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 Le crépuscule des morts (Première partie)

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Lyanden
Comte de la Crypte 2012
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Dim 17 Juin 2012 - 3:36

Hop hop, voici une nouvelle partie de la nouvelle. On approche du dénouement de cette première partie mine de rien...
Il s'agit d'une sorte de petit aparté puisque comme vous le verrez il met en scène un protagoniste autre que Karl que nous quittons le temps de ce texte. C'est peut-être celui qui contient le plus d'action depuis le début. Mais j'en ai déjà trop dit et si je continue je vais finir par tout vous dévoiler. Alors je me tais et j'attends vos critiques (positives ou négatives, comme toujours).

La suite mettra peut-être un peu plus de temps à arriver du fait d'obligations professionnelles à prévoir prochainement, mais promis, je ne vous oublie pas! L'attente sera toujours moins longue que la dernière fois. Bref, bonne lecture.


Friedrich ne savait pas combien de temps il avait attendu seul dans le silence et la pénombre. Suffisamment longtemps pour que la solitude et sa condition plus que précaire de prisonnier commence à influer sur son esprit. Il restait debout au milieu de sa cellule, psalmodiant à mi-voix quelques comptines de son enfance, les yeux écarquillés, impassible, tanguant légèrement du fait de sa cécité forcée. Deux jours, trois peut-être, depuis que tous ses frères d’armes s’étaient fait décimés par des guerriers revenants sortis de nulle part. Il n’était plus que l’ombre perdue parmi les ombres de sa cage, la lie du fier guerrier que ses amis admiraient et suivaient quelques jours auparavant. Il avait perdu la notion du temps enfermé ici. Sa faim était passée, remplacée par le bruit sourd qui frappait son estomac au rythme des paroles de ses chansons. Il lui semblait entendre le sang battre ses tempes et écoutait pendant des heures ce petit tapotement, subjugué par ce seul loisir.

La porte du sous-sol s’ouvrit, laissant pénétrer l’espace d’un court instant un mince rai de lumière blafarde. Interrompu dans sa transe par ce dérangement importun, Friedrich leva les yeux vers le nouvel arrivant. La créature claudiquait pitoyablement dans sa direction, soulevant de légers nuages de poussière grasse dans son sillage. Elle ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait, à mi-chemin entre la goule et le zombie. Elle était recouverte d’un épais manteau en guenilles qui cachait une partie de son corps putréfié et une puanteur atroce s’en dégageait, qui pris Friedrich à la gorge alors qu’elle était encore à quelques mètres de lui. Finalement, la chose s’arrêta devant la grille de la cellule, prenant quelques instants pour jauger le guerrier blond. Une clé tourna dans la serrure rouillée tandis que la porte coulissait sur ses gonds dans un bruit crissant de vieux métal. La créature s’approcha de quelques pas et ouvrit une gueule béante dont la moitié de la mâchoire était décrochée du crâne afin d’articuler quelques mots que Friedrich saisit à peine :

-Toi doit venir. Toi maître veut que toi venir. Toi suivre moi pour que toi voit maître.

Friedrich ne bougeât pas, dégoûté par l’aspect horrifiant de l’immondice qui se tenait devant lui. Voyant qu’il ne réagissait pas, la bête l’attrapa par le bras, ce qui eut pour effet d’arracher un cri de douleur au guerrier. Investi par l’énergie de la douleur et du désespoir, il s’arracha des griffes de la créature qui ne sembla même pas s’en apercevoir. Sa blessure s’était rouverte, suintant un sang noirâtre au travers des croutes d’hémoglobine coagulée.

L’esprit affaibli au cours des trois derniers jours du guerrier ne fit qu’un tour, lui intimant de se venger sur le champ. Poussant un cri de rage, il empoigna le morceau de gueule pendouillant de son adversaire et tira d’un coup sec pour l’arracher. Son geste n’eut pas l’effet escompté. Non seulement la peau ne se déchira pas mais il reçut de surcroît un jet d’humeurs puantes en plein visage. Imperturbable, le serviteur mort-vivant continuait à parler :

-Toi pas taper moi. Toi suivre moi pour maître. Toi suivre moi.

Mais Friedrich ne l’entendait déjà plus, investi par une furie sanguinaire qui le poussait à se venger de cette chose pour toutes les offenses dont elle était responsable. S’appuyant sur le mur du fond de la cellule, il prit son élan et chargea en criant à nouveau. Le choc fut brutal, le guerrier se jetant en avant sur la bête qui s’écroula sous l’assaut. Friedrich ne lui laissa pas le temps de se relever, plantant ses genoux le long des flancs de la créature et la martelant de toute la force de ses poings sur son visage informe. Il l’entendait à peine gémir, continuant à l’implorer de la suivre. Le soldat se sentait offusqué, insulté qu’on lui présente un adversaire aussi pathétique. Chacun de ses coups éclaboussait un peu plus son visage des jets purulents provenant des bubons qu’il éclatait hystériquement. Attrapant de nouveau la mâchoire pendante de son ennemi, il tira de toutes ses forces, ne relâchant pas sa prise quand un nouveau flot d’immondice le toucha de nouveau au visage. Il sentit la chaire putréfiée se déchirer, ligament par ligament, tandis que le monstre s’étouffait dans ses propres réjections. Enfin il entendit le craquement salvateur. Soulevant au-dessus de sa tête son trophée macabre, Friedrich poussa un nouveau cri, retourna le morceau de bouche et le ficha d’un geste puissant dans le crâne de la créature. Les quelques dents aiguisées de la bête eurent raison de son épiderme, sectionnant de moitié le faciès du monstre. Ce dernier s’agita encore quelques secondes, alors que la vie le quittait une seconde fois puis, finalement, demeura inerte le long du sol répugnant des liqueurs corporelles qui en émanaient. Friedrich se releva, époussetant vainement ses vêtements déchirés et poisseux de pus. La porte du sous-sol était encore ouverte. N’hésitant pas plus, il s’élança vers la liberté.

Des couloirs. Encore des couloirs. Le guerrier blond les avait arpentés pendant ce qui lui avait semblé être une éternité. Il n’avait croisé personne. Toujours le silence. Encore le silence. Le battement du sang dans les tempes. Il fredonnait en marchant. C’était devenu un réflexe pour lui. « Va courageux soldat… chasse le mal en dehors de notre glorieux Empire… Reviens victorieux vers les tiens… ».
Enfin il aperçut une épaisse porte en bois au détour d’un couloir. Désormais guidé par un instinct imprégné de folie, il se dirigea vers les imposants linteaux et ouvrit les battants d’un seul geste brusque. Il se retrouva devant ce qui devait être la salle à manger du château : immense, décorée de multiples ornements précieux, des tentures de soie aux tableaux antiques. Plusieurs tables étaient dressées au centre, recouvertes de nappes fines immaculées sur lesquelles était disposée une vaisselle luxueuse. Friedrich resta stupéfié quelques secondes devant ce spectacle improbable au cœur de la demeure d’un vampire. Il fut tiré de sa rêverie par la voix du seul occupant de la pièce :

-Vous… Mais je vous reconnais ! Vous étiez dans l’unité de Karl. Qu’est-ce que vous faites ici ?

Friedrich tourna la tête en direction de son interlocuteur. Assis à l’une des tables, Taedril finissait son repas tranquillement, interrompu par l’arrivée impromptue du guerrier. Friedrich se rappelait l’elfe. Il les avait sauvés lors de la première attaque. Alors que faisait-il là à festoyer. Taedril aperçut que l’ancien membre d’unité n’avait plus toute sa tête et comprit à sa tenue qu’il devait s’être échappé de son cachot par un coup de chance qu’il ne s’expliquait pas. Adoptant un ton arrogant, il reprit :

-Vous devriez être mort. Je ne comprends même pas que ce fou d’Arenberg vous ait gardé en vie jusque-là. Les projets de ce vampire m’échappent vraiment.

Friedrich plissa les yeux en fixant le magicien, forçant son esprit à se souvenir par tous les moyens de son prénom. Il lui revint dans un éclair de conscience passager :

-Taedril. Qu’est-ce que vous faites ici ?

L’elfe tiqua. Visiblement le guerrier ne l’écoutait absolument pas. Une grimace de dégoût déforma l’espace d’une seconde les traits fins de son visage.

-Visiblement votre captivité n’a pas amélioré vos compétences intellectuelles déjà réduites. Vous représentez un danger à vous promener en dehors de votre cage misérable créature. Vous n’êtes qu’un de ces pathétiques soldats fait pour suivre les ordres. Mais vous n’avez même pas été fichu de vous faire massacrer au même titre que vos confrères. Je vais tâcher de réparer cette erreur.

Taedril se leva, repoussant son siège d’un mouvement brusque. L’esprit embrumé par la folie de Friedrich réagit trop tard pour esquiver la première incantation du mage. Un éclair de lumière blanche traversa la pièce et le frappa à la jambe. La douleur explosa dans le mollet de Friedrich qui s’écroula dans un râle en se tenant le membre pour endiguer la souffrance qui le tiraillait. Il n’y avait plus de doutes possibles : Taedril voulait le tuer. Il se releva avec difficulté et jaugea l’elfe d’un air de défi. Le mage le jaugeait, le regard amusé mais duquel transparaissait l’inextinguible pointe d’arrogance et de dégoût qui le caractérisait. Il avait l’intention de faire durer le plaisir face au faible adversaire que représentait l’humain à ses yeux.

-Pourquoi est-ce que tu m’attaques elfe ! Nous sommes dans le même camp !

Taedril mit quelques instants à comprendre les paroles du guerrier puis partit d’un grand éclat de rire aux accents machiavéliques.

-Tu es décidément bien pitoyable. Je n’ai que faire de ton soi-disant camp. Je ne suis là que pour la puissance. Cela fait des mois que je travaille sur cette source d’énergie qui se trouve à quelques pas dehors. Mes études m’ont permis de décrypter tous les méandres de ce vortex magique. J’ai réussi à cacher ma découverte aux membres les plus influents des écoles de magie. Ça m’a demandé de nombreux efforts mais j’y suis parvenu. Le plus difficile était de trouver une escorte pour m’y mener. Je me suis arrangé avec vos supérieurs. Les humains sont si prêts à vous servir dès qu’on leur promet un peu de pouvoir. Votre seule mission était de me mener jusqu’au château de ce vampire afin que je puisse extraire toute la puissance du vortex. Mais vous avez échoué et j’ai dû m’arranger autrement. Heureusement que le maître des lieux est tout aussi stupide que vous. On devine qu’il était des vôtres dans sa véritable vie.

Friedrich avait écouté tout le discours de Taedril mais n’en avait saisi que les cinq premiers mots. Il s’écria :

-Tu m’insultes ! Je vais te massacrer !

Taedril leva un sourcil. Comment cet humain espérait-il gagner vu son état. Il murmura quelques mots et une boule de flammes se matérialisa au creux de sa main. Prenant un instant pour viser, il tira en direction de Friedrich. Cette fois, le guerrier avait anticipé l’attaque et se déporta sur le côté au dernier moment tout en s’élançant vers lui. Sans bouger, Taedril lança à nouveau deux projectiles que Friedrich évita également malgré sa jambe endolorie. Il n’était plus qu’à quelques mètres du sorcier et il profita de son élan pour attraper un couteau à la lame effilée qui trainait sur une table proche. Taedril incanta un nouveau sortilège mais Friedrich fut plus rapide et porta un coup en direction du visage de l’elfe. Celui-ci eut juste le temps de se reculer, la lame entamant sa peau nacrée tout le long de sa joue. Friedrich porta un nouvel assaut, emporté par sa rage. Mais ses mouvements étaient désordonnés et Taedril parvint à éviter l’attaque avec facilité en se décalant sur le côté. Emporté par sa propre force, Friedrich faillit tomber en avant mais se rattrapa à temps. Se retournant prestement, il voulut prendre le mage par surprise et lança le couteau dans sa direction. La lame siffla en fendant l’air. Taedril ne parvint pas à l’esquiver à temps et l’arme se planta dans son bras, lui arrachant un cri de douleur. Son dégoût s’était mué en haine désormais alors qu’il regardait le guerrier foncer de nouveau sur lui. Friedrich attrapa l’elfe à la gorge et resserra sa poigne sur son cou jusqu’à s’en fait pâlir les phalanges. Taedril commençait à suffoquer, tentant vainement d’attraper le poignet de l’homme pour lui faire lâcher prise. Friedrich avait gagné, il exultait, le sang battant ses tempes au rythme du souffle qui s’échappait du corps de l’elfe.

Soudain, il sentit son bras faiblir. Ses muscles devenaient lourds. Sa poigne se fit moins puissante. Il regardait son bras sans comprendre. Sous ses yeux médusés, il vit sa peau virer du rouge au gris, puis se détacher lentement, révélant la chaire dégoulinante de sang. L’instant d’après ses muscles tombaient en poussière, ne laissant plus que deux os blancs qui se détachèrent de son épaule dans un craquement sinistre. Attrapant son moignon, il tomba à genoux en criant, tant de douleur que d’incompréhension. Taedril s’était relevé, tenant toujours le poignet de Friedrich dans sa main de laquelle émanait une lumière verdâtre qui acheva de transformer le membre robuste du guerrier en un petit tas de poussières insignifiantes. Massant son cou endolori qui portait encore les traces des doigts de Friedrich, Taedril s’approcha de son adversaire qui hurlait toujours la perte de son bras. Le sourire qui s’étala sur son visage n’avait plus rien d’humain, plein de haine vicieuse et exprimant toute sa joie de voir l’humain souffrir.

-La nécromancie effraie toujours un peu la première fois qu’on en voit. Comme tu peux le constater, mon nouveau maître n’a pas trainé pour engager les termes de son contrat. Tu meurs ici ignoble vermine.

Friedrich releva la tête vers la voix qu’il entendait au loin. Le visage de Taedril, ses lèvres qui bougeait et le son sourd qui en émanait. Ses yeux se révulsèrent et il tomba évanoui sur le sol, terrassé par la douleur. Taedril jugea l’ancien guerrier une dernière fois :

-Même tes derniers instants n’ont rien de glorieux. Tu auras été fidèle à ton image de brute écervelée jusqu’au bout.

Le mage elfe incanta un ultime sort, faisant matérialiser une boule de feu dans sa main. La mort prit Friedrich sans même qu’il ne s’en rende compte.


Dernière édition par Lyanden le Dim 17 Juin 2012 - 12:45, édité 1 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Dim 17 Juin 2012 - 11:29

Citation :
Taedril s’était relevé, tenant toujours le poignet de Taedril dans sa main
La seule petite incohérence trouvée

J'aime bien ce genre d'intermède, surtout quand c'est pour nous révéler de sombres desseins...

Suite suite suite !

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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Dim 17 Juin 2012 - 21:06

Love Love Love continu comme ça c'est super Cool
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Thomov Le Poussiéreux
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Jeu 28 Juin 2012 - 10:48

Bon!
J'ai finalement rattrapé tout mon retard! cheers
Tout est excellent, vraiment. Les personnages sont plutôt savoureux et j'en vient même à déplorer la mort de Friedrich qui faisait une brute tout à fait attachante.
L'Elfe renégat est lui aussi assez bien pensé, et on ne doute pas que ses relations avec le Vampire vont être de plus en plus délicates.

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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mar 24 Juil 2012 - 0:48

Une petite partie qui se recentre sur Karl, toujours en mauvaise posture. Il s'agit d'une partie plus courte que les autres, mais cela relève du fait que je n'avais pas envie de fractionner la suivante, qui au passage sera beaucoup plus longue (peut-être le double de celle-ci) et qui constituera la fin de la nouvelle (ou tout du moins cette première partie, je verrai par la suite si je me lance dans la seconde ou bien si je change complètement, vous me direz ce que vous préférez, si cela vous plaît toujours bien entendu).

Comme d'habitude, j'attends vos remarques en tout genre, compliments comme délations, voire dédipix mammaires si jamais il vous en prenait l'envie. Sur ce, bonne lecture!


Tous les couloirs du château d’Arenberg se ressemblaient, longs, larges, de la même pierre grise et froide qu’une tenture écarlate ornait de temps à autre, si bien que Karl avait perdu toute notion du temps en suivant le vampire dans le dédale des corridors de son domaine. Ses jambes étaient encore endolories suite à son long séjour en cellule à ne pouvoir bouger, et il dut reprendre plusieurs fois son souffle, ce qui semblait exaspérer le comte Waldeck qui claquait sa langue contre son palais à chaque fois que le capitaine impérial exigeait une pause. Ils arrivèrent finalement devant une porte finement ouvragée, parée de multiples ornements de métaux précieux qui dessinaient un ensemble complexe de filigranes dorés. Le linteau se démarquait du reste du mur, taillé dans une roche sombre, plus noire encore que l’obsidienne, sur laquelle on avait gravé différentes scènes de massacres orgiaques. Le battant de la porte, légèrement ouvert, laissait filtrer quelques rayons d’une lumière pâle qui s’étendait sur le long tapis rouge qui recouvrait tout le couloir dans lequel se trouvait la pièce.

Ereinté, Karl n’y prêta qu’une attention passagère, attendant avec résolution de connaitre le sort qu’on lui réservait. Le vampire était certes fantasque, mais il ne pouvait pas croire qu’Arenberg le laisserait en vie juste par plaisir. La créature de la nuit écarta la porte, pénétrant dans la pièce, suivi par le capitaine. Il s’agissait d’une chambre, toute de la même pierre noire que le cadre de l’entrée. Un nombre improbable de bougies se consumaient lentement, disposées sur les rares meubles de bois précieux ou à même le sol. Un immense lit trônait au centre des lieux, sur lequel avaient été placés de fins draps blancs de soie fine. Mais tout ce qui retint l’attention de Karl, c’était la jeune femme qui se tenait à genoux sur les couvertures. Il n’en avait jamais vu d’aussi belle : la peau de couleur perle faisait ressortir des lèvres pulpeuses et purpurines, surplombées d’un petit nez fin, encadré de deux grands yeux sombres dans lesquels le capitaine se perdit l’espace d’un instant, vacillant sur ses jambes affaiblies. De longs cheveux raides tombaient de chaque côté de ce visage exquis, quelques mèches se perdant le long d’une poitrine rebondie à peine cachée par la tunique transparente de cette magnifique créature.

Elle releva la tête vers les nouveaux arrivants, interrogeant le vampire de son regard profond. Le comte se tourna vers Karl, un mince sourire dans lequel se devinait sa folie caractérielle illuminant ses traits l’espace d’un instant.

-Voici ma sœur, la comtesse Maria Von Arenberg. Maria, je te présente Karl, l’invité dont je t’avais parlé. Il semble un peu faible pour le moment mais je suis sûr qu’il sera de bonne compagnie après un bon repas.

Sans rien dire de plus, le vampire tourna les talons et quitta la chambre, refermant la porte derrière lui, abandonnant Karl à la sulfureuse comtesse. Reportant le regard sur la femme, Karl poussa un petit cri de surprise en constatant qu’elle se tenait à quelques centimètres de lui, ayant parcouru la distance qui les séparait en moins d’une seconde et sans le moindre bruit. Ses dernières forces le quittant sous l’effet de la peur, le capitaine tomba au sol, les yeux écarquillés devant son hôtesse. Devant un tel spectacle, cette dernière laissa échapper un petit rire cristallin qui résonna à travers la pièce. La lumière vacillante des flammes des bougies ne parvenaient pas à illuminer le visage de Maria, caché derrière ses longs cheveux, ce qui lui conférait un air froid et ténébreux. La vampire se mit à genoux en face de Karl, qui ne parvenait pas à esquisser le moindre geste et restait assis bêtement par terre.

-Bonjour mon très cher capitaine. Mon frère m’a longuement parlé de vous. Vous venez de très loin pour nous rencontrer et vous avez traversé de terribles épreuves. C’est une exquise attention de votre part.

Sa voix était douce et mielleuse, mais le soldat de l’Empire y décelait une pointe glacée, tranchante, l’accent hautain et impitoyable propre à la noblesse vampire qu’elle ne parvenait pas à dissimuler complètement. Après un séjour au cachot, de consternantes révélations, une exposition à la magie pure et une marche sans fin à travers les couloirs du château, l’esprit de Karl n’était plus prompt à la réflexion. Plus rien n’avait d’importance pour lui si ce n’était son désir primal de survie. La gorge nouée et la voix tremblante, il demanda :

-Que va-t-il m’arriver ? Vous allez me tuer comme les autres n’est-ce pas ?

Une ombre passa sur le visage de la vampire tandis qu’une grimace offusquée déformait ses traits délicats. Elle se releva et se dirigea vers une commode proche sur laquelle on avait posé une coupe remplie d’un raisin frais et gorgé d’eau. Tout en attrapant un des grains du fruit et en le faisant rouler entre ses doigts, contemplant le mouvement de la petite bille sombre, elle répondit :

-Vous tuer ? Mais vous n’y pensez pas sérieusement Karl ? Vous êtes notre invité ! Il y a tant d’années que je n’ai pas eu quelqu’un avec qui parler. Mon frère est quelqu’un de très occupé et il n’a que peu de temps à me consacrer. Et on ne peut pas dire que les membres de sa garde soit du genre à tenir une conversation plus de deux minutes. J’ai été si heureuse lorsqu’il m’a annoncé que j’allais enfin avoir un confident.

Karl n’en revenait pas. Si le comte lui avait paru fou, il était extrêmement sain d’esprit en comparaison à sa sœur. Ou bien ils se jouaient de lui, souhaitant entretenir la peur jusqu’au bout avant d’en finir avec lui. Mais il était trop fatigué pour envisager de telles options, même s’il était probable qu’il ne verrait pas l’aube se lever après tout ce qu’on lui avait laissé découvrir. Attrapant une grappe, la comtesse revint vers le capitaine impérial.

-Vous devez avoir faim. Waldeck dit que ça fait trois jours que vous n’avez pas mangé. Je suis désolée, je n’ai qu’un peu de raisin à vous proposer. Vous l’apprécierez sûrement plus que moi. La nourriture humaine me parait si… fade.

Il sembla à Karl qu’un voile de tristesse était passé sur les yeux de Maria alors qu’elle disait cela, immédiatement remplacé par un sourire magnifique laissant apparaitre deux rangées de petites dents rondes et blanches, à l’exception des quatre grands crocs qui rappelaient consciencieusement la véritable nature de cette femme.

-Allons-y Karl, racontez moi le monde. Je veux tout savoir, tout connaitre. Votre ami l’elfe n’a rien voulu me dire. Quel petit insolent. Ce n’est pas parce qu’il traite avec mon frère de je ne sais quelle cabale qu’il a le droit de m’ignorer de la sorte.

Karl se raidit, relevant la tête vers la vampire. Taedril était donc en vie. Mais ce qui le perturbait encore davantage, c’était ce qu’avait dit Maria ensuite. « Traiter avec mon frère ». Taedril les avait donc trahis ? Ou bien menait-il un plan pour tenter de s’échapper ? Quoi qu’il en soit, il semblait évident qu’il devait le retrouver, même si les chances de fuir le château étaient infinitésimales. Cependant, il était vraiment trop faible pour tenter de fausser compagnie à Maria, d’autant plus qu’elle semblait de plus en plus insistante pour s’entretenir avec lui. Retournant le problème sous tous les angles, il ne parvenait pas à trouver une solution. Alors qu’il gobait quelques grains de raisins, s’étonnant de leur comestibilité, Maria reprit la parole :

-Vous n’êtes pas très bavard. Vous semblez avoir faim. Nous devrions aller nous joindre à mon frère et cet elfe que je n’aime pas, ils doivent être en train de dîner.

Sans lui laisser le temps de répondre, la vampire attrapa le poignet de Karl, le relevant d’un geste sec à la force prodigieuse pour une jeune fille de sa carrure, et s’élança dans le couloir toujours en tenant le capitaine par le bras.
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mar 24 Juil 2012 - 13:45

J'ai rattrapé mon retard moi aussi, et je n'ai qu'une chose à dire :

TAEDRIL, ENFOIRÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ!!

Non, sérieusement, c'est toujours très agréable à lire, tes personnages sont intéressants et pas trop caricaturaux (surtout Maria, qui me parait très...particulière). Comme l'a dit Thomov, ils ont tous une personnalité distincte qui les rend attachants.

J'attends donc la suite avec impatience, le dénouement approche.
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 3 Aoû 2012 - 9:20

Géééniiiiiaaaleeeee...
Les descriptions que tu fais sont magnifiques...
Oh Maria, ma douce Maria...
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Arken
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Sam 4 Aoû 2012 - 15:28

Enfin une fille dans cette histoire !
Bizarre... Pourquoi ne suis-je pas étonnée de la mesquinerie de Taedril ?

Suite suite suite !!

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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 16 Nov 2012 - 3:20

Pfiou, cela fait bien longtemps que je n'ai pas écrit sur le forum, et je me rends compte que je n'ai toujours pas posté la dernière partie promise il y a de cela quelques mois maintenant! Honte à moi... Cette erreur sera réparée d'ici la fin de la semaine, promis!
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Lyanden
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Jeu 22 Nov 2012 - 19:07

Comme convenu, voici la suite de mon récit, le post d'Arken sur sa propre histoire m'ayant motivé à finir mon écriture en cours. J'avais promis la fin dans la partie précédente, mais je me rends compte que tout mettre en une fois aurait été trop d'un coup, la partie que je poste aujourd'hui étant déjà elle-même plus longue que celles que j'ai pu faire précédemment. Quelques dialogues, l'ambiance qui s'installe doucement en prélude de la conclusion, de la bagarre... J'espère que tout cela vous plaira. Et cette fois je vous promets la fin dans mon prochain post! Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à donner votre avis, comme d'habitude Happy

Taedril tenait la lettre serrée dans sa main depuis maintenant plusieurs minutes, les dents serrées. Il connaissait son contenu par cœur à force de l’avoir lu et relu, et chaque fois sa frustration empirait davantage. Le contenu était simple et concis. Un ordre, deux courtes lignes d’encre noire lui intimant de réussir, auxquelles on avait apposé le sceau du Maître, une fleur de lotus aussi sombre que la nuit. La source de toute la puissance nécessaire à l’accomplissement de leur plan n’était qu’à quelques pas, séparée de lui par un mur de pierres froides. Il ne pouvait échouer. La mort serait un châtiment trop doux en comparaison de ce qui l’attendait si jamais il revenait au domaine sans ce qu’on attendait de lui. L’elfe crispait si fort sa mâchoire que l’entaille sur sa joue provoquée par Friedrich quelques heures auparavant se rouvrit, laissant perler une goutte de sang qui s’écoula le long de sa peau nacrée. La chaleur du sang lui fit malgré tout reprendre ses esprits, et il secoua la tête comme pour chasser les pensées qui l’assaillaient depuis qu’il avait quitté la salle où il avait mis fin à l’existence de ce barbare inconscient. L’achever comme il l’avait fait était peut-être le meilleur cadeau qu’il aurait pu lui faire, son corps calciné ne pourrait ainsi jamais rejoindre les rangs de guerriers non-morts de Von Arenberg.

Repenser au nom du vampire fit presque défaillir Taedril à nouveau. Il était le seul obstacle qui se dressait entre lui et le vortex. Cet imbécile ne s’en servait que pour relever la poignée de morts qui avoisinaient les environs du château, pensant lever une armée suffisante pour renverser l’Empire. « Quelle stupidité, pensa le mage. Un tel pouvoir ainsi gaspillé… Comment cet idiot a-t-il réussi à concentrer autant de magie en un seul endroit sans que toute la région n’explose… »

On frappa à la porte de sa chambre, ce qui le ramena de nouveau à la réalité. Sans attendre la réponse de Taedril, une jeune vampire s’était déjà glissée dans la pièce et faisait face à son occupant qui avait relevé un sourcil en signe d’étonnement. Ses traits fins et sa chevelure sombre rappelaient Maria, la sœur du comte, mais elle était bien plus petite et dans son regard brillait la flamme d’une jeunesse non consumée que même la mort n’avait su lui ôter. Elle fit une courte révérence, les plis de sa longue robe noire suivant gracieusement son mouvement souple. D’une voix claire et douce, elle se présenta :

-Bonjour seigneur Taedril. Je suis Clarissa Von Arenberg, nièce du seigneur Von Arenberg. On m’a envoyé vous quérir car nous allons bientôt passer à table pour le dîner, et votre présence ravirait votre hôte.

Taedril tiqua. Von Arenberg ne s’embarrasserait pas de telles formalités de courtoisie, et il se serait contenté d’envoyer un revenant ou un zombie quelconque pour aller le chercher. Quelque chose n’allait pas, le vampire voulait garder un œil sur lui. Il devait commencer à se douter qu’il n’était pas là uniquement pour se mettre à son service et en apprendre plus sur la nécromancie. Clarissa restait immobile au milieu de la chambre, attendant qu’il réagisse et donne sa réponse. Estimant qu’il n’avait pas le choix, l’elfe se leva de son lit et soupira :

-Si le seigneur Von Arenberg l’exige… ne le faisons pas attendre davantage.

Clarissa sourit, révélant une rangée de dents éclatantes à laquelle les deux canines surdéveloppées conféraient un aspect carnassier. La jeune vampire tourna prestement les talons et repassa la porte de la chambre pour attendre Taedril dans le couloir. Resté seul un instant, le mage incanta quelques mots de pouvoir, invoquant une flamme dorée au creux de sa main qui tenait toujours le parchemin de son maître. Le vélin s’embrasa instantanément sous le regard de l’invocateur, perdu dans la contemplation de ce minuscule brasier noircissant le papier. Laissant nonchalamment tomber les derniers restes cendreux de sa missive, il sortit à son tour.

Karl prit place à la table, juste en face du comte vampire, Maria à ses côtés, ne voulant plus quitter son nouveau compagnon. Le simple fait de s’assoir lui laissa échapper un soupir d’aise, ses articulations douloureuses n’ayant eu aucun moment de répit au cours des derniers jours pour se reposer ne serait-ce qu’un instant. La peur ne quittait pas le capitaine impérial, lovée au fond de son estomac en une boule douloureuse dont il ne parvenait pas à se départir. Il avait beau avoir affronté toutes les horreurs du Vieux Monde au cours de sa vie, le fait d’être retenu en captivité de la sorte par ses créatures le faisait suffoquer. Sur le champ de bataille, il fallait se battre, rester en vie coûte que coûte et décimer chaque ennemi vous faisant face. Dans la situation présente, il était sans défense, le jouet de la volonté de ses monstres immortels et littéralement fous du peu qu’il avait pu en juger. Les lèvres d’Arenberg s’étirèrent en un mince sourire tandis qu’il jaugeait son invité. Les humains avaient rarement le privilège de s’assoir à cette table, se contentant en général vidés de tout leur sang dans les assiettes en fine porcelaine du maître des lieux, qui se complaisait à appliquer certains codes de bonne-tenue bourgeoise à ses massacres les plus sordides. Karl sursauta lorsqu’il prit la parole, de sa voix douce et impérieuse à la fois qui ajoutait à son charisme morbide :

-J’espère que vous avez eu le temps de vous reposer un peu. Je pense que le dîner vous remettra d’aplomb capitaine. Il est rare que nous ayons à préparer une cuisine un peu plus raffinée que celle que nous avons l’habitude de manger. Mais dans la mesure où vous êtes deux ce soir à nous rejoindre, j’estime que l’occasion est bien choisie.

A cet instant, la porte de la salle s’ouvrit, laissant pénétrer dans la salle Clarissa et Taedril, qui rejoignirent rapidement la table, chacun s’asseyant d’un côté d’Arenberg. Karl ne put s’empêcher de fixer l’elfe d’un regard rond. S’il avait eu confirmation que le mage était bien en vie, le fait de s’en assurer de lui-même le laissait pantois. Taedril était un allié puissant, et cela laissait supposer qu’il existait encore une chance de s’échapper du manoir en trompant la vigilance du comte. Cependant, Maria avait fait mention du fait qu’il était en pleine négociation avec le vampire. Fallait-il voir là la marque de la trahison ou bien l’établissement d’un plan pour garantir leur survie ? Karl ne savait que penser de la situation, les pensées se bousculant dans son esprit alors que la fatigue accumulée depuis plusieurs jours l’empêchait de se concentrer sur ces dernières.

Le vampire attrapa une coupe en or finement ciselée contenant un liquide rouge et épais, dont Karl pouvait imaginer la nature, et la porta longuement à ses lèvres, buvant à grandes traits le sang frais. Reposant son verre, il sourit de nouveau, intimant qu’on apporte à ses invités de quoi se nourrir. Deux vampiresses arrivèrent, légèrement vêtues, portant des plats garnis de chair et de légumes fumants qu’elles posèrent devant l’elfe et l’humain.
« Arenberg sait bien s’entourer… Il doit y avoir un nombre impressionnant de vampires qui vivent ici », pensa le capitaine en se servant, la peur ne parvenant plus à couper la faim qui le tiraillait depuis trop longtemps. Taedril jaugeait les assiettes, un sourcil levé en signe de dédain, se contentant de se servir un peu de vin avant de se tourner vers son hôte :

-Qu’est-ce que fait cet humain ici ? Encore une de vos excentricités comte ?

Un voile passa sur le visage du vampire, qui perdit son sourire pour faire face à son tour à son interlocuteur, lui répondant d’une voix grave :

-Je me lasse de vos petits sursauts d’humeur mage. Je pense que vous oubliez que vous êtes ici chez moi et qu’il convient de me porter plus de respect que cela, notamment concernant mes décisions personnelles. Votre inconscience me déplait fortement elfe, et je crains que vous n’ayez perdu le sens commun si vous vous pensez apte à me piquer au vif de la sorte.

Taedril garda le silence. Ses mots avaient dépassé sa pensée à la vue du capitaine, et il savait qu’il ne pouvait pas se mesurer au comte, du moins pas dans cette situation. Pour l’homme, il n’aimait pas savoir qu’il restait encore des témoins de ses plans un peu trop vivants à son goût. Il devrait s’en occuper le moment venu. Quant à Karl, il avait maintenant la preuve que Taedril ne comptait pas le sauver. L’elfe les avait trahis, pour quelques raisons obscures. Pourquoi les avoir sauvés si c’était pour les abandonner à la mort par la suite ? Se murant dans le silence équivoque qui retombait sur la froide assemblée, le soldat se concentra sur sa nourriture, tentant de faire abstraction de son destin désormais tout tracé mais auquel il parvenait de moins en moins à se résigner.

Le repas se finit sans qu’aucun autre mot n’ait été prononcé, les vampires se contentant d’attendre que leurs invités aient fini de boire ou manger. Quand il estima que le dîner était fini, le comte se leva, se drapant dans sa cape d’un geste à la limite du théâtral, et salua Karl d’un discret hochement de tête.

-Le jour ne va pas tarder à se lever et je me dois de retrouver mes quartiers. J’espère que j’aurai le privilège de vous revoir tout à l’heure chers amis.

Son sourire trop large laissait deviner que cette invitation n’était qu’un ordre donné poliment. Les deux vivants acquiescèrent, ne cherchant qu’à quitter la salle et l’oppressante présence du vampire, qui sortit dignement, le son de ses bottes de plates raisonnant contre le sol pavé même lorsqu’il eut disparu dans les ténèbres du couloir. Maria ne laissa pas le temps à Karl d’esquisser le moindre mouvement qu’elle lui avait déjà attrapé la main et le tirait avec une force aussi insoupçonnée que surhumaine vers la chambre qu’ils avaient quittés une poignée d’heures auparavant. Clarissa quant à elle se tourna vers l’elfe, son sourire aiguisé déformant les traits fins de son visage blanc faisant frissonner l’elfe d’horreur et de dégoût.

-Si vous voulez bien me suivre, je vais vous reconduire à votre chambre.

Lui tournant le dos, elle s’engagea dans le couloir. L’elfe demeura interdit un court instant. Il pouvait se débarrasser de ce monstre s’il le désirait. Un simple sort bien placé alors qu’elle ne prenait pas garde à lui suffisait amplement. Aussi puissante qu’elle était, cette créature avait été humaine autrefois, et sa peau pouvait s’embraser tout aussi facilement que par le passé. Son hésitation fut sans doute trop longue, la jeune vampire se retournant vers lui pour vérifier qu’il suivait bien. Taedril se renfrogna. De toute manière, il n’avait que quelques heures à attendre avant d’avoir toute liberté pour agir : le soleil serait son allié, affaiblissant assez ces bêtes pour qu’il puisse œuvrer sans être gêné par les propriétaires des lieux. Le mage disparut à son tour dans les ombres, un sourire cruel se dessinant l’espace d’une seconde sur son visage impassible.

Le soleil n’était pas encore très haut dans le ciel, mais déjà il rougissait les fins rideaux de soie tirés sur la fenêtre par les bons soins de Maria. La vampire avait déshabillé le capitaine et s’était couchée nue à ces côtés, son corps gelé contre celui de Karl, qui, horrifié par cette sensation abjecte ne parvenait pas à trouver le sommeil. La créature avait bien tenté quelques avances qu’il avait réussi à repousser maladroitement, Morrslieb bien que caché par les épaisses pierres du castel, opérant déjà sur les créatures de la nuit, affaiblissant Maria jusqu’à ce que force ne soit plus que celle de la femme fragile qu’elle avait dû être autrefois. Le manque de sommeil faisait délirer Karl. Son regard perdu sur les tentures du baldaquin du lit, il pouvait voir l’étoffe se déformer, prenant successivement la forme du visage de ses anciens compagnons, de crânes aux orbites vides, de Taedril et Friedrich et finalement du vampire, toujours affublé de son sourire primal. Tout dans ce château n’était que mort et peur. Le laisser en vie était une punition presque pire que de la lui ôter, l’ambiance lourde et oppressante des lieux se joignant à l’attitude si étrange des vampires qui devaient prendre un plaisir pervers à le voir ainsi terrifié. Repensant aux mots d’Arenberg quant aux véritables idéaux de ses supérieurs, il se rendit soudainement compte que tout l’avait abandonné. Perdu au beau milieu de la Sylvanie, sans frères d’arme, sa propre patrie l’avait trahi, l’utilisant comme un simple sacrifice nécessaire à estimer la puissance du comte.

Devant l’horrible réalité, le capitaine se leva doucement, ne voulant pas prendre le risque de réveiller Maria qui reposait à ses côtés, un corps mort dont le souffle inexistant ne soulevait pas le drap qui recouvrait ses formes parfaites. A tâtons, il chercha la table basse près de l’entrée, sur laquelle reposait un fin couteau, sûrement destiné aux jeux morbides de la vampire. Attrapant fermement le manche de l’arme, il posa la lame glacé sur sa gorge, fermant les yeux et adressant une ultime prière à Sigmar, l’implorant de l’aider à trouver la paix dans la mort et de brûler son corps par son feu sacré afin que ces monstres ne puissent l’utiliser. La lame mordait déjà son cou tendu, le capitaine sentant quelques gouttes de sang à peine tiède couler le long de sa peau. Inspirant une ultime fois, il appuya sur le manche.

Taedril avait préféré attendre un peu avant d’agir. Il fallait s’assurer qu’il ne serait pas gêné dans ses plans, et pour cela il n’avait besoin que de la lumière du soleil. Clarissa l’avait raccompagné jusque dans ses appartements, fermant la lourde porte derrière elle. L’elfe avait entendu le bruit de la clé tournant dans la serrure, l’enfermant dans la luxueuse geôle qu’était cette chambre, mais il n’en avait que faire. Une simple incantation avait suffi à faire sauter le métal fragilisé par le temps. Avant de s’attaquer à Arenberg directement, il devait s’occuper de Maria et Clarissa. Il avait appris au cours des derniers jours qu’au-delà du simple fait qu’elle soit sa sœur, Maria était également un garde du corps redoutable pour le seigneur vampire, et qu’il ne lui aurait fallu qu’un seul instant pour rejoindre Waldeck si elle pressentait le moindre danger. Quant à Clarissa, elle l’effrayait, et cela constituait une raison suffisante pour qu’elle meure une deuxième fois, de manière plus définitive.

Avançant à travers le dédale des longs couloirs du château, l’elfe retrouva rapidement le chemin de la chambre de Maria. La vampire semblait s’amouracher de tout ce dont le cœur pouvait encore battre et l’avait trainé jusqu’ici dès qu’il avait fini de s’entrainer à la nécromancie avec le comte. Il secoua la tête en souriant. Il avait eu une chance insolente que le vampire soit assez fou pour accepter un vivant comme apprenti et croire à ces balivernes, malgré les récents indices qui poussaient à croire qu’ils entretenaient quelques soupçons. Taedril poussa la porte de la chambre, sans un bruit, prêt à déchainer sa puissance si jamais Maria l’attendait. Dans l’embrasure de la porte, il vit tout d’abord la vampire couchée dans le lit. Mais un autre bruit attira son attention, celui de Karl qui semblait chercher quelque chose. Il l’observa un instant. Le capitaine semblait totalement horrifié, ses yeux ronds et vides de toute expression. « Il doit avoir cédé à la démence. L’esprit humain est si faible. », pensa-t-il. Il observa l’homme qui avait finalement trouvé ce qu’il cherchait, un couteau qu’il tenait contre sa gorge, balbutiant quelques mots que le mage n’arrivait pas à entendre. Alors qu’il souriait intérieurement, heureux de constater qu’il n’aurait pas à s’occuper du capitaine, un plan se mit à germer dans son esprit. Une garantie supplémentaire qui assurait un peu plus la réussite de son plan. Et cette garantie se trouvait en la personne de Karl. Agissant avant qu’il ne soit trop tard, l’elfe incanta à mi-voix un bref mot de pouvoir. Les muscles de la main de l’humain se relâchèrent, faisant choir la lame au sol alors qu’il s’apprêtait à se trancher la gorge. Par un heureux miracle, l’arme tomba sur la tunique de Karl laissée par terre par Maria, étouffant le bruit de la chute sur les dalles noires.

Karl resta sans bouger un instant, ne comprenant pas pourquoi il était encore vivant. Une vive douleur parcourut les muscles de sa main paralysée par la magie de l’elfe et il étouffa un cri de surprise en recouvrant l'usage de son membre. Relevant la tête, il distingua Taedril dans l’encadrement de la porte, qui l’observait avec un mince sourire. Le mage lui intima de ne pas bouger et de se taire par quelques gestes de la main. Le capitaine ne savait comment réagir. La brusque apparition de l’elfe lui avait fait oublier ses intentions suicidaires, chassées par l’incompréhension de la situation. Taedril l’avait empêché de mourir. Peut-être qu’au final il souhaitait vraiment l’aider à s’enfuir, que tout ce qu’il avait dit tout à l’heure n’était que pour mieux tromper la vigilance du comte ?

Le mage s’était déjà glissé à l’intérieur de la chambre et avait rejoint le lit où reposait toujours Maria. Commençant une longue incantation, Taedril se concentrait sur la vampire. Il n’avait pas le droit à l’erreur et devait agir vite. Karl s’était tourné vers le spectacle qui s’offrait à lui. Son allié elfique s’apprêtait à mettre fin à la vie d’un de ces monstres, il avait vu juste. Il s’avança vers le lit pour mieux profiter de la vue, fasciné par les flammes dorées qui naissaient dans les mains du mage. Mais ses pieds se prirent dans la tunique qui trainait toujours là, éjectant le couteau contre le sol froid, la lame raisonnant sinistrement contre la pierre. Le temps sembla se figer un instant tandis que les paupières de Maria s’ouvrirent d’un seul coup et ses yeux sombres se posant sur le mage qui avait été surpris par le tintement du métal. Taedril eut à peine le temps de se jeter en arrière que les griffes de la créature griffaient l’air à l’endroit où se trouvait sa tête une seconde avant. Maria attaqua une nouvelle fois, bondissant depuis le lit sur le mage avec une rapidité inhumaine. La tête de l’elfe se cogna contre le sol, lui arrachant un cri de douleur tandis que la non-morte le plaquait contre les pierres. La main de Taedril brassait l’air, se posant sur le manche du couteau qui était tombé non loin. Il porta un coup de toutes ses forces, la lame s’enfonçant de quelques pouces dans le cou de la femme qui hurla en se reculant sur le lit. De la longue entaille suintant un sang noir qui venait tâcher les draps précieux, les imprégnant de l’âcre odeur de la mort. Déjà Maria était prête à attaquer de nouveau, et l’elfe ne dut à nouveau sa survie qu’à une seconde, lançant une boule de feu qui frappa la vampire à la tête, ne lui occasionnant pas plus d’effet que si ça n’avait été qu’un faible coup de poing, à peine suffisant pour la déconcentrer un instant. Taedril ne pourrait pas résister plus longtemps. Préparant un nouvel horion, il hurla à Karl :

-Ouvre les rideaux bon sang ! Dépêche-toi ou nous sommes perdus !

La vampire cessa net sa course en entendant l’ordre de Taedril, demeurant interdite en murmurant :

-Nous ? Tu l’aides Karl ? Tu veux… me tuer ?

L’hésitation de la créature laissa le temps à Karl de réagir. Le capitaine s’était jeté sur les rideaux, les tirant de toutes ses forces. L’étoffe s’arracha dans un bruit de tissu déchiré, les rayons du soleil inondant la pièce, à l’endroit même où la sœur du comte se tenait. Maria tenta de se protéger vainement, levant son bras contre ses yeux tandis que la lumière lui faisait perdre rapidement ses sombres aptitudes. Elle tomba à genoux devant les deux hommes. Taedril se dépêcha d’incanter de nouveau le sort de flammes dorées qu’il avait dû interrompre tandis que Karl tentait d’immobiliser la femme qui tentait déjà de se relever, l’effet de surprise passé. La force du vampire, quoi qu’amoindrie, était toujours supérieure à celle du capitaine éreinté. Elle l’attrapa à l’épaule et le jeta contre le mur de l’autre côté de la pièce, le choc lui arrachant un cri de douleur tandis qu’il sentait une de ses côtes se briser. Les yeux du vampire n’étaient plus que deux puits de haine, la pupille dilatée rappelant celle d’un serpent, tandis que ses crocs lui conféraient l’aspect d’un monstre sanguinaire. Elle se tourna vers Taedril, prête à en finir, et s’arrêta interdite face à l’elfe, qui, souriant, lui dit dans un souffle :

-Trop tard ma jolie.

Les flammes se muèrent en une sphère dorée parfaite que le mage lança avec dextérité sur Maria, qui ne put l’esquiver tant elle était rapide. La boule pénétra la peau de la comtesse, disparaissant dans son ventre. La seconde suivante, la jeune femme fut arrachée du sol par une force invisible, flottant dans les airs en hurlant de douleur, sa peau irradiant de lumière tandis qu’elle rejetait la tête en arrière sous l’effet de la souffrance. Puis tout son corps commença à disparaitre à partir de l’endroit où l’orbe l’avait frappé, rapidement consumé par les flammes blanches du sortilège. Quelques grains de poussière d’or furent bientôt tout ce qui restait de la vampire, tombant sur le sol et se liquéfiant pour être absorbé par la pierre.
Taedril s’accorda un instant pour reprendre son souffle. La lutte avait été extrêmement rapide et intense et il avait besoin de récupérer un peu ses forces. Il se tourna ensuite vers Karl qui se tenait les côtes, le visage déformé par la douleur. L’elfe tiqua. L’humain avait su se montrer utile, comme il l’imaginait, et surtout simple à manipuler. Mais il était aussi responsable du réveil de Maria et blessé comme il l’était il risquait de le ralentir. Il hésita une seconde, ne sachant pas s’il devait l’achever ou le laisser en vie quitte à prendre le risque d’être ainsi retardé dans l’exécution de ses plans. « Dans le pire des cas je pourrai toujours m’en débarrasser plus tard… » pensa-t-il, aidant l’impérial à se relever.

-Tu peux marcher ?
-Je pense que oui. Il ne faudra pas aller trop vite, j’ai un peu de mal à respirer.

L’elfe leva un sourcil. Au moins l’homme était un guerrier et n’était pas du genre à se plaindre. Il avait fait le bon choix en l’épargnant. Maria morte, le seul obstacle qu’il restait entre lui et le vortex était le comte. Cette pensée fit passer un voile devant les yeux du mage. La tâche n’allait pas être aisée, le vampire était autrement plus redoutable que sa sœur. Se tournant vers Karl, il lui dit simplement :

-Allons-y. Le plus dur nous attend. Et après ça nous serons enfin libres.

Ils quittèrent la pièce, s’enfonçant dans le couloir obscur. Sur le sol de la chambre, les timides rayons du soleil révélaient de petites gouttes d’or brillantes.


Dernière édition par Lyanden le Sam 24 Nov 2012 - 16:46, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 23 Nov 2012 - 9:52

Hé bien que tu très bon cette fois encore!
On se... surprends à espérer la mort (et à l'imaginer de plein de façon horrible) de ce damné elfe. Les Vampires pèchent par excès d’orgueil, zauraient dû murer les fenêtres comme tout le monde fait en Sylvanie Smile.

Bref, un petit post qui n'apporte rien mais qui t'enlève la culpabilité de double poster pour envoyer la suite.

Sengh' "père d'la Crypte, ra-conte nous une hi-stoire!"
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Sam 24 Nov 2012 - 10:24

C'est vrai qu'elle est hyper longue la suite Razz

Il y juste un truc qui me chiffonne. Tu dis que la poussière dorée se liquifie pour être absorbée par le sol, et à la fin les rayons du soleil éclairent la poussière... C'est pas logique Fou
Aussi, il y a juste quelques maladresses de syntaxe.
Je n'ai pas trouvé beaucoup de fautes, mais il y en a deux qui auraient pu me faire faire une crise cardiaque Happy

Citation :
l’arme tomba sur la tunique de Karl laissait par terre par Maria,
Citation :
les timides rayons du soleil révélait la poussière d’or brillante.


Sinon, j'adoooore ton histoire Very Happy J'ai hâte de savoir qui va gagner Devil
La suite !!!! Clap Clap

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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Sam 24 Nov 2012 - 12:52

Merci pour les fautes, je tente de me trouver quelques excuses en disant que j'ai tout écrit d'un coup et qu'une fois emporté c'est vrai qu'il en subsiste quelques une malgré la correction que j'effectue au préalable, je me dépêche de corriger. Quant à la poussière oui elle se liquéfie, si ça te gêne à ce point je pourrai mettre quelques gouttes à la place de quelque grains Happy
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Lyanden
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 25 Jan 2013 - 22:25

Me revoilà après une longue absence! Comme promis précédemment, je conclus aujourd'hui la première partie de mon récit avec ce post, qui sera de loin le plus long (désolé à ceux qui liront de la taille!). Le récit s'achève donc ici, et je remercie tous ceux qui l'ont suivis depuis le début, notamment Arken, Arcanide Valtek et Senghien (mais aussi à tous les autres qui se sont plus ou moins manifestés). Une nouvelle fois j'espère que ce texte vous plaira, n'hésitez pas à me faire remonter toutes vos remarques et commentaires. L'histoire s'emballe et se conclut dans une succession d'évènements, sans pour autant révéler tous les éléments qui pourraient servir à une deuxième partie (partie que j'écrirai si l'humeur m'en dit et surtout si cette fin vous convient). Bref, trêve de bavardage, je vous souhaite une bonne (et longue) lecture.

Karl se laissa choir sur le sol, grommelant une injure sous la douleur que ses côtes brisées soulevaient sous sa poitrine. Taedril lui lança un regard hautain duquel transpirait une lueur d’impatience et d’énervement. C’était la quatrième fois qu’ils devaient marquer une pause afin que le capitaine puisse reprendre son souffle, et ce en moins d’une heure de marche. Bien qu’il ait eu le temps d’arpenter les couloirs obscurs au cours des derniers jours, l’elfe ne parvenait pas à s’orienter distinctement, avançant à tâtons le long des immenses corridors de pierres. Il s’était déjà trompé deux fois de direction, ce qui n’avait pas aidé à leur faire gagner un temps qui leur était des plus précieux.
Dès le moment où ils avaient engagé les hostilités en se débarrassant définitivement de la sœur d’Arenberg, ils n’étaient plus les bienvenus… fussent-ils l’avoir été un jour. La découverte de la disparition de Maria signerait leur arrêt de mort immédiat et ils devaient absolument éviter une confrontation avec le seigneur vampire au faîte de sa puissance dès que la nuit serait à nouveau tombée. Le meilleur scénario sur lequel Taedril misait toutes ses chances était de surprendre Waldeck dans son sommeil et de le détruire avant qu’il n’ait le temps de réagir. Le combat précédent contre la comtesse avait éreinté le mage et ponctionné une grande partie de son énergie magique tandis que Karl y avait laissé quelques os. Il ne serait pas d’un immense secours, tout au plus un pitoyable obstacle qu’il pourrait semer dans sa fuite si jamais ses plans venaient à mal tourner.

Ne parvenant plus à supporter la respiration rauque et inégale de l’humain, Taedril lui attrapa le bras afin de l’obliger à se relever. Un craquement sourd résonna dans le couloir et l’espace d’un instant il eut la crainte d’avoir brisé une nouvelle côte au capitaine, le cri de douleur qui s’en suivit le confirmant dans cette théorie. Cependant, à sa grande surprise tout comme à celle de Karl, le soldat se releva et agita doucement son bras, les traits de son visage regagnant un peu de couleur :

-Je crois que… tu m’as remis le bras en place… Je… Je ne sens presque plus la douleur. C’est incroyable !

Taedril leva un sourcil en signe de totale incompréhension. La chance ne l’avait apparemment finalement pas abandonné et il répondit d’un ton cassant :

-Oui. Une antique magie elfique. Je… J’attendais de récupérer un peu avant de pouvoir l’utiliser. Bien, assez perdu de temps maintenant, nous devons avancer. Plus de pause jusqu’à ce que nous soyons au vortex.

Le capitaine acquiesça gravement et se releva prestement, étouffant un nouveau juron lorsque ses côtes cassées lui rappelèrent qu’elles n’étaient pas encore totalement guéries malgré son apaisement. Le souffle toujours un peu court, il emboita le pas à l’elfe qui s’éloignait déjà dans l’ombre du couloir sans même daigner l’attendre.

Alors qu’ils s’engageaient dans un nouveau corridor, Karl fut saisi à la gorge par une odeur âcre de moisissure et de pourriture qui lui fit cracher un relent de bile. Taedril s’arrêta quelques pas devant, cherchant à évoluer la situation et définir l’origine de l’immondice qui allait jusqu’à lui piquer les yeux. Se tournant vers le capitaine, il prononça difficilement quelques mots, gêné par l’air vicié qui se dégageait de l’obscurité qui leur faisait face :

-Je ne sais pas ce qui se trouve dans ce couloir. Probablement quelques charognes. Espérons juste qu’elles ne soient pas en vie.

Jusque-là, ils n’avaient rencontré aucune difficulté pour évoluer à travers le manoir, ne croisant pas un seul vampire ou serviteur mort-vivant. Von Arenberg lui avait fait mention de son dégoût pour tout ce qui touchait à la nécromancie, et notamment les cadavres. Il se plaisait à vivre comme le nobliau qu’il avait dû être auparavant et ne se servait de la magie qu’à des fins utiles ou militaires. De plus, la fréquentation des terres de Sylvanie étant pour le moins assez basse, il n’avait pas besoin d’imposer une garde constante et se contentait d’invoquer ses troupes si le besoin se faisait sentir. Ses craintes éventuelles de toute invasion avaient de plus été balayées par la mise en place du vortex, qui lui conférait une source d’énergie quasiment inépuisable.
« Un bien piètre stratège, pensa Taedril. Enfin… Au moins cela nous facilite-t-il la tâche… ».
L’archimage elfe avait entrepris quelques recherches quant à l’origine de cette telle concentration de magie, le seigneur vampire n’étant pas un grand adepte de l’art nécromantique, il lui aurait été impossible de le mettre au point seul avec l’aide de quelques sorciers. Mais ses questions étaient demeurées sans réponse et Waldeck semblait gêné à chaque fois que l’Asur y faisait mention, se contentant de détourner la conversation vers l’incroyable puissance qu’il dégageait et ses plans déments de conquérir l’Empire en se faisant lever tous les morts du pays.
Une nouvelle vague de puanteur souleva le cœur de Taedril. Les cadavres relevés par la nécromancie voyaient en général leur état de putréfaction arrêté, voire même stoppé lorsque l’incantation avait été menée avec soin. Or ce qui se trouvait devant eux était vraisemblablement resté pourrir ici pendant plusieurs jours. L’elfe tira son poignard rituel d’un des replis de son manteau et enjoignit le capitaine à faire de même. Attrapant le couteau qui les avait presque condamnés une heure plus tôt, Karl se déplaça silencieusement aux côté du mage, prêt à le suivre.

-On ne peut pas prendre le risque d’avancer à l’aveugle ici… Même si ce qui se trouve devant nous est… plus ou moins vivant, et que la lumière risque de l’attirer, nous n’avons pas vraiment le choix.

Joignant le geste à la parole, l’elfe murmura un court mot de pouvoir qui fit jaillir une petite sphère blanche au creux de sa paume. Tendant sa main pointée vers les ténèbres, les deux vivants entreprirent leur progression, pas à pas, à l’aguet du moindre bruit qui pourrait trahir la présence d’une quelconque créature hostile. La pâle lueur de l’orbe magique se reflétait timidement sur les pierres des murs. Soudain, le gris se colora de rouge tandis que l’horreur s’emparait de l’elfe et du capitaine à la vue de la scène que la sphère venait de révéler.
Gisant sur le sol, les cadavres décomposés d’une centaine d’enfants s’étendant jusqu’au bout du couloir tournaient leurs yeux vides vers les deux vivants, leur visage pâle marqué par la même expression de terreur qu’avait provoqué leur dernière vision en ce monde, les lèvres entrouvertes comme s’ils avaient adressé une ultime prière muette afin de les protéger de leur funeste sort. Une épaisse croûte de sang séchée avait durci sur le tapis moisi du corridor à laquelle mêlaient des viscères noirâtres. On avait ôté leurs vêtements et découpé leur peau fine sur toute la longueur de leur ventre, les vidant à même le sol avant de les abandonner au silence de la crypte. Certains avaient été à moitié dévorés, les os à peine nettoyés de leur chair parsemés autour du carnage. Karl resta interdit un instant, puis, enfin conscient de ce qui dégageait cette odeur, elle lui apparut comme un millier de fois pire et il ne put retenir la bile qui lui montait à la bouche. Taedril contemplait la scène, le visage sévère, cherchant à comprendre ce qui avait pu motiver cet acte inhumain. Quel profit le vampire avait-il pu faire en ordonnant ce bain de sang ? Il reprit cependant rapidement ses esprits et pressa Karl :

-On ne peut pas se permettre de perdre plus de temps. Nous devons avancer, nous ne sommes pas loin.

Karl voulut répondre mais l’air vicié qui s’infiltra dans sa bouche au moment où il l’ouvrait lui souleva à nouveau le cœur et il se contenta d’acquiescer. Surmontant leur dégoût du mieux qu’ils le pouvaient, les deux compagnons progressèrent à travers cette nuée de charognes au visage enfantin. Leurs bottes soulevaient un bruit écœurant de succion à cause du sang collant et des restes d’organes nauséabonds qu’ils piétinaient sans s’en rendre compte, mais ne le devinant que trop bien.
L’avancée leur parut interminable et ce fut le soulagement lorsqu’ils sentirent de nouveau la pierre dure sous leurs pieds. Taedril intima à Karl de s’arrêter afin d’arriver à s’orienter, mais le capitaine ne lui laissa pas le temps de s’expliquer, criant :

-Regardez Taedril, la sortie ! Je peux voir la lumière du jour !

L’elfe rejoignit l’humain et, surpris, constata qu’effectivement ils étaient arrivés devant une porte où les minces rayons du soleil filtraient à travers les interstices du bois mité. N’y tenant plus, Karl avança et la poussa de toutes ses forces, prenant une grande inspiration de l’air frais qu’ils pouvaient enfin sentir. La porte donnait sur l’intérieur de la cour, à une centaine de mètres du vortex d’énergie. Taedril se rua vers la source de magie, vérifiant par de vifs coups d’œil si celui-ci était gardé, mais tout semblait indiquer le contraire. Il jubilait, criant sans s’en rendre compte :

-Stupide ! Stupide ! Stupide vampire ! Ton arrogance t’a rendu à ce point naïf ? Tu penses que tu n’as pas besoin de protéger ta puissance ? Stupide ! Stupide !

L’elfe se laissa choir au pied du nexus et tendit la main vers le vent de magie corrompu. Il pouvait sentir l’immense pouvoir dégagé par le tourbillon lui picoter la peau, soulevant ses cheveux au gré des courants qui le traversaient. Tirant une petite bourse des replis de sa robe, il en vida le contenu sur le sol, répandant une fine trainée de poussière bleue sur les dalles qui tapissaient la cour. Formant un pentacle du mieux qu’il le pouvait, il récita quelques mots de puissance. Karl l’avait rejoint, gardant une certaine distance de précaution en voyant le mage affairé à ses préparatifs. Il assista stupéfait à la matérialisation spectrale d’une silhouette qu’il ne pouvait pas distinguer de là où il se trouvait. Taedril quand à lui adressa un geste de respect à l’apparition et, la voix tremblante d’excitation, prit la parole :

-Maître ! J’y suis arrivé, le vortex est à notre portée !

La silhouette resta silencieuse, se tournant vers le tourbillon, comme si elle pouvait le voir, avant de reporter son attention sur l’elfe. Une voix glaciale semblant sortie de l’au-delà émana des lèvres closes du fantôme :

-Qui est… cet homme… derrière toi…

L’elfe sursauta et se retourna vers Karl, dont il avait presque oublié la présence :

-Ce n’est rien Maître. Un de ces stupides impériaux qui me servaient d’escorte. Il a survécu et je l’ai emmené avec moi au cas où il aurait pu se montrer utile.

La silhouette restait parfaitement immobile et prit quelques secondes avant de répondre :
-A présent que tu as… réussi… débarrasse-toi… de lui… et commence le… rituel. Nous avons… déjà trop attendu…

Taedril se leva et réitéra son salut au spectre qui disparut juste après. Karl ne pouvait voir que le dos de l’elfe qui semblait pris de tremblements. Alors le mage se tourna vers lui et le capitaine put constater qu’il riait, un gloussement presque inaudible qui éclata en un ricanement dément qui résonnait contre les murs du château. Karl ne pouvait pas esquisser le moindre geste, terrifié par la vision de son compagnon en proie à la joie folle d’avoir réussi à atteindre le vortex. Il ne parvenait pas à savoir si l’elfe allait obéir ou non aux ordres de la chose bleutée qu’il avait invoqué mais se préparait à réagir au moindre geste suspect, retenant son souffle pour ne pas que la douleur de ses côtes brisées ne le trahisse.
L’elfe s’arrêta à quelques pas du capitaine, le fixant intensément en esquissant un sourire qui révélait ses dents parfaitement blanches, trop étiré pour paraitre naturel, déformant le visage de l’elfe en un rictus horrifiant.

-Il semblerait que nos chemins se séparent ici humain. Je t’ai promis que je te sortirai du château et nous voilà dehors.

Karl ne broncha pas, accusant les mots de l’elfe en attendant de voir si celui-ci comptait juste s’en tenir à ces adieux ou s’il comptait agir. Son instinct ne le trompait pas, et il eut tout juste le temps de se laisser tomber lorsqu’une boule de feu lui passa à quelques pouces du visage. Il n’avait pas même vu que le mage l’avait matérialisée et roula sur lui-même afin d’en éviter une seconde qui carbonisa la pierre où il se trouvait une seconde plus tôt, serrant les dents en ravalant la pointe de douleur qu’un tel mouvement avait soulevé en lui. L’elfe laissa échapper un nouvel éclat de rire :

-Tu as de la ressource capitaine ! Mais tu n’éviteras pas indéfiniment. Le vortex me confère une énergie illimitée et décuplée. Tes pauvres petits yeux de mortels ne peuvent même pas le voir je parie.

Incantant une rapide formule, Taedril plaça ses deux mains sur le sol, matérialisant un immense mur de flammes qui se mit à avancer vers Karl. Le capitaine sentait la chaleur du brasier incandescent sur sa peau et, toujours à terre, cherchait à se relever péniblement afin de courir à l’opposé de l’incendie. Mais la fatigue accumulée et ses blessures l’en empêchaient, malgré la gravité de la situation. Il voulut crier mais aucun son ne sortit de sa bouche, l’air autour de lui déjà consumé par les flammes. Le mur de feu disparut alors d’un seul coup, à la grande surprise de l’homme et de l’elfe qui ne put s’empêcher de crier :

-Mais qu’est-ce qu’il se passe ? Je n’ai pas annulé mon sort ! Qu’est-ce que…

La surprise étouffa la fin de sa phrase tandis qu’il levait la tête vers la muraille qui surplombait la cour. Au sommet du chemin de ronde se tenait Waldeck Von Arenberg, qui contemplait d’un air grave la scène qui se déroulait sous ses yeux, la main tendue vers l’endroit où se tenait le mur de feu l’instant d’avant. Le seigneur vampire passa lestement par-dessus les créneaux et se laissa tomber de la dizaine de mètres qui le séparait du sol, se réceptionnant parfaitement comme s’il venait juste de sauter sur ses pieds. L’expression de joie démente de Taedril avait laissé place à la stupeur et à la haine, et il hurla dans la direction du maître des lieux :

-Arenberg ! Vous ne devriez pas être ici ! Il fait jour !

Le vampire tourna la tête vers son invité et leva un sourcil, le mépris pouvant désormais se lire sur son visage blafard :

-Pauvre petite créature… Tu crois que ce pâle soleil peut m’empêcher de sortir ? Il y a quelques secondes tu t’extasiais que l’humain ne pouvait pas comprendre la nature magique du vortex et voilà que tu fais la même erreur que lui… C’est à se demander qui est le plus stupide de nous deux n’est-ce pas ?

Le mage ne répondit pas et se mit à incanter rapidement en direction du vampire. Une dizaine de boules de feu explosèrent sur la créature de la nuit, soulevant un nuage de fumée qui, en retombant, révéla le vampire parfaitement immobile et indemne. Le seigneur épousseta sa cape du bout des doigts tandis qu’un mince sourire étirait ses lèvres :

-Alors c’est là tout ce que tu es capable de faire ? Pas très impressionnant… Tu étais plus convaincant lorsque je t’initiais aux arts sombres.

L’elfe répondit, la voix tremblante de rage :

-Ne me juge pas vampire ! Je n’ai pas besoin de ta magie impie pour te détruire. Cela suffira amplement !

Une multitude de petites sphères dorées apparurent autour de Taedril, tournoyant rapidement sur elles-mêmes en soulevant un petit tintement cristallin. Arenberg observait sans bouger, se contentant de dire :

-C’est avec ça que tu t’es débarrassé de Maria n’est-ce pas ? Je devrai peut-être y faire attention non ?

-A toi de voir !

Les sphères s’envolèrent vers le comte, à la vitesse de l’éclair et le frappèrent toutes, disparaissant à l’intérieur de son corps. Arenberg leva à nouveau son sourcil et claqua juste des doigts. Toutes les sphères quittèrent instantanément son ventre, se lovant dans sa main pour se réunir en un unique projectile qu’il renvoya à l’elfe. Le mage eut tout juste le temps d’annuler son sortilège, liquéfiant les sphères qui coulèrent à ses pieds. Arenberg passa une main dans ses cheveux sombres et bailla :

-Décidément, rien de très persuasif. Moi qui pensais que j’aurais plus de mal contre toi, je t’ai surestimé il semblerait. Dis-moi elfe, qu’est-ce que cela te fait de découvrir que je suis peut-être meilleur magicien que tu ne le pensais ? Et peut-être un peu plus prudent également ? Un peu moins fou ? Un peu moins stupide ? Dis-moi comment tu te sens…

Taedril ne réagit pas. Il venait de comprendre qu’il avait été simplement dupé par le seigneur vampire. Il lui avait fait croire qu’il était fou, sûr de lui, et stupide, alors qu’il n’en était rien. Il se maudit de ne pas avoir pris plus de précautions en estimant qu’il ne fallait se méfier que de sa force brute.

-Oui, il semblerait que vous y êtes… En vrai messieurs, vous ne vous êtes pas vraiment intéressés à votre hôte, alors que je me suis beaucoup intéressé à vous à dire vrai… Karl, votre résistance mentale est impressionnante, je pensais que vous succomberiez à la folie bien avant. Quant à vous Taedril, vous êtes arrivé jusque-là… J’ignore qui sont ceux que vous servez, mais ils n’auront pas ce que vous convoitez.

Taedril se raidit, continuant à jauger le vampire avec des yeux remplis de rage :

-Il serait pourtant mieux exploité que votre misérable rêve d’envahir l’Empire.

Le vampire sourit et laissa échapper un petit rire :

-Vraiment magicien, vous pensiez que c’était mon véritable plan ? Vous me décevez énormément. Non, mes motivations sont bien plus personnelles, et bien moins avides. Quoi que cette idée de conquérir l’Empire n’était peut-être pas si stupide si on y réfléchit bien… Non Taedril, non, c’est beaucoup plus simple que cela. Vous les avez vu n’est-ce pas ? Les enfants…

Karl se releva péniblement et s’appuya contre un mur proche, reprenant son souffle, et demandant :

-Pourquoi ? Pourquoi avoir fait cela ?

Le vampire se tourna vers le capitaine, toujours souriant :

-Alors oui, vous les avez vus. Hé bien Karl, pour répondre franchement… Je fais cela pour la beauté… Quoi de plus beau que de voir la vie quitter le corps de l’être le plus innocent qui vis sur cette terre ? N’est-ce pas merveilleux de voir leurs yeux vous implorer et se vider de tout espoir au moment où ils comprennent qu’ils ne peuvent échapper à leur destin ?

Le vampire tendit une main dans son dos, interceptant une nouvelle boule de feu, tandis que Taedril écumait :

-Monstre… Quel rapport avec votre tourbillon… Quels sont vos motivations à la fin ?

Le vampire gloussa :

-Mais c’est ça la vraie beauté Taedril. C’est qu’il n’y a pas de but. La beauté se suffit à elle-même. Disons qu’au passage je me sers de leur énergie vitale pour alimenter le vortex. Mais c’est tout…

Karl se laissa tomber sur les genoux, le regard perdu dans le vide :

-Alors… Ce n’est que ça… Vous les massacrez… Juste pour le plaisir…

Le sourire du vampire disparut, son regard sombre se posant à nouveau sur le capitaine :

-Les morts et les vivants ne partagent pas la même vision des choses Karl. Il y a bien longtemps que je ne suis plus sensible à quoi que ce soit, si ce n’est cette satisfaction éphémère quand je peux compléter ma collection…

Taedril cria le nom du comte, l’obligeant à se retourner vers lui, avant de conclure :

-Assez, vous êtes définitivement complètement fou. J’ai cru un instant que vous vous étiez joué de moi mais tout ce que vous dites n’a aucun sens. Vous avez à votre portée une des plus puissantes sources de magie de ce monde, et la seule utilisation que vous en faites, c’est de l’alimenter avec des enfants… Tout est dit, j’en aurai beaucoup plus l’utilité, croyez-moi !

L’elfe entama alors une succession de signes complexes, traçant devant lui des signes et runes magiques luisant d’une lueur bleutée qui imprégna Taedril. L’air se condensait autour de lui, dessinant au niveau de ses mains deux lames de la même couleur glacée que celle du halo qui entourait le mage, deux épées magiques nées des vents surpuissants qui s’agitaient ici. L’elfe s’élança si rapidement qu’il disparut. Arenberg ne bougea qu’au dernier moment, esquivant le coup que Taedril lui portait tout en l’attrapant par le bras d’un même geste, avec des réflexes encore plus prompts que ceux du mage et le tirant en arrière. Emporté par son élan, l’elfe s’écroula lourdement sur le dos, lâchant ses armes qui disparurent dans un souffle. Le vampire se pencha sur lui, accroupi, les yeux plantés dans ceux de son adversaire. Pour la première fois de sa vie, Taedril se sentit en position de faiblesse et son visage se mua en une expression de peur panique tandis qu’il voulut se relever. Le plaquant au sol d’une main ferme et puissante, le seigneur sourit :

-Magnifique… Voici donc à quoi tu ressembles quand tu as peur… C’est tout ce que je voulais voir.

Puis, se penchant davantage, le vampire écarta ses mâchoires, ouvrant sa bouche de manière démesurée et plaçant ses dents de chaque côté du visage de Taedril qui poussa un hurlement de terreur. Alors Waldeck Von Arenberg referma son étreinte, arrachant toute la chair du visage de l’elfe dont le cri se transforma en un gargouillis de douleur tandis qu’il se vidait et s’étranglait avec son sang. Bientôt, le silence revint sur la cour, Karl observant la scène, incapable de bouger, la fatigue et la douleur l’empêchant presque d’être effrayé. Le vampire s’était relevé et marchait à présent vers l’homme, qui restait là, attendant sa fin imminente avec toute la froideur et le courage qu’exigeait son rang de capitaine. Arenberg se mit à nouveau à genoux afin de faire face à l’humain, le contemplant un instant avant de murmurer :

-Et toi… Tu n’as plus peur…

Il passa sa main glacée sur le visage de Karl, qui frémit à ce contact, avant de reprendre :

-Ma sœur t’aimait bien… Et tu l’as tué… Mais je sais que c’est cet elfe qui t’a obligé à le faire n’est-ce pas ? Tu ne voulais pas… Tu l’aimais bien aussi je suis sûr… Nous parlions de beauté tout à l’heure… Il faut longtemps pour comprendre le sens des belles choses. Beaucoup de temps… Trop pour les mortels. J’aimerai poursuivre cette conversation Karl. Et je connais un moyen…

Le vampire prononça trois mots, et Karl sentit ses paupières s’alourdirent, victime du même sort qui l’avait touché dans les marécages, quelques jours auparavant. La dernière chose qu’il vit et sentit avant de s’endormir furent les canines du comte qui s’enfonçaient dans son cou.



Rose marchait depuis déjà vingt minutes sur le chemin. La maison n’était plus très loin mais les deux lourds sceaux d’eau qu’elle portait pesaient sur ses bras, la fatiguant et l’empêchant d’avancer rapidement. Son père lui avait demandé d’aller les remplir à la rivière en contrebas et même si elle effectuait cette tâche tous les jours, elle ne parvenait pas à s’y habituer. La fillette leva la tête vers le ciel. Les étoiles brillaient autour de Mannslieb et Morrslieb et elle pressa le pas, atteignant la petite chaumière en quelques instants. Posant ses charges, elle scruta à nouveau la nuit, prenant un instant pour contempler la beauté céleste qui s’offrait à elle.
Entendant un bruit à l’extérieur, le père de Rose se leva promptement de la table à laquelle il dinait, se ruant vers sa porte. Rose mettait plus de temps que d’habitude pour rentrer et il commençait à s’inquiéter, aussi, les sons qu’il entendait témoignaient peut-être de son retour. Il ouvrit la porte. Sur le perron il n’y avait que deux sceaux, un renversé, l’autre dont l’eau était teintée d’une fine couleur rouge. Relevant la tête, il distingua deux silhouettes enveloppées dans leur cape qui s’éloignaient dans la nuit. Il ne revit jamais sa fille.
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Gilgalad
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Sam 26 Jan 2013 - 10:46

J'ai rattrapé tout mon retard hier soir (enfin j'ai tout lu hier soir).

C'est très bien écrit si bien que je me pose la question: mais comment est-ce que j'ai pu rater ce texte?

Sinon je n'ai que trois mots à te dire: BRAVO et LA SUITE!!!!!!!!!!!!!



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Arken
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Lun 28 Jan 2013 - 13:42

Niark ! L'elfe a eu ce qu'il méritait... personne ne les aime ces sales prétentieux ! Mrgreen

Le retour du comte de la crypte ! cheers
Durant une courte période, j'étais désolée que le comte de cette année ne soit pas actif... Mais tu m'as prouvé le contraire !

Z'veux la suite !! Clap Clap

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Lyanden
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 6 Fév 2013 - 23:40

Me revoilà, avec le début de la seconde partie de mon récit. On change complètement de plan mais vous verrez assez vite que les deux histoires vont se mêler plutôt rapidement. J'espère que vous apprécierez, et comme d'habitude j'attends tous vos retours et critiques afin d'améliorer l'ensemble. Bonne lecture!

La serrure de la porte était vieille et fragile, et il ne fallut pas longtemps à Arthur pour venir à bout de son mécanisme. Faisant tourner son crochet habilement, il entendit bientôt le « clic » qui annonçait que l’opération était un succès. Se relevant rapidement, il glissa son matériel dans la poche de sa tunique et poussa l’épais battant en bois. La petite pièce était plongée dans l’obscurité et il lui fallut quelques secondes pour que ses yeux s’habituent et qu’il remarque un chandelier posé sur une table proche. Le morceau de cire coincé dedans était presque entièrement consumé, mais cela lui laisserait assez de temps pour trouver ce qu’il cherchait. Dégainant un petit morceau d’amadou, il le gratta pour en faire jaillir une flammèche qui illumina timidement les alentours. La salle des archives des supérieurs hiérarchiques de l’armée de l’Empire sentait le renfermé, l’odeur se dégageant de la multitude de livres aux pages jaunies et des innombrables rapports de bataille qui s’entassaient sur les étagères branlantes. Même s’il semblait que personne n’était venu ici depuis des années, Arthur savait pertinemment que ce qu’il cherchait se trouvait entre ces quatre murs.
Avisant une commode dans un coin, il se faufila entre les meubles afin de l’examiner. Les tomes étaient plus récents, l’or des enluminures gravées sur les couvertures de cuir épais brillant encore, révélant le signe du griffon et de Ghal Maraz. Le jeune homme fit glisser son index le long des reliures, jusqu’à sentir un petit interstice entre deux ouvrages. Passant son doigt entre les livres, il sentit qu’il avait attrapé un petit document qu’il s’empressa de sortir. Revenant à la table sur laquelle la bougie se consumait toujours, il se mit en devoir de déchiffrer la fine écriture qui parcourait le vélin. Les premières lignes lui confirmèrent qu’il tenait ce qu’il cherchait, et il fit disparaître les feuillets dans sa tunique.

Bien qu’Arthur Schielk aurait pu paraître aux yeux des passants un simple garçon des rues aux talents évidents de bandit, maîtrisant aussi bien le vol à la tire que l’ouverture des portes, il était d’un tout autre bord. Fils du capitaine Karl Schielk, il avait grandi avec sa sœur dans leur maison familiale d’Altdorf. Leur mère s’était occupée de l’éducation de ses enfants, une femme douce et aimante qui avait tragiquement disparue, emportée par la peste il y a quelques années. Leur père n’était que rarement présent, et ses relations avec ses enfants plutôt ténues, presque inexistantes. Cela n’empêchait pas Arthur de lui vouer une grande admiration pour tout ce qu’il avait accompli jusqu’alors. Cependant, leur père était parti depuis à présent six mois pour une mission secrète sur laquelle il ne s’était pas attardé, et il n’était toujours pas rentré. Le jeune homme avait supposé qu’il était mort alors qu’il tentait de l’accomplir et en avait fait le deuil. Ne pouvant s’occuper de la maison seul, et n’ayant pas les moyens pour l’entretenir, il s’était résolu à la vendre à un marchand qui en avait fait son magasin. Il vivait désormais dans une auberge proche, dans les hauts quartiers de la ville, l’argent qu’il avait pu tirer de sa transaction lui assurant un mode de vie aisé pour au moins trois années, et il s’était mis en devoir de le suivre, se disant qu’il avait encore tout le temps d’aviser.

Sa vie aurait pu continuer à se dérouler de la sorte si elle n’avait pas été chamboulée par un évènement inattendu. Un soir qu’il perdait encore aux dés, la porte de l’auberge s’était ouverte sur Léanor. Toute l’assistance présente s’était tue, fixant la nouvelle arrivante. Voir une femme dans une auberge par la porte principale n’était pas monnaie courante et chacun la dévisageait, détaillant ses traits fins, ses lèvres pleines, ses yeux d’un bleu profond et ses cheveux dorés qui tombaient en boucle sur ses épaules. Elle était sanglée d’une armure d’éclaireur qui révélait des courbes féminines très avantageuses tout en lançant l’avertissement qu’elle était du genre à savoir se défendre. Une épée fine pendant à sa taille confirmait cette première théorie, et les clients de l’auberge retournèrent à leurs occupations après avoir laissé flotter ces quelques secondes de silence.
Cela faisait des années qu’elle et Arthur ne s’étaient pas vus, depuis qu’elle avait quitté la maison suite à la mort de leur mère pour s’enrôler dans une bande de mercenaires qui n’avaient pas rechignés à la prendre parmi eux. Aussi le garçon avait-il été doublement surpris lorsqu’elle s’était tout de suite dirigée vers sa table après avoir observé autour d’elle. Poussant l’homme qui se tenait en face de son frère, elle attrapa sa chaise et se campa devant lui.

-Arthur, je te cherchais.

Sa voix cristalline avait toujours eu une imperceptible note glaciale qui lui conférait un certain charme assez dérangeant, et Arthur n’osait pas bouger ou répondre aux quelques mots de sa sœur. Il se força à hocher timidement de la tête et Léanor soupira avant de reprendre :

-J’ai des informations à propos de notre père. Il faut que nous en discutions… en privé.

Elle s’était déjà relevée et avait tourné les talons, s’avançant vers la porte. Comme il ne bougeait toujours pas, la jeune femme s’était retournée vers lui, faisant onduler sa cape d’un bleu pastel, et lui avait un simple geste pour lui demander de la retrouver dehors. Quittant son siège, il alla retrouver sa sœur qui l’attendait, adossée contre le mur et fumant un tabac aux fragrances étranges et doucereuses au moyen d’une pipe longue et effilée. Il avait attendu qu’elle parle mais elle ne disait rien, bien qu’elle avait remarqué sa présence. Déglutissant difficilement, il lui demanda :

-Tu voulais que nous discutions je crois. A propos de notre père.
Léanor rangea sa pipe après avoir vidé son contenu sur les dalles de la rue et plongea son regard dans celui d’Arthur, ce qui le fit frissonner :

-Oui. Père… Cela fait plusieurs mois qu’il n’est pas rentré. J’ai appris des choses sur sa mission récemment. Arthur… Il a été victime d’un coup monté. On l’a piégé.

Arthur mit quelques secondes avant de réagir, accueillant les propos de sa sœur avec autant d’incompréhension que de surprise. Secouant la tête, il répondit :

-Mais… Je ne comprends pas Léa… Tu disparais pendant des années et tu surgis un jour en plein cœur de l’Empire pour me retrouver et me parler de notre père. Avec une histoire qui semble tout droit sortie du néant en plus. Vraiment je dois dire que…

Il s’était interrompu, les yeux de sa sœur toujours braqués sur lui dégageant une lueur assassine. Mal à l’aise, le garçon se tortilla sur place, avant de reprendre :

-Mais peut-être que tu voulais m’en dire un peu plus n’est-ce pas ?

Le visage de l’éclaireur se fit plus doux et un mince sourire vint illuminer son visage. Elle savait que son attitude pouvait gêner les hommes, peu habitués à voir une femme avec une telle poigne, et son frère ne faisait pas exception. Malgré leur complicité lorsqu’ils étaient plus jeunes, les années les avaient éloignées et leur relation en avait apparemment été affectée. D’une voix calme, elle lui dit :

-Oui… Je suis sérieuse Arthur. Dès que j’ai eu connaissance de ces nouvelles, j’ai tout de suite rejoint Altorf pour te trouver. Tu es plutôt connu par ici, tout le monde m’a indiqué ton auberge.

Arthur attendit qu’elle continue mais elle semblait attendre une réponse. Il maugréa une réponse quelconque, toujours sceptique quant à la présence de sa sœur et de l’impérativité qu’elle avait de le voir. Léanor reprit :

-Il y a deux mois, notre patrouille était en vadrouille qui nous a fait progresser jusque dans les terres intérieures du Stirland. Il y avait une rumeur qui circulait, à propos d’un mal en Sylvanie, et d’attaques de plus en plus fréquentes de morts-vivants. Il s’avère qu’une compagnie d’éclaireurs impériaux s’est enfoncée dans la région afin d’accomplir une mission de repérage. Et selon tous les dires, la description de l’homme qui menait la troupe était notre père.

Arthur leva un sourcil. Il ne voyait pas en quoi l’information pouvait être importante. Qu’il périsse en Sylvanie ou dans les Terres du Chaos ne changerait pas grand-chose au destin du capitaine, et l’un dans l’autre était lié au risque de son métier. Il s’apprêta à rétorquer mais la jeune femme le coupa :

-Ce que tu ne sais pas, c’est que la mission était commanditée par les supérieurs de l’armée impériale, soi-disant sur ordre de l’empereur. Or, ce n’était pas le cas. Ils se sont servis de lui pour mener leurs projets. Ils ont envoyé une unité en Sylvanie dans le simple but d’estimer la force de leur adversaire et escorter un mage qui devait identifier une source de magie qui émanait d’un château proche.
Karl laissa échapper un soupir. Sa sœur s’emportait alors qu’elle lui racontait tous les détails qu’elle avait pu entendre, se demandant comment elle pouvait avoir une connaissance aussi précise que ce qu’elle lui détaillait de cette affaire. « Pour une mission secrète, c’est plutôt étonnant », pensa-t-il, avant de demander :

-Pourquoi es-tu là ? Juste pour me faire le récit de la mort de notre père ? Qu’est-ce que tu veux ?

Léanor soupira à son tour afin de reprendre son souffle et aller à l’essentiel :

-Je veux le venger Arthur. Des hommes ont ordonné l’exécution de notre père uniquement pour s’approprier la puissance d’une source de magie au cœur d’un lieu maudit.

Arthur la fixa, les yeux grands ouverts, stupéfait :

-Le venger ? Tu as fait tout le chemin jusqu’à Altdorf pour me trouver et me dire que ta seule motivation est de te venger ? Et puis comment tu comptes t’y prendre en fait ?

La jeune fille se renfrogna, se réappropriant son air sévère, ce qu’Arthur ne manqua pas de remarquer, frissonnant face à sa sœur, qui, d’une voix très calme répondit simplement :

-En leur prenant ce qu’ils veulent. Et l’honneur des guerriers est quelque chose que tu ne pourras sans doute jamais comprendre… Et j’ai besoin de toi.

Arthur ne répondit rien, esquissant une grimace. Si la raison n’était toujours pas satisfaisante à ses yeux, il ne pouvait que laisser le bénéfice à sa sœur de lui expliquer quelles lois motivaient les actes de vengeance au travers d’un quelconque code d’honneur. S’asseyant sur un tonneau qui trainait devant l’auberge, le brigand fixa l’éclaireur et lâcha finalement :

-Et qu’est-ce que tu attends de moi ? Et surtout, qu’est-ce que j’y gagnerai ?

Léanor secoua la tête en levant les yeux vers le ciel, exaspérée. Son frère avait toujours fait passer le bénéfice avant le reste.

-Rien de très dangereux. J’ai besoin d’un document qui se trouve dans les quartiers militaires supérieurs.

Arthur gloussa en entendant la réponse. Sortant un petit couteau de sa poche, il entreprit de se nettoyer le dessous des ongles, comme pour montrer qu’il n’avait pas l’intention d’aller plus loin dans la conversation.

-Rien de très dangereux hein ? Mis à part que si je me fais prendre, c’est la prison qui m’attend dans le meilleur des cas. Et si on en croit tes dires, ces messieurs ont un penchant pour envoyer à la mort les éléments perturbateurs.

La jeune fille tiqua mais ne se laissa pas abattre. Elle savait ce qui intéressait Arthur.

-On m’a donc menti sur tes talents. Moi qui pensait trouver le meilleur voleur de la ville… Soit, c’est dommage, j’imaginais que tu te sentirais un peu plus concerné par cette affaire. Et dire que j’étais prête à te payer… Bien plus que le misérable prix que tu as tiré de notre maison.

Faisant mine de s’éloigner, elle compta mentalement trois secondes. Comme elle l’avait prédit, il ne fallut pas plus pour que son frère la rattrape.

-Tu es sérieuse ? Plus que la maison ?

-Tu sais, certains travaillent pendant que d’autres jouent aux dés Arthur. Est-ce que tu vas m’aider ou non ? J’ai déjà perdu beaucoup de temps ici.

Le jeune homme hésita encore quelques secondes, pesant le pour et le contre. Mais la cupidité fit drastiquement pencher la balance en la faveur de sa sœur, et il finit par dire :

-Bien, je vais t’aider. Donne-moi juste les détails de la mission et je te ramène ça dès ce soir.

Se retournant vers son frère, Léanor esquissa un sourire et ils se redirigèrent ensembles vers l’auberge.


Les couloirs de la caserne n’étaient que peu gardés, et Arthur avait rapidement compris comment fonctionnaient les quelques patrouilles qui les sillonnaient. Vérifiant toutes les minutes que le document était encore dans sa poche, il progressait rapidement vers la sortie, triomphant. Il n’aurait jamais pensé qu’une telle mission soit si facile. Il se retrouva bientôt à l’air libre, dans l’enceinte du bâtiment que cernait un épais mur de pierre. Trottinant jusqu’à sa base, ses doigts experts trouvèrent rapidement les prises nécessaires à son escalade, et il fut au sommet en une poignée de secondes. Pas un seul garde ne se trouvait là non plus et il jubilait déjà en pensant à la coquette somme que lui avait promis sa sœur. Descendant l’autre face du mur avec la même dextérité, il disparut dans les rues sombres d’Altorf.
Léanor l’attendait comme convenu devant l’auberge. Elle était déjà en selle, prête à partir, accompagnée par les membres de sa troupe d’éclaireurs. Arthur arriva à sa hauteur, souriant, lui tendant le parchemin. La jeune femme le saisit sèchement, l’ouvrit et l’observa un court instant, s’assurant qu’il s’agissait bien de ce qu’elle cherchait. Un sourire éclaira son visage tandis qu’elle reportait son attention sur son frère.

-Beau travail Arthur, merci beaucoup ! Je sais que je t’ai promis une récompense mais il se peut que j’ai encore besoin de tes services quelques temps.

Le voleur leva un sourcil.

-Qu’est-ce que tu racontes ? Tu m’as dit que j’aurai l’argent une fois que j’aurai accompli la mission ! Tu n’imagines pas tout ce que j’ai du traverser pour te ramener ce pauvre morceau de papier !

Léanor soupira et lâcha :

-Je m’attendais à cette réaction. Je suis désolée mon frère, mais je crains de ne devoir te forcer un peu la main.

Arthur n’eut pas le temps de réagir. Un éclaireur s’était avancé dans son dos et son dernier souvenir avant de perdre connaissance fut la douleur d’un choc sur sa tête.


Dernière édition par Lyanden le Ven 8 Fév 2013 - 17:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Jeu 7 Fév 2013 - 17:31

C'est un bon récit.

Je dois avouer que c'est quand même déroutant au début surtout que j'avais oublié le nom de famille du héros principal. Mais sinon l'idée de vengeance est plutôt bien.

Les deux enfants vont-ils de devenir des vampires?


Sinon je n'ai pas compris cela
Citation :
mais je crains de ne devoir te forcer un peu la main

Si quelqu'un peut m'expliquer, à moins que ce ne soit une faute de style. Mais sinon je n'ai pas relever de fautes.


Je n'attends de toi qu'une seule chose: la suite.




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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 8 Fév 2013 - 17:05

Mouahaha ! J'aime quand c'est les femmes qui dictent leurs lois Devil

Je n'ai repéré qu'une seule faute, mais mon pauvre petit cœur s'en ait pris un coup Happy
Citation :
ce qu’il cherchait se trouver entre ces quatre murs.

J'aime bien le changement de point de vue de l'histoire. C'est la même famille, mais on a l'impression d'une nouvelle aventure Smile

Gilgalad : en fait, sa sœur lui dit qu'elle va l'obliger à faire un truc, et qu'il n'est pas trop consentant et que c'est pour ça qu'elle l’assomme Mrgreen

La suite !! Clap

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Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Dim 24 Fév 2013 - 19:44

Gilgalad a écrit:
C'est un bon récit.

Les deux enfants vont-ils de devenir des vampires?

Gilgalad

Haha je ne dirai rien, seule la suite le révélera!

Arken a écrit:


Je n'ai repéré qu'une seule faute, mais mon pauvre petit cœur s'en ait pris un coup
en fait, sa sœur lui dit qu'elle va l'obligé à faire un truc

Arken

Une telle crise cardiaque que du coup c'est à ton tour de faire la faute Very Happy Et pour répondre oui, il faut le voir dans le sens "se faire forcer la main".


Quoi qu'il en soit, merci pour vos avis, ça fait plaisir de lire ça, et cela me permet de corriger mes fautes également Happy
Je posterai bientôt la suite, dès que j'aurai un peu de temps pour l'écrire
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 15 Mai 2013 - 17:24

Après une trèèèès longue absence due à une scolarité des plus remplies, me revoilà avec la suite de mon récit. Il s'agit un peu d'une pierre tournante de celui-ci, avec quelques révélations qui le ponctueront tout du long. J'espère comme toujours que cela vous plaira!

La petite troupe avait quitté la ville depuis seulement une heure quand Léanor leva le bras afin de faire s’arrêter la compagnie. Se retournant sur sa selle, elle prit quelques instants afin d’observer son frère, toujours assommé sous l’effet du choc. Le rehaussant un peu sur sa monture, elle pointa du doigt un village dont les ombres se devinaient à peine dans l'obscurité de la nuit. La jeune femme dit simplement :

-Nous nous arrêtons là pour la nuit. Pas la peine de nous avancer trop dans cette obscurité, nous repartirons demain à l'aube.

Les cavaliers mirent pied à terre sans un mot et guidèrent leur monture sur les derniers mètres qu'il leur restait à parcourir. Un des éclaireurs mis plus de temps que les autres, sa courte taille ne lui rendant pas la tâche aisée, et il atterrit lourdement sur le sol en étouffant un juron. Brann était un nain au caractère bien trempé, même pour quelqu'un de sa race, et alors qu'il marmonnait dans son épaisse barbe brune sur le fait de devoir descendre de cheval, ses quolibets redoublèrent lorsqu'il se rendit compte que le reste de la troupe s'était déjà éloignée sans l'attendre. Rattrapant tant bien que mal le petit groupe, il fonça vers Léanor en râlant :

-C'est vraiment pénible quand vous faites ça ! Tu avais dit que vous resteriez jusqu'à ce que je sois descendu ! C'était convenu comme ça, c'était la seule condition pour que j'accepte de monter un truc aussi grand.

Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme, amusée par l'énervement de son compagnon. Les deux autres éclaireurs qui composaient la troupe s'étaient rapprochés pour profiter de l'emportement de leur compagnon, qui donnait toujours sujet à la plaisanterie et à l'amusement, au grand dam du nain, qui finissait en général par se prendre au jeu du moment qu'on lui servait de quoi rafraîchir son gosier. Yann et Thibault étaient deux hommes de grande taille, enroulés dans une cape de la même couleur grise, un arc passé sur leur torse. Yann était l'aîné de la bande, ses cheveux gris évoquant la rude vie d'un homme qui a vieilli trop rapidement. Thibault, plus jeune, avait l'âge de Léanor. Sur leurs longs cheveux était rabattu une capuche qui protégeait leur visage du vent et des regards indiscrets.

-Alors, le petit t'embête ?

Brann se retourna immédiatement vers Thibault, le visage rouge de colère, s'emportant de plus belle, déballant tout son répertoire d'insultes, même naines, sur l'éclaireur qui fit mine de battre en retraite en rigolant. Léanor continuait à sourire. Ces moments de détente étaient rares, et elle savait les apprécier. Son cœur se serra lorsque l'image de son père lui revint en mémoire : ils n'auraient plus l'occasion de rire avant longtemps après cette nuit.

Bien que l'auberge ne fusse pas très remplie, l'ambiance qui y régnait était enjouée, et les discussions filaient bon train. Un grand brasier ronflait dans l'âtre, enveloppant les quatre cavaliers d'une douce chaleur. Yann avait pris Arthur sur son dos, et le maintenait tant bien que mal alors que le garçon glissait constamment le long de sa cape.

-T'es sûr que tu l'as pas tué en l'assommant tout à l'heure ?

-Hé ben... Si c'est le cas, c'est qu'il est encore moins résistant que la gamine, répondit Yann, en pointant Léanor d'un signe de tête. La jeune femme s'était directement rendu au comptoir pour demander à ce qu'on leur prépare des chambres et qu'on s'occupe de leurs chevaux. Le nain quant à lui s'était jeté sur la table la plus proche de l'entrée et avait hélé une serveuse pour commander une pinte, sans même prendre la peine d'ôter sa cape ou ses gants.
Alors qu'ils mangeaient un repas frugal, Arthur adossé au tabouret de Thibault, Léanor leur exposa leur plan de voyage pour le lendemain, pointant du doigt les différentes étapes sur une carte rapiécée :

-Il ne faudra pas traîner. J'aimerai être à Wörden d'ici demain soir. Une fois dans le Stirland, il faudra faire plus attention, nous mettrons deux jours de plus pour atteindre la Sylvanie. Et je dois rencontrer quelqu'un à Leicheberg.

Les deux hommes hochèrent la tête. Quoi qu'il s'agisse, ils savaient par expérience que Léanor n'appréciait pas de se faire questionner sur ses plans quand elle ne les développait pas d'elle-même. Mais Brann, qui avait déjà bu six pintes, demanda, dubitatif :

-Leicheberg ? Pourquoi aller se perdre dans cette ville maudite ? La Sylvanie ne te suffit pas ?

A la grande surprise de Yann et de Thibault, la jeune fille ne répondit que par un sourire triste, et, gardant les yeux baissés perdus dans ses pensées, elle ajouta :

-Vous verrez le moment venu... C'est très important.

Le reste du repas se passa en silence, puis il fut décidé d'un commun accord d'aller se reposer pour repartir au plus tôt le lendemain.


La porte de la geôle s'ouvrit doucement, laissant pénétrer une silhouette enveloppée dans une épaisse robe bleue barrée du symbole d'un lotus de couleur nuit dans la pièce exiguë. Bien que ses pas ne faisaient aucun bruit sur le sol dallé de la prison, son occupant enchaîné le long du mur qui faisait face à l'entrée releva la tête alors qu'elle s'avançait vers lui. L'elfe cloîtré était là depuis près de cinq mois, comptant les heures interminables qu'il perdait enfermé ici. Ses longs cheveux blonds tombaient le long de son visage creusé par la haine et le dégoût, quelques boucles s'étalant même sur ses épaules, mais ne suffisant pas à cacher la fine cicatrice qui courait sur une partie de son bras. Deux autres sutures à peine visible marquaient son visage fin et blanc, qui se déforma en une grimace de colère lorsqu'il avisa l'arrivant. Gardant le silence, il attendit que son visiteur prenne la parole :

-Le Maître veut vous voir. Il dit qu'il daigne vous écouter.

L'elfe pencha sa tête sur le côté, faisant craquer les os de son cou, prenant son temps avant de répondre :

-Cinq mois à croupir ici. Heureusement que je n'étais pas pressé...

Sans rien ajouter, la silhouette s'approcha de l'elfe et incanta quelques mots de pouvoir en touchant les chaînes qui le retenaient. L'instant d'après, elles pendaient lamentablement le long du mur, libérant les poignets du prisonnier de leur carcan. Massant ses articulations endoloris, ce dernier emboîta le pas à son libérateur.

Les appartements du Maître étaient sobres : une unique pièce entièrement blanche dont le plafond était soutenu par une multitude de colonnes fines. Un espace central avait été laissé dégagé, sur lequel avait été installé le grand siège sur lequel il restait là, impassible, attendant que ses volontés soient faites. Un épais tapis bleu et noir, portant le même symbole de la fleur de lotus que celui de la robe de ses initiés s'étendait sur toute sa longueur, de l'entrée de la pièce jusqu'au trône. Une capuche était rabattue sur sa tête, enchantée par un puissant charme qui ne laissait passer aucune lumière, le dissimulant complètement derrière un voile de ténèbres mouvantes. Les portes de la salle s'ouvrirent sur son serviteur et l'elfe qui l'accompagnait. A sa vue, les ombres du masque du Maître s'agitèrent, signe de sa colère. Il avait été son disciple autrefois, et il avait failli dans sa mission. Il avait sollicité une entrevue pour lui expliquer les raisons de cet échec, mais il n'avait accepté de l'écouter que maintenant, estimant qu'il le ferait exécuter si son rapport ne lui convenait pas. Alors que les deux hommes s'agenouillaient devant lui, il parla, sa voix lente et glaciale s'infiltrant jusqu'au cœur de sa petite assistance, leur arrachant un frisson :

-Bien... Je crois que tu voulais... me parler... Tu dois avoir... beaucoup de choses... à me raconter... Dans ce cas... Je t'écoute... Taedril.


Shandrall était l'incarnation absolue du Druchii, et même au sein de son peuple il passait pour un être abject et vicieux. Deux qualités qu'il avait mis au service de son métier, auquel il s'adonnait avec autant de passion que de sérieux, devenant le plus redouté des chasseurs de primes de chaque région qu'il traversait. Il aimait voyager, mais les opérations en mer pour la collecte d'esclaves ne l'intéressait pas assez, estimant que c'était beaucoup d'attente pour finalement trop peu d'actions. Et il préférait concilier les deux, quitte à passer pour un marginal. Il aimait le travail bien fait et ne considérait ce dernier accompli que lorsqu'il ne restait rien de sa cible, du moins rien de reconnaissable. Il était très sollicité, les rumeurs mentionnant son nom le devançant toujours, bien que personne ne sache vraiment à quoi il ressemble, les témoignages rapportant qu'il prenait également soin de se débarrasser de la plupart de ses employeurs lorsqu'il considérait que la tâche qu'on lui avait confié ne représentait pas assez de potentiel en terme de carnage.
Mais depuis quelques temps, il ne prenait plus de contrat, le dernier qu'on lui avait confié l'occupant encore. Cette traque l'excitait au même point qu'elle l'exaspérait, sa cible lui échappant toujours. Il n'avait eu que très peu d'opportunités jusque là de l'approcher et chaque fois s'était soldée par un échec du fait qu'elle était toujours accompagnée d'une bande de ce qu'il estimait être des paysans dont un nain. Son poing se referma sur le portrait esquissé de Léanor que son employeur lui avait remis, tandis qu'un sourire naissait sur son visage, le déformant en un rictus où se lisait à la fois la folie et l'envie de meurtre. Il savait où elle était à présent, et ses sources lui avaient indiqué qu'elle devait se rendre au Stirland. « La chasse est ouverte », pensa-t-il en lançant son destrier au galop dans la nuit.


Karl Von Arenberg, dernier héritier de la lignée des vampires du même nom, foulait les couloirs du château d'un pas rapide, rompant le silence des corridors vides par le cliquetis de son armure rythmant chacun de ses pas. Enjambant les corps entassés des enfants laissés là à pourrir par le comte Waldeck, il repensa à son passé en tant qu'humain. Bien que cela ne faisait que quelques mois, il ne se rappelait qu'à peine de cette vie, et des sentiments et émotions de quand il était encore faible et si fragile. Tout le dégoût et l'horreur qu'il avait pu ressentir la première fois qu'il avait vu ce charnier s'était à présent mué en une totale indifférence, alors qu'il foulait les charognes à chaque fois qu'il se rendait dans la grande salle de banquet.
Poussant les lourdes portes en bois gravé, il pénétra sans plus de cérémonie dans l'immense pièce où les vampires avaient déjà pris place pour se régaler du sang des jeunes vierges qu'il sortait chercher chaque soir en compagnie du comte ou de sa cour. La famille Von Arenberg avait toujours aimé cette parodie de noblesse impériale, se réunissant chaque soir au cours d'orgies sanglantes auxquelles s'accordaient le lugubre et la décadence des maîtres des lieux, en un tableau qui aurait soulevé le cœur de n'importe quel homme.
Attrapant une coupe de sang frais, l'ancien capitaine la porta à ses lèvres, sentant le liquide épais encore chaud couler dans sa gorge poussiéreuse, le ravivant d'une flamme qui réveillait tout son corps mort. Il se sentait renaître et la moindre gorgée était un nouveau moment intense dont il goûtait les vertus jusqu'à ce qu'elles se tarissent, quelques heures plus tard. Avisant Waldeck Von Arenberg assis plus loin, il alla se placer aux côtés de son créateur, soulevant sa coupe en son honneur, le comte lui rendant son geste avec un sourire carnassier. Le seigneur vampire apostropha Karl en lui demandant :

-Tu n'as pas vu la reine par hasard ? A tous les coups, elle est encore en train de monter quelque intrigue ou je ne sais quel jeu... Elle a toujours eu un goût très prononcé pour ce genre de chose. Ca me rappelle la fois où justement tu t'es retrouvé ici Karl.

Karl répondit, d'une voix plate et monocorde qui était désormais la sienne :

-Elle ne devrait pas tarder. Je crois même l'entendre arriver.

Les portes s'ouvrirent à nouveau, tandis que la Reine des vampires pénétrait dans la pièce. Un courant d'air glacial la précédait tandis qu'elle s'avançait au centre de la salle, dans un silence pesant. Tous les convives s'étaient tus, baissant la tête en signe de respect et de révérence. Bien qu'elle semblait encore être une enfant, Clarissa Von arenberg était de loin la plus puissante et la plus dangereuse des vampires de l'assistance, et son sourire à la vue de ses sujets ainsi courbés devant elle avait quelque chose de terriblement malsain, alors qu'il révélait ses immenses canines.



Léanor se réveilla en sursaut, le visage en sueur, qui piquetait son corps nu jusque sur sa poitrine. Ses cauchemars étaient revenus la hanter, comme chaque soir depuis toujours. Les mêmes images, la même scène, se répétant encore et encore, qui commençait toujours de la même façon, par son frère qui...

-Encore ces songes, hein.

Thibault s'était redressé dans le lit, tirant la couette sur Léanor pour ne pas qu'elle attrape froid. La prenant dans ses bras, il la ramena contre elle et attendit qu'elle reprenne calmement ses esprits. Le corps chaud de son amant contre le sien chassa rapidement les derniers vestiges de ce qui la réveillait chaque nuit, et elle se blottit un peu plus contre lui, murmurant doucement :

-Il va bientôt faire jour, nous devrions nous lever.

Thibault la retint alors qu'elle voulait s'extirper du lit, la tenant toujours contre lui :

-Ne te presse pas autant Léa... Le jour ne se lèvera pas avant deux bonnes heures. Nous avons encore le temps.

Parcourant son corps de caresses douces, la jeune femme se laissa finalement ramener vers Thibault, se retournant vers lui pour l'embrasser passionnément. Alors qu'elle sentait l'excitation poindre en elle, la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, la faisant sursauter alors que Thibault avait déjà attrapé un poignard caché sous son oreiller. Il baissa son arme en constatant qu'il s'agissait de Brann, tandis que Léanor ramenait la couette par-dessus elle, la pudeur lui faisant monter le rouge aux joues.

-Brann, qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi cette irruption ?

Le nain était essoufflé, ayant parcouru d'une traite tout le couloir qui le séparait de la chambre des deux éclaireurs :

-Y a que le gamin il s'est fait la malle pendant qu'on dormait !

Thibault bondit hors du lit, jetant ses affaires à Léanor qui s'habilla rapidement en essayant de garder la tête froide.

-Il n'a pas pu aller bien loin. Depuis quand vous pensez qu'il est parti ?

-Heu, je sais pas trop, on dormait et...

-Tu parles d'une bande d'amateurs... Même pas fichus d'entendre quelqu'un sortir de leur chambre.

-Ouais enfin ton frère tu l'as bien recruté parce que c'est le meilleur voleur du pays si je me rappelle ce que tu nous as dit.

Thibault mit brutalement fin à la discussion :

-Il n'y a pas de raisons de se chamailler maintenant. Comme le disait Léanor, il n'a pas pu aller très loin, on le rattrapera facilement.

Yann avait rejoint le reste du groupe, déjà prêt à partir.

-J'ai laissé de quoi payer nos chambres et le repas en bas, ne perdons pas de temps.

Les quatre éclaireurs s'élancèrent dans la nuit pâlissante aux premiers rayons d'une aube naissante. Du haut de la petite butte qui surplomait le village, Shandrall souriait, son regard perçant suivant les capes grises qui s'éloignaient rapidement. « La chasse touche à sa fin ».


Dernière édition par Lyanden le Ven 17 Mai 2013 - 2:03, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 15 Mai 2013 - 20:59

J'ADORE !!!!!!!

On a enfin eu droit à la suite. Mais ça valait le coup d'attendre.

En effet c'est toujours aussi bien écrit et raconté. On se prend toujours aussi bien au texte.


Bref, à quand la suite ? Very Happy



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Arken
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Jeu 16 Mai 2013 - 16:07

Un peu du mal à retrouver le fil de l'histoire, mais quand on y est on ne lâche plus Wink

Il y a juste une petite faute qui m'a bien fait rire :
Citation :
il s'est fait la mal pendant qu'on dormait
Au départ, je croyais qu'il s'était fait mal... Avant de comprendre qu'il s'était fait la MALLE lol

Bon, c'est pas tout ça, mais entre un elfe au service d'un vampire, un elfe noir qui chasse une humaine et un ancien capitaine devenu mort-vivant, beaucoup d'intrigues se dévoiler elles doivent ! Happy
La suite !! Clap

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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Jeu 16 Mai 2013 - 17:03

Citation :
beaucoup d'intrigues se dévoiler elles doivent !
Tiens, mademoiselle commence à s'inspirer de maître Yoda.

Dois-je en déduire quelque chose sur ta façon d'écrire la suite ou non ?


Sinon, cher Comte de la Crypte, nous attendons votre suite.




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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Ven 17 Mai 2013 - 2:03

Arken a écrit:
Bon, c'est pas tout ça, mais entre un elfe au service d'un vampire,

Merci pour la faute, je corrige de ça de suite, et merci à vous pour vos retours positifs, ça me fait vraiment plaisir. Je ne veux plus m'avancer sur les dates quant à mes publications, car je ne les respecte en général pas, mais mes examens s'achevant ce vendredi, j'aurai beaucoup plus de temps pour m'y consacrer et ainsi reprendre avec un rythme plus soutenu afin d'éviter les périodes de vide telles que celle-ci.

Concernant la quote d'Arken, il n'est pas précisé que le Maître est un vampire (et à priori ce n'en est d'ailleurs pas un). Quant à l'elfe en question, il était déjà présent dans la première partie Shifty

Et comme tu dis, cette partie m'a permis de développer un peu tout ce qui fera le corps du récit qui suivra, qui sera à mon avis bien plus long que celui de la première partie.
Dans tous les cas, encore merci pour vos commentaires! Love
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Lyanden
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Lun 19 Aoû 2013 - 4:30

Le texte de Keraad et sa remarque quant à son rythme de parution m'ont fait réaliser que j'étais moi-même assez à la ramasse concernant la mise à jour de mon propre texte. Voici donc la suite de mon histoire, que vous aurez sans doute tous oublié avec le temps. Je pense qu'il n'y a pas de punition à la hauteur de mon retard, et je suis prêt à recevoir tous les coups de fouet qu'Arken voudra me donner en gage de sincères excuses. En espérant que cela vous plaise, je reste, comme d'habitude, dans l'attente de vos corrections et commentaires! Bonne lecture Smile 

Taedril se réveilla en sursaut, se relevant sur son lit dont les draps étaient trempés de sueur. Le cauchemar revenait souvent, plus encore six mois après ce qu'il s'était passé au château de Von Arenberg. Il revoyait encore les crocs du vampire se refermer sur ses joues et l'horrible douleur de la chair arrachée de son visage. Il s'était réveillé sur un charnier, en dehors de l'enceinte du château, indemne. Il avait compris plus tard qu'il ne devait sa survie qu'à une amulette de pouvoir qu'il avait précieusement gardé sur lui, capable de guérir les blessures légères, et avait déduit que la magie du vortex avait décuplé ses pouvoirs sur le moment. Un miracle. Il était alors rentré auprès du Maître, qui, irrité par l'échec de cette mission suicide l'avait envoyé croupir en geôle jusqu'à ce jour, où il avait daigné recevoir son serviteur pour lui laisser une chance de s'expliquer et se racheter. Il avait tout raconté depuis le début, de son intégration à la bande d'éclaireurs de l'Empire à son arrivée au château du vampires, les habitudes des habitants des lieux, leur folie, leur puissance... et ce qu'il appelait à présent la malédiction. La morsure du comte ne l'avait pas laissé sans séquelles, comme il le pensait au début. Bien vite il fut tiraillé pendant son sommeil par de sombres visions récurrentes de corps en décomposition entassés au pied d'un trône d'os dans lequel siégeait une ombre de laquelle il ne parvenait pas à discerner les traits. A ses côtés, Waldeck Von Arenberg le fixait, son sourire sordide révélant ses longues canines en étirant ses lèvres fines et pâles. Il n'y avait rien d'autre qu'eux, les cadavres et le trône. Ni ciel, ni terre, le reste n'était qu'un amalgame rouge et poisseux qui semblait se mouvoir dans un bruit d'écoulement écœurant. Finalement, le vampire disparaissait dans un souffle pour reparaître dans son dos en murmurant « Je te vois... Taedril ». Le monde sanglant de son fantasme s'écroulait alors tandis que les corps rongés se relevaient dans un râle gargouillant pour venir le submerger, les mâchoires aux canines trop longues d'un des zombis se refermant sur sa tête étant à chaque fois la dernière image qu'il voyait avant de s'éveiller en sursaut.

Le Maître avait écouté avec patience, et s'était montré particulièrement intéressé par ces rêves qui se manifestaient de plus en plus fréquemment. Le mage elfe ne savait s'il devait sa libération du cachot grâce à eux ou sur un simple coup de tête de celui qu'il servait. Il se leva de son lit, faisant quelques pas dans la grande chambre qu'on lui avait alors alloué, se postant devant la seule fenêtre de la pièce. Il pouvait discerner au loin les vagues sombres du Grand Océan qui s'écrasaient timidement sur la plage de sable blanc d'Ulthuan, et cela lui fit reprendre légèrement contenance. Il savait que ce repos déjà troublé ne serait que de courte durée : le Maître ne renoncerait pas si facilement au vortex de puissance d'Arenberg, et il aurait été stupide de le faire. Taedril n'avait goûté qu'un infime fragment de la source de magie, et ce qu'il permettrait entre des mains expertes ne semblait pas avoir de limites. Son emportement avait causé sa perte le jour où il avait affronté le comte vampire, et il savait également que ses cauchemars ne cesseraient que lorsque la créature aurait rejoint la mort pour de bon. Il eut une petite pensée pour Karl. Il n'avait pas vu ce qu'il était advenu du capitaine, et son corps n'était pas à ses côtés lorsqu'il était revenu à lui. A n'en point douter, il devait à présent faire partie des revenants aux ordres de la créature de la nuit. Bien qu'il avait lui-même tenté de s'en débarrasser, cette pensée le rendait étrangement triste. Personne ne méritait un tel sort, pas même un humain aussi faible. Jetant un ultime regard sur l'océan, l'elfe regagna sa couche et ferma les yeux, espérant retrouver le sommeil avant le lever du jour.


-Il est parti par là ! Il a laissé ses traces dans la rosée.

Brann pointait son doigt vers les herbes hautes à l'orée de la forêt. Une ligne sombre de végétation foulée se démarquait dans les plantes blanchies par la bruine matinale. Les quatre éclaireurs avançaient rapidement, suivant la piste indiquée par le nain, Léanor en tête. Arthur avait beau être l'un des hommes les plus véloces qu'elle connaissait, son état et le fait qu'il ne connaissait absolument pas les lieux ne lui permettraient pas de les distancer.

-Quel imbécile ! Pourquoi est-ce qu'il s'est échappé comme ça...

Thibault répondit dans son dos, avançant à grandes foulées :

-Le fait que nous l'embarquions à l'improviste après l'avoir assommé peut-être ? Surtout pour l'emmener en Sylvanie. N'importe qui de sain d'esprit aurait fait la même chose.

Léanor ne dit rien, maudissant son frère. Ils devraient forcer la marche une fois qu'ils l'auraient rattrapé pour combler le retard... s'ils le rattrapaient. Les traces d'Arthur s'enfonçaient dans la forêt, mais elles étaient encore visibles. Il ne prenait apparemment pas la peine de couvrir ses arrières, trop occupé à fuir. Yann prit la tête de groupe, accélérant le mouvement :

-Ces bois sont assez clairsemés, mais il faut tout de même prendre garde. La dernière fois que j'y suis venu, ils grouillaient de gobelins. J'espère qu'ils ne le trouveront pas avant nous. Si c'est le cas il faudra...

L'éclaireur n'eut pas le temps de finir sa phrase, rejeté en arrière dans un râle, l’empennage noir d'un carreau d'arbalète dépassant de son épaule. Le groupe se figea, tournant la tête vers l'origine du tir. Dans la lumière naissante de l'aube, ils eurent tout juste le temps de se laisser tomber à terre pour éviter deux nouvelles salves alors qu'une ombre imposante accouraient dans leur direction. Yann avait arraché le bout du carreau, tenant son épaule ensanglanté en grimaçant. Léanor s'écria :

-Ecartez-vous !

Ils roulèrent sur le côté juste à temps, évitant le destrier noir qui fonçait dans leur direction. Se relevant dans une roulade, Leanor empoigna rapidement un couteau de lancer accroché à sa ceinture et le lança en direction du cavalier, mais elle manqua sa cible et dut faire un bond de côté pour éviter une nouvelle charge. Son regard croisa celui du cavalier et elle demeura une seconde interdite, ne murmurant qu'un seul mot : « Shandrall... ». L'elfe noir tira sur les rênes de sa monture pour la remettre dans la bonne trajectoire, tout en dégainant un long sabre courbe, s'apprêtant à porter un nouvel assaut au corps-à-corps. Thibault se jeta sur la jeune fille, tombant tous deux lourdement, la lame de l'assassin sifflant au-dessus de leur tête à l'endroit où se trouvait le cou de Léanor une seconde plus tôt. Brann et Yann s'étaient relevés et avaient dégainé leurs propres armes, accourant vers leurs deux compagnons au sol pour les aider. L'arbalète à répétition légère de Shandrall tira deux nouveaux projectiles mais ils les évitèrent habilement sans perdre de vitesse. L'effet de l'attaque surprise de l'elfe noir s'était dissipé, et ils étaient à présent prêts à combattre, encerclant leur assaillant qui demeurait impassible, attendant la riposte. Ce fut Brann qui s'élança le premier, mais Shandrall avait anticipé l'attaque maladroite du nain et fit pivoter sa monture et put le repousser d'un coup de pied en plein visage qui arracha un grognement à l'éclaireur. Ne laissant pas le temps au groupe de réagir, il se laissa glisser le long de la selle et chargea Yann qui était resté légèrement en retrait. L'homme n'eut pas le temps de parer l'attaque éclair de l'assassin, et le coup qu'il lui porta souleva une gerbe de sang dans les airs tandis qu'il s'écroulait en gémissant, une longue estafilade rouge lui barrant le torse dans toute la hauteur.

-Yann !

Thibault s'était élancé à son tour, mais les sens supérieurs de l'elfe et le fait que le jeune homme ait crié avant de l'attaquer firent éviter facilement le coup à Shandrall qui pivota au dernier moment, faisant trébucher son adversaire, qui, emporté par son élan, s'écroula lourdement au sol, soulevant un léger nuage de poussière. Ce qu'il n'avait pas anticipé cependant, c'était la charge silencieuse de Léanor qui suivait de près son amant, et il encaissa un coup de poing en plein visage pendant que la jeune femme se saisissait d'une paire de dagues en replongeant vers l'elfe. Cette fois, Shandrall leva à temps sa lame parant le coup qu'elle lui portait en direction des yeux. Il profita que Léanor perde légèrement l'équilibre suite à sa parade pour lui administrer un coup de coude dans les côtes, qui fit se plier la jeune femme en deux. Brann revenait à l'assaut, levant sa hache à deux mains au-dessus de sa tête, mais son arme lourde était trop lente pour effrayer Shandrall qui esquiva sans problème la lame, tirant un carreau d'arbalète en direction du demi-homme qui eut tout juste le temps de le repousser du manche de sa hache. L'elfe bondit alors sur Léanor qui peinait à reprendre son souffle, l'attrapant par les cheveux pour l'obliger à se relever. Laissant tomber son arme de tir, il tira un poignard dont la lame irradiait d'un léger halo rouge, et la pressa sur la gorge de l'humaine. Un sourire carnassier se dessina sur son visage, déformant ses traits emplis de haine et de soif de sang.

-Tu n'imagines pas depuis combien de temps je te poursuis ma jolie. Tu n'aurais pas du me laisser pour mort lors de notre dernière rencontre. C'est pourtant l'une des règles de base de vérifier...

La lame mordait la peau blanche de l'éclaireuse, dessinant une ligne rouge sur son cou tandis que l'assassin exultait, profitant de la peur de sa victime, fermant un instant les yeux pour mieux s'en imprégner. Thibault et Brann s'étaient relevés et restaient à distance, observant la scène avec horreur, n'osant pas bouger de peur que l'elfe n'égorge Léanor. Shandrall rapprocha sa bouche de l'oreille de la jeune fille, lui murmurant dans un souffle :

-Ta petite tête va me rapporter une belle récompense. Tu devrais être contente pour moi...

Léanor tenta de se dégager en lançant son poing dans son dos, mais l'assassin avait anticipé le coup et lui attrapa le bras, le tordant douloureusement, arrachant un cri à l'éclaireuse.

-Pas de gestes brusques, meurs avec dignité garce.

Faisant tourner sa dague dans la main, il pointa le bout de son arme sur la gorge de Léanor, s'apprêtant à la plonger dans son cou. Mais le coup de grâce ne vint pas alors que la pression autour du corps de la jeune femme se relâchait. Elle tomba en inspirant une grande goulée d'air, se retournant rapidement pour voir ce qu'il s'était passé. L'elfe tenait son bras duquel dépassait la hampe d'une longue flèche. Il laissa échapper un long rugissement tout en arrachant le projectile et en fixant vers le lieu d'où venait le tir, les yeux injectés de sang. A l'orée des bois, Arthur le visait d'un second projectile, bandant un arc subtilisé aux éclaireurs juste avant de s'enfuir. L'assassin recula, évitant la flèche. Brann et Thibault avaient profité de la diversion pour s'élancer vers l'elfe noir, mais celui-ci s'était vite repris et envoya un chapelet de petites lames dans leur direction, qui les obligea à s'arrêter pour les esquiver. Les dépassant avec une vitesse inhumaine, il s'était remis en selle d'un simple bond, tirant les brides de sa monture pour la faire s'élancer, disparaissant dans l'obscurité déclinante, jetant un dernier regard frustré et empli de haine en direction du groupe. Ils le regardèrent s'éloigner impuissants, avant de reprendre d'un seul coup leur esprit. Léanor s'écria :

-Arthur !

Elle voulut s'élancer vers son frère, mais le coup que lui avait asséné Shandrall était encore douloureux et elle tomba sur les genoux en gémissant. Le voleur avait rejoint le groupe en courant et s'accroupit près de sa sœur.

-Je suis là Léa. Ne fais pas de gestes brusques...

-Idiot ! Idiot ! Pourquoi tu t'es enfui ? Idiot !

-L'essentiel c'est que je sois revenu à temps non ?

Elle ne répondit pas, lui lançant un regard furieux mais dans lequel il put lire le soulagement et la reconnaissance. Par chance, il ne s'était pas enfoncé très profond dans les bois, et les bruits du combat l'avaient alerté, lui permettant d'agir. Sans son intervention, l'éclaireuse serait sûrement en train de baigner dans son propre sang en ce moment.
Thibault et Brann ne leur prêtaient pas attention, à genoux près de leur compagnon blessé. Léanor s'était relevée, tenant toujours ses côtes, et s'approcha d'eux, en vérifiant qu'Arthur n'essayerait pas de s'échapper à nouveau, mais il la suivait, sans montrer aucun signe de volonté de fuite.

-Comment va-t-il ? Est-ce que c'est grave ?

Thibault leva la tête vers elle, lui adressant un petit sourire triste.

-Il va s'en sortir. Son armure a absorbé le plus gros de l'attaque. Mais c'est impossible qu'on tienne une marche forcée vu son état.

Léanor étouffa un juron et se pencha sur le doyen du groupe qui avait perdu connaissance. Brann avait déjà commencé à penser ses blessures et prenait soin de Yann. Se retournant vers Arthur la jeune femme le toisa d'un regard furieux :

-Quant à toi, tu nous dois quelques explications je crois...


Clarissa Von Arenberg fixait le vortex verdoyant qui ondulait devant elle. Il avait encore grandi ces derniers mois, remplissant quasiment toute la cour intérieure du château. Plus que quelques jours et il serait prêt. Détachant son regard de la source de magie, elle se retourna vers ses suivants, tous les vampires de la maison Von Arenberg, qui s'étaient regroupés derrière elle. Elle esquissa un petit sourire à Karl. Leur dernier protégé s'était très rapidement adapté à leur mode de vie et elle plaçait de grands espoirs en lui, pour quand le moment serait venu. Sa voix cristalline et enfantine s'éleva, impérieuse, recouvrant même le bruit des énergies tourbillonnantes qui s'agitaient dans son dos :

-Bientôt... C'est pour très bientôt... Allons chercher de quoi l'alimenter.

Ses lèvres s'étirèrent en un sourire démesuré, rictus monstrueux déformant ses traits délicats de petite fille, révélant ses longues canines tandis que les vampires se mettaient en route en quête de nouvelles victimes.


Dernière édition par Lyanden le Mar 20 Aoû 2013 - 0:15, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Lun 19 Aoû 2013 - 18:34

Je me permets un petit double post, pour la bonne cause, puisque, inspiré aujourd'hui, j'ai tapé la suite de mon récit. Deux textes en deux jours, je m'étonne moi-même... La longueur de ce texte est proportionnelle au retard accumulé au cours des derniers mois, et je l'espère, me fera pardonner de mes trop longues périodes de vide. En espérant que cela vous plaise bien entendu, je vous souhaite une agréable lecture!

Le petit groupe était retourné à l'auberge, estimant qu'il valait mieux attendre que Yann ait récupéré ses forces avant de reprendre la route, et ce malgré la volonté de Léanor d'avancer le plus vite possible. Le blessé avait recouvré connaissance une heure plus tard grâce aux soins de Brann, mais demeurait assez faible. Ils s'étaient attablés pour prendre un repas sommaire, mais la jeune fille n'avait pas touché à son assiette, le regard rivé devant elle, les sourcils froncés. Ce qu'elle détestait par dessus tout, c'était prendre du retard. Il n'y avait qu'une chose qui l'irritait encore plus : les resquilleurs. Elle n'avait pas prononcé un mot depuis qu'Arthur les avait rejoint pendant le combat contre Shandrall, mais il était clair qu'il en faudrait peu pour qu'elle explose. Ce fut son frère qui rompit le silence, repoussant son assiette vide en se tournant vers sa sœur :

-Je suis vraiment désolé Léa...

Elle ne lui laissa pas le temps de poursuivre ses excuses, se levant d'un bond, sa chaise tombant derrière elle sous la violence de sa réaction. Les quelques personnes présentes dans l'auberge arrêtèrent leurs discussions pour se tourner vers leur table, surpris par cette cacophonie soudaine. Elle était à présent toute rouge, et la colère l'empêchait de dire tout ce qu'elle aurait voulu ; bien que sa voix demeurait tranchante :

-Tu es désolé ? Encore heureux ! Ça nous avance bien ! A cause de toi, nous avons failli mourir, juste parce que tu as eu la bonne idée de t'échapper sans aucune raison ! Regarde Yann, c'est à cause de toi s'il est blessé ! Je voulais arriver à Leicheberg sous trois jours, il va nous falloir au moins une semaine à présent ! Et je ne parle pas du fait que j'ai failli finir égorgée comme un porc ! Qu'est-ce qui t'es passé par la tête de t'en aller comme ça au milieu d'une région que tu ne connais pas, en volant nos armes en plus !

Arthur ne répondit pas, baissant la tête pour faire face au flot de paroles hystériques de Léanor. Thibault se leva de son siège et posa ses mains sur les épaules de son amante pour la calmer, lui parlant doucement pour lui faire reprendre ses esprits :

-Arrête Léa... Il a compris, ce n'est pas la peine de l'accabler davantage. N'importe qui aurait pu avoir cette réaction après s'être fait kidnapper et emmener à des kilomètres de chez lui, même si c'est sa propre sœur qui l'a enlevé. Il n'est pas plus à blâmer que nous, nous aurions du prendre le temps de le convaincre à Altdorf au lieu de le forcer de la sorte.

Léanor se dégagea d'un geste de l'épaule et fit face à Thibault, le regard furieux, avant de cracher :

-Conteste moi encore une fois et nos chemins se sépareront sur l'heure.

Sans rien ajouter, elle attrapa sa cape qu'elle enfila rapidement avant de sortir de l'auberge en claquant la porte de toute ses forces malgré sa taille imposante. Le silence revint dans la salle tandis que Brann posait sa main sur le bras d'Arthur :

-T'en fais pas mon garçon, elle a toujours eu le caractère bien trempé. Elle fulmine beaucoup mais au final elle revient à la raison. Tu dois le savoir mieux que nous.

-En fait non, vous devez mieux la connaître que moi. Nous avons vécu notre enfance ensembles, mais nous avons été vite séparés. Je ne l'ai revu que lorsqu'elle se rendait en ville, mais elle est très aventureuse... Même si c'est vrai que d'aussi loin que je me rappelle, elle a toujours été aussi vindicative.

Thibault sourit en se levant, se dirigeant vers le comptoir de l'auberge pour régler leur repas :

-Très bien, remettons nous en route, pas la peine de faire attendre notre demoiselle plus longtemps. Yann, ça ira tes blessures ?

Le vétéran grommela en signe d'approbation et se mit sur ses pieds en grimaçant :

-Tant qu'on ne va pas au galop, ça devrait le faire.

Sortant de l'auberge, ils allèrent chercher leurs montures pour reprendre la route.

Bien que leur cadence soit ralentie, ils atteignirent Wörden avant la tombée de la nuit, au grand soulagement de Léanor. Ils avaient contourné les montagnes du Stirhügel en passant par la forêt, sans rencontrer aucune difficulté, et ne s'étaient arrêtés que le temps de chasser et se nourrir. Finalement, leur destination leur était apparue au détour d'un chemin alors que la fraîcheur du crépuscule commençait à les envelopper. Malgré sa position avancée dans les terres du Stirland et sa proximité avec la Sylvanie, la ville demeurait accueillante et l'atmosphère qui y régnait était plutôt détendue, quand on faisait abstraction des patrouilles de gardes lourdement armés qui déambulaient dans le rue en grand nombre. Les habitants de ces contrées avaient appris à raison à se prévenir des morts, et tous ceux qui s'étaient aventurés un peu trop loin des murs de la cité n'en étaient jamais revenus. Ils s'arrêtèrent devant la première auberge qu'ils trouvèrent et furent surpris de la chaude ambiance qui régnait à l'intérieur. Un grand nombre de villageois s'étaient réunis pour boire ensembles, et les conversations et les jeux allaient bon train, si bien qu'ils se demandèrent s'ils pourraient trouver de la place dans toute cette foule. Heureusement pour eux, il restait encore quelques chambres et ils trouvèrent une table encore libre près des escaliers, à côté de tonneaux de bière laissés là par manque de place, au grand plaisir de Brann, qui lorgnait régulièrement dessus. Ils n'avaient quasiment pas dit un mot pendant la journée, et l'atmosphère demeurait assez tendue quand ils prirent place sur leur siège. Thibault se releva rapidement, rompant le silence pesant :

-Je vais aller nous chercher de quoi manger. Je meurs de faim et de ce que j'ai pu voir, ce qu'ils servent ici à l'air assez appétissant.

Un sourire passa sur les visages de chaque membre du groupe, même Léanor qui parut se détendre un peu quand son amant s'était proposé d'aller payer. L'éclaireur s'était frayé un chemin jusqu'au comptoir où l'aubergiste, un gros homme rouge et rigolard, payait quelques tournées en profitant personnellement de ses largesses. Il l'apostropha et lui demanda cinq assiettes que le tenancier lui prépara immédiatement, réclamant un prix peu élevé. Alors qu'il allait saisir sa bourse pour payer, il sentit quelque chose le long de sa cuisse et se retourna d'un bond, juste à temps pour voir une petite main blanche tirer sur la sacoche qui contenait ses pièces. Il voulut attraper le bras du voleur mais il avait déjà commencé à fuir vers la porte de l'auberge, et il s'élança à sa suite, plantant là l'aubergiste qui ne comprenait pas ce qui se passait :

-Hé toi ! Reviens ici tout de suite !

Le cri de Thibault avait attiré l'attention du groupe qui s'était relevé pour voir ce qui se passait, mais la foule leur bloquait la vue. Léanor attrapa Arthur par l'arrière du col et lui dit brusquement :

-Va l'aider, il a peut-être besoin de toi !

Arthur voulut répliquer mais s'en garda en voyant le regard encore furieux de sa sœur. Il avança péniblement jusqu'à l'entrée de l'auberge alors que Thibault était déjà dehors, allant aussi vite qu'il pouvait pour le rattraper. La nuit était tombée, déjà sombre, et il dut se concentrer pour discerner l'éclaireur qui courrait à quelques mètres devant lui. Il le rattrapa facilement, habitué depuis son plus jeune âge à arpenter les rues d'Altdorf et à échapper aux patrouilles qui le pourchassaient une fois qu'il s'était lancé dans le petit banditisme.

-Qu'est-ce qu'il y a Thibault ?

-Là ! Il a pris l'or !

L'homme tendait le doigt vers une petite forme à peine visible dans l'obscurité, qui s'enfuyait rapidement, commençant même à distancer ses poursuivants. Arthur fit un petit signe de tête et accéléra sa course, prenant de l'avance sur Thibault, alourdi par son armure de cuir et les armes qu'il avait toujours sur lui. L'ombre bifurqua au coin d'une rue et commença à escalader une maison dont le mur offrait de nombreuses prises. Avec une agilité déconcertante, elle se hissa sur les tuiles de l'habitation pour continuer à courir, passant de toits en toits pour semer ses poursuivants. Mais Arthur n'était pas novice en ce qui concernait l'art de courir en hauteur, et il rattrapait peu à peu sa cible. Elle disparut d'un coup alors qu'il n'était qu'à quelques enjambées d'elle, se laissant tomber d'un toit à la grande surprise du garçon qui s'arrêta pour regarder en contrebas. Une épaisse pile de foin avait été posé contre le mur, et la silhouette s'en extirpait pour s'échapper à nouveau. Sans réfléchir, il sauta à son tour, atterrissant lourdement au milieu de la paille, étouffant un petit juron au moment de l'impact, le souffle coupé par la violence de sa chute qu'il imaginait plus agréable. Sans perdre plus de temps, il se remit à courir, collant l'ombre qui semblait ralentir le pas. « Il commence à fatiguer » pensa-t-il en accélérant de son côté, essayant de sprinter malgré la douleur dans ses muscles dus à sa longue poursuite. La silhouette tourna à nouveau au coin d'une rue et il la suivit, pour se retrouver dans une impasse. Le fuyard regardait autour de lui, impuissant, les murs qui l'entouraient n'offrant aucune opportunité de les franchir. Se tournant vers Arthur, le jeune homme put voir le visage de celui qu'il chassait. Ou plutôt celle. Elle ne devait pas avoir plus de dix-huit printemps. Sa silhouette était fine et élancée, bien galbée pour son âge. De chaque côté de son visage, de longues boucles brunes tombaient en cascade, encadrant un minois plus que charmant pour une fille des rues, de grands yeux sombres surmontant une bouche aux lèvres pulpeuses, et un nez fin. Il resta un instant surpris, avant de se reprendre en l'apostrophant :

-C'est terminé, tu ferais mieux de me rendre la bourse.

Baissant la tête, elle réfléchit quelques secondes avant de répondre :

-Oui, on dirait bien que je n'ai pas le choix.

Sa voix était claire et chantante, enjouée malgré sa situation, et on pouvait y discerner un léger accent propre à la région, quoi que peu marqué. Elle s'approcha du jeune homme, lui tendant la sacoche rebondie. Tendant le bras pour la prendre, il relâcha une seconde son attention et elle en profita. Son autre main, cachée dans son dos, se révéla soudain tandis qu'elle lui lançait une poignée de sable fin en direction des yeux. Trop surpris pour éviter l'attaque, il reçut les grains en plein visage et cria de stupéfaction avant de jurer en se frottant les yeux endoloris, alors qu'elle le dépassait en sens inverse pour revenir dans les rues de la ville. Mais elle fut stoppée net par le bras imposant de Thibault qui l'attrapa par la cape alors qu'elle allait s'enfuir. Ses doigts se serrèrent autour de son cou pâle tandis qu'il la soulevait du sol avec une facilité déconcertante. Il était essoufflé, mais avait encore assez de force pour mater une gamine dans son genre. Son autre main arracha la bourse des doigts fins de la voleuse d'un geste sec, et il la laissa retomber. Elle atterrit sur les fesses en gémissant, se relevant, les sourcils froncés, se frottant le bas du dos en déclamant une série de « Aïe, aïe, aïe... » ininterrompue. Arthur avait rejoint son compagnon, les yeux rouge et gonflés, continuant pour sa part de jurer :

-Petite... petite... méchante !

Ce fut tout ce qu'il arriva à dire, tandis que Thibault le regardait, levant un sourcil face à la virulence sans égale de l'attaque. Reportant son attention sur la chapardeuse, il lui dit :

-Et que je ne te reprenne plus à détrousser quelqu'un mignonnette. Bien, Arthur, rentrons à l'auberge, les autres doivent nous attendre pour faire le plan de route pour demain.

L'adolescente avait cessé de gémir en entendant ça, et avait couru devant Thibault qui reprenait le chemin de la taverne, se plantant face à lui :

-Hé ! Vous êtes des aventuriers ?

Bien que légèrement irrité et fourbu, l'éclaireur répondit :

-En quelque sorte. Rentre chez toi maintenant, tes parents vont se faire du soucis.

Un voile passa sur les yeux de la voleuse, tandis qu'elle répondit :

-Je n'ai pas de chez moi, et je n'ai pas de parents... Je ne volerai pas sinon. Laissez-moi vous accompagner.

Thibault s'arrêta, plongeant son regard dur dans les yeux pétillant de la jeune fille :

-Ça va pas ? Qu'est-ce qu'on ferait d'une petite voleuse dans ton genre ? Tu dérobes notre or et après tu veux te joindre à nous ? Laisse tomber.

Elle baissa à nouveau la tête, l'air contrit, tandis que Thibault la laissait là, continuant à avancer, estimant que la conversation était terminée. Arthur l'avait rejoint, jetant un dernier coup d’œil à la chapardeuse, plissant ses yeux encore douloureux pour discerner ses traits décidément très charmants. A ce moment, elle revint à leur hauteur et se mit à les suivre, en disant, le sourire aux lèvres, révélant une rangée de dents blanches et bien alignées, autre caractéristique des plus rares, surtout pour une enfant des rues :

-Vous avez dit qu'il y en avait d'autres. Je suis sûre qu'ils voudront bien que je vienne.

Thibault éclata d'un grand rire en répondant :

-Ah toi tu ne connais pas Léanor. Enfin soit, s'il faut ça pour te dissuader de venir, faisons comme ça.


*

-Je suis d'accord pour qu'elle vienne avec nous.

-Quoi ?

Thibault avait laissé tomber son verre de surprise quand Léanor avait donné son consentement. La chef du groupe fixait la jeune voleuse, la regardant sous toutes les coutures tandis qu'elle finissait son assiette.

-Tu n'es pas sérieuse Léa ?

-J'ai l'air de ne pas être sérieuse ? J'ai dit que j'étais d'accord pour qu'elle vienne, si c'est ce qu'elle veut.

La jeune fille applaudissait en signe de joie, se trémoussant sur le tonneau de bière qu'elle avait pris en guise de chaise, au grand dam du nain qui grommelait malgré les cinq pintes fraîches posées devant lui.

-Cette gamine nous dérobe notre or, et tu veux qu'elle nous accompagne ? Elle ne doit même pas savoir tenir une arme, elle ne va faire que nous ralentir alors que tu es pressée !

-Nous ralentir ? Si j'ai bien compris, elle n'a pas eu trop de mal à te distancer tout à l'heure. Et puis elle a l'air d'avoir certains talents comme mon frère. Ils feront une jolie équipe tous les deux. Là où nous nous rendons, nous avons besoin de toute l'aide nécessaire.

-Et qui te dit qu'elle ne s'échappera pas avec tout notre or à la première occasion ?

-Auquel cas Arthur saura la rattraper non ?

Sans dire un mot de plus, l'éclaireuse finit son verre d'une traite et se leva.

-Bien, nous avons une longue route à faire demain. Je t'expliquerai notre parcours quand nous partirons. Lever à l'aube, pas de retard sinon on te laisse ici, et pas d'excuses. Au fait, tu ne nous as pas dit comment tu t'appelais.

La jeune fille sourit à nouveau en gloussant :

-Blanche, je m'appelle Blanche. Et ne vous en faites pas, je serais à l'heure. Par contre, je peux dormir avec vous ?

Léanor la regarda à nouveau, le regard neutre, ne laissant passer aucune émotion, avant de lâcher :

-Bien sûr, tu es des nôtres à compter de ce soir, et ce quoi que puisse en dire les autres.

Elle lança un regard entendu à Thibault qui ne disait rien, les sourcils froncés, préférant se concentrer sur sa chope de bière. Il se rappelait de leurs petites altercations de ce matin, et il n'avait pas envie de remettre de l'huile sur le feu en donnant son avis, quoi qu'il estime que la décision de l'éclaireuse n'était pas la bonne. Se levant à son tour, il monta à l'étage sans rien dire, lançant distraitement la bourse sur la table afin que quelqu'un se charge de payer. Yann le regarda disparaître en haut, apostrophant Léanor :

-Tu devrais essayer de faire des efforts aussi Léa. Ne cherche pas à le contredire en permanence, tu vois bien ce que ça donne.

Elle ne répondit rien, les sourcils froncés. Elle savait que Yann avait raison, mais elle détestait devoir l'admettre. Sans rien ajouter, elle monta à son tour pour se coucher. Brann, qui entre temps avait fini de boire ses pintes, de la mousse encore sur la barbe, se retourna vers ses trois compagnons et dit :

-Bien, je pense qu'on devrait y aller nous aussi. On se lève tôt demain, et il y a du chemin comme l'a dit notre râleuse préférée. Blanche, tu vas dormir avec nous cette nuit, il y a assez de place dans la chambre. Et Arthur... Je te conseille de ne pas tenter de petite escapade matinale cette fois, pas sûr que ça soit très bon pour la santé mentale de ta sœur.

Tous approuvèrent en souriant, et ils montèrent se coucher après avoir laissé de quoi payer sur la table, Brann jetant un dernier coup d’œil sur le tonnelet de bière, Blanche sur les pièces laissées là, et Arthur sur Blanche qui le devançait dans les escaliers.


Karl Von Arenberg jeta le corps mutilé de l'enfant qu'il tenait sur la pile de cadavres qui jonchaient le couloir. Quelques images floues lui revenaient en mémoire, du moment où il avait vu pour la première fois le charnier. Il se souvenait de l'effroi qu'il lui avait inspiré lorsqu'il était encore humain et faible, et laissa échapper un petit bruit méprisant en chassant ces images de son esprit. Ses bottes en plaques écrasaient la chair boursouflée et noirâtre des enfants abandonnés ici, leur sang coagulé se mêlant aux viscères qui se répandaient sur le tapis du couloir. Il appuya son pied sur ce qui avait été autrefois la tête d'une petite fille, dont on avait arraché les yeux et les dents, piétinant le crâne qui se disloqua dans un bruit écœurant d'humeurs se déversant du morceau de chair informe. C'était la petite collection personnelle de Waldeck Von Arenberg, et personne n'y trouvait rien à redire. Il conservait les corps pourrissants des enfants qu'ils utilisaient pour alimenter le vortex d'énergie, s'amusant régulièrement à aller les piétiner ou les trancher du fil de son épée. Son excentricité était tolérée, bien qu'elle ne fusse pas des plus morales.
Depuis une semaine, ils ramenaient une dizaine d'enfants chaque soir, devant aller de plus en plus loin pour vider les villages alentours. La rumeur des disparitions avait vite circulé, et ils devaient prendre plus de risques pour se fournir, les paysans se cloîtrant chez eux en adressant des prières inutiles à leurs dieux. Mais quand bien même, cela ne les arrêtait pas, profitant de leurs sorties nocturnes pour s'offrir de véritables orgies sanglantes. Seule Clarissa s'occupait du rituel afin de nourrir les énergies tourbillonnantes du vortex. Cela lui prenait une grande partie de la nuit alors qu'elle entamait de longues incantations visant à séparer l'âme du corps des enfants qu'on lui amenait avant de placer cette dernière au cœur même de l'amas magique. Elle en ressortait épuisée et disparaissait pour le reste de la journée, se retirant dans ses appartements afin de se reposer. Depuis qu'il était devenu comme eux, Karl avait pu voir le vortex gagner en taille de manière impressionnante. La seule fois où il avait demandé à quoi servirait toute cette magie, on ne lui avait répondu que par énigmes, et il avait deviné avec le temps que personne ne le savait réellement, les véritables intentions de Clarissa n'étant connues que d'elle-même.
Secouant sa tête pour reprendre ses esprits, il regarda son pied souillé de sang noir qui durcissait déjà sur son armure, et l'essuya sommairement sur le tapis du couloir. Quelque chose en lui le taraudait. Il ne savait pas quoi, mais il avait un mauvais pressentiment. Chassant ses pensées négatives, il disparut dans l'obscurité des corridors afin de rejoindre ses quartiers.

L'aube pointait à peine par-dessus les toits de Wörden mais les six membres du groupe étaient déjà dehors, préparant leurs montures. L'arrivée de Blanche dans la compagnie avait nécessité l'achat d'une nouvelle monture, et leurs économies en avaient pris un coup. Ils devaient se rationner jusqu'à Leicheberg, et il fut convenu qu'ils dormiraient à la belle étoile jusqu'à ce qu'ils atteignent la ville, malgré les dangers que cela pouvait représenter dans ces contrées. Ils reprirent rapidement la route, essayant de couvrir le maximum de distance avant la tombée de la nuit et malgré les blessures de Yann. Blanche se révéla très vite être une compagnon de route des plus agréables. Elle avait une conversation intéressante et toujours enjouée, mais restait assez évasive quand on la questionnait sur son passé. Tout ce qu'ils avaient pu apprendre, c'était que ses parents avaient disparu après s'être aventurés un peu trop loin de la ville à la recherche d'un trésor qu'on disait enfoui dans les environs. Elle avait alors du se débrouiller seule, apprenant rapidement l'art de la rapine, volant pour vivre, dormant dans les écuries des auberges ou dans la rue quand c'était nécessaire. Elle avait toujours voulu partir à l'aventure, mais les passants étaient rares dans la région, et elle les avait remercié pendant près d'une heure après le départ de l'avoir emmenée avec eux. Sa bonne humeur avait chassé les tensions de la veille, et ils avancèrent plus détendus en plaisantant sur le chemin. Arthur ne parvenait pas à détacher son regard de la jeune fille, détournant vite les yeux quand elle se retournait vers lui, le rouge lui montant aux joues, le trahissant aux yeux de la demoiselle qui esquissait toujours un petit sourire en le voyant ainsi penaud.
Ils longeaient la rivière d'Aver, ce qui leur permettait de se ravitailler régulièrement en eau potable. La région était plate et morne, et il n'était quasiment pas possible de chasser, si ce n'était quelques lapins un peu trop téméraires. Bien que la forêt d'Altern était en vue, ils savaient qu'il leur restait un grand nombre de lieues à parcourir avant de la rejoindre. Ils firent une première escale à la nuit tombée, Thibault attachant leur monture à un des rares arbres alentours. Ils décidèrent de faire un feu malgré que la lumière pouvait attirer quelques créatures dangereuses, et décidèrent de l'ordre des tours de garde. Blanche était la première à veiller, suivie d'Arthur, mais le jeune homme insista pour rester avec elle, malgré les reproches de Léanor lui promettant mille morts plus horribles les unes que les autres s'il s'endormait pendant son tour.
Ils restèrent tous deux près du feu, tandis que les ronflements de Brann troublaient le silence de la nuit, assis côte à côte sans parler. Blanche fut la première à rompre le silence :

-Au fait Arthur... Je suis désolée de t'avoir lancé du sable hier soir. J'espère que tu m'excuseras.

Le jeune homme sourit, le regard posés sur les flammes dansantes. Il savait que s'il regardait la jeune fille dans les yeux, il risquait de perdre ses moyens, et préférait disparaître sur l'instant que de paraître ridicule devant elle :

-Oh oui t'en fais pas, c'est oublié. En tout cas, je suis content que tu nous aies rejoint. Je me sens un peu moins seul.

-Seul ? Comment ça ? Il y a les autres.

-Oui, mais c'est différent. Ils se connaissent depuis des années, je suis tout nouveau au milieu d'eux. Et puis, j'ai été un peu embarqué là-dedans par un concours de circonstances.

-Léanor m'a raconté. Et tu as accepté de les suivre ?

-Disons que j'ai pas eu trop le choix. J'ai tenté de m'échapper mais finalement je me suis fait une raison. Et puis... je veux savoir ce qu'il est advenu de mon père. C'est aussi le but de Léa, et même si ça fait bien longtemps que je ne l'ai pas revu, j'aimerai vraiment être sûr qu'il n'est plus de ce monde, et connaître les raisons de sa mort. Léanor pense qu'il a été trahi et utilisé par les supérieurs militaires de l'Empire, et même si c'est suicidaire d'aller vérifier sur place, je sais qu'elle ne reculera pas jusqu'à être parfaitement sûre de trouver ce qu'elle cherche.

-Ça a un côté très chevaleresque.
-Ah tu trouves ?

La jeune fille sourit en regardant le voleur, se rapprochant un peu plus de lui à la lumière du feu de camp :

-Oui, je trouve. J'ai une autre question Arthur. Pourquoi est-ce que tu me regardes tout le temps quand nous marchons ?

Le rouge monta instantanément aux joues du garçon tandis qu'il écarquillait les yeux, balbutiant quelques mots sans aucun sens :

-Je... Heu... je ne pensais pas... je... ah... tu as remarqué...

-Oui, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir. Je trouve ça assez flatteur, quoi qu'un peu troublant.

Il n'osait pas tourner la tête vers elle, se sentant défaillir alors qu'elle reprenait sa place devant le feu en gloussant. Il déglutit difficilement, et, fermant les yeux, dit très vite :

-Tu es vraiment très jolie !

Elle sourit, elle-même rougissante, et voulut répondre, mais fut interrompue par le hennissement déchirant des chevaux attachés plus loin. Les deux jeunes gens se levèrent d'un coup, le regard fixé vers l'origine des cris. Les quatre éclaireurs s'étaient également déjà mis sur pied, prêts à agir. Léanor avait rejoint Arthur et Blanche, leur demandant :

-Qu'est-ce qui se passe ?

-On ne sait pas, on vient tout juste d'entendre les chevaux. Ça vient tout juste d'arriver.

Jurant, l'éclaireuse s'élança vers l'arbre, suivie de ses compagnons. La nuit était épaisse et ils ne voyaient pas à deux mètres devant eux, pressant malgré tout le pas jusqu'à leurs montures. Quand ils arrivèrent à l'arbre, ils découvrirent, impuissants, que les cordes avaient été sectionnées, et quelques traces d'une courte mais violente lutte. Il n'y avait plus aucune trace des chevaux, et seules quelques gouttes de sang encore liquide sur le tronc indiquait qu'ils étaient là l'instant d'avant.

-Mais qu'est-ce qui a bien pu se passer ici ?

Léanor tenait les cordes arrachées, regardant la scène sans comprendre. Cinq chevaux disparus en l'espace de quelques secondes. Intimant le silence d'un geste du bras, elle revint vers ses compagnons.

-Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais ce qui est sûr, c'est que ce qui est à l'origine de ceci est toujours dans le coin, et que c'est capable d'enlever des montures aussi facilement que Brann boit sa bière. Restez attentifs et groupés.

Ils rejoignirent le feu de camp, l'éteignant rapidement, l'oreille tendue pour entendre tout bruit suspect. Seul un léger souffle d'air leur répondait, alors qu'ils retenaient leur souffle, le cœur battant dans leur poitrine. Rien ne semblait bouger, et après quelques minutes d'attente des plus angoissantes, ils baissèrent leurs armes. Léanor chuchota :

-Peut-être que ça n'en voulait qu'à nos montures...

-Ou peut-être que ça attend qu'on se rendorme.

-Dans ce cas, nous n'avons pas le choix, il va falloir veiller.

Personne ne dit mot, c'était effectivement la seule solution envisageable. Ils se réunirent autour des cendres de leur foyer éteint, sans rien dire, restant aux aguets malgré la fatigue qui les accablait d'autant plus qu'ils devaient se concentrer. Finalement, l'aube chassa la nuit sans que rien ne se manifeste, et ils réunirent leurs affaires pour se remettre en route. La perte de leur monture était un véritable coup dur, non seulement pour la rapidité de leur avancée mais également pour les paquetages qu'ils avaient laissés dessus. Léanor ne desserrait pas les dents, et Arthur n'osait lui demander si sa colère n'était due qu'à la disparition des cheveux ou bien si de surcroît elle les tenait, lui et Blanche, comme responsables. Un pâle soleil s'était levé sur la lande, et ils avançaient lentement à cause des blessures toujours douloureuses de Yann. Même Brann n'osait pas se plaindre, du moins trop fort, redoutant la colère de la chef du groupe.
Après plusieurs heures de marche, ils poussèrent tous un soupir de soulagement quand un village leur apparut au détour d'une petite colline. Pressant le pas, ils pénétrèrent à l'intérieur des lieux. On avait dressé une palissade grossière autour des habitations, et posté quelques gardes à la seule entrée, qui les laissèrent passer sans même leur daigner plus qu'un regard. Le contraste avec Wörden était saisissant : les rues grises et crasseuses étaient presque désertes, à l'exception de quelques paysans accablés qui hâtaient le pas pour rentrer chez eux. Tout évoquait la misère et la peur, et leur joie éphémère fut balayée par cette atmosphère pitoyable, propre à un village en bordure de la Sylvanie. Ils avaient rejoint la place centrale, et Léanor harangua un passant qui tourna à peine la tête :

-S'il vous plaît, pourriez-vous nous indiquer une auberge, nous venons d'arriver et nous avons besoin d'acheter des chevaux.

Le paysan fit un vague signe du bras en grommelant, sans s'arrêtant, accélérant même un peu le pas pour s'éloigner du groupe. Léanor le regarda s'en aller sans dire un mot, les lèvres pincées, et revint vers ses compagnons pour se diriger vers là où l'homme lui avait indiqué. Ils marchèrent quelques minutes avant de se retrouver face à une enseigne miteuse et décatie. La porte portait les traces de nombreux coups de griffure et estafilades que recouvrait un limon grisâtre qui moisissait lui aussi. L'intérieur sentait le renfermé, et il ne devait pas y avoir plus de trois tables en état, ce qui était largement suffisant vu que la clientèle ne se composait que d'un soûlard étalé sur le comptoir collant de l'auberge. Le tavernier, un homme grand et sec, fixait les arrivants, une bouteille poussiéreuse à la main dont il versait le contenu dans le verre encrassé de l'homme devant lui, un liquide épais d'une couleur peu attirante. Ils prirent place à une table sale, leur chaise grinçant quand ils prirent place, celle de Brann tanguant dangereusement. Thibault alla chercher une pinte de bière saumâtre pour chacun, qu'ils burent vite en grimaçant, quelques larmes coulant sur le visage du nain qui venait de perdre toute foi en l'humanité.
Une fois sa choppe finie, Léanor se leva et alla au comptoir s'entretenir avec le tavernier afin de savoir s'il avait des chevaux à vendre. Le petit groupe d'éclaireurs la suivit, espérant qu'il puisse accéder à leur requête.

-Nous avons besoin de quatre chevaux au minimum. Cinq si vous en avez. Nous sommes prêts à payer le prix qu'il faudra.

Le tavernier renifla, se raclant la gorge dans un bruit écœurant, avalant un glaire avant de répondre :

-C'est que par ici, on a déjà bien du mal à trouver du pain... Alors des chevaux... Vous devez vraiment avoir les moyens.

-Dites nous juste si vous en avez à vendre ou non.

-J'en ai bien quelques uns à l'écurie. Cinq vous m'avez dit... Ça doit se trouver. Mais ça va vous coûter assez cher.

-Parle au lieu de nous faire attendre.

-Dix couronnes.

Léanor resta stupéfaite, la bouche ouverte, avant de reprendre contenance :

-Dix couronnes ! Mais c'est le prix pour équiper tout un régiment !

-Je vous avais prévenu.

Léanor fulminait, les poings serrés, tentant de ravaler sa colère, une veine palpitant sur son front alors qu'elle serrait les dents pour ne pas exploser. Le tavernier la regardait, un petit sourire aux lèvres, sans rien dire, essuyant une choppe avec un chiffon crasseux. Son regard se posa alors sur Blanche, et une lueur passa dans son regard. Reniflant à nouveau, il dit :

-Il y a peut-être moyen que nous trouvions un arrangement cela dit.

Léanor suivit le regard du tavernier et écarquilla à nouveau les yeux, comprenant où il voulait en venir. Arthur avait fait de même et voulut intervenir mais sa sœur lui coupa sèchement la parole :

-Combien de temps ?

-Une seule nuit.

Léanor plissa les yeux, réfléchissant quelques secondes, regardant Blanche qui avait à son tour saisi de quoi il retournait, et restait là, tremblotante, au milieu du groupe. Soupirant, l'éclaireuse lâcha :

-C'est d'accord. Une seule nuit pour les cinq chevaux.

Tournant les talons, elle se retrouva face à Blanche, qui la regardait dans les yeux sans comprendre. Ne pouvant soutenir son regard, la chef des éclaireurs murmura :

-Je suis désolée Blanche. C'est la seule solution. Ça fait partie des risques à prendre quand on veut partir à l'aventure. Je suis vraiment désolée.
Léanor allait pour monter à l'étage, mais Arthur lui barra le passage, le regard rempli de haine. Elle le toisa sans rien dire, attendant qu'il prenne la parole, ce qu'il fit avec une violence qui la déconcerta :

-Qu'est-ce qui ne va pas chez toi Léa ? Quel genre de monstre tu es ?

La jeune femme répondit sèchement en le fixant dans les yeux :

-Si tu as d'autres propositions mon grand alors n'hésite pas à nous les faire partager. Je ne sais pas, par exemple ne prendre que deux chevaux pendant que tu voyageras à pied ? Je suis sûr qu'il acceptera de ne la prendre qu'une demi-nuit.

Emporté par sa fureur, le voleur administra une gifle en plein sur le visage de sa sœur, qui résonna dans toute l'auberge. Léanor fit un pas en arrière, accusant le coup, les yeux ronds de surprise. Puis, avec la même rapidité, asséna un coup de poing tout aussi violent dans le ventre de son frère qui se plia en deux sous le choc en tentant de reprendre son souffle. Le contournant pour monter, elle cracha :

-Ne me touche... plus jamais. Et tiens toi aux décisions du groupe à présent. Ou pars... Après tout, je n'ai pas besoin d'un bébé pleurnicheur avec moi.

Elle disparut à l'étage tandis qu'Arthur se relevait, aidé par Thibault qui l'épaula. Des larmes de douleurs perlaient au coin de ses yeux et il dut s'asseoir pour ne pas retomber à nouveau. Le tavernier avait contourné le comptoir et s'était rapproché de Blanche, qu'il examinait à présent en détail, son sourire s'élargissant à mesure qu'il observait sa beauté. Attrapant son seul client par le col, il le fit lourdement tomber au sol, sa chute soulevant un nuage de poussière du plancher mitée tandis qu'il continuait à ronfler, sans même se rendre compte de ce qu'il lui arrivait.

-Allez, dégage, on est fermé pour aujourd'hui.

Attrapant le bras de Blanche, il la tira dans une pièce voisine, lui arrachant un petit cri de douleur, refermant la porte derrière lui. Arthur voulut se lever mais Brann lui posa la main sur l'épaule en le regardant, les yeux tristes :

-Ne fais pas de folies mon garçon... Ça ne ferait qu'aggraver les choses. Crois moi, elle est tout aussi peinée que toi d'avoir fait ça...

-Je me fiche bien de ce qu'elle pense, ça ne changera pas la situation.

-Allez viens, allons dormir, on a une longue route à faire demain.

Le voleur se laissa emmener jusqu'à sa chambre, jetant un dernier regard haineux vers la porte close où Blanche avait disparu.


« Je te vois Taedril ! »
Le mage se réveilla en sursaut, comme chaque nuit. Une mince pellicule de sueur recouvrait son front alors qu'il se levait pour faire quelques pas dans la chambre, le corps encore tremblant. Encore et toujours le même cauchemar. Cela faisait une semaine qu'il était libre, et ses visions nocturnes s'étaient encore accentuées, comme si quelque chose les rendaient encore plus puissantes. Il en arrivait même au point qu'il ressentait la douleur de son corps attaqué par les légions de morts le recouvrant, se frottant la joue au réveil pour la calmer. Il avait même été surpris un soir de voir que la blessure que lui avait laissé le comte s'était rouverte, un mince filet de sang coulant sur sa peau pâle. La fatigue l'accablait, mais il avait peur de dormir, hanté par la vision d'Arenberg qui revenait à chaque fois qu'il osait fermer l’œil.
Alors qu'il allait rejoindre son lit, on frappa doucement à sa porte, et, sans attendre de réponse, une silhouette enveloppée des longs habits de l'ordre du lotus sombre pénétra dans la pièce.

-Je suis désolé de troubler votre sommeil seigneur Taedril, mais le Maître désire s'entretenir avec vous.

Le mage plissa les yeux. C'était rarement bon signe lorsque le Maître voulait vous voir directement. Mais ce qui était sûr, c'est qu'il ne fallait jamais le faire attendre. Enfilant rapidement ses propres vêtements barrés du sigle fleuri, il suivit l'émissaire à travers les couloirs nacrés de la tour où ils se trouvaient. Le Maître attendait, toujours, au centre de la pièce, impassible, sur son immense trône. Taedril s'agenouilla devant lui, attendant qu'il l'autorise à se relever.

-Taedril, mon cher serviteur... J'espère que je ne t'ai pas réveillé.

Le ton était ironique et le Maître savait que non seulement il avait le droit de faire venir n'importe lequel de ses disciples à toute heure, mais que Taedril ne pouvait dormir depuis son retour. Cependant, il se garda bien de faire une quelconque remarque, et répondit, impassible :

-Non Maître, je suis toujours prêt à agir quand vous me demandez.

-Bien... Très bien Taedril... Si je t'ai fait venir, c'est pour une raison simple... Très simple.

Il n'en dit pas plus, ce qui incita le mage elfe à relever la tête vers son Maître. Son visage demeurait éternellement masqué par le globe de ténèbres mouvantes posé devant, et il déglutit avant de prendre la parole :

-Et puis-je avoir l'impétuosité de vous demander quelle est cette raison ?

Un rire glacial s'éleva du trône, qui le fit frissonner, alors que le Maître se levait, descendant lentement les marches de l'estrade où était posé son trône, foulant le tapis rouge jusqu'à arriver à hauteur de son serviteur. Sa main cachée par un gant de tissu noir aux fils d'or disparut dans l'un des replis de son immense cape, qu'il ressortit, tenant une petite fiole de cristal remplie de quelques gouttes d'un liquide bleu clair. La tendant à Taedril, il reprit :

-Pour cela... C'est un remède... Contre tes cauchemars...

Taedril leva la tête et prit précautionneusement la fiole entre ses doigts, les yeux écarquillés. Regardant son maître dans ce qu'il lui servait de visage, il murmura :

-Maître... je... Je ne sais comment vous remercier...

-Ne me remercie pas... Taedril... J'ai encore de nombreux projets... pour toi... Et tu m'es inutile si tu ne peux pas dormir un peu...

Taedril dévissa la fiole et regarda une seconde son contenu avant de la porter à ses lèvres. Le liquide coula dans sa gorge, froid et amer, alors qu'il l'avalait en grimaçant. Il se sentit soudain comme libéré d'un poids, ses muscles se détendant d'un seul coup et ses pensées cessant de s'agiter. Il reporta son attention sur le Maître.

-Si je puis me permettre, puis-je vous demander comment vous avez pu vous procurer un tel remède ? Vous saviez donc à quoi étaient du mes rêves ?

-Tu me sous-estime... Taedril... Tu as encore beaucoup à apprendre... Pour te répondre, j'ai moi-même fabriqué cet antidote... Quant à la cause de tes cauchemars... Elle est simple... Tu étais lié au vampire... Si tes rêves se sont fait si persistants récemment... C'est parce qu'ils ont gagné en puissance... le vortex est presque stabilisé... il est temps pour nous... d'agir.

Taedril restait impassible, toujours à genoux sur le tapis épais de la salle du trône, attendant que le Maître ait fini son discours.

-Nous partirons... demain matin... Les navires sont prêts... Ils nous attendent... Va te reposer Taedril... Bientôt, nous accomplirons notre destinée...

L'elfe baissa la tête en signe d'approbation et se retira sans dire un mot, regagnant sa chambre.  Les pions avaient commencé à bouger sur l'échiquier, leurs plans allaient se concrétiser sous peu. Cette nuit là, il put enfin dormir paisiblement, l'esprit uniquement troublé par des images de grandeur.


Arthur ne parvenait pas à trouver le sommeil. Toutes ses pensées allaient vers Blanche, qu'il revoyait immobile et tremblante, emmenée par le tavernier tandis qu'il regardait la scène, impuissant. Il se tourna à nouveau sur sa paillasse dure et inconfortable. Les ronflements de Brann résonnaient dans toute la chambre, et il jeta un coup d’œil vers le lit de Yann. L'éclaireur dormait, les sourcils froncés, la main posée sur sa blessure. Il ne pouvait rester là sans agir. Se levant sans faire de bruit, il se dirigea vers la porte, avançant à pas de loup. Une planche pourrie grinça sous ses pieds, et il s'arrêta, attendant de voir si les deux éclaireurs l'avaient entendus. Mais la respiration du nain se fit de nouveau entendre après quelques secondes, et il se hâta de sortir de la chambre, refermant doucement la porte derrière lui. Se retournant pour descendre les escaliers, il faillit crier en tombant nez à nez sur sa sœur, mais celle-ci lui plaqua la main contre la bouche avant que le moindre son n'en sorte. Ses longs cheveux blonds tombaient sur ses épaules, et son air sévère lui conférait un charme naturel, même au beau milieu de la nuit. Elle lui intima sèchement :

-Tais-toi, ne fais aucun bruit. Je savais que tu essayerais de jouer au héros, imbécile.

Il baissa les yeux en signe de soumission. Il était trop prévisible pour Léanor. La main de la jeune femme quitta sa bouche, et elle reprit :

-Mais il faut croire que c'est de famille, nous sommes deux imbéciles ce soir.

Il ne comprenait pas, regardant sa sœur qui le fixait toujours sévèrement, un léger sourire adoucissant soudain les traits tendus du visage de l'éclaireuse :

-Allons chercher Blanche. Personne ne mérite de passer une nuit avec ce porc, même pour cinq griffons impériaux.

Arthur n'en revenait pas et demeurait immobile devant la porte de la chambre. Léanor dut le tirer et le pinça légèrement au bras pour lui prouver qu'il ne rêvait pas, et ils descendirent ensembles les marches de la taverne. La pièce principale était plongée dans l'obscurité, plus glauque encore que ce qu'elle était en temps normale, si cela était possible. Un mince rai de lumière filtrait sous la porte close de la pièce où l'aubergiste avait emmené Blanche. Léanor murmura à Arthur :

-Il va falloir faire très vite. Thibault est en train de réunir nos affaires et va s'occuper de réveiller Brann et Yann. Dès qu'on aura récupérer Blanche, il faudra fuir jusqu'aux écuries et prendre les chevaux.

La jeune femme s'approcha du cadre de la porte et fit signe à son frère d'approcher. Pointant le loquet du doigt, elle lui signifia de vérifier si la porte était verrouillée ou non. Il se plaça devant sans faire de bruit, observant la serrure. Attrapant une mince pointe de métal accrochée à sa ceinture, il la passa le long de la fente de la porte. La pointe glissa le long du métal de la serrure, et il serra les dents en priant que le bruit n'avertisse pas le tavernier. Il fut soulagé en constatant que la porte n'était pas fermée, et fit signe à sa sœur que c'était bon. Attrapant la clenche, il ferma les yeux en pressant la poignée. Le lourd battant en bois s'ouvrit doucement, raclant le sol dans un bruit de frottement qui lui sembla résonner comme la charge d'un millier de chevaux. Il avait laissé tout juste d'espace nécessaire pour leur permettre d'entrer dans la chambre, et il tendit l'oreille pour percevoir les bruits qui en émanaient. De là où ils étaient, ils pouvaient entendre le tavernier qui parlait à mi-voix, et les pleurs étouffés de Blanche. Arthur se releva, suivi de sa sœur, et pénétra dans la pièce. Le lit de l'aubergiste était collé dans un coin au fond de la chambre, et il avait le dos tourné à l'entrée. Il s'était dévêtu, son corps sec et maigre surplombant sa couche où était allongée Blanche. Il avait arraché ses vêtements et s'était posté entre ses cuisses blanches, lui tenant les bras, alors qu'il essayait avec difficulté de fouler son intimité. La jeune fille pleurait, serrant les jambes pour ne pas le laisser faire, et il devait sans arrêt les écarter, lâchant le bras de l'adolescente qui se mettait alors à le repousser. Cela n'avait pas l'air de l'agacer, au contraire, il semblait s'amuser de la résistance de sa proie, savourant le moment où il parviendrait enfin à pénétrer son corps jeune et parfaitement dessiné.
Léanor était rentrée à son tour dans la pièce, et regardait la scène avec un air de dégoût, tournant le regard vers son frère pour lui intimer d'avancer jusqu'au lit. Elle lui fit alors passer une petite massue dans la main, et mima du mieux qu'elle pouvait un coup sur la tête. Le message était assez clair, et il se dirigea rapidement vers la couche où le tavernier se débattait avec la jeune fille. Le voleur leva son bras et prit appui sur son pied pour mieux frapper, mais ce faisant, il fit grincer le plancher. L'homme se retourna immédiatement, son regard croisant celui d'Arthur, qui ne parvenait plus à esquisser le moindre geste.

-Mais qu'est-ce que ça veut dire...

L'aubergiste allait pour se lever, sans prendre la peine de masquer sa pudeur, mais il n'eut pas le temps de réagir, la masse que tenait Léanor s'abattant sur sa tête dans un bruit de craquement. L'homme s'écroula sans un bruit sur le sol alors qu'elle attrapait Arthur par la manche :

-Dépêche toi de sortir et va préparer les chevaux. Je m'occupe d'elle.

Il hocha de la tête, et jeta un regard à Blanche, qui avait observé la scène sans rien dire, muette de surprise. Il se précipita à l'extérieur, ouvrant d'un coup la porte d'entrée de l'auberge. Des bruits de pas dans l'escalier lui indiquèrent que les éclaireurs le suivaient, et ils se hâtèrent de se rendre à l'écurie où dormaient une demi-douzaine de chevaux. Ils les équipèrent rapidement avec dextérité, et se mirent en selle, attendant que Léanor et Blanche les rejoignent, jetant des regards anxieux de peur de voir arriver des gardes. Enfin, les deux femmes sortirent et Léanor aida la plus jeune à se hisser sur un cheval avant de prendre place sur le sien.

-J'espère pour toi que tu sais monter.

Blanche acquiesça d'un signe de la tête et ils firent tourner leur monture en tirant sur les rênes. Alors qu'ils s'apprêtaient à partir, l'aubergiste, encore nu, sortit de la taverne en se tenant la tête, se mettant à hurler :

-Gardes ! Gardes ! On me vole !

Léanor jura :

-Mince, je ne l'ai pas tapé assez fort. Vite, il faut qu'on sorte d'ici tout de suite !

Ils pouvaient entendre les bruits de patrouilles se hâtant vers l'origine des cris, et ils s'élancèrent dans les rues sombres du village, essayant de se repérer par rapport à leur chemin de l'après-midi afin de rejoindre l'entrée. Ils tombèrent dessus par hasard, au détour d'une petite allée, et lancèrent leur cheval au galop vers la sortie. Mais alors qu'ils allaient passer la barricade, la patrouille postée à l'entrée leur barra la route, les soldats qui la composaient levant leur pique vers les chevaux qui stoppèrent leur course en hennissant. Une autre patrouille apparut derrière eux, baissant leurs armes pour obliger les montures à se regrouper alors qu'ils les encerclaient. Où que se porte leur regard, les éclaireurs ne voyaient que des soldats aux couleurs du Stirland qui pointaient leur hallebarde dans leur direction, ne leur laissant aucune échappatoire. Les chevaux raclaient le sol, énervés par l'agitation autour d'eux, secouant la tête en signe de mécontentement. Ils étaient capturés.

Il y eut alors un cri qui résonna à l'arrière de la ligne de garde, et tous tournèrent la tête dans sa direction. Une énorme masse sombre se tenait là, avançant rapidement au milieu des soldats qui commençaient à paniquer. Elle s'était posé sans que quiconque l'entende et il fallut quelques instants aux gardes pour réagir, redirigeant leurs armes contre l'énorme créature ailée qui avait atterri au milieu de la place d'entrée. Ils ne pouvaient discerner parfaitement ses traits dans l'obscurité, mais le monstre ressemblait de manière assez frappante à une chauve-souris géante, à ceci près qu'elle se déplaçait sur deux énormes pattes musclées pourvues de griffes de la taille d'un crâne humain. Ses immenses ailes se terminaient par ce qui ressemblaient à des mains, elles aussi armées de longues proéminences coupantes, déjà souillées du sang de quelques gardes qu'elle avait balayé d'un simple geste. Une lourde fourrure brune recouvrait son corps puissant, ses yeux irradiant d'une lueur rouge et mauvaise, tandis qu'elle laissa s'échapper un long hurlement qui glaça toutes les personnes présentes jusqu'à l'os. Ses dents, immenses et effilées, claquaient en signe de fureur tandis qu'elle repassait à l'attaque, arrachant la tête d'un garde qui mourut sans même s'en rendre compte. La créature n'était pas si rapide que ça à cause de sa corpulence, mais son physique effrayant et l'effet de surprise lui permirent de se débarrasser de trois autres gardes sans même qu'ils ne s'en rendent compte. Laissant totalement de côté le groupe d'éclaireurs, ils tentèrent d'encercler la bête, mais celle-ci brassait l'air autour d'elle de ses immenses ailes, les empêchant de la prendre à revers tandis qu'elle se jetait au milieu des hallebardiers hurlant de terreur pour les décimer davantage. Brann observait la scène, en tiquant à chaque fois que la créature attaquait, soulevant une gerbe de sang ou de membres arrachés à chaque fois qu'elle plongeait ses griffes ou ses crocs dans la mêlée.

-Je suis prêt à parier que c'est une de ces bestioles qui nous a emporté nos chevaux la nuit passée.

-Si c'est le cas, je ne chercherai pas à vérifier.

-On ne va pas les aider ?

-Je ne pense pas qu'on leur soit d'une grande aide. Et quand bien même on arriverait à se débarrasser de cette chose, je ne suis pas sûr qu'ils nous soient très reconnaissant après qu'on ait volé leurs chevaux.

Faisant tourner leur monture vers l'entrée du village, le groupe s'élança dans la nuit, laissant derrière eux le contingent hurlant se faire décimer.


Dernière édition par Lyanden le Mer 21 Aoû 2013 - 14:48, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 21 Aoû 2013 - 3:29

Et... Triple post... Cependant, je ne vais pas me plaindre d'être inspiré et motivé en ce moment. J'ai juste peur que trois pavés d'affilée ne découragent mes éventuels lecteurs de poursuivre le récit. J'espère me tromper bien entendu, et que vous prendrez toujours autant de plaisir à les lire que j'ai à les écrire. Juste pour vous situer dans la longueur des parties, la deuxième a déjà largement dépassé en taille la première, malgré le fait qu'elle soit répartie sur beaucoup moins de posts, qui sont de toute évidence bien plus longs (J'en suis avec ce texte à un total de 68 pages Word, 1ère et 2ème partie incluses, la première se déroulant sur 29 pages). Je ne me rends pas bien compte s'il est préférable de conserver une parution avec des parties des publications de cette taille ou bien à l'avenir de les subdiviser en plusieurs petites. Personnellement, je n'ai aucun problème à lire de très longs textes sur un seul post, mais je ne sais pas si cela est le cas de tout le monde ici, et j'attends donc vos retours sur la question, comprenant que le temps nécessaire à la lecture d'une seule de ces parties puisse en rebuter plus d'un, et auquel cas, présentant mes plus plates excuses à ces âmes que j'importune par mes indigestes pavés.

Bref, je cesse de tergiverser et vous livre donc sans plus attendre la suite de mon récit, en espérant avoir quelques commentaires avant de publier la suite! Bonne lecture, et pour ceux qui rejoignent au vol et ne verront que le dernier post, je me permets de rappeler que j'ai posté deux autres parties hier et avant-hier, et qu'il serait dommage de les rater, ne serait-ce que pour la bonne compréhension de l'histoire. Enfin ça, vous n'avez pas besoin de moi pour le deviner. Bien, j'arrête de parler, et j'envoie!


Ils avaient lancé leurs montures au galop, mettant un maximum de distance entre le village et eux, chevauchant sous la nuit sombre à peine éclairée par une lune timide. Les frondaisons des arbres de la forêt d'Altern apparaissaient dans le lointain, et Léanor estimait qu'ils devaient être à une journée de marche des bois. Dans la précipitation, les blessures de Yann s'étaient rouvertes, les obligeant à s'arrêter peu de temps après leur échappée. Ils avaient par chance trouvé un petit bosquet où ils attachèrent leurs montures, Léanor insistant pour s'occuper personnellement de la garde, restant proche de leurs chevaux. Brann et Thibault s'occupaient de leur compagnon, replaçant ses bandages et appliquant quelques onguents de fortune sur la longue estafilade qu'avait laissée l'épée de Shandrall sur son torse.
En soulevant un pansement, le nain vit quelque chose qui l’interpella. Fronçant les sourcils, il sectionna la bande de tissu, révélant une épaisse croûte noire qui se développait autour de la cicatrice de base. De sombres humeurs s'en dégageaient, se mêlant au cataplasme qu'on lui avait appliqué quelques jours plus tôt. Les feuilles s'étaient nécrosés et pire encore semblaient gangrener la chair sur laquelle elle était en contact.

-Qu'est-ce que c'est que ça... C'est pas normal, regarde ça Thibault.

L'homme se pencha par dessus le ventre du vétéran, découvrant à son tour la plaie suppurante. Il laissa échapper un juron et se releva précipitamment en donnant quelques consignes au nain :

-Ne bouge pas d'ici et veille sur lui. Enlève lui les plantes et mets de l'eau sur sa blessure. Je vais prévenir Léa.

-Veux-tu bien m'expliquer ce qu'il se passe ?

-L'arme de Shandrall devait être magique. Yann aurait déjà du guérir de son coup, et à l'inverse, ça n'a fait qu'empirer. Léanor saura peut-être quoi faire.

Il disparut dans l'obscurité, rejoignant celle qu'il aimait, laissant Brann nettoyer le sang qui s'écoulait lentement de l'écorchure viciée.
Arthur et Blanche étaient restés à l'écart, le jeune homme prenant le temps de réconforter la voleuse, encore tremblante. Elle n'avait pas dit un mot depuis qu'ils avaient quittés le village, et elle s'était jetée dans ses bras dès qu'ils avaient mis pied à terre, en sanglots, ses larmes rondes glissant sur sa peau blanche, laissant de petits sillons plus foncés alors qu'elle coulaient jusqu'en bas de son menton. Il lui caressait les cheveux, le regard grave, remerciant Sigmar qu'ils soient intervenus à temps, avant que l'aubergiste n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit. La serrant un peu plus contre lui, il lui murmura doucement :

-Ne t'en fais pas Blanche, c'est terminé. Je suis là maintenant.

La jeune fille fut soulevée d'une nouvelle quinte de sanglots tandis qu'elle ne retenait plus ses gémissements, se blottissant davantage contre sa poitrine, sa tête disparaissant sous ses longs cheveux alors qu'elle pleurait contre son pourpoint en cuir. Ils restèrent ainsi collés l'un à l'autre, troublés uniquement par Léanor et Thibault qui revenaient au pas de course vers leur petit campement.
S'agenouillant devant Yann, la jeune femme dégagea un peu plus la blessure de sous les bandages, laissant échapper un petit sifflement à la vue de l'entaille. Thibault était à côté d'elle, la regardant, attendant qu'elle rende son verdict. Se relevant, elle secoua la tête, les lèvres pincées :

-Ce n'est pas une blessure magique. Mais l'épée de Shandrall devait être imprégnée de poison. Son armure ne l'a pas arrêté. Si nous ne trouvons pas rapidement un antidote... j'ai bien peur qu'il continue à se propager. C'est déjà incroyable qu'il ait survécu jusque là. Comment n'a-t-on pas pu le remarquer avant...

Yann avait fermé les yeux, respirant difficilement, comme si le fait d'avoir vu sa blessure avait réveillé la douleur dans sa poitrine et qu'il s'autorisait enfin à montrer qu'il souffrait. La chef des éclaireurs se passa la main sur le visage, la laissant plaquée sur sa bouche tandis qu'elle réfléchissait.

-Nous n'avons pas le choix, il va falloir doubler la cadence et rejoindre Leicheberg dans deux jours au maximum. Il a besoin d'un guérisseur.

-Deux jours ? Tu es folle Léa, à ce rythme il ne va pas tenir !

-Si nous n'y sommes pas dans deux jours il ne résistera pas de toute manière. C'est un risque à prendre si nous ne voulons pas le perdre.

Thibault baissa la tête en signe de résignation. Léanor avait raison, et il frappa le sol en signe de colère, se jurant que la prochaine fois qu'ils rencontreraient ce maudit elfe, il s'en occuperait personnellement. D'ici à ce qu'ils rejoignent la ville, ils ne pouvaient qu'attendre et espérer que la puissante constitution de leur ami lui permette de résister encore un peu. L'éclaireuse jeta un dernier regard au vétéran et tourna les talons, intimant :
-Reposez-vous, et restez près de lui s'il a besoin de vous. Nous repartirons un peu plus tôt demain matin.

Elle s'éloigna, rejoignant Arthur qui étreignait toujours Blanche. Il avait entendu la conversation et s'enquit des prévisions de sa sœur d'un regard inquiet. Elle lui sourit tristement :

-Je ne sais vraiment pas s'il va s'en sortir. J'aimerai te dire qu'il en a vu d'autres, et même si c'est vrai, jamais d'aussi graves. Son sort est entre les mains de Sigmar. Et elle, comment va-t-elle ?

Elle regardait Blanche qui s'était calmée, épuisée d'avoir tant pleuré, sa respiration désormais régulière alors qu'elle s'était assoupie dans les bras d'Arthur. Il fit un demi-sourire en continuant à caresser les cheveux de la jeune fille :

-Beaucoup mieux. Plus de peur que de mal, elle a été très choquée.

-Bien. Prends soin d'elle Arthur.

Léanor fit mine de repartir vers les montures, mais son frère l'interpella avant qu'elle ne disparaisse dans les ombres :

-Léa ?

-Oui ?

-Je voulais... te remercier pour ce soir. Je sais que ce n'est pas facile de diriger le groupe et que les décisions que tu prends ne sont pas dépendantes de ta volonté. Merci... vraiment.

-Idiot...

Sa voix était douce et le voleur ne put discerner le sourire de sa sœur alors qu'elle s'éloignait, bien qu'il le devinait. Même s'ils avaient été séparés assez tôt dans leur jeunesse, il la connaissait bien. Il baissa la tête vers Blanche, essuyant une petite larme ronde qui perlait sur sa joue, attendant le matin en se repaissant de la beauté de la jeune fille.


Le navire les attendait sur la plage. Il avait soulevé de lourdes gerbes de sable en s'amarrant à la côte, semblant se ficher dans le sol alors que les vagues du Grand Océan s'échouaient sur sa coque puissante, mouillant l'espace d'un instant les planches blanches dans lequel il était fait, surmontées de grandes dorures. Le tout était un petit bijou de beauté elfique, ses longues voiles blanches triangulaires claquant dans l'air frais de la nuit.
Taedril ne parvenait à détacher son regard du bâtiment, planté aux côtés du Maître qui semblait perdu dans la même contemplation. Le silence fut finalement rompu par la voix glaciale du seigneur qui s'avança sur la plage alors qu'on laissait choir de longues planches depuis le bastingage pour permettre aux passages de monter sur le bateau :

-Viens... Taedril... nous partons...

Le mage acquiesça d'un signe entendu de la tête et hâta le pas pour rejoindre le Maître, restant malgré tout légèrement en retrait par rapport à lui. Malgré ses longues capes recouvrant entièrement son corps, il ne semblait pas éprouver de difficultés à avancer sur le sable humide de plage balayée par le vent mordant des côtes d'Ulthuan. Il gravit avec la même aisance les planches légèrement affectées par le sel et les voyages, suivi par son serviteur qui, malgré sa tenue de voyage, manqua de trébucher à plusieurs reprises. D'autres suivaient, la garde personnelle du Maître dont il avait autrefois fait partie avant de recevoir ses enseignements et devenir son missionnaire. Ils étaient une dizaine d'elfes, le regard aussi arrogant que le sien, tous enveloppés dans les robes de leur ordre, sur lequel s'étendait une fleur de lotus couleur de nuit. De redoutables magiciens également rompus à l'art de l'escrime, un seul d'entre eux pouvait rivaliser avec une petite unité de guerriers entraînés.
Quand tous furent montés à bord, le Maître se tourna vers Taedril :

-Nous sommes prêts... à partir... Va prévenir le capitaine... Dis lui également... que je vais enchanter nos voiles... pour que nous allions plus vite...

Le mage se courba légèrement et se dirigea vers l'avant du navire. Alors que les premiers rayons du soleil pointaient timidement derrière l'horizon lointain de l'océan, son sourire carnassier revint tirer ses traits. Il allait bientôt avoir sa revanche. Arenberg allait regretter de l'avoir laissé en vie, et il allait payer de sa propre existence impie.

La nuit avait été longue, personne n'ayant trouvé le sommeil à part Blanche qui était tombée dans les bras d'Arthur, exténuée. L'aube pointait à peine quand Léanor vint les chercher pour se remettre en route. Ses yeux étaient rouge et humides, légèrement fermés, et elle dut passer plusieurs fois sa main devant sa bouche pour cacher un bâillement. Leur rythme de sommeil n'était pas des plus sains depuis quelques temps, et la fatigue commençait à se faire ressentir. Le voleur secoua doucement Blanche, qui ouvrit de petits yeux, mettant quelques instants à réunir ses esprits, se remémorant les événements de la nuit passées. Levant la tête vers Arthur, elle l'observa quelques instants et lui souris, se séparant de lui pour aller aider à atteler les montures, déposant juste avant un rapide baiser sur sa joue en murmurant un timide « Merci » en s'éloignant, le sourire aux lèvres. Le rouge monta instantanément aux joues du jeune homme, qui ne fut tiré de sa rêverie que par la voix de sa sœur qui lui intimait de venir les aider.
L'état de Yann n'avait pas empiré pendant la nuit, et une fois qu'ils lui avaient mis de nouveaux pansements, il fut capable de se remettre sur pied et monta en selle. Léanor l'avait averti qu'ils devraient forcer la marche pour atteindre Leicheberg rapidement afin de le guérir, et il avait approuvé d'un air grave. Ils n'étaient plus qu'à quelques lieux de la forêt d'Altern. Bien qu'ils ne furent pas d'une taille très importantes, ces bois avaient la mauvaise réputation d'être hantés, rien d'étonnant vu leur proximité avec la Sylvanie, et tous appréhendaient la traversée à venir.
Ils atteignirent rapidement l'orée de la forêt, et s'engagèrent prudemment sous les branchages sombres et touffus. La forêt était épaisse, et le soleil déjà timide de la région filtrait à peine à travers les frondaisons chenues, alors qu'ils plissaient les yeux pour s'habituer à l'obscurité soudaine. Malgré tout, le sol était bien dégagé, et leurs montures ne rencontraient pas de difficultés à avancer dans le dédale de tronc et de végétation.
Léanor sortit une carte de la région d'une de ses besaces, et commença à suivre les tracés qu'elle avait opéré dessus du bout du doigt. Leur chemin ne passait pas par le cœur de la forêt, ils ne faisaient que la couper, longeant la frontière du Mootland pour progresser vers Leicheberg. Ils avançaient en file indienne, Yann placé au milieu du convoi pour que les autres puissent garder un œil sur lui et le protéger en cas d'attaque. Même s'ils ne restaient qu'en bordure des bois, ils restaient tous leurs sens aux aguets dans l'éventualité d'une attaque, mais seul le bruit des sabots de leur monture piétinant de petits branchages et foulant les feuilles mortes venait troubler le silence oppressant qui régnait dans la forêt.
Léanor leva soudain le bras, faisant signe aux autres de s'arrêter sans faire de bruits. Se retournant sur sa selle, elle leur indiqua un fourré sans dire un mot, leur faisant comprendre qu'elle avait vu quelque chose bouger dans cette direction. Ils portèrent leur regard sur les buissons bordés d'herbes hautes, attendant de voir si le mouvement reprenait ou non. Ils attendirent ainsi pendant quelques minutes, qui leur paraissaient interminables. Alors qu'il semblait que rien n'arriverait, ils passèrent à l'attaque. Ils étaient trois loups énormes et sombres, les yeux rouges, les babines écumantes retroussées, révélant une série de dents aiguisées, qui bondirent par-dessus les branchages et foncèrent vers les chevaux qui paniquèrent à la vue des bêtes. Ils s'élancèrent vers la monture de Brann qui n'eut pas le temps de faire éviter l'attaque à son destrier, sa monture tombant au sol sous le poids des créatures alors qu'il roulait un peu plus loin. Se relevant en gémissant, il eut tout juste le temps de saisir sa hache et brandir le manche devant lui afin d'éviter l'attaque d'un des loups qui s'était jeté sur lui, sa gueule se refermant sur le bois de l'arme dans un léger craquement, fendant la hampe pourtant solide de l'arme. Le nain repoussa la créature et donna un coup dans sa direction, mais elle l'évita en sautant sur le côté, revenant à la charge avec encore plus de férocité. La bête bondit, visant la gorge du nain pour l'écraser au sol, mais fut à nouveau repoussée. Dans le même temps, Thibault et Arthur avaient saisi leur arc et visaient la tête, se concentrant pour l'atteindre malgré sa vélocité. Les flèches fendirent l'air dans un sifflement et vinrent se ficher dans son flanc alors que le loup reculait en gémissant quelques instants avant de revenir à l'attaque en grondant, se précipitant vers la monture d'Arthur. Mais c'était sans compter Brann, qui, faisant tourner sa hache au-dessus de sa tête, l'abattit lourdement sur le dos de la bête qui s'écroula dans un dernier jappement, quelques gerbes de sang venant salir le fer de l'arme et la barbe du nain qui laissa échapper un grognement.
Un autre loup s'était approché avec prudence de Léanor, qui avait réussi à calmer sa monture en tirant sur les rênes de toutes ses forces, l'orientant pour toujours faire face au lupin. Les deux adversaires se regardaient dans les yeux, attendant le moment propice pour attaquer. Ce fut finalement le loup qui engagea le mouvement, s'élançant vers Léanor, qui leva son épée pour l'embrocher. Mais il dévia de trajectoire au dernier instant, plantant ses crocs dans la patte du cheval qui hennit de douleur et se cabra, faisant voler sa cavalière en arrière. Elle eut tout juste le temps de rouler sur le côté, soulevant feuilles mortes et brindilles qui restèrent accrochées à sa cape alors que le loup revenait à l'assaut. Se remettant sur pied d'un bond agile, elle replanta ses yeux dans ceux du loup, alors qu'ils entamaient à nouveau leur déplacement circulaire. Cette fois, ce fut la jeune femme qui initia l'attaque, se jetant sur la créature en criant. En réponse, le loup se jeta sur elle, mais elle avait anticipé le mouvement et se baissa au dernier moment alors que les dents de son assaillant se refermaient sur du vide tandis qu'elle levait son épée qui s'enfonça de quelques pousses dans l'épaisse fourrure noire, la tranchant sur la longueur d'un avant bras. Le loup alla s'écrouler un mètre plus loin sans un bruit, le sang s'écoulant à grands flots de sa blessure béante.
Le dernier loup était resté en retrait, observant les deux scènes qui s'étaient déroulées simultanément. Jugeant qu'il faisait face à des adversaires trop puissants pour lui, il fit volte face, et repartit vers d'où il était venu. Tout s'était passé très rapidement, et il leur fallut quelques instants pour se rendre compte que l'escarmouche était finie. Léanor gardait son épée rougit à la main, se tenant l'épaule de l'autre. Elle avait heurté une pierre en roulant pour éviter l'attaque du loup et la douleur commençait à poindre dans son membre. Brann s'était approché de sa propre victime, posant le pied sur le corps souillé de sang du loup afin de retirer sa hache qui s'était enfoncée profondément dans la fourrure de la bête. Son cheval avait été légèrement blessé au flanc, les traces de griffes laissant un petit sillage rouge et brillant dans ses poils, mais rien de grave. De même, la morsure à la patte du cheval de Léanor ne semblait pas gêner ce dernier et elle poussa un soupir de soulagement. La chance ne les avait pas totalement quitté finalement. Yann et Blanche étaient restés en retrait et étaient restés spectateur sans avoir à se défendre et elle adressa une petite prière au ciel avant de se remettre en selle.

-Restez sur vos gardes, ces loups ne sont sûrement pas les seuls dans ces bois. Ceux-là devaient s'être éloignés de leur meute pour chasser, mais ne relâchez pas votre attention.

Ils reprirent la route, ralentissant un peu leur rythme pour mieux anticiper toute autre attaque. La nuit tomba rapidement, le vent se levant en même temps, froid et mordant. Ils décidèrent de s'arrêter pour la nuit dans une petite clairière d'herbes sauvages. Léanor chargea Thibault de s'occuper des montures pour la première partie de la nuit, organisant des tours de garde avec Arthur et Brann, et demandant à Blanche de rester près de Yann. Ils allèrent se placer chacun de leur côté, Arthur rejoignant la voleuse comme il en avait pris l'habitude, dans l'attente de son tour de garde. Léanor leur avait intimé de garder le silence, mais cela ne le gênait pas plus que ça du moment qu'il pouvait passer du temps auprès d'elle. Elle veillait sur le vétéran qui avait réussi à trouver le sommeil, même si son air troublé indiquait qu'il était aux prises avec quelques cauchemars dus au poison, Blanche devant régulièrement éponger son front recouvert d'une pellicule de sueur. Ils se regardaient en souriant malgré l'ambiance oppressante de la forêt, essayant de se changer les idées en restant l'un près de l'autre, les deux jeunes adultes rougissant dès que leurs regards se croisaient.
Léanor vint le chercher deux heures plus tard, lui indiquant la portion de la clairière qu'il avait à surveiller, tandis qu'elle allait se coucher non loin de Yann pour essayer de dormir un peu malgré le vent et l'humidité de l'herbe. Arthur marchait lentement, essayant de porter sa vision le plus loin qu'il le pouvait, tous les sens aux aguets. Il croisa Brann qui était en train de tirer quelques bouffées sur une pipe ouvragées, et qui le salua quand il passa près de lui :

-Alors mon garçon, comment vas-tu ?

Arthur se rendit compte qu'il n'avait pas vraiment eu l'occasion de parler avec les autres membres du groupe, et saisit l'occasion de bavarder un peu avec le nain, le regard toujours braqué vers l'orée de la clairière :

-Fatigué... J'ai l'impression que ça fait des semaines que nous sommes partis. Et qu'il nous faudra encore des semaines pour trouver ce que nous cherchons.

Laissant échapper quelques ronds de fumée, le nain approuva d'un signe de tête :

-Ouaip, si on le trouve. Ta sœur pense que ton père est encore en vie, quelque part en Sylvanie.

-Il a disparu depuis six mois, ça semble impossible...

-C'est ce qu'on essaye de lui faire comprendre, mais elle ne veut pas écouter. Tant qu'elle n'aura pas eu confirmation, je crois que nous sommes condamnés à marcher.

Le garçon laissa échapper un petit soupir résigné. Il le savait bien, mais le fait que le nain lui dise directement fit paraître la chose encore plus désagréable.

-Bah, je pense que t'aurais pu tomber sur pire compagnie que notre joyeux groupe mon garçon.

-C'est sûr...

-Et puis t'as la fillette maintenant avec toi. Ma barbe à couper qu'elle ne te laisse pas indifférent hein mon grand.

Arthur ne répondit rien, le rouge montant aux joues, et bien que Brann ne puisse pas le voir dans l'obscurité de la nuit, il interpréta son silence comme une preuve qu'il avait raison, laissant échapper un petit rire rocailleux qui se mêla à une quinte de toux rauque alors qu'il tirait sur sa pipe, avant de reprendre, plus sérieusement :

-Tu sais, j'ai bien connu ton père. Un sacré bonhomme. L'un des meilleurs capitaines que j'ai vu. Et crois-moi, je suis un nain, je suis pas du genre à complimenter un humain de la sorte. Mais lui... il savait mener des hommes au combat. Même si ça semble fou, j'espère que ta sœur a raison, et qu'on le retrouvera bien vivant.

-On ne peut qu'espérer oui...

-J'ai jeté un œil aux documents que tu as ramené à ta sœur la première nuit où tu nous as... plus ou moins rejoint. C'est pas du joli.

-Heu... à vrai dire, je ne les ai pas consulté.

-Tu vas voler les militaires impériaux, prendre des risques inconsidérés pour ramener un morceau de parchemin, et tu n'as même pas la curiosité de regarder ce qu'il y a dedans ? Hé, t'es aussi un sacré numéro toi.

-Et... Qu'est-ce que ça disait ?

-Pas grand chose, des ordres retranscrits sur papier. A part un truc. Le document n'a pas été signé, comme c'est coutume de le faire. Ton père a été envoyé en mission secrète en Sylvanie afin de trouver quelque chose.

-Quelque chose ?

-Ouais, c'était pas indiqué quoi, mais ça avait l'air important. Assez important pour qu'on lui fournisse une troupe. Ils devaient être discrets et ne pas attirer l'attention, mais assez nombreux pour pouvoir se défendre. Ou au moins défendre quelqu'un.

Le jeune homme fronça les sourcils :

-Je ne suis plus.

-Les documents mentionnent que la mission principale est de trouver ce quelque chose qui n'est pas indiqué. Mais quand on fouille un peu, on voit qu'ils servaient surtout d'escorte à quelqu'un. Là non plus, pas de nom, juste une mention. Et un cachet, un cachet qui provient d'Ulthuan. Les elfes trempent aussi là-dedans si tu veux mon avis.

-Mais qu'est-ce que ça signifie tout ça ?

-Je suis pas un expert, et j'en sais pas plus que ça, mais m'est avis que la patrouille de ton père servait juste d'escorte à un de ces longues oreilles, qui devait avoir un rôle clé. Donc ils cherchaient un truc magique. C'est toujours de la magie avec eux.

-Je vois... Ce que je ne comprends pas, c'est que si la mission était secrète, pourquoi ont-ils conservé ces documents ?

-Quand tu traites avec quelqu'un d'autre mon garçon, tu t'assures de garder une trace. Je sais pas qui a commandité la mission de ton père, mais il a des choses à cacher, c'est sûr. Même s'il n'a pas très bien su les cacher vu la difficulté que tu as eu à nous le rapporter.

-Oui... Ce qui est plus surprenant encore, c'est qu'il n'y avait aucun garde quand je me suis infiltré dans le bâtiment... Je pensais que les archives seraient un peu mieux protégées.

Le nain ne répondit pas tout de suite, fronçant les sourcils à cette révélation. Prenant quelques instants pour réfléchir, il dit :

-C'est pas normal, comme tu dis, c'est un des lieux les mieux gardés de l'Empire. Ça n'a aucun sens... A moins que quelqu'un veuille que...

Il s'interrompit, la bouche ouverte, les yeux écarquillés. Arthur le pressa :

-A moins que quoi Brann ?

-Ils ont tout manigancé mon garçon ! Ils voulaient qu'on récupère le parchemin ! Ils doivent nous suivre !

-Quoi ? Mais pourquoi ? Et comment auraient-ils pu savoir que je viendrais chercher justement ces documents ?

-Je ne sais pas, mais ils le savaient. Je ne vois pas d'autres explications, c'est un coup monté, ils veulent trouver ce pour quoi ils avaient envoyé ton père, et ils nous utilisent !

-Mais... c'est...

-Il faut tout de suite prévenir Léanor !

Le nain tourna les talons, et, sans l'attendre, se dirigea vers le campement au pas de course, plantant là Arthur, abasourdi par ce qu'il venait d'entendre. Si ce qu'avait dit Brann était vrai, alors ils couraient tout droit au devant de graves dangers.
Alors qu'il était perdu dans ses réflexions, il entendit soudain un bruit qui provenait des arbres, droit devant lui, et releva la tête, essayant de discerner ce qui en était à l'origine, attrapant la dague à sa ceinture. Malgré le bruissement du vent dans les arbres, il se concentrait pour mieux écouter. Le bruit se fit à nouveau entendre, plus persistant, et il avança de quelques pas, se mettant en garde. Au même moment, une nuée sombre sortit des branchages qui lui faisaient face, fondant sur lui dans une cacophonie de bruits aigus. Il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour comprendre de quoi il s'agissait, et il s'élança à la suite de Brann en criant :

-Des chauve-souris ! Nous sommes attaqués !

Les mammifères le suivaient, battant leurs ailes noires dans sa direction, fondant sur lui alors qu'il atteignait le camp. Tous s'étaient relevés en l'entendant donner l'alerte, à l'exception de Yann qui s'était redressé en s'appuyant sur son avant-bras, une grimace de douleur déformant son visage. Léanor hurla :

-Thibault, allume un feu ! C'est tout ce qu'on va avoir pour les repousser !

Les créatures volantes étaient arrivées à leur portée et commençaient à les assaillir, plongeant vers leur visage, les petites griffes de leurs pattes visant leurs yeux. Ils brassaient l'air de leurs armes, ne rencontrant que le vide, les bestioles évitant sans difficulté les coups portés à leur attention. Thibault s'était jeté au sol, empoignant son amadou et un silex, les frottant maladroitement l'un contre l'autre dans la confusion. Empoignant une torche, il s'assura de donner de plus grands coups, et poussa un petit cri de victoire lorsqu'une étincelle enflamma le tissu imbibé accroché au bout du bâton. Attrapant les autres torches qu'ils avaient emportées, il se servit de la première pour allumer les autres et courut rejoindre ses compagnons afin de leur en donner une. Les éclaireurs commencèrent alors à les agiter dans la direction des petites créatures, qui, gênées par l'éclat et la chaleur du feu, commençaient à reculer. Alors qu'elles battaient en retraite, un cri perçant déchira l'air, alors qu'une ombre immense s'abattait en direction de Léanor, et percuta la jeune fille en pleine tête, qui tomba dans un cri en lâchant sa torche. Arthur cria le nom de sa sœur en se tournant vers elle mais fut à son tour projeté par l'ombre qui revenait à l'assaut. Le grand souffle d'air qu'elle souleva en passant près de lui éteignit sa torche alors qu'il tombait sur la terre mouillée de la clairière. Rampant jusqu'à sa sœur, il ne lui fallut pas longtemps pour se rendre compte que l'éclaireuse avait perdu connaissance. Se relevant précipitamment, il put voir l'ombre qui s'était stabilisé dans les airs, au-dessus de Thibault et Brann. La lumière des torches éclairaient le corps de la créature, duveteux, couvert d'une épaisse fourrure brune qui rappelait celle de l'énorme monstre qui avait attaqué le village la nuit précédente. Celle-ci était cependant beaucoup moins imposante, quoi que titanesque en comparaison aux petites chauve-souris qu'ils venaient d'affronter.
La chauve-souris géante poussa un nouveau cri qui leur vrilla les tympans et plongea une nouvelle fois, la gueule ouverte, révélant une rangée de dents à la taille démesurée. Le nain et l'homme s'écartèrent, évitant l'assaut, alors que la créature reprenait de la hauteur en battant des ailes, dans un grand courant d'air. Blanche était restée aux côtés de Yann, qui regardait impuissant le combat. Arthur s'était relevé et courrait vers les montures afin de saisir son arc et quelques flèches. La créature tournait autour de Brann et Thibault, cherchant une ouverture dans leur défense pour attaquer, mais ils restaient attentifs à ses mouvements, agitant leur torche dès qu'elle faisait mine de descendre. Le voleur empenna une première flèche et tira en direction de la bête, mais son empressement et l'obscurité lui firent rater sa cible, qui se rendit compte du danger qu'il représentait et s'élança vers lui. Il voulut se jeter en avant, mais la chauve-souris parvint à le frapper à l'épaule et il fut propulsé en arrière, heurtant l'encolure d'un cheval qui se mit à hennir en tapant du pied. Contenant un cri de douleur, il chercha son arc qu'il avait lâché dans sa chute, sa main ne rencontrant que l'herbe humide autour de lui. La chauve-souris piquait déjà de nouveau vers lui et il eut tout juste le temps de rouler sur le sol pour éviter ses crocs luisants. Dans un réflexe inconscient, ses doigts enserrèrent une des pattes arrières atrophiée de la créature qui poussa un hurlement strident de surprise en tombant aux côtés du jeune homme qui raffermit sa prise, ses bras enroulant le corps glacé de la bête, qui se débattait pour reprendre son envol. Ses ailes brassaient l'air avec force, ballottant le voleur en tous sens, mais il résistait, pesant de tout son poids sur elle pour l'empêcher de décoller. Thibault et Brann courrait vers eux, la lumière de leur torche illuminant timidement les alentours. Usant de toute sa force, la chauve-souris battit une nouvelle fois des ailes, obligeant Arthur à se tourner vers ses deux compagnons, tandis qu'elle tentait de les repousser en agitant ses membres démesurés, les griffes acérées qui formaient les extrémités de ses pattes sifflant à quelques centimètres du visages des éclaireurs qui tentèrent de la contourner chacun d'un côté. Mais se sentant acculée, elle lutait avec l'énergie du désespoir, contraignant le jeune homme qui la maintenait toujours à lâcher prise petit à petit. Voyant qu'ils ne parviendraient pas à l'atteindre de cette façon, Thibault cria, afin de couvrir les cris stridents ininterrompus de la créature :

-Arthur ! Attrape !

Le coup était risqué, mais il devait le tenter. Attrapant une dague rangée à sa ceinture, il prit le temps de viser le bras du jeune homme et la lança avec force. La dextérité du voleur et un petit coup de chance lui permirent d'attraper l'arme au vol, l'obligeant à desserrer un peu plus son étreinte. Ne perdant pas plus de temps, il fit tourner le manche du poignard dans sa main, les jointures de ses doigts se crispant dessus alors qu'il frappait de toute son énergie. Il sentit un liquide chaud couler le long de son bras, mais continua de frapper, alors qu'il sentait le corps de la bête se crisper et perdre de son énergie. Deux nouveaux coups et elle s'affala, tombant au sol dans un dernier râle gargouillant.
Epuisé, le jeune homme tentait de reprendre son souffle, posant les yeux sur la manche de son costume, imbibée d'un sang noir coagulé. La créature était de toute évidence morte depuis longtemps lorsqu'elle les avait attaqués. Essuyant la poussière et la sueur qui perlait sur son front, il revint soudain à la réalité :

-Léa !

Il s'élança vers sa sœur, mais fut soulagé de voir qu'elle s'était relevée, appuyée sur son genou en se frottant la tête, barrée d'une belle ecchymose. Elle le repoussa doucement en disant :

-Ca va, je vais bien. Cette saloperie m'a juste un peu sonné.

Ils s'approchèrent du corps de la bête, bientôt rejoints par Blanche, et Yann qui restaient cependant en retrait, se tenant le ventre.

-Nous approchons dangereusement de notre but je crois... Encore heureux que cette chose ait été seule. Elles se déplacent généralement en petites nuées.

Ils gardèrent le silence, fixant le cadavre pourrissant de la créature de cauchemar. Brann s'était approché de Léanor, lui tirant la manche pour qu'elle lui prête attention :

-Faut qu'on parle ma p'tite dame. Je crois que les chauve-souris sont pas notre seul soucis...

Levant un sourcil interrogateur, elle suivit son ami après avoir donné quelques ordres rapides afin qu'Arthur et Thibault reprennent leur place pour palier à toute nouvelle attaque.


Ils avaient repris le chemin peu après le lever du soleil, se reposant un peu plus que de coutume après l'attaque de la nuit. Bien que les événements de ce type soient moins probables de jour, ils restaient malgré tout sur leur garde, croisant par instant un loup qui les regardait passer sans bouger. Brann avait partagé ses craintes à Léanor, mais elle n'avait rien dit, l'écoutant en fronçant les sourcils, se contentant de lâcher que même s'ils étaient suivis, cela ne devait pas les ralentir et n'affectait en rien leur mission pour le moment. Le nain avait voulu protester mais s'était vite ravisé devant le regard sévère de sa meneuse. La priorité était d'atteindre la ville afin de trouver un guérisseur pour Yann, et elle s'occuperait sûrement de ce problème le moment venu.
Ils avancèrent rapidement le reste de la journée, ne faisant aucune pause pour rattraper le temps perdu, les blessures du vétéran ne semblant pas l'affecter plus que de raison malgré leur gravité. Ils sortirent de la forêt alors que le soleil déclinait lentement à l'horizon, derrière les toits de Leicheberg. Poussant cris de joies et soupirs de soulagement, ils s'élancèrent vers la ville tandis que les derniers rayons laissaient place à une pleine lune laiteuse.
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Arken
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 21 Aoû 2013 - 13:39

Wou ! Dur ! Happy 

Quand j'ai vu le deuxième post, je me suis dit "aller, j'ai commencé, alors je termine !"... Mais j'avoue que j'ai hésité en voyant le troisième. Surtout avec leur taille Fou 
Et le petit inconvénient avec cette longueur de texte, c'est que ça décourage des potentiels correcteurs à retrouver les fautes repérées Mrgreen
Donc faut que tu regardes dans le deuxième post, un moment t'avais écrit "vers es compagnons" et j'en avait trouvé une autre... Un verbe finissant en "ant" alors qu'il aurait dû être à l'infinitif... Mais je sais plus où ^^

A part ça, c'est cool qu'on aie enfin la suite Wink 
Ton style est agréable et on s'immerge bien dans l'histoire Clap 

Et tu nous sors trois suites d'affilées, mais as-tu au moins trouvé le thème du concours ? Devil 
Et ne t'inquiète pas, je viendrais bientôt te défier... Mon chat est juste là pour te faire patienter le temps que je terminer un petit truc... Shifty 

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Lyanden
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MessageSujet: Re: Le crépuscule des morts (Première partie)   Mer 21 Aoû 2013 - 14:44

Merci de ta réponse! C'est donc bien ce que je pensais au niveau de la taille. A l'avenir, ce sera plus court, mais plus rapide du coup (enfin, je dis ça, mais je me connais...)

Quant au thème, je l'ai, ne t'en fais point. Je le dévoilerai le moment venu huhuhu, mais si ça peut te rassurer, je ne travaille pas sur le texte du concours à l'heure actuelle, préférant me concentrer sur mon récit, histoire de fairplay.

Et oui, j'attends toujours ton défi, j'avais bien cru comprendre qu'il viendrait une fois les préparatifs terminés. Je me demande bien ce que tu peux nous réserver...
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