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 Vampire at war : chroniques d'Essen

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Lun 11 Aoû 2014 - 15:39

Von Essen (enfin, celui que vous connaissez maintenant) est tout content. Voici la suite  Happy 


55e partie.


     La prêtresse fut saisie d’un terrible malaise lorsque, grelottante, elle passa sous l’arche d’un pont qui traversait le fleuve : elle crut y voir des ossements humains dépasser du mortier. De plus, lorsqu’elle observa de loin la grande ville à laquelle menait ce pont, Miranda crut que sa volonté allait vaciller.
     Seule une ou deux cheminées envoyaient leur fumée vers l’épaisse chape de plomb qui recouvrait la contrée. Or, d’autres foyers devaient brûler quelque part, et la bonne sœur crut en deviner la nature quand une effroyable puanteur de chair calcinée atteignit ses narines. Cette odeur lui était bien familière, pourtant : c’était l’une des conséquences des innombrables maladies qui se répandaient partout en épidémies, quand les fosses communes devenaient bien trop remplies pour accueillir des cadavres par dizaines.
     Tout ce qu’elle put entrevoir des abords de cette ville n’était qu’un mélange de brun et de gris. La neige fondait mal, et finissait par se mêler à la boue ; on aurait pu croire que les maisons s’affaissaient lentement dans cette espèce de tourbière, et personne ne sortait de chez soi, donnant à la ville une impression d’être abandonnée de toute vie, ce qui par ailleurs n’était pas chose rare là où la maladie frappait.
     La première pensée de la prêtresse partit pour ceux qui continuaient à y brûler des foyers dans leurs maisons, ceux qui en ce moment-même devaient subir atrocement les effets de la contagion, et qui à présent avaient besoin de son aide comme jamais. Toutefois, elle dut se faire violence pour se rappeler la promesse qu’elle s’était faite à elle-même et à la vieille tenancière : éviter la rive sylvanienne à tout prix. Un terrible dilemme s’imposa : devait-elle porter secours à ceux qu’elle savait dans la détresse, au risque d’y périr pour de bon, ou était-ce préférable de sauvegarder ses capacités pour l’autre rive, qui elle aussi avait besoin d’une guérisseuse, et qui ne donnait pas l’impression d’une tombe ouverte ?
Miranda sentit une boule se serrer dans sa gorge. Sa décision était déjà prise, mais sa conscience n’eut de cesse de la tenailler par la suite, et c’est avec désespoir qu’elle priait sans s’arrêter en même temps que ses mains gelées continuaient à remuer les rames.

     Seul Sigmar aurait su quand se seraient éteintes les forces de la guérisseuse, si elle devait affronter le fleuve à contre-courant. Heureusement, le courant du Stir était de son côté, et alors que Miranda croyait qu’elle avait pénétré dans un territoire rempli uniquement de forêts dénuées de toute présence humaine, une vision chaleureuse s’offrit à ses yeux : d’autres barques tirées vers une large berge de sable et de galets, attachées à des pieux plantés dans le sol. Lorsqu’elle leva son regard, elle s’aperçut qu’elle était passée à côté d’une tour de guet surplombant une haute palissade qui s’enfonçait dans la forêt. Enfin, son cœur affaibli bondit de joie lorsqu’elle vit des maisons solidement bâties, renforcées de planches épaisses et, pour certaines, ayant un toit recouvert non de chaume, mais de tuiles.
     Une clameur se faisait entendre plus loin, dénotant une animosité certaine des villageois. La prêtresse fut seulement étonnée qu’aucun des propriétaires des barques qu’elle aperçut n’était présent ni sur la berge, ni sur le fleuve, comme si tous s’étaient rassemblés ailleurs pour des affaires plus importantes. Toutefois, alors qu’elle accostait, épuisée, deux gardes portant de lourdes hallebardes arrivèrent au bout de la rue, apercevant sur le coup l’étrange personne qui venait d’arriver.


***


     La comtesse était plongée dans une réflexion que nul ne saurait troubler sans être impuni. Les rideaux étaient tirés sur la fenêtre de la chambre où elle se trouvait, signe évident de luxe que seul un bourgmestre, un militaire haut gradé ou un riche marchand pouvaient se permettre. A travers la fente entre les deux pans de tissu, elle entrevoyait les mortels en uniformes faire des allés et venues sur la Grand’ rue, et devinait leur présence dans tous les autres recoins de la ville. L’état où se trouvaient les choses ne lui plaisaient pas, c’était peu dire, et pour l’heure elle profitait d’un répit aussi long que durerait la confusion causée par le meurtre des prêtres de Morr et par la mystérieuse disparition du bourgmestre. La vague impression d’être la cause première de ce remue-ménage ne lui causait au plus que de l’amusement, mais la certitude de se retrouver face à un échec lui apportait un désagrément notable.
     Elle sentait le feu qui brûlait dans l’âtre du salon, et la respiration lente et mesurée de son nécromancien attitré, étendu paisiblement sur le confortable fauteuil, manifestement endormi. Sa fille était à l’étage des servantes, car sa mère s’était vue lui proscrire toute sortie de leur refuge tant qu’elle n’aurait pris de décision quant à leur avenir. Un avenir…

     La comtesse soupira. Les mots d’Ashur ne cessaient de lui revenir à l’esprit. Des mots sans espoir, des mots qui interdisaient tout avenir, tout avenir tel que les mortels le définissaient.
Les mots d’Ashur se confirmaient aussi ailleurs : pour la première fois, elle n’avait pas confiance en ses sujets. Par deux fois.
     Le bourgmestre n’était pas acquis à sa cause, et n’obéissait que si celle qui l’avait transformé, Moka, le lui ordonnait. Quant la dame d’Essen eut intenté de le soumettre à sa volonté par l’hypnose, il perdit soudain tout contrôle de soi-même. Les rapides changements de son corps avaient alors confirmé qu’il s’agissait de la même rage qui naguère s’était emparée du vampire millénaire. Outrée, elle avait alors laissé à ses servantes le soin de le maîtriser et de l’enfermer dans la cave, puis s’était retirée à la fenêtre où elle se tenait à présent.
     Plus tard dans la nuit, ce furent Manon et le maître Friedrich qui rentrèrent dans la demeure du bourgmestre, et la comtesse avait senti et vu le sang frais sur ses nouveaux vêtements. Ils l’avaient trouvée furieuse, et les brefs mots qu’ils échangèrent ne suffirent pas à lui expliquer les raisons de la mésaventure du vieux maître, ce qui la rendit encore moins disposée à tolérer leur présence. Dès lors, le nécromancien dormait, les servantes rendaient ses vêtements présentables aux yeux des mortels, et sa fille ne faisait rien ; la comtesse n’entendait aucune discussion entre elle et les servantes, et supposa que chacune était occupée par ses propres pensées.
     La seule interruption à leur paix précaire eut lieu quand quelques temps avant le lever du jour, un mortel qui était le capitaine de la garde vint frapper à la porte et s’enquit s’il pouvait voir le bourgmestre sur le champ. Mina fut celle qui lui ouvrit, et Moka fut celle qui accourut après avec la réponse que lui avait donné sa maîtresse : elles avaient beau chercher, mais sa seigneurie n’était nulle part dans sa demeure, et peut-être que sa seigneurie était sortie pendant la nuit sans leur en faire part…
     Le capitaine s’en était allé bredouille, et les servantes étaient retournées à leurs fonctions. Depuis, un silence de glace planait dans la maison.

     Une rage sourde bouillonnait dans les entrailles de la comtesse. Si une cible s’offrait à elle à ce moment, elle sentait qu’elle ne se refuserait pas la joie de la saigner à mort. Toutefois, cette pensée ne l’avançait pas, et elle revenait à l’évidence qu’elle se sentait dans un filet dont elle n’était pas prête de se dépêtrer. Tôt ou tard, elle le savait, des gardes reviendraient au manoir du bourgmestre, exigeraient d’inspecter les lieux… En somme, de nombreux dérangements à la quiétude de ses protégés étaient à prévoir.


     Il y avait une chambre adjacente à celle occupée habituellement par les serviteurs du manoir ; elle servait habituellement de remise, et les différents occupants de la maisonnée qui se sont succédé au fil des ans y ont entreposé nombre de coffres dont tout le monde avait oublié le contenu. Vu que personne n’y habitait, personne n’en demandait le nettoyage, aussi la chambre demeurait singulièrement impropre par rapport aux autres pièces de la maison. Les fenêtres avaient été condamnées par des planches assemblées de sorte à ne laisser aucune fente par laquelle le froid aurait pu d’engouffrer, et les rares fois que l’endroit était visité nécessitaient à chaque fois une lanterne, ou du moins une bougie afin de ne pas trébucher.
     La vampirette, toutefois, n’en faisait pas grand cas. Faisant confiance à son sixième sens, elle se déplaçait à sa guise parmi les empilements de coffres et de caisses, tantôt lentement, tantôt plus rapidement. Sa main la démangeait de fracasser d’un coup sec les planches qui retenaient la lumière, rien que pour voir la différence que cela ferait dans la salle. Elle se retenait cependant, consciente que tout emportement ne lui vaudrait rien d’autres que des ennuis, et en aucun cas une satisfaction.
     Elle s’efforçait à s’en fendre le crâne à ne plus y penser, mais n’y parvenait pas : que se passait-il dans la tête du maître von Nettesheim ?
     Le mortel lui parut alors plus incompréhensible qu’il n’aurait jamais pu l’être en un siècle de vie commune. Dans la forêt d’Essen, quand ils eurent atterris aux plus profond des sous-bois, puis congédié le pégase mort-vivant, Manon l’eut interrogé du mieux qu’elle pouvait sur les raisons de la conduite périlleuse de son vieux maître, mais sans grand succès. Voyant qu’il refusait de lui répondre comme il le faisait toujours, elle alla jusqu’à hausser le ton, faisant planer la menace de la mort au-dessus du nécromancien, mais il lui jeta un regard tellement moqueur qu’elle baissa les bras : tuer quelqu’un que l’on venait pourtant de sauver tenait de la folie pure. Lorsqu’elle finit, dans une ultime tentative, par l’implorer de lui révéler son secret, il l’observa d’un air des plus étranges, et lui fit promettre que rien de ce qu’il dirait ne parviendrait à la connaissance de la comtesse. Elle crut alors qu’elle n’avait d’autre solution que d’accepter. Depuis, elle ne parvenait plus à trouver la paix.
     Une tempête régnait dans son esprit ; c’est qu’il fallait être véritablement stupide ou insensé pour désirer de mettre fin à son existence ! Nul ne pouvait savoir ce qu’il y avait derrière le rempart de la douleur, la destruction finale, l’ultime départ… Renier tout ce à quoi l’on appartenait, tous ceux pour qui l’on comptait, pourquoi ? Pourquoi ne voulait-il plus être ce qu’il avait pourtant été depuis toujours ! Qu’était-ce que cet âge qui lui pesait si lourdement qu’il n’en pouvait plus ? Pourquoi refuser alors le baiser de sang ? Tant de choses qui tenaient pour elle de l’évidence ne semblaient pas trouver d’écho dans la nature mortelle du nécromancien. La mort, il l’avait déjà connue une fois. Que pouvait-il y avoir de si attrayant, de si attirant, qui puisse le pousser à vouloir y revenir ? Tout cela ne faisait aucun sens pour Manon d’Essen, et elle ne pouvait que ressentir une sombre impression que les choses n’allaient plus comme avant, qu’elles ne seraient jamais plus comme avant, pour elle comme pour sa mère, comme pour ses servantes, et pour son vieux maître. Là, au milieu d’une ville de mortels, la vampirette ne se sentait pas aussi libre qu’elle ne l’avait été sur le Haut Col, et désirait ardemment que leur présence ici ne soit qu’un passage éphémère, qui toucherait bientôt à sa fin. Hélas, - réalisait elle, - même après elle ne pouvait savoir où sa mère aurait l’envie d’aller, car les ruines qui jonchaient à présent les alentours du Haut Col ne lui semblaient plus un choix que sa mère ferait. Des réparations ? Un nouveau manoir ? Impossible. Elle devait avoir quelque chose d’autre en tête. Manon craignait cette décision, mais en même temps elle l’appréhendait avec une curiosité mêlée d’excitation. Elle crut même qu’elle n’y verrait aucun inconvénient à voir d’autres endroits que la montagne qu’elle ne connaissant que trop bien. Seulement, son inquiétude et son angoisse vis-à-vis du maître Friedrich jetaient comme un voile sombre sur toutes les issues qu’elle pouvait s’imaginer à leur vagabondage.

     Le temps s’écoulait plus lentement qu’à l’accoutumée. Delphine d’Essen finit par retirer son armure et son épée, et de les déposer auprès de ce qui devait être l’ancien lit de son nouveau serviteur.
     Une seule conclusion s’imposait à elle : rester dans un manoir qui n’était pas le sien, même en s’y dissimulant adroitement, ne tiendrait pas ce qu’elle croyait être le bon sens. Elle et sa fille devaient se retirer, et… Elle prit longuement le temps de songer à débuter une nouvelle vie parmi les mortels. Converser sans arrêt, sentir tous les regards sur soi, alors qu’elle flattait et se faisait flatter par des esprits inférieurs au sien… Elle ressentit cette idée comme une caresse dans son imagination. Elle n’en doutait presque plus, à présent : avec l’or que lui avait laissé Ashur, elle aurait toutes les chances de s’acheter un nom et une maison bien à elle, et se nourrir de ceux qu’elle jugerait digne de son attention. Un seul rempart la retenait, un rempart dont elle réalisait qu’elle ne connaissait pas l’étendue : sa fille.
     La comtesse se rassura rapidement : elle avait fait de son mieux pour inculquer à Manon toutes les manières qui prouveraient à tout le monde qu’elle était de sang noble, et un brin de toilette la rendrait méconnaissable même pour elle-même. De plus, - songea-t-elle avec délice, - sa fille connaitrait peut-être des soupirants…
     Elle s’horrifia elle-même à cette pensée. Toute imprudence était à même de leur causer plus de soucis qu’il n’en faudrait, et il ne manquerait plus que sa fille commence à subir les supplices que depuis toujours sa mère lui avait préféré faire éviter.
     Cependant, avec nombre de bons conseils et de stratagèmes… « Illusions… », clama la voix sarcastique d’Ashur dans sa tête. « Et alors ? » - songea la comtesse sur un air de défi. A sa grande surprise, quelques souvenirs de sa propre mère, une femme tout aussi protectrice et affectueuse, lui revinrent en mémoire. Le temps était-il venu pour elle de jouer son rôle ? La dame d’Essen se sentit frémir rien qu’à l’idée. Non, elle n’avait pas assez vécu, et désirait à présent souffrir autant pour sa fille que sa mère avait souffert pour elle. Et, - se dit elle avec un sourire amusé, - le maître Friedrich jouerait bien le rôle du vieux mari ! Quant à Von Essen… Il n’aurait pas sa liberté tant qu’il ne saurait pas se conduire en fidèle serviteur.
     Une mascarade rien que pour elle, rien que pour son amusement personnel, rien que pour ne pas céder à l’ennui… mais aussi pour prendre soin de ses protégés ! Obnubilée par cette pensée, la comtesse remonta prestement les escaliers et fit face à ses deux servantes, qui s’inclinèrent.
- Mina, Moka, voici exactement les instructions pour ce jour et le jour suivant : Manon, le maître et moi quittons cet endroit pour nous installer ailleurs dans cette ville. Nous partirons pour longtemps, mais vous me trouverez facilement, à condition que l’une de vous reste toujours ici pour garder l’endroit. Votre rôle sera de continuer à jouer les servantes de ce cher bourgmestre, et de veiller à ce que les mortels ne découvrent jamais ce qu’il en est véritablement advenu. Quant à Von Essen lui-même, il doit rester ici, mais ne doit pas être retrouvé, même si vous devez l’enterrer pour ça ! Moka, je me confie à ton jugement : si la situation est telle qu’il n’y a pas d’autre issue, le bourgmestre refait surface, mais ne prononce que les paroles que tu lui ordonnes et ne fait que ce que tu tolères. A ce moment-là, je dois en être avertie. Est-ce clair ?
- Oui, maîtresse.
- Manon, as-tu tout entendu ?
     La vampirette apparut aux côtés de sa mère. La comtesse ne put discerner toute autre expression que le soulagement sur son visage, et prit cela comme un bon signe.
- Oui, mère. – dit-elle.
- Parfait, - la comtesse rayonna. – Manon, suis-moi. Mesdemoiselles, apportez les nouveaux vêtements au maître Friedrich, et avertissez-moi dès qu’il sera prêt.
     Mina et Moka s’inclinèrent de nouveau.

     La comtesse fit une halte dans la chambre du bourgmestre, et se tourna vers sa fille.
- Manon, ma chère. Que trouves-tu aux mortels que nous croisons ?
     Elle éclata d’un rire franc et applaudit même à l’expression abasourdie qu’afficha la vampirette en entendant la question. Elle se précipita néanmoins pour la sortir de sa confusion.
- Vrai, ma fille, nous n’en avons pas croisé beaucoup, et je dois dire que je n’y ai pas été pour rien. Mais, comme les temps changent, j’ai changé d’avis, et il est temps pour toi et moi de faire ce que font de nombreux membres de notre race : apprendre à vivre avec les mortels.
     Manon laissa passer un moment avant de se décider comment répondre.
- Je comprends, mère, mais… Pourquoi maintenant ?
- Mais c’est très simple. En attendant que nous puissions réunir nos forces, il nous faut aussi profiter de notre présence en ces lieux pour se nourrir et en savoir plus sur les mortels.
     Cette fois-ci, Manon comprit que plein de choses ne tenaient pas debout.
- Réunir nos forces, mère ? – elle crut lire l’embarras dans l’expression de sa mère.
- Comme toujours, ma fille, - dit elle. – Par précaution.
- Mère, je ne comprends pas. N’est-ce pas Essen, la ville de laquelle tu m’as toujours parlé, et à laquelle tu tiens plus que tout ?

     C’était vrai, quelque chose n’allait pas. Delphine se surprit à le constater, et à faire paraître sur son visage un embarras des plus manifestes. Elle vit sa fille qui la dévisageait, intriguée, et se retourna brusquement. La sourde rage qui la tenaillait le matin se réveilla soudain et éclata telle une bulle d’acide dans tout son être.
     Elle articula, les dents serrées, sentant que sa fille commençait à la craindre plus qu’autre chose :
- Tu as raison, ma fille. Je ne suis qu’une idiote. Je ne sais pas ce que je veux, et Ashur l’avait vu avant de partir, et toi aussi, maintenant, tu le vois !
     Elle lui refit face, et ses yeux brûlaient comme le fer chauffé au rouge.
- Ashur a raison ! Des monstres nous sommes, des monstres nous resterons, ma chère fille. Toi, pas encore, peut-être, mais lui et moi sommes des êtres que plus rien ne peut ramener à la raison des mortels. Rien d’étonnant, non, rien d’étonnant que depuis toujours, ce cher maître refuse de rejoindre notre race, et se cloisonne dans sa très confortable « mortalité » ! RIEN !
     La vampirette avait déjà reculé d’un pas, puis d’encore un. A l’étage en dessous, von Nettesheim, qui se remettait les idées en place, jeta un regard inquiet vers le plafond.
- Il n’y a rien qui nous attend ici, ma fille, tu as bien raison. Et cela fait longtemps que je ne ressens plus rien pour ces pauvres villageois qui… Qui ne méritent pas que l’on s’en inquiète. Est-ce pour autant que tu vas me mépriser ? J’ai fait des erreurs, tu le sais, mais je ne reste pas moins que celle qui t’a élevée et qui ne tient qu’à toi.
     Elle se détourna de nouveau de sa fille, serrant les poings et se forçant à se calmer.
- Si nous ne faisons rien, les mortels viendront nous tuer, Manon. C’est pour cela qu’il faut que nous soyons discrètes.
- Mère… - Manon se rapprocha d’elle et lui mit la main sur l’épaule. – Ça, je peux le comprendre, tu sais ?

     Lorsqu’elles descendirent au salon où les attendait le vieux maître, la comtesse lui adressa un signe de tête approbateur en réponse à sa révérence. Manon lui sourit en biais, et les servantes se retirèrent à leur étage avec respect. Von Nettesheim sentit que pour quelque temps encore, il se résignait à exister. Pour quelque temps encore.
     Quand la vampirette eut la certitude que personne ne les verrait sortir, tous trois se glissèrent hors de la demeure de l’infortuné bourgmestre, et disparurent au coin d’une ruelle.

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L'eau, ça mouille. Et ça fait des vagues puis ça devient plat. Et on voit dedans comme dans une vitre. Et ça fait froid quand ça mouille.

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Dernière édition par Von Essen le Mar 12 Aoû 2014 - 21:28, édité 3 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Lun 11 Aoû 2014 - 18:50

Je ne sais pas ce que je veux
La seule que j'ai trouvé  Camouflé Ninja 

ECRIVAIN ! Je veux une, non, deux suites !  lol Tongue 

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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Lun 11 Aoû 2014 - 21:13

Bah moi j'en veux bien trois de suites Razz

Sinon, c'est toujours aussi bien et on ne s'ennuie pas le moins du monde en te lisant. Je dois avouer que j'attends avec impatience la suite pour savoir ce que les personnages vont faire maintenant qu'ils sont un peu séparés.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Ven 15 Aoû 2014 - 10:39

En voila déjà une, et je peux vous dire qu'à force de hausser la barre de qualité, j'ai de sérieux doutes quant à la date de parution de la suivante  Shifty 
Rien que celle-ci, déjà, me fait douter   Fou  


56e partie.


     « Dans un monde mortel, l’immortalité devient un fardeau que nul être doué d’un esprit et d’une conscience ne saurait supporter longuement. Toute conscience est vouée à se frotter à l’usure du temps, jusqu’à devenir aussi informe et morbide que la vase putride des marécages. Je ne suis pas sûr de ce que je vous dis, mademoiselle, inutile de chercher à me contredire pour le moment.
     Alors-même que je suis en train de vous parler, je sens que je commence à éprouver cela : l’épreuve de l’immortalité, ou plutôt, de l’âge sans fin. Voyez-vous, un mortel gagne en sagesse à mesure qu’il reconnait le passage du temps. Il commence à en apprécier chaque moment, chaque instant, et rien pour lui ne devient plus sacré que la vie qui lui a été attribué, et les occupations auxquelles il choisit de consacrer cette vie.
     Lorsque cette limite est enlevée, il ne lui reste plus rien. Que peut-on exiger de quelqu’un pour qui l’existence ne possède plus de fin ? Il ne comprend plus le monde autour de lui : les autres passent sans rien laisser, alors que lui perdure envers et contre tout. Les choses qu’il devait faire parce que sa vie en dépendait, il n’en voit plus le sens. Les choses qu’il faisait car il y voyait un but dans sa vie, il finit par s’en lasser.
     Vous avez vu le seigneur Ashur, mademoiselle. Qui est-il ? Il ne détient plus que le nom qu’il croit avoir reçu à la naissance, et qui pourrait à présent le confirmer ? Plus personne ne se rappelle de lui, plus personne ne veut se rappeler de lui ; personne, mademoiselle, parmi le commun des mortels. Pourquoi croyez-vous que les vampires se déchirent entre eux, ou recherchent la domination des mortels ? Toutes ces occupations donnent une consistance à leur existence. Dans les guerres vampiriques, que croyez-vous que les seigneurs de la non-vie sont allés chercher ? Le pouvoir ? Le sommet de toute chose ? S’ils l’avaient atteint, ils s’en seraient lassés tout aussi vite. Or, ils ont toujours été battus, sinon, je le crois, je ne serais pas là à vous en parler.
     Prenez Vlad von Carstein, votre mère a du vous en parler lors de votre éducation. Vous sous en souvenez ? Eh bien, cet être, je le crois, aura certainement rempli son existence jusqu’au bout, aura bu sa coupe jusqu’à la dernière goutte, épuisé toutes ses chances, allé jusqu’au bout de l’ingéniosité des mortels à en finir. Pourquoi a-t-il fait cela ? Rien ne l’empêchait de régner en maître en Sylvanie, et d’y rester jusqu’à la fin des temps. Il s’en est lassé. L’existence des immortels les poussent à toujours chercher plus loin, à dépasser leur limite, à trouver quelque chose qui les sustenterait dans leur quête de raison d’être. Lorsque le seigneur von Carstein s’est senti au bord de sa destruction, il l’aura peut-être regretté, mais je crois que jamais il ne s’était senti plus vivant, plus consistant, plus proche de ce qui le rattache à ce monde.
     Vous avez raison de me regarder avec méfiance, mademoiselle. D’abord, je n’ai pas répondu à votre question. Ensuite, je ne puis effectivement savoir ce qu’il en est vraiment des vampires, puisque je n’en suis pas un. Cela dit, vous savez au moins pourquoi je ne veux pas en être un. Madame votre mère m’aurait certainement éconduit dès mes premières explications, car elle ne veut rien en savoir, et s’efforce à se préserver des tourments qui, tôt ou tard, seront siens.
Pourquoi suis-je allé rencontrer ma mort par la main de ces prêtres ? Parce que moi aussi, je me suis senti lassé au-delà de toute imagination de mon existence. Pourquoi ? Parce que, mademoiselle, je crois que ma vieillesse ne rencontrera pas de fin, tout comme votre jeunesse. Vous avez entendu mon avis sur les vampires. Croyez-vous que j’accepterais une existence encore pire, celle d’un vieillard dont la fin ne vient jamais ? Je finirai un jour par perdre la raison, mademoiselle, tout comme ce pauvre ménestrel que j’ai embauché à notre service.
     Voulez-vous que je devienne comme lui ? Non, je ne crois pas. Vous comprendrez alors pourquoi je ne souhaite pas faire durer mon existence plus qu’elle ne le devrait. Aujourd’hui, ce soir, où vous m’avez sauvé bien entendu, je me suis senti prêt à me délier de mes liens dans ce monde, et purifier mon âme maudite aux mains des serviteurs du dieu de la Mort. Oui, pour vous, c’est de la folie, mais je ne vais pas répéter tout ce que je viens de dire, mademoiselle.
     Bon, maintenant, je comprends que vous au moins, vous n’êtes pas prête de me voir partir. Inutile de s’en embarrasser, mademoiselle, c’est très aimable à vous, et témoigne d’une noblesse due à votre lignée. Disons que votre intervention désespérée va encore me faire réfléchir pour quelque temps, d’accord ? Non, je n’irai plus mourir à votre insu. Je vous en fais la promesse. Quant à vous, souvenez-vous de la votre. »



***



Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.

     Arrivée depuis Burgenhof sans encombre. Temps nuageux. Habitants peu accueillants.
     Appareil de mesure indique faibles quantités de malepierre en poudre contenue dans l’air.
     Installé dans l’auberge « l’Enclume de Grungni ». Origine supposée du nom : ancien tenancier nain, nom inchangé depuis. Le gérant actuel s’interroge seulement sur ma curiosité par rapport aux faits. Clientèle pareillement insensible aux questionnements sur tout autre sujet que leur quotidien.
     Important : la ville est dénuée de toute régulation judiciaire depuis deux jours. Bourgmestre disparu dans circonstances encore inconnues, pas d’enquête locale en cours.
     Les litiges ne sont plus entièrement pris en charge, le capitaine de la garde administrant une justice sommaire et arbitraire. Son ardeur pour entrainer fréquemment ses hommes est louable, mais Verena ne saurait laisser l’injustice planer plus longtemps sur la ville.
     Étant dans l’impossibilité légitime et pratique d’endosser les fonctions de bourgmestre d’Essen, ni d’annuler la mission pour régler les litiges à titre purement privé, je prends le compromis de faire attendre la mission, le temps de résoudre la situation précaire des villageois, car cela est juste.

     Première collecte d’informations : la clientèle de la taverne.
     Avant toute chose : prévoir solution pour filtrer l’air respiré. Conditions dégradantes suite à présence de malepierre dans l’air, mais les villageois ne semblent pas s’en soucier.
     Reprise de la collecte : bourgmestre disparu sans laisser de traces. La même nuit : meurtre de dix prêtres et d’un grand prêtre de Morr. Responsable du meurtre inconnu, mais fort soupçon de la population envers des créatures appartenant à une magie occulte provenant de Sylvanie.
     Correction : le trépas du grand prêtre n’a pas encore été constaté. Survie miraculeuse suite à la perte brutale de ses deux bras, perte de sang fatale pour n’importe quel humain normal. Prêtre hospitalisé dans le temple de Morr, où les disciples « attendent son départ ou son retour ». Note : prêtre entre la vie et la mort suite à traitement des blessures peu après affliction, puis traitement spécial administré par une shaléenne itinérante arrivée le jour suivant. Miracle ou pas, mais le grand prêtre constitue le principal témoin du crime. Interrogation nécessaire dès rétablissement.



***



- Moka, son cas ne fera qu’empirer s’il ne boit pas de sang pendant si longtemps.
- Il ne fait qu’empirer son propre cas.
- Moka, tu te rappelles de ce que notre dame nous avait dit sur les créatures aux ordres des von Carstein ?
- Il ne deviendra pas un vargheist, Mina.
- Il est en bonne voie !
- Que suggères-tu ? Même s’il fait nuit, je ne parie pas un sou qu’il saura rester discret avec toutes la patrouilles des gardes. Hier soir, nous-mêmes, tu le sais…
- … avons failli recourir à la violence, je sais. Mais si on le laisse comme ça, il aura de moins en moins de chance de revenir à la raison. Toi et moi avons ressenti la même chose le jour où nous avons été transformées.
- C’était différent. Un hameau entier était soumis à notre dame, nous n’avions eu qu’à nous servir.
- Nous devons faire quelque chose pour Von Essen, Moka, sinon je crains qu’il ne répondra plus de ses actes et sera perdu à jamais…
- Quel ton catégorique. Es-tu tellement sûre de ce que tu dis ?
- Je… Non, mais ce serait stupide, vraiment stupide de ne rien faire et de laisser aller. Tu comprends comme moi que ce n’est pas sans danger.
- De ce que j’ai pu voir, aucun mortel n’est venu inspecter la maison. Trop peur de je ne sais quelle malédiction supposée planer sur la demeure, ou sur le poste de bourgmestre, ou que sais-je d’autre bêtise.
- Ce n’est pas de ce danger-là que je parle ! Il va devenir fou dans cette cave, Moka !
- Et pourquoi tu…
- Arrête ! C’est de sang dont il a besoin !
- Un nouveau meurtre ne ferait que de compliquer les choses.
- On n’a pas le choix, Moka, on est comme ça ! Ce n’est pas à moi de…
- Ne prend pas ce ton-là avec moi ! Bon, soit, il a besoin de sang, mais comment veux-tu que l’on lui en ramène ?
- Mais il suffit d’enlever quelqu’un, tout simplement ! Et ne dis pas que c’est dangereux, tu me feras rire. Ce n’est pas comme si toi et moi ne savons pas comment nous y prendre.
- Tu vas gâter ce pauvre bourgmestre, ma chère.
- C’est à toi de lui enseigner ce dont il a besoin, Moka !
- Oui, oui Mina. Tu vas donc y aller maintenant ?
- Pas alors qu’il fait jour, non, évidemment. Et Moka, je sais que tu te montres justement sévère envers lui, mais admets qu’il sera plus réceptif à ce que tu dis dès qu’il sera repu.
- Oui, oui Mina. Je suis convaincue, alors n’en parlons plus.



***


Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.

     Etat du grand prêtre encore incertain.
     Après vérification des finances, ne pourrai rester sur place plus d’une semaine, sous peine de compromettre la mission.

     Collecte d’informations : le capitaine de la garde
     La nuit du meurtre et de la disparition : au repos à son lieu de fonctions : la caserne. Reçu la visite du novice auprès du temple de Morr, notifiant l’alerte aux morts-vivants. Réaction appropriée : mobilisation nocturne de la garnison, arrivée sur les lieux du crime, constat des faits : le grand prêtre agonisant, neuf cadavres encore brûlants, un cadavre peu brûlé mais portant un coup d’estoc porté par une épée. Impossible d’approcher les cadavres pour inspection, sous peine d’être soupçonné de nécromancie.
     Autre fait notable : découverte de l’absence du bourgmestre avant l’aube. Le capitaine a été reçu par les deux servantes du bourgmestre, le notifiant de l’absence de leur maître. Pas d’inspection des lieux pour confirmation de leurs dires. Pas d’inspection des lieux depuis. Conclusion : en plus du grand prêtre de Morr, les servantes sont aussi à interroger dès le lendemain.    



***


Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.

     Récapitulatif des faits : massacre et disparition du bourgmestre la même nuit. Un témoin potentiel pour le massacre. Disparition du bourgmestre à confirmer auprès des servantes, qui continuent d’ailleurs à séjourner dans la demeure de leur maître, sans chercher d’autre travail. Verena m’est témoin, cette conduite est très suspecte.

     Collecte d’informations : les autres prêtres de Morr
     Le jour précédant la nuit du massacre a été le début d’une longue période de ciel couvert. Nuages noirs au sud, en Sylvanie. Soupçonnant activité des morts vivants, le grand prêtre serait allé consulter le bourgmestre, mais serait revenu au temple peu après son départ.
     Hypothèse : bourgmestre disparu avant la nuit du massacre.

     Collecte d’informations : les servantes du bourgmestre.
     Wilhelmina et Moka. Pas de noms de famille fournis. La nuit du meurtre : endormies dans leur chambre. N’auraient rien entendu de suspect. Éveil peu avant l’aube, rencontre du capitaine de la garde, constat de la disparition du bourgmestre.
     Le jour précédant le meurtre : bourgmestre en parfaite santé, aucun signe suspect. A la question de l’arrivée du grand prêtre à leur porte : embarras manifeste. Affirment ne rien savoir. A la question de trouver un autre travail pour gagner leurs vies : elles « attendent qu’un autre bourgmestre vient occuper la maison ». Quant aux besoins courants : « la cave est encore pleine de quoi manger ».
     Constat : nécessité d’observer les activités des servantes, mais impossibilité pratique, par manque de temps et d’endurance. Payer une personne tierce pourrait coûter des moyens en trop.

     État du grand prêtre toujours incertain, quoique la shaléenne garde espoir.    



***


Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.


     Important : collecte d’informations : Kurt Rotzinger, ancien serviteur du bourgmestre.
     Rencontre fortuite dans la taverne. Personne vivant à présent de la pêche, existence précaire, nette dégradation morale et physique. Consommation abusive d’alcool.
     Selon lui, servantes arrivées à Essen il y a à peine plus de trois semaines. Solde risible, insuffisant pour la survie d’un humain normal. Attachement   « trop rapide » du bourgmestre aux servantes.
     Jour précédant le jour avant le meurtre : arrivée d’un « sorcier » à la demeure du bourgmestre. Du nom de Karl Rembrandt. Avec une pépite d’or massif grosse comme un œuf. Après tentative de complicité avec le sorcier, Kurt congédié, mais ne revient pas le jour-même. Le jour suivant, il est éconduit par les servantes, disant qu’il a été renvoyé.
     Constat : les servantes sont présumées coupables. Nécessité de les arrêter et d’inspecter la demeure.



***


     « Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un vampire. Je suis un… »


***

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Ven 15 Aoû 2014 - 11:56

Quel changement de style ! Tout a fait savoureux Smile
Enfin un peu de suspense dans ce récit plein de pensées existentielles...

La suite !  Very Happy 

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Ven 15 Aoû 2014 - 14:16

Arken a écrit:
Quel changement de style ! Tout a fait savoureux Smile
Enfin un peu de suspense dans ce récit plein de pensées existentielles...
+ 100

Je dois avouer que ce nouveau style est vraiment bien car c'est clair, court et précis à la fois et assez facile à lire car il n'y a pas trop de lignes dans lesquelles on peut se perdre. Sans compter que c'est toujours aussi bien. 

Bref, j'attends la suite avec impatience.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 17 Aoû 2014 - 17:28

- Désolée, Von Essen, mais c’est le seul moyen. Je vous ordonne de ne pas crier.
- Quoi ? *…*


***

     Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.

     Temps orageux.
     Inspection peu concluante.
     Arrivée sur les lieux avec une escorte consistant de vingt gardes et du capitaine. Dès l’entrée, scène trouble : servante Moka devant le corps allongé du bourgmestre. Corps ensanglanté, servante horrifiée. Hurle à ce qu’on « l’aide à allonger son pauvre maître ». Suite à prompte réaction du capitaine, le bourgmestre est allongé dans sa chambre. Constat de blessure d’épée à l’abdomen, état jugé critique, appel d’un médecin sur les lieux. Interrogation de la servante : trouble et confus. Maître arrivé sur les lieux avec la blessure, s’effondre à l’entrée, la servante fait un malaise et se réveille peu avant notre arrivée.
     Constat : suspicions du capitaine vis-à-vis des servantes réduites à zéro.
     Important : Wilhemina est introuvable. Moka affirme l’avoir vue avant l’arrivée du maître, mais pas après.      
     Constat : nécessité d’interroger le bourgmestre dès son rétablissement. Traitement administré par la shaléenne. Selon elle : état du bourgmestre stabilisé, il pourrait se réveiller le lendemain.
     Constat : dans la panique et la précipitation, oubli d’inspecter le manoir. Nécessité de reprendre la procédure dès le lendemain.


***

- Alors ?
- Elle est prévenue.
- Elle approuve ?
- Oui, mais…
- Oui ?
- Elle ne souhaite pas que ça aille plus avant. Les mortels se montrent bien trop curieux.
- Le disciple de Verena doit mourir.
- Oui.
- C’est dommage, Mina. Je me suis bien amusée à faire la mortelle éplorée !
- Moka !
- Oui, oui. Cette nuit ? Mais on ne sait pas où il habite.
- A deux, on le retrouverait rapidement.
- Non, pas ça. On ne laisse pas Von Essen seul.
- Mais si tu lui ordonnes de ne pas bouger ?
- Je ne sais pas. Je n’arrive pas à évoluer ses capacités. Il a repris des forces depuis qu’il a bu du sang, et ne pique plus de crises, mais…
- Que se passe-t-il s’il fait une bêtise ?
- Il… Je n’en sais rien ! Il est capable de tout !
- J’y vais seule alors ?
- Je pense que oui. Cela te prendra juste un peu plus de temps.
- Assez de temps avant le lever du jour.


***

- Capitaine ! Je vous somme de m’ouvrir ! OUVREZ CETTE PORTE !
- QUOI ? Sainte mère de Sigmar, c’est vous ?! Ça va pas la tête ??
- Les servantes ont menti capitaine. Depuis le début.
- Quoi encore ? Entrez, mettez-vous au chaud, j’vais rallumer le feu.
- Capitaine. Verena m’est témoin, on n’a pas le temps. Il faut les arrêter d’abord.
- Roh, ces bonnes femmes ? Mais, mon cher…
- Écoutez. Si le bourgmestre était vraiment arrivé chez lui avant nous, nous aurions vu des traces de sang sur tout son chemin jusqu’à l’entrée. Souvenez-vous, il…
- Pas le temps pour ça, moi, messire le sage…
- Vous ne me croyez pas ? Il n’est pas question de foi, mais de faits, capitaine. Le bourgmestre se vidait de son sang devant nos yeux, mais la terre devant sa maison n’était pas souillée. Il a été blessé dans sa maison !
- Hm, grm, ouais, ouais, je vois où vous voulez en venir.
- Capitaine ! Si nous n’étions pas venus, elle l’aurait peut-être achevé ! Peut-être qu’elle l’a déjà fait !
- Quoi ?! Euh, A… ALEEERTE !


- TOUT LE MONDE DEBOUT ! SWAN ! SONNE LE RASSEMBLEMENT !
- Capitaine ! On va les effrayer ! Elles vont s’enfuir !
- Pas le temps pour ça, messire le sage ! Si les donzelles s’enfuient, on les rattrape et on les fait parler. C’est le bois d’Essen tout autour, les gars le connaissent comme leur poche. Vous voulez nous suivre ou vous attendez qu’on ait fait le boulot ?
- Je vous suis, capitaine. Justice sera faite.


***

- Mina ! Qu’est-ce qui se passe ?
- Je l’ai raté. Il a du partir avant que je ne sois arrivée… Ah Moka, comme c’est excitant !
- Mina ! Est-ce que…
- Oui ! Ils arrivent ici, je crois ! On fait quoi ?
- On ne panique pas. Tu crois qu’on va nous arrêter ?
- Même s’ils le font, on n’est pas prêtes de rester en cage !
- Arrête de parler sur un ton aussi jovial ! Je n’aime pas ça !
- Alors on fait quoi ? On s’amuse et on leur rentre dedans ?
- Hors de question, Mina, ne sois pas stupide. Laisse-moi le temps de réfléchir un instant.
- Oui, oui.

- J’ai trouvé. Mina, je te demanderai de te calmer. On va jouer le jeu jusqu’au bout.
- Quoi ?
- Ils arrivent, et nous jouons aux mortelles sans défenses, comme avant.
- Euh… D’accord, si tu le dis.


***




     Ostermark, frontière nord sylvanienne, Essen.

     Cette affaire devient exécrablement confuse.
     Perte de la confiance du capitaine, et de presque tous les soldats de la garnison.
     Toujours pas d’inspection des lieux, aucune preuve quelconque de meurtre, l’arme a du très certainement disparaître.
     Sur les lieux : calme plat, servantes dans leur chambre, bourgmestre dans la sienne. Capitaine et soldats déçus de s’être réveillés pour ça. Difficile de reconquérir leur confiance, et pourtant il y en aura besoin.
     Constat : ma théorie sur la blessure du bourgmestre n’est en rien contredite par ces événements. Servantes toujours soupçonnées, mais il est difficile de définir la charge.

     Récapitulatif des faits : meurtre de plusieurs prêtres de Morr. Disparition du bourgmestre la même nuit. Réapparition du bourgmestre cinq jours plus tard. Blessé à l’abdomen. Hypothèse : blessure causée par la servante Moka trouvée lors des faits. Hypothèse : tentative de meurtre avortée.
     Interrogation : y a-t-il un lien avec les meurtres des prêtres de Morr ? Nécessite interrogation du grand prêtre survivant. État toujours inconscient.

     Finances décroissantes. Ne pourrai rester ici pas plus de deux jours supplémentaires, sous peine de compromettre la mission.

     Constat : retour de Wilhelmina dans la demeure du bourgmestre. Nécessaire d’interroger sur la raison de son absence le jour précédent.



- Vous voulez m’interroger, messire ?
- Que… Comment êtes-vous entrée ?
- Par la porte, naturellement, messire.
- Je ne vous ai pas entendue. Que désirez-vous ?
- *…*


***

- Il est mort ?
- Oui ! Décapité !
- Bien. Je ne pense pas que l’on nous soupçonnera. Après tout, nous sommes si faibles…
- Haha ! Oui, oh oui.

- Comment se porte Von Essen ?
- Il a l’air d’être plutôt calme. Je l’ai laissé sur le lit du coup, il aura mérité au moins ça pour avoir bien joué son rôle. Et puis, si jamais quelqu’un d’autre frappe à la porte…


***


Du sang s’écoulait sur le plancher usé par les décennies
Étonnamment, personne ne vint vérifier, même quand l’odeur du cadavre commença à se faire sentir dans le couloir.
Certainement, la clientèle devait être trop absorbée dans leur alcool.
A l’extérieur, les nuages étaient haut dans le ciel.
Puis, le soleil perça timidement à travers la grisaille.
Il filtra ses rayons dans les chambres de la taverne.
Tout doucement, le sang commença à cailler.
Épuisant ce qui lui restait de sa patience, la comtesse finit par sortir de la chambre adjacente.

- Dites-moi, messire le tavernier, - fit-elle en le trouvant au comptoir.
- Eh bé… Oui, ma bonne dame ? – il était subjugué par la beauté de sa cliente.
- C’est très aimable à vous de nous loger, mais si vous pouviez faire quelque chose pour les mauvaises odeurs…
- Ah… Euh… Les mmauvaises odeurs ?
- Pestilentielles, mon brave ! Mon mari a failli avoir un malaise.
- Il n’y a aucun problème, m’bonne dame ! J’vais vérifier !
- Tâchez donc de faire vite ! Moi qui comptais rester ici plus longtemps, je me pose des questions…
  Évitant d’éclater de rire, Delphine d’Essen regarda le mortel monter les escaliers avec fracas.

Dans la chambre, le sang avait cessé de couler.
Était-ce le fruit de la chance ou du hasard, aucune tâche n’avait atteint les pages de notation du disciple.
Comme personne ne répondait, le tavernier finit par se rendre compte que la porte était ouverte.
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !  AU MEURTE ! A L’ASSASSIN !
Perdant tout contrôle de soi, le gros tavernier dévala son propre escalier, continuant à beugler de frayeur.
Il réveilla von Nettesheim, qui s’était assoupi dans la chambre qu’avait quittée la comtesse.
Trop tard, - pensa-t-elle. – Voila un mortel, maître, que vous ne sauverez pas.
Écroulé de sa chaise, le disciple de Verena gisait par terre, sa tête ayant roulé sous la table, et rien ne pouvait plus le sauver.

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Dernière édition par Von Essen le Dim 17 Aoû 2014 - 18:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 17 Aoû 2014 - 17:52

Toujours aussi bien et cela fait du bien de revoir cette chère comtesse. 

J'ai relevé une seule petite erreur :
Citation :
Toujours pas s'inspection
Je pense que tu la trouveras sans problèmes.

Sinon, j'attends la suite avec impatience  Smile
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 17 Aoû 2014 - 17:55

J'aime bien Smile On découvre enfin les personnalités de deux lahmianes, et je dois dire que ça me plait Very Happy
On dirait deux chatons qui prennent un malin plaisir à jouer avec une souris  Wow 

La suite !  Clap 

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 20 Aoû 2014 - 16:20

57e partie.


     Le temps se ressentait comme s’il avait cessé d’avancer. Pendant des jours et des jours, le maître Friedrich et Manon observèrent la comtesse mener une vie de simple mortelle logeant dans toujours la même taverne, achetant les quelques meilleurs vêtements que la pauvre ville d’Essen avait à offrir, dépensant rapidement la petite somme que constituaient les économies de la vie précédente du bourgmestre. Ni lui, ni elle ne comprenaient vraiment ce qui se tramait dans l’esprit de la dame d’Essen, et la trouvaient à chaque fois dans une humeur non propice à ce genre de conversation.
     Le ciel demeurait immanquablement sombre au dessus de l’autre rive du Stir, et le soleil se montrait de moins en moins souvent au dessus de la ville. Quelque force mystique repoussait peut-être les ténèbres, mais celles-ci s’étendaient peu à peu, la nuit, tel un voleur se déplaçant en secret. Certains villageois finirent même par réunir tous leurs biens et partir vers le nord, loin de la contrée maudite. Que l’on avait le troisième œil ou pas, la chape de noirceur qui recouvrait la Sylvanie ne signifiait certainement rien de bon.
     Von Nettesheim était inquiet, à la fois de voir l’aethyr se répandre partout dans le sud, mais aussi de voir le manque de réaction de la comtesse face à la situation. Cette inquiétude eut tôt fait de se transmettre à la vampirette, qui ne pouvait se satisfaire de l’oisiveté de sa mère, et passait le temps à s’envoler ailleurs sur son pégase mort-vivant. Elle avait fini par maîtriser ses appétits, et se contentait en général d’assommer ses victimes avant de se nourrir sur leurs corps inertes. Elle découvrit que si elle se contentait ainsi de peu, les quelques gorgées qu’elle absorbait n’en étaient que plus agréables à son être. Les traces que laissaient ses canines cicatrisaient peu après.
     Lors de ses longues promenades depuis Essen, deux directions lui étaient désormais proscrites : le sud, d’où l’on pouvait craindre des représailles des von Carstein, et l’ouest, où se trouvaient les ruines damnées de Mordheim.

     Lorsque le maître nécromancien ramassa les notes du malheureux disciple de Verena, il ne les lut pas tout de suite. Était-ce la curiosité qui le guidait, ou la pitié envers les efforts de cet homme, il voulut ne pas laisser ces papiers à la brève inspection qui fut menée par le capitaine de la garde, qui se retira avec ses hommes sans vraiment entreprendre quoi que ce soit. Dans la ville, l’ordre de doubler les patrouilles tenait toujours, mais le zèle des soldats manquait, et leur moral était au plus bas suite à un temps qui s’obstinait à rester froid et humide. La pluie tombait fréquemment, accompagnée quelquefois d’une fine neige qui se transformait en boue sur la chaussée. Les mortels continuaient à vaquer à leurs occupations, mais restaient cloitrés chez eux le plus de temps possible.

     Cette vision de torpeur ne provoquait que du dégoût chez la comtesse. Tout ce qu’elle croyait faire était d’attendre le retour d’Ashur, et de s’occuper pendant ce temps. Elle eut cru de prime abord que les mortels lui offriraient quelques loisirs depuis longtemps oubliés, mais dut réaliser avec dépit que tout ce qui pouvait intéresser les gens qui fréquentaient la taverne était de passer une nuit avec elle. C’est à grand peine qu’elle se retint alors de perpétrer un massacre. Son humeur en pâtit, mais elle s’efforça à demeurer chaleureuse, voire joviale auprès du maître von Nettesheim et de sa fille. Aussi elle s’intéressa à des trivialités comme de nouvelles robes pourtant de confection assez pauvre, mais plus elle voyait l’incompréhension sur le visage de ses protégés, plus elle voulait dissimuler son propre ennui, sa consternation. Ses servantes finirent par se retirer de la demeure du bourgmestre, et elle se plaisait en leur compagnie, car elles ne posaient pas de questions, ni n’affichaient de regard interrogateur.
     La seule limite que voyait la comtesse à cette existence sans fin ni but étaient les moyens qui leurs restaient ; personne dans la ville n’était assez riche pour acheter de l’or pur, et les économies de Von Essen étaient vouées à s’épuiser tôt ou tard. Curieusement, Delphine attendait ce moment avec impatience.  

     Mais ce jour n’arriva jamais.


     Un soir comme tous les autres, la pluie tombait à verse, gonflant quelque peu les eaux du Stir. Les gués d’Essen étaient noyés sous l’eau, et le courant s’était raffermi. Pour les villageois, il ne s’agissait que d’une crue commune, comme il y en avait eu à peine un mois avant. De fait, personne ne se rendait compte du changement du temps qu’il faisait, à moins qu’il ne s’agisse d’un réchauffement, même infime. Plus ou moins de pluie n’avait rien de palpitant.
     La terre meuble et humide surplombant la berge inondée du Stir fut alors foulée par un destrier. Son cavalier et lui étaient trempés par l’intempérie, et grelottaient tellement que n’importe quel témoin sur les lieux l’aurait constaté. Ils n’étaient qu’une silhouette incolore prise dans la tourmente des éléments, quand soudain la bête se remit à bouger sur injonction de son maître, et commença à immerger ses sabots dans les eaux ronflantes du fleuve. Peu à peu, les flots finirent par lui monter aux genoux, et le cheval renâcla, craignant de s’aventurer plus avant. A grand peine, son maître parvint à le contraindre de continuer. Heureusement pour lui et sa monture, ils n’avaient atteint la profondeur maximale du gué inondé, et nulle pierre traitresse ne vint glisser sous les sabots du destrier.
     Essen était plongée dans l’obscurité, et tous les sons que pouvaient émettre les villageois chez eux étaient étouffés par le tumulte de la pluie. Arrivé enfin à destination, le cavalier soupira de soulagement, et démonta. Empruntant la rue qui lui sembla la plus large, son cheval et lui surmontèrent la dernière distance qui les séparait d’un lieu hospitalier : une taverne.
Le cavalier ne prit pas la peine de lire l’enseigne, et laissa son cheval attaché à l’extérieur, se précipitant quant à lui à travers la porte de son refuge.
     Les regards de quelques personnes se tournèrent vers lui, puis s’en retournèrent à leurs boissons. Il ne s’agissait guère que du tavernier, de deux gardes et de trois villageois mal rasés. Une odeur de feu dans l’âtre, d’alcool et de moisi flottait dans l’air. Le tavernier, un homme gros et bourru vêtu de vieux vêtements et d’un tablier crasseux, finit par s’adresser au nouveau venu, qui ne lui inspirait guère confiance :
Il inspira bruyamment d’abord. – Vous désirez ?
     L’homme parut d’abord n’avoir rien entendu, puis enleva son chapeau qui s’était aplati sur sa tête à cause de l’eau.
- A b-boire… Et une p-place dans l’écurie pour mon ch-cheval.
     Il était tout aussi mal rasé que les buveurs à côté, et ne semblait pas plus aisé. Le tavernier esquissa même en sourire en observant son air perdu et ses yeux écarquillés. Un abruti comme on en voyait beaucoup, le visiteur n’était plus du tout jeune, mais l’âge ne semblait pas lui avoir apporté plus de clairvoyance.
- Za fera une pistole pour le tout, bonhomme, - lui dit le tavernier.
     Le nouveau venu marmonna quelque chose comme « Cher, tout ça… », mais finit par fouiller dans ses poches et en sortir une douzaine de pièces de cuivre, qu’il posa sur le comptoir.
- Za fera l’affaire, - fit le bénéficiaire de cette somme, puis alla remplir une chope auprès d’un tonnelet entreposé derrière. – Fritz ! Tu veux bien te charger du canasson ? Une pinte gratuite pour ta peine.
     Le dénommé Fritz quitta la table de ses deux compères et sortit de l’établissement.
     
     Quant au cavalier, il passa un moment à observer les moindres recoins de la salle commune, sirotant son ale au comptoir. Le tavernier continua à glisser des regards dans sa direction, toujours intrigué par son arrivée impromptue et son air ahuri. Brusquement, l’étranger se tourna vers lui ; le tavernier en sursauta de surprise, et l’étranger sursauta à son tour, lui aussi surpris, mais s’empressa de reprendre contenance.
- Brave tavernier, - prononça-t-il d’un ton qu’il voulait pompeux, - on m’a, euh, mandé de retrouver une personne à Essen, est-ce que vous pourriez bien me renseigner ?
- Hein… De quoi ?? – son interlocuteur ne l’avait manifestement pas compris.
     Le cavalier parut agacé.
- M’enfin, je cherche quelqu’un, je te dis ! C’est… - il baissa la voix, - une gonzesse, on m’a dit que c’était une « femme importante », avec des cheveux blonds à ce qui paraît. T’en aurais pas vu ?
- Brm, hum, - le tavernier ne savait pas s’il devait lui parler de sa cliente, ou si la prudence était requise. – Et c’pourquoi qu’tu la cherches ?
- Chépas. Moi on m’a dit au village : monte à cheval, va à Essen, trouve la bonne femme aux cheveux blonds, et… - il se rebiffa soudain, comme s’il était sur le point de dévoiler un secret.
- Et ? – le tavernier le dévisagea d’un regard méfiant.
- C’est secret, à ce qui paraît ! – rétorqua le cavalier, se donnant une mine importante.
- Oué mais… Moi je peux pas t’aider si tu fais des cachotteries. – insista le tavernier sur un ton catégorique.
     Le cavalier jeta un regard rapide sur les autres gens présents dans la taverne, et ils le dévisagèrent à leur tour, certains narquois, d’autres curieux. Il les toisa d’un air désapprobateur, puis se retourna vers le tavernier, lui faisant signe de rapprocher l’oreille.
     Soudain, le dénommé Fritz ouvrit bruyamment la porte de la maisonnée, trempé jusqu’au os, et alla directement réclamer sa pinte. Le tavernier dut lui la donner puis l’envoyer paitre ailleurs pour enfin entendre l’histoire du mystérieux cavalier. Il aurait toutes les occasions du monde pour la raconter par la suite à ses clients.
- Vas-y mon gars, personne n’entend là.
- Alors c’est, hum, c’t’ au village qu’on m’a dit d’y aller pour de l’argent, même que je peux garder le cheval si c’est « mission accomplie ! »
     Le tavernier parut outré.
- Mais je m’en fous de ton histoire ! – siffla-t-il en essayant de ne pas hausser la voix. – C’est quoi que tu cherches à la bonne femme ?
- Aaah… - fit le cavalier, et sourit d’un air condescendant et jovial, - d’accord, je vais te dire : faut que j’lui porte un message.
     C’bien des abrutis d’avoir chargé c’t’abruti de le faire, - se dit le tavernier. – Et za… On peut le voir, ce message ?
     Le cavalier écarquilla tout d’un coup les yeux.
- Ah bah non, évidemment qu’on peux pas le voir, enfin, oui, si je crois bien qu’on peut pas le voir !
- Oué mais… Juste un peu quoi ! – et le tavernier lui fit un clin d’œil.
     Cependant, cela ne fit qu’entêter en encore plus le cavalier.
- Mais oh ! Non je te dis ! C’est-il… confidential, j’crois qu’ils appellent ça. Con-fi-den-tial.
     Amusé et échauffé par les propos de son client, le tavernier ne lâcha pas l’affaire.
- On regarde za, et je te laisse garder la paie pour la soupe et le logis. Dis-moi si c’est pas une bien chouette affaire, za ? – et il vit à sa grande joie un cavalier tout éberlué par sa proposition.
- Il y a de la viande dans la soupe ? – il déglutit.
- Premier choix, mon gars, - le rassura le tavernier, - vas-y sors ton papier, qu’on regarde za ensemble, – et il rapprocha même une grosse lampe à huile posée sur le comptoir.
     Le cavalier fouilla fébrilement dans une sacoche en cuir qu’il transportait, et en sortit un pli quelque peu froissé, scellé avec de la cire rouge. A côté, les deux gardes et les trois villageois voulurent se lever lentement pour voir eux aussi. Le cavalier sembla paniqué, mais le tavernier le prit fermement par la main, lui disant : « T’inquiète pas, mon gars. ‘Sont tous de braves gens ici, il y a pas de lézard. » Puis il intima du regard les autres clients, qui s’empressèrent de confirmer ses dires :
- Tous purs devant Sigmar !
- On est gardes, nous, tu nous fais pas confiance ?
- Il va pas s’envoler, ton papelard ! On est pas à Altdorf où la moitié des gars sont des voleurs !
- Fais-voir, là, vite !
     
     Ils s’accoudèrent tous au comptoir, autour d’un cavalier qui semblait soudain tout guilleret d’être devenu le centre de l’attention.
     Personne n’accorda la moindre attention au cachet, et l’on pressa l’étranger brave mais stupide d’ouvrir le pli pour en lire le contenu. Lorsque la chose fut faite, le petit groupe retint son souffle… Puis rien ne se passa.
- Qui sait lire ici ? – interrogea un garde.
- Pas moi.
- C’pas mon truc.
- Toi, l’nouveau venu, tu sais lire ?
- Ah bah non ! Il y a que des cochonneries dans les livres, j’ai pas que ça à faire au village !
- Passez ! Moi, je sais lire un peu ! – dut hausser le ton le tavernier pour se faire entendre.
     Tous firent silence, et le maître de cette assemblée commença à parcourir les mots qui lui semblaient familiers, écrits dans une encre rouge et d’une manière penchée et remplie de courbes inutiles. Il fronça les sourcils dans sa concentration. Un moment passa, puis l’assemblée commença à s’impatienter.
- Alors, ça dit quoi ?
- Ta goule, Fritz ! Je suis en train de lire ! – s’irrita le tavernier.
- Fritz a raison, ho, lâche le morceau ! – pressa un autre villageois.
- Mais j’y arriverai pas si…
- T’sais pas lire ou quoi ?
- Mais si ! J’ai pas fini !
- Raconte déjà le début au moins !
     Voyant des regards plutôt hostiles de toute part, sauf du côté du cavalier qui affichait à présent un air bête, le tavernier se résigna à obtempérer, rouge d’embarras et de colère.
- Za parle… D’une comtesse, je crois que c’est ta bonne femme, l’étranger. On veut qu’elle arrive dans ton village, tout za, tout za, et… La suite, vous m’avez pas laissé lire, - termina-t-il sur un ton de reproche.
     A la fois satisfaits et déçus, les autres clients s’empressèrent de s’excuser brièvement et de l’encourager à continuer.
- … C’est signé : comtesse Emmanuelle von Carsss…stein. Von Carstein.
- Quoi ? C’tout pour la suite ?
- Oué mais j’ai pas tout compris non plus. C’t’écrit bizarrement.
     Le cavalier sembla se réveiller tout d’un coup.
- Ouais, alors euh… Je reprends ça, déjà, - et il enleva la lettre des mains du tavernier et la remit soigneusement dans sa sacoche. – Et maintenant, je veux ma soupe !
     L’assemblée le regarda d’un air très contrarié, mais il parvint à insister.
- Oui, oh, ça va, je vous ai montré ma lettre, c’est fini ! Je veux ma soupe maintenant !
     Le tavernier s’empressa de réconcilier tout le monde.
- On se clame, euh, on se calme, les gars. C’est bon, allez tous vous asseoir, de toute façon j’vais bientôt fermer. Z’avez que le temps de commander encore une boisson si za vous dit.
     Toutefois, personne ne voulut passer commande, et tous sortirent de la taverne, chacun espérant atteindre son logis le plus vite possible.
     Tout en disposant sur le comptoir quelques légumes minuscules, un bout de viande de rien du tout, et un couteau, le tavernier s’adressa alors au cavalier.
- T’es un bon, mon gars, alors je vais te dire que t’as frappé à la bonne porte. Ta comtesse, elle est juste là, à l’étage au-dessus, - l’étranger écarquilla les yeux comme le tavernier était désormais habitué à voir. – Va p’t’et lui en parler demain matin, et dis que la cire s’est détachée à cause de la pluie, et que de toute façon, t’sais pas lire. C’t un brin dommage de la voir plier bagage, c’te femme, elle est aussi belle que Morr la voudrait dans son lit, et elle paie la meilleure chambre au bon prix. Mais comme t’es un bon, et que tu mérites bien ta soupe, tu peux aller la voir demain matin.
- Aaah… - dit seulement le cavalier, fixant bêtement les légumes que coupait en petits morceaux le tavernier, et anticipant déjà la douce chaleur d’une soupe dans sa bedaine.

     Dans sa chambre, la meilleure de la taverne, la comtesse d’Essen veillait comme d’habitude au sommeil du maître Friedrich. Toutefois, ses mains s’étaient crispées sur sa robe. Elle avait tout entendu. Mina et Moka l’interrogeaient du regard, attendant ses ordres.

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 20 Aoû 2014 - 18:41

C'est vraiment une très bonne suite. Il ne se passe pas grand chose mais l'avantage est que cela pose une partie de ce qui va suivre et nous laisse dans un grand suspense pour la suite de ton récit. En effet, j'attends avec impatience de voir ce qui va se passer. 

Conclusion : vivement la suite.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Jeu 21 Aoû 2014 - 20:55

Un récit 'bin d'chez nous ! Sa'm fait plaisir ce genre de scène !
Y'a juste un souci d'problème... Y'a pas la suite !  Mr. Green 

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 13:04

Quel sera donc... le prix de ma liberté ?  Devil 


- Il faut que je voie ce mortel. Maintenant, - s’entendit dire Delphine.
     Les deux servantes s’inclinèrent, puis se retirèrent de la chambre. Surprise, la comtesse faillit s’esclaffer, à la fois de sa propre impatience, mais aussi du spectacle qu’elle croyait apprécier dans quelques instants. De ce qu’elle avait entendu, ce mortel devait être bien pataud et parfaitement innocent.

- Notre maîtresse vous accorde l’honneur de vous accueillir sur le champ, - dirent-elles à l’unisson.
     Le tavernier et le cavalier sursautèrent, ce dernier tellement fort qu’il en faillit tomber à la renverse. Puis, elles le virent se frotter les yeux, comme pour s’éveiller d’un songe. Il regarda ensuite le tavernier, qui, bien que tout aussi stupéfait par la venue des deux jeunes femmes, lui fit un signe de tête d’aller les suivre.
- Bah et la sss…
- Vas-y ! – le patron de la taverne le poussa dans le dos, se disant à mi-voix : « S’pèce d’abruti, va ! »
     Tout penaud, le messager finit par suivre la première servante dans l’escalier, talonné de près par la seconde. Dans l’obscurité, il avançait très lentement, et faillit trébucher à deux reprises, à chaque fois parce qu’il voulait se retourner pour voir la femme qui le suivait. Ils traversèrent enfin le couloir, et la première servante ouvrit devant lui la porte de la chambre, l’invitant à entrer sans faire de bruit. Il s’exécuta, entrant presque sur la pointe des pieds. Puis se figea sur place.
     Les rideaux de l’antique lit à baldaquin étaient fermés, mais ce n’était point là que l’attendait sa commanditaire. Assise sur une simple chaise en bois, elle portait une longue robe pourpre ornée de quelques broderies et de tissus noirs. Au clair de lune, toutefois, ces couleurs se distinguaient à peine. Ce qui se voyait plutôt, c’était ses longs cheveux blonds lisses et soyeux, rehaussés d’une simple coiffe de noble dame. Le cavalier crut en voyant son visage, ses formes et ses mains, qu’il n’avait jamais vu quelque chose d’aussi… époustouflant. Il devait être en train de voir un rêve, en attendant de voir la vraie comtesse, peut-être belle, mais pas autant. Déjà que les deux donzelles qui l’avaient conduit ne l’avaient pas laissé indifférent… Il en laissa tomber son chapeau, dont le bruit sourd lorsqu’il atteignit la plancher résonna dans le silence.
- Auriez-vous oublié vos manières, manant ?
     Ce fut comme si on lui avait coupé toute les ficelles qui le maintenaient debout. Oubliant soi-même, l’homme s’écrasa maladroitement par terre avec grand bruit.
- Chhh ! – siffla la comtesse. – Plus un geste, sombre idiot !
     Le cavalier resta ainsi prosterné, le silence revenant peu à peu dans la chambre. La comtesse ne sentit aucune agitation derrière le rideau, et soupira de soulagement. Elle n’avait pas envie de réveiller le nécromancien.
- Levez-vous, - lui ordonna-t-elle à mi-voix.
     L’homme obéit, mais préféra baisser le regard, conscient à présent de son infériorité.
- Regardez-moi, - entendit-il alors.
     Quelque peu étonné, il obéit de nouveau. En croisant son regard, il réalisa qu’il ne pourrait jamais plus servir d’autre personne que cette femme. L’éclat rouge de ses yeux lui fit perdre toute conscience de soi-même.
- Qui t’envoie ?
- Gracieuse comtesse… Les seigneurs de Templehof.
- Qui sont-ils ?
- Mortels, comme moi. Ils sont plusieurs. Je ne connais pas tous leurs noms.
- Qui les commande ?
- Je ne sais pas.
- Quelle est ta mission ?
- Vous remettre ceci, - dit-il d’une voix neutre, en tendant le pli décacheté.
     Elle le lui arracha des mains et le fit taire d’un seul regard. Palpant la feuille de papier, elle eut l’impression d’entrevoir une faille croissante dans le cocon d’ennui dont elle s’était entourée. C’est presque à regret qu’elle décida enfin de voir le message, craignant une quelconque déception.

               Très chère comtesse,

      Vous ne réalisez pas le plaisir que j’ai eu en apprenant votre existence. La proximité de nos fiefs respectifs fait déjà de nous de bonnes voisines, et j’ose exprimer l’espoir que nous devenions bonnes amies. Je serais ravie de vous accueillir à Templehof, plus exactement dans ma propriété reculée, un castel que j’ai eu l’occasion de remettre en état acceptable pendant quelques dizaines d’années. Aussi je vous conjure d’accepter mon invitation, et de vous rendre au village où vous conduira le messager qui vous transmettra ceci. Un équipage vous y attendra pour vous emmener dans ma demeure. Naturellement, toutes les charmantes personnes faisant partie de votre suite se verront recevoir un accueil du à leur rang. Je vous promets, très chère comtesse, de l’or, du vin, et beaucoup de réponses.

                                                                               Mille baisers à vous et à vos proches

                                                                                                  Comtesse Emmanuelle von Carstein.


     Un gouffre béant, une rage intense, une envie de meurtre remplacèrent rapidement l’incrédulité. Son premier geste fut de froisser violemment le papier, au point de s’enfoncer les ongles dans la peau. La dame d’Essen se sentit risible, insultée par le contenu de cette missive si hautaine et si emplie de mystère dédaigneux. Un fief ? Un castel ? Elle, Delphine, n’avait rien de tout cela. L’or et le vin, ce n’étaient pas ces choses-là qui manquaient, mais les plaisirs que l’on en retirait. Incapable de transformer son or en richesses, incapable de se nourrir sans se dissimuler, voila ce que l’auteur de cette lettre savait d’elle et tenait à le souligner. Quant aux réponses, il était clair que l’on la prenait pour une idiote qui n’avait toujours rien compris malgré des siècles d’existence.
     Une haine corrosive emplit l’être de la vampiresse, telle que ses crocs lui démangèrent de manière inhabituelle, et ses griffes s’enfoncèrent plus profondément dans sa chair. Une idée fixe : répondre à cette invitation, en tirer tous les bénéfices imaginables, et faire payer à son hôtesse le prix fort d’un tel affront.
Elle remarqua alors que son pantin mortel s’était recroquevillé sur lui-même, terrifié par la fureur bien visible de sa maîtresse. Elle se rendit aussi à l’évidence qu’un rictus de douleur déformait ses traits, mais qu’il n’osait pas hurler, accablé par l’emprise de l’hypnose. Ce même hypnose lui transmettait les violentes intentions de la comtesse, et les traduisait dans sa tête par une explosion de souffrance.
     Un sourire sadique se dessina sur le visage de la dame d’Essen. Elle verrait cette même expression horrifiée chez cette Emmanuelle von Carstein, quoi qu’il lui en coûte. Un règlement de comptes, voila qui l’occuperait pendant un bon moment. La comtesse relut la lettre, et s’aperçut alors que l’encre employée n’était autre que du sang. Elle décida alors de ne pas s’interroger sur l’origine de la cire du cachet.
     Sa suite… L’expression vague de son hôtesse la fit réfléchir les personnes qu’elle voudrait entrainer avec elle dans cette entreprise de vengeance, mais aussi les troupes qu’elle aurait à mettre en œuvre si le besoin s’en ressentait. Sa garde personnelle de chevaliers noirs… Tout d’un coup, elle se rappela de ses gardes des cryptes qu’elle avait laissés au Haut-Col. Aucune nouvelle de celui qui était sensé les conduire dans la forêt d’Essen : le ménestrel fou. La comtesse jura dans sa tête ; elle s’était permis de sombrer dans la même torpeur que les mortels, sans prendre le soin de veiller aux détails de ses troupes. Maintenant, il serait difficile… Non, elle enverrait Manon, qui retrouverait les gardes, et les mènerait à destination. Quant au maître Friedrich… Il ne devait pas se retrouver entre les griffes de cette harpie. Oui, il lui serait bien plus utile à l’extérieur, à l’affut de toute situation nécessaire à son intervention, au péril-même d’assaillir le castel par une armée de morts-vivants. Ashur… Qu’il aille se balader où bon lui semble, elle ne pourrait rien espérer de lui, sinon une arrivée improvisée. Oui, elle répondrait seule à l’invitation, laissant à ses protégés de voler à son secours si jamais elle se retrouvait piégée. Plutôt elle seule qu’eux tous, elle avait besoin de tout sauf d’otages. Von Essen… Elle eut failli l’oublier. Et ses servantes. Un valet et deux femmes de chambres, voila qui constituerait une suite digne de son statut. Quant à sa garde rapprochée… Oui, ils la suivraient. Il faut parfois commencer par impressionner l’adversaire… Ou les laisser avec le maître nécromancien ? Ils seraient alors un atout dans sa manche qui surprendrait grandement son ennemie. Oui, c’était la meilleure solution. Une comtesse, deux servantes et un valet. Il fallait à présent mettre le plan en œuvre.
     Sortant de sa réflexion, elle s’adressa aux deux minces silhouettes immobiles qui se tenaient derrière le mortel.
- Mina, Moka, où se trouve Von Essen ?
- Dans la cave de sa demeure, maîtresse, - répondit Moka.
- Va me le quérir sur le champ.
Sans émettre un seul bruit, la servante se retira de la chambre avec une courte révérence.
- Mina, puis-je te confier de faire nos bagages ?
- Il en sera fait selon vos désirs, maîtresse, - prononça celle-ci en s’inclinant.
- Dès que tu auras fini, occupe-toi de réveiller le maître von Nettesheim et de t’assurer qu’il soit repu et prêt à m’écouter.
     La servante s’inclina de nouveau et s’affaire auprès d’une grosse malle à vêtements.

     La comtesse observa la lune et sentit ses entrailles se tortiller de désagrément. Malgré ces quelques préparatifs et précautions échafaudées à la va-vite, elle savait que ce qu’elle faisait la mettrait dans une position des plus vulnérables et humiliantes. Elle allait se rendre au village à cheval, mais toute sa suite aurait les pieds dans la boue, et elle-même n’offrirait qu’un spectacle ridicule de pauvre bourgeoise extravagante. Il ne lui restait plus qu’à ravaler son ressentiment et se conduire avec toute la dignité dont elle pouvait faire preuve, car c’est là où son ennemie ne se priverait certainement pas de piquer.


***

     « VON ESSEN ! VON ESSEN ! »
     « Aux enfers vous m’aurez, catin ! »
     « REVENEZ IMMEDIATEMENT ! VON ESSEN !»
     La rage aux tempes, Moka se tenait devant la porte de la cave, désormais en pièces. Les débris parsemaient l’escalier. La cave était vide. Le captif était loin, très loin, et résistait à sa volonté comme un forcené. La distance qui les séparait devait être grande, quoique la servante ignorait si l’éloignement avait une quelconque influence sur le lien d’obéissance. De fait, elle n’était même plus persuadée qu’un tel lien existait. Il lui avait obéi, elle avait supplanté sa volonté à la sienne, or, à ce moment, elle s’en sentait incapable. Les railleries du bourgmestre résonnaient plus comme un écho dans son esprit, et elle crut avoir perdu toute emprise sur lui. Dans la crainte d’avoir failli pour la première fois à sa maîtresse, Moka crut que les murs de la cave se refermaient sur elle, et s’empressa de sortir, comme si le lieu avait été véritablement hanté. Un vertige la secoua dans le salon, et elle s’effondra contre le rebord du fauteuil. Intérieurement, elle s’imagina que le bourgmestre eut définitivement rompu toute liaison qui les unissait.
     Ses forces surnaturelles lui revinrent très rapidement, et elle se remit en marche vers la sortie, à la fois furieuse de son échec et déterminée à recevoir son châtiment de la comtesse. Les rues nocturnes étaient désertes, car la pluie, quoiqu’un peu affaiblie, continuait à tomber. Insensible à la boue froide et pénétrante, Moka traversa à grands pas la distance qui séparait la demeure qu’elle venait de quitter de la taverne. En passant en trombe dans la grande salle éclairée par des braises fumantes et une unique lampe à huile, elle mit une peur bleue au tavernier, dont l’apparition nocturne de la femme sale, blême et trempée lui fit se jeter derrière le comptoir, se serrant la gorge pour ne pas crier. Enfin, la vampiresse remonta l’escalier et arriva ainsi devant sa maîtresse. Celle-ci la dévisagea d’un air surpris. La servante s’inclina profondément, et parla sans se relever :
- Maîtresse, Von Essen s’est enfui. Il m’est impossible de le faire revenir.
     La comtesse prit le temps de s’assurer d’avoir bien entendu, puis d’assimiler la nouvelle. Manifestement, - réalisa-t-elle, - elle n’avait pas assez veillé à la bonne loyauté de ses serviteurs. Un bourgmestre enfui, une fille rebelle, un nécromancien qui n’approuverait certainement pas ses actes… Qui donc pourrait-il vraiment lui servir sans faille ? Elle se remémora qu’avant tout, elle les considérant tous comme ses protégés, et s’en mordit la langue. De nouveau, elle ne savait plus ce qu’elle voulait. Était-ce un laisser-aller que de ne pas exiger une confiance aveugle des siens, qui lui devaient tout ? Non, elle devait s’égarer, certainement. Ashur, comme à son habitude, s’était moqué d’elle, et l’avait laissée elle-même faire le ménage dans sa tête. Toutefois, la pensée d’être démunie l’insupportait. Avec la destruction de son manoir du Haut-Col, elle croyait avoir tout perdu, tout ce qu’elle avait pu amasser pendant des centaines d’années, et ne savait plus comment recommencer. L’invitation de la comtesse von Carstein lui paraissait alors être un chemin facile qu’elle se devait d’emprunter.
     Nullement satisfaite de ces réflexions, Delphine d’Essen s’en retourna à sa servante. Celle-ci n’avait point bougé, et attendait toujours. Plus que tout à ce moment, la comtesse ne voulait pas perdre l’assurance à leurs yeux. Peu lui importait le sort de ce mortel transformé par erreur, qu’il aille au diable !
- Cela fait partie de mes intentions, Moka. Il deviendra fort et reviendra me servir en temps voulu. Va aider Mina à sa tâche, à présent.
     La servante obéit.





58e partie.


- Et combien de temps, vous dites, cela fait que votre messager est parti ?
- Deux jours, votre Grâce. A l’heure qu’il est, il devrait déjà être arrivé à destination.
- Saura-t-il mener à bien la mission que vous lui avez confiée ?
- Euh…
- Assurément, votre Grâce.
- L’un de vous tous a-t-il des doutes à exprimer à ce sujet ?
- Non !
- Absolument pas, votre Grâce !
- Nous vous sommes-tous dévoués, votre Grâce !
- Ce n’était pas ma question. Dois-je vous faire couper les oreilles pour que vous entendiez mieux ?
- Non !
- Votre Grâce, notre messager est un jeune talentueux, il saura…
- Ah vraiment ? L’on m’a fait dire qu’il s’agissait de l’idiot du village…
- Calomnies, votre Grâce ! Nous ne confions vos souhaits qu’à des personnes de sûreté !
- Dois-je vous couper la langue pour ne pas proférer pareils mensonges ? Pourquoi l’un de vous ne s’est-il point dévoué pour cette noble et honorable mission ?
- Euh…
- Les devoirs régaliens, votre Grâce…
- La santé…
- L’âge…
- L’âge ? Croyez-vous être trop vieux, von Kriegz ?
- Euh, non, assurément non, votre Grâce.
- Je déteste les contradictions.
- *…*
- Votre Grâce !
- Votre…
- SILENCE ! Helmut von Kriegz s’est dit trop vieux pour me servir. La mort de ma propre main était pour lui la meilleure fin qu’il aurait pu souhaiter, n’est-ce pas ?
- Oui !
- Certainement, votre Grâce !
- D’autres vieux prétendants ?
- Non, votre Grâce.
- Non, votre Grâce.
- Non, votre Grâce.
- Vous pensez tous la même chose ?
- Oui, votre Grâce.
- Vous devrez faire mieux pour me servir comme il faut. Sinon von Kriegz ici présent se fera un plaisir d’écourter votre taille d’une tête.
- NON !
- V-v-von K-K-Kriegz !
- Mort-vi-vi…
- DEHORS ! DEHORS, TOUS !
- Oui, votre Grâce !
- Nos respects, votre Grâce !
- Gloire et vie à votre Grâce !
- DEGUERPISSEZ !

     « VLAN ! » - se refermèrent lourdement les portes de la grande salle à manger.

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Dernière édition par Von Essen le Dim 24 Aoû 2014 - 13:45, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 13:38

Tient, je ne savais pas que ce cher Vlad et cette chère Emmanuelle étaient de nouveau parmi le monde des vivants même s'il sont encore des vampires. 

Au passage, j'ai remarqué une ou deux petites fautes mais elles ne sont pas bien graves et j'ai un peu oublié où elles étaient. 

Sinon, j'attends avec impatience la suite.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 13:57

Bon, "Vlad" est sensé être une onomatopée pour la porte qui se ferme, mais je vois que le clin d'oeil n'est pas assez subtil  Fou 
Je vais donc changer ça pour éviter la confusion  respect 
Et pour Emmanuelle, ne confonds-tu pas avec Isabella ?  Devil

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 14:51

Pour Emmanuelle, si j'ai confondu mais j'ai eu la flemme de changer le message. 

Et pour le clin d’œil, je pensais qu'elle appelait l'ancêtre de la lignée, vu qu'il pourrait ressusciter dans la nouvelle campagne.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 14:59

Il va ressusciter à coup sûr, mais mon récit n'en est pas encore là. Aucune idée pour Isabella, par contre. Rien d'étonnant si Nagash la laisse dans les limbes...

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 15:03

Pour Isabella tu as sûrement raison. 

Ce qui va être intéressant, c'est que cette campagne risque d'avoir une grosse influence sur nos récits vu qu'ils se passent à la même époque. Ce qui veut dire qu'ils vont devoir choisir leur camp.
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 15:07

Mais carrément. Cela dit, tu verras que je ne suis pas pressé d'en faire usage. Enfin, au moins pas avant d'avoir lu le fluff en détail, et éventuellement constaté la fin de la campagne.

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 15:11

Moi de même, mais une partie du fluff sera quand même là et je pense que l'on devrait en tenir compte un minimum. Mais on verra bien ce que ça donnera.
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 16:17

J'ai fini !!!!
J'ai trouvé ton histoire superbe.
Je demande la suite :-)
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 16:23

Merci  Smile 
La suite viendra !

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Sam 23 Aoû 2014 - 17:45

Oui mais la grande question est quand ? 
Parce que là, ça fait déjà plus de 4 heures qu'on attend et je commence à m'impatienter  Lol !
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 24 Aoû 2014 - 13:29

Hum... C'est moi, ou je vois venir un cross-over gros comme un dragon ?
Emmanuelle... Ne serait-ce pas la petite fille vampire millénaire ?  Innocent 

J'ai vu une ou de fautes dans la première partie... Je pense que tu les retrouveras  Mr. Green 

La suite !  Clap 

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 24 Aoû 2014 - 13:38

Ce serait donc cela ? Vous préparez un cross-over ? 

La prochaine mettez-nous au courant un peu avant Very Happy
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Dim 24 Aoû 2014 - 13:48

Sauf erreur de ma part, il s'agit d'une fausse alerte cross-over  Shifty 

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 27 Aoû 2014 - 13:27

Voici une suite !



     Emmanuelle von Carstein n’accorda qu’un regard aux mets pourtant raffinés disposés sur la table. Ces imbéciles ne les avaient pas mérités. Ainsi, rien n’avait été entamé, et ils devraient payer leur souper par leurs propres moyens, auxquels tous tenaient presque plus qu’à leurs familles.
     Elle fit tinter une clochette de verre, et une demi-douzaine de serviteurs en livrées rouge et noir accoururent dans la salle par une porte dérobée. Tous eurent l’air apeuré en voyant le corps sanguinolent du défunt von Kriegz continuer à tituber l’espace d’un instant, puis s’effondrer par terre avec grand bruit. La comtesse regarda un peu le cadavre, puis poussa un soupir.
- Débarrassez-moi de cette chose, - dit-elle d’une voix profonde, mais sévère. – Et remportez les plats. Jetez tout aux corbeaux. Et gare à vous si vous y touchez, car je le saurai ! – finit-elle sur une adjonction menaçante.
     Deux des serviteurs s’empressèrent de trainer le corps hors de la salle, alors que les autres s’affairèrent à emporter les plats. Ne désirant pas observer ces basses besognes, la comtesse Emmanuelle quitta la salle par les grandes portes opposées à celles qu’avaient empruntées les nobles mortels.
     Elle était vêtue d’une robe aussi somptueuse qu’encombrante, une astucieuse structure métallique maintenant de larges pans de tissu décoré de rubans. Sa coiffure était tout aussi exquise, ainsi que ses gants en satin. Toutefois, elle n’était pas d’humeur à y prêter attention. C’est à grands pas fort peu élégants qu’elle se mit à traverser un large couloir éclairé par de nombreux chandeliers fixés aux murs décorés de parts et d’autres par des armures complètes de chevalier. La rouille en avaient été exilée, tout comme d’ailleurs la poussière sur le sol. S’il y avait quelque chose que la comtesse ne pouvait plus tolérer, c’étaient les traces de vétusté.
     La lumière des bougies éclairait de nombreuses draperies de tissu rouge qui couvraient les murs. Par terre reposait un épais tapis rouge qui s’étendait sur toute la longueur du couloir. Longueur que la comtesse avait fini de franchir. Trois paires de portes lui faisaient face, elle ouvrit les centrales à la volée, puis s’arrêta. C’était le ciel. Un ciel invariablement noir recouvrait la Sylvanie, et la comtesse détestait ce ciel. Il n’y avait plus de soleil, et dans son vaste jardin en contrebas, l’une après l’autre, ses plantes se fanaient. Il n’y aurait pas de floraison au clair de lune cette année, et Emmanuelle von Carstein trouvait cette idée tout aussi insupportable que le triste spectacle de mort que lui offraient à présent ses plantes. Des feuilles brunes et rabougries, des tiges cassées, des broussailles désordonnées et vides de sens. Un massacre.
     Elle s’était arrêtée au bord de son large balcon, qui ouvrait vers l’est, au soleil levant. Désormais, il ouvrait vers le château de Drakenhof, les ténèbres levantes. Quelle idée exécrable que de tuer tout ce qu’il y a de beau sur cette terre ! Comme si la nuit ne leur suffisait pas pour régner ! Ce comte Mannfred avait certes du talent, mais son manque de répartie la laissait profondément insatisfaite. Toute comme la requête inattendue qu’il proposait d’exécuter à tous ses vassaux, avec à la clé « une récompense », - semblait-il vouloir dire. Que trouvait-il donc à une autre vampiresse dont on ne savait rien à part qu’elle n’était rien ?  
     Une brise glacée balaya le visage pensif de la comtesse. Ses joues étaient creuses, et le resteraient probablement à jamais, tout comme les terribles séquelles qui parsemaient tout son corps et qu’elle s’efforçait à dissimuler sous sa robe et sous force quantité de fard sur sa peau. Ses lèvres, jadis charnues et pleines de promesses, étaient désormais fines et ternies. Ses yeux, s’ils avaient été beaux un jour, n’évoquaient plus qu’un gouffre d’amertume et de rancœur contre tout ce qui l’approchait.
     Pour ne pas abîmer ses gants, elle s’efforça de retenir ses griffes, enserrant fermement le rebord de pierre du balcon. En colère, elle l’était. Un rien suffisait à éveiller son ressentiment, et aujourd’hui, c’étaient les stupides mortels qu’elle dirigeait qui lui avaient apporté une grande déception en mettant en péril son envie d’avoir la « dame d’Essen » en son pouvoir. Tous des incapables ! Personne sur qui l’on puisse compter ! Personne que l’on puisse croire incapable de traitrise ! Seule la peur les maintenait en rang, la peur et le désir qu’un jour, elle désire accorder à l’un d’eux le baiser de sang. Quelle bande de sots ! Ils méritaient au mieux leur place dans son cimetière, en attendant qu’elle les invoque à son service ! Elle ruminait ces pensées avec allégresse songeant à mille raisons pourquoi elle, Emmanuelle von Carstein, devait être supérieure à ces stupides mortels, et pourquoi ils devaient à la fois absolument la craindre, mais aussi l’adorer.
     Comme l’horizon ne se voyait plus, elle baissa les yeux vers son jardin, mais ne vit que désolation de ses belles créations végétales. Pour cela Mannfred paierait. Un jour, il paierait.
     Elle finit par en détourner le regard, écœurée par la vision que lui offrait l’extérieur. Elle rentra, et les portes se refermèrent derrière elle. Un doute la fit hésiter sur la direction à prendre ensuite, puis elle décida d’aller relire une énième fois les livres que contenait sa bibliothèque, puis admirer une énième fois sa collection favorite. Vivement, - se dit-elle, - vivement l’arrivée de cette autre comtesse, en espérant que ne serait-ce qu’un instant, elle saurait la distraire de son ennui.

     Chaque couloir qu’elle traversait comportait quelques modestes ornements sur les murs, et était immanquablement décoré par de sombres armures de temps anciens. Lorsque la comtesse accéda enfin à la salle qu’elle appelait « bibliothèque », elle s’aperçut que les bougies qui en assuraient l’éclairage étaient sur le point de se consumer sous peu, ce qui signifiait qu’elle serait soit dérangée par des serviteurs empressés de les renouveler, soit courroucée par l’absence de ces derniers, et l’obscurité qui s’ensuivrait. Sur des étagères en bois, des rouleaux de parchemins divers s’entassaient, certains prêts à s’effriter au toucher, d’autres tout récents et soigneusement empilés les uns sur les autres. Emmanuelle von Carstein ne savait jamais lequel elle prenait, ni quelle valeur lui attribuer ; tout ce qui lui importait, c’est que la lecture la satisfasse. Aussi se rappelait-elle toujours que parmi les nombreux manuscrits accumulés, certains pouvaient être lus et relus sans relâche, alors que d’autres n’avaient été épargnés au feu que parce qu’elle était alors d’une telle humeur.
     D’épais rideaux couvraient de hautes fenêtres, et d’autres étagères avaient été placées devant celles-ci. Seules les bougies mourantes offraient de la lumière en ce lieu.
     Irritée et impatiente, la comtesse s’approcha d’une étagère, et prit un parchemin au hasard. Sans prendre la peine de le lire, et quitta prestement la salle sombre, et continua son chemin jusqu’au croisement où elle s’était arrêtée avant. Les nombreuses portes du balcon étaient toujours là, sobres, mais aux poignées finement ciselées. Face à elle commençait la longue allée conduisant à la salle des festins.
     Elle choisit finalement de ne prendre aucune de ces directions, et claqua des doigts. Rien ne se produisit. Les pupilles de la comtesse se rétrécirent. Elle claqua des doigts une nouvelle fois, puis attendit encore un instant.
     Un remue-ménage se fit entendre depuis la grande allée, puis deux serviteurs évitant son regard apportèrent l’une des lourdes et luxueuses chaises qui entouraient la table des festins. Ils l’ont échappée belle, - se dit leur maîtresse, et s’assit tout en déroulant son parchemin. Un sourire de bienheureux s’étira sur son visage : il s’agissait d’un des ces manuscrits dont elle ne se lassait jamais, écrit par un mortel exceptionnellement clairvoyant par rapport à la fange que représentait sa race. Goûtant à chaque mot, Emmanuelle von Carstein se mit à lire.




           XCVII
     DANSE MACABRE

                                               A Ernest Christophe

Fière, autant qu’un vivant, de sa noble stature,
Avec son gros bouquet, son mouchoir et ses gants,
Elle a la nonchalance et la désinvolture
D’une coquette maigre aux airs extravagants.

Vit-on jamais au bal une taille plus mince ?
Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,
S’écroule abondamment sur un pied sec que pince
Un soulier pomponné, joli comme une fleur.

La ruche qui se joue au bord des clavicules,
Comme un ruisseau lascif qui se frotte au rocher,
Défend pudiquement des lazzi ridicules
Les funèbres appas qu’elle tient à cacher.

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres,
Et son crâne, de fleurs artistement coiffé,
Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.
Ô charme d’un néant follement attifé !

Aucuns t’appelleront une caricature,
Qui ne comprennent pas, amants ivres de chair,
L’élégance sans nom de l’humaine armature.
Tu réponds, grand squelette, à mon goût le plus cher !

Viens-tu troubler, avec ta puissante grimace,
La fête de la Vie ? ou quelque vieux désir,
Éperonnant encor ta vivante carcasse,
Te pousse-t-il, crédule, au sabbat du Plaisir ?

Au chant des violons, aux flammes des bougies,
Espères-tu chasser ton cauchemar moqueur,
Et viens-tu demander au torrent des orgies
De rafraichir l’enfer allumé dans ton cœur ?

Inépuisable puits de sottises et de fautes !
De l’antique douleur éternel alambic !
À travers le treillis recourbé de tes côtes
Je vois, errant encor, l’insatiable aspic.

Pour dire vrai, je crains que ta coquetterie
Ne trouve pas un prix digne de ses efforts ;
Qui, de ces cœurs mortels, entend la raillerie ?
Les charmes de l’horreur n’enivrent que les forts !

Le gouffre de tes yeux, plein d’horribles pensées,
Exhale le vertige, et les danseurs prudents
Ne contempleront pas sans d’amères nausées
Le sourire éternel de tes trente-deux dents.

Pourtant, qui n’a serré dans ses bras un squelette,
Et qui ne s’est nourri des choses du tombeau ?
Qu’importe le parfum, l’habit ou la toilette ?
Qui fait le dégoûté montre qu’il se croit beau.

Bayadère sans nez, irrésistible gouge,
Dis donc à ces danseurs qui font les offusqués :
« Fiers mignons, malgré l’art des poudres et du rouge
Vous sentez tous la mort ! Ô squelettes musqués.

« Antinoüs flétris, dandys à face glabre,
Cadavres vernissés, lovelaces chenus,
Le branle universel de la danse macabre
Vous entraine en des lieux qui ne sont pas connus !

« Des quais froids de la Seine aux bords brûlants du Gange,
Le troupeau mortel saute et se pâme, sans voir
Dans un trou du plafond la trompette de l’Ange
Sinistrement béante aussi qu’un tromblon noir.

« En tout climat, sous tout soleil, la Mort t’admire
En tes contorsions, risible Humanité,
Et souvent, comme toi, se parfumant de myrrhe,
Mêle son ironie à ton insanité ! »


Poème tiré des Fleurs du Mal, Tableaux parisiens (1861), par Charles Baudelaire.

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 27 Aoû 2014 - 14:12

Toujours aussi bien. Un nouveau personnage qui aime quand il n'y a aucune poussière et il y en a une, attention serviteurs !!
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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 27 Aoû 2014 - 15:18

J'étais d'abord impressionnée... Puis j'ai remarqué que c'était du Baudelaire Mr. Green

Une petite juste là :
"c’est que la lecture la satisfasse"

J'aime ce nouveau personnage qui prend à coeur les petits détails de l'existence, surtout quand ça dure une éternité Happy

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Vampire at war : chroniques d'Essen    Mer 27 Aoû 2014 - 16:03

J'aurais pu m'essayer dans le même style, mais plutôt que de risquer le plagiat, j'ai préféré vous faire découvrir une oeuvre originale de cet illustre poète du XIX siècle Happy

Et je suis bien content que ce nouveau personnage vous plaise !

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