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 Les Exilés du trépas

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mikegreg
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MessageSujet: Les Exilés du trépas   Jeu 26 Juil 2012 - 18:00

Voici le prologue d'une petite histoire en cours de rédaction, se déroulant dans l'univers de Warhammer. Elle est fortement inspirée d'une campagne que des amis et moi avons fait quelques années auparavant.
Il ne s'agit pas de la version finale du texte. J'espérais que je pourrais bénéficier de votre opinion de lecteur afin d'apporter des changements et des petites modifications. Si vous avez des commentaires, je serai heureux de les recevoir. Je vous prie donc de faire preuve d'honnêteté. Merci à l'avance !


Prologue

Lors de cette fraîche nuit de printemps, le Vieux Monde ne dormait pas. Un évènement surnaturel hantait les esprits des plus lucides et refroidissait les ardeurs des plus téméraires. Du ciel noir émanait un halo orangé alors qu’un météore scindait en deux la nappe céleste. Une aura flamboyante d’un vert émeraude enveloppait ce bolide qui s’approchait du sol. Sa vitesse était si effarante qu’elle laissait échapper une longue traînée incandescente, également d’un vert fluorescent, qui enflammait l’horizon.
Bientôt, elle disparut de tous les regards, mais seulement pour mieux être entendue. Lorsque la météorite percuta la terre ferme, une explosion assourdissante retentit, déchirant les tympans des observateurs médusés, comme si la totalité des canons de l’Empire avaient fait feu au même moment. Les châteaux de pierre comme les masures paysannes vacillèrent, semblable à l’effet provoqué par un tremblement de terre. Puis, plus rien. Le silence revient et la nuit reprit son calme débonnaire. Chacun pouvait à présent retrouver la sécurité de leur foyer, en dépit du goût amer de l’angoisse qui persistait.

* * * * * * * * * * * * *

De la hauteur du balcon de son manoir, le vieil historien de Talabheim n’avait rien manqué du spectacle. Troublé, le vieillard se précipita à l’intérieur et s’assied à son bureau, enseveli sous une tonne de cartes géographiques, de livres et de parchemins. À la lueur des cinq bougies retenues par un candélabre d’argent, il fouilla parmi toute cette paperasse à la recherche de l’ouvrage désiré, se débarrassant de l’excédent d’un revers de la main. En vain. L’historien lissa sa barbe blanche et se leva, déterminé à trouver ce qu’il cherchait. Il poursuivit ses recherches dans les quatre étagères de livres collées contre le mur à sa droite, jusqu’à ce que son ouïe encore fine perçoive des bruits de pas. Les battants de la porte s’ouvrirent en trombe pour laisser une jeune femme pénétrer dans la pièce.

- Maître Berem ! Avez-vous été témoin de ce phénomène ?
- N’as-tu donc jamais appris à frapper avant d’entrer ?
- Oh… veuillez me pardonner, je me suis laissé emporter par les émotions, se reprocha-t-elle.
- Comme toujours, Joséphine…

Joséphine ne broncha pas. Elle avait l’habitude des réprimandes. En dépit de son jeune âge et de son apparente innocence, la jeune femme bouillait d’un caractère bien trempé. Elle se contenta de glisser sa main dans cheveux auburn puis de fixer l’historien de ses yeux verts amandés, en attente d’une réponse à question. Comme elle s’y attendait, elle ne tarda pas à venir.

- J’ai en effet aperçu ce phénomène et je m’apprêtais à recueillir des informations sur le sujet quant tu es entrée comme une brute, expliqua Berem. Apporte-moi le volume sur les « Mystères Stellaires », je te prie.

Joséphine acquiesça d’un signe de tête avant de se diriger vers l’une des étagères, la troisième plus exactement. Depuis cette époque où le vieil historien l’avait recueilli alors qu’elle arpentait les ruelles mal famées d’Altdorf, à la recherche d’un passant naïf facile à détrousser, elle avait appris à classer tous ses documents, aussi savait-elle exactement où trouver ce qu’il réclamait. Elle revint quelques instants plus tard avec un volumineux livre aux reliures de cuir. Elle le déposa lourdement sur le bureau de son maître, qui la remercia d’un simple hochement de tête. Celui-ci, afin de dégager suffisamment d’espace au manuel des « Mystères Stellaires », poussa tous les ouvrages et autres papiers sur le plancher. La jeune femme laissa échapper un profond soupir, sachant pertinemment que la tâche lui incombait de tout ramasser de trier. Elle s’affaira donc tandis que l’historien bouquinait son livre.

- C’est la première fois que j’apercevais une météorite si énorme. En avez-vous déjà observé de pareille, maître ? demanda Joséphine en plaçant un livre dans la section appropriée.
- Ce n’est pas une météorite, répondit Berem sans quitter son ouvrage des yeux. L’impact d’une météorite de cette taille aurait causé tant de dégâts à la croûte terrestre que Talabheim se serait entièrement effondrée, même à une distance si lointaine.
- Qu’est-ce que c’est, alors ?
- J’essaie de le découvrir…

L’apprentie s’avança vers le balcon et porta son regard sur l’horizon, aussi loin que l’obscurité nocturne lui permettait de voir. La cité était maintenant endormie et seul le chant des criquets parvenait à ses oreilles. Elle s’étonna à songer que les évènements qui venait de se dérouler n’étaient peut-être qu’une hallucination, causée par une superstition exagérée. En constatant le front plissé de son maître, causé par l’incertitude, elle aurait préféré qu’il en soit ainsi.

- Peu importe ce que c’était, cela n’a sûrement pas atterri loin d’ici, supposa-t-elle. Les magiciens du collège céleste auront tôt fait d’élucider ce mystère.
- Tu fais erreur, Joséphine. Cette « météorite » n’est probablement pas sur le territoire de l’Empire. Peut-être dans les Principautés frontalières ou au nord des Terres Arides. Tu regardes trop avec tes yeux et pas suffisamment avec ton esprit. Maintenant termine de tout classer.

Joséphine s’apprêtait à protester mais l’historien la devança. Il se leva d’un bond – geste que la jeune femme ne croyait plus son maître capable d’accomplir – et s’écria : « J’ai trouvé ! ». Curieuse, elle s’approcha mais Berem referma sèchement le livre. Joséphine émit un grognement d’insatisfaction mais l’homme l’ignora.

- Si c’est bien ce que j’en déduis, je prévois beaucoup d’agitation. De graves dangers, également…
- Qu’est-ce donc, maître ?
- Je t’expliquerai en chemin ! lança Berem en quittant la pièce, Joséphine sur ses talons.
- En chemin ? s’étonna-t-elle. Nous partons ?
Berem lui répondit sans s’arrêter.
- Oui, nous partons demain à l’aurore. Prépare tes bagages. Un long voyage nous attends.


Dernière édition par mikegreg le Dim 5 Aoû 2012 - 12:13, édité 1 fois
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Skriff
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Ven 3 Aoû 2012 - 9:16

Trés trés bon prologue, avec un langage soigné et très soutenu au départ tu mets bien dans l'ambiance, l'histoire est alléchante continue ainsi !
*Faut que je me mette à écrire ma propre histoire moi*
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Arken
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Sam 4 Aoû 2012 - 15:20

Prologue très savoureux qui nous promet une histoire alléchante !
Un nouvel écrivain talentueux parmi nous

Juste un petit oubli :
Citation :
Celui-ci, afin de dégage suffisamment d’espace

Ce n'est qu'un accent, mais il m'a beaucoup perturbée dans la compréhension de la phrase. Surtout que je ne pensais pas à une faute, puisque je n'en ai pas remarqué d'autres !

Suite !

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mikegreg
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Mar 7 Aoû 2012 - 2:03

Je vous remercie pour vos commentaires encourageants ! J'ai corrigé la petite erreur mentionnée par Arken. Sinon, voici le chapitre 1 de mon histoire. Il est long, je l'admets. Peut-être aurais-je dû le diviser en deux posts.
Je vous demande une fois de plus votre opinion. J'espère que ça vous plaira !

Chapitre 1
Un étranger dans la nuit


Le jeune couple de paysans veillait autour d’une table couverte de moisissure, à la lueur réconfortante d’une chandelle. L’homme fumait sa pipe assis sur une chaise en en bois, tandis que la femme tricotait, elle aussi assise sur une chaise. Seuls les ronflements réguliers de leurs deux enfants endormis troublaient la monotonie du silence. Au loin, le hurlement d’un loup se fit entendre. Le couple ne semblait pas s’en soucier; pour une petite ferme située au cœur d’une contrée désolée et parsemée de forêts, leurs occupants avaient appris depuis longtemps à cohabiter aux côtés de créatures voraces.

Soudain, on frappa à la porte. L’homme sursauta puis posa son regard sur sa femme. Il ne fut pas surpris de découvrir un air de stupéfaction sur son visage couvert de crasse. Lui aussi devait afficher un air semblable.

- Qui peut bien venir ici à une heure pareille ? chuchota-t-elle à son mari.

Celui-ci haussa les épaules en guise de réponse. L’inconnu frappa à nouveau à cinq reprises. L’homme se redressa et s’avança prudemment en direction de la porte, sous l’œil inquiet de son épouse qui se leva à son tour. Le paysan semblait hésiter à ouvrir et cherchait l’approbation de sa femme d’un simple regard. Sans faire de bruit, il s’empara d’une fourche au cas où il s’agirait de bandits, puis d’une main chancelante ouvrit lentement la porte.

Sur le seuil se tenait un homme de grande stature. Svelte, la carrure de ses épaules laissait néanmoins deviner une musculature saillante, Tout de noir vêtu, ses vêtements apparaissaient d’excellente facture, bien que le bas de son pantalon cendré était recouvert de poussière, marque d’un long voyage. Une épaisse cuirasse en bronze, gravée d’une chauve-souris, recouvrait son torse. À sa taille pendait une épée à double tranchant, insérée dans un fourreau de cuir brodé de motifs ésotériques.

Sans y être invité, l’inconnu pénétra à l’intérieur de la masure, ses bottes de cuir souple claquant sur le plancher de bois. Ni le paysan, ni sa femme ne l’en empêchèrent. Son visage carré et sévère, d’une pâleur inconnue pour les habitants d’une contrée aussi aride, dévisageait tour à tour les deux paysans. Face à ce regard froid et calculateur, aucun ne parvint à le soutenir. Une aura de sombre majesté se dégageait de l’individu qui effrayait le jeune couple autant qu’il les fascinait. Ce charme glacial transperçait la peau de l’homme comme mille glaçons. Couvert de sueur froide qui alourdissait ses mouvements, il s’inclina, rapidement imité par son épouse.

- Je… enfin… bienvenue dans mon humble demeure, monseigneur, bredouilla-t-il enfin. Je m’appelle Nathan et voici… ma femme Léance.

L’inconnu observa ses deux hôtes avec indifférence, voire arrogance, posant sur eux le regard hautain d’un seigneur vis-à-vis un serf. Il constata le contraste entre eux, vêtus de haillons et sales, et lui, fier et belle allure. Sa tignasse de cheveux noirs lui ajoutait une prestance chevaleresque qui imposait le respect.

- Que pouvons-nous pour vous servir, monseigneur ? poursuivit Nathan.

L’intrus s’assied sur une chaise puis fixa la bougie. Lorsqu’il sentit que le reflet de la flamme dansait dans ses pupilles, il daigna finalement répondre.

- Je demande l’hospitalité. Je terminerai la nuit, dormirai durant la journée puis je prendrai congé de vous dès le crépuscule.

De la bouche du voyageur s’échappait une voix grave, presque caverneuse, qui fit tressaillir les deux paysans.

- Voyager de nuit ! s’exclama Léance, interloquée. Voilà qui est dangereux, monseigneur. En ces terres, les forêts rôdent de meutes de loups aussi agressifs que sanguinaires. Ces bêtes ont tué notre fils cadet l’an dernier. Ne les craignez-vous pas ?
- Non, répondit-il simplement sans quitter la bougie du regard.
- Nous feriez-vous l’honneur de vous présenter, monseigneur ?

L’inconnu poussa un long soupir, Même en présence de gueux, le protocole exigeait qu’il se présente à ses hôtes.

- Je me nomme Kieran Von Helsax. Mon titre ne vous dira rien.
- Désirez-vous quelque chose à manger, monseigneur ? demanda humblement Léance. Il nous reste une miche de pain et un peu de graisse.

L’invité déclina l’offre du revers de la main. Désemparée, la paysanne retourna à son tricot, laissant à son époux la tâche de veiller au confort de leur mystérieux invité.

- Veuillez pardonner ma curiosité, monseigneur Von Helsax, mais puis-je vous demander ce qui vous conduit dans cette contrée, si loin de la route ?
- Ça ne vous regarde pas.
- Vous savez, ces derniers jours nous ont fait connaître beaucoup d’agitation. Vous n’êtes pas le premier noble à vous aventurer dans la région.
- Vraiment… souffla Kieran en feintant un quelconque intérêt.
- Pour sûr ! Depuis l’écrasement de la météorite, d’innombrables voyageurs sillonnent le pays. Je ne peux pas dire s’il s’agit ou non d’une coïncidence. Dans le cas contraire, je me demande ce que tout le monde lui trouve.

Kieran Von Helsax arqua un sourcil. Cette dernière déclaration venait de susciter son intérêt. Le jeune couple observa un changement d’attitude chez leur invité lorsque celui-ci leva ses yeux sur Nathan. Soudain, il se leva comme si la foudre venait de le frapper. En un instant il fut sur Nathan et l’empoigna par le collet. Impressionné par une telle célérité, les deux paysans restèrent figés sur place, la bouche béante.

- Sais-tu où elle est tombée ?

Nathan tremblait de tout son être. Il ne tenta même pas de se libérer de l’emprise du noble. Son regard perçant le pétrifiait comme s’il devait avouer un crime blasphématoire en présence de sa déesse. Son épouse assistait à la scène, impuissante.
- Parle ! ordonna sèchement Kieran.
- Je… oui monseigneur ! bégaya le paysan. Je sais… je sais où la météorite s’est écrasée !
- Dis-moi où !
- À une journée au sud de Thessos, s’empressa de répondre Léance à la place de son mari. La cité est à deux jours de marche d’ici, vers l’est.

Kieran Von Helsax relâcha Nathan une fois la réponse obtenue. Le voile menaçant qu’il affichait quelques instants auparavant se dissipa soudainement, comme si tout n’avait été qu’éphémère. Il se rassied et recommença à fixer la petite flamme dansante, l’air songeur. La jeune femme se précipita auprès de son époux qui se remettait de ses émotions. Celui-ci refusa le soutien de sa femme en dépit de ses jambes flageolantes.

Un silence gênant s’installa mais s’il préoccupait Kieran, il n’en laissa rien paraître. Son esprit semblait ailleurs. Léance recommença à tricoter tandis que Nathan inspira une bonne bouffée de sa pipe, inspectant discrètement le noble. De temps en temps, il le voyait remuer les lèvres, comme s’il marmonnait des paroles inaudibles. Finalement, Kieran brisa le silence.

- Montrez-moi mes appartements.

Le couple obéit sur le champ. Tandis que Nathan ouvrir la trappe au plafond, qui conduisait au grenier, Léance alluma une seconde bougie qu’elle remit à leur invité afin qu’il puisse s’éclairer.

- Il faut pardonner ce manque de confort, monseigneur, commença Nathan. Le grenier n’est pas un endroit convenable pour un seigneur, mais c’est le mieux que nous puissions offrir…
- Je m’en accommoderai.
- Vous trouvez suffisamment de paille pour vous improviser une paillasse. Il n’y a qu’une lucarne mais elle est obstruée par des bottes de foin. Si vous le souhaitez, je peux la libérer.
- Ce ne sera pas nécessaire.

Le couple attendit que le noble ne se décide à monter l’échelle installée par Nathan, ce qu’il fit.

- Quelques chauves-souris ont élu domicile au grenier, avisa Léance. Prenez-en garde, monseigneur. L’une d’elle a déjà mordu notre petite Élaine.
- Elles ne me causeront aucun problème...

Kieran marque une pause avant de poursuivre.

- … J’ai attaché ma monture au fond de votre grange. Veillez à ce que personne ne s’en approche.

Les deux paysans s’inclinèrent en guise de réponse. Lorsque le noble eut disparu au fond du grenier, ils ne purent s’empêcher de se lancer un regard pantois, où se mélangeaient l’inquiétude et la crainte. Peu importait la véritable nature de cet homme, plus vite il partirait, mieux ils se porteraient.

* * * * * * * * * * * * *

Thomas et Élaine, respectivement six et sept ans, jouaient dans la prairie sèche à proximité de la ferme familiale. Trop jeunes pour participer activement aux nombreuses tâches paysannes, ils étaient encore autorisés à s’amuser. Bien entendu, ils se levaient dès l’aurore avec leurs parents, pour accomplir malgré tout des petites corvées. Thomas devait entre autre nourrir les cochons, veiller à ce qu’il n’en manque aucun et préparer tous les outils dont se servirait son père pour une dure journée de labeur. Élaine aidait sa mère à préparer le déjeuner – des galettes à base de céréales, de graisse et de petits fruits - et lavait les couverts et ustensiles. Une fois cette contribution apportée, ils étaient libres de leur journée.

Leur jeu favori consistait à retourner les pierres dans la lande. Avec un peu de chance, ils débusquaient un petit lézard. Une poursuite folle s’ensuivait à travers les hautes herbes et les broussailles, l’objectif étant la capture du reptile. Dans la grande majorité des cas, le lézard parvenait à semer ses poursuivants. S’il avait le malheur de se réfugier sous une autre pierre, les deux curieux prédateurs déplaçaient la pierre en question et la poursuite reprenait de plus belle.
Parfois, ils tombaient sur un serpent. Lorsque cela se produisait, Thomas et Élaine ne le dérangeaient pas. Non seulement pouvait-il être venimeux, mais l’animal se nourrissait principalement de rongeurs, plus particulièrement des rats, aussi sa présence réduisait de beaucoup les risques d’infestation et de propagation des maladies.

Les deux blondinets entendirent l’appel de leur mère qui exigeait leur retour à la maison. Ils abandonnèrent la créature écailleuse qu’ils pourchassaient pour obéir à leur mère. Ils se dirigèrent donc vers la maison en ricanant. Ils savaient pertinemment qu’à la tombée de la nuit, les massifs loups noirs quittaient leur tanière et se mettaient en chasse. Lors du crépuscule, les bois des alentours grouillaient de loups et ils représentaient une sérieuse menace pour les infortunés égarés. Le frère et la sœur n’oublieraient jamais le destin de Roderic, leur défunt frère cadet, tué par ces bêtes sanguinaires.

- Suis-moi, Élaine ! lança Thomas d’un ton emplit de malice.
- Où allons-nous ? Maman nous a dit de rentrer immédiatement.
- Là-dedans !

Élaine suivit du regard la direction pointée par son frère et s’arrêta sur la grange. Sans hésitation, elle s’opposa systématiquement à l’idée.

- Papa nous a interdit d’y aller ! Si on se fait prendre, nous serons punis !
- Je veux seulement voir ce qu’il cache. Je suis sûr que ça a un rapport avec le chevalier qui dort dans le grenier.
- On a pas le droit, Thomas ! geignit Élaine. Je ne veux pas recevoir des coups parce que tu as encore désobéi.
- Tu pleurniches encore, trouillarde ! railla le garçon en simulant une crise de larmes.
- Arrête !

Thomas haussa les épaules en rigolant puis s’élança vers la grange. Élaine menaça de le dénoncer mais ne tint pas compte de l’avertissement. Finalement, emportée par la curiosité typique de son âge, la fillette rejoignit son frère.

Le gamin tira doucement sur la porte de la grange qui s’ouvrit dans un interminable grincement métallique. Sa sœur l’exhorta de faire moins de bruit. Il lui répondit de se taire pour une fois. Elle grommela. L’intérieur de la grande n’avait rien d’inhabituel. Sur le sol jonché de paille était étendu la dizaine de cochons dont la petite famille paysanne devait entretenir. Sur les murs étaient suspendus tous les outils et matériaux nécessaire à l’élevage et l’agriculture. Des poteaux de bois, indispensable à l’édification des palissades et des clôtures, étaient entreposés dans le coin, à la gauche des enfants.

- Il n’y a rien de spécial ! s’offusqua Thomas en scrutant aussi à l’intérieur que l’obscurité le lui permettait. Pourquoi papa nous a-t-il interdit d’entrer ici, aujourd’hui ?

Sa sœur ne trouva rien à répondre. À pas prudents, elle s’avança plus loin dans le bâtiment.

- J’entends quelque chose, chuchota-t-elle.
- Les cochons qui grouinent…
- Non, idiot ! Un son plus aigu.

Élaine continuait d’avancer, bientôt imitée par son frère qui tendait l’oreille. Il l’entendit lui aussi. Un petit couinement discret, presque inaudible. Soudaine, une dizaine de chauves-souris quittèrent leur perchoir - les poutres au plafond et sur les murs – et s’envolèrent dans tous les sens. Effrayée, Élaine poussa un cri strident et se débattit furieusement, l’une de ces horreurs volantes ayant trouvé refuge dans sa chevelure. Thomas se jeta au sol pour de ne pas subir le même traitement que sa sœur, mais calcula mal son élan et atterri sur un cochon. L’animal roula sur lui-même afin de se débarrasser du gêneur et le garçon termina sa chute dans un tas d’excréments. Les chauves-souris trouvèrent enfin l’interstice de la porte et s’y faufilèrent toutes, disparaissant à la faveur de la nuit presque tombée.

Le cœur battant la chamade, les enfants se relevèrent et s’assurèrent que l’autre se portait bien.

- C’est dégoûtant ! pesta le garçon en se débarrassant des morceaux d’immondices qui recouvraient sa tunique de laine.
- Regarde ! s’exclama Élaine, la voix enrouée par la peur.

La fillette pointa le fond de la grange, envahit par les ombres. Deux points mauves iridescents, de la forme d’une paire d’yeux, les fixaient. Instinctivement, Élaine se recula lentement jusqu’à rejoindre son frère. Celui-ci semblait aussi apeuré qu’elle. Les yeux violets s’approchaient d’eux. Un pas lourd, rappelant aux enfants le martèlement des sabots, plein d’assurance et sans crainte, comme si la créature ne ressentait aucun danger. Les enfants distinguèrent alors la silhouette de la bête et la reconnurent. Il s’agissait d’un cheval de guerre.

Jamais Thomas n’en avait croisé d’aussi imposant. Jamais Élaine n’en avait imaginé d’aussi majestueux. Sa robe noire comme le jais éblouissait sous la clarté de la lune qui apparaissait dans le ciel, les pâles rayons filtrant dans l’ouverture de la porte. Sa musculature solide, ses membres puissants, ses longues épaules et son garrot aussi haut que large prouvaient son rôle, celui de livrer des batailles.

Pour les enfants d’un paysan, habitués aux chevaux de traits, la vue d’un destrier les emplissait d’émoi. Comme tout petit garçon, Thomas désirait ardemment devenir un chevalier. À l’instar des fillettes, Élaine caressait le rêve d’être une princesse. Se retrouver face à une fière monture richement harnachée animait leur imagination puérile. Peu importait les inexplicables yeux violets, de toute façon c’était la première fois qu’ils contemplaient une si belle créature. Peut-être avaient-elles toutes ce genre d’yeux.

Le destrier s’immobilisa à deux mètres des gamins. Lentement, avec une prudence non dissimulée, Thomas tendit le bras droit, déterminé à caresser l’animal qui ne bronchait pas. Alors que sa main ne se trouvait qu’à trente centimètres du museau, son geste fut brusquement arrêté par une voix grave qu’il ne connaissait pas. Mais tant la surprise que le ton autoritaire employé le contrait à l’obéissance.

- Ne le touche pas !

Les deux enfants firent volte-face et découvrirent le voyageur que leurs parents avaient hébergé la nuit précédente. L’homme à la tignasse de cheveux noirs se tenait à quelques pas devant eux, les dévisageant avec une sévérité qui imposait le silence. Jamais ils ne l’avaient entendu approcher. Thomas, intimidé par la prestance du noble, déglutit bruyamment. Élaine le percevait autrement. Le charme sombre qu’il dégageait la fascinait. De la mémoire de ses sept ans, elle n’avait jamais regardé un homme aussi attirant. Elle tenta une maladroite révérence avant de s’adresser à lui.

- Votre cheval est magnifique, monseigneur. Comment s’appelle-t-il ?

Kieran Von Helsax se dirigea vers sa monture. Il lui cajola l’encolure avant de porter une fois encore son attention sur les deux enfants. D’un regard inquisiteur, il força le frère et la sœur à baisser la tête, ceux-ci reconnaissant leur désobéissance. Seulement après il daigna répondre.

- Il s’appelle Onyx.

Il marqua une pause, puis s’adressa à Thomas. « Comment vaquerais-tu à tes corvées, petit paysan miséreux, avec un bras en mois ? ». Le garçonnet continuait de fixer le sol, tremblotant. La peur le tenaillait et seule la crainte d’un châtiment le retenait encore en ces lieux.

- Vous trancheriez le bras de mon frère pour le punir, monseigneur ? s’affola Élaine, ses petits yeux bleus rivés sur l’épée au fourreau qui pendant à la ceinture du chevalier.
- Non, répondit simplement Kieran. Mais lui, oui… ajouta-t-il en désignant le destrier.
- Pardonnez-nous, monseigneur.
- Allez-vous en et je ne vous en tiendrai pas rigueur.

Les enfants ne demandèrent pas leur reste. Ils s’inclinèrent et quittèrent la grange. Mais une fois devant la porte, elle se retourna et lui fit un timide. Von Helsax la fixait, impassible. La fillette ne reçu même pas un hochement de tête. Elle exécuta une nouvelle révérence, encore plus gauche que la première, puis sortit du bâtiment.



Kieran Von Helsax grimpa sur Onyx. Du haut de sa monture, il scrutait l’horizon comme s’il jouissait d’une vision nocturne. Peut-être la possédait-il, songea Nathan qui, accompagné de son épouse, venait souhaiter une bonne route à ce sinistre personnage issu d’une quelconque lignée noble. Il se tenait droit et fier, se comportant en véritable suzerain, comme si cette terre lui appartenait.

- Puissiez-vous faire un bon voyage, seigneur Von Helsax, dit Léance. Que la Dame bénisse vos pas.

La mention de cette divinité bretonnienne laissait Kieran de marbre. Il ne croyait plus en aucun dieu depuis longtemps… si longtemps. Ils ne représentaient plus aucun intérêt à ses yeux.

- Vous êtes Bretonniens ? demanda Kieran sans aucun désir de connaître la réponse.
- Nos arrière-grands-parents ont quitté la Bretonnie pour s’installer sur ces terres. Je me demande encore pourquoi ! Les Principautés frontalières ne sont pas réputées pour ses campagnes sécuritaires.

Si Nathan avait souhaité déclencher le rire chez lui, ce fut un échec complet. Kieran se contentait de fixer l’horizon, vers l’est.
Puis, il porta finalement son attention sur le couple de paysans. Le chevalier ne se souciait guère d’eux, ces gens étant indigne de lui. Ils empestaient la sueur d’une dure journée de travail, la saleté recouvrait leurs haillons ternes et des croûtes de crasse recouvraient leur peau. Ils n’exhibaient aucune fierté, aucune dignité. Toute leur beauté s’était envolée depuis longtemps. Aucunement désirables. Pourtant, ces gens qu’il dévisageait avec dédain, presque du dégoût, l’avait accueilli sous leur pitoyable masure. Mieux encore, ils lui avaient fourni de précieux renseignements sur ce qu’il cherchait. Kieran estima donc qu’ils méritaient une récompense. Il n’eut aucune difficulté à décider laquelle il comptait leur offrir.

- Les loups ne vous causeront plus aucun problème.

Sans attendre la réaction de ses hôtes, le chevalier éperonna sa monture. Onyx se cabra en poussant un long hennissement caverneux, voire sépulcral. Aux yeux du jeune couple, le cavalier et sa monture apparaissaient comme irréels. Onyx s’élança au galop et ils disparurent dans les ténèbres de la nuit.

Depuis le grenier de la masure, une petite fille blonde regardait un chevalier aussi sombre qu’impénétrable, ainsi que son sublime destrier. Son cœur battait à tout rompre, mais pas en raison d’une certaine frayeur. Elle ignorait pourquoi, mais elle appréciait tout ces fourmillements dans son estomac. Elle souriait. Puis, alors que ses parents rentraient à l’intérieur, elle aperçu dans le ciel étoilé un phénomène inexplicable; une nuée d’une centaine de chauves-souris volaient au-dessus de leur demeure, empruntant la même direction que le chevalier.


Dernière édition par mikegreg le Jeu 9 Aoû 2012 - 14:57, édité 2 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Jeu 9 Aoû 2012 - 14:21

J'ai enfin eu le courage de tout lire Mr. Green
Et je dois dire que je ne suis pas déçue ! Ton histoire est captivante, la manière dont tu l'écris nous fait rentrer dans l'histoire.

Par contre, plus un texte est grand, plus il devient fourbe... et te cache quelques fautes Happy

Citation :
il N’en laissa rien paraître
Citation :
de la nuit presque tombées.

Euh... Je crois qu'il y en avait une troisième, mais je l'ai perdue Fou

Suite suite suite !! Clap

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Skriff
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Dim 12 Aoû 2012 - 10:15

Génial !!!
C'est super bien ton histoire avec le narrateur omniscient...
Continue comme ça!
Et non, le chapitre n'est pas TROP long !
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mikegreg
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Lun 13 Aoû 2012 - 18:39

Merci de vos commentaires, mes deux premiers lecteurs !

Arken: j'ai corrigé les fautes. Merci de ta vigilance.
Skriff: Tant mieux si la longueur te convient. Cependant, je risque de diviser en deux le second chapitre afin de rendre l'histoire plus « abordable ».

La suite devrait venir au courant de la semaine. J'étais sensé terminer le chapitre deux ce dimanche, mais suite à une correction de la vue au laser, je ne pouvais pas fixer une feuille Ou un écran d'ordi) sans éprouver un sensation d'agacement dans les yeux. Quoiqu'il en soit, vous l'aurez d'ici la fin de semaine.
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Lyanden
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MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Lun 13 Aoû 2012 - 21:38

J'avais lu ce récit il y a quelques temps déjà sans avoir commenté. Mis à part quelques structures de phrases un tantinet simplistes (mais ça, qui ne le fait pas?), l'ensemble est bon, bien écrit et entraînant. La longueur du premier chapitre n'est absolument pas un problème étant donné qu'il se focalise sur une scène d'un personnage, du début à sa fin. La couper en deux aurait même été plutôt dommage, tu as fait le bon choix.

Un des points forts que j'aime particulièrement dans les récits de ce genre et qu'on retrouve beaucoup dans les ouvrages de la Biblio interdite, c'est le point de vue de plusieurs protagonistes. De surcroît, l'histoire ne se fixe pas pour le moment sur le vampire, du moins de manière très prononcée, ce qui est un bon point selon moi. J'aime trouver cette multiplicité au cœur d'un texte qui gravite autour d'un évènement mystérieux pour le moment. J'espère que nous aurons le droit à quelques autres personnages et leurs petites scènes dédiées avant une grande réunion, ce qui semble probable puisque tu annonces dès le début que tu t'es inspiré d'une de tes campagnes pour écrire ce récit.

Bref, j'attends la suite. Bonne continuation.
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Thomov Le Poussiéreux
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Vainqueur de concours : Concours de texte

MessageSujet: Re: Les Exilés du trépas   Mer 29 Aoû 2012 - 11:22

Ha! j'ai finalement trouvé le temps et le courage de me frotter à ce texte plutôt long!
Je dois dire que ça en valait largement la peine. Un récit bien construit, des ambiances finement installées comme je les aime et une indéniable maîtrise de notre belle langue française. Happy
Il subsiste quelques fautes par-ci par-là, mais rien de formidable au vu des dimensions du texte.
A ce sujet d'ailleurs,je dois dire que je suis en désaccord avec le bon Lyanden. Si sur papier cela aurait fait un chapitre d'une longueur tout à fait acceptable, sur pc je trouve que la lecture en devient fastidieuse. J'aurais donc divisé ce chapitre en deux parties et je me réjouis que tu aies l'intention de le faire pour la suite. Je suis sûr que cela attirerait d'avantage de lecteurs également.

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