais je ne peux pas encore. Je n'ai pas encore décidé du découpage (chapitres et sous-chapitres) du texte. Mais je note ta remarque.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Ven 5 Sep 2014 - 22:08

Je viens de rattraper mon léger retard... Mais avant de faire mon commentaire, je te laisse les quelques petites fautes repérées, bien peu nombreuses à la vue de la longueur du texte Happy

Première partie :
"où gisait très certainement le ce benêt de Lucain."
"zombie" (le mot est masculin mais il a un -e à la fin. Je n'ai relevé la faute qu'une fois mais il y en a d'autres)
"Elles étaient les parmi plus réputées" pour la fluidité, il serait mieux d'échanger : "parmi les".
"le Haut Seigneur de Trann tira sur un cordon prés d’une tenture."

Deuxième partie :
"A toi de jouer maintenant Nicolas…" c'est le seul endroit où un morceau de dialogue se retrouve dans le récit sans indication... Oubli ? Innocent
"Pourquoi le nécromancien, prenait-il un tel risque ?" La virgule empêche la bonne fluidité de la phrase.

Alors... J'ai lu, j'ai ouvert de gros yeux et j'ai regardé ton avatar : 46 ans. Ouf, ce qui signifie une longue expérience... Pas comme si un jeunot débarquait avec un style de la mort qui tue et qui surpasse la plupart de ce que je connais ! Wow
Tu l'auras compris, j'adore ton texte. Pas de fioriture (ou très peu Innocent ), un style fluide et agréable, de belles descriptions pas trop longues non plus, un bon vieux texte de fantastique comme on les aime... un beau plongeon quoi Fou
Il m'a juste fallu un temps d'adaptation... Trann ? C'est où Trann ? A merde, c'est pas dans le vieux monde... lol Mais ce n'est pas un problème pour le récit en soi. C'est juste que tu postes ça sur un forum warhammers... Camouflé Ninja Je pourrais donc juste te conseiller de prévenir dans ton premier message que le récit ne se passe pas dans le vieux monde. Ça permettra aux futurs lecteurs de se mettre tout de suite dans le bain, surtout que ton monde a beaucoup de similitudes avec le vieux monde sur le plan nécromancien, magie noire, cités médiévales, etc...

Et donc j'attends LA SUITE ! Wow Clap

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Ven 5 Sep 2014 - 22:15

Citation :
Pas comme si un jeunot débarquait avec un style de la mort qui tue et qui surpasse la plupart de ce que je connais !
Au premier abord, je me suis senti visé, puis je me suis dit que je me fourvoie dans mon arrogance, puis je me suis dit que je ne suis pas un "jeunot"...

Bref, je rejoins ma consœur (puisqu'on ne peut pas dire "confrère") dans ses conseils, tout comme dans son attente de la suite !

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Sam 6 Sep 2014 - 13:28

Merci de vos commentaires, ils permettent d'avancer.
Les fautes sont des fautes de frappe pour la plupart. Manque de relecture sans doute. Je vais rectifier tout ça...
Il y a aussi des transitions mal faites et trop rapides par moment, j'y remédierai plus tard, lors du découpage du livre.
J'ai situé l'action ailleurs que dans le vieux monde pour éviter les discussions sur le copyright posé par Games Workshop sur nombre de ses appellations. C'est juste une précaution.
J'ai effectivement une longue expérience de ces univers et surtout ils me passionnent.
Je vous remercie sincèrement d'avoir fait l'effort de me lire. La suite arrive tout de suite...

Les jours défilèrent tandis que la caravane traversait la mer de verdure, et tout semblait paisible dans ce paysage d’une grande et simple beauté. La vieille route pavée serpentait dans des collines basses parfois couronnées de bosquets d’arbres, ou bien cheminait dans de grandes prairies, véritables océans de fleurs multicolores qui ondulait parfois sous la brise légère. Le soleil brillait dans une voute d’azur où évoluaient quelques nuages dans un ballet lent et silencieux.
De loin en loin, des relais prospères, et même de véritables petits bourgs, s’étaient établis pour faciliter le long trajet des divers convois qui allaient et venaient entre les royaumes du sud et la grande cité de Trann.

Depuis que les troubles s’étaient intensifiés, nul voyageur ne prenait plus le risque de camper à la belle étoile et les auberges-relais prospéraient comme jamais, toujours pleines à craquer.
Malgré la tranquillité du périple, Bartoldi restait aux aguets. Avec la foule, et sous le couvert de l’agitation, venaient toujours de mauvaises gens, aigrefins, brigands et crapules de tous poils. Il savait aussi que le commerce officiel des marchands avides, cachait parfois des transactions plus que douteuses.

Les forces des ténèbres aimaient à se nicher sournoisement au milieu des vicissitudes humaines, tendant des filets subtils pour piéger insidieusement les plus faibles ou les plus pourris. Leurs appâts les plus dangereux étaient ceux du gain, du plaisir et de la vanité.
L’esprit de Bartoldi avait vagabondé un instant mais ces réflexions le firent basculer dans une réalité bien plus sombre et inconnue du commun des mortels. Il était redevenu brusquement un Expurgateur attentif.

L’auberge s’échauffait sous l’effet de la promiscuité et de l’alcool bon marché.
Assis dans un coin retiré de la grande salle, adossé au mur, Bartoldi buvait peu, assistait aux ripailles et devinait divers manèges louches. De l’or changeait de main discrètement tandis que des individus, riches pour la plupart, disparaissaient dans l’arrière-salle de l’auberge, cachée par une tenture épaisse. Tripot clandestin ? Trafic d’esclaves ou lupanar de luxe ? Luminor seul savait ce qui se tramait à l’abri des regards. L’Expurgateur nota tout de même la présence effacée de trois gorilles qui traînaient trop souvent aux abords du rideau…

Inlassablement, Nicolas Bartoldi cherchait à déceler un quelconque indice de présence maléfique, observant en détail tous les clients visibles un par un, sans résultat pour cette fois.
L’aube dissipa les agapes de la nuit et réveilla l’assemblée de ceux, qui de leur vie, ne faisaient que voyager, s’enrichir et s’amuser. Bientôt la caravane repartirait vers de nouveaux profits, loin dans le sud…

Ayant peu dormi, Nicolas arborait une mine sévère et prit la décision de changer son rythme de voyage pour brouiller les pistes. Il sortit sur le seuil de l’auberge-relais, contempla l’horizon un instant, plissant les yeux pour supporter le soleil déjà aveuglant et cracha sur le sol, pensif. Peu après, il repartit vers le nord, se mêlant à un équipage de comédiens et de jongleurs qui allaient à Trann chercher gloire et reconnaissance, comme tant d’autres…

Après deux jours durant lesquels sa culture littéraire fit un bond en avant, Bartoldi quitta ses nouveaux compagnons pour aller joindre une troupe de soldats et d’aventuriers désœuvrés. Ces mercenaires en recherche d’emploi marchaient vers Hératos, sûrs de trouver là-bas un paiement pour leurs services. L’Expurgateur écouta avec intérêt les rumeurs et les commentaires de leur chef, un certain Milos, à propos de la guerre et des éventuels objectifs de Cadaver. C’est au cours de ces interminables causeries qu’il entendit un renseignement capital pour la suite de sa mission…
« Oui… C’est ça. Il avait un air étrange, à la fois soumis et menaçant. Aussi vrai que je m’appelle Milos, j’ai presque eu peur de lui, sans savoir pourquoi. Pourtant, il était malingre, comme souffreteux, et de petite taille ». Nicolas Bartoldi usa de son art avec tact pour interroger les hommes autour de lui sans paraître trop insistant.

« Vous étiez donc au nord de Trann ? Mais il n’y a rien dans les désolations perdues, non ? »
Le vieux soldat borgne qui lui faisait face eut une moue amusée.
« Faut pas croire tout ce qui s’dit mon brave. Y a très longtemps, y avait des mines d’or dans les montagnes pas loin du foutu chaudron de ces saloperies de guenaudes ! Alors, ben, on s’est dit qu’y aurait peut-être des pépites oubliées par-ci par-là… Je sais pas ce qui glandait là ce cave, j’y ai balancé des pierres et y s’est barré ».

L’assemblée des rudes gaillards éclata de rire et le sujet de conversation dériva sur des sujets grivois. Dès lors, Nicolas Bartoldi n’eut de cesse de s’interroger sur la présence de Traîne-Charognes, car c’était bien de lui qu’il s’agissait à coup sûr, au chaudron des guenaudes… Après moult détours paranoïaques accompagnés de tout un éventail de ruses et autres précautions, Nicolas parvint au Val Funeste. Au cours de ses pérégrinations, après avoir collecté et recoupé de très nombreux renseignements, il avait à présent acquis la certitude que l’attaque de Blitzwald n’était, décidément, qu’une farce sinistre.

Des vétérans de longue date, soldats et officiers vieillis dans le feu des combats, lui confirmèrent son idée. Cadaver cherchait sans doute à attirer l’attention ici pour agir librement ailleurs… C’était une manœuvre classique… Oui… Tellement classique.

TRANSITION A FAIRE PLUS TARD...

Mâletombes… Terre maudite depuis des siècles, cette petite région était située dans une combe encaissée et brumeuse du Val Funeste. Elle s’avérait difficile à trouver pour qui ne connaissait pas ces montagnes sauvages et abruptes. Jadis, lorsque ces territoires étaient encore contrôlés par les forces provinciales, un village d’une certaine importance et comptant plus de mille cinq cent habitants, Valembourg, se dressait au cœur de l’endroit. Il fût peu à peu laissé pour compte quand le commerce périclita et que les armées provinciales se furent retirées de la région pour aller renforcer les diverses garnisons, dans d’autres contrées plus peuplées et plus riches. C’est alors que le Val Funeste devint tel qu’il est à ce jour, un lieu de mort et de terreur.

Une multitude de proscrits et d’individus douteux, venant de tous les horizons et même parfois des royaumes du sud, trouvèrent asile en ces lieux retirés, où ils pouvaient se réfugier en toute impunité. Les habitants de Valembourg, menacés, et qui fuyaient l’insécurité grandissante du Val Funeste, laissèrent la place à des populations de malandrins, d’hérétiques et de profanateurs de la pire espèce. C’est ainsi que la région devint le repaire de cultes impies et qu’elle permit la venue d’abjects nécromanciens. Ceux-ci pratiquaient la magie la plus noire et nourrissaient des desseins, parmi les plus immondes. Pour le malheur de toutes les provinces libres, parmi cette foule sordide, se trouvait Hantéus Cadaver. Depuis lors, les phénomènes de hantise et les apparitions de morts-vivants avaient proliféré dans toute la vallée. Les pires rumeurs et les histoires les plus horribles arrivèrent aux oreilles des populations provinciales qui finirent par rebaptiser la combe de Valembourg : « Mâletombes ».

Lorsque Nicolas Bartoldi parvint aux abords de l’ancien village de Valembourg, le jour était levé depuis à peine deux heures. L’Expurgateur fut frappé par l’aspect sinistre et le climat d’épouvante des lieux. Le souffle court, tous les sens en alarme, il s’efforça de garder assez de sang-froid pour étudier cet environnement hostile. Tout menaçait ruine et rares étaient les bâtisses encore habitables.

Une brume épaisse qui déformait le paysage jusqu’à le rendre angoissant et irréel, stagnait sur Mâletombes comme un voile de terreur qui oppressait les sens. Les rares maisons délabrées qui étaient encore debout semblaient enveloppées d’une aura malsaine, et laissaient entrevoir les stigmates d’anciennes horreurs. Les taudis branlants succédaient aux décombres et aux chicots de pierre, enfouis sous une végétation d’épineux, griffue et malade. Tout semblait figé et désert dans ce paysage de cauchemar, presque en décalage avec le temps qui s’écoulait inexorablement.

Aucune activité n’était visible dans les rues envahies de gravats et de ronces. Pas une lueur, pas un bruit, pas même un souffle d’air, juste une légère odeur de moisissure qui flottait dans l’air. Tous les signes étaient là, trahissant la probable présence de morts-vivants dans les proches alentours. Au-dessus de cette vision d’effroi, on devinait, accroché à un promontoire de roc qui culminait à plus de cinquante toises du sol, la forme massive et noire d’une haute tour carrée.

Bartoldi savait que c’était là, entre ces murs de sulfureuse renommée, que Cadaver avait établi jadis son repaire. Mais le temps avait passé, et même ici le Bourreau de Mâletombes n’était plus à l’abri de ses poursuivants. La peur de Cadaver était telle parmi les populations et les différentes aristocraties des provinces, que la simple rumeur de sa présence suffisait à mobiliser toutes les énergies pour tenter de le détruire.

Sa tête était mise à prix dans l’ensemble du monde civilisé et de nombreux individus aussi pleutres que louches rêvaient d’empocher le magot. Parfois même, des compagnies entières de soldats de fortune ou de routiers désœuvrés, rendus fous par l’appât de l’or se lançaient à ses trousses, malgré les risques effroyables qu’ils encouraient. L’Expurgateur savait également que les manigances et les plans tortueux du nécromancien durant ces dernières années, l’avaient obligé à sortir de son antre. Fort de ces raisons, Bartoldi pensa que le Bourreau de Mâletombes ne devait pratiquement jamais séjourner ici.

La raison de sa venue était donc autre que l’élimination de Cadaver. Malgré les périls considérables qui parsemaient sa route, il devait absolument recueillir patiemment des informations et s’imprégner de la personnalité de sa proie. Il devait déchiffrer son esprit, le comprendre et le ressentir, pour que son intuition lui permette d’anticiper les prochaines actions de sa cible. Très expérimenté dans son art, Nicolas Bartoldi savait que cette tâche capitale prendrait peut-être plusieurs mois ou bien une année. Des mois entiers où Cadaver ravagerait sans doute des régions entières et massacrerait des innocents par milliers, renforçant chaque jour sa puissance. Pourtant, c’était là sa seule chance de venir à bout d’un adversaire de cette envergure. Dans une telle chasse, toute précipitation, toute erreur, aussi infime soit-elle, signifiait l’échec et un sort pire que la mort pour lui-même et tant et tant de gens.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Sam 6 Sep 2014 - 13:50

Je viens d'absolument tout lire et je dois avouer que j'ai bien apprécié ton récit.

Comme on dit mes deux confrères, le style est très fluide et c'est vraiment très bien écrit. Le seul problème est la longueur des posts. Je ne demande pas de raccourcir ton histoire mais seulement de séparer la publication des suites. En effet, tant que l'on est en vacances ça ne dérange pas trop mais pour te donner un exemple, les trois personnes qui ont déjà commenté ton texte seront à la fac cette année. On aura donc pas toujours une bonne heure à consacrer à lire entièrement le récit et à le commenter. Par exemple, dans le dernier extrait, tu aurais pu séparer là où il y a marquer que tu veux trouver une transition. Cela dit, quelque soit la longueur des extraits, je prendrais quand même du plaisir à les lire tout au long de l'année.

Sinon, je suis impatient de découvrir la suite.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Dim 7 Sep 2014 - 12:09

Et hop !! La suite !!!

Le Haut Seigneur Wilmar, Prince de Trann, semblait irrité et en désaccord avec les autres dignitaires du Conseil des Provinces. Réuni à la hâte à Hératos, pas moins de deux cent personnes avaient été priées d’y accourir sans tarder. Diplomates, légats, grands seigneurs et autres généraux débattaient âprement dans une grande salle qui semblait en ébullition. Pareil tumulte dénotait la gravité de la situation et agaçait passablement son Altesse, le Prince Wilmar, toujours plein de sang-froid et de dignité.

Péristocle, Le vieux maître des cérémonies du conseil, dans son habit chamarré et rehaussé d’or, frappa deux fois le sol de son bourdon avant d’élever la voix. Mes Seigneurs !!! Silence je vous prie !!! Que chacun respecte le protocole dont je suis le gardien !!! La parole est à son Excellence, le Baron Lubarth de Gorgonde. Faites silence messires !!!
Se levant de sa cathèdre finement ouvragée, le gros baron essoufflé s’épongea le front avec un mouchoir de soie avant de s’exprimer de sa grosse voix tonitruante.

« J’ai appris dès hier que des chasseurs et des gueux, habitant dans plusieurs hameaux de Landebrumes, avaient aperçus des cadavres ambulants entre Mirelac et Gorgonde. Ces gens disent avoir vu errer des centaines de ces horreurs, voire des milliers. Il faut agir derechef et envoyer toutes nos armées contre ces pourritures infâmes qui attaquent les caravanes, tuent les paysans et sèment partout la destruction et la terreur. »

Des rugissements et des vociférations firent échos à ces paroles. Péristocle eut bien du mal à rétablir le calme. Les huissiers présents en nombre à chaque porte attendaient, la main sur leur épée et les yeux tournés vers le vieil officiel qui leur prodigua un geste d’apaisement et un regard entendu.
Le gros Lubarth reprit :
« J’ai signé le décret de mobilisation des milices communales qui appelle sous les armes tous les valides de ma province entre seize et soixante ans !!! Nous auront besoin de votre aide. Notre économie ne pourra pas résister très longtemps à pareil traitement et la famine entraînera des révoltes qui plongeront toutes les provinces dans le chaos. »

A ces mots, Le Bourgmestre de Marmelin bondit de son siège et agita plusieurs feuillets au-dessus de sa tête en débitant un flot de requêtes toujours plus déraisonnables et teintées d’exagération. Les hurlements et les imprécations de chacun finirent par définitivement écœurer le Prince de Trann. Il se leva sans bruit et fut à peine remarqué, quittant la salle du conseil, devenue incontrôlable et hystérique.

« Von Graffenstein ! Convoquez mon état-major personnel immédiatement.
Qu’on embauche toutes les compagnies de routiers d’ici à Borlandes et à Verdillon, ne regardez pas à la dépense…
Cadaver a réussi à semer le trouble dans le conseil par ses manœuvres imprévisibles.
Il n’y aura pas de réponse concertée, je le crains.
Chacun ne pense qu’à ses intérêts propres. Le gras Lubarth ne pense qu’à défendre ses profits et les autres ne valent pas mieux, pour la plupart.
Envoyez des émissaires à nos alliés, les bourgmestres de Cartinburg, Pont-Gîsard et Blitzwald pour leur proposer une entrevue, afin de planifier une action concertée.
Le temps presse mon ami… Que les estafettes aillent grand train et veillez à les doubler ou les tripler par des routes différentes pour déjouer toute embuscade. Nous ne pouvons plus concéder une minute, il faut dorénavant que nos communications arrivent en temps et en heure… Par tous les moyens ».

Le commandant Von Graffenstein s’apprêtait à partir lorsqu’il entendit ces paroles :
« J’allais oublier !! C’est vous qui prendrez le commandement de ma garde personnelle à titre définitif, Général Von Graffenstein. Vous aurez un grand rôle à jouer dans tout ceci, vous pouvez m’en croire ».
La carrière de l’officier venait de s’envoler…

Un vent violent balayait les étendues désertiques au nord de Trann. Par moment, malgré la poussière qui voilait l’horizon, l’on devinait les sommets lointains des montagnes, depuis les remparts de la grande cité. Ces immenses régions qui bordaient toute la frontière ouest des provinces libres n’avaient pas toujours été dénuées de vie. Dans les temps anciens, une civilisation brillante, les Doriniens, s’était établie là et avait perduré durant plusieurs millénaires, avant de décliner et de disparaître sans que nul n’en sache les raisons.

Les rares explorateurs qui revinrent des désolations perdues rapportèrent l’existence de quelques vestiges, dénotant la présence d’antiques édifices dont l’usage est aujourd’hui inconnu. On ne savait presque rien de ce peuple perdu, si ce n’est qu’il avait exploité des mines dans les montagnes proches du chaudron des guenaudes.
Toutefois, il était un homme qui était fort instruit sur cette civilisation disparue et ses coutumes : Hantéus Cadaver… Celui-ci possédait depuis longtemps un ouvrage de référence qui fut écrit jadis par un grand savant nommé Sylarius.

Hélas, son ouvrage, écrit voici plus de huit cent ans, n’eut pas le privilège de plaire aux puissants de l’époque, et par conséquent, il sombra rapidement dans l’oubli, tout comme son auteur. Le Bourreau de Mâletombes s’était empressé d’acquérir le livre de Sylarius pour une bouchée de pain, dès qu’il eut vent de son existence.
Certains passages de ces écrits intéressèrent particulièrement Cadaver. Ainsi pouvait-on y lire entre autres choses :
«… Dominé par des tyrans héréditaires qui pratiquaient la magie et vouaient un culte à d’obscures divinités, le petit peuple Dorinien devait à ses maîtres une allégeance totale.
Occupant des espaces immenses à l’ouest du continent, cette civilisation comptait sans doute plusieurs millions de sujets… »
Des millions d’esclaves pendant des millénaires… Cela représentait une masse inconcevable de défunts…

Les lugubres pantins de Cadaver continuaient à semer le désordre partout entre Borlandes et Marmelin de manière sporadique, sous le commandement de Mortifer. Cette guérilla incessante frappait les zones les plus vulnérables des provinces et les voies de commerce de façon aléatoire. Pendant ce temps, Hantéus avait rejoint « Traîne-Charogne » dans les désolations perdues et recherchait un artefact qui lui permettrait d’asseoir son emprise sur les morts de la civilisation Dorinienne.

Le sceptre des tyrans de Dorinia, symbole évident de leur autorité, était l’objet le mieux approprié de toute évidence. Convenablement préparé par les arts sombres de la nécromancie, il serait sans nul doute un puissant catalyseur que tous les Doriniens pourraient reconnaître.
Restait donc à retrouver la tombe de leur dernier dirigeant pour s’emparer de l’objet tant convoité… Pour accomplir cette tâche, Cadaver avait besoin d’un peu de temps… Ce temps précieux que lui fournissait Mortifer en brouillant les pistes dans le sud des provinces…

La voix nasillarde d’Obérius déchira le silence des lieux :
« Maître !!! Le livre stipule que les dirigeants étaient toujours conduits au désert pour être ensevelis. Hors nous ne savons pas où s’étendait ce fameux désert. »
Hantéus répondit avec patience, regardant fixement son apprenti :
« Oui Obérius… Mais il serait plus exact de dire que nous ne savions pas… J’ai fais de nombreuses recherches et interrogé les esprits des morts. Tout se recoupe cher assistant. La traduction littérale de « Ropesh » ne signifie pas désert mais contrée désertique… Hors… La seule zone désertique de l’endroit, à l’époque Dorinienne, était dans les montagnes où nous nous trouvons ».

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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Dim 7 Sep 2014 - 13:20

C'est une suite très intéressante. J'attends de voir avec impatience où se passe exactement l'histoire pour pouvoir mettre un cadre définitif et faire une "carte" de ton récit.
Cette suite est également plus courte ce qui en facilite la lecture pour nous autres pauvres lecteurs. Mais cela n'enlève rien à la qualité du texte, je t'en assure.

Sinon, c'est toujours aussi bien et j'attends la suite avec impatience.
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Thaddéus Von Carstein
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Dim 7 Sep 2014 - 14:42

La carte est prête !!
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Lun 8 Sep 2014 - 2:30

Espèce de grand malade ! Faire des textes aussi long ! Tu veux me priver de sommeil c'est ça ?! Dans mes bras mon ami ! LA SUITE !!!
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Lun 8 Sep 2014 - 8:51

Lol !!! Au rythme ou je poste "la suite" il n'y aura bientôt plus de suite ptdr !!!
Nous n'avons plus beaucoup de marge avant l'arrêt complet pour cause de manque de munitions.
Et allez !!! Encore une couche !!!

La nuit était noire. Presque rien ne bougeait dans les artères désertées de Gorgonde. Quelque chat téméraire ou parfois un chien errant venaient de temps à autre dévorer une friandise dans les monceaux d’ordures qui s’empilaient au gré des rues. Les patrouilles du guet, trop rares, ne passaient quasiment jamais dans ces quartiers depuis que la peste les avait décimés voici quelques décennies. C’est dans un taudis sordide et abandonné de longue date que Carélie attendait son ténébreux mentor. La mi- nuit était largement passé lorsqu’il apparut soudainement dans un coin d’ombre, comme par magie… « Bonsoir Dame Carélie, quelles nouvelles de votre bon époux le Baron ? Le conseil s’est-il bien passé ? »
La voix profonde de Mortifer charmait et berçait la jeune femme qui semblait détendue et insouciante malgré le péril mortel qui la guettait.

La Baronne de Gorgonde raconta tout ce qu’elle avait pu extorquer à son benêt d’époux sans même sourciller. Mortifer tournait doucement autour d’elle, sa main effleurant parfois son corps si…Vivant. « L’imbécile, susurra t’il. Il tremble pour ses deniers alors que sa vie même ne tient qu’à un fil… Si mince. Les enjeux lui échappent totalement, comme toujours durant sa répugnante existence.» Le vampire, dont le regard luisait parfois dans l’ombre, s’immobilisa derrière sa proie. Venant doucement à l’oreille de la dame, il murmura quelques mots qui émurent visiblement son interlocutrice :
« Bientôt Carélie, bientôt, tu seras des nôtres et tu resteras jeune et belle pour l’éternité. Mais pas maintenant… Il est trop tôt. Nous ne devons pas éveiller les soupçons de certains… »
Une légère brise souleva les cheveux de la belle… Mortifer avait disparu.

Attendant que le soleil parvienne à son zénith et perce enfin les nuages, Nicolas Bartoldi repéra une dernière fois les environs de la redoutable tour de Mâletombes. L’expurgateur songea que la torpeur commencerait bientôt à gagner les non-morts et qu’il aurait peut-être un répit de trois ou quatre heures. Quand l’astre solaire l’emporta mollement sur le voile brumeux qui enveloppait ce village maudit, Bartoldi se faufila de tas de ruines en bosquets rabougris vers la forteresse de Cadaver. La piste défoncée qui menait à la tour était à découvert et fort pentue. Nicolas se résigna à emprunter une route plus dangereuse mais moins exposée aux regards. Il n’y avait plus guère d’activité et Mâletombes était plus silencieuse que jamais. Pourtant, l’expurgateur savait que certains morts-vivants pouvaient sentir la présence d’une quelconque forme de vie à plusieurs dizaines de mètres de distance.

S’agrippant à la végétation malade et utilisant toutes les prises possibles du rocher, il escalada le promontoire par sa face la moins visible depuis les ruines de Valembourg, toutes proches. Parvenu au sommet, meurtri et fatigué par trente minutes d’escalade périlleuse, Bartoldi rampa lentement derrière un tas de gravats, ignorant les égratignures qui zébraient de nombreux endroits de son corps. Reprenant son souffle et s’assurant de la présence de ses deux précieuses besaces de cuir, il contourna l’édifice discrètement et parvint sans encombre à la double-porte massive qui fermait la tour.

Entièrement métallique, corrodée et marquée de traces indéfinissables, faisant plus de vingt pieds de hauteur et presque quinze pieds de largeur, celle-ci était ornée de gravures formant de complexes entrelacs et possédait un imposant heurtoir. Une serrure énorme était visible sur le battant de droite et l’expurgateur passa rapidement une feuille de vélin entre les deux vantaux, et la faisant coulisser de haut en bas, se rendit compte qu’elle était verrouillée. Fébrilement, jetant des regards inquiets de tous côtés, il entreprit de chercher un passe-partout dans son imposante collection, sans succès. Rien ne semblait correspondre à ce satané mécanisme. Il s’efforça alors de crocheter la serrure avec un rossignol bricolé pour la circonstance.

S’interrompant de temps à autre pour surveiller les environs, l’expurgateur se maudissait intérieurement de cette mauvaise fortune. S’étant échiné plus d’un quart d’heure sans résultat, il soupira et usa de son dernier recours. Précautionneusement, il déballa une petite fiole de verre épais, enveloppée dans une pièce de toile. Fermée par un bouchon de pâte argileuse, le flacon contenait une solution alchimique verdâtre extrêmement corrosive. Ce liquide infernal était censé venir à bout de tous les métaux connus. Se protégeant les voies respiratoires avec un mouchoir trempé, Nicolas Bartoldi versa lentement tout le contenu de la fiole dans la serrure récalcitrante à l’aide d’une petite gouttière en roseau.
Des vapeurs délétères montèrent presque aussitôt de l’orifice et des projections de liquide effervescent se produisirent, émettant une sorte de grésillement ténu. S’éloignant un peu et s’accroupissant derrière un rocher, l’expurgateur songea qu’il venait de perdre l’avantage de la surprise. Après de telles dégradations, Cadaver saurait tôt ou tard que son antre avait été visité…

Il ramassa soigneusement tous les reliquats de son action, laissant toujours le moins d’indices possible derrière lui. Après quelques minutes la réaction chimique se termina et Nicolas Bartoldi, effaçant sommairement ses traces de pas, se dirigea vers cette damnée porte qui lui avait fait perdre plus d’une heure. Poussant sur un battant avec son épaule pour l’entrebâiller, l’expurgateur s’introduisit dans le repaire, le pistolet au poing.

« Oui, monsieur l’ingénieur. C’est bien ça. Je veux qu’on répare toutes les grandes routes ainsi que les ponts, afin de faciliter le passage des charrois de l’artillerie.
J’entends, de surcroît, qu’on mette en place des points d’approvisionnement dans les places fortes dont nous disposons. Il s’agit de nourrir et d’équiper toutes les troupes de campagne, les nôtres mais aussi celles de nos alliés. Elles sont au nombre d’environ trente mille hommes, dans leur ensemble. Il va sans dire que ces points d’appui devront être fortement défendus »
Le Prince Wilmar faisait les cent pas dans son cabinet privé à Trann.
Messieurs, je vous ai convoqué ici plutôt qu’à mon état-major habituel, pour que tout ce qui sera dit ici demeure strictement confidentiel.

« Général Badenbruk, partez sur le champ pour Hératos, c’est là que j’ai fixé le centre de mon dispositif. Prenez le commandement et envoyez des nuées d’espions dans toutes les campagnes, toutes les cités et tous les villages, je veux être informé de chaque mouvement ou manifestation de non-morts dans toutes les provinces libres. De cette manière, en recoupant nos renseignements, nous pourrons tenir un compte précis des forces adverses et de leur position.
Réorganisez les troupes en conséquence et tenez-moi informé jour après jour des diverses évolutions.

Général Von Graffenstein, vous resterez céans avec ma garde d’élite et ma personne. Faites en sorte que la cité de Trann soit prête à tenir un siège de longue durée et fortifiez-la au maximum. Cadaver ne frappe jamais où on l’attend mon ami, avec lui, les hypothèses les plus improbables deviennent trop souvent de surprenantes réalités.»
Le prince de Trann tapota le bras de son nouveau général.
« Restez vigilant Von Graffenstein, nous aurons sans doute bien des désillusions avant la fin de tout ceci. »
Puis, il congédia le cercle restreint de ses hommes de confiance, avec un geste ou une parole d’encouragement pour chacun d’eux.
Après leur départ, Wilmar prit lentement place dans son fauteuil, devant le bureau et sortit d’un tiroir un bien étrange pli cacheté, reçu le matin même. Le relisant, songeur, il le brula finalement au feu d’un chandelier et se murmura à lui-même : « Ainsi, c’est là que tu te caches Hantéus Cadaver… » Le soir tombait lentement sur la cité, laissant le prince plus angoissé que jamais.

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Mer 10 Sep 2014 - 22:52

La suite...

A la cour du roi des voleurs, l’atmosphère était joyeuse malgré les temps difficiles. Réunis sur un navire marchand qui était ancré à quelques encablures du port, les pires larrons de la cité festoyaient bruyamment. Les charognards, brigands et autres détrousseurs qui parcouraient les routes, étaient revenus à Trann avec un butin considérable ramassé dans le sillage des sbires de Cadaver. Peu enclins au pillage, ses horreurs décérébrées massacraient parfois des villages entiers, abandonnant sur place nombre de richesses.

Toutes les crapules qui rôdaient dans le pays, faisant preuve de qualités d’adaptation et d’initiative, avaient constitué des sortes de groupes de récupération qui suivaient les masses de morts-vivants à bonne distance. Equipés de charrettes à bras et divers autres attelages, des crevards assoiffés de butin furetaient partout à la recherche de quelque valeur ou objet précieux oublié là dans la panique.
Profitant de la situation, les voleurs de Trann avaient prudemment mais surement étendu leurs activités, se hasardant sur des terrains où la vigilance du guet ne leur permettait pas d’évoluer il y a quelques mois encore.

La corruption de certains fonctionnaires avait octroyé aux criminels du roi des voleurs de nouvelles opportunités et une relative impunité pour leurs petits trafics. Toutefois, se souvenant de la brutalité répressive dont était capable le Haut-Seigneur de Trann, en homme avisé, le maître des truands avait pris soin de ne point trop dépasser les limites. Si d’aventure, les Luminarques ou le Prince Wilmar soupçonnaient un lien quelconque des voleurs avec Cadaver, il y avait fort à parier que la société du crime serait impitoyablement et totalement anéantie. Pour toutes ces raisons, malgré la liesse du moment, le roi des voleurs restait inquiet, contrairement aux apparences.

Souriant de manière ostensible, feignant l’amusement et la détente, ne pouvant montrer aucune faiblesse, il cogitait sans cesse, cherchant le moyen de préserver un équilibre précaire dont dépendait sa tête. L’assemblée de canailles se dispersa au petit matin sans attirer l’attention des divers guetteurs qui veillaient sur la grande cité. Chacun reprit sa place dans l’organisation et quelques jours s’écoulèrent sans évènement notable dans le monde glauque des crapules, jusqu’à l’ultimatum de Cadaver…

Alors que le roi des voleurs tenait conseil avec ses principaux acolytes dans l’arrière salle de « la chope percée », une auberge quelconque des quartiers populaires de Trann, il fut dérangé par un phénomène pour le moins effrayant.
Un froid pénétrant s’abattit soudainement dans la salle tandis que les flammes des torchères et autres candélabres vacillaient sous l’effet d’une légère brise glacée. Des murmures indistincts se firent entendre et à la stupéfaction générale, une plume posée sur la table se mit à se mouvoir seule, pour tracer des lignes d’une écriture délicate sur un parchemin, comme mue par une volonté invisible :

« Vil roi des voleurs qui de butin s’engraisse,
  Insatiable et ventru comme une vieille ogresse,
  Bartoldi papillonne, par la mort subjuguée,
  Fanatique et porteur d’une charge sacrée.
  Sur le dos de la mort tu moissonnes les pièces,
  Conjurant le péril par bombances et liesses,
  Par ces mots j’entends bien tes rêves dissiper,
  Et solder ta créance, quand tu l’auras tué. »

Puis, ayant terminé son œuvre d’écriture, la plume partit dans les airs à vive allure et vint se ficher dans l’œil gauche du roi des voleurs devant la petite assemblée médusée. Tandis qu’il hurlait et oscillait sur sa chaise, pressant sa main sur la blessure sanglante, la plume signa prestement le message de son sang avec les initiales « H.C » avant de retomber inerte sur le parchemin éclaboussé de sang. Les cris et l’agitation générés par ces sinistres maléfices alertèrent les hommes de main qui gardaient la porte, à l’extérieur de l’arrière salle.

Ils s’escrimèrent vainement pour l’ouvrir ou la défoncer pendant plus de cinq minutes au milieu d’un vacarme grandissant. Enfin, la froidure des lieux se dissipa lentement, haletants, les sbires du maître borgne des truands purent enfin accéder à la pièce. Comme pour saluer leur arrivée, la lourde table se mit à bouger et à flotter dans les airs, à quelques centimètres du sol. Elle frappa violemment le plancher à plusieurs reprises, puis retomba lourdement. C’était fini, l’esprit de hantise, messager du maître des morts, s’en était allé.

Tout était calme à Pont-Gîsard. Malgré l’état de siège permanent où se trouvait maintenant la petite bourgade, la vie continuait son cours presque normalement. De temps à autre, les occupations quotidiennes étaient perturbées par l’apparition de morts-vivants, en groupes épars. La garnison du village repoussait généralement ces incursions sans trop de peine et ne déplorait que peu de pertes dans ses rangs. Pourtant, le Bourgmestre de Pont-Gîsard, Lorik Stafelberg, avait tenu à maintenir la milice sous les armes et ordonné de fréquents entraînements pour l’aguerrir un peu. Quand il reçut le messager du Prince Wilmar, il était fin prêt à coordonner ses troupes avec celles du Haut Seigneur de Trann.

Dans toutes les autres agglomérations, depuis les puissantes cités jusqu’aux plus petits bourgs régnait la confusion et l’inaction. Par précaution et pour se donner une impression de sécurité, les grands seigneurs avaient ordonné des mesures dérisoires pour combattre le péril des morts vivants.
Ainsi, à Verdillon, une palissade de bois et une faible garnison de quatre vingt dix soldats constituaient la seule défense du village contre les hordes de Cadaver. Les seules mesures prises se résumaient à doubler la garde de nuit et à jeter des patrouilles d’une dizaine d’hommes le long de la route qui courait de Marmelin à Blitzwald.
A Marmelin, on considéra que le village serait sans doute épargné par Cadaver car il était loin de tout et ne présentait pas d’intérêt majeur. De ce fait, rien n’avait été fait pour protéger la population. La garnison, composée de quarante deux soldats et officiers, jouait aux dés ou traînait à la taverne toute la journée.

A Cartinburg, les mesures draconiennes prônées par Jomar Destran, le Bourgmestre, avaient soulevé des protestations de plus en plus virulentes. Finalement des émeutes avaient éclaté paralysant toute action efficace. A Gorgonde, le gros baron Lubbarth s’évertuait à conserver ses bénéfices et avait augmenté les taxes. Ses troupes s’affairaient surtout à défendre la grande route commerciale qui reliait sa cité à Borlandes. Pour comble du malheur, sa jeune et ravissante épouse endormait sa méfiance et usait de ses charmes pour influencer ses décisions, déjà fort peu avisées. Mirelac, village dépendant de son autorité était laissé à l’abandon, sans instructions autres que celles visant à lever l’impôt, Malgré les demandes répétées du bailli en charge de l’endroit, aucun renfort ne parvint là-bas.

C’est dans ce climat de coupable passivité que l’attaque d’Hératos débuta.
Dix sept jours après son arrivée, le 24 mars 1652, le Général Badenbruk fut surpris lors d’une journée pluvieuse par l’arrivée d’une armée de morts-vivants pléthorique qui avait surgi de la mer de verdure à l’ouest d’Hératos. Profitant des failles innombrables dans le dispositif encore incomplet du prince de Trann, Mortifer avait progressé sournoisement à travers ces grandes plaines, vides de troupes adverses. Rusé, il avait marché nuit après nuit, pour tromper d’éventuelles vigies et avait enterré la horde à chaque lever de soleil, rendant sa présence très difficile à déceler. Pour compléter son stratagème, de nombreux groupes d’éclaireurs avaient occupé le terrain loin autour de son contingent principal, masquant ses mouvements et lui permettant d’être au fait de la moindre réaction de ses adversaires.

Un premier assaut contre les murs de la cité avait été lancé par les non-morts dès leur apparition, semant la désordre et prenant tout le monde de court. Il fut repoussé, causant d’énormes pertes dans les deux camps. Deux heures après le début des affrontements, plus de deux mille soldats et trois mille huit cent morts-vivants étaient hors de combat. Les prêtres Luminarques du temple d’Hératos étaient tous venus sur les remparts pour aider les défenseurs. Leurs rituels et leurs pouvoirs magiques avaient contrecarré les puissances de la magie noire déchaînées par Mortifer. Néanmoins, celui-ci avait réussi à maintenir la chape de nuages qui masquait le soleil au dessus du théâtre des opérations, et la pluie continuait de tomber.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Sam 13 Sep 2014 - 11:17

Enfin en week-end, j'en profite pour rattraper tous les textes...
"De loin en loin" : je ne connais pas cette expression, peux-tu m'en donner des précisions ?
Ensuite, tu n'as pas besoin de marquer dans ton texte "transition à faire"... Certes, la façon donc les passages se suivent ne te plait pas, mais ne va pas le crier sur tous les toits... Sans la phrase, je ne l'aurais pas remarqué, puisque de toute façon la transition est déjà pas mal Happy

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Sam 13 Sep 2014 - 17:52

De loin en loin signifie de temps en temps, mais de façon assez rare.
Non la transition est à chier lol !!! J'avais peur que vous pensiez que je l'avais fais volontairement.
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Mer 17 Sep 2014 - 23:05

La suite...

A la tombée du jour, les masses de cadavres contrôlées par Mortifer s’avancèrent à nouveau, leur marche lente et désordonnée étant comme toujours rythmée par la cacophonie lugubre des cuivres fêlés et des tambours crevés et retendus en toute hâte avec la peau écorchée et ensanglantée des morts adverses. Seule la plus infâme des sorcelleries pouvait permettre de tirer un son de tels instruments. Couplée aux rituels impies de la magie noire et à la volonté de fer des seigneurs de la mort, cette musique d’outre-tombe permettait de garder les morts en rangs compacts. Leur nature tourmentée les poussant instinctivement à se disperser dès qu’ils étaient livrés à eux-mêmes, ou distraits par la présence de formes de vie, les non-morts devaient être continuellement dirigés pour demeurer en groupes vraiment compacts. Un autre élément était nécessaire à leur contrôle. Le nécromancien invocateur devait posséder un catalyseur qui soit identifié par tous les non-morts qu’il désirait plier à sa volonté. Il s’agissait souvent d’un objet marquant qui datait du temps de leur vie passée. Les rituels qui permettaient de lier les esprits des morts à ces catalyseurs étaient fort complexes et délicats à exécuter.

Une erreur dans le processus pouvait entraîner la destruction de l’âme des maladroits ou un sort pire que les plus épouvantables cauchemars ne pouvaient l’imaginer.
Usant de béliers improvisés, d’échelles de fortune et précédés de l’horreur qu’ils pouvaient inspirer même aux guerriers les plus déterminés, zombis, squelettes, vampires et formes spectrales aussi horribles que variées, se ruèrent vers les murailles hérissées de défenseurs en un grouillement innombrable, qui ressemblait à une mer déchainée. Le feu nourri et discipliné des défenseurs s’abattait impitoyablement sur les assaillants, comblant les fossés de cadavres inertes, en vain.

Marchant sur les dépouilles des vagues précédentes, pataugeant jusqu’aux genoux dans une bouillie insoutenable de tripes empuanties, d’ossements brisés et de fluides pourrissants les morts-vivants approchaient toujours plus près des murailles de la cité.
L’artillerie tirait à toute volée depuis chaque tour de la citadelle. Sur le modèle des fourmis, une chaine ininterrompue de vilains approvisionnait constamment les remparts et les différents postes de tir. Carreaux d’arbalète, flèches, balles de plomb, sortilèges d’exorcisme, boulets de canon, poix enflammée, poutres, meubles et rochers pleuvaient sans relâche sur les non-morts, qui poursuivaient leurs tentatives, infatigables. Contre eux, la victoire totale était la seule alternative à une mort atroce et à une possible damnation. Après dix heures de combat acharné et sans aucun repos, soumis à des visions d’effroi impossibles à décrire, certains défenseurs se brulaient la cervelle, totalement démoralisés, mourants de soif ou épuisés.

D’autres cédaient à la panique et fuyaient éperdument. On voyait partout des scènes horribles et seule la foi des Luminarques maintenait encore la fragile ligne de défense érigée par les citoyens et les soldats d’Hératos. A la fin de la nuit, la pluie cessa de tomber.
La cité résistait toujours malgré la perte de plus d’un tiers de ses effectifs. La horde de morts vivants, comme à son habitude, relâcha sa proie peu avant l’aube et disparut dans la nature, se dispersant comme une nuée d’étourneaux. Les abords d’Hératos offraient un spectacle de désolation et de mort comme peu de soldats, en avait vu.

Des miasmes de putréfaction et des remugles âcres de fluides coagulés et oxydés, mêlés aux odeurs fortes d’excrément et d’urine remontaient jusqu’aux remparts, provoquant spasmes, haut-le-cœur et vomissements à n’en plus finir parmi les combattants. En de pareils cas, les risques d’infection et d’épidémie devenant trop importants, il était d’usage de bruler les corps en décomposition. Mais à Hératos, il eut fallu bruler des dizaines de milliers de corps décomposés, une tâche impossible à mener, surtout en période de siège.

Des colonnes de fumée montaient ça et là de quelque arbre ou bâtisse finissant de se consumer. Le sol, invisible sous les enchevêtrements de corps démembrés jusqu’à trente toises des murs, avait encore la teinte du sang loin derrière le carnage. Les fossés de la cité complètement obstrués par les cadavres des deux armées laissaient place à des collines de morts, atteignant par endroit plus de quinze pieds de haut. Dès le lendemain, des nuées de corbeaux formaient un vague linceul noir et mouvant sur le sol jonché de plus de trente mille cadavres. Le ciel demeura couvert de gros nuages noirs et le soleil ne fut perceptible qu’à grand’ peine, rendant le paysage encore plus morne et lugubre.

Une épidémie de diarrhée sanglante commença dès lors à sévir dans les murs d’Hératos. Le pire siège de l’histoire des provinces venait de commencer…
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Mer 24 Sep 2014 - 18:55

Oui, je sais, j'ai mis du temps pour venir lire ton histoire, mais je réclame quand même la suite Tongue

(Au passage, toujours agréable à lire Camouflé Ninja )

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Jeu 25 Sep 2014 - 22:28

Et voilà la dernière partie que vous aurez...

Nicolas Bartoldi ne voyait goutte dans le corridor obscur qui s’ouvrait devant lui. Rengainant son arme, il alluma une lanterne tirée d’une de ses besaces. Puis il s’employa à bâcler les portes d’entrée pour éviter les visites surprises durant son exploration des lieux. Ayant placé quelques coins métalliques sous les battants pour les tenir fermés, il s’employa alors à déceler les traquenards que ce maudit nécromancien n’aurait pas manqué de placer un peu partout pour décourager les éventuels cambrioleurs.

Tout autre que Bartoldi aurait été moins méticuleux, pensant que c’était folie de vouloir entrer à Mâletombes, ce nom à lui seul valant les meilleurs gardiens. Pourtant, l’expurgateur savait bien que l’appât du gain était une motivation puissante qui pouvait rendre fou les hommes. Cadaver connaissait la nature humaine tout aussi bien que lui-même… Le sol dallé de pierre était jonché d’ossements épars et de cranes humains. Redoutant que ceux-ci ne se révèlent des gardiens plus vivants que morts, notre homme les gratifia de quelques bonnes pincées de sel béni qu’il éparpilla partout sur son passage. Après une lente progression et un examen minutieux du couloir désert, se déplaçant tantôt accroupi sur le sol et parfois même en rampant, Nicolas Bartoldi évita de justesse une trappe vicieuse.

Elle se déclencha devant lui et devait avoir vingt pieds de profondeur. Un frisson lui parcourut l’échine lorsqu’il constata que le fond du piège était garni de pieux effilés. Reprenant ses esprits et rajustant ses gants de cuir, il fit halte devant un escalier de pierre, incurvé, qui montait dans les ténèbres. Sortant le symbole sacré des Luminarques de sous sa chemise, Bartoldi le laissa pendre bien en évidence sur sa poitrine. Le sabre dans une main et la lanterne dans l’autre, il s’engagea dans l’escalier, posant ses pieds au ras du mur et franchissant deux marches sur trois sans les toucher, réduisant ainsi ses chances de déclencher quelque autre mécanisme sournois.

Il parvint à l’étage. Le silence ambiant, digne d’une tombe, n’était troublé que par les bruits étouffés de sa respiration et de ses mouvements. Rapidement Bartoldi prit conscience que la seule issue visible consistait en un passage vouté qui était fermé par une porte. Sans qu’il puisse en définir les raisons, quelque chose dérangea l’expurgateur. Il poursuivit ses investigations, soucieux et attentif au temps qui s’écoulait. Dans deux ou trois heures au plus tard, le soleil cesserait de le protéger et les morts sortiraient de leur torpeur passagère. Il s’approcha de la porte de bois qui lui barrait la route et vérifia qu’elle était fermée à clef. A sa grande surprise, il la trouva ouverte… Tandis qu’il avait posé sa lanterne sur le sol et s’apprêtait à l’entrebâiller, il sentit ses cheveux se dresser sur sa tête. Un visage disgracieux et à la chevelure hirsute venait d’apparaitre devant lui. Manifestation spectrale sortant tout droit du battant de la porte, la créature infernale lança des bras noueux vers Bartoldi et tenta de l’étrangler. Le symbole béni des Luminarques irradia alors une vive lumière.

Poussant un hurlement épouvantable, l’esprit fantomatique se dissipa immédiatement. L’expurgateur, pétrifié de terreur, usa des ultimes ressources de sa foi et de sa volonté pour ne pas s’enfuir à toutes jambes. S’agenouillant en tremblant, il adressa une prière muette à la Sainte Clarté qui l’avait protégé une fois encore. Malgré ses efforts et son sang-froid, Nicolas Bartoldi dut se faire violence pour ouvrir cette maudite porte, dressée devant lui.

Il sut dès lors ce qui l’avait interpellé un peu plus tôt… L’absence de toute ouverture vers l’extérieur, rien, pas même une meurtrière… Cette partie de la tour était conçue comme un puits de ténèbres, abolissant les règles naturelles. C’était là un environnement parfait pour les plus funestes émanations de la non-vie. Versé par nécessité dans les arts sombres, Bartoldi comprit que l’endroit favorisait l’invocation des morts, leur fournissant un point de chute idéal dans notre monde.

La lanterne avait été cassée au cours de l’empoignade et il dut improviser une autre source de lumière en enflammant des lambeaux de sa cape, épinglés à la pointe de son sabre. La salle qui s’étendait devant lui confirma ses soupçons. Tous les symboles et les objets rituels permettant le contact avec le monde des ténèbres étaient réunis sous ses yeux. L’expurgateur retrouva divers objets catalyseurs au hasard de son inspection, et les purifia par le feu. Traçant sur le sol des symboles de contre pouvoir à l’aide d’une craie, il entama une cérémonie enseignée par son mentor, Viktorius. Après la récitation des formules de bannissement des morts, il enserra rituellement la salle par les quatre points cardinaux, en y disposant des cristaux consacrés. Les points focalisateurs du site étant irrémédiablement neutralisés, celui-ci devint désormais inopérant.

S’appuyant contre le mur, Bartoldi soupira et reprit son souffle une fois de plus, ne pouvant s’empêcher de frissonner nerveusement. Usant de ses facultés de raisonnement et n’ayant pas trouvé d’autre issue, il commença à rechercher un passage secret, espérant accéder aux laboratoires et autres bibliothèques absolument indispensables pour mener à bien des travaux ésotériques de cette ampleur.

Réduit à bruler les manches de sa chemise bouffante pour obtenir un semblant de lumière, l’expurgateur tâtonna le long des murs dans toute la salle. Finalement, passant la flamme de sa torche bricolée devant la paroi, il vit celle-ci vaciller étrangement… De l’air !!! Sans doute un souffle léger provenant d’une importante cavité derrière le mur… Bartoldi appuya sur toutes les pierres de la muraille et finit par déclencher le mécanisme d’ouverture, dans un concert de raclements et de grincements...
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Arken
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Dim 5 Oct 2014 - 10:30

Comment ça la dernière suite ? J'espère que tu continues à l'écrire au moins Fou
Nan mais j'te jure... Nous laisser sur notre faim avec une pareille suite... Au travail ! Clap

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Ven 10 Oct 2014 - 12:14

Non lol. J'ai arrêté l'écriture pour le moment. Cétait juste un aperçu.
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Arken
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Ven 10 Oct 2014 - 12:28

Juste un aperçu... Crying
T'as pas moyen de t'y remettre, pour l'amour de Nagash ? Crying Crying

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Lun 13 Oct 2014 - 20:43

Ayant enfin eu l'occasion de me plonger dans cette somptueuse intrigue, je m'interroge autant que dame Arken : pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?? Huh

La suite ! La suite !

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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Mar 18 Aoû 2015 - 11:34

Je suis désolé mes amis, je ne pense pas que la suite paraîtra avant un bon moment.
Mais ici les talents ne manquent pas. Vous aurez fort à faire pour lire tous les autres auteurs qui fourmillent ici.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Songes d'une nuit hantée   Mar 18 Aoû 2015 - 21:06

Je suppose que tu y as deja songe, mais pourquoi ne pas essayer ta plume au concours d'ecriture qui se prepare en ce moment ? Ce ne serait que benefique pour tout monde, et ton style est si riche qu'il serait dommage de ne pas le partager.

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