Histoire des morts vivants Le Grand Nécromancien"Dans ce désert redoutable, sous le regard blafard de la lune, les morts défilent. Ils hantent les dunes au milieu du vent suffocant de la nuit. Ils brandissent leurs armes en se moquant de toute vie et parfois, avec des voies fantomatiques ressemblant au bruissement de feuilles fannés, ils murmurent le seul mot dont ils se souviennent, le nom de leur maître ténébreux, le nom de Nagash".Au sud de l'Empire, au sud des Principautés Frontalières, au sud même des Terres Arides et de Karak Azul, se trouve un pays dont peu d'hommes parlent. Même ceux qui en connaissent le véritable nom ne le prononcent jamais à voix haute, ils préfèrent s'y référer tout bas sous le nom Terre des Morts. Peu d'hommes y sont allés et en sont revenus pour en parler. Le prince fou, Abdul ben Haschid, y erra quelques temps, cherchant l'inspiration pour son Livre des Morts. C'est du petit nombre de copies de son œuvre que les érudits tiennent leurs connaissances sur la Terre des Morts.
Ben Raschid ne vécut pas assez longtemps pour voir le tollé provoqué par son ouvrage : toutes les copies sur lesquelles le calife de Ka-sabar put mettre la main furent brûlées. Le prince fou mourut dans des circonstances mystérieuses, étranglé par des mains invisibles dans une chambre fermée de l'intérieur. Lorsque ses gardes enfoncèrent la porte, il ne trouvèrent que son cadavre au visage convulsé. Le corps était tellement froid qu'il brûla la main de ceux qui cherchèrent à le soulever. Des croisés ramenèrent des copies de son livre de leur périple en Arabie et furent nombreux à le regretter.
Le Livre des Morts évoque un grand désert à l'est de l'Arabie dans lequel s'élèvent des nécropoles, des villes de tombeaux abritant des morts incapables de trouver le repos. Chaque nécropole regroupe mausolées et pyramides qui abritent des choses dont il aurait mieux valu ignorer l'existence. Le jour, le sable brûlant qui se trouve entre les tombes est vierge de toute vie et seuls des serpents rampent entre les ruines, mais certaines nuits particulièrement sombres, les cadavres se lèvent de leurs tombes et vaquent à leurs occupations dans une grotesque parodie de la vie. Ils réparent les tombes et patrouillent aux frontières de leurs nécropoles ou se mettent en marche pour livrer bataille contre les morts des nécropoles voisines.
Parfois les chefs morts vivants des nécropoles font alliance et leurs hordes déferlent sur l'Arabie ou plus au nord. Durant les croisades, les armées du roi Esteban d'Estalie affrontèrent et détruisirent une immense armée de morts vivants de la cité hantée de Lahmia à la bataille de Shanidaar. Les croisés l'emportèrent mais leur peur fut telle qu'ils s'enfuirent vers l'est et rembarquèrent pour l'Estalie alors que la victoire totale était à leur portée.
A l'intérieur de chaque nécropole, Ben Haschid décrit une aristocratie de morts vivants, de puissants Rois-Sorciers assis sur des trônes dorés, au milieu des vestiges de leur gloire passée, s'éveillant brièvement pour donner de terribles ordres à leurs courtisans embaumés. Ces nobles momifiés sont à leur tour servis par des hordes d'esclaves squelettes qui s'empressent de satisfaire le moindre caprice de leurs maîtres. Des fantômes rôdent sans conviction dans les couloirs pleins de toiles d'araignées. Tous sont enfermés dans une danse macabre pour l'éternité, sacrifiant au grand rituel d'allégeance au Grand Nécromancien qui les éveilla à cette terrible non-vie.
Au cœur de ce vaste royaume se trouve la cité maudite de Khemri, au centre de laquelle se dressent deux des plus impressionnants édifices jamais construits par la main de l'homme. L'impressionnante Grande Pyramide de Khemri surplombe les anciennes ruines de plus de cent fois la taille d'un homme. Même cette construction est ridiculisée en taille, comme un éléphant ridiculise un poney, par la Pyramide Noire de Nagash, vision fascinante et terrible. Ben Raschid raconte. que les rues de Khemri sont parcourues par des esprits cherchant à dévorer l'énergie vitale des vivants et que l'énorme sarcophage de Nagash, dans lequel le Grand Nécromancien est censé reposer, est vide. La plupart des gens informés disent qu'il ne s'agit là que des délires d'un homme abandonné par sa raison. Ils sont peu nombreux à en savoir plus.
La meilleure source de renseignements que les érudits impériaux possèdent sur ce sujet est le trop célèbre Liber Mortis, du nécromancien Frédérick van Hal, mieux connu par la suite sous le nom de Vanhal. La seule copie intégrale de ce volume est gardée sous clé dans une crypte du temple de Sigmar à Altdorf et ne peut être étudiée que par les érudits aux cœurs les plus purs et sur autorisation expresse du Grand Théogoniste en personne. Ceci n'est accordé que lorsqu'une vaste armée de morts vivants menace l'Empire. Vanhal était un nécromancien de l'époque de la Grande Peste et il compila son œuvre à partir de la traduction des Neuf Livres de Nagash par Kadon.
Mécontent de cette traduction imparfaite des paroles démoniaques du Grand Nécromancien, Vanhal effectua plusieurs pèlerinages dans les Terres des Morts. Protégé par la plus puissante des sorcelleries, il communia avec les habitants des cités des tombes et apprit nombre de secrets remontants à l'antiquité. Il consulta les démons la nuit de Geheimnisnacht et réussit à extirper des parcelles de vérité de leurs mensonges. Car même les démons du Chaos se souviennent des méfaits de Nagash. C'est au Liber Mortis que nous devons les connaissances incomplètes et partiales sur le Grand Nécromancien et sur les antiques civilisations sur lesquelles il régna et finit par détruire.
Aujourd'hui la Terre des Morts est une étendue désertique. Le Grand Fleuve est empoisonné et de couleur rouge sang, n'offrant aucune chance de se désaltérer au voyageur assoiffé. Il est vrai que personne ne vit dans ces cités qui ne sont que des ruines aux abords des nécropoles. Il est également vrai que les routes ont depuis longtemps disparu sous le sable, ne laissant que quelques statues écroulées et des monuments érodés par le vent. Les rares voyageurs qui en sont revenus ne parlent que de désolation, de solitude, d'horreur et de la mélancolie qui emplit les cœurs. Car s'il est vrai qu'à présent ces terres sont sans vie, il n'en a pas toujours été ainsi.
Pendant plus de deux mille ans avant le règne de Sigmar, une civilisation puissante et florissante vivait là, le long des rives du Grand Fleuve. Son peuple construisait des cités, utilisait les chars, l'arc et la lance. Il était gouverné par les Prêtres-Rois. dont le moindre caprice avait force de loi. A mesure que passaient les générations, les Prêtres-Rois devinrent de plus en plus obsédés par l'immortalité et construisirent des tombeaux de plus en plus élaborés, convaincus qu'ils allaient devenir leurs demeures pour le reste de l'éternité. Leurs femmes et leurs serviteurs étaient enterrés avec eux lorsqu'ils mouraient. Cette pratique se répandit à travers toutes les strates de la société, jusqu'à ce que chacun finisse par n'amasser des richesses qu'en vue de se construire le plus beau des tombeaux. Bientôt, chaque cité avait sa nécropole, et les années passant, elles finirent par être plus grandes que les cités elles-mêmes.
Les Prêtres-Rois voulaient laisser des monuments de plus en plus grandioses et leurs tombes pyramides devinrent de plus en plus énormes, gardées par des statues titanesques, fortifiées comme des citadelles. Des ponts reliaient les pyramides entre elles, comme si leurs habitants étaient appelés à se rendre visite. Les pratiques d'embaumement se firent de plus en plus sophistiquées. Les princes guerriers étaient enterrés en armure, avec leurs chars et leurs chevaux. Chaque nécropole contint bientôt une véritable légion de morts.
Environ deux cents ans avant Sigmar, c'est à dire, il y a quatre mille cinq cents ans, Nagash naquit à Khemri, la plus grande des cités du Grand Fleuve. Il était le frère d'un des Prêtres-Rois et un puissant guerrier, très versé dans la sorcellerie primitive de son peuple. Depuis son plus jeune âge, Nagash était obsédé par l'idée de la mort. Il errait dans les nécropoles et pénétrait dans les antiques tombeaux. Il observait les embaumeurs lorsqu'ils préparaient les morts pour leur inhumation. Il regardait les guerriers blessés au combat agoniser puis mourir et ne se faisait pas à l'idée que lui-même puisse un jour disparaître.
Nagash se livra à des expériences inavouables au cours de sa quête de l'immortalité et fut bientôt craint par les gens de la cité. C'était un sorcier intuitif et brillant, ses expériences furent donc couronnées de succès et il distilla un élixir de sang humain qui permettait d'allonger la durée de vie de celui qui le buvait. Il eut bientôt une suite de loyaux serviteurs, issus de la noblesse dépravée avec lesquels il partageait son savoir. Par un sanglant coup d'état, il s'empara de Khemri et fit ensevelir son frère vivant dans la grande pyramide construite par leur père.
Avec leur espérance de vie étendue, Nagash et ses suivants disposèrent de plus en plus de temps pour étudier. Ils en arrivèrent à se prendre pour des dieux et à considérer les habitants de Khemri comme du bétail. Le temps passant, les buveurs de sang se mirent à éviter la lumière du jour et à rechercher les endroits froids et sombres afin d'éviter la brûlure du soleil. Ils élurent alors domicile dans les palais de la nécropole et Nagash supervisa la construction de sa Pyramide Noire, l'édifice le plus gigantesque jamais érigé par l'homme, bâtie afin d'attirer la Magie Noire à Khemri.
Cette fois, les Prêtres-Rois des autres cités trouvèrent que c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Ils formèrent une grande alliance contre Nagash et envoyèrent leurs armées le combattre. Durant la guerre qui s'ensuivit, lès vagues de Magie Noire dévastèrent les terres alentour et certaines oasis furent tellement saturées d'énergie magique qu'elles furent par la suite évitées à jamais par les hommes. Après presque un siècle de guerres incessantes, les armées des Prêtres-Rois parvinrent à mettre Khemri à sac. En fuyant de la cité vers les froides profondeurs de sa pyramide, Nagash se retourna et menaça du poing les armées des Prêtres-Rois qui s'approchaient. Il jura que leurs cités tomberaient en poussière. Les Prêtres-Rois se gaussèrent. Un par un, ils extirpèrent les suivants de Nagash de leurs pyramides et, insensibles à leurs hurlements, les décapitèrent et les brûlèrent. Les Prêtres-Rois jetèrent à bas toutes les réalisations de Nagash. Les monuments de Khemri furent détruits, les tombes profanées. Toute trace de Nagash semblait avoir été effacée. Mais ils ne trouvèrent pas Nagash lui-même : bien que ses disciples aient juré l'avoir vu entrer dans son sarcophage, ce dernier demeurait vide.
Malgré le pacte conclu entre les Prêtres-Rois, les dirigeants de Lahmia volèrent les grimoires de Nagash dans sa trop célèbre Bibliothèque Noire. Au fil des années suivantes, certains réussirent à comprendre ses artifices de Magie Noire. Néanmoins, ils prirent plus de précautions que Nagash vis à vis de leurs compatriotes en ce qui concernait les élixirs à base de sang.
Pendant ce temps, Nagash errait dans le désert. La soif lui brûlait la gorge. D'affreuses visions dansaient devant ses yeux, mais son incroyable volonté et sa vitalité hors du commun le maintenaient en état de poursuivre sa route. Selon la traduction de Kadon de ses propres écrits, Nagash prétend être mort et, après avoir erré dans les limbes, avoir trouvé une voie pour rejoindre le monde des vivants. La plupart des érudits prétendent qu'il s'agit d'hallucinations engendrées par la soif et la chaleur mais d'autres ne sont pas aussi catégoriques. Enfin, le nécromancien réussit à sortir du désert et parvint au pied des Montagnes du Bord du Monde. Certaines forces maléfiques l'attirèrent vers le Pic Dolent et là commença une nouvelle étape de sa carrière maléfique.
Le Pic Dolent est évoqué avec effroi par les rares personnes qu'y s'y sont rendues. C'est une immense montagne escarpée sur les rives de la Mer de Fiel. Dans l'antiquité, un énorme fragment de malepierre tomba du ciel sur le sommet du pic et s'enfonça jusqu'au plus profond de la montagne. Au fil des ans, la pluie, la neige et l'érosion transportèrent de la poussière de malepierre jusque dans la Mer de Fiel, souillant l'eau et faisant muter les poissons et les serpents qu'elle n'avait pas tués. La mer fut bientôt entourée par une végétation clairsemée et mutante. La nuit, les points d'eau luisent d'une lueur verte et se couvrent d'une écume toxique. Les tribus qui vivent sur ces rives et boivent de cette eau montrent des signes de dégénérescence et de mutations dus à une exposition prolongée aux influences du Chaos. Lorsque Nagash vit cet endroit pour la première fois, il fut satisfait. C'était ce qu'il cherchait. Lorsqu'il goûta pour la première fois l'eau de la Mer de Fiel, des visions embrasèrent son esprit et un sombre pouvoir jaillit dans ses veines. Cet endroit était tout ce dont il avait besoin.
Des années durant, Nagash vécut en ermite dans une grotte des flancs du Pic Dolent, méditant sur la nature intrinsèque de la magie, puisant une certaine sagesse de son esprit malade. Il explora le réseau de cavernes du Pic Dolent jusqu'à ce qu'il trouve le lac enfoui auprès duquel gisait le fragment de malepierre. Il mélangea la substance du Chaos avec des herbes et du lotus noir et utilisa la mixture ainsi obtenue pour renforcer son pouvoir et rendre son esprit plus pénétrant et réceptif.
Les années passaient et la constante exposition à la malepierre engendra des mutations terribles sur le Grand Nécromancien. Sa peau se dessécha et finit par devenir translucide. Ses muscles et ses veines furent bientôt tout ce que l'on distingua de sa personne. Ses yeux s'enfoncèrent dans leurs orbites pour ne plus devenir que deux boules de pus phosphorescent. Ses doigts s'allongèrent jusqu'à se transformer en serres et ses ongles devinrent des griffes. Son cœur s'arrêta et son sang cessa de circuler. Son corps continua à se mouvoir par la force de sa sombre volonté et de ses pouvoir maléfiques. Comme il le désirait depuis si longtemps, il avait franchi le pas et entrait dans le royaume de la mort, ou du moins le croyait-il.
C'est durant cette période que Nagash fit ses plus gros progrès dans la nécromancie. Il perfectionna des sorts que par la suite tous les nécromanciens allaient utiliser. La nuit, il visitait les tombes des tribus qui vivaient aux alentours du Pic Dolent. Ceux qui le croisaient s'enfuyaient et il tuait d'un simple mot les chamanes qui osaient s'opposer à lui. Il ouvrait les cairns un par un et en animait les corps. Au début, ses succès furent somme toute minimes. Les cadavres marchaient quelques mètres puis s'effondraient en poussière, consumés par l'énergie qui les anili1ait. Mais les pouvoir de Nagash grandissaient et la durée de vie de ses créatures s'allongeait, jusqu'au moment tant attendu ou son contrôle devint total. Comme ils étaient déjà morts et pourris, la malepierre ne risquait pas de faire grand mal à ces zombies ou squelettes. Nagash les envoya creuser les grottes sous le Pic Dolent et construire une tour de pierre qui allait servir de fondation à ce qui deviendrait par la suite Nagashizzar, l'Abîme Maudit, la plus grande et la plus puissante de toutes les forteresses du Mal.
Désirant contrôler toujours plus d'esclaves morts vivants, Nagash envoya ses légions capturer des tribus locales. A la nouvelle lune, les infortunés étaient entraînés sous terre pour se faire arracher le cœur sur l'autel de Nagash. Leurs carcasses sans âmes se levaient alors et devenaient les éternels esclaves de leur maître ténébreux.
Incapables de résister aux légions de morts vivants, les tribus se mirent alors à vénérer le Grand Nécromancien comme un dieu et envoyèrent docilement leurs plus belles vierges en guise d'offrandes vers la tour de Nagash. Cela flattait sa vanité et il épargna les tribus, leur enseignant même beaucoup de choses, assez pour en faire une nation maléfique soumise à sa seule volonté. Cela convenait parfaitement à l'ironie de Nagash d'apprendre à ces tribus le rituel de la Fête Morbide, qui amènerait ruine et malédiction sur ce peuple.
En à peine quelques siècles, Nagash avait bâti sur les rives de la Mer de Fiel un véritable empire voué au Mal. Des légions en armures noires servaient aux côtés des cadavres animés de leurs parents décédés. Les villages s'étaient transformés en villes. Les mines sous la tour de Nagash descendaient jusqu'aux racines même de la montagne, les murs qui entouraient la tour s'étendirent comme un cancer pour couvrir finalement plusieurs lieues de chaque côté. Ainsi naquit Nagashizzar, citadelle imprenable, laboratoire et bibliothèque entièrement vouée au mal, capitale des hommes les plus malfaisants que le Vieux Monde ait jamais connu. Tel une araignée dans sa toile, Nagash se tenait sur son trône de crânes humains et promulguait des sentences qui détruisaient des nations et rasaient des royaumes. Il s'aventura au cœur de la Plaine des Os et dompta un dragon mort vivant qui devint sa monture.
Mais en dépit de son extrême puissance et du fait qu'il était ignoré par une partie du monde, Nagash avait des ennemis.
Attirés par la malepierre, comme un papillon de nuit par une flamme, les skavens arrivèrent en rampant. Les chefs de ces hommes rats, les Prophètes Gris, utilisaient cette substance à leurs propres fins et cherchaient à présent à entrer en possession du stock qui se trouvait sous le Pic Dolent. Ils débouchèrent dans les mines du pic et tentèrent d'investir la place comme ils avaient pris les forteresses naines du nord peu de temps auparavant. Mais prendre Nagashizzar s'avéra être une toute autre affaire.
Là, ils devaient affronter des légions inépuisables de morts vivants ou de fanatiques humains qui craignaient plus leur maître que la mort. Des années durant, des escarmouches firent rage dans les entrailles de la citadelle. Les skavens assiégèrent Nagashizzar avec leurs terribles machines de guerre. Ce bain de sang se termina sans vainqueur car Nagash avait d'autres plans et les skavens le retardaient. Il conclût donc un pacte avec leurs chefs, le Conseil des Treize. En échange de leur aide, il leur fournirait de la malepierre issue du Pic Dolent. Ce n'était pas vraiment ce que voulait le conseil mais c'était mieux que de poursuivre une guerre stérile en espérant une issue incertaine. Les skavens acceptèrent donc.
A présent, les expositions à la male pierre gênaient! Nagash. Il se fit confectionner une armure dans un alliage de plomb et de fer météorique afin de se protéger des ravages de l'irradiation. Ses suivants ne furent pas aussi chanceux. La poussière de malepierre des mines se répandait partout. Elle s'infiltrait jusqu'aux racines des plantes, et des plantes jusqu'aux animaux qui s'en nourrissaient. Elle s'accumulait dans les corps des humains qui mangeaient ces animaux et les transformait. Leurs cheveux et leurs dents tombaient, ils perdaient du poids et finissaient par mourir. Les plus affectés furent ceux qui avaient participé à la Fête Morbide et étaient devenus cannibales. En dévorant les malades, ils absorbèrent beaucoup de substance du Chaos et se transformèrent en goules, les élus de Nagash, redoutés et détestés par tous.
La terre et l'air étaient saturés de poussière de malepierre. Tout commença à pourrir et à mourir, ne laissant que le désert hanté par les goules, que l'on appela plus tard la Désolation de Nagash. Le Grand Nécromancien s'en moquait. Vivants ou morts, les habitants du pays le servaient. L'expansion de la poussière et la venue des morts vivants précipitèrent une vaste migration des tribus orques et gobelines hors de cette région.
Au cours de ces nombreux siècles, Nagash n'oubliait pas la promesse qu'il avait faite aux Prêtres-Rois de son ancienne patrie. Il voulait se venger et il trouva des alliés au sein même de son ancien pays, ceux des Prêtres-Rois qui avaient continué sur le chemin de la nécromancie et avaient prolongé leurs vies grâce à son élixir. Ils avaient également invoqué des démons et étudié la Magie Noire. A Lahmia, les dirigeants avaient dépassé le stade de l'élixir : leur sang avait contracté une étrange maladie. Des siècles d'utilisation prolongée de l'élixir combinés à leurs propres rites magiques avait fait d'eux des créatures à la fois supérieures et inférieures aux humains. A présent, ils évitaient la lumière du soleil et se déplaçaient de nuit. Ils n'avaient ni faim ni soif, si ce n'est de sang. Leurs dents s'étaient changées en de véritables crocs, leur peau était aussi blanche que l'albâtre et leurs yeux avaient des reflets rouges. Ils avaient une force surhumaine. Ce furent les premiers vrais vampires. La nuit, ils se nourrissaient du sang de quelques élus destinés à rejoindre leurs rangs.
Les autres Prêtres-Rois s'étaient une fois de plus alliés et se préparaient à livrer bataille. D'innombrables chars précédaient une vaste armée de lanciers et d'archers. Les Prêtres-Rois utilisèrent leur magie. Ils livrèrent une grande bataille et furent victorieux. La population de Lahmia fut réduite en esclavage, les pyramides détruites et les vampires chassés. La plupart d'entre eux fuirent vers le nord et arrivèrent un par un à Nagashizzar, chez celui qui dans le passé avait été leur plus grand ennemi. Nagash fut amusé à la vue de ces immortels dégénérés. A présent, il avait des champions dignes d'intérêt pour ses armées, avec leur damnation pour tribut à son génie malfaisant.
Nagash avait à présent réuni tous les éléments de son maître plan. Il fit le serment de transformer la planète en royaume pour les morts vivants, où nulle action ne serait entreprise sans son consentement. Il voulait régner sur un monde cimetière peuplé de cadavres animés. La première étape était l'élimination de sa patrie natale. Sur son ordre, les vampires prirent le commandement de ses légions. Sur d'étranges navires d'os, la horde de morts vivants traversa la Mer de Fiel et déboucha dans le Détroit de Nagash, puis dans la Mer de l'Effroi, ainsi appelée à cause de l'empoisonnement de ses eaux par la Mer de Fiel. Les légions de morts vivants touchèrent terre dans le port abandonné de Lahmia et se dirigèrent vers l'ennemi.
Mais Nagash avait sous-estimé ses anciens compatriotes. Pendant son absence, le Pays du Grand Fleuve était devenu une coalition de cité-états puissamment fortifiées formant un vaste empire gouverné par un unique Prêtre Roi, Alcadizaar le Conquérant. Il était le plus grand général de son époque et son empire avait atteint l'apogée de sa puissance. Lorsque les morts vivants arrivèrent, ils se trouvèrent face à un état unifié, défendu par une puissante armée. De plus, les sorciers avaient fait de grands progrès, particulièrement pour ce qui était de forger des armes magiques. Les vaincre ne serait pas chose aisée.
Les vampires étaient de puissants sorciers et des ennemis redoutables. Là où ils passaient, ils semaient terreur et famine mais ils n'étaient cependant pas immortels. L'issue de cette guerre resta longtemps en suspend. Au début, les légions de l'effroi eurent le dessus, puis les armées d'Alcadizaar se reprirent, leurs chars fauchaient les rangs ennemis comme une faux coupe les blés. Alcadizaar était en première ligne, son armure dorée luisant d'énergie magique, son cimeterre enchanté se mouvait plus vite que la langue d'un serpent du désert. A ses côtés se tenait sa femme Khalida, qui avait juré de mourir avec son époux. Les batailles se succédèrent, jusqu'à ce que la dernière légion de Nagash fut vaincue et les vampires obligés de se replier à travers le désert jusqu'à Nagashizzar pour rendre compte à leur maître de leur défaite.
Grande fut la rage de Nagash. Il maudit ses capitaines et leur lança des sorts de souffrance éternelle afin que leurs cris de douleur révèlent aux hommes leur détresse. Comprenant que le vent tournait, les vampires survivants s'enfuirent de nuit hors de Nagashizzar et se dispersèrent afin de tromper toute poursuite. Ainsi leur malédiction se répandit-elle à travers tous les royaumes humains.
Pendant une décennie entière, Nagash pesta et prépara de nouveaux plans, concevant ainsi pour les hommes une haine viscérale car ils l'avaient ridiculisé. Son plan de vengeance était si terrible que les dieux eux-mêmes détournèrent leurs yeux du monde.
Il1e mit lentement en application. Ses agents transportèrent de la malepierre jusqu'aux sources du Grand Fleuve pour le contaminer, jusqu'à ce que l'eau s'agglomère et finisse par prendre une teinte rouge sang. La peur s'empara des habitants du Grand Fleuve, qui était l'artère vitale de cet empire. Ils finirent par tomber malades les uns après les autres et moururent dans de terribles souffrances.
Les alliés skavens reçurent pour instruction de rabattre les tribus d'orques et de gobelins qui vivaient sur les flancs des montagnes du Bord du Monde pour les amener à Nagashizzar. Ils n'avaient aucune idée des sombres desseins de Nagash mais, en échange de leurs services, ils étaient grassement payés en malepierre brute.
Alcadizaar, assis dans sa salle du trône, voyait que son royaume était détruit par un ennemi qu'il ne pouvait affronter. La pestilence se répandait sur tout le territoire, les gens mourraient couverts de pustules. Les médecins succombaient en prodiguant leurs soins. En une saison le pays fut dévasté à un point tel que le nombre des morts dépassait de loin celui des vivants et que les corps pourrissaient dans les rues. Le bétail sans surveillance errait avant de mourir lui aussi. Chaque chose vivante du Pays du Grand Fleuve était malade. Alcadizaar voyait ses amis mourir un par un, puis ses enfants et enfin sa femme. Lui même fut épargné comme si une volonté maligne était à l'œuvre. Il était seul dans son palais, pleurant sur son trône, tandis qu'au loin il entendait approcher une armée.
Ce n'est que lorsque la mort et la destruction furent complètes qu'arriva la puissante armée de Nagash. Les quelques rares survivants de l'armée d'Alcadizaar étaient malades et ne purent rien faire contre les morts vivants qui se répandaient d'un bout à l'autre du pays. Les morts vivants ne s'arrêtèrent qu'après avoir tué tous les humains, tous les animaux, chiens, chats et oiseaux. Sauf un ! Ils prirent Alcadizaar dans sa salle du trône, l'enchaînèrent et l'emmenèrent vers l'Abîme Maudit. Il fut traîné aux pieds du trône de Nagash et fut mis en présence du Grand Nécromancien en personne.
A Alcadizaar seul, Nagash expliqua les détails de son plan démoniaque. Nagash lui révéla qu'il s'apprêtait à réanimer tous les cadavres du Pays du Grand Fleuve pour les utiliser comme soldats dans ses armées afin de conquérir le monde. Livré au désespoir, Alcadizaar fut jeté dans les oubliettes de Nagash, à disposition de son bon vouloir. Les prétentions de Nagash n'étaient pas de la vantardise, il avait la ferme intention de mettre son plan à exécution.
Au cours d'un rituel qui dura plusieurs jours, il absorba une quantité considérable de malepierre, jusqu'à ce que son corps se consume littéralement d'énergie et que son sang devienne du magma. Toute ce qui restait de sa chair fut définitivement détruit jusqu'à ce qu'il finisse par ressembler à un squelette en armure noire. Les orques et les gobelins drogués furent conduits hors des donjons et sacrifiés un par un sur un autel noir, leurs âmes dévorées par le Grand Nécromancien afin d'accroître son pouvoir.
Pendant toute une nuit et toute une journée, tandis que Mórrslieb scintillait dans le ciel, Nagash psalmodia son dernier et plus puissant sortilège. Dans les donjons, les quelques survivants orques se mirent à hurler à la mort. Sur l'ensemble du continent, les vivants vécurent d'affreux cauchemars. D'étranges lueurs apparurent au fond de la Mer de Fiel. Du haut de sa tour, Nagash dispersait au vent des poignées de poussière noire. Le vent glacial emportait cette poussière loin de Nagashizzar jusqu'à ce qu'elle se disperse sur les nécropoles du Pays du Grand Fleuve. Alors, à travers tout le pays, les morts commencèrent' à s'éveiller. Une lumière verte anima des dizaines de milliers d'yeux putrescents. Un à un, les cadavres se levèrent. Les morts se débarrassaient de milliers d'années de poussière et s'extirpaient de leurs tombeaux. Des guerriers morts vivants montés sur leurs chars prenaient la route en pleine nuit. Les revenants émergeaient de leurs antres, les choses les plus maléfiques se rassemblaient. D'innombrables morts déambulaient en rangs serrés. Les momies des rois antiques sortirent de leurs pyramides pour commander leurs sujets. Animés par l'incroyable volonté de Nagash, la plus grande armée que le monde ait jamais vue commença à converger vers Nagashizzar.
Epuisé par la dépense d'énergie qu'avait nécessité le sort, Nagash tomba en transe, affalé sur son trône. Alors même que son armée continuait à se diriger vers Nagashizzar, un silence de plomb s'abattit sur la cité. C'était comme si la mort avait fini par s'emparer de la capitale du Seigneur Liche.
Une telle débauche d'énergie maléfique ne pouvait passer inaperçue. Les skavens du Conseil des Treize finirent par réaliser que Nagash en était l'origine et ils prirent peur. Avec les innombrables guerriers du Pays du Grand Fleuve, Nagash serait invincible. Il n'aurait alors plus besoin de l'aide des skavens, il pourrait même se venger de leur attaque contre son royaume. Sentant que le Grand Nécromancien était vulnérable, ils réalisèrent qu'ils tenaient là leur dernière chance de survie. Aussi cruciale que fut cette tâche, ils ne trouvèrent aucun skaven en qui ils avaient suffisamment confiance pour aller tuer le Grand Nécromancien. Certains au sein du Conseil doutaient que leurs armes puissent affecter Nagash, les autres avaient peur de le réveiller avant d'avoir pu le tuer. Tous connaissaient son redoutable pouvoir et personne n'osait prendre la responsabilité de ce qui risquait d'arriver.
Ils finirent par élaborer un autre plan. Rapidement, les membres du Conseil joignirent leurs pouvoirs pour forger une arme, avec de puissantes runes gravées sur sa lame, qui pourraient s'avérer mortelle aussi bien pour Nagash que pour son porteur. Ce n'était pas là un problème important compte tenu du fait qu'aucun des membres du Conseil ne pensait à manier lui-même la lame. Au lieu de cela, ils dépêchèrent leurs plus braves agents dans les souterrains de Nagash, emportant la lame dans un coffret de plomb. Empruntant des passages secrets, les skavens trouvèrent leur chemin au cœur de la citadelle du Grand Nécromancien. Aucune sentinelle ne donna l'alarme et les hommes rats finirent par atteindre la cellule où Alcadizaar était enchaîné.
Sans la moindre explication, ils libérèrent Alcadizaar et lui présentèrent l'épée. Lorsqu'il se saisit de l'arme, le roi se sentit attiré par la salle du trône car la lame ensorcelée en
connaissait le chemin. Ignorant les hommes rats qui s'éclipsaient, Alcadizaar rampa dans les corridors ténébreux, puis marcha en silence sur le marbre noir de la salle du trône, jusqu'à ce qu'il soit face à l'immense silhouette de Nagash.
Le feu des yeux du Seigneur Liche était éteint. Il demeurait immobile. Les runes démoniaques de sa couronne ne scintillaient plus. Pendant un moment, Alcadizaar se demanda s'il ne s'agissait pas d'une ruse, une nouvelle forme de torture, lorsqu'il réalisa que cela importait guère. Il leva son arme et l'abattit dans un éclair de lumière.
Au dernier moment, comme averti par un sixième sens, Nagash s'éveilla et leva le bras pour parer le coup fatal. La lame ensorcelée forgée par les skavens le sectionna à hauteur du poignet et la redoutable serre du Grand Nécromancien tomba sur le sol. Sa dépouille était imprégnée d'énergie maléfique à un tel point que même tranchée, sa main, animée par une vie propre, s'enfuit dans un couloir, telle une horrible araignée. Nagash, même épuisé par l'invocation du Grand Rituel, disposait encore de grands pouvoirs. Il cribla Alcadizaar de sortilèges qui auraient dû l'écorcher vif.
A distance, les membres du Conseil des Treize usaient de leurs pouvoirs afin de protéger leur marionnette humaine. Non sans peine, ils parvinrent à contrer les terribles éclairs de Nagash. Un grand sifflement de frustration s'échappa des lèvres décharnées du nécromancien. Alcadizaar frappa à nouveau, déchirant les côtes de Nagash et lui brisant la colonne vertébrale. Le Grand Nécromancien saisit Alcadizaar à la gorge de son unique main et l'étrangla. Le sang jaillit à l'endroit où les griffes du liche s'étaient enfoncées. Ses pieds quittèrent le sol lorsque Nagash le souleva d'une seule main.
Luttant frénétiquement contre l'asphyxie et l'inconscience, Alcadizaar frappa à nouveau de toute sa haine et sectionna le bras du nécromancien au niveau du coude. Il tomba lourdement au pied de son trône et le Prêtre-Roi s'acharna frénétiquement sur sa dépouille assaillie de convulsions. Les runes skavens commencèrent à faire effet et toute sa vitalité surnaturelle quitta le cadavre de Nagash. Son enveloppe charnelle, qui avait défié le temps depuis si longtemps, tomba en poussière. Le goût de la victoire et de la vengeance aux lèvres, Alcadizaar taillada les restes de son pire ennemi en mille morceaux.
Lorsque enfin il ne bougea plus, Alcadizaar retira la couronne de la tête de Nagash et sortit de la forteresse. C'était le moment que les skavens attendaient. Les guerriers skavens envoyés sur place s'emparèrent des morceaux de Nagash et les précipitèrent dans ses forges. Chaque morceau de la dépouille mortelle du Grand Nécromancien fut brûlé au feu de la malepierre en fusion, celui-là même qui lui avait servi à forger quelques-uns de ses attributs les plus puissants. Seule sa griffe ne fut jamais retrouvée et resta la seule partie de Nagash à survivre.
Avec la disparition de Nagash, un grand nombre de ceux qu'il avait animés s'écroulèrent en poussière. Toutefois, la puissance de l'énergie utilisée faisait que toute l'œuvre de Nagash ne pouvait être détruite d'un seul coup. Un grand nombre des habitants de la Terre des Morts, restèrent prisonniers de la non-vie et commencèrent à retourner vers les endroits dont ils étaient originaires, leurs nécropoles, où ils pourraient connaître un semblant d'existence qui leur rappellerait leur vie passée. C'est ainsi que naquirent les divers Royaumes Morts Vivants. Les autres continuèrent à errer de par le monde, répandant terreur et désolation sur leur passage. Pour l'instant du moins, le Grand Nécromancien avait péri.

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