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 Texte du Concours de Récits 2011

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Thomov Le Poussiéreux
Comte de la Crypte 2010 & 2013
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Expérience de jeu (CV) : Ancien Vampire, vieux Chef de Guerre Orque, Favori de Slaanesh depuis peu, nouveau chef de Clan Elfe Sylvain, jeune Poil-au-Menton Nain, vénérable Connétable Bretonnien et très ancien Kuraq Saurus
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MessageSujet: Texte du Concours de Récits 2011   Jeu 15 Sep 2011 - 16:10

J'ai l'honneur de déclarer que le Concours de Récits 2011 est officiellement ouvert!
A partir de ce jour (15 septembre) et jusqu'au 1er octobre, vous pourrez poster ici même vos participations.
Aucun autre message ne sera toléré dans ce sujet; pour vos commentaires, questions et autres, veuillez en faire part dans le sujet prévu à cet effet ("Péinscription et commentaires de tout poil).

Bonne inspiration à tous.

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Vulnerant Omnes, Ultima Necat.
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Arken
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 16 Sep 2011 - 16:16

Chasse éternelle

La vieille femme lui avait parlé de sons étranges dans la forêt proche de l’auberge. Il n’était pas sûr d’y trouver ce qu’il cherchait, mais chaque piste était bonne à prendre. Cela faisait bientôt dix ans qu’il la chassait, cette abomination qui défiait Sigmar rien que par son existence. Dix ans qu'elle lui échappait. Mais il avait appris ses ruses. Il ne se ferait plus avoir.
Il entra dans le bois, marteau en main et sens en alerte. Un mauvais pressentiment l'assaillit. Il n'y avait aucun bruit. Les animaux semblaient absents. Aucun gazouillis, aucune branche cassée, aucun bruissement. Même le vent ne donnait aucun signe de vie…
Un frisson glacé le parcouru. Et si la vieille femme… Non, impossible. Il l'aurait reconnu. Même un autre, il l'aurait démasqué sans mal. Après toute une vie de purification, ces créatures lui étaient désormais familières, tout comme leur magie damnée.
Des nuages d'un noir d'encre firent disparaître le soleil, et plongea les frondaisons en un semblant de nuit. Une étrange brume se déposa sur les feuillages et bientôt, une buée sortait de sa bouche à chaque respiration. Il resserra l'emprise sur son arme et la comète à deux queues s'illumina.
La végétation s’espaça, et une odeur immonde lui souleva le cœur. Une odeur nauséabonde de chair en putréfaction. Il ferma les yeux et essaya vainement de l’oublier. Il continua, et découvrit une clairière abominable. Les silhouettes des arbres squelettiques surplombaient une scène macabre. Des dizaines de corps entassés se décomposaient au gré du vent. Une larme roula sur sa joue quand il vit, au sommet de la pile, un cadavre de nourrisson emprisonné dans les bras de sa mère défunte.
Il s’agenouilla, ses mains appuyées sur son marteau, et pria pour sauver ses âmes en peine et les recommander à Sigmar. Il leva la tête au bruit de pas mesurés. Devant cette scène désolante, il en avait oublié sa mission ainsi que l’endroit où il se trouvait, et ce n'était pas le meilleur moyen pour rester en vie…
Le dos droit et le visage haut, une vieille femme sortit des fourrés.
Pas une.
La vieille femme.
Celle de l'auberge. Celle qui l'avait conduit en ce lieu. Alors que l'incompréhension le gagnait, elle s'approcha avec un sourire sarcastique. Il ouvrit la bouche pour parler. Une main en lambeau le bâillonna. Un cri de surprise voulu s'échapper. L'odeur ne le fit que suffoquer.
Il souleva son marteau.
Voulu le soulever.
Les cadavres s'étaient réveillés. Certains s'étaient jetés sur l'arme pour la bloquer, malgré les brûlures que provoquait la gravure purificatrice. Une émotion inconnue s'insinua lentement dans son esprit, dans son cœur, dans son âme. Elle prit le contrôle de ses muscles qui se mirent à trembler sans raison. Ce qui était maintenant des zombies avançait fatalement vers le prêtre, lui coupant toute retraite. L'un d'eux finit par lui arracher le marteau des mains, avant de le trainer un peu plus loin. Cette perte fit réagir le guerrier. Il prit le bras qui lui couvrait la bouche, et pensait faire tomber son adversaire. Il faillit tourner de l'œil quand le membre quitta son corps d'origine dans un bruit de succion écœurant.
Il entreprit de mettre à terre tout ce qui approchait. Ces monstres ne l’auraient pas si facilement… Mais les trépassés étaient trop nombreux. Il fut bientôt submergé. Il abandonna malgré lui, réalisant avec effroi qu'il allait se faire dévorer vivant.
Pourquoi n'avait-il pas accepté la proposition de son frère, au lieu de passer cinq ans de plus à courir les routes, à essayer vainement d'attraper une créature aussi imprévisible que le vent? S'il n'avait pas été aussi borné, il ne serait pas sur le point de mourir, il ne serait pas en train de se lamenter. Non. S'il avait accepté l'idée censée de son frère, il serait sous la protection de Sigmar, dans un temple, reposé, après des années de chasse intensive. Il serait en train d'enseigner l'art du marteau aux jeunes prêtres voulant purifier le monde. Il s'occuperait de la relève, au lieu de trainer ses vieux os à la poursuite d'un être plus puissant que lui. Il aurait été respecté comme doyen, à la place de mourir dans l'anonymat, sans personne qui puisse s'occuper de sa dépouille, loin de toute ville. Il aurait fini sereinement.
Il leva les yeux vers le ciel obscurci par les nuages surnaturels. Il murmura :
«Pourquoi Sigmar? Pourquoi me laisses-tu finir ainsi, après toute une vie à ton service? Je ne mérite donc pas une mort digne?
- Personne ne t'a appris qu'une mort n'était jamais digne?»
La voix de la vieille femme le ramena à l'instant présent. Il était toujours debout, mais les dizaines de zombies l’avaient attrapé de telle sorte qu’il ne puisse bouger que la tête. Curieusement, aucun n'essayait de le grignoter. Il finit par porter son regard sur l’inconnue.
«Qui êtes vous ?
- Allons. Ne me dis pas que tu es borné au point de ne pas reconnaître que je t’ai encore surpassé.»
Elle s’approcha. Ses traits se brouillèrent et changèrent. Sa silhouette s'affina et se redressa, ses cheveux poussèrent et s'assombrirent. Ses lèvres devinrent fines, ses yeux écarlates… Ses crocs apparurent.
«Co… comment?
- Eh oui mon cher. Cela fait dix ans que ce jeu dure. Et contrairement à ce que tu penses, tu ne me connaitras jamais aussi bien que je te connais. Car j'ai rencontré tes ancêtres, qui comme toi, voulaient ma mort. Je sais tout sur toi. Ta lignée, ta vie, tes désirs, tes peurs…»
Le prêtre frissonna. La femme se tenait à quelques centimètres de lui, et ne semblait pas souffrir de l'odeur de ses serviteurs pourrissants. Ses yeux se noyaient dans la cruauté et la convoitise. Ses pupilles pulsaient au rythme de son cœur, comme si son sang coulait déjà dans le corps glacé du vampire. Un froid immense se répandit dans tout son être quand elle posa la main sur sa joue. Ce n'était pas son sang qu'elle absorbait. C'était sa force vitale. Il s'affola. Toujours prisonnier des zombies, seuls ses yeux remuaient frénétiquement. Il voyait sa peau déjà ridée se flétrir un peu plus. Il sentit ses forces le quitter. Puis, aussi soudainement qu'elle était venue, la sensation glaciale disparut.
La lahmiane s'était écartée pour s'approcher du marteau. Elle appela les vents de magie et le fit léviter pour s'éloigner de tout contact.
«Et dire que sans cette chose vous n'êtes rien. Voilà pourquoi aucun de vous ne m'aura jamais. Je n'ai pas besoin d'arme, car je suis une arme…»
Elle le projeta et il disparut dans les buissons. Elle revint vers le vieil homme.
«Rien que pour voir la surprise dans tes yeux, je vais te dévoiler ma ruse. Tu n'as pas repéré mon sort, car ce n'était pas le vent que tu cherchais. Je n'ai pas utilisé la magie noire. J'ai simplement laissé le temps reprendre juste assez d'emprise sur moi. Surprenant, non? Quel vampire serait aussi inconscient pour prendre ce risque? Voilà une autre raison qui fait que vous ne m'aurez jamais. Mes ruses sont comme mon immortalité. Elles sont infinies.
- Mais les humains aussi peuvent révéler des surprises…»
Il réussit à libérer un de ses bras et agrippa sa tortionnaire. Étonnée, elle se laissa faire quand il rapprocha les visages l'un de l'autre. Il murmura :
«Je sais que mes aïeuls t'ont rencontré. Et ton secret s'est transmis de père en fils… Je connais ton vrai secret, abomination… Celui qui te perdra…»
Elle poussa un cri de rage et brisa violemment la nuque du mortel. Son corps s'effondra comme une poupée de chiffon. Elle le regarda encore quelques instants d'une moue dédaigneuse remplie de haine. Elle relâcha le contrôle sur les zombies, fit volte face et disparut, laissant ses esclaves achever le travail.
Les nécrophages partirent à leur tour en rongeant les derniers os.
Laissant le marteau sacré abandonné.
Le ciel se dégagea, redevint clair.
La gravure s'illumina.
Signe de promesse.
Signe de vengeance.
La chasse n'était pas finie…

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Les mots sont un don. Les mots sont une arme. Les mots ne se gaspillent pas. P.B.
"Despierta y ponte a soñar"
Ceux qui ne croient pas en la magie ne la trouveront jamais.
Spoiler:
 


Dernière édition par Arken le Ven 30 Sep 2011 - 16:10, édité 1 fois
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Carpat'
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Dim 18 Sep 2011 - 4:39

Le rituel infâme.


Tout se déroulait à merveille. Cette nuit était pafaite. Mannslieb gisait morte dans un ciel lointain qui ne couvrait pas cette terre magnifiquement pervertie par d'innombrables décennies de dur labeur. Et Morrslieb était pleine. Oh, oui, cette rare occurrence correspondait parfaitement avec les projets de la majestueuse silhouette qui se dressait au sommet du Temple Caché, ziggourat maudit érigé par ses serviteurs dans le seul but iconoclaste de défier les dieux et leur jugement. Car oui, quelle autre raison le vampire aurait-il eût de faire construire un temple, sinon à sa propre gloire, lui qui possédait la puissance d'un dieu, et qui, avant que l'aube ne vienne mettre un terme à cette délicieuse nuit, en serait définitivement devenu un. Des siècles de préparations, caché aux yeux de tous, jusqu'à ce que le pinacle inégalé de ses pouvoirs atteignent un sommet que nul autre être ne pouvait même imaginer. Et ce n'était que le début. Oh, oui, le commencement d'une nouvelle vie que même l'immortalité, dont le sombre mage s'était lassé depuis fort longtemps, ne pouvait égaler en termes de perspectives.

Les vents tempêtaient, et au loin, la faune que le vampire tolérait sur son domaine était particulièrement agitée. Pourtant, pas le moindre souffle de vent de ne venait déranger la lente agonie de tous les sacrifices enchevêtrés à ses pieds. Ils saignaient lentement à mort, uniquements conscients de la présence accablante de la créature millénaire qui les dominaient. Leur attention se portait sur leur dernier maître, bien plus que sur leur blessure mortelle, car sa simple présence écrasait tout ce qu'un mortel pouvait ressentir d'autre. Les émotions se distillaient dans les narines de la majestuosité vampirique, dansaient sur sa langue, et se reflétaient dans ses pupilles. Le dégoût, bien évidemment, enserrait le coeur des divers prêtres humains gisants sur le sol. Un dégoût tel qu'ils étaient prêts à renier leur serments, tant la puissance de leur ennemi semblait oblitérer celle de leur Protecteur. La peur glaçait le sang des pauvres hères assez malchanceux pour être tombés dans les griffes du seigneur de la nuit au cours des derniers mois, et qui faute de lui avoir constitué un repas, finiraient en mâne maléfique pour son odieux rituel. Le remord, lui, accablait l'âme des cultistes et nécromants assez fous pour avoir servi un vampire et l'avoir suivi dans son entreprise, car ils auraient dû savoir que leur maître tirait son pouvoir de la mort. Leur mort.

L'intouchable créature de la nuit gravit les marches qui menaient à l'autel, alors que Morrslieb atteignait doucement son zénith. Là se dessinaient les contours de son ultime sacrifice, la touche finale de son rituel, le sésame qui permettra l'intronisation au sacrement tant attendu. Une prêtresse de Sigmar. La plus pure, fervente, et dévouée des Soeurs de Sigmar. Qu'il avait été pénible d'étendre son influence dans les cercles politiques de l'Empire, d'imposer ses décisions aux ecclésiastes, et de faire ériger le Saint Couvent sur ses terres ! Qu'il avait été long d'attendre que l'une des habitantes mûrisse à la perfection ! Mais cela en valait la peine. Oh, oui. Cette nuit valait toutes les peines endurées, tous les sacrifices conscentis. Le corps de la vierge était rivé à un lourd trône d'or noir, positionnée dans une parodie fantasmagorique de son dieu et père. Au corps de celle-ci étaient cloués des corbeaux écartellés, dans un pur outrage à Morr, que le vampire honnissait de toute l'âme noire qu'il avait perdue depuis fort longtemps. La figure virginale était toujours consciente, mais terrorisée. Elle ne savait pas dans quel but elle avait été capturée, jusqu'à ce qu'elle apperçoive le visage du vampire qui s'approchait lentement dans la sombre lueur des feux noirs. Et encore, le charisme de ce dernier la faisait douter. Un être si noble, si exalté, si parfaitement constitué ne pouvait que venir pour la tirer des griffes de cet horrible cauchemar ! L'implacable influence de la créature sans age s'exerçait sans peine sur la jeune femme, bien que cette dernière fut de loin la plus pieuse humaine de sa génération.

Mais le jeu du seigneur de la non-vie n'allait pas s'arréter à si peu. Dans le mépris le plus total de la ligne de conduite que sa prisonnière avait adoptée tout au long de sa courte vie, le monstrueusement séduisant vampire instilla l'envie dans son esprit. Tous une vie de désirs scellés par une existance austère, pieuse et dévouée à la pureté fut ballayée par l'insatiable envie d'être possédée par l'être exeptionnel se trouvant devant elle. Cette pulsion contre nature prenait le pas sur les peurs, le dégout, la haine qu'éprouvait jusqu'alors l'élue maudite à l'égard des êtres innomables. Alors que son corps engourdi par la douleur et le froid tremblait incontrollablement, en son fort intérieur, le feu ardent du reproche brûlait son âme. Alors que sa chair se contractait sous l'effet de la répulsion que l'abomination au coeur mort approchante lui provoquait, son esprit tendait vers un futur si proche où il la frôlerait enfin. Alors que ses yeux exorbités de terreur larmoyaient à la vue des crocs soudains découverts, son souffle se fesait haletant et pressé.

Et le rituel prît fin. Le fluide vital quittait le corps chaud d'un être pour mourir dans la gorge glacée d'un autre. Et le sort fut ainsi jeté. Un silencieux bruit assourdissant de démence gronda calmement à des lieues à la rondes, apportant la confusion et le déséspoire à toutes les créatures vivantes. Puis, sans même soulever une feuille, un vent corrupteur tempéta plus loin encore, emportant avec lui les âmes trop faibles pour lui résister. Et tout explosa. Le vortex d'ether ouvert dans le corps maintenant annihilé de la jeune femme déversa un torrent de matière chaotique. L'or fondit, la pierre se tordit, le fer lui même s'altéra dans le flot maudit. Les corps torturés disparurent, emportés par la vague d'énergie maléfique, et plus de sang qu'une foule cent fois plus nombreuse que toutes les créatures réunies dans ce temple ne pouvaient produire se déversa du ziggourat tel une lave froide, sombre, et nauséabonde.

Le vampire triomphait. Il triomphait de tout. Il devenait un dieu. Peu à peu, l'énérgie s'imprégnait en son sein, sa puissance se décuplait, et sa vision se fondit parfaitement avec le flot aethyrique quand son corps se mit en phase avec cette nouvelle dimension. Là, il pu voir, enfin. Voir vraiment pour la première fois ce qu'il n'avait jusqu'alors qu'entraperçu, malgré son savoir sans limite. Il goûta la raison et la déraison, il entendit le calme et les pensées, il huma les espoirs et les doutes, il frôla les corps et les esprits de tout ce qui rempait encore sur le sol du monde qu'il venait de quitter. Puis, il vit, encore. Plus précisément, cette fois. Et il déchanta.


L'aspirant dieu se trouvait entouré de plus d'êtres qu'il n'en avait pu compter durant toute sa longue existance. Non, l'étincelle que fut sa courte vie. Son nouveau pouvoir sans limite était confiné dans la masse de créatures faites d'énergie, invisible goutte de magie dans un océan ensorcellé. Il avait été un seigneur, et ici il n'était rien. De cette faille à la limite entre les limbes chaotiques et le monde qu'il comptait dominer, il était censé tirer un pouvoir sans fin. Mais il était paralisé. Il savait, maintenant, qu'il ne pourrait pas utiliser cette puissance. Et pour la première fois le vampire tremblant réalisa son impotance. Dans ce monde vacillant, seule son enveloppe charnelle le différenciait de la masse démoniaque. Et ils notèrent la différence. Une vague hurlante se déversa sur lui, et le dévora. Des griffes noires s'emparèrent de sa chair, des langues sifflantes léchèrent sa terreur, et des corps puissants l'empéchèrent de se détourner de l'outrage qu'on lui faisait subir. Le vampire sombra dans le désespoire, et regretta. Il regretta son domaine. Il regretta sa vie passée à gouverner dans l'ombre. Il regretta les jours où il fuyait le soleil. Il regretta la nuit où lui fut accordé le baiser de sang. Il regretta sa vie de mortel. Il regretta le moment où il sortit des entrailles encore chaudes d'une mère morte. Il hurla. Et bien que son cri ne pu couvrir la cacophonie décadente, il lui permit de se détourner de son châtiment pour apercevoir un oeil derrière le troupeau de créatures. Un oeil gigantesque et moqueur. Un oeil qui savait. Un oeil qui l'avait toujours observé.

« Il y a bien longtemps, tu t'es dérobée à Nous, marionette. Sache que nul ne se détourne de Moi. Car même si ton âme Nous a echappé à jamais, tu es maintenant en Mon pouvoir. Nous sommes Celui qui gagne à la fin. Et toi, marionette, tu ne seras désormais plus que l'ombre de toi-même. »


Alors que la conscience reprennait peu à peu le dessus sur les ténébres, des ténébres qui n'avaient jamais été aussi effrayantes, le vampire déchu se vit. Littéralement. Il voyait son corps vaquer à des tâches alchimiques, comme il en avait l'habitude depuis des siècles. Comme si rien ne s'était passé. Mais, il se voyait d'un point de vu extérieur. Et il ne pouvait se mouvoir. S'il se déplacait, c'était toujours en réponse à un mouvement du corps qu'il avait été autrefois. Et cette sensation d'être plaqué à un mur, si persistante et étouffante ! Alors que le corps vampirique tournait la tête dans sa direction, il remarqua que ses yeux avaient changé... c'était clairement Cet oeil qui était logé à la place de ses pupilles.
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Keraad de Gespenst
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Lun 19 Sep 2011 - 11:39

La foudre stria le ciel, éclairant le maigre lopin de terre d’un paysan de sa lumière blafarde. L’homme aurait dû être nerveux. Il n’était pas prudent de sortir la nuit ces derniers temps, et seule la nécessité d’attacher de nouvelles amulettes à la clôture qui ceinturait son « domaine » l’avait fait sortir à cette heure avancée. Il fallait se protéger des esprits en colère. La nuit dernière, une famille habitant non loin avait été brisée dans d’atroces souffrances. Le père était rentré des champs éreinté pour trouver sa femme en train d’étriper consciencieusement son fils chéri. Lorsque la meurtrière s’était tournée vers lui, il avait vu son regard vide et son crâne défoncé par sa chute accidentelle dans les escaliers. Il était resté paralysé quelque temps, mais avait fini par trouver la force de prendre sa bêche et de broyer les membres du cadavre de sa moitié. Au petit matin, il avait raconté son histoire au vieux Bill qui passait près de sa ferme. Le temps que le Boiteux répande la nouvelle et que quelques connaissances aillent à sa ferme, il s’était planté un couteau dans le cœur. Ses dernières paroles furent que, si c’était à refaire, il se laisserait tuer. C’est pour cela que tous les gens du coin étaient allés chercher des amulettes chez Jo le sorcier. Prévenu le dernier, le paysan avait acheté les moins efficaces, celles qu’il fallait accrocher à minuit.

Il était donc sorti, les bras pleins de breloques sensées éloigner les esprits et la magie noire. Il aurait dû trembler comme une feuille, mais il était de trop bonne humeur pour que la peur puisse l’entamer. Il avait eu la fièvre pendant quelques jours, et quand des plaques rouges étaient apparues sur son torse il s’était cru condamné. Mais aujourd’hui, il n’avait plus mal, et il se doutait que les plaques avaient disparu elles aussi. Fausse alerte. Le sourire aux lèvres, il fixa la dernière amulette au poteau. Il se dirigea pesamment vers sa modeste demeure. Il avait pris de l’embonpoint récemment, et pour un paysan, c’était bon signe. Sa guérison tenait sans doute aussi à cela. Il chassa distraitement une mouche de la main. Il ne savait pas si c’était dû à l’orage, mais ces bestioles tournaient autour de lui sans interruption. Peu importait, ça ne risquait pas de lui enlever le sourire.

Un nouvel éclair se refléta sur les vitres crasseuses de sa maison. Un doute s’insinua dans l’esprit du paysan. Avait-il vraiment laissé la porte entrebâillée? Il entra, appela sa femme. Silence. Nulle bougie n’était allumée, et la lanterne de l’homme commençait à faiblir. Le couloir était sombre, et une odeur désagréable lui fit froncer les narines. Appelant à nouveau son épouse, il entra dans la grande pièce de la maison. La pièce était noire, le feu dans la cheminée était éteint depuis des heures, et aucune marmite ne se trouvait accrochée entre les linteaux en pierre grossière. Ce n’était donc pas la soupe qui avait brûlé. Le paysan allait sortir quand un bol renversé attira son regard. La tisane qu’il contenait et que sa femme lui avait amoureusement préparé en attendant son retour était répandue par terre. Quelque chose l’avait surprise. Il l’appela encore une fois. Pourquoi ne répondait-elle pas? Pourquoi le chien n’aboyait-il pas pour saluer son maître? Suivant les traces de liquide sur le sol en terre battue, il atteignit une autre porte, ouverte violemment à en croire le grincement qu’elle produisait à présent. La chambre était vide, mais empestait encore plus. Les draps avaient été rejetés en arrière, et le matelas conservait la trace des deux petits corps qui dormaient dessus. Sa femme avait emmené les enfants. Mais pourquoi? L’anxiété gagnait le paysan, et son sourire avait disparu. Le bois au pied du lit était vermoulu, et de la moisissure avait poussé dessus selon une forme étrange. Quelque chose de terrible était arrivé. L’homme se précipita hors de la chambre, regagnant le couloir, criant le nom de sa femme de toutes ses forces. Il courut vers l’entrée, ouvrit la porte face à la grande salle, entra dans une pièce pleine d’outils divers. Il trébucha sur un marteau, s’étala par terre. Le choc le calma. Réfléchir. Il n’y avait aucune raison pour que sa famille se cache ici. Le refuge, le refuge du sous-sol, elle était forcément là. Il tenta de se rassurer. S’il n’avait pas reçu de réponse, c’est qu’ils ne l’entendaient pas, qu’ils attendaient que le danger soit parti. Le paysan, de nouveau calme, ressorti, et remarqua un détail, sur la porte de la salle, qui lui avait échappé. Le bois semblait pourri, et la même moisissure formait là encore une marque verte. L’empreinte d’une main. Sa raison le quitta à nouveau, et il courut dans le couloir. Au fond, l’empreinte était là. Il tourna, se retrouva face à l’escalier. Il haleta, essoufflé. Avoir un gros ventre comportait quelques inconvénients. Il descendit les marches quatre à quatre. La première porte était là. Il l’ouvrit, et entra dans la cave.

L’odeur le frappa de plein fouet. La viande, pourtant salée, était avariée. Les graines semblaient s’être liquéfiées, transformées en une pâte jaunâtre qui suintait par les fentes des tonneaux, semblable au pus de quelque immonde maladie. Les fruits, les légumes, avaient connu le même sort. Le sol était recouvert d’une fine couche de liquide gluant et puant qui dégageait des effluves malsains. Et au milieu de cet enfer putrescent, une forme sombre gisait sans vie. Des mouches tourbillonnaient autour dans un ballet morbide. Son corps à moitié putréfié était recouvert de croûtes sanguinolentes, de plaies suintantes de pus et de cloques percées. Sur son flanc, trois énormes bubons blanchâtres formaient une sorte de triangle, et le paysan sut que c’était une marque, une signature. Il se rapprocha, et finit par reconnaître, non sans mal, le cadavre de son chien. Un sentiment d’urgence l’emplit de nouveau, et il avança rapidement vers la seconde porte, celle du refuge. Le bois était trop épais pour que la putréfaction l’endommage trop, mais l’homme constata avec horreur que les trois verrous avaient perdu toute utilité, rongés par la rouille. La porte la plus solide à des lieues à la ronde était ouverte, vaincue.

La lumière faiblissante de sa lanterne éclaira une scène d’horreur. Sa femme et son fils étaient allongés par terre, l’un sur l’autre et les membres écartés, formant de leurs corps une grossière étoile à huit branches. Les corps étaient intacts, n’étaient-ce les marques de couteau en plein cœur que tout deux abordaient. Leurs traits étaient figés en un rictus d’indicible terreur. L’arme du crime était encore là. Les yeux embués de larmes, il ramassa le poignard. Alors que la colère et la tristesse le submergeaient, son esprit perdit son duel avec lui-même. Ce souvenir qu’il avait oublié dans une ultime tentative de défense revint à sa mémoire. L’homme se revit prier pour sa guérison, d’abord un Sigmar qui ne l’entendait pas, puis la voix qui lui promettait l’immunité. Il revit son sanctuaire, sous le cabanon du jardin. Il revit le poignard sanctifié, prêt à offrir à Grand-Père Nurgle un sacrifice digne de lui. Il se souvint être sorti, et là s’être fait croire qu’il était parti poser les amulettes. Il releva sa tunique, découvrant un ventre que recouvraient toujours les plaques rouges, auxquelles s’ajoutaient des pustules peu ragoutantes. Le remord le submergea. Avait-il vraiment vendu son âme et tué sa famille pour ça ? Avait-il vraiment été assez égoïste pour sacrifier tout ce qu’il aimait plutôt que de mourir ? Si seulement c’était à refaire, oh comme il serait facile de mourir. Oui, il se tuerait, il épargnerait à sa famille la souffrance de le voir agonisant. Il trouverait la mort noblement, et son âme serait blanche.

Les larmes de sa honte coulaient encore quand un faible bruit se fit entendre. Puis le son devint compréhensible. « Papa ? ». Toujours agenouillé, il se tourna. Sa petite fille, belle comme le jour malgré le chagrin, sortait à quatre pattes de sa cachette. Alors l’homme pleura de plus belle. Il avança, rongé par le remord, vers la rescapée du massacre et la serra dans ses bras. Il pleurait, se disait que si seulement il pouvait refaire le choix, prendre le bon... Sauf que le choix lui avait été retiré depuis longtemps. Le pacte avait été scellé. Les yeux rougis, accomplissant enfin sa part du marché, il planta le poignard dans le ventre de sa fille.
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Ger0nim0
Sénéchal
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Lun 19 Sep 2011 - 13:51

Extrait du journal de voyage du joueur d'épée Kurt Von Lubeck, pièce à conviction dans son procès pour désertion et perte de ses trois compagnons d'arme entrainés dans sa traitrise.

Année 1313 du calendrier impérial

[...]

Septième jour

La nuit est déjà bien avancée tandis que je rédige ces lignes. Tout mes compagnons dorment déjà... d'un sommeil duquel ils ne se réveilleront pas.
Moi je ne dors pas.
Et 'les trois autres' non plus.
Écrire m'aide à ne pas succomber au sommeil et aux cauchemars. Car ce que j'ai vu aujourd'hui a emporté mes convictions les plus profondes et je me demande comment ma main peut encore écrire quand mon esprit reste glacé d'effroi.
Le feu d'ossements et de chairs des cadavres de mes compagnons me donne la nausée et je ne peux séparer mon regard des orbites de leurs yeux vides ouverts sur l'incompréhension de leur échec. Les ombres révèlent les reliefs de leurs organes figés de sang coagulé. L'odeur de chair grillée est à la fois agréable et insupportable. Malgré la chaleur de ce brasier infernal mes muscles restent engourdis par le froid de cette lugubre rencontre.

Je n'avais pas compris tout de suite pourquoi cet homme qui s'était présenté comme un marchand et ses deux acolytes voulaient y aller mais leur prix avait acheté mon silence et - Sigmar me pardonne – mon allégeance aux joueurs d'épée. Voilà comment j'avais quitté l'armée et m'étais mis en route avec trois de mes frères d'arme vers la Plaine des Os. Oui étrange destination vers laquelle roulait notre carrosse et mon cœur balançait sans cesse pour ne pas faire enfin demi-tour.

Ce soir là les Montagnes du Bord du Monde étaient toutes proches, mes trois compagnons et moi-même répétaient quelques passes d'arme sous les yeux de nos trois voyageurs lorsqu'Helmut interpella celui qui portait une épée :
'Eh vient donc nous montrer ce que tu es capable de faire avec ta rapière marchand !'
L'interpellé en question ne dit pas un mot mais se tourna vers son acolyte de gauche et dès lors je compris que quelque chose n'allait pas. Avant que je ne comprenne de quoi il s'agissait le Mort-vivant avait déjà bondi et ses dents tranchantes mordaient férocement la chair pendant que ses griffes lacéraient profondément la peau de mon camarade. Je sentis un vent de panique me paralyser et un frisson me parcourir jusqu'à la nuque : ces voyageurs n'avaient pas besoin de nous pour se protéger. Trempé de sueur je tenais toujours mon épée à la main et je tentais de reprendre le contrôle de mon corps agité de tremblements lorsque je compris que la bête qui se nourrissait encore du sang d'Helmut n'était pas la créature la plus dangereuse.
Le second voyageur avait sortit son épée. Le temps s'arrêta. Son crane rasé. Son regard froid. Son aura maléfique. La puissance qui émanait de tout son être me fit alors comprendre que nous n'avions aucune chance.
Hypnotisé par la majesté du Seigneur Vampire, Ludwig ne leva même pas le bras pour se défendre, sa tête se détacha de son corps et celle de Friedrich suivit malgré les supplications et les cris de terreur de ce dernier.
Il se tourna alors vers moi et croyant ma dernière heure arrivée j'eus un sursaut lorsqu'il me lança :
'Tu connais la route.'

C'est ce qui me sauve pour l'heure et c'est pourquoi je crains le sommeil. J'envie presque la tête de Ludwig qui me fixe dans le creux des flammes.


Huitième jour

Le Vampire est venu me trouver ce matin. Si étrange que cela puisse paraître je ressens à présent presque une attirance pour sa compagnie alors que la veille il me terrifiait. Il m'a confié avoir lu mon journal pendant que je m'étais assoupi et souhaite que je continue à écrire. Et dans l'espoir fou qu'il m'épargne je ne peux plus m'arrêter. Mais je ne sais plus ce que je désire : mourir ou vivre je regrette parfois qu'il ne m'ait pas tué.

Alors que nous cheminions à pied à côté du carrosse il conversa avec moi :
'L'éternité semble comme une danse, tuer demeure le but de ma longue existence. Hier soir n'était pas un hasard. Demain le voyage touchera à sa fin.'
Avalant ma salive je parvins à articuler :
'Pourquoi les avoir... tué. Mes amis.'
'Point de regret ton premier ami a mérité. Sa propre danse était son arrogance. Une fois le premier tué il est difficile à mon disciple de s'arrêter.'
Malgré les larmes qui me montaient aux yeux je posais la seule question qui me restait :
'Vous dites que demain le voyage sera terminé... Que ferez-vous de... moi ?'
'Tu auras le choix : demeurer avec moi ou rentrer chez toi. Pour m'accompagner mes mémoires il te faudra rédiger. Si tu penses au retour c'est la mort que tu trouveras à ton tour.'

Les échos de sa voix résonnaient d'un long passé et je me demandais alors à quand pouvait bien remonter sa naissance. Son deuxième acolyte m'intriguait également. J'acceptais docilement de prendre des notes et il se lança alors dans son récit.
C'était un guerrier. Disciple d'Abhorash. Cherchant à se libérer de sa soif. Son premier disciple était un Stryge. Son second un Nécromancien. Il les avait cherché durant plusieurs décennies.
Son choix de brûler les cadavres de mes compagnons n'était que pour s'épargner la vue du nécromancien usant de ses pouvoirs inutilement, il haïssait leurs pantins de chair dont la compagnie ne lui inspirait que répugnance.
Au fur et à mesure que je prenais des notes je compris le but de son voyage : un Dragon.


Neuvième jour

Nous sommes arrivés. La Plaine des Os s'étend à nos pieds et des ossements et carcasses de dragons jonchent le sol jusqu'aux plages volcaniques qui bordent la Mer de l'Effroi. On peut apercevoir les cheminées au loin qui vomissent la corruption et la mort. Le vent chasse l'air irrespirable, pollué et toxique des industries des nains du chaos dans la plaine. 'Les trois autres' sont partis en quête d'une carcasse suffisamment fraiche.

J'ai marché jusqu'à la mer. Les nuages de mouches m'ont dissuadé de fouiller dans les amas d'or qui s'étendent sous les cages thoraciques géantes. Mon reflet dans l'eau m'a surpris. J'ai les cheveux blancs et l'impression d'avoir vieilli d'une dizaine d'années.

Le rituel a commencé. Les incantations de magie noire. Les cris du dragon noir rappelé à la vie. Je me suis enfui.

Je cours.

Je marche.

Je ne sais plus depuis combien de jours ça dure. Peut-être deux semaines. Je ne peux plus dormir sans me réveiller couvert de sueur et le cœur battant. Je me sens usé. Sa malédiction est sur moi. J'entends encore les échos de sa voix :
'Si tu penses au retour c'est la mort que tu trouveras à ton tour.'
A l'enfer que j'endure pour continuer d'avancer s'ajoute mon regret de ne pas avoir bénéficié du même sort que mes compagnons.


Le reste du journal n'était constitué que de pages vierges usées par le vent et la pluie. Levant les yeux du journal de Von Lubeck le Prêtre-Guerrier fit appeler un garde :
'Sortez de sa cellule le joueur d'épée Kurt, celui qui a été retrouvé hier soir, j'aimerais m'entretenir avec lui.'
'Le prisonnier Kurt n'a pas passé la nuit Monseigneur.'
'Mort ? Mais de quoi par Sigmar ?'
'De vieillesse Monseigneur.'
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Sangran
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Mer 21 Sep 2011 - 15:15

La Vengeance... Un doux sentiment lors de son accomplissement, une véritable euphorie emplissant chaque fibre du corps et de l'âme, un sentiment de triomphe et de joie cruelle...
Empli de cette cruelle joie, Sangran plongeait son regard rougeoyant et affamé dans les yeux bleux agonisants de Konrad von Rechnaud, archidiacre d'Ulric, alors même que son épée était profondément plantée dans le ventre de ce dernier, la garde couverte du sang du saint homme.
Dans le stade de Blood Bowl, tout était comme figé. Les spectateurs avaient depuis longtemps fui lorsque le combat avait éclaté entre les vampires de son équipe et la garde rapprochée de son père, en pleine cérémonie de remise des trophées et les vampires victorieux assistaient à la scène, muets autours de l'estrade centrale, leurs visages rouges du sang de leurs récentes victimes.

Enfin... Enfin, après toutes ces années d'attente et d'efforts, il était parvenu à ses fins, après être devenu un champion de Blood Bowl, après avoir gagné la finale et être arrivé jusque sur l'estrade au drap tissé d'or, enfin, le sang de son père coulait le long de sa lame et allait tacher le sol.
Enfin tout était terminé.

Mais ce doux sentiment, cette euphorie emplissant chaque fibre du corps et de l'âme, ce sentiment de triomphe, cette joie cruelle ne dura pas, car alors que l'enveloppe physique de son père s'écroulait au sol, le vampire se retrouva face à son spectre, fièrement dressé, éclatant et magnifique. Et, les yeux emplis d'un profond chagrin, le spectre s'adressa à lui.

"Pourquoi, mon fils ? Ton cœur est-il devenu si noir que tu en viens à tuer le sang de ton sang ?
-Honni soit ce sang ! Cracha le mort-vivant. Tu m’as jeté dans les affres d'une guerre qui n'était pas la mienne, tu as fait de moi un vulgaire soldat afin de mieux pouvoir m’enrôler dans ton culte et m’utiliser ! Et regarde ce que je suis devenu par ta faute ! C'est toi qui m'a tué !"

Mais, alors que sa haine s'écroulait avec sa vengeance accomplie, il se rendit compte à quel point ses paroles sonnaient comme une leçon bien apprise, comme un texte répété encore et encore jusqu'à finir par y croire, ce en quoi sa haine aveugle et dévorante l'avait aidé quand il l'avait orientée sur l'Archidiacre, simplement parce qu'il avait besoin alors de haïr pour calmer la douleur de la non-vie.
Mais, peu à peu, sa raison, libérée du voile de la colère, voyait la vérité: Il avait été abusé, oui, mais pas par le prêtre, et perdu dans sa soif de vengeance, il n'avait rien vu. Rien du tout. Il avait été comme un taureau aveugle se laissant mener au bâton sans réagir, se contentant de charger droit devant lui sur un simple ordre du Comte, avalant ses mensonges avec la même avidité d'un ivrogne ingurgite le vin qui lui est essentiel.
Un pion. Un banal et méprisable pion.

Le fantôme de son père afficha un sourire doux.

"Je vois que tu commence à comprendre. La haine a effacé toute trace de jugement de ton esprit. Une haine que je ne peux que comprendre au vu de ta situation. Et qui n'était pas totalement injustifiée.
Dans ma volonté de bâtir un monde meilleur, j'ai accepté de faire de toi un paladin de la justice, sans voir que ce n'était peut-être pas la meilleure voie pour toi, sans voir que ton entrain à suivre mes pas n'était dû qu'à la fougue de la jeunesse.
Tout ce qui t’arrive, mon fils, n'est dû qu'à mes erreurs de père. Jamais tu n'aurais du te trouver sur ce champs de bataille maudit.
Jamais nous n'aurions du en arriver là."

Sangran avait la gorge nouée alors que ce qui restait d'humain en lui reprenait le contrôle et qu'une larme rose coulait le long de sa joue. Un changement brutal et inexplicable qui le saisissait pourtant.

"J'ai été abusé, père, et n'ai su le voir. Mon âme est damnée de la plus horrible des façons."
-Chacun forge sa propre voie mon garçon, et personne d'autre que toi même ne peut te forcer à suivre le sentier des ténèbres. Crois toujours en la lumière et elle guidera tes pas à jamais... Mon fils..."

Les dernières paroles du fantôme s'évaporèrent dans le vent et l'âme de l'archidiacre disparut, comme disparait la brume quand se lève le soleil matinal.

"-Comme c'est touchant..."

Une voix glaciale retentit, assez puissante pour emplir tout le stade et faire frissonner le vampire alors qu'il ne connaissait plus le froid depuis nombre d'années. De nouveau, la colère menaça de l'emplir, mais il résista, ne sachant que trop bien à présent les conséquences d'une rage aveugle.

Mannfred, son père-dans-la-mort, avança lentement vers le centre du stade, entouré de gardes des cryptes armés d'imposantes hallebardes, et jeta un regard empli de mépris au cadavre du vieux prêtre.

"-Tant d'amour et de bonté... Cela réchauffe le cœur n'est-ce pas ? Enfin, cela le ferais, si il nous en restait un. Mais nous n'en avons pas, ni moi, ni eux, ni toi, car nous sommes des vampires, et ni la peur ni les remords ne doivent se mettre sur notre chemin. Seulement un dégoût souverain pour tout ce qui n'est pas de notre sang.
Choisis ton camps, mon fils. Une bonne fois pour toutes."

Pas de peur ni de remords... Seulement du dégoût... Si il ne pouvait pas les ressentir, qu'est-ce qui pouvait bien lui ronger les entrailles de si cruelle manière ? Le dégoût, oui, mais de lui-même, de son stupide aveuglement qui avait conduit à la tombe le seul être dans ce stade qui ne le méritait pas. Le remord, oui, d'avoir été le responsable de cet effroyable gâchis, de ce meurtre ignominieux et infâme. Ses mains encore rouges du sang de son père biologique le révulsaient.
Et la peur... Ce serpent sournois qui se lovait autours de son cœur en une glaciale étreinte, ce damné serpent qui fait la faiblesse des hommes et leur plus grande force.
Mannfred avait raison, il n'était plus un homme, mais son cœur n'en était pas moins empli de frayeur à l'idée de devenir la proie de tous ces animaux qui le regardaient avec envie, avides de plonger leurs crocs dans sa chair pour goûter à son sang immortel.
Des animaux, des bêtes enragés, voila ce qu'ils étaient tous. Lui y compris.

Il était piégé, et ressentait ce curieux mélange de colère, de peur et d'excitation que ressentent les bêtes acculées. Ils voulaient le tuer. Aujourd'hui pour trahison, ou demain pour un autre prétexte, quelle importance ? Un homme, oui, un homme, sachant qu'il va mourir, ne saurait redouter la peur. La mort est partout et tout ce qu'on peut faire, c'est la regarder dans les yeux et lui dire...

"-Pas aujourd'hui...
-Quoi ?"

Sangran releva les yeux pour les plonger dans le regard suspicieux de Mannfred, un sourire carnassier sur son visage.

"Vous ne m'aurez pas, ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Car je suis déjà mille lieues plus haut que votre race ne le sera jamais".

Ni la peur, ni la colère, ni le dégoût ne se mirent sur son chemin quand il chargea son père-dans-la-mort, il avait bien retenu la leçon. Il frappa d'un coup de taille que le comte esquiva et ce dernier para deux nouvelles attaques avant que ses gardes du corps n'interviennent et que le sang des Von Rechnaud ne souille de nouveau le stade.
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Thomov Le Poussiéreux
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Jeu 22 Sep 2011 - 17:06

Le Nécromancien

Roderic passa ses mains tremblotantes au dessus du linceul comme pour mieux les préparer à leur répugnante besogne. Le tissu originellement blanc était constellé de taches brunâtres et l’air embaumait déjà un parfum innommable de merde et de sang.

Serrant les dents, il tira d’un seul coup le linge souillé et le courage failli lui manquer. Il s’agissait d’un homme, encore jeune s’il en croyait son aspect général. Pourtant, il avait rarement vu un corps en aussi mauvais état… Une jambe se terminait à hauteur du genou, sans trace d’une éventuelle prothèse. De son vivant, il devait sans doute user de béquilles pour se mouvoir. A moins qu’on ne lui ai dérobé sa jambe de bois une fois qu’il fut mort… Le port de Languille n’était certes pas un repaire d’enfants de chœur. Un bras était fracturé en plusieurs endroits et, en aventurant ses mains sur le torse, il constata que les côtes étaient dans le même état. Probablement une chute mortelle ; personne ne se donnait la peine de rafistoler les morts.

Il prit quelques secondes pour reprendre ses esprits et chasser les tremblements de ses mains, puis entreprit de poser à côté de lui ses outils. Deux grands couteaux, des pinces, plusieurs vieux linges, un maillet et des clous, quelques mètres de corde, une scie,…
Il grelotta mais, malgré le froid ambiant, dut éponger de sa manche la sueur qui perlait à son front tout en se fustigeant mentalement d’être si nerveux.
Il se saisit d’un des couteaux et débuta les incisions, les fluides vitaux giclant abondamment sur ses mains et ses habits. Une fois les ouvertures faites, il prit les pinces et tira aussi fort que sa maigre stature le lui permettait. Se faisant, des poches de gaz nauséabond se libérèrent brusquement. Il retira instinctivement la tête vers l’arrière, mais pas assez vite : de surprise, il en avait pris une pleine bouffée et la seconde d’après il vomissait sur le corps tripes et boyaux, la bile lui laissant un goût horriblement acide dans la gorge.

Il toussa encore quelques instants et tenta en vain de chasser complètement le liquide de sa bouche et de son nez. Renonçant finalement, il frissonna en plongeant ses doigts dans la plaie emplie de vomi chaud et visqueux. Il tâta de la sorte toutes les côtes qu’il put atteindre avant de décider qu’elles étaient en trop mauvais état pour pouvoir êtres réparées de quelque manière que ce fut. Il ramassa une planche de bois et une longueur de corde et rafistola le tout du mieux qu’il put pour rebâtir une charpente et empêcher les viscères de se répandre ultérieurement.

S’accordant une courte pause, il inspecta de plus près la jambe sur laquelle il allait devoir œuvrer et découvrit qu’une plaie y était apparente qui grouillait d’asticots. Ces petites créatures l’insupportant, il les chassa avec un frémissement de répugnance à l’aide d’un bout de tissus et entreprit ensuite de creuser la chair de la pointe de son second couteau.

Une fois qu’il eut bien dégagé l’os ; il y ajusta une grossière planche de bois et s’apprêta à la fixer du mieux qu’il pourrait avec les gros clous qu’il avait apporté. Le premier coup de maillet enfonça le bout de fer dans l’os avec un bruit de frottement qui le fit frissonner de tout son être. Les coups suivants furent tout aussi désagréables mais ce n’était rien comparé au moment où il put sentir le clou percer l’os de part en part et entamer de l’autre côté la chair flasque avec un bruit qu’il fut certain de ne jamais plus oublier.

Un souvenir de plus qui ne le quitterait plus désormais ; il s’ajoutait à une liste déjà bien longue… Il était une époque pas si lointaine où il ne triturait pas sans fin des cadavres à moitié décomposés, où il ne sursautait pas à chaque bruit et où il avait des amis en qui il avait toute confiance. Difficile à présent de dénouer les nœuds du temps et de déterminer le premier pas qui l’avait mis sur cette sinistre voie. A quel moment au juste avait-il atteint le point de non-retour ? Était-ce quand les premières formules impies s’étaient échappées de sa bouche et que, pour la toute première fois, il rappelait une âme d’entre les morts ? Ou peut-être déjà avant cela alors qu’il était occupé à étudier son seul et unique grimoire ? Ou encore au moment où il l’avait acquis, bien qu’il n’y toucha pas pendant des semaines, de peur de voir son âme damnée pour l’éternité aux yeux de La Dame et de son Roy ? Ou était-ce encore bien avant tout cela quand, petit garçon, il observait avidement les rongeurs qu’il avait capturé pendant qu’il les faisait passer de vie à trépas ?

Deux années à peine s’étaient écoulées et il avait récolté sur cette liste imaginaire des tas de sensations et de visions qui le hantaient depuis sans relâche. Jamais plus il ne connaitrait de sommeil paisible, et jamais plus il ne pourrait se fier totalement à quelqu’un. Ses secrets le liaient à la solitude et à la crainte plus sûrement que des chaines de bon acier.

Chassant avec amertume ces vaines pensées, il se pencha sur le bras brisé du cadavre. Il ne lui serait pas possible d’arranger son état avec assez de solidité pour qu’il puisse livrer le moindre combat… Se résignant, il empoigna sa scie et se mit en devoir de trancher le membre au dessus du coude. Le son produit était une torture de tous les instants et sentir la lame vibrer à chaque mouvement lui retournait l’estomac. Un instant, il cru bien vomir à nouveau mais parvint finalement à reprendre le contrôle de lui-même. Une fois le bras sectionné, il y fixa une nouvelle planche à laquelle était arrimé grossièrement un crochet de boucher.

Sa tâche accomplie, il se repassa machinalement la manche sur le front pour éponger ses sueurs froides mais ne parvint qu’à étaler sur son crâne les liquides poisseux qui imbibaient son habit. Son ouvrage accompli à la hâte donnait à l’ensemble une allure grotesque qui aurait pu prêter à sourire si elle n’était pas le témoin des immondes charcutages qu’avait subi le corps du malheureux.

Un bruissement le fit soudain sursauter ; il scruta longtemps les ténèbres au delà du cercle de faible lumière que lui procuraient ses quelques bougies mais sans apercevoir âme qui vive. Il n’était plus jamais tranquille, toujours persuadé que quelques Chevalier du Graal était sur ses talons, tout prêt à lui trancher le col… Cette pensée ne lui laissait que de mauvaises nuits de demi-sommeil et de longues veilles anxieuses dont il sortait éreinté.

Finalement, il se convainquit qu’il était bel et bien seul et, tirant d’une poche intérieure un vieux livre élimé aux coins racornis, Roderic s’apprêta à réaliser un rituel bien plus immonde encore que celui qu’il venait d’accomplir…

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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 23 Sep 2011 - 14:59

La veuve dans le noir

Elle courait le plus vite possible, sautant ici par-dessus une racine, s’enfonçant là dans un buisson épineux. La forêt, sombre et dense, comptait presque autant de chausse-trappes que d’arbres. Elle ne suivait pas le moindre chemin, et son souffle faiblissait, mais cela n’avait pas d’importance. La seule chose importante était de continuer à courir, pour mettre le plus de distance entre elle et les choses. Ses pieds nus étaient meurtris, car elle avait du enlever ses chaussures, et sa splendide robe de soirée n’était plus qu’un souvenir déchiré. Mais elle ne s’en apercevait même pas, dans son esprit terrifié une seule idée prenait le dessus sur toutes les autres, inexorable : il lui fallait fuir, et vite.
Sigmund avait été très clair sur le sujet. « Cours, Fiona, enfuis-toi ! » avait-il dit, et elle avait fuit, sans se poser de questions. A cet instant, rien ne paraissait plus sensé que ce conseil, mais à présent elle regrettait de l’avoir laissé. L’idée d’arrêter sa course ne l’effleura même pas, mais à la seule pensée de son mari perdu, de longues larmes coulèrent sur ses joues délicatement poudrées. Comment pourrait-elle vivre, après ça, avec l’idée qu’elle avait accordé plus d’importance à sa propre vie qu’à celle de son compagnon ? Elle se faisait horreur à elle-même, tout en sachant pertinemment que rester là bas aurait rendu son sacrifice vain. Mais même cette idée ne pouvait apaiser son chagrin de se savoir vivante tandis que lui était mort, alors que cela aurait pu être l’inverse. Le comte n’avait pas exprimé son souhait de le voir mourir, simplement qu’il s’en aille pour ne jamais revenir, mais cela, ni l’un ni l’autre ne l’avaient accepté. Comme elle aurait du…

Un léger bruit retentit à sa gauche, lui faisant couler des sueurs froides dans le dos alors qu’elle déviait légèrement sa course. « Ça y est, ils m’ont trouvé… » se dit-elle, et cette seule pensée suffit à lui faire battre le cœur encore plus vite, sa respiration devenant encore plus haletante alors qu’elle tentait d’accélérer. Les créatures du comte n’avaient pourtant pas semblé très rapides, mais nul ne sait quelles surprises de telles horreurs peuvent dissimuler. À la seule pensée de ces ignobles parodies d’humains, Fiona sentit son estomac se retourner, mais elle tint bon et continua à courir. Peu importait maintenant ce qui la poursuivait, elle devait s’échapper, sinon le sacrifice de Sigmund aurait été vain, et qui sait quelles atrocités elle subirait alors…
Un bruissement de feuilles à sa droite lui fit tourner instinctivement la tête, et c’est alors qu’elle aperçut le visage qu’elle avait espéré ne jamais revoir. Encadré par une crinière de cheveux blancs coiffés en catogan, les traits fins, le regard perçant, et son habituel sourire aimable sur la bouche. Le comte Klaus von Falkoner se tenait à côté d’elle, courant à la même vitesse, la regardant fixement.

Fiona hoqueta de surprise, mais elle n’eut pas le temps d’esquisser une autre réaction. En un instant, le comte saisit son poignet d’une poigne de fer, et d’un mouvement du bras il l’envoya violemment au sol. Sous le choc, sa vue se brouilla, et sa jambe droite fut prise d’une douleur lancinante. Elle eut vaguement conscience qu’il s’approchait d’elle, marchant lentement comme à son habitude, le crissement régulier de ses bottes sur les feuilles mortes résonant à travers les arbres. Lorsque sa vue redevint nette, elle s’aperçut qu’il se tenait à quelques mètres d’elle, accroupi, le regard posé sur elle.

« Ah, Fiona, Fiona, fit-il alors qu’elle se redressait, vous m’avez fait un sacré choc. » Réalisant la situation, elle rampa en arrière du mieux qu’elle put, mais se retrouva rapidement coincée contre un arbre. « Oh, je vous en prie, continua Falkoner, vous relancer dans une course à travers ces bois ne ferait qu’abîmer davantage votre robe. »
Lentement, elle réalisa que c’était fini. Le comte l’avait rattrapée, ses créatures ne devaient pas être loin. Il lui réservait sans aucun doute un affreux châtiment, et Sigmund, lui…
« Qu’avez-vous fait de Sigmund ? » Demanda-t-elle d’une voix à demi éteinte. Il lui restait le vague espoir que son mari soit encore en vie, détenu quelque part, mais Falkoner s’esclaffa, révélant la longueur de ses canines. « Votre cher époux ? Le brave benêt a tenu à m’affronter en duel, et je dois admettre qu’il m’a retenu plus longtemps que je ne l’aurais cru. Le pouvoir de l’amour, comme qui dirait. Mais il a finit par mourir, avec votre nom sur les lèvres, et une lame dans le cœur. » Il sourit, fixant le feuillage d’un arbre d’un air rêveur, semblant se rappeler un souvenir particulièrement agréable. Mais rapidement, son regard revint sur Fiona. « Et pendant ce temps, vous avez fait fi de mon hospitalité en fuyant dans les fourrés, comme une vulgaire voleuse. J’espère que vous réalisez à quel point j’étais contrarié. » Sa voix avait un ton de reproche, et il jouait si bien la comédie qu’elle ne put se retenir, à son tour, de rire sombrement. « Mais à quoi vous attendiez-vous, au juste ? répondit-elle brusquement. Vous nous invitez dans votre manoir pour un soi-disant dîner, et là vous annoncez sans détour que vous voulez faire de moi votre femme, et que mon mari devait sur-le-champ s’en aller refaire sa vie le plus loin possible. » Sa voix reprenait peu à peu de l’assurance, comme si confronter l’objet de ses peurs l’aidait à la vaincre. « Et par-dessus le marché, devant mon refus net d’accéder à votre outrecuidante requête, voila que vous faite entrer des…choses dans la pièce, leur ordonnant de nous attraper. Et vous vous étonnez ensuite de mes velléités de fuites ? ». Elle avait prononcé cette dernière phrase sur un ton féroce. La peur semblait avoir presque disparu, éclipsée par une fureur de plus en plus difficile à contrôler. Tout dans cet être la répugnait, que ce soit la gaieté avec laquelle il avait annoncé la mort de son mari ou son obstination à considérer les horreurs qu’il avait commis comme si elles n’étaient rien. Von Falkoner se redressa, et il avait reprit son sourire lorsqu’il répondit. « C’est vrai que présenté comme ça, les choses étaient quelque peu contrariante, mais vous avez tout compris de travers. Il fallait plutôt y voir la déclaration d’un amoureux transi qui… »
Le vampire n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Excédée par les derniers propos qu’il avait tenus, Fiona céda à la colère et s’empara d’une pierre qu’elle lui lança de toutes ses forces au visage. Le choc lui envoya la tête en arrière, et le fit reculer de quelques pas en titubant. Durant les secondes suivantes, Fiona resta figée sur place, l’appréhension lui serrant peu à peu la gorge alors qu’elle réalisait ce qu’elle venait de faire. Puis, lentement, le comte rabaissa sa tête, et elle put alors croiser son regard. Et ce qu’elle y vit la pétrifia.
Celui qui se tenait devant elle n’avait plus rien de l’homme qu’il avait prétendu être, il ne restait plus qu’une bête. Assoiffée de sang. Toute colère la quitta instantanément, remplacée par une émotion bien plus intense.

La terreur.

En un instant, Fiona se leva s’enfuit de nouveau, cette fois sans un regard en arrière. Il n’y avait plus de bravades, plus de discussions, plus de haine. Il ne restait que la peur, primaire et violente. Les arbres n’étaient plus que des ombres autour d’elle, des silhouettes floues et sans couleur qui s’enchaînaient au rythme de sa course effrénée. Derrière elle retentit un hurlement inhumain, puis le bruit d’une autre course, bien plus rapide que la sienne. Elle n’aurait pas l’occasion de s’échapper plus longtemps, elle le savait, mais cela ne fit que la faire courir avec plus d’acharnement encore.
Soudain, elle perça les arbres, et se retrouva face à Mannslieb, pâle et brillante, semblant porteuse de lumière et d’espoir. Et c’est à sa lumière qu’elle vit le ravin. Fiona s’arrêta brusquement, manquant de peu de glisser dans l’abîme. En regardant autour d’elle, elle s’aperçut qu’il n’y avait pas d’autre échappatoire, car il semblait, à la lueur de la lune, qu’elle se trouvait à l’extrémité de la falaise, et que tourner la ramènerait en arrière. Derrière elle, les bruits de course se faisaient plus pressants, plus proches. La bête serait là d’un instant à l’autre, et il n’y avait plus aucun moyen de s’enfuir. Elle devait se résoudre à mourir ici.
Et à ce moment là, elle sut ce qu’elle devait faire.

Alors, lentement, elle s’approcha du précipice. La peur la quittait lentement, remplacée cette fois par une étrange sérénité. Arrivée au bord, elle se retourna, faisant face à la forêt, sombre et inquiétante, et s’aperçut que von Falkoner la fixait depuis la lisière, se délectant visiblement de la voir ainsi coincée. Mais toute peur s’était à présent envolée, et c’est calmement que Fiona leva les bras en croix, souriant sereinement aux étoiles. « J’arrive, Sigmund. » fit-elle. Et elle bascula en arrière.
Elle put entrapercevoir von Falkoner foncer, le visage déconfit, tentant de la rattraper. Puis la nuit devint totale.
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Blood-Dwarf
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Mar 27 Sep 2011 - 19:56

D’une Forêt

Dans la froide forêt que le givre candide
Eclabousse d’argent en un sillon glacé
Grogne un homme transi dont le râle essoufflé
Obscurcit le vallon de longs échos arides…

Une lueur sale perce un azur pétrifié,
Tandis que l’homme court sous les fins flocons frais,
Tout à coup une larme à sa joue vient perler,
Et il tombe à genoux sous le joug des regrets.

Ruines immaculées de gelées hivernales,
Restes d’une autre vie qu’une agonie glaciale
Ensevelit jadis ; l’oubli fut nécessaire,
Une vaine douleur : le néant est précaire…

Rugis de désespoir, toi que le deuil meurtrit,
Et que l’écume astrale en cette clairière
Frémisse d'innocence et t’arrache à l’oubli,
Face à ces blancs murets qui furent ta chaumière.

Rappelle-toi de tout et crève-t-en les yeux !
O toi que les remords affligent de rancœur,
Illumine tes jours d’aquilons ténébreux,
Ris-en amèrement, rappelle-toi et meurs !

Et l’homme revoit tout de cette nuit ardente ;
Mugissaient au dehors les grêlons belliqueux,
Oscillait dans l’éther une brume rampante,
Riait au firmament un croissant orageux.

Dans la triste maison, point de joies ou de rires,
Seulement le silence et la peur de périr.
Pour l’homme et pour sa femme, une silhouette approche
Et vient gratter la porte, effroyable fantoche…

Ulcéré, pourrissant, son regard est d’albâtre,
Resplendissait aux nues une lune verdâtre,
L’inconnu vient à ceux qui déjà se croient morts
Assassine l’épouse et festoie sur son corps…

Comment ne pas frémir devant ce froid spectacle ?
Hébété, l’homme fuit, abandonne sa femme,
Et vomit de dégoût, dans sa couarde débâcle
Tourmenté, se souillant, des tréfonds de son âme…

Et la neige a poudré les pas et les passés ;
Dans la froide forêt gît un homme apaisé
Embrassant de repos la futaie cristalline,
Courbé dans son trépas à l’ombre des racines…

Et comment mourut-il ? Cela nul ne le sait.
Sous les cieux bienveillants il s’enivre de paix !
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Lanoar
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 30 Sep 2011 - 1:33

La Traque


La petite troupe de quatre personnes arriva à l’entrée de la petite ville à la tombée de la nuit. Un homme de forte stature était là pour les acceuillir. Il plaça un doigt sur sa bouche en signe de silence et leur fit signe de le suivre.
Les rues qui les menaient à la taverne étaient désertes, tout autant que l’établissement.
L’homme se nommait Hans Spilemann, capitaine de la garde de la ville. Il avait sollicité leur aide car depuis plusieurs mois, des meurtres, des disparitions et des phénomènes étranges s’étaient produis. Hans avait donc instauré un couvre-feu : plus personne ne devait circuler dans les rues à la nuit tombée, et les portes des habitations devaient être verrouillées pour ne rouvrir qu’au petit matin.
Le meneur du groupe, Geralt, un prêtre-guerrier de Sigmar, présenta ses trois autres compagnons : Hilda, Derek et Hermann, le sorcier qui leur permettait de traquer les êtres de magie. Ce dernier n’avait pas quitté le capitaine des yeux depuis leur arrivé.
Leur discussion fut interrompue par des coups forts sur la porte. Une voix de femme terrifiée appelait à l’aide.
- S’il vous plaît ouvrez ! Ayez pitié, ouvrez-moi !
Le tavernier commença à faire un pas en direction de la porte mais le regard de marbre de Hans Spielmann se posa sur lui et il se résigna, la tête basse.
Les supplications continuèrent de plus belle. Derek se leva brusquement, énervé.
- Mais enfin, cela n’a pas de sens ! Vous n’allez pas laisser une femme seule dehors !
- Derek, assied-toi. C’est leur règle, nous n’y pouvons rien, dit Geralt.
Soudain, la femme se mit à hurler de panique et un grognement horrible suivit.
- Cette fois s’en est trop !
Derek se jetta sur la porte et l’ouvrit à la volée. Il eut à peine le temps de voir une bête difforme s’enfuir au coin du bâtiment. Le sang de la pauvre femme avait éclaboussé la porte.
- Mais levez-vous bon sang !
- Il a raison, acquiesça Hilda. Nous devons nous dépêcher !
- Je vous accompagne, déclara le capitaine.
Ils poursuivaient la chose grâce à la piste sanglante qu’elle laissait derrière elle. Après avoir passé plusieurs croisements de ruelles, les traqueurs arrivèrent devant une grande bâtisse à l’allure austère en bordure de la ville.
- C’est un entrepôt de matériaux. Je vais aller me poster à l’entrée pendant que vous ferez le tour pour être sûr que cette créature est à l’intérieur.
Ils s’exécutèrent.
- Que peux-tu nous dire sur cet endroit Hermann ? demanda Geralt.
- Shyish est très présent partout dans cette ville mais je n’arrive pas à en distinguer la provenance exacte.
La petite troupe revint à la porte d’entrée. Hans n’était pas à son poste. Ils poussèrent lentement la porte branlante, Geralt en tête et sortirent de leur sac des médaillons de pierre magique qui émettait une lueur bleutée. L’entrepôt était rempli de diverses caisses et autres planches de bois, le tout formant un labyrinthe de bric-à-brac.
- Regardez ! Le capitaine ! S’exclama Hilda.
L’homme était allongé sur le sol, immobile. Derek posa la main sur son visage.
- Le pauvre homme est déjà froid comme la mort. Nous devons être vigilant.
Les quatres progressaient lentement dans la bâtisse, leurs sens en éveil et leur attention portée sur le moindre recoin. Les traqueurs se retrouvaient traqués.
Ils finirent par trouver une double-porte menant au sous-sol. L’un des battants était ouvert et il y avait des traces de sang frais sur le sol.
- Attention ! Là-haut !
Une nuée d’innombrables chauve-souris fondit sur eux et s’attaquèrent à Hermann. Le sorcier se débattait tant qu’il pouvait mais rien n’y faisait. Ses compagnons voulurent lui porter secours lorsque des dizaines d’ombres imposantes sortirent de derrière les caisses, les bousculèrent vers le sous-sol et refermèrent les portes. Les cris de souffrance d’Hermann leurs parvenaient aux oreilles. Ils entendirent les créatures le massacrer dans des bruits de chair déchiquetée et de mastication.
- C’est insoutenable, gémit Hilda en éclatant en sanglots.
- Nous devons continuer, nous ne sommes pas en sécurité ici, déclara Geralt. Nous pleurerons les défunts plus tard. Bloquons la porte pour ne pas être pris en tenaille.
Les deux hommes constituèrent une barricade de fortune avec les quelques planches qui traînaient dans le souterrain. Derek aida Hilda à se lever et les trois rescapés poursuivirent leur avancée.
Ce qu’ils découvrirent dans les fondations du bâtiment leur glaça le sang. Chaque porte qu’ils poussaient cachait des pauvres victimes à l’allure complètement famélique, difforme, parfois estropiés. Des femmes, des enfants, des hommes, des vieillards étaient entassés dans ces salles comme du bétail.
La dernière porte était si lourde que Derek dû y mettre toute sa force pour l’ouvrir. La pièce était vaste et sombre et ressemblait plutôt à une grotte. Même grâce à leurs médaillons lumineux ils n’en voyaient pas le bout.
Tout à coup, une immonde créature jaillit des ombres. Le dos courbé, l’écume aux lèvres, des griffes crasseuses ; c’était une goule.
Les combatants dégainèrent leurs armes et se préparèrent à livrer bataille, car d’autres congénères arrivaient à la charge.
Le marteau de guerre du prêtre fracassait des crânes et brisait des os, l’épée de Derek fendait l’air et les chairs tout autant, tandis que Hilda virevoltait avec grâce armée de ses deux lames courbes. Les ennemis ne cessaient d’arriver. Les muscles des trois compagnons commençaient à se tétaniser sous l’usure des coups portés. Ils devaient battre en retraite. Hilda resta au milieu de la mélée pendant que les deux hommes accouraient à la porte pour se préparer à la fermer. Après quelques passes d’armes, Hilda s’élança en arrière et la porte se referma.
- Hé bien c’était juste. Que va-ton faire maint...
Elle s’interrompit lorsqu’elle découvrit qu’elle était seule. Aucune trace des deux autres. Elle brandit son médaillon devant elle pour y voir mieux. Toujours personne.
Elle commençait à paniquer. Soudain des bruits de pas lents retentirent derrière elle.
- Ah vous êtes là. Je suis soulagée.
L’homme avait le visage déformé, mâché, en lambeau par endroit. Un de ses yeux pendait. Hilda était en proie à la panique. Elle recula. Une main se posa sur son épaule. Une femme cette fois, qui n’avait pas connu un meilleur sort que l’homme devant elle. Ils étaient maintenant une dizaine autour d’elle. Elle cria et dans un réflexe de survie se mit à trancher au hasard.
- Hilda non !
Elle repris ses esprits. Les personnes n’étaient plus là mais Derek était penché au dessus de Geralt qui avait le corps tout ensanglanté.
- C’est moi qui ait fait ça ? Comment ? Je ne comprends pas ! Vous n’étiez pas là !
- Calme-toi il n’est pas encore mort.
Un lent claquement de mains retentit, applaudissement lugubre d’un aristocrate maniéré.
- Magnifique, splendide, parfait. Merci beaucoup je me suis bien amusé.
Hans Spielmann venait d’apparaître, un sourire malsain déformait son visage et laissait apparaître des crocs saillants.
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 30 Sep 2011 - 12:51

Comptine pour enfant
Quatre innocents enfants, allaient dans la forêt,
le plus téméraire, s’avança loin en tête.
Mais s’approcha trop près, il fut tué par la bête.

Trois innocents enfants, perdus sont apeurés,
le plus malin pour fuir, fit tomber son ami.
Il ne put se lever, et mourut d’anémie

Deux innocents enfants, se sentent esseulés,
le plus fort rebuté, la seconde proie vengea.
La bête satisfaite, s’accroupit et mangea.

Un innocent enfant, seul et plein de regrets,
Pensait amèrement aux autres du quatuor
Il alla vers la bête, et accepta son sort.

Zéro petit enfant, ce soir n’a réchappé,
Ce soir il n’y aura plus de risque encouru.
La bête tapie dans la forêt est repue.
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 30 Sep 2011 - 13:50

petite intro avant que vous lisiez ce texte
je l'ai à l'origine réalisé avec un passage en latin. Cependant, tout le monde (moi y compris) ne parlant pas cette langue, c'est la version française que je soumet au concours. Voici néanmoins le lien vers le texte dans sa version originale. Au passage, je tiens à remercier Sylvebarbe pour l'aide qu'il m'a apporté durant la-dite traduction.

Requiem Mortuis


Les saules craquèrent lorsqu'une bourrasque souffla dans leurs branches. Le tissu claqua et rabattait sa capuche dans son dos. Sa torche manqua de s'éteindre. Elle resserra son châle sur ses épaules et força l'allure. Ses phalanges étaient blanches tant elle serrait la bandoulière de sa sacoche. Ses longs cheveux bruns voletaient tandis qu'elle luttait en vain pour retenir ses larmes, traçant des sillons dans la poussière maculant ses joues.
Elle s'arrêta finalement devant le monticule de terre, laissa tomber sa torche et inclina la tête. La femme fixa longuement le nom gravé dans la pierre dressée face à elle. Ses mains tremblèrent tandis qu'elle lutait contre ses émotions. La pelle du fossoyeur était encore planté à quelques pas de là et l'allée était méconnaissable tant l'herbe avait été piétinée.
- Je n'ai pas pu te sauver, déclara-t-elle d'une voix tremblante. Lorsqu'on ta amené, j'ai prié pour qu'on se soit trompé, que ce ne soit pas toi qui m'attendrais dans ce lit.
Elle redressa la tête, se tournant vers le ciel obscur et dénué de lune. Le crépitement étouffé de la torche ne parvenait pas à cacher ses sanglots.
- Le choc t'avait enfoncé les côtes, continua-t-elle avec difficulté. En retirant ton plastron, ils n'ont fait qu'aggraver ton état, retirant la seule attelle qui m'aurait permis de gagner quelques heures. Et quand je suis arrivée, tu ne pouvais déjà plus me voir, s'écria-t-elle brusquement en tombant à genoux, les épaules agitées de spasmes incontrôlables. Je suis arrivée trop tard ! Tu étais parti et il ne restait plus que ton... corps, qui refroidissait sur mes draps où nous avons tant partagés ! Je n'ai pas pu te sauver...
Ses paroles se prolongèrent en murmures incompréhensible comme elle s'inclinait. Sa robe s'étala sur la boue et ses cheveux balayèrent la sépulture. Elle resta ainsi prostrée durant de longues minutes, avant de reprendre d'un ton étonnamment clair :
- Pardonne moi mon amour, si tu savais à quel point j'aurais voulu... Cela fait si mal sans toi, tu ne peux imaginer...
Sa main se posa sur son sac. Ravalant ses larmes, elle se releva et déclara avec fermeté :
- Mais je vais te ramener.

Tout les quatre frissonnèrent en l'entendant crier. Dans l'obscurité, ils se devinaient à peine les uns les autres.
- Soyez fort mes frères, déclara le plus grand d'entre eux. Ce soir, nous allons mettre fin aux méfaits d'un serviteur des forces de la ruine.
Deux des autres hommes déglutirent difficilement, alors qu'ils n'entendaient plus aucun bruits en provenance du cimetière. Seuls les bruissements du vent dans les saules se faisaient entendre, les faisant frissonner au moindre grincement.
- Père Dragan, elle a aidé ma femme à accoucher de chacun de nos trois enfants et guéris mon étalon, déclara le dernier. Jamais elle ne nous a fait de mal...
- Comment savoir quelles sont ses intention ? répondit-il à mi-voix. Attendez la fin de cette nuit et je peux vous assurer que vous serez de mon avis. Quelle que soit la raison pour laquelle elle est venue à nous, nous devons l'arrêter. Voyez où elle a conduit sir Arthan.

Ayant disposé les trois objets en triangle sur la terre retournée, elle se redressa et resserra à nouveau son châle et son capuchon.
- Je t'aime Arthan. Je vais te ramener, répéta-t-elle avant de s'éclaircir la gorge.
- Je convoque les ombres.Je prie les gardiens du royaume souterrain d'écouter mon appel ,déclara-t-elle d'un ton assuré, articulant méticuleusement chaque syllabes de l'ancienne langue.
Elle leva soudain les deux bras, rejetant son châle.
- Que les pactes de Nagash soient appliqués ! Je veux que les portes s'ouvrent ! cria-t-elle au ciel obscur.
Ils sursautèrent en entendant sa voix s'élever dans la nuit. Aucun n'osa commenter ce qu'ils entendaient. Sans échanger un mot, ils s'approchèrent de la lumière, se déplaçant d'ombres en ombres. Ils se dissimulèrent derrière un tronc imposant, ses lianes battants entre eux et la femme. Ils ne pouvaient pas croire ce qu'ils voyaient, alors qu'elle psalmodiait dans une langue leur étant totalement inconnue.
- Comment avez-vous su ? interrogea celui auparavant sceptique, sans détourner le regard.
- Lorsqu'elle a confié la dépouille à mon diacre, il lui manquait un index.
- Un index ? fit-il, incrédule.
Les deux autres se signèrent en silence, les mains tremblantes.

- Que les gardiens appliquent mes ordres, poursuivit-elle, ignorant les quatre paires d'yeux l'épiant. Une âme reviendra cette nuit des profondeurs du monde et se tiendra près de moi pendant que la lune est absente.
Marquant une pause, elle se saisi de la torche presque éteinte. Elle déboucha la bouteille déposée sur le sol, vida le contenu d'une autre avant de promener la torche sur le dernier objet.
- Le sang versé de celui revenu de la mort, le souffle expiré de sa dépouille, la terre de sa sépulture et les cendres chaudes de son cadavre sont ses empreintes, psalmodia-t-elle alors qu'une odeur âcre de chair brulée s'élevait dans la nuit.
La femme rejeta la torche de côté et huma le fumet avec un soupir de contentement. Elle leva à nouveau les bras et se tourna brusquement sur sa droite.
- Que les gardiens me donnent celui que je cherche. Qu'il franchisse la quatrième porte. Que sa mémoire revienne des Enfers et soit restaurée. Qu'elle brille par sa vie passée et à venir.

Une bourrasque agita soudain les branches du saule vers lequel elle c'était tourné. L'un d'eux échappa un glapissement, avant que le religieux ne lui colle une taloche.
- Elle nous a vu, elle...
- Elle c'est tournée vers l'Est, coupa-t-il avec fermeté. Garde ton sang-froid.

Elle se pivota rapidement dans la direction opposée, sa jupe tourbillonnant théâtralement.
- Qu'il franchisse la troisième porte. Que ses émotions et sa personnalité reviennent de la tombe et se soudent à ses souvenirs, qu'ils soient de nouveau unis.
L'herbe restante s'anima soudain et se plia comme si un vent violent soufflait. Des cercles concentriques se dessinèrent autour d'elle. Sans prêter attention au phénomène, elle se tourna vers le Sud et poursuivit furieusement son incantation.
- Qu'il franchisse la deuxième porte. Que son corps céleste soit tiré hors du Styx de Pluton. Que toute son âme soit restaurée.
Elle levait le visage au ciel. Ses yeux révulsés contrastaient avec le chaos de sa chevelure animée par une tempête brune. Lentement elle s'éleva du sol, comme tirée par des fers lui écartelant les bras.

- Par Sigmar ! jura le religieux en lutant contre la tempête pour avancer jusqu'à la sorcière.
Les hommes avançaient tant bien que mal, repoussés en arrière par des forces invisibles. Se protégeant les yeux de leurs bras levés, ils distinguaient à peine la guérisseuse de leur village.
- Qu'il franchisse la première porte. Qu'il soit remis dans son corps, que son cœur propulse à nouveau la vie dans ses veines ! hurla-t-elle, parvenant à dominer le maëlstrom.
Brusquement, elle s'effondra. Dans un concert de craquements, les branches des pleureurs retombèrent enfin. Agenouillée, le visage dissimulé par sa crinière sombre, elle était à présent immobile. Sa voix s'éleva tout de même avec douceur, claire et étrangement calme après la violence de la manifestation.
- Que les abysses le rendent à la chair maternelle ...
Lentement, elle redressa ta tête. Elle souriait et ses yeux brillaient de joie.
- Mon amour...
- Attrapez là !
Avant de pouvoir réagir, elle fut plaquée au sol. Son visage s'écrasa sur la tombe, renversant ses trois instruments. Elle allait protester, mais un tissu lui fut placé entre les lèvres. Deux bras la relevèrent. Quelqu'un la tira par les cheveux, lui relevant le visage alors qu'on lui liait les poignets dans le dos.
- Inutile de perdre du temps en badinages inutiles après ce que nous avons vu, déclara avec colère le religieux face à elle. Tu sera jugée et purifiée dès demain.
Ignorant le regard implorant et les cris de protestation de la femme, il la trainèrent de force hors du cimetière. Nul ne remarqua le soubresaut du monticule de terre ou n'entendit le hurlement d'agonie étouffé qui résonna sous leurs pieds...
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MessageSujet: Re: Texte du Concours de Récits 2011   Ven 30 Sep 2011 - 20:53

Ouf, je suis encore dans les temps. J'aurais eu du mal à le boucler en temps et en heure celui-là.
Enfin, j'espère que vous saurez l'apprécier, voici donc ma modeste participation.

Il sent les canines, on le mord et le REMORD.
Il se tourne empli de PEUR,
Et découvre un rat DÉGOÛT !

Non, non, je plaisante, voici le vrai texte:

Une belle nuit pour tuer


Ce jour là, je n'avais pas pu me battre... Je n'avais pas pu la sauver... Je revois encore cette sordide lame au travers de sa poitrine... et ces flammes, ces abominables flammes qui ne cessent de hanter mon sommeil. Cela fait dix ans qu'on me l'a prise, dix ans que je n'avais foulé du pied cette odieuse terre de mensonges et d'hypocrisie. Je sens le contact de la terre hivernale sous mes pieds nus, de cette terre qui s'est repue de son sang il y a tant d'années. J'inspire à pleins poumons ce vent glacial qui porta jadis ses hurlements de souffrance. Je porte un instant mon regard vers la lune, vers cette lune qui contempla docilement le spectacle de son agonie. Elle est pleine, pleine comme au dernier jour de sa vie, pleine comme les yeux exorbités de ceux que je laisserai derrière moi. Le souffle de la nuit me glace le sang, comme pour mieux me rappeler que c'est la mort que je viens apporter en ce lieu.
« Que voilà une belle nuit pour tuer. »

Dix ans... déjà. Dix ans que j'existe sans vivre, en son absence. Dix ans que mon âme refuse farouchement de sombrer dans la folie. Après tant d'années, tous ont sans doute oublié. Tous ont sans doute repris le cours de leur existence... mais pas moi. Je gravis pas à pas la colline escarpée qui tient lieu de cimetière. Les tombes défraichies des pauvres semblent crouler sous le poids de celles, mieux entretenues, de ceux qui vécurent sans connaître la faim. Mais la sienne... je ne la vois nulle part. Comme si son existence même avait voulu être oubliée. Je croise un ou deux sots que la nuit a portés vers ces lieux silencieux et je dois me retenir de ne pas les broyer de mes mains. Je me hisse sur le petit aplomb rocheux, au sommet de la colline. Les lumières des taudis où s'entasse cette vermine éclairent encore les rues nauséabondes où s'écoule le vice. La simple vue de ce lieu me révulse. Je tente de contenir la nausée qui remonte de mes entrailles et je songe un instant à ce qui les attend. Je caresse de mes doigts les restes de son crâne calciné, pendus à ma ceinture et entame doucement ma funeste mélopée.
« Bientôt, tout sera fini. »

J'entends les hurlement d'agonie de ces porcs déchirant le silence de la nuit. Je devine avec délectation leurs horribles visages déformés par la terreur et par la mort. Ces immondes êtres à qui l'on donne le nom d'hommes reçoivent enfin le destin qu'ils méritent. Je ne puis me contenir plus longtemps. Emporté par ma haine et par leurs cris, je dévale rapidement le sentier escarpé de la colline. Près d'une tombe en ruine, j'aperçois un de ces déchets ambulants qui s'avance vers moi. Il semble affolé. Son haleine est emplie des relents de l'alcool. Sa main poisseuse se pose sur mon bras. Mon esprit s'embrume. Je ne vois plus rien autour de moi. Plus rien que cet immonde rejeton de Sigmar qui ose fouler mon corps de sa paume. Je ne parviens même plus à penser. Mon corps s'agite et mes pulsions s'animent. J'enserre son cou gras et dégoulinant de sueur de mes mains. Je brise un à un tous les os de sa nuque. Et tandis que sa carcasse se dérobe, j'écrase son affreux visage contre une pierre tombale. Son sang brûlant asperge mon visage. J'abats encore maintes fois sa dépouille contre la pierre souillée en pestant contre cette répugnante race toute entière. Alors que je reprends mes esprits, je serre encore entre mes mains rougies la carcasse sanguinolente de cet odieux personnage.
Dans les rues, les cris ont redoublé d'ampleur. Je rejette le corps décharné que je tiens toujours aussi fermement et me remet en route vers l'enfer que j'ai créé. Au milieu des cadavres, je ne parviens même plus à distinguer quels morceaux de chair bougent encore. J'admire les corps démembrés de ces immondes humains et me délecte de la terreur gravée sur leurs visages d'assassins. Ceux qui avaient été attaqués tentent vainement de fuir, malgré parfois la perte d'un membre. Les couards et les traitres, fidèles représentant de leur infâme race, jettent femmes et enfants dans les bras de la mort afin de mieux s'enfuir. Mais en vain. Nul ne survivra à cette purge, nul ne le mérite !
« Courrez, misérables, vous ne faites que retarder l'inévitable ! Les morts se sont levés pour vous et ils ne partiront pas avant de vous avoir tous dévorés ! »

Plus rien... Alors que se lèvent les rayon blafards du soleil du matin, il ne reste plus rien. Plus rien que des cadavres et des cendres. De cette cité impie, noyée dans ses propres vices, il ne reste nulle trace. Tout a été rasé par les morts et par les flammes. Et la fumée noire qui s'est élevée dans la nuit a emporté avec elle les derniers vestiges de notre ancienne existence. Je me souviens des yeux exorbités de ces porcs quand le feu approchait pour les saisir au visage. Je me souviens de cet immonde engeance agonisante et suppliante que j'ai moi-même rejetée de mes pieds dans la masse nécrophage. Mais tout ceci ne me laisse nulle satisfaction, nul espoir, rien d'autre que des regrets. Le regret d'avoir tant attendu pour obtenir cet immense pouvoir. Le regret de n'avoir rien pu faire à l'époque. Le regret de n'avoir pu la sauver. Cette vermine meurtrière a beau avoir péri, nul ne pourra me la ramener telle qu'elle était. En tant que nécromant, je ne le sais que trop bien. Déjà la vision de ces flammes, et de cette lame transperçant sa poitrine reparaît à mes yeux, m'arrachant un cri de terreur si violent qu'il semble m'en déchirer les entrailles.
« Tu aurais pu vivre... Si tu n'avais été une des ces vermines humaines, je n'aurai pas dut te tuer... »
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