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 Le siège de Leicheberg

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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 15 Aoû 2014 - 20:43

C'est la nuit des suiiiiites !  Clap 
(et j'ai tenu ma promesse !  Very Happy )

***

Á l’intérieur du palais du comte Peter von Stople, les serviteurs s’acharnaient à barricader les portes et les fenêtres. D’autres se dépêchaient de mettre à l’abri les quelques objets de valeurs, les tapisseries étaient décrochées, les tapis enroulés, et les lustres enlevés. Seules quelques bougies restaient encore là, plongeant la demeure dans la pénombre.

Parfois, les salles s’éclairaient, signe qu’une patrouille à l’extérieur se trouvait toute proche, la lumière de ses torches réussissant sans peine à se faufiler à travers les interstices des planches de bois mal cloutées.

Tout était si calme. Les domestiques ne cédaient pas à la panique, et ne parlaient pas entre eux. Ils savaient ce qu’ils avaient à faire, tout comme les soldats qui venaient prendre leurs ordres.

Tous savaient que la bataille approchait.
Mais tous ne semblaient pas si affolés.

Deux individus s’avançaient dans les couloirs. L’un, richement vêtu d’une longue robe blanche, ornée de saphirs cerclés d’or, semblait porter son ventre en permanence. L’autre, plus fluet, presque malingre, avait un visage aussi balafré que la mine blasée.

On ne les imaginait pas amis, et pourtant, l’homme gras, à la barbe rousse et aux boucles d’oreilles tombantes, paraissait heureux. Il riait avec une régularité singulière.

-… que je vous raconte ! Attendez, j’étais là lors de son duel ! Non, non, non, vous ne me ferez pas changer d’avis sur les alchimistes. L’Ordre Doré ! Ha ! C’est une farce ! J’étais là vous dis-je ! C’est évident que Gormann s’est laissé faire ! Il en avait simplement assez de la charge de Patriarche Suprême ! Oh, et moi je lui ai dit, hein, s’il n’en voulait pas, j’étais preneur ! Allons, ils ne sont pas sérieux ces sorciers du métal ! Regardez, le prédécesseur de Gelt, Feldmann, il a disparu dans la nature, et plus personne ne s’est ce qu’il est advenu de lui ! Mais c’est normal qu’on nous répond ! ‘sont tous fêlés ! Et je suis bien d’accord ! Vous serez d’accord avec moi, Dieter, s’il devait y avoir un Collège au-dessus des autres, ce serait bien le Collège de Lumière, non ?
-Mais… je m’en fous moi.
-C’est ce que je leur ai dit ! Que je m’en foutais s’ils voulaient de Balthasar Gelt comme Patriarche, hoho, ils le veulent, qu’ils se le gardent, hein ! J’avais mieux à faire ! Il faut être sérieux au bout d’un moment ! Moi, moi, je m’occupe des choses de ce monde !

Le hiérophant fut surpris du silence de son compagnon.

-Ho… vous les membres du Collège Améthyste, vous êtes tous pareils, hein. Aussi mystérieux que silencieux ! ‘vous m’direz, ça va de pair ! Mais, moi, je vous aime bien ! ‘m’avez l’air des gens sérieux ! Bon, un chouilla taciturne, cela va sans dire, hein, et le prenez pas mal, mais bon, vous savez ce qu’on dit, hein… faut pas… faut pas prendre le Morr aux dents ! Le Morr !
De nouveau surpris par le manque de réaction de son interlocuteur, le sorcier insista.

-Le Morr ! Le Morr aux dents ! Faut pas le pr… !
-Écoute Hadolff, t’es bien gentil, « hein », mais tu l’es plus encore quand tu la boucles. Dänggschee.

Hadolff baissa les yeux, rouge de honte. Puis se redressa, tout sourire.

-Ah ben vous voyez ! Vous n’êtes pas si mystérieux finalement !

Et les deux continuèrent ainsi. Ils finirent par arriver au grand escalier, qui menait tout droit dans les appartements du Stirmarshall. Seuls sorciers présents, il était impératif qu’ils soient associés aux décisions militaires, qui dépendaient étroitement de leur expertise en matière arcanique.

Marche après marche, ce drôle de duo s’arrêta au troisième étage. Hadolff avait le souffle court, mais resta bouche bée. Même son homologue, si passif et si triste, eut l’air étonné.

Devant eux, Klemens zu Hochschleswigl, torse nu, aux côtés d’Ehrwig Kraemer, qui l’était tout autant. Ce dernier était cependant nettement plus gêné que le capitaine. Muni d’une lame, il s’employait, à l’aide d’une bassine et d’un petit miroir, à lui enseigner sa technique de rasage.

-Bon, et maintenant que vous avez bien passé en remontant de la gorge aux joues, pensez bien aux petits poils, là, juste sous le nez. Vous voyez, Kraemer ? demanda Klemens, attentif à sa tâche. Ils sont très agaçants ceux-là.

Ehrwig ne sut quoi répondre. Il tenait encore tout une pile de documents, registres et notes sur ses troupes, et semblait clairement angoissé par la réunion qui allait se tenir. Quoique le siège qui se rapprochait devait contribuer à son état.

-Ah, ces messires Streuner et Würmshoff ! Tenez-vous, Dieter, je suis sûr que vous vous rasez à la perfection !
-Ça pousse pas chez moi.
-Ah. Et vous Hadolff… oui, vous avez pris un autre parti…
-Je m’interroge, capitaine zu Hochschleswigl. Vous apprenez au jeune Kraemer… à se raser ? demanda le hiérophant, perplexe.
-Tout à fait.
-Et… est-ce un moment approprié ?

Klemens se figea, les yeux grands ouverts. Puis, lentement, il se rapprocha du sorcier.

-Vous avez vu le duvet qu’il a sous le pif ? Vous l’avez vu ?!

Ehrwig se cacha derrière sa pile de documents.
-Allons, allons, ça ne peut pas être si catastroph…
-Vous plaisantez ! Même mes poils pubiens ont meilleure allure ! Et regardez son nez, il s’est fait fracasser !
-Non, non… juste une vieille dame qui… votre cantinière d’aill…
-Oh, ne vous justifiez pas hein ! Vous allez vous laver la figure et me faire le plaisir de vous raser pour la première fois de votre vie ! Une chose que votre richissime papounet n’a pas dû vous apprendre, comme tant d’autres ! lança Klemens, sarcastique. Tiens, d’ailleurs, reprenons. Donc, vous avez compris ? Vous remontez la lame, et vous…
-Bon, Kraemer. Soyez un gentil garçon, et veuillez vous approcher, demanda Hadolff.
-Je ne crois pas que…
-Allons, allons, ne nous faîtes pas perdre notre temps ! Nous sommes attendus, alors hâtez vous !
-Je crois qu’il serait préférable que nous rejoignions Son Excellence…

Le sorcier blanc se cabra, les yeux révulsés. Tendant son bâton d’ivoire, il prit une voix grave.

-Je ne le répéterai pas, Kraemer.



Hadolff Streuner, Magister du Collège Lumineux

Le jeune officier s’exécuta sur le champ.

-Oh.
-Ah, vous voyez ?
-Oui, je confirme. Faut vous raser, Kraemer. Et fissa !
-Mais…
-Tutut, pas de mais. Lame, eau, miroir, et magnez-vous. Dieter, vous l’assistez ?
-Et puis quoi encore ?
-Un sourire ! Et je dois m’entretenir avec ce bon capitaine zu Hoschleswigl. Vous voulez bien, dites ?

Avant que Dieter Würmshoff ait eu le temps de l’envoyer balader, Hadolff Streuner avait déjà pris Klemens par l’épaule, pour l’entrainer plus loin.

Curieusement, si le couloir était bien plongé dans l’obscurité, le visage du hiérophant luisait, comme si quelque lueur l’habitait de l’intérieur.

-Vous vouliez me dire, ami sorcier à l’œil observateur que j’approuve ?
-Cher Klemens… je voulais vous demander, comment se porte vos affaires ?
-J’ai exécuté avec brio les ordres de Ludenhof, les bûchers sont installés, et mes hommes se tiennent prêts sur le mur sud. Cela aurait pu être pire. M’enfin, j’ai quand même réussi à honorer quelques autochtones… wennh sie sehen was ich meine… conclut Klemens par un clin d’œil complice.
-Très bien, c’est très bien… et dites-moi encore, vous vous êtes rendu à Altdorf, dernièrement ?
-Euh oui. Mais vous le savez, nous avons fait la route de la capitale jusqu’à Wurtbad ensemble. Et nous n’avons pas manqué de célébrer !
-Absolument. Cependant… auriez-vous également honoré des « autochtones » dans le Reikland ?
-Je ne saurai mentir à un Magister de Hich !
-« Hysch ».
-Hisch, voilà. « Hisch bin ein Stirlander ». Mais vous savez bien qu’Altdorf est une ville dangereuse pour moi… ses musées, ses théâtres, ses opéras, ses…
-… riches demeures ? lança Hadolff, bras croisés.
-C'est-à-dire… lesquelles ?
-Celles de vos amis, j’entends. Celle de mon père, par exemple.
-Aaaaaah… oui, je me souviens y avoir passé quelques nuits…
-Même tout un mois.
-Une mensualité, pour être exact, oui.
-Et vous n’auriez pas honoré… sur place ?
-Moi ?! Noooon ! Non, non, non… enfin… si. Mais votre père n’en a rien su ? s’inquiéta Klemens, guettant Ehrwig et Dieter, espérant qu’ils en avaient fini.
-Ne vous en faîtes pas. Il n’en sait rien. Ma sœur en revanche… ajouta le sorcier, faisant briller ses yeux d’une lumière vive.
-Hoooooo… Corinna m’a vu avec… Matilda ? Non, Carlott. Ah, si ! Je sais ! Amilda ! Coquine, ces Bretoniennes alors…
-Corinna est enceinte.
-Gnéh ?!
-Précisément.
-Mais euh… qui est l’heureux… père ?
-Hum, vous le niez ? commença à s’énerver Hadolff, se faisant menaçant.

Klemens recula. Ehrwig en avait terminé, et se tenait prêt aux côtés du sorcier d’Améthyste pour rejoindre la réunion. Mais il ne serait pas facile pour lui de se débarrasser de l’encombrant magicien de la lumière…

-Je vais vous dire Hadolff… je suis le plus heureux des hommes ! Je vais rejoindre votre famille ! Je comptais justement écrire à Corinna pour la demander en épousailles ! fit zu Hochschleswigl, se forçant à sourire du mieux qu’il pouvait.

Le hiérophant leva la main, et le couloir fut alors inondé de lumière. Klemens et Ehrwig n’eut d’autres choix que de se jeter à terre, leurs mains sur les yeux, tandis que Dieter semblait tout aussi impassible. Saisissant l’officier par le col, il le força à le regarder dans les yeux.

-Je vais vous dire Klemens… la perspective que nous devenions beaux-frères m’enchante. Mais je connais vos habitudes. Et si par malheur, votre phallus d’Asorborn a eut une mauvaise fréquentation en allant pêcher dans quelque marais putrides de cette région, et que vous en aviez récolté une affliction qui s’en serait allé chez ma précieuse sœur…
-Non, non ! Je prends toujours soin de…

Le capitaine n’eut pas le temps de finir sa phrase. Il fut projeté au bout du couloir, glissant sur le sol, comme pour mieux le nettoyer. L’officier termina son trajet en percutant un tas de tapis, qui attendaient encore d’être rangés dans les caves.

-Eh ! Hochschleswigl, ‘pas bientôt fini d’astiquer le par terre ?
Joseff Rodörfy venait de les rejoindre. Sa face de molosse scruta la scène, et se frotta lentement le menton, perplexe. Il avait toujours vu les gens intelligents faire cette mimique.

-‘foutez quoi ?
-Nous y allons ? lança Hadolff, se dirigeant vers l’escalier. Oh, ça vous va nettement mieux, jeune Kraemer ! Un véritable Stirlander !
-Ah… oui… je crois que je me suis coupé…
-Tant mieux ! Bon signe avant une bataille ! On ne pouvait décemment pas vous laisser aller voir Son Excellence avec… tout… ce merdier que vous aviez sous les narines.
-Si vous pensez que c’est mieux… c’est que ce doit l’être…

Les deux hommes montèrent ainsi les marches, tandis que Dieter leva mollement les mains devant Rodörfy. Ce ne serait pas à lui d’aller chercher zu Hochschleswigl.
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Arken
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 15 Aoû 2014 - 20:56

Scène tout à fait géniale ! Ce mélange de réplique de jargon nous plonge en plein dans l'histoire, et tu arrives à tisser des liens entre les persos en quelques lignes !
Je me suis régalée !  Clap 

La suite !  Very Happy 

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Von Essen
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 15 Aoû 2014 - 21:25

Raaah, le mystère quant à l'arrivée du répurgateur reste entier ! Ich bin contrarié !  lol 

Hmm... Des liens se tissent entre les personnages... Je sens qu'on se rapproche du paroxysme de cette histoire  Shifty 

La suite !  Clap 

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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mar 19 Aoû 2014 - 21:01

Le Stirmarshall, bras croisés, étudiait les innombrables cartes répandues sur l’immense table, qui servait autrefois aux convives du comte. Pourtant, c’était inutile. Toutes, il les connaissait par cœur. Mais il avait besoin de fixer son regard, afin de laisser libre court à sa réflexion.

L’ennemi arriverait dans moins de cinq heures. Ludenhof avait mis en place ses pions, l’échiquier était complet, mais seulement de son côté. Il ignorait pratiquement tout de son adversaire. Certes, il avait déjà combattu et il avait déjà vaincu les forces de la Sylvanie, mais ce n’était pas là son ennemi.

Non, ça, c’était l’adversaire de son armée.
Lui, il avait un général à abattre.

Le Prince avait amassé toutes les connaissances qui soient sur les vampires. Il savait quelles étaient leurs habitudes, leurs aptitudes, leurs savoirs, leurs ambitions, et même leurs pouvoirs. Il y avait quelque chose de plaisant à les affronter. Sans être jamais totalement différents l’un de l’autre, les vampires avaient leurs particularités, même au sein d’une lignée. Il plaignait ses homologues du Nordland ou de l’Hochland, qui n’avaient qu’à affronter un énième chef de guerre, identique au précédent et à l’image de son successeur. Le Commandant Suprême avait déjà eu à affronter des orcs. Il en avait retiré un grand ennui.

Non, les vampires, eux, constituaient un véritable défi.
Qui plus est, un défi plutôt rare. Depuis qu’il avait revêtu l’uniforme, Anton Ludenhof n’avait pu en combattre que trois.
Le premier était un de ces stryges, une horrible créature qui semait alors la terreur sur les routes occidentales du Stirland. Il n’était que jeune lieutenant lorsqu’il avait vu un prêtre-guerrier mettre un terme définitif à son existence.
Le second était un nécrarque. Cette fois-ci, Anton dirigeait le contingent qui fut chargé de le déloger. Escortant Dieter Würmshoff, qui n’était alors qu’un jeune sorcier améthyste, mais pourtant déjà prometteur, ils parvinrent ensemble à détruire ce monstre.
Le troisième, c’était un von Carstein. Ces aristocrates dégénérés, consanguins et arrivistes, qui se plaisaient à reconstituer une Sylvanie indépendante, et même à la tête de l’Empire. Celui-là, ce Gustav von Carstein, il l’avait lui-même abattu.

Qu’ils soient à ce point déterminés,
Qu’ils soient à ce point acharnés,
Qu’ils soient à ce point ambitieux…

Anton Ludenhof se reconnaissait en eux. Et curieusement, s’il se plaisait à demeurer bien vivant, et à se battre du côté de la lumière, qui seule pouvait lui apporter la gloire à la hauteur de ses prétentions, il ne pouvait pas s’empêcher de les considérer comme des adversaires dignes de son talent.

Ils avaient des vus sur l’Empire. Ça tombait bien, lui aussi.
Seulement, le destin les avait séparés. Et s’il ne devait y avoir qu’un seul vainqueur, nul doute que ce serait le Stirmarshall qui l’emporterait.

-Et toi, tu n’es pas foutu de me dire qui dirige cette armée… siffla Anton à l’endroit de Cölestin Denhöf.

L’espion se tenait tout près. Assis sur le rebord d’une fenêtre, il se curait les ongles. Il savait que cela agaçait le Prince. Mais il pouvait se permettre beaucoup de choses envers lui.

-Désolé Anton, moi et mes gars, on n’infiltre pas les régiments de morts-vivants.
-Je te paye pour surveiller les manoirs de la Sylvanie. Tu n’as aucun nom à me donner ?
-Des noms ? Si, j’en ai plein. Mais avec ces saloperies, on ne sait jamais quand elles comptent se réveiller. Je suppose que je n’ai pas les connaissances pour ça.

Le Stirmarshall se retourna. Fermant les yeux, il chuchota à son assassin personnel :

-Est-ce qu’il s’agit de Mannfred von Carstein ?

Au vu de la gravité de la question, Cölestin arrêta un instant de se nettoyer les ongles.

-Non.
-Bon, c’est déjà ça, répondit Anton en soupirant.
-‘fin, je ne pense pas.

Le Commandant bouillonnait de rage. Contenant sa colère, il se rapprocha de Cölestin.

-Je veux savoir qui est à la tête de cette armée. Et tu vas m’apporter son nom.
-Et comment est-ce que je ferai ça ? Je prends le premier étalon venu, et je file vers l’Est ?
-Tu sais ce qui accompagne chaque lignée. Fais preuve de déduction.
-Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Tu as la smala habituelle qui se pointe. Ça va du loup moisi à la goule décérébrée, en passant par le zombie de service.

Anton soupira à nouveau.
Cölestin se leva, et le prit par les épaules.

-Tu me fais quoi là ? Tu sais comment les battre, non ?
-Tu crois que c’est ça, l’enjeu ? répliqua Ludenhof, dévisageant son serviteur.
-Oh, tu me fais ta mine par orgueil ? Eh bien, cher demi-frère, va donc demander à ton cher inquisiteur s’il n’a pas quelques anecdotes croustillantes à te narrer. Moi, je m’en retourne à mes ong…

La porte s’ouvrit.
Aloïs von Rinauer entra.

Le capitaine des régiments de Marburg et de Siegfriedhof se mit au garde à vous.

-Repos. La prochaine fois, veuillez frapper. Vous êtes ponctuel, constata Anton Ludenhof.
-Je suis à vos ordres, Commandant Suprême.
-Une qualité que j’apprécie chez vous, von Rinauer. Approchez. Faîtes moi votre rapport.
-En privé ? suggéra l’officier, désignant d’un regard désapprobateur la présence de Denhöf.
-Oh ? Dois-je disposer ?
-Non, reste. Vous pouvez parler.
-Votre Excellence, avec votre autorisation, j’aimerais dire ce que j’ai à dire devant l’ensemble des officiers. Ça les concerne tous.
-Hum ? Je crois que c’est à moi d’en juger, vous ne pensez pas ? répondit le Stirmarshall, surpris de l’attitude de son subordonné.
-Comme il vous plaira.

On toqua à la porte.

-Entrez.

Meltburg, Kraemer, zu Hochschleswigl, Rodörfy, Streuner et Würmshoff saluèrent le Commandant Suprême.

-Ehrwig, vous avez une mine superbe. Je ferai à votre part du talent que vous avez à disposer des civils, complimenta Anton, leur indiquant de prendre place le long de la table.

Swen Meltburg hésita entre sourire au jeune officier, voulant l’encourager à persévérer malgré les hésitations qui l’habitaient, mais il savait aussi que sa mission lui était à l’origine destinée. Ludenhof hocha la tête en sa direction. Swen avait bien fait de déléguer. Il avait encore mieux fait de déléguer à la bonne personne. S’offrant un instant de satisfaction, il fut rapidement désenchanté. Aloïs von Rinauer venait de s’installer à côté de lui.

-J’en conclus, Votre Excellence, que mes… rapports vous ont bien été transmis… suppose Ehrwig, gêné de la circonstance.
-Oui… sûrement. Ce doit être quelque part dans le tas. Dort, répondit le Prince en désignant une pile de documents.

Faisant face à ses officiers et aux deux sorciers, et sans tenir compte de la présence de son espion, qui s’en était retourné se curer les ongles, Ludenhof, restant debout, prit un ton plus solennel.

-Je suis content de vous voir Dieter. La présence d’un sorcier de votre compétence ne manquera pas de nous être utile. Cela vaut également pour vous, Magister Streuner. Transmettez mes remerciements au Collège Lumineux de vous avoir dépêché auprès de nous.
-Il n’y a jamais eu de souci entre nous, Anton, vous pouvez compter sur moi.
-Votre Excellence, je prends soin d’apporter la précision que je suis ici de mon propre chef. J’accompagnais seulement mon ami Klemens ici présent à Wurtbad, quand tout ceci a débuté. Bien que je ne sois pas un officier, attendez-vous à voir en moi un homme loyal, répondit Hadolff, adressant un signe à zu Hochschleswigl, tout en désignant Ehrwig.
-Alors, je vous remercie d’autant plus chaleureusement. Quant à vous messieurs, vous savez ce que j’attends de vous. Vous savez que l’ennemi a été aperçu, il y a maintenant quatre heures, à proximité de Neuheim. Vous en déduisez, Meltburg ?
-J’en déduis, Votre Excellence qu’il sera sur nous d’ici six heures, sept… « tout au plus », s’exécuta le Fürst, surpris lui-même d’avoir eu cette répartie.
-Tout est dit pour les préliminaires. Vous confirmez, Hochschleswigl ? lança Anton, à la fois cassant, sarcastique et curieusement complice.
-Absolument. Pour ma part, vos ordres ont été exécutés. Je ne doute pas ici que mes camarades aient fait de même. Mais je vois que mon homologue de Marburg cherche à s’exprimer…
-Ah oui, vous teniez à parler devant tous les concernés. Je vous en prie.
-Messi…
-Levez-vous.

Lentement, et faisant reculer bruyamment son siège, sous le regard désapprobateur de Meltburg, Aloïs se redressa.

-Messieurs, je souhaite attirer votre attention sur un péril qui menace notre survie à tous. Jusque là, cette tâche a été confiée à un gamin inexpérimenté. Je parle ici de la question des civils.

Kraemer rougit. Il cacha son visage sous les lignes de colonnes qu’il avait apporté.

-Lors d’un siège, la menace principale ne vient pas de l’extérieur. L’ennemi est dans nos murs. Dès les premières heures de l’assaut, les civils ne manqueront pas de céder à la panique, de paralyser nos lignes et nos communications, hurlant pour satisfaire des besoins insignifiants, et se moquant de toute hiérarchie militaire. Je vous le dis, Votre Excellence, la survie de Leicheberg implique que nous prenions les devants !

Un silence s’ensuivit.
Rodörfy lâcha un rot.

-‘y connaissez quoi en siège ?
-J’étais à Middenheim, trou du cul, répliqua Aloïs, furieux d’un tel manque de respect.
-‘nous intéresse pas ta vie… et mon trou du cul est un peu plus bas, t’veux l’sentir ?
-Il suffit, messieurs. Je prends note de vos remarques, capitaine von Rinauer. Cependant, des mesures ont été prises. Conformément à mes ordres, le capitaine Kraemer a mis en sûreté les civils. Les hommes du comte Peter von Stople seront chargés du maintien de l’ordre public durant le siège.
-Vergessen Sie mich, Votre Excellence, mais où se trouve le comte en ce moment même ? demanda Meltburg, curieux.
-Je ne l’ai pas convié à cette réunion. C’est un civil. Je lui ai donné pour consigne d’organiser les patrouilles. Vous voilà satisfait, von Rinauer ?
-Nullement, Commandant Suprême. Sauf votre respect, ces mesures ne suffiront pas.
-Je me permets d’intervenir. Les propos du capitaine sont scandaleux. Je l’ai vu agir, j’ai vu ce qu’il avait fait au soldat Markus Lied. Au cas où vous l’ignoreriez, notre mission est de servir et de protéger le peuple ! lança Swen, gardant en souvenir l’état malheureux du pauvre éclaireur.
-Qui est ce Markus Lied ? demanda Hadolff, innocemment.
-Markus Lied est un éclaireur qui nous a annoncé que l’ennemi avait passé Neuheim. Il a rajouté dans son rapport qu’il avait constaté que des corps sans vie marchaient contre nous…
-… et ce sans porter les stigmates d’une quelconque lutte, conclut Ludenhof. Je suis heureux de voir tous deux vous me confirmiez la teneur de ces informations. Nous reparlerons tous les deux, von Rinauer, de ce que vous avez fait à l’encontre d’un de mes soldats. Revenons-en à la question des civils. Je vous demande de considérer les propos du capitaine.

On frappa à nouveau à la porte.
Vilnius Schmirlër, ayant revêtu son armure, se présenta.

-Ah, mon père, vous êtes venu… ?
-Je… c’est une réunion militaire ? demanda-t-il, perplexe.
-Wie Sie sehen.
-Je croyais qu’un membre de l’Inquis…
-Il est à côté. Prenez place, vous allez nous être utile finalement. Nous parlions des civils.
-Un… inquisiteur… ? chuchota Dieter, en direction d’Anton.
-Reconcentrons nous. Les civils, messieurs. Que craignez-vous exactement, von Rinauer ?
-Le pillage.
-Et à supposer que le péril existe, comment l’empêcherions nous ? interrogea Klemens, haussant les épaules.
-Bien. On l’empêch… l’empêcheri… ons… "bien", répondit Rodörfy, en riant.
-Nous  devons neutraliser les voleurs connus, ajouta Aloïs. Mais ça ne suffira pas, car les oies blanches finissent toujours par se révolter contre leurs maîtres, conclut-t-il, en dévisageant Meltburg du regard.
-Donc, il faut faire un exemple ?
-On ne va pas exécuter à tout va ! Nous perdrions le soutien de la population, et je vous rappelle qu’une part non négligeable de nos forces est constituée de natifs de la région ! s’exclama Swen, implorant son mentor de mettre fin au débat.

Anton Ludenhof réfléchissait.
Ce que disait von Rinauer n’était pas inexact. Cependant Meltburg n’avait pas tort non plus, même si ce n’était pas pour les bonnes raisons.

Le Stirmarshall ne pouvait pas se permettre de passer pour un bourreau. Politiquement, c’était inacceptable. Toutefois, il fallait bien faire un exemple.

Dissuader toute tentative de céder au vol et au pillage… sans perdre le soutien de la population. Non, mieux, tout en ayant son soutien. Quand Anton se pensait dans une impasse, il recherchait toujours la solution la plus ambitieuse.

-Kraemer… vous avez les recensements de la population ? demanda-t-il au jeune officier, qui n’osait pas parler après ce qu’Aloïs avait dit de lui.
-Oui… j’ai tout amené ici…
-Aurions-nous, par le plus des hasards, quelques ressortissants du Mootland sur place ?
-Euuuh… j’en ai vu quelques uns. Peut être trois ou quatre, répondit Ehrwig, surpris de la question, mais cherchant dans ses papiers la confirmation de ses propos.
-Qu’est-ce que des halflings viendraient faire par ici ? demanda le Magister, perplexe.
-Si, c’est possible. Certains cherchent à se rendre dans à Talabheim, et l’orée de la Sylvanie leur est plus hospitalière que le Stirland occidental, répondit calmement Klemens.
-Moi, ‘en ai vu quelques uns ici, ‘pour sûr.
-Je confirme, Votre Excellence, j’ai six halflings dans mes registres.

Le Stirmarshall se retourna vers Aloïs.

-Trouvez-les. Pendez-les. Brûlez-lez. Vous n’aurez pas de mal à trouver un prétexte. Je vous sens très imaginatif en la matière.
-Alsh Sie befëhlen, Stirmarshall.
-Mais… Commandant Suprême… ? ne put que dire Ehrwig, bouche bée, tandis que Swen se retenait à son tour de protester.
-C’est un excellent compromis. En outre, je ne pense pas que des halflings survivront au milieu de la tension d’un siège, surtout en cas de rationnement. Faîtes ce que je vous commande, Aloïs.
-Alors, continuons dans la lignée. Séparons les mères des enfants, suggéra Vilnius, et confions-les aux hommes de l’Église.
-Les mères risquent de ne pas apprécier… lança Klemens, prenant des mains d’Ehrwig un rapport de recensement.
-Si c’était des soldats qui s’en chargeaient, je pense que vous auriez raison. Pas si ce sont des moines.
-Oh, doch. J’en connais des moines qui font des bêtises…
-Ce n’est pas une mauvaise idée. Les hommes mobilisés tiendront le front, sachant que leur famille seront placés sous notre protection, sans qu’ils ne puissent savoir où, remarqua Anton, reconnaissant envers le prêtre. Vous vous en chargerez, mon père ?
-Freilich… et j’y veillerai même personnellement.
-Et pour ce qui est des stocks, je présume que vous avez fait ce qu’il fallait, Rodörfy ?
-Ich hab’ alles darunter mitbringen…
-Pardonnez-moi, il y en a ici qui ne maîtrise que très mal le dialecte du Stirland… glissa Hadolff, toujours attentif à une discussion dont il n’était qu’auxiliaire.
-Il a dit qu’il avait tout emporté en bas, comprends dans les souterrains, lui chuchota Klemens, visiblement peu rancunier.
-Parfait. Pour le moment, il est toujours prévu que Wurtbad nous fasse parvenir des vivres par voie fluviale. Vous mettre quelques hommes de confiance à disposition pour ce faire ?
-Sofort, répondit Joseff, en se levant brusquement.
-Restez ! Es ist nicht beendet !

Le capitaine olfactif se rassit. Bruyamment.

-‘est pas passé loin d’y rester, arme kleine Stühle… constata Klemens, avant de redevenir tout d’un coup sérieux. Votre Excellence, avons-nous des nouvelles de la part de nos alliés d’au-delà du Stir ?
-J’ignorais que l’on en avait… grommela Aloïs, fixant le plafond.
-Rien de plus que ce que je vous ai dit ce matin même. C’est regrettable, mais je pense que s’ils doivent arriver, ce sera l’armée du Talabecland en tête, répondit Ludenhof, en soupirant.
-Qui mène ces hommes ? demanda Swen au groupe. Leur Comte-Electeur est toujours porté disparu, non ?
-Comme vous dites, lui répondit von Rinauer, toujours d’aussi bonne humeur.
-J’ignore s’il s’agissait d’une mauvaise farce, mais ce serait la comtesse.
-Pardon ? Kreiglitz-Untern ?! s’exclama Aloïs, se levant de la table. Cette salope ?!
-Eh là !
-Euh oui, doucement…
-‘va pas la fermer sa gueule lui…
-Allons, rasseyez vous… sa présence n’est qu’hypothétique, et son implication dans la disparation de Helmut Feuerbach l’est tout autant, précisa Hadolff Streuner, d’une voix calme et posée.
-Et pour ce qui est de l’Averland et du Reikland… glissa doucement Ehrwig.
-Son Excellence vient de nous dire que nous n’avions pas de nouvelles supplémentaires depuis la réunion de ce matin ! Kannst du nicht zuhören ? lui balança Klemens, trop heureux de le voir à nouveau s’efforcer de trouver quelque chose à distinguer dans ses papiers.

Anton Ludenhof fit signe à Aloïs de se rasseoir, ce qu’il fit. Se penchant sur la carte de la cité, il s’apprêta à poursuivre lorsque la porte s’ouvrit avec fracas.

-Ah, vous êtes là !
-Peter… quelle joie…

Le comte de Leicheberg avait revêtu son armure noire laquée, et arborait fièrement une cape de fourrure blanche. Peut-être provenait-elle d’un loup du Middenland, mais Ludenhof connaissait que trop bien l’état déplorable de ses finances, et pensait plutôt à un animal moins prestigieux. On disait que le Hochland abritait des spécimens intéressants de blaireaux albinos.

Peter von Stople était un homme âgé, de petite taille, et qui n’avait pas le physique d’un combattant. Il avait tout du politicien raté, qui avait été envoyé ici pour l’obtention de ce titre. Il n’était pas donc l’héritier de la citadelle, seulement le quatrième fils d’une cousine du Graf de Wurtbad.

Pourtant, il n’était pas inutile. Loin s’en faut. Passionné d’astronomie et d’ingénierie, s’il n’avait rien à faire au sein d’une place force, ses connaissances égalaient largement celles des savants de Nuln. Il aurait un auxiliaire de premier choix, s’il ne tentait pas désespérément de faire valoir ses atouts aristocratiques.

-Vous vous réunissez sans moi ?
-C’est une réunion militaire. Vous avez fini d’exécuter mes instructions quant aux civils ?
-Vous-voulez dire mes gens ? répliqua le comte, toisant le Stirmarshall. Je suis heureux de voir que mon palais vous sied. Si je puis vous être d’une quelconque utilité, Eure Excellenz, n’hésitez surtout pas… echt… siffla le comte, avant de s’incliner et de repartir en claquant violemment la porte.

Un silence s’ensuivit dans la pièce.

-Il ne serait pas judicieux de se mettre à dos le comte… suggéré Haldolff, guettant la réaction des officiers.
-Von Stople ignore où est sa place, répondit Aloïs, visiblement toujours contrarié.
-Ce n’est pas un problème. Je sais comment m’y prendre avec lui. Messieurs, poursuivons. Nous disposons moins de vingt-cinq mille hommes, à nous de les repartir. Je vous rappelle qu’outre les garnisons présentes sur les murs de la citadelle, j’entends assurer un maintien de l’ordre, aussi bien dans la cité auprès des civils que dans les souterrains. Meltburg, j’écoute vos suggestions.

Le Fürst sut qu'il tenait là une occasion de mériter ses galons.
-Votre Excellence, je propose de confier à chaque capitaine ici le commandement de cinq milles engagés, à charge pour eux d’en assurer un roulement adéquat. Par défaut, je suggérerai de disposer initialement de la moitié des forces, afin que l’autre se repose, et se tienne prêt à combler toute brèche. Ce qui nous fait donc vingt mille hommes. Le reste doit être mobilisé pour les tâches subsidiaires, je pense évidemment aux civils et à la surveillance des souterrains, mais j’entends également la mise au point de dispositifs propres à prévenir tout départ d’incendie, ainsi que du contrôle exact du rationnement alimentaire. En outre, je sais que vous tenez, Votre Excellence, à voir une force chargée de… le Fürst s’arrêta, la mine embarrassée. De prévenir tout risque nécromantique.

Rodörfy n'eut pas l'air de comprendre.
-T’veux dire quoi, Swen ?
-Les corps que nous abattront et que l’ennemi abattra ne manqueront pas de le rejoindre. Nous devons les brûler afin de mettre à mal toute entreprise arcanique…
-Aaaah… ouais ben dis le.
-Et comment le dire mieux ? lança Klemens, agacé de la grossièreté de Rodörfy.
-« Bien ».
-Gros malin…
-Je souscris à vos suggestions, Meltburg. Je confirme mon intention de vous confier le mur Est. Vous connaissez les risques qui y sont inhérents. Kraemer, le mur Nord. Zu Hochschleswigl, le mur Ouest. Von Rinauer, vous prendrez le Sud. Rodörfy, je vous charge des souterrains. Ce ne sera pas une tâche facile, mais je sais que vous vous en acquitterez. Père Vilnius, puis-je vous demander d’épauler von Stople auprès des civils ? Je crois que nous partageons la même appréhension du personnage…
-D’autant qu’il ne s’en occupera pas. Il trouvera un prétexte pour se rendre utile... en sécurité.
-Vous pensez ?
-Je crois qu’il vous demandera de lui confier la charge du train d’artillerie.
-Nous ne comptons qu’une vingtaine de pièces… m’enfin, oui, vous avez raison. Je veux la satisfaction de tous, c’est la meilleure façon de maintenir un minimum de cohérences dans nos actions. Vous êtes appréciés de la population, vous êtes l’homme de la situation. Je ne me trompe pas ?
-Le serviteur de Sigmar, et je crois, mon fils, que je peux remplir mon office sous votre commandement, répondit Vilnius, confiant.
-Quant à vous messieurs, je ne peux pas décemment vous commander, reprit le Stirmarshall, s’adressant aux sorciers.
-Demandez-moi, Anton, je m’emploie à vous épauler, répondit Dieter, attentif.
-Faîtes moi part de vos recommandations, ajouta Hadolff, s’enfonçant dans son siège.
-Je n’ai pas pour habitude d’influer les décisions des sapiteurs. Des hommes de votre savoir savent mieux que moi où se trouve leur utilité. Mais je pense que le mur Est sera le plus exposé, et je crois que Meltburg ne regrettera pas votre aide.
-Assurément pas.
-Ça me va.
-Puis-je vous demander en ce cas le commandement d’une troupe, même réduite ? demanda Streuner, curieusement plus sérieux que d’ordinaire.
-Il est impensable que je laisse des sorciers de votre compétence sans protection. Tous deux, vous bénéficierez de mes meilleurs joueurs d’épées, membres de la garde écarlate. Ils vous suivront où que vous irez. Cela vous convient-il ? répondit Ludenhof, faisant craquer ses doigts.
-Je pense que oui.
-Je vous remercie, Anton. Mais n’hésitez pas à les reprendre, si le besoin s’en fait sentir.
-Très bien. Pour le reste, cet endroit demeurera le siège du commandement. Je profiterai des différentes ouvertures du donjon pour superviser les opérations. Les estafettes que j’emploierai porteront des plumes bleues.
-Bleues ?
-Une couleur inhabituelle dans nos troupes. Je l’entends bien ainsi. Ne recevez aucune instruction de ceux qui n’en porteront pas, c’est bien compris ?

Tous acquiescèrent.

-Bien. Maintenant, je dois vous entretenir d’un sujet… singulier. Cölestin, va le chercher, ordonna Anton à son spadassin.



Denhöf s’était rendu pratiquement invisible durant toute la discussion. Beaucoup de ceux qui étaient là furent à nouveau surpris de sa présence. Sans répondre, mais signifiant sa désapprobation à être traité comme un domestique, il s’exécuta.

-Chercher qui… ?
-Ce fameux inquisiteur ? demanda Klemens, attentif.
-Celui-là même qui m’a fait appeler, appuya Vilnius, la mine grave.

Anton Ludenhof poussa un soupir, puis indiqua à Meltburg de le rejoindre, afin de lui dire un mot en privé. Les deux hommes se retrouvèrent dans un coin de la pièce, sous les regards déplacés des autres.

-Vous vous débrouillez un peu mieux, Swen. C’est bien, encouragea le Stirmarshall, appuyant ses mots d’un regard profond.
-Je m’emploie à honorer la confiance que vous avez placée en moi.
-Et que je place toujours. C’est pourquoi vous devez savoir qui est cet inquisiteur.
-Je vous écoute… répondit le Fürst, se rapprochant un peu plus.
-Il s’agit de Johann… de Johann Meltburg.

Swen écarquilla les yeux. Secouant sa tête, il ne revenait pas de ce que le Stirmarshall venait de lui dire.

Son frère.
Il n’avait presque pas de souvenirs de lui. Ils avaient été séparés trop jeunes, suite au décès de leur père. Swen n’avait appris que bien plus tard la voie qu’avait entrepris Johann, mais il n’entendait pratiquement jamais parler de lui. Quoi de plus normal. Les inquisiteurs n’étaient réputés qu’en qualité de membre d’un ordre qui parlait pour eux, leurs gestes personnels ne comptaient pas.

Cölestin referma la porte.
Johann Meltburg était ici.

Son visage était presque dissimulé derrière un chapeau de cuir à large bord, caractéristique de sa profession. Revêtu d’un grand manteau de cuir brun, il ne laissait apparaître de sa figure que des mèches blondes et un regard émeraude, perçant, menaçant, inquisiteur. Le même regard que leur mère.

S’il se tourna vers Ludenhof, lui montrant deux petits livres qu’il rangea dans sa veste, il n’adressa aucun signe envers son frère. Savait-il seulement qui était le Fürst, sinon la Main du Prince ?

-Commandant Suprême… je vous emprunte ces ouvrages de votre collection personnelle. Vous me verriez obligé si vous preniez soin de la placer sous scellé.

Sa voix était un murmure. Ou bien était-ce seulement ses mots qui venaient s’insinuer dans l’esprit de chacun. Sa présence avait terni l’atmosphère. Même von Rinauer s’était assagi.

-C’est nous qui sommes vos obligés, frère inquisiteur. Je vous remercie d’être venu ici. Votre réputation vous a précédé, et…
-Ma réputation ? J’ignorais que j’en avais une, répondit-il, en ayant l’air de s’en moquer.

Swen essaya de lui parler, mais n’en eut pas le temps.

-Une épée à deux mains, deux épées courtes, trois poignards, quatre pistolets, et une dizaine de couteaux de lancer.
-Je vous demande pardon ?
-La liste de l’équipement que vous allez me fournir, termina Johann Meltburg, en ajustant le col de sa veste. Il se trouve que j’ai dû tout abandonner pour traverser le Stir. Oui, j’arrive tout droit de l’Ostermark.

Un silence s’installa.

Ludenhof n’appréciait guère l’attitude de cet inquisiteur, mais précisément, il en était un. Il savait qu’il ne pouvait aller contre sa volonté. Indirectement, Meltburg représentait ici la volonté impériale. Il n’y avait rien à dire.

-Je crois que je viens de capter votre attention. Je ne suis pas venu pour vous aider. Voilà plusieurs années que je traque un monstre, et je crois l’avoir enfin trouvé. Je requière votre assistance, Stirmarshall, déclara Johann, d’un ton qui ne laissait place à aucune contestation.
-Mon assistance ? Maître inquisiteur, vous n’ignorez pas l’état de nos ressources.
-Vous n’ignorez pas que le Stirland est soumis à l’autorité de l’Église… ? répliqua le répurgateur, menaçant. Bon. Je vais aussi avoir besoin d’un rapide coursier. Je ne pense pas trop vous en demander ?
-C’est assurément faisable. Mais… est-ce que votre affaire concernerait, de près comme de loin, ce que nous nous apprêtons à affronter ? demanda Ludenhof, prudent.
-Je vais même aller plus loin. Je crois que c’en en est la cause.
Un silence suivit cette révélation. Ludenhof regarda alors son second, cherchant à confirmer ce que ses oreilles avaient entendu. Cet inquisiteur connaissait donc l’identité de leur adversaire ?

-Vous savez le nom de celui qui marche contre nous… ?
-Non. Et je suis pratiquement certain qu’il ne marche plus. Je m’en suis assuré personnellement. Mais ce que je peux vous dire, c’est que si cette armée avance sur l’Empire, c’est essentiellement en raison de ses pouvoirs. Et je compte bien mettre un terme définitif à son existence.
-Vous aurez alors besoin de bien plus que d’un coursier… murmura von Rinauer.
-Cela me suffira.
-Permettez-moi d’insister. Si cet individu possède une telle influence sur l’armée qui se prépare à nous assiéger, je ne peux pas manquer pareille opportunité. Je peux vous dépêcher un régiment entier pour vous épauler, proposa Ludenhof, ne voulant aucunement perdre cette chance.

Johann se contenta de se désigner.

-Voilà mon régiment. Je vous ai demandé de l’équipement et un coursier. Cela complétera le souper que vous m’avez servi et les excellentes lectures que je vous emprunte. Même si ma cible appartient toujours à ce monde…
-Ce n’est donc pas un vampire que vous traquez…
-Cela suffit. Trouvez-moi ce coursier, et repentez vous. Repentez vous tous. Mon père, j’aimerais me confesser, suivez moi.

Suivant les pas de l’inquisiteur, Vilnius se retira.
Le Fürst n’en revenait pas. Son frère ne l’avait pas reconnu. En même temps, si Ludenhof ne lui avait pas donné son identité, il aurait sûrement eu dû mal à savoir le lien qu’il partageait avec lui.

-Swen… je ne laisserai pas passer cette chance. Allez me convaincre ce foutu répurgateur. Vite.

Le Stirmarshall venait à nouveau de l’appeler par son prénom.
Mais il s'empressa d'adresser un signe discret à Cölestin. Qu'il les suive. Tous les deux.

-Von Rinauer. Maintenant, nous allons parler de ce que vous avez fait à Lied...

***
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Von Essen
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 20 Aoû 2014 - 0:07

Wunderbar ! Fantastisch ! Les personnages commencent un peu à faire foule tous ensemble, mais l'histoire continue à être menée d'une main de chef d'orchestre ! Tout ce qui me tarde maintenant, c'est de voir ce repurgateur à l'oeuvre. De l'action, que diable ! De l'action !

La suite !  Clap 

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Jeu 21 Aoû 2014 - 21:14

Long, mais délicieux  Very Happy 

La suite, schnell !  Devil 

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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 29 Aoû 2014 - 15:15

Petite suite, pour compenser de l'énorme de la dernière fois Very Happy

***

Swen sortit précipitamment de la salle. Le Stirmarshall avait été catégorique. Et cette fois-ci, il espérait bien ne pas le décevoir. Il ne pouvait pas se le permettre, d’autant qu’il avait pu constater la baisse d’estime qu’il avait chez celui qu’il considérait comme son mentor, malgré ses propres mots. Le capitaine ne retenait qu’une chose.

Ludenhof aurait dû sanctionner sans tarder le comportement indigne d’Aloïs von Rinauer. Au lieu de cela, il avait mis cette affaire de côté. Meltburg n’ignorait pas le pragmatisme singulier du Commandant Suprême, mais il ne pouvait croire que ce caractère justifiait à lui seul un tel cynisme.

Un officier avait torturé un soldat méritant, qui avait affronté la mort elle-même par patriotisme envers sa province. Non, ce ne pouvait être que parce que c’était Swen qui avait dénoncé pareille attitude que Ludenhof n’avait pas donné suite.

Depuis le temps qu’il le secondait, le Fürst avait fini par comprendre la signification des actes du Stirmarshall. Il ne faisait jamais rien par hasard.

Désormais, tout ce que pouvait faire Swen, c’était faire face à la mission impérieuse qu’il venait de lui confier. L’armée du Stirland tenait là une chance d’assurer sa victoire. Si Johann Meltburg menait un régiment galvanisé tout droit jusqu’au nécromant, responsable du cauchemar qui allait s’abattre sur eux, la Sylvanie serait une nouvelle fois vaincue.

Mais pour cela, il fallait le convaincre.
Et pour le convaincre, il fallait le trouver.

Et où il était passé ?! Le père Vilnius ne pouvait pas aller bien vite, alors pourquoi Swen ne les voyait pas, pourquoi il ne les entendait pas ? Ils ne pouvaient pas être loin.

-Vous croyez sérieusement qu’un répurgateur ne connaît pas les moindres recoins de cette citadelle ?

Denhöf. Cölestin Denhöf.
Swen ne l’avait même pas entendu.

-C’est la porte vers la Sylvanie. Croyez moi, ces murs ont connu les affres de l’inquisition, siffla le spadassin, sarcastique.
-Vous savez où il pourrait être ?
-Qui ça ? Votre frère ?
-Répondez-moi. Denhöf.

L’espion ne répondit pas. Calmement, il descendit l’escalier, avant de prendre le premier couloir sur la gauche. Swen n’allait pas le laisser partir de la sorte. Alors qu’il s’apprêtait à insister, il entendit des bruits. C’étaient des murmures.

Pourtant, le corridor étroit dans lequel ils se trouvaient était vide. Aucune porte sur les côtés, c’était une aile qui menait sur une tour, surplombant la rue en contrebas. Mais les murmures étaient bien là.

Denhöf indiqua à Meltburg une plaque de granit au sol. Dans la pénombre, on avait bien du mal à la distinguer des autres pierres, mais en y regardant de plus près, elle était différente. Une toute petite poignée pouvait s’en retirer, et certainement la faire basculer. C’était une trappe. Comment Cölestin avait-il fait pour la découvrir ? Sûrement pas de lui-même. Un de ses informateurs avait dû lui vendre un tel secret. Même le comte von Stople devait tout en ignorer.

-Il y a une sortie à cette trappe ? murmura Swen, prudent.

Denhöf n’avait pas entendu. Il se rapprocha, et tendit l’oreille.

-Vous connaissez une sortie ?
-Il n’y en a pas. Allez attendre votre frangin plus loin. Je vais fermer l’accès de l’autre côté du couloir. Amitiés, mein Fürst.

Et Cölestin s’en alla. Tel un prince.

« Frangin » ?!

Il ne restait plus à Swen qu’à patienter. Mais dans le même temps, il ne pouvait pas attendre ici. Non, il devait seulement faciliter une « rencontre fortuite » avec son frère. Le Fürst s’en retourna donc dans l’escalier, prêt à descendre quelques marches au moment où il entendrait l’inquisiteur revenir par ici.

Le jeune Meltburg resta ainsi pendant quelques secondes. Jusqu’à entendre un son. Mais ce son venait d’en haut ! Les autres officiers descendaient, et ils allaient le trouver là… une discussion s’en suivrait forcément, et à tous les coups, Johann en profiterait pour s’éclipser.

Repartant discrètement dans le corridor, il vit néanmoins qu’il s’agissait de Klemens et de Joseff. Tous les deux avaient un pas pressé.

-Si vous me dites que deux de vos fils se trouvent parmi mes soldats, alors, nous devons les trouver au plus vite, fit zu Hochschleswigl, d’un ton curieusement préoccupé pour pareil personnage.
-Dängschee… j’veux juste leur dire quelques mots…
-Je vous amène jusqu’à mes troupes. Leurs noms ?
-Karl et Albérich.
-Oh ? Original, ça, salua ironiquement Klemens.

Swen connaissait bien l’histoire de Joseff Rodörfy. Il n’oubliait pas que c’était grâce à lui qu’il avait pu faire ses preuves en qualité d’administrateur militaire à Wurtbad. S’il n’avait été à l’origine de la nomination, ce fut néanmoins cet officier, décrié à tort, qui l’accompagna et le soutint quand le doute venait assaillir le jeune exilé qu’il était encore jusqu’il y a peu.

Depuis le début des opérations sur Leicheberg, Meltburg n’avait eu que très peu de temps pour parler avec Joseff, qu’il considérait comme un véritable ami. Il espérait seulement que ce dernier comprenait ses nouvelles responsabilités, et qu’il ne lui tiendrait pas rigueur de la distance que lui imposaient les événements.

La trappe s’ouvrit.
Maladroitement, Swen se précipita dans l’escalier. Assez peu discrètement. Ne sachant où se mettre, il chercha désespérément à paraître préoccuper. Il eut tout juste le temps de jeter de prendre deux ordres écrits qu’il avait déjà exécuté depuis l’avant-veille et de faire semblant de les lire.

-Je vous remercie, mon père…
-Vous êtes un soldat de Sigmar. Si vos actes accusent, le résultat vous excuse. Sigmar le reconnaîtra, lui répondit Vilnius Schmirler, souriant à la vue de Swen. Ah, vous voilà capitaine !
-Euh… oui. J’avais encore… euh, je viens de recevoir… ne sut que dire Meltburg, trop embarrassé.
-Isch sehe es ! s’exclama le prêtre-guerrier, souriant derrière sa barbe, et posant lourdement sa main sur l’épaule frêle de l’officier. Mes fils, je laisse les frères se retrouver…

Et il s’en alla.

« Les frères ?! »

-Je suis heureux de te voir, Swen, commença l’inquisiteur, retirant son grand chapeau.
-Je… Johann…
-Fürst auprès du Stirmarshall en personne, ça aurait sûrement déplu à père. Tu le sais ?

Swen resta silencieux. Il peinait déjà à contenir son émotion.
Johann l’avait reconnu.
Ou alors… ou alors… ce foutu prêtre avait compris !

-Mais je crois que ce que je suis moi-même devenu ne lui aurait pas plus… c’est bon de te voir, conclut le répurgateur, en ce qui devait être son meilleur sourire.
-Comment… comment as-tu rejoint les frères inquisiteurs ? Et puis… je… tu m’as manqué, Johann. Sincèrement. Maman te regrettait tout le temps à Südenburg…
-Ah bon ? Je n’ai pas du tout le souvenir de lui en avoir laissé un bon ! Et comment va-t-elle ?
-Elle… est décédée. Il y a maintenant près de trois ans, répondit Swen, gêné.
-Ah. J’aurai une pensée pour elle. Ecoute, je sais que tu voudrais me poser des tas de questions, et j’en aurais sûrement tout autant. Mais tu as entendu ce qui m’amène ici, poursuivit Johann, ajustant son chapeau, et commençant à partir.
-Attends !

Attendre quoi ?
Swen savait bien que ce n’était pas le moment des retrouvailles.
Mais ce pouvait être le moment pour autre chose. Certainement de plus important.

-Johann. J’ai à te parler, reprit le Fürst, sur un ton plus assuré. Tu vas m’écouter.
-Je te vois venir à plusieurs lieues… j’ai déjà dit non. Je traque cet enfoiré depuis trop longtemps pour m’encombrer d’un régiment. Non merci, Swen. On se verra plus tard.



Johann Meltburg, Inquisiteur de la Flamme Purificatrice.

Il continua de descendre les marches.
Sans comprendre le sentiment qui le parcourut, le capitaine se mit à courir après lui, enjambant plusieurs marches dans une agilité qu’il ne soupçonnait pas, et plaqua son frère contre le mur, le coude sur sa gorge.

-Je t’ai dit que tu allais m’écouter !
-Mais… t’as perdu la tête ?!
-Tu crois que je vais te laisser te barrer ? Encore une fois ?! Non. Là, je te dis non. J’ai gardé le souvenir d’un frère aîné qui ne pensait qu’à sa gueule et qui ignorait tout ce qui l’entourait ! Jusqu’à la maladie de maman ! Et maintenant que je te retrouve, tu vas me refaire le même coup ?! Alors que la vie de plusieurs milliers de nos hommes est en j…
-Je ne reviendrai pas sur…
-Ta gueule ! Tu ferme ta **** de gueule, tu m’as entendu ? J’en ai rien à faire que tu sois devenu un inquisiteur. L’avenir de toute une province dépend de ce que tu sais, et je ne te laisserai pas échouer !
-Eh mais… ! Tu vas plus me gêner qu’autre chose ! J’ai pas besoin d’un foutu régiment à mes chausses !

Swen recula, laissant son frère se dégager.

-T’as… t’as un peu changé, frangin…
-J’ai appris du meilleur, Johann. Tu ne veux pas d’un régiment, soit, c’est une idée complètement absurde. Tu as besoin de discrétion.
-Voilà, merci, tu m’as compris. Maintenant, si tu permets… fit le répurgateur, s’apprêtant à partir avant que Swen ne lui coupe la voie.
-Ce dont tu as besoin, c’est d’hommes de ta trempe. Discrets, mortels, efficaces.
-Rien que je ne puisse trouver dans le Stirland !
-Et si je te les trouvais ?! s’emporta à nouveau le Fürst, furieux comme jamais.

Johann s’arrêta. Un instant.

-Si tu me trouve d’ici une heure cinq gars qui répondent à mes attentes, alors j’accepterai qu’ils m’accompagnent. On va dire que je le fais autant pour toi que pour elle… la mère qui nous a tous deux enfanté, termina-t-il, froidement.
-Merci Johann. Merci, je vais te les trouver, et… on pourra célébrer nos retrouvailles, répondit Swen, souriant à cette pensée.
-Dans une heure. Devant l’église.

Johann Meltburg s’en alla sans se retourner, laissant son frère, seul, dans le grand hall du palais du comte. Sa joie se dissipa en soupir.

Trouver cinq personnes de la trempe de Johann, en si peu de temps, parmi des troupes régulières…

Ludenhof aurait sûrement une idée. Mais encore fallait-il ensuite les trouver…

-Bonsoir, mon capitaine chéri !
-Steinbrück ?!

Son second. Wolfgang Steinbrück !

-Oh, vous ! Vous vous tombez bien !
-‘sicher, ‘essaye de pas me ramasser… je venais vous faire mon rapport, mein Fürst, fit le bonhomme, en se grattant le ventre.
-Plus tard ! Vous êtes l’homme que je désirais voir le plus au monde !
-Ah ça ! Vu ce qu’il rôde dans le coin… j’peux comprendre. Dites, ‘êtes au courant de l’état de votre ami, von Rinauer ?
-Pas le tem… pardon ? Son état ?
-Oui, j’l’ai vu filer, en larmes. C’serait pas de votre fait, capitaine adoré ? soupçonna Wolfgang, dans un petit regard malicieux. S’reriez pas aller raconter la mésaventure de l’ami Lied ? Zum Zufall ?

Von Rinauer ? En larmes ?
Il devait être sorti par une des ailes du palais. Mais pourquoi aurait-il été dans un tel état ? Á moins que ce ne soit encore une farce de Steinbrück… non, il n’avait pas sa mine d’abruti blagueur habituel.

Ludenhof avait dû lui faire une sévère remontrance. Ce qui impliquait… ce qui impliquait qu’il avait tenu bonne note de ses remarques !

Essayant de dissimuler sa propre satisfaction, il attrapa la manche de Wolfgang.
-Il se peut. Mais suivez-moi maintenant ! Nous devons retrouver immédiatement Son Excellence ! Et vous allez nous être très utile ! s’exclama Swen, en entraînant son second à vivre allure dans les escaliers.
-Mais… mais qu’est-ce que… je… ?
-J’ai besoin d’un homme qui les connaît tous !

***


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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 29 Aoû 2014 - 16:17

Voila une suite qui tombe bien ! J'ai bien aimé les "retrouvailles" des deux frères, et je me demande comment le Fürst va s'en sortir cette fois ci.

La suite ! Clap

Puis-je savoir l'auteur du portrait du répurgateur ?

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 29 Aoû 2014 - 16:21

Trouvé sur le net celui-ci Sun glasses

Merci pour tout ! Love
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 30 Aoû 2014 - 20:26

Toujours aussi savoureux. Et c'est comme les desserts ! Quand c'est fini, on en redemande ! Lol !

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 30 Aoû 2014 - 23:09

Mêmes remarques que ci-dessus. C'est toujours aussi bien et on ne s'ennuie jamais avec ce récit. 
Je suis content de voir que tu as un rythme de publication plus régulier maintenant. 

Du coup, à quand la suite ?
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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 31 Oct 2014 - 12:54

J'ai trop de mal à abandonner ce récit ! J'peuuuux pas ! Tongue
Bah, et pis j'ai pas mis un an à faire la suite ! Very Happy

***

Aloïs von Rinauer marchait.

Tout autour de lui, les rues et les places étaient vides. On entendait bien, ci et là, quelques mères crier à l’enrôlement forcé de leurs fils, mais la citadelle semblait avoir réussi à contenir les caprices de la populace. Il n’y avait même plus de patrouilles.

Tout n’était plus que casernes et murailles. Il devait aussi y avoir du mouvement dans les catacombes. C’était l’affaire de cet ahuri de Rodörfy, pas la sienne.

Derrière lui, les meilleurs éléments de son régiment principal, celui de Marburg. Ils portaient toujours le blanc de la livrée de la patrouille fluviale, l’élite du Stirland. Mais ensemble, ils s’étaient aventurés bien au-delà de la grande rivière, et leur calme les rendaient presque fantomatiques.

Ces hommes connaissaient les périls de la guerre.
Alors pourquoi leur capitaine pleurait-il ?

Aloïs pleurait. Sans un sanglot, son œil valide laissait entrevoir la tristesse de son cœur. La tristesse, ou bien l’humiliation ?

Le Stirmarshall l’avait littéralement anéanti. Pourtant, il avait fait son devoir. On commande aux soldats d’agir avec obéissance et honneur. Pour von Rinauer, ces deux notions étaient bien souvent incompatibles.

Bien sûr qu’il n’était pas fier de ce qu’il avait fait. Avoir torturé cet éclaireur. Comment s’appelait-il déjà ? Lied. Markus Lied. Le doute n’était pas une éventualité. Aloïs connaissait bien les enjeux de ce siège.

Ce ciel d’obsidienne. Ce vent, tantôt léger, tantôt tempête. Et le regard de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants… et de ses hommes. Les siens. Les horreurs de Middenheim venaient le hanter. Chaque jour, il revoyait ce qu’il avait affronté sur les murs de la cité du loup blanc.

Aucun officier de l’armée du Stirland n’avait plus d’expérience que lui. Si c’était à refaire, il n’hésiterait pas. Que valait l’existence d’un éclaireur à moitié fou face à la certitude. La certitude des informations qu’il avait transmises. La perspective qu’un nécromant de la première heure soit aux côtés de celui qui menait cette armée contre Leicheberg pouvait annihiler tout espoir de l’emporter.

Les soldats pouvaient repousser les monstres de l’au-delà. Ils en avaient l’habitude.
Mais vaincre la magie, dans sa forme la plus sombre qui soit, ça, ils ne le pourraient jamais.

Alors pourquoi cet enfoiré ne le voyait-il pas ?!

Ludenhof… un nom étranger, originaire du Hochland. Il n’avait rien à faire à la tête de cette armée. Un parvenu, un politicien qui ne songeait qu’à sa carrière, et qui voyait évidemment en von Rinauer un rival potentiel.

Le pouvoir. La politique. L’ambition.
Qu’est-ce qu’il pouvait en avoir à foutre !

-Je ne demande qu’à protéger mon peuple !

Les soldats s’arrêtèrent. Ils n’osèrent pas demander à leur supérieur s’ils pouvaient faire quelque chose pour lui. Un d’eux tendit une gourde au capitaine.

-Merci, Stöner.

C’était un alcool fort. Sûrement de Zhufbar. Ou bien une très bonne imitation. Il devait avoir coûté une petite fortune. Il en aurait besoin durant le siège. Aloïs n’en prit qu’une gorgée, avant de la lui rendre, non sans reconnaissance.

Ils se remirent en marche.

Et Meltburg.
Sigmar pouvait-il avoir engendré pareil officier ? Idéaliste, mielleux, tendre, et si valeureux. Avait-il seulement combattu ? Propulsé au rang de Fürst. C’était une honte, de la même nature que ce Rodörfy. Ludenhof prenait-il plaisir à humilier l’armée elle-même ?

Il l’avait anéanti.
Von Rinauer ne portait plus la cape rouge des gardes écarlates. Le Stirmarshall avait osé lui reprendre ce que le Graf de Wurtbad en personne lui avait remis.

La garde écarlate. La prestigieuse troupe des joueurs d’épée du Comte Electeur, qui avait été de tous les champs de bataille aux côtés de son suzerain légitime, c’était ce qui restait de plus cher à Aloïs. Son père en avait été le commandant. Toute sa jeunesse avait été dictée par la conduite de ces braves parmi les braves, sortis du rang et qui ne faisaient en rien valoir leurs éventuelles ascendances aristocratiques.

Le capitaine s’arrêta. Les siens en firent de même.
Ils étaient sur la Ludwigstraße. Cette rue donnait vue sur tous les niveaux inférieurs. De là, on pouvait constater la hauteur de la citadelle. Une simple petite barrière en osier retenait de la chute, assurément mortelle à cette hauteur.

Aloïs y songea.
Il venait de perdre tout ce qui lui restait d’autrefois, de cette période qui avait précédait son départ pour le Nord. C’était un homme brisé. Du moins, il l’était déjà avant son altercation avec « Son Excellence ». Mais il s’attachait encore à cette partie de lui-même, il avait toujours réussi à se persuader qu’il lui restait « au moins ça ».

Von Rinauer fit signe à ses hommes de rester là. Lui, il s’avança.
Il y a plus digne que le déshonneur, c’est l’aveu de faiblesse.

« De faiblesse. »

« De faiblesse… »

« De faiblesse ?! »


« Moi ! Moi, je suis faible, Ludenhof ?! Vous croyez sincèrement que ce que vous m’avez fait subir m’empêchera d’aller jusqu’au bout ?! »

Son œil était révulsé. Les larmes avaient laissé place à une rage, sourde, muette, insondable, et qui habitait désormais tout son être.

Regardant l’horizon lointain, il scruta cette ligne de ténèbres. De la terre et du ciel allaient surgir des forces que lui seul était en mesure d’arrêter. Qu’importait les remontrances du Stirmarshall.

Aloïs von Rinauer avait vu le Seigneur de la Fin des Temps. Il avait soutenu le regard de l’Élu, de cet œil nimbé de ténèbres et qui attirait tout son être vers les abysses de ses terreurs les plus enfouies.

La honte. Le déshonneur. L’humiliation.
L’échec.

-Cette citadelle…

Puis, il se retourna vers ses soldats.

-Tërnberg.
-Mon capitaine ?

Petrach quitta le rang, s’avança de quelques pas.


Petrach Tërnberg, lieutenant de la Patrouille Fluviale de Marburg.


-Tu te souviens de Kristoff ?
-Il avait une belle voix. Je crois qu’il n’a pas survécu au second jour.
-Oui. Mais il leur en a fait voir.
-Il s’en est pas six sur les murailles ?
-Tout du moins.
-Il chantait bien.
-C’était quoi ce qu’il nous chantait, la veille, avant que Todbringer nous sonne ?
-‘tendez. Ludwig, wahs war das lieblinggs Lied von Kristoff ? Warst du nicht von dem selben Dorff ?
-‘war “Heilig Heimland“.
- “Heilig Heimland“, mon capitaine.
-Ça faisait… Na, nana… na…
-Talala. Laa. Na, nana… na. « Als, war ich noch Jung… na, nana… na »
.
-On a pas pu le ramener chez lui.
-On a pu lui faire une tombe honorable, en bas des murailles. ‘aurait pu être mieux.
-Il méritait pas d’être enterré avec tous ces branleurs.
-Non. ‘méritait pas.

Un silence s’ensuivit.
Petrarch fit signe à un des hommes de venir à lui.

-Mon capitaine… il vous reste encore l’épée de votre père.

Le soldat lui tendait sa flamberge. Aloïs la regarda, tendrement. Elle représentait beaucoup. Il n’avait jamais voulu lui donner un nom, mais elle incarnait tout ce qu’il aimait encore en lui.

Il s’en saisit. Elle n’était pas ouvragée. Autrefois, oui. Mais son argent avait noirci par endroit. Était-ce alors de l’argent, comme il s’en vantait si souvent, alors jeune recrue de la garde. On pouvait cependant encore y lire ce que son père avait fait graver avant de la lui transmettre.

« Sperat anima mea ».
Mon âme espère.

Aloïs se retourna vers les siens. Ses compagnons des pires heures.

Ludwig, qui parvenait à faire oublier qu’il boitait depuis son enfance.
Arnolff, qui avait tué un de ces maraudeurs avec la corne de son propre casque.
Franz, qui avait eu cette romance avec une jeune Kislévite.
Friedrich, qui passait la plupart de son temps à s’éloigner de la sobriété.
Et tous les autres.

Á chaque visage, un souvenir. Un souvenir qui réchauffait le cœur de cette homme, de cet officier, de ce brave qui avait tout sacrifié pour sa patrie.

Jusqu’à son œil.
Jusqu’à son père.
Jusqu’à son honneur.

-Leicheberg va tenir, les gars.

Tous hochèrent la tête.

-Cette foutue province, elle va se montrer digne de son héritage. Ouais. On va faire ça. Für Kristoff.

Tous répétèrent d’un même murmure.
« Für Kristoff ».

-On l’a déjà fait. On va le refaire. ‘seid bereit, les gars. ‘Seid bereit.

Sans effusion de joie à la vue de retrouver leur capitaine, les hommes sourirent, complices, et bien décidés à suivre Aloïs, quoiqu’il puisse advenir.

Ils se remirent en marche, vers le mur Sud.


Dernière édition par Anton Ludenhof le Sam 1 Nov 2014 - 15:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 31 Oct 2014 - 13:12

Toujours un régal de suivre tes aventures, mon cher ! Smile
Et ça fait plaisir de te voir reprendre la plume plus souvent Very Happy

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Ven 31 Oct 2014 - 23:38

C'est unique, cette impression d'avoir un passage objectivement court, mais qui pourtant possède tellement de profondeur ! La profondeur... Une qualité que je considère vraiment comme une perle rarissime, mais que je ne manque jamais de retrouver dans ton histoire ! C'est fabuleux ! affraid

Je ne suis même pas impatient d'avoir la suite, car chaque suite me comble et suffit pour me faire patienter jusqu'à la suivante.
Unique. Clap

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 1 Nov 2014 - 20:52

Allez, on est samedi soir ! Truc de fouuuu !  Very Happy

***

Edit suite à remarques judicieuses.

-Mais ça n’a aucun sens ce que vous dites ! Est-ce que vous vous en rendez compte ?!
-Euh, pardonnez-moi… mais s’il y en a bien qui semble avoir du sens ici… hein.
-Hum ?
-Euh, non, je disais pas ça à votre propos, Anton… du tout.
-Votre théorie est contraire à tous les dogmes arcaniques, vous l’savez ça, Dieter ?
-Mais qu’est-ce que… qu’est-ce vous y connaissez à la fin ?! Retournez dans votre pyramide et on vous demandera le temps qu’il y fait à l’intérieur !
-Non môsieur, ça c'est le Collège d'à côté, c'lui des Cieux ! Et ce que j’y connais ? Ce que, moi, j’y connais ?! Écoutez-moi bien, espèce de sorcier niguedouille, j’en ai combattu de ces bestioles, annihiler des saloperies de l’outre-monde, c’est  mon domaine ! ‘entendez… sombre coprolithe ?!
-Niguedouille ? s’étonna le Stirmarshall de la remarque.
-Oh oui, il l'est !
-Mais c’est n’importe… mais fermez la ! Si c’est pour raconter des conneries pareilles !
-Des conneries ? Des conneries ?! J'ai eu le temps de vous en entendre dire !
-Messieurs !

Ludenhof avait du mal à se contenir.
Quelle idée il avait eu de demander aux deux magisters s’ils étaient de taille à affronter un nécromant. Cela faisait plus d’un quart d’heure qu’ils se chamaillaient sur la méthode, sur le procédé, sur tel courant doctrinal, et sur tout ce qu’ils pouvaient se reprocher.

Mais le Stirmarshall n’avait pas de temps pour ça. Il les avait interrogés avec précision, il en exigeait une réponse aussi précise. Si Meltburg ne parvenait pas à convaincre son frère, ces deux pequenauds de magiciens constitueraient la seule alternative crédible pour anéantir ce fumier de nécromancien.

Et ce Cölestin qui n’était pas fichu de lui donner la moindre information !

-Vous avez un commentaire à faire, Kraemer ?!

Ehrwig était resté dans la pièce.
En vérité, il attendait le bon moment pour discuter avec le Stirmarshall, pour savoir s’il avait bien agi, si tout allait pour le mieux. Les remarques de von Rinauer l’avaient particulièrement blessé. Et il avait quelques doutes sur ce qu’il devait entreprendre à l’égard des quelques haleflings présents en ville. Devaient-ils réellement les exécuter ?

-C’est que… Votre Excellence… j’aurais souhait…
-Plus tard !

Le Commandant Suprême se retourna vers les deux magiciens.

-Magisters, je vous ai posé une question ! Pouvez-vous me débarrasser de cette saloperie de nécromant ? Oui ou non ?!
Hadolff Streuner et Dieter Würmshoff se turent, mais continuèrent à se toiser.

-Je vous en prie, brillant Magister d’Améthyste, faîtes nous part de vos… « lumières », fit Hadolff, un rien sarcastique.

Dieter se rapprocha du Stirmarshall, ignorant son confrère.

-Anton, nous ne pouvons pas vous présenter de solution miracle. Nous ne savons rien de ce nécromant, sinon qu’il est recherché par ce… Meltburg, c’est ça ?
-Et après, ça se la raconte en disant qu’il s’y connaît mieux que tout le monde. Votre Excellence, en vérité, si la personnalité de ce nécromancien importe, il y a des éléments qui sont communs à tous ceux de cette engeance. Savez-vous, par exemple, que la nécromancie ne peut être l’œuvre que de l’humanité ? s’empressa d’ajouter Hadolff, bien décidé à faire reconnaître sa réputation.
-Merci de cette évidence.
-Je l’ignorais en ce qui me concerne, Dieter. Continuez. Tous les deux, précisa Ludenhof, attentif.
-Oui, il y a des points communs entre tous les nécromanciens, et même si vous allez par là, entre tous les sorciers. Quels qu’ils soient. Mais pareilles arcanes peuvent être manipulées par des créatures bien plus dangereuses qu’on ne se le suggère.
-Certains vampires, en effet. Encore qu’ils n’emploient pas exactement les mêmes sortilèges, mais usent des mêmes paradigmes. Il est vrai que certains prennent cette apparence pour paraître plus inoffensif.
-Un nécromancien est-il inoffensif ?
-Non, mais il l’est certes plus qu’un vampire, vous en conviendrez.
-On nage en pleine incertitude… ragea le Stirmarshall, serrant le poing. Pouvez-vous l’affronter sans l’aide d’un inquisiteur ?

Un nouveau silence suivit les paroles du Commandant Suprême.

-C’est plus délicat. Généralement, mieux vaut mettre un terme aux agissements d’un nécromant lorsque celui-ci est isolé.
-Je rejoins Streuner sur ce point. Plus facile à traquer qu’à affronter au cours d’une bataille.
-Mais c’est néanmoins faisable. Oui. Tout dépend de ses aptitudes, s’il est accompagné déjà, ça compte, oui, mais en soit, on peut combattre tout sorcier.
-Voilà, on en revient au même problème, on ne sait rien.
-‘fin, si, on sait quelque chose. Il est suffisamment doué pour aller plus loin que de la simple réanimation des corps.
-Ce qui vous laisse à penser que… ?

Streuner baissa sa voix, afin que Kraemer ne l’entende pas. De peur qu’il ne s’affole.

-Qu’il est bien possible que ce nécromant n’en soit pas à sa première carrière.
-Un renégat ?
-Tout peut s’envisager, on ne sait rien de lui.

On frappa à la porte.

-Kraemer, allez voir.

Le jeune officier eut à peine le temps de toucher la poignée que Swen Meltburg et Wolfgang Steinbrück se précipitèrent.

-Il est d’accord, Votre Excellence !

Le visage du Stirmarshall s’illumina.

-Alors… ça ! Ça, je dis bravo, Meltburg. « Mein Fürst », je ne sais pas comment vous vous y êtes pris, la corde familiale ?
-Plus ou moins. Plutôt plus que moins. Mais Johann ne prendra que cinq hommes, et encore, il se réserve le droit de les évaluer, répondit le capitaine, flatté de la remarque de son mentor.
-Bien… bien, on va y travai… qu’est-ce que vous faîtes là, Steinbrück ?
-Euh… ‘ist sehr einfach… in der Tat… je sais pas tellement moi non plus, Votre Excellence, répondit Wolfgang, en regardant Swen.
-Le lieutenant Steinbrück connaît chaque homme de notre armée, c’est lui qu’il nous faut pour choisir les cinq qui accompagneront mon frère.
-Ah. Euuuh…

Steinbrück ne sut répondre mieux. Il était quelque peu embarrassé de se retrouver devant le Stirmarshall en personne, et encore plus de savoir qu’on attendait de lui un professionnalisme… qui ne le caractérisait pas vraiment.

-Si je savais d’quelle genre d’mission, il s’agiss…
-Contentez-vous de savoir, mon bon ami, qu’il est question de nécromancie, répondit Hadolff en souriant.
-Ah.

Wolfgang essaya de réfléchir, malgré les regards qui se posaient sur lui.

-Vous pouvez prendre votre temps, réfléchissez posément, fit Meltburg pour le rassurer.
-Non, pas vraiment, j’en ai peur. Il avait l’air pressé votre frère, remarqua Dieter, perplexe.
-Vous savez quand est-ce qu’il partira ?
-D’ici une heure.

Tous fixèrent avec attention Steinbrück.


Dieter Würmshoff, sorcier du Collège d'Améthyste.

-Euh… sie helfen mir nicht…
-Bon, on revient vers vous d’ici quelques minutes. Kraemer. Kraemer. Kraemer !

Le jeune capitaine se retourna soudainement vers son supérieur.

-Votre Excellence ?
-C’est le moment. Vous vouliez ?
-Je… à propos des haleflings…
-Oui ?
-On maintient ?
-Je vous ai habitué à changer d’avis sur une résolution militaire ?
-C’est simpl…
-Meltburg, je suis changeant comme Stirmarshall ?
-Nullement, Votre Excellence.
-Vous voyez.
-Je me permettais seulement… de…
-De ? Allez-y, on vous écoute. Vous écoutez Meltburg ?
-J’écoute.

Ehrwig respira un moment. Même si Swen semblait compatissant, il le jugeait. Quant à Ludenhof, il était évident qu’il le mettait à l’épreuve. Son regard glissa vers le sol. Il cherchait quelque chose à leur dire. Mais Kraemer le savait déjà. Et ce n’était pas par terre qu’il trouvera son courage, sauf s’il se débandait.

Aloïs von Rinauer allait obéir. Et sous peu, six innocents seraient pendus pour le caprice d’un stratège.

-Votre Excellence, je désapprouve la mesure que vous avez ordonnée. Elle est à la fois contraire à l’Edit Impérial de 2356 et contraire aux principes militaires de la province. Elle est à la fois infamante quant à la renommée de notre armée et, de là, porte préjudice à la dignité impériale elle-même. Je me refuse autant à exécuter ces six réfugiés du Mootland qu’à exécuter votre ordre. Je suis prêt à vous remettre mon épée.

Swen écarquilla les yeux, et se retourna lentement vers le Stirmarshall, s’attendant à quelque fureur de sa part. Pourtant, bien au contraire, bras croisés, Ludenhof souriait.

-Steinbrück, vous avez mes cinq noms ?
-Ich denke… dass… oui, Votre Excellence, je les ai, fit le lieutenant en se rapprochant timidement.
-Nous vous écoutons.
-Heinrich Friedmann, Arnolff Silkheim, Gaspar Todric, Diebolt Jursöhn et Chlodwig Meier. Sie können mir glauben, ils feront l’affaire. C’sont pas des tendres, et ils en ont vu.
-Vous en êtes sûr ?
-Ich schwöre es, Excellence.

Le ton de Steinbrück ne laissait pas de place au doute.

-Ils sont de quels régiments ?
-Sie sind alles aus Marburg.

Von Rinauer.

-Des vétérans du Nord. Evidemment. Qu’en déduisez-vous, Kraemer ?
-Je… je vous demande pardon ?
-Votre déduction. Votre conclusion, même. Vite.
-Eh bien… nous allons devoir retirer ces cinq soldats du commandement du capitaine von Rinauer.
-Donc ?

Swen articula la bouche sans prononcer un mot.
« Pré – texte » semblait y voir Kraemer.

-Un… un prétexte ?
-Un prétexte à ?
-Si… si on retire ces cinq hommes au capitaine, on peut penser que… je… je ne sais pas… Votre Excellence.

Ehrwig ne comprenait pas où l’on voulait l’amener.

-Capitaine, Aloïs von Rinauer n’exécutera pas mes ordres, comme vous vous apprêtiez à le faire, car il accorde plus de valeur à son régiment qu’à l’obéissance envers son supérieur. Vous saisissez ?
-Retenez une chose. Les ordres ne se prononcent pas nécessairement. Par expérience, la supposition est souvent plus efficace, glissa le Fürst, complice.
-Donc… vous annulez votre ordre ?
-Du tout.
-Mais… on ne prendra pas les six haleflings, si ?
-Pas plus. Vous avez bien parlé. Mais, non, je ne formulerai pas le retrait de mon ordre. Á vous d’en déduire si cependant il sera exécuté.
-Je vous remercie, Votre Excellence. Vraiment, répondit Kraemer, reprenant son souffle.

Ludenhof se retourna vers les deux magisters.

-Finalement, il semblerait que vous n’aurez plus à discuter de ce nécromant.
-Permettez-moi de les accompagner, demanda Würmshoff. Vous savez que je fais du bon travail en la matière. Par expérience vécue. Vous vous souvenez ?
-Je m’en souviens très bien.
-Mon frère a été très clairs, cinq hommes, ajouta cependant Swen.
-Je crois que j’en vaux un peu plus.
-Eh ben ! Ça va le melon, lâcha Hadolff, levant les yeux au plafond.
-Je vous emmerde, Streuner. Vous le savez ça ?
-Eh là, on s’calme !
-Non ! Vous n’allez pas recommencer ! Dieter, vous les accompagnerez devant Johann Meltburg. J’espère qu’il vous prendra avec lui, faîtes-lui part de notre aventure avec nécrarque. Maître Streuner, nous allons avoir besoin de vous ici.
-Je ne m’étais pas proposé. Aucune envie de partir à Babelweb avec un inquisiteur. Sans façon, très peu pour moi.
-Alors la question est réglée. Messieurs, nous nous sommes suffisamment attardés sur ce point. Terminez les derniers préparatifs. Swen, vous restez avec moi. Exécution !

Tous se séparèrent. Kraemer eut un regard mêlé de reconnaissance et de détermination. Ça le changeait.

-Permettez-moi simplement, Votre Excellence, de donner mes instructions à Steinbrück, et je suis à vous.
-Faîtes. Et, quant à vous, lieutenant, vous serez cité sur le tableau d’honneur.
-Viel… vielen dängschee, Votre Excellence.

Encore fallait-il que le tableau parvienne jusqu'à Wurtbad...


Dernière édition par Anton Ludenhof le Sam 1 Nov 2014 - 23:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 1 Nov 2014 - 21:01

J'aime bien voir des magiciens se comporter comme des gamins Lol !
Et j'aime encore plus le rythme de croisière que tu prends actuellement ! Wow

La suite ! Clap

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 1 Nov 2014 - 22:07

Un répurgateur chevronné et un mage du collège d'Amethyste... Avec l'aide de Sigmar et un peu de chance, même un vampire peut y passer !
Vivement de l'action, grand maître !  Wow

Juste au début...
Citation :
météo
Citation :
homophobe
Attention à ce que je considère comme des mots "intrus", qui par leur nature "moderne" jurent avec l'ambiance médiévalo-archaïque de Vieux Monde...

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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 1 Nov 2014 - 22:54

Même remarque que Von Essen pour les deux termes qu'il a donné. Mais sinon c'est toujours aussi bien. Je me suis régalé devant la joute verbale entre les deux magiciens qui se comportent comme des gosses. Cela apporte un peu de fraîcheur bienvenue dans ce récit.

Et du coup, à quand la suite ?
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Sam 1 Nov 2014 - 23:20

Vous avez raison, et j'ai modifié Tongue
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 5 Nov 2014 - 9:56

Une suite pondue dans l'euphorie ! J'ai envoyé le manuscrit de "See you later : Empereur" (un bouquin écrit y'a quatre ans) à Olydri Editions, et j'ai eu une réponse favorable ! Bon, y'a encore plein de trucs à voir, et notamment la lecture du grand big boss, mais... j'ai l'espoir ! Enfin, rien que d'avoir eu un mail en réponse, ça m'a fait chaud au coeur Blushing

Suite donc !


***



Klemens zu Hoschleswigl et Joseff Rodörfy arrivaient au mur Ouest. Ils avaient couru toute la distance depuis le donjon, et si Klemens tenait la forme, il était étonné de voir à quel point l’endurance de son collègue était bien fondée. Malgré son armure de colosse, Josef n’avait pas besoin de reprendre sa respiration.

« s’débrouille bien… ce… ce truc. »

Les hommes se tenaient prêts. Les derniers commandements du Stirmarshall seraient exécutés sans peine.  C’étaient là les régiments de Munzhausen et de Klam, composés aussi bien de patrouilleurs fluviaux que de troupes régulières, ainsi que de civils recrutés sur le tas.

Leur capitaine aurait aimé être en mesure de cerner leur état d’esprit. Certains regardaient l’horizon, focalisés sur ce qui allait arriver, d’autres ne pouvaient s’empêcher de guetter l’Est, et d’autres encore se forçaient à faire comme d’ordinaire. Il y avait vraiment de tout. Des vieillards qu’on espérait croire archers, des enfants qui demandaient encore où étaient leurs parents, même des infirmes. Ils pourraient ralentir. En attendant, c’était les soldats qui étaient ralentis. Mais Klemens n’avait pas eu le cœur à les renvoyer dans leurs chaumières. Eux aussi, ils avaient le droit de se battre pour leurs familles. Ou leurs chéries. Oui, ça semblait plus logique.

Et tous se redressaient en le voyant.

En vérité, Klemens ignorait tout d’eux. Bien sûr, il avait fait la route depuis Wurtbad en leur compagnie, mais il n’avait fait que les commander. Enfin, il n’avait fait que répéter les ordres de mouvement lui venant directement de Ludenhof.

Ce ne fut qu’au bout de quelques jours, après les avoir étudié, que Klemens comprit. Il ne servait à rien d’essayer de les imiter pour les séduire, non, s’il voulait les guider, il fallait le faire à sa méthode. Il ne s’agissait pas de paraître naturel. Oh non, il fallait exacerber les traits qui le caractérisaient. Oui, zu Hochschleswigl aimait les femmes, le vin, et les arts. Ses hommes n’aimaient que la vinasse et les catins.

Soit.
Mais ils attendaient aussi un meneur. Un homme qui savait où aller, qui savait où les guider et pour lequel on était prêt à donner jusqu’à sa vie. Klemens voulait plus que ça. Ils voulaient que ses soldats soient à même de lui offrir leurs épouses avec le sourire.

La compétition.
Les Stirlanders sont un peuple friand d’exploits sportifs, ou simplement d’évènements qui viendraient gonfler leur ego. De la course aux paris, tout était bon. Evidemment, au début, le capitaine se contenta de prétexter des duels pour distinguer les plus méritants. Puis, curieusement, il prenait le parti de ceux qui avaient perdu, et organisa de véritables rencontres en équipes. Plus qu’une occasion de leur prouver sa dextérité, il finit par les connaître individuellement, à les appeler presque tous par leurs prénoms et même à rire avec eux. Bon, Klemens devait se forcer à accepter cet humour du moment. Mais il ne pouvait pas décemment espérer autre chose de ces paysans en uniforme. Il eut même à supporter, et à adopter ce dialecte de malheur. Mais ça leur plaisait. C’était bien ça l’objectif.

Il ne manquait plus qu’arroser l’ensemble de vin et de fluides corporels pour terminer le tout.

Enfin, Luitpold Kreussheim n’avait pas été inutile.
Son lieutenant était l’officier le plus apprécié de la troupe, et ce avant l’arrivée de Klemens. Zu Hochschleswigl n’ignorait pas que le meilleur moyen de forger une cohésion était de l’opposer à quelque chose. Certes, il y avait la Sylvanie. Mais c’était banal, routine pour ces Stirlanders. On leur en avait que trop servi. C’est pourquoi il paya gracieusement Luitpold pour qu’il accepte de mener la fronde contre son autorité. Et comme Klemens se faisait de plus en plus apprécier, la troupe consolida cette affectation en défendant leur nouveau capitaine contre l’insubordination de celui qu’il maintenait curieusement toujours au poste de second.

Mais maintenant, Kreussheim devenait un souci. Il avait demandé à être payer plus. Après tout, ses responsabilités grandissaient avec l’imminent péril. Désormais, Klemens doutait de la duplicité de son lieutenant.

La troupe lui appartenait. Seul lui échappait son second.

-Comment s’appellent vos fils, déjà ?
-L’aîné, c’est Albérich. Et le cadet, Karl.
-Ah oui ! Pourtant facile à s’en rappeler !
-Parfois, j’oublie.
-Et vous me charriez, là ?
-Non, non, ça m’arrive.
-Ah.

Un silence gêné s’installa entre les officiers. Enfin, Klemens était embarrassé, Joseff sûrement. Aussi.

-‘doit pas toujours être facile, hein, cher collègue ?
-Ouais.

Zu Hochslcheswigl hésita un instant. Il fallait évidemment qu’il ne connaisse aucun Albérich et aucun Karl dans ses régiments. De plus, ceux-ci feraient tout pour éviter leur père, aisément reconnaissable. Visuellement. Et olfactivement, aussi.

Quant à demander à un de ses hommes, ou pire, à son second, c’était trop risqué. Mais Rodörfy ne comprendrait pas ses appréhensions.

Pourquoi avait-il accepté de l’aider ?
Décemment, Klemens ne pouvait pas refuser à un père de voir ses enfants. Non que lui-même eut une relation particulière avec ses propres parents. Bien sûr, ils ne cessaient de lui demander de se marier. Bon, un pas avait été fait auprès de la famille Streuner. Mais, non, rien ne le poussait particulièrement à rendre service à Joseff.
Sûrement une question de principe. Il fallait croire que zu Hoschleswigl en avait.

Mais comment trouver ces deux gamins ?
Sonner le rappel ? Non, ce serait mettre à mal l’organisation de tout le mur Ouest.

-Vos fils, vous connaissez quoi d’eux ? demanda Klemens, sans trop d’espoir.
-J’crois qu’Albérich aime bien les poulets.
-Les… les poulets ? Les cot-cot-cot ? insista le capitaine, perplexe.
-Ben, ouais, c’qui pond des trucs.

Le voilà bien avanc… mais si !
Les paris ! Y’en avait un, un jeune, qui s’occupait toujours des coqs avant les combats !

Comment il s’appelait ? Allez ! ‘ist nich so schwer zu errinern !
Et voilà qu’il pensait en dialecte maintenant…

-Willem !
-Gnéh ?
-Suivez-moi !

Ce foutu Albérich se faisait appeler Willem. Oui, il s’en souvenait. Ce jeune gars, qui avait toujours été assez évasif sur ce qui avait précédé son enrôlement. Et il traînait toujours avec… avec, avec… Scheiß !

Bon, en toute logique, la volaille avait été entreposée dans les baraquements. Voilà, et il avait tout un foin pour qu’on n’en vienne pas à manger ses coqs ! Mais Klemens n’y avait jamais fichu le moindre orteil. Il avait eu légèrement autre chose à faire qu’à admirer les fientes de ces volatiles qu’il répugnait par-dessus-tout.

Y’avait-t-il plus débile qu’un coq ? Le piaf qui, non content de ne pas comprendre le concept de « gueule de bois », « Brümmhschäddel » dans leur foutu langage d’arriéré, prenait un malin plaisir à faire souffrir tous ceux qui souhaitaient tellement en profiter !

Á l’odeur. Trouver cette odeur nauséabonde… non, ça c’est Rodörfy. C’était curieux comme tout le monde s’écartait devant lui. Non, ne s’écartait pas, reculait et fichait le camp.

Où aurait-on pu mettre ces bestioles ?
Réfléchir. Ces poulets servent aux paris… et là où on a des paris… on a…

-Hey ! Arnold !
-Capitaine ?
-La gnolasse, weißt du wo ist sie ?
-‘der nähe von… dort…
-Dangschëe ! Wo gesht du ?
-Sie brauchen mich mit der Artillerie, Kapitän.
-Mach es so !


Déjà bien chargé la mule celui-là.

« Vers là-bas ». Bon…

-Et sinon… vos hommes, les catacombes, tout ci, tout ça ?
-C’t’en place.
-C’est… c’est bien.

Aucune conversation.



Klemens zu Hochschleswigl, capitaine des régiments de Munzhausen et de Klam.


Ils entrèrent dans une baraque croulante, le verre brisé les guidant. Il avait été astucieusement choisi. Pas trop loin des remparts, et fait de briques, il avait finalement belle allure quand on le comparaît aux tas de bois qui servaient de logis aux soldats.

Pour des poulets et de la boisson.
Est-ce que c’était si absurde que ça, finalement ? Klemens pouvait s’employer un instant à mettre son éducation de côté. Oublier tout ce qui faisait sa condition sociale, et s’intéresser à ce qui tenait tant à ces hommes, aux siens. L’individu fait corps avec l’espèce.

Là où il voyait des fientes et des d’autres déjections, ne pouvait-il par s’efforcer d’aller au-delà ? Lui qui avait bénéficié des meilleurs atouts pour comprendre ce monde, ne pouvait-il qu’en rester à un constat ?

Pourquoi tenaient-ils tant à garder ces volatiles et ces tonneaux ?

Il ne fallait pas sortir des prestigieuses universités d’Altdorf pour comprendre.
Ça faisait leur joie. Tout simplement.

De la joie. De la joie, de la joie. Dans tout ce merdier, dans cette angoisse qui habitait tout un chacun, dans l’appréhension évidente d’un péril dont ne savait presque rien, et dans ce climat moribond qui ne laissait aux hommes que leurs devoirs, eux, ils imposaient leur joie.

Non, ils n’étaient pas inconscients.
Ils savaient très bien ce qui allait se passer. Peut-être même qu’ils étaient plus lucides que leurs officiers.

Mais il fallait vraiment être obstiné pour croire qu’un Stirlander se laisserait dévier un seul instant de la voie que ses habitudes, ses traditions, ses croyances, avaient forgé pour lui.

Ces poulets. Ils n’étaient pas bien gaillards. Á force de se battre, les coqs avaient presque tous perdus leurs crêtes. Quant à leur plumage, il semblait avoir été la proie des becs.

Zu Hochscleswigl fixa un moment l’un d’eux.
Qu’est-ce qu’il pouvait avoir l’air débile. Et fier. Ça n’avait aucun sens. Il se baladait, tantôt vers ici, tantôt vers là-bas, avançant et reculant sa tête, lâchant un cri de temps à autre, et toisant le torse.

Klemens ne put s’empêcher d’en faire autant avec Rodörfy.
Oui, l’analogie tenait.

Joseff était quand même un gros poulet. Pas de prise de bec avec celui-ci.

-Willst du hier kommen ?! Böse Hahn !
-Willem, zu mir.


„Sigmar, si jamais tu t’es foutu de moi… !“

Pourvu que ce soit bien Albérich.
Á bien y regarder, ce blondinet avait beau dissimuler certains traits de son visage, il semblait avoir le menton de Rodörfy. Pas ses yeux. Mais il fallait bien être deux pour engendrer. Klemens ne l’ignorait pas, et d’ailleurs le redoutait. Et il était aussi trapu ce garçon là. Des épaules fortes. Assurément, il aurait fait un bon amant. Enfin, s’il n’empestait pas la volaille.

Un autre point commun avec son papounet ?

-Kapitän ?
-Willem, tu connais assurément le capitaine Rodörfy, des régiments de Wurtbad ?

Le garçon se tendit. Il évita le regard de Joseff.

-Mon cher collègue, voici votre fi…

Rodörfy pleurait. Ce molosse qui forçait à tous ses interlocuteurs à avoir un torticolis pour lui parler était en train de pleurer. Il laissa son épée au sol, non sans effrayer les volatiles, et tomba à genoux. Nez à nez, Joseff plaqua son fils contre lui.

-Je te demande pardon. Pardon, pardon… Albérich…
-Je crois que je vais vous laisser. Willem, ou Albérich, vous indiquerez à votre père où se trouve votre frère.

Évitant de s’en mettre plein les bottes, Klemens quitta volontiers le poulailler. Ce serait difficile pour lui d’accéder à l’alcool durant le siège. Cela le maintiendrait sobre. Quoiqu’il avait bien sa réserve personnelle.
Il s’était senti de trop dans ses retrouvailles. Bien sûr, zu Hoschleswigl ignorait tout de ce que Rodörfy avait à se faire pardonner. D’avoir trompé sa femme ? Pourtant naturel chez un soldat. D’avoir abandonné ses enfants ? Non, ce n’était pas le genre.

Qui aurait cru que derrière ce bonhomme pouvait se cacher un homme attendri à la vue de son fils ?

Se retournant une dernière fois, Klemens se mit à sourire à la vue d’Albérich, qui rendait l’accolade à son père.

Tous méritaient ce moment. Tous.


Dernière édition par Anton Ludenhof le Mer 5 Nov 2014 - 10:53, édité 1 fois
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Arken
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 5 Nov 2014 - 10:50

Heureuse pour toi ! Very Happy D'ailleurs, un jour il faudra que je les lise... Camouflé Ninja

Pour ce texte :
"ainsi que de civils recrutés sur le tard."
"qui viendraient fonder leur ego"
Perso, j'aurais dit "sur le tas" et "gonfler leur égo"... J'ai jamais vu ces expressions Innocent

"Mais il ne pouvait pas décemment de ces paysans en uniforme autre chose."
Je crois qu'il manque un mot dans cette phrase, parce qu'elle ne veut rien dire Fou

Sinon, bah comme d'hab', j'attends la suite Clap

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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 5 Nov 2014 - 10:53

C'est ça que d'écrire en étant tout foufou Very Happy
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 5 Nov 2014 - 11:18

Je suis très content pour toi pour l'éditeur Very Happy

Pour le récit, je n'ai rien relevé de particulier mais j'ai vraiment apprécié très fortement cette suite. Elle est tout simplement géniale.

Et du coup, j'attends la suite avec impatience Innocent
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Mer 5 Nov 2014 - 21:00

Superbes dessins !! J'ai pas encore cette maitrise ! Super suite !
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Anton Ludenhof
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Jeu 6 Nov 2014 - 14:30

Ah ! J'interviens : ce ne sont pas mes dessins !
Certains ont été fait spécialement pour mon récit "La Menace du Stirland", dont le "Siège de Leicheberg" est un remake.
D'autres, comme le dernier, sont seulement des trouvailles du net Very Happy
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Nyklaus von Carstein
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MessageSujet: Re: Le siège de Leicheberg   Jeu 6 Nov 2014 - 15:27

D'accord, ça n'empêche pas qu'ils soient superbes !
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